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 Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be

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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Mer 24 Juin 2015 - 20:48


Allyria Tarbeck

feat. Nell Tiger Free

♦ Douce ♦ Indépendante ♦ Passionnée ♦ Rancunière ♦ Impulsive ♦ Rusée ♦ Tendre ♦ Combative ♦ Séductrice ♦ Têtue ♦ Volage ♦ Déterminée ♦ Compréhensive ♦ Mature ♦ Stratège ♦ Impatiente ♦ Franche ♦ Sensuelle ♦ Trait ♦ Exigeante ♦ Idéaliste ♦


VALAR MORGHULIS

◮ Titre(s) :
Lady de la maison Tarbeck

◮ Âge :
22 ans

◮ Lieu de naissance :
Château Tarbeck, Terres de l'Ouest.

◮ Situation :
Célibataire

◮ Statut :
Inventé.


◮ Groupe :
Région où se trouve actuellement votre personnage.

VALAR DOHAERIS

◮ Maison :
Je suis une demoiselle de la maison Tarbeck, maison prestigieuse et honorable des Terres de l'Ouest. Notre famille est fière de ses origines remontant aux Premiers Hommes et de ses liens importants avec les plus grandes maisons de l'Ouest.

◮ Famille :


Parents
Lord Jason Tarbeck (-14,47) + Lady Serra (Lefford) Tarbeck (-3,-)

Frères et soeurs
- Ser Alyn Tarbeck, (15,43). Mort à la Bataille de l’œil Dieu.
- Lord Hadrian Tarbeck (18, 47) + Lady Sonya (Westford) Tarbeck. Devenu Lord Tarbeck à la mort de son père, pour seulement quelques mois puisqu’il perdit la vie lors de la Deuxième Bataille de Pyke, organisée en vengeance du meurtre de Lady Lorelei Lannister.
- Septa Melara (Tarbeck) (23,-)
- Lord Deran Tarbeck (24, -) +Lady Ana (Marpheux) Tarbeck. Devient Lord Tarbeck à la mort de son frère Hadrian, en 47.
- Ser Doran Tarbeck (25, -), frère jumeau.


◮ Informations complémentaires & faits divers :


Depuis son retour sur les terres de la famille Tarbeck, Allyria apparaît comme une étrangère. Vêtues de robes venues des contrées exotiques, n'agissant pas comme il se doit pour une lady de grande maison, c'est à dire avec discrétion et restant soumise à l'influence du chef de famille.

uc




DIS-MOI TOUT...

Comment vivez-vous l'instabilité politique et les guerres qui enflamment Westeros ? Comment le supportez-vous au quotidien dans votre région ? ✒️ Je ne pourrais guère dire en quoi le conflit a pu influencer la situation de ma terre natale, je l'ai quitté il y a maintenant quelques années. Pourtant cette guerre aura pris la vie de deux de mes frères déjà, et tant d'autres vies à travers les Sept Couronnes. Je ne peux que remarquer la différence marquante entre la vie paisible que j'ai menée durant ces deux dernières années dans la belle cité de Pentos, et la vie bouleversée que j'ai retrouvé à Château Tarbeck. Il est temps que cette guerre se termine et que nous puissions tous panser nos plaies.

Suite au Jugement des Sept et ses révélations qui ont ébréché la toute puissance de Maegor, comment vous positionnez-vous par rapport au règne du Cruel ? Soutenez-vous Maegor ou Jaehaerys et comptez-vous agir ? ✒️ Je me moque de celui qui posera son royal séant sur le trône, mais si l'on devait un jour me demander mon avis je dirais qu'aussi jeune qu'il puisse être Jaehaerys reste le roi légitime. A quoi bon créer des lois si l'on n'en tient plus compte à partir du moment où elles contredisent nos plans ? Je ne peux que tirer les leçons de mon expérience, j'ai brisé les lois implicites de mon père et en est subi les conséquences. Maegor devra à son tour subir les conséquences de l'usurpation du trône de son neveu.

On dit partout que suite à la mort de son mari, la Princesse Daenys Targaryen gagne les faveurs du peuple comme de la cour et semble décidée à agir. La pensez-vous assez forte pour modérer les fureurs du Cruel et influencer un retour au calme ? ✒️ La Princesse Daenys est reconnue pour sa douceur et sa sagesse, il me semble pourtant qu'elle ait été présente aux côtés de Maegor depuis le départ, a-t-elle seulement été assez forte pour faire entendre sa voix ? Comment pourrions-nous espérer qu'elle ne fasse une bonne régente si elle ne peut pas avoir le courage de ses opinions ? Mais je ne suis, après tout, qu'une enfant et mon avis n'est guère plus important que celui de la souris face au dragon.

Quelle est votre ambition personnelle ? ✒️ Durant ces deux longues années mon ambition était de retourner parmi les miens, de retrouver ma place au sein de cette famille qui m'a pourtant tant méprisée. A présent je ne souhaite qu'une chose : conserver ma liberté. Vivre éloignée des conventions de cette société ouestrienne, libre et respectée, a forgé en moi ce besoin d'indépendance et de liberté.


DERRIERE LE MASQUE
• Âge |
22 ans
• Prénom ou pseudo |
Lamaa`
• Sexe |
I am a Lady
• Comment as-tu connu le forum ? |
Je l'ai connu il y a biiiiiien longtemps Par contre je ne sais plus comment
• Autre chose ? |
Je vous aime

image by icapturetheperiodpieces et lilday # code by shiya.

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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Mer 24 Juin 2015 - 20:50


Allyria Tarbeck

« She is free in her wildness, she is a wanderess, a drop of free water. She knows nothing of borders and cares nothing for rules or customs. 'Time' for her isn’t something to fight against. Her life flows clean, with passion, like fresh water. » - Roman Payne


BUT FIRST WE LIVE





AN 36

Le soleil était à son zénith en cette chaude journée, le vent chaud jouait avec les hautes herbes et les feuilles des arbres, assise dans le jardin auprès de son époux, Serra Tarbeck observait avec attention ses enfants jouant plus loin. La vingtaine passée, Alyn et Hadrian étaient déjà des hommes, mais elle prenait un plaisir non dissimulé à observer ses cadets jouer dans la petite rivière courant en contrebas des jardins de Château Tarbeck. De tous ses enfants, Serra Tarbeck chérissait d’un amour tout particulier sa dernière fille, son unique fille encore entre les murs de Château Tarbeck. Le couple qu’elle formait avec Lord Jason avait été béni de plusieurs fils, devenus de forts et beaux jeunes hommes, faisant la fierté de leur père, mais ils n’avaient eu que deux filles, Melara, partie depuis longtemps sur les ordres de son époux, et la jeune Allyria. A neuf ans, la petite fille était le rayon de soleil de la maison et ne laissait aucun répit aux gouvernantes chargées de sa surveillance et de celle de son frère jumeau, Doran. Les enfants jouaient dans l’eau, sous l’œil agacé de leur père et le regard attendri de leur mère. Jason Tarbeck n’était pas homme à se laisser attendrir par de tels spectacles, mais Serra pouvait aller au-delà de la carapace de froideur qu’il s’était créé, elle pouvait voir le père inquiet et soucieux de l’avenir de ses enfants, mais également l’homme soucieux de l’avenir de sa maison. Quoi de plus naturel que de vouloir ce qu’il y a de meilleur pour les siens ? Pourtant la dureté de Lord Tarbeck était connue de tous et crainte de la maisonnée Tarbeck. S’il se montrait plus souple envers les enfants les plus jeunes, en particulier Allyria qui, après tout, n’était qu’une petite fille, il était un homme directif et cinglant avec ses fils aînés. La responsabilité reposant sur les épaules d’Alyn était écrasante, ce fils qu’elle avait tant chéri était devenu, par la force des choses, un guerrier. Et pourtant, à le voir jouer avec sa jeune sœur, il était difficile pour Serra d’imaginer son premier enfant sur un champ de bataille. Alyn était un homme fort mais bon et chaleureux, conscient de son devoir d’héritier il jouait à la guerre comme aimait à le dire Serra, mais il n’en avait guère le gout. Pour ceci, la mère qu’elle était remerciait les Sept. Hadrian, lui, était différent. Assis à l’écart des jeux, observant simplement la scène, elle n’avait guère besoin de l’entendre pour deviner les remarques acerbes qu’il faisait certainement. Elle ne pouvait pas renier l’amour qu’elle avait toujours ressenti pour ce petit garçon aux cheveux foncés, mais elle pouvait presque voir dans sa chevelure le reflet de son caractère. Hadrian était, à l’image de son père, un jeune homme dur et distant, froid et acerbe, ne manquant que très rarement l’occasion de s’en prendre au reste de sa fratrie. Qu’avait-elle donc pu manquer pour faire de lui un jeune homme si haineuse, elle n’en avait aucune idée, et pourtant, s’il lui ressemblait indubitablement, il n’avait rien de la bonté dissimulée de son père. Il ne tolérait aucun débordement de ses frères et sœurs, et depuis l’arrivée des jumeaux, il ne faisait que redoubler de piques concernant la complicité, l’espièglerie, la spontanéité des deux enfants. Deran… Deran n’avait pas eu la place la plus avantageuse, proche en âge de Melara, c’était une amie qu’il avait vu s’en aller vers d’autres horizons, et c’est en jeune garçon timide et réservé qu’il évoluait au sein de cette famille haute en couleur. Il ne serait jamais appelé à être seigneur de la maison Tarbeck, et pourtant il ne pouvait pour autant échapper à la lourde étiquette imposée par son père et seigneur.
Serra Tarbeck fermait les yeux et prenait le temps d’écouter les rires lointains de ses enfants, leurs voix frêles mais empruntes d’une excitation que seule l’innocence peut provoquer, leurs sauts dans l’eau clair de la rivière ; oui, Serra Tarbeck se nourrissait de ce bonheur et de cette innocence, car elle savait qu’un jour, il prendrait fin.






An 43

« Oh s’il te plait Alyn, recommence ! »
Assise dans la rivière, sa petite sœur tentait le tout pour le tout afin de s’assurer qu’Alyn Tarbeck ne partirait pas rejoindre leurs parents assis dans le jardin. Voyant son immobilisme hésitant, ce fut vers Doran qu’elle se tournait, ou plutôt sur lui qu’elle se jetait, le faisant perdre l’équilibre. A les voir tous deux, riant et se battant dans la rivière, Alyn voulu se remémorer de tels moments d’innocence et de joie durant son enfance, et n’en trouva de semblables. S’il avait eu une enfance heureuse, il n’avait jamais pu compter sur son frère Hadrian pour se risquer à tant de chahut. Allyria, elle, n’avait eu aucun mal à faire entrer le chahut au sein de Château Tarbeck.

S’éloignant de la rivière et profitant de la distraction d’Allyria pour prendre quelques instants de repos, il ne pouvait s’empêcher de regarder la petite fille s’amuser comme si rien ne comptait que cette rivière, et leurs moments de jeu.

« Père est bien trop laxiste avec elle. Il envoie Melara loin de sa famille pour être Septa mais il permet à Allyria de se comporter en fille de ferme. C’est absurde. Ce qu’il pouvait trouver adorable à neuf ans ne l’est plus à treize. »

Alyn ne prit pas la peine de répondre à la remarque de son frère, Hadrian n’avait jamais été tendre avec sa fratrie mais il semblait avoir trouver en Allyria la cible parfaite de ses remarques acerbes. Qu’il devait être frustrant pour un jeune homme comme Hadrian, taciturne, solitaire et jaloux de nature, de devoir cohabiter avec Allyria. Il ne pouvait y avoir, au monde, d’êtres plus opposés qu’Hadrian et Allyria, il suffisait de les observer ; tandis que l’une riait aux éclats, éclaboussait, jouait, vivait avec espièglerie et charmait son entourage avec douceur, l’autre n’avait que lui-même pour se comprendre et ne pouvait qu’être envieux de ceux qu’ils venaient à fréquenter.

« Toi aussi tu as toujours été trop proche d’elle. Tu ne la vois pas comme elle est vraiment. »
« Elle a treize ans, Hadrian. Ne cesseras-tu donc jamais de t’en prendre à elle ? »


L’air noir, Hadrian se relevait et s’éloignait sans plus de répartie, le soleil et la joie n’étaient pas des choses qui le rendaient heureux. Visiblement lassée de ses jeux enfantins et profitant du départ d’Hadrian, c’est aux côtés d’Alyn que vint s’asseoir Allyria. A bout de souffle, elle s’allongeait sur l’herbe fraîche et restait un moment silencieuse, les yeux simplement fermés, le visage dirigé vers le soleil. Elle avait été une très jolie petite fille, mais en la voyant ainsi allongée, il ne put s’empêcher de remarquer qu’elle était devenue une très belle jeune fille, à l’image de la femme magnifique qu’avait été, et qu’était toujours, leur mère. Les yeux, à présent ouverts, d’Allyria le scrutaient d’un air qu’il ne parvenait pas à déchiffrer, son sourire n’était plus celui qu’elle avait arboré face au soleil.

« Pourquoi dois-tu partir, Alyn ? Pourquoi ne pas rester ici ? »

La question était bien légitime, pourquoi partir à la guerre alors qu’il pouvait construire une famille à lui et couler de paisibles journées dans le cadre idyllique de la demeure familiale ? Arborant un sourire tendre, Alyn s’allongea à son tour aux côtés de sa jeune sœur et ferma les yeux un temps. Qu’il était bon de vivre de telles journées avant de partir se battre pour la cause royale. Sa quiétude fut de courte durée, la main d’Allyria vint le secouer et sa moue boudeuse réclamait une réponse immédiatement.

« Très bien, très bien, petite impatiente. Mon roi a besoin de moi, il rassemble des troupes pour reprendre le trône qui lui revient de droit. »
« Je ne suis plus une enfant tu sais. Je sais ce que tout cela signifie. C’est dangereux Alyn. »
« C’est la guerre. Mais il est de notre devoir de répondre à l’appel de notre roi. Ne t’en fais pas, Hadrian sera là lui aussi. »
« Est-ce censé me rassurer ? »

Alyn ne put s’empêcher de rire aux éclats, l’antagonisme entre son frère et sa sœur n’avait fait que s’amplifier avec les années, et si Hadrian avait été le maître de ce jeu lorsque Allyria n’était qu’une enfant, il ne pouvait plus toujours en dire autant à ce jour. Attrapant les épaules de sa jeune sœur il l’attira à lui dans une étreinte fraternelle qu’il espérait ne pas être la dernière.

« Ne t’avise pas de mourir, Alyn. »
« Cela ne fait pas parti de mes projets à vrai dire. »

Malgré le rire d’Alyn, Allyria ne semblait pas se détendre et elle se releva pour planter son regard dans celui de son grand-frère.

« Je suis très sérieuse. Ne nous laisse pas, Doran et moi, seuls ici. Tu vas revenir, n’est-ce pas ? »

Allyria avait prié les Sept, longtemps, souvent, elle avait imploré le Père de protéger son grand-frère, au Guerrier de lui apporter la force nécessaire pour terrasser ses ennemis, au Forgeron de rendre son arme plus puissante que jamais, ou encore à la Mère de veiller sur lui comme elle le faisait pour tous ses fils… Mais Alyn ne jouerai plus jamais avec elle dans les eaux cristallines de la rivière de leur enfance, Allyria le compris au regard vide de sa mère, aux traits tirés de son père, et aux sanglots discrets qui avaient échappé à la nurse qui avait été si douce avec chacun des enfants Tarbeck. Lord Jason Tarbeck venait de perdre son héritier, mort en héros pour tous ceux qui soutenaient la cause des enfants du défunt roi Aenys, mais mort en traître pour le roi régnant.

