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 La plume et l'épée

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Le Chevalier Errant
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MessageSujet: La plume et l'épée   Sam 24 Sep - 0:51




La plume et l'épée

Aux Jumeaux.










Seigneur Cassius Frey,
Sire du Pont.





Le seigneur des Jumeaux relisait avec circonspection la missive qui lui avait été transmise par son mestre. L’homme avait le trait noble et fin, tout en conservant ce physique de belette si caractéristique des membres de la maison Frey. Trente-sixième seigneur du Pont, Cassius était un homme d’âge mûr, un véritable suzerain prudent et attaché au succès de sa famille. En quelques décennies, les Frey du Pont s’étaient assurés une place au soleil parmi les plus grandes familles de Westeros. Richissimes par rapport à leurs voisins, les maîtres des Jumeaux étaient de loin la famille la plus riche du Conflans, devant même les Tully. Cassius aurait pu faire jouer cela quelques années auparavant, lorsque la dispute entre Solveig et Torrhen Tully avait dégénéré en guerre civile au sein de la région.

Attaché à la prospérité de son nom, le seigneur Cassius n’avait pas directement pris parti. Mais bien vite, il s’était joint à la cause de Solveig, la régente, la Belle-Dame-Sans-Merci. Après tout, la Dame de Vivesaigues n’avait-elle pas la faveur du Roi Maegor ? Son propre mari, Méléagant Darry, siégeait au conseil restreint du Cruel en qualité de Grand Argentier, aux côtés des autres vipères qui administraient le royaume pour le grand dragon : Sighild, Rodrik Farring, Valyron de Mantarys, Hollister Tarly, ainsi que bien entendu Ondrew Piète, et d’autres encore que les corbeaux n’avaient pas jugé bon de nommer. Tous ces noms étaient connus des grands seigneurs, tant loyalistes que rebelles. Ils formaient l’ossature de l’administration du Roi. Et Méléagant Darry avait amené la bénédiction du Targaryen sur le Conflans loyaliste. L’alliance avec le Nord et le Val semblait suffisamment puissante pour contrecarrer les plans des Lannister et des Baratheon, ainsi que de leurs alliés Tyrell. Et pourtant…

Et pourtant, les derniers rapports qui parvenaient aux Jumeaux étaient inquiétants. On murmurait que les rebelles assiégeaient Port-Réal et que Maegor avait sombré dans la folie. Les armées loyalistes du Conflans ayant été balayées par la puissante armée des Terres de l’Ouest, plus aucune nouvelle ne provenait de Vivesaigues, où la régente se terrait visiblement tétanisée. Quant à Torrhen Tully, sa guerre d’escarmouches et d’embuscades l’avait conduit à soutenir le camp des rebelles en brisant l’étau loyaliste autour d’Harrenhall, quelques mois auparavant. Ceci lui serait forcément bénéfique. Si Maegor venait à tomber, les rebelles s’empresserait de demander au nouveau souverain, Jaehaerys en l’occurrence, de confirmer le jeune homme dans ses droits sur Vivesaigues.

Assis sur le siège seigneurial de grès blanc, Cassius jeta un regard coupant à l’assemblée qui patientait sans un mot. Ils étaient tous là. Charlton, Erongué, Foin et Quenenny, les vassaux fieffés des Frey. Le seigneur du Pont avait convoqué son ban depuis un moment déjà. Enfin, ce qu’il en restait, en tout cas. Une bonne partie des troupes du seigneur Cassius avait été défaite aux côtés des forces loyalistes durant la guerre civile qui avait embrasée les Sept Couronnes. Et pourtant, les familles avaient en majorité soutenu Solveig et Maegor. Torrhen avait pu compter sur plusieurs familles, notamment les puissants Mallister, Beurpuits, Nerbosc et autre Van et Vyprin. Dans tous les cas, la nouvelle du siège de Port-Réal n’allait pas tarder à avoir de sévères répercussions jusque dans tous le continent.

Malgré la convocation du ban, les armées des Frey et de leurs vassaux patientaient tranquillement sur la rive Nord de la Verfurque tandis que les seigneurs et chevaliers vivaient au Pont dans une atmosphère qui confinait plus au tournois qu’aux préparatifs de la guerre. Pourtant, lorsque Cassius avait annoncé la nouvelle de l’attaque sur Port-Réal, les regards inquiets avaient jailli de partout. On cherchait du regard ses alliés, ses amis, ses connaissances. Partager ce moment inquiétant, s’assurer en un regard qu’on avait bien compris. Il n’y avait pourtant pas de surprise. Une grande armée rebelle conduite par Garett Lannister lui-même avait traversé le Conflans d’Ouest en Est quelques semaines auparavant.

« Monseigneur Cassius, qu’avez-vous faire ? » demanda Ser Patreik Charlton.

Le regard noble et posé du maître des Jumeaux se posa doucement sur lui.

« Faire ? Je ne vais rien faire, Ser Patreik. Je vais attendre des ordres de Vivesaigues. Et s’ils ne viennent pas, par les Sept, nous attendrons d’en savoir plus avant de risquer nos dernières centaines d’hommes dans la fin de la guerre ! »

La réponse sans ambages de Cassius sembla calmer les craintes un moment. Le Pont était une forteresse dure à attaquer et encore plus à assiéger. Ils étaient plus en sécurité ici que nulle part ailleurs dans la région. Pourtant, un homme d’armes des Frey entra bientôt dans la salle et murmura quelques mots à l’oreille du mestre qui hocha la tête d’un air aussi surpris que concentré. Puis, lorsque le contexte lui permit d’approcher son suzerain sans trop attirer l’attention, il lui murmura qu’un cavalier portant les armes Tully se tenait face aux Jumeaux, sur l’une des collines surplombant la route qui descendait vers le château. Il n’avait pas encore bougé, et nul ne pouvait dire s’il s’agissait d’un courrier de Vivesaigues un peu stupide, ou d’un éclaireur d’une force d’invasion plus puissante. Pragmatique, le suzerain Frey ordonna que l’on ferme les portes et que l’on double la garde en attendant d’en savoir plus sur les intentions de ce mystérieux cavalier solitaire.

