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 Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes   Mer 22 Fév - 0:37

L’après-midi touchait à sa fin. C’était une chaude journée, encore une fois. Port-Réal était écrasée sous le soleil implacable. L’air était sec, chaud, sans aucun réconfort. Même la Baie de la Néra n’était pas d’une grande aide, ces flots paisibles réverbérant les rayons d’un soleil devenu trop brûlant. La capitale des Sept Couronnes était profondément marquée par les affrontements des jours précédents. Des quartiers entiers étaient encore effondrés, les rues à peine déblayées. D’immenses bûchers avaient vu le jour pour essayer d’endiguer le risque d’épidémie qui avait démesurément augmenté avec l’important nombre de cadavres mutilés et boursouflés qui jonchaient les rues. Les volutes noirâtres des foyers funéraires ponctuaient le champ de ruines qu’étaient devenus certains endroits de Port-Réal. Quant au lit du fleuve, il était encore fort encombré d’épaves calcinées, de bois flotté et de corps perdus. Les plages alentours étaient également souillées de cendres et d’autres débris issus de la bataille navale entre rebelles et loyalistes qui avait eu pour objet la domination des eaux de la capitale.

Garett était installé dans de spacieux appartements, confortables et centraux, non loin de la salle du Trône. De grandes tentures aux couleurs des Lannister avaient été suspendues à divers endroit, histoire de rappeler qui était l’occupant des lieux, et deux gardes d’honneur de Castral Roc encadraient la porte d’accès à tout moment. Bien entendu, on mentionnait aussi l’existence de passages secrets, mais après plusieurs moments à les chercher par curiosité, il avait abandonné sans le moindre succès à son actif. Il s’était attendu à ce que la paix soit un repos, une pause, qu’il puisse enfin s’accorder un repos bien mérité. En réalité, c’était tout le contraire. La victoire sur Maegor n’avait rendu le quotidien du jeune Lion qu’encore plus fatigant. Il avait dû rencontrer beaucoup de monde, donner son avis sur encore plus de sujets et avait exigé d’être tenu au courant d’à peu près le maximum de choses qu’il pouvait suivre en même temps. Pour ne rien arranger, sa situation personnelle, concernant sa relation avec sa femme, ne s’était pas arrangée.

Il y avait encore tant à faire : terminer officiellement la guerre civile en jugeant les collaborateurs de Maegor, déterminer quel serait le prochain conseil restreint, et surtout, vite repartir pour Port Lannis où la flotte de l’Ouest se préparait d’ores et déjà à appareiller pour les Iles de Fer, pour aller chercher Tommen Lannister, héritier du Roc. Garett se demandait souvent s’il en verrait un jour le bout, s’il pourrait enfin quitter cette cité pour retrouver ses terres, et enfin agir pour son fils. Il avait juré de raser les Iles de Fer ou de les adjoindre à son domaine. Il doutait qu’il soit possible d’accomplir l’un ou l’autre, mais il était profondément déterminé à essayer.

On toqua respectueusement à sa porte.

« Ser Godric souhaite vous voir, monseigneur.

- Qu’il entre. »
répondit Garett.

Ser Godric Lannister, chevalier de la maison du Roc, dernier fils vivant du dernier Roi du Roc, Loren l’Ultime, était un homme âgé, aux traits taillés à la serpe, au regard dur et à l’immense expérience. Bouclier de Port Lannis, il disposait d’un très grand pouvoir, et d’une influence considérable à la cour de l’Ouest, notamment parce qu’il avait été celui qui avait formé Garett à devenir le suzerain qu’il était aujourd’hui. Mais ce qui entretenait le plus la légende autour de Godric Lannister, c’était sa participation à la bataille du Champ de Feu, là où les rêves de victoire contre Aegon le Conquérant et ses sœurs avaient été réduits en cendres, littéralement. La dynastie des Jardinier, rois du Bief, s’était éteinte ce jour-là, voyant tous ses fils mourir avant que le soleil ne fût couché. Depuis, la suzeraineté de ces terres étaient passées à leurs intendants de l’époque, les Tyrell. Les Lannister, eux, avaient eu plus de chance. Ils avaient été autorisés à survivre. Et Loren s’était agenouillé devant le Conquérant, concédant sa défaite, et s’était relevé non plus souverain du Royaume du Roc, mais seigneur suzerain des Terres de l’Ouest. Avec Elenei Lannister, épouse d’Oswell Connington, Godric était le dernier témoignage vivant d’une époque où les Lannister pouvaient se proclamer rois. Pour cela, et bien d’autres choses, Garett tenait son aïeul en grande estime.

« Garett, une voile a été annoncée. »

Il eut une moue désapprobative.

« Elle porte visiblement les armes de la maison Martell de Dorne. » ajouta-t-il d’un ton sombre.

Le visage de Garett, lui, s’illumina. Enfin. Un seul navire arborant la lance et le soleil dorniens pouvait se trouver dans la Baie de la Néra. Et si tout était censé être normal, il s’agissait de la nef de la Princesse Régente de Dorne, Nymeria Martell. Invitée par Garett lui-même, elle avait accepté de se présenter à la capitale d’un royaume dont le sien ne faisait pas partie.

Garett n’était pas dupe. Il savait qu’il serait difficile de faire du déplacement de la Princesse Régente un franc succès. Les Targaryen avaient une véritable méfiance envers Dorne, depuis le désastre de la guerre d’Aegon contre les Martell durant la Conquête. Au final, la princesse Rhaenys était morte là-bas, et jamais on n’avait retrouvé son corps. Ou en tout cas, jamais n’avait-il été renvoyé à Port-Réal. Logiquement, Jaehaerys ne saurait pardonner aisément un tel affront fait à sa grand-mère. Mais Garett gageait que la Princesse Régente en personne vienne présenter ses respects au nouveau souverain des Sept Couronnes serait perçu comme un geste suffisamment apaisant pour débuter une normalisation des relations entre la superpuissance et la dernière puissance indépendante restante de Westeros. Il était également question de s’occuper de la sanglante querelle qui opposait Arryn et Martell, mais tant que les Valois n’étaient pas sur place, le Lannister pouvait se concentrer sur la tâche qui lui bénéficierait le plus.

