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 (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Lun 26 Sep 2016 - 1:58




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant

Le bruit du dehors conjugué à un rayon de soleil venu sournoisement caresser sa joue la réveilla. Elle resta un moment immobile, pelotonnée sous les couvertures, et considérant le baldaquin de soie pourpre qui l'abritait tandis que le souvenir de la nuit passée remontaient doucement des profondeurs de sa mémoire. Alors, elle sourit, s'étirant grassement comme une chatte appréciant la douceur d'un lit moelleux. Et si les cloches du septuaire ne lui avaient pas appris qu'il était grand temps de se lever, elle se serait volontiers accordé encore le plaisir de demeurer encore... D'un bond, Alerie se redressa et glissa ses pieds dans la paire de pantoufles et son corps dans la robe de chambre qu'une des nombreuses mains invisibles du château avaient déposé à la portée de sa main. Son élan la conduisit ensuite dans la profonde embrasure de la fenêtre que le soleil illuminait. Le paysage qu'elle découvrit lui apparu alors grandiose : la ville semblait éclore à ses pieds en une multitude de corolles de briques et toitures ocre, et lorsqu'elle ouvrit la fenêtre, une pleine bouffée de senteurs vives vint lui chatouiller les narines. Ce devait être jour de marché à Port-Lannis, car on pouvait distinguer plusieurs silhouettes se presser dans les étroites ruelles en direction du port. Alerie poussa alors un soupir de pleine satisfaction. Elle se sentait si vivante qu'il lui semblait que le cœur allait lui bondir de la poitrine tant il battait avec vigueur. Au même moment, la porte de la chambre s'ouvrit et une servante apparu, un cruchon d'étain fumant entre les bras. « Je vous donne le bonjour, ma Dame » dit-elle en s'inclinant pour une courte révérence. « J'espère que ma Dame a passé une bonne nuit ? » « Merveilleuse ! » L'enthousiasme faisait presque chanter la voix de la jeune femme, qui pirouetta jusqu'à sa coiffeuse pour s'y assoir. Aussitôt, la servante se retrouvait à brosser puis lustrer la longue chevelure blonde de sa maitresse, dont le reflet lui renvoyait un visage aux joues roses et au regard brillant. « Où est mon Seigneur ? Que fait-il ce matin ? » « Monseigneur Lannister tient conseil aujourd'hui, ma Dame. Mais il vous attend pour déjeuner sitôt la réunion achevée » ajouta-t-elle avec un sourire. L'éclat de la jeune femme venait en effet quelque peu de diminuer à l'annonce que son époux ne passerait pas la matinée avec elle. La nouvelle d'un déjeuner en tête à tête en revanche eut l'effet radicalement inversé. « Alors il nous faut choisir une tenue particulièrement belle pour aller directement du septuaire à la salle à manger. Aide moi pour la robe : la rouge ou la bleu ? »

***

C'est sur les conseils de sa servante qu'à l'heure du déjeuner, Alerie descendait le grand escalier qui menait les chambres aux grandes pièces à vivre de Castral-Roc, vêtue d'une robe d'été d'un rose très pale et cintrée, mais qui faisait honneur à la gorge et à la commissure des seins par un somptueux décolleté. Seul un collier d'or porté au cou et de fin pendants d'oreilles de nacre venaient compléter la tenue, les cheveux de la jeune femme coulant dans son dos comme le plus beau des bijou. A mesure que défilait la galerie d'Or sous ses menus souliers, Alerie sentait son pas devenir plus pressé, comme si elle ne pouvait arriver suffisamment vite au lieu de rendez-vous. Ce ne fut que lorsqu'elle arriva aux doubles portes de la salle à manger qu'elle prit le temps de s’arrêter, pour calmer son rythme cardiaque ainsi que son souffle. Son empressement lui arracha alors un petit rire nerveux, et elle bénit les Dieux qu'aucun dignitaire de l'Ouest ne la trouve dans cet état. Encore que cela n'aurait pas changé grand chose : même un aveugle aurait remarqué la joie de vivre qui irradiait littéralement de la nouvelle Suzeraine de l'Ouest, et qui n'était du qu'à une seule chose - le fait qu'elle soit follement éprise de son époux. Une chose qu'elle n'aurait pas crue possible il y avait encore quelques semaines de cela mais qui, malgré l'Horreur, lui était tombée dessus comme une fièvre le corps. La mort de Corvin lui avait pourtant arraché un cri d'une souffrance inqualifiable, et elle se revoyait encore cracher sa douleur à la face de celui que la nuit avait bien voulu lui cacher. Autrement, elle se serait alors tout aussi certainement perdue dans ses yeux azurés, laissée aveuglée par la blancheur angélique de sa peau et enfin abandonnée dans ses bras vigoureux dont elle ne voulait à présent plus jamais se défaire. Elle n'aurait jamais pensé qu'elle y trouverait le bonheur, et que son éblouissement passe d'un sentiment chaste et timide à un besoin charnel. Aujourd'hui, alors qu'elle se familiarisait avec son nouveau pays et sa nouvelle demeure, elle en était persuadée : Garett Lannister ne l'avait pas seulement faite Suzeraine, il l'avait faite femme. La sienne, et cela sans la moindre brutalité. Au contraire, leur union s'était faite si naturellement que si l'on prenait la peine d'ignorer quelques méchants bruits, on aurait dit qu'ils étaient de tout temps faits pour se trouver. Alerie était de ces optimistes, et préférait penser que les Dieux avaient fait les choses ainsi, sans accorder trop d'importances aux voix plus dissidentes qui remarquaient aimablement que son époux avait épousé la fille de l'homme dont il avait attaqué, puis assiégé le fief après avoir tué et massacré son fils et son épouse, ainsi que la moitié de la maisonnée. Des images violentes qui parfois, la hantaient la nuit. Mais qui étaient chassées aussitôt lorsque la main fraiche et rassurante de son époux venait essuyer les chaleurs terrifiantes du cauchemar. Aussi, alors qu'elle pénétrait dans la pièce et apercevait Garett, son visage s'illumina avant qu'il ne disparaisse dans un salut révérencieux qui aurait comblé un empereur.

« Mon Seigneur... » dit-elle d'une voix qu'elle espérait plus douce que tendue de joie. « Veuillez me pardonner ce léger retard, mais mes prières à la Mère m'ont retenue plus longtemps au septuaire que je ne l'aurais cru. J'espère que je ne vous ai pas fait trop attendre ? » Elle était toujours à genoux, mais dans son ton pointait un début d'inquiétude et de honte. Il était très occupé : et si, par sa faute, leur temps à deux était écourté ?


© Belzébuth

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Jeu 6 Oct 2016 - 16:02

Accoudé à la rambarde grès surplombant les étendues sans fin de la Mer du Crépuscule, Garett Lannister, seigneur de Castral Roc, suzerain de l’Ouest, contemplait les successions de vagues qui venaient s’écraser contre l’énorme masse du fief des Lannister. Garett n’avait pas le cœur léger, c’était impossible pour lui. Il se tourna légèrement vers le Nord, encore enveloppé dans les limbes sombres de la nuit mourante. Le ciel était encore gris au-dessus de Castral Roc, les étoiles pâlissaient presque à vue d’œil. Mais là-bas, là où la nuit tenait encore le siège, là-bas, par-delà la ligne d’horizon, là-bas se trouvaient les honnies Îles de Fer. Sur les terres des Fer-Nés se trouvait son fils, Tommen, héritier de Garett, descendant des Rois du Roc, prisonnier de la maison suzeraine de là-bas, les Wynch. Repenser à Tommen ramenait la douleur dans le cœur du Lannister pour une autre raison, car le jour où son fils lui avait été enlevé avait aussi celui du meurtre de sa première femme. Sa Rose Dorée, la délicieuse Lorelei Tyrrel, que Garett avait aimé comme jamais il n’avait aimé.

Mais Lorelei était morte durant le sac de Port-Lannis de l’année précédente. Toutefois, alors que le jeune homme avait cru voir la douleur le rendre fou, il avait finalement découvert une espèce de répit qui tendait à durer maintenant vers une situation plus stable. Qui aurait pu croire que près d’un an auparavant, la bataille de Château-Rosières serait le point de départ d’une nouvelle vie pour Garett Lannister ? C’était un jeune seigneur suzerain, brisé par la mort de sa femme et par l’envie de vengeance, qui avait marché à la tête de toute son armée sur la porte arrière du Conflans loyaliste. La bataille avait été rude, et plusieurs membres de la maison Piper – régnant sur les lieux – avaient été passés au fil de l’épée, dont l’héritier, mort de manière stupide mais vaillante, et l’épouse du seigneur, exécutée pour faire un exemple et rappeler à tous dans le Conflans ce qu’il en coûtait de s’opposer aux Lions.

La suite de l’année s’était déroulée sans vraiment laisser le temps à Garett de rentrer au Roc. Toutefois, les deux filles survivantes des Piper – Alerie et Wendy – avaient été envoyée avec leur petit frère et nouvel héritier dans la demeure des Lions de l’Ouest pour garantir la docilité du vieux seigneur et garantir que Château-Rosières et ses terres frontalières avec l’Ouest finiraient une bonne fois pour toute dans le giron de Castral Roc et non plus de Vivesaigues. Et finalement, lorsque Garett était rentré pour un repos bien mérité au Roc avant de repartir porter le coup fatal aux Loyalistes de Maegor, sa vie avait de nouveau changée. Il avait côtoyé la jeune Alerie, et au fil des jours et des semaines, il avait fini par ressentir une véritable attraction pour la demoiselle du Conflans, quelque chose qui dépassait le simple désir charnel. Et finalement, quelques jours auparavant, ils s’étaient épousés. Il avait pris la vertu de la jeune femme avec une passion renouvelée qu’il n’aurait jamais pu croire retrouver un jour. Et depuis, les quelques jours qui s’étaient écoulés avaient été une parenthèse aussi idyllique que reposante après les rigueurs de la campagne du Conflans. De nombreuses voix s’étaient toutefois élevées pour nuancer voire contester cette union. Pensez-vous ! Le suzerain de l’Ouest, épouser une fille Piper ? Quelle mésalliance terrible ! Sans doute avaient-ils tous raison, mais Garett voulait renouer avec le bonheur et oublier son deuil.

Lui seul ne comptait toutefois pas. Ils étaient des milliers à risquer leurs vies quotidiennement, en défiant le pouvoir supposément absolu d’un monarque siégeant sur un trône fait d’épées fondues et agissant comme un tyran. Aujourd’hui était justement la réunion du conseil restreint de l’Ouest. Seuls les plus proches conseillers du suzerain Lannister seraient introduits dans la grande salle où trônait la table circulaire taillée dans un unique bloc de marbre orange. Car cette réunion ne concernait pas les Terres de l’Ouest dans tout leur ensemble mais bel et bien l’unique famille régnante. Il arrivait, parfois, lorsque de grandes décisions étaient à prendre, que le chef de la maison rassemble autour de lui certains de ses parents pour discuter du futur de leur lignée. Aujourd’hui, alors que l’on proclamerait bientôt la levée des forces de l’Ouest pour une toute dernière fois, les Lannister se réunissaient discrètement au Roc pour ajuster leurs plans sous la houlette du jeune Garett.

En premier lieu, il y avait bien entendu Ser Godric Lannister, Bouclier de Port-Lannis, et conseiller le plus proche de son petit-fils. Le vieil homme avait dépassé la soixantaine et son regard aiguisé, son visage coupé à la serpe en disaient long sur ce qu’il avait vu et vécu. Godric Lannister, parfois surnommé le Vieux Lion, était l’un des seuls encore en vie à avoir participé au désastre du Champ de Feu. Cette bataille avait été la dernière pour le Bief et les Terres de l’Ouest en tant que royaumes indépendants, leurs armées avaient été anéanties par la puissance combinée des trois dragons de la maison Targaryen. La dynastie des Jardinier s’était d’ailleurs éteinte durant cet affrontement. Et les Lannister, qui avaient commencé la journée comme des Rois, la terminèrent simples seigneurs. Et au soir de la grande défaite ouestrienne et bieffoise, un nouvel empire s’était érigé en Westeros : le Royaume des Sept Couronnes. Il y avait aussi le frère bâtard de Godric Lannister, le redoutable maître des chuchoteurs de l’Ouest : Talbott Hill, dont le pouvoir était considérable. Bien que cela déplaisait à Garett, il n’était pas pensable d’organiser une telle réunion sans la présence de sa mère, Dame Johanna Lannister. Et ils étaient là, les quatre plus puissants membres de la famille Lannister. La lumière du jour entrait péniblement par les vitraux qui comptaient les hauts faits de la maison de Lann le Futé et donnait à la pièce une espèce d’ambiance presque solennelle.

Les discussions durèrent une bonne partie de la matinée. Il fallait bien entendu déterminer où l’on dirigerait l’armée de l’Ouest une fois qu’elle se serait une fois de plus rassemblée sous les remparts. Selon tous les rapports, l’armée loyaliste n’avait pas survécu à sa dernière grande défaite devant Harrenhall. Les troupes de Maegor étaient pratiquement dissoutes et toutes faisaient route vers Port-Réal pour se rassembler une dernière fois. Theodan Baratheon avait déjà fait part de ses intentions de se dissimuler avec son armée dans le Bois du Roi, tout près de Port-Réal. Tout semblait indiquer que le dénouement se ferait devant la capitale. Il fut donc décidé de séparer l’armée de l’Ouest en deux parties. Godric Lannister aurait la charge des deux tiers des troupes qui se déplaceraient lentement en ligne droite vers Port-Réal. Garett prendrait le commandement d’une force mobile, essentiellement composée de cavalerie, qui retournerait dans le Conflans pour emmener à sa suite toutes les – nombreuses - troupes rebelles qui stationnaient à Harrenhall pour sécuriser l’imposante forteresse.