***


Assise au bord de la rivière, je respirais enfin. Il m’avait semblé ne plus pouvoir rester cloitrer dans cette maison habitée par le malheur et le deuil. Il aurait du revenir. Absorbée par les souvenirs douloureux que m’évoquaient cet endroit, je remarquais à peine Doran, Deran et Hadrian assis non loin de moi. Hadrian était à présent héritier des titres et possession de la famille, il était revenu, lui. Comment les dieux avaient-ils pu permettre à Hadrian de vivre lorsqu’Alyn devait mourir ? Tout ceci était si absurde.

« Rentrons, père et mère doivent nous attendre pour le souper. »
La voix d’Hadrian brisa volontairement le silence de recueillement qui s’était institué dans cet endroit où nous nous étions retirés. L’injonction ne laissait place au débat, il était à présent le premier fils et ne comptait pas nous laisser l’oublier. Deran et Doran se levaient à contre cœur et commençaient une lente ascension vers le château. De mon côté je ne parvenais plus à quitter ce lieu, je ne parvenais pas à me détacher de ce souvenir terrible et merveilleux à la fois que symbolisait cette rivière.

« Allyria, lève toi, nous y allons. »
« Je reste encore un peu. Je n’ai pas très faim. »

Alors que je m’attendais à ce qu’il ne me laisse seule, bien trop empressé d’exercer son nouveau pouvoir sur nos frères, c’est une poigne ferme qui s’abattait sur mon bras, me forçant à me lever et à faire face à ce frère que j’honnissais.

« Laisse-moi, tu me fais mal Hadrian ! »
« Alyn a toujours été trop permissif avec toi, tu as pris l’habitude d’être la princesse de ces lieux, mais les choses changent. Lorsque je dis nous rentrons, tu rentres, si je te donne un ordre, en tant que frère ainé et futur seigneur j’attends de toi que tu l’exécutes, pas que tu me tiennes tête. Est-ce compris ? »

Je tentais de me dégager de son contact, sans succès. Hadrian avait toujours été le plus agressif et ambitieux de mes frères, il avait également toujours été mon ennemi dans cette famille. Il fut un temps où son agressivité me peinait, m’effrayait, me désolait, aujourd’hui elle ne faisait qu’alimenter le mépris que je ressentais envers lui.

« Alyn nous a à peine quitté que tu songes déjà à mettre en place la tyrannie de ton règne d’héritier, Hadrian ? Désolée de te décevoir mais père n’est pas encore mort, tu n’es donc rien. »

La rage que je voyais dans ses yeux ne laissait place au doute, ma réponse avait fait mouche et n’avait en rien apaisé les choses, elle n’était pas faite pour cela. Deran était bien trop réservé pour oser s’élever contre Hadrian, et Doran s’y risquait sans pour autant parvenir à désamorcer l’animosité que notre grand-frère avait envers moi. Ni celle que j’avais envers lui. Lorsque le dernier de mes mots s’envolait dans les airs pour n’être plus qu’un souvenir piquant, Hadrian éleva la main, il allait enfin réaliser ce que je devinais être un fantasme incroyable pour lui : me donner la leçon qu’il estimait devoir me donner.

« Hadrian. Ca suffit. Le diner est servi. Venez tous les deux. »

La voix de notre père eut pour effet immédiat de freiner instantanément les ardeurs violentes de celui qui se considérait déjà comme maître de ces lieux et de ses habitants. Sa poigne s’effaça, ne laissant qu’une marque rouge sur ma peau.

« Nous voilà, père. Toi... Notre conversation n’est pas terminée. »



***



An 42

Deran Tarbeck avait toujours été un jeune homme réservé, discret, certains auraient ajoutés timide. Pour sa part, il préférait se définir comme un garçon observateur et distancié du quotidien et de ses menus tracas. Il aimait à observer les gens interagir, il aimait analyser les personnages qu’il côtoyait. Ainsi, Deran Tarbeck n’avait jamais été un grand orateur, il était de ceux qui écoutent beaucoup ; il n’avait jamais été un grand guerrier ou un jeune homme promis à une renommée immortelle, il était de ceux qui restent dans l’ombre et construisent l’histoire pour les illustres. De tout ceux qu’il aimait à observer, sa sœur Allyria était sans doute celle qui retenait le plus régulièrement son attention. Il notait mentalement ses manies, ses expressions changeantes, la manière dont le coin de ses lèvres se retroussait lorsqu’elle était vexée, son air espiègle lorsqu’elle détient un secret. S’il ne s’en ventait pas, Deran était persuadé de connaître sa jeune sœur plus que quiconque.

Assis au pied d’un des arbres centenaires que recelaient les jardins de Castral Roc, Deran Tarbeck observait encore et toujours. Au loin l’héritier tant chéri des terres de l’Ouest, le si beau et pourtant si solitaire Garett Lannister était assis auprès d’Allyria et Taenya Drox, nouvelle amie et suivante d’Allyria. Il aurait pu les rejoindre, écouter leur conversation et peut-être même y participer, mais de là où il se trouvait Deran avait un point de vue idéal. Il pouvait voir le regard timide de la jeune Taenya, le regard de Garett fixé dans celui d’Allyria, et le sourire de cette dernière. Allyria aimait charmer son entourage, et Deran devait admettre qu’elle y parvenait. Sûrement était-ce l’aspect le plus fascinant de la personnalité de sa sœur, celui qui retenait le plus l’attention du jeune homme, celui qu’il tentait de percer à jour. Allyria était une belle jeune fille, à quatorze ans elle était déjà reconnue comme une femme, une épouse potentielle peut-être même, et il était certain que sa beauté n’était que plus galvanisante pour tous les écuyers nobles, aspirants chevaliers, qui gravitaient dans cette cour de l’Ouest. Deran lui-même devait le reconnaître, elle était belle. Cependant, il y avait plus. Allyria n’était pas de ces jeunes filles qui se reposent uniquement sur leur beauté pour charmer, non, elle était douce et enfantine, puis se faisait féroce et combattive, elle se servait de cet esprit qu’elle avait hérité de leur mère pour désorienter ceux qui se risquaient à la courtiser. Les désorienter pour mieux les charmer. C’était intelligent. Elle ne donnait jamais l’impression d’être charmeuse, enjôleuse ou séductrice, elle était effrontée, rafraichissante, elle investissait l’espace, l’emplissait de son parfum et de son rire, elle distillait ça et là une touche d’insouciance, aussi factice soit-elle, et parvenait à faire sien cet espace en fin de compte.

Sans doute était-ce la raison de la haine que lui vouait Hadrian. Deran aimait étudier son frère, il appréciait moins sa compagnie cependant. Hadrian était un être complexe, sans doute aussi complexe qu’Allyria mais diamétralement opposé. Lorsque la jeune fille parvenait à remporter l’opprobe de tous par un mécanisme discret et bien rodé de charme, Hadrian tentait de tout remporter par la force. Deuxième enfant d’une famille puissante, élevé dans l’ombre gigantesque d’un héritier magnifique, il avait attendu son heure de gloire toute sa vie. Peut-être même était-il parvenu à se résoudre à n’être qu’un éternel second, puis était arrivée cette petite fille aux boucles dorées, celle qui avait hérité de la beauté de sa mère et de son intelligence avait immédiatement bouleversé le schéma familial. Doran, jumeau d’Allyria, avait toujours eu un tempérament mesuré et discret, il était bien difficile d’affirmer de même pour sa jeune sœur. Allyria volait le peu de place qu’Hadrian avait obtenu, et cela, Deran le savait, il ne pouvait lui pardonner.

Deran n’était pas seulement observateur aiguisé de son environnement, il était également un jeune homme très lucide. De longues heures il effectuait ces introspections si perturbantes mais infiniment utile à sa connaissance de lui-même. Il n’avait aucune illusion sur ce qu’il était capable d’accomplir. Il avait pensé un temps devenir mestre, la lecture et l’étude étaient après tout les deux domaines qu’il maîtrisait le mieux. Il était réservé, obéissant, sans doute était-il le plus lettré de sa fratrie. Et pourtant il n’avait jamais réussi à sauter le pas, car il n’était pas aussi courageux qu’il l’aurait aimé. Deran Tarbeck se savait faible. Ce n’était pas de ces pensées réconfortantes ni agréables, mais elles n’étaient que le reflet de la réalité la plus crue. Sans doute était-il capable de tenir une épée et de répéter les mouvements enseignés par le maître d’arme, mais il était faible de résolutions. Il ne pouvait s’empêcher d’obéir à Hadrian, tout comme il ne pouvait se battre contre son besoin d’observer Allyria. A de maintes reprises son grand-frère lui avait intimé de mettre fin à ce qu’il nommait si joliment une obsession malsaine, Allyria elle-même avait essayé de transformer cette observation réservée en discussions animées… Mais Deran Tarbeck n’aimait pas autant parler avec Allyria, il aimait la regarder. Sans doute, s’il n’avait pas été si lucide envers lui-même, se serait-il convaincu qu’il ne s’agissait là que d’une étude de l’être féminin, ou bien d’une lubie étrange provoquée par la faute de sa sœur, mais il était lucide et là était son problème.

Absorbé par ses pensées, c’est à peine si Deran avait aperçu les nouveaux jeunes hommes et femmes qui s’étaient ajoutés au petit groupe de sa sœur, ou encore la disparition de Garett Lannister. Au loin, le petit héritier du Roc suivait son grand-père, la tête basse, laissant à contre cœur ce petit groupe de privilégiés qu’il pouvait considérer comme ses amis. Allyria portait une robe aux couleurs des Tarbeck, une rose, tout juste cueillie du jardin des lannisters, avait été délicatement déposée dans ses cheveux, ses longs cheveux dorés tombaient en cascade sur ses épaules et ornaient jusqu’à sa taille… ses joues étaient inhabituellement rouges, elles étaient d’ordinaire plutôt roses lorsque la jeune fille était embarrassée. Le jeune homme à ses côtés était un fidèle de la cour et des tournois, fils cadet de Lord Crakehall et seulement partielle fidèle à la réputation d’hommes au physique puissant de la famille Crakehall.

Deran était un jeune homme observateur, au grand dam de ceux qui conservaient un secret… Le secret n’est possible à conserver que parce que le monde autour ne regarde que lui-même. Le secret est visible sur tout visage pour celui qui savait observer. Le secret était la couleur rouge des joues d’Allyria et le regard insistant du jeune Crakehall.

Deran Tarbeck le savait, la connaissance et l’observation donnaient à celui qui les maîtrise un pouvoir immense, un pouvoir qu’aucune épée ne pouvait atteindre. En cet instant, au milieu des jardins du centre névralgique de l’Ouest, Deran compris qu’il avait cessé d’être faible.

[justify]


An 45

L’été revenait sur Westeros, transformant les Terres de l’Ouest en un paradis floral où le vent marin devenait aussi doux que la brise du soir. Château Tarbeck était animé par l’événement qui allait se produire sous peu, le château et notre maison recevait les grands seigneurs de l’Ouest et avant tous nos Suzerains, la famille Lannister. Les temps avaient bien changés depuis nos jeux dans les jardins de Castral Roc, Garett était devenu seul maître à bord et le temps où il était un petit garçon effrayé par les remontrances de son grand-père était fini. Il était devenu seigneur de Castral Roc, Suzerain de l’Ouest, et il était à présent marié à l’une des filles de Lord Tyrell. De nombreux mois s’étaient écoulés sans que nous ne puissions nous rencontrer à nouveau et les discussions que nous avions pu avoir au milieu de la verdure protégée du Roc me manquaient. En cette journée de fête nous ne recevions pas Garett, mais son grand-père maternel, Lord Godric, ainsi que sa mère, à présent dame de Castamere venue avec son nouvel époux.

Assise face au miroir de ma coiffeuse, je tentais d’arranger mes cheveux, mes bijoux, tout en discutant avec Taenya qui se trouvait non loin de moi, mettant la touche finale à sa tenue également. L’occasion était trop importante pour risquer d’entacher l’image de nos familles respectives.

« Croyez-vous qu’il sera là ? »
« Taenya, nous avions dit que nous n’en parlerions pas ici ! »

Mon amie se leva d’un bond pour me rejoindre et s’asseoir à mes côtés. Elle entama de me coiffer, comme pour faire diversion. Serait-il là… Question bien légitime que je m’étais posée à maintes reprises au long de la journée. Cela faisait déjà de nombreuses années que je connaissais Ryman Crakehall, il avait été de tous nos rendez-vous estivaux. Ryman était ce que l’on pouvait appeler un beau jeune homme, promis à une vie glorieuse. Fils de la famille Crakehall, il se destinait à devenir chevalier, à ce titre il avait été accueilli dans la famille comme écuyer auprès de mon père à l’age de treize ans. Il en avait aujourd’hui dix-huit et faisait la fierté de mon père et de sa maison.

« Aimeriez-vous qu’il soit présent ? »

Chuchottant à mon oreille, Taenya tentait à nouveau d’évoquer ce sujet que j’avais déclaré tabou il y a déjà longtemps. Ryman et moi étions proches, sans doute ne l’avions nous pas toujours été, je n’étais qu’une enfant et il était un jeune homme proche de Deran en âge. Tout avait changé quelques mois auparavant, il était revenu après avoir quitté Château Tarbeck brièvement, il était toujours le jeune homme galant et avenant qu’il avait été, mais je n’étais plus l’enfant qu’il avait connue.

Nous ne faisions rien de mal, tout ceci n’était au plus qu’un jeu. Nous étions deux jeunes gens de la haute noblesse de l’Ouest, nous profitions d’être encore éloignés des affres de la guerre et du destin. Ryman n’avait pas pris part à la guerre, pas encore, et j’étais encore sauve d’un mariage arrangé. Nos promenades sur la côte, nos escapades à cheval loin de la surveillance des gardes de mon père, nos discussions la nuit entière faisait de lui un être cher à mon cœur, peut-être trop cher. Si Taenya paraissait excitée par la situation elle n’en avait pas moins été la première à me prévenir du danger que pouvait représenter une telle situation. Nous n’étions point libres de disposer de nos cœurs et de nos affections, et cela ne devait jamais quitter nos esprits.

Le banquet battait son plein. Déjà de nombreux seigneurs et dames dansaient, je ne pouvais m’empêcher d’être émerveillée par la débauche de tissus précieux et de pierres scintillantes. Les bals, les fêtes, les banquets, tout ceci n’était souvent qu’un prétexte politique pour telle ou telle alliance, il était rare que l’un de ces événements soit donné hors d’un cadre stratégique. Ce soir là était fidèle à cette règle. Hadrian devait se marier, à présent héritier de la famille il se devait de porter haut les valeurs des Tarbeck et donner à la famille la continuité dont elle avait besoin en la personne d’un petit héritier mâle. Lady Sonia Westford était une jeune femme de bonne famille et si elle n’était pas du goût d’Hadrian, selon ses dires, elle un visage aux traits délicats et un sourire des plus doux. Les deux futurs mariés se tenaient côtes à côtes sans échanger un regard ou un mot. Occupée à danser autant que je le pouvais, j’apercevais à peine le regard d’Hadrian se promenant sur la salle, scrutant les mouvements de ceux qu’ils considéraient être sous sa coupe : Deran, Doran et moi-même.

