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 [FB] Rage on against the dying light

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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: [FB] Rage on against the dying light   Dim 16 Aoû 2015 - 17:24




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

L
a porte de bois s’ouvrit en douceur, alors que deux hommes s’introduisaient avec discrétion. Telles des ombres venue se délecter des prémices. Drapé humblement de noir, endossant une armure altéré par les violences et chargeant sur leur dos leurs écus aux couleurs redoutées. Personne ne fut préoccupé par cette arrivé peu commune, aveugle à ce symbole qu’ils portaient derrière eux. Ils ne s’aventurèrent pas loin, restant tout près de l’entrée, prenant le pouls de l’assistance qu’il jugeait froidement de leur morale. On vint néanmoins à leurs rencontres. Un gringalet s’embarrassant d’une serviette et de quatre chopes vides s’était approché, comme tout bon hôte. Les farouches étrangers n’avaient pas échappé à l’œil attentif de l’homme échevelé qui les pressaient à prendre place, avec un sourire généreux. Sourire qui se dissipa aussi vite qu’il était apparu, déformant ses traits enthousiasmés dans la frayeur alors que son regard percuta le symbole de l’étoile à sept branches. Ce n’était qu’une rumeur. L’ordre militant condamné pour ses actes inqualifiables avait traqué l’ennemi, pour finalement se replier là où personne ne l’attendait. Pourquoi un homme chargé de faire tomber le dragon irait s’aventurer si loin, dans l’Ouest. On avait pourtant dit avoir aperçu le symbole de la potence près d’Antrecombe, puis de Montargent – alors que certains disaient plutôt qu’il convergeait vers les terres de la couronne. Personne n’avait voulu le croire, ni même envisager, que la corde nouée se présenterait chez eux.

La porte fut ouverte avec un peu plus de vigueur, mais sans excès. Une entrée tapageuse aurait été contraire à ce que j’étais venu trouver dans ce lieu nouveau, soit un peu de repos. Suivit de deux hommes, venu s’ajouter à ceux ayant prit l’initiative de leur présence, je pris les devants de cette garde restreinte. Mes pas lourds martelant le sol, sous ma lente progression dans l’établissement, résonnaient dans l’inquiétant silence qui venait de s’installer. L’aubergiste qui avait trouvé sa sécurité derrière le comptoir n’était plus seul à dévisager le symbole de la foi. Je regrettais cette époque ou mon passage ne provoquait pas uniquement l’effroi. Westeros ne connaissait de moi, que le monstre dépeint par ce charlatan, ce grand-septon. L’intransigeance, la cruauté, l’horreur – tout cela je ne pouvais le nier. Mais sans y prendre goût, je ne regrettais rien. Le devoir nous force à faire des choix et bien qu’ils puissent paraîtres abjectes, ils sont nécessaires. Mais j’étais bien plus que ce fléau mortel s’abattant sur les impies... Ce ne fut que lorsque je parcouru la salle d’un œil plus attentif et je compris leur réaction. On ne me craignait pas pour la médisance d’un religieux trop couard pour défendre les préceptes des sept, mais pour leurs propres fautes. Tous imbibés d’alcool, se ruinant dans l’excès, se vautrant les uns sur les autres - s’exaltant devant le spectacle dépravé d’une cheville dénudé. Le mal s’était insinué partout et les esprits faibles et tourmentés y succombaient. Le repos auquel j’avais espéré m’était impossible. «Esprits viciés, fornication rampante, ivrognerie...une ode au libertinage! Est-ce donc de cela que sont fait les Ouestriens?» Les mots résonnaient avec gravités et le ton accusateur n’épargnait personne. Tous étaient concernés. L’homme ayant embrassé la bouteille tout autant que celui lui ayant servit. Et ne parlons pas de ces dépravés confondant courtisanerie et débauche publique. On pouvait deviner ma colère, mais elle restait latente. Ce calme inébranlable qui me qualifiait était plus percutant que s’il en avait été autrement. Ma phrase s’achevait tout juste, lorsque deux femmes sans vertu quittèrent, la mine basse – cherchant à éviter la confrontation de leurs erreurs. Je les devinais soulager alors qu’elle voyait la porte se refermé derrière elles, comme si celle-ci pouvait les protéger d’un jugement à venir. Dès lors je levais doucement la main, un acte suffisant pour éloigner l’offense de ma vue. Un geste simple, mais pas anodin. Les hommes qui m’accompagnaient forcèrent la vermine à quitter, sans goûter à plus de représailles. Quelques coups dans les côtes, une ou deux bousculades et cela sans nuance entre les genres. Cette expulsion, bien que ferme, n’irait pas plus loin, mais je n’oublierais pas. Je ne pouvais me permettre les mêmes recours que dans les régions que je venais tout juste de quitter. Les ressources me manquaient cruellement et le soutien partisan s’essoufflait à l’annonce de mon excommunication. Je devais me montrer plus tempéré le temps de nous renflouer. Je ne pouvais envisager marcher vers la couronne sans aide. Voilà ce qui m’avait forcé à entreprendre un chemin à contre-courant.

Ainsi, j’écartais les indésirables, me laissant avec cette amertume d’un rôle mal endossé. Une poignée de gens, tout au plus, n’avait pas été dérangés et la reconnaissance du tenancier de ne pas avoir trop ébranlé ses affaires le motiva à défrayer le coût de nos modestes dépenses. Ma réaction fut inexistante. En d’autre temps et surtout en d’autre lieu son sort aurait été beaucoup plus incertain et je m’en mordais les doigts d’agir aussi faiblement. Le grincement d’une chaise trainé sur le sol me força à me retourner, m’épargnant la vue de ce complice de la dépravation. Me présentant le siège à titre d’invitation, je fus intrigué par cet homme d’un âge proche du mien. Peut-être avait-il cru que je n’avais pas remarqué celles à qui il faisait du charme en faisant briller son or. Ou peut-être le savait-il, cherchant maintenant l’occasion de se justifier comme ils le faisaient tous. Je m’étais alors avancé, toujours ouvert à un entretient, mais celui-ci s’apparenta d’avantage à un cri à l’aide.

