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 (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew

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Agnes Crane
BIEF
■ Localisation : Froide Douvre, avec Andrew Osgris
MessageSujet: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Ven 23 Sep 2016 - 21:47




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

La jeune femme flatta l’encolure de son palefroi gris, le remerciant de cette chevauchée qu’il avait de nouveau effectué. Ils étaient devenus de plus grands et précieux compagnons de route qu’ils ne l’auraient cru, ces derniers temps. Agnes releva la tête, admirant la vue et cette forteresse qu’elle n’avait fait que contourner jusque là. Froide-Douve. Autrefois demeure des Osgris, la grande forteresse avait fini par être offerte à la famille Tyssier par le Roi Maegor. Les raisons de ce choix avaient toujours été obscures pour la jeune héritière de la maison Crane. Mais aujourd’hui, les Osgris avaient repris leurs droits d’appartenance sur cette demeure et pas n’importe quel Osgris. Andrew. Le frère oublié, le lion égaré, le septon déchu. Il y avait bien des noms que l’on pouvait lui offrir et qui semblaient s’être évanouis dans l’oubli pour mieux revenir. Quand elle avait entendu parler de ce retour, Agnes avait été plus qu’attentive et avait essayé de comprendre la situation. La légitimité d’Alester Osgris avait été remise en cause et lui-même riait jaune de la situation, essayant d’affirmer qu’il avait le contrôle alors que cette nouvelle le surprenait tout autant que les autres. A Hautjardin, il avait essayé de garder la face durant les festivités rapides qui avaient eu lieu en l’honneur des Tyrell. Mais Agnes savait très bien que la menace qui planait était plus grande qu’elle n’y parraissait.

Le Capitaine de sa garde s’approcha d’elle, s’arrêtant à son niveau. « Lady Agnes, souhaitez-vous que nous envoyons un messager auprès de celui qui dirige ce château afin de le prévenir de votre venue ? » La jeune fille fronça les sourcils. C’était là une solution de facilité qu’elle aurait surement employé dans bien des circonstances, mais à l’heure actuelle, la grue Noire ne pensait pas audacieux d’agir de la sorte. Non, elle devrait changer les coutumes et bouleverser ses habitudes avec cet homme qui se trouverait là-bas. « Non. Maintenez hauts les bannerets qu’ils puissent savoir qui approche. Adoptons une position qui se veut égale. Je ne veux pas qu’il se méprenne. » L’homme acquiesça et à la demande de la jeune femme, la cavalcade reprit en direction du fief de l’Osgris dêchu. La belle Agnes sentait ses cheveux voler, libres, dans son dos. Elle portait une robe grise et dorée, élégante en demeurant sobre. A chaque martellement de sabot, son cœur s’envolait un peu plus, venant frapper sa poitrine tandis qu’il essayait certainement de retrouver celui qu’elle aimait.

***

« Agnes, êtes-cous certaine de ce que vous faites ? Cela briserait cette alliance que votre maison possède avec la famille Osgris… » « En accordant du temps et une visite à un membre de cette même famille ? » Elle haussa les sourcils, cherchant à souligner la bêtise des propos de celui qui était toujours son fiancé. Il grogna légèrement, prenant délicatement la jeune femme par les épaules. « Agnes, vous savez ce que je veux dire… Je ne comprends même pas comment votre père peut vous laisser agir de la sorte… » « Père me fais confiance et c’est là la plus belle marque de respect qu’il pouvait m’offrir. Il a foi en moi et pense que si je juge mes actes justes, alors c’est qu’ils finiront par le devenir. « Votre père perd la tête, tout comme ce fut le cas pour ce fanatique autrefois... » Agnes fit la moue devant cette critique ouverte de cet homme qui finirait un jour par l’épouser. Lui sourit légèrement en coin avant de la pousser doucement contre le mur, à l’abri des regards, déposant ses lèvres sur celles de la jeune femme qui sentit le rouge lui monter aux joues. Rares étaient les instants où ils avaient cette intimité, cette proximité. Leur mariage n’avait pas eu lieu, ne cessant plus d’être retardé, toujours peu clair sur le fief qu’ils devraient diriger. Mais leurs cœurs, eux, étaient liés, proches, s’appelaient l’un à l’autre et désiraient toujours plus que leurs corps s’unissent enfin. Mais la sagesse et le respect de l’autre les forçaient à ne jamais aller plus loin que ces baisers, ces quelques caresses partagées. Ils avaient beau bouillir de désir, jamais ils ne brûleraient les étapes car ils s’aimaient trop pour se trahir de la sorte.

La main d’Alvyn glissa dans le dos d’Agnes pour trouver refuge au creux de celui-ci, leurs corps se collant l’un à l’autre. Agnes avait glissé l’une des siennes dans les cheveux blonds comme les blés du jeune homme, ses lèvres en demandant toujours plus. Puis, la fièvre retomba et le moment se stoppa. Le front d’Alvyn trouva celui de sa belle, le bout de leur nez venant se frôler. Agnes se mordit la lèvre inférieure, ses yeux noirs se relevant dans ceux, plus clairs d’Alvyn. « Je ne demande pas ton approbation… Je demande simplement que tu ne me rejettes pas pour ce que je souhaite faire. » Alvyn sourit et ferma les yeux, lâchant un léger soupir de lassitude. « Je serais à Port-Réal. Quand bien même je n’approuverais pas, je ne pourrais que m’en vouloir de ne pas t’avoir aidée, mon aimée. Je t’enverrais des lettres pour t’informer de ce qu’il se dit et des actes et paroles d’Alester… Sois prudente, je t’en conjure. » Il l’embrassa une dernière fois avant de s’éloigner. Agnes ne put s’empêcher de sourire, l’observant partir sans pouvoir lui courir après. Leurs retrouvailles n’en seraient alors que meilleures.

***

Au pas, les quelques cavaliers arrivèrent au devant de la large porte de la forteresse du lion Échiqueté. Quelques gardes, à moins que ce n’était des habitants privilégiés de la forteresse, s’étaient regroupés sur le mur, observant avec attention la venue de ces étrangers qui semblait être pacifiques. Mais rien n’était jamais moins sûr par les temps qui courraient. « Qui va là ? » Le Capitaine de la garde de la jeune fille lui adressa un regard, comme pour déterminer qui devait parler. Alors la jeune femme releva les yeux vers les hommes sur leur perchoir. « Lady Agnes, dame de la maison Crane et fille aînée de Lennart Crane, lord de la maison. Je suis ici dans l’espoir de discuter avec celui qui dirige actuellement Froide-Douve, bien que j’ignore quel titre il souhaite que l’on lui donne, Andrew Osgris. Mes intentions sont pacifiques et je viens ici dans l’espoir d’ouvrir le dialogue avec lui. Allez donc lui dire cela. »

© Belzébuth

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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Mer 28 Sep 2016 - 13:21




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

Je sentais mes extrémités se glacer et mes paumes devenir moites. Les mains jointes derrière mon dos, mes doigts s’entortillaient nerveusement. Un jeu de fébrilité, planqué derrière la tenue irréprochable qu’on me connaissait bien. En franchissant cette porte, je savais pourtant que je n’allais rencontrer ni fierté, ni déception. J’allais faire face à un corps inerte, noyé dans la plus sombre des folies, confrontant le souvenir d’un homme que je respectais. Je m’y étais préparé, mais lorsque le moment se présentait, l’assurance menaçait rompre – renouant avec mes angoisses passées. Chaque retrouvaille fut ponctuée de ses malheurs et celle-ci ne faisait pas exception. Voilà qui fut certainement le plus douloureux. Figé devant le lit de bois massif, je baissais les yeux sur cette image désolante. Celle d’un père aux allures d’un vieillard abattu par la misère. « Pourquoi a-t-il fallut que vous me chassiez. » Expirais-je dans l’air vicié de ce qui était autrefois la chambre de mon défunt frère. Mes bras se déchargeaient du poids de l’agitation, se laissant retomber le long de mon corps dans une certaine lassitude. N’avait-il pas scellé son sort, lors de ce jour tragique où il me chassait de ses terres? Se condamnant à n’être entouré que par l’insouciance, le mépris et l’arrogance? Une décision qui avait écorché notre nom, plus qu’on m’en fit le blâme et qui menaçait aujourd’hui l’avenir de notre maison. Je ne pouvais, malgré tout, me convaincre qu’il méritait un tel sort. Cela même après tout le mal dont il m’avait accusé et qui pouvait lui être reproché au centuple. J’osais un premier pas, contournant la droite du large meuble de noyer où reposait celui qui avait perdu tout de sa superbe. Cette loque raclant un souffle inespéré n’était pas mon père, je ne lui reconnaissais rien. Amaigrit, l’odeur de la mort l’embaumait déjà. Je fus révulsé, mais rien ne fut plus violent que mon chagrin. Il avait été abandonné. Les larmes me piquèrent les yeux, outré de voir un homme autrefois si distingué, s’écrouler de cette façon. Puis la colère. « Que vous a-t-il donc fait...?» Lord Ormond Osgris avait été brisé et la perfidie d’Alester y avait très certainement contribuée. Le damné s’était assurément plu à détourné un homme pieu de sa voie, le tirant vers le bas jusqu’à ce qu’il ne puisse se relever. Je posais alors une main affectueuse sur la sienne, en signe de ce soutien indéfectible. Un contact qui fut rompu dans un hurlement de terreur. Brusqué par l’essoufflement rageur de ce père confus, j’eu un mouvement de recul – surpris, mais surtout inquiet. La virulence de ce grognement, me semblait presque improbable, venant d’un homme sur le point de succomber. Le véritable visage du mal qui le rongeait, était, semblait-il, pire qu’il n’y paraissait. La porte s’ouvrit, avec vigueur, laissant passer deux hommes venu me porter assistance, cherchant à calmer celui qui cherchait son souffle entre deux exclamations vulgaires. Une autre voix s’interposait avec hésitation et mon regard bascula vers elle, m’extirpant pendant un moment, de ce curieux cauchemar. « Lady Agnes Crane est à nos portes et demande à s’entretenir avec vous... » . J’inspirais avec consternation. Qu’est-ce que cela signifiait? Je fis un pas à l’extérieur de la chambre, m’éloignant du tumulte pour me permettre de réfléchir convenablement. La controversée famille avait été remarqué auprès de mon frère, s’appuyant dans une alliance qui longeait aujourd’hui mes remparts. L’état de leur nombre me rassurait, mais cette visite ne m’enchantait guère, d’autant que l’instant était mal choisit. « Dite-lui que j’accepte de la recevoir. » Bien qu’agacé, je me laissais intriguer, mais ce temps précieux que je lui accordais était surtout octroyé par la considération de son rang. Une pure politesse qui ne s’avérait pas l’urgence actuelle. « Qu’on lui épargne les activités de la cour et qu’elle soit conduite là où nous avons tenu le conseil ce matin. Nous accueillerons ses hommes derrière nos murs, veillez à ce qu’ils restent à l’extérieur...et qu’ils observent » . J’insistais particulièrement sur la dernière consigne, avant de poursuivre sur un ton plus pressant « Que lady Rowena regagne ses appartements...et allez vite me quérir frère Harlan! » . Aussitôt les ordres donnés, que je regagnais la chambre, refermant la porte derrière moi. Lady Crane n’était pas ma priorité et elle l’entendrait bien.

