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 [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Jeu 20 Juil 2017 - 3:26



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

"Ce n'est pas un mariage glorieux, mais c'est un mariage d'honneur. Un jour, tu seras Suzerain, Robart, et tu comprendras que même les plus petites familles, si elles sont offensées, peuvent faire vaciller un trône. Tout cela peut te paraître injuste, mais tu es mon fils, mon héritier, et en tant que tel tu dois me faire confiance, suivre mes directives."

Telles avaient été les dernières paroles du Suzerain de l'Orage, pour cloturer la longue discussion qu'il avait eue avec Robb. Le père et son fils avaient une sorte de code tacite, quand le premier employait si fermement le nom complet du second, cela signifiait que la discussion était close, et qu'aucune négociation n'était permise. C'était le signe d'une décision difficile, qui demandait une obéissance aveugle et sans conditions. Robb avait appris à se soumettre à tout cela, pour le bien de ce qui serait un jour ses Terres. Mais là, il lui était difficile d'accepter le destin que Theodan avait scellé pour lui.

Rohanna Trant


Une femme issue d'une Maison moindre, sans aucune importance à l'échelle politique.

Rohanna Trant

Un garçon manqué, d'après ses souvenirs. Robb avait encore en mémoire cette journée où, tombée de cheval, la fillette l'avait copieusement insulté, uniquement parce qu'il n'avait pas pu s'empêcher de rire devant le ridicule de la situation.

Rohanna Trant

Celle qui, parce que l'honneur des Baratheon ne saurait être entâché par un manque de respect envers un vassal, aussi petit soit-il, s'élèverait bien au delà de ce à quoi elle avait été destinée.


Telles avaient été les pensées de l'héritier d'Accalmie, pendant les semaines qui passèrent entre l'annonce qui lui avait été faite, et la date du mariage. Des semaines tourmentées, mais qui avaient permis au jeune homme de se faire une raison. Il n'était pas Edric, il n'avait pas droit à l'insouciance. Même s'il ne voulait pas de ce mariage, même s'il en avait jadis désiré une autre, il l'accepterait.

Décidé à affronter son destin, Robb était donc entré dans le Septuaire d'Accalmie, engorgé des membres de sa Famille, au premier rang, et des nombreux vassaux de l'Orage venus assister à l'union de leur futur seigneur. Il avait traversé leurs rangs, affronté les regards tantôt compatissants, tantôt outrés de ceux des seigneurs présents qui ne voyaient pas d'un bon oeil un mariage avec une Maison si peu importante. Il adressa un sourire à Kyra, sa mère, dont le visage fermé traduisait toute la frustration de voir son aîné promis à d'autres que les Lannister. A son père, Robb offrit un hôchement de tête entendu. Tout se passerait comme il le fallait, selon ses désirs. Le jeune homme ne ferait pas de vagues.

Le jeune Cerf avait ensuite pris sa place, et avait attendu, solennel, et dans un silence impressionnant pour une salle si remplie, l'arrivée de sa future épouse. Ce furent ses instants qui avaient tout changé. Pour la première fois en 18 ans, il revoyait Rohanna, qui fit son entrée, Tess à sa droite. La présence de la Biche Noire était un gage de la fin du scandale qui liaient malgré eux Trant et Baratheon, ainsi que le début d'une union plus saine. Mais de cela, Robb n'avait rien à faire.

Les yeux rivés sur sa promise, il ne put que constater que l'image qu'il se faisait d'elle était faussée. Rohanna n'était pas une beauté de Cour, même si elle ne pouvait que resplendir, vêtue d'une robe qui avait été commandée aux meilleurs couturiers de l'Orage. Non, elle était d'une beauté toute autre, plus sauvage, plus discrète, mais également autrement plus attrayante pour qui savait la voir. Une beauté issue de l'être dans on ensemble, un corps en accord avec l'âme, et non uniquement des canons esthétiques de leur époque.

Rohanna, calmement, prend sa place. Elle a l'air presque résignée. Robb se souvient que pour elle aussi, cette union n'a rien de vraiment volontaire. Loin de sa Famille, qui ne peut même pas être présente à son mariage. Cette pensée lui arrache une vague d'anxiété, qu'il contient cependant, tandis qu'il couvre ses épaules de la cape Or et Sable, brodée d'un Cerf en fils d'or. Alors que ses mains frôlent le coup de la jeune femme, Robb remarque pour la première fois cette fossette que la fille de Gallowsgrey ne semble pas pouvoir contrôler.

Alors que le Septon lie leur main, tandis que les fiancés prononcent ensemble les voeux consacrés, alors que les vassaux applaudissent le nouveau couple héritier, Robb sait que cette femme, peu importe son origine, peu importe les raisons qui l'ont amenée à lui, cette femme serait celle qu'il aimerait pour le restant de ses jours. Alors, lorsqu'enfin leurs regards se croisent, c'est la joie, pas la résignation ou le devoir qu'elle peut lire dans ses yeux.

Ensemble, ils traversèrent l'allée centrale, des gardes d'honneur ouvrant les portes du Septuaire pour que la foule massée à l'extérieur puisse saluer pour la première fois le couple qui les dirigera un jour. L'héritier croise le regard de Theodan, souriant. Il sait que son fils vient de vivre l'un de ces moments de la vie, où le devoir pourrait bien également concorder avec le bonheur. Sous les ovations, Robb se penche vers sa femme entre deux salut de sa main libre, et lui murmure dans un sourire:

« Bienvenue à Accalmie, Rohanna. »

Rohanna Baratheon

La femme qui était parvenue, sans un effort et en un clin d'oeil, à éclipser Eleneï.



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Ce fut sous un jour presque ensoleillé que le cortège festif traversa la cour d'Accalmie pour rejoindre la salle des Banquets, l'une des plus vastes des Sept Couronnes, où se déroulerait la fête. Alors qu'ils marchent côte à côte, main dans la main, le jeune Cerf ne peut s'empêcher de s'interroger sur la façon dont sa belle vit cette journée. Déracinée, privée du soutien de sa famille, face à une situation à laquelle elle n'a jamais du être préparée, mariée par devoir à un homme qu'elle -si on en croyait les rumeurs- détestait profondément. En son for intérieur, Robb espérait qu'il ne s'agissait que de rumeurs, qu'elle aussi avait ressenti ce qu'il avait ressenti en la voyant, dans le Septuaire. Tout serait plus facile, tout serait plus agréable.

Pour autant, et même s'il était clair qu'elle n'avait pas l'habitude d'une telle foule réunie en son honneur, Rohanna marchait dignement, elle ne semblait pas malheureuse. Il y avait donc de l'espoir, à moins que la nouvelle Biche ne soit en réalité rompue à l'art de maintenir les apparences. A cette pensée, Robb sourit. Sa fossette lui avait prouvé le contraire, tout à l'heure.

Bien que seules quelques centaines de mètres séparaient le Septuaire de la tour principale, la population entassée là rendit le trajet bien plus lent, et éprouvant que d'habitude, des arrêts étant nécessaires pour saluer, faire l'aumône aux plus démunis, recevoir les voeux du petit peuple. Si bien qu'il fallut presque une heure pour parcourir la distance les séparant des lourdes portes, qui pourtant s'ouvrirent dès leur arrivée, témoignage du travail de précision effectué par les domestiques en charge du maintien de la bonne organisation des festivités.

Alors qu'ils montent ensemble les marches menant aux portes, le cortège attendant aux pieds de ceux-ci, Robb s'autorise enfin à parler à son épouse, sur un ton qu'il veut rassurant et agréable. Qu'elle sache qu'à défaut de sa Famille, elle pouvait compter sur lui pour la soutenir.

«Une fois que nous serons installés, les seigneurs attendront un discours, et probablement quelques mots de vous...»

Curieusement, le jeune seigneur ne se permettait pas de la tutoyer, était-ce une forme de timidité? Ou simplement une barrière qu'il préférait laisser présente, jusqu'à ce qu'elle l'autorise à la franchir? Une façon de laisser à Rohanna un tant soit peu de contrôle dans une situation dont elle était en quelque sorte prisonnière.

«Si vous ne vous en sentez pas la force, prenez ma main, je ferai en sorte que vous puissiez vous interrompre sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte.»

Tout en terminant sa phrase, Robb lui sourit, d'un sourire aussi chaleureux et agréable qu'il le peut. Un sourire sincère, même s'il est le produit de nombreuses années passées à chercher à plaire, souvent avec succès. Il se tourne ensuite vers la salle des Banquets, pour admirer le travail qui avait été effectué durant la nuit, et qui pourtant répondait parfaitement à ce que l'on attendait de la fête du mariage de l'héritier de l'Orage.

Cinq longues tables avaient été réparties dans la large pièce, toutes garnies d'une vaisselle luxueuse, digne du rang de ceux qui y prendraient bientôt place. Aux endroits stratégiques, des serviteurs attendaient déjà pour servir vin ou bière à qui en désirerait. Ca et là, de larges chandelles avaient été installées en prévision de la nuit, et reposaient pour l'instant, éteintes. Enfin, sur l'estrade réservée habituellement au seigneur avait été installée une table plus large que d'habitude, destinée à accueillir la famille Baratheon au grand complet. L'habituel siège de Theodan avait été remplacé par un fauteuil plus large, destiné à accueillir à lui seul les deux jeunes mariés. Comme l'exigeait l'événement, Robb et Rohanna siègeraient donc en tant qu'hôte, à la place du Seigneur de l'Orage, qui se trouverait à la droite directe de son fils. Un honneur dont Robb connaissait l'importance, et la signification.

L'endroit semblait encore endormi, mais bientôt, il résonnerait des cris et des chants de fêtes dignes de la réputation des Baratheon. Aux murs, les blasons de toutes les maisons présentes étaient représentés, entrecoupées de larges bannières aux couleurs de la Maison du Cerf Couronné. Le mur du fond, derrière l'estrade seigneuriale, était toutefois réservé à la bannière principale des Baratheon, et bien plus discrète, une bannière représentant le Pendu des Trant. Elle aurait du être plus grande, bien sûr, mais les Trant étaient dans une forme de disgrâce malgré le mariage de leur fille, et les signes rappelant leur Maison avaient été réduits au minimum pour ne pas les insulter, tout en évitant à la Biche Noire de se remémorer des souvenirs douloureux.

Robb ne ferait pas à Rohanna l'insulte de s'excuser pour ça. Elle n'était certainement pas suffisamment idiote pour ne pas comprendre la situation de sa Famille, et le mentionner ne ferait sans doute que renforcer un malaise qu'elle ressentirait certainement en notant ces détails par elle-même. Il se contenta donc de lui prendre doucement la main, et de lui demander dans un sourire:

«Êtes-vous prête?»

Et même pour Robb, il était impossible de savoir s'il parlait de l'inauguration des célébrations, ou de cette nouvelle vie qu'ils allaient commencer, ensemble.


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Dim 30 Juil 2017 - 23:23


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”

Son demi-ceint d’or grave sur ses reins les Cerfs de sa nouvelle maison. Si il ne lui avait pas tenu la main si fermement, il est probable qu’elle n’aurait jamais su marcher au travers de cette foule en émois. Si richement ornée, sa robe était bien trop lourde pour son corps, et elle penchait légèrement les épaules en avant pour supporter le poids de sa houppelande de plus de cinq pieds de longs. Jamais elle n’avait vu -et encore moins eu en sa possession- une telle richesse de tissage, broderies et orfèvrerie. Il lui avait fallu attendre de voir Robb pour comprendre que plus qu’une robe de noces, c’était un costume. Couleurs et étoffes identiques ; ils étaient l’image d’une union qu’on souhaitait montrer bienheureuse. Il fallait oublier le passé et sous ces airs d’ostentation royale qui aurait pu croire qu’il s’agissait réellement de la fille Trant? Son front légèrement baissé, elle laisse un timide sourire éclore sur ses lèvres formelles. Les cris heureux de cette foule, réjouissent son coeur perdu. Ils réjouissent la fille du petit noble qui n’a pas l’honneur de voir les siens à ses côtés. Depuis le matin où des servantes, supervisées par la Dame d’Accalmie, sont entrées dans sa chambre, elle ne pense plus à eux. Avaient-ils demandé au villageois de jouer de leur mandoline, dansaient-ils pour elle autour d’un grand feu? Victory et Eleana levaient-elles leurs mains vers les Cieux, tournants d’ivresse sans pouvoir s’arrêter pour ce coup du sort heureux? Pleuraient-elles autour du visage fermé de leur père? A quoi bon savoir, elle ne serait plus désormais. Rohanna n’avait pas voulu de cette union, elle avait crié, tapé des pieds les joues gonflées d’orgueil. Elle avait brisé une faïence faute de pouvoir lacérer le visage de son père. Elle avait pleuré… avant de se résigner. Elle était l’aînée, elle montrerait le chemin à ses cadets. Cette union plus qu’inespérée, était aubaine pour les siens. Ses soeurs feraient des mariages, si ce n’est heureux du moins plus prestigieux, et elle rendrait ses parents satisfaits. Après-tout n’était-ce pas le destin d’une fille? Qui s’était-elle cru pour vouloir, exiger plus? 


Les marches qui la mènent à sa nouvelle demeure sont sans fins. Elle ne sait plus si elle doit se concentrer pour ne pas trébucher ou à répondre aux paroles du Lord… son époux. Elle aurait aimé le détester comme elle l’avait tant clamé dans les champs. Elle aurait aimé afficher un menton fier et résigné, figure de dédain pour ce garçon devenu homme. Pourtant, quand elle avait croisé son regard après toutes ces années, ses certitudes s’étaient envolées. Elle ne se souvenait plus de ce qui avait été dit : devant lui, un inconnu auquel elle ne s’attendait pas. Il n’était pas les synonymes de ces souvenirs. Il était quelque chose d’autre, une allure imaginée et espérée. « Ils ne m’impressionnent pas. Tu ne m’impressionnes pas. » Ces mots s’étaient échappés de ses lèvres aussi soudainement qu’elles les avaient pensé. Elle n’avait pas su les retenir comme elle n’avait jamais su retenir ses pensées. Sa bouche s’entrouvre pour ajouter quelque chose, mais elle reste coite et béante devant la salle du banquet. Elle n’avait jamais vu quelque chose d’aussi grand… pourrait-elle réellement parler devant tant de monde?

Ses yeux coulent vers Robart, mais il ne la regarde pas. Il admire comme le Seigneur qu’il est la fastuosité de sa demeure. Une Dame d’Honneur la place sous le dais des Baratheon. A la droite de son époux, elle préside toute la fine fleur de l’Orage et bien plus encore. Incrédule elle tourne sa tête vers Tess qui ne la regarde pas. Elles n’ont pas échangé un seul regard de toute la cérémonie. Elle lui avait offert son bras pour l’accompagner à l’autel, mais il aurait bien pu être celui d’une inconnue. Comment cette Dame avait-elle pu s’acclimater à leur humble château? Elle ne l’avait jamais fait. Rohanna, l’enfant au fond d’elle, le savait. Tant de détails se jouent sous ses yeux qu’il lui faut un temps pour détacher toutes ces vives couleurs et les remettre à leur place. Ce soir, les invités de leur verres d’argent vogueraient à travers le tout Westeros. Le temps de quelques heures, les aînées oublieraient leur jalousie pour se tourner vers leur riche voisin. Les pères oublieraient l’aubaine ratée et les mères arrangeraient de nouvelles promesses de futur. Le monde serait beau. Le monde serait festif. Les musiciens déjà grattent leurs instruments, bientôt la musique s’emparerait, aidée des effluves des vins, de leurs sens.

Les doigts de Robb se glissent délicatement sous sa paume. Etes-vous prête?Non, je ne le serai jamais. Nous le savons tous les deux, cette parade ne pourra étouffer qui je suis. Sauvage j’appartiens à mes terres et non à ces fastes. S’il n’y avait eu aucune méchanceté dans ces paroles précédentes, Rohanna ne pu s’empêcher de trembler légèrement. Elle ferait des efforts, elle essaierait de faire bonne figure. Elle retiendrait tous les détails, mêmes les menus, pour Eléana. Elle lui écrirait dès demain pour lui mimer les singeries de ces grands nobles auxquels désormais elle appartenait.

