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 (FB) Au crépuscule de l'Histoire

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Mer 1 Fév 2017 - 14:36

Accoudé au rebord de la fenêtre de sa chambre, Valyron de Mantarys regardait la cité de Port-Réal d’un air absent. Depuis trois jours, tout avait changé. On sentait encore dans l’air l’odeur de fumée et de cendres qui avait recouvert la cité des rois Targaryen après le début de l’assaut. Ici et là fumaient encore quelques foyers éteints où des quartiers entiers de la ville – le plus souvent avec la majorité de leurs habitants – étaient partis en fumée. Ces dernières heures avaient été passablement éprouvantes, notamment pour Valyron. En qualité de dernier membre du conseil restreint disponible, c’était à lui qu’était revenue la responsabilité de proclamer l’arrêt des combats et la reddition sans condition du camp loyaliste. Depuis, la majeure partie du temps s’était résumé à faire le bilan de la bataille et de ses conséquences. Avec la disparition de Maegor, retrouvé vidé de son sang sur son propre trône, c’était la fin d’une époque : la fin de la deuxième génération Targaryen, la première à être née dans la dignité royale, dans la pourpre du Donjon Rouge. Maegor était mort, oui. Le Cruel était parti, laissant derrière lui un empire de cendres pour son héritier : Jaehaerys. Dans les heures qui avaient suivies la chute du Donjon Rouge, on avait commencé à procéder aux premières arrestations. Roderik Farring, ainsi, était allé rejoindre ses collègues du conseil restreint, enfermés dans les cellules noires. Elinor Piète, dernière à avoir été vue avec le Cruel, avait également été jetée en cellule le temps de faire la lumière sur un potentiel régicide. Rhaenys Targaryen était de retour à Port-Réal, également. De nombreuses mutations attendaient les Sept Couronnes, cela était aussi évident que la folie de Maegor. Les hommes d’armes en livrées Lannister ou Baratheon étaient partout alors qu’on fêtait encore la fin de la tyrannie.

Valyron, lui, prenait – enfin – le temps de réfléchir à son avenir. Qu’allait-il devenir, désormais ? Sa mission n’était pas achevée, bien entendu. Il pouvait et voulait encore servir les Targaryen, mais Rhaenys lui vouait encore une hostilité conséquente alors que son influence allait croissante à la Cour. Peut-être était-il temps pour lui de rentrer à Mantarys, fonder une famille sur la terre de ses ancêtres et tout recommencer, encore une fois. Il se prit à sourire alors que la lune émergeait de derrière un nuage. Ses rayons bleus restaient pourtant voilés par les fumeroles qui montaient encore et toujours des ruines. La situation n’était pas mieux du côté de la Baie de la Néra. Les plages étaient jonchées d’épaves calcinées, restes de navires plongés dans la fournaise de Balerion dont seules quelques membrures noircies témoignaient encore la présence. Quant à l’estuaire en lui-même, l’eau était couverte d’un épais tapis de cendres donnant une saisissante impression de solidité. A cette fine poussière noire et grise se mêlaient, sordides, quelques morceaux d’espars et de cordages, ainsi que les cadavres brûlés de marins pris au piège par l’enfer déversé par la Terreur Noire, sinistres souvenirs de la bataille.

Rentrer ? Non. Son sourire se dissipa. Mantarys n’avait rien à lui apporter. Il avait construit sa vie en Westeros et selon toute probabilité, il y finirait ses jours. Cela risquait fort bien d’arriver plus vite que prévu, pensa-t-il maussade. Mais cela ne lui servait à rien de ruminer ainsi. Il devait continuer à être actif. Contrairement à d’autres, il avait eu de la chance. Ondrew Piète était consigné dans ses appartements et sous bonne garde, avec un mestre qui veillait à le sauver pour mieux le faire passer en jugement après. Rhaegar Velaryon était également blessé et son sort était pour le moins imprécis : on l’avait retrouvé à demi-noyé, sévèrement blessé, après que son navire amiral eut été pris et coulé par les mercenaires rebelles. Il avait eu de la chance dans son malheur, car aucun de ses vainqueurs ne respirait encore : le feu-dragon n’avait pas d’allié. Valyron eut aussi une pensée pour le défunt seigneur Alden Sombrelyn, de Sombreval, tué au cours de la bataille, comme tant d’autres. Un frisson lui parcourut l’échine. Il aurait pu en être, lui aussi. Maintenant, il lui fallait s’occuper des vivants.

Lorsqu’il sortit de sa chambre, Valyron constata que le Donjon Rouge était bien moins vide et calme qu’il ne l’avait été durant les jours et semaines qui avaient précédé l’affrontement. Toutes les chambres étaient occupées par les vainqueurs. Certains fêtaient leur triomphe en aimable compagnie, comme cela s’entendait parfois, d’autres ne trouvaient visiblement pas le sommeil et se contentaient de veiller, réfléchissant à leur avenir, échafaudant déjà des plans dans le nouvel ordre qui émergeait ou ressassant sans cesse le fil des évènements qui les avaient mené là où ils étaient désormais. Visiblement, les Lannister et les Baratheon ne négligeaient pas la surveillance et la sécurité des lieux. Des patrouilles et des rondes régulières parcouraient les coursives de la forteresse et sans doute une bonne partie des rues de la ville. Le gros des troupes était logé en ville, chez l’habitant, tel une armée d’occupation. Toutefois, ils étaient trop nombreux, même comme cela, et les camps avaient été dressés tout autour de la ville, notamment aux niveaux des portes du Lion et du Roi. Les bannières au Lion et au Cerf avaient rejoint celles du Dragon le long des remparts et tout le monde semblait profiter de la fête pour se détendre. La guerre était finie. La paix était revenue, enfin.

Valyron n’avait pas eu trop de mal à se glisser discrètement jusqu’à la cour arrière, non loin de la citadelle de Maegor, ce château dans le château, qui devait être le dernier rempart des assiégés en cas d’attaque du Donjon. Comme prévu, la porte principale des cellules noires, qui se trouvaient enterrées sous plusieurs niveaux sous le palais royal, était gardée. Et la surprise de Valyron fut assez stupéfiante lorsqu’il se rendit compte que personne n’avait relevé les gardes qu’il avait placés là durant la bataille. Sans doute avaient-ils été confondus avec les geôliers qu’ils avaient enfermés au plus profond des cellules pour s’approprier les lieux. Soulagé, Valyron cessa de soupeser la petite bourse de cuir qu’il avait amené avec lui, s’imaginant corrompre les gardes à l’aide de diamants bruts. Il s’avança donc sans complexe, ni précaution, vers ses hommes qui reconnurent assez vite son pas souple et léger. Il ne dit mot, leur intimant du regard de continuer leur mission jusqu’à nouvel ordre. Puis, finalement, ils ouvrirent la porte et, une fois que Valyron fut entré, ils la refermèrent sur lui. Un escalier large et grossièrement taillé descendait dans les profondeurs de la colline d’Aegon. Les murs étaient nus, constitués de pierres de taille où quelques torches semblaient monter la garde à intervalles réguliers. La descente sembla interminable à l’ancien Maître des Lois. Des dizaines et des dizaines de marches l’emmenait toujours plus profondément sous terre. Enfin, il arriva dans une salle assez vaste, meublée d’une table de bois brut, de quelques tabourets et d’un râtelier où trainaient quelques armes. Le reste des hommes qu’il avait envoyé était ici. Ils étaient cinq, certains avec une chope de bière métallique posée devant eux, d’autres avec une assiette en bois qui contenait une espèce de potée grasse.

Tous firent mine de se lever, mais Valyron les en empêcha d’un signe de sa fine main. Il se contenta de se pencher vers l’un d’entre eux, et lui demanda d’une voix calme où se trouvait Elinor Piète. L’autre prit un court instant pour réfléchir et se leva, emmenant son maître vers celle qu’il avait demandé. Tandis qu’il était emmené au niveau inférieur, Valyron se remémora les interrogations qu’il avait sur Elinor. Il savait qu’elle avait été la dernière à voir le Roi en vie. Elle détestait Maegor autant – même plus – que Valyron. Ce que suspectait le Mantaryen, ils en avaient parlé ensemble. Commettre un régicide, l’un des pires crimes – sinon le pire – en tout Westeros. Toutefois, il n’avait guère de preuve et c’était entre autre pour cela qu’il souhaitait voir l’Araignée. Tandis qu’ils posaient pieds sur le sol du second sous-sol des cellules noires, le garde expliquait à Valyron qu’elle n’avait rien souhaité ni manger, ni boire, depuis son incarcération. Il fit la moue : il ne manquait plus que cela. Le garde arriva devant une lourde porte de bois équipée d’un clapet permettant de regarder à l’intérieur. Il regarda pour vérifier que c’était bien ici. Il attrapa une torche qui crépitait doucement à côté d’eux et lui expliqua qu’il y avait un support à l’intérieur de la cellule. Il inséra la grosse clé dans la lourde porte et fit pesamment tourner le gros mécanisme qui libéra le verrou dans un bruit sourd. Valyron se glissa dans l’entrée et la porte se referma sur lui dans le même claquement tandis que le garde allait s’installer plus loin, attendant la suite.

La première chose qui surpris le Maître des Lois, ce fut l’odeur. Un mélange d’humidité et de relentans humains. Les prisonniers vivaient à proximité de leurs déjections, visiblement. Seau, rigole spécialement aménagée ou trou dédié à cet effet, l’aménagement n’était que rudimentaire. Contenant une violente nausée, Valyron resta stoïque et accrocha la torche à son support. La flamme orange jetait des ombres sur la cellule plutôt vaste pour une seule personne. La seule autre source de lumière provenait d’une toute petite ouverture protégée par deux grilles consécutives et qui devait plus servir à renouveler l’air qu’autre chose. Enfin, ses yeux tombèrent sur celle qu’il était venu voir, en tout cas sa silhouette.

« Elinor, enfin vous voilà. »

Il avait prononcé ses paroles avec une voix douce, comme si’il avait craint de déranger le silence oppressant. Il ne s’approchait pas, restant bien dans la lumière de la torche.