Garett, le visage jeune, les yeux encore espiègles malgré les horreurs qu’ils avaient vu, se tourna vers son éminent grand-père, l’air détendu, sûr de lui.

« Eh bien, Ser Godric, vous ne semblez pas vraiment d’humeur à cautionner la venue de la Princesse Régente… »

Godric, loin de se laisser démonter par l’assurance de son petit-fils, balaya la chambre du regard, avant de fixer le jeune homme avec la sévérité d’un précepteur.

« Non. Et tu sais pourquoi. Je ne considère pas que ce soit une bonne idée. Pas sans en avoir informé avant Rhaenys ou Jaehaerys. »

Garett haussa les épaules tout en attrapant un manteau rouge parcouru de veines d’or tissées. Cela faisait du bien d’ôter de ses épaules le poids constant des armures, des mailles et même de l’épée. Lionne, s’appelait la lame de Garett. Une belle lame, forgée par un artisan de Norvos, payée une fortune par le jeune seigneur et ornementée de rubis, dorée à la feuille d’or. Un pur joyau d’artisanat et un redoutable outil de mort : de nombreux ennemis, seigneurs comme issus du commun, en avaient fait les frais. Pour le moment, Lionne reposait sur son socle, accroché au mur, non loin de l’armure de Garett. Alors que les deux Lannister sortaient de la chambre, se dirigeant vers la sortie des bâtiments du Donjon Rouge, Garett répondit à son grand-père.

« Jamais ils n’auraient accepté. Ils ne sont pas prêts à pouvoir peser le pour et le contre d’une telle visite, alors que c’est une chance exceptionnelle, pour eux, pour Dorne, et pour nous, surtout. »

Jamais il n’était parvenu à tutoyer son grand-père, alors que ce dernier ne se privait pas. Indéfiniment, Garett resterait le jeune garçon en cours de formation. Mais cela ne le dérangeait pas. Il avait gagné ses propres lettres de noblesses durant la guerre, ses hommes et ses vassaux le respectait en grande majorité, cela lui suffisait. Godric, lui, continuait d’arborer sa moue désapprobatrice.

« Peut-être, mais nous ne sommes pas au Roc, ici. Nous sommes chez les Dragons, et nous n’y sommes pas seuls ! »

Garett balaya l’argument d’un geste impatient. Ils étaient sortis, le soleil commençait à décliner mais tapait encore fort. Ils traversèrent des parterres de fleurs complètement jaunies par le soleil et la sécheresse, et commencèrent à descendre un escalier ombragé qui menait à la crique privée du Donjon Rouge.

« Je le sais bien. Mais au nom des Sept, ce sont nos hommes qui leur ont permis d’être là où ils sont aujourd’hui. Et quelles armes arborent les gardes de ce palais, de cette cité ? De tous les fiefs au Nord d’ici ? Les nôtres, pas les leurs.

- Tu oublies les Baratheon, mainteant… Attention Garett. »


Garett s’interrompit au milieu de la descente, d’un air agacé. Il fixa son grand-père droit dans les yeux,il devenait alors véritablement le suzerain qu’il était.

« Enfin, grand-père ! Soyons sérieux. Bien entendu que les Baratheon sont ici, la moitié de notre armée était composée d’Orageois.Mais ils sont tellement occupés à préparer leurs funérailles qu’ils n’ont pas le cœur à autre chose, regardez donc. Personne ne dira rien. Nous devons de toute manière assurer notre prochaine place dans le nouvel ordre qui s’annonce. »


Godric haussa les sourcils en signe de reddition et ils descendirent dans le silence. Arrivés en bas des escaliers, ils traversèrent un nouveau jardin fané, où les plantes avaient durement subi les assauts continuels du soleil et le manque d’eau. Au loin, tel posé sur son reflet, le navire à la voile orange semblait immobile. Quelques soldats Lannister étaient présents, une tente avait été dressée non loin de la plage, sous les quelques arbres encore assez touffus pour fournir un semblant d’ombre. Tout cela n’avait rien d’une réception protocolaire, mais là-dessus, au moins, Godric avait réussi à faire plier son petit-fils. Il ne pouvait pas se comporter comme le propriétaire des lieux, même si dans les faits, c’était plus ou moins le cas étant donné la présence militaire importante des Lions qui souhaitaient sécuriser leur victoire et leur place future.

Ils attendirent encore un moment avant que finalement, le grand et élégant navire dornien ne jette l’ancre et qu’une embarcation légère ne quitte son flanc pour rejoindre avec une hâte élégante la berge dominée par la structure solide du Donjon Rouge paré de ses bannières royales. Sur la plage, par contre, uniquement un simple fanion Lannister. La tente, elle, par contre, était aux couleurs de l’armée de l’Ouest, on avait pris celle de Garett. Lorsque Nymeria, il était difficile de ne pas l’identifier, posa le pied sur la plage, Garett patienta le temps que ses compagnons ne soient également hors de la chaloupe, puis il s’avança respectueusement avant d’effectuer une révérence toutefois moins prononcée que s’il avait été en présence d’un Targaryen.

« Princesse Régente Nymeria, c’est un immense bonheur et une très grande fierté d’enfin vous rencontrer. Je suis Garett Lannister, et voici Ser Godric Lannister. J’ose espérer que votre voyage s’est déroulé sans accroc ? »

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Nymeria Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes   Jeu 23 Fév - 15:11

La matinée avait commencé calmement sur le Détroit, comme ça avait été le cas lors des derniers jours, tandis que la Grâce de Myrcella avançait d’un rythme régulier vers le nord. Le voyage avait été tranquille et sans accroc, aucun autre navire n’avait approché, et les quelques rares voiles qui avaient été aperçues au loin n’avaient pas tenté de s’approcher de l’imposante barge dornienne. Son capitaine, un vétéran doté d’une longue expérience dans la navigation, avait pris soin d’éviter les points connus comme dangereux, n’hésitant parfois pas à préférer une voile blanche plutôt que celle, aux atours plus riches et donc plus voyant, arborant les armes de la maison Martell. Bien entendu, la passagère de marque qu’ils transportaient avaient parfois protesté, mais elle n’était pas idiote, et comprenait très bien qu’il valait mieux que certains n’apprennent pas qui était à bord du navire.