La deuxième partie de la matinée fut dédiée à la décision de négocier avec le Bief pour lancer un ultime assaut sur les Iles de Fer pour libérer Tommen, l’héritier du Roc. Dans tous les cas, Garett brûlait de haine à l’encontre des Fer-Nés et exigeait l’anéantissement pur et simple de toutes les îles de l’archipel Fer-Né. Godric essaya de tempérer son petit-fils qui souhaitait voir brûler toutes les place-fortes locales et les îles être salées pour être rendues encore plus impropre à l’habitation qu’actuellement. D’autres sujets furent ensuite abordés, comme des propositions de mariage concernant plusieurs beaux partis de l’Ouest, notamment la demie sœur de Garett, Illya, fille de la maison Reyne.

Finalement, le soleil était encore assez bas lorsque Garett décida de suspendre la séance. Les deux vieux lions retourneraient à Port-Lannis où des missions d’importance les attendaient. La Dame de Fer, elle, retournerait sans attendre à Castamere. Les relations n’étaient pas précisément au beau fixe entre le suzerain et sa mère, qu’il accusait de prendre le parti de Castamere trop souvent. Quittant la salle de réunion, Garett se dirigea vers la salle à manger intime de la famille suzeraine, lorsque ses membres souhaitaient se soustraire aux regards des courtisans de l’Ouest. Et ils étaient nombreux. Si certains avaient oublié que les Lannister avaient jadis été des Rois, leur demeure était là pour le rappeler en tout endroit. Le Roc était l’un des palais les plus fastueux et les mieux fortifié des Sept Couronnes. Pratiquement imprenable car bâti sur une épaisse épine rocheuse qui sortait de la Mer du Crépuscule, il n’était relié au continent que par un vaste et solide pont fortifié qui faisait partie intégrante de la forteresse toute entière devant l’entrée de laquelle deux énormes lions d’or montaient majestueusement la garde.

Lorsque Garett arriva dans la grande salle, il fut surpris de voir que sa toute récente femme n’était pas encore adorée. Il s’admira brièvement dans le miroir. Ses cheveux dorés étaient sauvages et il ne les avait pas domptés. Ses épaisses boucles d’or semblaient embrasées par le soleil. Il portait une chemise blanche par-dessus laquelle il avait revêtu un pourpoint écarlate dont les coutures avaient été faites au fil d’or. Sur son poitrail, un fier lion se cabrait et rugissait, sa posture guerrière fièrement immortalisée dans l’or. Lorsqu’enfin s’ouvrirent les portes sur sa femme, Garett ne put réprimer un sourire sincère et ébahi. Elle était belle, radieuse dans sa nouvelle robe et sa nouvelle vie. Elle le salua avec une grâce infinie et le jeune homme ressentit une bouffée d’orgueil.

« Mon Seigneur... »

Elle était tombée à genoux dans une gestuelle parfaitement maîtrisée.

« Veuillez me pardonner ce léger retard, mais mes prières à la Mère m'ont retenue plus longtemps au septuaire que je ne l'aurais cru. J'espère que je ne vous ai pas fait trop attendre ? »

Garett eut un sourire tendre et s’avança devant la jeune femme pour lui saisir la main et la relever doucement. Lorsqu’elle fut devant lui, il plongea son regard dans celui de sa femme et lui caressa les cheveux avec douceur.

« Ma chère, vous avez bien raison de prier les Sept, il est important qu’ils sachent l’importance qu’ils ont dans notre vie. Je vous accompagnerai au septuaire à la prochaine prière que vous irez faire. En attendant, très chère, nous avons un repas à débuter, je meurs de faim. »

Sur ces dernières paroles, il enlaça sa femme et lui déposa un doux baiser sur les lèvres.

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Dim 9 Oct 2016 - 10:13




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant

Le visage rivé au sol, le cœur battant lourdement dans la poitrine, Alerie attendait. Elle mourrait d'envie de relever les yeux, de courir dans ses bras et de se lover contre sa poitrine forte pour y nicher sa tête. Mais le protocole - et sa fierté féminine - lui commandaient d'attendre qu'il vienne à elle et la relève. Une attente de quelques secondes seulement, mais qui déjà, lui paraissait intenable. Elle se rendait alors compte à quel point elle avait perdu pieds ! En l'espace de quelques jours, de quelques heures, il avait réduit son univers à sa seule voix, ses seuls yeux, son seul toucher. Et si le décors et le peu de lucidité qui lui restait ne lui rappelaient pas qui il était et qui, en l'épousant, elle était devenue, elle se laisserait volontiers porter par le nuage sur lequel il lui semblait qu'ils flottaient. C'était si agréable, pour une fois, de ne pas avoir à penser, et de ne pas se réveiller en pleurs au beau milieu des nuits. Pourtant, ils étaient nombreux à la réveiller. A commencer par la servante qui s'était occupée d'elle dans la matinée. Monseigneur Lannister tient conseil. Si elle ne se permettrait jamais de s’immiscer dans ses affaires, elle mourrait d'envie de savoir ce qu'il se disait dans le saint des saint du Roc. Elle avait épousé l'un des hommes les plus puissants et les plus influents des Sept Couronnes, et elle n'était pas sans ignorer le contexte politique belliqueux dans lequel Garett avait su se rendre indispensable. Une raison supplémentaire qui nourrissait sa fascination pour lui : si jeune, et déjà passé maître dans l'art de la politique ! Cependant, alors qu'enfin, il s'avançait vers elle et lui prenait les mains pour la relever, elle ne lisait dans ses yeux que tendresse, et non les folles stratégies qu'elle lui imaginait. « Ma chère, vous avez bien raison de prier les Sept, il est important qu’ils sachent l’importance qu’ils ont dans notre vie. Je vous accompagnerai au septuaire à la prochaine prière que vous irez faire. »

Il avait posé une main délicate sur ses cheveux et immédiatement, Alerie se détendait. Il y avait toujours un moment où, sortis de leur intimité, elle craignait qu'il ne se montre plus distant, plus froid pour honorer son rang. Mais c'était tout le contraire : pour elle, il n'avait que sourires, gestes attentionnés et tendresse, intérêt pour ses journées. Avec un tel époux, quelle femme ne se serait pas sentie comblée ? « J'en serais ravie, Mon Seigneur. » Elle ne savait pas encore très bien si au delà de la chambre conjugale, elle pouvait l'appeler par son prénom. Les us de la Cour de l'Ouest étaient bien étrangères à ceux qui régnaient à Château-Rosières, où tout le monde connaissait tout le monde, et où même le seigneur des lieux se se faisait volontiers appeler par son prénom par ses compagnons de chasse. Sa mère lui avait donné une éducation parfaite, mais qu'elle n'avait eu à mettre en pratique qu'une seule et unique fois : au mariage de sa petite sœur Honora. On avait fait le trajet jusqu'à Feux-de-Joie avec tout le faste de l'étiquette, et les trois filles Piper devenue demoiselles d'honneur de la quatrième pour ses noces, s'étaient transformées en modèle de vertu et de grâce pour la circonstance. Une image à des années lumières des parties de courses dans les feuillages jouxtant la Ruffurque, dont elles revenaient crottées et échauffées comme quatre paysannes qui venaient de passer du bon temps. La danse qui avait suivi la cérémonie avait fait éclore les talents de la petite Alysanne, et même Alerie qui préférait jouer de la musique plutôt que d'en profiter en exécutant des figures compliquées, s'était prêtée au jeu de voguer de partenaire en partenaire avec toute la chasteté qu'on attendait d'une noble demoiselle. Une expérience unique qui résumait là tout ce qu'elle avait pu connaitre comme évènement mondain. A Castral-Roc, malgré la guerre et le souvenir encore présent de feu lady Lorelei ainsi que de son fils Tommen retenu entre les griffes des fer-nés, tout n'était que magnificence, fastes en tout genre et autres déploiements de richesses où un code de conduite extrêmement pointu devait être appliqué. Elle mettait un point d'honneur à ne pas paraitre ridicule, et elle espérait ne pas faire honte à cet époux qui avait connu ce monde au berceau.

« En attendant, très chère, nous avons un repas à débuter, je meurs de faim ! » Il la tira de ses réflexions par son invitation, et par un baiser si doux qu'une fois de plus, elle oublia tout autour d'elle, s'offrant même le luxe de passer une main dans son cou pour faire durer quelques secondes encore le délicieux plaisir de l'avoir tout près d'elle. « Oui... » souffla-t-elle alors, mi affirmative, mi reconnaissante. On avait en effet dresser une table où les mets promettaient d'être divins, et à voir les quelques plats à base de poisson qui gisaient ça et là, Alerie se rendait compte qu'elle aussi, avait faim. Elle prit place dans le fauteuil à l'extrémité de la table qui faisait face au sien, et comme par magie, deux valets apparurent sans bruit, des bassines d'eau citronnées entre les bras pour permettre à leurs suzerains attablés de se laver les mains. Après quoi, ils leur souhaitaient une bon appétit et disparurent aussi rapidement et sans bruit qu'ils étaient entrés. Elle resta un instant interloquée. « Cela doit vous paraitre stupide, mais ils sont si silencieux que parfois, j'en prends peur... J'ai l'impression que chacun de mes gestes est un code, et que chaque code correspond à un ordre ! » Aussitôt, elle se mordit la lèvre. Elle devait faire bien campagnarde pour relever la discrétion des serviteurs, dont ce devait être la première des qualités. Relever leurs différences était aussi indélicat que déplacé : il l'avait épousé, l'avait faite sienne. A présent, elle était Lannister et se devait d'être traitée comme telle, avec tous les égards que cela impliquait. « Pardonnez-moi... Je ne cherche pas à vexer vos... nos gens. Je... je pense que je n'ai pas encore l'habitude... Mais » ajouta-t-elle rapidement, « je la prendrai très vite, je vous le promets. Je prends à cœur de me montrer digne de ce rang que vous avez bien voulu me donner, je ne veux pas que le nom Lannister soit couvert de ridicule ! » C'était peut-être un peu enflammé pour une simple question de serviteurs, mais elle était sincère : elle aimait follement Garett, mais elle savait pertinemment que l'Ouest - donc le monde - attendait d'elle qu'elle soit à la hauteur. Elle en faisait une question d'honneur, voir personnelle. Elle voulait qu'il soit fier d'elle, autant qu'il la rendait heureuse.


© Belzébuth

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Mar 15 Nov 2016 - 8:53

Alors qu’il l’avait délicatement embrassée, sa jeune épouse avait saisi sa nuque pour les unir tous les deux un peu plus longtemps que ce qu’aurait autorisé le protocole en présence de personnages de haut rang. Mais ils étaient seuls, et les deux seuls autres témoins de la scène étaient les serviteurs qui attendaient patiemment que leurs maîtres se fussent installés pour servir le repas. Et finalement, ils avaient rompu leur étreinte pour se séparer et aller s’installer chacun d’un bout à l’autre dans la grande table de marbre sur laquelle reposait une multitude de plats typiques de l’Ouest. Avec la mer toute proche, les Lions de Castral-Roc se nourrissaient autant de poissons que de viandes. Aujourd’hui, les cuisiniers avaient visiblement décidé de proposer au couple suzerain plusieurs espèces différentes, chacune préparée de la façon qui lui rendait le plus hommage. La tendre lotte bleue que l’on pêchait loin derrière l’horizon avait été rôtie dans une croute de seul et accompagnée de gousses d’ails marinées et de tomates juteuses cultivées à la frontière du Bief. Le turbot royal, que l’on trouvait caché dans certaines criques le long de la côte, lui, avait été mariné et rapidement cuit avec une sauce aux fruits de mer et à la crème de thym. D’autres mets aux odeurs aussi sucrées qu’acides se déployaient en un large éventail tout le long de la table richement décorée. On mangeait bien, chez les Lannister.

Tandis qu’après avoir remporté les bassines servant de lave-mains, les deux serviteurs disparurent aussi silencieusement qu’ils étaient arrivés, et le calme à peine bousculé de la salle revint. Face à Garett qui regardait pensivement les différents plats en se demandant par lequel il allait commençait, la jeune femme originaire du Conflans restait visiblement stupéfaite. Elle brisa finalement le silence intime qui les enveloppait parmi les senteurs et les douces volutes de vapeur qui montaient des plats.

« Cela doit vous paraitre stupide, mais ils sont si silencieux que parfois, j'en prends peur... J'ai l'impression que chacun de mes gestes est un code, et que chaque code correspond à un ordre ! »

Tandis qu’il la voyait se mordre la lèvre telle une enfant maladroite, Garett ne put s’empêcher de rire sans retenue devant la sortie si inattendue de son épouse, un rire franc et éclatant parcourut la pièce. A peine se remettait-il de la remarque d’Alerie que celle-ci, l’air catastrophée le fixait les yeux ronds.

« Pardonnez-moi... Je ne cherche pas à vexer vos... nos gens. Je... je pense que je n'ai pas encore l'habitude... Mais je la prendrai très vite, je vous le promets. Je prends à cœur de me montrer digne de ce rang que vous avez bien voulu me donner, je ne veux pas que le nom Lannister soit couvert de ridicule ! »

Alors qu’elle parlait, le jeune Lion porta à ses lèvres une coupe de cristal dentelé et décoré d’or pur contenant un La Treille doré. Il termina sa gorgée alors qu’elle avait cessé de s’exprimer, et dans un silence absolu, il déposa la précieuse coupe emplie du liquide écarlate qui souleva un léger bruit cristallin. Un sourire espiègle en coin, le jeune homme plongea son regard émeraude moucheté d’or dans les yeux de la jeune naïade de Château-Rosières.

« Vous n’avez, ma foi, pas forcément tort, très chère Alerie. La vie à Castral-Roc est très codifiée. »

Son regard se dirigea lentement vers le buste de marbre de Loren le Lion, Roi du Roc, qui, à son époque, avait pratiquement conquis tout le royaume du Bief. Les traits durs de son ancêtre semblaient tournés vers l’avenir, le regard confiant et conquérant. L’homme avait été l’archétype du Lannister, grand, arborant une belle barbe dorée, habile à la chevalerie, redoutable stratège et riche. Immensément riche, surtout après avoir organisé un pillage systématique des terres conquises sur son rival Jardinier.