Cassius n’était pas stupide. Il savait que son camp allait perdre, et il ne tenait pas à y laisser des plumes. Le Pont était difficile à prendre à moins de bénéficier d’une armée entière et bien équipée, ce qui n’était guère le cas des fourrageurs de Torrhen Tully. Il était le seigneur le plus riche de la raison, tout le monde le savait et l’on pouvait choisir d’attaquer les Jumeaux pour bien des raisons. Mais il y avait au moins autant de raisons de négocier avec eux. Qui tenait le Pont tenait l’accès au Nord, et qui s’alliait aux Frey disposait d’une importante force de frappe régionale. Que l’émissaire – si c’en était un - soit loyaliste ou rebelle, Cassius l’écouterait. Le temps était venu de s’occuper uniquement du devenir de la maison Frey. Négocier habilement et intelligemment pouvait se révéler bénéfique s’il parvenait à passer dans le camp des vainqueurs ou tout du mois à éviter d’être associé aux perdants. Tout se jouerait prochainement. A son habitude, Cassius Frey patientait pour se servir au mieux de ses atouts.




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Torrhen Tully
CONFLANS
■ Localisation : Salvemer
MessageSujet: Re: La plume et l'épée   Sam 24 Sep - 17:46

La petite troupe s'achemina par un versant de colline, dévalant une pente herbue d'où dépassaient quelques ajoncs et racines tordues. La journée avait été pluvieuse et par delà les chênaies, une brume humide s'accrochait aux versants boisés, au loin, du côté de la Verfurque.
Cheminant les uns après les autres, à la file, comme un long serpent, les chevaliers et les sergents allaient, tous montés, et leur lance sur l'épaule.
Le port et l'assiette des cavaliers trahissaient, sous les capes et les manteaux de voyage fatigués, des harnois de plates et d'acier, parfois cabossés. Sur les chevaux de bât, derrières, que tiraient quelques jeunes écuyers : on pouvait apercevoir des lances d'arçon et des écus soigneusement recouvert d'une housse usée.
La troupe était sale et crottée. Et pour cause, elle voyageait ainsi depuis plusieurs jours.
Chevauchant quelques mètres devant, la troupe était conduite par un jeune homme à la chevelure auburn ondulant sur ses tempes et ses épaules. Pour toute armure, il n'avait revêtu qu'un simple gambison et une cotte de maille, sur lesquels il arborait un tabard élimé et décousu, brodé d'une truite sur champ bleu et rouge.
Quelques paysans s’arrêtèrent en les voyant, puis disparurent. Mais les cavaliers n'y prêtèrent guère attention. Au carrefour du royaume, le Conflans avait connu tellement de batailles que son petit peuple en était usé jusqu'à la moelle et aspirait plus que tout à la paix. Une usure qu'on pouvait lire à travers les visages rudes et ravinés, les faces marquées et les bouches parfois édentés de ces pauvres gens.
Parvenu en haut d'une colline, ils aperçurent enfin l'objet tant poursuivi de leurs recherches. Là, bâti à cheval sur la Verfurque s'étendaient les Jumeaux, formidable ouvrage dont les remparts de pierres et les tours protégeaient le siège de la maison Frey.
Le jeune chevalier caressa doucement la broche qui retenait sa cape, par dessus sa maille et maîtrisa d'une main sûre son destrier qui, visiblement excité par quelque bataille passée ou à venir, piaffait et bronchait nerveusement.
Resté avec les autres cavaliers à l'arrière, l'un des sergents s'avança. Vêtu d'un haubert de mailles et d'une cotte d'armes arborant elle aussi une truite, il tenait à disposition l'écu de son seigneur et maître, attaché à son bras, pour le protéger des horions. Son regard était sombre...

« Y'a guerre d'espoirs, vot'seigneurie... »

La voix de Torrhen sous son heaume, qu'il venait d'enfiler, résonna de façon dure et caverneuse derrière le bon acier.

« Par les sept enfers Dick, possèderais-tu la vervue ? Les dieux m'en préserve ! »

La voix était mal assurée, regretta aussitôt le damoiseau. Et le doute, peut-être, était palpable parmi ses hommes... Une bravade pour se donner du cœur au ventre. Ils ne pouvaient de toute façon plus reculer à présent. Lui, encore moins que les autres.
Fut un temps où Torrhen avait lui-même planifié la main-mise de cette région par ses forces, pour faire barrage à son cousin, lord Stark. Ainsi qu'à son armée. Les nordiens étaient restés fidèles à Maegor et la descente vers le sud d'une nouvelle armée aurait ruiné les espoirs de victoire des partisans de Jaehaerys.
Lui-même avait enchainé les coups de main devant les forces de sa tante et, après plusieurs défaites, il avait du chercher refuge à Salvemer, sur la côte... Une situation critique et des forces exténuées. Mais le court des événements fait parfois bien les choses.
Par son intervention soudaine à Harrenhall, Torrhen avait permis aux seigneurs de l'Ouest et de l'Orage de marcher sur la capitale, Port-Réal. Le Val et le Nord, quoi que pour des raisons différentes, avaient alors retiré leur soutien à la cause du Cruel.
Il ne faisait désormais plus de doutes pour grand monde, à présent, que la victoire des rebelles n'était qu'une question de temps. Peut-être quelques semaines, avec un peu de chances.
Pourtant, certains seigneurs loyalistes s'obstinaient et semblaient bien décidés à ne pas plier le genoux. Pas devant lui, en tout cas. Solveig Tully s'était enfermée dans Vivesaigues avec des forces nombreuses et de quoi tenir un siège long. Les Bracken et les Vance étaient restés sourds à ses avances. La guerre risquait de durer encore des mois avant que le suzerain légitime du Conflans ne puisse retrouver son trône.
Une éventualité insupportable au jeune lord Tully, qui s'était juré de faire naitre son héritiers en la demeure de ces aïeux. Peut-être était-ce aussi un peu un péché d’orgueil, qui caractérisait si souvent ce jeune homme fougueux.
Alors que tous parmi ses alliés célébraient la victoire prochaine, le jeune Tully ne supportait pas l'idée de devoir faire appel aux seigneurs de l'Orage ou de l'Ouest pour recouvrer ses droits.

