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 Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee

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Leandra Tyrell
BIEF
■ Localisation : Sur la route de Hautjardin
MessageSujet: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Ven 20 Nov - 22:20


Leandra Tyrell, née Arryn

feat. Natalie Dormer

♦ Courageuse ♦ Fière ♦ Maternelle ♦ Impulsive ♦ Intelligente ♦ Possessive ♦ Rancunière ♦ Caractérielle ♦ Loyale ♦ Honnête ♦ Forte ♦ Entêtée ♦ Stratège ♦ Tendre ♦ Déterminée ♦ Séduisante ♦ Protectrice ♦ Charmeuse ♦


VALAR MORGHULIS

◮ Titre(s) :
Lady Tyrell, Dame de Hautjardin, Suzeraine du Bief

◮ Âge :
31 ans

◮ Lieu de naissance :
Aux Eyriés, dans le Val d'Arryn.

◮ Situation :
Mariée depuis l'an 32 à Lord Oberyn Tyrell, Suzerain du Bief.

◮ Statut :
Poste Vacant

◮ Groupe :
Région du Bief.

VALAR DOHAERIS

◮ Maison :
Leandra a épousé, bien malgré elle, la maison Tyrell. Sa puissance militaire et sa richesse ont fait de cette maison des suzerains relativement respectés à la suite de l'extinction des anciens rois Jardiniers. Leandra ne peut, cependant, oublier que les Tyrell ont obtenu la suzeraineté du Bief du dragon Conquérant et n'étaient auparavant que de simples intendants... Riches bien-sûr, mais intendants tout de même. Elevée dans la lignée pure et honorable de la famille Arryn, par une mère née Stark dont les origines remontent à des temps dépassant la mémoire des hommes, Leandra est avant tout une Arryn et s'accommode difficilement des coutumes biefoises.

◮ Famille :
Leandra est l'épouse de Lord Oberyn Tyrell, suzerain du Bief, mais elle n'en reste pas moins un Arryn avant tout. Elevée par Lord Jace Arryn et Lady Tyene Stark, elle n'a rien de ces demoiselles délicates et timides dont regorgent les cours du Sud. Très attachée à ses origines et Arryn avant d'être Tyrell, elle porte un amour sincère à son jeune frère Martyn, à présent suzerain de l'Est et Défenseur du Val, ainsi qu'à sa soeur Etaine. Si son éducation l'a rendue par nature méfiante envers l'opulence affichée du Bief, Leandra est liée à cette région de par l'amour qu'elle porte à ses deux enfants, Jeyne et Brynden, les deux êtres pour qui elle serait prête à tout. La jeune femme est également liée à la famille suzeraine de l'Ouest, les Lannister, par le mariage de son beau-frère, Harys, avec la jeune Eresys Lannister, soeur cadette de Garett Lannister. Elle est doublement la belle-soeur de Lady Roslinn qui, en plus d'être la soeur de son époux, est devenu l'épouse de son frère Martyn.

◮ Informations complémentaires & faits divers :
Mariée à seulement quinze ans au seigneur Oberyn Tyrell, Leandra n'en est pas moins une femme au caractère affirmé et rebelle. Elle est des sangs purs et anciens des Arryn et des Stark, et ils ne badinent guère avec l'honneur. Autrefois véritable garçon manqué, elle n'en est pas moins devenue une jeune femme d'une beauté rare, et capable de beaucoup de grâce. Elle représente à elle seule le curieux mélange des coutumes du Val et de celles du Bief. A la fois capable de tirer à l'arc et de monter à cheval en véritable guerrier, elle est également une suzeraine distinguée et mettant à profit les richesses du Bief.

DIS-MOI TOUT...

Comment vivez-vous l'instabilité politique et les guerres qui enflamment Westeros ? Comment le supportez-vous au quotidien dans votre région ? ✒ La guerre contre l'Usurpateur est une chose. La guerre qui déchire le Bief en est une autre. Si je verrais bien volontiers la tête de ce monstre de Maegor sur une pique, il lui faudrait être accompagnée par celle de ce félon de Lyam Hightower. Je ne suis qu'une femme, une bien faible femme face à ces puissants guerriers, n'est-ce pas? Mais Lord Hightower s'est élevé contre son seigneur et maître, et détenant mes enfants, la chair de ma chair, il a provoqué l'ire de mon époux et la mienne. Cette guerre prendra bientôt fin et je ne doute pas que les armées du suzerain légitime du Bief viendront à bout de cette rébellion contre nature. Quant à moi, je compte bien faire regretter aux Hightower leur projet fantasque. Lyam Hightower a souillé l'honneur de ma famille, foulé aux pieds les lois féodales et menacé la vie de mes enfants. Il ne peut y avoir de pitié, il ne peut y avoir de pardon, il ne peut y avoir que la mort.

Les Rebelles sont désormais arrivés aux portes de Port-Réal. Avec la bataille qui s'annonce, comment vous positionnez-vous ? Soutenez-vous Maegor ou Jaehaerys et comptez-vous agir ? ✒ Qui pourrait remettre en cause le bien fondé de cette insurrection contre Maegor? Le chemin qu'avait choisi mon frère, Martyn, et qui semblait aller de paire avec celui de Maegor était traitre. A présent que le vrai visage de ce roi, qui n'en est pas un, est apparut aux yeux de tous, il faut agir. Alors que ce monstre écrase le continent entier de son règne cruel, il est de surcroit responsable de la disgrâce de ma jeune soeur Etaine. Que faut-il de plus ? Je ne comprends guère les réticences de Martyn à s'engager aux côtés des Rebelles afin d'écraser ce faux dragon. Mon cousin Jorah et lui disposent de forces non négligeables et je crains qu'ils ne soient sur le point d'être distancés par l'empressement de l'Histoire. Alors que les seigneurs de l'Ouest et de l'Orage se tailleront la part du Lion dans les restes fumants de ce règne contre nature, le Val et le Nord se retrouveront perdants pour leur manque de réaction...

Quelle est votre ambition personnelle ? ✒ Ambition... Je ne souhaite aujourd'hui qu'une seule chose : voir les Hightower à genoux, retrouver mes enfants et faire en sorte que plus aucune maison du Bief n'ose s'élever contre son Suzerain. Oberyn a de nombreux défauts mais je crois qu'il sera en mesure de réinstaurer son autorité sur le Bief. Mais les Hightower ne sont pas les seuls à blâmer, et je ne peux m'empêcher de penser à l'attitude Harys, qui sous couvert de bons sentiments à permis et encouragé la prise de Hautjardin par Lyam. Mes enfants sont retenus par sa faute, tout ce qui m'est cher est menacé par sa faute... Et je n'ai guère l'habitude de me montrer clémente et d'oublier. Je n'oublie rien. Il n'a pas trahi ? Tout ceci serait l'effet d'un plan soigneusement pensé ? Sans doute. Mais mes enfants n'ont rien à faire au centre d'une stratégie militaire, et lui, plus que quiconque, aurait du le savoir. Les Tyrell victorieux, mes enfants libres, sains et saufs, le Val en paix et Westeros gouverné par un roi légitime... Voilà mes ambitions.


DERRIERE LE MASQUE
• Âge |
22 ans
• Prénom ou pseudo |
Lamaa`
• Sexe |
Je sais pas
• Comment as-tu connu le forum ? |

• Autre chose ? |

image by Ted Nasmith # code by ATC.


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Honor is what makes you strong
Any fool knows men and women think differently at times, but the biggest difference is this. Men forget, but never forgive; women forgive, but never forget.© by anaëlle.
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Leandra Tyrell
BIEF
■ Localisation : Sur la route de Hautjardin
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Ven 20 Nov - 22:20


Leandra Tyrell

« I love the name of honor, more than I fear death.»


BUT FIRST WE LIVE


We are each our own devil, and we make this world our hell.

A l’horizon il n’y avait que des tentes. Des centaines de tentes dressées aux couleurs de tous les suzerains de Westeros. Le jour était solennel, et tous nous redoutions l’issue de celui-ci. Mes doigts s’affairaient sur les jointures de l’armure d’Oberyn qui restait silencieux, impassible. Mon époux ne combattrait pas aujourd'hui, mais il avait tenu à revêtir cette armure, symbole de son rôle de chef des armées du Bief. Le combat approchait à grand pas et ce moment était le dernier que nous pouvions partager. Nous ne parlions pas, et qu’aurions-nous pu dire ? Je gardais les yeux intensément concentrés sur ma tâche, mais je pouvais sentir les siens parcourir mon visage, tenter d’instaurer un contact qui serait peut-être le dernier. Je ne pouvais empêcher mes doigts de trembler dans la précipitation, je souhaitais dissimuler mon angoisse, elle n’en était pourtant que plus tangible. Soudainement la main d’Oberyn quitta sa rassurante immobilité pour s’emparer de la mienne et l’empêcher de papillonner inefficacement. Ce contact à peine esquissé je me laissais aller à relever les yeux vers mon époux. Nos regards se croisaient, se mêlaient, s’épousaient sans plus de retenue. Nous restions ainsi longuement, les yeux dans les yeux, ma main dans la sienne, tremblante toujours à l’approche de ce combat que je redoutais plus que je ne me l’étais avoué.

