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 (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Mar 25 Juil - 12:13




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie
Le voyage avait été peinible. Non sans raison, car la Route d'Or n'était pas la plus agréable pour voyager en grand apparat, slalomant entre les rocheuses de l'Ouest, les campagnes du Bief et enfin, les petites routes de la Couronne. Le cortège qui était parti de Castral-Roc avait dû faire halte à plusieurs reprises, rendant le trajet plus long encore. Pourtant, on ne comptait que trois chargements. Le carrosse principal, tout d'abord, transportant la suzeraine et sa belle-mère, ainsi que deux servantes devant les assister. Une autre voiture contenait leurs bagages, quant à la troisième, elle renfermait quelques trésors d'artisanat de l'Ouest destinés au nouveau Roi, et glorifiant avec un bel excès le rôle clé joué par les Lions Lannister dans la fin de cette guerre. Au demeurant, la garde rapprochée de la famille fermait la marche. Et pourtant ! Toutes les petites bourgades par lesquelles on était passé s'accordaient pour dire que jamais, depuis le début de la Grande Guerre, on avait vu pareil équipement sur les sentiers du royaume, et nombreux étaient les curieux qui avaient tenté de percer le mystère des doubles rideaux de lin, qui protégeaient les passagères des nuages de poussière provoqués irrémédiablement par les quatre roues lancées à grand galop. A l'intérieur, les deux femmes attendaient la délivrance. « Par les Dieux, ma Fille, je n'en peux plus. Je serai bien aise lorsque nous serons enfin arrivées ! » Johanna ne s'était que peu plainte durant le voyage. A présent, elle estimait sans doute sa patience avait atteint ses limites et jugeait bon de donner enfin son avis. « Moi aussi, ma Mère. Encore un peu de courage, Port-Réal ne devrait plus être très loin... » En effet, d'après le capitaine des gardes, on atteindrait la capitale avant la tombée de la nuit.

Du courage, Alerie en avait à revendre. Non contente d'avoir eu à supporter Johanna pendant deux semaine - la Dame de Fer ne manquant jamais de scruter le moindre défaut de maintien de sa bru - en continu et dans un espace confiné, elle s'était mentalement préparée à se confronter à la Cour. Une perspective qui la terrifiait autant qu'elle l'excitait, la jeune femme ne partant pas sans quelques atouts... En effet, l'année passée à Castral-Roc l'avait métamorphosée. De quasi paysanne, elle était devenue une lady de son rang, sous le mentorat avisé de sa belle-mère qu'elle avait fini par tolérer dans ses leçons. Mais par les Sept, que cet apprentissage avait été long et périlleux ! Dans l'entourage proche de la famille suzeraine, on observait un rien amusé la bataille, à présent silencieuse, des deux femmes pour la tête du Roc. Lady Joahanna avait beau été écartée des affaires par son fils en lui faisant épouser son fidèle mais néanmoins ambitieux vassal, il était difficile pour elle de ne pas garder toujours un œil sur Castral-Roc. Quant à Alerie, les premières douceurs du bonheur conjugal passées, elle était entrée dans une si vive colère contre son époux qu'aujourd'hui encore, les murs de la forteresse résonnaient du souvenir de leur dispute. Après la désillusion de son mariage, elle avait longtemps songé à ne quitter sa chambre que pour celle de son frère... Mais c'était sans compter sur Wendy. Le jeune fille avait réussi à persuader son ainée de faire de son statut de suzeraine un atout ; puisque Garett était persuadé d'avoir fait le mauvais choix, autant lui prouver le contraire ! Et Alerie avait alors entrepris un périple à travers ses nouvelles terres, visité chaque fief important de l'Ouest et surtout, surtout : reçu les doléances venues de Port-Lannis, que les artisans et pêcheurs portaient aux pieds d'une suzeraine qui se montrait étonnement à l'écoute.

Alerie repensait à la visite d'une petite délégation d'orfèvres, lorsqu'elle entendit au loin une corne brume retentir. Bercées malgré elles par le rythme de leur voiture, les passagères étaient plongées dans une sorte d'assoupissement, dont elle furent tirées avec plus ou moins de douceur. Cependant, elles échangèrent un regard presque soulagé, alors qu’au dehors, la voix du capitaine des gardes criait : « Port-Réal est en vue, mes Dames ! » La curiosité naturelle d'Alerie prit alors le dessus. D'un geste vif, elle rabattit les courtines des fenêtres et passa sa tête par la portière. Aussitôt, une odeur nauséabonde emplit ses narines, cependant qu'elle manqua d'étouffer sous une quinte de toux. Des relans d'excréments se mêlaient à une forte odeur de pierre et de chair brûlées, ce qui rendait l'air proprement irrespirable. « Ah, mais c'est infect ! Quelle horreur ! » Sa servante lui tendit, compatissante, un mouchoir de soie embaumant fort la menthe et la violette qu'elle appliqua avec vigueur contre ses narines pour chasser ces effluves. Sous son voile de tulles pourpres, Johanna esquissa un sourire narquois. « Ne vous avais-je pas prévenue ? Voilà pourquoi je tenais à voyager couverte ! » Pour toute réponse, Alerie haussa les épaules. L’accueil olfactif que lui réservait la capitale était si décevant qu'elle lui ôtait du même coup toute envie d'entrer en joute verbale avec la Dame de Fer. Du reste, le spectacle qu'offrait la ville au lendemain de la bataille commandait un silence respectueux. La Mort flottait encore dans l'air, déployant ses ailes depuis les portes de la ville jusqu'aux abords du Donjon Rouge qui émergeait d'un nuage sombre et menaçant, sans que l'on puisse véritablement le dire refuge ou prison. On passait entre les ruelles au pas lent, et les quelques rares habitants qui suivaient l'imposant cortège des yeux ne semblaient être que les ombres d'une cité jadis pleine de vie et prospère. Alerie déglutit péniblement. Elle retrouvait dans ce tableau des images trop familières pour ne pas les rattacher aux propres horreurs qu'elle avait vécues ; pourquoi fallait-il qu'à chaque passage du Lion Doré, ne soit semé que misère et destruction ?

« Ah ! Je crois que mon fils nous envoie une escorte, j'entends des chevaux ! » fit Johanna. En effet, on loin, on pouvait entendre le grondement de sabots fraichement ferrés. Quelques instants plus tard, une demi douzaine de soldats aux armures rouge et or, faces cachées sous d'imposants heaume à tête de lion, encerclaient le cortège tandis qu'une voix tonitruante déclara : « Bienvenue à Port-Réal, lady Alerie ! Monseigneur Garett nous a chargés de vous escorter jusqu'au Donjon Rouge ! » La jeune femme acquiesça, non sans retenir un sourire jubilatoire : le capitaine des Mantaux Rouges s'était adressé à elle, et non à Johanna, ce qui avait naturellement provoqué un grognement boudeur de cette dernière. Et de toute évidence, Garett tenait à ce que son épouse trouve toute sa place à ses côtés. Un geste qui, à défaut de l'émouvoir, chassait pour l'heure les relans de rancune pour ne garder que le sens du devoir. D'autant que l'on approchait rapidement de l'imposant palais royal, que la jeune femme découvrait pour la première fois. Grandiose, à l'image de celui qui l'avait imaginé, et terrifiant, à l'image de celui qui l'avait achevé. La pierre qui donnait son nom à l'édifice luisait, pâle, sous un millier de lumières que l'on allumait une à une. Le soir tombait sur la ville, et depuis les sept tourelles jusqu'aux remparts d'acier, on préparait ses habitants à gagner les intérieurs. Et lorsque l'on franchit l'entrée principale et que le carrosse s'arrêta enfin après avoir fait le tour du Barbican, Alerie eut l'impression de pénétrer dans une ville dans la ville.

Le Barbican était surchargé. Des soldats, principalement Lannister, des pages prêts à mettre les nouvelles venues à leur aise, une délégation de nobles de l'Ouest ayant survécu la bataille et surtout, trônant tel un prince au milieu de sa Cour, Garett. Alors que Johanna descendait la première telle la lionne nourricière qu'elle était, Alerie resta un instant au fond du carrosse et respira profondément. Ils ne s'étaient ni parlé, ni vus, ni même écrit depuis la terrible discorde qui avait du même coup signé l'arrêt de mort de leur bonheur conjugal. Et si la jeune femme ne regrettait pas une seule de ses paroles, elle pouvait difficilement nier qu'elle craignait ce revoir. Cependant, elle savait aussi que du haut de sa grande victoire, le suzerain de l'Ouest allait avoir un choc : Alerie n'était plus la même à bien des égards. Aussi, c'est lentement et avec une grâce d'impératrice que la Dame du Roc accorda sa main au capitaine de sa garde qui, avec une infinie révérence, aidait sa suzeraine à descendre de voiture. Bien que ses habits de voyage ne devaient remplir qu'une fonction pratique, ils étaient d'une rare élégance : un long fourreau pourpre et or boutonné jusqu'au cou, de longues manches kimono d'où seules les petites mains gantées dépassaient, des bottes de voyage d'un cuir de premier choix et surtout, une coiffe compliquée qui dissimulait la masse de ses cheveux blonds sous une sorte de capuche de soie retenue à la tête par deux épingles qui ressemblaient comme deux gouttes d'eau aux diadème des anciennes Reines de l'Ouest. Elle s'avança avec dignité jusqu'à son époux, qu'elle salua d'une impeccable révérence. « Mon Seigneur. Je remercie les Dieux de vous avoir épargné et donné la victoire, et de nous réunir à nouveau. » Il n'y avait aucune émotion dans sa voix, sinon qu'un respect digne des plus nobles épousées. La rancœur avait beau gangréner ce mariage, il n'était pas question d'en faire étalage devant la Cour.