« Je le suis. Parlaient-ils de ces prochaines heures ou de leurs prochaines années? Si Rohanna n’avait pas accepté cette union, elle n’était pas assez sotte pour imaginer que Robart avait été ravi de cette annonce. On le disait épris de la belle Lannister et il tenait à son bras une provinciale sans éclat. Il avait du lutter de toutes ses forces contre ce jour, pourtant il était là. Altier, l’allure assurée et déterminée. Un sourire sensible fait onduler ses lèvres comme si ses paroles pouvaient-être sincères. Prenant appui en lui, elle se relève pour affronter ce qui était désormais sa destinée. Ces nobles ne l’impressionnaient pas, elle n’avait jamais vécu pour leur monde de brocart et de règles. On lui avait insufflé une fureur bien différente. Une fureur de vivre. Une fureur d’aimer. Son âme était bien plus pure que la leur. Elle ne voulait pas de cette place, mais elle était là. Ces milliers d’yeux pouvaient bien la fixer, tenter de la défier : elle ne leur devrait jamais rien. Ses pupilles le regardent avec un sourire à demi esquissé. Je le suis, si tu l'es »


copyright acidbrain
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Mer 2 Aoû 2017 - 16:16



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

« Je le suis. Je le suis, si tu l'es »



Ce demi sourire, cette attitude indomptée, Robb ne s’y trompait pas : Si Rohanna n’avait plus les traits de cette petite noble qui tenait plus de la sauvageonne que de la grande dame dix-huit ans plus tôt, elle en avait certainement encore l’esprit, au moins en partie. Comment, sinon, aurait-elle pu lui répondre comme elle l’avait fait, comment pouvait-elle ne pas fléchir et perdre sa contenance devant le faste déployé, la foule noble et populaire qui les avaient escortés jusqu’à la grande salle, la pression même de l’événement. Le jeune homme avait assisté à son lot de mariage, et il n’était pas rare que les mariées s’effacent totalement durant les festivités, devant se faire à l’idée d’une nouvelle position, d’une nouvelle vie. Si toute sa vie, l’héritier avait été préparé et entraîné à l’exercice, il était bien conscient que ce n’était pas le cas de son épouse. Pourtant, elle tenait bon, trouvait même l’énergie de le défier à sa manière. Etait-ce un retour à la réalité, un rappel que cette union tenait plus du mariage forcé que d’autre chose ? Ou un moyen pour la jeune femme de montrer au Cerf qu’elle n’était pas simplement une damoiselle en détresse qui avait besoin de son aide ?

Robb n’en savait rien. A vrai dire, il ne savait rien de celle qui partagerait désormais sa vie. Bien sûr, il était au fait de la Maison à laquelle elle avait appartenu, des liens de celle-ci avec les autres Maisons de l’Orage, fort peu nombreux d’ailleurs, mais de Rohanna, il ne savait rien. Quelques minutes de vie, uniquement, et l’image d’une enfant qui tombe à l’eau. Pour tout cela, Robb se gardait bien de faire des présomptions sur l’état d’esprit de la nouvelle Biche, se contentant de l’espoir, peut-être trop naïf, qu’elle n’était pas aussi opposée à ce mariage qu’il avait cru le comprendre. Il se contente donc de rendre son sourire à sa femme, tandis qu’il aperçoit, du coin de l’oeil, son père approcher, l’air réjoui.


« Ensemble, alors. »


Si la jeune femme avait voulu répondre, elle n’en eut pas le temps, le Suzerain de l’Orage arrivant pour étreindre son fils, le féliciter, lui souhaiter le bonheur. A la manière des Baratheon, l’échange est bruyant, mais aussi honnête. Les manières de la noblesse s’effacent toujours un peu, souvent pendant un instant, lorsqu’on parle de la Maison des maîtres de l’Orage. Theodan se tourne ensuite vers sa bru, qu’il prend dans ses bras de la même manière.

« Les Dieux me donnent une autre fille aujourd’hui. Bienvenue, Rohanna Baratheon ! Je sais que tu t’accoutumeras vite à ton nouveau foyer, à ta nouvelle famille. Et en te voyant, je sais que mes petits fils et petites filles feront à nouveau trembler les murs d’Accalmie ! »


S’ensuivit la danse des invités, tous se pressant autour du couple pour offrir leurs hommages ou leurs vœux de bonheur. Robb prend garde à nommer chacun par leur nom et titre, même quand il s’agit de certains de ses plus vieux amis, dans le cas où Rohanna ne pouvait mettre un nom sur chaque visage qui vient lui souhaiter la réussite de son mariage. Certains, pourtant, se contentent d’une parole polie avant de rejoindre leur place, nobles soucieux de préserver les apparences, mais trop fiers pour masquer leur désapprobation. Sans doutes auraient-ils préféré une alliance plus prestigieuse, qui apporterait stabilité et richesse supplémentaire à l’Orage. Championne de ceux-là, lady Kyra n’adressa même pas la parole à sa belle-fille, se contentant de féliciter froidement son fils. La position de la Dame d’Accalmie n’était un secret pour personne, voir Eleneï Lannister écartée pour une noble qui valait à peine plus que le commun du peuple était pour elle une insulte, une entrave à ses plans, et un grave manque de considération. Tous les serviteurs du château savaient à quel point cette décision avait déchiré le couple suzerain, de longues nuits durant. Imperceptiblement, Robb se rapproche de sa femme face à sa mère. Pour la première fois, il l’affronte du regard, celui du fils dont la mère n’est plus la femme de sa vie. Elle ne le serait plus jamais, et cela Kyra devait le comprendre, et l’accepter. Robb aussi, dans un sens. Une partie de lui se raccroche toujours au souvenir de la mère aimante qu’elle a toujours été, et pas à celle de la rivale qu’elle ne manquerait pas d’être pour Rohanna, pour lui.

Lentement, les nobles prennent leur place dans un patchwork de couleurs impressionnant : Swann, Estremont, Selmy, Caron, Connington, et toutes les autres Maisons de l’Orage, et quelques représentants des autres régions sont assis dans la même pièce, seigneurs, héritiers, fils et filles parlent tous avec entrain tandis que les domestiques remplissent les coupes. Toutes, sauf une, bien entendu. Pourtant, aucune remarque n’est faite dans l’assemblée, du moins pas à voix haute. Aujourd’hui est un jour de réjouissances, inutile de le gâcher par des questions futiles quand on peut en profiter de bien des manières…

Robb finit par rejoindre son large siège, entrainant délicatement Rohanna dans son sillage. Il s’incline devant elle en l’invitant à s’asseoir, tout en affichant un sourire amusé. Elle n’est pas la seule à comprendre l’exagération que peuvent parfois prendre les manières de la haute-noblesse, et elle ne serait pas la seule à s’en amuser aujourd’hui. A peine sont ils assis qu’un jeune page remplit les deux coupes placées devant eux. Dans la salle, les conversations se taisent peu à peu, tandis que tous les regards se tournent vers le nouveau couple héritier d’Accalmie. Les instruments se taisent tandis que Robb se lève, non sans avoir serré une dernière fois la main de Rohanna dans la sienne. Avec toute l’assurance de celui qui a l’habitude d’être écouté, il lève son verre et, d’une voix suffisamment forte et enjouée pour couvrir toute la salle, le jeune Cerf prend la parole :

« Mes Dames, Mes seigneurs ! Tous, vous vous êtes déplacés jusqu’au foyer de ma famille pour célébrer notre union, et peu de mots pourraient traduire l’honneur qui m’est fait là. Quand j’observe cette salle, je vois la fine fleur de l’Orage, fiers représentants de chacune de vos terres. Je vois des hommes et des femmes dévoués à mon père, à notre Maison. Mais plus que tout cela, je vois des familles amies, des compagnons d’arme, je vois ma famille unie à nos cotés, je vois mon père, notre seigneur à tous, qui a dépensé sans compter, pour que vous soyez tous témoins de notre union. Et tout ce que je vois, mes amis, remplit mon coeur de joie et de fierté ! »

Tandis que Robb termine sa phrase presque en criant, une vague d’applaudissements fier explose dans la foule. Les plus expressifs des seigneurs, les amis les plus proches de Robb se laissent aller à crier, que ce soit le nom de leur propre Maison, celui des Baratheon, de Theodan ou de Robb. Le jeune Cerf profite de ce moment de répit pour reporter son attention sur son épouse, il ne peut s’empêcher malgré lui d’afficher un air fier de lui, tout en tendant sa main vers elle en souriant. Alors que les applaudissements commencent à se calmer, le jeune homme reporte son attention vers la salle, et reprend son discours :

« Et pourtant, aujourd’hui, le plaisir de votre présence n’est pas le plus grand qui me soit offert. Aujourd’hui, devant vous tous, devant les Sept, j’ai lié mon existence à celle qui la partagera désormais jusqu’à notre mort. Et alors qu’elle se tient maintenant à mes cotés, je reconnais la sagesse, et la force de cette union. Il m’est désormais évident, et je suis certain qu’à vous tous également, que ce choix qui a été fait, était le meilleur. C’est donc avec joie, fierté, et reconnaissance qu’aujourd’hui, officiellement, je vous demande de saluer comme il se doit Lady Rohanna Baratheon, future Dame d’Accalmie, future Suzeraine de l’Orage ! »

Au même instant, d’une légère impulsion de la main, il invite sa belle à se lever, tandis que les ovations reprennent. Approchant son visage du sien, Robb tente une nouvelle fois de la rassurer, sans doute porté par l’énergie que lui a donné son discours.

« Montre leur qui tu es vraiment, et ils t’aimeront pour ça »


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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Ven 11 Aoû 2017 - 23:54


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”

« Les Dieux me donnent une autre fille aujourd’hui. Bienvenue, Rohanna Baratheon ! Je sais que tu t’accoutumeras vite à ton nouveau foyer, à ta nouvelle famille. Et en te voyant, je sais que mes petits fils et petites filles feront à nouveau trembler les murs d’Accalmie ! »

Naturellement autoritaire, la voix de Theodan avait fait sursauter quelques invités -dont sa bru-. C'était la première fois qu'elle voyait son beau-père d'aussi près et elle n'eut pas le temps de plonger dans une révérence qu'il l'avait déjà attirée à elle. Son corps réduit à néant entre les bras du colosse, sa gorge étouffe un râle. Pendant un bref moment c'était comme si elle était cette fille bénie et attendue depuis des années. Jamais elle n'avait connu telle chaleur humaine dans un simple échange, mais ses commissures ne surent s'épanouir. Derrière l'épaule du père, était le regard glacé de la mère. Kyra Lannister. On aurait pu croire qu'elle se rendait à une exécution plutôt qu'un mariage. C'était la personne la plus droite qui lui avait été donnée de voir, tellement rigide qu'on se demandait comment la Lannister pouvait se mouvoir avec grâce et aisance.

Dicté par sa royale aura il disparait tout aussi rapidement, sur ses pas Kyra qui n'a pas adressé un mot à Rohanna. Tout comme Eleneï, sa nièce, dont les yeux brillent d'un rêve anéanti est brisé. Alors que les Lord et leur famille lui étaient présentés, elle n'avait pu détacher son regard de cette femme. Cette femme qui d'après les rumeurs détenait l'amour de son époux, ne l'avait-il pas couronné devant toute la Cour de Westeros sa Reine? Malgré son costume de parade, Rohanna devait bien s'avouer être une pâle figure de comparaison. Tout comme la majorité des personnes dans cette pièce, Loreleï possédait cette allure naturelle qui ne laissait doute sur ses origines de haut lignage. Il y avait en ces gestes la grâce et la volupté d'une vie de grandeurs qui ne faisait que renvoyer l'idée de mésalliance trônant dans les esprits. Si elle s'était promis d'affronter son regard, Rohanna ne su que baisser la tête, s'inclinant presque devant sa rivale. Si elle avait écouté les remontrances maternelles, elle aurait peut-être pu se dresser devant elle... mais elle était cette enfant de la pluie et des bois, devant une lionne elle ne pouvait que s'incliner. Avant de partir de Gallowsgrey, son frère lui avait demandé comment elle réagirait si il la prenait pour maitresse. Elle avait haussé les épaules, alors elle s'en fichait. À présent, une sorte d'envie inconnue de souffler la Lannister grondait sourdement en son ventre.

Une heure avait pu passer quand Robart l'invita à prendre siège à ses côtés. Des centaines de visages qui les regardaient, elle en avait oublié la moitié, si ce n'est plus. Sa famille n'était pas là, ni même ses jeunes sœurs qui n'avaient pourtant rien à voir dans ce funeste conflit. Si elle l'avait acceptée, elle ne s'en était pas réellement rendu compte jusqu'à ce moment. Elle ne connaissait personne, quelques jeunes nobles de son âge qui étaient venus à Gallowsgrey, pas plus. Nul regard à qui se raccrocher quand elle devrait parler, nul ancrage. La seule personne qu'elle connaissait le plus semblait faire un point d'honneur à ne pas croiser son regard. Tess se tenait aussi droite qu'un jeune tronc. Cette tante dont on chuchotait qu'elle avait maudit la lignée de Jehan Trant. Les enfants étaient tous mort-nés et les servantes se plaisaient à dire qu'elle les empoisonnait en guise de revanche contre cette mésalliance. Le soir, Elliott et elle, les écoutaient raconter ces fables monstrueuses qu'ils avaient appris à croire comme tous les enfants croient aux contes de sorcières et de fées. À la mort de son oncle, son père avait clamé assez haut et peut-être trop fort, qu'on ne pouvait être sur qu'elle n'était pas la main meurtrière ; elle avait été chassée, répudiée. Aujourd'hui, Rohanna ne se souvenait plus que d'une femme bien trop belle et bien trop triste. Une femme qui s'était réfugiée dans un sanctuaire duquel on entendait parfois les gémissements et des sanglots étouffés. C'était un mausolée où personne ne s'aventurait et devant lequel les enfants Trant avaient pris l'habitude de courir sur la pointe des pieds.

« Mes Dames, Mes seigneurs ! Tous, vous vous êtes déplacés jusqu’au foyer de ma famille pour célébrer notre union, et peu de mots pourraient traduire l’honneur qui m’est fait là. Quand j’observe cette salle, je vois la fine fleur de l’Orage, fiers représentants de chacune de vos terres. Je vois des hommes et des femmes dévoués à mon père, à notre Maison. Mais plus que tout cela, je vois des familles amies, des compagnons d’arme, je vois ma famille unie à nos cotés, je vois mon père, notre seigneur à tous, qui a dépensé sans compter, pour que vous soyez tous témoins de notre union. Et tout ce que je vois, mes amis, remplit mon coeur de joie et de fierté ! »

Elle était seule. Seule aux côtés de son époux dont la joie et la bonhomie s'était communiquée à l'assistance. En écoutant les acclamations et les remarques lancées à tout va, Rohanna avait l'impression d'assister aux repas d'un hallali et son cœur se gonfla d'une nostalgie nouvelle. Une nostalgie qui devait laisser sur ses joues le sourire heureux du passé. Comme des panneaux boisés de théâtre changeants, les souvenirs valsent dans son esprit. Elle se souvient d'un soir après une grande chasse à Gallowsgrey pour célébrer les épousailles de son oncle, les moqueries de son frère et de son compère, le fils Torth. Ils avaient tellement rit à la vue de la petite Dame en tenue de fille que toute la joie de se voir ainsi parée s'était envolée. Elle avait enfoncée la tête d'Elliott dans sa gamelle et après être montée sur le banc, avait appelé à la révolte de ses compagnes. En un instant la quiétude des enfants avait été troqué par un épisode de mutinerie. Rohanna, en bonne demoiselle, avait tapé du pieds, criant des ordres pour donner une raclée aux garçons. La suite avait été beaucoup moins heureuse, les jumeaux ayant du être séparés pendant un mois avec l'interdiction de prendre des repas en commun.

« Et pourtant, aujourd’hui, le plaisir de votre présence n’est pas le plus grand qui me soit offert. Aujourd’hui, devant vous tous, devant les Sept, j’ai lié mon existence à celle qui la partagera désormais jusqu’à notre mort. Et alors qu’elle se tient maintenant à mes cotés, je reconnais la sagesse, et la force de cette union. Il m’est désormais évident, et je suis certain qu’à vous tous également, que ce choix qui a été fait, était le meilleur. C’est donc avec joie, fierté, et reconnaissance qu’aujourd’hui, officiellement, je vous demande de saluer comme il se doit Lady Rohanna Baratheon, future Dame d’Accalmie, future Suzeraine de l’Orage ! »

Elle sourit encore de ces heureuses pensées quand les invités lèvent leurs verres pour lui porter hommage. A Lady Rohanna ! A Lady Rohanna ! A Lady Rohanna ! Theodan dresse son verre vers elle et lui adresse un sourire encourageant. Un jour ces hommes, ces femmes et leurs enfants seraient ses sujets. Un jour elle se tiendrait à la place de Kyra et regarderait son fils épouser une femme. Ce mariage lui semblait un achèvement, mais il était un commencement. Sa mère lui avait donné mille et une recommandation quand au comment de s'exprimer en public et surtout d'un potentiel discours. Une révérence vaut mieux que des mots empesés avait-elle dit, mais Rohanna n'allait pas leur faire la révérence. Après-tout, elle aussi appartenait à la noblesse de l'Orage, dans son sang coulait ses origines Andales. Ne disait-on pas que c'était la race de l'homme la plus pure et la plus valeureuse?