Pour autant, la journée ne serait pas aussi tranquille que les autres et l’officier le savait, puisque ses calculs indiquaient qu’ils arriveraient aujourd’hui à Port-Réal, le but de leur voyage. Aucun dornien n’aimait particulièrement faire escale dans un port contrôlé par le Trône de Fer, encore moins dans sa capitale. Ils y trouvaient trop de regards hostiles, de couteaux et d’épées à moitié tirés et de mâchoires serrées pour s’y sentir à l’aise, et c’était sans compter leur propre ressentiment pour un pays qui avait depuis longtemps montré leur volonté de vouloir annexer la terre des sables aux leurs. C’était pourquoi, même s’il s’agissait d’un voyage diplomatique, même s’il avait eu l’honneur de transporter la Princesse Régente à son bord, le capitaine ne pouvait s’empêcher d’appréhender son arrivée, et pourquoi il ne put masquer une moue inquiète quand il aperçut, au loin, les premières silhouettes du Donjon Rouge, alors que le soleil était à son zénith. N’oubliant pas son devoir, il appela son quartier-maître d’un cri bref, avant de lui ordonner :

« Va annoncer à la Princesse Régente que nous serons à quai avant la fin de la journée »



Assise sur le large siège qui avait été installé à son attention sur le pont, Nymeria frappait impatiemment son accoudoir du bout des doigts, tandis qu’elle observait les hautes tours se rapprocher lentement. Elle n’appréciait pas vraiment les voyages en bateau, beaucoup trop tranquilles à son goût, et s’était même prise à souhaiter une attaque de pirate pour la tirer de la monotonie du trajet. Un désir puéril et immature, qu’elle s’était bien gardée d’exprimer et qu’elle s’était empressée de réprimer, mais il indiquait bien l’état actuel de la Princesse, qui ne souhaitait rien de plus que de toucher terre, et de commencer ce pour quoi elle était venue.

La justice, d’abord. Pour son peuple, pour son frère, et pour elle. Encore une fois, une vraie vengeance lui avait été arrachée, comme l’avait signalé Garett Lannister dans sa dernière lettre. Quelqu’un d’autre avait tué Maegor. Bien entendu, Nymeria n’avait jamais compté sur la possibilité de le tuer elle-même, mais elle aurait voulu être là pour sa mise à mort, voir enfin celui qui lui avait pris son frère bien aimé perdre la tête, littéralement cette fois. Qu’importe, pour le bien de la diplomatie, elle se contenterait de cracher sur son cadavre s’il le fallait, après tout les torts avaient été réglés, que ce soit de sa main ou non, et d’autres choses devaient être prises en compte. A nouveau Roi, nouveau règne, et il était de sa responsabilité que le souverain, qui selon ce qu’on lui avait rapporté, n’était qu’un enfant incapable de prendre des décisions par lui-même, ne se mette pas en tête d’essayer de s’approprier Dorne pour légitimer sa place sur le Trône.

Nymeria était une guerrière dans l’âme, et une partie d’elle brûlait de relancer des hostilités latentes depuis des années, mais elle n’était pas idiote. Une guerre avec le reste de Westeros coûterait cher à son peuple, et si elle pouvait s’assurer d’une paix durable et profitable pour Dorne, c’était son devoir.

Il y aussi la question de l’accord commercial avec les Lannister, qui devait être discuté plus avant. Même si elle n’était pas spécialement versée dans l’art du marchandage, la Princesse avait pris conseil auprès de son oncle sur la matière avant de partir, et elle comptait bien sécuriser une alliance plus étroite avec la maison au Lion avant son départ. Avoir les seigneurs de l’Ouest de son coté ne présentait à ses yeux que des avantages, et constituait même une priorité pour la jeune femme. Plus personnellement, elle était intriguée par l’actuel Seigneur Lannister, se demandant s’il restait en eux quelque chose de leurs rois passés, et si les rumeurs entendues à son sujet étaient fondées. Après tout, si sa mère avait marié son cousin Manfrey à l’une d’entre eux, elle devait bien avoir trouvé quelque chose de spécial chez les seigneurs du Roc…

Enfin, le navire jeta l’ancre à quelques dizaines de mètres de la côte, et Nymeria se leva impatiemment de son siège pour observer la côte tandis que l’on préparait la barque qui la transporterait, elle et son escorte, jusqu’à terre. Les nuages de fumée noire avaient été visibles depuis longtemps, mais la dévastation qui régnait sur la ville prenait une tournure bien plus réelle vue de près, accompagnée de l’odeur de bois et de chair brulée qui atteignait même le navire. Réprimant une grimace, la dornienne reporta son regard sur la plage plus proche, haussant un sourcil devant l’accueil qui semblait lui avoir été réservé. Une seule tente, et seul la bannière des Lannister était présente, si on ne comptait pas les larges draperies à l’image du dragon à trois têtes qui volaient au vent sur les murs du château en lui-même.

« Je ne m’attendais pas au plus chaleureux des accueils, mais il faut croire que Maegor n’était pas le seul Targaryen qui n’avait aucun sens de la décence... »


Sa remarque fit rire quelques membres d’équipage, et détendit une atmosphère qui s’était alourdie depuis qu’ils s’étaient approchés de la ville. Sa proximité leur avait rappelé que la guerre, même si elle était officiellement terminée, était encore bien présente, et une tension nouvelle s’était installée, tant chez les marins que parmi les gardes et les dames de cour qu’elle avait amené avec elle. Nymeria elle-même ne savait pas encore que penser de la situation, mais elle savait qu’il était inutile de montrer ses doutes alors que la situation était déjà réglée. Peu importe les raisons qui avaient fait que seuls des représentants des Lannister étaient là pour l’accueillir, il faudrait faire avec.

