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 Kara ❧ it's always darkest before the dawn.

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MessageSujet: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 13:22




Kara Connington

◮ titre(s) : Lady de la Griffonnière et l'Orage, Griffon des Nuages. ◮ âge : Vingt-cinq ans. ◮ lieu de naissance : La forteresse de la Griffonnière, dans la Baie des Naufrageurs, Terres de l'Orage. ◮ avatar : Brooke Williams.

INVENTÉP.VSCÉNARIO
(theslayerettes)



l'interrogatoire

Que pensez-vous de Maegor Targaryen, son ascension sur le trône de Fer vous semble-t-elle légitime ? Et qu'elle est votre opinion sur Jaehaerys Targaryen, le pensez-vous prêt à diriger le Royaume des Sept Couronnes ? Vouloir suppléer son neveu trop jeune pour régner n'a en soi rien de répréhensible ; la régence théoriquement permet à l'enfant de continuer son éducation et de devenir la personne la plus apte à diriger un pays. Cependant, comme en toute chose, de sombres sentiments proprement humains sont venus pervertir l'idée louable de départ : Maegor, à l'évidence, ne rend pas son peuple heureux, imposant des réformes d'une main de fer qui froisse les opinions n'évoluant pas assez vite pour le suivre. Kara, pour sa part, suit l'évolution de la situation avec circonspection, la rébellion contre son suzerain n'étant pas à ses yeux une solution pérenne. Quel pays trouvera donc Jaehaerys à son accession au trône, si l'image-même de la royauté n'est plus respectée ? Comment faire des Sept Couronnes une entité fière et respectée sans l'appui de ses seigneurs ? De là cependant à tout accepter de la part de Maegor... Non, il faudrait le raisonner, c'est certain. Et lui rappeler qu'un Roi n'est rien sans le Royaume pour le soutenir.
Que pensez-vous de la situation actuelle au Royaume des Sept Couronnes ? La Guerre vous semble-t-elle justifiée ? C'est bien avec son coeur de femme, et seulement avec lui que la jeune femme juge ce conflit grondant à travers tout le continent. Que voulez-vous, peut-être que si elle avait été un homme, la science des armes ainsi que la soif de combats l'aurait rendue plus enthousiaste à l'idée de voir tout un monde se déchirer ! Kara regrette que les choses en soient arriver là, et son humanisme rend insoluble cette question : comment des ambitions et des haines peuvent-elles être assez fortes pour qu'on ne sourcille plus à l'idée de menacer Westeros ? La justice vaut-elle le prix du sang ? La question se trouve d'autant plus difficile à trancher que la seule famille proche qu'il lui reste, son frère Oswell, se jettera sans hésiter dans la bataille ; le perdre la tuerait, ce qui lui fait d'autant plus redouter la déclaration officielle des affrontements.
Pour quelle bannière vous battez-vous ? Pourquoi avoir choisi ce suzerain plutôt qu'un autre ? Comme tout le monde, Kara est bien sûr attachée à sa famille, ainsi qu'à l'honneur de son nom. En dernier recours, si les Sept Couronnes venaient à s’entre-déchirer, et les amis d'hier tirer le sabre au clair, elle serait prête à ne jurer que par le nom des Connington, et ceux ne cherchant point leur perte, qu'importe le Roi ou les autres grandes maisons. Pour le moment, elle est dans le camp des Baratheon, auxquels les siens a juré allégeance. Cependant, en matière de politique, elle se fit totalement à son frère, beaucoup plus au fait qu'elle quant aux évolutions des différentes factions, et surtout de l'état d'esprit de leurs meneurs : s'il venait à préférer les Targaryen, elle suivrait son avis sans sourciller.
Que pensez-vous de ce long Été qu'à annoncer le Conclave ? Êtes-vous prêt à affronter les affres d'une sécheresse ? Malheureusement, l'Eté sera rude pour la jeune femme. Les températures élevées vont très certainement l'affaiblir plus encore que la potion lui permettant de conserver la vue ; quant au soleil, qui d'ores et déjà couvre sa peau de plaques rouges lorsque celle-ci est exposée trop longtemps, il sera d'autant plus dangereux une fois la saison caniculaire bien installée. Pour éviter des brûlures trop graves, la Lady devra sortir à la nuit tombée, ou porter voilette et amples robes si d'aventure elle se voyait tenue d'affronter l’implacable saison chaude en journée.
Peut-on compter sur vous ? Serriez vous prêt à trahir vos alliances et vos allégeances pour votre intérêt personnel ? Assurément, Kara est une personne pour qui la notion d'honneur n'est pas étrangère. Seule femme de la famille Connington, et Lady depuis la mort de sa mère, elle se doit de veiller à porter comme il se doit son patronyme, ce qui passe à ses yeux par le respect de ses amis et proches, ainsi que le recours à la diplomatie. Quiconque demanderait après avoir déposé les armes, et en toute bonne foi, l'hospitalité et la protection de la Griffonnière obtiendrait le magnanime assentiment de sa châtelaine, quel que soit son camp.

Maison Connington



« Un griffon ! Un griffon ! »


Belle et puissante était la maison Connington... La maisonnée se voit maîtresse d'une forteresse perchée au sommet d'une falaise donnant sur les eaux de la Baie des Naufrageurs, et baptisée la Griffonnière. Le château des Connington est renommé pour abriter une vie bouillonnante faite de marchands de passage et de bourgeois ma foi nantis. En effet, la citadelle veille sur une route très passante permettant de rejoindre Accalmie, localisation l'ayant promue comme plaque tournante de nombreux échanges, ainsi qu'étape pour les voyageurs. Son prestige lui vient également de son titre de centre militaire névralgique, car on la dit quasiment imprenable : on ne y peut accéder que par la Gorge du Griffon, modeste crête ralliant à la terre le pic rocheux d'un rouge sombre où est perchée la demeure seigneuriale. Autour d'elle, il n'y a que le vide, et en contrebas les eaux bouillonnantes de l'océan...

Cette forteresse impressionnante abritait autrefois les cinq membres de la famille Connington, Lord Kofre et son épouse Lyse, issue d'une autre maison vassale des Baratheon, les Grandison de Grandview. Le couple eut trois enfants : l'aîné Oswell, puis Kara qui naquit cinq ans après lui, et enfin un second garçon, Kyll, ayant suivi sa sœur d'une année seulement. Pourtant, et quoi que la fortune de la Maison n'ait en rien faibli, bien des drames sont venus assombrir la Griffonière : Kyll disparut en mer en 44, à bord de la Jonquille Oragienne dont on ne retrouva rien ; Lord Kofre quant à lui succomba à la bataille du Cerf-Dragon en l'an 46 en servant avec honneur et courage Theodan Baratheon alors aux prises avec l'un des Dragons Royaux. Accablée par ces deux pertes, ainsi que par l'état de santé de sa fille, Lady Lyse s'éteignit dans la Tour Blanche cette année-même, un an après son mari, laissant derrière elle sa fille qui l'avait soutenue jusqu'au bout.

