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 Des chaînes différentes. (Alerie)

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Alliser Prestre
OUEST
MessageSujet: Des chaînes différentes. (Alerie)   Lun 26 Sep - 13:20


ft. Buddy & Dude

Des chaînes différentes.




Alliser passe une main calleuse sur ses joues désormais vierges de toute pilosité et s'observe d'un œil critique dans la glace. Voilà des semaines qu'il ne s'était pas rasé, une barbe anarchique et flavescente, et l'absence de broussaille révèle maintenant les ravages. Ses joues sont creusées, son teint cireux, l'éclat de son regard s'est terni et sa musculature, qui a naguère fait son renom, s'érode à une allure vertigineuse. Le Rouge n'est plus qu'un écho du passé qui s'attarde, qui ne parvient pas à faire le deuil de son prestige d'antan.
Cela fait des jours qu'il n'a plus quitté ses appartements, se faisant servir ses repas et recevant les soins du mestre ici même. Un spectre qui hante Feux-de-Joie, appellation trompeuse car cela fait longtemps que le bonheur a déserté l'antique forteresse côtière.
En ce jour, il se voit contraint de quitter la quiétude rassurante de sa tanière et d'aller affronter le monde qui a continué à tourner sans lui. Aujourd'hui, en effet, il s'agit de l'anniversaire du décès de lady Honora, synonyme de la visite annuelle de lady Alerie. Le Prestre a toujours apprécié la compagnie de la nouvelle dame du Roc, bien que les modalités de leurs rencontres ne soient pas des plus radieuses, il se réjouit toujours d'être en sa présence. Réjouissait, tout du moins. Il était un autre homme, lors de leur dernière entre-vue. Un orgueilleux guerrier, auréolé de gloire, puissant et pétri de morgue, rieur et charmeur. À lors, on le surnommait Alliser le Rouge. Aujourd'hui, il est une ombre. Alliser le Claudicant, qu'on le surnomme désormais dans son dos. Que pensera la suzeraine de ces ruines ?


Un brouhaha s'élève de la Cour, signe que la délégation Lannister est en arrivage. Il clôt les paupières un instant, prend une profonde inspiration et se saisit de sa fichue canne. Par les Sept, qu'il abhorre les escaliers !
Il faut plusieurs minutes au Seigneur pour descendre les étages, alors qu'il les aurait dévalés auparavant, et la Cour le voit arriver piteux. Il souffle fortement, son front est emperlé de sueur et sa maudite jambe le met au supplice. Le Lord grince des dents, son bras qui tient la canne tremble. Il plisse les yeux et aperçoit l'écarlate carrosse Lannister d'ores et déjà au cœur de la Cour, Alerie en descendant avec grâce. Quelques mètres les séparent, à peine, et pourtant le Rouge est rivé sur place par l'intenable douleur. Il cherche des yeux le mestre, mortifié, et lui fait signe d'approcher. L'érudit pansu trottine, prudent de ne pas se prendre les pieds dans les pans de sa robe et tend au seigneur une ourde. Alliser engoule le contenu, accueillant avec soulagement l'onctueux liquide dans sa gueule. Il exècre le goût du lait de pavot mais en révère les effets, bien que ceux-ci perdent peu à peu de leur efficacité. C'est suffisant, néanmoins, et le seigneur reprend son chemin jusqu'à arriver près de l'invitée. « Lady Alerie, vous êtes très en beauté. » Il se morigène intérieurement d'une telle remarque, puisque la belle dame est toute vêtue de noir, couleur du deuil. Ses propos n'en restent pas moins véridiques car il irradie d'elle une élégance indéniable. « J'espère que votre route fut aussi bonne que courte. » fait-il, un sourire hésitant bourgeonnant sur ses lèvres. Il se baisse et embrasse la main tendue lorsqu'une voix s'élève derrière lui. « Lady Alerie, c'est toujours un plaisir de vous recevoir. » Alliser se redresse et se raidit, appréhendant la suite. « Je regrette de vous recevoir dans une cour aussi déserte, tous les hommes vigoureux de Feux-de-Joie sont avec votre époux. » La sentence est lancée sur un ton plaisant mais le bœuf sait pourtant que l'invective lui est destinée, sa belle-mère n'ayant manqué aucune occasion de le vilipender depuis sa blessure. Il s'agit à nouveau de la vérité ; à l'accoutumée, la cour résonne toujours des bruits des armes qui s'entrechoquent et des vivats des soldats. Les propos contournent toujours mais froissent immanquablement l'orgueil saccagé. La main se crispe sur le sceptre et les mâchoires se serrent, Alliser bouillonne, le rouge lui montant le long de l'encolure. « Vous pouvez disposer, Myrcella. » articule-t-il d'un ton froid, lui décochant un regard furibond. Elle se contente de lui adresser un radieux sourire et de tourner les talons.
Le Prestre bascule le chef et observe les cieux ; des nuages s’amoncellent et dissimulent l'astre coruscant, quelques gouttes tombent sur son visage tendu. « Il se met à pleuvoir. Nous devrions y aller. » dit-il en offrant son bras et en offrant son bras libre, prenant le chemin des cryptes.

- Adrenalean 2016 pour Bazzart.

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : A Feux-De-Joie, fief de la Maison Prestre, en Terres de l'Ouest.
MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Mar 27 Sep - 0:29




Des Chaînes Différentes

C'est sous un soleil pâle aux rayons diffus que le carrosse flanqué de quatre cavaliers bien armés s'était engagé sur les routes sinueuses. Derrière les rideaux de lins qui protégeaient des relents de poussière qu’engrangeait le cortège, la côte ouest défilait au trot léger. Malgré la splendeur du paysage, qui eut inspiré ménestrels et peintres à la quiétude, la nature de l'excursion commandait que l'on voyagea en silence. Calée entre les coussins de soie et des velours, Alerie se laissait bercer par le léger remue de l'attelage, et peu à peu, elle sentait les plis tirés de son visage se détendre quelque peu. Plus que jamais, elle avait l'impression qu'en une année, elle en avait accumulé bien d'avantage ; et plus encore en ce jour où cette lassitude que connait celui trop vite grandit, loin d'apporter son pesant de sagesse et de de pragmatisme, se teintait d'une ombre noire. Tandis que se profilait au loin les contours de la péninsule de la Mer du Crépuscule, elle se sentit déglutir péniblement et une seule et unique larme perla au creux de son œil pour courir le long de sa joue. « Feux-de-Joie est en vue, ma Dame ! » La voix tonitruante du capitaine de la garde la fit quelque peu sursauter. Rabattant les rideaux, elle passa la tête à la portière : contre l'horizon, on pouvait bien distinguer la silhouette un rien austère du fief Prestre, dont la tour centrale arborait fièrement le drapeau seigneurial. Alors, une chose curieuse se produisit : alors que la vue de la pierre noire contre l'horizon bleu avait de quoi faire frissonner, Alerie sentit une vague chaleureuse la prendre au corps, et c'est presque un semblant de sourire qu'on pouvait voir étirer ses lèvres. Malgré le souvenir douloureux de sa disparition, l'idée que sa petite sœur Honora y avait vécu, connu les joies d'une vie à l'abri du besoin, mais également celles de l'amour et de la maternité, avait de quoi la réconforter. « Faites savoir au guet que nous arrivons, Capitaine ! Et portez bien haut nos couleurs : en ces temps de guerre, je ne voudrais pas que lord Prestre se méprenne sur la nature de cette visite ! » Encore qu'il y avait peu de chance sur ladite méprise : lady Lannister était attendue, et ce d'autant plus qu'elle avait foulé le seuil de cette demeure plus d'une fois depuis son mariage.