Elle se tourna vers le capitaine, avant de lui donner ses dernières instructions :

« Je rejoindrai la côte en premier, accompagnée d’une escorte. Lorsque je vous en ferai parvenir l’ordre, vous pourrez faire débarquer le reste de ma suite. Je ferai arranger un transport pour la marchandise une fois installée, en attendant que vos hommes restent à bord. Une fois que vous aurez la possibilité d’accoster, libre à vous de les laisser débarquer, mais je doute que la ville ne soit accueillante pour eux. »

L’officier jeta un œil à la ville dans toute sa ruine, avant d’incliner respectueusement la tête, tandis que la Princesse faisait signe à quatre de ses gardes, équipés d’une lance et d’un bouclier marqué du soleil et de la lance, de l’accompagner sur la barque ou des rameurs attendaient déjà. Elle-même avait choisi de porter une robe orange et jaune dans le plus pur style dornien, renonçant à porter une armure pour ne pas donner l’image d’une Princesse guerrière venue en conquérante. Pourtant, elle avait dissimulé une dague dans un repli de celle-ci, se refusant à être complètement sous la responsabilité de ses gardiens.

Se postant à la proue de l’embarcation, Nymeria observa la côte de plus près tandis qu’ils s’approchaient, et fut d’autant plus surprise de ne voir que deux hommes postés près de la bannière au Lion. Lorsque la barque accosta, elle prit pied sur la plage, bientôt suivie de ses gardes, et se dirigea vers les deux hommes, l’un bien plus âgé que l’autre, et visiblement tout autant moins content d’être là, même s’il fallait lui concéder qu’il faisait tout pour conserver une mine neutre. Le plus jeune était manifestement un seigneur, de par ses atours, et semblait nettement plus ravi de l’accueillir. Celui-ci s’inclina brièvement avant de s’adresser à elle sur un ton qui se voulait à la fois respectueux et amical :

« Princesse Régente Nymeria, c’est un immense bonheur et une très grande fierté d’enfin vous rencontrer. Je suis Garett Lannister, et voici Ser Godric Lannister. J’ose espérer que votre voyage s’est déroulé sans accroc ? »

C’était donc lui. Jusqu’à présent, Garett se révélait être à la hauteur de sa réputation. Jeune, mais on voyait en lui l’expérience des combats récents, mais aussi la stature et les manières d’un seigneur suzerain. Précisément le genre de personne avec qui la Princesse pouvait imaginer s’entendre à merveille. Son compagnon devait sans nul doute être son oncle, le dernier survivant des Champs de Feu, une des batailles qui l’avaient longtemps fascinée quand elle apprenait l’art de la stratégie, et même s’il était clair que le vieux chevalier ne partageait pas l’enthousiasme de son neveu, il devait probablement avoir de nombreuses histoires et expériences à partager. Mais le temps pour ce genre de choses n’était pas encore venu, et la dornienne devait clarifier une situation brumeuse avant toute chose. Elle inclina alors la tête dans un sourire, avant de répondre à la personne qui l’avait invité ici.

« Un plaisir partagé, monseigneur. J’attendais notre rencontre avec impatience depuis nos derniers échanges, et je suis heureuse de vous trouver en bonne forme.» «Quant à mon voyage» ,ajouta-t-elle avec un sourire discret, «il a été aussi tranquille qu'ennuyeux, mais il serait bien hypocrite de m'en plaindre ici»

Jetant un coup d’oeil aux alentours, vides de toute autre présence notable, elle ajouta sur un ton plus sobre :

« J’avais également espéré que j’aurais l’occasion de m’entretenir avec vous dans un cadre plus privé, mais je n’aurais pas pensé que la possibilité se présenterait dès mon arrivée. Dois-je m’attendre à ce que cette visite ne se passe pas aussi bien que je l’aurais cru ? »
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes   Jeu 13 Avr - 23:29

Nymeria Martell était en tout point semblable à l’image de ce que l’on véhiculait d’elle : noble, digne et impressionnante. Garett n’en était pourtant pas à sa première rencontre d’importance dans le cadre de ses activités de seigneur suzerain. Il avait ainsi pu échanger avec la princesse Rhaenys, avec d’autres suzerains et encore d’autres nobles de Westeros et d’ailleurs. Bien entendu, la position de Nymeria n’était pas vraiment du goût de tout le monde une fois passé les frontières de Dorne. La plupart des seigneurs des Marches du Bief et des Terres de l’Orage – qui avaient un œil plus attentif sur la politique dornienne – étaient unanimes sur le peu de légitimité qu’elle avait à leurs yeux. Des idiots. A quoi tenait la légitimité lorsque l’on possédait une telle armée ? Maegor lui même, pourtant illégitime, avait bien réussi à conquérir et conserver ce Trône si honni désormais. Il était toutefois difficile pour le jeune seigneur au Lion de pouvoir faire bonne figure face au déploiement de majesté qui découlait de la relative simplicité de la Princesse régente. Les Lannister avaient été au cœur des combats aux côtés de leurs alliés. Port-Réal n’était pas tombée depuis très longtemps, et ils étaient encore épuisés. Si la capitale des Sept Couronnes avait fini de brûler, il n’en restait pas moins une atmosphère suffocante. Baignée dans une espèce de brume grisâtre non-identifiée, Port-Réal était encore plus irrespirable qu’avant la bataille, et les volutes de quelques brasiers funéraires ponctuaient encore le ciel.

Les plages avaient été nettoyées des cadavres les plus en vue. Sans doute que les dizaines d’épaves enchevêtrées sur le littoral recelaient encore leurs lots de surprises. Ce qui restait de la flotte affrétée par les anciens Rebelles se tenait désormais à quai tandis que quelques navires des mercenaires d’Harwyn Chenu – les Léviathans d’Azur, payés par l’or Lannister – patrouillaient dans la Baie. Garett lui-même n’était pas au mieux. Ses traits étaient encore tirés, ses yeux creusés, sa peau cireuse. Même sa tignasse bouclée semblait avoir perdu de son lustre doré. D’autant plus que les alliances de guerre se délitaient déjà, lentement, mais sûrement. Chacun voulait tirer son épingle du jeu, et saisir le plus d’espace possible, ceci rendu possible par la vacance toute temporaire du pouvoir. Voir une alliée politique arriver dans l’arène qui se préparait ne pouvait que le rassurer un peu. Elle était effectivement persona non grata auprès d’une partie de la Cour, mais ceci importait peu.