***

D’un pas pressé, l’homme qui s’était chargé de délivrer le précieux message fut à porté de vue, mais son attention ne se porta pas directement à ceux qui le lui avaient délivré. Il accostait plutôt un homme humblement accoutré qui gagna le château à son tour, d’un pas vif. Un échange qui capta l’attention de la garde perchée sur le haut mur, intrigué de connaitre les ordres. Un échange indistinct plus tard, le pont levis s’abaissait dans le claquement des lourdes chaines, dévoilant une herse qui s’élevait à son tour. « Le Lord-Septon Andrew Osgris vous accordera une audience! » Fini par déclarer d’une voix forte et désagréable, l’un de ceux qui s’était rassemblé sur les remparts. Le chemin fut libéré pour faire place à la garde et leur protégée. Si les bannières du lion à damier avaient été laissées intactes, d’autres s’étaient imposées dans la basse cour. Hissé de part et d’autre, le symbole de l’ordre militant créant polémique s’imposait naturellement, tel un mauvais présage. Il ne fallait que lever les yeux pour plonger dans l’enfer qu’impliquait la prise du château, par ces fanatiques. Derrière ses regards méfiants qui suivaient au pas le passage de ces étrangers, se dressaient de funestes échafauds où s’alignaient de nombreux suppliciées. Des morts par dizaine, hommes comme femmes, attendant d’être libérés de leurs cordes. Des serviteurs, des chambrières, certainement un mestre...aucun n’étaient soldat, mais tous trouvèrent la mort. Ce n’était là que les premières victimes d’une guerre encore jeune et il y en aurait encore beaucoup d’autre. Malgré l’horreur, le calme régnait parmi les hommes drapé de noir, insensible à la triste scène. Leur quotidien ne se butait pas à l’image d’une jeune femme ne touchant plus terre, mais pouvait-on réellement les blâmer. Un homme à la barbe noire mal taillé s’imposa alors devant la monture de la jeune lady, agrippant la bride dans l’intention de dispenser celle-ci de sa monture. Puis celui qui avait été chargé de faire entendre la requête de leur invitée, se présentait à ses côtés. « Veuillez me suivre m’lady. » D’une effrayante neutralité, il était entendu de son regard sombre, que personne n’était autorisé à l’accompagner. Aucune indication supplémentaire ne fut donnée. Celui qui s’improvisait guide, ne prononça aucun autre mot, imposant un rythme soutenu dans les détours dépouillés de richesses. Seules les tapisseries rappelant les exploits passés avaient été épargnées dans cette purge qui ne laissait plus qu’une déstabilisante austérité. D’un geste de la main, l’homme invita la jeune femme à entrer dans ce lieu qui n’avait rien de conventionnel pour une rencontre de cette nature. Insistant pour qu’elle prenne place sur cette chaise d’un confort raisonnable, avant de s’éclipser. Elle se retrouvait seule, sans accueil convenable, ni de quoi se sustenter. L’endroit était sombre, étroit - surchargé de parchemins, de livres, de bocaux à l’étrange contenu et autres babioles. Un large bureau trônant au centre, derrière lequel un fauteuil vide rappelait l’absence du principal concerné. Seul une petite fenêtre offrait un peu de chaleur à cette pièce qui n’avait rien d’invitante. Et le temps s’écoulait dangereusement...

***

J’ouvrais la porte avec empressement, prenant soin de la refermer à ma suite. Je trainais avec moi une forte odeur d’encens et de camphre, parfumant un endroit qui avait été trop longtemps confiné dans la poussière. Cela faisait bien une heure que j’avais accepté cette rencontre, forçant la patience de la jeune femme, frôlant l’insulte et abusant de son temps. Je ne m’en préoccupais pas outre-mesure, m’assoyant dans ce fauteuil sans la moindre excuse. Mon regard acier, confrontait le sien, sans aucune retenue. « Vous avez demandée à me rencontrer; je vous écoute » . Le timbre de ma voix était froid, hérissé. J’avais rejeté toute forme protocolaire, l’intimant ainsi que je n’avais pas de temps à perdre et que cette rencontre risquait d’être de courte durée. Je la forçais ainsi consciemment à faire ses preuves. Une démonstration doublement complexe à faire valoir, en sa qualité de femme...

© Belzébuth

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Agnes Crane
BIEF
■ Localisation : Froide Douvre, avec Andrew Osgris
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Dim 2 Oct 2016 - 23:04




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

« Nous pouvons encore faire demi-tour, lady Agnes… » La jeune femme fronça les sourcils et tourna la tête vers son capitaine qui avait la tête levée vers les remparts, comme attendant une offensive ennemie à chaque instant. « Je ne reculerais pas, Capitaine. Je n’ai pas fait toute cette route pour rien… » « Alors je vous prierais, quoiqu’il arrive, de garder votre précieuse dague à porter de main sous vos jupons… » La jeune Bieffoise pinça les lèvres. Évidemment, elle n’était pas venue désarmée, prenant soin de placer au niveau de sa cheville droite une dague fine et légère qu’elle sentait à peine. Un dernier présent de son fiancé avant de partir, lui qui ne pouvait assurer sa sécurité en ces lieux à l’atmosphère des plus étranges. Agnes n’aurait su dire pourquoi, mais un certain malaise s’emparait doucement d’elle. Peut-être était-ce ces regards qui la dévisageaient depuis les remparts ? Ou bien les divers avertissements de ses proches qui arrivaient enfin à ses oreilles, la poussant à frissonner doucement d’une peur amère qui semblait hanter ces lieux.

Finalement, un grand bruit se fit entendre et, doucement, le pont levis s’abaissa. Agnes sourit doucement, assez satisfaite d’elle-même. Elle avait fait le premier pas dans cette quête personnelle, dans cet accomplissement qu’elle s’était donné à faire, dans cette lutte contre un homme aux ambitions plus que débordantes. La herse qui se trouvait derrière se souleva à son tour dans un grincement sourd. Un homme se tenant sur le rempart indiqua alors à la jeune femme et sa petite troupe qu’ils allaient être reçus. Agnes hocha la tête, remerciant le brave homme qui le lui avait dit et lança sa monture en avant sur le pont levis, entrant dans la fortification des Osgris. Elle nota dans un coin de sa tête le titre qu’il avait donné à son maître. Lord-Septon. Elle l’appellerait donc ainsi dès lors qu’elle se retrouverait confrontée à ce personnage aussi fameux que tristement célèbre. Les gardes ne tardèrent pas à encadrer de nouveau leur protégée, franchement sur leurs gardes. Seule Agnes paraissait détendue et souriait avec une infinie douceur.