« Comment vous sentez-vous ? »

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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Ven 3 Fév 2017 - 17:19




Au crépuscule de l'Histoire


L'araignée grimpe… Et tombe ! Elinor laissa échapper un petit rire tandis qu’elle observait l’insecte à huit pattes s’enfuir par la petite fenêtre, ses doigts effectuant quelques mouvements incompréhensibles pour quiconque l’observerait à cet instant. Ses mains, autrefois fines et délicates, étaient d’une saleté repoussante, couvertes à la fois de terre, mais aussi de sang séché, masqué par la poussière. Poisseuses et écorchées, ainsi étaient désormais les mains de la délicate araignée. Le reste de son état faisait peine à voir. Son visage était sale tout comme ses cheveux dont les mèches s’étaient collées en paquets de cheveux. Sur ses joues, on devinait les traces qu’avaient laissé les larmes qu’elle avait laissé couler durant de longs instants. Sa robe était en lambeau, tant par le résultat d’une guerre que par les marques qu’avait laissé Maegor. Le haut de cette dernière ne tenait d’ailleur plus que part une épingle donnée gracieusement par Jaehaerys lorsqu’elle était arrivée dans sa chambre.

Les évènements s’étaient enchaînés à une vitesse folle. Elle avait tué Maegor avec la rage d’un désespoir profond, persuadée qu’elle n’avait alors plus rien à perdre. Le Roi avait fait verser le sang de la jeune femme sur sa gorge, laissant une plaie peu profonde mais marquée sur le cou de la native du Bief. Puis, désireux de la posséder toute entière, il avait plaqué ses lèvres sur son cou, s’abreuvant du sang de la demoiselle mais également du poison qu’elle avait placé juste là, transformant celui que l’on appelait le Cruel en véritable pantin à sa merci. Et alors, elle l’avait torturé à l’image de ce qu’il avait pu lui faire, essayant de lui rendre la pareil sans l’atteindre jamais, inversant les rôles, devenant le bourreau. Puis, tout s’était arrivé et la jeune femme avait bien failli mettre fin à sa courte existence, épuisée de cette vie, persuadée qu’il n’y avait plus rien à quoi elle pouvait se raccrocher. Jusqu’à ce que les Dieux interviennent.

Réveillée de sa folie passagère, elle avait couru jusqu’à la chambre du nouveau Roi, cherchant à le protéger. Elle aurait donné sa vie pour lui, prête à le cacher du mieux qu’elle le pourrait. Et finalement, tout s’était arrêté. Rhaenys était arrivée accompagnée de gardes et du Prince Aemon. On s’était saisie de la jeune femme, la plaçant en joug sous une épée, la forçant à lâcher la dague qu’elle avait dérobé au Roi. Son regard avait croisé celui de son ami mais elle n’avait pas prononcé un mot. Son esprit était déjà parti, ne laissant plus que son corps dans ce vaste monde rude et cruel. Les mains puissantes des gardes l’avaient emmenée sans qu’elle n’oppose la moindre résistance jusqu’à cette cellule dans laquelle elle reposait depuis maintenant… Elle était incapable de le dire. Elle avait pleuré. Des larmes de joie autant que de cette tristesse de se sentir arrachée à l’être aimé. Et alors, elle avait commencé à se laisser dépérir, refusant de boire ou manger quoique ce soit, délirant sur la présence fantomatique de Maegor dans cette pièce. Le tyran hantait ses nuits et son aura semblait s’être agrippé à elle, comme une présence permanente au-dessus de son épaule. Mais la raison véritable était cet autre monstre qui grandissait dans son ventre. Le Cruel était toujours en elle, elle le savait. Son enfant reposait là, monstre à venir qui ne ferait que détruire et peut être même la tuerait le jour de sa naissance.

Le conflit interne d’Elinor s’était tu, ne laissant qu’un grand vide qu’il était aisé de combler par la folie. Une folie démoniaque et cauchemardesque, héritage de ce Roi qui l’avait finalement transformée à son image. Pourtant, comme enfermée dans une cellule, la raison d’Elinor essayait de survivre en vain. Tout était flou dans son esprit et c’était à peine si elle se rappelait ce qu’il s’était réellement passé, le fantasme prenant le dessus sur la réalité, ne faisant que la placer dans le plus grand déni de ce qu’elle avait fait dans la salle du trône.

Recroquevillée au fond de la cellule, elle observait, l’air hagard, la petite lueur offerte par la lune qui descendait le long du conduit. La dame de Tumbleton était bien loin de la réalité et ce ne fut que lorsqu’un claquement sonore se fit entendre qu’elle sursauta. La porte s’ouvrit alors, révélant une lueur puissante offerte par les flammes d’une torche. Elle grimaça légèrement, levant sa main devant ses yeux pour se protéger de cette agression. Puis, elle cilla, essayant d’habituer son regard à une lumière qu’elle n’avait pas vu depuis des jours. Plissant les yeux, elle essaya de reconnaître celui qui venait d’entrer dans la cellule sans y parvenir. Ce ne fut que lorsqu’il parla qu’elle comprit à qui elle avait à faire. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle souffla doucement. « Valyron… » Etait-elle soulagée ? Elle n’était pas même capable de se souvenir de ce que cela voulait dire. Elle eut un léger rire avant de comprendre la question qu’il lui avait posé. Alors, haussant la voix, elle prononça sur un ton qui n’était pas le sien : « Je vais bien. » Là encore, il était impossible pour elle de prendre conscience de son état et de ce qu’elle ressentait, ayant coupé tous les sentiments qu’elle pouvait avoir.

Elle toussa sans retenue, sa gorge sèche lui rappelant son choix de ne pas s’hydrater. Puis, avec la plus grande des peines, elle fit marcher son corps, dépliant ses membres, s’appuyant au mur pour se lever. Elle ne gémit pas bien que tout était douloureux, dur et qu’elle était d’une faiblesse incroyable. D’un pas peu assuré, elle s’avança alors vers la lumière, vers Valyron. La main toujours devant ses yeux pour se protéger, elle finit par relever ces derniers vers l’homme, dévoilant leur lueur étrange, folle, et ce vide qu’ils transmettaient. Elle eut alors un sourire digne de sa folie, dévisageant sans retenue le maître des Lois. « Mais je ne saurais aller aussi bien que vous… Vous êtes très beau, Valyron. » Elle réalisa un nouveau pas en avant afin de mieux observer l’étoffe qui couvrait le corps de son ami – l’était-il toujours ? Elle eut un sourire plus malin, empreint de cette folie malsaine. Visiblement, si elle avait cru entendre les revendications agacées de bien des membres de la Cour, lui avait eu le privilège d’échapper à tout cela.

Hypnotisée par l’étoffe propre et noble, elle leva une de ses mains, la tendant en avant, l’approchant de la poitrine de Valyron. Et pourtant, jamais sa peau ne se posa sur le tissu, ne faisant que l’effleurer avant que, comme brûlée par un contact qui n’avait pas eu lieu, elle retira brusquement sa main. Puis, ses yeux noisette se relevèrent vers le Mantaryen. Dans un sourire résigné, elle reprit alors la parole. « Est-ce maintenant ? Êtes-vous celui que l’on envoie pour m’achever ? »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Mer 15 Fév 2017 - 23:33

Lorsqu’enfin Elinor se manifesta, Valyron fut surpris par la voix si faible qu’elle avait. Les épreuves de la bataille avaient visiblement été douloureuses pour la jeune femme. Le natif de Mantarys n’imaginait assez mal ce qu’elle avait pu vivre, mais il avait sa petite idée. Il était présent lorsque Maegor avait ordonné à Méléagant Darry d’aller quérir Elinor Piète et lui amener dans la salle du trône. C’était dans cette même salle où avait été retrouvé le souverain, vidé de son sang, les veines comme entaillées par les nombreuses lames du Trône de Fer d’Aegon le Conquérant. En quelques heures puis quelques jours, elle avait considérablement voyagé, se retrouvant de la majestueuse salle du trône aux sordides cellules noires. L’Araignée était suspectée de régicide. Valyron n’avait guère de doutes quant à la tenue prochaine d’une session de procès pour juger tous ceux qui tomberaient sous la main des anciens rebelles. Hélas, cela pouvait encore prendre un peu de temps, et si les décisions venaient à traîner en longueur… Valyron se remémora leur discussion au sommet de la citadelle de Maegor.

Alors qu’ils observaient tous deux les armées rebelles approchant de Port-Réal, marchant sur la capitale, elle lui avait avoué sa grossesse. Elle ignorait qui pouvait être le père entre Maegor et Ondrew. Si quiconque avait un doute sur la possible identité du père de l’enfant, la jeune femme serait aussitôt livrée en pâture à ceux qui voudraient faire un exemple et ne prendre aucun risque avec un potentiel futur prétendant au Trône. Dans tous les cas, il fallait qu’elle sorte vite. Et la réponse à sa question fut prononcée d’une telle façon que Valyron s’en inquiéta. Ce n’était pas le ton habituel, même grave, d’Elinor. Il redoutait de lui en demander plus sur ces instants passés dans la salle du Trône. Elle lui assurait qu’elle allait bien, mais il se demandait ce que cela cachait véritablement. Dans un crissement de tissu, il la devina en train de se relever. Elle approcha, lentement, mais sûrement, se tenant au mur poisseux, entrant lentement, comme à regret, dans le cercle de lumière orange et vacillante. Valyron ne put s’empêcher de tressaillir en la voyant émerger de l’ombre. Elle était sale, peut-être blessée et ses vêtements n’étaient plus que lambeaux. Et cela n’était rien par rapport à son expression. On l’aurait dit saoule. Une lumière s’était éteinte dans les yeux de biche de la jeune native du Bief, remplacée par l’éclat menaçant de la démence.

« Mais je ne saurais aller aussi bien que vous… Vous êtes très beau, Valyron. »

Un sourire plus moqueur qu’autre chose était peint sur ses lèvres fines. Valyron, lui, ne souriait pas. Il ne s’était pas vraiment attendu à une telle phrase. Et le ton, l’expression et maintenant les paroles de la jeune femme ne le rassurait guère. Elle avança une main sale, souillée, vers le vêtement coûteux et impeccable de Valyron. Il ne bougea pas d’un iota, mais se demandant si elle allait pousser le vice jusqu’à lui ruiner sa veste. Puis, manquant de peu d’effleurer un fragment de tissu, elle retira prestement sa main, comme si elle avait frôlé du fer chauffé à blanc. Enfin, retrouvant le chemin du calme dans les limbes de sa folie, elle posa son regard noisette sur celui de – gris – du natf de Mantarys.