« Un plaisir partagé, monseigneur. J’attendais notre rencontre avec impatience depuis nos derniers échanges, et je suis heureuse de vous trouver en bonne forme. Quant à mon voyage, il a été aussi tranquille qu'ennuyeux, mais il serait bien hypocrite de m'en plaindre ici. »

Garett avait souri à l’évocation du voyage comme l’avait présenté Nymeria Martel. Elle avait une voix coupante, qui ne souffrait d’aucune discussion. Ce n’était pas n’importe quelle personne qui lui faisait face. Toutefois, on distinguait aussi une forme d’érudition, en tout cas une compétence certaine. Elle était vive, également. Garett décela un rapide coup d’œil de la jeune femme sur ce qui l’entourait.

« J’avais également espéré que j’aurais l’occasion de m’entretenir avec vous dans un cadre plus privé, mais je n’aurais pas pensé que la possibilité se présenterait dès mon arrivée. Dois-je m’attendre à ce que cette visite ne se passe pas aussi bien que je l’aurais cru ? »

Garett ouvrit la bouche et la referma, d’un air mutin. Comment lui expliquer cela ? Il n’eut pas vraiment le temps d’en dire plus que son grand-père s’avançait d’un pas respectueux.

« Si vous voulez bien me pardonnez, Votre Altesse, le contexte est – comme vous le savez – un peu particulier pour nous autres. Disons simplement qu’ils n’ont pas tous la tête à une rencontre diplomatique aussi importante. Les esprits sont encore bouillonnants, ici, Princesse. »

Une voix coupante, un ton mesuré, un timbre de stentor : Godric Lannister n’avait pas peur d’une Princesse, toute de Dorne fût-elle. Il disait ce qu’il voulait dire, sans ambages, ou alors juste ce qu’il fallait pour éviter un incident diplomatique.

« La plus pure vérité, Princesse Nymeria, c’est que nous nous trouvons dans le foyer de la famille royale Targaryen, et que je ne suis toujours pas certain du degré de connaissance qu’ils ont de cette rencontre. »

Cette fois Garett se tourna vers Godric d’un air outré, la bouche entrouverte. Mais pour quoi allaient-ils passer ? Le jeune homme avait beau être expérimenté, ce genre de rencontre, il n’en avait guère l’habitude. Il servit donc son plus beau sourire à la jeune femme et porta un court instant son regard sur la Baie de la Néra qui se profilait plus loin, après la petite plage blanche. L’élégante nef dornienne ornementée avait terminé de carguer sa grand-voile orangée, et oscillait doucement au gré de la houle, comme posée sur son reflet. Il inspira un grand coup. Son esprit venait de s’égarer en pensant à la jeune femme qu’il aimait, elle qui avait toujours été présente dans sa vie, et dont il avait appris à se découvrir des sentiments pour elle que très récemment. Il refoula au fond de son être ses problèmes conjugaux.

« La famille royale… Je ne sais pas si une rencontre immédiate est vraiment souhaitable, pour tout dire. »

Il se rapprocha de la jeune femme régnant sans partage sur Dorne.

« Je pense sincèrement qu’il nous vaut mieux en discuter en privé avant. Puis-je vous proposer de monter au Donjon Rouge ? Nous avons une aile qui nous a été plus ou moins octroyée, nous y serons comme dans une ambassade de l’Ouest. »

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Nymeria Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes   Lun 17 Avr - 17:48

« La plus pure vérité, Princesse Nymeria, c’est que nous nous trouvons dans le foyer de la famille royale Targaryen, et que je ne suis toujours pas certain du degré de connaissance qu’ils ont de cette rencontre. »

Lorsque le vieux chevalier eut terminé sa phrase, la tension monta d'un cran dans les rangs dorniens. Les gardes avaient compris qu'ils devaient maintenant défendre leur dame dans la capitale des Targaryen, des ennemis de longue date, alors qu'ils n'étaient pas les bienvenus, et resserraient leur prise sur leur lance, jetant des regards inquiets autour d'eux, s'attendant à une embuscade. De son coté, Nymeria avait porté son regard sur Garett, visiblement désagréablement surpris que son oncle ait ainsi révélé la situation.

La Princesse serra les dents, réprimant une envie soudaine d'envoyer paître autant les Lannister que les Targaryen, de retourner sur son navire et d'ordonner le retour à Dorne séance tenante, uniquement pour rappeler à tous qu'elle n'était pas un simple seigneur inféodé aux Dragons, et qu'elle attendait qu'on la traite comme telle. L'idée de montrer son mécontentement de façon plus physique au seigneur des
Lions lui traversa également l'esprit. Lui montrer qu'elle n'était pas aussi soumise et douce que les dames des royaumes voisins, qu'il aurait du y réfléchir à deux fois avant de négliger de la prévenir d'un détail aussi important.

Si elle n'avait pas été la dirigeante de Dorne, Nymeria aurait peut-être cédé à la tentation. Elle serait peut-être rentrée chez elle, aurait laissé son frère calmer la situation, et envoyer quelqu'un d'autre pour traiter avec les Lannister. Mais elle n'avait pas ce luxe, elle était la Princesse Régente de Dorne, et partir maintenant aurait laissé l'image d'une fillette qui fuit à la moindre contrariété. Frapper Garett maintenant aurait retourné l'un des seuls alliés qu'elle trouverait ici contre elle, et aurait des répercussions diplomatiques qui résonneraient probablement dans tout Westeros. Nymeria était elle-même, et elle était en colère, blessée dans son orgueil, mais en cet instant, elle était aussi Dorne, et se devait de faire au mieux pour le bien de son peuple. Alors, lorsque Garett lui offrit un sourire gêné, elle serra le poing derrière sa manche, et se contenta de sourire à son tour, attendant une explcation, qui ne tarda pas à venir:

« La famille royale… Je ne sais pas si une rencontre immédiate est vraiment souhaitable, pour tout dire. »

«J'aurais préféré être mise au courant de cet état de fait avant de poser le pied sur cette plage, monseigneur. Je suppose que vous comprenez comme moi les conséquences que pourraient avoir une mauvaise réaction d'un roi nouvellement couronné, et qui n'approuverait pas ma présence chez lui alors que je suis déjà là.»

