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 [Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: [Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore   Jeu 20 Juil 2017 - 3:26



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

"Ce n'est pas un mariage glorieux, mais c'est un mariage d'honneur. Un jour, tu seras Suzerain, Robart, et tu comprendras que même les plus petites familles, si elles sont offensées, peuvent faire vaciller un trône. Tout cela peut te paraître injuste, mais tu es mon fils, mon héritier, et en tant que tel tu dois me faire confiance, suivre mes directives."

Telles avaient été les dernières paroles du Suzerain de l'Orage, pour cloturer la longue discussion qu'il avait eue avec Robb. Le père et son fils avaient une sorte de code tacite, quand le premier employait si fermement le nom complet du second, cela signifiait que la discussion était close, et qu'aucune négociation n'était permise. C'était le signe d'une décision difficile, qui demandait une obéissance aveugle et sans conditions. Robb avait appris à se soumettre à tout cela, pour le bien de ce qui serait un jour ses Terres. Mais là, il lui était difficile d'accepter le destin que Theodan avait scellé pour lui.

Rohanna Trant


Une femme issue d'une Maison moindre, sans aucune importance à l'échelle politique.

Rohanna Trant

Un garçon manqué, d'après ses souvenirs. Robb avait encore en mémoire cette journée où, tombée de cheval, la fillette l'avait copieusement insulté, uniquement parce qu'il n'avait pas pu s'empêcher de rire devant le ridicule de la situation.

Rohanna Trant

Celle qui, parce que l'honneur des Baratheon ne saurait être entâché par un manque de respect envers un vassal, aussi petit soit-il, s'élèverait bien au delà de ce à quoi elle avait été destinée.


Telles avaient été les pensées de l'héritier d'Accalmie, pendant les semaines qui passèrent entre l'annonce qui lui avait été faite, et la date du mariage. Des semaines tourmentées, mais qui avaient permis au jeune homme de se faire une raison. Il n'était pas Edric, il n'avait pas droit à l'insouciance. Même s'il ne voulait pas de ce mariage, même s'il en avait jadis désiré une autre, il l'accepterait.

Décidé à affronter son destin, Robb était donc entré dans le Septuaire d'Accalmie, engorgé des membres de sa Famille, au premier rang, et des nombreux vassaux de l'Orage venus assister à l'union de leur futur seigneur. Il avait traversé leurs rangs, affronté les regards tantôt compatissants, tantôt outrés de ceux des seigneurs présents qui ne voyaient pas d'un bon oeil un mariage avec une Maison si peu importante. Il adressa un sourire à Kyra, sa mère, dont le visage fermé traduisait toute la frustration de voir son aîné promis à d'autres que les Lannister. A son père, Robb offrit un hôchement de tête entendu. Tout se passerait comme il le fallait, selon ses désirs. Le jeune homme ne ferait pas de vagues.

Le jeune Cerf avait ensuite pris sa place, et avait attendu, solennel, et dans un silence impressionnant pour une salle si remplie, l'arrivée de sa future épouse. Ce furent ses instants qui avaient tout changé. Pour la première fois en 18 ans, il revoyait Rohanna, qui fit son entrée, Tess à sa droite. La présence de la Biche Noire était un gage de la fin du scandale qui liaient malgré eux Trant et Baratheon, ainsi que le début d'une union plus saine. Mais de cela, Robb n'avait rien à faire.

Les yeux rivés sur sa promise, il ne put que constater que l'image qu'il se faisait d'elle était faussée. Rohanna n'était pas une beauté de Cour, même si elle ne pouvait que resplendir, vêtue d'une robe qui avait été commandée aux meilleurs couturiers de l'Orage. Non, elle était d'une beauté toute autre, plus sauvage, plus discrète, mais également autrement plus attrayante pour qui savait la voir. Une beauté issue de l'être dans on ensemble, un corps en accord avec l'âme, et non uniquement des canons esthétiques de leur époque.

Rohanna, calmement, prend sa place. Elle a l'air presque résignée. Robb se souvient que pour elle aussi, cette union n'a rien de vraiment volontaire. Loin de sa Famille, qui ne peut même pas être présente à son mariage. Cette pensée lui arrache une vague d'anxiété, qu'il contient cependant, tandis qu'il couvre ses épaules de la cape Or et Sable, brodée d'un Cerf en fils d'or. Alors que ses mains frôlent le coup de la jeune femme, Robb remarque pour la première fois cette fossette que la fille de Gallowsgrey ne semble pas pouvoir contrôler.

Alors que le Septon lie leur main, tandis que les fiancés prononcent ensemble les voeux consacrés, alors que les vassaux applaudissent le nouveau couple héritier, Robb sait que cette femme, peu importe son origine, peu importe les raisons qui l'ont amenée à lui, cette femme serait celle qu'il aimerait pour le restant de ses jours. Alors, lorsqu'enfin leurs regards se croisent, c'est la joie, pas la résignation ou le devoir qu'elle peut lire dans ses yeux.

Ensemble, ils traversèrent l'allée centrale, des gardes d'honneur ouvrant les portes du Septuaire pour que la foule massée à l'extérieur puisse saluer pour la première fois le couple qui les dirigera un jour. L'héritier croise le regard de Theodan, souriant. Il sait que son fils vient de vivre l'un de ces moments de la vie, où le devoir pourrait bien également concorder avec le bonheur. Sous les ovations, Robb se penche vers sa femme entre deux salut de sa main libre, et lui murmure dans un sourire:

« Bienvenue à Accalmie, Rohanna. »

Rohanna Baratheon

La femme qui était parvenue, sans un effort et en un clin d'oeil, à éclipser Eleneï.