L'agréable surprise qu'elle lu dans les yeux de son époux lui arracha un petit sourire mutin. Une bouffée d’orgueil colora ses joues, cependant que Garett constatait ce que tous, déjà dans l'Ouest, avaient constaté avant lui durant les semaines qui s'étaient écoulées : de suzeraine malgré elle, elle était devenue suzeraine de cœur. Elle avait appris à connaître son pays d'adoption, y trouver le charme qui avait façonné sa mère qui y était née, et peut-être commencé tout doucement à ne faire qu'un avec lui. Johanna Lannister avait beau se targuer d'avoir été à l'origine des prouesses de sa belle-fille, d'avoir dompté la sauvageonne arrivée chez elle encore boueuse de ses marécages d'origine - Alerie avait surtout réfléchi. Et le fruit de sa réflexion l'avait amenée jusqu'ici. Cependant, elle ne pu s'empêcher de trembler légèrement lorsqu'il prit sa main pour la relever. « Ma Dame. C'est un plaisir de vous revoir, en particulier ici. Sans doute vos prières nous ont été d'une grande aide. » Elle n'arrivait pas à savoir s'il était sincère ou sarcastique. Mais dû aux circonstances, elle préférait croire qu'il pensait chaque parole prononcée. Car, sous les grands yeux sermonneurs de Wendy, elle avait effectivement prié les Sept pour la victoire rebelle et le retour de son époux. Sa main reposant toujours dans la sienne, Alerie salua ensuite un à un les seigneurs présents - avec lesquels, pour beaucoup, elle associa un souvenir d'une épouse, d'une mère ou d'une sœur restée au fief familial qu'elle avait pu visiter. Aussi, elle donna à chacun de leurs nouvelles, constatant que la surprise de Garett ne cessait de grandir. Mais ce fut elle qui en fut saisie lorsque Garett s'arrêta devant le seul couple présent : un couple si parfaitement assorti - malgré la robe visiblement étrangère qu'arborait la jeune fille - qu'elle reconnu, avant même qu'il ne prononce son nom, les jumeaux Tarbeck.

« Lord Doran, Lady Allyria. C'est un plaisir pour moi de mettre un visage sur les noms entendus à Château-Tarbeck par votre mère, lady Serra ! » Elle confia sa main à baiser au jeune homme, et adressa un sourire à la jeune fille. Après quoi, Garett la menait en direction des entrailles du Donjon. « J'espère que vous avez fait bon voyage ? » Elle allait lui répondre qu'il avait été aussi bon que ne le pouvait être celui empruntant la Route d'Or, lorsque la voix d'un homme les fit tous deux se retourner. « Lord Garett ! La princesse Rhaenys vous demande ! » Si le ton était poli, la réclamation royale sous-jacente ne souffrait aucun délai. Aussi, s'inclinant sur la main de sa femme sans pour autant en effleurer le gant de ses lèvres, il demanda : « Dame Allyria ! Pourriez-vous vous charger de montrer à Dame ma Mère et Dame Alerie leurs appartements respectifs ? » Et sans plus de considération pour le curieux trio que formaient à présent les trois têtes blondes, suivi l'homme de main en direction de ce qui devait être la Tour de la Main. « Bien ! Lady Allyria, vous avez entendu votre suzerain : montrez-nous ! » Comme à son habitude, Johanna Lannister faisait preuve d'une élégance toute particulière. Trop au fait de ce que ses excès pouvaient parfois en terrifier plus d'un valeureux guerrier, Alerie s'avança vers Allyria pour glisser son bras dans le sien. « En vous remerciant, lady Allyria. Peut-être aurez-vous la gentillesse de pardonner mon excès de curiosité qui meurt d'envie de connaitre l'origine de votre robe : elle est exquise, autant que vous l'êtes dedans ! »


© Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Dim 20 Aoû - 15:04




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie
« Lady Tarbeck ? Lady Tarbeck ?»

Je relevais les yeux lentement, sortant d’une léthargie qui avait sans doute duré de nombreuses minutes. Le Donjon Rouge bruissait d’une activité supérieure à la normale, et en effet, le roi Jaehaerys Ier et la princesse Rhaenys accueilleraient aujourd’hui la délégation de l’Ouest venue rejoindre son suzerain. Cela faisait déjà de longues heures que le convoi était visible dans le lointain, tout de rouge revêtu il avançait lentement mais surement en direction de la capitale. Le mot avait été donné quelques jours auparavant : Lady Johanna Lannister, mère du seigneur du Roc, et Lady Alerie Lannister, suzeraine de l’Ouest, étaient en route pour rendre hommage au nouveau roi.

« Ally ? »

Le jeune homme qui passait la tête dans l’encadrement de la porte arborait les couleurs de la maison Tarbeck avec prestance. Doran avait toujours été un très beau jeune homme, mais ses nouvelles responsabilités de seigneur de Château-Tarbeck l’avaient transformé en un homme magnifique. D’un pas leste il traversa la pièce pour se placer derrière moi, je pouvais voir ses mains se déposer sur mes épaules dans le miroir de la coiffeuse face à laquelle je m’étais assise. Il portait à la main gauche la bague de notre père, arborant pour la première fois le signe de son nouveau rôle. Doran était devenu un des hommes importants de l’Ouest. Je n’avais que trop fréquenté les hommes importants de l’Ouest pour ignorer que le pouvoir les changeait irrémédiablement… Et pourtant, la main qui se déposait contre la peau nue de mes épaules était aussi douce qu’auparavant, autant empreinte de cet amour fraternel inexplicable unissant un frère à sa sœur jumelle.

« Tout va bien se passer… »

Il ne savait rien et pourtant avait tout compris. Il avait vu clair dans l’expression tendue de mon visage, la manière que j’avais eu de faire les cent pas dans nos appartements, les longues promenades solitaires dans le jardin et les longues absences que j’imputais à la fatigue et qui avaient tout à voir avec ce qui était sur le point de se produire. Quelques jours s’étaient écoulés depuis la fameuse nuit qui avait scellé mon destin à celui de Garett Lannister, et je gardais encore le souvenir de sa peau contre la mienne, de sa voix me murmurant qu’il m’aimait. Cela avait été bien plus qu’une union charnelle, qu’une erreur devant les Dieux, pour la première fois nous avions été vrais… pour la première fois je m’étais sentie en phase avec moi-même en présence d’un autre être. La langueur et la douceur du petit matin qui avait suivi ce moment avaient malheureusement pris fin avec l’annonce de l’arrivée prochaine du convoi de la suzeraine de l’Ouest. La réalité. En plein visage. Le rêve avait duré une nuit entière, il avait été plus doux et délectable que jamais, mais à présent la vérité se faisait violente. Garett Lannister était un homme marié, marié à Alerie Piper, cette même femme qui, chemin faisant, se rapprochait à mesure que les heures passaient. On la disait amère et malheureuse dans un mariage qu’elle n’avait pas choisi, mais on la décrivait également comme une très belle femme, une jeune femme digne de la famille suzeraine de l’Ouest et qui s’était montrée plus qu’à la hauteur dans son rôle d’épouse.

Le miroir qui me faisait face me renvoyait une image bien plus nuancée de la jeune femme que j’étais. Un instant je restais là, fixant mon propre regard en essayant d’y déceler quelque chose. La figure qui me faisait face me paraissait presque une véritable inconnue. Long cheveux d’or, des yeux bleus, des traits fins et une robe laissant apparaître de fines épaules à la peau laiteuse. J’avais été la fierté de ma famille, le fleuron d’une puissante famille ouestrienne. Qu’étais-je à présent ? Sans doute aux yeux du monde étais-je restée la même, avec une garde robe fantaisiste et bien trop indécente pour une jeune fille de ma condition. Pourtant je n’étais pas la même. Garett l’avait vu. Il avait compris que ce que nous avions construit comme une amitié sincère était devenu bien plus. Je clignais finalement des yeux lorsque la bouche de Doran venait se déposer sur le haut de mon crâne.