Je m’étais présenté seul à château Tarbeck, tel un intouchable qui ne craignait rien. J’avais laissé les armes derrière moi, n’enfilant que mes sombres habits de laine et de lin, trainant sous le bras l’un des livres sacré - prêt à mener un combat d’une tout autre nature. Rien n’était plus désolant qu’une âme déchiré, admettant du bout des lèvres les malheurs qui s’abattait sur elle. Hadrian Tarbeck, ce seigneur désireux de se décharger de cette lourde préoccupation, m’avait ému. Grandement affecté par les frasques d’une jeune sœur dédaignant l’innocence et succombant pour la facilité, je perçu chez cet homme un double discours. La perversion de cette jeune femme avait eu une portée énorme sur l’état de celui qui me suppliait de lui apporter mon soutien. Des promesses d’un apport conséquent à la guerre que je menais avait été faites, mais bien que nécessaire, elles ne furent en rien le déclencheur de notre accord. L’honnêteté, l’humilité et la bonté d’un frère pour sa sœur furent suffisant pour me convaincre. Sauver cette âme à la dérive était chose qui justifiait mon rang et mes convictions profondes me menèrent aux portes de cette famille en difficulté. L’accueil n’avait pas tardé et j’eu peine à reconnaitre celui qui la veille s’était presque effondré en prononçant le nom de celle qui le tourmentait. Bien mit de sa personne, il ne cachait toutefois pas son inquiétude derrière son sourire plein de chaleur. Il me confia ses dernières préoccupations et me mit en garde. Ce visage plaisant, avenant et innocent n’était qu’une misérable tromperie. Ce à quoi j’acquiesçai de manière entendu avant de prendre le pas dans les jardins du domaine. Le mal aimait corrompre les cœurs les plus purs et prendre l’apparence de l’immaculé. J’étais prêt à y faire face et à faire le nécessaire, j’en étais convaincu. Je levais les yeux au ciel, admirant l’espace de instant le temps clément, tout en y cherchant une dernière fois la sagesse de ceux dictant mes pas. Ce ne fut que lorsqu’il me présenta au loin cette jolie tête blonde que j’en perdis aussitôt l’arrogance de mon assurance que je croyais indéfectible. J’eus l’impression d’avoir été trompé, ridiculisé, mené en dérision. Ce visage plaisant, souriant, illuminé par cette légèreté presque enfantine – que cela était beau! Je m’étais figé sur place, dévisageant avec une insistance particulière la joliesse que je pouvais sans mal comparer à la face divine de la jouvencelle. Qu’allais-je donc faire. Le mal pouvait-il réellement venir tacher ce qui me paraissait si parfait. Je senti une main venir s’appuyer sur mon épaule, rencontrant alors le regard de celui qui m’avait pourtant mis en garde un peu plus tôt. Il avait dû voir mon visage se déformé par la surprise d’une vision à laquelle il était lui-même constamment confronté. Je ne pouvais douter. Il me força à approcher du jeune trio familial, alors que je cherchais à maintenir cette neutralité - m’accrochant à la reliure du manuscrit que je tenais entre mes mains. Cela s’avèrerait être un combat plus dur à mené que je l’imaginais.
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Rage on against the dying light   Dim 20 Sep 2015 - 18:17




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

« A
lly reviens ! Je plaisantais ! Reviens ! »

Tentant de dissimuler le sourire qui tentait de poindre sur mon visage, je faisais mine d’être en colère alors que j’approchais à grands pas de la rivière. Doran me courant après avait tenté de désamorcer ce qu’il venait de déclencher. Il m’avait défiée d’aller dans la rivière glacée, défiant par-là les demandes répétées de notre gouvernante de ne pas salir nos vêtements. Alors qu’il tentait d’attraper mon poignet, je me dégageais de sa prise et me rapprochais un peu plus de la rive glissante et boueuse.

« Ally, arrête, l’eau est gelée. »

Il avait raison, on pouvait sentir la fraicheur de l’eau avant même d’y déposer sa main, mais un défi était un défi, et je l’avais accepté avec empressement. Retirant mes chaussures, je soulevais ma robe avec précaution, tentant de repousser autant que possible l’entrée de mon pied dans l’eau glacée et vive. Puis il fallut s’y résoudre, et c’est en fermant les yeux que je pénétrais à pas lents et peu assurés dans cette rivière qui, en été, était le lieu de nos jeux les plus animés, mais qui, au printemps, se révélait bien plus froide que prévu. Passé la surprise du début, je commençais à m’habituer au clapotis de l’eau fraîche sur ma peau frissonnante, à la rugosité de la pierre associée à celle du froid. Le visage de Doran se décomposait à mesure que je progressais jusqu’au centre du lit de la rivière et à mesure que l’eau montait, d’abord au genou, puis à la taille, et c’est ma robe tout entière qui se transformait en gigantesque chiffon trempé. Amusée et enfin à l’aise, chauffée par le soleil à défaut de l’eau, je m’aventurais à lancer un grand jet d’eau en direction de mon jumeau qui reculait avec précipitation et chutait en arrière pour atterrir dans la boue. Malgré moi je laissais échapper le rire le moins recommandable pour quiconque souhaite être prise pour une Lady. Prise d’un fou rire incontrôlable je le regardais se relever, l’air bougon, et se débattre pour ôter la boue qui était venue souiller son pantalon.

« Eh bien, alors, qui est la poule mouillée maintenant ? »

Reprenant de plus belle mon opération d’arrosage à grande échelle, je me laissais surprendre par la décision de Doran de sortir de sa réserve pour me rejoindre dans la rivière avec précipitation et m’attraper par la taille pour menacer de me jeter toute entière dans l’eau. Doran était mon jumeau, mon double, cette partie de moi si précieuse de laquelle je ne parvenais jamais à me détacher totalement. M’attrapant à lui, je tentais de le dissuader de me lancer dans l’eau par la menace de l’emmener avec moi, mais c’est d’un rire tonitruant qu’il décidait de plonger au cœur de l’eau tout en me conservant dans ses bras. Lorsque nous émergions, je manquais de m’étouffer tant le rire qui me prenait était intense. Cependant Doran mit rapidement fin à cette euphorie, son visage se ferma instantanément et il posa sa main sur mon bras d’un air concerné.

« Sortons, Ally. »

L’interrogeant du regard, je suivais la direction de ses yeux pour tomber sur la figure lointaine d’Hadrian. Celui-ci se tenait en hauteur, près du château, et lorsque son regard croisait le mien il reprenait son chemin pour se rapprocher de nous. A côté de lui évoluait une silhouette inconnue. L’homme était mince et sombre. Il était sombre non seulement par sa tenue, par l’expression de son visage, mais également parce qu’une obscurité intangible émanait de lui. Je ne savais dire pourquoi, mais l’homme me semblait être là à dessein, et le voir aux côtés d’Hadrian ne me surprenait guère. Mon frère était, lui-même, un homme sombre et torturé. La simple expression de son visage alors qu’il s’approchait de moi donnait la mesure de la haine qu’il me portait, cette haine si intense qu’elle déformait ses traits lorsqu’il se retrouvait à devoir me fréquenter de trop près. Il restait silencieux tout le temps qu’il mit à s’approcher de nous et je repoussais la main de Doran qui tentait de me tirer hors de l’eau. Je savais très bien que la démarche de mon jumeau avait pour seul but de me protéger du courroux qui couvait déjà dans le regard de mon frère aîné. Alyn n’était plus là, plus personne n’avait le pouvoir de me protéger des phrases assassines et des colères d’Hadrian.

« Voyez ce que je vous disais, cher Septon, cette enfant a le diable au corps. »

La voix d’Hadrian eut l’effet d’une douche froide, bien plus froide encore que l’eau de la rivière. Il était resté sans émotion, sans surprise, ne regardant même pas son interlocuteur alors qu’il s’adressait à lui, ne me quittant pas de son regard méprisant. Il n’avait pas fallu longtemps à Hadrian pour se remettre de la mort de notre frère aîné, et il lui fallut moins de temps encore pour intensifier ses vexations et ses attitudes déplacées.

« Doran, Père te fait demander dans la bibliothèque. »

Ma main qui enserrait celle de mon frère tentait de le retenir un instant, et je vis dans son regard le refus de me laisser seule en compagnie de ce frère haineux et de son nouvel – et seul – ami. Sous l’insistance d’Hadrian, je me résignais à relâcher la main de mon frère et à l’encourager à quitter les lieux, Hadrian ne lâcherait, lui, pas l’affaire et je préférais ne pas entraîner Doran dans cette confrontation de laquelle rien de bon ne ressortirait. Je sortais de l’eau sans grand enthousiasme, voyant déjà venir la conversation désagréable en mauvaise compagnie. Je n’avais rien oublié des mots durs que mon frère avait eu envers moi, je n’avais rien oublié de ses vexations, de cet enthousiasme qu’il mettait à tenter de me rabaisser jour après jour. Je m’étais longuement questionnée quant à ses motivations, mais j’avais cessé de chercher à comprendre à présent, et me contentais de croire qu’il me haïssait simplement d’être moi-même.