« Mes seigneurs, je me présente à vous d’une gentilice auréolée, remerciant les Sept qui en voulant unir nos sangs voient promesse de paix et de prospérité. Ce soir, devant cette assemblée, je festoie à ma nouvelle famille. A son tour, elle lève son verre d’or au niveau de son front avant d’y tremper ses lèvres.Je festoie à vous tous afin que ce jour puisse marquer une amitié nouvelle ! »

Si elle avait pu sourire de tout son coeur elle l’aurait fait, mais sa main vient s’écraser dans celle de Robart. Ils l’impressionnaient. Il l’impressionnait. Une révérence vaut mieux que des mots empesés, peut-être aurait-elle du suivre les conseils maternels. Les tablées reprennent ces derniers mots et boivent de bon coeur et l’attention détournée elle se laisse choir sur son fauteuil de chêne. Demain, lors de la chasse, elle se démarquerait. Elle courrait le cerf et les lièvres avec assurance et endurance : elle gagnerait l’admiration de ces futurs sujets. Oui, demain était un autre jour.

« J’ai cru mon coeur imploser. Elle porte des doigts discrets à l’emplacement de son organe qui bat un rythme effréné. Je ne suis pas certaine que vos sujets m’aiment un jour Robart, une étrangère leur serait plus familière. »

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Mer 16 Aoû 2017 - 11:52



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

« Mes seigneurs, je me présente à vous d’une gentilice auréolée, remerciant les Sept qui en voulant unir nos sangs voient promesse de paix et de prospérité. Ce soir, devant cette assemblée, je festoie à ma nouvelle famille. Je festoie à vous tous afin que ce jour puisse marquer une amitié nouvelle ! »

Rohanna n’avait pas parlé longtemps, mais sa voix n’avait pas fluctué, elle n’avait pas hésité. Le regard tourné vers elle, Robb arborait un sourire à la fois respectueux et amusé. En cet instant, et même si les mots employés par sa femme étaient des plus formels, c’était l’enfant de la mare qu’il voyait. La petite noble qui refusait de s’incliner devant ceux qui la croyaient inférieure. Peut-être ne s’en rendait-elle pas compte, mais en cet instant elle avait passé la première étape dans l’acceptation par cette foule de son nouveau statut. Elle leur avait prouvé qu’elle ne se laisserait pas faire, au minimum. Pourtant, alors qu’elle terminait son discours et portait sa coupe à ses lèvres, la nouvelle Biche lui prit la main et la serra avec une tension qui fit presque sursauter l’héritier, dont l’attention s’était portée sur son propre verre, déjà bien entamé lors du premier tour d’honneur.

Machinalement, le jeune homme se leva au plus près de sa nouvelle épouse. Peu lui importait à l’instant de savoir ce qui avait pu la troubler, malgré sa prestation plus qu’acceptable. Elle avait besoin de lui, et le Cerf avait désormais le devoir de la soutenir dans ses épreuves, un serment qu’il comptait respecter du mieux de ses capacités. Robb en avait envie, également, de la même manière presque instinctive qu’il s’était opposé aux regards glaçants et à l’attitude de sa mère, qu’il aimait et respectait pourtant énormément. A cet instant, Kyra avait été l’ennemie. Mais le devoir seul pouvait-il faire d’une figure maternelle ? Robb seul connaissait la réponse.

« Aux amitiés renouvellées ! »

Reprenant les paroles de Rohanna, le jeune seigneur lui fait écho d’une voix puissante, écho vite répété par Theodan, puis les autres seigneurs et dames présents. Tandis qu’ils boivent, Robb serre doucement la main de la jeune femme à ses cotés, avant qu’ils ne se rassoient.

A partir de maintenant, je serai toujours là.

Une autre promesse, faite à lui-même, silencieusement. Alors que la musique reprend, et que chacun semble tenter de retrouver le cours de sa conversation avec son voisin, et partout les domestiques remplissent les coupes. A ses cotés, Rohanna semble reprendre son souffle, et peut-être ses esprits alors que l’attention générale les quitte peu à peu.

« J’ai cru mon coeur imploser… Je ne suis pas certaine que vos sujets m’aiment un jour Robart, une étrangère leur serait plus familière. »

Robb se raidit un peu en entendant ces mots. Etait-ce là une simple formulation, ou un sous-entendu à un problème que le jeune homme ne s’était que trop peu préparé à affronter ? Il avait vu le regard glacé que Rohanna et Eleneï s’était échangé, avant que la première ne baisse les yeux, à la satisfaction un peu trop ouverte de la seconde. Après tout, il devait être connu partout dans l’Orage, et sans doute dans d’autres Cours que la Lionne et lui avaient partagé bien plus qu’une simple amourette d’enfance, pourquoi Gallowsgrey devait-elle faire exception ? Et, comment convaincre sa nouvelle épouse que celle que tous voyaient comme la prochaine Dame de l’Orage avant ce mariage n’avait plus d’importance ? Peut-être était-ce là la raison du retour de ce vouvoiement.

« Crois-moi, beaucoup des seigneurs ici préfèrent voir une Orageoise à la place qui est la vôtre plutôt qu’une autre grande famille des terres voisines. Ils finiront par t’aimer, quand ils te connaîtront mieux. Et tu leur a montré que tu pouvais garder la tête froide, pendant la cérémonie et ici. Peu de mariées peuvent en dire autant… Surtout dans ces circonstances.»

A peine avait-il fini sa phrase que Robb regrettait déjà ses paroles. A quoi servait-il de rappeler qu’elle n’était pas là de son plein gré ? D’insinuer que lui non plus ? Pour autant, il espérait qu’elle le contredirait sur ce point, un espoir certes un peu fou, mais qui rendrait tout beaucoup plus facile. Même s’il s’était un instant rembruni, Robb afficha presque tout de suite un sourire en coin, avant d’ajouter :

«Et puis, tu t’en es bien sortie. Un peu formelle, peut-être. J’imagine que grandir près de Tess doit laisser un peu de traces.»

Une erreur, encore. Essayer de détendre l’atmosphère en mentionnant la raison pour laquelle aucun Trant n’était présent dans la salle, la femme que Rohanna devait certainement détester, étant donné les mots du père contre son ex belle-sœur. La raison même pour laquelle elle était actuellement à une place qu’elle semblait ne pas vouloir. Peu familier avec tant d’erreurs dans sa façon de faire, Robb se mura un moment dans un silence, profitant de celui-ci pour détourner le regard vers la foule rassemblée. Même si l’ambiance était à la bonne humeur, il parvenait encore à apercevoir le visage fermé de sa mère, les coups d’oeils emplis de colère d’Eleneï, la jalousie de certaines jeunes nobles. Etait-ce son propre état d’esprit qui attirait son regard vers ces opposants qui semblaient vouloir crier à la face du monde l’erreur de Theodan ? La crainte qu’ils le fassent ? Quoiqu’il ait pu se passer entre l’annonce de son mariage et cet instant, Robb avait d’abord eu le temps de se faire une raison, d’accepter cette union, jusqu’à aujourd’hui, où il s’était pris à penser qu’il pourrait peut-être devenir autre chose que simplement de la politique.

Fort heureusement, il y avait les autres. Son père, ses encouragements du regard, ses conseils. Ses compagnons d’arme aussi, qui de temps en temps lui lançaient un regard amusé en le voyant ainsi se contorsionner pour parvenir à mettre sa femme à l’aise, sans doute pour la première fois voyaient-ils leur ami être tenu en échec par une femme. Chacun à leur façon rappelaient au jeune Cerf qui il était. Son père lui avait répété longtemps ces derniers jours, il ne pouvait espérer partager le reste de sa vie avec une ennemie, et le seul moyen d’éviter cela était de rester honnête, et vrai.

Le plus sérieusement du monde, le jeune homme prit la main de son épouse dans les siennes, et planta son regard dans les siens, avant de prendre la parole, peut-être de façon un peu trop cérémonielle :

«Je sais que les conditions de ce mariage doivent vous sembler moins qu’idéales, et que vous voudriez certainement être ailleurs qu’à cette place. Mais soyez au moins assurée que cet engagement que j’ai pris aujourd’hui sera respecté au plus haut point.»

Nulle autre que toi ne comptera, désormais.

Robb s’était bien gardé de prononcer cette dernière pensée, même s’il la savait empreinte de vérité. Il y avait des choses qu’il valait mieux garder pour soi, au moins pendant un temps.


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Jeu 17 Aoû 2017 - 23:30


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”

« Crois-moi, beaucoup des seigneurs ici préfèrent voir une Orageoise à la place qui est la vôtre plutôt qu’une autre grande famille des terres voisines. Ils finiront par t’aimer, quand ils te connaîtront mieux. Et tu leur a montré que tu pouvais garder la tête froide, pendant la cérémonie et ici. Peu de mariées peuvent en dire autant… Surtout dans ces circonstances. Et puis, tu t’en es bien sortie. Un peu formelle, peut-être. J’imagine que grandir près de Tess doit laisser un peu de traces. »


Circonstance. Formelle. Tess. Quels heureux présents nuptiaux ces lèvres allaient-elles encore lui donner? Tu aurais pu être un peu plus riche, un peu plus belle, un peu plus plantureuse et gracieuse? Sur le chemin d’Accalmie elle s’était promise de ne pas devenir leur proie. Ne jamais verser une larme sur son sort. Ne jamais leur montrer quel déchirement au coeur ce mariage était pour elle. Il osait parler de formalisme! Derrière eux, discrète et effacée, flotte la bannière du pendu. Minuscule. Ridicule… Ridicule. C’est probablement ce qu’elle était dans cet accoutrement trop lourd et trop somptueux. Elle esquisse un vague sourire. Une vague de l’âme. Continue de me regarder, mais il détourne le regard vers l’assemblée. Sa famille. Son peuple. Les siens, ceux auxquels sa famille n’appartiendra plus jamais. Il lui semblait marcher sur le fil d’une destinée où tout instant est si fragile qu’il faut le suspendre. Le suspendre et attendre, attendre patiemment qu’un indice vienne aiguiller la conduite à suivre. Un indice qu’elle n’était pas prête à attendre, trop vive, trop entêtée. Sa joie de vivre ronronne en ses entrailles comme une force entêtante qui dit qu’elle ne veut pas mourir. Elle veut continuer d’exister, de tournoyer et de virevolter. Un brame l'implorant de ne pas tuer ce qu’il y a de meilleur en elle.

Soudain, le Cor sonne haut et clair. Les serviteurs arrivent portants tous sur leurs bas les viandes les plus luxueuses qu’il soit. Cerf, chevreuil et oiseaux prestigieux. Sur des répliques d’Accalmie arrivent les faisans au bec doré, leurs plumes toujours présentes chatoient avec les couleurs des bannières seigneuriales qui les accompagnent. Rohanna n’avait jamais vu tant de soins et d’ordonnance dans les plats, nul doute que Kyra avait du passer de nombreuses heures à réfléchir et concevoir ce spectacle de tous les sens. Magnificence d'une prodigalité inconnue!

« Je sais que les conditions de ce mariage doivent vous sembler moins qu’idéales, et que vous voudriez certainement être ailleurs qu’à cette place. Mais soyez au moins assurée que cet engagement que j’ai pris aujourd’hui sera respecté au plus haut point. »

Sa main sur la sienne, elle ne peut éviter de croiser à nouveau son regard. Pourquoi semble-t-il si sincère? Pourquoi doit-il se montrer conciliant quand elle ne peut définir tout ce qu’il se joue en elle? Cesse de me dévisager de la sorte. Immature de leurs nouveaux liens, les deux époux carolent du tutoiement au vouvoiement.

Elle aimerait être loin de cette pièce bruyante où l’intimité n’existe pas, où leurs premiers échanges sont observés et scrutés comme un fait politique. Pourtant, elle sourit. Un sourire sincère qui fait pénétrer sur son visage une lumière nouvelle. Etre ailleurs, oui elle le voulait et elle l’avait longuement désirée. Tout comme elle avait désiré ne jamais avoir de chaines desquelles on pourrait faire de sa vie une misère funeste. On l’avait éduqué dans l’idée qu’une femme n’était qu’un ventre nourricier. Quant à ce qu’on appelait les jeux de l’amour, ces jeux dont on ne parlait pas devant les jeunes filles, elles les connaissaient. Elle avait vu les animaux et les paysannes retrousser leurs jupes entre des ballots de foin. Et puis leurs ventres s’arrondir. Elle avait entendu les paroles de sa mère. Ces paroles qui lui certifiaient qu’elle allait devenir une femme et qu’elle devrait désormais être plus docile que jamais. Docile comme elle devait le devenir car de ça incomberait l’avenir de leur famille et de l’Orage. Elle n’avait jamais eu peur que son jour arrive, elle était une femme. Son corps ne lui appartenait plus depuis qu’elle avait vu ses premières lunes arriver. 

Oui, elle n'avait jamais eu peur que son jour arrive mais à entrevoir une vie avec l'inconnu qui se tient devant elle... elle n'est plus bien sûre. Les conseils maternels disparaissent et l'idée de son corps nu sur le sien, non elle ne peut l'imaginer.

« Ephémères. Son visage est serein, il n’offre qu’un léger sourire appartenant à une vie que Robb ne connaitrait jamais. Une vie dont il avait aperçu une brèche quand elle était tombée dans la marre sous ses yeux moqueurs… et comme pour s’expliquer, elle continue. Maman dit que nous sommes comme les sylphes. Ephémères. Nous avons un jour ou deux au soleil et puis nos vies sont scellées, à jamais. Je n’aurais pu rêver plus grand honneur que d’intégrer la famille des cerfs couronnés monseigneur… »



Les conditions de ce mariage étaient idéales, pour tous. Ailleurs, oui elle voulait l’être, mais simplement parce que depuis de trop longues années elle avait pensé qu’elle ne serait jamais assez bien pour personne. Et que personne ne serait jamais assez bien à même de respecter son caractère et ses désirs. Si Theodan n’avait pas demandé cette union, il est probable qu’elle ne se serait jamais mariée.

« Sachez que les mots de mon père, ne sont pas les miens. »



Encore un instant elle observe ces yeux bruns qui la scrutent, elle ne sait plus très bien qui essaie de découvrir l’autre. Sa fureur de vivre serre à nouveau son ventre dans une bienveillante chaleur. Alors, elle laisse échapper un rire et retire sa main de celle de Robart.

« Trouverez-vous la force de montrer patience envers moi? Quelque part, sous ces atours, je ne suis encore que la petite fille qui est tombée à vos pieds il y a de cela des années… »

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Ven 18 Aoû 2017 - 15:32

Robb Baratheon a écrit:


La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

Tandis que Robb parle, les premiers plats font leur entrée dans la grande salle, véritable spectacle en lui-même, tant la mise en scène a été travaillée pour ébahir même les plus riches des seigneurs présents. Pour autant, le jeune homme ne détourne pas son regard de son épouse, il veut connaître sa réponse, l’espérant autant qu’il la craint.

« Ephémères. » Intrigué, Robb haussa un sourcil interrogateur. Au moins Rohanna affichait-elle un sourire, discret certes, mais qui laissait présager qu’au moins, son message n’avait pas été mal pris.

« Maman dit que nous sommes comme les sylphes. Ephémères. Nous avons un jour ou deux au soleil et puis nos vies sont scellées, à jamais. Je n’aurais pu rêver plus grand honneur que d’intégrer la famille des cerfs couronnés monseigneur… »



Une phrase toute faite, une politesse comme une autre dans ce contexte aussi officiel. Robb s’attendait-il à mieux ? Lui-même avait employé ces mots qu’on lui avait appris à utiliser dès le plus jeune âge, ceux qui marquent à la fois le lignage et l’éducation. Ceux dont l’on se sert lorsque les circonstances veulent que l’on affiche la façade de son titre. Pourtant, il sourit, après tout elle avait également partagé avec lui un souvenir de son enfance. Un moyen de mieux la connaître, peut-être d’appréhender ce que pensait vraiment cette femme qui se tenait à ses côtés. Et quelles pensées ? Rohanna était-elle persuadée que ses beaux-jours étaient maintenant derrière elle ? Aussi désolante que pouvait lui paraître cette pensée, Robb n’y voyait pas moins là un défi : lui prouver qu’elle avait tort, lui prouver qu’elle trouverait encore de la joie dans sa nouvelle vie. Le Cerf s’en ferait un devoir, refusant de rester simple témoin de ce sombre constat. Il ne serait pas de ces maris qui laissent leur épouse dépérir, préférant se consacrer à d’autres affaires, et d’autres femmes moins exigeantes, plus arrangeantes. Il ne pourrait pas supporter cette image de lui-même, pas plus que de se savoir responsable d’un tel acte.