Tous, parmi les chevaliers, les sergents et les écuyers de la troupe, contemplaient impuissants le spectacle de pierre et de granit qui s'offrait à eux, là bas, dans la plaine et dont ils se trouvaient à présent à portée de vue des guetteurs. Et plus loin, sur la rive nord du fleuve, où s'alignaient des centaines de tentes et d'abris de fortune, parsemés de feux de camp.

Et puis l’une des hommes brisa le silence et s’approcha, bientôt accompagné d’un autre cavalier. Tous deux se dirigèrent vers leur jeune seigneur. D'une main gantée de mailles, ser Leon Frey désigna la demeure de ses parents.

« Monseigneur, il serait avisé que je m'avance en premier afin que d'être reconnus par les miens... Vous pourrez ensuite m'accompagner à l'intérieur... »

Plusieurs chevaliers protestèrent aussitôt. Entrer là-dedans ? Pensez-vous ! C'était courir le risque d'être fait prisonnier et d'être livré à sa tante Solveig, ou pire ! Peut-être lui trancherait-on la gorge !


« Holà ! s'exclama aussitôt Torrhen, en levant une main apaisante. La voix pourtant, claqua sèchement. Car l'homme, bien que jeune, était désormais pourvue d'une petite armée de fidèles et habitué à commander à ses gens. Je n'oblige personne à venir, j'irai seul s'il le faut ! »

C'était mériter de nouveau ce surnom de Tête-en-Péril dont on l'avait affublé jadis, que d'aller se jeter follement dans la gueule du loup de cette façon !
C'était aussi compter sans l'attachement de ces hommes, qui étaient à présent des compagnons fidèles. Aussitôt ce ne fut que cris et récriminations par le désir de surpasser les autres. Chacun voulait en être, car il voulait montrer aux autres qu'il n'était pas un lâche.
Il fallut rapidement mettre de l'ordre dans cette pagaille : tous ne pourraient s'y rendre. Et il convenait de laisser des hommes à la garde des chevaux et des armures.
On décida finalement d'envoyer Leon Frey et deux de ses cousins, accompagnés du chevalier de Colline Creuse et du bâtard Mallister. Tous seraient chargés d'escorter Torrhen et de veiller sur sa vie, quittes à y laisser la leur.

Sonnant du cor devant la forteresse, l'ambassade se planta devant les portes du Pont et attendit - un brin d'inquiétude au ventre - qu'on vienne les y chercher. Ce qui ne tarda guère...
On fit d'abord monter les cavaliers à travers une série de portes et d'escaliers en colimaçon, tantôt étroits, tantôt larges. Puis on leur fit franchir la tour d'Eau, qui verrouillait à la fois le pont et la rivière. Enfin on les amena à l'extrémité du pont, devant le massif donjon de pierre sous lequel se situait l'accès au tablier.
Ils traversèrent l'enceinte de pierre et les douves, puis accédèrent une première salle, remplie d'hommes en tabards et en surcots et dont la plupart portaient la barbe et avaient le crane rasé. Tous portaient l'épée au côté. Là, les cinq compagnons patientèrent un instant sous des regards hostiles et la protection d'un intendant, avant d'être introduit dans une grande salle, devant le trône de chêne noir où siégeait lord Frey, entouré de ses vassaux.
Sanglés dans leur harnois d'acier, roidis par leur armure, les compères se fendirent d'une révérence légère.
La peur au ventre, bien qu'il s'efforça de n'en rien laisser paraître, le cœur battant la chamade : le jeune Torrhen s'arquebouta sur ses jambes et crocheta ses pouces à la boucle de sa ceinture d'arme, levant le menton en direction de lord Frey.
Même s'il refusait de l'admettre, il lui en coutait au fond, de s'incliner ainsi devant celui qui aurait du être son vassal.

« Votre château, monseigneur, est aussi impressionnant que dans mes souvenirs... Une belle demeure, que voilà. »

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Le Chevalier Errant
ADMIN SUPRÊME & PNJ
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MessageSujet: Re: La plume et l'épée   Sam 24 Sep - 21:49




La plume et l'épée

Alors que l’attente se faisait chaque seconde un peu plus longue, les guetteurs du Pont finirent par affiner leurs rapports. Une petite troupe de cavaliers se dirigeait enfin vers le fief des Frey. Six cavaliers, visiblement fatigués et en selle depuis un moment. Tous arboraient l’écu des Tully des Vivesaigues mais il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour deviner à quel camp ces carpes appartenaient. La régente ne s’était jamais dérangée pour faire savoir à tous qu’elle était en charge du Conflans. Jamais ses émissaires n’auraient été aussi réticents à approcher les Jumeaux, à porter avec tant de doutes cette bannière qui avait acquis la dignité suzeraine après le trépas du dernier des rois Chenu, avec l’avènement des Targaryen et du Trône de Fer.