« Une danse, ma sœur ? »

La voix de Doran eut pour effet immédiat de faire naître un sourire radieux sur mes lèvres. Doran était sans doute ce que j’avais de plus cher, il était mon frère, mon autre moi, celui qui pouvait tout comprendre d’un simple regard, celui qui n’était jamais à court de mots pour me rendre le sourire… Esquissant une légère révérence je déposais ma main dans le creux de la sienne et nous repartions tournoyer au cœur du bal.

« Hadrian semble amoureux transi de la jeune femme que l’on lui sert sur un plateau. »
« Ne sois pas cruelle, Ally. Sans doute est-il nerveux, ne le serais-tu pas si tu devais épouser un jeune homme dont tu ignores tout ? »
« Regarde le, Doran ! Il semble tout voir sauf la pauvre Sonia, serait-ce trop lui demander que de se montrer courtois tout au plus ? »

Les discussions concernant Hadrian n’étaient pas rares entre nous. Doran tentait de rester neutre, sans doute ne voulant que très peu se mêler d’une guerre déjà bien entamée entre notre grand-frère et moi-même… Je ne pouvais le blâmer. Serais-je bientôt dans la situation de Sonia Westford ? Assise aux côtés d’un homme méprisable qui ne m’apporterait que du malheur, forcée de sourire aux seigneurs venus à l’occasion de mes fiançailles ? L’idée me révoltait. Pourquoi n’étions nous que si peu libres ? L’amour n’avait-il alors aucune place dans ce monde, fait de négociations et de pactes secrets ?

« Doran, puis-je me permettre de vous enlever votre sœur l’espace d’une danse ? »

Le regard sombre de Ryman Crakehall intervint à point nommé. Cédant sans trop de difficultés ma main à Ryman, Doran s’effaça et alla rejoindre sa place à la table d’honneur. Il était donc venu. Malgré moi cette nouvelle me réjouissait. Déposant timidement ma main au creux de la sienne je tentais de ne pas rougir, mais Ryman ne me rendait pas la chose aisée.

« Je suis heureux de vous voir. Vous êtes si belle ce soir, Allyria. »

La danse fut rapide, beaucoup trop rapide à mon goût, mais à aucun moment nos regards ne purent se détachés l’un de l’autre. Ecrasés par le protocole et l’étiquette, c’est en amis que nous dansions, à distance raisonnable l’un de l’autre, mais nos yeux ne pouvaient cacher ce qui semblait à présent évident à nos cœurs.

« Allons prendre l’air. »

C’est le plus discrètement possible que nous nous evadions de la salle et de sa chaleur étouffante. Les jardins de Château Tarbeck avaient été illuminés pour l’occasion et l’air frais avait permis à mon esprit de redevenir plus clair. Ma main déposée sur son avant-bras, je me laissais guidée par Ryman, silencieuse et embarrassée de ne savoir que dire pour entamer la conversation.

« Je craignais que vous ne veniez pas, votre père avait évoqué la possibilité que vous ne soyez auprès de Garett. »
« C’est, en effet, ce qui était prévu. Seulement je n’ai pu me résoudre à ne pas vous revoir une dernière fois avant de rejoindre l’armée de l’Ouest. »

Sans prévenir il s’arrêta et me fit face. Sa main se saisit de la mienne avec une douceur infinie. Seigneur que faisait-il… S’il s’engageait dans cette voie serais-je seulement capable de maintenir cette distance que nous imposaient les convenances ? S’il continuait à caresser ma main ainsi serais-je seulement capable de ne pas baisser les armes ?

« Allyria… Durant tout ce temps je n’ai pu penser qu’à une chose : vous. Votre regard, votre rire magnifique… Comprenez-vous ce que je tente, bien maladroitement, de vous dire ? »
« Non. Il n’y a rien à comprendre. Ryman nous devrions rentrer, maintenant. »

Fuir. C’était encore ma meilleure option. Dégageant vivement ma main de la douce emprise que la sienne avait exercée, je tentais de regagner à la hâte les coins fréquentés des jardins, de me noyer dans la foule et de retrouver le cadre sécurisant du regard de nos pairs. Seulement il semblait déterminé à ne pas laisser passer cette occasion. Me rejoignant bien rapidement il attrapa mon bras et m’attira à l’abri des regards indiscrets, entre deux bosquets verdoyants rendus obscures par la nuit.

« N’éprouvez donc pas les mêmes sentiments à mon égard ? Me serais-je fourvoyé sur les intentions de vos sourires, de vos regards ? Allyria ne me fuyez pas ! Je repars dans deux jours pour rejoindre les armées de Garett, qui sait quand je reviendrai, qui sait si même un jour je reviendrai… »
« … Taisez-vous. »

Un moment il semblait suivre l’ordre soudain que je lui avais donné. Tout cela était bien trop soudain, il avait été trop impulsif, et c’est avec grande peine que je repoussais le contact physique qu’il tentait d’instaurer.

« Ally ? »

La voix de Doran fut telle un vent de panique et nous ramena à la dure réalité que Ryman avait tenté de fuir depuis le début de notre discussion : nous n’étions pas libres de laisser s’exercer les élans de nos cœurs. Profitant de cette occasion je tentais à nouveau de fuir cette tentation qui nous perdrait tous deux si nous y cédions. Il s’empara à nouveau de mon bras et cette fois-ci n’attendit pas une minute pour déposer ses lèvres sur les miennes. Nous étions perdus. La douceur de ses lèvres eut raison des dernières forces que j’avais jetées dans la bataille que menaient mon cœur et ma raison. C’est avec passion que je lui rendais le baiser qu’il m’avait donné. Une fois. Une seule fois. Nous ne faisions rien de mal. Ceci ne représentait rien. Nous nous aimions, et nous allions nous embrasser une fois avant de nous quitter peut-être pour toujours. Quel était le mal ?

« Allyria, où es-tu ? »

Le deuxième appel de Doran eut raison de notre entêtement. C’est à contre cœur que nous brisions ce lien charnel que nous avions maintenu quelques secondes. Avant de relâcher son étreinte, Ryman chuchota avec empressement :

« Avec ce baiser je sais à présent que mes sentiments ont trouvé écho en votre cœur ! Allyria, si vous m’aimez comme je vous aime, rejoignez-moi une fois le bal terminé ici même. »

Sans me donner le temps de répondre il s’échappa dans la nuit et je suivais son exemple pour retrouver Doran.

Le bal finit comme il avait commencé, dans un tournoiement de soies et de pierreries. Très vite les seigneurs et les dames rejoignirent leurs appartements et ce fut au tour des serviteurs de donner libre court à leur valse pour remettre en état la grande salle de bal de Château Tarbeck. Allongée dans mon lit, aux côtés de Taenya déjà endormie, je ne parvenais pas à trouver le sommeil. J’avais pris la décision de ne pas sortir. Rejoindre Ryman dans les jardins aurait été pure folie… Et pourtant je ne pouvais trouver le sommeil tant la pensée du jeune homme m’attendant dans les jardins m’obnubilait. Prendrait-il cela pour une réponse négative, un rejet de ses sentiments ? Penserait-il que je ne l’aimais guère ? Si j’avais tenté de me voiler la face durant de nombreux mois, je ne parvenais plus à me mentir à moi-même… Ryman occupait mes pensées, et son image faisait battre mon cœur si vite que j’avais l’impression de mourir à chacun de ses sourires. Etait-il possible de ressentir tant d’amour pour un jeune homme ? J’avais beau me tourner et me retourner, je ne pouvais trouver le sommeil. C’était une torture que de l’imaginer m’attendre désespérément, seul dans les jardins, abandonné et inquiet de se voir rejeté.

Je me levais sans réfléchir et recouvrait mes habits de nuits d’un long manteau. La nuit était fraîche mais bientôt le matin se lèverait, apportant avec lui chaleur et lumière aveuglante. Traversant à pas de loups le château je ne trouvais personne sur mon chemin, les uns dormant pour se remettre de leur grande soirée, les autres occupés à ranger les reliquats du festin. Les jardins n’étaient plus illuminés, les bougies s’étaient éteintes d’elles-mêmes et la plus grande obscurité régnait. Pourtant, c’est sans encombre que je retrouvais l’endroit où nous avions convenu de nous retrouver, ou plutôt où Ryman avait convenu que nous pourrions nous retrouver. A mon arrivée celui-ci se précipita et saisit ma main avec empressement.

« Vous êtes venue. »

Il était trop tard pour faire marche arrière. J’étais venue. Par ma présence je lui avais fait la confession silencieuse de mes sentiments à son égard. Sans plus un mot il m’entraînait vers les jardins les plus éloignés, ceux qui surplombaient la mer et la place du haut d’une falaise à pic. Face à face, nous étions à nouveau deux enfants embarrassés, sa main entrelacée dans la mienne, son regard uni au mien, nous restions silencieux et contemplatifs. Nous savions tous deux ce qui était sur le point de ce passer, nous savions tous deux le danger que cela représentait, et malgré cela nous ne pouvions que sourire. Sa main vint caresser ma joue, déclenchant une salve de petites décharges électriques atteignant mon cœur en une fraction de seconde, lorsque cette même main vint se perdre dans ma chevelure, ce fut au tour de ses lèvres d’établir le contact tant attendu. Ce baiser scella le début de tout, nous venions de nous engager l’un envers l’autre et c’est avec plaisir que nous nous abandonnions dans les bras l’un de l’autre. Tout en moi m’avait crié de ne pas le rejoindre, de ne pas céder et de conserver ce mutisme si nécessaire à une jeune fille de grande famille… Tout, sauf mon cœur. Fermant les yeux alors que ses mains parcouraient ma peau, je tentais de faire taire cette voix qui me criait de fuir, cette voix de la raison qui avait jusque là guidé mes actes, mais que je décidais de faire taire en cette nuit unique.

« Nous… nous ne devrions pas faire cela. »

Ma voix n’était qu’un souffle tant ma détermination était faible, tant les barrières que j’avais élevées était vacillantes. Allongée dans l’herbe fraichement coupée, surplombée par Ryman, l’esprit brouillé et les sens troublés, je laissais une dernière porte de sortie, je tentais malgré moi de nous sauver de cet abysse d’opprobre que nous étions sur le point de créer. Pour toute réponse il se contenta de déposer son doigt sur ma bouche, puis un baiser.

« L’amour n’est pas qu’une question de devoir, Allyria… Si nos parents l’ont oublié ce ne devrait pas être notre cas. »

C’est à présent sans plus de retenue que je m’abandonnais dans ses bras. Je n’avais jamais été une jeune fille prude ou pieuse, je laissais cela aux petites filles timides et réservées. Sans doute avais-je, dans un dernier regain de convenances, tenté de me convaincre que je n’avais pas désiré Ryman, que je m’étais laissée séduire… Mais étais-je assez aveugle pour ne pas reconnaître que ce jeu s’était joué à deux ? Sans doute pas. Peut-être l’angoisse de la situation m’avait-elle poussée à redevenir cette petite fille sage que j’avais été, cette petite fille élevée dans le respect le plus strict des Sept et les règles de pudeur et de respect imposées par ce père si rigide qu’était Lord Jason Tarbeck. Mais à présent que j’avais cessé de m’illusionner, je profitais pleinement de ce moment de bonheur que nous partagions tous deux pour la première fois. Seuls au cœur de la nuit, la retenant encore quelques minutes avant que le soleil ne se lève, nous vivions cet amour qui, je le croyais, n’existe que dans les contes et les légendes de nos livres d’enfance, nous nous réalisions en dehors du cadre rigide et étouffant des règles idiotes de notre société.

« Bravo petite sœur. Je constate que lorsqu’il s’agit de salir notre nom et l’honneur de notre famille tu disposes d’une imagination sans égal. »

Non. Pas ça.
Hadrian.

***

Hadrian Tarbeck était un jeune homme froid et silencieux, et il ne comptait pas forcer sa nature en ce soir de fête. Que pouvait-il bien dire à cette jeune fille qui, quoique relativement jolie, ne semblait rien avoir d’intéressant que sa capacité de génitrice à lui donner un fils ? Car c’était bien là le but de toute cette mascarade. Hadrian était à présent l’héritier de son père, et il devait enfanter. La présence des femmes n’avait jamais été chose naturelle pour le garçon qu’il avait été, l’homme s’était enfermé dans une solitude toute recherchée, et aucune femme ne l’avait fréquenté en dehors de sa mère et de son idiote de sœur. Hadrian n’était donc clairement pas un homme tendre et un amoureux courtois. A vrai dire, de l’amour Hadrian ne connaissait qu’une chose : le sexe. Les prostituées et les courtisanes de la ville avaient eu de nombreuses visites et avaient, bien souvent, fait les frais de son appétit bestial pour les choses de l’amour comme il les appelait. Il les aimait ces femmes. Il les aimait à sa manière. Sonia Westford n’était pas une prostituée des bas fonds, elle était une dame… mais les dames ne disposaient-elles pas des mêmes attributs que les autres femmes ? Picorant par ci par là, peu enclin à mettre sa fiancée à l’aise, Hadrian Tarbeck observait la salle d’un regard que lui seul maîtrisait. Comme ils étaient pitoyables à s’agiter comme de vulgaires bouffons au rythme de cette musique agaçante. Au milieu de cette débauche de couleurs criardes et vulgaires évoluait sa petite sœur. Allyria jouait toujours ce même jeu de petite jeune fille innocente et papillonnant de groupe en groupe elle tentait de charmer chacun des hommes de cette pièce. Non, Hadrian Tarbeck ne haïssait pas sa sœur, il avait même essayé de la ramener dans le droit chemin, de la sauver de sa propre inconséquence, mais elle n’était qu’une femme après tout. Alors que le reste de la famille ne cessait de se pâmer devant la douce et innocente petite fille qu’ils croyaient avoir devant les yeux, Hadrian Tarbeck lui voyait clair en son jeu et voyait la femme charmeuse et dangereuse qu’elle était.

Les femmes. Un long sujet de débat entre Hadrian et ses amis, ses quelques amis. Aveuglés qu’ils étaient par leur désir de la chair ils ne voyaient pas plus loin que le galbe d’un sein où la beauté d’un regard, il y avait pourtant plus. Les femmes étaient sans doute les êtres les plus dangereux, dissimulant derrière leurs atours et leurs apparats des trésors de manipulation et de malice. Il était faible de dire qu’Hadrian Tarbeck était misogyne, même si lui-même préférait se penser lucide plutôt que misogyne. Il avait, sans grande peine, percé à jour le petit jeu de sa sœur avec le fils Crakehall, ses œillades, ses sourires aguicheurs… Il allait mettre un terme à tout cela avant qu’elle ne salisse son nom et son héritage. Il avait grandit dans l’ombre d’un frère brillant et adulé de tous, il avait été l’éternel second, puis était arrivée la petite et déjà elle raflait tous les regards et les honneurs… Elle avait eu beaucoup plus d’attention qu’elle ne l’avait mérité, et il ne comptait pas la laisser, en prime, fouler aux pieds ce qu’il devait obtenir de droit. Hadrian Tarbeck le savait, un jour il serait son suzerain, et elle devrait lui obéir ou subir sa punition. Il se prenait à rêver à cet instant, s’imaginant le regard désespéré de la jeune fille, ses supplications, ses protestations, oui… surement protesterait-elle… et ce serait pour Hadrian la meilleure partie de tout ce recadrage. Elle protesterait mais elle finirait par rejoindre le bon côté, par lui obéir et retrouver sa place de jeune fille soumise à ses pairs.