« N’ayez crainte, tout se passera bien. »

Je ne parvenais pas à trouver les mots pour lui répondre. Si notre relation avait toujours été compliquée, je n’avais jamais eu à douter de l’amour qu’Oberyn me portait. Je n’avais rien de ces demoiselles du Bief qui démontrent leur amour à tout va, et pourtant je ne pouvais nier que la perspective de voir Oberyn être touché des conséquences d'une victoire des loyalistes, me terrorisait. Je pouvais sentir dans son regard l’incroyable affection qu’il me portait, qui n’avait nullement été entachée par ma fâcheuse tendance à sans cesse le contredire.

« J’y compte bien. Lord Oberyn Tyrell ne peut se trouver du côté des perdants sans en payer le prix... Le mien. »

Il s’élança alors dans un rire franc et magnifique, et sa main vint se déposer tendrement sur ma joue alors que le silence retombait progressivement.

« Je n’aurais pas la bêtise de sous-estimer cette menace. »

Malgré la gravité qui avait pris possession de mon visage depuis le début de cette conversation, je me laissais aller à sourire face à l’humeur légère et badine de mon époux. Oberyn était un homme redoutable pour ses ennemis, mais il avait toujours été un époux aimant et un père modèle pour nos enfants. Nos enfants… Il était le père des deux merveilles de mon existence. S’il venait à nous être arraché alors tout serait perdu. Mon fils avait besoin de son père, de ce modèle de suzerain, pour se construire et devenir le seigneur qu’il était appelé à être dans un avenir que j’espérais le plus lointain possible.

« Votre beauté me conquit dès que je vous vis... Et elle continue de me conquérir chaque jour. »

Je fronçais les sourcils, pas de déplaisir bien au contraire, mais bien terrassée par la sincérité que je décelais dans les traits d'Oberyn alors qu'il s'exprimait dans un souffle. Cela ressemblait à un au revoir, et je refusais que cela soit un adieu. J'allais rétorquer, l'empêcher de me faire ce qu'il esquissait comme des adieux, mais les pans de la tente s'ouvraient à la volée, et mettaient fin à notre entrevue.

« Lord Tyrell, Lady Tyrell, ils vont sonner le début des combats, la tribune est prête. »

Je restais un instant silencieuse, maintenant ce lien visuel qui nous avait uni depuis de longues minutes. Puis je m’éloignais sans plus un regard, me munissant de la lourde épée d’Oberyn afin de la lui apporter. Je prononçais de silencieuses prières, aux Dieux de mon père, mais également aux Anciens Dieux de ma mère, afin que ces combats voient triompher le camp des rebelles, et que l'honneur et la vie d'Oberyn soient saufs. Alors que sa main entourait rapidement le pommeau de son arme, Oberyn caressait ma joue de son autre main, et déposait longuement ses lèvres contre les miennes. Pour la première fois depuis longtemps je m’autorisais à baisser les armes, et à lui rendre ce baiser qui n’était autre que la preuve de notre attachement mutuel. J’étais inquiète, comment pouvais-je encore prétendre garder cette attitude de digne froideur qui ne trompait plus personne ?

Je réalisais à peine qu’il s’éloignait à présent, quittant la tente et s’avançant vers les vassaux qui l’avaient rejoint pour ce Jugement des Sept qui bouleverserait à jamais l’avenir des Sept Couronnes. Je sortais à mon tour, sans m’être débarrassée de ces traits inquiets. Au loin je pouvais distinguer la belle Roslinn, et la silhouette guerrière de mon frère qui, lui également, s’élancerait sur le champ de bataille. Martyn… Le protocole voulait que je ne lui saute pas au cou, d'autant plus qu'il se trouvait dans le camp ennemi de celui de mon époux, et pourtant je ne rêvais que d’une chose : serrer à nouveau dans mes bras ce frère que je n’avais plus revu depuis de longues années. Il avait encore bien changé. La maturité teintait plus que jamais ses traits, et il avait cessé d’être l’enfant que j’avais cajolé pour être à présent un homme… Non, un Suzerain. Les combats allaient commencer, et c’était non seulement mon époux que je risquais de voir tout perdre, mais également mon frère, l’un des êtres qui comptaient le plus dans ma vie, qui risquait, lui, sa propre vie, . Etait-il possible de subir une telle épreuve ? Les Dieux pourraient-être assez cruels pour me ravir à la fois ma chair, mon sang, et le père de mes enfants ? Je laissais mes pas me guider vers le camp Arryn, faisant fi du protocole ou de toute autre considération extérieure. Ce fut Roslinn qui m’aperçue la première, puis ma cousine Catelyn que je gratifiais d’un sourire radieux, il me faudrait rester à ses côtés si je le pouvais… Puis ce fut au tour de Martyn de me voir, et j’eu le plaisir de voir son regard s’illuminer.

« Lea… »

Il était, lui aussi, tiraillé entre cette envie de me prendre dans ses bras, comme autrefois, et son devoir de Suzerain. Aux yeux de tous, nous n’étions plus seulement frère et sœur, il était le seigneur suzerain du Val et j’étais l’épouse du suzerain du Bief, et cela devait transcender tout le reste. Je me permettais cependant de prendre sa main, avec tendresse, souriant avec mélancolie.

« Sois prudent… Je t’en supplie… »

« Je le serai. Je suis un guerrier à présent tu sais, Lea. Tu n’as plus à veiller sur moi. »

Instinctivement je déposais ma main sur sa joue, comme je l’avais fait tant de fois, caressant sa peau fraîche.

« Je veillerai toute ma vie sur toi, petit-frère. »

Celui que je voyais partir n’étais pas le guerrier qu’il prétendait être, je revoyais l’enfant, le jeune garçon qui me réclamait des histoires de chevalier. Celui qui s’éloignait me ramenait instantanément en arrière, à ma jeunesse passée parmi les Montagnes, à ce monde perdu de mon passé que j’avais tant aimé, et qui continuait à faire de moi celle que j’étais.




Play Child, play with the world... For one day the world will play with you.


An 27

« Martyn ! Dépêche-toi donc un peu, tu vas tout manquer ! »

Je montais les marches deux par deux, a bout de souffle, distançant mon frère d’une bonne dizaine de marche alors qu’il me criait de l’attendre. Je ne pouvais pas l’attendre. L’orage battait son plein et le spectacle allait être magnifique.

« Lea ! Attends moi ! On a pas le droit ! »

Je n’accordais guère d’importance à ses réticences. Le point le plus haut des Eyriés donnait un panorama magnifique de l’horizon déchiré par les éclairs, et j’aimais l’orage comme personne. Alors que ma petite sœur Etaine s’était immédiatement dissimulée dans les bras de notre nourice, je m’étais empressée d’échapper à sa surveillance et d’entraîner Martyn dans ma course folle à travers la forteresse ancestrale de notre famille. Nous arrivions, je pouvais le sentir, je ralentissais cependant et attrapais sans ambages la main du jeune garçon qui me suivait pour l’inciter à accélérer le rythme.

« Regarde maintenant. Vois-tu toute la beauté de cette nuit si claire et pourtant déchirée par la furie créatrice ? »

Mon jeune frère et moi prenions place sur ce petit balcon oublié de tous, sauf de nous. Assis à même le sol, soigneusement enroulés dans nos fourrures, nous observions le ciel d’un air hagard, ne sachant presque que penser de cette manifestation inquiétante d’une nature furieuse. J’avais dix ans, de longs cheveux noisette qui contrastaient avec la tradition familiale d’arborer une chevelure brune de jais, j’avais de grands yeux bleus et ma petite stature n’enlevait en rien la force que je pouvais dégager. J’avais dix ans et j’étais une jeune demoiselle de haute naissance, et pourtant je ne rêvais que d’armures, d’épées et de combats. J’avais depuis longtemps délaissé les robes trop apprêtées et les rêves de prince charmant, j’avais remplacé tout cela par les longues leçons d’équitation et de tir à l’arc que j’avais réussi à obtenir de la part de mon père.

« Lea ? Est-ce que tu pourrais me raconter une autre de tes histoires de chevaliers ? »
« C’est l’histoire d’un chevalier nommé… Martyn Arryn… »
« Arrête ! Une vraie histoire ! »

Je levais les yeux au ciel et recherchais une histoire de celles que pouvait affectionner mon frère, et il n’était guère ardu de trouver dans l’histoire de notre famille un personnage illustre.

« Te souviens-tu des cours du Mestre ? Qui fut le premier Arryn à être Roi du Val ? »
« … C’est facile ! Artys Arryn ! Mais je connais cette histoire, Lea. Il a échangé son armure avec celle d’un autre soldat, et ainsi lorsque Robar Royce crut le tuer, il tua en réalité un autre homme. C’est grâce à ce subterfuge qu’Artys devint Roi du Val ! »

Je ne pu retenir un grand sourire à l’entente des connaissances qu’avait acquises mon petit frère. Il avait toujours été un petit garçon porté sur la lecture et l’apprentissage, et il me confirmait qu’à dix ans il n’avait rien à envier aux jeunes hommes les plus érudits de la Cour de notre père.