Lorsque le claquement sec des sabots contre du pavé annonça que l'on venait de pénétrer la cour intérieure, Alerie s'efforça d'effacer les traces de sa tristesse de son visage. Le noir qu'elle arborait en signe de deuil y contribuait suffisamment pour ne pas en rajouter. Même si elle commémorait la disparition de sa cadette, il n'était nul besoin d'infliger à son hôte le spectacle de yeux rougis et de joues pâles. C'eut été d'ailleurs du plus mauvais goût face à un homme qui avait payé sa bravoure aux combats par de sérieuses blessures, d'autant plus douloureuses pour celui qui s'était bâtit une réputation de guerrier à tout épreuve. Aussi, et pour se redonner contenance, elle se pinça les pommettes du bout des doigts pour leur en raviver le sang et le rose, et replaça délicatement une mèche de ses cheveux avant de prendre appui sur la main qui l'invitait à descendre. Alliser Prestre était déjà prêt à l’accueillir et, bien qu'appuyé sur une canne, il réussit à s'incliner avec un infini respect sur la main qu'elle lui abandonnait déjà en souriant. « Lady Alerie, vous êtes très en beauté. J'espère que votre route fut aussi bonne que courte. » Elle était sur le point de lui répondre, mais elle fut coupée dans son élan par une voix suave mais parfaitement audible : « Lady Alerie, c'est toujours un plaisir de vous recevoir. Je regrette de vous recevoir dans une cour aussi déserte, tous les hommes vigoureux de Feux-de-Joie sont avec votre époux. » Le calme olympien de son hôte, doublé sans doute des douleurs que lui infligeaient ses blessures, ne cachait que difficilement son mécontentement. Bien que la relation entre la Suzeraine et son vassal était tout au plus courtoise, elle pouvait se targuer de reconnaitre suffisamment bien chez lui des bouffées de colère contenues. Le ton qu'il employa d'ailleurs pour congédier sa belle-mère était sans appel. « Vous pouvez disposer, Myrcella. » Alerie observait en silence la curieuse scène qui se jouait sous ses yeux, adressant un simple signe de tête à lady Myrcella qui déjà, disparaissait aussi rapidement qu'elle était apparue. « Le plaisir ne saurait définir à sa juste valeur ce que je ressens lorsque je suis ici, lord Prestre » dit-elle alors avec douceur. « Je vous remercie de m’accueillir comme vous le faites. » La sobriété de son discours lui semblait appropriée. Elle ne souhaitait pas prolonger le visible malaise qui le rongeait, et savait mieux que personne combien il pouvait en coûter de se contenir lorsque l'envie d’éructer vous prenait à bras le corps.

Fut-ce en guise de diversion, ou tout simplement par dévotion, Alliser Prestre leva les yeux au ciel et un plis soucieux pouvait creusa son front. « Il se met à pleuvoir. Nous devrions y aller. » dit-il, tout en lui offrant un bras qu'elle accepta sans hésiter. Alors qu'ils se dirigeaient vers la crypte d'un pas lent qui pouvait passer pour solennel, Alerie prit soudain pleine conscience de la convalescence de son hôte. Elle qui l'avait connu fort et robuste, le genre de personnage qui pouvait briser un fer à cheval entre ses seules paumes, semblait comme l'ombre de lui-même. D'ailleurs, elle avait l'impression qu'il avait honte, car il ne la regardait pas vraiment. Elle renferma alors plus fermement sa main qui gisait sur son bras par une pression légère qu'elle espérait réconfortante. « Je gage que ce repos forcé ne soit pas des plus agréables pour vous, lord Alliser. Mais j'espère ne pas froisser le soldat que vous êtes en vous avouant que j'ai été bienheureuse de vous savoir sain et sauf. » Elle était sincère. On lui avait rapporté la violence des combats de l'attaque de Pyke, et elle aurait sans doute regretté le trépas d'un homme dont non seulement elle admirait le talent de guerre, mais auquel elle s'était également attachée. « Bien qu'il ait plus aux Dieux de rappeler l'âme de ma sœur auprès d'eux, et que ce soit un souvenir douloureux qui nous unisse aujourd'hui, j'avoue voir en vous et les vôtres une sorte de cousins. » Leur marche précautionneuse les guidaient dans les entrailles de la forteresse, et ce fut alors qu'on longeait le long des murs qu'elle demanda, plus bas : « Avez-vous reçu des nouvelles d'Artos ? »


© Belzébuth

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Alliser Prestre
OUEST
MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Jeu 29 Sep - 12:07


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Des chaînes différentes.




Leur procession est lente, ralentie par la claudication du Seigneur de ces lieux, qui s'évertue néanmoins à raidir l'échine et à ignorer la douleur qui lui embrase la jambe. L'allure sereine confère à leur avancée une certaine solennité et permet à Alliser de guetter les réactions de sa cour. Ça et là, des quidams se dressent, qu'il s'agisse du forgeron ou de l'un des membres de sa garde, et il est satisfait de remarquer qu'ils saluent avec déférence le couple qu'ils forment. Se montreraient-ils aussi révérencieux s'il était seul ou le railleraient-ils discrètement, Prestre l'ignore et jugule ses songes tumultueux, fort peu soucieux de commencer à broyer du noir en compagnie de la Dame du Roc. « Au moins ai-je l'opportunité de me reposer, beaucoup de malheureux ne l'auront jamais. » fait-il avec un mince sourire. Les palabres du brisé ne reflètent pourtant pas son opinion intime ; tous ces pauvres diables ont connu une mort glorieuse, tombés au champ d'honneur pour une cause noble. Bien sûr, les ouvrages historiques n'auraient pas retenus la dénomination des innombrables plébéiens terrassés par les hordes fer-nées mais son nom à lui aurait laissé son empreinte au cœur de ces lignes intemporelles. N'est-ce pas là ce qu'il a toujours désiré, grave son patronyme dans l'éternité ? Il ne le pourrait jamais, aujourd'hui. « Vos mots me touchent profondément, lady Alerie. » fait-il pourtant sur un ton doux.


Les voici qui arrivent face à la porte menant aux cryptes, que Alliser pousse tant bien que mal, celle-ci émettant un grincement sinistre. Il remarque avec soulagement que les torches ont été allumées en prévision de la visite, baignant le dédale d'escaliers dans une timide lueur. « Je vais passer devant, si vous le permettez. » Les marches datant d'une époque antérieure à toute mémoire d'hommes, certaines se sont légèrement affaissées ou risquent de le faire, un néophyte pourrait tout à fait les dévaler sur son séant. Aussi, de cette manière le Prestre pourra-t-il dissimuler à la dame les grimaces qui froissent son faciès car les escaliers sont véritablement sa hantise. « Je suis honoré que vous considériez ma famille comme telle. Sachez que les portes de Feux-de-Joie vous seront toujours ouvertes et que nous nous ferons toujours un plaisir véritable de vous recevoir en notre demeure. » Surtout ma belle-mère ajoute-t-il in petto, la harpie étant prête à tout pour se rapprocher de la maison régnant sur l'Ouest.


La descente est, elle aussi, lente et fastidieuse, la canne du sire frappant avec amertume la pierre noire des marches, sa main libre s'appuyant sur le mur froid pour l'aider, et le silence sépulcral est uniquement perturbé par la respiration sifflante du bœuf. Lorsqu'ils atteignent le pied des escaliers, il est hors d'haleine, sa cage thoracique se soulevant et s'affaissant à un rythme effréné, son visage crispé. « Navré. » fait-il avec un sourire contrit et s'épongeant le front d'un revers de manche. Silencieux, ils passent devant une kyrielle de tombes, des seigneurs et des fils puînés, tous morts jeunes, tous anonymes. Là reposent les membres de sa famille et pourtant, Alliser ne s'en émeut point. L'humidité et la pénombre règnent, l'on peut sentir l'air marin et entendre le léger ressac des vagues, et dans les coins sombres, l'on peut devenir la présence de rats. « Artos se porte bien et est honoré de mener nos troupes. » Il envie son cousin pour la première fois, aussi saugrenu que cela puisse paraître. Le chevalier occupe la place qui lui revient de droit, auprès du suzerain, au front, aux remparts de Port-Réal. Il vivra le dénouement de cette terrible guerre, l'écrira, tandis que Alliser n'en entendra que les échos. « Il me charge de vous remettre son affection et de vous demander comment vous vous portez. Que dois-je lui répondre ? » lui offre-t-il avec l'ombre d'un sourire. Alerie porte elle aussi un lourd fardeau, bien qu'elle dissimule avec maestria, celui-ci ne doit guère être plus facile à vivre que celui du lord.
« Nous y voici. » fait-il doucement. Une tombe sobre, similaire aux autres, pour l'occasion ornée d'une couronne florale et d'un portrait de la défunte. Alliser se tient en retrait afin de laisser l'opportunité à la dame de se recueillir sans être perturbée. Après quelques minutes, il reprend la parole. « J'ignore tout du sujet mais même un ignare tel que moi a pu se rendre compte qu'il l'a aimée sincèrement. » offre-t-il maladroitement en guise de consolation.
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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : A Feux-De-Joie, fief de la Maison Prestre, en Terres de l'Ouest.
MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Ven 30 Sep - 19:09