L’occasion, il le savait, viendrait un jour, de la briser. Cependant Hadrian ne s’était pas attendu à ce qu’elle lui soit offerte sur un plateau aussi rapidement. Il n’était pas un grand dormeur et restait souvent sur ses gardes à l’orée sur matin, c’est ainsi que les petits bruits de pas étouffés, le bruit d’un manteau qui traine sur le sol du couloir, des marches d’un escalier que l’on descend, ne passèrent pas inaperçu. C’est en suivant son instinct qu’Hadrian Tarbeck décidait de se poster à la fenêtre de sa chambre, et il constatait avec plaisir que cet instinct ne le trompait toujours pas. Alors que l’horizon était encore sombre mais laissait profiler un début de jour, il fut aussi intrigué qu’agacé de voir la silhouette frêle et blonde de sa sœur émerger dans les jardins et s’y enfoncer avec détermination. Elle était aussi stupide qu’inconsciente. Sortir à cette heure-ci dans les jardins était de toute manière suspect de la part d’une jeune fille de bonne famille comme l’était Allyria. Hadrian s’allongea quelques minutes sur son lit, les yeux fermés il imaginait ce que pouvait être entrain de manigancer Allyria, il imaginait son visage mutin et la voyait se réjouir d’avoir berner son monde, et il ne prenait qu’un plus grand plaisir à se figurer briser sa douce illusion. Il pouvait presque matérialiser dans son esprit les yeux en amande se remplir de larmes amères, les douces et roses lèvres abandonner leur sourire habituel pour une moue souffrante, les joues d’un rose délicat tourner à l’écarlate sous l’effet des larmes versées. Oui, Hadrian Tarbeck aimait sa petite sœur, et il savait qu’elle venait de lui offrir l’occasion de le lui montrer.

Après ces quelques minutes il prit le temps de descendre calmement jusqu’aux jardins, les parcourant méthodiquement à la recherche de la petite fugueuse. Il ne lui fallut pas bien longtemps pour la repérer, et ce qu’il pouvait entendre eu, pour le coup, pour effet de le désarçonner. S’il était imaginé beaucoup de choses au sujet de sa jeune sœur, peut-être n’était-il pas allé assez loin. Emergeant d’un bosquet, il tombait sur le spectacle de sa déchéance la plus totale. Sans doute aurait-il du repartir silencieusement et réveiller son père afin que le vieil homme puisse enfin être mis face au fait accomplit, afin que le vieil homme ne puisse plus jamais défendre sa petite princesse à la face de son héritier. Cependant il trouva bien plus agréable de rester là, d’attendre son heure pour frapper, il était le prédateur et il avait surveillé sa proie de nombreuses années, et elle venait enfin de commettre la faute irréparable qui la précipiterait dans la gueule du loup. Elle était à lui. Il allait enfin obtenir ce qu’il avait tant attendu.

« Bravo petite sœur. Je constate que lorsqu’il s’agit de salir notre nom et l’honneur de notre famille tu disposes d’une imagination sans égal. »

Il aurait pu en rire de plaisir. Le regard de sa petite sœur passant du désir le plus réprouvable à l’épouvante. Elle se savait prise au piège.

« Elle… Elle n’a rien fait ! Elle n’est pas fautive. »
« Elle n’a rien fait ? Vraiment Crakehall ? Tu me sembles pourtant dans un sacré état pour qu’elle n’y soit pour rien. »

S’il s’adressait au jeune homme, Hadrian ne le regardait pas, il ne pouvait plus détacher son regard du visage honteux de sa sœur, de ses yeux baissés et de sa moue épouvanté. Ce spectacle était savoureux et l’héritier de Château Tarbeck ne pouvait plus se départir de son sourire satisfait.

« Nous nous aimons ! Nous allons nous marier ! »

De mieux en mieux. Ce garçon était d’une aide précieuse.

« Ne sois pas idiot, Crakehall. Ramasse tes affaires et remets toi de tes émotions, tu seras parti pour rejoindre l’armée au matin. Aller, aller, laisse moi avec ma sœur. »

Son hésitation fut un peu trop longue au goût d’Hadrian Tarbeck mais il finit par quitter la scène, tentant d’obtenir un dernier regard de la part d’Allyria qui, elle, ne regardait que le sol.

« Rhabille toi. »

Pour la première fois de son existence Allyria sembla ne rien avoir à redire aux ordres que lui donnait son frère, quel doux spectacle que celui de l’obéissance la plus complète. Il sembla à Hadrian Tarbeck que sa sœur n’avait jamais été aussi belle qu’en ce soir de disgrâce, l’air sombre et l’échine courbée.

« Hadrian… »

Quel était ce son si mélodieux qui semblait avoir teinté sa voix d’une beauté toute nouvelle ? Ah oui. La peur. Hadrian s’avança vers sa sœur qui, si elle esquissa un geste de recul immédiat, ne résista pas à l’emprise qu’il venait d’établir en se saisissant de son bras. Caressant sa joue de l’autre main, il tenta de graver dans sa mémoire le regard presque implorant de celle qui l’avait défié tant de fois, de celle qui avait tenté de voler ce qui était à lui, celle qui avait tenté de le faire passer pour une bête cruelle alors qu’il n’était qu’un homme lucide.

« Tututut, ne tente pas de me charmer comme tu le fais avec tous les autres. Je te connais moi, Allyria, je te connais par cœur. Ce soir, tu n’as fait que confirmer ce que je savais déjà. »

« Hadrian, s’il te plait, je sais que tu me hais, mais ne dit rien à nos parents, je t’en prie… Tu sais à quel point cela leur ferait du mal de savoir que… »

« ... Que leur fille adorée se comporte comme une catin ? Sans doute seront-ils peinés oui. Mais là où tu t’égares c’est lorsque tu affirmes que je te hais. Non, je ne te hais pas Allyria, au contraire, je t’aime, et je vais t’aider à retrouver cette place qui est la tienne. Tu vas être obéissante maintenant. N’est-ce pas ? »

« Hadrian… Arrête, s’il te plait… Ne fais pas ça… »
Mais Hadrien était bien trop satisfait de la situation pour arrêter. C’est avec vigueur qu’il trainait sa jeune sœur jusque dans les appartements de leurs parents, et c’est avec la même vigueur qu’il prit le temps de détailler ce qu’il avait vu.

Oui, Hadrian Tarbeck était un homme vil, cruel, manipulateur et malsain. C’est sans aucun doute qu’il prenait tout son plaisir dans le malheur de ceux qu’il estimait l’avoir tourmenté. Il venait de créer la discorde familiale qu’il avait tant attendue, et allait bientôt récolter les fruits de sa patience infinie. Qu’elle était belle. Qu’elle était belle avec ses cheveux désordonnés et ornés d’herbe ; avec son manteau à peine fermé et ajusté. Que la punition serait belle, elle aussi…


***

« Père je vous en prie, pardonnez-moi… J’ai commis une faute, une terrible faute, je la regrette tant depuis la minute où… »
« … depuis la minute où votre frère vous a dénoncée ! Comment avez vous pu… »
« Père je vous en prie… je l’aime. Lui aussi il m’aime. Ce n’était pas la faute de deux enfants inconscients, mais celle de deux êtres qui s’aiment ! »
« Vous avez raison ma fille, ce n’était pas la faute de deux enfants inconscients. Pour ce qui est de Ryman Crakehall il aura l’occasion de recevoir la punition mérité au combat, et si ce n’est pas le cas je m’assurerai qu’il soit puni comme il le mérite. Quant à vous… Jamais plus je ne pourrais poser les yeux sur vous sans ressentir la plus immense et dévorante des hontes. Vous êtes le déshonneur de cette famille. Ne vous ai-je pas gâtée ? N’avez-vous donc pas eu la plus belle des enfances imaginables ? Vous qui étiez libre de laisser libre cours à vos impulsions ! C’est dans la foi des Sept que je vous ai élevée ! Vous étiez la Jouvencelle incarnée, vous étiez ma fierté. Vous n’êtes plus rien à présent. »
« Père, laissez-moi une chance de… »
« ... Sortez. Je ne veux pas vous entendre pour le moment. Vous rejoindrez vos appartements et y serez confinée jusqu’à ce que ma décision soit prise. En attendant je vous conseille de garde le silence et de prier pour le salut de votre âme souillée. »

Les mots de Jason étaient durs, à la mesure de la déception qu’il avait du vivre. Alors que la porte se refermait délicatement derrière celle qui avait été sa fille, Serra Tarbeck pouvait apercevoir la peine traverser le visage de pierre de son époux. Il avait été touché au cœur par cette affaire, et c’était d’autant plus douloureux qu’il avait toujours adoré cette petite fille, comme la prunelle de ses yeux. Elle avait été sa douceur et son réconfort, elle n’était à présent plus synonyme que de douleur et de honte. C’est avec une peine infinie que Serra parvenait à dissimuler les larmes que l’assaillaient. Elle savait que Jason ne pourrait pardonner cet écart à Allyria, elle savait que sa fille lui serait retirée comme on lui avait déjà retiré Melara pour toutes autres raisons. Malgré le fait qu’elle réprouve avec la plus vive colère ce qu’avait fait sa fille, Serra Tarbeck ne pouvait s’empêcher de redouter la décision de son époux.

« Jason… »
« Elle doit partir Serra. Vous le savez aussi bien que moi. Elle partira dans une semaine pour être offerte à l’ordre des septas. Et à partir d’aujourd’hui je ne veux plus jamais que mention soit faite de cette enfant. Nous n’avons plus de fille. »
« Jason je vous en prie… »
« La Maison Tarbeck est une noble famille, Serra ! Nous avons un nom à préserver, une histoire, un héritage ! Nous ne pouvons permettre à de tels agissements sous notre toit ! Imagines-tu la disgrâce si cela devait se savoir? Personne ne doit jamais savoir. Allyria ira rejoindre sa soeur pour les mêmes motifs, officiellement. Nous sommes une famille fidèle à la foi. »

C’est sans illusions que Serra tentait de faire changer son époux d’avis. Elle perdrait sa fille quoiqu’elle puisse dire, à vrai dire elle savait qu’elle l’avait déjà perdue. Alors que Lord Jason Tarbeck quittait la pièce en grand fracas, se retirant pour vivre solitairement son chagrin, elle même se laissait aller à de discrets signes de faiblesse. Elle ne pourrait pas voir Allyria avant son départ, seule Taenya Drox était autorisée à rester à ses côtés. Dans l’ombre de la pièce, Hadrian dévisageait sa mère avec tant de distance qu’elle aurait voulu le gifler.

« Je suppose que tu es fier de toi, Hadrian. »
« Suis-je à blâmer, mère ? Trouverez-vous encore des raisons de défendre la vertu d’Allyria en une telle situation ? »
« Etais-tu obligé de te montrer si heureux ? »
« Mais je ne le suis pas, mère. Tout comme vous c’est avec peine que je subis la souillure de notre petite princesse. Imaginez ma stupeur lorsque, errant dans les jardins en guettant le petit matin, je tombais sur ma jeune sœur, que j’imaginais si pure et innocente, se vautrant dans la luxure telle une catin ! »

A ce mot, la patience de Lady Serra se perdait et c’est avec colère qu’elle giflait son fils. Celui-ci perdit, certes, son sourire, mais retrouva ce regard qui lui était propre, mêlant colère, vexation et mépris.

« Je vois. Je vous laisse à votre chagrin, Mère. »




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Invité
MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Mer 24 Juin 2015 - 20:54

Ohhh, mon dieu une tête blonde !

Je te souhaite beaucoup de chance et d'inspiration pour ta fiche, et bienvenue sur ce forum.

Que la force soit avec les gens de l'Ouest.
(PS : Si tu as des questions n'hésites pas.)
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Ven 26 Juin 2015 - 14:23


Allyria Tarbeck

« She is free in her wildness, she is a wanderess, a drop of free water. She knows nothing of borders and cares nothing for rules or customs. 'Time' for her isn’t something to fight against. Her life flows clean, with passion, like fresh water. » - Roman Payne


BUT FIRST WE LIVE


***


An 45.

Les appartements autrefois lumineux et pleins de vie de la plus jeune des filles de Lord Tarbeck étaient à présent plongés dans l’obscurité et le silence. Taenya Drox n’avait pu convaincre son amie d’ouvrir les portes de sa chambre, elle était donc assise dans la petite antichambre la jouxtant directement, entendant avec peine les sanglots de la jeune Allyria. Les choses avaient changé à la vitesse de l’éclair, tout allait pour le mieux, les deux jeunes filles avaient eu le plaisir d’assister à un bal merveilleux, de danser, d’évoquer les jeunes hommes menant une cour effrénée auprès d’elles… Mais cette nuit les choses avaient basculées dans l’horreur.

Taenya Drox n’était pas une jeune fille timide comme l’on en rencontre tant, élevée avec la rigueur des Sept, elle était le fruit de l’union de deux cultures si différentes. Si son père était un seigneur de l’Ouest, sa mère, elle, avait grandit dans la haute noblesse de Pentos et n’était arrivée à Westeros que pour se marier. Sa mère était ainsi une femme bien différente de toutes celles que l’on peut croiser dans les rendez-vous mondains de l’Ouest. Elle s’était bien sur adaptée à la culture de son époux et ne laissait entrevoir aucune particularité toute exotique, mais elle avait tenu à ce que ses enfants soient élevés dans l’idée de cette double culture, et notamment ses filles. Les filles de l’Ouest se devaient d’être pures, chastes, discrètes, silencieuses et modestes, et la mère de Taenya ne s’y était pas opposée, mais les filles d’Essos étaient indépendantes, fortes, combatives, elles étaient souvent leurs propres maîtres et ne se laisser dicter leur conduite par personne d’autre qu’elles-mêmes. Lady Drox avait ainsi fait de Taenya une jeune fille pleine de ressources et de revendications qu’il était bien souvent difficile pour Lord Drox de diriger. Elle n’en avait été une amie d’enfance que plus précieuse pour Allyria Tarbeck.

Au petit matin, après près d’une semaine de réclusion et d’isolement, le moment fut enfin venu de partir. Allyria n’avait accepté de voir Taenya que deux jours auparavant, après une longue période de désespoir. Il était si difficile pour Taenya d’imaginer sa jeune amie devenir Septa, elle qui n’était qu’impulsion, vie, rire, elle allait être réduite à une vie de servitude et de soumission, une vie sans couleur et sans amour… Comment un père pouvait-il être assez cruel pour faire cela à son enfant ? Bien-sûr la faute avait été conséquente, Allyria avait bafoué toutes les règles imposées par la société patriarcale de Westeros, mais n’en était-elle pas sa fille pour autant ?

Assise près de la fenêtre, ouverte pour la première fois depuis plusieurs jours, Allyria observait les jardins qu’elle avait tant aimés, lieu même de sa déchéance. Le regard perdu à l’horizon, elle semblait ne plus être capable de rire comme elle le faisait avant. L’observant d’un coin retiré de la pièce, Taenya ne savait plus quoi dire pour rendre le sourire à celle qui était sa plus chère amie.

« Ally… »
« Ne dites rien, Taenya… Il n’y a plus rien à dire. J’ai été si inconsciente… Je paie le prix de mon inconséquence. »

La voix d’Allyria, rauque de chagrin, brisa le cœur de Taenya qui ne put plus se retenir de rejoindre son amie et de l’étreindre avec vigueur.