------------------------------------------

Ce fut sous un jour presque ensoleillé que le cortège festif traversa la cour d'Accalmie pour rejoindre la salle des Banquets, l'une des plus vastes des Sept Couronnes, où se déroulerait la fête. Alors qu'ils marchent côte à côte, main dans la main, le jeune Cerf ne peut s'empêcher de s'interroger sur la façon dont sa belle vit cette journée. Déracinée, privée du soutien de sa famille, face à une situation à laquelle elle n'a jamais du être préparée, mariée par devoir à un homme qu'elle -si on en croyait les rumeurs- détestait profondément. En son for intérieur, Robb espérait qu'il ne s'agissait que de rumeurs, qu'elle aussi avait ressenti ce qu'il avait ressenti en la voyant, dans le Septuaire. Tout serait plus facile, tout serait plus agréable.

Pour autant, et même s'il était clair qu'elle n'avait pas l'habitude d'une telle foule réunie en son honneur, Rohanna marchait dignement, elle ne semblait pas malheureuse. Il y avait donc de l'espoir, à moins que la nouvelle Biche ne soit en réalité rompue à l'art de maintenir les apparences. A cette pensée, Robb sourit. Sa fossette lui avait prouvé le contraire, tout à l'heure.

Bien que seules quelques centaines de mètres séparaient le Septuaire de la tour principale, la population entassée là rendit le trajet bien plus lent, et éprouvant que d'habitude, des arrêts étant nécessaires pour saluer, faire l'aumône aux plus démunis, recevoir les voeux du petit peuple. Si bien qu'il fallut presque une heure pour parcourir la distance les séparant des lourdes portes, qui pourtant s'ouvrirent dès leur arrivée, témoignage du travail de précision effectué par les domestiques en charge du maintien de la bonne organisation des festivités.

Alors qu'ils montent ensemble les marches menant aux portes, le cortège attendant aux pieds de ceux-ci, Robb s'autorise enfin à parler à son épouse, sur un ton qu'il veut rassurant et agréable. Qu'elle sache qu'à défaut de sa Famille, elle pouvait compter sur lui pour la soutenir.

«Une fois que nous serons installés, les seigneurs attendront un discours, et probablement quelques mots de vous...»

Curieusement, le jeune seigneur ne se permettait pas de la tutoyer, était-ce une forme de timidité? Ou simplement une barrière qu'il préférait laisser présente, jusqu'à ce qu'elle l'autorise à la franchir? Une façon de laisser à Rohanna un tant soit peu de contrôle dans une situation dont elle était en quelque sorte prisonnière.

«Si vous ne vous en sentez pas la force, prenez ma main, je ferai en sorte que vous puissiez vous interrompre sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte.»

Tout en terminant sa phrase, Robb lui sourit, d'un sourire aussi chaleureux et agréable qu'il le peut. Un sourire sincère, même s'il est le produit de nombreuses années passées à chercher à plaire, souvent avec succès. Il se tourne ensuite vers la salle des Banquets, pour admirer le travail qui avait été effectué durant la nuit, et qui pourtant répondait parfaitement à ce que l'on attendait de la fête du mariage de l'héritier de l'Orage.

Cinq longues tables avaient été réparties dans la large pièce, toutes garnies d'une vaisselle luxueuse, digne du rang de ceux qui y prendraient bientôt place. Aux endroits stratégiques, des serviteurs attendaient déjà pour servir vin ou bière à qui en désirerait. Ca et là, de larges chandelles avaient été installées en prévision de la nuit, et reposaient pour l'instant, éteintes. Enfin, sur l'estrade réservée habituellement au seigneur avait été installée une table plus large que d'habitude, destinée à accueillir la famille Baratheon au grand complet. L'habituel siège de Theodan avait été remplacé par un fauteuil plus large, destiné à accueillir à lui seul les deux jeunes mariés. Comme l'exigeait l'événement, Robb et Rohanna siègeraient donc en tant qu'hôte, à la place du Seigneur de l'Orage, qui se trouverait à la droite directe de son fils. Un honneur dont Robb connaissait l'importance, et la signification.

L'endroit semblait encore endormi, mais bientôt, il résonnerait des cris et des chants de fêtes dignes de la réputation des Baratheon. Aux murs, les blasons de toutes les maisons présentes étaient représentés, entrecoupées de larges bannières aux couleurs de la Maison du Cerf Couronné. Le mur du fond, derrière l'estrade seigneuriale, était toutefois réservé à la bannière principale des Baratheon, et bien plus discrète, une bannière représentant le Pendu des Trant. Elle aurait du être plus grande, bien sûr, mais les Trant étaient dans une forme de disgrâce malgré le mariage de leur fille, et les signes rappelant leur Maison avaient été réduits au minimum pour ne pas les insulter, tout en évitant à la Biche Noire de se remémorer des souvenirs douloureux.

Robb ne ferait pas à Rohanna l'insulte de s'excuser pour ça. Elle n'était certainement pas suffisamment idiote pour ne pas comprendre la situation de sa Famille, et le mentionner ne ferait sans doute que renforcer un malaise qu'elle ressentirait certainement en notant ces détails par elle-même. Il se contenta donc de lui prendre doucement la main, et de lui demander dans un sourire:

«Êtes-vous prête?»