Ainsi, la mer se brise toujours sur la falaises de la Griffonnière, et les négociants continuent malgré la guerre de séjourner derrière les murailles, quoi que les fêtes et les rires animent bien moins qu'avant la demeure en deuil. Des Connington ne reste plus qu'Oswell et la fragile Kara...  


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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 13:23




Mon Histoire

(c) tumblr

Noble maiden fair
Oh please Mother teach me
How to be Brave til the End

C'est l'histoire de deux enfants qui courent sur une plage. L'un est une fillette à la chevelure de feu qui, soulevée par le vent venu du large, flotte à sa suite tel un étendard auburn, dans lequel se perdent les rayons du soleil. Elle s'élance aussi vite qu'elle le peut, relevant de ses petites mains les bords d'une robe ralentissant son trottinement, tandis que ses pas rendus hésitants par le sable ne font qu'accroître l'avance qu'a sur elle un garçonnet aux boucles aussi rousses que les siennes.

-Oswell, attend-moi ! lance-t-elle du haut de ses six ans, de cette prière à la fois boudeuse et plaintive propres aux fillettes.

Devant elle, son aîné s'arrête, et se retourne pour lui sourire, lui qui est déjà si grand, lui qui à douze ans commence déjà à être un homme. La demoiselle le rejoint tant bien que mal, et lui sourit également en retour : qu'importe qu'ils soient en retard, que mestre Marvin réalise qu'ils l'ont floué en prétendant ne pas s'approcher de trop près de l'eau, ou que par la suite, leurs jeux les amènent à tutoyer les nuages du haut des remparts, au grand dam de leur mère, qui les réprimandera avec la patience compréhensive que partagent toutes celles ayant jamais donné la vie, tout en serrant dans ses jupes le petit Kyll, brûlant de les imiter. Ils sont libres. Ils sont ensemble. L'océan se mêle à la grève, les oiseaux marins les survolent, et rien d'autre ne compte.

❧❦❧

Kara Connington naquit en 22 à la Griffonnière, forteresse maritime à la renommée n'étant plus à démontrer, seconde enfant de Lord Kofre et Lady Lyse. Le destin avait déjà comblé sa maisonnée par l'arrivée d'un garçon, Oswell, qui deviendrait le futur gardien de ce lieu de passage marchand, quoi qu'également place forte à l'austérité de citadelle imprenable. Les Connington se voyaient donc offrir ce que l'on appelle le choix du Roi : un premier né de sexe masculin qui défendrait avec honneur et brio son patronyme, ainsi qu'une cadette, promise à un grand mariage, aussi beau qu'elle-même était belle. Kara avait en effet hérité de la beauté de sa mère, une Grandison à qui l'on prêtait toutes les qualités de la châtelaine éclairée, à la fois élégante, juste, et effacée auprès d'un mari qu'elle aurait suivi contre vent et marée. De son père, elle avait hérité les cheveux cuivrés, conjugués à des tâches de rousseur d'enfance piquetant une peu de lait, soulignant le bleu de ses yeux, identique à ceux de dame Lyse. Il allait sans dire que tous deux faisaient la fierté de leurs parents, qui furent également heureux d'accueillir, un an après la demoiselle, un autre garçon, Kyll. Leur château abritait les plus aisés commerçants du Sud du Royaume en route pour Accalmie, tandis que leur garnison imposait un respect admiratif aux simples voyageurs de passage : que demander de plus aux Sept ? Leur bonheur semblait assuré, et l'avenir pour le moins radieux entre les murs de la Griffonnière.

Si bien sûr la jeune Kara appréciait de tout son coeur son benjamin, sa préférence allait cependant à Oswell, avec qui s'évader de la vie à la fois corsetée et balisée d'avance du château devint leur jeu favori. Le garçonnet avait parfois peu de temps à lui accorder, entre ses leçons théoriques et les interminables entraînements à l'épée voulu par son exigeant père ; quoi qu'il en fût, sa cadette trouvait toujours du temps pour lui, et prenait plaisir à s'amuser à ses côtés, quitte à prendre des risques malgré son jeune âge : les créneaux du chemin de ronde surplombant l'abime n'avaient plus de secrets pour eux, intrépides équilibristes donnant bien des sueurs froides à Lady Connington, ainsi qu'à leurs infortunés professeurs. Combien de fois Kara le rejoignit en catimini à la bibliothèque tard le soir pour qu'il lui fasse découvrir un des livres dont il raffolait, combien de fois Oswell avait-il enroulé autour de son index une des mèches de sa soeur, pensivement, parce qu'ils étaient si proches que cela ne tenait même plus de la taquinerie... C'était pour le futur Lord l'occasion de respirer un peu, une bouffée d'oxygène dans le tourbillon de responsabilités et de leçons intransigeantes que lui imposait sa naissance. En effet, Kofre, père sévère et inflexible, désirait faire de lui un seigneur à son image, plus dur qu'un roc, plus grave qu'une nuit d'orage, lui imposant ainsi un rythme de vie effréné, sans tendresse ni compassion. Lady Lyse acceptait docilement cette éducation, et il n'y avait bien que Kara pour lui redonner le sourire après les disputes l'opposant à leur géniteur...

Cependant, ces oppositions devinrent de plus en plus fréquentes, et de plus en plus violentes. Tout comme Lyse, Kara ne pouvait qu'en être le témoin aussi silencieux que brimé, tiraillée entre deux extrêmes : elle respectait l'autorité de son père, duquel elle suivait la moindre de ses consignes, mais se désespérait de les voir ainsi tous deux s'entre-déchirer. Pourquoi tant d'acrimonie, de mots blessants, marques de trop de ressentiment pour être retenus, regrettés ? Ni l'un ni l'autre n'acceptait de réaliser des concessions, tant et si bien que la situation s'envenimait chaque jour un peu plus. En privé, sa sœur tâchait tant bien que mal d'apaiser le courroux de son ainé... Qu'aurait-elle pu faire, à huit ans...? Tenter de parler au Lord aurait été une folie, quand bien même aurait-elle été plus âgée, quand bien même aurait-elle su quoi dire. Son coeur, partagé entre respect paternel et amour fraternel, ne savait qu'entreprendre, sentant les siens lentement se déliter, inexorablement. Elle aurait voulu, tellement voulu que les choses s'arrangeassent, que tout redevînt comme avant... Mais aussi fort que l'on souhaitât quelque chose, rien ne se passait jamais forcément comme on le désirait. Et tout finit par se briser, comme une corde rompant après s'être désagrégée sans bruit.