Les Tully, comme les Tyrell de Hautjardin, n’avaient pas de sang royal. Ils n’étaient que des administrateurs, des vassaux supposément loyaux qui avaient su bénéficier d’un retournement de situation qui s’était depuis inscrit dans l’Histoire. Ni les Chenu, ni les Jardinier n’avaient survécu à la Conquête. Les dragons avaient tout balayé de leur feu mythique. Depuis, le Conflans était libre : une nouvelle région, créée à part entière, conçue pour faire ce qu’elle faisait depuis. Tenir un rôle : être la zone tampon entre ces grandes et puissantes régions souvent rivales qu’étaient le Nord, le Val et les Terres de l’Ouest tout en écrasant à jamais les revendications Fer-Nées sur ces terres. La conception de la région n’avait que trop bien été respectée. Les terres des Tully avaient été saccagées durant cinq longues années. La guerre civile avait éclaté sur leurs terres, et si le coup de grâce à Maegor serait porté à Port-Réal, il était probable que le conflit ne s’achève définitivement ici, sur ces mêmes terres.

Le seigneur Cassius avait toutes ces données en tête. Les Frey étaient une maison puissante, riche et respectée. Tout le monde dans la région et aux alentours savaient que les Sires du Pont contrôlait l’unique point de passage sur la Verfurque à des lieues et des lieues à la ronde. Si Cassius avait fait une erreur de jugement, elle lui était difficilement imputable. Qui aurait pu prévoir que le Val et le Nord, jadis fidèles alliés de la Couronne, se retireraient brutalement du conflit ? Mais Cassius Frey n’était pas un homme lâche. Il honorait ses engagements, jusqu’au trépas s’il le fallait. Pourtant, même au sein de la maisonnée Frey, certaines voix s’étaient élevées contre sa position vis-à-vis du conflit de succession du Conflans. Certains de ses neveux avaient ainsi fui le château une nuit. Personne ne les avaient jamais retrouvé, mais en de nombreux mois d’absence, des rumeurs avaient fait leur office. On les murmurait partis en Essos, où la vie était – disait-on – plus douce. D’autres les donnaient pour morts, après avoir tenté de confronter les fantômes d’Harren le Noir et de ses fils, à Harrenhall. Des bruits de couloirs plus pragmatiques les présumaient simplement tués par les pillards qui écumaient toute la région. Enfin, on avait entendu certains avancer qu’ils avaient rejoints les rangs de Torrhen Tully.

Toujours était-il que les six cavaliers arrivèrent devant les portes des Jumeaux. Cassius donna les ordres pour qu’on les amène devant lui. Tandis que ces derniers étaient acheminés, le seigneur du Pont se renfonça dans son trône seigneurial de bois sombre. Ser Charlton profita d’un instant de flottement pour s’avancer auprès de son seigneur. Le chevalier fieffé était un homme opiniâtre, qui aimait lorsque la diplomatie filait droit et sans ambages. D’une puissante stature, il savait faire preuve de subtilité plus qu’on en aurait douté, mais n’aimait pas perdre son temps. Il ne pipa mot, ce qui étonna Cassius. Le chevalier souhaitait simplement être prêt de son suzerain, pour le protéger, sans doute. Ou pour pouvoir intervenir si les négociations qui s’annonçaient ne lui convenaient pas.

Et finalement, ils furent introduits dans la grande salle. Cette même salle principale, cette salle où se tiendrait le banquet de mariage le plus infamant de l’Histoire des Sept Couronnes. Dans les balcons qui surplombait la grande salle, on ne voyait nul musicien, nul garde en embuscade. Simplement des notables du domaine Frey, présents aux côtés de leur seigneur. Des bourgmestres, quelques septons, plusieurs chevaliers… Tous souhaitaient assister aux audiences du Sire du Pont sans pour autant pouvoir y participer. La guerre civile avait ça de bon, selon Cassius. Elle donnait à chaque seigneur une importance qu’il n’avait pas en temps de paix. Chacun était roi en son domaine, finalement. Et les plus puissants, comme les Frey, étaient souvent courtisés.

Le regard de Cassius scruta chacun des nouveaux arrivants tandis qu’ils approchaient. Le regard inquisiteur du vieux seigneur se tordit de surprise en découvrant trois de ses neveux fugitifs. Mais ses pupilles brillèrent d’un éclat nouveau lorsqu’il identifia l’un des jeunes hommes comme étant le prétendant au trône de Vivesaigues. Un sourire carnassier apparut sur les lèvres lisses du vieil homme, il se redressa en replaçant sur son épaule la fourrure qu’il portait par-dessus sa tunique bleue. Il ne sourirait pas à la situation, pourtant. Certains dans la salle devaient trouver comique de voir un Tully qui aurait dû être seigneur courber l’échine devant un Frey bien légitime. Cassius n’y voyait qu’une triste conséquence de cette guerre civile dommageable. La guerre était mauvaise pour les affaires des Frey. Alors que le jeune homme effectuait sa révérence, le seigneur du Pont lui fit signe que c’était inutile. L’ordre des choses. Voilà ce qui devait être respecté, pour pouvoir faire prospérer la maison Frey. Le jeune homme à la chevelure auburn fut finalement le premier à briser le silence qui s’était installé.

« Votre château, monseigneur, est aussi impressionnant que dans mes souvenirs... Une belle demeure, que voilà. »

L’assemblée était globalement hostile à l’idée de voir celui qui contestait le pouvoir de Solveig Tully se présenter l’air de rien dans la salle du plus puissant vassal de cette dernière. Cassius savait qu’il allait jouer une partie délicate. Non seulement face au jeune Tully, mais également face à sa famille et ses vassaux. Ce qui se déciderait à l’issue de cette rencontre serait déterminant pour la suite. Pour le moment, il fallait attendre et rappeler à tous que lui seul décidait ici. Il se leva, et s’inclina légèrement à son tour. Du coin de l’œil, il surprit les regards stupéfaits de certains de ses vassaux et chevaliers. Puis, lorsqu’il releva le chef, il ignora superbement ses neveux pour se concentrer sur le jeune Torrhen.