« Très bien… Mais sais-tu qui a eu l’idée de ce subterfuge ? »
« Artys ! Il était un excellent chevalier, et un excellent meneur d’homme ! »
« Erreur ! Si l’on parle encore d’Artys Arryn, il semble que sa sœur soit tombée dans l’oubli et pourtant… La belle Shandra Arryn était la sœur aînée d’Artys Arryn. Sa beauté était chantée par tout le peuple Andal, car elle faisait la fierté de sa famille, non seulement par sa beauté mais également parce qu’elle était une femme forte, capable de se battre, et surtout excellente stratège… »

Existait-il réellement une Shandra Arryn du temps du premier Roi des Montagnes et du Val ? Nul ne pouvait le savoir. Il n’était pas pour habitude de consigner l’existence des femmes entourant les héros de notre histoire. Et pourtant je me laissais à rêver d’une Leandra Arryn, fière sœur du Seigneur des Eyriés, fine stratège et femme forte respectée de tout son peuple. Je rêvais d’être un jour cette Shandra que je me plaisais à imaginer et inventer.

« Lorsque Shandra eu vent des plans de bataille et des forces en place, elle voulu trouver un moyen de protéger son jeune frère de la barbarie des Royce, mais il lui semblait également plus indiqué de vaincre les Royce par la ruse plutôt que par la force, eux qui étaient connus pour être de violents combattants. C’est ainsi qu’elle souffla cette idée à son jeune frère, qui la trouvant excellente, décida de la mettre en place. »

Je pouvais voir les yeux de Martyn s’agrandir à mesure qu’il entendait mon histoire. Si elle n’était pas vraie du point de vue historique, elle n’en était pas moins divertissante.

« Et alors, Lea ? Qu’est-il arrivé à Shandra après la bataille ? »

Que pouvait-il arriver à une femme comme Shandra ? Je ne savais guère comment terminer mon histoire. Je pouvais tenter de conserver un semblant de cohérence et évoquer le mariage forcé de Shandra par son frère à l’héritier Royce pour sceller l’amitié entre les deux familles. Sans doute était-ce comme cela que cela se serait passé. Elle n’aurait eu aucun mot à dire dans tout cela, simplement à endurer un mariage avec le fils d’un homme qu’elle avait aidé à tuer. Elle devait endurer de perdre son nom au profit d’un nom méprisable. J’aurais peut-être pu la dépeindre en héroïne, prenant le glaive contre l’ennemi afin de tenter le destin aux côtés de son frère. Elle serait alors morte sur le champ de bataille, l’égale des hommes, l’égale des dieux. Mais qui aurait pu croire à une telle histoire ?

« Et bien vois-tu… Elle a disparu. A la fin des combats plus aucune trace d’elle ne fut retrouvée. Son frère la fit rechercher dans tout le Val, dans les Montagnes les plus inaccessibles. Et pourtant il ne revit jamais plus cette sœur qu’il avait tant aimée… »

Mon petit frère se blottit instantanément contre moi, et je l’entourais dans une étreinte tendre et aimante.

« C’est si triste… Je serais si malheureux si je devais ne plus jamais te revoir, Lea… »

Je tentais de sourire pour dissimuler mon air triste. Les grands yeux de Martyn s’étaient instantanément mit à briller, sous l’influence des larmes qui commençaient à affluer dans ses doux yeux. Comment expliquer à ce petit garçon, qui avait à peine deux ans de moins que moi, que ce jour maudit viendrait pourtant ? Comment lui expliquer que si notre père ne s’en chargeait pas avant, ce serait même à lui de me vendre à un seigneur…






Innocence is a treasure. It is always coveted by others.


An 31

« C’est hors de question ! »

La chaise vint heurter le sol lorsque quittais brusquement la position assise en signe de révolte. Les deux paumes de mes mains vinrent heurter le bois massif de la table autour de laquelle nous étions installés. Face à moi se tenait mon père, Lord Jace Arryn, la mine sombre, à la carrure impressionnante, à ma droite se tenait Martyn, mon jeune frère qui avait à présent quatorze ans et était devenu écuyer de notre oncle, ce même oncle qui complétait la tablée à ma gauche.

« Reprend ta place, Leandra. »

La voix calme de mon père eut raison de mes dernières barrières, et c’est en furie que je m’éloignais des trois hommes qui, eux, étaient restés assis. La nouvelle était tombée. Les nouvelles plutôt. Beaucoup trop de nouvelles à la fois, et de mauvaises nouvelles.

« Comment pouvez-vous envisager tout cela ? Vous nous séparez ! Vous brisez notre famille ! Vous me… vendez à un sudiste ! »

La colère était à présent entièrement maîtresse de ma personne, et je contrôlais à peine les paroles qui franchissaient mes lèvres et le ton qui les teintait.

« Leandra… »

« Je n’ai rien dit. Lorsque vous avez annoncez cela en présence de toute la famille, alors j’ai gardé le silence, aussi haute que l’honneur… Mais à présent… »

« Et bien reste aussi haute que l’honneur ! Cesse de te comporter comme une enfant et agit en Arryn. »

La voix de Jace Arryn avait percé la pièce et les cœurs comme dix mille piques de glace alors que lui même s’était levé d’un bond, visiblement excédé par les remontrances de son ainée. Je me figeais alors un long instant, tentant de retenir les chaudes larmes qui me montaient aux yeux alors que mon père ne relâchait par son regard du mien, froid et dur, me démontrant par là sa détermination à ne pas céder. Martyn, lui, restait silencieux, le regard baissé, la mine sombre.

« Je suis le chef de cette famille, et le Seigneur du Val, et je fais ce qui est le mieux pour notre Maison et notre territoire. Tu épouseras Oberyn Tyrell. Etaine est et restera la pupille de Jeor Stark, et ton frère deviendra le chevalier qu’il est en devoir de devenir avant de prendre lui-même une épouse. Il épousera Roslinn Tyrell. »

S’en était trop, d’un geste désespéré je me détournais des trois hommes et me dirigeais à grand pas vers la porte extérieure, mais j’étais à nouveau coupée dans mon élan.

« Il ne me semble pourtant pas t’avoir entendu demander la permission de disposer, Leandra. »

Sans doute aurais-je du lui montrer mes larmes, offrir à mon père le spectacle de sa cruauté. Peut-être alors aurait-il compris le mal qu’il me faisait, le mal qu’il faisait à notre famille de par son amitié entêtée avec le Seigneur de Hautjardin. Et pourtant je restais dos à lui, sanglotant silencieusement tant que personne ne pouvait le voir. Puis d’un revers de main j’essuyais rageusement mes larmes et me retournais pour faire face à la tablée. Tous avaient la mine grave, dure, solennelle. J’adoptais leur posture et faisait de mon visage un masque de glace digne de ce Nord dont était venue ma mère. Plongeant dans une révérence parfaite, signe criant de l’éducation parfaite que j’avais reçue, je ne quittais pas mon père des yeux, le regard aussi dur que le sien alors que je rejoignais presque le sol.

« Monseigneur Père, je vous demande la permission de me retirer dans mes appartements. »

Il resta un long moment silencieux, et son regard de glace sembla fondre à mesure que les secondes s’écoulaient. Ce père aimant que je croyais avoir perdu revenait, et c’était l’affliction la plus terrible qui habitait ses traits à présent. Il ne dit aucun mot, me regardant simplement de l’air d’un père perdant sa fille, d’un homme qui ne fait que son devoir et en souffre. Je résistais aux larmes qui me menaçaient alors et quittais la pièce presque en courant lorsqu’il m’indiquait d’un geste de la tête que je pouvais à présent le faire. Je m’étais hâtais, à présent je courais à travers les couloirs de cette maison que j’aimais tant, voulant rejoindre au plus vite l’alcôve de ma chambre, ne souhaitant croiser personne, ne souhaitant plus parler à qui que ce soit. Cet endroit était ma maison, mon paradis dans les nuages, et je savais maintenant qu’il serait très bientôt mon paradis perdu.




Innocence is a treasure. It is always coveted by others.


Assise près de l’une des immenses fenêtres de mes appartements, j’étais restée enfermée la plus grande partie de la journée. Si le temps était fort clément à l’extérieur, ce qui m’y attendait n’avait rien de plaisant. Cela faisait maintenant de longues minutes que diverses personnes tentaient de me faire sortir de cette chambre où je m’étais retranchée et aucune n’y était parvenue. Les suppliques, les colères, la douceur, rien ne pouvait me pousser à ouvrir cette porte qui me protégeait du monde extérieur. Cette fleur déposée sur le rebord de la fenêtre retenait mon attention toute entière, et alors que je la laissais me happer je n’entendais presque plus rien du monde extérieur. Cette fleur était bien plus qu’un végétal innocent, elle était un symbole, elle était signait la fin d’une vie et le début d’une autre pour moi. Cette rose était celle des Tyrell, cette famille que j’allais épouser bien malgré moi, et qui deviendrait ma seule famille légitime.