« Est-ce maintenant ? Êtes-vous celui que l’on envoie pour m’achever ? » lui demanda-t-elle, toujours un sourire aux lèvres.

L’ancien maître des lois fronça les sourcils, cette fois. Décidément, la confiance régnait… Il resta silencieux, jaugeant la situation, toisant d’un air froid son interlocutrice. Il se demandait quelle était l’étendue des dégâts sur son esprit, mais visiblement, c’était assez important. Il n’y avait plus qu’à espérer que ce ne soit rien de définitif. Il tendit l’oreille, comme pour veiller à s’assurer que rien ne serait entendu en dehors de ce qui se dirait ici. Non, visiblement, rien. Pas un bruit. Les murs étaient aussi solides que larges. Il décida d’ignorer la folie galopante de la jeune femme et de la remettre dans le contexte qui était le leur. Il lui parla donc d’une voix sèche, celle qu’il avait eu lorsque leur situation n’était pas claire, lorsqu’ils s’étaient rencontrés, lorsqu’elle l’avait trahi.

« Vous achever ? Cessez de dire des inepties. Je veux la vérité, Elinor. Ressaisissez-vous, par les Sept ! » l’avait-il finalement enjoint, d’une voix transpirant l’impatience et l’inquiétude.

Il n’était pas vraiment inquiet pour son futur. Encore que… Il aurait pu avoir certaines réticences à voir les jours avancer. Mais il se préoccupait surtout de l’état d’esprit et de santé d’Elinor, qui portait peut-être en elle un futur Targayren. D’une voix plus posée, plus compatissante aussi, il continua.

« Je n’ose imaginer ce que vous avez pu subir, là-haut… Ce n’était pas non plus très reluisant en ville, ceci dit. »

Avec un frisson, il se remémora ces heures terribles, où il avait arpenté la capitale avec ses hommes, bravant le feu des dragons, les projectiles lourds d’armes de siège et les fantassins ennemis. Cette journée, il s’en souviendrait, oui. Pourtant, rien n’était encore terminé. La furie martiale avait laissé place à un bouleversement politique dont nombreux seraient ceux à en faire les frais. Il pensa à ceux qui en avaient déjà souffert.

« Ce fut… Ce fut terrible. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que j’y ai vu. Rhaegar Velaryon a échappé de peu à la mort sur la Néra, le suzerain Theodan de l’Orage est mort, Rodrik Farring … »

Il s’interrompit, se rendant compte que personne n’avait visiblement tenu la jeune femme au courant. Il eu un air stupéfait lorsqu’il comprit cela, lui annonçant par la même façon.

« Et Ondrew… Votre mari est en vie, Elinor. Il a été sévèrement blessé contre les rebelles qui ont pris Fossedragon, mais il est en vie ! Il… Je crois qu’il a été installé dans vos appartements, le temps qu’il guérisse et qu’ils réfléchissent à quoi faire de lui. Mais au vu de la fureur des rebelles de ne pouvoir s’occuper de Maegor eux-mêmes, ils risquent fort de se rabattre sur son conseil restreint… »

Sa gorge se serra violemment à cette prise de conscience. Peut-être qu’un navire pour Dorne, Volantis ou Mantarys ne serait finalement pas une si mauvaise idée que cela. Il s’ébroua, se frottant la nuque. Tout cela ne servait à rien, pour l’instant. Mais il devrait se montrer prudent, rester attentif à toute sorte d’information. Bref, garder une longueur d’avance sur les vainqueurs de Maegor. Repenser au défunt monarque ramena Valyron au moment présent. Il posa un regard coupant sur la jeune femme.

« Elinor, j’ai besoin de la vérité. Maegor... C’est vraiment vous ? »

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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Ven 26 Mai 2017 - 0:31




Au crépuscule de l'Histoire


Son ton sec la fit sursauter et reculer d’un pas tandis qu’elle l’observait sans comprendre ce soudain empressement dans la voix du Mantaryen. Ses sourcils se froncèrent dans une expression franchement agacée. Sauvage. Son expression laissait planer l’impression qu’elle n’était plus dotée que de réflexes et d’instincts animaliers, la menant plus proche encore de l’araignée qu’elle prétendait être. Accrochée à un fil, il venait de secouer brusquement sa toile et elle s’était réfugiée là où elle savait qu’elle tiendrait, regardant cet intrus avec méfiance et agressivité. D’une voix rauque, elle répondit à cette accusation voilée. « Inutile de paraître si désagréable… » Telle une enfant grognon, elle croisa les bras sur sa poitrine laissant sa tête s’incliner sur le côté droit, regardant Valyron avec une moue renfrognée.

La voix du natif de Mantarys s’apaisa tandis qu’il revenait sur ce qui semblait être des faits passés qu’Elinor ne comprenait pas réellement. Là…Haut ? Instinctivement, elle leva les yeux vers le plafond, le regardant sans comprendre ce qu’il entendait par là. Était-elle montée au plafond ? Elle ne s’en souvenait pas mais l’idée la fit légèrement ricaner avant de pincer les lèvres comme pour retenir ce démentiel amusement devant un homme aussi élevé à la Cour que pouvait-être Valyron. Lui se mit alors à parler de gens dont les noms lui étaient vaguement familiers. Velaryon. Farring. Theodan de l’Orage. Le visage toujours penché sur le côté, elle l’écoutait sans réellement comprendre les mots qui sortaient de sa bouche. C’était trop dur, trop fatiguant que de se plonger dans des souvenirs, dans ces méandres tourmentés de son esprit qu’elle avait verrouillé, préférant s’abandonner à cette folie certaine qui la consumait doucement.

Puis, il arrêta de parler d’un coup d’un seul, la fixant avec une expression autre qu’elle ne comprit pas. Et alors, il prononça un nom qui manqua de court-circuiter son esprit. Ondrew. Comme un électrochoc, son corps tout entier vacilla devant cette appellation bien qu’elle ne puisse comprendre pourquoi, vu son état. Son mari, son précieux adoré, celui qu’elle chérissait plus que tout au monde. Les traits de son visage lui revinrent en mémoire furtivement, comme si elle ne pouvait s’y accrocher plus d’une demi-seconde. Mais ce nom venait d’ébranler la démence d’Elinor, rappelant en elle son esprit qui n’était pas encore tout à fait mort et enterré et qui releva la tête, comme aspiré par ces quelques paroles. Votre mari est en vie, Elinor. Le reste ne parvint guère aux oreilles de la jeune femme qui resta immobile, impassible. Non… La voix soufflée dans son esprit, celle qui possédait encore toute la raison de l’araignée prenait conscience de quelque chose qui empoisonna doucement l’aspect dérangé de la jeune femme. Les images refirent alors surface. Maegor. Le trône de Fer. Les gémissements qu’elle poussaient se muant en cris de plaisir avant de devenir hurlements de douleur. Tels des flashs, tout revint en mémoire de la jeune femme sans qu’elle ne réalise encore que ceci s’était bel et bien passé. Et puis il y eut cette image de Maegor ensanglanté, assis sur son trône.

Le regard d’Elinor changea alors légèrement, tandis que Valyron semblait attendre une réponse à une question qu’elle n’avait pu entendre. Elle fit pencher la tête de l’autre côté, articulant avec difficulté les mots qui sortirent de sa gorge. « Ondrew… Est… Vivant… ? » Comme une prise de conscience retardée, son corps mesura la chose plus que son esprit. Un frisson lui échappa et elle fit un pas en arrière, reculant dans l’obscurité ambiante de la pièce. Son souffle était toujours calme et son corps ne tremblait pas. Mais dans son regard était apparu un mélange d’espoir et d’horreur face à cette nouvelle. Elle attrapa une mèche de ses cheveux et commença à la frotter entre ses doigts sales. « Non… Non… » Un sourire triste se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle reposait ses yeux sur le Mantaryen qui se tenait encore là. « Je suis seule. Toute seule… Et j’attends la mort parce qu’Ondrew m’attend déjà de l’autre côté, auprès des Sept. » Son ton était terrifiant, comme si elle était possédée par une entité qu’elle ne comprenait pas.

Les flashs revinrent. Elle secoua la tête furtivement, spasmodiquement, comme si une mouche venait agresser son doux visage. Elle, nue, sur le sol, allongée, terrifiée. Maegor riant et lui parlant, la plongeant dans une colère furieuse. « Il a dit qu’Ondrew était mort et qu’il pourrait donc m’épouser… C’est que cela devait être vrai, non ? » Elinor parlait sans réellement sans rendre compte, observant Valyron avec un regard vide, sans réel fond, attendant presque qu’il ne lui parle pour confirmer la chose plutôt que de lui mentir ainsi. Ondrew ne pouvait être encore en vie. Maegor l’avait envoyé en première ligne, là où aurait du être la place du monarque. Pire encore. Ondrew ne devait pas être en vie, sans quoi elle risquait de s’effondrer pour de bon.


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Ven 9 Juin 2017 - 4:19

Tandis qu’il venait de lui apporter une information capitale pour elle, Valyron avait vu Elinor tressaillir sous le coup de la surprise. La Maître des Lois comprit donc, navré, qu’il avait vu juste. Personne n’avait jugé utile, ou personne n’y avait pensé, de prévenir la jeune Araignée du Bief. Et désormais qu’il l’avait mise au courant, il pouvait voir sur ses traits se peindre un sentiment d’horreur indicible. Logiquement, la pauvre jeune femme accusait le coup, violentée autant physiquement que psychologiquement après une telle nouvelle. Alors que la dernière question de Valyron restait en suspension dans l’air et qu’un silence gêné s’installait.