« Je vous présente Allyria Tarbeck, ma jeune sœur. Allyria, voici Andrew Osgris, un… homme de foi. »

Un homme de foi ? Qu’est-ce qu’un fidèle des Sept pouvait trouver auprès d’Hadrian ? Si mon père avait tout d’un dévot, mon frère ne se contentait pas de se détourner des dieux, il s’en moquait bien souvent. Andrew, lui-même, était loin de ressembler aux septons que mon père invitait régulièrement à Château Tarbeck, il était bien plus semblable aux pêcheurs qui implorent le pardon des dieux qu’à ceux qui accordaient ce pardon. Je me fendais d’une légère révérence, l’air méfiant mais tentant de ne pas confirmer les dires d’Hadrian sur mon compte qui, je n’en doutais pas, n’avaient pas du brosser de moi un portrait bien reluisant.

« Tu me surprends là, Hadrian. Toi qui ne cesses de tourner le dos aux dieux, te voilà accueillant un de leurs serviteurs. »

Son sourire s’élargit, comme s’il avait attendu que cette remarque ne sorte de ma bouche.

« Il faut parfois avoir recours à des pratiques que l’on réprouve pour arriver à son but, Allyria. »

Je ne comprenais guère ce qu’il souhaitait me faire comprendre. Je regardais Doran disparaître peu à peu à l’horizon, s’engouffrant dans le château pour rejoindre notre père, puis je redirigeais mon regard vers les deux hommes qui me faisaient face. Attrapant mes cheveux en les rassemblant sur le côté droit, je les essorais autant que possible, réchauffée par la présence du soleil même si celle ci ne suffisait pas à contrebalancer le froid du vent sur ma peau mouillée.

« J’ai tenté, maintes fois, d’expliquer à Andrew ce qui me poussait à vouloir te sauver, mais je me suis dit qu’il devait te voir pour comprendre. »

S’en était trop, attrapant les pans de ma robe je tentais de partir en direction du château.

« Ca suffit Hadrian, je n’en peux plus de tes excentricités. »

Il ne me laissa pas le temps de m’éloigner et saisi fermement mon bras alors que je tentais de passer à côté de lui pour m’en retourner.

« Ne soit pas impolie. Assieds-toi, nous avons à parler tous les trois. »

WILDBIRD
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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: [FB] Rage on against the dying light   Mer 30 Sep 2015 - 18:36




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

J
e restais de marbre, silencieux et observateur. Ce manque d’expression dans un visage aux traits pourtant si doux, possédait quelques choses d’inquiétants et d’intriguant. Pourtant je n’étais en rien fermé à ce qui se passait autour de moi et cela malgré une attitude austère. Je n’étais qu’une ombre suivant les pas de l’héritier qui me présentait sa sœur sur un ton déplaisant. Mais si je restais stoïque, faisant de mon silence un complice, je ne m’y accordais pas. Je dévisageais celle qui pataugeait dans la rivière, délaissant les jugements d’un frère pour une réflexion qui m’était propre. J’étais inconfortable. Je me débattais pour faire preuve d’objectivité dès l’instant ou je me posai près de la berge. Se qu’on me décrivait comme de l’indiscipline résonnait comme une fragile innocence. Les rires avaient pourtant mués en soupire et les sourires s’étaient effacés – me forçant à affronter une réalité dénué de ce charme particulier. Puis elle nous rejoint, quittant une eau glaciale portant avec elle un sentiment de désagrément. Trainant sur elle un tissu gorgé, déformé...ruiné. Cette image aurait pu me faire sourire dans une autre vie. Mais aujourd’hui, même le spectacle candide n’aurais su briser ce mur que j’avais érigé. Mes réflexions ne furent donc pas trahies par le moindre rictus déplacé – campant mon rôle avec exactitude. Rôle que je gardais intacte, malgré une fâcheuse introduction. Osgris. Mes dents s’étaient serrées, mais mon calme fut préservé. Ce nom que je n’aurais jamais cru voir m’être imposé de nouveau venait de résonner à mes oreilles et il sonnait faux. Ma chute était récente et cette déchéance fut crachée par cet homme auprès de qui je m’étais rangé. Il avait osé joindre mon patronyme, dénonçant ma situation et acceptant avec aisance, le sort qui m’avait été réservé. Je me gardai de commenter. Je ne pouvais assurer la raison de ma présence si je m’emportais. Chose qui ne fut pas simple et c’est à nouveau vers l’Aïeul que mes pensées étaient dirigés. Je répondis à la grâce de la jeune femme, d’un hochement de tête polis mais réservé. Si la réplique quasi immédiate de celle-ci ne fut d’aucune surprise, celle de son frère me secoua un peu plus. «Il faut parfois avoir recours à des pratiques que l’on réprouve pour arriver à son but, Allyria.» Cette fois, je ne pu m’empêcher de porter mon regard sur l’homme à mes côtés, contrarié par le choix de ses mots. Je ne cachai pas mon mécontentement devant ce mépris qu’il ne se gardait pas de mettre de l’avant. Si elle n’avait pas été directement lié à l’annoncé d’une foi chancelante, cette phrase aurait reçue mon appuie – Or, elle m’humiliait. Si l’homme avait su attirer ma sympathie, il malmenait maintenant ce sentiment de compassion que j’avais eu pour lui.

Choqué par la tournure des mots, je me mis en retrait, de telle sorte que je fus submergé par le conflit. Le rapport de force s’installa rapidement et les contestations prirent d’assaut cet entretien que je n’aurais pas cru aussi mouvementé. «S’il vous plait...Évitons, je vous pris, les emportements.» J’avais tenté de mettre un terme à ce lien malsain qui unissait un frère à sa sœur, élevant une voix sévère – tel un père les remettant à l’ordre. Je n’acceptais pas les débordements et je n’eus aucun mal à faire savoir ma contrariété. Je défi le nœud de ma cape à couleur d’encre dans un geste naturel, alors que mon pas contourna la jeune femme. Contrainte par la force d’une main avare, elle me paraissait décontenancée et hautement désireuse de filer loin de cet entretien forcé. « Je ne suis pas ici pour m’immiscer dans vos querelles, comprenez-le bien. » Mon temps était précieux, ma présence un privilège. Je n’étais pas là pour jouer les médiateurs devant de ridicules chamailleries. Je vins aussitôt poser le pan de tissus laineux sur les épaules frêles de la lady, qui aurait tôt fait de se sentir prise au piège. Trop lourde et encombrante pour sa jeune stature, elle y trouverait une chaleur bienvenue tout en préservant sa dignité. Ma main glissa sur ce bras maintenu par la force d’un frère contrôlant, le forçant à lâcher sa prise et à reculer. Un geste qui se voulait paternel, mais qui n’était pas sans ignorer la douceur d’une exquise fragilité. « Je peux concevoir que ma présence puisse vous effarer, surtout à la lumière de vos constatations concernant la foi de votre frère. Voilà pourquoi il est important d’évoquer les raisons de cet entretien. Ainsi peut-être serez vous rassuré. » Je rompis le contact d’une main tenté, mais amicale. Mon ton s’était voulu plus chaleureux, mais jamais mon visage ne fut illuminé d’un sourire. Ténébreux, mais bienveillant. J’étais habile dans l’art d’attiser la confiance et j’avais grand besoin de la trouver chez celle qui fut décrite comme une pécheresse. Bousculé par les mots acides de son ainé, je risquais de la voir me glisser entre les doigts et échapper avec elle sa rédemption. Je me devais de reprendre du début et faire meilleure impression. Mon regard acier plongé dans le sien fut sincèrement désolé. J’avais espéré un meilleur déroulement, mais le mal étant fait il ne me restait plus qu’à souhaiter qu’elle prenne place. J’insistais alors. « Je suis Septon et comme tout homme lié aux saintes écritures, il est de mon devoir de venir en aide aux disciples des Sept. Il est vrai que votre frère n’est pas un homme très pieu, mais il ne s’est jamais caché de ce travers. C’est avec humilité qu’il a osé tendre la main vers les dieux, car il s’inquiète pour vous – je m’inquiète pour vous. » Si la dernière énoncé pouvait attirer la moquerie, ma franchise était indiscutable. Je pesais et pensais chacun de mes mots. Je croyais en l’inquiétude d’un frère pour sa sœur, tout comme je m’inquiétais de voir ce visage chaste être souillé. Ce qui étonnait fut cette emphase sur mes préoccupations plus que sur celles d’Hadrian. L’homme dont j’avais pris la place et forcé le retrait, semblait être devenu le prétexte un peu flou de ma présence. Mon attention était rivée vers les traits de la jouvencelle, ignorant la colère de celui qui n’était pas loin derrière moi. « Votre frère à fait preuve d’honnêteté et maintenant j’en attends tout autant de votre part. Je peux être votre allié, lady Tarbeck, mais cela ne dépend que de vous... » Étais-ce là la manifestation subtile d’une main tendue cherchant à la protéger? Ou simplement le désir d’une confession sur des fautes inavouables? Ce n’était pas un piège, mais le choix de mes mots pouvait porter à confusion. Une seule chose m’importait réellement; celle de la préserver du mal.
WILDBIRD