Pour ses treize ans, Oswell fut envoyé de l'autre côté de l'Océan, à Essos, afin d'y parfaire son éducation. Un voyage qui n'aurait dû durer que quelques mois, un an tout au plus... Et tout avait été prévu : le retour de l'adolescent à la Griffonnière, après avoir découvert une infime portion de ce vaste monde en compagnie d'un ami du Lord, suivi de nouveaux cours, cette fois dispensés par un seigneur le prenant à son service, comme l'avait décidé Kofre, qui partit dès les voiles du navire emmenant son héritier au loin disparues à l'horizon à la recherche d'un précepteur digne de ce nom. Kara durant cette absence scruta maintes fois l'horizon, à la recherche d'un vaisseau sur le retour, quoi qu'aucune des lettres d'Oswell n'annonçât encore de date concernant son départ de Pentos. La vie quant à elle avait repris au château, plus posée il fallait l'avouer à présent que le père et le fils avaient été séparés ; et quoi que cette atmosphère tranquille plût à la demoiselle, celle-ci regrettait de ne plus avoir son frère à ses côtés. Une présence manquait, ce qu'elle cachait avec un sourire pour ses parents ainsi que son cadet, s'occupant avec tendresse de Kyll tout en, à son tour, suivant les interminables leçons de maintien et autres joyeusetés de la vie de future dame que lui réservaient, conjointement, mestre Marvin et sa septa, Famélia. Consciente qu'elle aussi aurait un rôle à tenir à l'avenir, elle tâchait alors de faire de son mieux, parvenant à chasser Oswell de ses pensées... Pour un temps seulement. Qu'importait, puisque celui-ci allait leur revenir...?

Les Dieux, dans leur infinie sagesse, ainsi que leur insondable cruauté, reprennent ce qu'ils donnent avec une aisance glaçante. Kofre n'avait peut-être pas été assez reconnaissant au Père de lui avoir offert ce fils, exilé sur son ordre sans lui arracher ne serait-ce qu'un regret... Peut-être avait-il tenu pour acquis ce trésor, en oubliant sa chance. Quoi qu'il en fût, Oswell ne rentra pas à la maison. Non, séduit par les merveilles de l'Orient, il avait décidé de rester, et quittant la tutelle de son hête, s'était engagé dans une troupe de mercenaires appelés les Arlequins. Dans une longue lettre adressée à sa mère ainsi qu'à sa sœur, il expliquait ses raisons en ayant la décence de ne point pointer de trop leur époux et père du doigt, pour mieux tenter de leur transmettre son enthousiasme, à quelle point ce pays diamétralement différent des Terres de l'Orage lui semblait plein de promesses. L'avenir, leur assurait-il, serait plus qu'à la hauteur de ses espérances, là où il sentait que son potentiel se trouverait pleinement exploité, et surtout reconnu à sa juste valeur. Au fil des dernières lignes, le jeune homme leur rappelait son affection inconditionnelle, pour mieux leur promettre de leur envoyer des nouvelles aussi régulièrement que possible. À Lord Kofre, il ne dédia même pas une note, laissant son tuteur d'Essos expliquer pour lui les modalités de sa désertion familiale.

Car oui, Oswell avait bel et bien déserté les siens. Ce fut le terme qu'employa leur père en apprenant cette décision dramatique. Pendant plusieurs jours, la citadelle résonna de ses cris, le bien-né ne sachant contre qui tourner son emportement, à la fois stupéfait de l'audace d'Oswell, et impuissant, impuissant contre cette volonté au moins aussi forte que la sienne, et ne le craignant plus en rien. L'empire qu'il avait bâti sur sa famille chancelait, le privant de la chair de sa chair, de cet héritier tant attendu. Il ouvrait les yeux, mais trop tard. Son épouse quant à elle ne put retenir ses larmes, ni le malheur qui marqua ses traits autrefois si délicats des marques de l'inquiétude. Ne pouvait-on rien entreprendre pour le ramener ? Ne pouvait-elle partir pour le raisonner ? Kara connaissait la réponses à ces prières, avant même que Kofre n'y réponde : non, bien sûr que non, la Griffonnière n'aurait su perdre, même momentanément, un autre de ses illustres et indispensables membres. De plus, Oswell avait pris sa décision, avec le tempérament buté qui était parfois le sien, personne, pas même elle, ne parviendrait à lui ôter cette fantasque idée de la tête. Le futur Lord Connington, compagnon d'armes de vulgaires guerriers à la solde du plus offrant... Il fallut bien toutes les prières de sa fille ainsi que de sa femme pour que Kofre ne le déshérite sur le champ. Kara... Que dire d'elle, lorsqu'on lui lut la lettre ? Avait-elle comprit de suite ce que cela impliquait ? Oh, le temps allait passer, et le choc premier céder la place à une juste incompréhension, et de nombreuses questions, qui seraient gardées tues : pourquoi les quitter si brusquement ? Certes, ses relations avec leur géniteur s'avéraient mauvaises, il fallait le reconnaître, et ne se seraient certainement pas améliorées comme par magie dès qu'il aurait posé pied à terre... Mais de là à tout abandonner ? À causer tant de peine à Lyse... À elle-même ? En grandissant, ces interrogations devenaient plus lancinantes, plus attristantes également. Méritaient-ils cela, Lyse méritait-elle de ne plus serrer son enfant dans ses bras ? Et elle, elle qui l'avait attendu, qui l'attendait encore, sans trop d'espoir et dès qu'elle en avait le temps, figure solitaire immobile sur le rempart Est, le regard perdu dans l'immensité de la mer ? Le seul qui aurait pu l'éclairer, lui assurer qu'elle n'avait rien fait de mal, n'existait plus dans son univers que sous la forme de missives arrivant plus ou moins régulièrement, parfois accompagnées de présents pour tous. Pas d'accablement, toutefois ! Kara avait des obligations, et ravala donc ses pensées mélancoliques pour mieux être à la hauteur des attentes de son père, soutenir sa mère, et préserver au mieux Kyll de tout ceci... On exigeait d'elle de devenir la parfaite Lady, ce à quoi elle s'employa, peut-être en y mettant moins de coeur qu'auparavant. Cette histoire ferait peut-être moins mal avec le temps...