Mais, hélas, cent fois hélas, ce sourire ne resta pas présent de manière infinie sur ces lèvres roses et charnues. Le regard de la jeune Agnes s’était posé sur la large cour de Froide Douve, admirant le blason du Lion Échiqueté qui était le même que celui porté par les bannerets d’Alester. Mais il n’était pas le seul. Les couleurs de l’ordre Militant étaient également là, à ses côtés, comme pour s’unir à la force du lion pourtant déchu du Bief. Et alors que certains la dévisageaient d’un air mauvais qu’elle pouvait ignorer, son regard se leva. Et l’horreur se dessina sur les traits doux de la jeune femme qui retint un cri, l’étouffant d’une main plaquée sur sa bouche. Ses yeux noirs s’écarquillèrent devant l’horreur que lui offrait ce sinistre spectacle. Des hommes, des femmes. Les pupilles de la jeune femme roulaient dans leur orbite, passant d’un cadavre à l’autre, tous accrochés solidement par la corde qui venait orner leur cou et qui avait été responsable de leur mort. Le palefroi de la jeune Agnes, ressentant sa nervosité, s’ébrouant, faisant claquer ses fers sur les pavés. Mais il fut intercepté rapidement par un homme qui l’immobilisa, intimant la jeune dame de Lac Rouge à descendre, ce qu’elle fit.

D’un revers de main, elle replaça le tissu de sa robe, ne pouvant empêcher son regard de quitter ces visages vides de vies et blancs comme la mort qui les habitait. Un homme s’avança alors vers elle, l’incitant à la suivre. Les gardes de Red-Lake se crispèrent tous quand ils comprirent que la jeune héritière était la seule concernée par ces paroles. Elle se retourna alors vers eux, essayant de garder sa prestance, redressant le menton. « Occupez vous des chevaux messieurs. Je doute que nous ne nous attardions en ces lieux… » Elle aurait pu ajouter « sinistres », mais parvint à retenir ce dernier mot. Non pas sans un dernier regard aux hauteurs, là où demeuraient ceux qui lui semblaient innocents, elle suivit l’homme sans mot dire. Il demeura aussi silencieux que les murs pouvaient être dépouillés. Agnes sentait son cœur battre, encore et encore, contre sa poitrine. Les avertissements de son père et de son fiancé ne cessaient de lui revenir en mémoire et la peur s’installait dans son esprit.

Pourtant, une fois de plus, quand on l’invita à entrer dans une pièce où elle devrait attendre la venue de son hôte, elle remercia son guide en souriant avec une amabilité déconcertante. Il l’invita grandement à prendre place sur une simple chaise avant de refermer la porte. Un soupir lui échappa alors, long, empli de cette anxiété qui la parcourait depuis qu’elle était entrée dans la grande demeure des Osgris. Le principal intéressé du moment n’était guère présent et elle sut dès lors qu’elle devrait l’attendre. Combien de temps ? Voilà une information qu’elle n’avait pas reçue. La jeune femme était fatiguée et lasse par la route qu’elle avait parcourue pour venir jusqu’ici. On ne lui offrit rien pour combler cela et elle doutait que ses hommes n’aient eux-mêmes de quoi remplir leurs estomacs. Ils régleraient cela plus tard. Agnes posa les mains sur le bureau qui lui faisait face, les croisant, se redressant sur son assise et attendant ainsi, telle une statue de cire. Ses pensées ne cessaient plus de se bousculer.

Au fond d’elle, Agnes savait qu’elle jouait à un jeu très dangereux. Il était fort probable qu’elle ne ressorte pas d’ici et qu’elle finisse, comme beaucoup d’autres, une corde au cou. Mais elle avait besoin d’ouvrir le dialogue alors qu’une nouvelle crise menaçait. Elle n’en savait pas beaucoup dans cette histoire qui allait opposer les deux lions. D’un côté, un sombre lord aux actions crapuleuses. De l’autre, un lord-septon aux solutions radicales. Les deux lions pouvaient menacer le Bief tout entier à se faire une guerre ravageuse sur des idéaux opposés basés sur une succession incertaine et un potentiel fratricide. Si au début, ces rumeurs pouvaient sembler n’être que des racontars d’un fanatique, les manières d’Alester avaient commencé à faire tiquer la jeune Agnes qui s’était décidé à offrir le bénéfice du doute au Septon déchu. Elle en avait touché deux mots à lady Leandra Tyrell qui l’avait également découragé à cette folle entreprise. Mais la jeune Grue Noire s’était décidé à se lancer dans ce pari fou de se faire du Lord-Septon un allié fiable qui permettrait aux Crane de montrer ouvertement leur désaccord avec Alester. Elle ne savait pas encore comment, et commençait à douter du pourquoi, mais savait qu’elle y parviendrait.

Le temps passa sans qu’elle ne puisse plus le mesurer, se demandant parfois si on ne l’avait pas simplement oubliée. Finalement, alors que sa patience arrivait à son terme, la porte s’ouvrit et son regard se posa sur un homme qu’elle n’avait jamais aperçut auparavant. La froideur de la pièce se réchauffa presque avec l’odeur qu’il amenait avec lui, forçant la jeune fille à froncer les sourcils. Il s’avança et s’installa rapidement face à elle. Sans trop le vouloir, elle se retrouva à le dévisager. Il avait les traits tirés, le vieillissant certainement de l’âge véritable qu’il avait. Des cheveux bruns, peu soignés, une barbe de même acabit. Quand son regard croisa le sien, elle eut du mal à retenir un frisson, relevant son menton légèrement dans une ultime tentative de grandeur. Et finalement, sans même la saluer, sans même se présenter, il lui fit entendre qu’il était à son écoute. Agnes eut un léger mouvement de recul, la brutalité de la chose la surprenant pus encore que cette interminable attente dont elle avait été victime. Il ne ferait guère dans la délicatesse, se contentant de la rudesse qui était sienne. Alors Agnes hésita. Devait-elle le saluer poliment ? Ou bien se mettre à son niveau et simplement aborder directement le sujet ?

En temps normal, elle aurait certainement essayé de gentiment amener la conversation vers le point qu’elle désirait. Mais clairement, il n’aurait fait que lui balancer à la figure que cela n’était que perte de temps. Et du temps, elle en avait déjà suffisamment perdu. Ce fut donc légèrement agacée qu’Agnes fronça les sourcil, durcissant ses traits d’ordinaires doux et harmonieux. Elle revêtissait cette mine quand il lui fallait parler politique et bien des seigneurs avaient fini par la respecter avec ce visage. « Vous me voyez ravie d’obtenir toute votre attention car ce que j’ai à vous dire risque de beaucoup vous intéresser, lord-septon. » Elle aurait aimé se lever, mais se contenta de se redresser sur sa chaise, s’approchant un peu plus de son hôte et de cette odeur de mort qu’il amenait avec lui. « Je ne suis guère ici en tant qu’envoyée de votre frère mais bien de mon propre chef. Bien des gens ont tenté de m’en dissuader mais je crois que nous pourrions nous entendre, malgré nos méthodes… drastiquement opposées. » Elle pinça légèrement les lèvres, se remémorant les cadavres en chaîne suspendus dans la cour de la forteresse. « Je suis ici pour vous offrir mon soutien. Je suis ici parce que je hais Alester Osgris et ses méthodes bien plus que je n’appréhende les vôtres. »

© Belzébuth

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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Jeu 24 Nov 2016 - 20:54




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

Je m’interdisais de poser le regard vers cette porte que je venais de franchir, balayant mes préoccupations à l’égare d’un père fragilisé pour les tronquer par de nouvelles inquiétudes. Les épreuves se succédaient et je les accueillais avec défi, mais ce n’était jamais sans qu’elles ne laissent leurs marques sur un corps robuste, mais molesté. Les entailles des lames, les traits violacés de la fatigue, les rides creusées par la douleur – j’étais ravagé. Je ne courbai pourtant jamais le dos, ma voix ne s’éraillait pas plus que je n’exprimais le désir de fuir l’affrontement. J’étais conditionné à montrer l’exemple, m’accrochant à une foi intacte pour me permettre de me tenir droit devant l’ennemis. Aujourd’hui il se montrait sous la bannière Crane, siégeant devant moi sous les traits d’une femme audacieuse. J’avais permis le dialogue, motivé par une curiosité évidente et un contexte nuancé. Mais venant d’un homme qui accueillait normalement ses adversaires par le tranchant de la foi et celle de l’épée, cela n’avait rien d’ordinaire. Je m’étais adossé dans ce fauteuil qui était resté vide trop longtemps, plongé dans un silence qui exigeait les justifications - Calme, mais dominateur.