« Je ne m’incline pas devant votre titre, Ser Torrhen, car vous n’êtes point seigneur suzerain, en tout cas pas dans ces lieux. Mais je m’incline devant votre sang, celui des Tully des Vivesaigues, devant la bravoure de celui qui a chargé à Harrenhall et devant votre démarche que je juge courageuse. »

Satisfait, Cassius s’installa de nouveau dans son trône et jaugea la salle d’un regard. Au moins, tous étaient-ils au courant qu’il considérait les six chevaliers présents comme une ambassade de premier ordre et qu’il ne serait pas toléré la moindre offense à leur égard. Les gens de Cassius lui étaient soumis. Ils avaient compris et aucun ne serait assez fou pour tenter une bravade. Désormais, la discussion se ferait d'égal à égal.

« Je vous remercie pour vos compliments, Ser. J’accepte de vous recevoir en tant que chevalier et membre d’une maison prestigieuse, mais je n’oublie pas que vos représentez la branche ennemie de celle à laquelle j’ai prêté allégeance. Ne devriez-vous pas plutôt négocier directement avec votre tante Solveig, à Vivesaigues ? »

Un sourire mesquin s’afficha ouvertement sur le visage du seigneur Frey.

« Non, bien sûr que non. Votre tante veut votre mort et vous voulez sa place. Il n’y a pas d’entente possible entre vous. Alors, voici ma question, Ser, que me vaut l’honneur d’une telle visite ? »

Son regard tomba sans pitié aucune sur les trois jeunes Frey présents aux côtés du Tully.

« Vous me ramenez ces incapables, infoutus d’obéir à un ordre de leur seigneur, seigneur qui est d’ailleurs de leur propre sang ? »







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Torrhen Tully
CONFLANS
■ Localisation : Salvemer
MessageSujet: Re: La plume et l'épée   Mar 8 Nov - 15:44

Ça ! Une petite lueur de supériorité passa dans les yeux du damoiseau. Oui, il était un Tully de Vivesaigues. Et les humiliations qu'il avait endurées à force de défaite l'avaient plus d'une fois ébranlée en son amour-propre. Quand bien même ce Frey n'était pas disposé à reconnaître son titre légitime de suzerain du Conflans, se voir ainsi accueilli flattait l'égo du jeune homme. Après tout, pourquoi se serait-il sentit gêné devant cette homme, dont la famille avait acquit sa richesse à forces de péages, tels des vulgaires marchands ?
Les Frey du Pont étaient bien jeunes dans l'histoire du Conflans, comparés à des Nerbosc, des Tully ou des Van !
Le chevalier s'inclina en signe de remerciement. S'il voulait s'arroger la fidélité de cet homme, il lui faudrait le caresser dans le sens du poil, faire fi de toute hauteur ou de mépris envers ce patriarche lui aussi en mal de reconnaissance... pour toute sa lignée. Lors, Torrhen croisa les bras et redressa la tête en direction de Cassius.

« Qui donc se souciera de Solveig d'ici trois lunes ? Je ne vous ferrais pas l'affront de crier victoire trop tôt, mais les rebelles, messire, sont en train de gagner la partie. Le Nord et le Val se sont déjà retirés... Port-Réal sera bientôt tombé et alors, que se passera-t-il ? Qui donc, mon seigneur, le prochain roi soutiendra-t-il : ma tante, qui l'a ouvertement défié et combattu jusqu'au bout... ou la bravoure de celui qui a chargé à Harrenhall et qui aspire au retour de la paix ? »

Qui donc Jaehaerys soutiendrait-il ? S'il pensait connaitre la réponse à cette question, il lui arrivait parfois d'en douter. Torrhen doutait souvent... trop souvent, lui assurait sa femme. Après tout, son beau-père était le seigneur d'Accalmie, sans sa puissance, Jaehaerys ne monterait sur le trône. Et qui donc, le sire d'Accalmie voudrait pour seigneur du Conflans ? Son beau-fils... ou une mégère sans honneur, qui l'avait combattu ?
Le damoiseau s'interrompit : il pensait. Il pensait à cette tante qui voulait sa mort. Et lui, que voulait-il donc ?!
Dans les heures les plus sombres qu'il avait traversées ces derniers mois, le jeune chevalier qu'il était avait plus d'une fois désiré la mort de Solveig. Tant il est vrai que cette mort aurait arrangé bien des choses. Mais à présent que la faction rebelle semblait devoir gagner la guerre, et que lui-même se préparait à retrouver sa place, le doute le prenait et le taraudait jour et nuit ; souhaitait-il la mort de tous ceux qui avaient combattus contre lui ? Ceux-là même qui l'avaient honteusement spolié de ses droits et avaient cherché son trépas ? Solveig était sa parente. Et les dieux punissaient le parricide... Mais sa tante vivante, pouvait-il réellement espérer régner sur le Conflans en toute tranquillité ?

Alors, sans y prêter plus d'attention, Torrhen caressa la bague qu'il avait suspendue à son cou. Un présent d'Oriane pour son mari. Désignant de la main ses compagnons, son regard se porta sur eux.

« Ces incapables, comme vous les présentez, ont fait preuve de clairvoyance monseigneur... Ce sont des vassaux fidèles qui ont fait le choix de rallier leur suzerain légitime. Lors même que sa situation était précaire et que d'autres préféraient soutenir ma tante et lord Darry... »

Une ombre s'égara, l'espace d'un moment, dans les yeux du damoiseau. Il la chassa d'un battement de paupière, fermement résolu.