Elle avait voulu adopter un ton neutre, mais Nymeria ne parvenait pas vraiment cacher une certaine irritation dans sa voix, une légère pointe de colère, que toutes les leçons de son oncle ou de sa mère n'avaient réussi à dissimuler quand ils cherchaient à lui apprendre comment un chef d'état devait se comporter en présence de ses pairs. Alors qu'elle lui répondait, Garett s'avança vers elle, conservant lui parfaitement son calme, et reprit la parole:

« Je pense sincèrement qu’il nous vaut mieux en discuter en privé avant. Puis-je vous proposer de monter au Donjon Rouge ? Nous avons une aile qui nous a été plus ou moins octroyée, nous y serons comme dans une ambassade de l’Ouest. »

La Dornienne resta silencieuse un instant, pesant le pour et le contre de quitter la sécurité très relative de la plage pour s'enfoncer plus profondément sur un terrain qui s'avérait potentiellement bien plus hostile que prévu. Néanmoins, elle pensait pouvoir croire que les Lannister veilleraient à éviter le pire si les Targaryen apprenaient sa présence au mauvais moment, et décidaient qu'elle n'était pas la bienvenue. Et si tout cela avait été un piège, Godric aurait certainement évité de la mettre en alerte de la sorte. Après tout, si le Soleil et le Lion devaient s'allier plus étroitement, il était temps de leur montrer une certaine confiance.

Se détendant légèrement une fois sa décision prise, elle acquiesca aux paroles de Garett, en enchaînant d'un ton plus apaisé:

«Il me semble que c'est effectivement la meilleure chose à faire, vous aurez ainsi l'occasion de m'expliquer les raisons de la situation, et je suis sûre qu'elles sont excellentes.»

Joignant le geste à la parole, Nymeria passa un bras autour de celui du Lion, et poursuivit sur un ton plus léger, sachant que les conversations importantes n'auraient certainement pas lieu sur le chemin à parcourir, qui devaient toujours être garnis d'oreilles indiscrètes:

«Vous semblez éreinté, monseigneur. Les besoins de reconstruction dans la ville sont-ils si important que vous en perdez le sommeil?»
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes   Lun 17 Avr - 19:24

La rencontre tournait déjà au désastre. Nymeria n’avait pas marché plus de dix pas sur le sol de Port-Réal et déjà c’était une catastrophe. Garett perdait complètement le contrôle de cette entrevue. La réponse de la Princesse de Dorne quant à la piète justification de Garett de ne pas avoir tenu au courant les Targaryen laissa entrevoir son agacement. Le jeune Lion avait alors tenté comme il pouvait de faire au mieux pour limiter la casse. Il commençait à voir qu’il avait agi en idiot, avec précipitation. Le Roi restait le Roi. Même s’il devait sa couronne à Garett et Theodan.

La souveraine régente de Dorne accéda néanmoins à la proposition de Garett de continuer l’entrevue ailleurs.

«Il me semble que c'est effectivement la meilleure chose à faire, vous aurez ainsi l'occasion de m'expliquer les raisons de la situation, et je suis sûre qu'elles sont excellentes.»

Le ton était redevenu plus calme, et les épaules de la Princesse s’étaient ainsi détendues. Garett expira un moment. Le plus dur restait à faire, bien entendu, mais cette entrevue était nécessaire. Avant même qu’il n’ai pu réagir, la jeune femme avait passé un bras autour de celui de Garett et continua la conversation sur un ton bien plus badin. Machinalement, le jeune homme se mit en route vers les escaliers creusés dans la roche qui remontaient vers l’imposante structure du Donjon Rouge.

« Vous semblez éreinté, monseigneur. Les besoins de reconstruction dans la ville sont-ils si important que vous en perdez le sommeil?»

Garett allait répondre lorsqu’une nouvelle fois, Godric Lannister les interrompit, l’air toujours aussi renfermé.

« Monseigneur, puis-je vous demander un mot ? »

Voilà qui était inédit. Le vieil homme commettait là un impair considérable, si Nymeria était mal lunée, elle pouvait voir dans cette demande un signe de défiance à peine dissimulé. Garett hésitait, il était sincèrement préoccupé et curieux de savoir ce qui pouvait son grand-père à agir ainsi, mais il avait conscience d’en avoir déjà fait trop subir à son invitée. Le vieux chevalier sembla le comprendre et ajouta précipitamment, mais toutefois respectueusement :

« Avec la permission de Son Altesse, bien entendu. »

Garett regarda rapidement vers Nymeria. Il considéra qu’elle ne s’y opposait pas, ce qui était suffisant tant la curiosité le piquait à vif. Il n’avait jamais été très bon pour se contrôler, agissant toujours sur le moment présent. Effectuant une petite courbette respectueuse tout en reculant vers son grand-père, Garett essayait de montrer qu’il contrôlait toujours une situation qui lui échappait toujours. Pour faire bonne figure, c’était définitivement manqué. Heureusement qu’il s’agissait de quelqu’un qui était une alliée.

« Mais enfin qu’y a-t-il ? »

Godric plongea un regard si froid dans celui de Garett qu’il se tut instantanément, oubliant toute la fureur et toute la frustration qu’il accumulait depuis le début de cette rencontre. Le vieux chevalier ne rigolait pas du tout, et le seigneur suzerain se demanda même un moment s’il n’avait pas pressenti une tentative d’embuscade ou autre.