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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Rage on against the dying light   Mar 24 Mai 2016 - 12:42




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

L
a main de fer qui se refermait sur mon bras empêchait toute fuite en avant, et mes tentatives d’échapper au contact forcé par mon frère se trouvaient toutes évincées sans difficulté. Hadrian avait toujours été un frère cruel, absolument convaincu de mon vice et de ma damnation prochaine, pourquoi devais-je encore être étonnée de le voir tenter une nouvelle fois de m’humilier ? Le seul confort que je pouvais trouver était le courroux prochain de mon père à la vue de ce Septon, il l’interprèterait à juste titre comme une énième provocation de la part de ce fils si peu croyant et s’en offusquerait. Alors, et peut-être cette fois aurais-je le dernier mot, il comprendrait enfin la malice de son propre fils.

«S’il vous plait...Évitons, je vous pris, les emportements. Je ne suis pas ici pour m’immiscer dans vos querelles, comprenez-le bien.»

Malgré l’intervention d’Andrew Osgris, je ne détachais pas mon regard de celui de mon frère, dont la poigne marquait déjà mon bras d’une marque disgracieuse. S’il n’était pas ici pour s’immiscer dans ce qu’il nommait nos querelles, alors il me semblait qu’il n’eut du jamais venir.

« Si vous ne souhaitez prendre part à ces querelles, Monsieur, alors vous devriez partir, car Hadrian n’est pas homme à lâcher une proie lorsqu’il la veut à terre. »

Le visage de mon frère se déforma progressivement en un sourire carnassier, presque inquiétant. La métaphore avait été bien choisie, et il m’avait un jour lui-même décrite en ces termes. J’étais sa proie, et il me voulait à terre. Pourquoi me voiler la face ? Nombreuses avaient été les nuits où je m’étais questionnée sur les raisons de cette haine qu’il me vouait. Avais-je, un jour, attenté à son existence ? Avais-je seulement osé lever la voix contre lui avant qu’il ne lance les hostilités ? Contre tout attente, ce fut au Osgris que je du ma libération. Insistant légèrement d’un geste pourtant doux, il parvint à desserrer la poigne d’Hadrian. M’aidant à me défaire de cette situation aussi pénible que douloureuse, il déposait son manteau sur mes épaule, dissimulant une tenue sans doute jugée indécente par un homme saint et me protégeant par la même occasion de l’air qui, quoique de plus en plus doux, n’en restait pas moins frais.

« Je peux concevoir que ma présence puisse vous effarer, surtout à la lumière de vos constatations concernant la foi de votre frère. Voilà pourquoi il est important d’évoquer les raisons de cet entretien. Ainsi peut-être serez vous rassuré. »

Contrairement à son habitude, Hadrian ne dit mot, et je l’imitais, curieuse d’entendre ce que ce Septon avait à dire pour justifier sa présence ici. Je ne doutais que le portrait qu’avait pu lui faire mon frère n’avait pas été des plus glorieux cependant, ainsi je n’avais aucune illusion quant à l’issue de cet entretien. J’étais le vice incarné, je causerais ma propre perte ainsi que celle de notre famille, il fallait donc me protéger de moi-même, et le plus à même de le faire était Hadrian lui-même. Je connaissais ce discours par cœur pour l’avoir entendu tant de fois. Je surprenais le regard d’Andrew sur moi et le soutenait. Il tentait de se montrer ouvert et de minimiser l’impact des mots violents d’un frère pour une sœur… Avait-il seulement idée de ce qui se passait au sein de notre famille ?

« Je suis Septon et comme tout homme lié aux saintes écritures, il est de mon devoir de venir en aide aux disciples des Sept. Il est vrai que votre frère n’est pas un homme très pieu, mais il ne s’est jamais caché de ce travers. C’est avec humilité qu’il a osé tendre la main vers les dieux, car il s’inquiète pour vous – je m’inquiète pour vous. »

« Tout à fait, je m’inquiète pour toi, petite sœur. Il faudrait être aveugle pour ne pas déceler le vice que tu dissimules… »

Se pouvait-il d’être plus effarée que je ne le fusse à cet instant ? Je regardais Andrew Osgris avec un air de pure incompréhension. Alors qu’il prenait la parole, je redirigeais mon regard vers Hadrian et alors que je n’avais exprimé aucune animosité envers le Septon, mon expression toute entière changea alors que je dévisageais à présent mon frère.

« Votre frère à fait preuve d’honnêteté et maintenant j’en attends tout autant de votre part. Je peux être votre allié, lady Tarbeck, mais cela ne dépend que de vous... »

Comment un homme de foi, éduqué aux choses du monde, membre d’une grande famille, pouvait-il se laisser ainsi berner par les fausses confidences d’un homme sombre comme l’étais Hadrian ? Je n’en étais que plus abasourdie. Comment cet homme de foi pouvait-il prendre au sérieux les allégations d’un jeune homme qui, c’était de notoriété publique, fréquentait les bordels, se montrait cruel avec toutes les dames qu’il y rencontrait, se montrait cruel avec sa propre famille… Etait-il si difficile à percevoir qu’Hadrian était un déséquilibré ?

« Septon Andrew, je n’ai rien à confesser. Je ne puis que vous enjoindre à garder la tête froide face aux déclarations d’Hadrian, lorsque vous parlez d’honnêteté je ne peux qu’y voir une énième manœuvre cruelle. Quel but poursuit-il, c’est là un mystère, mais vous pouvez être sûr que cela n’a rien de pieux ou de généreux, car ce sont deux choses qu’il ne connaît guère. »

J’étais fatiguée ; fatiguée des assauts d’Hadrian qui s’étaient douloureusement multiplié depuis la mort d’Alyn… Fatiguée de me battre au sein de mon propre foyer et contre mon propre sang. Fallait-il seulement que je me déplace voilée pour échapper aux soupçons de vice ?