« Tu es magnifique. Tu fais la fierté de notre maison, Allyria. N’en doute jamais, s’il te plait. »

D’un sourire doux il se reculait avant de quitter la pièce pour me laisser finir de me préparer. Me préparer à un jeu de dupe des plus insultants. A peine Garett avait-il délaissé mon lit qu’il me chargeait d’accueillir son épouse et sa mère, de les guider à travers le Donjon Rouge. Sans doute aurais-je été ravie d’être missionnée ainsi, autrefois. Aujourd’hui il ne s’agissait pas de guider ma suzeraine jusqu’à ses appartements, mais bien de regarder dans les yeux la femme que j’avais trahie. Il s’agissait de sourire, de feindre l’honnêteté, alors que je sortais juste des bras de celui qu’elle avait épousé devant les Sept. Sans plus de résistance, je laissais la domestique déposer un lourd collier de pierres précieuses autour de mon cou, coiffer mes cheveux afin qu’ils forment les ondulations parfaites, et encore tant d’autres coquetteries qui semblaient nécessaires pour être présentable face à la suzeraine de l’Ouest.

« Je suis sûre que vous serez parfaite, ma lady. »

Parfaite. Parfaite sur le papier. Parfaite dans mon rôle. Avais-je seulement une autre alternative ? Garett comptait sur moi. Doran comptait sur moi. Ainsi je serai parfaite. Révérence parfaite. Un sourire charmant. Une conversation agréable sans jamais être intrusive. Je me démontrerai une musicienne accomplie et peut-être même irais-je me promener dans les jardins. La définition de la parfaite demoiselle de bonne famille. Malgré moi je riais en réponse à ma servante. Savait-elle seulement à quoi point j’étais loin d’être parfaite ? Voilà que l’on me poussait à nouveau dans ce moule que j’avais tant redouté, ce moule que je ne combattais à présent qu’au travers de robes excentriques… des robes que j’avais adopté comme le symbole de ma féminité acceptée, de ma force, et qu’à présent on trouvait du meilleur goût à la cour. Ma subversion même était devenue une mode. Savait-elle à quel point j’étais imparfaite ? Je n’étais pas une jeune femme discrète et humble, vouée aux Sept et à mon suzerain. J’étais une jeune femme forte, capable de manier le fouet et la dague, montant à cheval comme un homme, indépendante de corps et d’esprit. J’étais de ces femmes de Pentos qui disposent d’elles-mêmes. Voilà ce que j’étais… au fond.

Je relevais les yeux et le reflet de miroir me semblait plus étranger encore que quelques minutes auparavant. Les bijoux de la famille Tarbeck brillaient à mon cou et au sommet de mon crâne, un petit diadème précieux dont l’argent peinait à se mêler à l’or de mes cheveux mais faisait ressortir que la pureté des saphirs. La jeune femme qui me faisait face était sans nul doute parfaite dans son rôle. La définition même de la jeune femme de noble naissance.

« Lady Allyria ? Lord Lannister vous fait dire qu’il est temps… Il vous attend dans l’antichambre. »

Je fermais les yeux un instant et prenais une longue respiration. Si Garett était devant la porte alors je n’avais clairement aucune voie de sortie. Je me levais d’un bond, décidant de ne pas laisser l’angoisse me clouer au sol. Remettant en place les plis de ma robe, je me dirigeais d’un pas assuré vers les portes que j’ouvrais à la volée pour me retrouver face au seigneur de l’Ouest. Nos regards qui se croisaient valaient plus encore que tous les mots du monde.

« Laissez-nous. »

La voix de Garett m’avait fait sursauté tant je ne m’étais pas attendue à l’entendre si tôt, elle claquait dans l’air et faisait fuir les quelques domestiques qui restaient autour de nous. A peine la porte était-elle claquée qu’il se mettait en marche vers moi, ne quittant jamais mon regard et accélérant le pas à mesure qu’il se rapprochait. Je m’étais attendue à ce qu’il me prenne dans ses bras, à ce qu’il m’embrasse, mais au lieu de cela il prenait ma main avec une infinie douceur pour la porter à ses lèvres. Au contact de sa bouche contre ma peau de frissonnais et du fermer les yeux pour ne pas laisser le trouble me prendre toute entière. L’une de ses mains délaissait la mienne et venait se déposer contre ma joue pour la caresser avec une infinie douceur.

« Garett… »
« Je sais… »

Je déposais ma main contre celle qu’il avait déposé sur ma joue, tentant de prolonger ce contact, tentant de le faire pénétrer en moi, de l’amener toujours plus près. Nous allions devoir interrompre rapidement ce moment de pure intimité et entrer dans le monde comme deux étrangers. L’idée de le voir s’éloigner de moi me tordait l’estomac, plus encore l’idée de le voir aux côtés de celle qu’il avait promis d’aimer et protéger devant les Sept. Il allait la traiter en épouse, comme il se devait, et je la traiterai en suzerain. Il me traiterait en étrangère et il serait mon suzerain.

« Je ne suis pas sûre d’être capable de faire ça, Garett. »

Son visage était empreint d’une expression de gravité. Je pouvais voir qu’il ressentait le même trouble, la même culpabilité, je pouvais deviner qu’il était tiraillé au même titre que je l’étais. Tiraillé entre l’envie de n’être que tous les deux, et la nécessité de ne jamais blesser cette femme qui ne faisait que son devoir. Elle ne méritait pas cela. Notre devoir était de nous séparer, nous le savions tous deux. Pourtant nous étions tous deux dans cette pièce, et pour la première fois je me risquais à me rapprocher encore de lui pour déposer mes lèvres contre les siennes. Nous devions nous séparer, mais comment accepter de ne plus voir celui qui s’apparentait à mon oxygène à présent ? Etait-il possible de cesser volontairement de respirer ?

Les coups frappés contre la porte nous firent sursauter tous deux, et nous retrouvions une distance raisonnable sans pour autant nous quitter des yeux.

« Monseigneur, le convoi est sur le point d’arriver. Il est temps. »

Il devait sortir le premier, se précipiter sur les marches d’entrée et rendre hommage à son épouse venue de nos contrées lointaines. Il restait un instant silencieux à mêler son regard au mien, puis sorti à la hâte comme pour ne pas se laisser retenir plus encore.

Alors que je le regardais sortir, je prenais un instant pour retrouver mon souffle, la fenêtre que j’ouvrais me laissait entendre en contre bas l’annonce du convoi et l’enthousiasme de ceux qui l’avaient suivi. Elle était là. Sans un mot je me retournais pour rencontrer le regard de Doran. Il était temps.

Lors que nous arrivions, tout était presque en place, ne manquait plus que la porte ne s’ouvre pour laisser sortir la suzeraine de l’Ouest et lady Johanna Reyne, sa belle-mère. Juste derrière Garett, je tentais de tenir mon regard aussi loin possible de sa nuque, du bas de son dos, de ses boucles blondes qui avaient caressé le bas de mon dos. Le monde est un théâtre.

« Lord Doran, Lady Allyria. C'est un plaisir pour moi de mettre un visage sur les noms entendus à Château-Tarbeck par votre mère, lady Serra ! »

Je plongeais dans une révérence profonde et des plus gracieuses, retrouvant sans encombres les vieux réflexes de ma prime jeunesse. J’évitais malgré moi le regard d’Alerie Lannister, conservant mes yeux fixés sur le sol afin de feindre l’humilité la plus totale. Humilité, ou culpabilité, personne d’autre que moi ne le savait.

« Ma Lady, c’est un honneur et un plaisir, l’Ouest ne pourrait rêver de plus gracieuse ambassadrice. »

Doran était sans aucun doute un parfait courtisan à présent. Je restais silencieuse, laissant le chef de famille faire son devoir et offrir ses respects à sa suzeraine. Sans doute aurais-je du répliquer quelque chose, mais Garett ne m’en laissa pas l’occasion.

« J'espère que vous avez fait bon voyage ? »

A peine avait-il prononcé cette phrase qu’un garde s’approchait à la hâte.

« Lord Garett ! La princesse Rhaenys vous demande ! »

Non. Pas déjà. Je pouvais déjà sentir la panique rosir mes joues. Le regard interloqué de Garett se posait sur moi l’espace d’une seconde… Mon entrevue avec Alerie n’était guère censé débuter si tôt, mais puisque le destin aimait s’amuser…

« Dame Allyria ! Pourriez-vous vous charger de montrer à Dame ma Mère et Dame Alerie leurs appartements respectifs ? »

J’entrouvrais la bouche mais aucun mot n’en sortait. Je pouvais voir le regard de Garett éviter soigneusement le mien, feignant à merveille une expression de hâte.

« Bien ! Lady Allyria, vous avez entendu votre suzerain : montrez-nous ! »

La voix de Johanna Reyne claqua dans les airs, donnant à Garett l’occasion de s’eclipser sans plus d’explications, emportant avec lui mon frère, me laissant seule avec Lady Johanna et Lady Alerie. Johanna n’avait jamais été une femme particulièrement tendre avec moi, sans doute n’avait-elle jamais vraiment accepté l’affection profonde que me portait depuis toujours son père, Godric Lannister. Godric avait plaidé depuis longtemps pour qu’un mariage soit arrangé entre Garett et moi-même, mais s’il avait du se ranger à la décision d’un mariage avec les Tyrell, il avait toujours secrètement affirmé que le second mariage de Garett aurait du se faire parmi les maisons de l’Ouest… Cela, Lady Johanna ne l’avait pas accepté, et elle ne m’avait pas acceptée. J’étais une menace. Sans doute n’avait-elle jamais vraiment mesuré à quel point.