« Garett, écoute-moi. On ne peut pas. On ne peut pas faire monter la Princesse régente de Dorne sans en avoir informé les Targaryen, c’est déjà trop. Ne quittez pas la plage, ou retournez sur son navire s’il le faut. Mais si vous montez, tu vas jeter la disgrâce sur notre maison et tout ce que nous avons accompli. »

Garett se sentit pâlir malgré la chaleur du soleil et son teint halé. Il bafouilla un début de phrase sans queue ni tête avant de s’interrompre et d’essayer de se calmer. C’était terminé. Ils allaient perdre la face, et leur allié dornien. Mais Godric Lannister, lui, gardait le cap.

« La guerre est terminée, tu dois devenir un suzerain de paix. Laisse-moi aller à la rencontre des Targaryen, je t’en ramènerai au moins un. Que la Princesse soit accueillie comme il se doit, que les Targaryen soient au courant, par les Sept ! »

Vu le degré d’agacement de son grand-père et l’insistance qu’il y mettait, Garett se força à se calmer et à considérer les choses. Tout ce que disait son grand-père était vrai. S’il continuait ainsi, les Sept seuls savaient ce qui allait se passer. Il avait commis une série d’erreurs, il pouvait encore les rattraper s’il prenait sur lui. Ce qu’il ne supportait pas de faire. Toutefois, il n’avait pas le choix. Il hocha imperceptiblement du chef, l’air sonné. Godric Lannister n’attendit pas plus longtemps et, après avoir rapidement mais convenablement salué la Princesse régente, il commença à remonter les marches vers le Donjon Rouge. Garett revint vers la jeune femme en essayant d’esquisser un sourire mais sans franc succès, ce qui donna un rictus chargé de malaise.

« Princesse, je vais me montrer franc avec vous. »

Ce faisant, il l’invita à faire quelques pas, non plus vers les escaliers mais le long de la plage. Tandis qu’ils infléchissaient leur marche, ils s’éloignaient quelque peu des potentielles oreilles indiscrètes, même si elles n’étaient pas nombreuses et toutes loyales – en théorie – aux maisons Martel ou Lannister. Lorsqu’ils furent à peu près hors d’atteinte desdites oreilles, Garett plongea son regard émeraude moucheté d’or dans celui de Nymeria.

« Cette rencontre aurait dû être mieux préparée de mon côté, et je vous présente toutes mes excuses pour cela, ce n’est pas digne de votre personne. La vérité brute, la voici : les Targaryen ne savent pas que je vous ai invité, et Ser Godric a été assez perspicace pour le voir et me le signaler. Quant à moi, je suis un idiot fini. J’ai pêché par orgueil en m’imaginant maître du Donjon Rouge, mais je m’aperçois, bien trop tard, que ce n’est pas le cas. »

Garett soupira. C’était une catastrophe, un désastre. Il avait fait venir sur un coup de tête l’une des personnes les plus puissantes de Westeros pour lui faire subir le pire camouflet de l’histoire diplomatique du continent. Il était au fond du trou. Il ne se laissa toutefois pas démonter, il était un Lion de Castral Roc. Même au fond de l’adversité et en plein cœur de son erreur, il continuerait de faire ce qu’il croyait être juste, en l’occurrence, expliquer vraiment la situation à Nymeria et s’en remettre à sa sagesse pour sa réaction.

« Je ne sais comment vous présenter mes excuses et la honte qui me tient, Princesse. Si vous consentez à continuer cette entrevue, nous pouvons rester ici ou – si vous préférez – retourner à votre bord afin de discuter le temps qu’un membre de la famille royale vienne vous accueillir. »

Garett essayait de présenter une figure encore avenante, mais il ne souriait plus. L’enjeu était trop grand. Comme la guerre lui paraissait simple, maintenant que la paix était à maintenir.

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Nymeria Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes   Mer 26 Avr - 13:42

« Monseigneur, puis-je vous demander un mot ? »

Nymeria n'avait pas fait dix pas, et Garett n'avait pas eu le temps de lui répondre que déjà le vieux chevalier les interrompait sans autre forme de procès. Certes, Godric était un héros, un des derniers, si pas le dernier survivant de la bataille des Champs de Feu, mais pour qui se prenait-il, à les interrompre de la sorte? Le vieux Lion n'était pas ravi de la voir arriver à Port-Réal, cela la Princesse l'avait déjà compris, mais il était jusqu'à présent resté suffisamment courtois pour que la chose reste implicite et qu'elle n'ait pas à régler ouvertement la chose.

Etait-ce seulement son rôle? Après tout, Godric était le grand-père de Garett, et Nymeria connaissait bien la tendance des aînés d'une famille à toujours remettre en cause les décisions de leur seigneur, certes plus jeune mais détenant les rênes du pouvoir. Elle avait d'abord vu sa mère agir avec son frère, puis avec elle-même pendant un temps. Depuis sa disparition, c'était Quentyn qui avait pris sa place, et qui n'hésitait parfois pas à lui dire en face que ses plans étaient mauvais. Cependant, tous le faisaient en privé, dans le cadre familial, et se gardaient de montrer leur opposition en public.

Ce n'était pas le cas de Godric, visiblement, et sa demande irrita la Princesse plus qu'elle n'aurait du, probablement parce qu'elle lui rappelait des instants de ses propres débuts en tant qu'héritière, puis dirigeante. La brune fit alors demi tour pour fixer le vieil homme, une lueur provocatrice dans le regard. Il voulait oublier le protocole? Soit, elle lui donnerait matière à réfléchir la prochaine fois que l'idée lui traverserait l'esprit. Nymeria n'eut cependant pas le temps de cracher son venin, Godric ayant complété sa phrase, que ce soit par crainte de la menace qui couvait dans les yeux de la Princesse, ou parce qu'il s'était rendu compte que sa réponse n'était pas appropriée. La dornienne prit donc sur elle, de la même façon qu'elle ne réagit pas plus qu'avec un hôchement de tête face à la révérence de Garett, qui n'avait pas vraiment attendu sa réponse pour rejoindre son grand-père.