« Ainsi, petite sœur, nieras-tu la proximité d’hommes ? Nieras-tu que tu prends plaisir à attiser leurs bas instincts de mâles ? »

« De quoi parles-tu enfin ? Quand cesseras-tu de m’accuser des pires actions, Hadrian ? Je suis fatiguée de tout cela ! Tu es fou et c'est toi que l'on devrait aider ! »

Je m’étais emportée, indubitablement, et ma voix s’était élevée plus que de raison. Je m’étais attendue à le voir rester calme et délibérément pointer du doigt mon emportement, comme le signe évident de ma culpabilité, mais au lieu de cela il sembla oublier à l’instant la présence du Septon Andrew Osgris, et avançant vers moi, le doigt pointé de manière menaçante, il haussa le ton à son tour.

« Ryman Crakehall, Brax, Ouestrelin, Reyne et leurs petits copains, et sans parler de notre cher Garett Lannister ! Te verrais-tu déjà en Lady Lannister, petite idiote ? Je te vois !! Je t’entends !! Jouer avec eux ! Jouer de tes attributs de femelle pour en faire tes adorateurs ! Et tu n’as pas honte ?? Confesse tes péchés à cet homme, Allyria, et laisse moi te ramener sur le bon chemin. »

La portée de ses paroles dépassait tout ce qu’il avait toujours osé dire à haute voix. Au lieu de lui répondre sur le ton du conflit, je décidais de jouer son jeu, il voulait que je parle à cet homme de foi ? Je le ferai donc. Je ne souhaitais plus qu’une chose : qu’il quitte ma présence et me laisse en paix. Je ne connaissais qu’une solution pour cela.

« Très bien, Septon Andrew je souhaiterai vous parler en privé. Rien de ce que j’ai à vous dire ne concerne, de près ou de loin, mon frère. Je vous en prie, suivez-moi. »

Je pouvais sentir la haine d’Hadrian à des mètres à la ronde. Alors que j’indiquais le chemin à Andrew Osgris, je pouvais entendre son pas s’amorcer pour nous rejoindre. Il ne fit rien pour nous empêcher de pénétrer dans mes appartements, mais je pouvais sentir qu’il rôdait, tout près. Il n’était jamais loin d’ailleurs, à croire qu’il n’eut que cela à faire de son existence. Je m’excusais auprès du Septon et le laissais seul un instant dans mon antichambre afin de m’habiller et me rendre visible par un homme de la foi des Sept.

Les cheveux en ordre, une robe digne de ce nom sur le dos, je faisais mon apparition dans la pièce baignée de lumière. L’homme semblait toujours sombre, et pourtant cette obscurité qu’il dégageait n’avait rien de la noirceur malsaine qui émanait de mon frère. Si je l’avais pris pour un dégénéré de la même trempe qu’Hadrian, je devais me rendre à l’évidence qu’il s’agissait bien plus d’un fanatique dévoué aux Sept.

« Septon, que vous a dit mon frère à mon propos ? »

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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: [FB] Rage on against the dying light   Jeu 16 Juin 2016 - 14:47




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

M
on autorité n’avait aucune emprise. J’avais été écarté par les hostilités qui s’enlisaient furieusement, me forçant maintenant au silence. J’étais contrarié par la façon dont les choses se déroulaient. J’eus l’impression d’assister impuissant à d’interminables accusations, dirigées d’une part comme de l’autre. Étais-je donc venu pour des chamailleries d’enfants? Les voix s’élevaient et mes yeux se portèrent aussitôt vers le chemin qui m’avait mené jusqu’ici. La situation me déplaisait à tel point que j’envisageais de repartir aussi vite que j’étais venu. Les promesses d’un soutien conséquent offert par celui qui avait réquisitionné ma présence, n’était pas même un motif suffisant pour m’aider à supporter cette mascarade. Mais cela aurait certainement mis en joie celle qui me montrait indirectement la porte. Elle était lasse et plantait en moi l’incertitude. Ma présence n’était pas la bienvenue et était implicitement décrite comme inutile. Sous la pression d’un frère brutal, je n’en tirerais aucune confession. L’empressement de l’incrimination, rapidement niées, ne menait à rien – si ce n’est à un débordement de colère. Je me savais incapable d’arrêter ce déluge de remontrances qui assourdiraient mes demandes de retour au calme. Ainsi je restais malgré moi passif, me confinant dans un rôle d’observateur, sourcillant tout juste à la mention de Lannister.

Autant l’avouer – rien ne se déroulait comme je l’avais envisagé. J’en voulais à celui qui avait forcé cette rencontre, m’amenant à douter de sa crédibilité. Le personnage était loin d’être à l’image de l’homme démunis que j’avais rencontré la veille. Il répugnait la foi, alors qu’il l’avait supplié. Aujourd’hui, son regard était menaçant et il ne savait pas même réprimer la violence qui l’habitait. Dans quoi m’étais-je embarqué? Que ce passait-il donc dans cette famille déchirée? « Très bien, Septon Andrew je souhaiterai vous parler en privé. Rien de ce que j’ai à vous dire ne concerne, de près ou de loin, mon frère. Je vous en prie, suivez-moi. » J’avais été tiré de ma léthargie, reconnaissant du tact employé par la demoiselle. J’acquiesçais avec respect, soulagé de sa décision de s’entretenir avec moi et de taire le conflit qui opposait les membres d’une même famille. Je me contentais alors de la suivre, n’accordant pas plus d’attention à celui qui avait orchestré cette rencontre. Une erreur, sans doute, puisqu’il ne sut rester à sa place, rôdant derrière comme une bête curieuse. Il valait mieux l’ignorer. La porte se ferma enfin derrière nous, offrant le calme que j’avais espéré au départ. Je patientais le retour de celle qui avait été ébranlé par les circonstances, profitant du silence pour engager des réflexions à l’intention des Sept. Cherchant à ce qu’ils puissent me prémunir des faux-semblants et m’octroyer le discernement le plus juste, je baissais le regard brièvement. Puis je le relevais, lorsque les bruits de pas annoncèrent le retour de la lady à ma proximité.