« Le royaume du Roc est peut-être mort politiquement, mais sa culture prévaut. Elle prévaudra pour des millénaires encore. Ici, nous n’avons pas abandonné le protocole qui a régenté si longtemps la vie des Lannister. Nous avons du sang royal, et nous ne l’oublierons pas. »

Un sourire aussi indulgent qu’amoureux – tout simplement – passa sur les lèvres du jeune suzerain qui s’exprimait comme son grand-père. Il ressassait la gloire passée de sa maison. Ses yeux verts et or revinrent sur la jeune femme avec laquelle il partageait désormais sa vie.

« Et vous, ma douce, vous êtes reine parmi les gens de l’Ouest. Pas une reine, la reine. Ne vous méprenez pas. Si nous n’en portons pas le titre, nous sommes encore roi et reine. Vous apprenez, et c’est bien normal. Le Roc et l’Ouest sont sans pareils en Westeros. Nous allons apprendre à dompter ces terres fougueuses, ensemble. »

Il prit le temps de regarder sa femme avec compassion. Il savait ce que c’était, que de devoir se faire sur le tas à la gestion des Terres de l’Ouest. Il avait été précipité dans ce rôle lorsque son père avait quitté ce monde alors qu’il était encore jeune. Toutefois, le monde était alors en paix, et les domaines Lannister étaient plus prospères que jamais, profitant des relations normalisées avec l’ensemble du continent au sein d’un immense empire que l’on appelait le royaume des Sept Couronnes. Alerie, elle, devait assurer sa place dans une seigneurie en temps de guerre, alors même qu’elle venait du Conflans, dont les armées de Solveig Tully se dressaient face à celles de Garett. Non, la vie n’était jamais facile, mais les deux époux Lannister, eux, filaient un rêve parfait, à peine croyable tant leurs deux âmes s’étaient trouvées.

Et malgré cela, ils ne pouvaient être complètement libres. La situation était loin d’être réglée. La guerre faisait toujours rage, et si le dragon était blessé, il n’était pas à terre. De plus, la captivité de Tommen se faisait douloureusement ressentir pour Garett. Pas un jour ne passait sans qu’un conseiller, un des puissants vassaux présents au Roc, ou surtout son grand-père Godric ne lui fasse une réflexion sur cela. L’héritier était en péril, il fallait impérativement que Dame Alerie porte un nouvel enfant avant le départ de Garett pour Port-Réal, en dépendait le sort de toute la maison Lannister, quand la branche principale, la branche régnante, menaçait de s’éteindre avec lui. Bien entendu, il ne le permettrait pas. Garett avait beau être un jeune homme relativement gentil, il savait le pouvoir qu’il avait à sa disposition et les erreurs qu’il devait éviter. Un nouvel enfant, un garçon, serait effectivement une sécurité de plus, pour Tommen également. Quel intérêt auraient les Fer-Nés à garder un petit garçon dont la succession serait d’ores et déjà assurée ? Quotidiennement, le jeune Lion priait les Sept pour qu’ils lui accordent la force. Celle de finir cette guerre, de tenir sa seigneurie suzeraine, de ne pas flancher en pensant à son fils… Et celle d’oublier enfin la douce Loreleï. Il se rappelait à cet instant leur première entrevue, dans la cour du Roc, alors qu’elle sortait du grand carrosse majestueusement escorté. Ils avaient été mariés sans même se connaître. Ils avaient alors eu la chance de bien s’entendre dès le début de leur union et l’amour avait rapidement suivi. Il devait maintenant vivre avec le poids de la culpabilité, et le regret infini de ne pas avoir pu lui dire adieu. Ce jour-là, Garett Lannister avait bel et bien eu le cœur brisé. Et il avait fallu toute la délicatesse de sa relation naissante avec Alerie pour se sente capable d’aimer de nouveau, et de cesser de regretter. Il se rendit compte que son regard avait dérivé dans le vague alors qu’il pensait de nouveau à sa défunte première épouse. Il cligna brièvement des yeux avant de sourire de nouveau à la vue de la jeune femme native du Conflans.

« Après tout, je suis vôtre et vous êtes mienne. Une chair, un cœur et une âme. Une fois pour toute, et pour toujours. »


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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Mar 22 Nov 2016 - 22:16




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant

Un silence religieux suivit ses dires, cependant que le seigneur de Castral-Roc dégustait avec une lenteur de circonstance son vin. Bien que terrifiée à l'idée de lui avoir déplu, Alerie ne pouvait s'empêcher de s'émerveiller devant la majesté innée qui émanait de son époux. Ses gestes lents et gracieux imposaient à eux seuls le respect, tandis que de son regard s'échappait une sorte de flamme qui semblait pouvoir mettre à nu le moindre de ses interlocuteurs. Sans doute un héritage laissé par son autre grand-père, le légendaire Loren du Roc. A chaque fois, elle se sentait toute petite et bien insignifiante lorsqu'elle lui faisait face, mais comme elle sentait déjà ses jambes lui faire défaut, elle se retint cependant de baisser les yeux. S'il n'avait pas épousé une jeune rebelle, il ne désirait pas non plus une femme soumise. Au yeux des Dieux, ils étaient unis, ensemble, et égaux. Loin de devoir rougir sous ses regards, elle se devait de s'en nourrir pour appréhender au mieux le rôle qu'il lui destinait. Un rôle dont elle n'avait pas pris les contours à la légère, comme il le lui rappela enfin. « Vous n’avez, ma foi, pas forcément tort, très chère Alerie. La vie à Castral-Roc est très codifiée. » Elle lui répondit par un faible sourire, cependant qu'elle le regardait contempler le buste du dernier Roi du Roc. Tout en la demeure ancestrale évoquait celui qui s'était illustré lors de la Bataille du Champs de Feu, puis plié le genou en fidèle au Conquérant. De Roi, il avait réussi le tour de force de devenir suzerain et gouverneur de l'Ouest. Elle sentit alors sa poitrine se gonfler : elle ressentait jusque dans son être l’orgueil d'appartenir désormais à cette grande famille, et d'en perpétuer la lignée !

Comme pour y faire écho, la voix de Garett montait le long des murs, et un frisson lui parcouru l'échine. « Le royaume du Roc est peut-être mort politiquement, mais sa culture prévaut. Elle prévaudra pour des millénaires encore. Ici, nous n’avons pas abandonné le protocole qui a régenté si longtemps la vie des Lannister. Nous avons du sang royal, et nous ne l’oublierons pas. » La fierté faisait ronfler ses mots, et Alerie pouvait sentir son cœur battre lourdement dans sa poitrine. C'était grisant. Il était grisant. Et il n'y avait rien chez lui qui lui plaisait plus que de l'entendre parler de sa maison, ses responsabilités en tant que suzerain, son héritage et ses projets. Des projets qu'il partageait avec elle. C'était tellement irréel qu'elle pouvait sentir ses yeux pétiller d'émotion. Il lui avait ouvert un nouveau monde, un monde qu'elle n'aurait jamais rêvé pénétrer, et sur lequel jamais elle n'aurait imaginer un jour régner. Pourtant, c'était bien de règne qu'il fallait parler, car à Castral-Roc, tout avait des allures de cour royale. Elle qui n'avait jamais mis les pieds en Terres de la Couronne, qui n'avait jamais imaginé à quoi pouvait bien ressembler la vie à Port-Réal et au Donjon Rouge, pouvait sciemment s'en faire une idée en évoluant sous les dorures du fief des Lannister. Un statut royal que Garett ne manqua pas de lui rappeler. « Et vous, ma douce, vous êtes reine parmi les gens de l’Ouest. Pas une reine, la reine. Ne vous méprenez pas. Si nous n’en portons pas le titre, nous sommes encore roi et reine. Vous apprenez, et c’est bien normal. Le Roc et l’Ouest sont sans pareils en Westeros. Nous allons apprendre à dompter ces terres fougueuses, ensemble.» Il avait appuyé son titre, comme une évidence, comme quelque chose qu'elle se devait toujours de garder à l'esprit. Malgré elle, elle pouvait sentir ses joues rougir de plaisir. Reine. Quel mot étrange pour qualifier la petite paysanne qu'elle avait été jusqu'à présent ! On ne naissait pas Piper sans en avoir conscience, mais jusqu'à sa rencontre avec Garett Lannister, jamais sa condition ne lui avait déplu. A présent, elle avait pour sa maison et sa famille quelque chose qui pouvait presque ressembler à de la pitié...« Ensemble, oui ! » dit-elle, en levant sa coupe pour boire à sa santé. « Moi, votre Reine et vous... mon Roi ! »

Malgré cette promesse, elle pouvait voir que déjà, le regard de son époux divaguait. Ce n'était pas la première fois qu'elle le surprenait ainsi, présent mais en même temps ailleurs, et elle ne pouvait que trop se douter à qui il songeait. Si à cet instant, lord Lannister pouvait ressentir une douleur au creux de son cœur à la pensée de son fils captif, Alerie la ressentait comme décuplée. Ensembles. Chaque joie, chaque peine, tout était partagé et il lui semblait, plus intense encore pour elle. Elle ne pouvait qu'imaginer combien il était douloureux de savoir son enfant, son fils et héritier captif, quelque part là-bas au delà de la Mer du Crépuscule, et se sentir si impuissant. Elle espérait que leur mariage adoucissait quelque peu les heures tristes passées... Tandis que les serviteurs servait les premiers plats, Alerie sentait tout appétit naissant se réduire en cendres. Mais bien vite, Garett lui accorda un nouveau sourire, et ce fut comme si la douleur n'avait jamais existé. « Après tout, je suis vôtre et vous êtes mienne. Une chair, un cœur et une âme. Une fois pour toute, et pour toujours. » Pour un peu, elle se serait levée de table, couru à lui et jetée à son cou. Mais la protocole, la présence discrète mais néanmoins visible des valets habillés pour les servir, leur commandait de rester sagement assise et d'acquiescer avec la plus infime des politesses. « N'en doutez jamais... » murmura-t-elle tout de même, et dans le regard qu'elle lui adressait, brûlait déjà la flamme d'un désir naissant.

Les quelques minutes qui suivirent furent occuper à manger en silence. Comme à leur habitude, les cuisines de la forteresse avaient dressé une table de festin, et c'est avec un bonheur particulier qu'Alerie fit un sort à un poisson d'eau douce qu'elle reconnu comme natif de son Conflans. Elle apprécia la sauce au beurre et les épices qui avaient été ajoutés aux traditionnels légumes servis avec, et le vin qui accompagnait le plat eut raison de son impeccable maintien : elle laissa échapper un soupir bienheureux. « Par les Dieux... Que c'est bon ! » Un serviteur s'approcha alors d'elle et, tout en s'inclinant pour lui proposer une serviette parfumée afin de chasser les effluves de poisson. Après quoi il disparu dans l'ombre d'une colonne. Cherchant à plaire à son époux, Alerie ne laissa rien paraitre et prit une gorgée de vin. « La gourmandise est un vilain défaut, je le sais bien... » fit-elle, un rien espiègle, à l'égard de Garett. « Mais figurez-vous que même ma Septa - qui était un modèle de discipline - n'a jamais réussi à m'inculquer la valeur du dédain. Moi, quand j'aime, je le dis ! » Avant d'ajouter, plus doucement : « Et je vous aime... vous... ! »


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Garett Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Jeu 1 Déc 2016 - 0:47

Une chose était certaine : Alerie Piper était devenue une véritable Lannister en peu de temps. Ou du moins était-elle en passe d’y parvenir. Elle semblait ressentir de la fierté lorsque le jeune homme partageait sa vision grandiose de sa maison, de son héritage. Beaucoup s’étaient montrés méprisants envers les origines de l’épouse de Garett. Le vieux Talbot Hill n’avait-il pas évoqué avec ironie et mépris que les Piper devaient encore être à creuser la terre quand les Lannister se prévalaient déjà de leur poigne sur ces terres ? Le jeune Lion avait tout balayé d’un revers de main, lui rappelant son statut de bâtard et insistant sur le fait qu’on devait à Dame Alerie, épouse du seigneur suzerain, tout le respect qui était dû à une personne de son rang.

Garett n’avait cure de ce que pouvait penser les autres. Il avait choisi d’épouser Alerie sur un coup de tête, leur autorisant par là-même l’accès aux plaisirs de la chair sans contrarier les Sept ou remettre en cause leur honneur. Et désormais, ils étaient là, tous les deux dans la salle à manger du suzerain, mangeant tel le couple qu’ils étaient devenus.

« N’en doutez jamais… » avait-elle susurré alors que le regard qu’elle lui lançait était sans équivoque.

Dire que les deux jeunes gens avaient été plus amants qu’autre chose n’était pas dénué de véractité. Garett jouait bien plus que le destin de sa famille, de son nom ou de sa région, dans cette guerre. Il jouait sa vie. N’importe qui aurait été terrorisé face à l’ennemi terrible qui patientait tapi derrière les épais remparts de Port-Réal. La guerre n’était rien d’autre qu’un duel à très grande échelle. Et Theodan ainsi que Garett faisait face au terrifiant Cruel. Alors, quand il était en campagne, sa toute première, le jeune suzerain était aussi angoissé que concentré sur sa stratégie. C’était peut-être ce qui expliquait une partie de ses succès quand bon nombre de nobles et de chevaliers troussaient les femmes de camps pour se détendre en attendant les ordres. Mais c’était Garett qui donnait les ordres. A la guerre, pratiquement chaque soir, il tenait conseil avec ses proches, le plus souvent Godric Lannister, Byron Reyne ou certains seigneurs de son premier carré, comme les Crakehall, les Tarbeck et parfois les Prestre. Tous étaient les plus puissants et les plus loyaux de ses vassaux. Des amis, même, pour certains, en qui il avait toute confiance, et qui se voyaient par conséquent confier les tâches les plus importantes pour le seconder dans la conduite de l’ost de l’Ouest.

Un moment de calme les enveloppa de nouveau. On entendait depuis une pièce adjacente - ou bien était-ce par la fenêtre ouverte ? – une harpe et une flûte qui s’accompagnaient mutuellement pour rappeler les notes d’une ballade bien connue dans l’Ouest car rappelant les charges victorieuses des Lannister à une ancienne bataille dont personne ne se souvenait ce qu’elle concernait ou encore sa localisation, et encore moins sa date précise. Garett, durant qu’Alerie se satisfaisait visiblement du poisson, goba quelques huîtres fraîches avec du citron et de l’échalote finement hachée et marinée dans du vinaigre de miel. Finalement, un soupir profond parvint aux oreilles de Garett du bout de la table et son regard se déposa instantanément sur Alerie.