« En vous remerciant, lady Allyria. Peut-être aurez-vous la gentillesse de pardonner mon excès de curiosité qui meurt d'envie de connaitre l'origine de votre robe : elle est exquise, autant que vous l'êtes dedans ! »

Le bras qui se glissait dans le mien était celui d’une jeune femme souriante et douce, un instant je me laissais aller à m’imaginer devenir amie avec Alerie. Etions-nous si différentes après tout ?

« C’est un honneur, ma lady. Vous l’aurez sans doute remarqué j’apprécie tout particulièrement les tenues Pentoshi. Un tissu de Myr et une coupe venue d’Essos, voilà mon secret. »

J’avais murmuré les derniers mots, comme l’on ferait une confidence à une amie, et je me surprenais à rire aux côtés de celle que j’avais tant redouté.

« Votre tenue n’a rien à envier à la mienne, ma Lady, vous êtes la fierté de l’Ouest. »

Je présentais tout d’abord ses appartements à Lady Johanna qui, sans tarder, nous affirmer vouloir se rafraichir et se reposer avant le banquet prévu pour le soir même. Après quelques instants, nous arrivions finalement aux magnifiques appartements des suzerains de l’Ouest. Je respirais profondément afin de pénétrer dans ce lieu que je ne connaissais que trop. L’espace était immense et décoré aux couleurs de la maison Lannister. La chambre de lady Alerie se trouvait sur la gauche, et à notre droite… la chambre du suzerain. Je détournais le regard, car bien trop de souvenirs étaient à présent liés à cette chambre.

« Vous voilà arrivée, ma Lady… vous devez sans doute avoir besoin de repos après un tel voyage. »

Je plongeais à nouveau dans une révérence avant de tourner les talons, la hâte n’était pas visible mais bien présente. Il fallait que je sorte d’ici. Pourtant, je n’étais pas encore proche de la porte que déjà la voix d’Alerie s’élevait…


© Belzébuth
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Alerie Lannister
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■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Lun 21 Aoû - 21:22




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie
Exquise. Il n'y avait pas d'autres mots pour la décrire. Elle portait sa jeunesse comme un diamant, éclatante et rehaussée par cette tenue qui laissait pleinement loisir à l'admirer. A la différence des autres jeunes filles nobles de l'Ouest qu'elle avait eu le loisir de rencontrer lors de ses diverses visites, Allyria ne regardait pas le sol mais droit devant elle ; et si elle n'osait croiser le regard de sa suzeraine, c'était sans doute par contraste, comme une forme de respect. Une franchise qui instantanément, lui plu. Elle était différente, nouvelle, curieuse dans son paysage qui lui était encore si étranger. Pour la première fois, elle avait l'impression de reconnaitre une présence familière. C'était stupide, sans doute, mais l'entretien qu'elle avait eu avec sa mère, Lady Serra, lui donnait le sentiment la connaitre quelque peu. Elle lui avait dépeinte sa fille comme la fierté familiale, et de la manière dont elle en parlait, sans doute son enfant préférée. Elle avait tout de suite était prise d'affection pour cette mère affectueuse, laissée comme tant d'autres à la merci des nouvelles venues du front, priant les Dieux chaque jour pour que lui soient ramenés les siens sains et saufs. Et Lady Tarbeck avait déjà tant souffert de cette guerre ! Elle lui avait raconté comment, successivement, le Guerrier et l’Étranger lui avaient pris l'époux, l'ainé et le cadet. Elle savait les deux derniers fils, Deran et Doran, enrôlés aux côtés de Garett pour le siège de Port-Réal mais si elle avait apperçu le jumeau de la jeune fille à ses côtés, dans la Cour, elle n'avait pas vu d'autre soldat portant le bouclier étoilé de sa famille...

« C’est un honneur, ma lady. Vous l’aurez sans doute remarqué, j’apprécie tout particulièrement les tenues Pentoshi. Un tissu de Myr et une coupe venue d’Essos, voilà mon secret. » Son rire était limpide, rafraichissant. Comme une source claire au bout d'un chemin sec et sinueux, à l'image de celui sur lequel elle avait voyagé, et des quelques semaines restées à l'Ouest avec pour seule compagnie sa cadette Wendy, pieuse et maniérée comme à son habitude, et Johanna qui, sur le même ton qu'elle avait ordonné Allyria, avait passé son temps à chasser sa bru d'une pièce à l'autre et d'un fief au suivant, en trouvant toujours quelque chose à lui redire. Aussi, si leur discussion pouvait paraitre futile, parler chiffons lui soulageait le cœur comme à l'époque où, insouciante, elle galopait à travers les landes des abords de Château-Rosière, les cheveux au vent et dans un galop sans selle. Son rire se joint alors naturellement au sien. « Un secret simple, mais divin ! Me permettrez-vous de le partager ? Il y a trop longtemps que j'arbore les mêmes coutures : la victoire sur le Cruel me semble le moment idéal de dépoussiérer un peu ma triste garde-robe ! » Elle ignora avec un superbe dédain le regard formidablement choqué de sa belle-mère qui, retournée brusquement sur ses dires, manquait d'entrer en collusion avec les deux jeunes filles. L'aversion qu'elle portait à la petite Tarbeck n'était pas, lui, le secret le mieux gardé du Roc : elle lui reprochait du même coup sa proche amitié avec son fils - quand on est une dame de son rang, on ne collude pas allègrement avec les hommes autrement que dans la prospection d'un mariage - et naturellement, sans fantaisies de couturière !

« Votre tenue n’a rien à envier à la mienne, ma Lady, vous êtes la fierté de l’Ouest. » « Cette vieille chose ? Vous êtes trop bonne, lady Allyria. En vérité, j'ai l'impression d'être pleine de crasse, et j'ai hâte de m'en défaire et de plonger dans un bon bain ! » Elle eut un nouveau rire. Décidément, Allryai Tarbeck lui plaisait. Et tandis qu'elle franchissait la porte de ses appartements, la perspective de s'entourer de celle qui avait en plus de tout la qualité trop rare de réduire à blanc les nerfs de sa belle-mère la ravissait plus encore. Cependant, lorsqu'elle passa la double porte de bois finement sculptée, elle lâcha le bras de sa compagne et s'avança à pas précautionneux, la bouche légèrement ouverte et les yeux agars. Ce n'était pas tant le luxe qui régnait dans la pièce qui l'impressionnait ; à bien des égards, celui du Roc égalait, voir même surpassait les grands tapis travaillés, la délicatesse des divers bibelots ou encore, le travail de menuiserie qui avait accouché de la table, de la coiffeuse et de la garde-robe, mais aussi du grand lit à double baldaquin qui trônait contre le mur. Mais ce qui la fascinait, c'était le contraste : le contraste entre la richesse de l'intérieur et la pauvreté du dehors. Le balcon de sa chambre, orné de lierres et de petites roses sur le point de bourgeonner, donnait sur la Baie de la Néra ; en son flanc, la ville - noire de cendres, de pierres calcinées, et de chaire brûlée. D'ailleurs, il n'y avait qu'à se pencher quelque peu sur la balustrade pour que la nauséabonde odeur ne reprenne ses droits sur le délicieux parfum d'encens qui brûlait sur la table. « Ah, quelle cette odeur répugnante... » lâcha-t-elle avec une moue dégoûtée. Elle s'approcha alors de la table pour mieux humer les effluves de chanvre et de citron.

Comme pour faire écho à son souhait de se restaurer, Allyria exécuta alors une parfaite génuflexion. « Vous voilà arrivée, ma Lady… vous devez sans doute avoir besoin de repos après un tel voyage. » Elle allait déjà pour partir qu'Alerie la retint. « Attendez. » Son ton un peu sec contrastait avec la gaieté précédente mais toute occupée à lire un parchemin posé près des encens et d'en assimiler l'information, elle n'avait pas trouvé meilleure manière de le lui demander. « Rien de grave, rassurez-vous, mais ces quelques mots laissés pas mon époux m'informent qu'il vous a nommée au rang de ma nouvelle dame de compagnie ! » D'un mouvement souple, elle se laissa glisser contre le dossier d'une des chaises, la note suzeraine dans sa main droite. Le sourcil froncé, elle parcouru une nouvelle fois l'écriture élégante. Cette nomination était pour le moins imprévue. Il lui avait pourtant promis qu'elle choisirait elle-même ses compagnes ! Brusquement, alors, le souvenir lui revint ; il avait promis, certes, mais avant leur violente altercation. A présent, nul doute qu'il était plus soucieux que jamais d'entourer son épouse de dames issues des plus grandes - et plus fidèles - maisons de l'Ouest. Sans doute par crainte qu'elle n'ourdisse un plan de vengeance à l'insu de tous, et avec la seule complicité de sa trop douce et effacée cadette qu'elle avait d'ores et déjà nommée comme Dame d'Atour ! Elle eut un sourire amusé. Malgré ses efforts, Garett Lannister avait peut-être fait un mal pour un bien. Car s'il était évident qu'elle n'appréciait guère qu'il s’immisce à ce point dans son particulier, la perspective d’accueillir lady Tarbeck en son sein changeait la donne. Et peut-être même la lui donnait-il en présent, pour apaiser les tensions, en devinant que sa jeunesse et son originalité allaient la distraire.