Et même pour Robb, il était impossible de savoir s'il parlait de l'inauguration des célébrations, ou de cette nouvelle vie qu'ils allaient commencer, ensemble.


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie, Terre de l'Orage
MessageSujet: Re: [Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore   Dim 30 Juil 2017 - 23:23


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”

Son demi-ceint d’or grave sur ses reins les Cerfs de sa nouvelle maison. Si il ne lui avait pas tenu la main si fermement, il est probable qu’elle n’aurait jamais su marcher au travers de cette foule en émois. Si richement ornée, sa robe était bien trop lourde pour son corps, et elle penchait légèrement les épaules en avant pour supporter le poids de sa houppelande de plus de cinq pieds de longs. Jamais elle n’avait vu -et encore moins eu en sa possession- une telle richesse de tissage, broderies et orfèvrerie. Il lui avait fallu attendre de voir Robb pour comprendre que plus qu’une robe de noces, c’était un costume. Couleurs et étoffes identiques ; ils étaient l’image d’une union qu’on souhaitait montrer bienheureuse. Il fallait oublier le passé et sous ces airs d’ostentation royale qui aurait pu croire qu’il s’agissait réellement de la fille Trant? Son front légèrement baissé, elle laisse un timide sourire éclore sur ses lèvres formelles. Les cris heureux de cette foule, réjouissent son coeur perdu. Ils réjouissent la fille du petit noble qui n’a pas l’honneur de voir les siens à ses côtés. Depuis le matin où des servantes, supervisées par la Dame d’Accalmie, sont entrées dans sa chambre, elle ne pense plus à eux. Avaient-ils demandé au villageois de jouer de leur mandoline, dansaient-ils pour elle autour d’un grand feu? Victory et Eleana levaient-elles leurs mains vers les Cieux, tournants d’ivresse sans pouvoir s’arrêter pour ce coup du sort heureux? Pleuraient-elles autour du visage fermé de leur père? A quoi bon savoir, elle ne serait plus désormais. Rohanna n’avait pas voulu de cette union, elle avait crié, tapé des pieds les joues gonflées d’orgueil. Elle avait brisé une faïence faute de pouvoir lacérer le visage de son père. Elle avait pleuré… avant de se résigner. Elle était l’aînée, elle montrerait le chemin à ses cadets. Cette union plus qu’inespérée, était aubaine pour les siens. Ses soeurs feraient des mariages, si ce n’est heureux du moins plus prestigieux, et elle rendrait ses parents satisfaits. Après-tout n’était-ce pas le destin d’une fille? Qui s’était-elle cru pour vouloir, exiger plus? 


Les marches qui la mènent à sa nouvelle demeure sont sans fins. Elle ne sait plus si elle doit se concentrer pour ne pas trébucher ou à répondre aux paroles du Lord… son époux. Elle aurait aimé le détester comme elle l’avait tant clamé dans les champs. Elle aurait aimé afficher un menton fier et résigné, figure de dédain pour ce garçon devenu homme. Pourtant, quand elle avait croisé son regard après toutes ces années, ses certitudes s’étaient envolées. Elle ne se souvenait plus de ce qui avait été dit : devant lui, un inconnu auquel elle ne s’attendait pas. Il n’était pas les synonymes de ces souvenirs. Il était quelque chose d’autre, une allure imaginée et espérée. « Ils ne m’impressionnent pas. Tu ne m’impressionnes pas. » Ces mots s’étaient échappés de ses lèvres aussi soudainement qu’elles les avaient pensé. Elle n’avait pas su les retenir comme elle n’avait jamais su retenir ses pensées. Sa bouche s’entrouvre pour ajouter quelque chose, mais elle reste coite et béante devant la salle du banquet. Elle n’avait jamais vu quelque chose d’aussi grand… pourrait-elle réellement parler devant tant de monde?

Ses yeux coulent vers Robart, mais il ne la regarde pas. Il admire comme le Seigneur qu’il est la fastuosité de sa demeure. Une Dame d’Honneur la place sous le dais des Baratheon. A la droite de son époux, elle préside toute la fine fleur de l’Orage et bien plus encore. Incrédule elle tourne sa tête vers Tess qui ne la regarde pas. Elles n’ont pas échangé un seul regard de toute la cérémonie. Elle lui avait offert son bras pour l’accompagner à l’autel, mais il aurait bien pu être celui d’une inconnue. Comment cette Dame avait-elle pu s’acclimater à leur humble château? Elle ne l’avait jamais fait. Rohanna, l’enfant au fond d’elle, le savait. Tant de détails se jouent sous ses yeux qu’il lui faut un temps pour détacher toutes ces vives couleurs et les remettre à leur place. Ce soir, les invités de leur verres d’argent vogueraient à travers le tout Westeros. Le temps de quelques heures, les aînées oublieraient leur jalousie pour se tourner vers leur riche voisin. Les pères oublieraient l’aubaine ratée et les mères arrangeraient de nouvelles promesses de futur. Le monde serait beau. Le monde serait festif. Les musiciens déjà grattent leurs instruments, bientôt la musique s’emparerait, aidée des effluves des vins, de leurs sens.