Attendant une quelconque réaction, le regard coupant du Maître des Lois vagabonda dans la cellule plongée dans l’obscurité. Rien n’émergeait vraiment, mis à part la fine silhouette d’Elinor Piète, qui se découpait dans un clair-obscur parfaitement saisissant. Il se demanda ce qu’elle deviendrait. Si son mari Ondrew était gardé en vie, il n’y avait que peu de doutes sur les motivations des anciens Rebelles à vouloir lui faire porter le chapeau d’une partie des actes du règne de Maegor. En tant que femme de la Main du Roi, la jeune native du Bief pouvait espère de la clémence de la part des vainqueur, notamment de la part de la princesse Rhaenys Targaryen. Après tout, elles avaient toutes deux été violentées par Maegor, même si cela était à des degrés différents. Toutefois, la suspicion de régicide qui planait sur Elinor la mettait gravement en danger, tout comme sa grossesse. Ils en avaient longuement parlé, alors que Valyron prenait peu à peu conscience de ce dont la jeune femme avait hérité. Cet enfant qui se développait en son sein n’était pas simplement un enfant, c’était un bâtard. Un bâtard de sang royal. Elle lui avait décrit le peu de relations qu’elle avait eu ces derniers mois avec son mari, alors que le Roi l’envoyait toujours plus loin, pour se permettre de profiter de sa femme. Et de lui planter un potentiel héritier dans le ventre. Un enfant qui, s’il naissait et grandissait, aurait de sévères prétentions sur le Trône de Fer.

« Ondrew… Est… Vivant… ? »

On eut dit qu’elle venait de proférer un terrible juron, tant elle avait eu du mal à articuler ces trois mots visiblement douloureusement surprenants pour elle. Un tremblement aussi violent que bref traversa le corps enveloppé de pénombre, la faisant se dissimuler un peu plus au cœur de ces ténèbres bienfaitrices. Le regard d’airain du natif de Mantarys surprit les deux yeux noisette de sa comparse. Ils luisaient, à la clarté de la torche, d’une évidente confusion alors que les émotions semblaient tourbillonner dans la tête de la jeune femme. Il la vit esquisser un mouvement vers sa chevelure, mais elle était désormais trop dans l’obscurité pour qu’il eut pu voir quelque chose.

« Non… Non… »

Il surprit un léger sourire se peindre sur les lèvres presque intégralement submergées par l’ombre. Un sourire infiniment triste qui ne rassura en rien Valyron. Ce qu’il voyait depuis qu’il était entré dans cette cellule ne le rassurait guère. Ce n’était plus la femme qu’il avait connue sous le règne de Maegor. Elle était différente de la jeune Araignée avec laquelle il avait ourdi des complots et même contacté la princesse de glace.

« Je suis seule. Toute seule… Et j’attends la mort parce qu’Ondrew m’attend déjà de l’autre côté, auprès des Sept. »

Une sueur froide dégoulina le long de la colonne vertébrale brûlée du Mantaryen. Ces paroles, ce timbre de voix, rien de tout cela ne ressemblait à la jeune Bieffoise qu’il avait connu. Et cela ne l’inquiétait que davantage, car elle semblait décidément bien trop atteinte pour pouvoir continuer à discuter plus en avant. Mais visiblement, quelle qu’avait pu être l’épreuve qu’elle avait subie, la jeune femme s’était convaincue – ou vu convaincre – que son mari tant aimé était mort. Et il ne voyait qu’une seule personne qui avait pu la convaincre d’une telle chose. Lentement, de manière irrégulière, elle secoua la tête devant le Mantaryen dans un déni total.

« Il a dit qu’Ondrew était mort et qu’il pourrait donc m’épouser… C’est que cela devait être vrai, non ? »

On avait l’impression que la jeune femme avait oublié la présence du Serpent, et qu’elle conversait toute seule, essayant de rassembler une réserve de logique et de souvenirs suffisante pour dépasser la folie malsaine dans laquelle elle s’enfonçait. Pourtant, elle continuait de le scruter sans toutefois donner l’impression de vraiment le voir. Valyron, lui, sentait monter en lui une grande inquiétude quant à l’avenir, mêlée à une appréhension galopante, comme si son instinct lui hurlait de quitter cette pièce.

Toutefois, la jeune femme avait tout dit. « Il ». Il n’y avait qu’une seule personne à laquelle Elinor pouvait faire référence, et cette personne était maintenant morte, en dépit de la couronne d’acier valyrien dont elle avait coiffé sa tête. Maegor Targaryen, Roi des Andals et des Premiers Hommes, Suzerain des Sept Couronnes et Protecteur du Royaume. Le Cruel. Et selon toute logique, le père du petit être qui grandissait dans le ventre d’Elinor. A voir la jeune femme s’enfoncer toujours plus dans une démence qui menacait désormais de prendre le pas sur son esprit, Valyron décida de faire ce qui lui semblait le plus juste. En trois grands pas souples, il se retrouva devant la jeune femme à l’odeur et la propreté douteuse, la rejoignant dans ces ténèbres et ses doutes. D’un air calme mais néanmoins alerte, il lui prit les épaules et la secoua doucement, comme pour la tirer d’un terrible cauchemard.

« Il vous a menti. Maegor a toujours trompé tout le monde. Ecoutez-moi. On-drew-n’est-pas-mort. »

Il avait insisté sur chaque syllabe, la toisant d’un regard suppliant. Il devait la raisonner, la protéger contre elle-même, mais également pour préserver celui qui était un futur héritier de Valyria, même bâtard.

« Il a été blessé, sévèrement, mais ses jours ne sont visiblement pas en danger, Elinor. »

Il durcit légèrement son regard, l’air toujours contrarié et inquiet par ce qu’il voyait, et la secoua un peu plus fermement.

« Ressaisissez-vous, Elinor. Faites-le pour vous, pour votre enfant, et pour Ondrew. Ne les oubliez pas, ne vous oubliez pas. »

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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Mer 12 Juil 2017 - 11:58




Au crépuscule de l'Histoire


Sa tête semblait sur le point d’exploser. Elinor était perdue dans un vide absolu dans lequel des hurlements se faisaient entendre, cherchant à lui rendre raison sans même qu’elle ne puisse le comprendre. Celle de Valyron faisait écho à beaucoup d’autres et dans son for intérieur, la jeune femme savait que ce qu’il disait était vrai. Elle le voyait au fond de ses yeux gris. Mais comme il était plus facile et agréable de penser qu’il avait tort, qu’il se trompait et que son époux était mort comme le lui avait assuré Maegor avant qu’il ne… Non… Un frisson secoua tout son corps tandis que ses épaules étaient fermement maintenues par Valyron et qu’il lui répétait encore une fois, avec une longueur volontaire et hachant sa phrase que son mari vivait bel et bien contrairement à ce qu’elle pensait, à ce qu’elle en était venue à souhaiter. Elle l’écouta, ses yeux à demi masqué par l’obscurité traduisant cette peur implacable qu’elle ressentait devant ces mots qu’il prononçait. Elle déglutit avec difficulté tandis qu’il poursuivait ses dires.

La petite voix d’espérance au fond d’Elinor ne faisait qu’écouter attentivement pendant que tout son être essayait de continuer à la faire taire, l’emmurant dans une partie de son esprit où elle ne dérangerait personne. Mais elle était encore là, à écouter et à voir la sincérité de Valyron qui débordait dans son regard. Elle savait que l’espoir n’était plus une option. La réalité se présentait devant elle avec la promesse de ne pas être veuve et de toujours avoir cette raison qui la poussait à vivre. Ondrew est vivant. Mentalement, le combat s’engagea entre ces deux parts d’elle. Celle qui assumait ce qui s’était passé et qui ne jurait que pas la survie de son tendre aimé et celle qui ne voulait pas que cela se soit passé, qui préférait penser qu’il avait tort plutôt que d’affronter cette terrible vérité qui impliquait bien des choses et qui lui renvoyait de terribles images en mémoire. Elle demeurait là, les lèvres entrouvertes, l’air hagard, comme si elle ne comprenait pas même le sens des paroles du Mantaryen. Alors quand il lui parla d’elle-même, de sa propre santé ou celle de cet enfant… Cet enfant… Elle manqua de défaillir en revoyant la mine enragée de Maegor la traitant de Putain alors qu’elle lui annonçait qu’en son sein, grandissait un petit fragon qui avait déjà tout d’un monstre dans l’esprit de l’araignée. Elle détestait déjà cet enfant.

Et alors, il se passa quelque chose. Tapie dans l’obscurité, sachant son visage peu visible, elle rejeta en bloc tous les dires du Mantaryen. La partie d’elle qui essayait vainement de ressortir, cette Elinor sage qui avait longuement appris de la vie à la Cour se retrouva enfermée pour de bon. La colère transforma les traits de la jeune femme tandis que la torture semblait ne jamais finir. Maegor l’avait commencée, Valyron la poursuivait. Et ça, il fallait à tout prix que ça cesse. « Mensonge. » Sa voix avait été plus rauque, plus grave, plus… Bestiale ? Mais ses gestes étaient assurés. Un jour, alors qu’il l’avait menacé, Elinor avait vu où le Mantaryen rangeait une lame qui lui était précieuse. Très précieuse. La jeune native du Bief soupçonnait que l’acier de cette lame était autre que les métaux normaux et peut être même d’origine Valyrienne. Tandis que Valyron avait ses mains posées sur ses épaules, le corps se trouvant proches l’un de l’autre, elle attrapa le pan de tissu d’une main et glissa l’autre à l’intérieur, la refermant sur le manche de l’arme qui glissa hors de la veste dans un glissement métallique harmonieux. Puis, profitant de l’effet de surprise occasionné, Elinor repoussa Valyron dans la lumière, laissant le dos de l’homme rencontrer le pur qui se trouvait derrière lui. Son regard était mauvais. Pire. Il ressemblait cruellement à celui que pouvait avoir Maegor de son vivant.

Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de la jeune femme, laissant sa folie de nouveau se déverser en son corps, étouffant sa raison du mieux qu’elle le pouvait. La précieuse lame avait été plaquée contre le cou du Mantaryen et était prête à entailler sa peau, au même endroit que Maegor avait ouvert la sienne. « Croyez-vous que je vais demeurer là, à boire vos paroles monstrueuse comme une enfant ? Croyez-vous que je n’ai rien appris de vous ? Je sais quels mensonges sortent de votre bouche, Valyron et ceux-ci ne m’atteindront plus. Jamais. Surtout lorsque leur but est de me briser plus que je ne le suis déjà… » Sa voix était sifflante et, là encore, effrayante car ne lui appartenant pas vraiment. Elle appuya un peu plus la lame, plissant les yeux et fronçant les narines, la rage la dominant. « Mais seulement, voilà, cette fois, Elinor ne sera pas votre objet. Elinor ne vous obéira pas car elle n’a plus rien à perdre. La vengeance est un plat qui se mange froid et l’araignée que je suis meurs de faim… » Et alors qu’elle s’apprêtait à rire avec un sadisme démesuré, ses propres paroles la renvoyèrent à cette scène terrible qu’elle avait exécuté. Orchestré. Mise en œuvre. Son œuvre. J’ai tué Maegor. C’était vrai.