Les bras accoudés sur le cuir vieilli, recevant les premiers mots de l’héritière de Red Lake, je ne tardais pas à me manifester pour rompre l’élan de cette prémisse. «Régent-Lord Septon» Venais-je la corriger avec l’autorité d’un précepteur. J’endossais ce titre sans aucune prétention. Même qu’il me paraissait étrange d’en être affublé. Je devais m’en faire une raison et insister, car omettre cette régence signifiait le rejet de cette cause nouvelle pour laquelle je montais au front et la condamnation de mon père, avant même qu’il n’ait trépassé. Or, si je n’en faisais pas de cas auprès du commun qui ne s’infligeait pas les détails de la politique, il en était autrement pour la demoiselle. Néanmoins, je n’insistais pas plus, considérant que le message était fait et entendu. Il me paraissait évident que derrière ce regard déterminé et ces gestes calculés, se dissimulait la maladresse d’une femme cherchant à s’incruster dans les affaires des hommes. Poliment, mais sans démontrer la moindre cordialité, je l’invitais à poursuivre. La confession ne s’éternisa pas, effleurant des intentions fragiles, heurtant au passage mes interventions. Je restais dubitatif, prolongeant un silence qui ne laissait envisager rien de bon. J’écartais mon regard du sien, raclant sèchement ma gorge, annonçant déjà une certaine rigidité et une intention d’avorter cet échange venant pourtant à peine de débuter. «Je suis navré que vous ayez dû être témoin de mes...méthodes. J’avais fait demander à ce que cette exhibition vous soit épargnée. Apparemment cela n’a pu être appliqué. N’est-ce pas cela, à quoi vous faites allusion? Dis-je avec retenue, étouffant mon mépris à l’endroit de l’insolente jeunesse. Je comprends que vous puissiez être choquée, beaucoup de gens le sont, mais la plupart comprennent la nécessité de poser ce genre de geste. Certaines choses doivent être faites, des choses que de nombreuses personnes redoutes et que vous n’êtes manifestement pas prête à faire. Alors je me questionne sur ce que cet appui implique, si tel est qu’il signifie réellement quelques choses.» Si j’étais véritablement désolé qu’une telle chose ait pu se produire, je ne m’en culpabilisais pas. Peut-être étais-ce mieux ainsi. J’avais entrepris ma réplique d’un ton étrangement protecteur, la confortant dans l’idée qu’elle n’avait pas la trempe pour s’engager dans cette guerre fratricide et que cela ne pouvait lui être reproché. Un moyen délicat et expéditif de l’écarter, car si Agnes Crane éprouvait un malaise quant à mes méthodes, j’en avais un à l’endroit de son opportunisme. Son engagement n’était motivé que par la haine et non les principes que je défendais. Du moins, ce fut l’impression qui me fut donné dans ce bref aperçu de ses intentions. Ce silence entourant la légitimité de ma nièce, prétexte à cette guerre, m’arrachait toute attention. J’en vins même à me demander ce qu’il adviendrait le jour où Alester tomberait. Serais-je le prochain sur qui elle projetterait sa haine?

Je quittais mon siège, insatisfait du plaidoyer qui me fut offert. J’ajustais mon long manteau noir qui épousait une carrure moins étriqué que ma mentalité dévote, effaçant les plis qui s’étaient formés pour conserver une apparence soignée. J’en avais déjà suffisamment entendu. «Écoutez. J’apprécie votre sollicitude, mais je crains qu’elle ne soit pas...viable et suffisante.» La dévotion. Le sacrifice. La foi. Mon entourage s’inspirait d’une piété garante de force, de loyauté et d’acharnement. Je doutais pouvoir en dire autant de la jeune lady que j’étais venu frustrer d’un départ hâtif. Il me fallait plus qu’une maigre confession sur l’aversion portée à l’endroit de mon frère, pour éveiller mon intérêt. En faisant cela, Agnes Crane n’avait fait que prouver son bon discernement. Elle savait faire la part entre le bien et le mal, devais-je la féliciter pour cela? Debout derrière le large bureau que je m’apprêtais à contourner, je repris la parole dans une dernière impulsion, dévoilant le véritable nœud du problème. «Votre père sait-il que vous êtes ici?» Une question qui transpirait de paternalisme, infantilisant sans gêne la jeune femme et remettant en considération son autonomie et son influence politique. Elle restait dans l’ombre de l’homme qui était son père; celui avec qui j’aurais dû avoir cette conversation - l’un de ceux qui l’avait peut-être dissuadé de se présenter à moi. Cette rencontre n’était qu’une politesse contre-productive. Je ne m’étais pas attendu à autre chose, mais une part de moi l’avait espéré. J’étais avide d’une alliance au détriment du lion maudit, mais pas à n’importe quel prix. Malheureusement, je n’eus droit qu’à un joli visage venu étaler ses états d’âmes, dans un contexte qui ne s’y prêtait pas. À mes yeux, son pouvoir était nul sans l’approbation de Lennart Crane et je ne dérogeais pas de cet avis, après la rencontre de sa fille. Je n’avais d’autre choix que d’abréger la discussion, évitant à la grue noire de se ridiculiser d’avantage en exposant le nom de sa famille dans des alliances précaires. Ce n’était pas l’idée d’une coalition que je rejetais, mais la manière d’entreprendre les choses. Une façon de faire qui était loin de satisfaire mes idéaux conservateurs.

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Agnes Crane
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■ Localisation : Froide Douvre, avec Andrew Osgris
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Dim 11 Déc 2016 - 21:07




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

Régent lord-septon. Agnes s’était arrêtée net dans le fil de ses pensées quand il la reprit d’un ton intransigeant sur le statut qu’il portait. La Grue Noire et belliqueuse pinça les lèvres avant de sourire poliment en hochant la tête, faisant alors part du fait qu’elle avait bien noté cette information. Elle avait eu grande peine à essayer de déterminer quel titre offrir à cet homme, se contentant de répéter ce qu’elle avait pu entendre autour d’elle. Elle avait l’impression assez fâcheuse qu’il la considérait alors comme une enfant avec qui il se devait de tenir une conversation par simple politesse. Pourtant, la jeune femme ne se démonta pas et commença à exposer de manière assez directe les raisons de sa présence à Froide-Douve quand elle aurait pu simplement s’en retourner à Lac Rouge trouver quiétude et repos auprès de ses sœurs cadettes.

Fière de sa tirade, elle releva légèrement le menton, attendant simplement la réponse de celui qui se trouvait en face d’elle. Elle ne souriait plus, le sujet ne prêtant aucunement à cela. Elle était déterminée et franchement décidée dans ses actions, même si de nombreuses personnes avaient su la mettre en garde contre l’homme perdu que semblait être Andrew Osgris et contre elle-même et ses plans qui pouvaient la mettre en péril. Le seigneur Lennart Crane, son père, avait essayé longtemps de l’en dissuader et de l’avertir qu’elle serait seule dans cette épreuve et qu’il ne prendrait pas le risque de couvrir ses actes afin d’entrer dans un conflit contre un homme qui avait fait route à ses côtés dans de nombreuses occasions. Elle manœuvrait seule.

Le toussotement du Septon déchu, cependant, n’était pas pour la rassurer. Elle essaya de ne pas bouger d’un trait l’expression de son visage, s’attendant à tout entendre. Il s’excusa alors pour la présence en extérieur de ces horreurs qu’Agnes avait dû observer. Dès lors qu’il commença sa phrase, elle sut que tout cela n’était que fourberie et qu’il avait, au contraire, surement tout fait pour qu’elle ne rate aucune miette de ce macabre spectacle. Une manière pour lui de lui démontrer qu’il ne reculait devant rien, pas même devant des femmes et des enfants issus de milieux sociaux différents. S’il la jugeait digne d’un tel châtiment, elle ne doutait pas un seul instant qu’il la mènerait lui-même à l’échafaud. Elle se contenta de hocher la tête quand il lui demanda une confirmation sur les allusions qu’elle avait pu faire quant aux pratiques qu’il pouvait avoir. La barbarie, Agnes l’avait affrontée sur le champ de bataille, découvrant l’horreur du sang et de cette victoire arrachée au prix de nombreuses vies quand parfois, elle n’était pas même nécessaire. La mine réjouie d’Alester Osgris, couverte de sang et ornée de ce sourire démoniaque, la fit frémir. Cependant, la barbarie qui était à l’œuvre ici était bien différente. Elle était dure, froide, rigide et implacable, à l’image de celui qui appliquait cette justice terrible au nom de la Foi. Que dirait-il seulement s’il réalisait que la famille d’Agnes était considérée comme reniée par les Dieux ?

Il avait raison, cependant, quand il souligna que parfois, certaines choses devaient être faites et qu’elles impliquaient certaines valeurs immorales aux yeux de la jeune femme qui ne saurait se résoudre à commettre de tels crimes, pour une raison ou une autre. Pour la première fois depuis le début de la conversation, Agnes baissa les yeux, soudainement bien faible dans les arguments qu’elle pouvait avancer. Mais elle ne venait pas pour aider Andrew dans sa barbarie. Elle venait pour essayer de la contrôler et d’éviter qu’elle ne s’étende sur l’entièreté du Bief. Un conflit venait de s’achever, un autre semblait sur le point d’exploser et la présence d’Alester auprès du seigneur de Hautjardin ne laissait entendre qu’horreur à venir.

Finalement, après un instant de silence, l’Osgris se leva, réajustant son manteau avant de reprendre la parole sur un ton qui ne laissait entendre que fin de politesse. Agnes l’observa faire de ses yeux noirs, sans pour autant se lever. Les mots d’Andrew vinrent secouer tout son être sans qu’elle ne puisse véritablement bouger. Elle cilla devant pareilles paroles. Peu viables et suffisantes ? Elle venait de lui apporter le soutien de la maison Crane et lui trouvait la chose peu viable et suffisante. Bien assise au fond de son fauteuil, son regard se plissa pour devenir un peu plus acéré, comme le porterait un oiseau de proie. Puis, il eut les mots de trop. Les paroles qu’il avait certainement eut en tête dès le début de cet entretien, voire même dès l’annonce de la venue de la jeune femme à sa rencontre. Il souhaitait savoir si la jeune fille avait eu l’autorisation de son père pour venir ici. Il venait de renvoyer Agnes au rang d’idiote jeune fille qui devait rendre tous les comptes à son père. Il venait de la renvoyer dans une carapace solide qu’elle avait eu bien du mal à quitter. Il venait de l’attaquer sur la seule chose qui pouvait véritablement mettre en colère la jeune Bieffoise.