Des Chaînes Différentes

A mesure que l'on avançait, on plongeait dans le cœur de la forteresse. Les souterrains étaient multiples, et malgré qu'il en soit le maître, Alerie observait avec une certaine admiration cet homme à demi plié sur lui-même, qui empruntait couloirs et tournants sans la moindre hésitation. De plus en plus, la lumière se faisait diffuse, et les torches de bois suintaient de l'humidité des roches qui, les soirs de tempête, pouvaient aisément se laisser infiltrer par l'eau de mer. Instinctivement, la jeune femme resserra son étreinte autour de son guide, devenu au fil de leur procession solennelle, cette présence protectrice sans laquelle elle se serait sans doute enfuie d'effroi. Elle voyait mal dans l'obscurité, et ne prêta pas attention aux formes humaines et autres silhouettes qui s'inclinaient sur leur passage. Dans cet étrange décors, sombre et morbide, ils lui semblaient d'avantage fantômes ou mauvais génies que peuple de Feux-de-Joie qui, en ces lieux, portait bien mal son nom. Heureusement, la voix chaude et profonde de son hôte la ramenait de temps à autre dans le monde des vivants. « Au moins ai-je l'opportunité de me reposer, beaucoup de malheureux ne l'auront jamais. » La référence à ses compagnons d'arme tombés pour le Roc faisait écho au brusque souvenir qu'elle eut soudain de son frère ainé, Corvin. Il eut été doux de panser ses blessures à l'ombre de Château-Rosières, ou au coin de la grande cheminée qui ronflait dans la grande salle où les armoiries des Piper croisaient les exquises compositions florales, dont lady Laurine avait l'habitude de décorer chaque pièce du château. Mais aucun d'eux à présent n'était de ce monde pour former un tel tableau. A la place, leurs restes gisaient sous la demeure familiale, à l'instar de la dépouille d'Honora dans les cryptes de Feux-De-Joie. A la différence près qu'ici, Honora avait gagné son dernier repos en entier. « Que la Paix des Dieux soit sur eux » murmura-t-elle alors, sans véritablement savoir si ses prières allaient aux soldats Lannister ou à leurs victimes du sac de Château-Rosières. « Vos mots me touchent profondément, lady Alerie. » Mais parce que la tristesse qui commençait à former une boule au fond de sa gorge étreignait sa capacité de parler, Alerie acquiesça en silence.

On s'arrêta enfin devant une haute porte d'un bois si sombre qu'Alerie aurait juré que la roche avait pris ses droits dessus. Lorsqu'il abandonna son bras pour en actionner le mécanisme, elle eut soudain froid et un frisson lui parcourra l'échine, faisant perler une goutte de sueur au creu de sa nuque. Comme dérangée dans sa sombre quiétude, la porte émit un grincement d'outre-tombe, et Alerie eut la désagréable sensation que l'on profanait une terre secrète, défendue au regard des vivants. Une pensée sotte et exagérée, car les tombeaux étaient construits par et surtout pour ceux qui cherchait à se recueillir auprès des défunts. Chacun de ces corps ensevelis appartenaient à un être cher et, à défaut, à une présence ayant fait les jours et les nuits de la demeure sous laquelle elle reposait. « Je vais passer devant, si vous le permettez. » Derrière son épaule, Alerie distinguait vaguement un escalier qui creusait un chemin dans une obscurité cette fois-ci totale. A voir le pas précautionneux de son hôte, elle devinait l'escalier peu solide, et considérant un instant ses souliers, elles se demanda si elle avait bien fait de demander, en ce jour d'anniversaire, de visiter la crypte qu'elle n'avait jamais vu. Elle comprenait mieux pourquoi, lors de ses précédentes visites, Alliser avait toujours tenté de la dissuader. Elle déglutit péniblement, mais fini tout de même par prendre le peu de courage qui lui restait à deux mains et, tout en relevant ses jupes, suivre la silhouette de son hôte qui déjà, disparaissait dans le noir. Les yeux noisette, habitués aux dorures et au soleil du Roc, mirent du temps à reconnaitre les alentours. Devant elle, le souffle lourd d'Alliser la guidait, et c'est à pas feutrés que les fins souliers se posaient prudemment sur le bois grinçant des marches. A son pied, la vois étouffée par l'air quasi irrespirable lui lança : « Navré. » « De grâce, n'auriez-vous une torche qui puisse nous éclairer ? On n'y voit goutte... » lui répondit-elle, avant qu'une quinte de toux n'abrège son discours. Mais déjà, elle apercevait de petites lampes qui se balançait dans ce qui semblait être le courant d'air qui perçait depuis la mer. D'ailleurs, le va et vient des vagues résonnait contre les murs, cependant que déjà, on avançait entre les tombes qui se dressaient leur leur passage. Elle remarqua qu'il n'avait pas un regard pour les défunts, la guidant entre les âmes familiales comme s'il s'agissait d'insignifiants. « Je suis honoré que vous considériez ma famille comme telle. Sachez que les portes de Feux-de-Joie vous seront toujours ouvertes et que nous nous ferons toujours un plaisir véritable de vous recevoir en notre demeure. » Aussitôt, elle reprit son droit sur son bras, à présent qu'elle y voyait d'avantage. Malgré son malaise de se retrouver entre des morts, et après avoir aperçu une queue de rongeur se faufiler entre une statue du Père et celle du Guerrier, elle retrouvait quelque peu le sourire. « Je suis sincère, lord Alliser. Et si je ressens autant de plaisir à venir vous voir, vous et votre famille, c'est aussi parce que je ressens également celui avec lequel je suis reçue. »

On avançait toujours plus loin, entre les pierres tombales et les bougies à flammes noires. Mais elle ressentait que l'on s'approchait du lieu de rendez-vous. A mesure en effet qu'ils s’engouffraient dans la crypte, une étrange sensation l'enveloppait, entre la tristesse et la chaleur de se sentir en famille. Là, quelque part dans la nuit, reposait le corps de sa petite sœur Honora, épouse d'Artos Prestre et morte en donnant la vie. Une vie qui, hélas, n'avait pas perduré au delà de quelques heures seulement après le douloureux trépas de sa mère. « Artos se porte bien, et est honoré de mener nos troupes. » Le veuf, le père endeuillé depuis trois ans, avait su reprendre le cours de la vie, malgré une réclusion choisie en souvenir de son épouse. Bien qu'elle ne s'en targuait pas, Artos Prestre était sorti de sa tanière à l'annonce du mariage de son suzerain avec sa belle-sœur. Et elle avait toujours mis un point d'honneur à entretenir ce lien ; son départ aux côtés de son époux l'avait gonflée d'orgueil, autant qu'elle lui avait arraché une plainte d'inquiétude. « Il me charge de vous remettre son affection et de vous demander comment vous vous portez. Que dois-je lui répondre ? » Que répondre ? L'honnêteté qui régnait entre elle et Alliser lui commandait de ne pas saupoudrer de belles paroles ce qu'était réellement son quotidien au Roc. Mais pouvait-elle se laisser aller à de telles confidences, auprès d'un homme qu'elle ne connaissait tout de même pas suffisamment pour l'appeler encore ami et qui avait d'abord et avant tout, juré allégeance à son suzerain avant de lui témoigner de l'attachement, à défaut de respect ? « Le départ de mon époux pour Port-Réal me laisse les affaires du Roc à charge » commença-t-elle, prudemment. « J'apprends mon métier de suzeraine au jour le jour, et j'avoue que parfois, je me sens encore quelque peu... étrangère dans mon pays d'adoption. Mais c'est dans l'adversité que l'on se construit, et je ferai tout pour être à la hauteur de ma fonction. Je l'ai juré devant les Dieux... et je le dois... à l'Ouest. » Sa voix se brisa, et elle espérait qu'Alliser mette son trouble sur le compte de l'imminente rencontre avec l'au-delà. En effet, on arrivait enfin. « Nous y voici. »

On venait de s'arrêter devant un amas de pierre, similaire aux autres et pourtant, il lui semblait que l'éclair d'une lampe auréolait la tombe d'un amas de lumière. En son centre, on avait orné les gravures religieuses d'une couronne de fleurs sauvages, comme celle que l'on retrouvait dans les champs que l'air iodé faisaient pousser en des corolles blanches et mauve. Mais ce fut le fin cadre où reposait un croquis du visage si semblable au sien : même cheveux blonds, même yeux en amande, même bouche rieuse. L'émotion paralysait ses membres, et elle pouvait sentir les larmes monter. La voix douce d'Alliser comblait le vide immense qu'elle ressentait, cependant qu'elle se recueillait en silence devant la tombe d'Honora. « J'ignore tout du sujet mais même un ignare tel que moi a pu se rendre compte qu'il l'a aimée sincèrement. » Lentement, alors, elle posa un doigt tremblant sur le portrait. « Elle était trop jeune pour mourir... » fit-elle, avant qu'un sanglot ne lui vole les mots. Elle refusait cependant de pleurer, restant très digne dans son chagrin. Et puis elle était morte comme beaucoup de femmes : en donnant la vie. Personne ne pouvait présager de ce qui pouvait se passer dans l'intimité de la maternité, et bien trop souvent, la plus grande des joies pouvait préluder à la plus grande des peines. « Elle l'aimait, elle aussi. Je la revois le jour de son mariage : si rayonnante, si radieuse... Déjà à Château-Rosières, elle ne parlait que de lui. J'ai tout de suite su qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. » Comment, à cet instant, ne pas faire le parallèle avec son propre mariage ? Cette union qui avait si bien commencé, mais où la tendresse avait aujourd'hui laissé place à l'amertume. Et si c'était le propre de la vie conjugale ? Quand bien même Garett Lannister n'aurait pas retenu prisonnier Loric Piper, sa sœur Alerie aurait-elle longtemps vécu l'état de grâce des premiers instants ? Peut-être Honora eut-elle connu le même sort ? « Que l'Etranger veille sur ton éternel repos... Que la Mère fasse preuve de pitié, de compassion et de miséricorde... » Elle soufflait les paroles religieuses plus qu'elle ne les récitait, cependant qu'une larme eut raison de son impeccable maintien.