Les doigts de Robb se glissent délicatement sous sa paume. Etes-vous prête?Non, je ne le serai jamais. Nous le savons tous les deux, cette parade ne pourra étouffer qui je suis. Sauvage j’appartiens à mes terres et non à ces fastes. S’il n’y avait eu aucune méchanceté dans ces paroles précédentes, Rohanna ne pu s’empêcher de trembler légèrement. Elle ferait des efforts, elle essaierait de faire bonne figure. Elle retiendrait tous les détails, mêmes les menus, pour Eléana. Elle lui écrirait dès demain pour lui mimer les singeries de ces grands nobles auxquels désormais elle appartenait.

« Je le suis. Parlaient-ils de ces prochaines heures ou de leurs prochaines années? Si Rohanna n’avait pas accepté cette union, elle n’était pas assez sotte pour imaginer que Robart avait été ravi de cette annonce. On le disait épris de la belle Lannister et il tenait à son bras une provinciale sans éclat. Il avait du lutter de toutes ses forces contre ce jour, pourtant il était là. Altier, l’allure assurée et déterminée. Un sourire sensible fait onduler ses lèvres comme si ses paroles pouvaient-être sincères. Prenant appui en lui, elle se relève pour affronter ce qui était désormais sa destinée. Ces nobles ne l’impressionnaient pas, elle n’avait jamais vécu pour leur monde de brocart et de règles. On lui avait insufflé une fureur bien différente. Une fureur de vivre. Une fureur d’aimer. Son âme était bien plus pure que la leur. Elle ne voulait pas de cette place, mais elle était là. Ces milliers d’yeux pouvaient bien la fixer, tenter de la défier : elle ne leur devrait jamais rien. Ses pupilles le regardent avec un sourire à demi esquissé. Je le suis, si tu l'es »


copyright acidbrain
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore   Mer 2 Aoû 2017 - 16:16



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

« Je le suis. Je le suis, si tu l'es »



Ce demi sourire, cette attitude indomptée, Robb ne s’y trompait pas : Si Rohanna n’avait plus les traits de cette petite noble qui tenait plus de la sauvageonne que de la grande dame dix-huit ans plus tôt, elle en avait certainement encore l’esprit, au moins en partie. Comment, sinon, aurait-elle pu lui répondre comme elle l’avait fait, comment pouvait-elle ne pas fléchir et perdre sa contenance devant le faste déployé, la foule noble et populaire qui les avaient escortés jusqu’à la grande salle, la pression même de l’événement. Le jeune homme avait assisté à son lot de mariage, et il n’était pas rare que les mariées s’effacent totalement durant les festivités, devant se faire à l’idée d’une nouvelle position, d’une nouvelle vie. Si toute sa vie, l’héritier avait été préparé et entraîné à l’exercice, il était bien conscient que ce n’était pas le cas de son épouse. Pourtant, elle tenait bon, trouvait même l’énergie de le défier à sa manière. Etait-ce un retour à la réalité, un rappel que cette union tenait plus du mariage forcé que d’autre chose ? Ou un moyen pour la jeune femme de montrer au Cerf qu’elle n’était pas simplement une damoiselle en détresse qui avait besoin de son aide ?

Robb n’en savait rien. A vrai dire, il ne savait rien de celle qui partagerait désormais sa vie. Bien sûr, il était au fait de la Maison à laquelle elle avait appartenu, des liens de celle-ci avec les autres Maisons de l’Orage, fort peu nombreux d’ailleurs, mais de Rohanna, il ne savait rien. Quelques minutes de vie, uniquement, et l’image d’une enfant qui tombe à l’eau. Pour tout cela, Robb se gardait bien de faire des présomptions sur l’état d’esprit de la nouvelle Biche, se contentant de l’espoir, peut-être trop naïf, qu’elle n’était pas aussi opposée à ce mariage qu’il avait cru le comprendre. Il se contente donc de rendre son sourire à sa femme, tandis qu’il aperçoit, du coin de l’oeil, son père approcher, l’air réjoui.


« Ensemble, alors. »


Si la jeune femme avait voulu répondre, elle n’en eut pas le temps, le Suzerain de l’Orage arrivant pour étreindre son fils, le féliciter, lui souhaiter le bonheur. A la manière des Baratheon, l’échange est bruyant, mais aussi honnête. Les manières de la noblesse s’effacent toujours un peu, souvent pendant un instant, lorsqu’on parle de la Maison des maîtres de l’Orage. Theodan se tourne ensuite vers sa bru, qu’il prend dans ses bras de la même manière.

« Les Dieux me donnent une autre fille aujourd’hui. Bienvenue, Rohanna Baratheon ! Je sais que tu t’accoutumeras vite à ton nouveau foyer, à ta nouvelle famille. Et en te voyant, je sais que mes petits fils et petites filles feront à nouveau trembler les murs d’Accalmie ! »