Elle reposa donc le parchemin et, relevant les yeux vers la jeune fille, commençait à se déganter. « La parole du Suzerain ne souffre contestation ! Alors soit, lady Tarbeck : bienvenue parmi mes dames de compagnie. De grâce, ne restez pas debout ! Prenez une chaise et asseyez vous avec moi, je vais faire appeler pour qu'on nous apporte des rafraichissement : je meurs de soif ! » Se saisissant d'une cloche, elle fit tinter ; dans la seconde, un page apparaissait. Elle lui ordonna de servir promptement de l'eau mentholée et quelques mets frais, avant de se laisser reposer contre la chaise, fermant les yeux et soupirant. « Le voyage m'a épuisée... Quelle horreur que cette Route de l'Or ! » Retirant le dernier doigt de son gant gauche, elle les posa sur la table et entreprit de défaire sa coiffe. D'un mouvement souple, ses longues boucles blondes cascadèrent le long de son dos, cependant qu'elle s’atterrait à dégrafer un à un les boutons de son habit de voyage. « Mais j'y pense ! Quand êtes-vous arrivée à Port-Réal ? Reveniez-vous de Penthos ? Mais par les Dieux... » réalisa-t-elle soudain, suspendant son geste, « ne me dites pas que vous étiez présente au siège !? »


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Allyria Tarbeck
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■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Mar 22 Aoû - 13:30




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie

« Un secret simple, mais divin ! Me permettrez-vous de le partager ? Il y a trop longtemps que j'arbore les mêmes coutures : la victoire sur le Cruel me semble le moment idéal de dépoussiérer un peu ma triste garde-robe ! »

Je souriais avec bienveillance, ce n’était pas la première fois que l’on me questionnait sur mes tenues, mais lady Alerie était bien l’une des premières dames à ne pas réprouver ce que bien d’autres estimaient indécent. Je devais pourtant avouer avoir du mal à l’imaginer dans ce type de tenue. Sa beauté classique semblait s’accorder à merveille à la mode de Westeros, lui conférant une prestance toute suzeraine. Sans plus un mot j’acquiesçais de la tête pour lui signaler que je partagerais bien volontiers mes fournisseurs avec elle.

Je m’étais attendue à une dame bien différente de celle qui me faisait face, peut-être même m’étais-je attendue à un traitement semblable à celui que me réservait Lady Johanna. Pourtant, les regards et les attentions de Lady Alerie à mon égard démontraient une réalité toute différente. Elle m’appréciait. Cela pouvait se percevoir dans la proximité qu’elle avait immédiatement instaurée entre nous, dans la franchise de son sourire ou la bienveillance de son regard. J’avais crains que mon secret soit découvert, au moins partiellement, je m’étais attendue à ce qu’elle se méfie de moi, à ce qu’elle soit froide… Je ne m’étais pas attendue à l’apprécier immédiatement autant. Il y avait quelque chose de fort en elle, quelque chose qui me rappelait celle que j’étais au fin fond de mon être, une femme indépendante et forte. J’avais instantanément eu le sentiment de pouvoir être moi-même aux côtés de Lady Alerie. A contrario de toutes les autres dames du royaume, qui attendaient de moi un comportement exemplaire, lady Alerie semblait m’apprécier davantage lorsque je laissais ma spontanéité prendre le dessus.

Malgré cela, je ne pouvais que chercher à fuir cet appartement. Me retrouver entre ces quatre murs en présence de l’épouse de Garett était une insulte bien trop grande. Comment pouvais-je seulement affronter son regard, accepter son amitié et la rechercher même, alors que j’avais embrassé son époux dans la pièce voisine ?

« Attendez. »

Je m’arrêtais soudainement, gardant le dos tourné un instant. Ma main était restée suspendue dans les airs en direction de la poignée, et je fermais les yeux avec force jusqu’à voir des petites lumières au sein de l’obscurité la plus totale. Etait-ce le moment pour elle de me révéler qu’elle était au courant de tout ? Peut-être pouvait-elle même sentir que quelque chose s’était produit ici. Je me retournais finalement pour la confronter, assumer mes actes et accepter l’ire de celle qui était en droit de me haïr. Elle avait parlé en suzeraine, d’un ton sec qui ne souffrait aucune réponse. Son air était indéchiffrable alors qu’elle semblait parcourir une missive, sans doute laissée à son intention. Peut-être Garett avait-il décidé de faire la vérité sur tout cela ? Peut-être avions-nous été vus et le témoin avait-il décidé de dissiper le secret. Toujours est-il que je restais silencieuse, faisant face à la jeune femme, le ventre si noué que j’en ressentais des nausées intenses.

« Rien de grave, rassurez-vous, mais ces quelques mots laissés pas mon époux m'informent qu'il vous a nommée au rang de ma nouvelle dame de compagnie ! »

Ma bouche s’ouvrait sous le coup de la surprise. Dame de compagnie ? Garett avait prévu que je tienne compagnie à son épouse durant ses premières heures au sein du Donjon Rouge, mais jamais il n’avait évoqué le moindre poste permanent auprès de sa femme. La surprise se lisait sans doute sur mes traits, et je pouvais voir la consternation sur ceux d’Alerie. Etait-elle déçue ou en colère de la décision de son époux ? Sans doute aurais-je été contrariée de me voir imposer une jeune femme à mes côtés, sans être consultée par mon propre époux. J’étais partagée entre une certaine satisfaction à l’idée de côtoyer la jeune femme et son époux, un soulagement intense de voir mon secret toujours conservé, et la plus grande des fureurs d’être moi-même mise au pied du mur. Garett s’était-il seulement demandé si sa décision me convenait ? Ne s’était-il pas questionné sur ce que je pouvais ressentir à l’idée de devenir l’amie de celle que nous trahissions ? Ainsi agissait Garett Lannister, maître en son palais et décidé à obtenir ce qu’il souhaitait.

« Ma lady je… »
« La parole du Suzerain ne souffre contestation ! Alors soit, lady Tarbeck : bienvenue parmi mes dames de compagnie. De grâce, ne restez pas debout ! Prenez une chaise et asseyez vous avec moi, je vais faire appeler pour qu'on nous apporte des rafraichissement : je meurs de soif ! »

Il me fallut un instant pour prendre la mesure de ce qui venait de se passer, et je restais debout un court instant malgré son invitation à s’asseoir. Ce n’est que la cloche, qu’elle fit sonner, qui me sortait de ma torpeur et me poussait à prendre place dans l’un des fauteuils situé à ses côtés. Je prenais un instant pour détailler les traits de Lady Alerie. Elle avait sans aucun doute la prestance d’une suzeraine. Je me rappelais vaguement des racontars qui la décrivaient comme une paysanne, une femme de naissance bien trop médiocre pour prétendre au trône du Roc. Et pourtant… Les longs cheveux blonds qu’elle avait coiffés en un chignon travaillé, la finesse de ses traits, son port de tête, tout en elle reflétait une grande distinction.

Je souriais en imaginant les nombreux cours de maintien qu’elle avait du recevoir dans son enfance, nous partagions ce souvenir douloureux. Fixer l’horizon et marcher sans jamais regarder le sol, baisser les épaules et rentrer le ventre, imaginer un fil invisible tirant le sommet de notre crâne vers le ciel… Mon professeur de maintien avait rendu ce fil plus que réel en tirant régulièrement les mèches de cheveux se trouvant sur le haut de ma tête. Il s’agissait de s’asseoir avec prestance, de danser avec la plus grandes des grâces… Je m’étais toujours montrée relativement douée à ce jeu-là, sans doute était-ce pour cela que les Mopatis avaient toujours trouvé mon maintien plus que raide.

Une fois que le serviteur l’eu déposé à mes côtés, je me saisissais de l’une des coupes contenant une eau fraîche et mentholée, et je souriais instantanément… La suzeraine de l’Ouest et moi-même partagions même le goût de l’eau mentholée. Cette habitude me venait de ma jeunesse et s’était amplifiée sous la chaleur de Pentos. L’odeur de la boisson rendait l’atmosphère plus respirable, même si je ne sentais presque plus la pestilence de la ville tant je m’y étais habituée.

« Le voyage m'a épuisée... Quelle horreur que cette Route de l'Or ! »

Petit à petit la suzeraine quittait ses habits de voyage afin de délasser ses muscles après un voyage que je connaissais comme épuisant à bien des égards. La route de l’Or n’était sans doute pas le chemin le plus dangereux mais elle n’était pas une promenade de santé. J’allais répliquer lorsque la suzeraine se redressait d’un bond et s’exclamait.

« Mais j'y pense ! Quand êtes-vous arrivée à Port-Réal ? Reveniez-vous de Pentos ? Mais par les Dieux... ne me dites pas que vous étiez présente au siège !? »

Je prenais une grande respiration et portait la coupe à mes lèvres pour me donner du courage. Il semblait donc que mon séjour à Pentos soit à présent connu de tous, ma mère l’ayant sans doute présenté comme un voyage initiatique des plus glorieux. Comment lui en vouloir au juste ? Qu’aurait-elle pu dire pour expliquer la disparition de sa plus jeune fille ?