« Lea ! »

Cette voix seule aurait pu me sortir de cette torpeur dans laquelle je m’étais enfermée, ils le savaient tous, et ils l’avaient envoyé… Car le temps était venu, et je ne pouvais plus reculer. Ils l’avaient envoyé et j’imaginais sans peine ses traits inquiets de l’autre côté de la porte, sa voix ne trahissait que trop son empressement.

« Lea, c’est moi… Ouvre moi… »

Je savais très bien qu’il m’était impossible de laisser Martyn derrière la porte, et pourtant l’ouvrir c’était baisser les armes et suivre ce destin que l’on avait tracé pour moi. J’ouvrirai cette porte et alors Martyn s’engouffrerait dans cette pièce, mais tous les autres à sa suite, et très vite il nous faudrait accueillir les Tyrell venus en grande pompe depuis le Bief, sourire et leur souhaiter la bienvenue dans ce lieu qui était ma maison, mon foyer, mon histoire, et duquel ils s’apprêtaient à m’enlever.

« Lea, c’est moi… Il n’y a que moi, je te le promets. »

S’en était trop, et la détresse de sa voix eu raison de mes dernières réticences. Je me levais d’un bond et rejoignais pour l’ouvrir à la volée. La silhouette de mon frère fut la seule que je trouvais sur le pas de la porte, et alors qu’il entrait je refermais la porte avec précipitation derrière lui. Je reprenais place sur le fauteuil que j’avais déplacé auprès de la fenêtre, mais mon frère resta debout, face à moi, silencieux et immobile. Je ne le regardais pas, et laissais mon regard suivre les courbes florales que mon doigt effleurait avec méfiance. Cette rose était si belle, l’on disait qu’elle avait été cueillie dans les jardins de Hautjardin et conservée avec la plus grande attention afin de me la transmettre dans toute sa beauté. Cette rose était censée être l’image même de Hautjardin : beauté, délicatesse et richesse. Mais qu’avais-je de tout cela ? J’étais une Arryn, une fille des anciens rois des Montagnes. Je n’étais pas de ces demoiselles délicates du Sud qui dansent et décorent leurs cheveux de roses… J’étais une guerrière. J’étais la descendante de ces Premiers Hommes qui avaient conquis Westeros. Mon sang était celui des héros mystiques, pas celui des demoiselles que l’on secoure. Je n’étais pas la rose, j’étais l’aigle. Un aigle pouvait-il épouser une rose sans en perdre ses ailes ? Et comment l’aigle survivrait-il alors sans ses ailes ?

« Le convoi est à l’approche, me dit-on… »

« Je sais. »

J’avais répondu d’une voix lointaine, bien trop obnubilée par cette rose et les symboles qui la suivaient. J’avais parlé d’une voix légère et insouciante, comme une enfant qui répond sans comprendre réellement ce qu’on lui dit, une petite fille qui ne mesure pas l’ampleur de ce qui l’attend.

« Père souhaite que nous soyons tous présents pour les accueillir, portant les couleurs de notre famille avec… »
« … Honneur. Je sais, oui. »

Le ton de mon frère était soucieux, sans doute de plus en plus soucieux à mesure que je me montrais légère et absente. J’étais d’ordinaire une jeune fille réaliste et terre à terre, je mesurais toujours sans peine les conséquences de mes actes et des événements qu’il me fallait traverser. Pourtant cette fois rien ne semblait capable de me faire quitter cette rose des yeux. C’est pourtant ce que tentait de faire mon frère alors qu’il s’agenouillait devant moi, attrapant l’une de mes mains pour l’étreindre au cœur des siennes. Ce contact qui me serra le cœur me fit l’effet d’une décharge électrique et je quittais la rose des yeux pour croiser le regard de ce jeune homme magnifique qu’était devenu mon frère. Ce petit garçon chétif et bien trop sérieux était devenu un jeune homme accompli, bien que toujours aussi sérieux et secret. Il me regardait d’un air inquiet, les yeux brillants alors que lui aussi mesurait toute la portée de ce mariage… Ils arrivaient et bientôt je partirais pour ne revenir jamais, et il lui faudrait affronter son destin seul. Nous restions silencieux un long instant, ne pouvant nous quitter du regard, profitant de ce dernier instant que nous pouvions passer seuls, unis par ce lien si spécial qui avait fait notre force, uni par cet amour si intense qui nous avait sauvé tous deux.

« On dit de Hautjardin que c’est le plus bel endroit du monde. Les jardins y sont emplis de roses magnifiques, comme celle-ci. La région est riche et ensoleillée. Le temps y est si clément que les dames se permettent les robes les plus fantasques… Et… »

La voix soudainement brisée, je m’arrêtais et ne finissais pas ma phrase, incapable de pousser plus loin cette illusion d’optimisme que je tentais de créer. Nous savions tous deux ce qui adviendrait, et notre père n’avait fait aucun mystère de cela. Martyn restait à présent silencieux, se contentant de garder ma main entre les siennes, la réchauffant tant par cette étreinte physique que par l’affection qu’il véhiculait par là. Il restait silencieux mais son regard n’en était pas moins intense alors que l’affairement des domestiques devenait de plus en plus explicite à l’extérieur. Le lendemain soir le mariage battrait son plein, et très vite il me faudrait quitter pour toujours ces appartements qui avaient été les miens, ces montagnes dans lesquelles j’avais grandis, cette forteresse imprenable où reposaient mes ancêtres et qui forgeait mon sang. J’avais au moins la satisfaction de subir ce mariage entre les murs de ce foyer que j’aimais tant.

Je ne laissais pas à mon frère l’occasion de répliquer quoique ce soit. La mascarade avait bien trop duré, et je devais me reprendre et cesser de me comporter comme une enfant. Je n’avais peut-être que seize ans, mais j’allais devenir une épouse et une femme, et j’étais bien plus qu’une femme, j’étais une Arryn. J’avais bien trop conscience des devoirs qu’impliquait mon rang, et malgré mon caractère emporté il me fallait me résigner. Je me levais sans un mot de plus, retirant délicatement ma main de celle de mon jeune frère, et tentais de lisser les plis discrets formés sur ma robe... Je pouvais sentir le pendentif d’argent à mon cou, dernier vestige de celle que je devais cesser d’être. Arborant fièrement l’aigle bleu de ma famille, il était le souvenir physique d’une identité que la rose ne pourrait détruire.

« Nos invités seront bientôt là. Que le spectacle commence alors. »



Innocence is a treasure. It is always coveted by others.


Le convoi qui passait les murs d’enceinte et emplissait bien vite la cour intérieure de la forteresse était plus grand que je me l’étais imaginé. Il était composé de nombreux wagons destinés aux femmes et enfants, et ces wagons eux-mêmes étaient entourés des nombreux hommes à cheval. En tête de convoi se tenait Mors Tyrell, entouré de ceux qui j’identifiais comme ses fils, Ser Oberyn Tyrell et Ser Harys Tyrell. La prestance de ces hommes, montant fièrement leurs destriers, était impressionnante, et il y avait quelque chose de perturbant dans cette aisance avec laquelle ils semblaient combiner force et délicatesse. A la minute où il était entré dans la petite cour dans laquelle nous nous tenions tous, en guise de bienvenue, Oberyn Tyrell déposa les yeux sur moi, pour ne plus rien regarder d’autre. De mon côté, si j’avais tenté d’ignorer ce regard insistant en balayant le convoi du regar,d ou bien en feignant une timidité qui ne me ressemblait pas, je décidais très vite de le soutenir. Il avait les yeux des Tyrell, vert et or, et un regard pénétrant qui ne pouvait laisser personne indifférent. Le jeune garçon que j’avais rencontré dans mon enfance était indubitablement devenu un homme. Imitant bien vite son père et son frère, il sauta de sa monture et les trois hommes furent bien vite rejoints par les femmes de la famille. Lady Graine Tyrell, une femme magnifique aux cheveux d’or et d’une prestance indubitable, Lady Roslinn Tyrell, jeune fille délicate dont on vantait la beauté au même titre que l’on vantait la mienne, et enfin Lady Lorelei Tyrell, qui avait hérité de la blondeur de sa mère. Il y avait chez chacun d’entre eux une beauté particulière, bien différente de celle que l’on pouvait voir chez nous. Nous avions ces caractères brutes et simples du Nord, tandis qu’ils avaient autour d’eux tous les signes de la richesse et de la délicatesse. Seule ma tenue semblait rappeler la richesse de cette famille qui deviendrait la mienne, et pour cause, il s’agissait d’un cadeau de Mors Tyrell, une robe à la mode du Bief, véritablement impossible à porter dans le climat rude et brut du Val, mais magnifique. Brodée d’argent et ornée de pierres d’un bleu superbe, elle faisait écho aux bijoux de la famille Arryn que je portais. Le cadeau avait été une très belle attention, car il avait été le signe du respect des Tyrell envers la noble famille Arryn. Malgré la fraicheur, j’avais refusé de me recouvrir d’un manteau. Puisqu’il fallait être plus haute que l’honneur, alors je me devais de mettre en valeur le somptueux cadeau des Tyrell, et si ma santé devait inquiéter mon père, alors c’était un autre point positif.