S’ensuivit la danse des invités, tous se pressant autour du couple pour offrir leurs hommages ou leurs vœux de bonheur. Robb prend garde à nommer chacun par leur nom et titre, même quand il s’agit de certains de ses plus vieux amis, dans le cas où Rohanna ne pouvait mettre un nom sur chaque visage qui vient lui souhaiter la réussite de son mariage. Certains, pourtant, se contentent d’une parole polie avant de rejoindre leur place, nobles soucieux de préserver les apparences, mais trop fiers pour masquer leur désapprobation. Sans doutes auraient-ils préféré une alliance plus prestigieuse, qui apporterait stabilité et richesse supplémentaire à l’Orage. Championne de ceux-là, lady Kyra n’adressa même pas la parole à sa belle-fille, se contentant de féliciter froidement son fils. La position de la Dame d’Accalmie n’était un secret pour personne, voir Eleneï Lannister écartée pour une noble qui valait à peine plus que le commun du peuple était pour elle une insulte, une entrave à ses plans, et un grave manque de considération. Tous les serviteurs du château savaient à quel point cette décision avait déchiré le couple suzerain, de longues nuits durant. Imperceptiblement, Robb se rapproche de sa femme face à sa mère. Pour la première fois, il l’affronte du regard, celui du fils dont la mère n’est plus la femme de sa vie. Elle ne le serait plus jamais, et cela Kyra devait le comprendre, et l’accepter. Robb aussi, dans un sens. Une partie de lui se raccroche toujours au souvenir de la mère aimante qu’elle a toujours été, et pas à celle de la rivale qu’elle ne manquerait pas d’être pour Rohanna, pour lui.

Lentement, les nobles prennent leur place dans un patchwork de couleurs impressionnant : Swann, Estremont, Selmy, Caron, Connington, et toutes les autres Maisons de l’Orage, et quelques représentants des autres régions sont assis dans la même pièce, seigneurs, héritiers, fils et filles parlent tous avec entrain tandis que les domestiques remplissent les coupes. Toutes, sauf une, bien entendu. Pourtant, aucune remarque n’est faite dans l’assemblée, du moins pas à voix haute. Aujourd’hui est un jour de réjouissances, inutile de le gâcher par des questions futiles quand on peut en profiter de bien des manières…

Robb finit par rejoindre son large siège, entrainant délicatement Rohanna dans son sillage. Il s’incline devant elle en l’invitant à s’asseoir, tout en affichant un sourire amusé. Elle n’est pas la seule à comprendre l’exagération que peuvent parfois prendre les manières de la haute-noblesse, et elle ne serait pas la seule à s’en amuser aujourd’hui. A peine sont ils assis qu’un jeune page remplit les deux coupes placées devant eux. Dans la salle, les conversations se taisent peu à peu, tandis que tous les regards se tournent vers le nouveau couple héritier d’Accalmie. Les instruments se taisent tandis que Robb se lève, non sans avoir serré une dernière fois la main de Rohanna dans la sienne. Avec toute l’assurance de celui qui a l’habitude d’être écouté, il lève son verre et, d’une voix suffisamment forte et enjouée pour couvrir toute la salle, le jeune Cerf prend la parole :

« Mes Dames, Mes seigneurs ! Tous, vous vous êtes déplacés jusqu’au foyer de ma famille pour célébrer notre union, et peu de mots pourraient traduire l’honneur qui m’est fait là. Quand j’observe cette salle, je vois la fine fleur de l’Orage, fiers représentants de chacune de vos terres. Je vois des hommes et des femmes dévoués à mon père, à notre Maison. Mais plus que tout cela, je vois des familles amies, des compagnons d’arme, je vois ma famille unie à nos cotés, je vois mon père, notre seigneur à tous, qui a dépensé sans compter, pour que vous soyez tous témoins de notre union. Et tout ce que je vois, mes amis, remplit mon coeur de joie et de fierté ! »

Tandis que Robb termine sa phrase presque en criant, une vague d’applaudissements fier explose dans la foule. Les plus expressifs des seigneurs, les amis les plus proches de Robb se laissent aller à crier, que ce soit le nom de leur propre Maison, celui des Baratheon, de Theodan ou de Robb. Le jeune Cerf profite de ce moment de répit pour reporter son attention sur son épouse, il ne peut s’empêcher malgré lui d’afficher un air fier de lui, tout en tendant sa main vers elle en souriant. Alors que les applaudissements commencent à se calmer, le jeune homme reporte son attention vers la salle, et reprend son discours :

« Et pourtant, aujourd’hui, le plaisir de votre présence n’est pas le plus grand qui me soit offert. Aujourd’hui, devant vous tous, devant les Sept, j’ai lié mon existence à celle qui la partagera désormais jusqu’à notre mort. Et alors qu’elle se tient maintenant à mes cotés, je reconnais la sagesse, et la force de cette union. Il m’est désormais évident, et je suis certain qu’à vous tous également, que ce choix qui a été fait, était le meilleur. C’est donc avec joie, fierté, et reconnaissance qu’aujourd’hui, officiellement, je vous demande de saluer comme il se doit Lady Rohanna Baratheon, future Dame d’Accalmie, future Suzeraine de l’Orage ! »

Au même instant, d’une légère impulsion de la main, il invite sa belle à se lever, tandis que les ovations reprennent. Approchant son visage du sien, Robb tente une nouvelle fois de la rassurer, sans doute porté par l’énergie que lui a donné son discours.