De son côté, la jeune femme n'en menait pas large. Elle aurait aimé avoir le don pour la diplomatie de son frère, le calme de sa mère, ou même la patience de Quentyn, mais elle était elle-même, une guerrière, farouche et fière, et cette visite commençait à tourner à la farce. Une farce dont elle était le centre, et la victime. Dans son esprit, les pulsions qu'elle avait retenu un peu plus tôt refaisaient surface, et Nymeria avait beau réfléchir, elle voyait de moins en moins de raisons de ne pas les assouvir. Que valait l'amitié d'un seigneur qui ne la respectait pas? Elle était Princesse Régente, et elle se sentait de plus en plus dans la peau d'une mendiante, prête à subir tous les affronts pour obtenir des restes qu'on voudrait bien lui donner une fois qu'on en aurait fini avec elle. Non, les choses ne se passeraient pas comme ça, elle ne se laisserait pas humilier, ni par les Lannister, ni par les Targaryen. Mieux, elle leur ferait payer cet affront, en temps et en heure.

D'un geste sec, elle appela un de ses gardes, et lui ordonna d'un ton sans équivoque quant à son état d'esprit:

"Fais préparer la barque, nous ne resterons plus longtemps ici, si c'est là l'accueil qu'on réserve à Dorne."

Le garde était encore jeune, n'ayant rejoint le cercle fermé des gardes princiers de Nymeria que quelques mois plus tôt, mais il savait déjà que le mieux à faire quand la Princesse Régente n'était pas d'humeur était d'obéir le plus rapidement et efficacement possible. "Même si elle t'ordonne de sauter de la plus haute tour de Lancehélion, crois moi ce sera moins douloureux que si tu ne le fais pas" ajoutaient souvent les vétérans quand ils discutaient entre eux, loin des oreilles de Nymeria, bien entendu.

Tandis que le garde s'éloignait vers la côte, Godric remonta le chemin vers le Donjon Rouge, non sans l'avoir salué au passage, salut auquel Nymeria, tendue, répondit de la manière la plus sèche qu'une visite diplomatique le permettait. Garett la rejoignit alors, le malaise visible sur son visage, malaise qu'elle connaissait bien, et qu'elle avait vécu plusieurs fois après avoir été sermonnée par sa mère.

« Princesse, je vais me montrer franc avec vous. »

Le jeune Lion fit alors quelques pas non plus vers les marches du donjon, mais en direction de la plage. Sur son invitation, Nymeria le suivit d'un pas lent, le visage figé dans une expression dure et froide. Elle écouta néanmoins les explications de Garett, son autocritique et ses excuses, un exercice qui lui semblait bien difficile. La dirigeante de Dorne et le Seigneur de l'Ouest avaient donc cela en commun, une fierté exacerbée par leur rôle, rendant d'autant plus difficile une remise en question de leurs actes, et donc de leurs erreurs potentielles. Cette constatation, plus que les excuses du Lannister en elles-mêmes, lui attira une certaine sympathie de la part de la Princesse, qui ne pouvait que comprendre l'humiliation que lui avait fait subir son grand-père, et la difficulté d'avouer qu'en plus de cela, il l'avait subie à raison.

« Je ne sais comment vous présenter mes excuses et la honte qui me tient, Princesse. Si vous consentez à continuer cette entrevue, nous pouvons rester ici ou – si vous préférez – retourner à votre bord afin de discuter le temps qu’un membre de la famille royale vienne vous accueillir. »

La jeune femme garda un instant le silence, fixant son navire non loin de la côte, la barque sur la plage que l'on préparait à reprendre la mer, ses gardes dans l'expectative, même Garett, tous attendaient en cet instant qu'elle prenne une décision. Ce que la Princesse fit, dans un soupir, au détriment de la guerrière en elle.

"Vous avez décidé d'être honnête, je vais donc faire la même chose, ne fut-ce que par politesse."

Il n'était plus question de faux semblants, ou de phrases élégamment tournées, Nymeria avait là l'occasion de satisfaire ses frustrations, et elle comptait bien la prendre, elle avait trop longtemps fait bonne figure pour continuer ainsi éternellement, surtout après les derniers événements. Elle se planta donc face au Lion, plongeant un regard qui en disait long sur sa frustration dans le sien, avant de continuer:

"Aujourd'hui devait représenter beaucoup pour Dorne et pour les autres Royaumes, la première visite diplomatique depuis longtemps d'une Martell aux Targaryen, les débuts d'une alliance plus étroite entre vous et moi, entre nos terres. Comme vous l'avez si bien dit, il s'agit là d'un début désastreux, qui laisse présager le pire pour la suite, si suite il devait y avoir. Pour tout vous dire, tout en moi me crie de retourner sur mon navire, de rentrer à Lancehélion, et d'agir en conséquence de ce qui vient de se passer."

Et qu'est ce qui l'en empêchait, au final? Rien du tout. Personne à Dorne ne lui reprocherait de refuser d'être traitée comme un personnage de seconde zone par des dirigeants étrangers, la plupart soutiendraient son action, certains la presseraient d'aller plus loin, et de prendre sa revanche de façon plus militaire, alors que d'autres voudraient profiter du chaos ambiant pour placer la terre des sables en position de force. Mais tout cela ne serait qu'une solution de courte durée, qui ne tarderait pas à se retourner contre eux, et Nymeria le savait. Sa mère lui avait si souvent répété les mêmes mots, diriger, c'est savoir se dépasser, voir plus loin que soi, sa fierté, ou ses envies.

"Pourtant, je crois encore que cette rencontre peut être une réussite, à la condition que vous et moi nous comportions comme les alliés que nous sommes. Plus de secrets ou de non-dits. Nous pouvons être un soutien l'un pour l'autre, et renforcer nos terres, à la condition que nous nous traitions l'un comme l'autre comme des amis, et non pas comme une autre partie du grand jeu de pouvoir du continent. "

La dornienne se détendit un peu, soulagée d'avoir pu ainsi évacuer sa frustration, et termina son discours sur un ton plus calme, mais tout aussi tranché:

"Consentez à cela, et nous pourrons continuer cette conversation et préparer les suivantes sous votre tente. Consentez, et je serai pour vous l'amie et le soutien que vous espérez. En revanche, si vous ne vous en pensez pas capable... Ma barque est prête à partir."
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Il est des décisions qui ne concernent que les Hommes

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