« Sachez que les mots de mon père, ne sont pas les miens. »



Une bonne nouvelle, s’il en était. Tout comme ses frères, Robb avait appris à aimer Tess, tante toujours bienveillante à leur égard, qui savait parfois dissimuler avec ses neveux une certaine espièglerie derrière son bouclier de manières et de droiture. Les Trant étaient allés trop loin dans leurs accusations à l’égard de la Biche Noire, en cela il partageait l’avis de son père, raison pour laquelle ce mariage était également si important. Savoir Rohanna aussi farouchement haïssante d’une tante n’ayant que trop souffert lui aurait sans doute fait porter un poids des plus lourds sur la conscience. Presque avec gratitude, l’héritier inclina la tête dans un sourire, reconnaissant de l’inexistence d’un tel problème.

Pour autant, Robb n’en trouvait toujours pas les mots qui pourraient la convaincre qu’elle pouvait espérer une belle vie à Accalmie. Une belle vie à ses cotés. Que les murs de la forteresse deviendraient d’un foyer, et pas les barreaux une cage dorée à laquelle elle serait enchaînée. La convaincre qu’un jour, elle parviendrait à voir les Baratheon comme sa propre famille, même les membres les plus opposés à sa venue. Qu’un jour, elle ne le verrait plus comme le prix du silence des Trant et de leur obéissance. Tout cela, il aurait voulu lui dire, mais ce n’était ni le lieu, ni le moment pour ce genre de déclarations. Et puis, pour quoi passerait-il ? Un fou, peut-être. Ce genre de phrases ne devaient pas avoir beaucoup de sens pour une femme, que l’on destine dès son plus jeune âge à servir les plans de sa famille.

Une fois encore, ce fut elle qui brisa un silence qui commençait à s’installer entre eux, au moment tandis que les plats commençaient à achever leur ronde autour de la salle. Alors que son épouse se met à rire, il a le même sentiment qu’il avait eu dans le Septuaire, la première fois qu’il avait noté cette fossette récalcitrante sur le visage neutre de la nouvelle Biche. Dans ces deux détails il avait vu quelqu’un d’autre, plus rayonnant, ne subissant pas les entraves que la jeune femme s’était imposée depuis son arrivée à Accalmie. C’était cette partie d’elle que Robb voulait découvrir, une nature plus brute, mais aussi celle qui comptait vraiment, s’il voulait s’assurer du bien-être de celle qui partagerait désormais sa vie.


« Trouverez-vous la force de montrer patience envers moi? Quelque part, sous ces atours, je ne suis encore que la petite fille qui est tombée à vos pieds il y a de cela des années… »

De la patience ? Il en ferait preuve, oui, mais parce qu’il lui en faudrait pour la découvrir vraiment, séparer les apparences de ce qui est réel. Si les Baratheon n’étaient pas réputés pour leur diplomatie ou leurs faux-semblant, il était faux de penser qu’il s’agissait de guerriers courant au combat non préparé. Ils vivaient sur les Terres de l’Orage, paradis de la chasse, et la patience est la qualité indispensable du bon chasseur. Et de patience Robb s’armerait, espérant qu’un jour, il pourrait vraiment comprendre sa belle. Mais c’est l’allusion à ce seul instant, ce seul souvenir qu’ont en commun ceux que l’on voulait déjà voir comme un couple uni et solide, qui le fait sourire, d’un sourire franc et honnête, avant de répondre :


« S’il reste encore un peu d’elle en vous, alors la patience est le moins que je puisse faire pour le manque de tact dont j’ai pu faire preuve à l’époque. Ça, et vous promettre que je ne vous laisserai plus tomber à l’eau. »

Robb s’interrompt un instant tandis que le premier plat, un Cerf entier comme couché sur le lourd plat porté par plusieurs serviteurs, et dont les yeux, remplacés par des perles noires, semblent être un reflet d’une vie passée mais bel et bien révolue. D’un geste, le page affecté à sa personne en prélève un morceau qu’il dépose dans les assiettes de ses maîtres. Robb envoie ensuite le plat vers son père, marque de respect largement méritée, mais également presque obligatoire, maître des lieux qu’il est. Alors que les serviteurs et leur charge s’éloignent, le marié se penche vers son épouse, et termine enfin ce qu’il avait voulu dire, dans un murmure amusé, porté directement à son oreille.

« Ou du moins, pas contre votre gré, et vous n’aurez plus jamais à le faire seule. »

Pendant quelques secondes, sans doute un peu trop longues pour être entièrement en accord avec l’image de dignité et de droiture qu’il se devait de garder, Robb conserve son visage proche de celui de Rohanna, presque jusqu’à pouvoir le toucher. Peu lui importait sur le moment l’image qu’il avait maintenue parfaitement jusque là, il s’agissait de son mariage, et les seigneurs de l’Orage sauraient lui pardonner qu’il ne respecte pas à la lettre l’étiquette lors d’un événement pareil.

Du coin de l’oeil, il ressent plus qu’il ne voit un nouveau plateau arriver à leur hauteur, aussi chargé que le premier. Dans un sourire entendu, il quitte donc cette proximité, avant de reprendre la parole, cette fois sur un ton formel -après tout, tous pouvaient les entendre- mais également encourageant.

« Peut-être voulez-vous choisir à qui celui-ci sera envoyé ? »

En temps normal, la bienséance aurait voulu que ce soit le père de Rohanna qui reçoive cet honneur, après le père du marié. Il était cependant absent, et Robb voyait là une bonne occasion de la laisser prendre au moins un peu de contrôle sur sa situation. Aussi maigre soit-il, au moins aurait-elle peut-être moins l’impression de n’être qu’une figurante d’un jeu aux règles complexes. Car tant qu’elle portera son nom, elle n’aura jamais à être réduite à ce simple rôle.


Prends ta place. N’oublie pas qui tu es. Vis.


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Dim 20 Aoû 2017 - 23:30


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”

« S’il reste encore un peu d’elle en vous, alors la patience est le moins que je puisse faire pour le manque de tact dont j’ai pu faire preuve à l’époque. Ça, et vous promettre que je ne vous laisserai plus tomber à l’eau. Ou du moins, pas contre votre gré, et vous n’aurez plus jamais à le faire seule. »

S

on souffle est sur sa peau. Elle entend la pression de son apex, son articulation susurrée. Il chuchote des mots qu’elle n’entend pas. Sa tête entière se baisse, elle n’a jamais connu ça. Cette sensation… ce soupçon de chaleur bienveillante alors que son corps entier se crispe et se tord. Elle déglutit difficilement, ne pouvant s’empêcher d’espérer qu’il restera ainsi un peu plus longtemps. Impression heureuse de nuages pluvieux à l’horizon. Le calme avant l’orage. Elle n’avait pas écouté un mot de ce qu’il avait dit. Elle rougissait. Deux pupilles brunes le regardent en coin et les autres disparaissent. Des années après, il se tenait à quelques centimètres. Sur ses lèvres se confond les rires passés, les moqueries et la rage. Elle entend un écuyer descendre de sa monture et attraper une enfant sur son épaule. Il la porte comme un fagot de foin, elle se débat, elle cri, elle exulte de honte. Ses doigts s’approchent de l’avant bras de Robart comme pour briser l’emprise. Comme son être, ils restent suspendus se demandant quelle étrange chose se joue... alors, ses lèvres se pincent pour tenter de maitriser ce coeur qui s’affole. Devant les iris de Robb, oageuses et complexes, son visage se fait grave. Pourquoi ne pouvait-elle pas le détester? Pourquoi n’arrivait-elle plus à voir en lui cet homme détestable?

« Peut-être voulez-vous choisir à qui celui-ci sera envoyé ? »



Il s’était éloigné. Ce n’est qu’à cet instant qu’elle se rend compte qu’elle avait oublié de respirer pendant de longs instants. Plus. Son corps avait appelé à plus. Il avait appelé à quoi? Ses joues sont brulantes, elles portent en elle le feu des dragons. Les pages attendent sans commentaire, immobiles et absents, que la mariée aiguille leur pas. Comment pouvait-il se montrer si intime et si froid en même temps? Etait-ce ainsi les époux devaient se comporter avec leurs jeunes femmes? De sa main tremblante elle fait signe à Tess qui se tient à sa droite. Sa tante. Sa tante pour la seconde fois de sa vie. La Biche Noire ne semblait pas écouter leur conversation, couvertes par les voix fortes et robustes des invités. Elle conversait avec une Dame anonyme à Rohanna. Tout comme Tess lui était inconnue. Elle ne connaissait d’elle que de malheureuses injures et sa répudiation. Léana. Léana, la douce et coquette Léana avait toujours été bien plus proche d’elle. Du moins, elle avait été plus conciliante à ses égards… Rohanna avait toujours eu un esprit trop libre et trop rigide pour accepter de comprendre les maux qui se jouaient en sa demeure. Bien sûr, elle avait souffert de la colère et de son père. Oui, elle avait souffert de la pierre lapidaire jetée sur les siens. 


Sotte. Elle était sotte. Sa mère l’avait prévenue. Elle lui avait dit qu’elle avait vu ses yeux. Ceux d’une Biche Noire pourfendre la quiétude de la nuit pour maudire une famille. Nul ne pouvait savoir quels étaient les motifs, mais elle était là. La sorcière. Elle avait tué ses enfants, les uns après les autres. Aucune femme ne pouvait perdre autant d’enfants sans y laisser la vie. Elle avait charmé, ensorcelé, l’oncle pour mieux le tuer. Une femme, avait-elle dit en tenant fermement le menton de Rohanna entre ses doigts flétris, une femme était faite pour donner des enfants. Des garçons. Sa mère l’avait prévenue. Sa mère l’avait prévenue. Si une Baratheon était comme ça, tous pouvait l’être. D’après elle, encore, Robart n’allait pas hésiter à utiliser sur elle quelques malédictions et potions pour l’écarter du chemin. Il fallait qu’elle ouvre les yeux. Elle devait être observatrice, ne pas laisser ses humeurs gouverner son tempérament. Il n’était pas concevable qu’une alchimie se créée entre elle et son époux. C’était un charme. Derrière ses sourires, ses attentions et ses belles paroles : il était un héritier. Un héritier qui avait désiré une femme bien plus riche et belle qu’elle. Quant aux femmes, il devait savoir exactement comment contrôler leurs sentiments et leurs désirs. Il se jouait d’elle, sa mère l’avait mise en garde. Elle ne pouvait pas continuer à espérer qu’il se rapproche à nouveau de son corps. Elle ne pouvait pas continuer à vouloir sentir à nouveau cette sensation fugace et inconnue. Un tremblement… un vent du Nord venant secouer les pores. Elle l’avait détesté pendant des années, pourquoi était-ce si dur de voir tous ses préjugés tomber les uns après les autres?

Sous le regard désapprobateur de Kyra, elle laisse couler en elle plusieurs gorgées de vin. Dualité. Son corps entier l’appelait à quelque chose qu’elle ne connaissait pas, quand on esprit voulait rester froid et clair. Vulnérable elle n’avait jamais pensé l’être, mais à ce moment là la présence d’Elliot lui manque. Un vide de l’âme et de l’air. Un vide qu’elle ne pourrait jamais combler… 


« Peut-être est-ce vous qui tomberez à l’eau cher seigneur…

Entre ses dents glissent encore ce doux breuvage, doux et amer. Les siens lui avaient fait promettre de blanchir leur nom, mais Rohanna, qu'importe son nom de Maison, ne serait pas un jouet dont on pouvait disposer. Tess la remercie d'un sourire invisible, soudainement touchée par la marque de préséance de sa nièce, ou peut-être a t-elle entendue les mots de cette dernière... Elles se toisent doucement. Se jugent en silence. Etrangères l'une à l'autre, elles le sont.

... On dit que je suis la meilleure cavalière à vingt lieues.  »

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Robb Baratheon
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Lun 21 Aoû 2017 - 15:33



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

« Peut-être est-ce vous qui tomberez à l’eau cher seigneur… On dit que je suis la meilleure cavalière à vingt lieues. »

Robb sourit, aussi amusé par la remarque de sa voisine qu’en approbation de la personne à qui elle avait décidé de rendre honneur. Un geste fort, un signe d’apaisement que tous les seigneurs apprécieraient, Theodan et lui les premiers. Personne désormais ne pourrait douter que les vassaux du Cerf Couronné, tous les vassaux, suivaient leur seigneur, et sa famille, dans don entièreté. S’il avait réconcilié les Trant avec la Biche Noire, aucun conflit ne saurait entâcher les Terres de l’Orage. Du moins, c’était ainsi que les choses devaient paraître, surtout en temps de guerre. Après tout, comment espérer vaincre, si l’on ne fait pas bloc ?

Mais plus que cela, c’était de voir son épouse laisser derrière elle un peu plus de formalisme avec lui qui lui réchauffait le coeur. Elle avait baissé un peu sa garde, se laissant aller à une plaisanterie qui, venant de quelqu’un d’autre qu’un proche, aurait pu être prise comme une menace, un défi à l’Orage et son héritier. Mais rien de tout cela venant de la jeune femme, Robb en était presque sûr : il ne s’agissait là que du premier pas vers une certaine complicité, la peur de commettre un impair ou de le mettre en colère qui s’évanouissait. Tout était à faire, la route serait longue, mais au moins n’avait-elle pas peur de lui. Soulagé, et certainement fier de ce qui avait été accompli, il prit une gorgée de sa coupe, presqu’instantanément à nouveau remplie par son page.

« Et bien... »

Une nouvelle fois, le jeune homme plongea son regard dans celui de celle qui paratgerait désormais sa vie. Il lui semblait avoir à chaque fois un peu plus de mal à les quitter, ces yeux qui pour lui étaient encore un mystère. Cette sensation d’addiction presque douloureuse lorsqu’elle s’interrompt, il la connaît bien, cette envie de voir quelqu’un être sienne, corps et âme. Longtemps, il avait vécu avec cette même envie lancinante, mais pour une autre. La même sensation, et pourtant différente. Robb avait voulu qu’Eleneï soit à lui, il l’avait voulue à cette place, il l’avait voulue pour femme. Un désir de propriété, une union destinée à ne jamais être. Rohanna était différente, il savait qu’il ne pourrait, ne voudrait, jamais qu’elle lui appartienne entièrement, ce serait l’enchaîner, ternir autant son âme que leur relation. Il la voulait libre, il voulait qu’elle décide de rester auprès de lui, qu’elle décide de l’aimer, de lui révéler sa vraie nature. Un désir que beaucoup jugeraient indignes de son rang, d’autres ridicules. Mais les Baratheon étaient ainsi faits, pleins et entiers, ils vivaient selon ce que leur dictait leur coeur, leur honneur et leur allégeance, dans cet ordre seulement, même si tout était souvent étroitement lié. Détendu, il se permet un sourire plus complice, plus sincère, plus proche.

« Vous pourrez prouver que vous êtes à la hauteur de cette réputation bien assez tôt. Demain, peut-être ?»

La discussion continua un moment, régulièrement interrompue par des vins d’honneur, de nouvelles arrivées de nourriture, ou la prestation de l’un ou l’autre artiste engagé pour l’occasion. Alors que le vin et la nourriture semblaient ne jamais cesser, les esprits oubliaient petit à petit le carcan de la cérémonie où ils se trouvaient, et apprenaient à s’en moquer un peu. Les rires se faisaient plus forts, les jeunes chevaliers se laissaient aller à courtiser les filles à marier ou les servantes, à se défier mutuellement dans des jeux d’adresse, des épreuves de force, sous les encouragements de leurs aînés, plus sages ou simplement trop vieux pour ce genre d’occupation. Après tout, ils étaient des nobles de l’Orage, qu’ils soient en paix ou en guerre, sur le champ de bataille ou à un mariage, ils restaient des guerriers fiers, avec le besoin irrépressible de s’illustrer devant leurs pairs, et leur seigneur. Robb lui-même s’était prêté au jeu, trouvant dans un défi lancé amicalement par quelques amis proches un moyen de se détendre et, peut-être, d’impressionner sa belle. Il était de loin le meilleur épéiste de l’Orage dans sa génération, et avait compté sur cet état de fait pour battre tout ses adversaires, jusqu’à ce que son propre père, dont l’envie d’action avait été d’autant exacerbée que ses barrières avaient été inhibées, se lève pour un croiser le fer avec lui. Si un jour, le père devait dépasser les compétences du fils, ce ne serait pas avant quelques années, pourtant Theodan avait arrêté le duel avant d’asseoir définitivement sa victoire, après tout, il s’agissait du mariage de son fils, pas d’un entraînement ou d’une leçon d’humilité. Robb pouvait avoir cette victoire, aujourd’hui plus que les autres jours. Ainsi s’était déroulée la journée, et ainsi commençait la soirée, tandis qu’hors des murs de la Grande Salle, le tonnerre lui-même avait du mal à se faire entendre par les invités.