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Alliser Prestre
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MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Jeu 6 Oct - 13:28


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Leur discours est ponctué de silences, uniquement perturbé par le crépitement des flammes qui conjurent partiellement la dense pénombre des lieux, durant lesquels les deux jeunes gens se recueillent avec solennité. Bien que Alliser ne soit guère dévot, il respecte toutefois les pieuses interruptions de la dame qui formule d'élégantes prières. Lors de sa jeunesse, le bœuf avait été habité d'une foi volatile, s'agenouillant à de rares occasions devant l'autel du Père et du Guerrier, implorant les démiurges de lui accorder force et probité. Tout cela, néanmoins, avait pris fin au cours de sa première grande bataille. Le seigneur de Feux-de-Joie a beau toujours considéré la guerre comme un sentier à emprunter pour se couronner de gloire, il ne se leurre toutefois pas : les conflits armés sont ignobles et brutaux, dénués du romantisme que leur prêtent les chansons et récits épiques. Le fracas de l'acier, les hurlements d'agonie des moribonds, la frénésie des hommes, tout cela ne peut être l’œuvre divine. Ceux qui sont transis d'effroi invoquent leur mère, ceux qui expirent lancent de désespérées suppliques aux cieux pour leur salut mais toutes ces lamentations possèdent une même constante : elles demeurent sans réponse. Lorsqu'il tenait son seigneur père mourant dans ses bras, Alliser se souvient encore du regard fiévreux, fou et des ultimes mots : je ne sens pas la présence des dieux, fils. Seulement le froid. Les Sept sont soit cruels, soit abandonnent les hommes à leur heure fatidique, ainsi le lord en a-t-il conclu. Alors, quand la dame évoque la paix des dieux, le Rouge ne donne pas voix à ses opinions, afin de ne pas froisser la suzeraine et de ne pas la priver de ce refuge confortable que se sont bâtis les pieux.

Alliser a beau placé son poids du corps sur sa jambe valide, la douleur ondule le long de sa patte estropiée, le plongeant dans un mal-être apparent, des grimaces contorsionnant périodiquement son faciès. Ah, quel héros de guerre il fait, soutenu par une canne à à peine trente-trois ans, incapable de se tenir debout plus d'une dizaine de minutes. Dans ses rêves, l'image du sauvage lui ayant infligé cette flétrissure s'impose à lui avec vividité ; un homme arborant une armure dépareillée, à la crinière grasse, à la gueule grêlée et aux chicots gâtés. Dans ses rêves, le sauvage assène l'horion à la tempe du seigneur et les ténèbres avalent ce dernier pour toujours. Parfois, il se demande si cette alternative n'aurait pas été préférable.
Le bœuf se fait violence et ravale son fiel afin de répondre à la dame : « Vous avez fait jusqu'ici un travail admirable. » offre-t-il poliment. En toute honnêteté, Alliser ignore tout de l’œuvre d'Alerie, tant absorbé qu'il a été par sa propre misère, se complaisant à se vautrer dans ses désillusions. « Je ne peux imaginer à quel point la tâche doit être ardue pour vous. » fait-il, avec sincérité cette fois. En effet, le noble sait d'où la belle vient et dans quelles conditions elle a été amenée à devenir suzeraine de l'Ouest. Ce sont les lions qui ont gravi les remparts de sa demeure ancestrale, qui ont passé au fil de l'épée son frère. Un rude traumas que de devoir partager la vie du commanditaire. « Les gens de l'Ouest sont une peuplade fière, parfois difficile à traiter mais je suis persuadé que le temps aidant, vous finirez par vous sentir chez vous à Castral Roc. Sachez que les maisons Prestre et Westford sont derrière vous. » Les Ouestriens étant en effet nantis et puissants, ils pourraient aisément contempler une dame issue d'une famille conflanaise avec morgue. « Sachez aussi que si je peux vous être utile à quoique ce soit, je suis votre lige. » fait-il avec humilité. N'étant plus guère le hardi guerrier qu'il a jadis été et plus en mesure de résoudre les conflits par la voie des armes, Alliser doit maintenant apprendre les ficelles de politique, bien qu'il demeure pour l'heure un néophyte dans le domaine de la diplomatie. Au cœur de ces cryptes, le seigneur a l'impression de renier les dogmes familiaux en voulant s'essayer de la sorte au jeu des trônes.

Le maître de céans pose un doux regard sur le portrait de la défunte, si similaire à sa sœur, le crin flavescent, un regard azuré et pétillant, élégante et belle. Encore une preuve patente de la cruauté des dieux. Le Lord se rapproche imperceptiblement de la dame, lui offrant par sa proximité un soutien silencieux. « En effet. Nul ne devrait partir si tôt. » Des paroles creuses car l'on ne peut endiguer le destin.Il réclamera toujours son dû. « Oui-da, mon cousin en était tout aussi épris. Au moins auront-ils aimé avant d'être séparés. » prononce-t-il d'une voix posée. La mièvrerie de l'idylle balbutiante et candide des deux jeunes a souvent fait lever les yeux au ciel au seigneur, qui n'est guère versé dans le romantisme mais encore une fois, il fait l'impasse sur ses opinions. Une larme roule silencieusement sur la joue de la suzeraine, brisant le masque digne, dévoilant la douleur crue. Alliser se permet d'enserrer le bras de la dame dans sa main et de le presser doucement afin de la réconforter. « Je partage votre peine, milady. » souffle-t-il, ne sachant point comment soulager la lionne de son chagrin.
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Alerie Lannister
OUEST
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MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Ven 7 Oct - 10:51




Des Chaînes Différentes

Alerie n'avait jamais été véritablement pieuse. Il s'agissait d'avantage d'une habitude prise, d'une part non négligeable de son éducation. Les rares fois où sa septa arrivait à mettre la main sur la jeune demoiselle du château qu'elle était, elle faisait de sa dévotion aux Sept sa priorité. Elle la revoyait encore grommeler dans les couloirs, la bouche à demi cachée dans le grand voile dont elle drapait sa coiffe : il n'était pas bon qu'une jeune fille ne s'acquitte pas de ses dévotions journalières aux Dieux. Elle serait damnée et on jaserait. Si les années avaient quelque peu assagit son élève, et ramené la jeune fille sur le chemin du septuaire familial, ses croyances avaient été largement ébranlées par les évènements de Château-Rosières. Elle n'arrivait pas à croire en la miséricorde divine lorsque le Destin permettait de telles monstruosités. Cependant, elle n'avait boudé ni les sommaires funérailles données à son frère et à sa mère, et ne boudait pas aujourd'hui le recueillement devant la tombe de sa sœur. Peut-être parce que c'était ce que l'on attendait d'elle. Et peut-être aussi parce qu'il y avait tout de même une forme de réconfort dans la remise aux Dieux des âmes ayant quitté les vivants. Elle avait d'ailleurs pris l'habitude de visiter le septuaire de Castral-Roc pour y trouver le silence et la quiétude nécessaire à la vie qu'elle menait à présent. « Vous avez fait jusqu'ici un travail admirable. » La voix calme de lord Prestre lui arracha un sourire. Elle ne savait si elle devait prendre ses dires pour de la délicatesse de circonstance, ou pour de la sincérité liée à un métier qu'il connaissait lui aussi. Il se devait de gérer ses terres au même titre qu'elle, et à bien des égards, leurs situations étaient similaires. « Je ne peux imaginer à quel point la tâche doit être ardue pour vous. » Il n'avait pas idée. Elle s'était vite rendue compte qu'il y avait d'avantage à la charge de suzeraine que les jolies robes et les riches réceptions. En l'absence de son époux, Alerie se devait toute entière à la vie quotidienne du Roc, de la ville de Port-Lannis mais surtout, aux différentes doléances des maisons vassales des Lannister, dont la première préoccupation, en ces temps troubles, était naturellement de savoir si les leurs étaient sains et saufs. « Je vous remercie, lord Alliser. Je m'efforce d'être à la hauteur... Et je veux être à la hauteur de cet honneur que le Destin m'a fait. » ajouta-t-elle plus franchement, une petite lueur de défi soudain dans le regard.