« Ne dites pas cela ! Vous n’avez rien fait qui mérite une telle sanction ! Vous avez suivi votre cœur, vous avez été amoureuse, entière, vivante ! Est-ce là un si grand crime ?! »

Pour toute réponse, Allyria déposa sa tête dans le creux de l’épaule de Taenya qui continuait à l’étreindre comme la sœur qu’elle avait, finalement, toujours été. Le jour se levait sous les regards inquiets et tristes des deux jeunes filles et, Taenya le savait, cela signifiait que le départ était proche. Elle avait demandé à accompagner Allyria jusqu’à son nouveau lieu de vie, un dernier voyage qu’elles feraient ensemble avant de devoir se quitter pour toujours. La porte qui s’ouvrait à la volée laissait pénétrer dans les appartements Hadrian Tarbeck. Taenya avait toujours détesté le jeune homme. Elle avait détesté ses regards torves dissimulés derrière une apparence de grand seigneur, son attitude envers Allyria… Hadrian Tarbeck était un monstre, et cela ne faisait aucun doute pour Taenya qu’il prenait un plaisir sans bornes dans ce que vivait la famille Tarbeck à ce jour.

« Lady Drox, laissez-moi avec ma sœur. »

Taenya hésita un instant, elle n’avait aucune envie de laisser son amie seule avec son frère, celui-là même qui avait précipité sa chute sans se départir de son sourire ignoble. Ce n’est que le hochement de tête d’Allyria, lui indiquant qu’elle devait lui obéir, qui la poussa à se lever et à quitter l’antichambre pour rejoindre la chambre et finir les bagages d’Allyria. Elle ne fermait cependant pas entièrement la porte, à l’affut du moindre débordement d’Hadrian Tarbeck. Mais le jeune homme mis très rapidement fin à ces prétentions en se rapprochant vivement de la porte.

« J’ai toujours détesté les petites fouineuses. »

La porte se claqua et Taenya entendit la serrure se fermer. Malgré ses assaults pour retrouver sa liberté rien n’y faisait, Taenya n’avait plus rien à faire qu’à attendre que la serrure s’ouvre à nouveau. Anxieuse elle guettait le jour qui ne tarderait pas, car alors elles partiraient.


***


Une semaine. Une semaine sans que n’apparaisse la petite princesse aux boucles dorées dans toute autre pièce de la maison que ses appartements. Hadrian n’en était pas mécontent, c’était après tout ce qu’il avait toujours souhaité, et même bien au-delà ! Longtemps il s’était imaginé la marier à un seigneur mineur du Nord ou de toute autre région éloignée de Château Tarbeck, lui signifier par là même que lui seul était habilité à l’offrir à qui que ce soit… Il devait avouer être déçu de n’avoir pu réaliser ce projet murement réfléchi. Mais leur père avait frappé fort en vouant sa petite fille adorée à l’ordre des Septa. Il ne pouvait y avoir de jeune fille moins apte à l’être qu’Allyria, et cela n’en était que plus amusant. Cependant, pour Hadrian Tarbeck, la chose était claire : Allyria était à lui, et lui seul était en mesure de la ramener dans le droit chemin. Sans doute la ferait-il revenir à Château Tarbeck une fois leur père disparu, après tout toute grande famille a besoin d’une Septa pour l’éducation des jeunes filles. A cette pensée, Hadrian Tarbeck dû prendre le temps d’apaiser son esprit tant la perspective était jouissive. Elle serait là, habillée de robes sombres et modestes, ne laissant plus rien voir de sa superbe d’antan, forcée d’obéir aux ordres des maîtres de maison… Oui, Hadrian Tarbeck adorait cette idée.

Il s’était retenu de rendre visite à sa jeune sœur durant toute la semaine. Il voulait garder cette dernière rencontre pour le matin de son départ. Il voulait voir une dernière fois son regard triste, il voulait la voir consciente que plus rien ne la sauverait. Il avait eu, pour compenser, une rencontre des plus intéressantes avec le jeune Crakehall. Celui-ci avait profité des préparatifs de son départ pour rejoindre Château Tarbeck et tenter de plaider la cause d’Allyria une dernière fois. Hadrian avait tenu à lui annoncer en personne le départ très prochain de la jeune fille pour l’ordre des Septa, et c’était donc lui qui avait eu le droit aux suppliques et promesses d’un jeune homme tentant le tout pour le tout pour sauver sa dulcinée. Mais Ryman Crakehall ne pouvait rien, personne ne devait savoir ce qui s’était passé, ni même son propre père, cela était sa seule chance de ne pas tout perdre, alors il se tairait, et il partirait aussi misérable qu’il était arrivé. Pour la première fois de sa courte vie, Allyria était seule pour affronter la légitime sanction, et Hadrian Tarbeck en était heureux.

Lorsqu’il entrait dans les appartements de sa sœur, il la trouva plus misérable que jamais, reposant entre les bras de Taenya Drox qui, pour Hadrian, n’était rien de plus qu’une sauvage. La jeune fille avait beau être la fille de Lord Drox, elle n’en était pas moins aussi celle d’une femme d’Essos, ce genre de femmes que l’on trouve si souvent dans les bordels de Westeros à user de leurs charmes pour survivre. La Drox ne serait pas un obstacle dans cette dernière rencontre avec Allyria, c’était évidemment hors de question, Hadrian Tarbeck devait être seul avec sa sœur, sans l’intervention d’un Doran plus malheureux que jamais d’être séparé de sa jumelle, ou d’un Deran silencieux mais méprisant, sans l’intervention de leur mère qui continuait coûte que coûte à défendre sa fille, ou de leur père visiblement très affecté par ce prochain départ. Non. Personne ne viendrait interférer dans ce qu’Hadrian considérait comme l’apogée de sa victoire. La biche était à terre, blessée, il ne lui manquait alors que le coup de grâce.

« J’ai toujours détesté les petites fouineuses. »

La porte qui se claquait les laissait enfin seuls. Cela ne serait pas long, la lumière qui perçait déjà le ciel noir de la nuit était annonciatrice du jour, et le jour serait alors le départ d’Allyria pour une vie de servitude et de malheur, et pour Hadrian le premier jour du reste de sa vie.

« Laisse-moi. Tu as gagné, ne peux-tu pas me laisser en paix pour mes derniers moments ici. »

Hadrian Tarbeck traversa la pièce à grands pas pour venir se positionner à l’endroit même où s’était tenue Taenya Drox quelques minutes auparavant. De là où il était il pouvait presque sentir le désespoir de sa sœur, le sentir comme le plus doux des parfums, prenant le pas sur le parfum d’agrume que portait la jeune fille.

« Et je devrais te laisser seule pour tes derniers moments à la maison ? Allyria, enfin, c’est bien mal me connaître. »

Hadrian observa avec attention le regard de sa sœur éviter avec talent le sien pour se porter sur l’horizon. Elle tenta bien de se lever et de se rapprocher de la fenêtre pour fuir son contact, mais le jeune homme la retenait sans grande difficulté et la forçait à demeurer assise à ses côtés. Il avait gagné. Que ces paroles, de la bouche de la jeune fille, étaient douces à son oreille.

« J’ai gagné. Que c’est beau de te voir le reconnaître petite sœur. »

Il balayait du revers de sa main une mèche des longs cheveux blonds qui s’était aventurée sur la joue de la jeune fille. Elle lui avait apporté la victoire sur un plateau d’argent, elle avait elle-même provoqué sa chute, s’en était que plus agréable pour Hadrian. Etait-il à blâmer pour ce qu’elle avait fait ? Il n’avait jamais levé la main sur elle, il n’avait jamais manigancé pour la faire trébucher, il n’avait fait que l’observer, attendre tapis dans l’ombre qu’elle trébuche toute seule, et elle l’avait fait. Il aurait pu la rattraper, se taire et ainsi la sauver de ce destin funeste, mais pourquoi l’aurait-il fait ? Elle avait trébuché de la meilleure des manières ! Il la savait enjôleuse et pleine de vices, il la savait prompt à se vautrer dans la luxure, il n’y avait qu’à la regarder, tentant toujours de séduire, de se servir de sa beauté pour assouvir ses besoins sensuels… Peut-être même Crakehall n’était-il pas le premier ? Elle avait enfin fait tomber le masque, et Hadrian Tarbeck ne s’était pas gêné pour concentrer tous les regards sur ce vrai visage qu’elle dévoilait. Il aurait voulu que tous le sachent, il aurait voulu que père Crakehall soit mis au courant, que Godric Lannister, ce vieux fou si entiché de la petite princesse, puisse voir qu’elle n’était qu’une intrigante… Mais son père était catégorique, jamais personne ne devait savoir, car l’héritage des Tarbeck devait être protégé, et Hadrian ne pouvait qu’être d’accord. Cet héritage était à lui. Il ne laisserait pas Allyria le souiller.

Finalement il la laissait se lever et s’éloigner de lui quelques instants. Elle se rapprocha de la fenêtre, ne lui offrant que son dos, ses mains délicates déposées sur le rebord en bois de la fenêtre grande ouverte, le vent marin soufflant dans ses cheveux à peine ordonnés. Hadrian se levait à son tour et se positionnait derrière elle, faisant fi de sa faible résistance et l’enveloppant presque entièrement de sa carrure imposante. Il déposait ses mains sur les siennes, sa joue contre ses cheveux et le haut de son crâne. Elle était pris au piège et ne pouvait alors plus prétendre ne pas entendre ce qu’il avait à lui dire.

« Petite sœur… Vois-tu, je te connais si bien… Alyn me disait souvent de cesser d’être si cruel avec toi, de mettre fin à ce qu’il appelait du harcèlement… Mais toi et moi savions que ce jeu se jouait à deux. »

Elle ne répondit rien, et si Hadrian ne pouvait voir son visage, il savait qu’elle pleurait.

« Je savais qu’un jour tu mènerais ta propre chute, je n’avais qu’à attendre et ramasser avec délectation les fruits de ta faiblesse charnelle… »
« .. Ca suffit, laisse moi ! Tu ne me connais pas ! Ce n’est pas un jeu ! Tu es malsain, et cruel, et vicieux, et je te souhaite de finir dans le plus ignoble des Sept Enfers ! »

S’en était trop. La forçant à lui faire face, il se permit la gifle qu’il avait si longtemps retenue.

« Alors je n’y serai pas seul ! Tu seras avec moi ! N’as-tu pas entendu père ? Ton âme est vouée à l’enfer et à la colère divine ! Ou toute autre connerie pieuse qu’il est si prompt à débiter ! »

« Qu’ai-je fait de si terrible pour mériter ta haine et ton mépris Hadrian !? Depuis que je suis une enfant tu ne cesses de t’en prendre à moi ! Qu’ai-je bien pu faire pour provoquer tant de colère !? Dis le moi ! »

« Rien. »

Les yeux de la jeune fille s’écarquillaient et démontraient sans détour l’incompréhension la plus complète.

« Rien ? »
« Rien. Tu es comme toutes les autres : faible, charnelle, manipulatrice. Tu te dissimules sous les traits de la Jouvencelle pour mieux donner libre cours à ton vice naturel. C’est mon devoir de t’aider à retrouver la bonne voie, de t’aider à ne plus être cette créature vicieuse. Tu ne pars pas pour toujours, ma douce sœur, je ne te laisserais tout de même pas nous quitter ainsi ! Tu pars oui, mais tu reviendras, tu reviendras lorsque tu auras compris qui est ton maître légitime et lorsque tu seras devenue celle que tu aurais toujours du être. Un jour ce château sera à moi, ces terres seront à moi, un jour je règnerai sur les terres de notre famille, et ce jour-là tu reviendras ma douce sœur. Je te le répète, je ne suis pas ton ennemi, ce que je fais je le fais pour ton bien, je suis celui qui t’aidera à échapper aux Enfers et à la souillure… Ne comprends tu pas que je suis le seul à me préoccuper de ton bien-être ? Alyn… Deran… Doran… Père… Crakehall… Aucun ne te connais comme moi je te connais, aucun ne t’as aimé comme moi je t’ai aimé, ils ont été éblouis par ton masque de chasteté, moi j’ai accepté tes vices, j’ai accepté ta perversité, et je me suis juré de t’aider. »
« Tu es fou ! Devenir Septa est peut-être une bénédiction si cela implique que je puisse ne plus jamais avoir affaire à toi ! »
« Fou ? Peut-être suis-je fou de vouloir aider une âme damnée comme la tienne. Oui. »

Il déposa un long baiser sur son front avant de replonger son regard dans le sien.

« Allons petite sœur, ne sois pas si mauvaise perdante… Regarde, le soleil se lève. Il est temps pour moi de te laisser t’en aller pour quelques temps… »

Il la forçait à présent à regarder vers l’extérieur, retrouvant leur position initiale, et il chuchota à son oreille ces derniers mots qu’il avait tant de fois reformulée. Hadrian voulait que ces derniers mots soient à jamais gravés dans l’esprit de sa sœur, il voulait que jamais elle n’oublie ces mots.

« Tu es à moi. Tu ne l’as jamais accepté, mais un jour tu reviendras et tu le comprendras. Tu ne seras jamais libre. Tu ne l’as jamais été et ne le seras jamais. Je ne te laisserais jamais l’être, Allyria. Tu penses que devenir Septa est un malheur mais que cela te permettra de te libérer de moi ? Grave erreur. Tu ne le pourras jamais. »

Les choses n’auraient pas pu mieux se faire. A peine ses derniers mots s’évanouissaient-ils que l’on frappait à la porte pour emmener Allyria loin d’ici. Déposant un dernier baiser sur la joue de sa sœur qui était restée muette, Hadrian s’éloignait à présent pour laisser au destin la place de se réaliser.

Hadrian n’avait jamais été un garçon très loquace, et pour la première fois il avait laissé à Allyria l’opportunité de le comprendre. Il était un garçon haineux et colérique, un homme distant et froid, un être malsain et dérangé. Cela n’avait jamais été un secret pour personne. Mais alors qu’elle partait, qu’elle quittait cette maison qu’elle avait tant chérie et où résidaient encore tant de souvenirs heureux, Allyria Tarbeck prenait enfin la mesure des vices de son frère. C’est silencieuse et choquée qu’elle suivait les gardes chargés de l’accompagner jusqu'à sa nouvelle demeure, suivie elle-même de Taenya. Il la regardait partir, regardait le convoi restreint quitter la cour d’honneur du château et s’éloigner à vivre allure sur le chemin. Hadrian constatait avec déception l’absence de son père. Tous étaient venus dire au revoir à la petite princesse déchue, et il avait pu observer les larmes de Doran qui perdait sa jumelle, le mutisme de Deran, la peine sur le visage de sa mère… Mais il n’avait pas pu profiter de sa victoire sur leur père. Finalement, son absence même était-elle peut-être la victoire tant espérée. Au revoir, Allyria. A très bientôt ma douce.

***

Ce que l’on croit acquis ne l’est que très rarement, ce que l’on croit certain finit par n’être qu’un écran de fumée. Hadrian Tarbeck avait été des plus certains que sa sœur était enfin neutralisée, qu’elle ne poserait plus de problèmes… Doran Tarbeck n’avait pas été dupe de son manège avec leur sœur et avait tenté le tout pour le tout afin de la sauver. Attrapant un cheval et quelques vivres il s’était élancé à la suite du cortège réduit de sa sœur jumelle, caressant le vain espoir de la ramener à la maison et de faire changer leur père d’avis. Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Depuis sa naissance, Doran Tarbeck avait vécu au plus près de celle qui était sa jumelle, longtemps ils avaient partagé leurs jeux et leurs journées, n’ayant pas besoin de parler pour se comprendre, puis ils avaient été séparés, Allyria élevée dans l’optique de devenir une grande dame et Doran dans l’idée d’être un chevalier… Mais cela n’avait en rien entaché leur relation fusionnelle. Allyria était plus qu’un repère pour le jeune homme, elle était une partie de lui-même, alors comment aurait-il pu le laisser partir ? Il devait l’avouer, il avait honte. Il avait vu sans difficulté le jeu d’Hadrian, son attitude avec elle, et n’avait jamais eu le courage de s’opposer à lui. Doran Tarbeck était un jeune homme calme et réfléchi, il préférait de loin l’action sur le long terme à l’impulsion violente du moment comme pouvaient le faire Hadrian ou Allyria. Mais alors que sa jumelle lui était arrachée si cruellement, il ne pouvait s’empêcher de se maudire pour son immobilisme.