« Allez Robb, c’est pas en lui tirant dans le bras que tu vas nous débarrasser de Maegor ! Le coeur, ou la gorge, pour l’empêcher d’appeler ses dragons à l’aide ! Pas de points, sinon ! »

Contre le mur gauche de la salle, un mannequin d’entraînement, grossièrement décoré d’un peu tout ce qui avait été trouvé dans la salle pour ressembler à un vieil homme visiblement en colère, était criblé de quelques dizaines de flèches. Autour de celui-ci, d’autres projectiles trainaient sur le sol, délimitant une zone désormais soigneusement évitée par les domestiques, qui ne tenaient pas à se voir criblé de flèches par l’un des six nobles qui s’amusaient là.

« Ne vous ai-je pas déjà dit que je l’aurais à l’épée ? Pas besoin de se cacher à distance, quand on sait se battre correctement !»

Tout cela n’était que présomptions, bien sûr. Si un jour venait le moment d’affronter directement le tyran, l’honneur de le capturer, ou de le mettre à mort, reviendrait à Theodan, et à nul autre. Les Lannister pouvaient bien penser autrement, mais c’était le suzerain de l’Orage qui menait cette rébellion, ce serait lui qui y mettrait le point final, et toute la chevalerie, toute la soldatesque aux ordres du Cerf Couronné s’emploierait à appuyer cet état de fait.

A ces mots, suivis des rires de ses compagnons, l’héritier décocha une nouvelle flèche qui vint se ficher dans l’épaule du mannequin, ce qui déclencha un cri de victoire guerrier dans l’équipe adverse, tandis que la sienne soupirait à nouveau. Ils étaient menés de trois point, comme le témoignaient les flèches fichées dans le front du prétendu Maegor, et celle qui l’avait éborgné. Un moyen comme un autre de désacraliser un ennemi si puissant, et si effrayant. Un moyen de se préparer à affronter la réalité sur le champ de bataille. Tout noble qu’il était, né avec la perspective de mener un jour, Robb n’aimait pas perdre, même à un jeu, même contre des amis. Le sort avait cependant placé le meilleur archer de leur groupe dans l’autre équipe, et il semblait que seules ses compétences lui permettaient encore de viser juste, après l’alcool ingurgité, puisqu’il était le seul à parvenir à toucher sa cible. D’un geste vif, il lança l’arc au prochain qui devait tirer, et attrapa une coupe de vin posée sur une table non loin, tout en jetant un œil à Rohanna, non loin. Que devait-elle penser à le voir ainsi vaincu par ceux-là même qui formaient sa garde rapprochée ? Jeune fils de seigneurs, chevaliers, tous étaient liés à lui, tous l’entouraient au combat, et ensemble, ils avaient déjà souvent brillé dans les batailles de cette guerre. Mais en cet instant, le jeune homme ne pouvait s’empêcher de souhaiter qu’ils soient un peu moins bons, un peu moins proches de lui que pour se permettre ces moqueries, qu’il aurait pourtant acceptées en riant à un autre moment, dans d’autres circonstances. Si elle n’était pas là pour être témoin de son échec.. Blessé dans son orgueil, il refusait pourtant de s’avouer vaincu et de concéder la victoire, caressant la pensée que l’alcool finirait aussi par prendre son dû chez ses opposants.

Il aurait été naïf de croire que l’état d’esprit de Robb avait échappé à tous, certains avaient appris à reconnaître l’irritation sur son visage, Theodan le premier. Assis à sa place, en pleine conversation avec Kyra, il s’interrompit pour observer son fils d’un air amusé. Robb serait un grand seigneur un jour, pour autant qu’il apprenne à faire preuve de plus d’humilité. Quand on dirige des terres de la taille des leurs, il était impossible d’être le meilleur dans tous les domaines, et il fallait l’accepter. D’autant que s’il continuait sur cette voie, il risquait de devenir d’une humeur massacrante, pas vraiment ce que l’on attend d’un homme le jour de son mariage. Raison pour laquelle le Cerf couronné se leva pour se diriger vers sa bru, à qui il glissa quelques mots :

« On m’a dit que tu n’avais pas ton pareil à l’arc, à Gallowsgrey. Je dirais que tu as là une magnifique occasion de montrer à ton mari que tu peux le soutenir, ma chère fille. Enfin, si tu t’en sens capable, bien entendu. »

D’un air presque paternel, il lui tapotta l’épaule de la main droite, avant de se diriger vers un groupe de seigneurs discutant non loin en criant leurs noms d’un air jovial, un sourire satisfait mystérieusement fixé sur ses lèvres. Robb était encore jeune, mais il pouvait toujours compter sur son père pour lui indiquer la voie à suivre...


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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Jeu 24 Aoû 2017 - 0:54


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”


Aux couleurs de la Maison, l

es échansons quadrillent dans la grande salle. Les heures passants, le ballet est plus rapide, plus enivré, plus joyeux. Les fronts des invités se font lisses de tout problème. Invisible, la guerre ne semble plus exister et on oublie les pères, les époux les fils, les frères, les cousins tombés sous les lames et flèches des « loyalistes ». Problème de syntaxe absurde et grotesque. Propagande des mots. Présents ici, étaient les véritables loyalistes aux Targaryen! Sous le dais du Cerf Couronné les héritiers d’Orys, fils d’Aerion, trônent avec grâce et désinvolture. Une noblesse étrange les anime. Bonhomme. Désinvolte. Puissante. Innée. Ineffable… Coincée entre Tess et Robb, la mariée s’oublie dans un mur de silence. Tous parlent, crient et rient. Leur verbe haute, leurs corps élancés : les invités ont mis de côté toutes les difficultés qu’entourent ce mariage. Sur son banc, la tête d’Eleneï se jète en arrière. Ses voisins, crédules à sa royale beauté, lui jouent quelques inepties.

Les plats défilent jusqu’au septième et dernier. Une hiérarchie étonnante régie les tablées et de son piédestal Rohanna observe les maisons fieffées ou mineures être privées de certains mets. Tout comme le monde quel intégrait aujourd’hui : tout n’était que hiérarchie et vassalité. De sa fourchette d’argent, elle picore ce qu’elle peut. Son corps n’est pas habitué à vivre dans l’emprise douloureuse d’un corsage, ni de devoir porter plusieurs kilogrammes d’habillement. Jusqu’à ses chausses, les perles et les broderies viennent la tracasser! Bientôt, l’impression d’être un objet de curiosité s’estompe pour ne devenir qu’une sensation d’avoir disparue. Et qui sait, si elle l’espérait très fort peut-être que tout ceci ne serait qu’un mirage? Alors, l’avant-bras d’un Robart dissipé et heureux vient frôler le sien. Un simple frôlement et la chaleur revient. Elle se diffuse en son bas-ventre avec insistance et contraction. Un appel inconnu quel ne peut oublier… 


Combien de longs moments s’étaient écoulés? Sous ses yeux, Robb et Theodan se livrent à des jeux d’adresses et d’épée. Bruit couvert par les musiciens, les épées se frappent et se toisent fièrement. Certains garçons, qui ont à peine l’âge de quitter les jupons de leurs mères, imitent les figures légendaires de l’Orage. Ils torpillent les nerfs de leurs Septas qui courent pour tenter de rattraper les garnements.

« Voyez ma Dame comme votre époux est émérite aux jeux de lame, ses jambes sont rapides et habiles, vous ne devriez craindre pour sa vie… » une voix passe devant elle avant d’être emportée au loin. Un visage dont elle ne se souvient pas, mais dont les paroles la marquent. Fille et soeur, elle avait craint pour les siens. Elle avait été élevée pour honorer la guerre et ses valeurs. Pourtant ce n’est qu’en observant Robart se pavaner, faisant le brave et le fier, qu’elle comprend qu’elle avait toujours eu une main à broyer. A Gallowgrey elle étaient quatre femmes à attendre les corbeaux, elles étaient huit mains unies. Dans quelques jours, quand tous repartiraient qui resterait-il? Personne.

« Il vous faut rire Rohanna, ce soir ce n’est que ce que l’on vous demande. » 


Sa tête se tourne vers sa tante qui déjà observe son neveu et ses compères bruyants. Elle avait parlé. Elle lui avait parlé. Son prénom, elle l’avait dit du bout de ses lèvres glacées. Sa commissure droite laisse planer un sourire déjà évanoui. C’était probablement la phrase la plus longue qu’elle ne lui ai jamais adressée. Toujours, elle était restée silencieuse. Il faudrait bien des années avant que Rohanna ne comprenne que Tess s’était tue toutes ces années parce qu’elle était détruite de l’intérieur. Une petite mort de l'âme. Un fatigue du corps et de la vie qui se lovait dans le coeur et l'esprit, ne partant jamais véritablement. Un jour viendrait. Un jour viendrait où Rohanna devrait l'apprendre aussi. Tess l’a peut-être deviné, après-tout à elle aussi on avait essayé d’enchainer l’exaltation d'une vie trop pleine qui exultait de ses poumons. Oui, peut-être qu'elle comprenait mieux que quiconque ce que son frère allait faire endurer à la jeune Trant.

« On m’a dit que tu n’avais pas ton pareil à l’arc, à Gallowsgrey. Je dirais que tu as là une magnifique occasion de montrer à ton mari que tu peux le soutenir, ma chère fille. Enfin, si tu t’en sens capable, bien entendu. »


« Theodan! Vous ne devriez pas encourager… »

La voix de Kyra est coupée par la main de Theodan qui s’abat sur l’épaule de sa bru. Paternel, il la secoue avec joie et amusement. Ce même amusement qu’elle avait cru déceler sur la joue de Tess... Sans plus attendre, un page tire sa lourde chaise de chêne et l’invite à se lever. Il lui faut un instant pour réaliser ce geste tant elle observe les gaillards qui le ventre plein, ne savent pas décocher une flèche en plein coeur! Elle observe longuement les grossières erreurs des chevaliers qui semblent plus rire et se moquer de leur futur suzerain que de se préoccuper à gagner. Seul la mâchoire de Robb commence à se crisper, les muscles concentrés et tendus. Ses sourcils jouent, l’un après l’autre, devant le spectacle. A chaque nouvelle flèche que son époux rate, ses lèvres s’agrandissent un peu plus. Pouvait-on être plus loin de la cible? Certainement pas.

« Qu'il en soit fait selon vos souhaits mon père. »

Elle se lève, alors que Robb, sous l’hilarité de ses frères, rate encore le point. Dans un excès de colère, il s’empare d’un pichet tant est si bien que le pauvre serviteur manque de perdre l’équilibre. Sur son sillage, sa cotte laisse un passage mordoré d’or ; « je ne peux me résigner à voir mon époux perdre le jour de nos noces! »

Un noble dont elle a oublié l’appartenance siffle entre ses dents. Il s’incline légèrement, mais l’heure n’étant plus aux galanteries et mièvreries de Cour il rit de bon coeur. Théâtral, la jambe en avant, il s’incline pour redonner l’arc à Robb. Ne demandant pas son reste, Rohanna glisse entre son index et son majeur en-dessous des plumes de la flèche. Nombreuses avaient été les heures où les serviteurs avaient couru après elle pour l’empêcher de s’évader avec Elliot. Combien de gibier avait-t-elle abattu sous les yeux des Ser? Il n’y avait rien qu’elle ne préférait plus que sentir une plume dangereusement frôler sa joue… Sentir la tension de son dos droit avant de relâcher la flèche. La satisfaction d’une ligne parfaite.

« Encochez monseigneur. »

Dans ses yeux virevolte toute son enfance et c’est confiante qu’elle se place derrière son époux. Probablement trop grande, Rohanna n'avait qu'une demi tête de moins que le Baratheon. Ses lèvres près de son oreille elle lui chuchote dans un calme serein :

« Oubliez-nous, relevez votre pouce, ce disant sa main vient trouver la sienne. Ici et Maegor sera mort dans quelques instants. »

La bénédiction d’une épouse à son époux. Son corps près du sien, elle sent les muscles entiers du guerrier se concentrer. Et si les yeux de Robb fixent dangereusement l’ennemi, ses yeux à elle s’égarent sur son visage. Ses lèvres à quelques centimètres des siennes, elle se demande ; comment est-ce d’embrasser un homme? Faut-il en avoir peur ou faut-il le désirer? Ensemble, leurs souffles se concentrent sur le Cruel. La flèche part. Vive et droite. 


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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Ven 25 Aoû 2017 - 22:03



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

Droit au coeur.

Il avait suffit d’une expiration pour qu’en un instant, le projectile rejoigne sa cible, avec une force telle que les autres flèches fichées dans la poitrine de paille tombèrent au sol sous les acclamations de certains, et la mine dépitée des autres. Alors que la fête battait son plein, c’était l’éxécution de Maegor qui se jouait contre ce mur, entraînant réjouissance et déception de n’avoir pu lui arracher la vie soi-même de la part de cette armée fictive. Pour autant, ce n’était pas cette victoire qui réjouissait le coeur de celui qui avait tiré. Plus que le résultat, c’était la manière d’y parvenir qui avait gagné la faveur de l’héritier de l’Orage.

Lorsque Rohanna était arrivée, c’était son orgueil, un orgueil déjà blessé par sa piètre performance qui avait parlé le premier. Sans doutes, si ce n’avait été pour ses compagnons d’armes et leur réaction bon enfant, l’aurait-il renvoyée à sa place. Qu’avait donc une femme à lui apprendre en matière de guerre ? Pour autant, les jeunes nobles avaient agi trop vite pour que leur seigneur ait le temps de faire quoique ce soit, acceptant pour lui cette aide qu’il était trop fier ne fut-ce que pour considérer. Que ce serait-il passé s’il avait eu le temps de refuser ? Un instant, une décision, pouvait tout changer, Robb le savait, c’était la leçon la plus importante qu’il ait jamais apprise aux cotés de son père. Pour sauvegarder les apparences, il avait tu sa fierté mise à mal, et avait accepté une aide dont il ne voulait pas vraiment. Bien vite, cependant, l’orgueil laissa place à autre chose tandis que la jeune mariée posait ses mains contre les siennes, leur corps plus proches qu’ils ne l’avaient jamais encore été. Une alchimie telle que l’on ne connaissait que rarement, de celles qui vous offrent instantanément la certitude d’être exactement à l’endroit où l’on doit être, au moment où l’on doit être. Durant les quelques secondes qui précédèrent le tir, il n’y avait que Sa voix, Sa respiration, Son corps. Les regards amusés de ses compagnons, la musique et les bruits de l’assemblée, plus rien ne l’atteignait. Inconsciemment, il avait calqué sa respiration sur la sienne, minimisant les moments où il ne la sentait pas contre lui. Un instant qu’il avait cherché pendant toute cette journée sans y parvenir, et qui lui était à présent offert naturellement.

Puis, la flèche était partie, atteignant sa cible avec une précision mortelle, le temps avait repris son cours, retour à la réalité après l’éveil. Robb affiche un sourire satisfait tandis qu’il abaisse son arme et la pose sur la table non loin. Il ne s’agissait que d’un ennemi de paille, mais ils avaient vaincu cet obstacle ensemble. Une promesse d’avenir, peut-être, mais pour l’une des premières fois de sa vie, l’héritier de l’Orage, l’enfant prodigue, se sentait plus grand de n’avoir pas vaincu seul. Un sentiment d’accomplissement qui ne découlait plus seulement de la simple victoire.

« On dirait que vous avez tué le Roi, ma Dame. »

En temps normal, il aurait célébré une telle victoire à force de cris et de boutades, il aurait partagé une cruche de vin avec les perdants en signe de bonne volonté, avant de lancer un autre défi, mais pas cette fois. Calme, Robb ne voulait pas perdre cette proximité qui les quitterait bien assez tôt, dès que les autres auraient terminé leurs propres rituels. Lentement, il tourne son visage vers Rohanna, plonge son regard dans le sien. Dans ses grands yeux bruns, il lit une appréhension réelle, née d’une proximité à laquelle elle ne doit pas être habituée, mais également autre chose, une lueur qui la rapproche certainement un peu plus de l’image que l’on peut se faire d’une jeune fille qui se découvre soudainement un intérêt pour les hommes, une lueur que Robb avait souvent vue dans les regards, mais qui jusqu’à cet instant ne l’avait vraiment touchée qu’une fois. Etait-il possible que Theodan le connaisse mieux que lui-même ? Qu’il sache ce que son propre fils désirait sans même que celui-ci n’en ait la plus infime conscience ? Des questions que dans l’instant, Robb ne se pose pas alors qu’il replace doucement une mèche de cheveux derrière l’oreille de sa belle. Il aurait pu se contenter de ce simple geste, de ne pas contrevenir à cette etiquette qu’il se devrait encore de garder avant que son père ne décide qu’il était temps pour le couple de quitter la fête, mais tout en lui réclamait d’aller plus loin, d’ignorer les barrières posées par la tradition et la bienséance, son coeur le premier. Et toujours, un Baratheon écoute le siège de son âme.