Une fois la famille réunie, ils s’avancèrent tous comme un seul homme vers nous. Alors que Graine Tyrell était dame de Hautjardin, le décès de ma mère avait laissé les Eyriés dépourvus de Dame, et sans doute avais-je fait, jusqu’à présent, office de Dame de Hautjardin. Mon père s’avançait vers celui qui avait été son ami, et je m’avançais avec lui. Le moment était solennel, bien plus que je ne l’aurais voulu d’ailleurs. Je quittais ce groupe que nous avions formé, ce groupe de la famille Arryn, et me dirigeais, au bras de mon père, vers les membres de la famille Tyrell. L’image était bien belle et représentative de ce qui allait se produire sous ce toit, quelques heures plus tard. Arrivés à leur hauteur, je me mettais en retrait, laissant mon père embrasser Mors Tyrell, cet ami de longue date, avec qui il venait de sceller un pacte important et unique. Pendant ce temps je gardais le regard baissé, en parfaite demoiselle de haute naissance, humble et réservée, alors que ma seule envie était de hurler. Alors que je relevais les yeux, ce sont ceux d’Oberyn Tyrell que je rencontrais. Dans ce regard, que je m’attendais à trouver froid et haineux, je décelais un petit quelque chose que je ne parvenais pas à expliquer. Toujours est-il que ce regard capta mon attention immédiatement, et qu’il fallut l’intervention de mon père pour me faire délaisser ces prunelles vert et or, si particulières dans leur façon de me dévisager. Mon père se chargea des présentations, qui étaient avant tout protocolaires puisque l’amitié entre les deux hommes avait impliquée de nombreuses rencontres au fil des années.

« Je me souviens de cette petite Leandra sauvage, et me voilà face à une femme d’une beauté époustouflante… »

Il se saisit de ma main et fit ce geste courtois que les cours du sud semblaient apprécier outre mesure, un baise main respectueux. J’effectuais une de ces révérences dont nous n’étions que très peu familiers aux Eyriés, mais qui se voulait de circonstance.

« … Quelle fierté de vous voir bientôt porter le nom et les couleurs de notre Maison ! »

A nouveau je restais silencieuse, car il me semblait que tout ce que j’aurais pu répondre à Mors Tyrell n’aurait pas été convenable au vu de la situation. Je me contentais de garder le silence, un sourire à peine esquissé, jetant des coups d’œil discrets vers celui qui ne m’avait pas encore quittée du regard depuis son arrivée.

La suite fut rapide. Il ne fallut pas longtemps aux Tyrell pour s’installer aux Eyriés, et la fête battait bien vite son plein au cœur de la forteresse. Le banquet avait été organisé par les Tyrell avant tout. Ils avaient ajouté à leur convoi des dizaines de wagons dédiés aux mets du Bief qu’ils souhaitaient partager avec nous. Des fruits gorgés de soleil, des légumes inconnus aux Eyriés, des viandes au fumet délicieux… Tout cela semblait si beau qu’il était à se demander ce qui les poussait à dévoiler tant de faste pour un simple banquet de veille de mariage. Sans doute aurait-il été pratique d’être placée aux côtés d’Oberyn, afin de chercher à connaître celui que j’épouserais le lendemain, mais le protocole était strict, et si les deux chefs de famille étaient assis l’un à côté de l’autre sur le dais, les familles, elles, se tenaient de chaque côté de ces hommes, sans aucun mélange possible. Je me tenais donc là, aux côtés de mon père et de mon frère, le regard perdu dans le vide alors que les plats se succédaient. Je touchais à peine à tout ce qui m’était présenté, me servant toujours pour honorer nos invités, mais n’en portant que quelque bouchées jusqu’à mes lèvres. Je n’avais jamais été de nature gourmande, et cette profusion de nourriture avait eu pour seul résultat de me dégouter.

« Lady Leandra, je me souviens encore de votre habileté à manier l’épée, lorsque vous étiez enfant, j’espère que vous n’avez rien perdu de votre combativité ! »

La puissante voix de Mors Tyrell s’était élevée au-dessus de celles des autres invités placés sur le dais, et il s’était penché vers moi, l’air purement heureux, à l’image de mon père qui semblait plus joyeux que jamais. Reposant ma fourchette, je me penchais à mon tour afin de pouvoir répondre à mon futur beau-père.

« Point, Monseigneur, les femmes du Val ne sont pas de celles qui baissent les armes si aisément. »

Je savais pertinemment que les yeux d’Oberyn Tyrell s’étaient posés sur moi à la minute où son père avait prononcé mon nom, et je savais également avec certitude que ma réponse ne lui plairait qu’à moitié. Mais il ne pourrait pas dire qu’il n’avait pas été prévenu.


***

La journée du mariage était codifiée. Très codifiée. Et le petit-déjeuner pris uniquement avec les membres de ma famille marquait le début de tout ce processus. Par demande express de ma part, ce repas se faisait frugal et simple, à l’image de la vie que j’avais pu mener jusqu’ici. Quelques fruits empruntés au convoi Tyrell, et pour le reste des aliments consommés depuis toujours dans le Val d’Arryn, et loin d’être servis à la manière fastueuse de ce qui se ferait surement le soir venu. Mais ce petit-déjeuner était également l’occasion de l’échange des cadeaux. Ceux des Tyrell étaient nombreux, et impressionnants de préciosité. Un premier présent fut amené, il s’agissait d’un livre magnifique et ancien, retraçant les aventures de nombreux héros et chevaliers. Non seulement les histoires qu’il contenait me fascinaient, mais en plus le livre était d’une beauté rare, enluminé avec des couleurs sublimes et doré à la feuille d’or, il semblait être plus bijou qu’ouvrage littéraire. Par la suite furent amenés plusieurs parures de pierres sublimes et de métaux précieux, pour partie tirés des bijoux familiaux, pour d’autres confectionnés pour moi. Puis vinrent les étoffes, les perles… Ce déluge de présent au début divertissant et touchant devint rapidement gênant et à l’image de la nourriture en trop grande profusion, il en devenait presque dégoutant. Il y avait trop. Trop de choses, trop de luxe, trop de tout. Comment pouvais-je seulement imaginer être un jour suzeraine d’une région telle que celle-ci ? Moi, fille des montagnes, élevée dans la simplicité et l’humilité des Eyriés, dans un monde où l’honneur vaut toutes les pierreries.

« Vous remercierez humblement et sincèrement Lord et Lady Tyrell pour ces présents magnifiques… Ils me semblent si nombreux et précieux que je doute bien d’en mériter autant. »

Ces remerciements marquaient la fin de ce repas, et pourtant cela ne faisait que commencer. Il me fallait à présent regagner mes appartements, car à peine quelques heures me séparaient à présent de la cérémonie officielle qui se tiendrait, comme la tradition l’exigeait, dans le septuaire, à midi. Je tentais de m’occuper l’esprit, de ne pas penser à ce qui allait se passer, et pourtant je ne cessais de revoir ce regard, de repenser à l’expression au fond de ces yeux que je n’avais pas revus depuis de nombreuses années. J’avais pu y voir de la défiance, du défi, peut-être même un peu d’agressivité, lorsque nous étions plus jeunes, mais à présent il ne restait plus vraiment de cela, mais je ne savais pas encore identifier ce que je pouvais bien inspirer à l’héritier du Bief.

Les portes s’ouvraient, et c’est au bras de mon père que je m’avançais, le regard baissé pour ne pas flancher. Dans mes cheveux, un bijou d’or et de saphir brillait à la lumière du soleil qui perçait à travers les vitraux. La robe, dont la longue traine formait un sillon après mon passage, était d’un blanc virginal, ne faisant étalage ni des couleurs des Arryn, ni de celles des Tyrell. Elle était d’une beauté à couper le souffle, et était un nouveau présent de ma nouvelle famille. Le lourd manteau qui recouvrait mes épaules était encore celui de ma famille, bleu et argent, aussi haute que l’honneur, tout cela trouvait écho en moi, et je portais ces couleurs avec fierté, tentant de me tenir droite et aérienne malgré le poids incroyable de cette étoffe.

Je dépassais Martyn et Etaine, qui se trouvaient sur le côté de l’autel, jetant un regard vers cette famille dont j’avais tant besoin. Mais ce regard fut de courte durée, puisque ce fut au tour d’Oberyn de nous rejoindre, et de se saisir de ma main cédée par mon père. Pas un mot ne fut échangé, mais je pus constater une sorte de connivence entre mon père et le jeune homme qui tenait à présent ma main avec douceur. Je ne le regardais pas, il ne le fallait pas. Je gardais les yeux fixés sur le vitrail face à moi, émerveillée par le jeu de la lumière et des couleurs. Il y avait quelque chose de résolument divin dans ces couleurs, dans cette lumière, et je tentais de me raccrocher à cette beauté afin de ne pas me laisser emporter par les émotions et la peur.