« Par les Dieux... Que c'est bon !, lâcha-t-elle l’air heureuse.

- Compliments aux cuisiniers. » ordonna Garett aux serviteurs présents.

Déjà, un valet s’approchait avec déférence pour lui proposer l’une des serviettes parfumées et chauffées, car conservées sous cloche et dans la vapeur, pour qu’elle puisse s’essuyer les mains. L’air guilleret, Alerie s’adressa finalement à Garett.

« La gourmandise est un vilain défaut, je le sais bien... Mais figurez-vous que même ma Septa - qui était un modèle de discipline - n'a jamais réussi à m'inculquer la valeur du dédain. Moi, quand j'aime, je le dis ! » Avant d'ajouter, plus doucement : « Et je vous aime... vous... ! »

Le sourire sincère de Garett dévoila ses canines tandis qu’il claquait des mains d’un air impérieux et en même temps détaché. Les quelques serviteurs qui patientaient dans la pièce s’éclipsèrent après une brève révérence. Une fois qu’ils furent seuls, Garett se leva l’air rêveur, se dirigeant vers le buste de marbre du plus illustre des Lannister.

« Alerie, je pense… »

Il s’interrompit, comme s’il venait de réaliser une chose essentielle à sa vie.

« Non, rien à faire. Vous avez décidément un prénom que je trouve magnifique à chaque fois que je le prononce. » ajouta-t-il avec un sourire espiègle en se retournant vers la jeune native du Conflans.

Puis, son air redevint sérieux alors qu’il se retournait vers le buste à l’air royal.

« Je disais… Je pense que ce vieux Loren aurait été heureux de nous voir tous les deux. Et sans nul doute fier de sa petite-fille, digne des plus grandes reines de son royaume. Loren le Lion, lui, a été l’un des rares à prendre Hautjardin et à mettre la place à sac. Les Jardinier n’avaient presque plus rien et s’étaient réfugiés à Villevieille. Mais le pauvre Loren est mort avant de parachever la conquête du Bief, et ses fils se sont révélés plus incapables qu’autre chose, et nos voisins du Sud ont tout reconquis en moins de dix ans… »

Garett haussa les épaules d’un air blasé, avant de se mettre à marcher le long du mur, auquel pendait une grande bannière de velours rouge et de fil d’or.

« Mais bon, ces Bieffois sont avant tout des paysans… Ils sont mous et leur sens de l’honneur est assez discutable. Les Tyrell ont beau être nos alliés, ils n’ont pas de sang royal. Le fait que leurs vassaux les aient acceptés en dit assez long sur l’état d’esprit des gens de là-bas, non ? »

Ce faisant, il avait continué de marcher, effleurant la bannière d’un air absent. Il s’était rapproché d’Alerie, et la dépassa même, continuant de réfléchir aux multiples choses qu’il avait en tête. Et finalement, il se retourna et déposa ses mains sur le dossier de la chaise de son épouse. Ses mains glissèrent sur les épaules de la jeune demoiselle alors qu’il se pencha vers elle pour lui murmurer à l’oreille.

« Je t’aime Alerie, ma reine. »

Saisi d’une poussée de désir, il fit glisser ses mains le long de la robe jusqu’au relief du corps de la jeune femme qui se soulevait délicatement alors qu’il l’embrassait sous son oreille, dans le cou. A vrai dire, il n’avait pas vraiment prévu ça. Il voulait juste être seul avec elle, sans la présence indiscrète des valets. Et finalement, il n’avait tutoyé, franchissant un nouveau pas dans leur relation. Désormais, il n’avait plus envie que d’une simple chose, profiter de la vie et de nouveau sombrer dans l’ivresse avec Alerie.

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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Lun 5 Déc 2016 - 12:03




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant

Sa déclaration lui avait échappé. D'ailleurs, à peine les mots avaient-ils effleuré ses lèvres qu'elle senti une vague de chaleur honteuse empourprer ses joues, cependant qu'elle sursauta : Garett venait de frapper dans ses mains d'un geste impérieux, commandant par la même aux quelques discrets serviteurs de quitter la pièce. Alerie remarqua alors que ses mains se glaçaient, cependant qu'une fine pellicule de sueur perla son échine. Elle dévisageait son époux comme un accusé attend sa sentence, soudain vidée de la joyeuse douceur qui l'enveloppait quelques minutes auparavant. Avait-elle commis l'irréparable en parlant d'amour publiquement ? Certes, ils n'étaient pas à la vue de la cour, mais jusqu'alors, seule la chambre conjugale s'était prêté au jeu des confidences. Et s'il y avait bien une chose qu'elle craignait le plus, c'était bien le faux pas. Même si elle ne l'avait jamais vu en colère contre elle, elle redoutait l'instant où elle commettrait la maladresse de trop. A bien des égards, Alerie évoluait dans l'antre du Lion comme une biche affolée, réagissant à l'instinct à défaut de raison. A tout moment, elle tremblait à l'idée que leur bulle n'éclate, et que la laideur du monde vienne entacher leur bonheur. Les regards des grands seigneurs, mais également ceux de sa sœur, lui devenaient insupportables, alors qu'elle se retenait de hurler qu'on la laisse tranquille, commandant de baisser les yeux. Mais elle était encore trop paysanne pour se permettre des postures de suzeraine, alors, elle jouait la carte de l'indifférence. Si le jour du réveil brutal était inévitable, qu'on la laisse encore rêver un peu... Comme paralysée, elle vit alors Garett se lever et s'approcher du buste de son grand-père. Alerie n'osait à peine regarder le regard gravé dans la pierre, tant elle avait peur que la présence du Roi du Roc ne la condamne. « Alerie, je pense...» La voix de son époux tambourinait contre ses tempes, pour un peu, elle aurait fermé les yeux de peur... « Non, rien à faire. Vous avez décidément un prénom que je trouve magnifique à chaque fois que je le prononce ! »

La surprise fut si grande qu'elle lui arracha un « Ha ! » de soulagement. Comme par magie, ses membres se détendirent, sa bouche retrouvait son sourire et ses yeux s'ouvraient en grand pour envelopper Garett d'une regard si amoureux que c'en était certainement ridicule. Quelle sotte elle faisait ! Il lui avait pourtant fait la leçon quelques minutes avant. Elle était la Reine, et rien qu'elle ne puisse dire ne choquerait, déplairait ou brusquerait son époux. Combien de fois fallait-il qu'il la rassure ? Préférant s'amuser de sa bêtise, elle porta une main à ses lèvres pour dissimuler son rire nerveux. « Et moi qui pensais que vous alliez me gronder... Garett. » ajouta-t-elle, s'autorisant enfin un ton plus familier. Ce dernier s'était à nouveau tourné vers le buste, contemplant le profil imposant et les traits durs de celui qui l'avait élevé. On racontait beaucoup au sujet des méthodes éducatives de Loren Lannister... Rien qu'à y penser, Alerie avait mal. Elle qui n'avait connu que la douceur pouvait mal imaginer ce que c'était que de se faire corriger comme Garett l'avait été, endurci dès son plus jeune âge là où son épouse était peut-être restée quelque peu enfant. « Je pense que ce vieux Loren aurait été heureux de nous voir tous les deux. Et sans nul doute fier de sa petite-fille, digne des plus grandes reines de son royaume. Loren le Lion, lui, a été l’un des rares à prendre Hautjardin et à mettre la place à sac. Les Jardinier n’avaient presque plus rien et s’étaient réfugiés à Villevieille. Mais le pauvre Loren est mort avant de parachever la conquête du Bief, et ses fils se sont révélés plus incapables qu’autre chose, et nos voisins du Sud ont tout reconquis en moins de dix ans…» Tandis qu'il haussa les épaules, un rien dédaigneux, et arpentait le mur orné d'une formidable tapisserie, Alerie eut un léger sourire. Elle était heureuse de savoir qu'elle ne lui faisait pas honte, et que son illustre grand-père eut été fier de la savoir à la droite de son héritier. Mais il y avait quelque chose dans le discours de Garett qui la frappait. Comme s'il prenait l'héritage de Loren comme un défi, un défi qu'il s'était juré de gagner. Garett Lannister était sans conteste l'homme le plus ambitieux qu'il lui avait été donné de rencontrer, chose qui nourrissait chez elle un grand sentiment d'amour mais aussi de peur. Serait-elle un jour, comme Loren, sacrifiée sur l'autel des grandes idées de son époux ? A évoquer le Bief comme il l'avait fait, elle pouvait sentir une pointe de rancœur comme si, de tout temps, le Grenier de Westeros lui appartenait...

« Mais bon, ces Bieffois sont avant tout des paysans… Ils sont mous et leur sens de l’honneur est assez discutable. Les Tyrell ont beau être nos alliés, ils n’ont pas de sang royal. Le fait que leurs vassaux les aient acceptés en dit assez long sur l’état d’esprit des gens de là-bas, non ? » Elle n'eut pas le temps de répondre car déjà, il se trouvait auprès d'elle, effleurant sa nuque d'un geste tendre. Aussitôt, tout disparu autour d'elle : la notion d'espace et de temps, comme suspendue à ce toucher qu'elle réclamait depuis la nuit dernière, et duquel elle commençait à s'impatienter. Il lui avait fallu une entrée et deux verres de vin avant de venir à elle ! Il traçait d'une main la ligne de son corps, cependant que ses lèvres se posaient dans son cou. « Je t'aime, Alerie... Ma Reine ! » murmura-t-il alors, ce qui eut dont de déclencher un long frisson chez sa belle, cependant qu'un petit rire éructait de sa gorge. « C'est vrai, je suis ta Reine... Mais j'étais paysanne aussi ! » Telle une anguille, elle échappa à ses bras et repoussant la chaise, traversa la pièce en deux enjambées pour se réfugier dans un long rideau pourpre qui ornait l'une des fenêtres. Elle savait qu'il ne résisterait pas longtemps à l'envie de la rejoindre, et elle savourait cette once de pouvoir qu'elle avait sur lui. Tournoyant entre les courtines, son regard brillant et espiègle l'appelait à elle. « Je courrai pieds nus dans les landes, avec les garçons qui pêchaient sur les berges de la Ruffurques. Je rentrai dans un état... Et ma Septa qui hurlait : "Demoiselle Alerie, on ne sort pas en cheveux !" » fit-elle, en prenant une voix de vieille femme choquée, fronçant les sourcils et défigurant sa bouche. Puis, elle éclata de rire, virevoltant dans le rideau. « Je ne connais pas les Bieffois, je ne connais personne en fait... Mais je te connais toi, et je sens que tu vas vouloir m'attraper... ! » Elle savait qu'elle était à deux doigts de se retrouver enfermée dans ses bras, la gorge renversée et le cœur battant lourdement. L'ivresse combinée du vin et du désir qui montait en elle la faisait haleter. Alors qu'il fut tout près d'elle, Alerie tournoya une nouvelle fois dans le rideau. « Si nos alliés te voyaient... A la merci d'une petite paysanne qui raconte des histoires peu convenables pour une jeune fille de bonne famille... Que diraient-ils ? Et que diraient les Bieffois s'ils se rendaient compte qui tu avais choisi pour remplacer leur jolie fleur ? »


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Garett Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Dim 11 Déc 2016 - 13:03

« C'est vrai, je suis ta Reine... Mais j'étais paysanne aussi ! »

Alors qu’elle brisait l’étreinte récemment instaurée entre eux, Alerie se dirigeait droit vers l’un des longs rideaux rouges qui ornaient les fenêtres de la salle. Une paysanne… Garett savait qu’elle faisait référence à son origine bien plus modeste que celle du Lannister. Dans les Terres de l’Ouest, nombreux avaient été ceux à critiquer la mésalliance effective qu’avait conclue Garett en prenant pour épouse une simple Piper quand toutes les familles de Westeros – sauf peut-être celles des Iles de Fer – se seraient damnées pour obtenir une alliance solide avec les Lions du Roc. Godric Lannister avait été, à la grande surprise du jeune homme, le fer de lance de ces opposants. Le vieil homme voyait la lignée principale profondément menacée par le fait que le seul et unique héritier direct de Garett se trouvait retenu prisonnier. Si Garett venait à mourir, qui prendrait sa place ? Nul doute que les Lions restants se déchireraient autour de plusieurs candidats. Garett avaient bien quelques cousins, mais il ne fallait pas négliger l’esprit retors de Johanna Reyne et de Godric. Les deux pouvaient tout aussi bien s’entendre que s’opposer, et dans tous les cas, ils seraient chefs de file d’un favori dans la succession. Dans ces conditions, qu’Alerie tombe enceinte devenait une priorité non seulement personnelle mais aussi seigneuriale. Il en allait de la stabilité de toute la région.

Toutefois, l’esprit de Garett était plutôt à la badinerie, en ce moment. Il regardait avec un grand sourire sincère sa femme tournoyer et se fondre dans le velours tombant du plafond. Elle lui racontait son enfance dans le Conflans. Une enfance heureuse et simple, telle que Garett n’en avait pas vraiment connue. Il avait bien entendu été élevé avec certains enfants des grandes familles de l’Ouest, notamment Ryman Crakehall et Allyria Tarbeck. Toutefois, la fin prématurée de Loren Lannister, dernier Roi du Roc et premier suzerain des Terres de l’Ouest, l’avait propulsé sur le trône seigneurial alors qu’il avait à peine huit ans. Bien que son autre grand-père n’avait jamais été facile avec Garett, dont le père Eddard était mort jeune, avec les responsabilités et la maturité, le suzerain de l’Ouest comprenait l’Ultime. Il avait dû affronter à vingt ans à peine la furie des Targaryen et la vision de son royaume s’effondrant sous le joug de la bannière noire, alors qu’il n’était souverain que depuis deux ans à peine.