Alors, sa main s’attarde. Elle caresse la joue qui abrite cette fossette que d’autres qualifieraient de trop expressive avant de la recouvrir. Peu lui importe le regard de connivence que se lancent ses camarades, ou l’air outré des plus vieilles dames présentes et qui préssentent ce qui va arriver, il ne les voit pas. Il ne voit qu’Elle, il ne veut qu’Elle, il a l’impression que c’est Son coeur qu’il sent battre, et non celui qui se trouve dans sa propre poitrine. Mû par son instinct et non plus par ses manières, il sait au fond de lui, sans aucunes raisons, que c’est Elle qui avait toujours été destinée à être à ses cotés, et nulle autre. La politique, les accointances, le devoir, tout cela n’a été qu’un vecteur qui avait contribué à lui faire rencontrer sa destinée. Il pose son front contre le sien sans quitter son regard, sans ciller une seule seconde. Sa voix est celle de la sincérité, un murmure de l’âme, une porte ouverte.

« Tu es mienne, je suis tien. Pour toujours, et à jamais. »

Les mêmes paroles que celles prononcées devant les dieux, mais il ne s’agit plus d’un rituel, de quelque chose que l’on dit car il est écrit qu’on doit le dire. C’est une promesse faite à elle, quelque chose de bien plus honnête, qui ne se cache pas derrière la peur de conséquences que l’on pourrait subir après la mort. Une promesse qui n’avait pas besoin de témoins divins pour être tenue, une promesse faite en son âme et conscience. Il y a quelques minutes encore, Robb aurait pu avoir peur de sa réaction, cette peur aurait pu le faire reculer, s’excuser même, mais il est allé trop loin pour se laisser retenir par de telles chaînes. Si elle devait le repousser, il l’accepterait, du moins il essaierait, il remettrait son masque, blâmerait l’alcool, peut-être, mais il n’aurait aucun regret. Enfin, il cède, embrasse ces lèvres qui un jour ont eu la témérité de l’insulter, en souhaitant qu’elles n’aient plus jamais à le faire.

Il n’est attentif qu’à Elle, se moque des quelques expressions que l’ont peut entendre dans la salle, qu’il s’agisse de rires ou de soupirs d’agacement, il les gèrera un autre jour, peut-être, la seule réaction qui l’intéresse est celle de son épouse. Il n’entend pas non plus les chuchotements amusés d’un de ses anciens adversaires à un autre, suivi de leur départ pas si discret en direction de l’estrade où siège Theodan.


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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Mer 30 Aoû 2017 - 0:40


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”


La fille est droite, en elle gronde un ouragan fuyant et enroué. Ses cheveux en désordre, ses joues gonflées d’impuissance, elle observe sa mère. Ses yeux sont durs et sans appels. Ils crient tout ce qu’elle n’a pas le droit de dire et tout ce qu’elle a déjà dit. A ses pieds, des morceaux de faïences jonchent l’épais tapis. Des centaines de déchirures. Ses pieds nus ne sont qu’à quelques centimètres. La mère soupire. La mère lève les mains, orante désespérée. Pauvre femme qui doit faire face à son ingrate de fille. Cette ingrate qu’elle aime avec ce coeur de mère ravageur et qui ne peut s’empêcher de se dire « c’est ma digne enfant ». Pourtant enfant elle ne l’est plus. Devant elle se dresse à un être au coeur qui bat trop vite. Il bat de cette ferveur qu’elle n’a jamais eu. Cette passion dangereuse pour la vie et pour ses plaisirs simples. Combien de fois avait-elle essayé de la remettre dans le droit chemin? Combien de fois avait-elle essayé de faire d’elle une femme en devenir? Tant de fois qu’elle ne savait même plus les compter. Lady Trant avait pleuré, beaucoup pleuré. Elle avait énormément ennuyé son époux qui lui avait assuré que si ses pleurs ne disparaissaient pas, leur lit ne serait plus qu’un vague souvenir. Finalement, elle était restée dans le lit nuptial et elle avait continué à se moucher bruyamment. Mais la mère, malgré toutes ces années, ne pouvait imaginer ce qu’elle voyait sous ses yeux. Sa propre chair, à l’effronterie livide. Elles avaient beaucoup crié. Rohanna avait crié. Une fureur plus terrible qu’un brame. Désormais, le silence demeurait. Seules leurs iris conversent, se jouxtent l’une à l’autre. 


« Rohanna, je ne sais que tu ne veux pas m’écouter. Je sais que tu es en colère et que tu voudrais t’enfuir pour ne jamais à avoir affronter demain. Je ne serai pas là quand de fille tu deviendras épouse et … femme. »



La mâchoire de la vierge se contracte, elle se tord et tremble. Dans ses yeux émergent une brume opaque. Si le courage lui était donné, par les Sept un poignard dans le coeur elle préférerait. Vendue au plus offrant. Vendue à l’inespéré et l’inespérable. Paix et allégeance alors qu’elle ne représentait que trouble et sauvagerie. Jamais plus elle ne reviendrait à Gallowsgrey, jamais plus elle ne verrait les siens, jamais plus elle s’échapperait par la clôture de bois pour retrouver les bois. Les pièges qu’elle avait encore posé hier ne serait jamais relevés. Elle ne verrait jamais son père et son frère rentrer de la guerre, auréolés de gloire. Ces Baratheon lui arrachaient jusqu’aux dernières parcelles de sa peau. 


« En quittant Gallowsgrey, c’est à ton enfance que tu feras tes adieux. Désormais c’est Lady Kyra, ta mère, qu’il faudra écouter. Elle te dira comment te conduite avec son fils, comment lui rendre agréable ta présence. Il gouvernera ses pulsions, les hommes le font les premiers jours car il leur plait d’avoir une femme chétive en leurs draps…



Les genoux de la fiancée tombent à terre. C’est à l’ennemi qu’on la donne. Son père le lui avait écrit, Tess pourrait vouloir sa vengeance car cette femme conservait en son coeur une âme noire. Elle avait tenté d’assassiner leur lignée, la réduisant à poussière. Elle avait tué l’oncle, mais elle n’aurait pas la nièce. Fadaises parfois il avait semblé à la fille, mais l’inconnu était là. Un ver dans le coeur lui rongeant jusqu’à ses certitudes intimes. Elle devrait porter les enfants de cet homme qui la méprisait. Cet héritier qui ne verrait en elle qu’un poids. Une gangrène trop envahissante. 



… mais il te faudra apprendre par toi-même comment être une femme indispensable. Parfois, peut-être tu te sentiras bafouée mais qu’importe puisque tel est ton rôle. Tu seras une épouse et une mère obéissante. Rohanna, ta survie ne dépendre désormais plus que de toi. Au lendemain de tes noces, ton époux te donnera un don. Ce don constituera ton douaire. Ce sera la seule chose qu’il ne t’appartiendra jamais. Le seul usufruit qui te permettra de nous sauver le temps venu. »



La mère n’a pas regardé sa fille glisser au sol. Elle récite les paroles que sa mère lui a dit le jour où elle a quitté les terres du Val. Les paroles que sa mère avait entendu avant et la mère d'avant avant elle. Les mots que l’ont dit aux filles dans cette intimité étrange accordée à chaque génitrice, avant de voir leur enfant arrachée à leur juridiction. Diantre ! Pourquoi cette enfant devait elle s’entêter à refuser cette union qui faisait le rêve de toutes les autres? Ses cadettes n’auraient pas hésité à prendre sa place elles!



« Tu seras une parvenue dans leur monde Rohanna, mais un jour des fils naitront et ils ploieront tous le genoux. Tu seras reine de ces terres, tu laveras ou vengeras notre honneur perdu. »



Les yeux de la mère regardent une dernière fois sa fille, demain elle ne sera plus à elle. Qui sait si elle la reverrait? Non, elle ne la reverrait probablement pas. Tel était le prix à concéder pour que sa fille soit couronnée biche. Sa robe traine dans son sillage les débris de la faïence brisée. Doucement, elle laisse ses doigts caresser la chevelure de sa fille. Douce. Paisible. Des souvenirs qui nous resteront à jamais inconnus voilent son visage d’un sourire nostalgique. A quoi pense une mère qui ne reverra jamais sa fille? Finalement, c’est sa bouche qui se tord et se contracte dans un sursaut de conscience. Sa main sur son coeur elle cherche l’air qui lui manque… C’est terrible de ne pas arriver à dire je t’aime. Ses lèvres larmoyantes viennent trouver le crâne de son enfant. Tremblantes, elles restent un instant en suspens avant de se perdre dans l’odeur boisée des racines. Elles se pressent avec dureté les maternelles. La dureté d’un adieu à la fille tant aimée. 


« Je t'en supplie, soit heureuse Rohanna. »


Un susurre, instar d’une dernière flamme.


***


Décochée en plein coeur, la flèche laisse sur son sillon un silence. Les chevaliers observent incrédules le tir -enfin- réussi de leur héritier. Certains cachent un rire dans leur choppe à nouveau pleine, d’autres sourissent et d’autres, encore, observent le nouveau couple. Les yeux de Rohanna pétillent d’un intérêt réveillé. Elle avait rêvé de décocher une flèche en plein coeur à l’Usurpateur! Elle avait fait le serment insensé de le tuer si jamais Elliott ne devait jamais revenir. Oui, tuer l’Usurpateur était leur devoir à tous. Les regards insistants des joueurs la rappellent à elle. Vivement, sa main quitte celle de Robb. Leurs gestes coordonnés n’ont échappé à personne. Ils ne lui ont pas échappé, à lui. 


« On dirait que vous avez tué le Roi, ma Dame. »



Ses mots sont si proches… Elle sent les effluves du vin venir chatouiller son odorat. Sa respiration calme et maitrisée renforce leur promiscuité. Les autres s’effacent. Les autres s’oublient. La musique s’atténue et les rires disparaissent. Ses lèvres hésitent à sourire ou à rester scellées. Elles ondulent lentement, sans pouvoir se décider. Sa main sur sa joue s’attarde. Le geste est rugueux et calleux. Un monde d’excellence. Une éducation royale. Une brèche de la douloureuse intimité qu’elle devrait partager avec lui. La paume du guerrier descend jusqu’à écraser sa lèvre inférieure. Alors, son corps l’oblige à la laisser s’entrouvrir. Un appel qu’elle ne peut réfréner. Ses paupières se lèvent dangereusement vers les siennes. Noli me tangere. Ne me touche pas lui implorent-elles tandis que son corps se soulève, emporté par les lèvres étrangères. Avides, elles viennent se percuter sur les siennes. Une violence instinctive s’empare de son corps. Le sol se dérobe sous ses pieds. Un oubli de l’espace. Sans qu’elle le veuille, sans qu’elle le désire, les pécheresses appellent à recevoir plus. Elles exigent qu'il continue son oeuvre! Et il lui faut un grand effort pour placer ses deux mains sur la poitrine de Robb. Force inconnue, elle le repousse doucement. Incapable de lutter contre la force musculaire de l’homme.

« Tu es mienne, je suis tien. Pour toujours, et à jamais. »



Tu seras reine de ces terres, tu laveras ou vengeras notre honneur perdu. Autour d’eux, les visages, la musique et les voix refont surface. Son corps tout entier s'affole d’un rythme effréné. Il voudrait danser quelques enjambées et entrechats. Il voudrait s’enfuir loin, derrières ces lourdes portes et oublier cette musique qui lui brouille les sens. Il voudrait s’enfuir loin et ne jamais s’arrêter jusqu’à Galloswgrey. Il se jetterait alors dans les bras de la mère et il lui crierait toute la peur soudaine. Aux filles, on parlait de l’union, mais on ne parlait pas de ce déchaînement orageux. On ne parlait pas des courants froids et chauds qui battaient la mesure comme si l’âme ne pouvait plus rien maitriser. Oui, Rohanna n’était plus maitre d’elle-même. Personne ne parlait de ces sensations. Personne. C’était un sortilège. Un sortilège de Tess pour la perdre et la faire répudier.

..

« Qu’as-tu fait? »

Sa main est entrainée par une autre, ferme et entrainante. Ses yeux dans ceux de Robb, elle se laisse porter par la foule en émois. Tant de visages qui tournoient. Ils esquissent des mouvements ondulés. Tantôt perdu, tantôt dissimulé, il lui est difficile de garder en son champs de vision le traitre. « De Fortune de moi plaindre ! » se damne-t-elle. Ethérées, les chevelures flamboyantes des Dames de la Cour ressemblent à celles que chantent les troubadours les soirs de veillées d’hiver. Au milieu de ces sourires que le vin n’a permis de rendre que plus grands, plus éclatants, plus étourdissants, elle se laisse gagner pas la griserie générale. Ce baiser, volé à sa chasteté, lui libère les chaines de sa conscience. Eléana et Victory sont là à ses côtés, c’est elles qui lui tiennent la main tandis que la farandole s’empare de la salle du banquet. C’est elles qui lui disent des mots qu’elle ne comprends mais auxquels elle réponds par un sourire franche. C’est son père et sa mère qui président le banquet et qui, sous le dais de velours, lui sourissent. Elliott, dans le coin rit d’un rire si fort et si prenant qu’il gagne tous ceux qui l’entendent. La mariée trébuche sur sa robe trop lourde, trop longue, trop cérémonieuse et elle se joint à lui. Elliott se moque d’elle, évidemment. Ils sont là, en elle. Ils s'emparent d'elle et ils lui disent « je t'en supplie, soit heureuse Rohanna. »

Porté par la joie heureuse s'élevant dans la haute salle, lLes musiciens continuent de pousser leurs instruments dans une joie sans limites. Présent et passé giguent ensembles, défiants l’air de toutes les promesses perdues et offertes. Mesure ternaire, les danseurs sont aériens. Plus rien n'existe des horreurs de la guerre et du feu qui embrase Westeros que le sentiment indéniable d'être vivant. D'être présent. La musique s'arrêtant, ils leur faut une demi mesure supplémentaire pour rire à gorge déployée. Sous des embrassades on retrouve les amis perdus dans l’agitation et les échansons laissent à nouveau couler leur précieuse cuvée. Celle qui donne aux Hommes les rêves de grandeurs et d’allégresses. 

La mariée retombe nez à nez devant l’époux. Son souffle est saccadé, mais entre deux respirations elle termine : « il te faudra apprendre à viser le coeur. »
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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Sam 9 Sep 2017 - 16:21



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore


« Qu’as-tu fait? »

La dernière phrase qu’elle prononça avant d’être entraînée par la foule de danseurs qui était soudain apparue, comme pour briser l’instant qu’ils venaient de partager. Etait-ce une bonne chose ? Peut-être, étant donné cette peur que Robb avait cru lire dans l’expression de son épouse. Pourtant, il avait cru la bataille gagnée quelques secondes auparavant, il pensait avoir réussi à l’atteindre. Une illusion, sans doute, qu’il avait acceptée trop tôt pour une vérité absolue. Alors qu’autour de lui tous dansaient et chantaient plus ou moins bruyamment, l’héritier de l’Orage semblait se laisser aller à broyer du noir, appuyé contre une table tandis qu’il observait de loin la noblesse de l’Orage aller et venir. S’il croyait par moment apercevoir son épouse, celle-ci se dérobait à son regard presque instantanément, remplacée par un autre visage plus ou moins familier. A la table principale, seule Tess était encore assise, tout comme lui observatrice externe à ce déploiement de joie et d’amusement. Elle lève sa coupe dans sa direction avec un sourire si discret qu’il pourrait être inexistant pour ceux qui n’avaient pas appris à lire derrière le masque de la Biche Noire, mais elle l’avait vu grandir, et lui avait suffisamment vécu avec elle pour connaître cette facette qui lui avait acquis à jamais l’amour de son frère. La tante avait toujours eu ce don de ressentir la détresse de ses neveux, et de les aider sans parfois même qu’ils ne s’en rendent compte, leur offrant d’un regard la force de persévérer dans leurs entreprises. Si Kyra avait toujours été la mère aimante, Tess avait longtemps été celle sur qui Robb pouvait s’appuyer lorsqu’enfant, il ne pouvait plus supporter la charge et les responsabilités qui déjà pesaient sur lui.