L’âme pure et délicate – émergeant dans une lumière diffuse et surnaturelle. La vision d’une jeune femme frappée d’une aura divine, était à l’image des plus belles fresques ornant les plus riches septuaires. Une beauté chaste. Je fus troublé, presque ému. L’innocence avait été secouée et elle arborait maintenant les apparats d’une humble noblesse. Je ne pus m’astreindre à l’envie de détailler ce minois parfait, forçant mon regard à se dérober pour la première fois. La contemplation courtisait l’avidité et je la combattais furieusement, car je la savais capable d’entraver mon devoir. J’étais sensible à l’immaculée, à la fragile délicatesse que semblait détenir Allyria Tarbeck – cause de tout émoi. «Septon, que vous a dit mon frère à mon propos ? » Les sourcils froncés, relevant mes yeux gris sombres, le visage peint de son éternel sévérité. Le charme avait laissé place à un air mécontent. La vérité derrière ce masque de rigidité; un esprit soucieux. Plus j’observais la source de toutes les tourmentes, moins je voulais croire en cette version d’indécence - qui avait alimenté l’argumentation de ce frère confus et belliqueux. Je voulais toucher à la bonté, limpide et rassurante - la pudeur d’une jeunesse qui survivrait au temps. Je ne pouvais pas – jamais. Les paroles tapageuses d’Hadrian s’interposèrent dans mon esprit pour rompre les fantaisies qui s’emparaient de ma lucidité. Vaniteuse enjôleuse, succube insatiable, pieuse ébréchée. Je m’éclaircis la voix. «Votre frère...» Je cherchais mes mots, usant de tempérance pour exprimer une situation épineuse. «Vous vous doutez certainement, qu’il n’a pas eu de très bons mots à votre égard - Et en parler plus longuement ne ferait qu’attiser votre colère. Votre frère est quelqu’un de très... irascible. Je suis bien au fait de la situation. Ce sont justement ses travers qui m’ont conduit à vous, lady Tarbeck - et en toute honnêteté, j’espérais que vous puissiez me parler de vous, sans en passer par lui.» Il était devenu difficile d’apprécier l’homme qui m’avait ouvert les portes de château Tarbeck. Je le savais habiter par la hargne. Je n’étais pas aveugle à la voracité qui avait marqué le bras de cette pauvre enfant, mais je me devais de répondre à sa détresse. Cela m’avait donné des airs de connivences, alors que j’avais tant de difficultés à croire une histoire incriminant la candeur. Je m’étais donc limité à des paroles sages servant à m’échapper d’un conflit perpétuel et exposait mon objectivité fragile. Puis, j’exigeais d’elle la maturité de voir au-delà des provocations. J’inspirais profondément, réajustant le collet de ma chemise, semblant être indisposé par une soudaine chaleur. « Je suppose alors que la charge m’incombe.» Dis-je sur un ton résigné, ne cachant pas la déception du détour entrepris par la jeune femme. «La continence est décrite, dans les livres sacrés, comme la sobriété de l’âme. Être propre moralement, en pensé, en parole et en acte est nécessaire à l’épanouissement spirituel et au respect de soit. Faire don de sa vertu en dehors des sacrements du mariage est répréhensible, car il est inconvenant et incite au désordre. De plus, si l’épousé est privé de l’offrande virginale, il est dit que le mariage sera malheureux.» Les mots avaient déferlé dans le plus grand inconfort. La leçon aseptisée avait été récité machinalement et rapidement. J’aurais pu poursuivre longuement les moralités engagées, mais je m’arrêtais – coupant cours à ce supplice qui avait été amorcé par son frère un peu plus tôt. Elle n’ignorait pas les raisons de ma venue, il était donc inutile d’en dire plus. Les reproches n’étaient pas insignifiants. S’ils s’avéraient bel et bien fondées, la réputation de la famille Tarbeck était menacée, tout autant que le salut de la jeune Allyria. Qui épouserait une femme déviante condamné au châtiment du Père, jetant l’opprobre sur sa propre famille? Je craignais qu’elle ne parle pas. Qu’elle étouffe la vérité et qu’elle se ferme à toute coopération. «Lady Tarbeck, je suis tenu par le secret sacramentel. Cela signifie donc que cette conversation est entre vous, moi et les dieux. Oubliez-le; oubliez votre frère. Il n’a aucune emprise sur vous ou sur ce que vous direz. Vous n’avez rien à craindre.» Je m’étais montré rassurant, autant que je le pouvais. Je n’avais laissé place à aucune ambivalence, confiant d’assumer ce rôle qui m’avait été arraché sans le moindre scrupule. J’étais prêt à porter le fardeau de ses épanchements, offrant mon expertise pour soulager sa conscience. Mais, au fond de moi, j’appréhendais la confession de péchés qui ruineraient à jamais le portrait divin qui me rendait avare.

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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Rage on against the dying light   Jeu 26 Oct 2017 - 11:26




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

U
ne enfance heureuse, sans doute cela avait été le plus beau présent des Sept à mon égard. La méchanceté d’Hadrian, son sadisme, tout m’avait été épargné durant les premières années de ma vie. Notre père, ainsi que notre frère ainé Alyn, avaient représenté un bouclier vital pour la petite fille que j’étais. Pourtant, Alyn n’était plus, et la protection qu’il m’avait apportée avait disparue… du jour au lendemain.

«Votre frère...»

Mon frère. Qu’il était étrange d’imaginer que deux personnes si différentes puissent être issues de la même famille. Hadrian avait souffert de sa position inconfortable dans la fratrie des enfants Tarbeck. Il avait haït Alyn pour être l’ainé, et il me haïssait encore d’être la cadette. Lui, était l’enfant de l’ombre, le deuxième, celui qui ne serait pas seigneur à moins d’un retournement dramatique du destin. Ce retournement avait eu lieu, et Hadrian disposait à présent de la place qu’il avait toujours attendue. Celle de l’héritier de Château-Tarbeck. Il m’était presque impossible d’imaginer plus mauvaise augure pour la famille Tarbeck.

«Vous vous doutez certainement, qu’il n’a pas eu de très bons mots à votre égard - Et en parler plus longuement ne ferait qu’attiser votre colère. Votre frère est quelqu’un de très... irascible. Je suis bien au fait de la situation. Ce sont justement ses travers qui m’ont conduit à vous, lady Tarbeck - et en toute honnêteté, j’espérais que vous puissiez me parler de vous, sans en passer par lui.»

Je plongeais mon regard dans celui de l’homme qui me faisait face. Je n’avais guère d’illusions sur ce qu’Hadrian avait pu lui dire. A ses yeux, j’étais sans doute l’équivalent d’une catin, une jeune femme tentatrice jouant de ses charmes pour attirer les jeunes hommes de l’Ouest. Peut-être avait-il eu du mal à accepter que ce soit sa jeune sœur, et non lui, qui grandisse aux côtés du prochain Suzerain de l’Ouest. Peut-être ne comprenait-il pas que mon caractère aventurier me rendait bien souvent plus prompt à nouer des amitiés avec les fils des familles de l’Ouest.

« Je suppose alors que la charge m’incombe. La continence est décrite, dans les livres sacrés, comme la sobriété de l’âme. Être propre moralement, en pensé, en parole et en acte est nécessaire à l’épanouissement spirituel et au respect de soit. Faire don de sa vertu en dehors des sacrements du mariage est répréhensible, car il est inconvenant et incite au désordre. De plus, si l’épousé est privé de l’offrande virginale, il est dit que le mariage sera malheureux. »

J’avais un instant laissé mon regard et mon esprit vagabonder, mais la dernière partie du discours d’Andrew me ramenait à l’instant présent avec la puissance d’un coup porté à l’estomac. Je restais silencieuse, incapable de dire quoique ce soit tant l’accusation portée me désarçonnait.

«Lady Tarbeck, je suis tenu par le secret sacramentel. Cela signifie donc que cette conversation est entre vous, moi et les dieux. Oubliez-le; oubliez votre frère. Il n’a aucune emprise sur vous ou sur ce que vous direz. Vous n’avez rien à craindre.»

J’avais tout à craindre bien au contraire. Je peinais à imaginer la quantité d’insanités qu’Hadrian avait pu raconter sur ma personne. Se plaisait-il à conter ces fables à qui voulait l’entendre ? Faisait-il de moi une jeune femme de mauvaise vie par la simple force de son imagination et de sa langue trop pendue ?

« Mon père, Lord Tarbeck, a fait la promesse de dédier sa vie à la vénération des Sept. Ma sœur aînée Melara fut offerte à la Foi et officie aujourd’hui comme Septa. Je connais L’Etoile à Sept Branches depuis mon plus jeune âge, Andrew. »

J’avais choisi d’utiliser son prénom, car il m’avait semblé apercevoir une humanité dissimulée dans le regard de l’homme qui me faisait face. Je l’avais jugé comme un irrémédiable soutien à Hadrian, et pourtant alors que nos yeux ne s’étaient pas quittés depuis de longues minutes, je sentais qu’il n’avait pas de telles certitudes.