Pourtant, le sort s'acharna. En 36, dans l'année de ses quatorze ans, Kara fut prise d'une violente fièvre qui la cloua au lit durant près d'une semaine, brisée et frémissante, au point que l'on craignit pour sa vie. À l'aube du dixième jour cependant, les tremblements cessèrent, et sa température tomba aussi vite qu'elle s'était élevée. Le médecin du château ne sut dire à quoi cela fut dû, et l'on tâcha d'oublier ce pénible épisode, aussi mystérieux que bref, les Sept en soient loués. Quelques mois après, Kara commença à éprouver des étourdissements, à se fatiguer plus vite qu'à l'ordinaire. c'aurait pu passer quasiment inaperçu chez l'adolescente, si celle-ci n'avait commencé à éprouver des difficultés à lire. Les mots sur les pages devenaient flous, l'obligeant à froncer les sourcils, ou encore à éloigner l'ouvrage d'elle pour tenter de déchiffrer les traits de plumes devenus arabesques mouvants. On commença à se poser de réelles questions lorsqu'au bout d'un an et demi, mouvoir le livre plus ou moins loin de son visage ne lui permit plus d'obtenir une netteté totale. Allons, Kara serait-elle avant l'heure l'égale de ces vieux mestres ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez ? Aux innocentes boutades un peu tendues succédèrent, malheureusement, une prise de conscience bouleversante : Kara perdait la vue. Au jour le jour, ça n'avait rien d'évident, mais cela demeurait indéniable, ses yeux peu à peu la trahissaient. Le médecin des Connington fit bien sûr tout ce qui était en son pouvoir pour guérir, sinon stopper la progression de cette étrange maladie, mais avoua bientôt sa totale ignorance. Jamais il n'avait rencontré de pareil cas, chez une si jeune personne, et surtout de façon aussi lente, insidieuse : les facultés de la noble s'amenuisaient au fur et à mesure, comme un sablier dont le sable s'écoule inéluctablement. Du choc, tous passèrent à la crainte, et l'intéressée la première : son monde tôt ou tard ne serait plus que ténèbres, un noir insondable duquel elle ne sortirait jamais, privée du visage de celles et ceux qu'elle aimait, qu'elle côtoyait depuis toujours. La panique aurait pu à jamais emporter son esprit, si son rang n'avait été là pour lui rappeler qui elle était, et ce qu'elle devait faire. Ainsi, la Connington prit à nouveau sur elle, afin de ne point devenir un poids sur les épaules de sa famille, une crise de plus après le départ d'Oswell. Elle allait bien ! Qu'ils ne s'en fassent pas, cela finirait par passer, ou par aboutir à un état stable. Il fallait que la Griffonnière garde la tête haute, ce que la rouquine se voyait prête à atteindre, quitte à taire ses angoisses, à édulcorer les descriptions de ses perceptions qu'elle répétait inlassablement aux praticiens se succédant à son chevet. Oh, par le Père, les yeux de Kofre... De mémoire d'homme, on avait rarement vu le Lord faire montre d'une quelconque émotion, figure fière et guindée, même avec ses proches. Pourtant, Kara n'oublierait jamais l'expression de son père, lorsqu'elle lui avoua sincèrement n'être nullement en convalescence : un regard perdu, le pli de sa bouche, autrefois sévère, à présent sincèrement affligé... Plus qu'il n'aurait su ou pu l'avouer. Il garderait ses émotions pour lui, plus que jamais, malgré son chagrin, et sa fille lui voua pour cela une profonde admiration ; à son image, elle se montrerait digne, et effectuerait les tâches requises par son titre aussi longtemps qu'elle en serait capable.

La bibliothèque devint son refuge, sa seule liberté, loin de son cadet plus que jamais à couver, de sa mère prenant difficilement sur elle : une sorte de frénésie intellectuelle s'était emparée d'elle, l'exhortant à dévorer le moindre relié de l'imposante collection des Connington. Des livres venus des quatre coins de Westeros, offerts ou achetés à des négociants en visite, ou même des ouvrages d'Essos furent lus de bout en bout à une vitesse frappante. Les plus belles années de sa vie furent ainsi partagées entre cette sorte de comédie tragique qu'était devenue son existence "officielle", entre les réceptions mondaines où l'on osait à peine la présenter, les cours qu'elle suivait avec peine, et ces longues heures de silence entre les rangées de volumes, à lutter de toutes ses forces contre le temps qui passait. Parler d'obsession serait sans doute un peu extrême ; c'était cependant comme si Kara avait voulu combattre son mal via la lecture, pour lui montrer qu'elle n'abandonnait pas, qu'elle en était encore pleinement capable. Comme si tout ce savoir remplirait le vide se creusant peu à peu autour d'elle, prisonnière d'une bulle se refermant progressivement sur elle... En 39, la jouvencelle ne voyait plus à un jet de pierre, et les contours des visages se métamorphosaient en masques grimaçants, de plus en plus indistincts même lorsqu'elle tentait de les discerner. La bibliothèque visitée de fond en comble, c'était avec bonheur qu'elle retrouvait une amie de toujours, Rohanna Trant, également amie d'enfance d'Oswell. La jeune noble avait accepté avec beaucoup de bonté d'effectuer le trajet de sa propre résidence à la Griffonnière, plutôt que de recevoir Kara en son propre fief comme maintes fois naguère. Tous ces voyages effectués dans une autre vie, en compagnie de Lord Kofre emmenant ses enfants visiter la noble cité d'Accalmie, et rencontrer la pupille des Baratheon, Elenei Lannister, à laquelle les Connington se lièrent aussi étroitement qu'avec Rohanna... Quoi qu'il en soit, cette dernière mit tout son coeur à distraire son infortunée camarade, la réapprovisionner en lecture, et surtout commenter ensemble les lettres que leur envoyait Oswell depuis Essos. Cette enthousiaste présence ragaillardissait à chaque fois la malade, qui prenait plaisir à découvrir avec Rohanna quels présents exotiques sont frère leur avait fait parvenir entre deux missions, pour mieux trembler en secret en découvrant les aventures parfois périlleuses desquelles il s'était tiré sans un mal. Oubliant leurs différences de rang, les deux damoiselles se soutenaient mutuellement, aide qui permit certainement à Kara de conserver la tête hors de l'eau, au sein d'une maisonnée toujours plus soucieuse de son dépérissement.