Assise dans son fauteuil, elle eut le sentiment d’ajouter du poids dans son assise pour assurer cette dernière. Elle n’était pas prête à se lever ou à faire mine de le suivre. Non, elle était bien décidée à rester là. « Mon père a largement eu vent de ma visite à Froide Douve qu’il a essayé par bien des moyens d’arrêter. Vous faites bien de poser cette question, Régent lord-septon, et vous feriez bien de vous rasseoir car notre entrevue n’est pas finie. » Donner des directives et des ordres à des hommes. Agnes avait appris le faire, au départ avec sa garde puis avec tous les combattants de la maison Crane qu’elle avait dû organiser sur le champ de bataille quand son père se trouvait aux avant-postes. Ils n’aimaient guère cela, mais elle savait qu’avec le temps, ils apprendraient à la respecter en tant que maîtresse de Lac Rouge, tout comme devraient le faire les autres seigneurs. D’ailleurs… « Je doute que vous inculquiez à lady Rowena l’idée de plier l’échine devant ceux qui deviendront à l’avenir comme leur égale alors ne me manquez pas de respect et apprenez à me considérer comme telle. » Si les mots de la jeune femme pouvaient paraître présomptueux, elle venait dans la même phrase d’élever Andrew au rang de lord régent pour de bon. Et elle espérait bien qu’il l’entende de cette oreille.

Elle releva le menton dans ce port altier qui lui allait à ravir, fronçant légèrement les sourcils pour laisser sa rage se déverser. « Si mon père venait à disparaître, alors cette rencontre aurait une teneur bien différente. Considérez mon père hors de notre échiquier car bien qu’il dirige toujours notre maison, il m’a laissé les rênes dans cette affaire ce qui implique que je suis entièrement responsable des mots et actes que j’aurais. Alors si cette entreprise que je mène vous paraît toujours aussi peu viable et suffisante, surtout, n’hésitez pas à le formuler à nouveau pour que je vous expose de nouveau les raisons de ma présence. » Reposant sa tête contre le dossier, elle reprit. « Après toute cette attente, cette chaise est devenue confortable alors je ne bougerai pas d’ici tant que je ne serais à vos yeux rien d’autre qu’un charmant minois que l’on envoie pour adoucir les mœurs. Votre frère a commis cette erreur, je vous prierais de ne pas faire de même. Enfin, si vous me jugez toujours aussi peu digne d’intérêt, je vous prierais de faire savoir à lady Rowena que je désire lui parler. C’est elle, non, la véritable héritière de ce fief et la future figure qui la représentera ? Si vous jugez peu intéressant de vous adresser à l’héritière de Red-Lake, j’en jugerais de même quant au régent de Froide-Douve. »

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Andrew Osgris
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Sam 11 Fév 2017 - 16:42




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

La sympathie étira d’un trait mes lèvres tenues closent de tout commentaire, sensible à l’épineuse situation. Ma bienveillance, bien que sincère, rivalisait étroitement avec la condescendance relevé dans mes précédentes affirmations. J’avais anticipé la possibilité que cette venue singulière ait été initiée sans l’accord du seigneur de Rougelac. Ce mauvais présage fermait définitivement la porte à une alliance avec ce voisin fidèle à l’immoralité. Mon regard fuyait celui de la grue noire qui continuait de s’ébrouer. Si mon attention venait d’être fragilisée, par un détail venu appuyer mes doutes, cela ne faisait qu’accroitre la détermination de l’héritière. Trop confiante, elle m’enjoignait à reprendre place dans ce siège que j’avais quitté, cherchant à poursuivre une conversation qui – jusqu’à présent – n’avait rien à offrir. Surpris par l’impudence qui m’était offert, la riposte avait tardé ce qui lui permit de me devancer sans difficulté. Le prénom de ma nièce fut alors énoncé et aussitôt, le masque sévère que j’avais quitté momentanément revenait affliger ce visage déjà si peu souriant. Usant de patience, il était toutefois difficile de ne pas remarquer qu’elle s’érodait peu à peu, sous la témérité de la jeune dissidente. Ce jeu dangereux se poursuivit avec ce même ton rebelle, qui s’effaça enfin dans un dernier caprice. Devant cette tirade enflammée où s’entremêlait reproches et assentiment, je fus contrarié. Il m’aurait été facile de lui montrer la porte, si la nature de ce comportement orageux n’engageait pas un motif plus important. Elle venait d’obtenir le sursit qu’elle désirait, mais cette petite victoire s’accompagnait de mon fiel. «Je n’ai pas pour habitude de feindre la vérité, ainsi je ne passerais pas par quatre chemins.» Ma main vint saisir mon poignet, dans une tenue qui se voulait irréprochable, alors que j’avais sans surprise refusé de reprendre mon assise. Solennel, il n’était pas aisé de faire tomber le mur d’intransigeance que devait affronter cette pauvre entêtée. Ce fut sans hésitation que je livrais les confessions de mes principes, n’en déplaise à celle qui avait osé les sous-entendus. «Il est vrai que je soutien l’idée qu’une femme ne devrait pas obtenir la légitimité sur un avoir lui octroyant un droit seigneurial. Le poids d’un fardeau ainsi hérité ne saurait être géré convenablement, car elle est façonnée à l’image de la miséricordieuse et de l’innocence. Elle porte en elle des qualités essentielles, mais qui ne pourraient survivre à une société guerrière. Ce ne sont, en aucun cas, les louanges d’une dévalorisation de la femme face à l’homme, car Tous seront jugés équitablement par le Père d’en haut. La distinction est importante et je tien à ce que vous l’entendiez bien; Je désapprouve votre position, mais je ne vous manquerez pas de respect pour cela. Si tel était le cas, cette conversation n’aurait jamais eut lieu. Par contre, ce qui me déplait et qui est à l’origine de ce refus, se traduit par votre manque de rigueur et de transparence.» Agnes Crane m’avait donné l’impression d’avoir improvisé sa visite à Froide-Douve. Naïveté ou maladresse, le résultat restait le même. Il ne suffisait pas de m’offrir une approbation sur la base d’une haine partagé. Cette petite tape dans le dos ne signifiait rien d’autre qu’un manque de ressource et d’engagement. Cette faveur qu’elle croyait me faire n’avait rien d’exaltante, d’autant qu’elle était rapidement suivit par les comparaisons visant à me provoquer. Elle s’embourbait dans des intentions trop floues pour qu’elles parviennent à me ravir et elle s’étonnait de se faire rejeter...

«Savez-vous réellement où vous avez mise les pieds, lady Crane?» La question était rhétorique, ce qui ne m’empêcha pas d’insister – lui laissant le temps d’assimiler les risques auxquelles elle s’exposait désormais. Après tout, elle s’était aventurée dans la forteresse prise d’assaut par le nouvel ennemi de son père. Elle avait arboré fièrement les couleurs de sa famille et s’était risqué à franchir le seuil de cette demeure, sans en connaitre l’hôte. «Cet endroit à été érigé sous l’égide des Sept, puis fortifié par le savoir-faire de mon aïeul, faisant de ce château un bastion de principes forts et fondamentaux. Une morale qui s’est dégradé au fil des dernières années et que je tente maintenant de restaurer, car malgré son héritage noble, cette demeure est celle de la mort. Si vous en doutez, vous n’avez qu’à regarder autour de vous. Rien dans cette pièce n’évoque le travail de mes ancêtres et c’est pourtant ici qu’ils s’afféraient à la gestion de notre patrimoine. Et vous savez pourquoi? L’infamie. Ce mal pernicieux s’est révélé dès lors que le doute à percé le cœur d’un homme pieux...et vous vous êtes tenue à ses côtés.» Les muscles de mon visages se contractèrent en un rictus mauvais. Celle qui était accusé sans détour, venait d’échapper sa chance et fut rappelé à l’ordre. Ce bourbier dans lequel elle venait de plonger se révélait plus pernicieux qu’il n’y paraissait au départ et tout se jouerais ici...entouré par les horreurs de l’écorcheur, évoquant le constat cynique d’un père remisé et oublié. «Ma nièce...» Ma voix s’érailla et je m’interrompis presque aussitôt. Discourir dans cet environnement sec et poussiéreux, avait ses désagréments. Un peu d’eau pour apaiser cette gorge m’aurait fait le plus grand bien, mais je devais m’en passer - reprenant dans un élan plus assuré. «Lady Rowena n’aurait jamais dû se retrouver dans une telle situation. Devoir quitter le domaine qui l’a vu grandir, sans même avoir l’occasion de pleurer son père et ses frères, est une chose terrible. Y revenir avec la promesse d’en être légataire...c’est aberrant. C’est néanmoins la décision qui me semble le plus juste. Je ne me réjouis pas d’un tel constat. Je suis même inquiet de livrer un tel fardeau sur les épaules d’une jeune femme endeuillée, mais je ne succomberais jamais à la facilité. Peut-on en dire autant de la noblesse, témoins des abus de mon frère l’écorcheur...? Où était donc cet esprit chevaleresque qui anime, soi-disant, de nombreux seigneurs? Ou encore, ces oiseaux rares prétendant ne pas être choqué par la venue d’une femme dans les affaires politiques? Sont-ils blâmés pour avoir intentionnellement fermé les yeux? Non, car la droiture à périt sous l’attrait du pouvoir. Les gens préfèrent se satisfaire d’un sourire aimable plutôt que de la choquante vérité. Mais ce n’est pas ma franchise que vous devriez craindre, lady Crane. Je suis intègre et bien décidé à le rester. Or, l’êtes-vous?» Il était facile de blâmer un homme aussi près de ses convictions, n’hésitant pas à se tenir droit et à dire tout haut ce que d’autre préférait taire, pour ne pas éveiller d’hostilité. Cette fois ne faisait pas exception et je prenais de nouveau les armes pour rétablir justice. Mais cette justice était biaisée par un double discours que je n’avais pas hésité à mettre de l’avant. Le Malin se jouait de moi, il me défiait et j’avais dû répliquer en faisant fit de mes propres idéaux. Cette contradiction qui ébranlait ma crédibilité, prouvait néanmoins que je ne retirais aucun avantage de cette situation...mis à part l’occasion d’atteindre mortellement, mon ainé. Cette démarche dérangeait, j’en étais conscient et cela me révoltait. Nombreux avaient été ceux venu apporté leur soutien à la famille suzeraine lorsque le pouvoir fut saisit par d’autres mains. Ceux-là même avaient pourtant laissés le sort s’abattre sur ma famille. En fin de compte, peut-être n’y avait-il qu’une femme pour se sentir suffisamment concerné par le sort d’une autre.