Sa rage passa à la surprise et avec une vivacité incroyable pour son état, elle recula de quelques pas de nouveau, restant cependant dans la lumière, cette fois-ci, le poing serré sur le manche de la dague. « Non… » Sa voix se fit souffle tandis qu’elle expulsait un air qui lui donnait l’impression d’avoir comprimé sa poitrine. Ses yeux tournaient dans leurs orbites tandis que doucement, le feu qu’elle avait essayé d’étouffer se fit plus fort, plus agressif. Ondrew est vivant. La respiration de la jeune femme se fit saccadée et elle porta la main qui ne tenait pas la dague à sa gorge, comme si quelque chose s’y trouvait, l’empêchant de respirer. Mais tout ce qui se trouvait sur cette gorge, c’était ce poison qu’elle n’avait pu retirer plus que Maegor ne l’avait fait en léchant son cou avec ardeur. Le poison. Elle plaqua sa main sur sa bouche, étouffant un cri qui ne voulait pas sortir, tendant son corps tandis qu’au-delà des images de ce roi mort, lacéré et saigné, il y avait celles de ce même roi, la tenant dans ses bras avec une douceur qui lui était inconnu, lui renvoyant l’écho de ses propres gémissement. Le cri sortit enfin, cri de dégout et de désespoir à l’image de ce visage qu’elle arborait désormais. Elinor tomba à genoux, tremblante, se dégoutant d’elle-même. Ses yeux se posèrent sur ses mains qu’elle regardait avec une peur démesurée. Puis, dans un réflexe, de sa main libre, elle se griffa le bras opposé, comme si elle souhaitait arracher cette peau qui était la sienne. Chaque caresse du Roi lui revint en mémoire, la ramenant à ce plaisir qu’il lui avait offert, lui donnant envie de s’écorcher vive sur place.

Respirant avec la plus grande difficulté, les larmes commencèrent à glisser sur ses joues tandis qu’elle poussa un nouveau cri à l’image du premier. Si Valyron essayait de la toucher maintenant, elle n’aurait fait que le repousser en hurlant de ne pas la toucher, à l’image de ces femmes violées qui ne supportent plus le moindre contact. Sauf que pour l’heure, c’était uniquement la culpabilité de ce plaisir qui manquait de l’achever. Son mari était vivant. Elle l’avait trompé. Certes, l’adultère n’était pas récent mais dans chaque relation qu’elle avait eu avec le Cruel, l’araignée avait souffert, le laissant davantage se décharger de ces pulsions violentes qu’il avait. Mais elle avait fini par le laisser lui offrir du plaisir et elle l’avait accepté dans un moment d’intense chaleur et de bonheur. Comment ? Comment avait-elle pu accepter cela ? En se basant sur un mensonge formulé par le Roi. Comme l’avait dit Valyron. « Je.. Suis… Un… Monstre. » Elle manquait d’air et avait relevé son regard humide et empli de honte, de rage, de dégout et de désespoir sur le Mantaryen. Et alors, la dague qu’elle tenait prit une direction toute autre. Pointant la lame vers elle, elle l’orienta vers son bas-ventre, prête à se l’enfoncer de toutes ses forces. « Les monstres… Doivent mourir… Comme Maegor. »


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The Beautiful Spider
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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Mer 12 Juil 2017 - 13:05

Les paroles du Maître des Lois n’avaient pas eu l’effet escompté. Alors qu’il avait essayé de désamorcer la crise qui s’annoncait de manière de plus en plus évidente, il n’avait visiblement que contribué à entretenir le brasier qui s’était bien vite mué en un incendie dévastateur et hors de contrôle. Il la vit trembler sous le coup d’un frisson intempestif. Il n’avait jamais vu l’Araignée dans un tel état. A vrai dire, il n’avait jamais vu personne dans un tel état. Et encore, elle n’était qu’à moitié visible, en partie dissimulée par les ténèbres. Et finalement, il avait fini par s’approcher de la jeune femme pour lui tenir les épaules pour faire rentrer dans ce crâne qui avait perdu tout espoir que la vérité était tout autre concernant Ondrew Piète. Et pourtant, malgré les trésors d’honnêteté qu’il avait déployés, elle n’avait prononcé qu’un seul mot. Un seul, mais ô combien puissant.

« Mensonges. »

Et voilà. Tout avait balayé d’une simple parole de deux syllabes. Et sa voix... Valyron ne l’avait jamais entendue proférer des paroles avec un tel ton. Il en eut froid dans le dos, il n’était pourtant pas homme à se laisser démonter, et encore moins impressionner. Il n’était pourtant pas au bout de ses surprises. Alors qu’il avait encore les mains déposées sur les fine épaules de la jeune femme, tout se déroula alors très vite. Il sentit plus qu’il ne vit la main de la jeune femme s’aventurer entre les deux parements de sa veste, et dans le même mouvement, elle le repoussa violemment contre le mur solide qui se trouvait dans son dos. Il encaissa le choc avec un souffle douloureux alors que ses poumons se vidaient sous l’impact et que sa brûlure se réveillait sourdement. La surprise passée, il constata sa dague valyrienne qui luisait d’un éclat sinistre dans la semi-pénombre. Une autre chose luisait également dans l’obscurité. Un regard empreint de folie. Deux yeux qui dardaient sur le natif de Mantarys un regard plus que mauvais, un regard qui rappelait les pupilles royales du défunt Roi. Et cette fois, pour la deuxième fois depuis son arrivée au Donjon Rouge, Valyron se mit à craindre pour sa vie de manière immédiate. La première avait été face à un regard de ce genre, lorsque Maegor lui avait mutilé le dos. Un sourire terrible sur les lèvres, la jeune femme revint au contact, apposant la lame aiguisée et couverte de runes mystiques sur la gorge tendre du Maître des Lois qui n’osait plus déglutir et à peine respirer.

« Croyez-vous que je vais demeurer là, à boire vos paroles monstrueuse comme une enfant ? Croyez-vous que je n’ai rien appris de vous ? Je sais quels mensonges sortent de votre bouche, Valyron et ceux-ci ne m’atteindront plus. Jamais. Surtout lorsque leur but est de me briser plus que je ne le suis déjà… »

On l’aurait cru possédée par quelque démon ancien tant sa voix était différente de celle qui était la sienne en temps normal. Au fond du cœur de Valyron, la terreur croissait lentement alors que ses yeux jetaient des regards désespérés à la jeune femme. S’il appelait à l’aide, il serait égorgé comme un porc dans une cellule oubliée. Il ne trouva même pas le temps de s’indigner des paroles de la jeune femme tant il sentait sa vie menacée.

« Mais seulement, voilà, cette fois, Elinor ne sera pas votre objet. Elinor ne vous obéira pas car elle n’a plus rien à perdre. La vengeance est un plat qui se mange froid et l’araignée que je suis morte de faim… »

Valyron sentit la lame appuyer encore un peu plus sur sa gorge alors qu’il se vit en une vision terrifiante se vider de son sang, agonisant sur le sol de la cellule sombre. Transpirant, Valyron fixait avec une peur maintenant évidente la jeune femme alors que celle-ci fit les yeux ronds comme sous le choc d’une révélation impossible à assimiler. La dague quitta le cou du Mantaryen qui prit une grande goulée d’air pourtant vicié par les effluves de prisonniers et passa une main incrédule sur sa gorge, comme s’il s’attendait à tout instant à sentir le liquide chaud s’écouler entre ses doigts depuis une plaie ouverte. Mais non, rien. Il n’avait rien. Reprenant peu à peu ses esprits, il revint à Elinor qui semblait subitement manquer d’air.

« Non. »

Quoi, non ? Valyron se demandait encore ce que lui préparait encore l’esprit visiblement dérangé de celle qui avait été sa complice. Le souffle saccadé, la jeune femme jetait des regards emplis de détresse partout. L’air paniqué, elle retourna la dague contre elle et la plaqua contre sa propre gorge. Valyron ne put réprimer un réflexe et s’approcha d’un pas, la main en avant, comme pour la prévenir de faire une erreur définitive. Elle plaqua sa main libre sur sa bouche, elle était maintenant en proie à une peur terrifiante.

« Elinor… »

La voix était une supplique incertaine, Valyron essayait de la raisonner, mais pour cela, il lui fallait avant tout capter son attention alors qu’elle sombrait de nouveau dans la folie la plus absolue. Il n’eut pas le temps d’en dire plus qu’un cri aussi terrible que pathétique emplit la pièce. Tremblante, la jeune femme chuta lentement, à genoux, comme si son mari avait été exécuté devant elle. Sa main libre commença à déchirer la peau du bras qui tenait la dague. Le spectacle était aussi inquiétant que terrifiant à voir car il laissait transparaître une véritable folie, à un stade aussi avancé que celle qui avait dévoré Maegor durant toutes ces années. Et finalement, elle articula une brève phrase entre deux hoquets.

« Je.. Suis… Un… Monstre. »

Cette déclaration fit plus de peine au Mantaryen qu’il ne l’aurait pensé. Il connaissait la jeune femme depuis son arrivée à la Cour. Il savait à quoi s’en tenir avec elle. Il s’était allié à elle pour prévenir la princesse Rhaenys de l’imminence de l’assaut rebelle. Il l’avait vu se jouer des pièges et des chausses trappes de la Cour, tout en s’élevant au-dessus des autres par sa condition d’épouse de la Main du Roi. Et maintenant, elle était détruite, brisée par la sinistre et puissante machinerie que composait la Cour du Donjon Rouge. Et finalement, la lame quitta le cou de la jeune femme pour se retrouver pointée vers son bas-ventre.

« Les monstres… Doivent mourir… Comme Maegor. »

De nouveau Maegor. A n’en pas douter, ce qui s’était passé dans la salle du trône avait été une terrible épreuve pour la jeune Elinor, trop dure pour elle. Son esprit s’y était brisé pour de bon, semblait-il. Et à la pensée de ce qu’il avait subi face au Cruel, il ne put ressentir que de la compassion et une forme de dévastation déprimée en se disant que la jeune femme avait souffert sans doute plus que n’importe qui au Donjon Rouge. Les yeux écarquillés sous le coup de la surprise vis-à-vis de la violence du retournement de situation, la main toujours tendue vers la jeune femme, Valyron commenca doucement.