Les Dieux quant à eux ne se désintéressaient en rien des Connington, malheureusement. En 41, il fut décidé que Kara emménagerait au sommet de la Tour Blanche, afin de lui éviter la moindre fatigue, ainsi que l'agitation propre à la vie de la forteresse. Lui serait apporté tout ce dont elle nécessiterait ; quant à ses visites, elles se limiteraient aux membres de sa famille, à Rohanna dont le nom ne pouvait souffrir d'aucune interdiction, ainsi qu'aux domestiques. Quant aux bals et autres célébrations, elle n'y assisterait qu'avec l'accord de son médecin du moment, ces derniers continuer de se suivre sans relâche, pour toujours le même résultat, aussi fantaisiste que puisse se révéler leurs remèdes. Kara ne souffrit pas vraiment de cette décision : les êtres lui étant chers pouvaient encore venir la voir, et puis du haut de la Tour, la plus haute de la Griffonnière, elle bénéficiait d'un point de vue remarquable... Comprenez, en réalité, elle n'avait plus la capacité de voir les vaisseaux revenant d'Essos, mais en son for intérieur, elle savait que le jour où Oswell rentrerait, elle le sentirait là, au fond de son coeur.

Un coeur que ce frère absent malmena l'année suivante, alors que les couleurs disparaissaient de son univers, le laissant gris et incertain, et s'assombrissant de jour en jour. De plus en plus dépendante de l'assistance d'autrui, Kara parvenait en effet difficilement à enjoliver sa situation pour mieux rassurer les siens, ainsi qu'à faire illusion auprès de sa septa. Elle ne parvenait même plus à lire, après des mois passés à se fatiguer toujours plus à essayer, et à abandonner à regret à sa mère le soin de lui lire les récits épistolaires d'Oswell. Dame Lyse bientôt n'y tint plus : passant outre la promesse qu'elle avait faite à sa fille de ne point inquiéter son premier né avec des nouvelles alarmistes, elle prit la plume et le supplia de rentrer, au moins pour Kara, pour cette sœur qu'il avait toujours adorée, et qui le lui avait inconditionnellement rendu. D'abord dépitée à l'idée de causer du mouron à Oswell, Kara finit par espérer ce retour miraculeux, plus fort chaque jour. Le revoir, oh, le revoir ne serait-ce qu'une seule fois... Que l'une des dernières images de ce monde qu'elle puisse percevoir soit son visage, ou ce qu'elle parviendrait à en discerner... Avant que tout ne soit que nuit, avant qu'elle ne le perde à jamais.

La réponse leur parvint peu de temps après, comme on sonne le glas un matin d'hiver.

❧❦❧

Allongée sur les draps immaculés de son lit défait, Kara attend. Ses sens se sont aiguisés depuis le début de sa cécité, comme cela arrive fréquemment chez les infirmes. Son odorat s'est fait ainsi plus fin ; quant à son ouïe, elle lui permet de reconnaître le pas de ses proches avec une exactitude de plus en plus poussée. C'est d'ailleurs sa mère qui monte l'escalier de la Tour, de la manière à la fois digne et appesantie par tant d'années de malheurs qui est la sienne. Aujourd'hui, septa Famélia lui a rapporté qu'un navire venu d'Essos avait jeté l'ancre, et que la réponse de son ainé serait certainement à bord. Etrangement ce matin-là, la jeune femme de vingt-deux ans a eu une sorte de pressentiment, une lassitude morne qu'aurait dû pouvoir dissiper l'espérance relative à une potentielle lettre, et surtout à l'annonce d'un retour pour lequel tous avaient tant prié. Fatiguée, elle attend simplement l'annonce de ce qui est, sans se perdre en rêveries enflammées. La porte s'ouvre, et elle relève la tête, pour lui montrer qu'elle ne dort pas ; beaucoup de leurs gens ne savent en effet comment se comporter en sa présence, hésitant à prendre la parole, à signaler leur présence sans en avoir reçu l'autorisation. Kara éprouve de la sympathie pour eux, qui ne montrent aucun dégoût à la servir, quoi que parfois, cet assistanat de presque tous les instants lui pèse, autant que la compassion souvent proche de la pitié qu'on lui témoigne.

-Ma chérie...

Le ton de sa mère, éreinté et précautionneux, trouve un étrange écho en son âme. En une acceptation inconsciente de ce que sa mère va lui dire, et qu'elle soupçonne sans se l'avouer, sans même s'en rendre compte.

-Nous avons reçu la réponse d'Oswell.

-Alors...?

Une inspiration à la fin de sa question, qui suit une légère note se voulant optimiste. Quel que soit le point auquel Lyse souhaite faire plaisir à sa fille, elle ne peut lui cacher la vérité. Elle ne parvient cependant à continuer ; Kara le sent au plancher qui craque à peine, alors que Lady Connington fait passer son poids d'un pied sur l'autre, hésitante.

-... Il ne viendra pas, n'est-ce pas...?

Froissement de tissu ; sa mère baisse la tête, se mord certainement la lèvre, impossible à dire : l'aristocrate est restée près de la porte, tandis que la joue de son enfant repose à nouveau contre le moelleux oreiller de plumes, plaçant Lyse hors d'un champ de vision qui n'existe presque plus. Même si elle avait été parfaitement en face d'elle, Kara n'aurait pu la voir.

-... Je suis sincèrement désolée.

La porte se referme doucement sur la chambre, après quelques secondes de silence. Kara entend de nouveau les pas de sa mère, cette fois qui redescend vers le corps principal de la forteresse, sans nul doute vers son père venu aux nouvelles, désireux de savoir comment elle prend la chose.

Tout son corps se contracte en un élan désespéré, et tandis que ses dents mordent l'oreiller pour étouffer ses pleurs, Kara éclate en sanglots, au sommet de sa tour solitaire.