« Je courrai pieds nus dans les landes, avec les garçons qui pêchaient sur les berges de la Ruffurques. Je rentrai dans un état... Et ma Septa qui hurlait : "Demoiselle Alerie, on ne sort pas en cheveux !" »

Garett haussa les sourcils d’un air surpris devant la voix grave que prenait sa femme pour imiter la voix de ladite septa. Ils éclatèrent de rire ensemble, tels deux jeunes gens qu’ils étaient. Il fit quelques pas vers elle avec la ferme intention de la saisir. Il avait peut-être pris plus de vin que recommandé. Qu’importe, il était seul avec son épouse.

« Je ne connais pas les Bieffois, je ne connais personne en fait... Mais je te connais toi, et je sens que tu vas vouloir m'attraper... ! »

Garett pouffa tandis qu’il se rapprochait encore une fois, essayant de se saisir d’elle au travers des rideaux. Toutefois, elle l’évita malgré son état d’ébriété évident et se mise à tourner une nouvelle fois au milieu du noble tissu.

« Si nos alliés te voyaient... A la merci d'une petite paysanne qui raconte des histoires peu convenables pour une jeune fille de bonne famille... Que diraient-ils ? Et que diraient les Bieffois s'ils se rendaient compte qui tu avais choisi pour remplacer leur jolie fleur ? »

L’évocation si maladroite de Lorelei eu pour effet de faire redescendre Garett sans douceur de son nuage alcoolisé. Il s’interrompit et son sourire se figea pour progressivement disparaître alors qu’il fixait Alerie d’un air stupéfait. Il tituba en revoyant le visage de celle qu’il avait tant aimé, et recula de quelques pas, comme s’il avait pris un coup dans les tripes. Sans mot dire, il tourna les talons, et longea la table sans rien voir avant d’arriver devant sa place.

Il attrapa une carafe d’eau qui traînait tout près et en servit un verre qu’il vida d’un trait. Le liquide clair l’aida à retrouver ses esprits. Lorelei était morte, c’était un fait. Mais jamais Garett ne la remplacerait. Elle occupait une place indétrônable dans le cœur du Lion, et elle l’occuperait toujours. Et bien qu’il avait une affection sans bornes et même de l’amour pour Alerie, elle ne pouvait prétendre remplacer la Rose Dorée du Lion. Elle devrait vivre avec le fantôme de la jeune femme native de Hautjardin, comme Garett devrait continuer de vivre et avancer avec le poids de la culpabilité et les remords de ne rien avoir pu faire. Il fit quelques pas vers l’une des fenêtres et laissa son regard se perdre sur le panorama ponctué de bannières rouges qui flottaient au gré du vent marin. Il resta un moment sans parler, durant plusieurs minutes qui s’égrenèrent lentement. Puis, lorsque sa voix rompit le silence de tombeau qui venait d’envahir la salle à manger, ce fut tel un blizzard descendant des plaines gelées d’au-delà du Mur.

« Ne parle plus jamais de Lorelei. Et surtout pas en ces termes. »

Se retournant vers Alerie, Garett la fusilla du regard de l’autre bout de la pièce. Il était furieux. Furieux car ce qui aurait dû être un moment agréable, un moment de communion, avait été gâché par l’indélicatesse de la jeune native du Conflans à l’égard de la défunte épouse de Garett. Ce faisant, c’était un geyser de sentiments sombres, mais habituels, qui remontait à la surface. Des impressions et des considérations qui avaient été mises entre parenthèses depuis qu’il avait rencontré et épousé Alerie. Et tout venait de voler en éclats. Il lui faudrait du temps, désormais, pour oublier ce moment. Il s’installa de nouveau à sa place, et jaugea du regard son assiette.

« Allons, assieds-toi et finissons de manger. J’ai à faire. »

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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Ven 21 Juil 2017 - 13:53




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant
Son rire d'ivre s'accrocha dans sa gorge et elle manqua de trébucher à terre, car elle continuait de tournoyer dans les rideaux à en perdre l'équilibre. Elle délirait. Dans son tourbillon, elle n'avait pas remarqué le corps figé de son époux, qui la dévisageait à présent d'un air stupéfait. Il avait avorté son élan vers elle, un instant aussi immobile que le marbre qui pavait le sol de la pièce. Le rire fluet de la jeune femme continuait, lui, dans une ivresse qu'elle semblait à présent chercher, le corps cambré contre les lourdes courtines si semblables à celle de leur lit. Elle ne voyait rien, n'entendait rien, ne ressentait rien que l'envie de le sentir contre elle. Elle était redevenue un petit animal sauvage à dompter, l'évocation de ses souvenirs ravivant ses instincts enfantins. Déconnectée, plongée comme dans un univers parallèle ou plus rien ne semblait porter à conséquences. Un autre « jolie fleur » sortit de sa bouche, chuchoté cette fois-ci mais comme sur un air de chanson au rythme duquel elle improvisait quelques pas d'une danse inventée.

Garett, lui, sortait lentement de sa surprise. Il finit par lui tourner le dos, et se servir un grand verre d'eau qu'il but d'un trait. « Ne parle plus jamais de Lorelei. Et surtout pas en ces termes. » Toute douceur avait disparu des traits de son époux, devenu blême à en faire ressortir les jointures de sa mâchoire. Son regard, à l'instant brûlant, avait perdu toute expressivité, sinon que celui d'une extrême colère visiblement encore contenue. Quant à sa voix, elle avait sifflé plus qu'elle ne s'était levée, comme un serpent à l'affut de sa proie, prêt à lui bondir dessus. Elle réalisa alors qu'il s'était approché de la fenêtre, sombre et muet. Un silence de mort emplit alors la grande salle, et Alerie, malgré la présence encore rassurante des effluves de l'alcool, eut comme un haut le cœur. Bêtement, elle cru un instant qu'elle était enceinte, les nausées précédent souvent aux grandes joies de la maternité. Elle voulu sourire, mais elle réalisa qu'elle était incapable de bouger. « Garett, qu'est-ce que... » Lentement, elle reprenait ses esprits. Ne parle plus jamais de Lorelei. En avait-elle parlé ? Elle ne se souvenait plus. Elle comprit qu'elle avait trop bu et que toute au vin, elle avait commis une faute. Grave, car jamais encore elle n'avait connu son époux ainsi. Elle était d'ailleurs incapable de définir ce qui l'habitait, tant elle ne le reconnaissait pas. Le regard cinglant qu'il lui jetait la fit frissonner. Elle avait peur. Très peur. « Allons, assieds-toi et finissons de manger. J’ai à faire. »

Le rouge lui monta aux joues, les larmes aux yeux. « Je... » Elle n'osait plus parler, par crainte de ne pas maîtriser ses mots et qu'une autre maladresse ne lui échappe. A tâtons, mais encore mal sur ses pieds, elle gagna tant bien que mal la table et se laissa glisser dans le fauteuil. Elle n'avait plus faim. Elle n'avait plus soif. Elle regardait son époux sans rencontrer son regard ; car celui qu'il lui jetait n'était pas celui qu'elle connaissait. C'était comme si... comme si un autre avait pris sa place. « Par...pardonne-moi, je... » Il ne répondait pas, ne réagissait pas. Paralysée, la jeune femme sentait une terrible angoisse la prendre au cœur, cependant que le temps semblait à nouveau suspendu. Suspendu par le souvenir évoqué de la défunte trépassée. Alerie se surprit alors à pincer les lèvres. Elle se sentait étrangère entre ces murs qui l'avaient adoptée mais encore et toujours, la simple évocation d'un être mort suffisait à la supplanter à yeux de tous. Et surtout, comme elle le réalisait doucement mais sûrement, à ses yeux. Un sanglot remonta depuis son ventre où elle avait un instant cru que la vie germait. Des germes. Encore ! Elle était partout ! Bouffée de colère. Mais pourquoi ? Tressaillement. Quelle injustice...

Elle avait les yeux rivés sur son plat qu'elle n'avait pas touché. Après ce qui semblait lui avoir été une éternité et coûté la totalité de ses forces, Alerie leva lentement les yeux. A présent, ils étaient tout aussi absents d'expression. « Tu l'aimes encore... » lâcha-t-elle dans un souffle. « Un cadavre et moi une fille plein de vie, et tu l'aimes encore... Tu l'aimes encore plus... » Ses mains devinrent poings, sa bouche se serra. « Tu l'aimes plus que moi ! »


© Belzébuth

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Garett Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Ven 28 Juil 2017 - 1:51

Le regard figé sur la table, Garett essayait de se calmer, de rassembler ses esprits. Comment oublier ? Il en avait imploré jusqu’aux Sept, restés divinement silencieux. C’était toujours la même histoire, encore et encore. Elles revenaient en boucle, ces images, toujours les mêmes. La fumée s’élevant de Port-Lannis, les cloches sonnant à tout va, l’odeur de brûlé, les cris et les pleurs, les habitants de la cité portuaire paniqués, les hommes d’armes se déployant autour de leur suzerain, la flotte fer-née quittant la baie sous la pavillon Wynch, le Roc au loin, déjà endeuillé. Et ce corps. Cette robe verte qu’elle aimait tant, en soie réhaussée de fils d’or. Certains visages lui revenaient en mémoire. Celui de son grand-père Godric, qui dirigeait alors Port-Lannis, le visage fatiguée, tuméfié par endroit, alors qu’il avait défendu sa cité le fer à la main. Plusieurs des gardes de Castral Roc et Port-Lannis, certains même de la garde d’élite Lannister, le visage sincèrement compatissant, alors qu’ils découvraient leur suzerain en pleurs, agenouillé aux côtés de son épouse assassinée.

Jamais il n’oublierait. Jamais. Et il se trouvait bien stupide d’avoir essayé de noyer son chagrin entre les jambes d’une…. Il leva les yeux vers Alerie, celle-ci le dévisageant, les joues écarlates. Oui. Le mot était là : une paysanne. Clignant des yeux, il prit difficilement une nouvelle gorgée d’eau, essayant de faire le vide. Il devait se calmer. Il devait respirer. Son épouse n’y était pour rien. Ils avaient prononcé des vœux, les mêmes qu’il avait prononcé auprès de Lorelei quelques mois plus tôt, au même endroit, dans ce si beau septuaire du Roc. Sans doute était-ce une trahison. N’était-ce pas dans ce même septuaire qu’il s’était recueilli sur la dépouille de sa femme, drapée d’un drap écarlate au lion d’or ? N’était-ce pas au centre, sur le grand autel, qu’il s’était effondré en sanglot, devant cette silhouette ? N’était-ce pas là qu’Oberyn Tyrell l’avait rejoint, et qu’ils avaient pu rendre ensemble un dernier hommage à leur Lorelei si aimée ?

Il entendit la pauvre Alerie parler. Il entendait, mais il n’écoutait pas. Il se rappelait à la place les images de toute la grande armada partant punir les Iles de Fer pour une telle provocation, pour un tel outrage. Toute la puissance navale du Bief et de l’Ouest, rassemblée en une seule immense flotte, voguant droit au Nord, droit sur les Iles de Fer et les Wynch. Cela ne faisait-il qu’un an ? Il aurait juré que cela faisait une éternité. Un immense sentiment de lassitude l’envahit alors qu’il prenait un court moment pour se remémorer tous ceux qui les avaient quittés durant la guerre. Certains à Pyke, d’autres à Harrenhall, et d’autres encore sur le bord d’une route, durant une embuscade.

« Tu l'aimes encore... »

Le ton glacial fit lever les yeux à Garett qui posa les siens dans ceux d’Alerie. Aucune expression n’émanait du regard de la jeune femme issue du Conflans. Le Lannister ne comprenait pas où elle venait en venir.

« Un cadavre et moi une fille pleine de vie, et tu l'aimes encore... Tu l'aimes encore plus... »

Un sentiment de colère glacée descendit le long de l’échine du seigneur au Lion d’or alors qu’il se redressait lentement, sonné par la violence de la charge dont il était la cible ; et stupéfait par l’outrecuidance de la Piper. Il posa sur elle un regard où se lisait une véritable envie – peut-être même une intention ? – de meurtre. Il se sentait trembler de la tête au pied, alors qu’il agrippait directement la table, essayant de garder sa contenance, essayant de pardonner, d’oublier l’emploi abject de ce mot atroce. Cadavre. Il dévisageait Alerie, aussi surpris que blessé, où la stupéfaction se mélangeait à la fureur, à la haine la plus absolue.

« Tu l'aimes plus que moi ! »

Le ton accusateur, les manières jalouses dignes d’une enfant eurent raison du calme de Garett Lannister. D’un grand mouvement durant lequel il se dressa sur ses pieds, il balaya tout ce qui se trouvait devant lui en hurlant :

« SILENCE !! »

Accompagnant son cri de rage, un fracas de vaisselle et de verrerie brisés. La grande assiette se pulvérisa au sol, jetant la nourriture un peu partout. Le verre de cristal fut détruit en un millier de petits fragments, l’eau qu’il contenait s’écoulant placidement entre les dalles du sol de la salle à manger. Ce n’était pas un Dragon qu’avait réveillé Alerie, c’était un Lion. Un Lion blessé, endeuillé et désormais furieux, avide de sang.

Le souffle court, l’œil furieux, le teint rouge, tremblant, le Lannister dévisagea son épouse. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Prendre pour épouse une paysanne dont la famille n’avait même pas été fichue de défendre son fief correctement, qui avait choisi le mauvais camp et tout perdu en quelques heures ? A quoi pensait-il ? Il avança lentement vers Alerie, ne la quittant pas des yeux, arborant désormais une moue méprisante à souhait. On lisait là toute l’éducation princière qu’avait reçu le jeune homme aux côtés d’ancien roi, prince et princesses. Tout l’héritage royal des Lannister dans leur manière d’être, dans leur façon de considérer les autres – tous plus pauvres qu’eux – ressortait sur le visage du suzerain qui dévisageait avec une sorte de dégoût la jeune femme. Ses traits, déformés par la colère, semblaient hurler tu n’es rien du tout, ici à la jeune femme. Il s’arrêta devant son épouse. Par les Sept, elle était pourtant belle, et agréable. Insouciante et volontaire. Sa véritable nature avait finalement éclaté au grand jour.