« Montre leur qui tu es vraiment, et ils t’aimeront pour ça »


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie, Terre de l'Orage
MessageSujet: Re: [Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore   Ven 11 Aoû 2017 - 23:54


ROHANNA & ROBB
“Un jour puis cent puis mille et des ailes dans les yeux. Fuis la route, suis le fil du soleil dans mes cieux. Les racines ont raison. Hier n'est plus à faire ”

« Les Dieux me donnent une autre fille aujourd’hui. Bienvenue, Rohanna Baratheon ! Je sais que tu t’accoutumeras vite à ton nouveau foyer, à ta nouvelle famille. Et en te voyant, je sais que mes petits fils et petites filles feront à nouveau trembler les murs d’Accalmie ! »

Naturellement autoritaire, la voix de Theodan avait fait sursauter quelques invités -dont sa bru-. C'était la première fois qu'elle voyait son beau-père d'aussi près et elle n'eut pas le temps de plonger dans une révérence qu'il l'avait déjà attirée à elle. Son corps réduit à néant entre les bras du colosse, sa gorge étouffe un râle. Pendant un bref moment c'était comme si elle était cette fille bénie et attendue depuis des années. Jamais elle n'avait connu telle chaleur humaine dans un simple échange, mais ses commissures ne surent s'épanouir. Derrière l'épaule du père, était le regard glacé de la mère. Kyra Lannister. On aurait pu croire qu'elle se rendait à une exécution plutôt qu'un mariage. C'était la personne la plus droite qui lui avait été donnée de voir, tellement rigide qu'on se demandait comment la Lannister pouvait se mouvoir avec grâce et aisance.

Dicté par sa royale aura il disparait tout aussi rapidement, sur ses pas Kyra qui n'a pas adressé un mot à Rohanna. Tout comme Eleneï, sa nièce, dont les yeux brillent d'un rêve anéanti est brisé. Alors que les Lord et leur famille lui étaient présentés, elle n'avait pu détacher son regard de cette femme. Cette femme qui d'après les rumeurs détenait l'amour de son époux, ne l'avait-il pas couronné devant toute la Cour de Westeros sa Reine? Malgré son costume de parade, Rohanna devait bien s'avouer être une pâle figure de comparaison. Tout comme la majorité des personnes dans cette pièce, Loreleï possédait cette allure naturelle qui ne laissait doute sur ses origines de haut lignage. Il y avait en ces gestes la grâce et la volupté d'une vie de grandeurs qui ne faisait que renvoyer l'idée de mésalliance trônant dans les esprits. Si elle s'était promis d'affronter son regard, Rohanna ne su que baisser la tête, s'inclinant presque devant sa rivale. Si elle avait écouté les remontrances maternelles, elle aurait peut-être pu se dresser devant elle... mais elle était cette enfant de la pluie et des bois, devant une lionne elle ne pouvait que s'incliner. Avant de partir de Gallowsgrey, son frère lui avait demandé comment elle réagirait si il la prenait pour maitresse. Elle avait haussé les épaules, alors elle s'en fichait. À présent, une sorte d'envie inconnue de souffler la Lannister grondait sourdement en son ventre.

Une heure avait pu passer quand Robart l'invita à prendre siège à ses côtés. Des centaines de visages qui les regardaient, elle en avait oublié la moitié, si ce n'est plus. Sa famille n'était pas là, ni même ses jeunes sœurs qui n'avaient pourtant rien à voir dans ce funeste conflit. Si elle l'avait acceptée, elle ne s'en était pas réellement rendu compte jusqu'à ce moment. Elle ne connaissait personne, quelques jeunes nobles de son âge qui étaient venus à Gallowsgrey, pas plus. Nul regard à qui se raccrocher quand elle devrait parler, nul ancrage. La seule personne qu'elle connaissait le plus semblait faire un point d'honneur à ne pas croiser son regard. Tess se tenait aussi droite qu'un jeune tronc. Cette tante dont on chuchotait qu'elle avait maudit la lignée de Jehan Trant. Les enfants étaient tous mort-nés et les servantes se plaisaient à dire qu'elle les empoisonnait en guise de revanche contre cette mésalliance. Le soir, Elliott et elle, les écoutaient raconter ces fables monstrueuses qu'ils avaient appris à croire comme tous les enfants croient aux contes de sorcières et de fées. À la mort de son oncle, son père avait clamé assez haut et peut-être trop fort, qu'on ne pouvait être sur qu'elle n'était pas la main meurtrière ; elle avait été chassée, répudiée. Aujourd'hui, Rohanna ne se souvenait plus que d'une femme bien trop belle et bien trop triste. Une femme qui s'était réfugiée dans un sanctuaire duquel on entendait parfois les gémissements et des sanglots étouffés. C'était un mausolée où personne ne s'aventurait et devant lequel les enfants Trant avaient pris l'habitude de courir sur la pointe des pieds.

« Mes Dames, Mes seigneurs ! Tous, vous vous êtes déplacés jusqu’au foyer de ma famille pour célébrer notre union, et peu de mots pourraient traduire l’honneur qui m’est fait là. Quand j’observe cette salle, je vois la fine fleur de l’Orage, fiers représentants de chacune de vos terres. Je vois des hommes et des femmes dévoués à mon père, à notre Maison. Mais plus que tout cela, je vois des familles amies, des compagnons d’arme, je vois ma famille unie à nos cotés, je vois mon père, notre seigneur à tous, qui a dépensé sans compter, pour que vous soyez tous témoins de notre union. Et tout ce que je vois, mes amis, remplit mon coeur de joie et de fierté ! »

Elle était seule. Seule aux côtés de son époux dont la joie et la bonhomie s'était communiquée à l'assistance. En écoutant les acclamations et les remarques lancées à tout va, Rohanna avait l'impression d'assister aux repas d'un hallali et son cœur se gonfla d'une nostalgie nouvelle. Une nostalgie qui devait laisser sur ses joues le sourire heureux du passé. Comme des panneaux boisés de théâtre changeants, les souvenirs valsent dans son esprit. Elle se souvient d'un soir après une grande chasse à Gallowsgrey pour célébrer les épousailles de son oncle, les moqueries de son frère et de son compère, le fils Torth. Ils avaient tellement rit à la vue de la petite Dame en tenue de fille que toute la joie de se voir ainsi parée s'était envolée. Elle avait enfoncée la tête d'Elliott dans sa gamelle et après être montée sur le banc, avait appelé à la révolte de ses compagnes. En un instant la quiétude des enfants avait été troqué par un épisode de mutinerie. Rohanna, en bonne demoiselle, avait tapé du pieds, criant des ordres pour donner une raclée aux garçons. La suite avait été beaucoup moins heureuse, les jumeaux ayant du être séparés pendant un mois avec l'interdiction de prendre des repas en commun.