« Je suis arrivée durant le siège, ma Lady. Il semblerait que je sois régulièrement au mauvais moment au mauvais endroit. »

Je laissais échapper un petit rire, tentant de dédramatiser la situation.

« Notre navire a été intercepté par les soldats de Maegor, c’est seulement grâce à l’action d’un conseiller du roi que j’ai pu fuir la ville assiégée, et c’est encore par la fruit du hasard que je me suis retrouvée au sein de l’ost de l’Ouest. »

J’avais moi-même du mal à croire que tout cela s’était produit. Je me souvenais encore avec précision de ma fuite hors des murs de la capitale assiégée, de la voix de Garett me sauvant de justesse de la violence de ses gardes, de nos retrouvailles et de la dispute qui s’en était suivie. Je me rappelais de ma fuite et de la colère de Garett, des moyens qu’il avait engagé pour me retrouver, de l’inquiétude qui avait rongé ses traits. Je me rappelais de tout. De beaucoup trop.

« La bataille… »

Je baissais les yeux, tentant de chasser les images sanglantes de ces milliers de corps sans vie, des cris de douleur et de panique de jeunes hommes envoyés à l’abattoir…

« Je… ce fut l’une des choses les plus horribles que j’ai vu de mon existence. On ne comprend pas la guerre tant qu’on ne l’a pas vue… »

J’inspirais un long instant avant de reprendre une gorgée de l’eau mentholée, puis je me levais d’un bond pour aller saisir une carafe de vin apportée par Garett. Remplissant deux coupes je les rapportais avant de me rasseoir et en déposais une aux côtés d’Alerie. Peut-être n’était-elle pas friande de vin, mais s’il me fallait revivre le siège, alors il me faudrait bien plus que de l’eau mentholée.

« Il fallait que je fasse quelque chose, alors j’ai tenté d’aider les Septa à soigner les blessés… Tous ces jeunes hommes… les cris, le sang… Sans doute ces images vont-elles me hanter jusqu’à la fin de mes jours, ma lady. »

Je buvais une gorgée avant de plonger mon regard dans celui d’Alerie.

« Mais si cela était à refaire, je n’hésiterais pas. Les hommes s’imaginent être les seuls à être capables d’endurer la guerre et la violence, mais nous savons très bien que c’est faux. C'est là leur plus grave erreur. »

J’osais un sourire mutin pour faire comprendre à la suzeraine que je l’incluais tout à fait dans le lot de celles qui étaient capables d’endurer la guerre. Nous étions femmes, mais rien au monde ne faisait de nous des êtres faibles.



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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Mer 23 Aoû - 14:20




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie
L'attitude de lady Allyria ne faisait que confirmé sa première impression : dame bien née, sachant respecter les désirs suzerains, elle gardait dans ses airs et sa manière franche de prendre place et de manier la carafe d'eau une indépendance qui répondait à la sienne. Plus les minutes s'écoulaient, et plus Alerie sentait que cette nomination formelle, et sans doute destinée à mieux l'encadrer, éclairerait ses futures journées. Elle avait eu peur de Port-Réal, de la Cour, du Roi et de sa sœur qui risqueraient de toiser avec dédain cette petite noble de cette contrée du Conflans qui avait osé prendre partie pour Maegor Targaryen. Elle ne l'avait jamais avoué devant Johanna, mais rien qu'à y penser, elle en avait des sueurs froides. Sa présentation officielle à la Cour se ferait le lendemain, tôt et en grande pompe, au bras de cet époux qu'elle n'avait pas revu depuis des lunes et dont le souvenir de son humiliation lui brûlait encore la peau. La main qu'elle s'était scarifiée pour sceller dans le sang son vœux de vengeance avait depuis cicatrisé. Mais l'image restait gravée dans sa mémoire. Au milieu de tout cela, la présence de la jeune fille était tel le soleil chassant les nuages après une longue et pénible averse !

« Je suis arrivée durant le siège, ma Lady. Il semblerait que je sois régulièrement au mauvais moment au mauvais endroit. » Son rire mutin se joignit à celui de sa nouvelle maîtresse : elles avaient cela en commun ! Combien de fois s'était-elle enfuie de la surveillance de sa septa pour courir l'aventure, et combien de fois s'était-elle retrouvée dans des situations impossibles ? Trop pour ne pas en garder le souvenir vivant, chantant contre son cœur une mélodie qui doucement, se muait en plainte. Chacun d'eux la ramenait au sourire par trop séduisant de son frère Corvin, féroce force de la nature, la chevelure blonde lui touchant les épaules, flottant au vent dans ses courses à travers les paysages du Conflans. Elle n'avait jamais aimé aucun homme comme elle avait aimé son frère. Il était le plus beau, le plus fort, le plus brave, le plus joyeux. Qui l’appelait affectueusement « ma petite Furie des Eaux », passant ses grandes mains guerrières entre ses longs cheveux blonds, son sourire se muant en baiser protecteur sur son front couvert de boue. Elle avait dû encore trainer quelque part dans un champ, à regarder les paysan drainer les eaux de la Ruffurque pour irriguer leurs maigres récoltes. Souvent, elle mettait la main à la patte, écorchant ses mains aux cordes rêches, ou fauchant à même la terre le petit blé, faute d'outil approprié. On l'avait arrachée à sa terre, mais malgré cela, alors qu'elle buvait de l'eau mentholée d'une coupe en argent, dans un luxueux appartement et en noble compagnie, elle restait encrée dans cette terre qui lui manquait tant...

Prenant une gorgée, Allyria continuait son récit. « Notre navire a été intercepté par les soldats de Maegor, c’est seulement grâce à l’action d’un conseiller du roi que j’ai pu fuir la ville assiégée, et c’est encore par la fruit du hasard que je me suis retrouvée au sein de l’ost de l’Ouest. » Alerie, qui venait de se défaire des derniers boutons de son fourreau de voyage, abandonné aux mains d'une servante qui venait d'apparaitre comme par magie, portait à peine sa propre coupe à ses lèvres qu'elle qu'elle laissa son geste en suspens. Elle dévisagea la jeune fille d'un regard rond, surpris, pour ne pas dire incrédule. « Quoi, vous voulez dire vraiment... Au sein même de l'ost ?! » C'était suffisamment rare, pour ne pas dire exceptionnel, pour le relever. La place d'une noble dame, d'une femme en général, n'était pas dans les camps militaires. Que ce soit pour sa sécurité vitale ou celle qui consistait à la protéger des appétits naturellement éveillés d'hommes rongés par le combat. Elle voulu répliquer mais déjà, le regard de la jeune fille se teintait de douleur et glissait de côté. « La bataille... » murmura-t-elle simplement, mais ce qui eut le don de l’agripper au cœur. Ainsi donc, elle avait vu. Elle avait senti. Elle avait connu. Les souvenirs de l'Horreur masquait son visage d'un voile pâle de mort et de blessure. «Je… ce fut l’une des choses les plus horribles que j’ai vu de mon existence. On ne comprend pas la guerre tant qu’on ne l’a pas vue… » Alerie acquiesça, sans dire un mot. Une boule de bile s'était formée dans sa gorge, et elle déglutissait durement, peinant à la défaire.

Allrya, de son côté, tentait de prendre courage en avalant une nouvelle gorgée, la voix rauque. « Il fallait que je fasse quelque chose, alors j’ai tenté d’aider les Septa à soigner les blessés… Tous ces jeunes hommes… les cris, le sang… Sans doute ces images vont-elles me hanter jusqu’à la fin de mes jours, ma Lady. » Le regard qu'elles échangèrent ensuite valait tous les mots du monde : elles pouvaient y lire la même détermination, le même liant né d'avoir connu toutes deux ce que jamais personne ne devait connaitre. Pas même un homme, armé depuis l'enfance à combattre les maux de la terre, les pires d'entre eux étant ceux nés du sein même de la nature humaine. Qui, autre que l'Homme, dans sa vanité et son orgueil, pouvait invoquer pareille cruauté au nom d'un égoïsme qu'il avait le beau rôle de nommer juste cause ? Depuis leur sein aimant, forgé depuis la nuit des temps à propager amour et protection, les femmes étaient bien plus sages : combattante de paix, elles avaient ce pouvoir trop rare d'empêcher les pires des fautes et de relayer au rang de bêtise les élans trop belliqueux. Mais lorsqu'elle échouaient, alors, le monde courrait au devant de sa perte, certain de rouler dans la folie ceux qui manquaient de leur lumière, de ces mères, filles, ces sœurs dont l'inquiétude n'était égale qu'à leur chagrin quand l’Étranger rappelait loin d'elles les malheureux sacrifiés. « Mais si cela était à refaire, je n’hésiterais pas. Les hommes s’imaginent être les seuls à être capables d’endurer la guerre et la violence, mais nous savons très bien que c’est faux. C'est là leur plus grave erreur. »