« Je l’aimerai toujours plus que toi, pauvre idiote. »

Il la jugea d’un regard, son maintien, sa coiffure, son attitude, son expression, sa robe, ses mains, sa poitrine, ses yeux, son cou, tout y passa. Tant de grossièreté... Une paysanne jouant à la noble dame. Elle n'avait pas a place ici. Lorsqu’il reprit, sa voix sifflait d’une colère mal contenue, d’un mépris criant et d’une méchanceté sans pareil. Il tremblait de rage, était blême et sa voix semblait sortir d’outre-tombe.

« Tu n’es qu’une Piper, Alerie. Tu n’es rien. Une Tyrell morte vaut mille fois plus que toutes les Piper vivantes. Et si tous vous envoyez auprès des Sept pouvait la ramener…. »

Il s’approcha d’elle, lui murmurant presque ces quelques derniers mots.

« Je vous recommanderais à l’Etranger moi-même, à mains nues s’il le fallait. »

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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Mar 8 Aoû 2017 - 13:14




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant
« SILENCE !! » Sa voix tonitruante ressemblait à s'y méprendre à un rugissement de lion. Sa colère, jusqu'à présent froide et contenue, éclatait de toute sa puissance, l'enveloppant de toute part, petite et insignifiante. Ses gestes suivaient ses mots, envoyant d'un seul et unique coup le contenu de leur festin à terre dans un grand fracas d'argenterie brisée. Elle pouvait voir une veine de sa tempe trembler sous une épaisse boucle blonde, le soulèvement de sa poitrine mal maitrisée. Une image nouvelle, ou plutôt, une image qu'elle avait chassé de son esprit mais qui ressortait doucement des tréfonds de ses souvenirs les plus noirs... Si elle avait jamais douté de la force physique de son époux, elle en était à présent rappelée. Ainsi que de sa prodigieuse capacité à changer du tout au tout en un seul instant. Mais malgré la peur qui la faisait trembler et qu'il lui inspirait - les yeux noircis de rage, la peau blême et grandi de toute sa haute taille - Alerie restait immobile, enfermée dans une position prostrée, presque enfantine, ses yeux rivés dans ceux de son époux. « Je l’aimerai toujours plus que toi, pauvre idiote. » Son époux. Derrière la longue rangée de cils noirs, elle lui jeta alors un regard emplis de reproches. Injuste. Et le pire, c'était sans doute qu'il le pensait vraiment.

* * *

« Je n'aurais jamais cru que ce mariage serait une réussite... Je remercie les Dieux qu'il en ait été autrement... ! » Toute à sa broderie, Wendy lui adressait un sourire chaleureux et pourtant, Alerie avait sentit un filet de sueur froide lui parcourir l'échine. Occupée à choisir parmi une multitudes d'étoffes pour une prochaine robe - présent de son époux ! - sa main qui caressait du bout des doigts la soie tendre d'un drapé du même or que ses cheveux était restée en suspens. « Oui... » avait-elle murmuré. Elle avait ressenti un pincement au ventre, un malaise qu'elle ne s'expliquait pas. Après tout, Wendy avait raison ! Elle aurait pu vivre un martyr, confinée entre les quatre murs de l'aile nord de la forteresse. Au lieu de cela, elle avait découvert l'amour des corps et la vie à Castral-Roc, connu le faste dû à sa position, humé les restant de sa vie entre luxe et volupté... « Père serait heureux de te savoir si épanouie. Peut-être pourrais-tu demander à ton époux de pouvoir lui écrire ? Maintenant que votre mariage est consommé, il n'a plus de raison de te refuser quoi que ce soit... » Avait-elle quitté un statut d'otage pour un autre ? Bien sûr, elle était Suzeraine de l'Ouest ; mais à part la douceur du couple et ses agréments divers, était-elle véritablement aussi libre qu'elle le pensait ? Elle se tourna à nouveau vers Wendy. « Mais... Oui, je lui demanderai... Tu verras ! » Elle lui répondit par un sourire. « Je sais... Je sais qu'il ne te refuse rien ! »

* * *

Désarmée, elle cherchait à déceler les regrets qu'elle espérait, qui lui ferait réaliser à quel point ces paroles étaient blessantes, humiliantes aussi, et combien celle à laquelle il avait déclaré son amour quelques instants auparavant, ne méritait pas autant de cruauté. Elle cherchait, tentait de fouiller ce regard qui n'était que noirceur, inexpressif et insensible, sinon qu'à sa propre douleur. Une douleur uniquement ravivée par le sentiment d'abandon d'un être qu'il n’oublierait jamais. « Tu n’es qu’une Piper, Alerie. Tu n’es rien. Une Tyrell morte vaut mille fois plus que toutes les Piper vivantes. Et si tous vous envoyez auprès des Sept pouvait la ramener… » Elle ferma les yeux, incapable de le regarder plus longtemps cependant qu'il prononçait l'imprononçable : « Je vous recommanderais à l’Étranger moi-même, à mains nues s’il le fallait. » « Alors vas-y, qu'est-ce que tu attends ? » Elle était sortie brusquement de son mutisme, aussi brusquement qu'il avait changé d'attitude à son égard. Son sourcil droit tremblait, sa lèvre inférieure légèrement pincée entre ses petites dents blanches. Un petit chat sauvage prêt à bondir. Doucement, elle se leva de sa chaise, et pris la même position que lui : très droite, les deux paumes posées sur la table à présent vierge de nappe, un filet de vin dégoulinant sur le chêne précieux.

Elle n'avait aucune envie de pleurer, malgré le chagrin qui lui broyait littéralement les entrailles. Elle avait l'impression de revivre l'explosion d'un cocon familial, la fin d'un rêve dans lequel elle avait tant aimé se plonger, et dans lequel il l'avait plongée. Dans lequel elle s'était laissée plonger. Sotte. Une nouvelle vague de nausée commençait à s'emparer d'elle, réalisant avec un puissant dégoût combien elle s'était laissée acheter, avec quelle facilité elle s'était vendue. Elle se sentait sale, souillée, tandis que lentement, les images de plus en plus vives des corps de sa mère et de son frère se mêlaient à celles, à présent plus floues, de leurs propres corps roulés l'un contre l'autre. « Vas-y ! Tu en meurs d'envie... » siffla-t-elle, alors que son propre rythme cardiaque s'accélérait. « Tu n'es bon qu'à ça de toute façon : tuer des Pipers... Tu en as embroché un, massacré une autre... Que feras-tu de la troisième sur la liste ? » Elle eut un rire mauvais, presque sadique, un rien délirant. « Maintenant que tu en as bien profité... Qu'est-ce que tu vas en faire ? Dis moi. Je parierai même que ça t'excite... » Nouveau petit rire. « Les Tyrell, on les courtise... Les Tyrell, on les bichonne... Mais les Pipers on les prend, on en profite et après, on les jette... Dis moi : après m'avoir prise, après avoir bien profité de moi... » fit-elle, en contournant lentement la table, très lentement, presque féline, mais les yeux injectés d'une fièvre coléreuse qui faisaient trembler jusqu'à la pointe de ses cheveux, « Dis mois : comment vas-tu me jeter ? L'option fer-née a déjà été utilisée, malheureusement alors tu vas devoir faire la sale besogne tout seul... Dis moi... » ajouta-t-elle alors, sa bouche à quelques centimètres de son oreille.


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Garett Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Mar 15 Aoû 2017 - 21:04

« Alors vas-y, qu'est-ce que tu attends ? »

Sa voix aigüe avait claqué tel un fouet dans la salle à manger familiale. Sous l’effet de la surprise, en bon fauve face à un fouet claquant, le Lion Lannister avait eu un bref mouvement de recul. Le regard furieux de Garett se posa sur son épouse qui le toisait assise parfaitement droite sur sa chaise. Son regard lançait lui aussi des éclairs alors que son arcade sourcilière droite tressautait subrepticement. Elle n’était pas à proprement parler impressionnante. Alerie dégageait plutôt une forme de furie miniature qui, à défaut d’inquiéter, stupéfiait le jeune suzerain. Avait-elle autant de répondant que cela, finalement ?

Lentement, mesurant chaque geste, il la vit faire reculer sa chaise. Le raclement du bois sur le sol en marbre emplit à son tour l’espace, tel le roulement de tonnerre suivant la foudre qui venait de tomber quelques secondes plus tôt. Adoptant la même position que lui, elle déposa ses deux petites mains fines sur la table sculptée avec art tandis qu’elle le toisait avec cette fureur qui semblait au moins aussi importante que celle du suzerain. Toujours stupéfait qu’elle se soit ainsi dressée contre lui, Garett la dévisageait d’un air mauvais, attendant de voir ce qu’elle allait faire. Elle quitterait sans doute la salle, se drapant dans une dignité qui n’était nullement la sienne, retournant à ses appartements pour pleurer sur son sort de pauvres petite suzeraine riche et bien logée…

« Vas-y ! Tu en meurs d'envie... »

Au temps pour la sortie en dignité... Bien qu’haineuse, un sifflement douloureux tressautait dans la voix de la jeune femme alors qu’elle continuait.

« Tu n'es bon qu'à ça de toute façon : tuer des Pipers... Tu en as embroché un, massacré une autre... Que feras-tu de la troisième sur la liste ? »

Le regard de Garett brilla d’une lueur mauvaise au souvenir des Piper qui avaient été passés au fil de l’épée durant le siège de Château-Rosières. Elle était injuste, elle le savait. Toutefois, la haine, la rancune brûlaient Un rire méchant éclata de l’autre bout de la table alors que Garett rompait brièvement le contact visuel pour perdre son regard sur la table, alors qu’il repensait à son arrivée et ce cadavre affreusement mutilé, suspendu par ses tripes aux portes du château.

« Maintenant que tu en as bien profité... Qu'est-ce que tu vas en faire ? Dis-moi. Je parierai même que ça t'excite... »

Cette fois, le regard de Garett se figea directement au fond de l’âme d’Alerie, alors qu’il la regardait avec un air extrêmement sérieux. Sa voix siffla entre ses dents, d’un air menaçant, alors que la soif de sang envahissait progressivement son esprit.

« Attention, femme. Attention »

Pour toute réponse, un nouveau rire, aussi agressif que dément, éclata dans la salle à manger.

« Les Tyrell, on les courtise... Les Tyrell, on les bichonne... Mais les Pipers on les prend, on en profite et après, on les jette... Dis-moi : après m'avoir prise, après avoir bien profité de moi... »

Ce faisant, elle avait contourné la table et approchait à pas de velours vers le seigneur suzerain qui la toisait de toute sa superbe furieuse. Tout dans son attitude, dans son physique, dans sa voix, tout semblait instillé par une haine sans borne, une fureur sans limite et une rage incontrôlable. Garett s’était changé en statue de marbre, il sentait le moindre de ses muscles tendu à l’extrême, comme avant une bataille, lorsqu’il attendait de charger. Alerie, elle, était désormais toute proche. Il sentait son parfum embaumer, cette odeur qui, quelques jours auparavant, avait été source de désir et de félicité. Désormais, cela ne faisait rien de plus que l’horripiler. Toujours immobile, Garett ne déviait désormais plus le regard de la grande tenture Lannister qui descendait du plafond sur le mur d’en face. Il fixait ce Lion rugissant d’or sur champ de gueule, essayant par tous les moyens de garder son calme. Il se sentait trembler légèrement alors qu’elle s’approchait toujours plus proche de lui, il sentait sa présence à quelques centimètres à peine de son oreille, il sentait le souffle chaud, chargé de colère, de son épouse qui lui murmura la suite.

« Dis-moi : comment vas-tu me jeter ? L'option fer-née a déjà été utilisée, malheureusement alors tu vas devoir faire la sale besogne tout seul... Dis-moi... »

Brusquement, le regard du Lion alla du blason Lannister à la jeune femme blonde. Cette fois, les pupilles noires de ces yeux verts mouchetés d’or avaient abandonné toute émotion. Un brasier unique y avait pris place. Pas de haine, pas de colère, mais une fureur illimitée, tel un rugissement silencieux qui semblait avoir tout envahi. Vif comme l’éclair, Garett Lannister referma sa main sur le coup gracile et découvert de son épouse. Une froide détermination, sans aucune compassion, sans aucune pitié, luisait dans le regard du suzerain des Terres de l’Ouest. Tenant toujours Alerie par la gorge, il la repoussa jusqu’à la faire percuter un mur sans aucune douceur. Il la regardait avec dédain, comme si elle n’était rien de plus qu’un désagrément.

« Ne me tente pas…. »

Il approcha sa tête au plus près de celle d’Alerie, allant jusqu’à coller son front au sien. Il sentait que sous la fureur, la peau de la jeune femme était glaciale. Il était dans le même état. Ses mains étaient gelées, et sa tête était aussi froide que celle de son épouse. Un bref frisson le parcourut. Il resserrait progressivement son étreinte sur le cou gracile de son épouse. Un si beau cou… Il était facile de le briser. Un coup sec aurait probablement suffit.

« Et que vas-tu faire, maintenant ? Tu vas encore me cracher à la figure ? Non… Tu te crois suzeraine. Tu joues un rôle dans une pièce de théâtre qui te dépasse. Tu n’es qu’un pion sur un échiquier bien plus vaste, Alerie. Tu n’es rien. Ta famille n’est rien. »

On tambourina à la porte avec une sorte de respect anxieux. Une voix parvint de l’autre côté des panneaux de bois gravé et peints en blanc et doré.

« Monseigneur ? Tout va bien ? »

Garett garda son regard plongé dans celui d’Alerie avec une espèce de colère froide tout en décollant leurs fronts. Il regardait les rougeurs du manque d’air gagner les joues de la jeune femme alors que l’apport d’air se restreignait de plus en plus. D’un geste de la tête, il désigna la porte.