Elle avait toujours été déterminée. Elle ne supportait pas qu'on la moque, d'être ridicule ou humiliée. Elle avait sa fierté, celle d'une femme mais plus encore de celles qui ont tout à prouver alors que la vie leur ouvre des portes inattendues. « Bien que je ne vous cache pas que parfois, le manteau au lion d'or que le Seigneur Lannister a posé sur mes épaules me parait parfois trop grand... » Elle n'était certainement pas la seule à le penser. Dans les premiers jours de son mariage, où elle n'avait pensé à rien d'autre, sinon le bonheur et l'exaltation de connaitre les joies de la chaire entre les bras d'un des hommes les plus séduisants des Sept Couronnes, elle avait ignoré les bruits, les chuchotements, et les regards. Mais lorsque la chape de plomb, les barreaux de la cage dorée s'étaient refermées sur son cœur, il avait bien fallu tendre l'oreille et ouvrir les yeux : pour Garett Lannister, petit-fils du dernier Roi du Roc Loren Lannister, seigneur de la plus puissante et plus riche maison suzeraines à travers le continent, épouser une petite Piper relevait de la plus terrible des mésalliances. Il avait fallu composer avec des familles vassales loyales de l'Ouest, dont les jeunes filles avenantes et bien plus au fait des intérêts de leu pays auraient sans doute d'avantage profité d'un mariage avec le beau lion. Plus qu'une inimité née d'une jalousie toute féminine, Alerie s'était vue confrontée au regard un rien inquisiteurs de tous ceux qui, selon la loi, lui devaient le même respect et le même dévouement qu'à son époux. Des regards parfois glaçants, cherchant derrière son sourire de circonstance et des manières qu'elle avait tout de même héritées d'une Myatt, les failles de ce qui parfois, lui valait le surnom de "l'Etrangère." « Les gens de l'Ouest sont une peuplade fière, parfois difficile à traiter mais je suis persuadé que le temps aidant, vous finirez par vous sentir chez vous à Castral Roc. Sachez que les maisons Prestre et Westford sont derrière vous. » Elle se tourna alors vers lui et cette fois-ci, elle n'arrivait plus à cacher sa surprise. Elle s'efforçait à la prudence, à tâter le terrain qui faisait ce guerrier à toutes épreuves et dont la loyauté à son suzerain était connue au delà de la Ruffurque. Il fallait un certain courage pour promettre ainsi un tel soutien à une femme, qui peut-être pouvait avoir des intérêts contraires à ceux de sa patrie d'adoption. Encore que ce n'était pas son cas. Ce qu'il se passait dans la chambre conjugale, Alerie s'était juré de ne jamais le confondre avec sa fonction. Un argument de plus à avancer devant son époux lorsqu'il s'agirait de nouveau d'évoquer Loric, mais plus encore que sa demande ne changerait en rien les vœux qu'elle avait prononcés et le sérieux qu'elle avait gagné depuis son départ. « Votre soutien m'est précieux, lord Alliser. Il m'en réchauffe le cœur de savoir que vous voudrez bien associer votre nom au mien, et je peux vous le jurer devant cette tombe et devant la dépouille de ma sœur : je saurai me montrer digne de votre confiance, ainsi que de celle de la maison Westford. »

Elle ignorait depuis combien de temps ils se trouvaient dans cette crypte. Le temps semblait suspendu alors que la vie rencontrait la mort en amie, en sœur séparée par les lois de l'espace et de la compréhension. Entre les pierres noircies et les ombres que projetaient le jeu des flammes contre elles, seules leurs deux voix donnaient corps aux souvenirs de ce qu'avaient été ceux qui y reposaient pour l'éternité. Le portrait d'Honora brillait dans la nuit, sa jeunesse comme une fontaine d'eau claire dans un désert aride où l'on vient s'abreuver. « En effet. Nul ne devrait partir si tôt. » Elle eut un faible sourire. Elle se souvenait encore de sa dernière lettre, où elle annonçait avec un orgueil visible sa grossesse. Toutes les fées semblaient s'être posées sur ce couple que le hasard avait formé à la perfection. Elle se souvenait encore comment elle avait arraché le corbeau des mains du mestre, lu les premières lignes puis dévalé les escaliers de la haute tour qui menaient aux oiseaux messagers depuis le reste de la demeure familiale. Elle avait heurté bon nombre de servantes en train de remonter du linge, des valets en train de rallumer les torches qui éclairaient les couloirs. Elle se souvenait encore avec quel fracas elle avait fait son entrée dans la grande salle à vivre, arrachant un cri de frayeur à sa mère suivi d'un large rire paternel, qui depuis, l'avait surnommée "son petit ouragan blond". « Qui eut cru que la maternité, après lui avoir apporté tant de joies... » Elle s'arrêta. Dans cette histoire, il n'y avait pas seulement Honora qui avait quitté ce monde, mais aussi son neveu Viktor, mort-né. Artos avait pleuré deux êtres ce jour là, une douleur qui s'était répercutée jusqu'à Château-Rosières et qui avait poussé Alerie à faire de Feux-de-Joie sa première halte après son mariage. Il y avait dans le malheur une sorte de communion, communion dont elle se rendait à présent compte que son cousin, Alliser, rejoignait. « Oui-da, mon cousin en était tout aussi épris. Au moins auront-ils aimé avant d'être séparés. » Elle acquiesça en silence. A présent qu'elle l'avait connu, fusse furtivement, elle savait qu'Honora n'aurait jamais été complète si elle ne l'avait pas ressenti dans toute sa splendeur, toute sa douceur. La voix d'Alliser Prestre se mêla alors à ses pensées. « Je partage votre peine, milady. » Elle se retourna alors franchement pour faire face à son hôte, et posa une main douce et réconfortante sur le bras qui l'aidait à se tenir sur sa canne. « Je le sais, lord Alliser. Un partage qui pour moi, a toute la valeur d'une amitié. Je vous remercie de me permettre ce recueillement, et j'aimerais pouvoir vous rendre la pareille. Sachez que vous trouverez en moi une suzeraine à votre écoute, une parente à votre défense. »

C'est alors qu'elle se rendit compte à quel point elle avait froid. Elle frissonnait, malgré la chaleur de sa robe de deuil, et elle soupçonnait que ses lèvres prenaient une teinte violacée. « Il me semble qu'il est de coutume de prendre collation en souvenir des défunts... Je ne vous cache pas que je préfèrerai de loin communier autour de quelque chose de chaud, et en étant assise... ? » Elle prit soin de ne pas suggérer à son hôte qu'il lui fallait reposer sa mauvaise jambe, parce qu'elle savait qu'il le verrait comme une insulte, une humiliation.


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Alliser Prestre
OUEST
MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Lun 17 Oct - 13:15


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Des chaînes différentes.