Sa course folle pour rattraper le convoi avait été de courte durée, flanqué de deux gardes chargés de la protection de la famille, Hadrian n’avait eu aucun mal à rattraper son jeune frère et à entraver sa course. Doran pouvait encore se remémorer l’expression triomphante sur le visage de son frère ainé… Il aurait voulu lui faire ravaler sa fierté, mais il savait qu’il avait gagné. Allyria était loin, il était neutralisé, et leur père était résolu à ne plus entendre parler de cette enfant déshonorée. Il leur avait fait promettre de ne jamais parler de cette histoire, de ne jamais dire la vérité sur le départ d’Allyria, elle restait, aux yeux du monde, un Tarbeck, et il était hors de question que leur nom soit souillé.

Cela faisait maintenant plus d’un mois qu’Allyria avait quitté l’enceinte du château familial lorsque revinrent les gardes qui avaient été chargés de la conduire jusqu’à sa nouvelle demeure. La nouvelle n’était pas bonne à en croire leur empressement et leurs mines. Lord Tarbeck avait réuni son épouse et ses fils autour de lui pour recevoir les gardes, rien n’avait filtré de ce qu’ils avaient à annoncé, mais l’heure était grave tous pouvaient le sentir.

« Et bien, parlez. »

La voix de Jason Tarbeck raisonna dans le hall et les gardes ne semblaient que plus intimidés et inquiets.

« Mon seigneur… Nous avons accompagné Lady Allyria jusqu’à Port-Réal comme vous nous l’aviez demandé… Nous n’étions pas encore arrivés en ville lorsque la nuit tombait, nous avons décidé de faire une halte dans une auberge dans les environs de la ville… Il nous semblait que Lady Allyria y serait plus en sécurité… Mais au petit matin elle… elle avait disparu. »

A l’entente de cette nouvelle chacun des membres de la famille se leva, les uns de soulagement, les autres en proie au choc.

« Et vous l’avez laissé vous échapper, bande d’incapables ? »

La voix d’Hadrian s’était faite furieuse, abattant violemment son poing rageur contre l’accoudoir de son siège il se leva, furibond, et entama de menacer les gardes.

« Hadrian. Ca suffit. Où est-elle allée ? »

« Nous avons parcouru la ville en long et en large, il n’y avait aucune trace d’elle. Nous avons questionné chaque personne encontrant notre chemin, et c’est seulement arrivant au port que nous avons eu les réponses… Lady Allyria est montée à bord d’un navire en partance pour Pentos, accompagnée de sa demoiselle de compagnie. »

Doran observa les visages de chacun des membres de sa famille, la colère d’Hadrian ne faisait que grandir à chaque nouvelle information, le visage froid de leur père s’était teinté de rouge, leur mère paraissait plus inquiète que jamais et Deran était en retrait, fidèle à lui-même. Au fond de lui-même, Doran Tarbeck savait que sa sœur avait sauvé son destin et sa vie en fuyant Westeros, elle n’était pas seule et Taenya serait une alliée de poids à Pentos. Et pourtant le jeune homme ne pouvait s’empêcher d’être inquiet pour sa jumelle, elle était si jeune et exilée de sa propre terre natale, elle allait se retrouver dans une ville si différente de celle de leur enfance, si loin de tous ceux qu’elle avait aimé un jour, sur un continent plus qu’inconnu… Silencieux et le visage neutre, Doran Tarbeck adressa une prière fervente mais muette aux Dieux, il priait la Mère de protéger Allyria, à tous les Dieux de lui donner la force de survivre à cette nouvelle épreuve et de lui revenir plus forte que jamais. Allyria reviendrait, il le savait, il ne pouvait en être autrement.







An 45.

Le temps passé en mer n’avait pas été aussi long que je ne me l’étais imaginé, et pourtant il me semblait arriver dans une autre dimension lorsque je posais le pied sur le sol d’Essos. Déposant ma main au creux de celle du capitaine, qui avait eu la gentillesse de nous mener à Pentos et de nous laisser sa cabine, je le laissais me guider sur le pont et hors du bateau. Le port paraissait petit mais il était bondé, soudainement nous étions entourés de vendeurs, de marchands, de navigateurs, d’aventuriers… il me semblait que le monde entier s’était assemblé à Pentos en cette après-midi ensoleillée. Tout autour de moi s’assemblaient des senteurs inconnues, des couleurs aveuglantes de vivacité, tout me paraissait nouveau et plus intense. Les petites maisons du port laissaient bien vite place aux grandes demeures aux toits de tuiles, et c’est à bord d’un attelage envoyé par la famille de Taenya que nous arpentions les ruelles pavées et les rues plus larges. Passant avec curiosité la tête par la fenêtre, je me gorgeais de ce sentiment de liberté que m’offrait cette arrivée à Pentos. Ici je pouvais être moi-même, ici plus personne ne pourrait m’atteindre, j’étais saine et sauve et une nouvelle vie commençait.

La famille Lazaridis, famille maternelle de Taenya faisait partie des familles dirigeantes de Pentos, et occupait à ce titre plusieurs des maisons de maîtres ponctuant la ville. Ce monde m’était encore trop inconnu pour que je puisse appréhender quoique ce soit de matériel, mais Taenya m’avait indiqué que nous serions logées chez sa tante Tyanna Lazaridis. Tyanna était l’ainée de la fratrie, et si c’était bien son frère qui avait hérité des biens de leur père, Tyanna avait tout d’une chef de famille. C’était elle qui avait décidé de nous héberger, elle encore qui avait pris les devants pour que tout soit prêt à notre arrivée… Elle semblait diriger sa famille d’un main de fer. De ce que lui avait conté sa mère, Taenya connaissait le caractère franc et affirmé de sa tante, mais également sa grande beauté. Tyanna avait été très courtisée dans sa jeunesse, et sans doute aurait-elle été choisie par le père de Taenya si elle n’avait pas été fiancée à cette époque. Si Enarya Lazaridis, la mère de Taenya, avait épousé un seigneur désargenté de l’Ouest, son ainée était l’épouse de Syrio Mopatis, deuxième fils de la richissime famille Mopatis. L’union des Mopatis et des Lazaridis, ajoutée à l’union entre les Lazaridis et les Ormollen de part l’union des parents d’Enarya et Tyanna, faisait de ces trois familles une puissant clan de Pentos, et une entité richissime. Ces détails m’avaient été contés par Taenya et je me faisais un point d’honneur à les connaître à la perfection. A la manière des mestres et des septa de notre enfance, Taenya m’avait aidée à apprendre la généalogie des familles de Pentos, et c’était, non sans difficulté, que je parvenais à déchiffrer les symboles affichés aux portails de chacune des grandes demeures, annonçant quelle famille la possédait.

Nous arrivions bien vite devant l’immense portail de bois qui protégeait la demeure des regards extérieurs. Les portes s’ouvrant laissaient bien vite place à un spectacle magnifique de verdure et d’eau jaillissante, de fleurs aux couleurs infinies et d’allées blanches permettant les balades les plus apaisantes. Descendant de l’attelage, je prenais quelques minutes pour observer la beauté de ce qui me tendait les bras. Le jardin me semblait immense, j’avais bien du mal à croire qu’une telle étendue puisse être contenue entre ces murs… Au loin la mer brillait de mille feu, rendue presque rouge par un soleil couchant. Le vent marin soufflait jusqu’ici et ne rendait que plus vivantes les senteurs florales. Un peu plus loin se tenait un verger, recelant visiblement de fruits murs, des oranges et des pommes, des pêches et d’autres encore dont je ne connaissais pas le nom. Le coin du jardin le plus proche de la maison se composait de multiples bassins, certains décoratifs, d’autres servant surement à la baignade lorsque les jours se faisaient cruellement chaud. Je pouvais lire dans le regard de Taenya la même admiration que dans le mien, l’Ouest était une terre accueillante et chaude, mais jamais nous n’avions encore fréquenté de tels endroits.

« Bienvenue ! »

L’arrivée de notre hôte s’était faite silencieuse et c’est bien surprise que nous nous retrouvions face à une femme de grande stature, aux yeux et cheveux sombres, ses cheveux noués en natte et reposant sur son épaule droite, courant jusqu'à ses hanches. Ce que Taenya m’avait dit était vrai, sa tante était une très belle femme, et il y avait quelque chose de puissant chez elle. Par réflexe je pliais le genou devant elle, révérence de gratitude plus que de déférence, mais cela provoqua son rire le plus tonitruant. Elle se rapprocha de moi et pris ma main sans plus de cérémonie. Son autre main vint se déposer sur mon menton, me poussant doucement à relever la tête.

« Nul n’est besoin de courber le genou devant moi, mon enfant. J’ai eu vent de ce que tu as vécu, nous aurons l’occasion d’en reparler, mais en attendant bienvenue dans ta nouvelle demeure. »

Elle indiqua rapidement aux serviteurs de se saisir de nos malles avant de s’apercevoir que nous ne trainions rien d’autre à notre suite que nos pauvres ballotins contenant quelques bijoux que nous avions réussi à sauver de la gourmandise des voleurs et des capitaines. Elle prit le temps de serrer sa nièce dans ses bras pour la première fois, et pendant ce temps je continuais à me familiariser avec ce lieu magnifique.

« Il nous faudra vous faire confectionner de nouvelles robes ! Ce ne sont pas les tissus qui manquent ici. »

Tyanna Mopatis, née Lazaridis, avait donné quatre fils à son époux, mais n’avait jamais eu la joie d’avoir une fille. Comme elle le disait elle-même, elle avait perdu ses fils dès lors qu’ils furent en âge de fréquenter les précepteurs et les entraînements martiaux, mais une fille était un rêve pour toute femme. Elle se retrouvait pourtant aujourd’hui avec deux filles aux mines épuisées, deux jeunes filles habillées de robes aussi sales que froissées.

« Allons mesdemoiselles, je vous montre vos appartements respectifs, puis vous me ferez le plaisir de vous débarrasser de ces haillons. »

L’appartement qui m’était réservé était voisin de celui de Taenya et était somptueux. Se composant de six pièces, il disposait d’une immense salle de bain ainsi que de nombreux balcons donnant sur la mer. La richesse des familles d’Essos n’était pas inconnue pour les habitants de Westeros, mais l’attitude générale était le mépris. Ces hommes n’étaient après tout que des marchands de tapis, comme le disait mon père, certainement pas dignes de figurer au même rang qu’un chevalier de Westeros, et ce, malgré leur argent. Et de l’argent ils devaient avoir… je n’avais jamais encore vu telle beauté. Ces appartements, tout comme le reste de la demeure, était décoré de fleurs fraiches, de marbres blanc et rose, de dorures et de meubles précieux… Il me semblait que tout ici appartenait à un rêve.

Une fois l’heure du diner arrivé, je découvrais de nouvelles pièces de la demeure. Le repas était servi à l’extérieur, sur l’une des terrasses surplombant la mer. Ce que nous proposait la table était un ravissement, une débauche de fruits frais et cuisinés, de plats élaborés et de liqueurs du monde entier.

« Bien, Allyria, le récit de ma sœur n’a pas été très clair sur les raisons de votre venue chez nous. Qu’est-ce qui vous amène à Pentos ? »

Et voilà que ce que je redoutais le plus finissait par se produire. Qu’allais-je bien pouvoir lui dire qui ne lui donne pas l’impression d’héberger une catin – comme l’avait si bien dit Hadrian – sous son toit ? Balbutiant quelques mots inintelligibles, je constatais que mes joues viraient immanquablement au rouge.

« Et bien… J’ai… »
« … Vous êtes approchée de trop près d’un jeune seigneur j’imagine ?»

Mes yeux ronds suffirent à lui indiquer ma surprise et à déclencher à nouveau un rire non contenu chez elle.

« Ne semble pas si surprise, je suis une femme moi également. Les tourbillons de l’amour, la fougue de la jeunesse, les plaisirs de la cour faite par un beau jeune homme… Qui donc pourrait donc te blâmer ? Ton père j’imagine. C’est une bonne chose que tu sois venue jusqu’à moi, que vous soyez venues toutes les deux. Chez moi, les jeunes filles sont les égales des hommes, chez moi l’amour est glorifié et non puni. Pensez-vous que j’ignore tout des affres de la jeunesse ? Allons bon, mangez, dormez, et demain nous commencerons votre éducation. »



An 47

Deux années s’étaient écoulées depuis mon départ de Château Tarbeck, et il me semblait que mon enfance à Westeros n’était autre qu’une vie antérieure, un lointain souvenir me taraudant mais toujours plus flou. Cela faisait deux ans que je grandissais au sein de cette demeure magnifique, ayant pour sœur Taenya et pour frères les fils de Tyanna Mopatis : Saathos était l’ainé et avait été prénommé d’après son oncle, âgé à présent de vingt-deux ans il s’apprêtait à se marier, Daario, dix-neuf ans, venait en second, puis Illyrio, dix-huit ans et enfin Lorath, seize ans, nommé ainsi car il aurait été conçu lors d’un voyage de ses parents dans la baie de Lorath.

Les mœurs d’Essos étaient, comme me l’avait dit Tyanna à mon arrivée, bien différentes de celles de Westeros. Ici il n’était jamais question de chevaliers, de roi, de seigneurs, les Magistères étaient à la tête de la ville, la dirigeaient, et le Prince en était le visage le plus éclatant. Les jeunes filles que nous étions n’étaient pas cantonnées à un rôle de représentation, nous apprenions à discourir, à débattre, nous apprenions à tirer à l’arc et à nous défendre. Nul n’était besoin de prendre garde à ne pas marcher trop proche d’un jeune homme de peur d’être accusée de petite vertu, ici sans doute étais-je un modèle de chasteté… J’appréciais la liberté que m’offrait Pentos et le confort luxueux de la demeure qui était à présent la mienne.

« Ma Lady ? Votre bain est prêt. »

Les bains étaient une tradition des plus agréables à Pentos. Ils ne se réduisaient pas à une simple baignoire étroite, le bain était un rituel. La demeure disposait de plusieurs bassins, à l’intérieur comme à l’extérieur des appartements, l’eau était chauffée puis versée dans ces bassins avant d’être agrémentée d’huiles et de plantes censées garantir des bienfaits divers. Entourée de mes femmes de chambre, je les laissais me préparer pour le bain, retirer la mince robe de tissu richement orné, dénouer mes cheveux, préparer les huiles qui parfumeraient très vite toute la pièce. Il était étonnant de constater que la nudité n’avait rien de tabou ou choquant dans ces contrées. J’avais eu bien des difficultés à accepter cet état d’esprit, moi qui avais été élevée dans l’idée que toute nudité était vice et que toute sensualité était à proscrire chez une personne souhaitant rejoindre un jour l’un des sept paradis. Plongeant dans ce bain à la chaleur réconfortante, je fixais l’horizon, tentant de chasser les pensées de Westeros de mon esprit. Westeros était le passé, Essos était mon avenir.