« Lors du jour de la Jouvencelle, je me rends au Sept pour y allumer un cierge et le déposer à ses pieds, je chante la chanson de l’innocence. J’ai longuement prié le Père et le Guerrier afin qu’ils protègent la vie de mon frère parti guerroyer. A sa mort, j’ai imploré le Guerrier d’apporter la paix à son âme, la Mère de me donner la force de pardonner à ceux qui me l’avaient arraché et l’Aïeule de me baigner dans sa sagesse afin d’apaiser mon chagrin. »

Je m’étais rapprochée d’Andrew, imperceptiblement, simplement emportée par la douleur du souvenir de mon deuil. La disparition d’Alyn avait été un traumatisme pour notre famille toute entière. Il avait été le premier à se soulever contre Maegor, soutenant la cause du jeune Aegon dans la reconquête légitime de son trône. Alyn Tarbeck avait levé les armes avant même que le seigneur Lannister ne décide de rentrer en rébellion contre Maegor Le Cruel. Avec courage et faisant preuve d’une loyauté à toute épreuve, il avait bravé les mises en garde et n’avait écouté que son courage afin de se battre pour ce qu’il estimait juste. Je voyais encore la pureté de son sourire lorsqu’il m’avait embrassée avant de passer les portes de notre maison. Il s’était retourné, une dernière fois, et nos regards s’étaient croisés avant qu’il ne disparaisse dans le lointain.

J’étais encore si jeune, et pourtant personne n’avait pu m’empêcher de marcher à sa suite durant de longues minutes. Sans doute l’aurais-je suivi à l’infini si l’on m’avait appris qu’il s’agissait de notre dernière rencontre. La figure de l’homme qui était entré en trombes dans la cour de Château-Tarbeck n’avait laissé aucune place au doute quand à l’issu du combat mené par notre frère. Je ne m’étais pourtant pas doutée un seul instant qu’il puisse nous avoir quitté. Alors que je descendais les marches trois par trois, courant pour rejoindre le reste de ma famille, je me répétais qu’Alyn était blessé, qu’il nous faudrait prendre soin de lui. J’étais déjà prête à consacrer mes nuits entières à veiller sur lui, à panser les plaies de celui qui était pour moi un héros, l’égal d’un demi dieu.

Ser Alyn Tarbeck est mort au nom du roi légitime. Aegon Targaryen est mort aux mains de son oncle Maegor. Tout est perdu.

Les mots avaient été violents, leur signification l’avait été encore plus. Ma mère s’était effondrée au sol, sanglotant à genoux la perte de son fils ainé. Mon père était resté silencieux, s’agenouillant simplement pour pleurer cette perte avec son épouse. Et moi… je me souvenais à peine de ma réaction à cet instant. J’avais couru, longtemps. Les premières minutes de ma fuite avaient été ponctuées des cris de mon frère Doran, qui m’implorait de rester, de ne pas faire de folies. Il savait. Il savait l’amour inconditionnel, l’amour fou, l’admiration la plus totale que j’avais toujours eu envers notre frère. J’avais couru ainsi de longues minutes, essoufflée, la vue brouillée par les larmes qui coulaient en silence. A bout de forces j’avais fini par tomber dans une prairie à l’orée des terres de la famille Tarbeck. J’étais tombée pour ne plus me relever. Allongée au sol, j’avais ramené mes genoux contre ma poitrine, les entourant de mes bras, les serrant contre mon cœur si lourd. Combien de temps avais-je pleuré ce jour-là, cette semaine-là, ce mois-ci ? Des heures. Des heures à fixer la porte par laquelle Alyn avait quitté pour la dernière fois cette demeure qui aurait du être sienne. Des heures à parcourir le terrain d’entraînement sur lequel il avait fait ses armes. Des heures à chevaucher dans les plaines alentours pour fuir le malheur et l’obscurité qui s’était abattue sur notre maison.

C’est seulement en retrouvant mes esprits, que je réalisais qu’une larme s’était échappée et coulait à présent le long de ma joue. Je n’avais pas voulu imposer ce sentimentalisme aux yeux de cet homme de foi, je n’avais jamais considéré les Septon comme réceptacle de la douleur humaine. La Foi avait toujours été synonyme de sévérité, d’obligations et de modestie. Mon père avait en effet toujours été un homme pieux. Il m’avait imposé cette Foi comme il l’avait fait avec tout le reste de notre famille, allant jusqu’à nous priver de la présence de Melara en l’offrant à la Foi à un très jeune âge. Etais-je sincèrement religieuse au même titre que l’était mon père ? Sans doute pas le moins du monde. La mort d’Alyn avait ébranlé mes croyances et mes certitudes. Pourtant, je n’étais pas le monstre que pouvait décrire Hadrian.

« J’ose à peine imaginer la nature des pêchés dont mon frère m’accuse, Septon, et je n’oserais me déclarer dépourvue de tout vice. L’homme n’est-il pas, après tout, par nature un être faible ? La femme ne l’est-elle pas encore plus ? »

… Aux yeux de la société, de la Foi, la femme était un être de vice et de faiblesse qu’il fallait protéger de la dureté du monde. Etais-je en accord avec cette idée ? Jamais.

« N’y a-t-il pas plus de vice dans l’âme d’un homme se prétendant au dessus de tout pêcher, que dans celle d’une jeune femme consciente de sa propre faiblesse ? »

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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: [FB] Rage on against the dying light   Mer 8 Nov 2017 - 20:25




Allyria & Andrew
Rage on against the dying light

M
es doigts se resserrèrent sur le dos du livre saint, rapporté de revers contre moi, m’en servant telle une armure, prêt à faire face. La reliure de cuir foncé arborant en relief le symbole de l’étoile à sept branches, manifestait une usure en témoignage de son âge. Les coins saillants étaient décolorés et de fines craquelures ridaient l’exemplaire unique. Cette arme précieuse était davantage un rappel conscient de la charge qui m’était imposé. Le portant contre mon cœur pour en ressentir le réconfort de sa forte symbolique, je m’appliquais à l’écoute et à la vigilance. Une ouverture gâtée par l’inconfort d’une méfiance imposé. Moi qui étais venu charger d’appréhensions, teintées par le désespoir criant d’un frère, il me fallait gérer la hargne et les doutes. Mon assurance avait été rudoyée par une confiance précaire envers mon hôte, mais je ne pouvais ignorer ses mises en gardes. Je m’étais aisément laissé attendrir par la candeur, menaçant de céder pour ce visage doux et plaisant. C’était irrationnel. J’étais confus. Mon maintient parfait, fort et droit se crispa, faiblissant dans l’inconfort d’une rencontre encore jeune. Je voulais me laisser convaincre. Je voulais que cette voix s’élevant pour siffler entre ses lèvres roses - mon prénom, puisse prononcer les mots qui me feraient envies. Des mots ne dénotant aucune piété... Je me maudis, giflant mentalement ces idées troubles qui me révulsaient. J’inspirais, mon pouce tapotant nerveusement la couverture flexible du manuscrit, alors qu’on me livrait un exposé habile. Comme il faisait chaud. Je m’encourageais à ne pas ciller, évitant de laisser un regard cupide se perdre dans l’enivrement le plus abjecte. Dans un élan inattendu, la jeune femme bercée par les dogmes de la foi s’avança et mon pied solidement ancré glissa dans un repli tout aussi discret. Une réaction mal venu. Comment pouvais-je prétendre lui offrir un environnement sécuritaire et exiger d’elle qu’elle puisse me faire confiance, si je reculais nerveusement devant un geste bien banal. J’avais simplement voulu me protéger, me soustraire à l’envie contraire de m’avancer, mais le message projeté jouait en ma défaveur. Je baissais la tête machinalement, embarrassé, avant de la relevé en bifurquant mon regard sur tout objet loin de la convoitise. Je ne perdrais pas mes moyens aussi aisément. Il me fallait taire des pensées lubriques qui infestaient mon esprit tiré vers le trépas.