« Et pourtant, aujourd’hui, le plaisir de votre présence n’est pas le plus grand qui me soit offert. Aujourd’hui, devant vous tous, devant les Sept, j’ai lié mon existence à celle qui la partagera désormais jusqu’à notre mort. Et alors qu’elle se tient maintenant à mes cotés, je reconnais la sagesse, et la force de cette union. Il m’est désormais évident, et je suis certain qu’à vous tous également, que ce choix qui a été fait, était le meilleur. C’est donc avec joie, fierté, et reconnaissance qu’aujourd’hui, officiellement, je vous demande de saluer comme il se doit Lady Rohanna Baratheon, future Dame d’Accalmie, future Suzeraine de l’Orage ! »

Elle sourit encore de ces heureuses pensées quand les invités lèvent leurs verres pour lui porter hommage. A Lady Rohanna ! A Lady Rohanna ! A Lady Rohanna ! Theodan dresse son verre vers elle et lui adresse un sourire encourageant. Un jour ces hommes, ces femmes et leurs enfants seraient ses sujets. Un jour elle se tiendrait à la place de Kyra et regarderait son fils épouser une femme. Ce mariage lui semblait un achèvement, mais il était un commencement. Sa mère lui avait donné mille et une recommandation quand au comment de s'exprimer en public et surtout d'un potentiel discours. Une révérence vaut mieux que des mots empesés avait-elle dit, mais Rohanna n'allait pas leur faire la révérence. Après-tout, elle aussi appartenait à la noblesse de l'Orage, dans son sang coulait ses origines Andales. Ne disait-on pas que c'était la race de l'homme la plus pure et la plus valeureuse?

« Mes seigneurs, je me présente à vous d’une gentilice auréolée, remerciant les Sept qui en voulant unir nos sangs voient promesse de paix et de prospérité. Ce soir, devant cette assemblée, je festoie à ma nouvelle famille. A son tour, elle lève son verre d’or au niveau de son front avant d’y tremper ses lèvres.Je festoie à vous tous afin que ce jour puisse marquer une amitié nouvelle ! »

Si elle avait pu sourire de tout son coeur elle l’aurait fait, mais sa main vient s’écraser dans celle de Robart. Ils l’impressionnaient. Il l’impressionnait. Une révérence vaut mieux que des mots empesés, peut-être aurait-elle du suivre les conseils maternels. Les tablées reprennent ces derniers mots et boivent de bon coeur et l’attention détournée elle se laisse choir sur son fauteuil de chêne. Demain, lors de la chasse, elle se démarquerait. Elle courrait le cerf et les lièvres avec assurance et endurance : elle gagnerait l’admiration de ces futurs sujets. Oui, demain était un autre jour.

« J’ai cru mon coeur imploser. Elle porte des doigts discrets à l’emplacement de son organe qui bat un rythme effréné. Je ne suis pas certaine que vos sujets m’aiment un jour Robart, une étrangère leur serait plus familière. »

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore   Hier à 11:52



La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

« Mes seigneurs, je me présente à vous d’une gentilice auréolée, remerciant les Sept qui en voulant unir nos sangs voient promesse de paix et de prospérité. Ce soir, devant cette assemblée, je festoie à ma nouvelle famille. Je festoie à vous tous afin que ce jour puisse marquer une amitié nouvelle ! »

Rohanna n’avait pas parlé longtemps, mais sa voix n’avait pas fluctué, elle n’avait pas hésité. Le regard tourné vers elle, Robb arborait un sourire à la fois respectueux et amusé. En cet instant, et même si les mots employés par sa femme étaient des plus formels, c’était l’enfant de la mare qu’il voyait. La petite noble qui refusait de s’incliner devant ceux qui la croyaient inférieure. Peut-être ne s’en rendait-elle pas compte, mais en cet instant elle avait passé la première étape dans l’acceptation par cette foule de son nouveau statut. Elle leur avait prouvé qu’elle ne se laisserait pas faire, au minimum. Pourtant, alors qu’elle terminait son discours et portait sa coupe à ses lèvres, la nouvelle Biche lui prit la main et la serra avec une tension qui fit presque sursauter l’héritier, dont l’attention s’était portée sur son propre verre, déjà bien entamé lors du premier tour d’honneur.

Machinalement, le jeune homme se leva au plus près de sa nouvelle épouse. Peu lui importait à l’instant de savoir ce qui avait pu la troubler, malgré sa prestation plus qu’acceptable. Elle avait besoin de lui, et le Cerf avait désormais le devoir de la soutenir dans ses épreuves, un serment qu’il comptait respecter du mieux de ses capacités. Robb en avait envie, également, de la même manière presque instinctive qu’il s’était opposé aux regards glaçants et à l’attitude de sa mère, qu’il aimait et respectait pourtant énormément. A cet instant, Kyra avait été l’ennemie. Mais le devoir seul pouvait-il faire d’une figure maternelle ? Robb seul connaissait la réponse.