La cérémonie n’était finalement pas si longue, et très vite il me fallut prendre la parole et prononcer ces mots qui me lieraient à jamais à Oberyn Tyrell et Hautjardin. Nous nous faisions finalement face, et je relevais mes yeux d’un bleu profond vers le regard de vert et d’or de mon fiancé, pour la première fois depuis le début de la cérémonie nous étions en véritable contact.

« Par ce baiser, je vous engage mon amour et vous prends pour mon seigneur époux. »
« Par ce baiser, je vous engage mon amour et vous prends pour ma dame épouse. ».
« En ces lieux, au regard des dieux et des hommes, je déclare solennellement qu'Oberyn et Leandra sont mari et femme, une seule chair, un seul cœur, une seule âme, à présent et pour jamais, et maudit soit qui se mettrait entre eux. »

Sans que je puisse réellement intellectualiser la chose, nos deux visages se rapprochèrent, et je goutais pour la première fois au contact de ses lèvres sur les miennes. Le baiser fut bref et absolument protocolaire, et pourtant je pus constater que je n’avais pas eu le bonheur d’y être aussi insensible que je l’aurais voulu. Il était indéniable que Ser Oberyn Tyrell était un jeune homme respectable et fort aimable, tant dans sa mise que dans son attitude. La main qui détenait la mienne se faisait douce mais assurée, et son regard témoignait d’un intérêt vif envers moi. Il délaissa ma main pour effectuer le changement de manteau, et c’est en une fraction de seconde, recouverte d’un manteau aux couleurs de la famille suzeraine du Bief, que je cessais d’être Lady Leandra Arryn, et devenais aujourd’hui et pour toujours Lady Leandra Tyrell, dame de Hautjardin.

***

« Au lit, ma Lady ! »

C’est à ce cri de ralliement que je compris que le banquet prenait fin. Je n’eus guère le temps de comprendre ce qui se passait alors que la musique s’interrompait progressivement et que les hommes de la plus haute naissance de l’assistance se précipitaient vers moi. J’eus le réflexe de me tourner vers Oberyn qui semblait lui-même très occupé, entouré de toutes les demoiselles qui s’affairaient sur sa tenue afin de le devêtir, au même titre que l’on tentait de tirer sur les pans de ma robe. La cérémonie du coucher était une tradition, une tradition sans doute nauséabonde et ridicule, mais elle n’en restait pas moins un passage obligé dans tout mariage. Les plaisanteries de mauvais goût fusaient, les commentaires sur cette prétendue beauté qui était la mienne allaient bon train, et ce fut presque avec soulagement que je finissais par m’enfermer dans la chambre, séparée du tumulte par une lourde porte de bois. La chambre était plongée dans l’obscurité, simplement éclairée par un feu de cheminée crépitant et quelques chandelles. Il ne restait plus rien de ma robe magnifique, et c’est avec gêne que je constatais qu’il ne restait en réalité rien d’aucun des tissus ayant recouvert mon corps. Un instant je me crus seule, imaginant sans doute qu’Oberyn n’était pas encore arrivé à destination. Pourtant, lorsqu’une silhouette me surpris dans un coin éloigné de la pièce, je comprenais qu’il était déjà là et je me saisissais d’une robe de nuit déposée non loin de moi. Sans doute était-il ridicule de tenter de me dérober à son regard, de me dérober à lui, puisque le but ultime de cette mascarade était bien qu’il me fasse sienne. Il ne dit rien durant un long moment, se contentant de me regarder comme il l’avait tant fait depuis son arrivée. Quant à moi je restais immobile contre la porte, tenant maladroitement la robe de nuit de mousseline blanche contre ma peau. Que me fallait-il faire ? Devais-je parler la première ou était-ce à lui d’entamer ce… ce qui devait être entamé ?

Je ne dis rien, et n’eu guère besoin de la faire car ce fut Oberyn qui fit le premier pas. Silencieux, le regard toujours plongé dans le mien, il s’approcha à pas lents, presque hésitants. J’eu l’impression qu’il avait pris des années à arriver jusqu’à moi, et pourtant sans doute avait-il finalement traversé la pièce en moins d’une seconde. Enfin à ma hauteur, il s’arrêtait net, se contentant de mêler son regard au mien un long moment, un moment qui me parut infini. Attendait-il que je fasse un geste pour l’encourager ? Si c’était cela alors cela semblait mal engagé, car j’étais tout simplement incapable de bouger la moindre parcelle de mon corps. Je tentais de calmer mon souffle qui s’emportait à mesure que je sentais la panique me prendre à la gorge, je tentais de deviner ce qu’il attendait de moi, sans jamais y parvenir, et finalement je me retrouvais figée dans ma propre indécision. Encore une fois ce fut à Oberyn de dénouer la situation. Elevant une main jusqu’à mon visage, il caressa ma joue avec la plus infinie des douceurs, alors que son autre main attrapait la robe de nuit qui protégeait encore mon corps nu. Le tissu alla bien vite rejoindre le sol, et j’étais à nouveau entièrement vulnérable, plus vulnérable que jamais.

Je le détestais. Je le détestais d’être celui qui m’enlevait à tout jamais de ceux qui comptaient tant pour moi. Je le détester de vouloir me faire sienne. Je le détester pour tout. Et sans doute le détestais-je d’autant plus que je ne parvenais pas à me résoudre à le repousser. Je me détestais même sans doute plus encore de ne pas parvenir à redevenir maîtresse de moi-même pour le rejeter comme il devait l’être. Se pouvait-il d’être aussi en colère contre quelqu’un et d’être aussi peu capable d’échapper à son contact ? Je pouvais sentir la colère monter alors qu’il se montrait si sûr de m’avoir vaincue, et pourtant je sentais également les frissons que déclenchait chacun des contacts de sa peau et de la mienne. Alors qu’il déposait ses lèvres contre les miennes, semblant avoir pour objectif de me piéger contre la porte, je me dégageais de son emprise et reprenais la robe de nuit, dissimulant à nouveau ma peau par ce biais. Je reculais instinctivement alors que lui-même avançait, et sans aucun mot je le défiais. Dans une posture clairement offensive, je refusais d’être cette biche effarouchée qui se laisse prendre. Je n’étais pas un animal blessé, encore moins un animal de compagnie, j’étais une guerrière.

Ce qui avait été une lueur tendre dans le regard d’Oberyn se mua en animalité la plus pure alors que je le défiais, et que nous entamions un duel silencieux dans le cœur même de cette alcôve faite pour recevoir la communion d’un époux et de sa femme. En moins de temps qu’il en faut pour le dire il était à nouveau près de moi, et c’est sans s’embarrasser de la moindre douceur qu’il se saisissait de la robe de nuit pour me l’arracher des mains et la jeter aussi loin qu’il le pouvait. Alors, et sans me laisser la moindre chance de réagir, il se saisissait de moi, glissant son bras autour de ma taille afin de me rapprocher définitivement de lui. Ses lèvres s’écrasaient contre les miennes, et c’est avec entêtement que je m’astreignais à lui témoigner au moins la même animosité que celle dont il faisait preuve. Il n’y avait plus rien autour, car mes yeux ne pouvaient plus voir que les siens, et c’est dans un mélange perturbant de défi, de désir, et de colère que nous marquions le début de notre appartenance mutuelle, scellant le début d’une relation qui ne pourrait jamais être monotone…

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Any fool knows men and women think differently at times, but the biggest difference is this. Men forget, but never forgive; women forgive, but never forget.© by anaëlle.
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Leandra Tyrell
BIEF
■ Localisation : Sur la route de Hautjardin
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Sam 21 Nov - 22:26


Leandra Tyrell

« I love the name of honor, more than I fear death.»


BUT FIRST WE LIVE



He didn't realize that love as powerful as your mother's for you leaves its own mark.


Je hurlais. Je savais bien que tous ces hurlements étaient bien superflus et peu dignes de la Dame que j’étais censée être, et pourtant je ne pouvais m’empêcher de hurler jusqu’à en perdre le souffle, jusqu’à m’en briser la voix. J’avais réclamé l’absence de public lors de la délivrance de mon premier enfant, voir ces hommes et femmes du Bief graviter autour de moi alors que l’on me déchirait mes entrailles n’avait rien de bien agréable. Contre toute attente, Oberyn était là. Assis sur un fauteuil à mes côtés, il se contentait de prendre ma main en silence, mais il était là.

« Ma Lady, je vous en prie, encore un effort. Poussez ! »

Sans doute aurais-je pu lui arracher la langue et les yeux de l’entendre me conseiller de pousser à nouveau alors même qu’il me semblait perdre toutes mes forces. L’enfant à naître était, selon les mestres, en pleine santé et serait un enfant plein de vigueur. A en croire ces mêmes mestres, le calendrier était formel, il avait été conçu lors de la première nuit de mon mariage, ou bien l’une de celles qui suivirent immédiatement. Toujours est-il que si jeune que je puisse être, j’avais l’impression terrifiante de ne jamais pouvoir survivre à cet accouchement. Plus je hurlais, et plus je pouvais voir l’inquiétude se dessiner sur les traits de mon époux, qui malgré tout restait digne et droit en bon seigneur suzerain.