« Qu’en dis-tu ? Tout va bien ? Nous sommes simplement en train de dîner entre mari et femme. Tout va bien, non ? »

Moqueur à souhait, il se rapprocha de nouveau et déposa un rapide et chaste baiser sur les lèvres de son épouse, comme une sorte de nouvelle provocation. Puis, il relâcha son étreinte alors qu’il entendait de nouveau les gardes toquer à la porte. Sans doute les cris puis le grand silence qui avait suivi les inquiétaient. Garett ramassa le plus gros fragment d’assiette qu’il trouva et l’envoya de toute sa force droit sur la porte, le lançant au-dessus de la table. Le morceau de porcelaine explosa littéralement sur le panneau blanc, faisant sauter une immense écaille de peinture tandis que le Lion rugissait de nouveau :

« DISPARAISSEZ ! »

Ce faisant, il se retourna de nouveau, le dos rond, tel un félin se préparant à bondir pour achever sa proie. Sa voix grondait comme celle des lions de Castral Roc, cette espèce de son grave, faisant vibrer jusqu’aux entrailles quand plusieurs de ces grands félins royaux rugissaient de concert. Un nouveau cap avait été franchi.

« Que crois-tu donc ? Même les Tully, ces parvenus suzerains d’une région artificelle par la simple grâce des Targaryen, ne sont pas venus vous aider. Pas un seul homme. Pas même un archer, pas même un messager. Rien. Car c’est tout ce qui caractérise ta famille, ma chère épouse. »

Cette fois, ce fut de Garett que vint le rire dément, alors qu’il s’enfonçait dans la haine et les vexations gratuites. Les dernières paroles de la jeune conflanaise avaient déclenché un geyser de colère, de douleur et haine que seul le temps pourrait tarir.

« Cesse donc de comparer les Piper aux Tyrell. C’est indigne. La boue n’a rien à voir avec l’or, Alerie. Les Tyrell ne sont peut-être que les anciens intendants des Jardinier, mais ils règnent sur la région la plus riche de tout Westeros : ils ont des dizaines de vassaux puissants, ils ont des dizaines de milliers d’hommes et ils sont immensément riches. »

Détestable était le suzerain de l'Ouest. La fureur semblait être passée, pour ne laisser place qu’à ce torrent glacial, tel un blizzard descendant du Nord le plus absolu. Il fit quelques pas, s’éloignant vers le buste du vieux Roi du Roc avant de revenir vers la jeune femme. Il pointa un index aussi rageur qu’accusateur, droit sur elle.

« Qui crois-tu être pour me parler ainsi ? Je suis descendant d’une des plus anciennes lignées royales de Westeros, mon prédécesseur était Loren, Roi du Roc. Je suis l’homme le plus riche de ce foutu continent, Alerie. Avec Theodan Baratheon et Oberyn Tyrell, je mettrai à bas ce tyran rongé par la folie qui se prénomme Maegor. Je vais renverser un Roi, Alerie. Le Roi aux Dragons. Le Cruel. J’établirai une dynastie qui durera un millénaire. Qui es-tu pour simplement oser élever la voix face à moi ? Qui es-tu ? »

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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Mer 16 Aoû 2017 - 0:00




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant
Persiflages. Salissures. Plaies taillées avec soin, pour ne pas dire délectation. A l'heure où la haine ronge les sens pour ne révéler que les instincts les plus primitifs, plus personne ne se reconnait. L'être humain, jadis doué de conscience, ne fait plus que ressentir coup pour coup, afin de mieux les rendre, le sang comme crispé dans les veines qui battent la mesure des rages les plus refoulées. A cet instant, alors que sa bouche - quelques heures auparavant encore gonflée de désir - glissait contre la conque fragile de son oreille. Tout près de lui, et pourtant si loin. Trop loin d'ailleurs. Maintenant qu'il lui avait avoué qu'il échangerait volontiers sa place contre celle de la défunte Lorelei, et qu'elle avait un peu plus trainé dans la boue l'héritage qu'elle lui avait laissé, Alerie savait qu'elle ne pourrait plus jamais reculer. Dès lors, elle devait frapper. Frapper fort et au cœur ! « Attention, femme. Attention… » Sa voix aussi était lointaine, sa menace tout autant. La peur qui lui nouait toujours le ventre l'enhardissait paradoxalement, et elle réussi même à esquisser un vénéneux sourire. C'est ça. Énerve toi ! Qu'il perde le contrôle. Qu'il lui montre toute l'animalité dont il était capable. Et qu'il lui fasse oublier les heures délicieuses passées dans ses bras, les promesses d'avenir récitées aux pieds des Dieux, et les rêves fous esquissés sur un bout de drap, le feu d'une cheminée berçant leurs corps engourdis de la bienheureuse fatigue... « Dis-m... » susurra-t-elle à nouveau, mais brusquement, elle sentit sa main puissante et ses doigts habiles se refermer sur sa gorge, lui arrachant un cri de stupeur cependant que le souffle lui manquait. D'un second geste tout aussi brusque, il la projeta contre le mur de la seule force de ses bras ; le choc eut dont de l'étourdir quelque peu, elle voyait noir et commençait à s'affaisser. « Ne me tente pas… » articula-t-il lentement, la toisant de toute sa nouvelle hauteur.

Il la dominait. De sa taille, de son ton, de son regard qui semblaient tous trois vouloir l'enterrer vivante. A nouveau, la peur montait en elle, broyait ses entrailles et étreignait son corps cependant qu'elle portait une main tremblante à son cou. Elle avalait péniblement, car il maintenait son emprise. Il avait manqué de l'étrangler ! Elle leva un regard douloureux sur son époux. Celui auquel elle avait juré fidélité, qui s'était engagé à la protéger. Pouvait-elle craindre le parjure désormais qu'il avait bafoué son vœux sacré ? « Et que vas-tu faire, maintenant ? Tu vas encore me cracher à la figure ? Non… Tu te crois suzeraine. Tu joues un rôle dans une pièce de théâtre qui te dépasse. Tu n’es qu’un pion sur un échiquier bien plus vaste, Alerie. Tu n’es rien. Ta famille n’est rien. » Il n'était que bile et venin. Elle ferma les yeux. Dès qu'il ne faisait qu'évoquer le souvenir des siens, une nausée brûlante la prenait au corps et menaçait de la répandre à même le sol. Mais elle tenait bon. Son nom, aussi petit était-il, avait été suffisamment entaché pour y ajouter. Le sang des innocents maculait la bannière Piper, inondait encore les douves de Château-Rosières, pour se jeter, écarlates, dans les embranchements de la Ruffurque. Elle ne serait pas celle qui ajouterait la honte à la douleur. « Monseigneur ? Tout va bien ? » Elle tressaillit, incapable de tourner la tête vers la double porte. Elle toussa. Dans la seconde, elle allait probablement s'évanouir... « Qu’en dis-tu ? Tout va bien ? Nous sommes simplement en train de dîner entre mari et femme. Tout va bien, non ? » Son baiser fut le premier qui la révulsa, parce qu'il le lui imposait. Sans ardeur, sans tendresse ; mais avec une sorte de rage possessive, comme pour la marquer. Puis, il la lâcha et elle glissa à terre, happant l'air ambiant à grandes bouchées. Lui s'était emparé d'un morceau de vaisselle qu'il fracassa contre la porte avant de beugler un « DISPARAISSEZ ! » en unisson du fracas entre porcelaine et bois.

A genoux, Alerie n'osait plus regarder la bête rugissante qu'était devenu l'homme qu'elle avait épousé. Affaiblie, il l'avait réduite à un tas gémissant, à une soumission forcée. La force. Dans toute sa splendeur terrifiante ! Trouverait-elle seulement, elle, la force nécessaire à se relever ? Dans le fond, la vie en valait-elle encore la peine ? A présent que tout était réduit en cendres, que rien ne serait comme avant, à quoi bon batailler encore ? Loric ! cria la petite voix, encore enrouée bien sûr, mais toujours présente. Ne serait-il pas plus simple de se laisser tomber contre la pierre froide, ne plus se battre, expier le dernier souffle à défaut de pouvoir le retrouver ? Que pouvait-elle encore espérer ? Loric ! De nouveau, la petite voix criait, plus fort cette fois-ci. Mais elle était si lasse... « Que crois-tu donc ? Même les Tully, ces parvenus suzerains d’une région artificielle par la simple grâce des Targaryen, ne sont pas venus vous aider. Pas un seul homme ! Pas même un archer, pas même un messager ! Rien. Car c’est tout ce qui caractérise ta famille, ma chère épouse. » Loric ! Courageux et Beau ! La petite voix s'égosillait, tentait de percer le chant diabolique du rire grinçant qui s'élevait en même temps que les mots de « chère épouse » montaient vers des sommets à jamais dépourvus de sens. La petite voix qui montait, montait encore, et qui ne s'arrêtait plus. Courageux et Beaux ! « Cesse donc de comparer les Piper aux Tyrell. C’est indigne. La boue n’a rien à voir avec l’or, Alerie. Les Tyrell ne sont peut-être que les anciens intendants des Jardinier, mais ils règnent sur la région la plus riche de tout Westeros : ils ont des dizaines de vassaux puissants, ils ont des dizaines de milliers d’hommes et ils sont immensément riches. » Pour Loric ! C'est pour Loric que tu ne cesseras jamais ! Pour Loric que tu continueras !

Lentement alors, du fond d'elle-même, elle puisa la force. La force de se relever. « Qui crois-tu être pour me parler ainsi ? Je suis descendant d’une des plus anciennes lignées royales de Westeros, mon prédécesseur était Loren, Roi du Roc. » La force de relever la tête et de suivre du regard la haute silhouette qui allait puiser auprès du buste du grand aïeul vénéré. « Je suis l’homme le plus riche de ce foutu continent, Alerie. Avec Theodan Baratheon et Oberyn Tyrell, je mettrai à bas ce tyran rongé par la folie qui se prénomme Maegor. » La force de maitriser l'envie de se jeter sur lui, toutes griffes dehors, et de lui entailler les joues, de lui écorcher les yeux, de lui arracher les cheveux, de mordre à pleines dents sa peau jusqu'au sang, de pétrir de coups ses bras et son torse. « Je vais renverser un Roi, Alerie. Le Roi aux Dragons. Le Cruel. J’établirai une dynastie qui durera un millénaire ! » La force de soutenir son regard, du même acabits que le sien alors qu'il tournait la tête à nouveau vers elle.

« Qui es-tu pour simplement oser élever la voix face à moi ? Qui es-tu ? » « Tu l'as dit toi-même : je suis ta chère épouse. » articula-t-elle lentement. « Tu l'as dit toi-même : je suis celle qui peut te tenter. » Elle avança d'un pas. « Je suis rien, et pourtant, je peux beaucoup. Je peux te cracher à la figure. Je peux maculer de boue un grand nom rien qu'en le prononçant. » Elle avança d'un autre pas. « Et tout cela, c'est à toi que je le dois ! » lâcha-t-elle alors dans un souffle, s'arrêtant net. Un sourire inexpressif aux lèvres. « Parce que le pion que je suis, c'est toi qui l'a placé. Et si aujourd'hui tu le regrettes, c'est que tu as bien mal joué ta partie. Le jeu s'est refermé sur toi, Garett Lannister... sur nous ! » Elle s'approcha encore, jusqu'à sa hauteur, sans pour autant le toucher, en le voyant sans véritablement le regarder. « Alors épargne moi tes leçons d'histoire, tes desseins grandioses, tes grandiloquences maniérées. Dans le fond, nous n'avons fait que jouer. Et nous avons perdu. » fit-elle, en jetant un regard dédaigneux sur les débris de vaisselle gisant au sol. Et brusquement, elle s'empara d'un couteau encore sur la table, s'entailla le doigt et fit couler un peu de son sang sur le bois précieux, jusqu'à ce qu'il s'en imprègne. « Mais crois-moi, Garett Lannister, successeur de Loren du Roc : je jure que c'est la dernière fois ! »


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    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Garett Lannister
OUEST
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Lun 21 Aoû 2017 - 9:10

L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant.









Elle lui avait répondu. Encore. Alors qu’elle avait réveillé le fauve, le lion qui dormait en chaque Lannister. Fidèle à sa devise, le félin avait rugi. Il avait rugi avec une telle force, une telle rage au ventre, que la vaisselle n’y avait pas survécu, que la quiétude habituelle du Roc n’y avait pas survécu, que leur amour n’y avait pas survécu. Etait-ce bien de l’amour qui les avait rassemblés ? Ce n’était certainement pas la perspective mûrement réfléchie d’une alliance des plus intéressantes. Certains avaient bien essayés de se convaincre qu’Alerie était une… ? Comment disaient-ils, déjà ? Une pièce maîtresse du Conflans. Ah ! Balivernes, les Piper n’avaient aucune espèce d’importance au sein de la région. Seule la violence excessive et indésirée du sac de Château-Rosières avait fait connaître un peu cette petite famille qui contrôlait pourtant un fief stratégique.

Sans doute était-ce le désir, cette insouciance propre à la jeunesse qui les avait poussés dans les bras de l’un et l’autre. Garett s’était convaincu d’épouser Alerie Piper lorsqu’ils avaient finis par tomber ensemble, par chuter et unir leurs corps. Il avait pris l’honneur de la jeune femme avec une passion renouvelée, et s’était décidé, une fois leurs batifolages terminés, à la prendre pour épouse pour préserver la réputation de la jeune femme. Alerie était souriante, elle était drôle, elle était ardente et avait entretenu le désir du suzerain. Sans doute était-ce là leur erreur, se marier sur un coup de tête, sur un dérapage. Il était à blâmer. Comme il était à blâmer aujourd’hui. Il savait que sa réaction n’avait pas été motivée par autre chose que la douleur d’un deuil toujours pas terminé. La façon dont Lorelei Tyrell lui avait enlevée alors qu’ils filaient le parfait amour, alors qu’ils allaient pouvoir voir grandir leur premier enfant ensemble, qu’ils vieilliraient et dirigeaient l’Ouest ensemble. Tout cela avait été arraché au jeune Lion, par cette famille honnie qu’il avait juré de détruire. Les Wynch. Rien que d’y repenser, la culpabilité qui avait commencé à enserrer son cœur relâchait son emprise, se consumant dans les flammes de la rage et de la haine qui montaient de nouveau en Garett. Il les tuerait tous.

Ils se dévisageaient désormais comme deux fauves en cage, ils se tournaient autour, rugissant l’un et l’autre. Alerie avait pour le moment gardé le silence, se contentant de soutenir son regard avec dignité. Elle finit par répondre, encore, encore et toujours. Elle parlait lentement cette fois-ci, sans un mot plus haut que l’autre.