Alors qu’il lève sa propre coupe en réponse à la Biche, le jeune homme sent un main forte se poser sur son épaule, et la voix de son père qui s’élève, suffisamment forte pour se faire entendre malgré la musique et les rires, sans pour autant qu’il ait à l’élever.


« Tu ne peux pas agir avec elle comme tu le faisais avec Eleneï, fils. »

Intrigué, Robb hausse un sourcil alors que Theodan vient s’appuyer à ses cotés, attrapant un pichet de vin pour remplir leur deux coupes. Il resta ensuite un moment silencieux, observant dans un demi sourire le spectacle qui avait lieu sous ses yeux. Un peu agacé par ce mutisme, sans doute également touché dans sa fierté en s’apercevant que son père semblait avoir compris à quel point il se fourvoyait avant même qu’il n’ait pu lui même se faire à cette idée, le jeune homme s’apprêtait à relancer le seigneur de l’Orage, quand celui-ci reprit la parole le plus calmement du monde :

« Eleneï est née dans l’espoir de faire un jour un grand mariage, peut-être un jour de devenir suzeraine. Je ne dis pas qu’elle ne t’a pas aimé, ou que son affection pour toi était calculée, ce serait cruel et insensé, mais elle aimait également ce que ton rang pouvait lui offrir. L’affection et la proximité qu’elle t’offrait, elle le faisait parce qu’elle voulait cette place, autant que parce qu’elle en avait envie. Les femmes sont guidées par leurs émotions et leurs envie, Robb, mais ne croit pas un instant qu’elles sont incapables de voir plus loin.

Ton épouse était une Trant, elle n’a certainement jamais même ne fut-ce qu’imaginé qu’elle atteindrait un jour la position qui est la sienne, elle ne peut pas réagir comme une noble de haute famille qui obtiendrait enfin ce que tous ont toujours attendu d’elle. Pourtant, tu as là une chance que bien peu peuvent avoir. Elle pourrait t’aimer pour ce que tu es, plutôt que pour ce que tu as. Et si tu y parviens, tu auras une alliée inconditionnelle, sois certain que bien peu de seigneurs peuvent se targuer d’une telle union. Je n’ai qu’un conseil pour toi en la matière, sois patient, et sois vrai. Tant que tu agis ainsi, tu ne pourras pas avoir de regrets.»


Robb acquiesce, plus par obligation qu’autre chose, aussi révolté qu’il était plongé dans ses réflexions. Quoiqu’en dise son père, la Lannister n’avait jamais été intéressée dans leur relation, pour autant les paroles prononcées le faisaient réfléchir. Theodan avait épousé une Lannister, et même s’il le savait très attaché à son épouse, Robb n’était pas dupe sur les contraintes que le seigneur de l’Orage devait parfois honorer au nom de son alliance avec la Maison au Lion. Peut-être avait-il voulu lui épargner ce poids, lui offrir la possibilité de choisir en son temps ses alliances par lui-même ? Peut-être le mariage qu’on lui avait imposé n’avait-il pas pour but uniquement d’apaiser une famille mineure, peut-être Theodan avait-il pour projet de faire en sorte que son héritier arrive à la tête des Terres de l’Orage sans dette ni obligation. Peut-être le voulait-il plus libre que lui-même ne l’avait jamais été.

« Prends patience, fils, et un jour peut-être tu remercieras les Dieux pour cette union. Et qui sait, tu me remercieras peut-être aussi ? »

Le sérieux qui avait pendant ce court moment habité le Suzerain de l’Orage avait disparu aussi vite qu’il était arrivé, avalé dans un grand rire tandis qu’il frappait une dernière fois l’épaule de son héritier du plat de sa main, avant de s’éloigner comme il était arrivé laissant le fils digérer ses paroles. Pour autant celui-ci ne resta pas seul longtemps, Rohanna réapparaissant à son côté, visiblement à bout de souffle, tandis que le rythme de la musique semblait se calmer, de même que les danseurs d’il y avait quelques instants à peine. Alors que les mots de son père résonnent encore dans son esprit, Robb ne peut s’empêcher de la voir sous un autre jour encore. Une promesse de quelque chose de plus vrai que ce qu’il connaissait déjà, s’il était suffisamment patient, s’il parvenait à favoriser un futur hypothétique au présent et à ses frustration. Saurait-il être plus calculateur, moins impulsif, moins lui-même ? Sans doute, même s’il le regrettait, comme à chaque fois qu’il avait du endosser un autre rôle que celui qu’il ne jouait pas. Mais si là était le prix de ce bonheur promis, Robb le paierait volontiers.


« Il te faudra apprendre à viser le coeur. »

L’héritier de l’Orage sourit légèrement, tiré de ses pensées par son épouse qui avait trouvé l’énergie de formuler quelques mots entre deux inspirations. D’un geste léger, il lui tend une coupe avant de prendre une gorgée de la sienne.

« Au moins aurai-je un bon instructeur pour m’apprendre à tirer droit. On ne m’avait pas dit que tu étais aussi douée avec un arc. »

Nulle jalousie dans ces paroles, au contraire, une marque de respect. Robb avait depuis longtemps renoncé à l’idée de faire partie des meilleurs archers de son père, préférant le contact froid d’une épée entre ses mains, et la proximité des combats au corps à corps à la sécurité relative de la distance. On ne s’illustrait pas sur un champ de bataille sans prendre de risques, on ne respectait jamais autant un ennemi qu’en lui offrant la mort directement, et pas sans même pouvoir le regarder dans les yeux. Pour autant, savoir que celle qui devrait partager sa vie n’était pas qu’une Dame de plus, sans aucune autre connaissance que celles qu’il convient d’avoir pour une femme, avait quelque chose de réconfortant. Il y aurait au moins quelque chose qu’ils pourraient partager, d’une façon ou d’une autre. Si, et seulement si.

« Je me suis laissé emporter, tout à l’heure. Si je t’ai causé de l’embarras, j’en suis désolé, ça ne se reproduira pas. Tu as ma promesse. »

Il avait prononcé ces derniers mots sur un ton résigné, plus sombre. Oui, si c’était le prix à payer, il le paierait.


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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Mar 12 Sep 2017 - 1:09


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”


« Au moins aurai-je un bon instructeur pour m’apprendre à tirer droit. On ne m’avait pas dit que tu étais aussi douée avec un arc. »



Sa main tremble de ce souffle qu’elle tente de retrouver. Ouverts, ses poumons appellent à l’air. Il lui semble avoir couru un cerf pendant des heures. Cette même impression d’avoir vécu pleinement les derniers moments… Un sourire vif sur ses lèvres, elle se pose aux côtés de Robart. Sa main tente de lisser le brocart mordoré de sa robe. Elle n’avait jamais été soigneuse de ses affaires et il était à déplorer qu’il ne resterait pas grand chose à récupérer du tissu au retour du soleil.



« Que sais-tu de moi Robart Baratheon? »



Ses yeux observent les danseurs reprendre leurs gestes, bien plus lents cette fois. Les musiciens semblent avoir calmé le rythme en cadence aux émois des jeunes époux. Les bras relevés, les femmes ondulent entre leurs cavaliers heureux. Faussement ingénues, elles baissent leurs regards. Les yeux des parents inattentifs, certaines laissent leurs doigts onduler sur la peau adverse. Un jeu qui lui rappelle les feux de joie de Gallowsgrey. Après chaque récolte, on organisait une fête grandiloquente de malice et d’heureux présages. Si les femmes de la Maison n’étaient que tolérée aux premières heures, il était facile d’échapper à la Septa endormie par le mauvais vin. Sous la garde d’Elliott, les trois petites demoiselles Trant s’échappaient pour s’allonger entre les fourrés. Leurs mentons dans leurs grasses paumes, elles dévoraient des yeux le spectacle enchanteur de ces veillées adultes. Les sens des gens civilisés semblaient appartenir à un monde lointain, un monde dans lequel ils étaient restés. Les chevilles des femmes se laissaient apercevoir, pour le plus grand bonheur de l’héritier. Un tourbillon leste presque paillard. Concupiscents, les corps se mouvaient en des ombres jusqu’alors inconnues. Un appel à la nuit, mystique et velouté. 



« Je me suis laissé emporter, tout à l’heure. Si je t’ai causé de l’embarras, j’en suis désolé, ça ne se reproduira pas. Tu as ma promesse. »



Un regard furtif vers son époux et elle recueille en silence le vin de sa coupe. Les arômes du vin avait du commencer à prendre en gage une certaine partie de son corps. Ses jambes étaient plus lourdes, tout comme ses lèvres plus légères. Elle aurait du refuser ces gorgées supplémentaires qui enivreraient sa bouche d’une exhalaison avinée… mais elle ne pouvait s’empêcher de tenir cette coupe comme on s’appuie sur un roc. Si Theodan se montrait attentif et Robart… étrangement présent, elle n’en demeurait pas moins seule. Livrée à elle même. Joyeux lurons, les riches Orageois festoyaient avec emphase et personne ne lui dictait les gestes à avoir, ou ne pas avoir. Le Seigneur l’avait encouragée à prendre part aux jeux d’ivrognes de son fils, mais cette flèche qu’elle avait logé en plein coeur, était un geste déplacé. Ses lèvres sur les siennes étaient une conduite grossière, plus proche de la courtisane que de la Dame. Pourtant, il lui semblait que les manières de conduites sous le toit des Cerfs étaient différaient bien de celles qu’on avait tenté de lui apprendre. 


« J’ai bien peur d’avoir été gauche en conduisant ton tir… A croire que nous nous sommes tous les deux laissés emporter. »



Elle laisse l’argent de sa coupe s’entrechoquer avec celle de Robb. Elle étrenne leurs breuvages sans réellement en savoir la raison… Elle observe toujours les danseurs dans leurs lentes processions. La musique couvre leurs paroles, personne ne semble faire attention aux épousés. Peut-être est-ce eux, retranchés dans leurs pensées, qui ne font plus attention aux autres… Sans le regarder, elle pouvait sentir les mâchoires de l’héritier contractées, soumises à quelques résignations masculines. Elle ne voulait pas de sa promesse, elle ne voulait pas de sa désolation. Elle voulait continuer de sentir à ses côtés cette puissance jusqu’alors inconnue. Quelques heures plus tôt quand elle avait posé son regard sur lui, bien des choses s’étaient effondrées. Elle s’était attendue à voir un homme hirsute et monstrueux. Elle avait passé des nuits à torturer son visage, trop orgueilleuse, dédaignant un des héritiers les plus puissants de Sept Couronnes. Elle se rendait compte qu’il y avait eu quelque chose de rassurant dans son mépris pour lui. Ce mépris… comme si de cette façon aucun homme n’aurait pu la ravir de ses terres.



« Je ne vivais que pour avoir les mêmes privilèges que mon frère. J’étais le cauchemar de ma mère et le sourire de mon père. Cadet d’une maison sans grande importance pour l’ost, il n’avait aucune espérance de voir marier sa fille autre qu’à un chevalier fieffé. Alors, il me laissait courir à la chasse et fermait les yeux quand je m’échappais pour assister aux leçons de mon frère. Mes soeurs, elles… De leur cru, les mots coulent seuls… C’est comme un besoin intime et intense de parler à voix haute, d’extérioriser. Elle s’était promis de ne pas penser à eux, mais dans les tournoiements de son vin, elle s’oublie. … étaient de parfaites damoiselles. Elles s’évertuaient à plaire à Tess, comme si à elle seule elle avait la clef d’un monde qui ne nous appartenait pas. Moi, c’était différent et demain je battrai tous les nobles à la chasse. »



Demain, elle serait une femme. Demain, à l’Aurore elle aurait été honoré par un homme. Sa mère lui avait formellement dit que jusqu’à ce moment là elle ne devait commettre un seul impair. Au matin, si Robb avait été satisfait d’elle il apposerait son don au douaire maritale. De sa survie dépendait ce don… Nul doute que sa mère serait sous sels si elle avait entendu les paroles effrontées de son ainée. Elle aurait posé sa main sur son coeur gros et lourd avant de laisser ses larmes sauter, énormes. Pauvre femme qui était venue du Val pour voir sa fille gâcher une alliance prestigieuse! Pauvre femme que n'était-elle restée en ses montagnes austères que de donner vie à une ingrate!

Le vin est doux. Le vin est aigre. Il pétille dans son palais de désirs et de mots qu’elle tait. Elle restait là, le corps appuyée sur cette table de chêne. Son bras frôlait presque celui du Baratheon. Leurs corps ne se touchent pas, des instants avant ils avaient été bien plus intimes… Pourtant, elle ne peut s’empêcher de ne pas bouger. Elle ne veut pas briser le charme qui semble s’être posé sur eux. Le moût glisse en elle. Elle ne voulait pas de sa promesse. Elle ne voulait pas de la promesse de son époux. Ses emportements, une partie d’elle les voulait maintenant, sans attendre. Une partie d’elle appelait à devenir femme dans une impatience jusqu’alors inconnue. Chaste et apeurée les autres femmes lui avaient dit, mais elle ne ressentait qu’une brûlure intolérable. Une brulure à assouvir. Ses phalanges blanchissent, elles contiennent toutes les pulsions de sa nature rustique. Elle aspire à se coucher et sentir le corps lourd de cet inconnu sur le sien. Leurs lèvres partagées ont fait naitre des sentiments inhospitaliers. Dangereux, susurrés… un mouvement sec et la coupe résonne sur la table. 

Au garnement sa robe! elle se tourne vivement vers son époux, la piétinant sans égard. Quelques mèches hagardes échappées des royales couronnes tressées, elle toise Robb de tout son soul. Figure champêtre, figure virginale et ingénue. Derrière elle, les invités continuent leurs gestes lents, loin de l’alchimie qui se joue entre eux.



« Cette promesse là, je n’en veux pas. Moi… moi, tu ne m’as pas causé de l’embarras. Ses joues s’empourprent et frémissent sans savoir s’il lui faut fuir ou continuer d’affronter son regard. Alors, elle rit. Elle rit d'un rire franc avant de retrouver tout le sérieux de ses grands yeux noirs. Je dois être victime de quelques sorts païens car… Tu es un fils de l’Orage et je veux que tu t’emportes. »
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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Mer 13 Sep 2017 - 16:01



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore



« Que sais-tu de moi Robart Baratheon? »

Une question qui n’appelait pas vraiment de réponses, ou du moins qui n’en avait pas de bonnes. L’héritier ne connaissait pour ainsi dire rien de son épouse, hormis quelques souvenirs brumeux d’une enfant colérique, et ce qu’on lui avait dit de son lignage. En quelques heures, il avait appris plus de choses sur elle que durant les derniers jours consacrés à la préparation de ce mariage. Alors que les mariages étaient généralement arrangés des mois à l’avance, laissant le temps aux fiancés d’être présentés et de se cotoyer avant leur union, les impératifs de la guerre et de la diplomatie ne leur avaient pas offert cette opportunité. Un paradoxe quelque peu cruel de penser que si dans les faits, le Baratheon connaissait Rohanna depuis son enfance, il ne savait pour ainsi dire rien d’elle, ou presque. Les choses étaient ce qu’elles étaient pourtant, et ils devraient tout deux rattraper ce retard en temps voulu, même s’ils n’auraient que peu de temps, la parenthèse dans la guerre n’attendrait pas leur bon vouloir pour se refermer.

Plutôt que de répéter encore une fois cette évidence, Robb l’écoute lui parler de son enfance, de sa famille. Ceux qu’il avait toujours vu comme les monstres qui avaient déshonoré sa tante prenaient un visage plus humain, rappel nécessaire que toute tragédie comportait toujours deux versions. Les Trant étaient comme tout un chacun en ce monde, avec leurs joies et leurs tristesses, leurs espoirs et leurs peurs. Malgré cela, l’héritier ne peut s’empêcher de sourire à l’image de la scène que son épouse lui dépeint, illustration parfaite de la petite fille aux airs de garçon qu’il avait un jour connue. L’image de sa propre sœur, bien plus semblable à Rohanna qu’on pouvait le penser à première vue lui revient, alors qu’elle insistait pour qu’Edric lui apprenne à manier l’épée. Oriane n’avait pas eu la chance de se voir attribuer autant de libertés, mais elle partageait avec sa nouvelle belle-sœur la même envie d’appartenir à un monde auquel elle n’était pas destinée, de s’échapper du rôle qu’on voulait lui donner. Si elle avait pu être présente aujourd’hui, peut-être Rohanna l’aurait-elle vu elle aussi, peut-être aurait-elle trouvé un quelconque réconfort dans la preuve que Tess et Kyra ne représentaient qu’une facette de l’esprit tempétueux qui gouvernait les vies de la Maison au Cerf. Pour autant, il parviendrait à lui faire comprendre, lui faire accepter qu’elle aurait sa place parmi les Dames d’Accalmie, peu importe ce que les autres pourraient en penser.