Ses paroles faisaient écho à ses pensées. Alors, du fond de son être, Alerie, que le récit de la jeune fille avait ramenée à ce jour fatidique où le sang avait coulé sur ses murs et sur ses terres, murmura : « Ô, je ne le sais que trop... » Sa voix se brisa. Il lui était encore trop difficile de parler du Sac, et encore plus devant des natifs de l'Ouest. Bien qu'elle soupçonnait Allyria d'être plus fine que les autres, elle ne voulait pas s'épancher sur l'horrible sensation de déchirement qui la prenait aux ventre chaque fois que les mots de "guerre" et de "choix" étaient prononcés devant elle. Cependant, elle lui adressa un sourire entendu. « Ils ne l'admettrons jamais, mais nous endurons parfois bien plus en quelques lunes qu'ils ne le feront durant une vie entière. Pour ceux qui empruntent le dernier voyage, il y a une forme de béatitude : ils sont arrachés à l'Horreur, enfin délivrés. Leur mort est bienheureuse, simple ; mais nos vie, à nous qui restons derrière, est plus dure... » D'un geste tendre, et à nouveau que le verbe lui manquait sous la douleur de la perte de son frère et de sa mère, elle prit entre les siennes les mains de lady Allyria. « Je sais exactement ce que vous ressentez, et je sais qu'à votre place, j'aurais agi de même. Si un jour, pour oublier ou pour vous souvenir, pour vous soulager ou simplement parce que vous en ressentez le besoin, commémorez avec moi. »

Elle exerça alors une légère pression sur les doigts de la jeune fille. « D'avantage que mon époux, ce sont les Dieux qui vous ont placée sur mon chemin. Je veux que nous soyons amies, lady Allryria. De bonnes et vraies amies. Qu'en dites-vous ? »


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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Dim 10 Sep - 20:35




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie
« Ô, je ne le sais que trop... »

Je plongeais mon regard dans celui d’Alerie, et encore une fois tout semblait réuni pour nous rapprocher. Cette compréhension qui coulait si facilement entre nous ne semblait être mise en péril par rien au monde. Il y avait chez cette femme quelque chose qui m’attirait irrémédiablement, une volonté de fer, une indépendance ou bien même une force de caractère qui ne pouvaient être ignorées.

« Ils ne l'admettrons jamais, mais nous endurons parfois bien plus en quelques lunes qu'ils ne le feront durant une vie entière. Pour ceux qui empruntent le dernier voyage, il y a une forme de béatitude : ils sont arrachés à l'Horreur, enfin délivrés. Leur mort est bienheureuse, simple ; mais nos vies, à nous qui restons derrière, est plus dure... »

Leur mort. Tant de mort. Combien d’hommes de ma famille avais-je vu mourir ? Il y avait eu Alyn. Mon héros. Le premier homme suscitant une parfaite admiration de ma part. L’aîné de notre famille avait toujours été un héros, un soldat, un homme capable de porter notre famille bien au-delà de son statut le plus glorieux. Alyn était mort en combattant pour ce qu’il estimait être une cause juste : la légitimité d’Aegon Targaryen face à celle de Maegor. Il s’était soulevé lorsqu’aucun autre grand seigneur de ce royaume n’avait osé le faire. Il en était mort. Le suivant avait sans doute laissé moins de douleur derrière lui. Hadrian Tarbeck avait été mon bourreau durant des années, me tourmentant pour le simple plaisir de se savoir en position de force. Mon père avait été le suivant à quitter ce monde, me libérant du fardeau de la culpabilité et levant l’obligation de mon exil… Du moins ce que ma famille imaginait être une obligation. La liste aurait du s’arrêter ici. Ce ne fut pas le cas. Deran venait de tomber sur le champ de bataille, faisant de mon jumeau Doran le nouveau maître légitime de Château-Tarbeck. La famille Tarbeck perdait un deuxième fils dans le combat contre Maegor, dans le combat pour le Targaryen légitime. Une fratrie si nombreuse de laquelle il ne restait que moi et Doran, et notre sœur Melara que notre père avait offert aux Sept.

Les mains douces et chaudes de la suzeraine enserraient les miennes avec une tendresse à laquelle je n’étais plus habituée.

« Je sais exactement ce que vous ressentez, et je sais qu'à votre place, j'aurais agi de même. Si un jour, pour oublier ou pour vous souvenir, pour vous soulager ou simplement parce que vous en ressentez le besoin, commémorez avec moi. »

Elle le savait, évidemment qu’Alerie ne savait que trop la douleur de voir sa famille menacée. Les Lannister avaient mis sa maison à sac, emprisonné son frère, l’avaient mariée de force à leur suzerain… Elle n’avait été qu’un outil dans les desseins d’une famille qui n’était pas même sa suzeraine. Sans doute enviais-je sa place, parce que j’étais tombée éperdument amoureuse de son époux. Seulement je n’enviais pas son mariage ou les conditions de celui-ci. Elle n’avait rien choisi de tout cela, et Garett pouvait être cruel lorsque son tempérament l’y poussait.

« D'avantage que mon époux, ce sont les Dieux qui vous ont placée sur mon chemin. Je veux que nous soyons amies, lady Allyria. De bonnes et vraies amies. Qu'en dites-vous ?»

La petite pression qu’elle avait effectuée m’avait fait relever les yeux vers elle, et les mots qu’elle prononçait alors me troublaient plus que prévu. Elle souhaitait que nous soyons amies… mon cœur me criait déjà que nous l’étions.

Au cours de ma vie je n’avais eu qu’une seule vraie et sincère amitié, celle ci m’avait conduite à Pentos et à vivre certains des jours les plus heureux de mon existence. Taena Drox avait été la meilleure amie qui soit. Le destin nous avait séparées physiquement mais nous continuions inlassablement d’échanger des missives. Tae était repartie à Pentos auprès de sa tante à la demande de sa tante, notamment pour assurer sa protection en ces temps de conflits.

Ally,

Pardonne moi je t’en prie pour le retard de ma réponse, me voilà finalement arrivée à Pentos après un nouveau voyage éreintant. Quelle épreuve que de devoir te laisser au milieu des décombres et des soldats… Si seulement j’avais pu te convaincre de reprendre le bateau à mes côtés.

Daario me parle sans cesse de toi. Ton départ a créé un vide que rien, ni personne, ne semble être capable de combler. Il tentera sans doute de t’écrire… lorsque sa fierté sera apaisée. Il ne le dit pas, mais ton départ l’a tant affecté Ally… Je sais que tu penses à lui également… Pentos te manque, je le sais… Tu sais que la porte te sera à jamais ouverte.

Je dois te laisser, il me reste peu de temps avant l’arrivée de ma mère.

Ecris-moi bien vite,

Taena



La petite missive se trouvait dans mon corsage, reçue le matin même je l’y avais placée à la hâte. Personne ne pouvait comprendre ce que Pentos représentait pour moi. Ce que Taena avait représenté pour moi… Ce que Daario avait représenté pour moi, ce qu’il représentait toujours.

Pour la première fois depuis ma séparation de Taena, j’avais le sentiment d’être en présence d’une femme capable de me comprendre, d’une véritable amie avec qui la confiance pouvait se tisser. La confiance. Je m’apprêtais à construire une amitié, une confiance, sur la base d’un mensonge et d’une traitrise.

« J’aimerais tant être à la hauteur de votre amitié, Lady Alerie. »

Etait-il possible d’admirer et d’apprécier une femme à ce point en si peu de temps ? Etait-il possible de détester cette même femme au même instant ? Elle avait l’homme que j’aimais. Il était à elle dans les faits et cela causait notre séparation. Il ne pouvait être à moi car il était à elle. Et pourtant il avait été mien bien avant d’être sien. Mais voulait-elle seulement qu’il soit son époux ? Evidemment que non. Garett s’était imposé dans son foyer, dans sa vie et en avait fait son épouse pour des raisons encore obscures pour beaucoup. Je me remémorais les mots amers d’un Godric déçu et interloqué à propos du mariage. Lui comme tant d’autres n’avaient pas saisi l’intérêt géopolitique du mariage, ni même l’intérêt personnel de Garett dans cette histoire. Il se liait avec une femme qui le haïssait, se coupait de toute autre alliance géopolitique avec les grandes familles de Westeros, et même se coupait de toute alliance pouvant satisfaire son cœur.

Alerie n’était nullement responsable de cette situation abjecte.

Garett avait fait le choix de créer tout cela.

Garett avait été maître de son destin, et avait décidé d’en faire cela.


« Mon frère Hadrian se plaisait à dire que je n’étais guère faite pour l’amitié. »

La cruauté de mon frère envers moi n’avait jamais été un secret. Tous connaissaient son tempérament sadique et son épouse même n’échappait pas à sa perversité malsaine. Il aimait blesser les gens, il aimait le contrôle et la domination. Sans doute n’était-il guère différent de l’usurpateur Maegor. Dans notre jeunesse, il se murmurait qu’il avait développé une fascination malsaine pour moi, et que me voyant échapper à son contrôle il avait tenté de me briser par tous les moyens possibles et envisageables. Sans doute aurait-il pu y parvenir. Ryman Crakehall avait été le seul à entendre de ma bouche les exactions et autres brimades de mon frère ainé. Je n’avais laissé personne d’autre prendre la mesure de sa cruauté. Et pourtant… le mot s’était propagé.