« Tu l'as dit toi-même : je suis ta chère épouse. »

Garett s’interrompit de marcher, plongeant son regard brûlant de colère dans celui, courroucé, d’Alerie, alors qu’elle fit un pas en avant.

« Je suis rien, et pourtant, je peux beaucoup. Je peux te cracher à la figure. Je peux maculer de boue un grand nom rien qu'en le prononçant. »

Rien qu’à se souvenir de cet épisode de Château-Rosières, la colère de Garett remonta d’un cran. C’était leur première rencontre, dans la cour du fief des Piper, alors que les hommes d’armes de l’Ouest venaient de planter l’étendard au lion rugissant au sommet du donjon, alors que la Dame de Château-Rosières avait été retrouvée pendue par ses tripes à la porte de son propre domaine, alors que l’héritier, chevalier sans nul doute émérite, avait gaspillé sa vie pourtant précieuse sous les flèches des archers de Castral Roc. Alerie fit un nouveau pas en avant.

« Et tout cela, c'est à toi que je le dois ! »

Telle une tempête qui approchait au loin, le vent de la colère soufflait de nouveau en Garett, alors que les sombres nuages de la haine s’amoncelaient au-dessus de leur tête. Un sourire sans sentiment était apparu sur ses lèvres alors qu’elle le toisait avec froideur, contrastant étonnamment avec leurs caractères quelques minutes auparavant, et encore plus quelques jours plus tôt.

« Parce que le pion que je suis, c'est toi qui l'a placé. Et si aujourd'hui tu le regrettes, c'est que tu as bien mal joué ta partie. Le jeu s'est refermé sur toi, Garett Lannister... sur nous ! »

Elle avait raison. Cela lui brûlait le ventre de le reconnaître, mais c’était bel et bien le cas. Tout cela n’avait été qu’un mauvais mouvement dans un jeu bien plus grand, bien plus complexe : celui des trônes. Une nouvelle fois, elle s’approcha.

« Alors épargne moi tes leçons d'histoire, tes desseins grandioses, tes grandiloquences maniérées. Dans le fond, nous n'avons fait que jouer. Et nous avons perdu. »

Le regard de la jeune femme alla de Garett vers le magma de vaisselle brisée, de vin et d’eau renversés, de nourriture mélangée entre elle. Le constat était évident, leur mariage avait échoué aussi rapidement qu’il s’était fait. Et il était à blâmer, en grande partie. La pression sur ses épaules de suzerain était déjà énorme, mais elle l’était encore plus pour un jeune homme – certes préparé toute sa vie à ce genre de moments – qui n’avait pas vécu trente ans sur cette terre. S’il échouait, ils ne seraient de toute manière plus là pour en parler : ils seraient tous morts, Maegor ne ferait pas de quartier. Il voulait s’excuser, il sentait sa conscience le tourmenter, lui rappeler que la jeune femme avait aussi traversé des épreuves, et que si elle était bel et bien en faute dans la tragédie d’aujourd’hui, elle avait aussi ses démons contre lesquels lutter, et l’un d’eux était un jeune seigneur suzerain blond qui portait fièrement le lion d’or rugissant comme blason. Il fit taire sa conscience en s’emmurant dans le fait qu’elle n’avait eu aucune tendresse à l’égard de son deuil, qu’elle avait toujours rejeté l’image de Lorelei au lieu d’accepter le fait qu’elle avait laissés son image, non pas seulement dans le cœur de Garett ou le Roc, mais bien dans toute la région.

Un mouvement brusque attira l’œil du jeune homme alors qu’il voyait Alerie se saisir d’un couteau aiguisé. Dans un geste de sauvegarde qui tenait plus du réflexe que de la véritable crainte de se retrouver avec un tel objet dans le ventre, Garett recula d’un pas tout en toisant la jeune femme d’un air mauvais tandis qu’elle s’entaillait un doigt, laissant quelques gouttes de son fluide vital carmin imprégner le bois rare dans lequel était faite la table.

« Mais crois-moi, Garett Lannister, successeur de Loren du Roc : je jure que c'est la dernière fois ! »

    Une promesse scellée par le sang, son propre sang.


Garett la toisa avec mépris, seule la colère brûlait dans ses yeux. La tension n’était pas encore retombée. Pourtant, derrière les flammes de la fureur du Lion, reclus dans un coin de son esprit qu’il devinait à peine, un certain malaise s’était installé. De quoi donc le menaçait-elle ? En tout cas, il était hors de question qu’il ne se laisse faire. Il saurait se montrer intransigeant là-dessus. Il plissa les yeux dans un moment de questionnement. Que faire ? Que répondre à cela ?

    Il opta pour le mépris.


Ses sourcils s’arquèrent un peu devant l’incongruité de la situation. Comme un noble seigneur confronté aux croyances bancales d’un petit village perdu sur une colline au milieu des marais. Un sourire légèrement moqueur vint perler sur ses lèvres. Cette situation était ridicule. Il avait mieux à faire.

« Allons, bon. Alerie, soyons sérieux, veux-tu ? »

Le sourire disparut pour laisser place à un sérieux absolu. A l’instant présent, Garett avait disparu pour laisser place au suzerain, au seigneur et maître de ces lieux, et des gens qui y résidaient. Il se pencha vers le sol pour ramasser un couteau à viande, aiguisé et à la tête pointue. Il regarda un moment l’ouvrage. La lame avait été recouverte d’une fine couche d’argent, alors que le manche était d’or et d’ivoire, au bout duquel, sur chaque face, avait été incrusté un petit blason rouge au lion d’or. Une belle pièce, vraiment.

D’un geste brusque, il planta le couteau dans la table avec toute la force dont il pouvait faire preuve. La lame s’enfonça de plusieurs centimètres dans le bois précieux et centenaire. Le couteau était fiché dans la table, parfaitement droit, comme l’étendard de leur fureur qui flottait désormais sur cette pièce. Il brandit un index impérial vers la jeune femme avec son doigt ensanglanté.

« Plus jamais, femme. Retenez bien ces mots, car je ne les prononcerai qu’une fois. Ne vous avisez plus jamais de me menacer comme vous venez de penser le faire. »

Ce faisant, il jeta un regard à la vaisselle brisée, dernier vestige de la colère qui avait envahi les lieux. Dans un claquement d’étoffes rouges, il tourna les talons et se dirigea d’un pas rapide vers la porte au pied de laquelle gisait une multitude de fragments du morceau d’assiette qu’il y avait envoyé s’écraser quelques instants plus tôt. Désormais, la faïence ferait partie de la porte, à voir les quelques morceaux incrustés profondément dans le bois qui était apparu sous la peinture blanche. La main sur la poignée, il s’arrêta. Il resta un moment immobile alors que la pression redescendait lentement. Ses temps lui faisaient mal tellement que les battements de son cœur s’y propageait, il était comme sonné. Il devait aller respirer un peu d’air frais. Il se retourna une ultime fois vers la jeune femme, certaines paroles de cette dernière lui revenant à l’esprit.

« C’est effectivement à moi que tu dois tout cela, constata-t-il, désignant en un geste vague aussi bien la salle qu’Alerie elle-même. Tu serais bien inspirée de ne pas l’oublier, car ce que j’ai t’ai donné…. »

Il laissa volontairement un silence passer, voulant appuyer ses propos.

« Ce que je t’ai donné, je peux le reprendre. D’une façon ou d’une autre. »

Ce faisant, il se retourna et ouvrit la porte avant de s’engouffrer dans l’espace entre les deux, quittant ainsi la pièce. Il referma porte sans aucune violence, avant de se diriger à pas vifs vers les Jardins de Pierre. Il s’était décidé. Il était temps de marcher sur Port-Réal.




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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant [TERMINE]   Mar 22 Aoû 2017 - 15:15




L'Amour n'aura duré que le Temps d'un Instant
La petite plaie, bien que peu profonde, la lançait. Saignée à blanc, la chaire frémissait, piquante, tandis que quelques gouttes de sang continuaient à couler le long de sa main. Cependant, elle n'avait pas détourné le regard. Les grands yeux noisette brillaient de défi, cependant que son sourire, à lui, se faisait carnassier. C'était à qui bondirait en premier, qui mordrait à la jugulaire de l'autre, qui planterait le prochain couteau. Ils savaient tous deux qu'ils dureraient jusqu'à ce qu'ils n'en aient plus la force, et à en juger par les mets refroidis de ce qui avait commencé comme un charmant déjeuner en tête à tête, ce n'était pas la force qui leur faisait défaut. Dans sa jolie robe rose, Alerie tremblait de tout son long, mais d'un tremblement interne. Elle bouillait. Elle rêvait de lui sauter dessus et de lui cracher à la figure, comme elle l'avait fait lors de leur première rencontre : superbe, arrogant, à contempler le théâtre de ses horreurs, cherchant ses hommes. Son sang n'avait fait qu'un tour : elle s'était arrachée des bras de son père, tiré sur la bride de son bel étalon et hissée sur la pointe de ses souliers maculés de boue et de sang. Cette image de lui, conquérant atroce, était restée gravée dans sa mémoire. Et elle se traita de sotte à l'idée d'avoir pu l'oublier ne serait-ce qu'une seconde !

« Allons, bon. Alerie, soyons sérieux, veux-tu ? » Elle ferma les yeux, soufflée d'humiliation. Ne s'arrêterait-il donc jamais ? Le sourcil arqué, il la regarda un instant sans broncher et puis brusquement, tout alla très vite : avec une agilité déconcertante, se saisit du couteau qu'il planta avec une violence telle dans la table qu'elle en grinça, gémissante sous l'assaut. Du même coup, il brandit un doigt menaçant à son égard, les yeux noirs de colère rétrécis à l'extrême, la lèvre inférieure tremblante. « Plus jamais, femme. Retenez bien ces mots, car je ne les prononcerai qu’une fois. Ne vous avisez plus jamais de me menacer comme vous venez de penser le faire. » Et aussi brusquement qu'il s'était penché sur elle, il tourna des talons et marcha d'un pas décidé et rapide vers la porte. Le choc l'avait faite reculée contre la table, au bord duquel elle se maintint en équilibre par la force de ses doigts crochetés autour du vieux bois. Une ou deux échardes s'enfoncèrent alors dans sa plaie, et elle se mordit furieusement la langue pour ne pas crier de douleur. Hors de question pour elle de fléchir devant lui. Déjà, Garett se retournait vers elle. « C’est effectivement à moi que tu dois tout cela » fit-il en désignant la pièce, le mobilier, sa robe et jusqu'à sa personne. Ô, comme elle avait envie de se l'arracher du corps, cette soierie douce ! Retrouver son état de nature, plus propre que n'importe quel lin parfumé comme il en existait tant dans se château. A croire que les parfums cachaient quelque chose : l'odeur du fiel, du déshonneur et du meurtre. Un meurtrier, voilà ce qu'il était. Ni plus, ni moins, et quand bien même il se drapait des plus somptueux pourpoints. « Tu serais bien inspirée de ne pas l’oublier, car ce que j’ai t’ai donné…. » Elle eu un petit rire narquois. Elle n'oublierait rien. Rien de ce qui s'était dit ni passé ne resterait pas gravé sur son cœur et sa chaire pour le restant de ses jours. « » uc « ce que je t’ai donné, je peux le reprendre. D’une façon ou d’une autre. »

Elle attendit qu'il soit sorti, et de ne plus entendre son pas résonner dans les couloirs. Alors, et tandis que le premier page avançait prudemment dans la salle, Alerie se laissa glisser au sol, toutes forces s'échappant de son corps. « Ma Dame ! Ma Dame, êtes-vous souffrante ! » Elle ne l'entendait que de loin, sa voix inquiétée contre son oreille, son bras puissant tentant de la maintenir un tant soit peu éveillée. Mais elle était si lasse... Il lui semblait qu'avec le départ de son époux, mille ans venaient de passer, alourdissant ses épaules et tournant sa tête dans tous les sens. « Beric ! Matthie ! Allez ! Allez trouver Lady Wendy, notre Suzeraine est au plus mal ! Allez ! » Du fond de ses bras, la jeune femme levait les yeux. « Ô, ma Dame, dites quelque chose ! C'est moi, c'est Gendry ! M'entendez-vous ? » Elle leva une main tremblante et faible vers son bras, mais elle ne fit que l'effleurer. « Mais, par les Dieux, vous êtes blessée ! Matthie ! Beric ! Faites venir Mestre Prodick, vite ! » « Non... » murmura-t-elle, à peine audible. « N'en... n'en faites rien, je... » Un triple galop de pas précipités grondait depuis le grand escalier ; dans la seconde, le valet Beric et la jeune servante Matthie laissaient le passage à Wendy. Elle avait couru, ses joues étaient roses, et quelques mèches s'étaient détachées de sa coiffe. En la voyant à terre, ses beaux yeux bleu s'arrondirent de frayeur.

« Courrez chercher le mestre, je vais rester avec elle ! » Déjà, elle se frayait un chemin jusqu'à son ainée, glissant à ses pieds et passant son corps souple comme celui d'une anguille sous son bras. Elle apposa alors son front frais contre le sien, murmurant doucement des paroles réconfortantes, comme du temps de leur enfance où elles n'arrivaient pas à s'endormir : leur mère, drapée dans un châle de laine douce, Loric sur les genoux et ses filles autour d'elle, étalées en corolles le long de son élégante silhouette. Elle avait de ces voix apaisantes qui pouvaient chanter les plus belles hymnes, et souvent, leur père la priait de chanter seule aux Dieux lors des dévotions matinales. Alors, doucement, le timbre limpide comme le cristal montait le long des murs, allant rejoindre les limbes divines dont il était certainement issu. « Je suis là... Je suis là... » souffla-t-elle contre sa joue, ses premières larmes se mêlant à celles qui enfin, strillaient le visage de sa sœur. La plaie de sa main saignait, mais tout autant que celle qu'elle avait tenté de dissimuler sous ses charmes et les premiers instant de son bonheur. A présent, il n'y avait plus rien que le vide, l'isolement et la solitude. « Je suis là... Je suis là... »
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