« Vous n’avez rien d’un monstre, Elinor. »

Valyron réfléchissait à quoi faire pour désamorcer la situation. Le mieux serait de se rapprocher de la jeune femme pour lui arracher la dague. Et pour cela, il fallait lui parler, s’avancer et ensuite. :. Ensuite adviendrait que pourrait.

« Vous êtes l’épouse d’un puissant seigneur du Bief, blessé mais vivant. Vous êtes la dame de compagnie de la princesse de Daenys. Et on m’a dit que vous aviez même participé à protéger le petit Jaehaerys. »

Ce faisant, il se rapprochait petit à petit, un pas après l’autre, parlant doucement, d’une voix apaisante.

« Vous m’avez aidé, après Peyredragon, vous vous souvenez ? Et nous avons conclu certaines choses après que vous m’ayez confié ce qui se passait avec Maegor. Alors… »

Il estima qu’il était suffisamment près d’elle et laissa son mot en suspens. Il allongea un coup de pied avec souplesse qui tapa le plat de la lame qui s’envola pour retomber dans un claquement métallique quelques mètres plus loin avant de finir dans une espèce de magma d’immondices. Valyron soupira en voyant sa lame parfaite souillée ainsi et réagi avec rapidité. Il tomba à genoux devant la jeune femme en pleurs. Il se laissa finalement choir à ses côtés, assis par terre, et la prit dans ses bras avant de la faire basculer sur le côté pour lui déposer sa tête enveloppée de cheveux sales dans le creux de son épaule tandis que son bras enserrait celles de la jeune femme. De sa main libre, il caressait le cuir chevelu de celle qui était progressivement devenue son amie.

« Allons Elinor, allons. Vous oubliez donc tout ce pour quoi nous avons œuvré et souffert ? Nous y sommes. Il est mort, oui. Mais vous êtes en vie, et vous allez pouvoir regarder ce nouveau monde se développer. Et vous y aurez toute votre place, ne vous en faites pas. Et quant à Maegor… C’était vous, n’est-ce pas ? »

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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Dim 23 Juil 2017 - 20:25




Au crépuscule de l'Histoire


SL'araignée était perdue. Pire, elle s'était perdue sur une voie qu'elle n'avait jamais voulu emprunter, se découvrant un tout autre visage, terrible et dangereux. Qui était-elle? Cette question n'avait plus une réponse claire mais des centaines de propositions valables. Une traînée. Une épouse. Une meurtrière. Une régicide. Le regard désespéré qu'elle adressait à Valyron tandis qu'elle se menaçait elle même voulait beaucoup dire. Plus que jamais, elle aurait aimé qu'il lui porte ce coup fatal qui la libérerait. Mais alors, elle ne suivrait plus son mari adoré et tant aimé mais le précéderait. Elinor savait qu'elle causerait sa perte. La simple pensée d'Ondrew réveilla un peu plus le conflit intérieur que vivait la jeune native du Bief. Cette part d'ombre et de lumière qui se confrontaient l'une à l'autre dans une confusion des plus grande et qui était responsable de son état psychologique actuel. Que devait-elle faire?

La voix douce de Valyron se fit entendre sous les sanglots de la jeune femme. Il ne savait pas. Il ignorait les actes qu'elle avait pu commettre ainsi que jusqu'où elle était allée dans cette torture physique et mentale infligée par le Roi. Comment pouvait-il connaître le vrai visage qui se dissimulait sous ces traits de poupée? Et quand bien même elle n'était pas encore empoisonnée par l'esprit fou du Roi, une partie de son corps l'était forcement. Là où grandissait cet enfant probable de Maegor, là où se faisait doucement l'héritier d'un barbare qui ne verra jamais ce visage. Cet endroit précis qui se tenait sous le joug d'une lame précieuse et pointues, tenue par une main de plus en plus molle. Le doute subsistait dans l'esprit de la jeune femme car elle pouvait toujours assassiner l'enfant de son époux en même temps qu'elle-même. Elle manquait d'air, comme s'il lui était impossible de remplir ses poumons pour continuer à vivre. Elinor était en train de finir sa propre course contre elle.

Valyron s'approcha doucement d'elle, une main tendue en avant, la voix douce et rassurante, presque berçante. Oui, elle avait une bonne situation. Très bonne, même. Et pourtant, elle était là, en cellule, pleurant sans en comprendre toutes les raisons, se sentant coupable d'avoir trompé l'homme qu'elle aimait plus que tout au monde plus que d'avoir assassiné le Roi. Et oui, elle avait été là pour Jaehaerys. Regardant Valyron gout en sanglotant, les souvenirs lui revenaient doucement. Cette situation, elle l'avait déjà vécue dans la salle du trône. Elle avait voulu s'arracher la vie et choir aux côtés de son œuvre mais les Sept lui avaient murmuré autre chose. Le jeune prince, elle l'avait senti en danger et elle avait choisi de se mettre en danger pour venir le protéger. Et voilà comment elle était récompensée. Sa respiration chaotique la forçait à suivre un mouvement de balancier tandis que ses cris se taisaient peu à peu, laissant la peine parler pour elle, tenant toujours cette lame vers elle comme une menace. Mais à chaque pas du maître des Lois, elle ne chercha pas à se montrer plus dangereuse. L'espoir la gagnait tandis qu'elle prenait conscience de la survie de son époux, ainsi que cette peine ancrée au fond d'elle.

Puis, hypnotisant la jeune femme, il lui reparla de Fossedragon, sous-entends l'aide qu'elle lui avait offerte et qu'il lui avait rendu dans ses promesses concernant son avenir. Et il laissa une phrase en suspens avant de lancer son pied. Elinor sentit la dague lui échapper des doigts et laissa un nouveau petit cri de désespoir passer ses lèvres. Et pourtant, elle ne chercha pas à rattraper l'arme, comme si elle attendait simplement qu'on lui vienne en aide. Comme si elle souhaitait simplement qu'on la soutienne et qu'on l'épaule. Cependant, quand Valyron l'a prit dans ses bras, elle ne put s'empêcher de se tendre. « Ne me touchez pas! » Comment pouvait-elle encore etre touchée par quiconque, elle qui se sentait salie des pieds à la tête par l'immonde présence fantomatique de Maegor.

Et finalement, sa lutte ne dura pas. Se retrouvant contre Valyron, l'araignée prit conscience de cette épaule qui s'offrait à elle, sur laquelle elle pouvait pleurer. Il la maintenait contre elle, comme pour la bercer alors qu'elle continuait à sangloter. Les mains frêles d'Elinor vinrent attraper le tissu du veston de cet homme, s'agrippant à lui avec force, pleurant sans honte tandis qu'il essayait d'apaiser l'esprit tourmenté de la brune. De nouveau, il parla, lui faisant part de cette souffrance qu'ils avaient partagé avant le coup final qui avait pris la vie du Roi. Oui, ils avaient réussi. Elinor revit dans sa mémoire le tableau sordide de Maegor ensanglanté et vide de vie qu'elle avait choisi de peindre dans cette folie grandissante. Mais cette folie, l'esprit de l'araignée parvint alors à la piéger dans l'une de ses toiles avant de lui créer un cocon sur mesure.

Maegor aurait toujours une emprise sur elle, mais ce n'était pas à lui de la contrôler. Si elle ne pouvait pas sans défaire, alors elle chercherait simplement à trouver une aisance suffisante pour vivre avec. Il y aura cet enfant. Cet enfant qu'elle ne pouvait pas se résoudre à tuer car déjà connectée à lui mais qu'elle ne pourrait aimer pleinement car ayant été certainement façonné dans la souffrance. A moins que cet enfant ne soit celui de son époux et alors elle n'aurait pas agi en vain... Dans tous les cas, Elinor n'oublierait jamais cette souffrance qu'elle avait vécu, ce mal qu'il lui avait fait et duquel elle s'était libérée dans la rage et le désespoir, agissant sans comprendre vraiment ce qu'elle faisait.

S'accrochant à Valyron tant par les mots que par les gestes, elle se calma doucement alors que sa dernière question résonnait toujours dans sa tête. Oui, c'était elle. Un élan de fierté rejoignit sa peur sur le sujet mais elle ne put rien dire. Elle ne voulait pas en parler, ni même se justifier. « Il... Il m'a torturée pendant des heures... Maegor a envoyé Ondrew en première ligne pour me voir tomber dans ses bras... Il voulait tuer Jaehaerys ainsi que Rhaenys... Il voulait me couronner reine. » Sa voix s'était calmée, laissant simplement la sécheresse de sa bouche la rendre plus rauque, la forçant à toussoter un peu. Elle porta une main à sa tête comme our vaincre une migraine inexistante.

Elle se dégagea alors de l'homme et chercha son regard, plaçant ses yeux noisette dans ceux gris de son allié et ami. « Que va-t-il advenir de moi, Valyron? Je... Je vous demande pardon. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je... Je ne sais même plus ce que je fais ici... » Retour de flamme d'un déni profond, elle ne comprenait plus le véritable sens de ses actes et mots précédemment mentionné. Elinor était déboussolée mais revenait doucement à elle, grâce à lui. Elle cilla doucement tandis qu'elle prenait conscience de ce qu'il lui avait dit encore et encore jusque là. Ondrew. Il était en vie. « Il n'est pas mort... » Elle soupira enfin de soulagement avant sourire doucement, avec cette infinie tendresse. L'idée de le savoir blessé en revanche ne la rassurait pas, tout comme le fait que les Rebelles allaient très certainement se faire plaisir à le tuer eux-même dans une exécution sommaire. Les sanglots incontrôlés, restes de cette folie toujours présente malgré son souhait, se calmaient et, de sa main sale, elle essuya ses larmes.