Ces deux années de vie à Pentos n’avaient vu aucune lettre me parvenir depuis Château Tarbeck. Je ne doutais pas que Doran ait voulu m’en envoyer, mais il ne faisait aucun doute qu’Hadrian ou mon père aient tout mis en œuvre pour les intercepter. Devais-je regretter ces vie laisser derrière moi ? Les paroles entêtantes d’Hadrian ne cessaient de me hanter, je ne serais jamais libre là-bas, jamais il ne me permettrait d’être heureuse… Ici je l’étais. J’étais libre et heureuse. Plus rien ne m’attendait à Westeros, mais Essos me promettait richesse et prospérité, liberté et bonheur.

Il ne fallut, en effet, que très peu de temps pour Tyanna et Syrio Mopatis pour envisager un mariage entre leur deuxième fils et moi-même. Ce projet de mariage n’avait jamais été évoqué de vive voix, mais je n’étais guère dupe de leurs tentatives incessantes de nous laisser tous deux. Il était vrai que Daario et moi étions proches, c’était indéniable nous étions tous deux satisfaits d’avoir l’occasion de passer quelques moments seuls. Il n’était pas rare que celui-ci me rejoigne pour une promenade ou un simple moment sur la terrasse de mes appartements. Qu’il était étrange d’envisager un mariage avec le fils d’un marchand de Pentos… Sans doute mon père se jetterait-il du haut d’une falaise s’il devait apprendre ce projet de mariage, du moins s’il me considérait toujours comme son enfant… Mais il l’avait dit, je n’étais plus rien pour lui, je n’étais plus sa fille et n’étais plus digne de porter le nom des Tarbeck… Sans doute serais-je digne de devenir Allyria Mopatis… Et peut-être, un jour, pourrais-je revoir Doran… Une autre vie, un autre monde.

« Lady Allyria ? Daario est ici. »

Sans attendre ma réponse, le jeune homme s’approchait déjà du bassin où je me trouvais. Sans doute aurais-je du le chasser, du moins pour me laisser le temps de sortir de ce bassin et de me vêtir… Sans doute l’aurais-je faire à Château Tarbeck, mais pas ici.

« Que me vaux l’honneur de ta visite impromptue, Daario ? »

Appuyé nonchalamment contre l’encadrement de l’ouverture menant à la terrasse, me faisant face, le jeune homme souriait avec malice, promenant son regard autour de nous avant de le laisser errer sur les eaux du bassin, rendues opaques par les huiles et autres plantes.

« Il se murmure qu’une femme n’est jamais aussi belle que baignée dans les eaux parfumées… »

« Vraiment ? Quelle douce légende. »

Un sourire aux lèvres j’appelais l’une des femmes de chambre encore présente et lui indiquais de m’apporter un drap pour me sécher. Il me fallut une minute pour me résoudre à sortir du bain devant lui, mais je n’étais plus cette petite fille timide et fragile, j’étais une femme élevée dans les mœurs de Pentos, j’étais une femme forte et indépendante. Ne le lâchant pas du regard, et ne dissimulant pas de mon sourire, je quittais lentement l’écrin protecteur et chaud des eaux du bain. L’air était chaud, mais la brise soufflant sur la ville avait eu pour effet de me donner la chair de poule alors que les gouttes d’eau parcouraient mon corps. Sans trop attendre je m’enveloppais dans le drap blanc brodé que me proposait la demoiselle à mes côtés, avant de le quitter lui aussi pour une robe d’étoffe Myrienne brodée de perles. Les yeux de Daario ne m’avaient pas quitté un instant, j’avais pu sentir l’intensité de son regard sur moi sans même avoir besoin de poser les yeux sur lui. Lorsque je me retournais pour lui faire face, j’étais surprise de le trouver bien plus proche que prévu, à quelques centimètres à peine de moi.

« Sortez »

Son ordre claqua dans l’air et ne laissa aucun autre choix aux jeunes filles que celui de s’exécuter. Puis il se redevint la douceur incarnée, déposant sa main bronzée contre la peau pâle de mon épaule dénudée. Ses lèvres vinrent rencontrer les miennes l’instant d’après, et c’est sans protester que je le laissais m’embrasser avec une passion que je ne lui connaissais pas. Il avait toujours été un jeune homme nonchalant, d’une intelligence pointue et à la répartie toujours piquante. Lorsqu’il consentait finalement à libérer mes lèvres de son emprise, je lui adressais un sourire ravi, déposant à mon tour ma main contre sa peau, jouant avec les boucles de ses cheveux bruns.

« Je ne t’ai que très rarement connu aussi direct… »

« M’épouseras-tu, Ally ? »

La question me désarma, malgré toute la résolution que j’avais engagée dans cet air détaché et provoquant qu’arborait mon visage. L’affaire était sans doute sérieuse pour qu’il dépasse les sous-entendus discrets de ses parents pour l’évoquer explicitement avec moi. Je devais avouer ne pas savoir que répondre… Si une partie de moi-même mourrait d’envie de lui dire oui, la Tarbeck en moi me criait que ce n’était pas une décision raisonnable… Mère en mourrait… Mais sans doute Hadrian aussi, et cette dernière pensée était plus qu’agréable. Faute de trouver les mots, je me lançais à corps perdu dans ce qu’il avait entamé quelques minutes plus tôt, déposant à nouveau mes lèvres contre les siennes et me faisant plus déterminée à lui rendre son baiser que la première fois. Peut-être ne pouvais-je pas l’épouser, ou peut-être l’épouserais-je un jour, mais l’embrasser, le toucher, sentir son parfum… tout cela n’avait rien d’interdit.


***


Allongée sur le ventre parmi les draps, je fixais le ciel perçant à travers l’ouverture menant à la terrasse de ma chambre. Je pouvais sentir la main de Daario parcourir mon dos, déclenchant à chaque nouveau mouvement une salve de frissons. Mes pensées s’envolaient, bien malgré bien, vers cet Ouest natal, et je revoyais le sourire franc de celui qui avait été mon premier amour et mon premier amant. Qu’était devenu Ryman Crakehall ? Etait-il à présent marié et un chevalier reconnu ? Pensait-il toujours à moi ? Alors que le soir était tombé sur Pentos, le soleil d’un rouge éclatant donnait l’impression d’un ciel embrasé. Etait-ce si mal de ne pas se sentir coupable ? Devais-je réellement me flageller pour avoir céder aux appels de l’amour, tant avec Ryman qu’avec Daario ? Si l’on en croyait les seigneurs de Westeros, il n’y avait pas pire souillure, mais si l’on écoutait les mœurs Pentosi ce n’était rien d’autre que l’expression de la vie brulant en nous. Etais-je alors vivante ou damnée ? Rude question pour la jeune fille que j’étais, inspirée tant par son éducation ouestrienne que celle reçu après mon arrivée à Pentos.

« Crois-tu que je sois une personne vicieuse ? »

La question eut le mérite d’ébranler l’air sûr de lui de Daario, fixant son regard dans le mien il prit quelques minutes pour le sonder, cherchant peut-être les raisons de ce questionnement au fond de mon regard azur.

« Pourquoi penserais-je une telle chose ? »

Sa main continuait à parcourir mon dos alors qu’il reposait sur le côté, la tête appuyée contre son autre main. Ce contact, aussi futile soit-il, me berçait et me rassurait, il était aussi doux que le contact d’une plume sur la peau, et pourtant sa peau était chaude et me rappelait que ce contact était celui d’un être humain.

« La raison pour laquelle je suis ici, avec vous… Tu la connais n’est-ce pas ? »
« Evidemment. »
« Les derniers mots prononcés par mon père étaient synonymes d’adieu, je ne suis plus sa fille, je ne suis qu’une âme damnée selon lui. Mon frère, lui, me considère comme une fille vicieuse qu’il faut sauver des Enfers… Alors je me questionne. »
« Ne dis pas de bêtises. Vous autres, ouestriens, faites un bien trop grand cas des choses de l’amour. Qu’as-tu fait de mal sinon obéir à tes instincts d’être humain ? Nous sommes faits ainsi, nous sommes faits pour aimer, pour vivre intensément, pour parler et rire, pour faire l’amour et la guerre… Ne serait-il pas plus vicieux se brider ta nature ? De garder pour toi seulement ce corps et cette sensualité dont t’ont dotée les Dieux ? S’il s’agit d’une demande de tes Sept Dieux, alors mieux vaut les abandonner et te tourner vers les vrais Dieux, ceux qui t’ont créée femme, non martyr. »
« Ne parles pas ainsi… C’est une question… d’honneur. »
« Quel honneur y a-t-il à exiler sa fille pour avoir été femme ? »

Il déposa un baiser sur mon front et m’attira à lui.

« Cesse de te torturer avec ces souvenirs malheureux. Westeros est ton passé. Ton avenir est ici, avec moi. »

Me dégageant de son étreinte je me relevais et me drapait dans le premier tissu me passant sous la main afin de me rendre sur la terrasse. J’avais besoin d’air, de distance, de réfléchir… Westeros pouvait-il n’être que le passé ? Pouvais-je oublier cette famille que j’avais tant aimée ? J’avais perdu Alyn, il nous avait quitté et avait laissé le vide le plus insupportable qui soit. Et Doran… Doran était une partie de moi, mon jumeau, mon double, pouvais-je seulement envisager de ne plus jamais le revoir ? Pouvais-je réellement faire de lui un simple élément d’un passé lointain à oublier ?

« J’ai espéré que Westeros soit ton passé… Mais il semble que tu ne sois pas capable de laisser cela derrière toi. »

Me retournant je faisais face à Daario, tenant dans sa main ce qui ressemblait à une lettre dont le sceau avait été brisé. Appuyé contre le mur il me dévisageait, l’air grave.

« Une lettre est arrivée ce matin. Elle provient de Château Tarbeck. J'aurais du te le dire avant mais... »
« ... Tu l’as lue ? »

Il ne dit rien, mais n’eut guère besoin de le faire pour que je puisse lire sur son visage qu’il connaissait en effet la teneur de cette lettre. M’approchant de lui à grand pas je tentais de me saisir de la lettre, il esquiva ma tentative et maintint le bout de papier à distance. Attrapant mon visage de sa main libre, il resta un instant silencieux, acceptant finalement de me céder la missive après quelques secondes. L’écriture ne laissait aucun doute sur la provenance, la beauté et la délicatesse des lettres de ma mère me revint en mémoire instantanément.


« Ma douce enfant,

Comme il est ardu de prendre la plume pour te parler, après tant d’années de silence. Je souhaiterais tant que tu me pardonnes de n’avoir pas écrit depuis tout ce temps, mais il me semble que trop de choses se sont produites pour que je puisse un jour mériter ton pardon. C’est avec le soulagement le plus profond que j’ai appris ta présence en la demeure de la famille Mopatis, saine et sauve.

Ma douce Allyria, sans doute les mots seraient-ils trop faibles pour exprimer avec justesse la douleur que représente la perte d’une enfant pour une mère… Je t’ai perdue il y a deux années. Bientôt deux ans que notre maison est privée de son soleil, et que je suis privée de ma fille.

Je ne t’écris pas seulement pour prendre de tes nouvelles, je le crains. Il me semblait qu’une telle nouvelle ne puisse t’être annoncée par personne d’autre que moi. Ma douce, ton père nous a quitté. Je ne saurais dire ce qu’il aurait voulu te dire lors de ses derniers instants, mais je sais que tu étais dans son cœur et ses pensées lorsque la vie le quittait. Il n’a jamais été un homme tendre et démonstratif, mais il t’aimait comme il aimait chacun de ses enfants, peut-être même plus…

Je n’ai que trop peu de temps pour t’écrire afin que cette lettre ne t’arrive à temps. Reviens-moi, mon enfant. Il est temps pour toi de retrouver les tiens et de reprendre ta place au sein de la famille. Je ne permettrais pas de te perdre à jamais, et il est à présent temps pour toi de quitter cet exil qui n’a plus de raison d’être. Tu es une Tarbeck, tu es mon enfant, et il n’est plus question que quiconque ne puisse remettre ceci en cause.

Je t’embrasse si fort ma fille, et compte à présent les jours qui me séparent encore de ton retour.


Lady Serra Tarbeck »



Je ne m’étais pas attendue à lire ces mots de la plume de ma mère… Elle qui avait été si silencieuse et discrète lors de mon départ. Mon père était mort. Cette mort était synonyme de deuil sans doute, mais elle symbolisait mon retour d’exil. Les yeux brillants des larmes que je tentais de contenir, je relevais le regard vers un Daario plus sérieux et grave que jamais.

« Que comptes-tu faire ? »
« Je… »
« N’en dis pas plus. »
« Attends ! Tu dois me comprendre ! Ils sont ma famille… »
« Non ! Nous sommes ta famille ! Nous t’avons accueillie alors même qu’eux t’avaient rejetée ! Tu peux rester ici, tu devrais mon épouse, et jamais tu ne manquerais de quoique ce soit ! Au lieu de cela tu préfères retourner sur ces terres qui te privent de toute liberté ? Tu préfères te retrouver à la merci de ce frère que tu m’as tant décrit comme fou ? Ally, c’est un choix difficile mais rester ici te permettras d’être enfin heureuse et libre ! »

Sans doute avait-il raison sur beaucoup de points, mais sur Hadrian il s’était trompé. Mon frère, devenu Lord Tarbeck à la mort de notre père, n’avait eu que trop peu l’occasion de jouir de cet héritage qu’il avait tant attendu. Il était parti se battre aux côtés des Lannisters lors de la Bataille de Pyke, et c’était un homme mutilé et affaibli qui était revenu à Château Tarbeck.

Mon retour à Château Tarbeck avait été organisé de concert entre ma mère et Tyanna Mopatis, qui, bien qu’attristée de me voir quitter sa demeure, n’en accepta pas moins ma décision. Il fut plus difficile pour Daario de l’accepter cependant. Après qu’il m’ait donné la lettre, il se passa trois jours et trois nuits avant qu’il n’accepte de me voir à nouveau.

« Il se murmure que Taenya et toi quittez les lieux demain. »

Il s’était infiltré dans ma chambre alors que la demeure semblait plongée dans l’obscurité la plus totale. Affairée à rassembler quelques unes de mes robes les plus précieuses, je me retournais vers la provenance de sa voix pour l’apercevoir dans la pénombre de la pièce éclairée par quelques rares bougies. Je ne su dire pourquoi, mais son air me glaça le sang. Il était loin de ressembler au jeune homme nonchalant et avenant qu’il avait été depuis notre rencontre.

« Oui. Un navire nous attendra dans le port pour nous ramener à Château Tarbeck. »
« J’imagine que rien ne te fera rester ici, n’est-ce pas ? »
« Daario… »

Il traversait la pièce à une vitesse impressionnante et me bondissait presque dessus, plaquant mon dos contre l’un des portants du baldaquin. Le baiser qu’il entreprenait, le contact de ses mains tentant de dépasser la barrière de ma robe, rien de tout cela ne ressemblait aux élans de tendresse qu’il avait pu avoir auparavant… J’avais plutôt l’impression d’être une proie sur le point d’être dévorée par un animal affamé. J’allais protester mais il s’arrêta de lui-même, emprisonnant mon visage entre les paumes de ses mains, déposant son front contre le mien.