❧❦❧

Une histoire sombre, que celle de la bien-née... Si sombre que cela ? Un contrat d'honneur retenait Oswell à des miles de là, un contrat qui valait plus que de retrouver sa sœur malade, en passe de devenir aveugle. Eh bien soit. La vie se constituait de choix, bons ou mauvais, et Kara n'était pas de l'étoffe à abandonner sa voix au chapitre. Son affection pour Oswell ne se brisa pas, comme on aurait pu se le figurer, non, elle devint simplement plus adulte : ils étaient deux personnes distinctes, ne partageant plus les mêmes rêves, les mêmes aspirations, c'était ainsi. Ils avaient vieilli, et si leurs cœurs demeuraient liés, chacun possédait à présent son propre chemin ; il aurait été aberrant de s'arrêter soi-même en route alors qu'Oswell lui continuait d'avancer. Ainsi, Kara prit sur elle, et fit de sa détresse une détermination tranquille, quoi que bel et bien tangible. Si ses yeux ne lui serviraient bientôt plus à rien, tout ce qu'elle avait vécu depuis toujours devait lui permettre de s'élever, et non point l'étouffer. Aveugle ou non, elle deviendrait un jour Lady Connington, Griffon des Nuages, et soutien indéfectible de Kyle, qui recevrait sans nul doute dans le futur le rang de seigneur de leur domaine. Son seul regret se résumait à ne pas être capable de remplir une des tâches les plus importantes incombant à une femme de haute naissance : se marier à un bon parti, auquel donner des enfants, et ainsi offrir aux Connington une nouvelle et profitable alliance. Ses rares sorties à l'extérieur du château, du temps où sa vue lui permettait encore de se déplacer sans grand besoin d'aide, avaient certes permis à certains nobles de vanter sa beauté fragile, quoique ce fût cette fragilité-même qui joua le plus en sa défaveur, et qui relégua son caractère doux ou encore, d'un point de vue plus matérialiste, la richesse de sa famille, au second plan. Il s'agissait d'un nouvel échec, et quoi que rien n'ait été encore perdu, la jouvencelle apprit peu à peu à accepter l'idée qu'elle ne se marierait jamais, pas du moins comme l'entendait la coutume. Qui de toute façon pourrait l'aimer assez pour s'unir à elle devant le Père et la Mère, elle l'aveugle enfermée au sommet de sa tour, coupée du monde et sans occasion de briller comme elle le devrait, le méritait ? Aucuns parents n'accepteraient que leur fils scelle son avenir au bras d'une créature atteinte d'une maladie aussi étrange, et invalidante. Courageusement, elle ne se laissa pourtant pas abattre, éclairant la Griffonnière de ses sourires, et s'occupant comme elle le pouvait.

Deux années passèrent ainsi, qui virent Rohanna exhortée par Oswell passer encore plus souvent qu'auparavant, au grand plaisir de son amie à qui elle fit la lecture religieusement à longueur de journée, avant de la guider sur les remparts, afin de profiter de l'air marin. Deux années passées sans qu'on ne les compte vraiment, sans qu'aucun espoir particulier ne vienne enivrer la simple routine des jours s'égrenant les uns après les autres. L'avenir ne l'effrayait en rien, attendu avec la calme résolution d'un coeur assagi, respectueux de la fadeur de ses journées comme on profite du calme plat entre deux tempêtes.

44. Ô joie, Ô bonheur ! Sonnez cloches, déployez étendards ! Que les tambours raisonnent, et que chacun suspende son existence ! Oswell Connington était de retour ! Ce fut Famélia qui la prévint, se départant presque pour l'occasion de son flegme pincé : d'Essos arrivait un fier navire, bondé de troupes, et n'ayant d'autre meneur que son ainé lui-même ! Tout ce temps passé à se faire une raison, à accepter de savoir sa vie de l'autre côté de la mer... Tout cela vola en éclat, alors que son coeur ratait un battement, puis deux. La joie qui l'envahit était sans égale, et balaya toutes ces années, ces quatorze années sans lui. Il fallut toute l'autorité de sa septa pour l'empêcher de courir jusqu'au port : Lord Kofre était lui-même allé au devant du fils prodigue, accompagné d'un détachement armé, afin de s'enquérir de ses intentions. Cela refroidit quelque peu Kara, lui redonnant tout son sang froid ; après tout, Oswell avait peut-être changé... Peut-être plus qu'elle ne le pensait. À son plus grand bonheur, nulle rixe n'éclata, et son frère revint enfin à la maison. Décrire ses émotions alors qu'il pénétrait dans la vaste salle de réception où elle l'attendait aurait été vain, car il n'existe sans doute pas de mots pour les dépeindre précisément. Son œil gauche, à peine valide, lui donna l'impression d'une ombre mouvante, alors que le prénom de son frère franchissait ses lèvres en un murmure plein d'espérance, une espérance récompensée lorsqu'il la serra dans ses bras de toutes ses forces.

Le retour de l'héritier au titre de Lord provoqua un grand remue-ménage à la Griffonnière, comme l'on s'en doute. Oswell passa une semaine entière au chevet de sa soeur, la couvrant d'attention, le coeur serré à la vue de son état proche de la cécité complète. Trop ravie pour s'appesantir sur elle-même, Kara le pria de ne point s'en faire, et de plutôt lui parler de ses voyages, de ces terres inconnues où elle ne se rendrait jamais. Il le fit avec dévotion, et leur lien se renoua, aussi étroit qu'au premier jour.

Cependant, le destin éprouverait encore la résistance de ce lien : en effet, la guerre se déclarait contre le Roi Targaryen, usurpateur selon certains parmi lesquels les Baratheon, pour lesquels les Connington se devaient de combattre. La jeune femme vit ainsi son père et son frère à peine retrouvé quitter la demeure familiale, accompagnés de leurs hommes, non sans avoir assuré à Oswell qu'elle s'en sortirait seule, et que bien sûr elle l'attendrait. Fébrilement, tous suivirent les nouvelles du front, plutôt rassurantes : le conflit débutait lentement, installant un climat pour le moins électrique à travers tout le Royaume. En cette période sensible, Kyll, devenu un homme, et surtout bien décidé à égaler Oswell, le fils adoré, et salué pour son retour malgré sa honteuse défection, décida de lui aussi prendre part à ce conflit, et d'y gagner en respect de la part des siens. Secrètement, il avait été convenu qu'il œuvrerait à l'affermissement des liens unissant la Griffonnière à la rebelle Dorne. Quand il reviendrait, il cesserait d'être happé par l'ombre de son aîné, ce fantôme ayant fait souffrir ses êtres chers, sans même une excuse ! Car à l'instar Kofre oubliant le cadeau que lui avait fait le Ciel naguère en lui donnant de si beaux enfants, Kara comme les autres avaient jugé comme acquis le caractère plus effacé du benjamin de la famille, et fait de sa présence à la Griffonnière une certitude qu'on ne remarque même plus. Lui dire aussi souvent qu'il l'aurait fallu qu'elle l'aimait, qu'il comptait tout autant qu'Oswell... Autant de mots en apparence évidents, mais que la jeune femme n'aurait jamais l'occasion de lui rappeler : la Jonquille Oragienne, nef ramenant Kyll sur le fief des Connington, fut emportée par un courant traître au cours d'une violente tempête, et se brisa sur les rochers, aux pieds des falaises qui déchiquetaient la côte des Terres de l'Orage. Il n'y eu aucun survivant, et seul le ressac durant plusieurs jours ressassa les restes de l'épave, les abandonnant au compte-goutte sur la grève voisine. Inexplicable drame, tragédie subite, stupéfiante dans sa célérité, sa brièveté. Un instant d'inattention, une seconde de trop, et son frère mourrait, emporté par l'écume, un frère dont on ne retrouverait jamais le corps. Aussi forte qu'aurait voulu être Kara, elle ne put que céder à la même détresse qui ravagea Lyse, à qui on volait un garçon, après seulement lui avoir rendu un autre, disparu depuis une éternité. Le sentiment du temps perdu lui serra la gorge durant de longues semaines, au point de lui faire douter de sa propre volonté, alors que Westeros s'embrasait : la guerre opposant les Baratheon aux Targaryen redessinait tout le pays par des lignes de front sanglantes, au gré de batailles aux noms devenus célèbres privant d'innombrables familles de leurs hommes, quel que fût leur âge. Kofre et Oswell demeurèrent loin de la Griffonnière dont le deuil s'avérait encore frais pour soutenir leur seigneur, abandonnant la jeune femme auprès de sa génitrice éplorée, avec un coeur lourd devant à nouveau s'endurcir pour que les Connington ne s'effondrent pas.