Il fallait prévoir, faire ce qu'elle pourrait. Son champ d'action était restreint. Une nouvelle quinte de toux l'agita, elle qui avait soudainement soif. De sa voix faible pourtant, elle continua. « Il n'est pas encore sauf, Valyron... Vous allez devoir l'aider, je vous en conjure. Apportez-lui au moins ceci de ma part pour lui prouver que je tiens toujours autant à lui! » D'un geste précipité, la jeune femme arracha ce pendentif araignée de son cou que Valyron connaissait bien et le lui tendit. Apres tout, son mari devait s'inquiéter grandement de ne pas avoir eu le moindre signe de pensée pour lui. Elinor toussa de nouveau, se rendant compte alors de la soif et de la faim qui la tenaillait. Elle cilla d'épuisement avant de regarder de nouveau Valyron. « Je... Pensez-vous que je pourrais manger ou boire? Ou... Me laver... » Avec une fascination dégoûtée, elle observa ses mains, ne retenant pas une grimace. Puis, comme se souvenant d'un autre détail, elle porta une main à sa gorge, laissant ses doigts rencontrer une plaie encore fraîche en grimaçant.


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Mar 15 Aoû 2017 - 11:58

Ils restèrent ainsi un long moment. La pénombre partielle dissimulait l’aspect misérable de la jeune femme. Lui, immobile, le regard perdu, se posant mille et une questions sur son avenir et sur le futur du régime instauré par les Targaryen. Elle, les digues de sa folie défensive rompues, sanglotant à chaudes larmes, ses doigts enserrant avec une puissance stupéfiante le coûteux habit du haut-fonctionnaire. Ils n’avaient pas besoin de mots, surtout pas elle. Valyron comprenait, il voyait la jeune femme sous un nouveau jour, comme si elle n’avait jamais été aussi vulnérable. Finalement, vint un moment où les sanglots commencèrent à s’espacer, et la prise qu’elle avait à se détendre légèrement. Et enfin, la voix d’Elinor Piète s’éleva une nouvelle fois dans la pièce, n’ayant rien de comparable avec le ton qu’elle avait utilisé auparavant. Elle répondait à la dernière question que lui avait posée.

« Il... Il m'a torturée pendant des heures... Maegor a envoyé Ondrew en première ligne pour me voir tomber dans ses bras... Il voulait tuer Jaehaerys ainsi que Rhaenys... Il voulait me couronner reine. »

Valyron nota dans un coin de sa tête que sans l’avoir dit textuellement, elle confirmait plus ou moins sa supposition. Il ne pouvait en être autrement. Elle avait concrétisé le projet qu’ils avaient simplement rêvé, à peine osé espérer : celui de tuer le tyran. Il la sentit qui bougeait sous son bras, et il croisa son regard noisette.

« Que va-t-il advenir de moi, Valyron? Je... Je vous demande pardon. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je... Je ne sais même plus ce que je fais ici... »

Valyron chercha ses mots en balbutiant légèrement, réfléchissant à la réponse la plus adéquate. Il toussota pour chasser son apparente réflexion et commenca à répondre.

« Hem. Eh bien, vous..

- Il n’est pas mort...
»

Valyron s’interrompit, laissant à la prise de conscience qui arrivait toute l’attention de la jeune femme. Il l’entendit et la sentit soupirer profondément, comme si enfin, la nouvelle que lui avait portée le Maître des Lois était enfin parvenue à lui. Il vit même un sourire briller à la lueur de la torche. Cela faisait un moment qu’elle n’avait pas souri comme cela. De nouveau, elle se courba sous une quinte de toux sèche.

« Il n'est pas encore sauf, Valyron... Vous allez devoir l'aider, je vous en conjure. Apportez-lui au moins ceci de ma part pour lui prouver que je tiens toujours autant à lui! »

D’un geste sec, elle arracha le pendentif qui contenait le diamant qu’avait offert Valyron à Elinor pour symboliser leur alliance, puis finalement leur amitié. Le bijou était unique et nul doute que le seigneur Main, même blessé, reconnaîtrait l’objet. Elle le placa d’office dans la main de Valyron qui referma ses doigts dessus. Toutefois, elle n’avait pas encore terminé de discuter, et lui demanda d’une voix faible, presque implorante.

« Je... Pensez-vous que je pourrais manger ou boire? Ou... Me laver... »

Ce fut à Valyron de ciller sous l’effet de surprise. La folie dans laquelle avait plongé la jeune femme avait été tellement opaque qu’elle en avait oublié la réalité et la gravité des faits. Les derniers jours n’avaient été faciles pour personne, mais Elinor semblait bien être celle qui en avait le plus souffert. Il repensa à la toute première question qu’elle lui avait posée. Il la regarda d’un air aussi sérieux que désolé.

« Je ne sais pas ce qu’il va advenir de vous, Elinor. Vous vous souvenez, au moins ? Les Rebelles ont gagné, la guerre est terminée, et le régime de Maegor a disparu avec lui. Toutefois… »

Il lui jeta un regard douloureux, le pire était encore à venir pour elle.

« Vous êtes suspectée de régicide, Elinor. De plus, votre rôle trouble durant la bataille n’a pas joué en votre faveur. Les rebelles ont donc décidé de mettre pratiquement toute la Cour sous les verrous le temps d’y voir plus clair. En tant que dernier représentant de Maegor, je n’ai moi-même que très incertaine ment échappé à votre situation. »

Valyron toussota, l’air gêné de devoir annoncer tout ce qu’il devait dire à la jeune femme.

« Vous êtes dans l’une des cellules noires, sous le Donjon Rouge, Elinor. Il va sans nul doute possible y avoir une enquête concernant les circonstances de la mort de Maegor. Les Rebelles… Il se mit à sourir. Allons, plus maintenant. Je devrais dire les vainqueurs, plutôt. Les vainqueurs Lannister et Baratheon sont furieux. Ils voulaient le Roi vivant, pour le juger, l’exhiber comme un symbole. Maintenant, ils vont chercher des boucs-émissaires… »

Il se demanda si la jeune femme voyait où il voulait en venir. Elle était loin d’être dépourvue de ressources et d’intelligence, mais les diverses épreuves qu’elle avait traversées l’avaient marquée.

« Ondrew incarne l’autorité de Maegor. Il sera sans doute jugé, Elinor. Je suis désolé, même moi, je ne peux rien faire pour arrêter ce qui se trame. Je n’ai plus aucun pouvoir. »

Il posa les yeux sur le pendentif qu’il avait dans la main, supportant mal le regard – pourtant voilà par l’obscurité – qui lui faisait face. Il était assez évident qu’Ondrew ne survivrait pas longtemps à Maegor. Soit il succomberait à ses nombreuses blessures, dont l’une était sérieuse, d’après ce qui se disait, soit il serait jugé et probablement exécuté, au mieux envoyé au Mur. Et il ne serait sans doute pas le seul. Les plus fidèles loyalistes allaient selon toute vraisemblance être punis pour leur soutien au Cruel. Farring risquait gros, les Sombrelyn aussi, ainsi que les Velaryon, Darry ou encore Solveig Tully, au Conflans. Valyron lui-même était menacé, bien qu’il comptait sur ses différentes actions pour se faire disculper, ou mieux encore, éviter de passer en jugement. Il repensa au désespoir d’Elinor, au seigneur blessé étendu dans ces appartements qui étaient ceux de la Main du Roi qu’il n’était plus, avant de bientôt être descendu dans un cachot semblable à celui-ci. Sa main se referma avec ressentiment sur le collier.

« Quoique… Ce n’est pas totalement vrai. »

Il se releva et alla ramasser la dague désormais bien sale. Il soupira et sorti de sa poche un mouchoir de soie imprégné de parfum, qu’il respirait parfois. Les médecins le disaient tous, les bonnes odeurs chassaient les humeurs. Il enveloppa comme il pouvait la dague et la replaca dans son logement. Puis, il se dirigea vers la porte où il toqua trois fois. Les lourds gonds de fer grincèrent alors que le garde apparaissait de nouveau.

« Veillez à faire escorter Dame Piète à la Tour de la Main, discrètement. Vous me feriez une faveur, et vous savez que je ne suis pas homme à les oublier. Disons dans… ? Dix minutes ? En passant par les passages secrets, n’est-ce pas ? »

Puis Valyron se retourna vers la jeune femme qu’il rejoint rapidement, en quelques enjambées. Il saisit une main de la jeune femme et y déposa le collier au diamant et à l’araignée avant de refermer d’autorité les doigts de la femme de sang Tyssier dessus.

« C’est mon dernier cadeau, je ne crains ensuite de ne plus pouvoir vous faire pareil présent, Dame Piète. Profitez de la nuit qui s’offre à vous. Je ferai faire porter une collation et de l’eau chaude dans la Tour de la Main. »

Il fit demi-tour, satisfait de sa bonne action, et il s’apprêta à quitter la pièce avant de finalement se retourner à mi-chemin entre la jeune femme et la porte ouverte.

« Vous devrez par contre revenir dans cette cellule avant le matin. Le garde viendra vous chercher aux premiers rayons de soleil. »

Et sur ces derniers mots, il quitta la cellule définitivement.

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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Elinor Piète
COURONNE
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MessageSujet: Re: (FB) Au crépuscule de l'Histoire   Mer 6 Sep 2017 - 9:16




Au crépuscule de l'Histoire


SLes images ne cessaient plus de défiler dans l’esprit brisé de la jeune araignée. Dans les bras de Valyron, elle cherchait du réconfort, telle une enfant pleurant sur l’épaule d’un père ou d’un frère. Le maître des Lois avait été le meilleur allié durant tout ce temps et en sa présence, bien que beaucoup auraient pu croire le danger proche, Elinor, elle, savait qu’il n’y avait pas d’endroit plus sûr pour elle qu’à ce moment précis. Elle pleura à chaudes larmes, sans honte, essayant de reconstruire ce que le Roi avait pris du plaisir à tuer en elle. Et finalement, quand les tourments étaient passés, elle avait relevé la tête vers lui, perdue, essayant de comprendre la suite des évènements, ce qu’il allait se passer… Et même les raisons de sa présence dans cette cage sombre et sale qu’elle ne méritait nullement.