« C'est un fait, ma tante veut ma mort. Mais à présent, elle est terrée dans mon château de Vivesaigues avec ses hommes et elle n'ose plus en sortir... Tôt ou tard, les armées de l'Orage et de l'Ouest remonteront sur le Conflans... Peut-être même que mon parent, lord Stark, tentera de faire bonne figure auprès du nouveau roi et qu'il se joindra à eux, qui sait ? Après tout, il n'est pas trop tard pour se racheter aux yeux du trône de fer ! Il appuya bien sur ces derniers mots en lançant un regard lourd de sous-entendus à l'assistance. Si la chose devait arriver, les Jumeaux se trouveraient sur son chemin à coup sûr. Une forteresse comme la votre est à même de tenir longtemps... mais assiégée des deux côtés, la maison Frey devrait dire adieux à ses taxes et à ses péages. Et jusqu'à quand ? Tiendrez-vous aussi longtemps que durera le siège de Vivesaigues ? Des mois peuvent passer avant cela... Tant de sacrifices... alors qu'il est encore possible d'être dans le camps des vainqueurs. »

Il s’arrêta un instant, comme pour se remémorer le texte qu’il avait répété de nombreuses fois lors de son voyage pour les Jumeaux. Les tripes nouées, la gorge sèche, il lui semblait à présent qu'il avait tout oublié !
Autour de lui, certains chuchotaient, mais fallait-il y prêter attention ? Torrhen les toisa d'un grand regard circulaire. Le damoiseau pensait avoir habilement manoeuvré en exposant la situation intenable dans laquelle les Frey... et tous les soutiens de Solveig risquaient de se retrouver. Il fallait à présent flatter avec tact l'honneur et l'égo de ses- il l'espérait ! - futurs alliés. Ménager leur fierté et rendre la possibilité d'un changement de camps... honorable.

« Je suis ici le truchement de Jaehaerys, mon seigneur... Vous avez loyalement combattu contre moi. Et je ne puis que m'incliner devant cela... Vous êtes homme de bien et de parole et je vous respecte pour cela ! Du haut de mon jeune âge, je mesure à quelle point c'est une richesse que de pouvoir compter sur de tels vassaux... Et je saurai m'en souvenir, croyez-le bien. Mais ma tante a pris le parti d'abandonner ses soutiens les plus fidèles en s'enfermant derrière quatre murs, jusqu'à ce que l'inévitable ne se produise... Elle vous a d'abord trompé en vous retournant contre le légitime héritier de Vivesaigues que je suis. Puis elle vous a sacrifié en vous abandonnant, ne faisant que peu de cas de votre fidélité. Est-ce là l'attitude qui sied à une suzeraine envers son vassal ? »

Le jeune Tully s'interrompit. Un pénible et tremblant sourire vint caresser ses lèvres.

« Ceux-là l'ont bien compris, dit-il en désignant les Frey qui l'avaient suivi. Ils savent quelles conséquences auraient l'arrivée sur nos terres de nouveaux osts, avides d'en découdre avec ma tante : la ruine pour nos villages et pour nos petites gens. Des seigneurs orageois et ouestriens paradant dans les domaines désertés par les seigneurs riverains... Il ne tient qu'à nous, hommes du Conflans, d'éviter ce désastre et de nous unir de nouveau pour rétablir la paix. » Cette fois, Torrhen s'animait et parlait haut devant toute l'assemblée et devant lord Cassius. « Je ne désire pas la mort de ma tante, messire. Je m'y engage devant les nouveaux et les anciens dieux : sa vie sera préservée autant que faire ce peut. Enfin je n'exige rien, non. Je demande... Qu'il lui en coutait de prononcer ces mots ! Lui, le légitime seigneur de Vivesaigues ; lui, le suzerain du Conflans. Il le fallait pourtant ! Être seigneur, c'était aussi savoir composé avec ses alliés et ses vassaux. Je vous demande de vous rallier à moi et d'épargner à la maison Frey le courroux des futurs vainqueurs... Je vous demande d'intégrer la paix du nouveau roi et d'épargner au Conflans ses prochaines ruines... Je vous demande enfin de m'apporter soutiens et conseils, afin que je règne en bonne entente avec mes vassaux et mes sujets. Si vous vous ralliez à moi, d'autres vous suivront, messire. »
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Le Chevalier Errant
ADMIN SUPRÊME & PNJ
■ Localisation : indéterminé.
MessageSujet: Re: La plume et l'épée   Dim 20 Nov - 0:25




La plume et l'épée

Le visage de belette du puissant seigneur du Pont s’éclaira d’un sourire malsain. Qu’il était bon, qu’il était doux de voir le jeune Torrhen Tully, fier prétendant au trône seigneurial de Vivesaigues, se retrouver à devoir négocier debout. Toutefois, il fallait être prudent et réaliste. Solveig perdrait, d’une façon ou d’une autre. Elle avait beau être enfermée dans sa forteresse des marais, si elle ne se rendait pas, elle finirait par être retrouvée un matin avec une dague dans le dos. Cassius n’était pas dupe : les gens n’aimaient pas les Frey. Les petites gens leur reprochaient – à juste titre, certes – de lever des impôts à chaque passage, et les autres seigneurs jalousaient autant qu’ils reprochaient leur fortune. On ne devenait pas seigneur par la grâce de l’or mais bien par celle de l’acier tranchant. Contrairement à certains au sein de sa propre maison, le seigneur n’en avait que faire. Que pouvait bien importer l’avis des autres ? Ils étaient inférieurs. La fortune considérable des Frey leur permettait de recruter si besoin était de nombreux mercenaires destinés à renforcées leurs propres levées. Et ainsi, l’or se transformait en acier et personne ne rigolait plus. Que faire lorsque les armées Frey voyaient leur taille doubler par la bénédiction des dragons d’or du Pont ?