Semaines interminables, et chaque jour, des récits sanglants leur arrivant par le biais des voyageurs venus des quatre coins de Westeros. Les Lannister, les Tyrell, les Arryn, chaque grande maisonnée avançait ses pions, dans une valse d'alliances et de faux-semblants officiels. Des batailles menées par les Baratheon, Lyse et Kara, souvent rejointes par Rohanna, recevaient des résumés plus ou moins fidèles par les colporteurs, complétés par des lettres où leurs deux combattants, sans s'appesantir sur les horreurs de la guerre, leur assuraient qu'ils défendaient de toutes leurs forces les couleurs de leur maison, et qu'ils les retrouveraient bientôt.

Bientôt. Un mot qui chez les Connington aurait dû être prohibé, tant à chaque qu'il se voyait prononcé, les membres de cette famille se retrouvaient séparés pour longtemps, à jamais. Kyll lui aussi avait promis qu'il ne serait pas long ; à l'image de son dernier né et de sa belle assurance, Kofre avait tablé que leurs forces impressionneraient assez les Targaryen pour gagner un peu de répit, surtout après la capture de Lady Livia Massey par les Griffons Voltigeurs d'Oswell. La bataille de Cerf-Dragon en décida autrement : surpris au cours de l'année 46 par les forces du Roi, les troupes de Theodan Baratheon se défendirent avec bravoure, pour mieux tomber au champ d'honneur. Kofre paya de sa vie son loyal serment fait au maître d'Accalmie, en s'interposant entre son seigneur et un des dragons de Maegor, Balerion. Le monstre le tua net, avant qu'Oswell ne s'interpose à son tour, ce qui permit au Baratheon de survivre... Et, par la suite, à leur armée de se replier après de lourdes pertes. Le premier fils de la Griffonnière venait d'acquérir dans le sang le titre lui étant destiné depuis sa naissance, ainsi que toutes les responsabilités allant de pair avec pareille qualité. Il regagna ses terres, porteur de la sombre annonce de la mort de Kofre, pour y recevoir le soutien de ses gens, et finir malgré lui de briser sa pauvre mère. Dame Lyse en effet se relevait à peine de la perte de Kyll, deux ans auparavant, et voir l'Etranger lui arracher son époux bien-aimé se révéla être la blessure de trop. Lady Connington se retira auprès de sa fille au sommet de la Tour Blanche, que les deux femmes ne quittèrent plus, Kara faisant son possible pour maintenir sa chère mère en vie. Car c'était bien à petit feu que la noble dame s'éteignait, alors qu'au dehors, de bien viles rumeurs couraient sur leur retraite : son coeur n'en pouvait plus de saigner, depuis toutes ces années, depuis tous ces déchirements n'en finissant plus de se succéder. Inconscientes des mots si durs entachant sous cape leur réputation, faisant d'Oswell un geôlier séquestrant sa génitrice devenue folle, ainsi que sa soeur, fruit d'un désir aussi irrationnel que possessif, elles virent de nouveau leur nouveau seigneur repartir à la guerre... Non, la Dame de la Tour, comme on surnommait assez cruellement Kara, n'avait jamais été retenue de force comme certaines langues mal intentionnées le prétendaient, ni n'avait seulement glissé un regard dans la salle des coffres de la Griffonnière, cachette abritant un secret assez retentissant pour valoir à la curieuse un exil loin du monde au sein de sa propre demeure. Tout ce qu'elle désirait, c'était prier les Dieux de ne plus tempêter contre sa famille, et veiller sur Lyse, avec tout son amour de fille, entièrement dédié à cette femme qui avait tout donné aux siens, sans bornes, sans mot dire, à cette aristocrate à la fois respectable et remarquable dont Kara avait été si proche.

Un beau matin de 47, un an après son cher époux, Lyse Connington fut retrouvée morte dans son lit, éteinte telle une bougie discrètement soufflée par le vent du soir. L'envie d'appartenir à ce monde l'avait quittée, et aussi sincères qu'aient été les rares et timides sourires que Kara était parvenue à faire naître sur son visage éprouvé, elle n'avait simplement plus eu la force de continuer. À son chevet, sa fille chérie la veilla jusqu'à ce que son corps soit emporté dans la crypte familiale, sous le château, vaste dédale creusé à même la falaise où reposaient les Connington depuis la fondation de la Griffonnière. Son ultime demeure, auprès des restes de Kofre, et du mausolée vide dédié à Kyll... Il fallut tout le soutien d'Oswell, demeuré à la citadelle par obligation et ordre des Baratheon, pour qu'elle ravale ses larmes une énième fois, et laisse s'inscrire en elle une nouvelle cicatrice. À présent Lady de la Griffonnière, et Griffon des Nuages, Kara devait plus que jamais effacer ses propres tourments pour mieux servir la renommée de sa maison, autant qu'une infirme sans mari pouvait le faire. La cité endeuillée demeurait vibrante d'activité, les différentes factions devant recevoir matériel et nourriture via la route passant par leur domaine, sans compter qu'Oswell, détestant l'inactivité oisive, avait initier de nouveaux liens commerciaux avec Essos, pour le meilleur, et peut-être pour le pire, car il n'y eut point que des marchandises de valeur qui traversèrent le Détroit à destination de leur forteresse...