Et puis, il y avait cette promesse. Vaincre tous les seigneurs de l’Orage, leurs héritiers, leurs chevaliers présents lors de la grande chasse de la veille. La jeune femme savait manier un arc, elle l’avait prouvé, mais affirmer qu’elle vaincrait toute la noblesse orageoise, férue de la traque et la mise à mort du gibier des grandes forêts de leurs terres était tout autre chose. Là où certains auraient pu voir une marque d’impertinence, Robb ne voyait qu’une façon pour son épouse d’affirmer un peu plus ce qu’elle était réellement. Plus proche des idéaux de sa nouvelle famille qu’elle ne devait le penser, son époux ne pouvait que s’en réjouir : il avait toujours préféré les femmes de caractère aux jeunes filles soumises dont la seule préoccupation était le maintien de la bienséance et de leur image. Parce que si l’attitude que l’on attendait d’une Dame de Cour pouvait s’apprendre, il était impossible de changer sa nature, et le Baratheon choisirait toujours un esprit libre et capable de vivre pleinement à une soumission inconditionnelle.

« Il y aura demain les meilleurs chasseurs de l’Orage, et donc de Westeros. Tu risques d’avoir du mal à y arriver… Mais, tu m’as déjà surpris deux fois, aujourd’hui, alors qui sait ? »

Surpris, il le fut encore lorsque d’un mouvement sec son épouse se tourna vers lui, ses yeux plongés dans les siens avant de prendre la parole :

« Cette promesse là, je n’en veux pas. Moi… moi, tu ne m’as pas causé de l’embarras. Je dois être victime de quelques sorts païens car… Tu es un fils de l’Orage et je veux que tu t’emportes. »

Son regard, ses joues rougies, son rire et ces paroles. Il n’en fallut pas plus à l’héritier de l’Orage pour oublier toutes les considérations qui lui occupaient l’esprit quelques instants plus tôt à peine, remplacées par ces pulsions réprimées depuis le début des festivités. S’il attendait le moment fatidique où ils seraient conduits à leur chambre avec l’impatience propre à son genre, il savait faire fi de celle-ci, refusant de se comporter comme un rustre sans la moindre éducation. Celle-ci vacillait pourtant devant cette attitude inattendue de son épouse. Il le savait, les jeunes épouses craignaient cette première nuit autant qu’elles les imaginaient, mais les mots de celle qui se tenait à ses côtés semblaient lui indiquer des choses entièrement différentes. Non, Rohanna était loin d’être comme les autres, c’était certain. Robb commençait seulement à le comprendre vraiment, et plus il se faisait à cette idée, plus il se savait piégé. Comment retourner au commun lorsque l’on connaît l’extraordinaire ? Cette nuit marquerait la fin d’une vie, il le présentait, et le commencement d’une autre. Tout cela ne serait pas qu’un mariage de convenance, pas uniquement la marque tangible d’une volonté à laquelle tous deux avaient du se soumettre. De la politique, de leur soumission, ils créeraient quelque chose de plus grand, de plus fort que tout ce que Robb pouvait imaginer. Impatient qu’il était de connaître ce nouveau commencement, il n’en était pas moins un peu mélancholique de celle qu’il s’apprêtait à quitter. Quelques heures encore, il voulait être celui qui ne serait bientôt plus, ou plus entièrement. Dans un sourire mystérieux, il se penche vers son épouse, et lui murmure doucement à l’oreille :

« Il y a quelque chose que tu dois voir. Ce ne sera pas long... »

A peine a-t-il terminé sa phrase qu’il lui prend doucement le bras pour se diriger vers l’une des portes dérobées de la Grande Salle. Le vin et les chants aidant, on ne leur prête plus grande attention pour l’instant, l’heure du coucher n’étant pas encore venue. Pourtant, d’un geste qu’ils connaissent bien, Robb indique à un de ses compagnons de le couvrir si on devait chercher les mariés, tactique souvent utilisée lorsque l’un d’eux cherchaient à s’isoler discrètement, en bonne compagnie ou non. Rohanna et lui auraient quelques minutes ensemble, sans que personne ne s’en rende compte, Robb en était certain, mais le temps jouait tout de même contre le couple. Une fois hors de vue, le Cerf accéléra le pas, guidant d’une main assurée son épouse à travers les couloirs qui l’ont vu grandir. Accalmie était son foyer, emplie de souvenirs bons ou mauvais, et un jour Rohanna verrait elle aussi dans ces couloirs les miroirs de sa mémoire, qui lui rappelleraient peut-être ce moment.

Sans un mot, il la conduit jusqu’à une grande porte qu’il ouvre, dévoilant les remparts intérieurs de la forteresse, plus hauts que les autres, et au-delà, les forêts et les plaines qui constituaient une partie du domaine des Baratheon. La nuit était tombée depuis un moment déjà, et l’on pouvait voir ça et là des feux de joie autour desquels plusieurs ombres étaient assises, dansaient ou riaient, le peuple fêtant à sa manière l’union de leur héritier. La pluie semblait s’être momentanément calmée, mais les pierres du chemin de ronde luisaient encore d’humidité, laissant planer dans l’air l’odeur douce de la pluie après l’orage. Quelques gardes étaient en poste sur les murs extérieurs, mais ceux sur lesquels ils se trouvaient étaient déserts, aucune nouvelle ne justifiant une garnison trop forte, et les soldats avaient eux aussi besoin de se détendre.

Le Cerf fait quelques pas à l’extérieur, avant de tendre sa main vers la mariée, l’invitant à le suivre. Il parcourt encore quelques mètres, jusqu’à être satisfait de l’endroit. Pendant un moment, Robb observe le paysage, situant les points cardinaux en fonction de l’environnement autour de lui, avant de tendre une main vers ce qui, il en était presque sûr, était l’ouest.

« Tu ne peux pas le voir d’ici, mais Gallowsgrey est dans cette direction. »

Une indication peu utile, Rohanna devait savoir par où elle était arrivée après tout, mais elle permit à l’héritier de chercher ses mots, de pouvoir lui parler à coeur ouvert, loin des yeux et des oreilles indiscrètes de la Salle des banquets, dont même ici on entendait les échos enjoués. Robb s’avance de quelques pas, jusqu’au bord des murailles, et reprend la parole sans la regarder, les yeux tournés vers l’horizon, presque gêné de s’exprimer comme il va le faire, dans cette intimité relative, car après tout, pour la première fois, ils sont seuls.

« Je sais que ce rôle qu’on t’a imposé, tu ne dois pas en vouloir… Tu aspirais à autre chose, une liberté qui doit te faire voir cette union, cet endroit, comme des chaînes qui te retiennent. Mais ces forêts, ces plaines, seront un jour autant les tiennes que les miennes, tout comme chaque endroit où les Baratheon sont maîtres. Tu auras des devoirs, nous auront des devoirs, oui, mais cette vie nouvelle que l’on te donne aujourd’hui t’offre aussi des libertés que tu n’aurais pu avoir nulle part ailleurs.

Ils attendront beaucoup de toi, ils voudront te changer, ils voudront que tu apprennes. Mais tant que tu seras avec moi, tu n’auras pas à cacher qui tu es vraiment. Tant que je serai là, la jeune femme qui veut exceller à la chasse et vivre sa vie comme elle l’entend n’aura pas à s’effacer pour n’être que la future Dame d’Accalmie, et tout ce que l’on attend d’elle. »


L’héritier finit par se tourner à nouveau vers son épouse, prenant sa main dans la sienne, il termine plus bas, en ne quittant pas son visage des yeux. Il ne connaissait presque rien de Rohanna, c'était vrai, mais il refusait qu'elle ne devienne quelqu'un d'autre pour sa satisfaction personnelle. Il voulait la découvrir telle qu'elle était, l'aimer pour ce qu'elle était, pas pour une illusion de satisfaction qui ne pourrait être qu'éphémère.

« Sois toi-même, au moins avec moi. C’est la seule chose qui comptera jamais vraiment à mes yeux. »


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: [FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)   Lun 18 Sep 2017 - 0:07


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”


« Il y a quelque chose que tu dois voir, ce ne sera pas long. »



Sa poigne se referme sur son avant-bras, ses propres mots lui broient encore son bas-ventre qu’il l’entraine dans son sillage. Sans un élan, elle laisse son corps derrière lui se diluer. Elle ne voit pas les regards de connivences échangés. Son regard posé sur la nuque de Robb elle le suit. Leurs pas foulent en vitesse des pavés usés. Combien de couloirs, combien de murs défilent avant qu’une porte lourde s’ouvre? 


Sa main peine à soulever ses lourdes jupes, mais c’est toujours son regard sur le corps de Robb qu’elle gravit les marches. Avait-elle un jour rêvé de faire face à la nuit et aux vents violents du haut de ces remparts? Comme tous les enfants, elle avait entendu parler de cette forteresse imprenable. Quarante mètres sous leurs pieds, se fracassent les vagues. Elles semblent célébrer cette union de leurs enfants. Les gardes ne sont pas là. Sur la plage, au loin, on entend les chants des paysans et serfs alentours. Les flammes de leurs feux créent d’étranges ombres dans cette nuit sans étoiles. 


« Tu ne peux pas le voir d’ici, mais Gallowsgrey est dans cette direction. »



Il s’avance vers cet horizon obscur et invisible. Il s’avance et lui tourne le dos. La mariée dans la somptuosité de ses atours apparaît comme bien fragile. La direction de sa maison, elle ne la regarde pas. L’a-t-elle deviné qu’elle n’y retournera jamais, du moins pas avant que les âges ne la changent en une autre? Sait-elle déjà que cette petite-soeur adorée qu’elle a quitté mourra dans quelques années? Les vagues continuent de venir frapper les murs élancés de la tempétueuse forteresse. Elle est ici à présent. Loin des siens. Sa mâchoire tremble et ses yeux s’emplissent d’une brume inconnue. Elle est ici à présent. Cette force qu’elle respire, cette humidité emplit ses poumons. Ils se soulèvent avec difficulté. Ils quémandent avec force qu’il la regarde. Impétueux ils s’ouvrent plus amplement pour laisser entrer cet air puissant.

« Je sais que ce rôle qu’on t’a imposé, tu ne dois pas en vouloir… Tu aspirais à autre chose, une liberté qui doit te faire voir cette union, cet endroit, comme des chaînes qui te retiennent. Mais ces forêts, ces plaines, seront un jour autant les tiennes que les miennes, tout comme chaque endroit où les Baratheon sont maîtres. Tu auras des devoirs, nous auront des devoirs, oui, mais cette vie nouvelle que l’on te donne aujourd’hui t’offre aussi des libertés que tu n’aurais pu avoir nulle part ailleurs. Ils attendront beaucoup de toi, ils voudront te changer, ils voudront que tu apprennes. Mais tant que tu seras avec moi, tu n’auras pas à cacher qui tu es vraiment. Tant que je serai là, la jeune femme qui veut exceller à la chasse et vivre sa vie comme elle l’entend n’aura pas à s’effacer pour n’être que la future Dame d’Accalmie, et tout ce que l’on attend d’elle. »



Respire. Suis ta voie. Tu auras peur de ce que tu trouveras. Alors, ce sera un long chemin. Ce sera ta propre voie. La liberté, elle l’avait dument voulue, mais elle n’avait jamais été dans l’équation de sa vie. Née pour être mariée, née pour subir le joug d’un époux vieux et les aléas de la vie maritale. Jeune fille. Epouse. Mère. Veuve. Quatre étapes inaliénable à son genre. Elle avait eu beau crier, implorer et prier les dieux, jamais ils ne l’avaient transformée en homme. Robart était jeune, il était riche, il était beau… il était un être plein de possibilités. Bien plus de possibilités qu’aucune perspective espérée. L’enfant était en train de disparaitre, la femme grandissait. Elle emplissait son corps d’une énergie entêtante et angoissante. Cet époux qu’elle avait cru monstre lui offrait une vie de qualité. Une vie pour laquelle elle n’avait probablement pas les épaules, ou du moins pas l’esprit. Son esprit était vif, sauvage et sans frontières. Ce qu’il lui promettait sous les nuages menaçants, pourrait-il l’accepter? 


Alors qu’il aborde à nouveau ses mains, elle s’approche de lui. Ce corps que les Sept lui donnait, peut-être ne serait-il plus dans quelques jours. La chaleur de ces paumes guerrières, ne serait peut-être plus que froideur. Un besoin urgent d’enserrer ses doigts dans les siens et de goutter le temps présent. D’ancrer le temps présent. Biche, ses grands yeux noirs lisent toutes les promesses du futur. Tant qu’il serait là…

« Sois toi-même, au moins avec moi. C’est la seule chose qui comptera jamais vraiment à mes yeux. »



Un éclair pourfend le ciel. Silencieux il illumine furtivement le visage sérieux de Robart. Elle lit dans ses yeux toute la véracité étrange de ces mots. Cette chaleur insupportable lance un nouvel appel. Elle voudrait pouvoir crier ses émotions et ses désirs, mais elle demeure silencieuse. Rohanna non plus ne dit rien, emprisonnée dans ses affolements contradictoires. Les bardes disaient que les sortilèges ne pouvaient pas entrer dans la forteresse des Cerfs, qu'elle avait été construite pour les déjouer. Pourtant, il se jouait ici quelque chose de trop étrange. Une fine pluie tombe du ciel. Elle se dépose sur leurs visages rougis. Un enchantement. Ses phalanges s’enfoncent dans sa peau, il lui fallait sentir un peu plus cette chaleur incroyable. Il lui fallait sentir cette force incroyable qui se dégageait de cet homme. 


« Je les battrai demain. »



Ses commissures s’étirent incertaines avant de laisser échapper un rire susurré. Brusquement elle place les mains de Robb sur son coeur. Il bat si vite, si fort. Il exige tant de la vie! Il quémande tant de la vie! Il pourrait joindre ses mains et recueillir des milliers d’espoirs, des milliers de souvenirs et de soupirs las. Les gouttes coulent doucement sur leurs visages. Fieffés heureux, en cet instant jouvence pourrait venir d’eux. Un soupçon parcoure ses bras, des milliers de soupirs sur sa chair. Un moment se suspens où elle laisse ses yeux jouer dans les siens. Un instant où une nécessité de sentir le poids de l’autre sur soi grandit, un peu plus. Un besoin urgent. Elle ne réfléchit plus, elle ne pense plus. Elle garde seulement ses paumes sur les siennes. On allait venir les arracher l’un à l’autre, séparément ils seraient conduits dans une chambre pour être préparés. Des mains de femmes anonymes allaient la déshabiller et profaner cette hyménée. Un pas de plus et elle n’est qu’à quelques centimètres de son visage. 


« Cette vie nouvelle qu’on me donne aujourd’hui… »



Alors que sa bouche n’est qu’à quelques souffles de la sienne, c’est ses doigts qu’elle baise avec ferveur. Elle laisse son regard dans le sien, ingénue à cette vie de chair. A chaque baiser, elle entrouvre un peu plus ses lèvres jusqu’à ce que l’ivoire de ses dents viennent gouter son épiderme. Combien de femmes avait-il tenu entre ses bras? Cette nuit, combien de femmes défierait-elle? 


« … si tu jures de me revenir, je l’accepte. »



Le merlon arrête le dos Robb, il recueille la lourdeur de leurs sens. Des années qu'il n’a pas glané quelques soupirs d’amants! Il inspire en même temps que tous les éléments qui font de cet endroit une légende. Les cris de quelques femmes et hommes enivrés s’élèvent dans les airs, ils semblent si lointains... Ils semblent appartenir à un monde d’une joie qui ne s’essouffle jamais. Une joie qui pousse les hommes et les femmes à vivre en communion. Corps à corps. Peau contre peau. Alors les chausses de la damoiselle s’élève et c’est elle qui pose ses lèvres contre celles du lord. Elles tremblent, elles ne savent pas quoi faire ses lèvres affolées. Elles hésitent à continuer et à s’écraser un peu plus. Elle hésitent à s’abandonner et se perdre. Elles reculent. Elles se mordent avec âpreté, les mesquines! Elles inspirent, qu’il est douloureux ce désir!

« Ne les laisse pas nous séparer. »





Le tonnerre gronde un peu plus et de son désir transpire un gravité soudaine. Ses mains vestales se détachent pour recueillir l’eau bénite des Sept. Ses doigts dansants dans l’air, chassent tout ce que son éducation lui défend. Elle allait donner son corps de jouvencelle à Robb. Et ses lèvres reprennent leur droit premier et se perdent sur celles du fils de l’Orage. Oui, elle l’aimerait.
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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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[FB] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore (TERMINE)

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