Le recueillement touche peu à peu à sa fin, les larmes se sèchent, l'élancement de la douleur ravivée par la vue du tombeau s'engourdit quelque peu et l'on contemple désormais des réminiscences intimes douces, qui exorcisent le sel des plaies et des joues. Alliser est mitigé ; soulagé que le masque de la dame ne soit pas en entièreté brisé mais se sentant pourtant quelque peu enorgueilli par le fait qu'elle lui ait laissé apercevoir les fêlures de ses remparts, signe d'une confiance balbutiante. « Les grands seigneurs de l'Ouest seraient bien en peine d'évoquer quelque grief contre votre gérance de notre beau pays. » offre-t-il généreusement. À la connaissance du Prestre, la belle n'a commis aucun impair et les grands lords demeurent muets, peut-être attendent-ils le retour du suzerain légitime afin d'éructer leurs doléances. Alliser l'ignore, s'étant tenu en retrait de la scène politique, mais cela ne l'empêche guère de formuler l'un ou l'autre mensonge blanc afin de rasséréner la Lannister. « Vous grandirez, ma dame. Ce manteau finira par vous seoir parfaitement. » Il est inéluctable qu'une dame issue d'une famille mineure d'un pays étranger soit désemparée par l'ampleur de la charge qui lui incombe et qu'elle se sente hagarde face à la vastitude de responsabilités auxquelles elle doit se soumettre. Elle tient pourtant sa barque, pour l'heure, naviguant sur ces eaux tumultueuses et hostiles, gonflées par la jalousie et la rancune. Quiconque allumerait un phare afin de l'amener à bon port serait sans l'ombre d'un doute un allié bienvenu choyé, allié que Alliser compte bien être. D'ailleurs, son intuition a vraisemblablement été la bonne, puisque l'élégante semble verser dans ce sens. Le bœuf sent la chaleur réconfortante de la main posée sur son bras et s'accorde un mince sourire. Habitué aux manipulations du mestre, ce toucher délicat et féminin, dont il est depuis si longtemps sevré, est accueilli avec un doux contentement. « Comme je vous l'ai dit, ma dame, vous pouvez compter sur mon amitié et sur mon soutien. » lui assure-t-il derechef, afin de fortifier la conviction de la lionne. Sa jambe et ses rêves ont été brisés, certes, mais sa loyauté envers la famille suzeraine demeure intacte et inaltérable. Sauf lorsque l’alitement le gorge de fiel, bien entendu.

Comme le fait comprendre la Lannister, les deux compagnons ont passé suffisamment de temps dans ce caveau lugubre et humide. Le froid coule jusque dans les os dans la dame, bleuissant ses lèvres mielleuses, rendant les doigts du lord gourds. La faim, elle aussi, les tenaille. « Oui-da, j'ai donné comme instruction aux servantes de préparer la chère pendant que nous nous recueillissions. » Il jette un dernier regard au portrait et offre son bras à la suzeraine et tandis qu'ils commencent ensemble la lente et fastidieuse ascension, ses songes se tournent naturellement vers son cousin et sa bien-aimée. Aurait-il fini par nourrir de la jalousie envers eux ? Se seraient-il montrés avides de sa place, ourdissant sa démise pour s'emparer de son trône ? Se serait-il méfier d'eux ? Peut-être les auraient-ils exilés. Peut-être doit-il faire pareil de sa belle-mère. Tant de questions, vaines et sottes, que ressasse le flot de ses pensées, ayant au moins pour avantage de dévier son attention de la douleur qui lui embrase la jambe. Lorsqu'il parvient au sommet des marches, pourtant, Alliser grommelle dans sa barbe un chapelet de jurons. Il allait s'excuser d'un tel langage lorsqu'un cri l’interpelle. « Père ! » lance une voix cristalline. Le boeuf pivote vivement le chef et aperçoit Olenna, sa bâtarde, remonter ses jupes et courir vers lui, son candide faciès fendu d'un franc sourire. Dénuée de toute afféterie, elle percute son géniteur et l'étreint. Toutefois, lorsque la petite aperçoit derrière son père la dame du Roc, ses lèvres décrivent un 'o' parfait et ses pommettes prennent une teinte purpurine. « Ma dame, je suis Olenna Hills, fille naturelle de Lord Alliser, pour servir. » bafouille-t-elle en faisant la révérence, ce qui arrache un rire à son père. La bâtarde, d'essence joviale et pétulante, s'ingénie pourtant à se montrer révérencieuse et digne lorsqu'elle rencontre les invités de son père, afin de ne pas couvrir ce dernier plus avant d'opprobre, vu son statut. Le Seigneur pose une main protectrice sur le sommet de sa fille. « Va donc prévenir les cuisines que Lady Alerie et moi-même arrivons. » dit-il d'une voix riante. Olenna, ravie d'avoir une raison d'emmener loin son embarras, s'exécute dans la foulée. « Elle a le cœur bon. J'ignore d'où elle tire ce trait. » fait-il à la dame de haut parage en contemplant l'enfant prendre le large d'une foulée hâtive. Alliser aime sincèrement son enfant, presque autant que ses deux éternelles maîtresses ; la violence et la gloire. Sa présence a quelque peu facilité la convalescence. Le sire de Feux-de-Joie espère d'ailleurs que le Roi légitime Jaehaerys accédera à sa requête de légitimation.

Les deux nobles, après avoir traversé la cour, finissent par arriver dans la grande salle totalement déserte. Ils prennent place à la table seigneuriale, Alliser sur son trône et Alerie à sa droite, place d'honneur. Les serviteurs hélés leur servent du vin épicée ; le sire de céans est plutôt friand de bière, boisson emblématique des soudards, mais n'est point disposé à présenter tel breuvage à une dame de si haut rang. « Il vient de la Treille. J'espère qu'il est à votre goût. » On leur servit du cochon de lait avec un délicieux ragoût de légumes ; la guerre fait rage, certes, mais l'Ouest est dans sa vaste majorité indemne, les greniers, bien que rationnés pour l'armée, sont encore maintenant pleins et l'on mange à sa faim. « J'espère que vous comprendrez qu'à Feux-de-Joie, nous ne mangeons que peu de bœuf. » plaisante-t-il avec un mince sourire.
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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Ven 21 Oct - 14:16




Des Chaînes Différentes

« Les grands seigneurs de l'Ouest seraient bien en peine d'évoquer quelque grief contre votre gérance de notre beau pays. » Sa bonne éducation et sa position de suzeraine parlant à un vassal lui interdisaient de réagir. Mais à l'intérieur, elle se sentait hurler de rire. L'image des dignitaires des grandes maisons était si claire devant ses yeux, et il y avait fort à parier que derrière les mines sérieuses et prêtes à juger le moindre de ses faits et gestes, plus d'un "grand seigneur" se verrait désemparé face à la tâche qui lui incombait. La plupart d'entre eux étaient assignés à résidence car l'âge ne leur permettait pas de mener la bataille aux côtés du lord suzerain. Comme elle, ils se devaient tout à l'intendance de leur domaine, entourés pour la plupart par leur épouse, leurs filles ou belles-filles, leur sœur ou leur tante. Elle avait du mal à imaginer qu'un homme, aussi gentilhomme soit-il, arrive longtemps à supporter les badinages féminins, les longues heures passées devant la cheminée à leur travail de broderie ou encore dans le septuaire pour plusieurs prières journalières ! Elle avait cet avantage considérable d'avoir de l'empathie pour ces femmes qui aujourd'hui, constituaient le cœur de la population de l'Ouest. Mais cette petite supériorité était bien maigre comparée à ce qu'il arriverait lorsqu'elle rejoindrait son époux, et qu'il rentrerait en maître chez lui. Alors, elle ne serait de nouveau rien d'autre qu'un ventre dont on attendait l'activité, à défaut du retour du fils héritier. Et elle serait à nouveau toute petite face aux grands fauves... « Vous grandirez, ma Dame. Ce manteau finira par vous seoir parfaitement. » Alerie darda sur lui un regard dont elle espérait qu'il puisse fouiller ses pensées. Les paroles d'Alliser faisaient écho à ses craintes : le pensait-il vraiment ? Elle aimait à penser que oui, qu'il n'avait aucune raison de ne pas être sincère. « Comme je vous l'ai dit, ma Dame, vous pouvez compter sur mon amitié et sur mon soutien. » Alerie acquiesça. « Je saurai m'en souvenir, lord Alliser. Je saurai me tourner vers vous le cas échéant. »

Elle avait ponctué ses dires d'un sourire poli, signe que la discussion sur ce chapitre était clôt. Elle ne voulait pas sortir de cette journée en donnant l'impression d'être une créature faible à la recherche de chaque manifestation de soutien. Et une partie infime en elle se rassurait : sans qu'elle le lui demande, il s'était juré à elle. Elle pouvait respirer plus librement en se sachant épauler par deux grandes familles, en sachant qu'elle n'était pas si seule au monde. Elle effleura des doigts la corolle de fleurs et murmura un : « Repose en paix, ma sœur. » à l'attention du portrait. « Nous nous reverrons : dans ce monde, ou dans le prochain. » Elle tourna alors définitivement son dos à la tombe. Si elle la regardait encore, elle n'aurait sans doute pas trouvé la force de la quitter et de rejoindre les vivants au dehors. S'enfermer dans la nuit pour se protéger, la défunte présence d'Honora pour seule alliée. Une pensée trop morbide, qu'elle n'avait du reste pas le luxe de se payer. De plus, son hôte la rejoignait dans sa suggestion de se restaurer. « J'ai donné comme instruction aux servantes de préparer la chaire pendant que nous nous recueillissions. » A l'évocation d'une table de déjeuner bien garnie, Alerie pouvait sentir la salive lui humecter la bouche. Elle se rendait compte soudain combien elle avait faim ! « Je vous suis ! » fit-elle gaiment, en prenant le bras qu'il lui offrait pour l'engager sur le chemin du retour, vers la lumière et la chaleur. Sur le trajet, elle l'entendit ruminer des paroles incohérentes. Instinctivement, elle repensa à l'étrange altercation qui avait précédé leur recueillement, lorsque lady Myrcella s'était faite sèchement congédiée. La curiosité lui brûlait les lèvres, mais pour le moment, elle ne voulait pas aborder un sujet qui risquait de mettre mal à l'aise son hôte qui n'avait été que bonté pour elle. Elle avançait prudemment pour ne pas trop peser sur sa mauvaise jambe, mais un cri derrière eux la fit sursauter brusquement. « Père ! »