« Qui donc se souciera de Solveig d'ici trois lunes ? Je ne vous ferrais pas l'affront de crier victoire trop tôt, mais les rebelles, messire, sont en train de gagner la partie. Le Nord et le Val se sont déjà retirés... Port-Réal sera bientôt tombé et alors, que se passera-t-il ? Qui donc, mon seigneur, le prochain roi soutiendra-t-il : ma tante, qui l'a ouvertement défié et combattu jusqu'au bout... ou la bravoure de celui qui a chargé à Harrenhall et qui aspire au retour de la paix ? »

Le regard acéré du seigneur du Pont se posa sur son interlocuteur. Le jeune homme n’avait pas peur des mots, c’était indéniable. Et il chargeait avec bravoure une nouvelle fois. Cependant, il était difficile de lui donner tort, Cassius devait bien lui concéder cela. Solveig avait d’ores et déjà perdu. Personne ne risquerait plus sa vie pour une cause perdue. La seule solution viable pour faire en sorte que la guerre civile s’achève, c’était de voir une armée de natifs du Conflans assiéger Vivesaigues avant que les Lannister ne le fassent. Le Frey les soupçonnait de n’attendre que ça. Après tout, le jeune Lion de Castral-Roc n’avait-il pas déjà refermé ses griffes sur les terres de Château-Rosières, amputant le Conflans de l’une de ses plus importantes seigneuries ? Il avait décidément de nombreuses à voir et discuter avec le jeune homme qui lui faisait face.

« Ces incapables, comme vous les présentez, ont fait preuve de clairvoyance monseigneur... Ce sont des vassaux fidèles qui ont fait le choix de rallier leur suzerain légitime. Lors même que sa situation était précaire et que d'autres préféraient soutenir ma tante et lord Darry... »

Cassius fronça le nez de désaccord. Il n’était pas d’accord. Certes, ils avaient été présents dans le deuxième camp, permettant aux Frey de pouvoir clamer être dans le camp du prétendant depuis le début, mais ils avaient avant tout désobéi à leur seigneur et maître. Toutefois, déjà, le jeune chevalier continuait de s’exprimer.

« C'est un fait, ma tante veut ma mort. Mais à présent, elle est terrée dans mon château de Vivesaigues avec ses hommes et elle n'ose plus en sortir... Tôt ou tard, les armées de l'Orage et de l'Ouest remonteront sur le Conflans... Peut-être même que mon parent, lord Stark, tentera de faire bonne figure auprès du nouveau roi et qu'il se joindra à eux, qui sait ? Après tout, il n'est pas trop tard pour se racheter aux yeux du trône de fer ! »

Sur ces derniers mots, Torrhen Tully s’était tourné vers l’assistance qui regardait l’échange comme médusée. Effectivement, nombreux étaient ceux à craindre – à raison – le courroux du Trône une fois que la situation serait assainie à la capitale. Cassius balaya la salle d’un regard acide. Il ne devait pas continuer à laisser le Tully essayer de dévoyer ses troupes impunément. Il fronça les sourcils lorsque le jeune homme débuta ses suppositions sur le futur.

« Si la chose devait arriver, les Jumeaux se trouveraient sur son chemin à coup sûr. Une forteresse comme la vôtre est à même de tenir longtemps... mais assiégée des deux côtés, la maison Frey devrait dire adieux à ses taxes et à ses péages. Et jusqu'à quand ? Tiendrez-vous aussi longtemps que durera le siège de Vivesaigues ? Des mois peuvent passer avant cela... Tant de sacrifices... alors qu'il est encore possible d'être dans le camps des vainqueurs. »

Désormais, la salle bruissait autant de surprise, de crainte que d’indignation. En quelques mots, il venait effectivement de rappeler à tout un chacun la situation désastreuse des Loyalistes. D’ici quelques semaines, les rivalités n’auraient plus lieux d’être. Et déjà, le jeune prétendant continuait d’instiller son venin idéologique dans la grande salle du Pont. Il était doué. Les vassaux et courtisans de Cassius n’étaient guère les plus grands esprits du royaume. Ils avaient peur, le Frey le comprenait que trop bien. Mais si Tully continuaient, certains risquaient de perdre la tête. Littéralement.

« Je suis ici le truchement de Jaehaerys, mon seigneur... Vous avez loyalement combattu contre moi. Et je ne puis que m'incliner devant cela... Vous êtes homme de bien et de parole et je vous respecte pour cela ! Du haut de mon jeune âge, je mesure à quel point c'est une richesse que de pouvoir compter sur de tels vassaux... Et je saurai m'en souvenir, croyez-le bien. Mais ma tante a pris le parti d'abandonner ses soutiens les plus fidèles en s'enfermant derrière quatre murs, jusqu'à ce que l'inévitable ne se produise... Elle vous a d'abord trompé en vous retournant contre le légitime héritier de Vivesaigues que je suis. Puis elle vous a sacrifié en vous abandonnant, ne faisant que peu de cas de votre fidélité. Est-ce là l'attitude qui sied à une suzeraine envers son vassal ? »

Cette fois, Cassius se pencha en avant, l’air impénétrable. Bien entendu que Torrhen n’était pas là en qualité de représentant de Jaeharys. Le jeune garçon qui était l’héritier du Trône de Fer n’était certainement pas en mesure d’intriguer, Maegor y aurait sans doute veillé. Et s’il avait été représenté par une ambassade, il était évident qu’elle aurait eu plus confiance en elle, investie de la volonté et de la parole du prochain souverain. Toutefois, il était difficile, une fois de plus, de donner tort au jeune chevalier. Solveig avait perdu, mais en refusant d’admettre sa défaite, en refusant la reddition, sans donner de consignes, elle plongeait tous ses soutiens dans un choix impossible. Devaient-ils tous mourir pour préserver son honneur ? Pour honorer leur soutien et leurs choix, il aurait été de bon ton qu’elle se rende, permettant ainsi à tous de s’en tirer de manière honorable. Et enfin, le Tully acheva sa longue tirade.