Les derniers mois que j’avais passés dans le Bief avaient été difficiles. Non pas que cette région soit particulièrement dure à vivre. Le temps était souvent égal, doux et ensoleillé, chaud la plupart du temps. Les mœurs étaient douces et polissées, mais derrière les nombreux sourires et les révérences il n’était pas difficile de percevoir le venin de ces courtisans zélés. L’exemple le plus parlant n’était autre qu’Ysolde Hightower. Femme d’une grande beauté et très respectée dans le Bief, elle n’était autre que la sœur de Lyam Hightower, ami sincère de mon époux mais que je soupçonnais de convoiter une place qui ne lui revenait pas de droit. Les Hightower étaient une famille ambitieuse et orgueilleuse, consciente de son prestige et du pouvoir de son siège, Vieilleville.
Ysolde Hightower avait été élevée aux côtés de son frère et des enfants Tyrell, et en avait résulté une amitié très forte entre Oberyn et sa cousine. Si j’en écoutais les rumeurs qu’avaient bien voulu me souffler certaines dames de mon entourage, leur relation fut même bien plus intense qu’une simple amitié. Les rumeurs sur un mariage unissant Ysolde et Oberyn n’étaient pas nouvelles, et il semblait que la jeune femme avait été la première à y croire. Seulement ce mariage n’avait jamais été mené à bien, et la responsable n’était autre que moi aux yeux de la jeune femme. Cette même jeune femme qui était à présent une de mes dames d’honneur et qui ne laissait entrevoir que la plus grande des courtoisies et que le respect le plus profond. Mais qui espérait-elle duper ? Moi, ou bien mon époux ?

« Vous y êtes bientôt, Lady Tyrell, gardez courage ! »

Je n’entendais presque plus les encouragements des septas qui m’entouraient et s’affairaient à mettre au monde le premier héritier d’Oberyn. Beaucoup avaient été surpris de me voir déjà enceinte de mon premier enfant, tout juste après notre mariage. La raison n’était autre qu’Oberyn et moi passions chacune de nos nuits ensemble. Si j’avais eu quelques difficultés à comprendre et accepter l’insistance de mon époux quant à une proximité plus que répétée, je ne pouvais que me féliciter de voir cette proximité résulter en un héritier, que j’espérais être le garçon tant attendu.

« Lady Tyrell, encore un dernier effort et l’enfant sera au monde ! »

Je ne pouvais plus. M’effondrant sur l’oreiller je manquais de perdre connaissance. Tout ce qui m’entourait devenait progressivement flou, et je ne ressentais presque plus la douleur en tant que telle tant elle habitait chaque parcelle de mon être à présent. J’avais cessé de crier, et pousser pour finir de mettre au monde mon enfant me semblait à cet instant la plus grande des épreuves. Dans le flou général je parvenais à percevoir la présence d’Oberyn qui s’était rapproché de moi. S’asseyant sur le lit de couches, à mes côtés, il s’était laissé aller à prendre ma tête entre ses bras, caressant machinalement mes cheveux trempés de sueur, ne lâchant pas ma main pour autant. Il remplaça bien vite sa main par un linge humide et frais qui me permit de reprendre un soupçon de force. Il me fallut toute la force dont je disposais pour me relever à nouveau et pousser une dernière fois, qui fut couronner de succès comme l’indiquaient les cris du nouveau-né que je venais de mettre au monde. M’effondrant instantanément, je perdais connaissance un instant. Lorsque j’ouvrais les yeux à nouveau, c’était pour apercevoir Oberyn Tyrell, Seigneur de Hautjardin, Suzerain du Bief, assis sur le rebord de mon lit et tenant dans ses bras forts un petit être remuant mais silencieux. Il ne vit pas immédiatement que je m’étais éveillée, et j’eu ainsi le loisir de l’observer. Je pouvais lire dans ses yeux un amour inconditionnel, de ces amours que seul un père pour éprouver pour son enfant, et d’autant plus son premier enfant. Il berçait le petit nourrisson quelque peu maladroitement, mais il semblait parvenir à l’apaiser. A le voir ainsi, il était difficile de l’imaginer chef de guerre, suzerain d’une des sept régions de Westeros, et il était difficile de faire le rapprochement avec cet homme fier et quelque peu emporté qu’il pouvait être par moments. Il était la figure même du Père, tenant avec la douceur la plus extrême son premier enfant, le regardant les yeux brillants et aimant, embrassant par moment ses petits poings élevés au ciel, et souriant d’un bonheur tout nouveau.

Il vit très vite que je m’étais éveillée, et lorsqu’il posa les yeux sur moi c’est une véritable gratitude que je pouvais y lire. Cela signifiait-il que j’avais réussi à lui donner l’héritier que tous attendaient ?

« Leandra… Voici notre premier enfant, que vous avez mis au monde avec le courage le plus admirable. »
« Est-ce… êtes-vous heureux ? »
« C’est une magnifique petite fille et je… »

Je retenais mon souffle un instant, et mon trouble fut si profond qu’il s’interrompit à la vue de mon visage inquiet.

« … Je… je vous donnerai un fils, je vous le promets, je… »
« Ne soyez pas troublée, regardez comme notre fille est belle. N’est-elle pas la plus belle des roses ? Elle ressemble déjà sa mère. »

Tant de douceur venant d’Oberyn, les petits yeux de ma fille qui se posaient sur moi, ses petits bras qui se tendaient vers moi, son petit corps que je prenais bientôt entre mes bras… Tout cela eu pour effet de me faire perdre toute cette force et cette dignité que j’avais décidé d’afficher en présence d’Oberyn. Ma fille était, en effet, la plus belle des enfants. Ses yeux n’étaient pas encore tout à fait ouverts, mais déjà l’on pouvait apercevoir leur magnifique couleur bleue, ses traits étaient d’une finesse remarquable, et déjà l’on sentait qu’elle serait une jeune fille pleine de fougue.

L’arrivée de ma fille dans ma vie fut sans doute une étape clé. J’avais eu l’impression de dépérir à Hautjardin, loin de tous ceux que j’aimais tant, et sa naissance avait finalement donné une raison à ce mariage que l’on m’avait forcée à contracter. Deux ans plus tard, je mettais finalement au monde ce petit garçon que nous avions tant attendu, et une fois de plus je redécouvrais un Oberyn tendre et en adoration devant ses enfants, une face que je refusais de voir depuis bien trop longtemps. Jeyne et Brynden nous avaient uni plus que nous ne nous l’étions avoué, et ils représentaient le sens même de mon existence à présent. Les jardins de notre demeure avaient retrouvé de leurs attraits pour moi, car ils étaient le lieu de longues balades avec mes enfants, tout Hautjardin semblait à nouveau lieu plaisant car lieu de vie de ces petits êtres que j’aimais plus que ma vie elle-même. Oberyn, lui-même, était devenu un autre homme, et même si je ne parvenais pas à me l’avouer, il avait démontré bien trop de tendresse et d’amour envers notre famille pour que je ne parviennes pas à l’aimer, au moins un peu.






Innocence is a treasure. It is always coveted by others.

An 47.

Les coups et les combats de multipliaient, et je ne parvenais pas décroiser mes mains, fixant tantôt Martyn, mon oncle Elbert, et finalement tous les autres chevaliers qui se battaient tous et risquaient tous de perdre la vie. Les blessures étaient nombreuses, pour les Arryn pour lesquels je tremblais, mais aucun ne semblait gravement atteint. J’en remerciais les Sept sincèrement, continuant de prier tant que les combats n’avaient pas cessés. Martyn se battait avec courage et force, et je ne pouvais m'empêcher de sourire à la vue de cet homme fier et valeureux qui avait été mon petit frère, un petit garçon. Je fermais les yeux un instant, effrayée de voir la lame de son adversaire frôler sa gorge de si près. Il avait déjà reçu de nombreuses blessures bénignes. A mes côtés, se tenait Oberyn Tyrell, mon époux, protégé quant à lui des combats. A chaque instant où l'on pouvait croire les vies de Martyn ou d'Elbert menacées, je sentais immédiatement la main de mon époux se déposer sur la mienne... Qu'il souhaite me soutenir ou bien m'empêcher d'être trop démonstrative pour des chevaliers se battant pour le camp ennemi, personne ne pouvait le dire, mais j'appréciais sincèrement ce contact rassurant, me rappelant que le père de mes enfants ne pouvait pas être atteint... Du moins physiquement.

« LE PRINCE EST MORT »

J’ouvrais les yeux, surprise du dénouement si rapide. Daeron Targaryen n’était plus, et mon époux avait triomphé. Malgré moi, alors que mon regard croisait le sien pour la première fois depuis le début des combats, je laissais éclater ma joie, me tournant immédiatement vers Oberyn et lui offrant un sourire radieux. Le sourire d’une épouse heureuse de voir son mari victorieux, d’une sœur soulagée de voir son frère respirer, et d’une nièce ravie de voir son oncle échapper à la mort d’un duel sans merci. Ils étaient vivants. Il était victorieux.