Une silhouette frêle et élancée venait de percuter Alliser, crochetant de petites mains sales mais néanmoins parfaitement soignées contre son cou. Elle était visiblement ravie de le voir, et leur étreinte durait si longtemps qu'elle eu temps de faire apparaitre un pli de surprise et d'interrogation sur le front d'Alerie. Une fille ? C'était bien la première fois qu'elle en entendait parler ! La petite se lovait toujours contre l'imposante poitrine paternelle lorsqu'elle remarqua la présence d'Alerie. Alors, elle se détacha de son père et plongea en une révérence un peu gauche et pleine d'une si grande implication qu'elle arracha un sourire tendre à la jeune femme. « Ma Dame, je suis Olenna Hills, fille naturelle de Lord Alliser, pour servir. » Alerie acquiesça d'un signe de tête. « Je n'en doute pas, Olenna Hills. » Elle ne pouvait lui donner de titre, mais elle ne voulait pas non plus s'adresser à elle par son simple prénom. Elle n'était pas une servante, et si sa condition de bâtarde ne lui permettrait jamais de parler d'égale à égale avec une noble dame, nul besoin était de la traiter en moins que rien. Le sang de son père coulait dans ses veines et cela lui suffisait comme apanage. Ce dernier posa une main protectrice sur la couronne de ses cheveux et murmura : « Va donc prévenir les cuisines que Lady Alerie et moi-même arrivons. » Après une dernière génuflexion, elle courrut dans la direction indiquées à grandes enjambées et dans un froufrou de jupons. « Elle a le cœur bon. J'ignore d'où elle tire ce trait. » dit Alliser en suivant d'un regard tendre la silhouette de son enfant. « Pour ma part, j'ai une petite idée... » fit Alerie malicieuse. Elle resserra son étreinte autour du bras de son hôte. « Elle vous ressemble beaucoup. Peut-être que l'innocence de l'enfance aura décuplé cette qualité naturelle qui semble être l'apanage de votre famille... Non, ne rechignez pas ! » ajouta-t-elle en le voyant qui voulait l'interrompre. Elle planta son regard dans le sien. « J'ai cette chance de vous connaitre comme peu peuvent s'en targuer. Je sais que derrière le seigneur fort et responsable se cache un homme fondamentalement bon. »

On arriva enfin dans la grande salle seigneuriale, où la table avait été richement dressée. Alerie fut placée à la droite du seigneur qui prenait place en tête de table. Alors qu'un serviteur leur servait les bassines d'eau citronnée pour permettre aux attablés de se laver les mains, d'autres posaient auprès d'eau une grande carafe de vin vermeil dont les reflets scintillaient contre le soleil qui perçait depuis les vitres. « Il vient de la Treille. J'espère qu'il est à votre goût. » Alerie ne pu cacher sa surprise : elle s'était attendu à une bière bien fraiche. Élevée dans la campagne, le vin avait toujours été un luxe rare, et le mélange de levain et de blé lui manquait dans le palais de Castral-Roc. Cependant, elle fit honneur à la boisson, ainsi qu'au formidable cochon de lait qu'on lui servit. La viande était tendre et fumante, et le vin accompagnait à merveille le plat. « J'espère que vous comprendrez qu'à Feux-de-Joie, nous ne mangeons que peu de bœuf. » Alerie eut alors un petit rire. « A Château-Rosières, nous mangions surtout du poisson ou de la viande blanche de poulet. Ce n'est que depuis que je suis dans l'Ouest que j'ai pris... l'habitude de manger de la viande rouge, et je vous avoue que je n'en raffole pas. Ce cochon est délicieux, veuillez donner mes compliments à votre maître coq et sa cuisinière ! » Elle trempa ses lèvres dans la coupe d’éteint pour se délecter à nouveau du vin bieffois. On mangeait en silence mais bientôt, elle sentit la curiosité à nouveau l'étreindre et lui couper l'appétit. Prudemment, elle demanda alors : « Il s'agit peut-être d'un souvenir douloureux mais... Pourquoi ne jamais m'avoir parlé de votre enfant ? J'avoue avoir été surprise - agréablement - de la voir. A-t-elle toujours vécu à Feux-De-Joie ? »


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Alliser Prestre
OUEST
MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Mer 26 Oct - 17:31


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Des chaînes différentes.




Fondamentalement bon ... Le Seigneur de Feux-de-Joie considère la phrase, l'étudie sous toutes ses coutures, en sonde la véracité. L'est-il ? Il ne le pense pas. Assurément, il est aisé de paraître débonnaire face à une dame de haut parage, de la berner avec des courtoisies onctueuses et des compliments melliflus. Qu'aurait-elle dit, pourtant, si elle l'avait vu sur un champ de bataille ? Ah, certes, il a combattu pour une cause belle et bonne, asseoir sur le trône le roitelet légitime, et a, pour ce faire, bataillé avec un zèle irréfutable mais à la vérité, s'il avait plié le genou devant les bannières du Cruel, il aurait guerroyé avec une ardeur toute aussi véhémente car c'est bel et bien pour sa propre cause qu'il combat, pour sa gloire personnelle qu'il a versé le sang des marauds d'en face. Ah, si la belle l'avait vu à l’œuvre, le faciès peinturluré d'écarlate et un sourire flottant aux lèvres, nul doute qu'elle le traiterait comme la bête qu'il est. Nul homme n'est bon lorsque l'on place un glaive dans ses pognes et qu'on le bénit de pouvoir. Néanmoins, il ne rechigne pas, garde ses réflexions au devers de lui et accepte placidement la flatterie.


Alliser pose sa canne contre la lourde table et étend sa jambe sous celle-ci, la massant discrètement, soulagé d'enfin pouvoir s'asseoir. Sa patte est parcourue de quelques tremblements et un éclair de douleur le foudroie de temps à autres mais pour l'heure, la situation est gérable. Poussant un soupir de contentement, il laisse son regard vagabonder entre deux bouchées, ses yeux céruléens s'abîmant dans la contemplation des tapisseries murales narrant les épopées des seigneurs l'ayant précédé. Toutes montrent un puissant et haut guerrier, beuglant des cris de bataille, brandissant une épée ou une hache et pourfendant ses ennemis. Figurerait-il lui aussi, un jour, sur ces murs ? Les mestres édulcoreraient-ils ses défaites et sublimeraient-ils ses maigres triomphes ? Ou l'histoire se souviendrait-elle de lui en tant que bœuf boiteux ? Tracassé, un pli mauvais lui courbe les lèvres et le Prestre préfère reporter son attention sur sa convive. « En effet, les cuisiniers se sont surpassés. Leurs efforts seront salués. » Les mets sont véritablement exquis et Alliser se surprend lui-même en vidant son assiette, lui qui est habitué depuis quelques mois aux repas frugaux. Cela fait bien longtemps que Feux-de-Joie n'a pas reçu d'invité aussi prestigieux et que la salle de réception s'anime d'un semblant de vie. Tout cela lui a manqué, à dire le vrai.