Mon discernement s’amenuisait, sensible au dévouement et aux traits doux de l’innocence. Ainsi, lorsqu’une larme vint perler sur le visage de la jouvencelle, je succombais. Son souffle expira dans une dernière interrogation, mais j’étais surtout préoccupé par le désir de préserver le ravissement juvénile de peur qui se flétrisse sous les sanglots. Ruinant mes efforts précédents, la distance que j’avais voulue préserver fut abolie. Une main forte œuvrant de douceur, vint se glisser sur la joue de la jeune femme, balayant une larme – vestige de quelques souvenirs malheureux. Un contact furtif, ne s’attardant pas dans l’inconfort d’une proximité bienveillante, mais qui n’était certainement pas irréprochable. J’avais voulu me convaincre que rien de tout cela ne m’incriminait d’aucune façon, cherchant à m’aveugler à ce qui s’apparentait aux prémices de quelques déviations venu me hanter. Une bouffée d’angoisse m’agrippa à la gorge. Qu’étais-je donc en train de faire? Du bout des doigts, j’effleurais la tentation, pendant que je me cramponnais à des valeurs contraires. Ma voix vint rompre le malaise qui me consumait. Un simple « Non » - faible, mais cordial. Je m’éloignais de quelques pas, détournant mon attention, retrouvant le confort d’une austérité si difficile à chasser. J’évitais de flancher, comme l’avait fait son propre frère. Comme l’avait fait lord Tarbeck...Je m’arrêtais net, arborant un air grave. Tout me semblait beaucoup plus clair. Mes prunelles couleurs d’acier glissèrent sur la main venue écraser les pleurs de celle qui avait eu une forte impression sur moi. Je m’étais laissé attendrir, je m’étais laissé séduire - je m’étais laissé envahir par des désirs libertins. Sans doute étais-je coupable. J’avais frôlé le charme, avivé par le portrait divin. J’avais trompé mes vœux en pensés et je craignais de le faire à nouveaux. D’un même temps, la crédibilité de l’agressif Hadrian Tarbeck venait d’être restituée, grâce à l’expression de mes affections complexes. Mais de nombreuses questions subsistaient...

« Je suis faible, car je suis souffrance, outrage, infortune, indigence et fléau. Je suis fort car j’ai la foi. » Les paroles lyriques s’imposèrent en délogeant un silence de plomb. Piochant une confiance nouvelle dans la sagesse de paroles milles fois entendu. Je chassais les amalgames, n’encourageant pas les discours faux-fuyant. La Mère, l’Aïeule, la Jouvencelle - La foi ne faisait pas des femmes un symbole de faiblesse. Il s’agissait trop souvent d’une mauvaise compréhension des saintes écritures ou pire, d’un désir impudent de s’accaparer le rôle des hommes. S’il ne m’insupportai pas autant qu’on puisse se justifier derrière une condition de femme, je lui aurais tendu volontiers le précieux ouvrage de l’étoile à sept branches, lui offrant l’opportunité de relever le passage me faisant mentir. Mais je ne montrais aucune ouverture sur la possibilité d’un débat sous de tels sous-entendus. Mon opinion s’avérait suffisamment tranché et je doutais qu’elle soit à ce point butée pour oser faire douter un homme ne plaidant pas en faveur de telles distinctions - mais mon arrogance pouvait me causer quelques surprises. N’y prêtant pas plus attention, je me tournais à nouveau vers le visage de la tentation, nourrissant une certaine crainte pour cette sympathie que j’éprouvais. « Un enfant ne rêve ni de sermons, ni de privation. Ma mission est certainement la moins attrayante pour un jeune garçon en âge d’imaginer son avenir. Il rêve de gloire, d’aventure et de prospérité. Lorsque j’ai troqué mon enfance naïve par les livres, j’ai dû abandonner mes idées fantasques – comme si piété et noblesse ne pouvait être de connivence. Puis un jour, mon œil fut attiré par l’azure et l’argent de la magnificence de votre blason, me prouvant que j’avais tord. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour votre famille, lady Tarbeck. Et cela au grand dam de mon père qui était bien agacé que son jeune fils lui cite en exemple une famille ouestrienne. » Le trait fin et timide d’un sourire amer vint se glisser sur mes lèvres, incapable d’exprimer la légèreté sans qu’elle ne soit teintée par les blessures de l’âme. Même sous l’attrait de la plaisanterie, j’étais terne et donnais l’impression d’être écrasé sous le poids du monde. L’intention derrière ma tirade fut d’établir les fondations d’une entente conviviale et chasser les hostilités d’une rencontre forcée. Je n’étais pas un ennemi. Ainsi, je m’étais livré à un survol grossier de cette enfance morose, faisant les premier pas dans cet entretien particulier. L’enfant qui méprisait ses obligations, s’égayant pour une famille inconnue, c’était navrant. Sans doute fallait-il vivre la solitude et le dysfonctionnement du clan Osgris pour comprendre ce qui pouvait justifier l’attachement sincère que je portais toujours en moi. Cette admiration n’était rien de moins que la projection d’un idéal. Un équilibre qui manquait cruellement au lion échiqueté qui souffrait d’un mal bien plus grand que celui pouvant gangréner actuellement l’adoré maison de l’Ouest. «Est-ce trop indiscret de vous demander où votre sœur officie aujourd’hui? » Il me semblait tout naturel de prendre des nouvelles. Trop souvent, ces héros de la résilience étaient oubliés. Rejoindre les ordres était fréquemment synonyme d’adieux, comme si renier son propre sang se révélait nécessaire à son cheminement spirituel. Comme Septa Melara, j’avais fait ce sacrifice. Comment ne pas y être empathique. Cet honneur d’attirer l’œil favorable des Dieux, était une responsabilité énorme sur les épaules d’une seule personne. Ce qui semblait être une bénédiction était un fardeau de tout instant. En avaient-ils conscience? « Vous devez être fier d’elle... » En réponse à ces années de privations, mon père ne m’offrit qu’un rictus dédaigneux comme si j’étais couvert d’orgueil. Jamais il ne comprit que cette reconnaissance que je cherchais à obtenir n’était qu’un prétexte pour obtenir un peu de cet amour dont je fus toujours privé.

J’inspirais pour chasser le poids des mauvais souvenirs. J’espérais que la dame de château Tarbeck puisse avoir cette faculté de voir plus loin et qu’elle puisse être capable d’amour pour cette sœur parti au loin. Elle ne pouvait pas être seulement l’objet unique des tentations – l’œuvre d’un blasphème. Puis je me surpris à me demander si elle pouvait être capable d’amour pour moi. Elle ou une autre. Étais-je condamné à ne pouvoir inspirer de telles émotions? Je m’égarais à nouveau. Mon cœur s’embala d’un soubresaut d’angoisse. Il me fallut fermer les yeux un court moment, marquant une pause, pour être capable de ramener mes réflexions à l’essentiel. «Vous savez... Il ne suffit pas de prier pour croire et il ne suffit pas de croire pour être pardonné. Votre famille est dévote, c’est à n’en point douter et c’est pourquoi je me sens autant interpellé par les épreuves que vous traversez en ce moment. Laissez-moi vous aider et vous libérer du poids de vos faiblesses. » Enfin. Je revenais à ce qui importait réellement. L’expiation du poids de péchés dont elle avait admise l’existence, dans un grand flou philosophique. J’insistais, évitant de revenir sur le sujet de son ainé vers lequel tout semblait converger. Je m’en référais à ce désir de l’exclure de la conversation, plus tôt annoncé dans l’espoir d’apaiser les tensions. Je voulais dresser un cadre plus agréable. M’offrir un panorama plus franc, pour en déceler le mal latent qui se cachait derrière le regard brillant d’une jeune femme, venue pourfendre mes idéaux.


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