Suite à cette dernière réflexion, je me retrouvais à fixer longuement ce visage agréable qui me faisait face. Je cherchais l’étincelle qui pouvait faire vaciller cette première impression, mais je n’arrivais pas à y voir autre chose qu’une fragilité secoué par des nerfs à vif. Je baissais alors mes prunelles argentées, manifestement embêté. «Ce qui brille dans le regard de ce frère maudit, n’est rien d’autre que la voracité d’un prédateur insatiable. Tendez-lui la main et il finira par la mordre. Il est crapuleux et ne laisse rien au hasard. Lorsqu’il appose ses griffes, c’est pour vous tirer dans les ténèbres. Tout ce qu’il touche s’altère, se flétri. Ainsi je me demande ce que je dois faire de vous.» Soufflais-je dans ce qui s’apparentait à une menace. Mes mains se délièrent. Je glissais les doigts sur cette barbe broussailleuse où émergeaient prématurément quelques nuances argentés – pensif et préoccupé. Les fréquentations d’un homme aussi vil, n’en ressortaient jamais sans tache. Tous étaient complices de son obscur dessein. La jeune lady n’en faisait certainement pas exception, mais l’expression de son soutien – aussi fade soit-il – me prouvait qu’elle ne s’était pas entièrement perdue. Je n’en restais pourtant pas là, relevant les yeux dans un ultime esprit de défi. «Que feriez-vous d’un homme possédé par mille démons? D’un homme n’hésitant pas à sacrifier son père, le plongeant dans les abysses jusqu’à ce que la raison le quitte? D’un homme planifiant la mort d’un frère qui lui faisait ombrage, puis celle de ses neveux?...Et que feriez-vous de celui qui endosse toutes ces horreurs, en se joignant à lui?» L’absolution ne faisait pas parti des options et la rage contenu dans chacun de mes mots hurlaient la mise à mort sans condition. Qui pouvait pardonner à celui qui avait fait autant de mal et qui était suffisamment outillé pour échapper aux supplices d’un procès. La miséricorde ne pouvait être appliquée à un homme inféodé par le sire des sept enfers, pas plus qu’à ceux l’ayant supporté dans son ascension. Celui dont-il était question ici était nul autre que Lennart Crane. Son absence et sa désapprobation le désignait coupable, mais sa fille le verrait-elle du même œil. Scrutant la moindre réaction de celle qui avait décidé de venir me rencontrer de son propre chef, j’étais désireux de connaitre ses véritables intentions. La question était épineuse, mais la réponse évidente...celle que je souhaitais entendre, à tout le moins. Ce père ayant fait de mauvais choix serait-il l’obstacle qui ferait reculer la grue noire? Je pris appuis sur le bureau massif, sous l’œil attentif d’une buse naturalisé perché dans le haut d’une étagère. «Celui qui n’affronte pas le malin, réside dans son empire. Cette guerre est inévitable et sa mort l’unique issue. Nous le savons tout les deux. Tout comme nous n’ignorons pas que vos intentions sont handicapées par votre incapacité d’agir avec fermeté. Il ne suffit pas de froncer les sourcils pour mettre fin aux conflits et c’est pourtant tout ce que vous semblez pouvoir m’offrir en témoignage de votre soutien. Mais en supposant que vous êtes véritablement déterminée, et que vous souhaitez faire la différence, alors cela doit être sans égard aux conséquences. Le sacrifice, c’est d’accepter les blessures de l’âme. Voilà comment vous cesserez d’être qu’un charmant minois. Vous êtes prête à dénoncer l’inconduite d’un homme sans morale, mais s’opposer en parole ne restera que du vent, si rien n’est fait pour y mettre un terme. Vous avez tourné le dos à un père qui lui n’a pas eu la force de protester. Ne laissez pas sa faiblesse faire partie de votre héritage.» J’avais retrouvé la maitrise d’un discours plus posé, mais les propos en eux même étaient brutaux. Le sang devrait être versé pour mettre fin à ce conflit et je n’en dérogeais pas. Si Agnes Crane ne pouvait démontrer le même zèle, alors je m’en tiendrais à ce que j’en avais déterminé; son soutien resterait peu viable et suffisant. «Si vous n’êtes pas prête à faire ce qui doit être fait, je crains que vous ayez fait tout ce chemin pour rien. Je ferais tout de même part de votre... soutien, à lady Rowena.» L’arrogance s’immisça dans ce qui s’avérait être, de nouveau, la conclusion de notre entretien. Si la phrase que j’eu prononcé la poussait vers la sorti avant même que la réponse ne soit explicitement prononcée, elle l’incitait également à me prouver que j’avais tord. Étais-ce si difficile de prendre l’engagement de défendre avec justice et de rompre avec l’égoïsme et la peur des contrecoups? Je n’exigeais pas d’elle de prendre plaisir aux innombrables sacrifices qu’impliquait cette responsabilité, mais si elle devait prendre la place d’un homme, elle devait se comporter comme tel.


© Belzébuth

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Agnes Crane
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■ Localisation : Froide Douvre, avec Andrew Osgris
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Lun 1 Mai 2017 - 1:16




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

Elle avait réussi à regagner son attention. Elle ne sut si c’était parce qu’elle avait choisi les bons mots ou bien s’il s’agissait là simplement de son ton et de l’exaspération qu’elle pouvait provoquer en lui. Quand il lui annonça qu’il n’allait guère feindre la vérité, Agnes ne put s’empêcher de prendre une profonde inspiration, persuadée qu’elle allait devoir la tenir longtemps si elle voulait survivre à ce qui allait suivre, se redressant sur sa chaise tandis que lui prenait une posture plus solennelle qu’il ne l’avait fait plus tôt, lui offrant un air d’homme sage et persuadé de ce qu’il allait bien avancer. Le regard de la jeune fille se faisait ferme et elle espérait bien pouvoir conserver ce masque de dureté autant de temps qu’il le faudrait.

Il commença son discours en appuyant le fait qu’il ne soutenait guère la position des femmes en tant qu’héritière. La jeune fille plissa un peu plus le regard, prête à grogner pour lui faire entendre qu’il se trompait largement sur le sujet. Mais il appuya sur une vérité qu’elle ne pouvait nier. L’innocence. C’est cette innocence qui l’habitait, elle aussi, faisant d’elle un leader parfois peu enclin à se jeter corps et âme dans une bataille, à résoudre les conflits dans le sang. Agnes avait grandi en espérant ne garder que le meilleur d’elle-même, assurée qu’elle pourrait mener sa maison d’une main douce mais ferme. L’évidence montrait qu’elle avait tort et que ce mode de fonctionnement qui n’était pas celui auquel elle aspirait allait devoir changer. Quand il cita les écrits saints, elle pinça doucement les lèvres, se rappelant l’attachement du septon, que l’on disait pourtant déchu, à sa religion. Par la suite, elle ne pouvait que lui donner raison, même si elle eut du mal à encaisser les choses vues de sous cet aspect.