« Crois-tu pouvoir trouver tout cela chez un de ces seigneurs guindés de l’Ouest ? Est-ce pour cela que tu pars ? T’imaginer te marier avec un de ces petits seigneurs me donne la nausée. »
« Il n’est pas question de mariage, Daario. Je rentre pour ma famille, sinon je… »
« … Sinon tu resterais ? Je te connais Ally, tu as besoin de passion, d’amour, d’un homme qui sache te respecter et t’aimer, qui accepte ta liberté et ton indépendance… Aucun de ces seigneurs englués dans leur fierté ne saura t’offrir tout cela ! Moi oui ! Tu ne seras pas une Dame, mais tu seras riche, heureuse, et libre ! Qu’est-ce qu’un titre au final ? Ou peut-être ne veux-tu simplement pas m’épouser. »
« Je ne sais pas, Daario. Sans doute une partie de moi le voudrait plus que tout, mais je ne peux renier qui je suis, et rester ici serait oublier cette autre partie de moi qui rêve de serrer à nouveau sa mère dans ses bras depuis toutes ces années. Si je le peux je reviendrai, je te le promet, mais… »
« … C’est faux. Tu ne reviendras pas. Je ne suis pas idiot, Ally. Mais moi je viendrai. »

Sur ces mots il ne me laissa pas l’occasion de rétorquer quoique ce soit et scella ce qu’il considérait comme une promesse par un baiser. C’est sans réticences que je le laissais passer la nuit dans ma chambre, cette dernière nuit que nous partagions tous deux avant qu’une mer ne nous sépare, peut-être pour toujours. Si j’avais pu douter de l’amour que me portait Daario, cette nuit ne laissait plus de place au doute.


Alors que le navire quittait le port, je voyais s’éloigner une partie de ma vie. Sur le port, je distinguais le regard de Daario, venu nous accompagner pour ce qui s’annonçait comme un départ définitif. Il avait encore une fois raison, je n’en doutais pas, je ne reviendrais jamais à Pentos. Revenir à Port-Réal c’était accepter de rejoindre les rangs de cette société que j’avais tant décriée. Je redeviendrais Allyria Tarbeck, jeune fille de bonne famille, devant respecter les traditions et la discrétion. Je redeviendrais la dernière fille Tarbeck à devoir se marier, maillon essentiel dans toute stratégie d’alliance avec d’autres familles…

Appuyée contre le rebord du pont, je fixais la surface de l’eau être brisée par la proue du bateau avançant à toute allure et m’éloignant toujours un peu plus de ces lieux que j’avais tant aimé. Pentos m’avait changée. Daario, Tyanna, touts à leur manière m’avait appris à accepter celle que j’étais, à revendiquer cette liberté qui m’appartenait. D’un geste presque réflexe, je caressais le collier précieux que m’avait offert le deuxième des fils Mopatis avant mon départ, objet symbolique s’il en fallait un de sa promesse qu’un jour il viendrait me chercher. Je pouvais presque encore sentir le contact de sa peau contre la mienne, le sentiment que me procurait notre relation, la liberté que j’avais éprouvée entre les murs de cette demeure. Il m’avait aimée, comme Ryman m’avait aimée avant lui, et je les avais aimé, à ma façon.






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MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Dim 28 Juin 2015 - 9:35

Re-Bienvenue

J'ai hâte de voir cette nouvelle Allyria Et puis, si tu n'as pas peur, on pourra se trouver un lien avec Olenne
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Invité
MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Ven 3 Juil 2015 - 20:18

Bienvenue à toi, et bon courage!! Ravie de voir que les terres de l'ouest vont se renforcer un peu plus!!
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Sam 4 Juil 2015 - 0:50

MERCIIIIII
Mon histoire avance petit à petit mais là je devrais avoir bientôt fini

EDIT : En voilà la fin


Merci beaucoup Lord Lannister
En réalité je ne suis pas vraiment nouvelle, je le confesse
Mais je viendrai vers toi avec plaisir pour un futur lien

EDIT : Je poste ici la fin de ma fiche car tout ne tenait pas dans le post


Allyria Tarbeck

« She is free in her wildness, she is a wanderess, a drop of free water. She knows nothing of borders and cares nothing for rules or customs. 'Time' for her isn’t something to fight against. Her life flows clean, with passion, like fresh water. » - Roman Payne


BUT FIRST WE LIVE





***

L’obscurité était reine dans la pièce, les yeux d’Hadrian Tarbeck ne supportaient plus la moindre luminosité, la plus faible des bougies lui donnait la terrible envie de s’arracher les yeux. Cette bataille… Cette bataille avait été meurtrière et terrible. Il avait haït le moindre fer-né croisant son chemin et en avait éliminé plus d’un, mais il avait été trop lent à retrouver ses esprits après un affrontement glorieux, et ce traitre l’avait attaqué par derrière. Hadrian avait participé à la Seconde Bataille de Pyke, aux côtés de son suzerain, le glorieux Garett Lannister, ce gamin prétentieux qui n’avait eu de cesse de lui parler d’Allyria depuis son départ. Se pouvait-il qu’un jour il ne soit pas réduit au rang de frère ou fils de ? Il s’était battu avec gloire, il le savait, mais il n’était plus rien à présent. Hadrian Tarbeck avait perdu une jambe dans le combat, et ce n’était que par pur miracle que la gangrène n’avait pas encore fait son œuvre et qu’il pouvait mourir en paix en Lord Tarbeck, dans ses appartements.

Il avait beau être coincé ici, dans ce mouroir si joliment aménagé par sa mère, il n’ignorait pas pour autant ce qui se tramait dans le château. Son père était mort, et malgré le fait qu’il soit Lord Tarbeck à présent il ne dirigeait pas pour autant ses gens… Loin de là, c’était sa mère qui avait pris le pouvoir à présent, et cette vieille folle n’avait rien trouvé de mieux que de décider de faire revenir leur sœur Allyria. Hadrian ne savait pas vraiment s’il devait se réjouir de revoir Allyria entre ses murs, de lui faire comprendre qu’à présent IL était le chef de famille et la colère de savoir qu’elle le verrait ainsi. Au final, Hadrian Tarbeck n’était pas fou, il savait qu’il allait mourir. Ce cérémonial idiot de médecins envoyés à son chevet n’était qu’un stratagème, et l’on préparait déjà Deran, le petit Deran si discret et gentil, à prendre le relai.

A la minute où il avait eu vent du retour imminent d’Allyria à Château Tarbeck, Hadrian avait exigé à être le premier à la voir. Il était le seigneur ici, c’était à lui d’accueillir la jeune fille, et puisqu’il n’était plus en mesure de l’accueillir debout, ce serait à elle de venir à lui. Lorsque le jour arriva, il mit tout en œuvre pour qu’elle ne saisisse rien de la nouvelle infériorité physique de son frère. Hadrian revêtit une tenue d’apparat aux couleurs des Tarbeck, se fit coiffer et préparer afin de jouer son rôle.

Elle entra discrètement, et il la vit parfaitement malgré l’obscurité ambiante. Elle avait changé. Elle paraissait plus grande, la tête haute et ses cheveux semblaient encore plus blonds qu’ils ne l’avaient été avant son départ, elle portait une robe qui semblait scandaleuse aux yeux d’Hadrian, une de ces robes d’Essos ou de Dorne qui ne dissimulent que bien peu de choses de l’anatomie des jeunes filles. Ainsi elle s’était enfoncée dans la perversité et la malice, et sans doute Hadrian ne vivrait pas assez longtemps pour la sauver. Elle était pourtant très belle, lui–même devait l’avouer. Ce séjour en Essos l’avait rendue plus… exotique. Elle avait perdu la timidité feinte des jeunes Lady de Westeros, elle se tenait avec toute la fierté des femmes du sud et le défiait de manière éhontée.

« Allyria. Entre. Approche. »

Elle ne se fit pas prier, et vint s’asseoir dans le fauteuil jouxtant la tête du lit où reposait Hadrian.

« Tu me sembles bien moins en forme que la dernière fois où nous nous sommes rencontrés, mon frère. »

« Ne te fies pas aux apparences, je suis toujours le Seigneur de Château Tarbeck, et par conséquent ton seigneur, ne l’oublie pas Allyria. »

« Je ne l’oublie pas. »

« Jamais tu n’aurais du nous désobéir, ton destin était d’être septa, non de te vautrer dans la perversité orientale. Regardes-toi. Tu me fais penser à ces catins que l’on trouve dans les bordels de la capitale et… »
« … Sans doute sais-tu de quoi tu parles, vu la fréquence de tes visites dans ces endroits. »

Il aurait voulu la gifler, il esquissa le geste mais ne put le mener a bien, la douleur était trop forte. Elle le vit, et se leva, le toisant de toute sa hauteur.

« J’ai longtemps eu peur de toi. J’ai cru que tu pourrais me faire du mal. Mais je constate que je n’ai plus rien à craindre de toi. »

Elle lui tourna le dos et commença à s’éloigner. Jamais encore Hadrian Tarbeck n’avait-il été en proie à une telle colère, colère attisée par son immobilisme forcé. Autrefois il l’aurait rattrapée par les cheveux, la trainant au sol comme elle le mérité, il l’aurait giflée sans doute, pour lui faire comprendre qu’elle avait tout les raisons de le craindre. Il voulait se lever, l’empêcher de partir, mais tout ce qu’il pouvait faire c’était crier, et c’est ce qu’il faisait, il criait à la garde d’arrêter sa sœur, de se saisir d’elle et de la jeter dans les cachots. Mais le plaisir même de la savoir enfermée dans les cachots n’avait aucun intérêt s’il ne pouvait l’y voir. Elle le défiait parce qu’il était amoindri, elle était faible et lâche !

« LA PUTAIN DE CHATEAU TARBECK EST DE RETOUR ! Sonnez trompettes ! Peut-être devrais-je permettre à ma garde de te passer dessus, puisque tu sembles ne vouloir que ça ! »

A ses cris elle se stoppa, juste à la porte, lui tournant le dos, et il crut un instant qu’il avait réussi à la retenir. De là où il se trouvait, il pouvait voir un faisceau de lumière échapper des rideaux et se refléter sur sa chevelure d’or, ses longs cheveux qui ondulaient jusqu’au creux de ses hanches, sa robe ne prenait pas la peine de dissimuler ses formes, et par transparence il pouvait presque apercevoir la peau laiteuse de son dos. Cette vision ne faisait que renforcer sa rage, il ne saurait expliquer pourquoi mais il ne pouvait supporter cette vue, et pourtant il ne détournait pas le regard… jusqu’à ce que son regard rencontre celui d’Allyria.

« Tu as toujours été le second, Alyn était plus beau, plus grand, plus fort, plus honorable et plus aimé. Il est mort et tu as cru que ton heure était arrivée, n’est-ce pas ? Regarde toi grand-frère, amoindri et rageant dans ce lit que tu ne quitteras plus. »

Elle s’approchait de lui lentement, prononçant chacun de ses mots avec minutie réfléchissant à chacun d’entre eux. Hadrian ne doutait guère qu’elle avait attendu cet instant avec impatience, et lui-même avait espéré qu’elle le confronte réellement, un jour. Mais ce jour était arrivé et il n’était plus en mesure de répondre.


« Te souviens-tu ce que tu m’as dit ? Que tu ne me laisserais jamais être libre… Penses-tu encore avoir ce pouvoir, Hadrian ? Prisonnier de ton propre corps, dans ce lit malodorant, dans cette pièce sombre lugubre… Une image bien fidèle à ce que tu as toujours été. Un être vil, sombre et fou. Je n’ai rien à me reprocher et tu le sais très bien... »

Elle déposa un genou sur le rebord du lit d’Hadrian, embaumant son environnement tout entier de son parfum, sans doute une énième chose ramenée de ce continent de sauvages. Prenant appuis sur ce genou, elle se pencha vers lui, et il put apercevoir le galbe de sa poitrine tant le décolleté de sa robe était indécent. Elle continuait de s’approcher sans qu’Hadrian ne réagisse, il ne se l’expliquait pas mais il était comme figé, attendant de voir ce qu’elle avait prévu de faire. Très vite la bouche de sa jeune sœur s’approcha de son oreille, le contact de ses cheveux contre la peau de sa joue le fit frissonner.

« …. Profites de cette ruine qu’est ta vie, elle sera bien courte je peux le prédire. Et ce jour-là je porterai une robe noire de deuil, comme le veut la tradition… »

Contre toute attente elle déposa un long baiser sur ses lèvres, baiser qu’Hadrian fut tenter de repousser et de rendre à la fois. A quoi jouait-elle ? Etait-elle réellement devenue folle durant son exil ? Alors qu’elle brisait rapidement ce contact, il la vit s’essuyer la bouche du revers de sa main, et lui adresser le regard le plus glaçant qui soit, de ces regards qu’il n’aurait jamais imaginer apercevoir dans les yeux doux de sa jeune sœur.

« … Mais mon visage sera orné du plus beau des sourires, car je saurais que j’aurais gagné. »

A ces mots, elle s’éloigna à nouveau, cette fois d’un pas déterminé. Il cria à nouveau, mais elle ne s’arrêta pas cette fois, elle passa la barrière des portes sans être arrêtée et la dernière chose qu’Hadrian aperçut de sa sœur fut le tissu virevoltant de son jupon échapper de peu à la morsure de la porte claquant. Hadrian Tarbeck allait mourir, il le savait. Il pouvait sentir la douleur de sa jambe remonter progressivement dans tout son corps, la morsure de la gangrène gagner les autres chairs, le vouant au trépas. Et pourtant Hadrian souriait. Il savait une chose qu’Allyria ignorait, que tous ignoraient ici. Il savait qu’Allyria se marierait, et il avait décrété qu’il serait maître de ce mariage. Mais cela n’arriverait pas immédiatement, Allyria aurait le temps de se gargariser de cette liberté illusoire, de virevolter et de forniquer comme elle semblait tant l’apprécier. Elle serait heureuse, un peu, et son bonheur n’en serait que plus amer lorsque la nouvelle tomberait. Ainsi, en ce jour, Hadrian Tarbeck se décida à fermer les yeux, le sourire aux lèvres, sachant que sans doute jamais il ne les rouvrirait, et c’est en pensant à ce cadeau si particulier qu’il laissait à sa jeune sœur, qu’il accepta de suivre le Dieu de la mort, vers sa dernière demeure.








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Invité
MessageSujet: Re: Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be    Mer 15 Juil 2015 - 22:16



Félicitations !
« Bienvenue sur ATC »

Eh ben, waw. Quelle fiche. *__* Plus sérieusement, tu nous offre un personnage riche de relations plus complexes les unes que les autres, et avec une plume tantôt envoûtante, tantôt froide et réaliste. Juste sublime ! J'ai vraiment beaucoup aimé te lire et je suis déjà impatient de voir la fougueuse Allyria en scène. Bravo à toi

Et c'est pour cela que le staff et moi-même sommes heureux de vous annoncer que votre fiche est validée ! Vous êtes désormais une habitante des Terres de l'Ouest. En tant que tel, vous êtes soumis aux lois de celle-ci ainsi que celles de Westeros. Au plaisir, donc, de vous croiser dans l'un ou l'autre des Sept Royaumes.

Cependant, pour finaliser votre inscription et votre intégration au sein de la communauté, il vous reste quelques petites formalités à remplir obligatoirement :

❥ Recenser l'avatar du personnage.
❥ Déclarer sa famille.
❥ Compléter le registre des multicomptes (si vous êtes un DC, TC, QC)
❥ Recenser les dates importantes de votre personnage dans les chronologies détaillées
❥ Créer et tenir à jour (impérativement) votre fiche de chronologie de personnage.
❥ Ouvrir une fiche de liens.
❥ Assortie à sa soeur, fiche de sujets.
❥ Et de venir prendre du bon temps avec nous !

crédits image : Black.Book ; code by shiya.

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Allyria Tarbeck - We know what we are, but not what we may be

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