Le soudard observe Alerie, son ton prudent et la délicatesse avec laquelle elle introduit le sujet, désireuse de ne pas froisser mais aussi d'assouvir sa curiosité. Alliser porte sa coupe aux lèvres afin de cacher son amusement. Les nobliaux, a-t-il remarqué, ont plus de scrupules à s'entretenir sur la thématique des bâtards qu'à les concevoir. « J'ai deux enfants, en vérité, tous deux illégitimes et issus de mères différentes. Ormund, mon aîné, qui a onze ans, et Olenna, que vous avez vu tout à l'heure, qui a dix ans. » Cette confession va-t-elle porter préjudice à l'affection que la Lannister lui porte ? Il ne sait guère, ose espérer que non. Il est un peu honteux car ces enfants n'ont pas été le fruit d'une naïve idylle, d'un amour maladroit de jeunesse, mais bien du vice et de la vindicte. Alliser a engendré ses bâtards à l'unique fin d'attirer l'opprobre sur la cour de son père, afin de se venger du remariage hâtif de celui-ci. Ah, quel fin idiot il fait ! « Ils ont toujours résidé à Feux-de-Joie, à la cour paternelle d'abord, à la mienne ensuite. » L'ironie du sort a voulu que le bœuf finisse par nourrir une réelle affection pour ses chérubins honnis par les dieux et les hommes. Tous deux, prenant à contre-pied les stéréotypes entourant la bâtardise, sont nantis d'une âme débonnaire et vertueuse, leur statut leur ayant sans doute enseigné l'humilité. « J'ai appris que les rumeurs concernant les enfants nés du mauvais côté du lit ne sont que racontars et superstitions. » En vérité, le lord n'est pas mécontent que la dame ait effleuré le sujet, cela va lui permettre de planter en l'esprit de la belle certaines graines qui seront, sans l'once d'un doute, bénéfiques à la lutte l'opposant à sa belle-mère. « Ormund est galant et fait montre d'une souplesse d'esprit tout à fait remarquable, me disent les mestres. Il ne ferait, somme toute, pas un mauvais héritier. » dit-il d'un ton prudent et mesuré, conscient du caractère surprenant de ses propos. Il peut comprendre la réticence qu'a la noblesse face aux bâtards ; cela peut compromettre le statut légal des héritiers légitimes et de ce fait, saper les alliances matrimoniales. Puisqu'il est célibataire et trop vieux que pour se marier, ses bâtards sont malheureusement son dernier recours contre les manigances de la marâtre. De par cette confession, que d'aucuns jugeraient infâme, il espère gagner Alerie à la cause de ses bâtards, qu'il projette de faire légitimer une fois Jaehaerys rétabli en ses royales fonctions. Ainsi, si Alliser venait à disparaître avant l'heure, la suzeraine pourrait appuyer les prétentions d'Ormund.
Non mécontent de lui, le Prestre engoule le restant de son vin et s'affuble d'un charmant sourire. « Désireriez-vous peut-être quelques gâteaux au citron pour parachever cet agréable repas ? » demande-t-il avec sollicitude. Ces fruits sont denrées rares en temps de guerre mais au vu du moment crucial qui se joue, rien n'est trop onéreux.
- Adrenalean 2016 pour Bazzart.

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : A Feux-De-Joie, fief de la Maison Prestre, en Terres de l'Ouest.
MessageSujet: Re: Des chaînes différentes. (Alerie)   Mar 22 Nov - 19:06




Des Chaînes Différentes

Le repas était divin. La conversation était de mise mais en vérité, chacun appréciait à sa juste valeur les saveurs qui esquissait savamment leur chemin dans les palets des deux convives. Au dehors, le temps se déchainait toujours, et le feu qui flambait dans la cheminée adoucissait un peu plus encore l’atmosphère bienheureuse de Feux-de-Joie. Attablée, Alerie prenait cependant précaution à ne pas avaler de trop grandes bouchées. Il s'agissait d'apprécier ce repas pour ce qu'il était : un vrai luxe par les temps qui courraient. Bien que l'on pouvait s'attendre à un éminent épilogue de la guerre, le manque de vivres ébranlait encore beaucoup le continent ; et seules les régions du Bief - Grenier de Westeros - et de l'Ouest, de part ses ressources minières, pouvaient s'approvisionner convenablement. Elle avait elle-même connu des temps durs. Dans les premiers temps du conflit, une pénurie de blé avait secoué le sud-ouest du Conflans et bientôt, Château-Rosières avait vu voir disparaitre de ses tables pains, pâtisseries et autres plats en croutes. Et si elle n'avait véritablement manqué de rien, le brusque passage d'une vie chichement vécue à l'opulence de la cour de Castral-Roc avait laissé quelques traces. Plusieurs soirs après sa venue, entre banquets et moulte fêtes, la quantité copieuse des mets avaient eu raison de sa condition, et elle avait du en régurgité une partie et garder le lit. Depuis, manger n'avait pour elle plus vraiment le même goût...

Pour autant, elle en appréciait le moment. De l'autre côté de la table, Alliser semblait la rejoindre. « En effet, les cuisiniers se sont surpassés. » Pour toute réponse, Alerie leva son verre à sa santé. Elle était plus curieuse encore d'en apprendre d'avantage sur sa fille ; un peu égoïstement, elle se sentait peut-être piquée au vif qu'il ne lui en ai pas parlé plus tôt. « J'ai deux enfants, en vérité, tous deux illégitimes et issus de mères différentes. Ormund, mon aîné, qui a onze ans, et Olenna, que vous avez vu tout à l'heure, qui a dix ans. » La bouchée qu'elle venait de prendre resta en suspens dans sa bouche, cependant qu'elle réagit un rien hagarde à cette soudaine révélation. Deux enfants ? « Ils ont toujours résidé à Feux-de-Joie, à la cour paternelle d'abord, à la mienne ensuite. » Nouvelle poussée de surprise, qui manqua de l'étrangler : elle avait avaler si vite que le morceau de viande lui restait coincé dans la gorge. « J'ai appris que les rumeurs concernant les enfants nés du mauvais côté du lit ne sont que racontars et superstitions. » Que pouvait-elle bien répondre ? La stupeur lui avait paralysé les membres, et elle avait pleine conscience à quel point elle devait avoir l'air d'une sotte - clouée sur sa chaise, un morceau de viande obstruant sa respiration, et les yeux grands ouverts. Elle venait de prendre en pleine figure que malgré leurs rapports cordiaux, elle ne connaissait rien de son hôte. Au même titre qu'elle ne connaissait toujours rien de son pays d'adoption. Elle était là, à manger du cochon, face à un homme qu'elle prétendait lui être cher mais duquel elle ignorait jusqu'à la filiation. « Ormund est galant et fait montre d'une souplesse d'esprit tout à fait remarquable, me disent les mestres. Il ne ferait, somme toute, pas un mauvais héritier. »

A présent, elle l'écoutait d'un air distrait, presque en transe, tant l'évocation de ses enfants lui rappelait soudain le vide immense de son propre giron. Depuis le fameux incident qui avait brouillé les deux époux Lannister, le lit conjugal était resté vide et glacé. Et leurs fougueux ébats des jours l'avant précédé n'avait pas su faire naitre un espoir de maternité. Et puis il y avait Loric, prisonnier dans sa tour d'ivoire, qui lui rongeait jusqu'à l'idée de pouvoir un jour elle-même être mère. Elle enviait soudain Alliser Prestre de pouvoir connaitre les joies d'être père, même si cela impliquait qu'il ne puisse pas pleinement profiter de ses enfants moins bien nés que lui... « Désireriez-vous peut-être quelques gâteaux au citron pour parachever cet agréable repas ? »La voix d'Alliser était toujours aussi chaude, et sa proposition eut le don de ramener un sourire sur les lèvres devenues bleue de la jeune femme. Elle tenta d'en raviver la couleur en les cachant dans son verre de vin, après quoi elle exulta peut-être un peu trop enthousiaste : « Oh avec plaisir ! » L'évocation de la douceur sucrée la faisait déjà saliver. Mais elle cherchait surtout à masquer son trouble en déviant de la conversation. « Je ne saurais vous cacher bien longtemps qu'il s'agit là de mon péché mignon... » Elle espérait pouvoir faire diversion, mais c'était bien inutile. Et c'était faire preuve de bien peu de reconnaissance d'afficher un masque de circonstance alors qu'il venait de lui livrer une partie encore plus intime de sa vie. Aussi, elle tenta de se maintenir droite et darda sur lui un regard droit. « Pardonnez moi... Je vous ai questionné sur vos enfants. » Un maigre sourire apparu sur ses lèvres, cependant qu'elle reprenait contenance. « J'ai été surprise de ne pas tout savoir de vous, surtout sur un sujet... qui, vous vous en doutez, fait partie de mes préoccupations. » Comme de tout l'Ouest, qui attendait désespérément un héritier ; le retour de Tommen était toujours potentiel, mais personne ne pouvoir prévoir la barbarie des fer-nés. « Cela m'apprendra d'être beaucoup trop curieuse... »


© Belzébuth

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    when I say I love you, just shut up
    It was a big big world, but we thought we were bigger Pushing each other to the limits, we were learning quicker By eleven smoking herb and drinking burning liquor Never rich so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Des chaînes différentes. (Alerie)

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