« Aux amitiés renouvellées ! »

Reprenant les paroles de Rohanna, le jeune seigneur lui fait écho d’une voix puissante, écho vite répété par Theodan, puis les autres seigneurs et dames présents. Tandis qu’ils boivent, Robb serre doucement la main de la jeune femme à ses cotés, avant qu’ils ne se rassoient.

A partir de maintenant, je serai toujours là.

Une autre promesse, faite à lui-même, silencieusement. Alors que la musique reprend, et que chacun semble tenter de retrouver le cours de sa conversation avec son voisin, et partout les domestiques remplissent les coupes. A ses cotés, Rohanna semble reprendre son souffle, et peut-être ses esprits alors que l’attention générale les quitte peu à peu.

« J’ai cru mon coeur imploser… Je ne suis pas certaine que vos sujets m’aiment un jour Robart, une étrangère leur serait plus familière. »

Robb se raidit un peu en entendant ces mots. Etait-ce là une simple formulation, ou un sous-entendu à un problème que le jeune homme ne s’était que trop peu préparé à affronter ? Il avait vu le regard glacé que Rohanna et Eleneï s’était échangé, avant que la première ne baisse les yeux, à la satisfaction un peu trop ouverte de la seconde. Après tout, il devait être connu partout dans l’Orage, et sans doute dans d’autres Cours que la Lionne et lui avaient partagé bien plus qu’une simple amourette d’enfance, pourquoi Gallowsgrey devait-elle faire exception ? Et, comment convaincre sa nouvelle épouse que celle que tous voyaient comme la prochaine Dame de l’Orage avant ce mariage n’avait plus d’importance ? Peut-être était-ce là la raison du retour de ce vouvoiement.

« Crois-moi, beaucoup des seigneurs ici préfèrent voir une Orageoise à la place qui est la vôtre plutôt qu’une autre grande famille des terres voisines. Ils finiront par t’aimer, quand ils te connaîtront mieux. Et tu leur a montré que tu pouvais garder la tête froide, pendant la cérémonie et ici. Peu de mariées peuvent en dire autant… Surtout dans ces circonstances.»

A peine avait-il fini sa phrase que Robb regrettait déjà ses paroles. A quoi servait-il de rappeler qu’elle n’était pas là de son plein gré ? D’insinuer que lui non plus ? Pour autant, il espérait qu’elle le contredirait sur ce point, un espoir certes un peu fou, mais qui rendrait tout beaucoup plus facile. Même s’il s’était un instant rembruni, Robb afficha presque tout de suite un sourire en coin, avant d’ajouter :

«Et puis, tu t’en es bien sortie. Un peu formelle, peut-être. J’imagine que grandir près de Tess doit laisser un peu de traces.»

Une erreur, encore. Essayer de détendre l’atmosphère en mentionnant la raison pour laquelle aucun Trant n’était présent dans la salle, la femme que Rohanna devait certainement détester, étant donné les mots du père contre son ex belle-sœur. La raison même pour laquelle elle était actuellement à une place qu’elle semblait ne pas vouloir. Peu familier avec tant d’erreurs dans sa façon de faire, Robb se mura un moment dans un silence, profitant de celui-ci pour détourner le regard vers la foule rassemblée. Même si l’ambiance était à la bonne humeur, il parvenait encore à apercevoir le visage fermé de sa mère, les coups d’oeils emplis de colère d’Eleneï, la jalousie de certaines jeunes nobles. Etait-ce son propre état d’esprit qui attirait son regard vers ces opposants qui semblaient vouloir crier à la face du monde l’erreur de Theodan ? La crainte qu’ils le fassent ? Quoiqu’il ait pu se passer entre l’annonce de son mariage et cet instant, Robb avait d’abord eu le temps de se faire une raison, d’accepter cette union, jusqu’à aujourd’hui, où il s’était pris à penser qu’il pourrait peut-être devenir autre chose que simplement de la politique.

Fort heureusement, il y avait les autres. Son père, ses encouragements du regard, ses conseils. Ses compagnons d’arme aussi, qui de temps en temps lui lançaient un regard amusé en le voyant ainsi se contorsionner pour parvenir à mettre sa femme à l’aise, sans doute pour la première fois voyaient-ils leur ami être tenu en échec par une femme. Chacun à leur façon rappelaient au jeune Cerf qui il était. Son père lui avait répété longtemps ces derniers jours, il ne pouvait espérer partager le reste de sa vie avec une ennemie, et le seul moyen d’éviter cela était de rester honnête, et vrai.

Le plus sérieusement du monde, le jeune homme prit la main de son épouse dans les siennes, et planta son regard dans les siens, avant de prendre la parole, peut-être de façon un peu trop cérémonielle :

«Je sais que les conditions de ce mariage doivent vous sembler moins qu’idéales, et que vous voudriez certainement être ailleurs qu’à cette place. Mais soyez au moins assurée que cet engagement que j’ai pris aujourd’hui sera respecté au plus haut point.»

Nulle autre que toi ne comptera, désormais.

Robb s’était bien gardé de prononcer cette dernière pensée, même s’il la savait empreinte de vérité. Il y avait des choses qu’il valait mieux garder pour soi, au moins pendant un temps.


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[Flashback] La Raison cache parfois un Coeur qui s'ignore

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