« Lord Oberyn Tyrell, Seigneur de Hautjardin et Gouverneur du Sud. Les Sept ont tranché : au nom de leur Loi et par application de leur Justice, vous êtes le vainqueur de cette joute divine qui devait décider du sort de Daeron Targaryen, Prince des Sept Couronnes et frère de Sa Majesté le Roi, Maegor Ier Targaryen. »

Les mains toujours croisées contre mon cœur, je remerciais les Sept d’avoir accordé leur protection à cet homme que j’avais longtemps rejeté, mais que j’aurais pleuré sincèrement s’il avait du m’être arraché par je ne sais quelle conséquence entraînée par la victoire des loyalistes. Il était le père de mes enfants, un père aimant, un père adoré de ses enfants et il était mon époux… Notre mariage avait été emporté et tempétueux, à l’image de nos deux êtres, mais résultant en deux êtres aussi merveilleux que nos enfants comment aurait-il pu être une mauvaise chose ? Sans doute n’étions-nous pas toujours du même avis, et sans doute n’étais-je pas l’épouse la plus docile qui soit, mais je n’aurais pu que souffrir de perdre Oberyn. Je le réalisais pour la première fois. J’avais voulu laisser éclater mon soulagement et le prendre dans mes bras, mais je n’étais pas de ces demoiselles emportées et idéalistes, j’étais une Arryn, j’étais la Dame de Hautjardin, et cela exigeait une dignité à toute épreuve.

Il avait quitté la tribune depuis de longues minutes déjà, recevant le triomphe des mains de la princesse Daenys, félicitant ses chevaliers. Je le regardais évoluer parmi ces hommes, et le soulagement se lisait sur les visages.

« Ma Lady, un messager est arrivé à la hâte depuis Hautjardin, il demande audience avec Lord Tyrell. »
« Mon époux est, comme vous le voyez, relativement occupé. Amenez-moi jusqu’à ce messager, je le recevrais. »

L’homme que je trouvais à l’entrée de ma tente avait les traits tirés et l’air épuisé. Je le faisais entrer et lui donnais immédiatement un peu d’eau. Il semblait avoir chevauché nuit et jour depuis des semaines.

« On m’a parlé d’un message. Parlez. »
« Lady Tyrell, Lyam Hightower s’est soulevé, il a trahit notre Suzerain, il s’est emparé de Hautjardin et… »
« … Où sont mes enfants ? »

La question m’avait presque échappée, et c’est sans vraiment maitriser mon inquiétude que je m’étais approchée de l’homme pour lui poser cette question. Il fuyait mon regard, visiblement mal à l’aise.

« Répondez ! »
« Lord Hightower les détient prisonniers à Hautjardin, ma Lady. »

Je quittais la tente à la hâte, sans un regard pour le jeune homme qui restait à présent silencieux. J’ordonnais que l’on garde sous surveillance cet homme afin qu’il puisse s’entretenir avec Oberyn et je traversais le camp aussi rapidement que je le pouvais. Je ne courrais pas, il ne fallait pas attirer l’attention, mais l’inquiétude semblait me porter car je rejoignais Oberyn qui se trouvait aux côtés de certains de ses vassaux.

« Oberyn. »

Lorsqu’il se retourna et vit mon visage mon époux perdit instantanément son sourire.

« Que se passe-t-il ? »

Je l’entraînais à ma suite et le conduisais jusqu’à notre tente où se trouvait le messager, mais je décidais de mettre notre cheminement à profit car aucune minute n’était plus à perdre. Ce combat, cette mascarade, tout cela avait ouvert le champ aux traîtres pour prendre en otage mes enfants et remettre en question la légitimité de notre famille à la tête du Bief. Il fallait réagir, et vite.

« Lyam Hightower s’est soulevé, il conteste votre pouvoir et… »
« … Que dites-vous ? »
« Un message vient d’arriver. Lord Hightower s’est emparé de Hautjardin et y réside à présent avec ses hommes. Il détient Jeyne et Brynden. »

Il s’arrêtait soudainement, tirant sur la main que j’avais déposée dans la sienne pour le conduire. Son regard faisait écho au mien, et si l’inquiétude et la peur le teintaient au début, je pouvais à présent y voir de la colère, de la rage même.

« Rassemblez vos hommes, nous devons retourner à Hautjardin, reprendre ce qui est vôtre, et libérer nos enfants. »
« Nous ? Leandra c’est hors de question. Vous resterez à l’arrière avec votre frère et son épouse, lorsque tout sera terminé vous pourrez... »
« Non… Oberyn non. Vous ne pouvez décemment me demander de me cacher alors que mes enfants sont menacés. J’ai cru vous perdre mille fois aujourd’hui, je ne tolèrerai pas d’être mise à l’écart alors ma famille toute entière est menacée. Quoique vous puissiez dire je serai du convoi, et si nous devons à nouveau nous battre à ce sujet alors nous le ferons. »

Le combat était perdu d’avance, et Oberyn le savait. Après s’être entretenu avec le messager, il rassemblant son conseil du Sud afin de décider de la marche à suivre. Il fallait frapper au plus vite, et au plus fort. La trahison de Hightower devrait servir de leçon pour tous les autres seigneurs tentés de contester le pouvoir de la famille Tyrell.


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Honor is what makes you strong
Any fool knows men and women think differently at times, but the biggest difference is this. Men forget, but never forgive; women forgive, but never forget.© by anaëlle.
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Faust
NORD
■ Localisation : En route vers Port-Réal
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Sam 21 Nov - 22:30

J’ai eu ouïe dire la venue d’un TC il y a quelques jours. Une rumeur…
Comme à l’habitude on m’a dit de ne pas m’enflammer, mais désormais que l’annonce s’est officialisé, difficile de ne pas se laisser submerger par l’excitation ! Toi, dans le Bief, sous les traits d’une Leandra Tyrell. L’idée de voir ta patte s’emparer d’un autre rôle me fait du bien. Tant parce que je sais que tu feras de grande chose pour relancer certaines régions, tant parce que ta plume est mythique. Je ne te le dirais jamais assez; je reste toujours ébahi par la qualité de tes textes. Fluide, agréable…j’ai envie de dire parfait. Je ne suis pas inquiet que ce nouveau personnage soit une nouvelle réussite et qu’il soit campé avec brio. Je ne te souhaiterais pas « bonne chance » dans la rédaction de ta fiche, car tu n’en a aucun besoin.

Tout ce qu’il me reste à dire c’est : Épate-nous, encore !

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I survived because the fire inside me burned brighter than the fire around me - Fallout
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Alys Manderly
NORD
■ Localisation : Winterfell.
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Mer 25 Nov - 14:12

Bon... Tu l'as fait, je te laisse deviner ce que ça impliquera de mon côté. Ne t'inquiète pas ma seurette, j'arrive !

Hâte de lire cette fiche en entier !

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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Invité
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Mer 25 Nov - 16:15

Tu sais déjà ce que je pense de ta venue dans le Bief, surtout sous les traits de la belle et redoutable Leandra Tyrell

Ce rôle est fait pour toi et tu vas nous concocter une fiche explosive, comme à ton habitude, ça j'en suis sûr. Et du coup, j'suis trop impatient !

Hâte de te lire
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Invité
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Ven 27 Nov - 23:21

Re-bienvenue parmi nous ma chère
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Invité
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Mer 2 Déc - 11:37

Re-bienvenue parmi nous ma double belle-soeur huhuhuhuh
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Rhaenys Stark
COURONNE
■ Localisation : Sur la route de Port-réal...
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Mer 2 Déc - 12:27

Merci mes petits choux
J'avance pas vite du tout Mais j'arrive

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee   Mar 29 Déc - 17:00


Félicitations !
« Bienvenue sur ATC »

Une bien belle fiche, encore. Je suis tellement contente de te valider sous ce personnage

Et c'est pour cela que le staff et moi-même sommes heureux de vous annoncer que votre fiche est validée ! Vous êtes désormais un habitant du BIEF. En tant que tel, vous êtes soumis aux lois de celle-ci ainsi que celles de Westeros. Au plaisir, donc, de vous croiser dans l'un ou l'autre des Sept Royaumes.

Cependant, pour finaliser votre inscription et votre intégration au sein de la communauté, il vous reste quelques petites formalités à remplir obligatoirement :

❥ Recenser l'avatar du personnage.
❥ Déclarer sa famille.
❥ Compléter le registre des multicomptes (si vous êtes un DC, TC, QC)
❥ Recenser les dates importantes de votre personnage dans les chronologies détaillées
❥ Créer et tenir à jour (impérativement) votre fiche de chronologie de personnage.
❥ Ouvrir une fiche de liens.
❥ Assortie à sa soeur, fiche de sujets.
❥ Et de venir prendre du bon temps avec nous !

crédits image : ATC ; code by ATC.


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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Leandra Tyrell ♟ Never forget, never bend the knee

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