Elle réfléchissait à tout cela quand il lui posa une question des plus simples qui eut le mérite de lui arracher un frisson d’angoisse. Savait-elle où elle avait mis les pieds ? Agnes le pensait, oui, quand elle s’était avancée fièrement sur sa monture. Elle avait commencé à douter de tout ceci quand elle avait vu les corps solidement attachés aux cordes qui avaient causé leur mort. Et maintenant, elle tremblait. De peur ? De rage ? Elle n’aurait su dire qu’elle émotion la dominait mais les deux vivaient en elle en cet instant et elle déglutit avec difficulté, essayant de garder le contact visuel avec son hôte forcé du moment, cherchant à garder la dureté de ses traits mais sentant son masque se fendre doucement. Pour la première fois depuis le début de leur entretien, Agnes se sentait véritablement en danger et la présence de la dague attachée à sa cheville se rappela à elle. Aurait-elle le temps de la saisir, si le besoin se faisait sentir ?

Il entreprit de lui apprendre l’histoire de cette demeure, de ces lieux dans lesquels elle se tenait. Elle demeura silencieuse, une fois de plus, se contentant d’écouter ce qu’il avait à lui dire, à lui apprendre. Et finalement, la conclusion de ce nouveau monologue n’était encore guère en sa faveur car oui, l’infamie habitait Alester Osgris et oui, elle l’avait suivi dans ce qu’il avait entrepris, aveuglée par les douces paroles du lion charmeur et avide de pouvoir. La bouche de la jeune fille s’ouvrit avant de se refermer. Elle ne savait pas même ce qu’elle était censée dire, ce qu’elle devait lui raconter. Puis, après un nouveau silence, il reparla de cette chère Rowena pour laquelle il disait se battre. Mais le faisait-il vraiment ? Agnes ne pouvait que comprendre cette jeune fille qui n’avait que quelques années de moins qu’elle. Elle aussi se retrouvait héritière d’une maison sans l’avoir souhaité, le deuil porté durant des années pour ne pas oublier ceux qui lui étaient chers, sa mère. Mais personne n’avait cherché à défendre les droits de cette jeune fille devant les abus d‘Alester. Tous avaient fermé les yeux, son père aussi. Pouvait-elle les blâmer ? Oui, et non car dans tous ces bruits de couloirs, aucun n’avait été vérifié. Alester avait fait taire tout cela d’une main de fer et pourtant, depuis qu’elle avait vu le véritable visage du monstre, la Grue semblait de plus en plus à même de croire ce que le Régent-septon lui disait.

Et d’ailleurs, il prit le temps de lui décrire sa propre vision d’Alester, ce frère crapuleux qui empester la trahison et le meurtre, souillant de ses mots et ses idées les plus purs des hommes. Agnes commençait à sentir la crainte dans sa gorge, déglutissant de nouveau avec difficulté. D’ailleurs, il l’observa d’un air qui ne lui convenait d’air, évoquant à voix haute le sort qu’il devait réserver à la jeune fille qui se tenait devant elle. De nouveau, elle ouvrit la bouche mais aucun son ne parvint à se frayer un chemin hors de sa gorge pour exprimer ses sentiments et essayer de raisonner une dernière fois les propos bien extrêmes de cet homme. Au lieu de ça, il cherchait à voir ce qu’elle souhaitait pour Alester. La mort, évidemment. Elle n’avait pas à douter de cela. Mais pour ceux qui l’avaient suivi ? Elle aurait aimé être aussi franche si cela n’incluait pas tous ceux qu’elle aimait. Et elle-même.

Agnes demeura interdite tandis qu’il relevait de nouveau son incapacité à agir dans la même optique que lui, avec une fermeté dure et froide qui couvriraient ses mains de sang. Les mots qu’il lui offrit furent durs à entendre et pourtant, ils étaient vrai. On ne pouvait gouverner dans la paix et avec de belles paroles. Parfois, il fallait agir qu’importe les conséquences. Il fallait se montrer dur, froid et drastique dans ses méthodes. Mais la jeune fille avait encore du mal à approuver ce qu’elle avait vu au dehors, tous ces corps suspendus dans le vide, sans la moindre once de vie. Un massacre. Un massacre nécessaire aux soutiens d’Alester car il fallait lui couper l’herbe sous le pied. Alors qu’il semblait clore de nouveau cet entretien, la jeune femme demeura immobile, impassible, le regard perdu dans le vide. Ses pensées voguaient à une vitesse folle et ce fut avec surprise qu’elle entendit sa propre voix formuler les premiers mots. « Ma place est sur une potence, aux côtés de ces morts. » C’était là la conclusion de ce qu’elle avait réalisé alors que son esprit était arrivé à terme d’un cheminement compliqué. Agnes n’était plus une enfant et son père lui avait laissé l’occasion de prouver sa valeur en temps que future maîtresse de la maison. Il était temps pour elle de le montrer.

Elle releva ses yeux noirs vers le Septon avant de se lever à son tour. « Vous l’avez dit vous-même, votre aîné souille de ses griffe la plus pure et pâle des fleurs. Je ne fais guère exception à cette règle. Ma place est donc là où se trouvent mes égaux, n’est-ce pas ? » A son tour, elle avait posé une question rhétorique avant de fermer ses paupières un court instant. « Seulement, voilà : il est impossible pour vous de me causer le moindre mal. Si vous me pendez aux côtés de ces hommes et ces femmes, la guerre sera à votre porte, oui. Mais elle sera bien inégale. Le Bief tout entier marchera sur Froide-Douve car en me condamnant à mort de la sorte, vous ferez de moi un martyr. Je ne serais qu’une victime considérée comme innocente par tous ces hommes. Et ils vengeront ma mémoire en vous infligeant bien pire que cela, ainsi qu’à lady Rowena car elle est déjà votre complice, vous qui faites tout ceci en son nom. Et alors, Alester aura gagné. » Elle ouvrit ses yeux noirs, faisant quelques pas dans la pièce, elle qui était restée assise bien trop longtemps. Elle savait qu’elle avait raison tout comme Andrew pourrait comprendre cela. Elle n’était qu’une femme, mais une femme précieuse de par sa naissance et les alliances qu’elle avait créé. Les Crane, Rouvre, Florent et Tyrell marcheraient de nouveau côte à côte. Alester profiterait de la manœuvre pour se greffer à ce groupe, qu’importe sa cause mais le simple résultat l’intéressant et étant suffisamment motivant.

« Non seulement je serais venue pour mourir, mais le but de ma mission sera doublement tenu en échec avec une telle finalité. Car autant que vous, la mort d’Alester Osgris sera un moyen pour moi de trouver la paix. Votre frère envoûte les Hommes avec de belles paroles, leur servant un discours tel qu’ils ne réalisent même plus qu’ils le suivent aveuglément. Je ne me suis réveillée de ce mauvais rêve que lorsqu’il a décidé de lancer l’assaut sur Villevieille. Mais il était trop tard. » Elle poussa un long soupir, se souvenant trop bien du prix de cette victoire, de la mort de Mathis Florent, illustre combattant rare soutien qu’elle pouvait avoir dans ce monde. « Que vous le voulez ou non, votre frère viendra un jour ou l’autre à ma porte pour comprendre les raisons qui m’ont poussé à enlever à ses bons soins le nouveau-né de Lyam Hightower afin de lui ôter un peu de son pouvoir. La confusion de votre venue m’a permis de faire croire à Damon qu’Alester m’envoyait mais c’est bien aux Tyrell que j’ai remis l’enfant. L’influence de votre frère et son avidité de pouvoir font de lui un monstre sanguinaire et… Aujourd’hui, je crois à toutes ces rumeurs passées le concernant. » Etait-ce une honte d’admettre qu’il paraissait étonnant qu’un homme puisse faire tuer frère et neveux pour le pouvoir ? Elle aurait aimé croire que cela n’était que fable mais non.

« Toutes ces années, je me suis appliquée à croire que je pourrais diriger ma maison dans la paix et dans la quiétude. Aujourd’hui, monsieur, vous m’avez fait entendre une chose : le gant de soie ne doit que recouvrir une main de fer. Ne vous attendez pas à ce que j’exprime un quelconque plaisir à cela, jamais cela n’arrivera. Mais la nécessité de se faire obéir doit être faite, qu’importe le moyen. Et dans cette guerre… Je me tiendrais à vos côtés. » Elle leva une main, l’empêchant de répliquer et de revenir sur sa faiblesse. « Avant que vous ne cherchiez à me repousser une nouvelle fois, laissez-moi vous dire ceci : vous qui voyez en moi faiblesse et belles paroles, je serais un atout de taille quand la politique se mêlera à ce conflit, car cela arrivera. Votre impopularité et vos méthodes n’encourage nullement les autres maisons à se risquer de soutenir lady Rowena si ce n’est par la peur de voir leur tête au bout d’une pique. Laissez-moi devenir la porte-parole de votre combat, celle qui apprivoisera les hommes et qui les forcera à se positionner sur le sujet. La guerre viendra ensuite. Et j’y prendrais part, je vous le promets. »