Puis, la prise de conscience. Celle qui vous fait entendre que tout espoir n’est pas perdu, que celui pour lequel elle avait toujours agi était en vie, quoique blessé et placé sous haute surveillance. Il fallait faire quelque chose, agir, le libérer et l’aider à reprendre du poil de la bête pour le voir revenir au meilleur de lui-même. Ondrew n’avait été qu’un jouet de plus pour Maegor, pas un fidèle conseiller qui a mené à cette finalité que tous connaissaient. Lui n’avait fait qu’obéir, essayant de tenir sa position, essayant de survivre. Et ce ne fut qu’après avoir arraché son pendentif, le plaçant de force dans la main de Valyron qu’Elinor se mit à penser à elle et à son propre bien être. Elle avait soif. Faim. Elle était sale, couverte de crasse, de sang séché et de boue. Celle qui souhaitait voir ses derniers instants arriver se réveillait soudainement pour tenter de vivre un peu plus longtemps, pour se donner une seconde chance.

Valyron ne la quittait pas des yeux et doucement, il lui apporta des réponses. Il voulait, dans un premier temps, s’assurer qu’elle avait bien conscience de la situation actuelle. Alors elle hocha la tête lorsqu’il lui remémora la victoire des Rebelles, la fin du règne du tyran. Oui, elle se souvenait de tout cela. Elle se souvint du regard perdu de Jaehaerys lorsqu’elle était arrivée dans ses appartements, essayant de lui faire entendre qu’ils devaient fuir car bientôt, quelqu’un viendrait le tuer. Elle se souvint de la princesse Rhaenys qui faisait irruption dans la pièce, accompagnée d’un garde et du prince Aemon, de la poigne de fer du soldat autour de sa gorge et du soulagement à l’annonce de la mort du Roi. Puis, c’avait été le trou noir. Mais y avait-il seulement plus à savoir que cela ? Elle avait pu en tirer les conclusions nécessaires avant de s’enfoncer dans le désespoir de croire son époux décédé et perdu à jamais.

Le regard du maître des Lois se fit plus hésitant tandis qu’il laissait une phrase en suspend. Elinor haussa les sourcils, comme pour l’inciter à poursuivre. Et la chose qu’elle redoutait le plus tomba. Régicide. Le mot la fit frissonner autant qu’il avait une saveur agréable. Ils avaient réussi à conclure sur le fait qu’elle était certainement responsable de la chose. Le regard noisette de la jeune femme se baissa tandis que son esprit se remettait doucement en marche, essayant de retrouver une logique dans ses pensées et cherchant une faille dans les mots de Valyron. Mais malheureusement, il n’y en avait pas réellement. L’araignée avait été convoquée par le Roi, était sortie par une autre issue que la porte principale, gardée soigneusement par la garde Blanche et avait été prise aux côté du nouveau Roi, une dague à la main. Elle déglutit avec difficulté avant de n’être qu’à moitié rassurée quand il évoqua la totalité de la Cour derrière les barreaux. Ainsi, elle avait une idée des visages qu’elle serait susceptible de croiser dans les couloirs. Quant à Valyron, il semblait n’être dehors que par un concours de circonstances plutôt avantageux pour lui. La jeune femme sourit doucement avec de lâcher un léger rire. « Vous avez toujours eu de la chance… Regardez, si les Rebelles n’avaient pas lancé l’assaut, Maegor vous aurait certainement exécuté… »

L’homme semblait gêné de la situation avant de poursuivre, lui indiquant où elle se trouvait. Les cellules noires. Un nouveau frisson échappa à la jeune femme, la faisant violemment tressaillir. Ce mythe était devenu réalité et maintenant il venait à parler d’une enquête concernant la mort de Maegor. De nouveau, elle baissa le regard, essayant de ne rien laisser transparaître. Les Vainqueurs souhaitaient rendre justice et elle les avait privés de cela en se laissant aller à une vengeance brutale, dure et froide comme le Roi l’avait été avec elle. La folie du moment l’avait empêché de penser à ses agissements et aujourd’hui, elle était grandement menacée par ses propres agissements. Baratheon comme Lannister voudraient un bous-émissaire et elle en faisait un fantastique. « Ils n’ont aucune preuve. Qu’elles prouvent ma culpabilité ou mon innocence, il n’existe rien mis à part mes mots qui pourraient me nuire et je garderais éternellement le silence sur ce qui s’est passé dans la salle du trône. » Encore une fois, ce n’était pas pour se protéger elle, mais plutôt pour protéger son époux, son honneur et leur histoire commune.

En revanche, quand il annonça ce qui attendait Ondrew, ce fut un coup de massue sévère qui la laissa à terre. Un procès. Voilà bien une chose qu’elle redoutait, surtout maintenant que les Rebelles cherchaient des boucs-émissaires. Le couple Piète serait emmené ensemble à l’échafaud… Elinor plaça son visage entre ses mains, massant ses tempes, essayant de trouver une solution à cela. Tous les témoignages du monde ne suffiraient pas et d’autres seraient certainement plus enclins à voir une tête tomber plutôt que la leur. Ondrew était condamné et même Valyron n’y pouvait plus rien. Il n’avait plus aucun pouvoir. Tout était perdu et Maegor avait gagné. Les tremblements saisirent de nouveau le corps de la jeune femme qui sentait l’air lui manquer, portant instinctivement une main sur son ventre qui dissimulait un enfant en devenir. La panique. Elle avait beau essayer de la dominer pour garder l’esprit ouvert et calme, il lui était impossible d’en tirer quelque chose de vraiment crédible. Et le calme revint grâce à cet ami qui se tenait auprès d’elle et qui tirait ses dernières cartes de sa manche.

Valyron se releva, récupérant non pas sans soupirer sa dague qu’il essuya soigneusement avant de la ranger à sa place. Puis, il se dirigea vers la porte, frappa contre le battant de celle-ci et attendant qu’elle ne s’ouvre. Un soldat lui fit alors face et il lui donna quelques instructions. Les yeux d’Elinor s’écarquillèrent devant chacun de ses mots tandis qu’elle demeurait immobile, le cœur battant à tout rompre contre sa poitrine. Elle se releva tandis qu’il s’avançait vers elle, replaçant le collier dans sa petite main et refermant ses doigts dessus. Un dernier cadeau. Le plus beau qu’on aurait pu lui offrir. Un dernier instant avec celui qu’elle aimait et pour qui elle mourrait sans peur. Les larmes montèrent aux yeux de l’enfant qu’était encore Elinor. Oui, une enfant amoureuse qui avait traversé l’enfer pour un homme, le seul qui importait, le seul qu’elle voulait sentir contre lui. Elle aurait aimé sauter dans les bras de Valyron mais il s’éloigna d’elle avant qu’elle n’en ait eu l’occasion. Il s’arrêta dans le pas de la porte, précisant alors qu’elle devrait cependant être de retour dans sa cellule le lendemain au matin. Elle hocha la tête avant de pouvoir parler de nouveau. « Merci… Valyron, je n’oublierais jamais ce que vous avez fait pour moi… » Puis, la porte se referma.

L’attente fut longue et à chaque seconde qui passait, l’araignée resserrait un peu plus sa main sur le bijou qu’elle tenait. Puis, la porte s’ouvrit et, sans mot dire, le garde lui fit signe de le suivre, ce qu’elle fit sans se poser de question. Ensemble, ils empruntèrent les couloirs les plus sombres de tout le royaume, ne s’éclairant qu’à l’aide d’une torche. Mais au fil de leur marche, ils finirent par arriver dans des appartements qui étaient familiers à la jeune fille. Les chandelles y étaient allumées et elle se retrouva seule. Un bain chaud l’attendait ainsi que de quoi boire et manger. Elinor se jeta d’abord sur les boissons, puis la nourriture, essayant de se sustenter du mieux qu’elle le pouvait. Chaque bouchée était un délice et elle sur dès lors que ce repas serait peut être le dernier bon repas qu’elle mangerait avant longtemps – voire même avant la fin. Puis, son regard se posa sur la porte de la chambre. Son cœur battait fortement contre sa poitrine et elle fit quelques pas en sa direction avant que son regard ne soit attiré par son reflet dans un miroir. Elinor plaqua une main sur sa bouche pour étouffer un cri. Elle était monstrueuse, terrifiante. Sa robe déchirée, sa peau sale et couverte de sang coagulé, rien en elle ne rappelait la douce Bieffoise d’autrefois. Ondrew lui-même ne saurait la reconnaître. Elle avisa alors la baignoire, ôtant sa robe sans le moindre mal et se glissant dans l’eau chaude. Plus qu’un bain, ce fut une thérapie. Chaque caresse du dragon semblait mourir dans cette eau purificatrice. Aidée par un savon parfumé à la rose, elle passa plusieurs dizaines de minutes à frotter son corps, redévoilant la pâleur de son teint.

Finalement, quand elle fut satisfaite du résultat, elle sortit de l’eau et s’essuya avant de mettre une robe simple et confortable. Après tout, elle n’avait aucune idée du temps qu’elle passerait dedans, cette fois-ci. Son reflet lui renvoya alors l’image de cette enfant perdue et belle qui avait su séduire le Roi, qui avait su le faire tomber. Elle prit sa robe déchirée et la jeta dans la cheminée où un feu se mourrait, reprenant en vivacité et en force avant de mourir de nouveau, une fois le tissu consumé. Puis, elle ouvrit la porte de la chambre s’avançant jusqu’au lit. Ondrew était là, allongé, endormi. Torse nu, un large bandage venait couvrir son abdomen tandis qu’un autre entourait sa cuisse. Le voyant ainsi, les larmes de la jeune fille se mirent à couler de nouveau tandis qu’elle prit place à ses côtés, glissant ses lèvres sur les siennes dans un baiser furtif. Puis, elle glissa le collier dans la main de son époux et l’observa. Comment pouvait-elle trouver le sommeil, cependant ? La nuit passa aussi rapidement que passe une heure. L’aube s’annonçait et la jeune femme savait que bientôt, on viendrait la chercher pour la ramener dans les profondeurs du Royaume. Elle déposa un nouveau baiser sur les lèvres de celui qu’elle aimait et se redressa dans le lit, prête à le quitter. « Elinor… » Sa voix était faible et pourtant, elle réchauffa l’âme de la jeune fille qui sentit la main de son mari se refermer autour de la sienne. Sans qu’elle ne sache pourquoi, elle se mit à pleurer, s’approchant de nouveau de lui et l’embrassant avec tendresse. Plusieurs fois, elle lui demanda pardon. Et quand le garde entra dans la chambre, elle n’eut le temps que de lui murmurer que quelques paroles à l’oreille. « Rien n’est perdu tant que les Dieux ne l’auront décidé, mon aimé. »


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