« Ceux-là l'ont bien compris, dit-il en désignant les Frey qui l'avaient suivi. Ils savent quelles conséquences auraient l'arrivée sur nos terres de nouveaux osts, avides d'en découdre avec ma tante : la ruine pour nos villages et pour nos petites gens. Des seigneurs orageois et ouestriens paradant dans les domaines désertés par les seigneurs riverains... Il ne tient qu'à nous, hommes du Conflans, d'éviter ce désastre et de nous unir de nouveau pour rétablir la paix. Je ne désire pas la mort de ma tante, messire. Je m'y engage devant les nouveaux et les anciens dieux : sa vie sera préservée autant que faire ce peut. Enfin je n'exige rien, non. Je demande.. Je vous demande de vous rallier à moi et d'épargner à la maison Frey le courroux des futurs vainqueurs... Je vous demande d'intégrer la paix du nouveau roi et d'épargner au Conflans ses prochaines ruines... Je vous demande enfin de m'apporter soutiens et conseils, afin que je règne en bonne entente avec mes vassaux et mes sujets. Si vous vous ralliez à moi, d'autres vous suivrons, messire. »

Le silence retomba comme une chape de plomb sur la salle. Seul un claquement fort résonna du côté du seigneur Cassius. Il venait de frapper ses mains d’un air solennel, scrutant la moindre réaction sur le visage de son interlocuteur. Il applaudit ainsi plusieurs fois, seul, avant de finalement se lever d’un air qui se voulait historique et légendaire. Il s’adressa suffisamment fort pour que tous soient en mesure de l’entendre.

« Ser Tully. Vos paroles sont aussi courageuses que téméraires. Vous avez capté mon attention. Suivez-moi, seul. »

Sur ces mots, le seigneur Cassius se leva tandis que deux gardes en côtes de mailles bleutées ouvraient les portes qui donnaient vers les appartements du maître des lieux. Escortés par les deux gardes du corps, le seigneur et le prétendant avancèrent durant une dizaine de minutes au travers de différentes salles et coursives menant enfin à une vaste salle richement décorée et occupant toute la surface de la tour carrée centrale. Là se trouvait le bureau de travail du puissant seigneur Frey, qui servait aussi de salle de réunion de son conseil restreint lorsque le besoin s’en faisait sentir. De grandes arches de pierres perçaient l’édifice, permettant une vue des deux côtés sur le vaste fleuve. Une vaste table trônait en son centre, sur laquelle était fixée une grande carte de vélin représentant la région entourant le domaine des Frey. Aux murs, plusieurs grandes bannières au pont étaient suspendues, d’autres plus anciennes, voire carrément impossibles à identifier, rappelaient les triomphes passés de la maison Frey, notamment une antique oriflamme Chenu. Tandis qu’il se dirigeait vers la fenêtre pour se plonger dans la contemplation de son fleuve, Cassius attendait que les serviteurs terminent de déposer un plateau de vin. Une fois la porte refermée et les gardes postés dehors, le vieux seigneur se retourna d’un air hargneux et d’un ton glacial.

« Croyez bien que je ne goûte pas vraiment de vos tentatives de manipulation de l’audience de ma suite, Ser Torrhen. Toutefois, je concède que c’est de bonne guerre. Du vin ? »

Redevenu cordial aussi brusquement qu’il avait perdu son sang-froid, le Sire des Jumeaux n’attendit pas la réponse et servit d’office deux verres de vins qu’il laissa sur le plateau d’argent. Il navigua autour de la table sur laquelle était posé ledit plateau, laissant son regard errer sur les divers noms de localités présents sur la carte.

« J’ai bien conscience de la situation dans laquelle je suis, Ser Torrhen. C’est bien pour ça que j’ai accepté de vous rencontrer, et que nous sommes maintenant entre personnes de haute extraction. J’ai plusieurs questions à vous poser. Je tiens à mon honneur, il ne sera pas dit que j’ai abandonné Solveig Tully à la première difficulté. »

Cassius farfouilla dans une petite caisse de bois et en sortit un marqueur de carte qu’il posa devant lui. Il représentait un Lion.

« Que ferez-vous de l’occupation des Lannister sur les terres des Piper ? Ils ont certes soutenu votre tante, mais celle-ci n’a pas mobilisé un seul homme pour les aider, et leur famille a été décimée, et ils ont maintenant quitté l’autorité de Vivesaigues pour celle de Castral-Roc. Et je ne crois pas que le seigneur Lannister soit décidé à laisser les terres de sa nouvelle épouse quitter le giron de l’Ouest. »

Haussant les épaules comme s’il s’agissait du problème le moins important, il déposa un deuxième marqueur de carte. Une truite bondissant finement sculptée et peinte de rouge et de bleu laissait peu de doute sur ce qu’elle représentait.

« Voici ma deuxième question pour vous. Que voulez-vous faire de votre tante ? Que ferez-vous d’elle si elle tombe vivante entre vos mains ? »

Un ricanement lui échappa. La situation serait cocasse, pour sûr. Cassius tenait à être là. Et enfin, redevenant sérieux, il déposa son dernier marqueur. Deux tours reliées par un pont.

« Voici ma dernière question, Ser. La situation est difficile pour tous. Que m’offrez-vous en plus de l’amnistie ? Vous avez besoin, j’ai besoin de vous, mais sans moi, rien ne peut se faire, vous l’avez convenu vous-même en bas tout à l’heure… Alors ? Une place de conseiller à vos côtés, de nouvelles terres ? Que me proposez-vous ? »









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