Elle expira longuement, son regard noir ne quittant plus le lord-septon. Elle réfléchit un court instant avant de clore ses paupières et baisser le regard. « Je ne sais de quelle autre manière je peux vous convaincre. Si cela peut vous permettre de trouver plus de véracité dans mes propos… J’aimerais montrer l’exemple à mes semblables. Votre frère a souillé une part de mon âme, c’est indéniable. Cette haine qu’il a créé de toute pièce à son égard est une chose venue des enfers les plus profonds. Si vous ne pouvez me tuer, alors je vous demande de m’offrir l’absolution. Lavez-moi de ces ténèbres et aidez-moi à faire face aux Dieux pour qu’ils me pardonnent mes pêchés et me guident plus encore dans cette quête qui est la vôtre… Qui bientôt, sera la nôtre. »

© Belzébuth

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The Cursed Girl
Only you can bring me back to life. Only you can put me into right. Tell me when I can breathe again. Say you love me true.
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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew   Jeu 27 Juil 2017 - 16:48




Un Osgris de perdu, un de retrouvé

Mes paumes glissèrent sur le bois usé du meuble sur lequel elles s’appuyèrent, me redressant légèrement devant le désœuvrement. Mes doigts effleuraient les nervures du bureau érodé, avec l’impatience de rencontrer les politesses d’un départ imminent. Mais alors que tout indiquait la fin de cet entretien, je me retrouvais à dévisager le portrait hébété de celle qui ne fut pas pressée de me tourner le dos. Muré dans un silence qui me paraissait s’éterniser, je cru bon de m’embarrasser d’un geste de la main lui indiquant la sortie. Une action qui fut avorté par de nouvelles affirmations, laissant retomber mon bras avec décontenance, souffrant de l’embarras de ce tête à tête singulier. J’expirais, ponctuant la sentence suggéré, d’un souffle court. Je baissais les yeux un instant, tâchant de rassembler mes pensées qui se révélèrent dans un timide hochement de tête. J’acquiesçais d’un air entendu, sans me prononcer ouvertement sur cette soudaine confession. Agnes Crane pouvait se réjouir d’avoir pu freiner mon désir de la voir franchir le seuil, en amenant un ton aussi tranché que désespéré. Elle avait gagnée mon écoute, une fois encore, mais à quel prix. En s’impliquant de telle manière, osant imager son destin funeste, elle me donnait l’occasion d’en faire autant. « L’Étranger...On prétend que l’intimer d’une prière, amène vers soi, la fatalité. Sa simple mention forcerait son regard à se tourner vers vous. Ce qui, sans étonnement, incite les gens à taire son nom. Cette figure sinistre m’a effrayé toute mon enfance, jusqu’à ce que ma route ne croise celle de deux personnes ayant eu l’audace d’affronter ce que beaucoup redoute. Il y eu d’abord ce vieil homme sur son lit de mort, acceptant l’inévitable avec humilité. Puis des années plus tard, cette femme pleurant son jeune garçon – suppliant que le sort puisse la réunir de nouveau avec lui. Tout deux s’était adressé à l’ombre sans visage, lui tendant la main pour qu’elle les délivre de leurs souffrances - ne craignant pas le jugement du Père. L’homme a expiré son dernier souffle, mais la femme s’est relevée de son chagrin, car il n’importe pas de savoir si une prière précipitera votre mort, mais d’être prêt à y faire face. Ainsi, il n’y a pas un jour qui ne passe sans que je ne m’adresse à l’Étranger. » Les armes m’avaient été tendues par la volonté divine d’une réconciliation morale. Missionnaire d’une purge frénétique, divisant le bon grain de l’ivraie. Élu dans la souffrance, mes pas étaient guidés sur le chemin sinueux et bardé d’embuches. J’avais l’immunité, tant et aussi longtemps que je m’engageais à servir les Sept. Porte étendard de la furie céleste, empoignant l’épée d’une main et la balance de l’autre - J’étais le messager, le juge et le bourreau. Sous l’œil attentif des tout puissants, l’immortalité de mon âme me serait accordée. Je n’avais rien à craindre de la mort, mais je n’étais pas sans peur - Je redoutais le courroux des dieux. Leurs colères qui s’éveilleraient si le moindre de mes engagements s’avérait rompu. Il fallait alors plus que les menaces d’une guerre qui était déjà à ma porte, pour me convaincre d’aller à l’encontre de mes ambitions. Et je m’assurerais que Rowena y soit également préparée. Il n’y avait qu’à entendre les propos de la jeune Crane, pour comprendre que ces nobles, soi-disant avisés, en avait oublié l’essentiel. Renier des valeurs fondamentales pour se préserver d’un sort auquel on ne pouvait échapper. Voilà ce contre quoi je me battais. Des hommes et des femmes, cachées derrière leurs peurs. Une peur qui les cheminerait aux supplices des sept enfers.

Je fis une pause. Travaillant à ne pas me laisser surprendre par la colère, né de l’envie d’autrui, de me dicter ce qui m’était permis ou non de faire. Cette mâchoire serrée exprimait d’elle-même le désagrément que je subissais, ne pouvant m’empêcher d’imaginer le scénario contraire. Comme il aurait été facile de me saisir de ce bras frêle et de trainer l’héritière de Rouge lac, pour répondre à ce souhait si peu sincère. Mais cela n’était qu’orgueil. J’inspirais profondément, cherchant à me délester de ma frustration nouvelle. « Il y a longtemps que j’ai abandonné cette peur du trépas. Et j’ai cru un instant que vous aviez trouvez cette paix en vous précipitant dans le vide, avant même que je n’ai pu vous passer la corde autour du cou. Mais qui donc voudrait affronter le jugement fatal de ses tords, si tôt dans la bataille? Certainement pas vous ; certainement pas une Crane. Ne vous renfrognez pas, nous savons tout deux que vous n’avez rien d’une martyr, pas plus que ces morts, là dehors. Nul n’ignore le sort qui s’est abattus sur votre famille et plus que quiconque, vous devriez savoir que personne ne peut se dresser à l’encontre de la volonté du Père tout puissant. Vous ne serez donc pas surprise d’apprendre que la portée de votre discours politique n’a aucune emprise ici. Ainsi, si il s’avère nécessaire de vous conduire jusqu’au gibet, soyez assurée que je le ferais – en dépit de vos mises en gardes. » Un nom maudit, pour des raisons encore troubles; la famille Crane avait eut son lot de mésaventures, leur octroyant une réputation terrible. Heureusement pour elle, je ne m’intéressais pas aux bruits qui couraient – accordant plus d’importance à la vérité. Ce n’était pas le cas de tous. Chose qui ne l’avait pas empêchée de croire que malgré tout, elle pouvait obtenir des soutiens prêts à venger un hypothétique préjudice. Ceux-là même qui avaient fermés les yeux sur le sort de ma nièce, agirait pour une femme entaché par la malédiction? J’en doutais fort. Mais ce caractère bouillant n’était certainement pas prêt à l’entendre. Quant à moi, j’étais prêt à l’éventualité de découvrir qui de nous deux avaient raison.

J’avais alors contourné de nouveau le large meuble qui me séparait de mon hôte, faisant fit de sa présence pleine de dignité. D’un pas assuré, je me dirigeais vers la porte, jusque-là silencieux sur mes intentions. Ma main se posa sur le lourd loquet de métal oxydé, le coulissant dans un déclic clair et sonore. Je venais de verrouiller l’unique accès de l’étroite pièce, tardant à expliquer de quoi il en retournait. Réduisant cet écart respectable avec l’héritière d’un blason malmené presqu’autant que le fut celui de ma famille, je glissais une main sur l’épaule de la demoiselle - l’incitant à reprendre son assise, avec fermeté. Peu enclin à accepter de la résistance, je n’attendais rien de moins que de la coopération. Je rejoins alors ce bureau que j’avais tout juste quitté, m’adossant sur sa largeur, rompant tout contact visuel. Un angle qui soulignait sans mal les traits de la fatigue et des tourments laissé par les années passés. Les mains jointes, affublé de ce masque d’austérité qui n’avait rien de rassurant, j’élevais enfin la voix. « Cette porte restera close et lorsqu’elle s’ouvrira de nouveau, votre sort sera scellé. Il ne vous appartiendra pas d’en décider autrement. Votre seule issue prendra naissance dans la confidence de vos aveux - Mortels et véniels. Puisse l’Aïeule vous guider dans l’absolution de vos pêchers, que votre jugement soit clair et que la vérité quitte les méandres de votre cœur, avec contrition. Parlez librement. Confessez-vous. » Si mon ton cérémonial n’avait rien d’invitant, il lui accordait néanmoins un sursit. Par deux reprises, lady Crane s’était permise de tenir tête à cette invitation à quitter Froide-Douve. Un entêtement qui lui aurait certainement coûté cher si elle n’avait pas expressément demandé à renoué avec la foi. Cette chance dont elle était seule responsable était la dernière carte qui lui serait possible de jouer et elle n’en ressortirait très certainement pas indemne. Elle avait fait le choix d’affronter ces tords et jamais je n’aurais pu faire opposition à un tel souhait, offrant le sacrement de la confession à qui le demandait. Or, ce regard porté sur soi-même n’était pas aisé et les intentions se révéleraient au terme de cette rencontre.


© Belzébuth

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We were doing something great down here. We were gonna change the world. This was only the beginning.
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(FLASHBACK) Un Osgris de perdu, un de retrouvé • Andrew

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