Quoi qu'il en soit, dès cet instant, Kara suppléa son frère, faisant de son possible pour l'aider sans, encore et toujours, représenter une charge vivant à ses crochets. Il y a peu, un marchand venu d'Orient leur apporta un remède inespéré, une plante ne poussant qu'au delà des eaux, et qui en infusion parvint à guérir la cécité de Kara. La jeune femme est encore loin d'avoir recouvré toutes ses facultés, mais les couleurs ainsi que les visages repeuplent à présent son monde, à son plus grand bonheur, même si le breuvage l'affaiblit inexplicablement un peu plus chaque jour. Elle, quitter la Griffonnière pour se marier, et ainsi échapper à la chaleur de l'Eté qui ne manquera pas d'éprouver sa santé fragile, comme l'espère son cher Oswell ? Au grand jamais ; ce château est tout ce qu'elle connait depuis toujours, et un univers décrit à travers des centaines de pages lui convient mieux que celui plus réel où tant d'innocents périssent. Cette existence cloîtrée est la sienne, ces murs son foyer, le quitter même par devoir ne reçoit d'elle que de la crainte farouche. Plus que jamais cependant, la châtelaine s'accroche à la vie, et quoi que se vêtant encore de noir en hommage à la défunte Lady Lyse, elle demeure désireuse de profiter de ce nouveau départ auprès d'Oswell, et surtout de cette nouvelle vue. Sans encore réaliser que lorsque les Dieux donnent d'une main, ils reprennent de l'autre, comme par le passé, comme toujours...

❧❦❧

C'est l'histoire de deux enfants qui couraient sur une plage. Ils ont bien grandi maintenant, la vie leur a apporté son lot d'écorchures. La grève est toujours là, il leur arrive même d'encore s'y promener, de s'évader le temps d'un instant. Pourtant, la guerre est à aux portes des Terres de l'Orage : la Griffonnière représente un havre de paix, mais pour combien de temps encore ?
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 13:26

Re- Bienviendu !
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 13:28

bienvenue miss =) si tu as besoin de quoique ce soit, ma boîte MP est ouverte ^^
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 13:30

Bienvenue à nouveau
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 13:39

Merci à vous *-*
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 14:21

OMG je sens que je vais être fan de ton perso!   Bienvenue officiellement  
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 14:53

Bienvenue dans les Terres de l'Orage jolie demoiselle.

J'ai hâte de vous croiser au détour d'un couloir que ce soit à la Griffonière ou à Accalmie =)
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 14:56

Bienvenue parmi nous
Bon courage pour ta fiche, si tu as un soucis, n'hésite pas :)
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 15:37

Une autre Connington  
Bienvenue à toi et bonne chance pour ta fiche !
Et tu sais moi j'ai rien contre les infirmes (surtout si il ont un beau petit minois comme toi)
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 16:00

Merci à tous !


Edrick : Eh bien c'est tout le mal que je souhaite à Kara  j'espère alors que ma fiche sera à la hauteur :P

Edric : ça sera avec plaisir, monseigneur ^^

Arrin : ... Ah, voilà donc les damoiseaux dont m'entretenait mon frère *prend notes  * C'est fort aimable à vous messire, quoi que sans doute une impasse, je le crains
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 17:14

Bienvenue !!
Bon courage pour ta fiche!
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 19:40

Warm welcome mylady!  
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 20:31

Ma soeur      

Encore bienvenue et vu ce que tu m'as envoyé en Mp, tu vas tout déchirer avec ta fiche j'en suis sûr !

Et Arrin, même pas en rêve tu l'approches u_u, sinon je te jure que j'ai de l'imagination concernant ta castration
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Ven 2 Aoû - 21:16

Bienvenuuuuuue !
Bon courage pour ta fiche ! =)

J'espère te croiser très vite en jeu.
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Invité
MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Sam 3 Aoû - 1:13

Bienvenue avec ce très joli personnage Les Terres de l'Orage se peuplent de plus en plus !

Bon courage pour ta fiche
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Sam 3 Aoû - 11:13

Welcoooooome chère lady de l'orage et qui en plus est la soeur d'Oswell
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Invité
MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Sam 3 Aoû - 17:26

c'est la sœur d'Oswellouuuu  t'es trop mignonne j'ai envie de te kidnapper (c'est censé être un compliment mais ça fait flipper   )
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Sam 3 Aoû - 17:38

Bienvenue parmi nous et bon courage pour ta fiche  
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MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Dim 4 Aoû - 12:36

Bienvenue chez les fous, jolie Kara  

Très heureuse de voir ce personnage mis en jeu et joué  
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Invité
MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Dim 4 Aoû - 12:45

Un grand merci à nouveau  


Oswell :frotte:  

Allya : Avec plaisir ! ça sera aisé, Kara n'est pas trop loin d'Accalmie ^^

Rohanna : Merci, il me semble d'ailleurs que nous avons déjà un lien  Il y aura un court passage sur Rohanna dans mon histoire, n'hésite pas à donner ton avis ;)

Solveig : Kidnappe, kidnappe, je t'en prie  
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Invité
MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Dim 4 Aoû - 22:28

Oui effectivement ;)
Pas de problèmes Bon courage pour l'écriture de ta fiche
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Invité
MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Mar 6 Aoû - 18:54




AFTER THE CONQUEST


Le staff et moi-même sommes heureux de vous annoncer que votre fiche est validée, Kara Connington. Vous êtes désormais un habitant de l'Orage. En tant que tel, vous êtes soumis aux lois de celle-ci ainsi que celles de Westeros. Au plaisir, donc, de vous croiser dans l'un ou l'autre des Sept Royaumes.

PETITS RAPPELS


N'oubliez pas de :
❥ Recenser l'avatar du personnage.
❥ Déclarer sa famille.
❥ Compléter le registre des multicomptes (si vous êtes un DC, TC, QC)
❥ Ouvrir une fiche de liens.
❥ Assortie à sa soeur, fiche de sujets.
❥ Et de venir prendre du bon temps avec nous !

MESSAGE DU VALIDEUR


Une très belle fiche, bien détaillée et un personnage très intéressant Je te valide Kara pour le plus grand bonheur de ton égoïste de frère ^^

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Invité
MessageSujet: Re: Kara ❧ it's always darkest before the dawn.   Mar 6 Aoû - 18:57

Il n'est pas égoïste, il a juste un très grand sens de la famille  

Un grand merci !
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Kara ❧ it's always darkest before the dawn.

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