« Cependant je doute que son avis soit vraiment à considérer. »

Je retrouvais le sourire après de longues minutes à arborer une mine plus que sérieuse.

« Vous devez être bien heureuse de retrouver votre époux. »

Je me rendais compte moi-même de la vacuité de mes paroles… Si nous devions être amies, alors sans doute la franchise devait-elle être de mise.

« Lady Alerie… Je sais que vous n’avez jamais souhaité ce mariage, j’en connais les conditions malgré mon éloignement de Westeros. Cependant Garett est un homme bon… je veux dire Lord Lannister. »

Je reprenais mon souffle. Je l’avais appelé Garett. Cependant je ne devais pas perdre mes esprits, après tout il n’était guère secret que Garett et moi avions grandi ensemble. Cela pouvait tout à fait justifier que je le nomme par son prénom.

« Si je peux faire en sorte que vos jours soient plus heureux malgré tout cela, alors ce sera un honneur. Qui de mieux qu’une enfant de l’Ouest pour vous en faire découvrir les merveilles après tout ? »

Je lui adressais un sourire plein de sincérité et de chaleur. Nous serions amies. Amies. Et peut-être un jour parviendrais-je à m’absoudre du pécher de trahison que je commettais en ce jour.




© Belzébuth
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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    Lun 18 Sep - 16:09




l'Important, c'est d'être en Bonne Compagnie
« J’aimerais tant être à la hauteur de votre amitié, Lady Alerie » C'était dit avec tant de sincérité et tant de volonté ! Pour la première fois depuis longtemps, Alerie avait l'impression de rencontrer un être humain. Jusqu'alors, son voyage hors du Conflans, au delà du domaine de Château-Rosières où tout le monde se connaissait, tout le monde voyait au delà des rangs et des titres, elle n'avait rencontré que des visages nobles, altiers et arrogants, qui la toisaient de haut comme la provinciale étrangère qu'elle était. Ses premières visites auprès de ses nouveaux vassaux avaient beau avoir redoré certains avis a priori négatifs, beaucoup trop encore se plaisaient à la moquer, et cherchaient à pavaner leurs filles au nez du suzerain dans l'espoir qu'il les couvre de faveurs - ou mieux encore : qu'il ne répudie cette fille de rien venue jeter la boue de la mésalliance sur le Lion Doré sur Champ Écarlate ! Et voilà que de nulle part, des cendres d'un monde éteint, des devoirs suzerains se devant d'honorer les familles ayant pour lui versé le sang de l'honneur, une lumière venait l'éclairer. Une lumière au teint de lait, aux cheveux aussi blonds que les siens. Pour un peu, les similitudes physiques auraient pu les faire sœurs ! C'était comme si le Ciel s'était ouvert pour déverser un peu de sa quiétude sur un avenir qu'elle s'imaginait déjà affreusement morne et torturant...

Pour toute réponse, elle avait serré plus fort encore ses doigts entre les siens. Qu'y avait-il d'autre à répondre ? Tout était dit, tout allait commencer. Le Destin les avaient mises sur une même route, et à présent, à elle de la continuer. Aussi, l'évocation fraternelle de Lady Tarbeck n'était pas de taille à ébranler leurs certitudes. « Mon frère Hadrian se plaisait à dire que je n’étais guère faite pour l’amitié. » Alerie eut un rire nerveux. De sa visite à Château-Tarbeck, elle retenait surtout le visage souriant de Lady Serra, un sourire qu'elle retrouvait chez sa fille. De ses fils ainés, elle n'avait fait qu'évoquer leur présence aux côtés de leur suzerain, sans en tracer plus que portrait. Néanmoins, à en juger par l'attitude supérieure de Lady Sonya, épouse d'Hadrian, Alerie ne pouvait que trop s'imaginer ce à quoi une enfance auprès de son époux avait pu ressembler. « Cependant je doute que son avis soit vraiment à considérer. » « J'allais vous en prier ! » lâcha-t-elle alors avec un soupir de soulagement, qu'elle agrémenta aussitôt d'un nouveau sourire. « Je n'irai pas jusqu'à présumer de l'avis de votre ainé et défunt frère mais... Je tâcherai de me faire ma propre opinion sur vous, sans aller chercher ses dires passés. Et ce que je vois, entends et ressens à votre sujet me confortent dans cette attitude ! »

L'atmosphère pesante qui régnait quelque peu dans la pièce à l'évocation de la guerre s'était évaporée et avec le cœur plus léger, Alerie se délesta de ses derniers effets de voyage et bu une grande gorgée d'eau. « Vous devez être bien heureuse de retrouver votre époux. » La surprise des mots de sa compagne manqua de l’étouffer. Laissant son geste en suspend, elle vrilla son regard inexpressif dans celui de la jeune fille, qui d'elle-même, réalisait sans doute ce qu'elle venait de dire. Mais que savait-elle, précisément ? La violente dispute qui avait ébranlé le couple suzerain n'avait été entendue que par Wendy et trois serviteurs. S'il était absurde de penser que sa cadette ait été indiscrète, lequel des domestiques avait eu la langue trop pendue ? Alerie devint alors livide. C'était une chose que de trouver chez Allyria Tarbeck une amie, une toute autre de s'épancher sur sa relation privée avec son époux ! A moins que les trésors de dignité déployés lors de son arrivée n'avaient pas réussi à masquer totalement la profonde haine qui séparait à présent deux jeunes gens jadis unis par l'amour des corps ? « Que je... » commença-t-elle, du fond d'un murmure enroué derrière son verre, cependant que la jeune fille poursuivait le fil de sa pensée. « Lady Alerie… Je sais que vous n’avez jamais souhaité ce mariage, j’en connais les conditions malgré mon éloignement de Westeros. Cependant Garett est un homme bon… je veux dire Lord Lannister. »

Jamais souhaité ce mariage ? Mais qu'était-on aller chercher sur leur compte ?! D'un geste tremblant, mais qu'elle espérait tout de même contenu, Alerie reposa son verre sur la table, dévisageant Allyria sans comprendre. « Si je peux faire en sorte que vos jours soient plus heureux malgré tout cela, alors ce sera un honneur. Qui de mieux qu’une enfant de l’Ouest pour vous en faire découvrir les merveilles après tout ? » « Je vous remercie... Mais... » balbutia-t-elle doucement, détournant brusquement la tête pour ne pas dévoiler de trop les larmes qui commençaient à lui monter. Quelle sotte ! N'avait-elle donc rien appris ? Combien de fois s'était-elle jurée de ne plus jamais laisser rien paraitre dorénavant qu'il s'agirait de Garett ? Et voilà qu'à la première occasion, elle se trahissait ! Qui plus était devant celle qui avait partagé l'enfance de son époux au point de s'y reprendre à deux fois pour l'appeler par son titre ! « Je n'ai jamais voulu ce mariage... » répéta-t-elle, comme à elle-même, se levant soudain de sa chaise, faisant quelque pas tout en triturant les premiers lacets de son corsage. Elle avait du mal à respirer. Ses gestes déviaient, cherchaient sa gorge, ses yeux qu'elle voulu cacher, se dérober à ce regard dans lequel elle s'était tant reconnue et qui à présent, presque, lui faisait peur. Dans le fond, celle-ci n'y pouvait rien. Elle avait simplement mis le doigt sur un état beaucoup trop douloureux car encore trop neuf pour l'avoir complètement digéré.

D'un mouvement brusque, elle se retourna et fit face à Allyria qui n'avait toujours pas quitté sa posture assise. Elle ressentit une brutale envie de pleurer. « Pardonnez-moi... Vous n'y êtes pour rien, et les Dieux seuls savent ce qu'on a pu vous raconter à mon sujet... » fit-elle alors en secouant la tête, portant une main semi tremblante à ses tempes et lâchant un pauvre sourire. « Bien sur que je n'ai pas souhaité ce mariage... Je ne l'ai même pas vu venir ! Comme tout l'Ouest, sans doute ! Qui l'eut cru ! Un Lannister de Castral-Roc et une petite Piper des eaux de la Ruffurque ! Combien de fois a-t-on moqué cette mésalliance les premiers temps de cette union ? » Son rire était haut, nerveux, presque désespéré. Elle sentait un flot de sanglots étreindre sa gorge mais elle se ravisa au dernier moment. Allyria Tarbeck n'avait pas à payer pour la relation dysfonctionnelle qui unissait ses suzerains, et ce sans doute depuis leur première rencontre. Elle se revoyait encore, crachant à la figure de celui qu'elle jugeait responsable de la mort des siens, puis lovée contre son torse dans l'intimité de leur lit. Elle se revoyait encore, seule face à son grand miroir, tandis que Wendy massait son cou encore frappé des marques de demi strangulation de celui qui quelques semaines auparavant, avait juré de la protéger.


© Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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MessageSujet: Re: (FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie    

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(FLASHBACK) L'Important, C'est D'Etre En Bonne Compagnie

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