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 On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.

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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Rougefort, Val d'Arryn.
MessageSujet: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Mar 15 Aoû 2017 - 17:39

i go build an army on my own

Ils les avaient trahi. Une royauté de plus de six mille ans leur avait remis ce qu’ils avaient de plus précieux et ils l’avaient bafouée. Pis, les Targaryen fermaient leurs yeux sur ce qu’ils considéraient calomnie de leur oncle. Maegor mort, la dette était payée. Ils s’étaient donc tournés vers d’autres pour assouvir leurs vils desseins. Le Nord. De leurs griffes, ils arrachaient au Seigneur son épouse pour la marier au roi légitime, son frère. Accepté par le Grand Septon, cet inceste demeurait un outrage supplémentaire. Comme les deux peuples auxquels elle était liée, Catelyn avait ce sentiment d’avoir été lacérée et dépouillée. Un viol de l’âme. Une petite mort. Une offense si grave et tant ignorée que la dette du sang lui semblait la seule solution honorifique...

Dans la lumière de la fin d’après-midi, le corps de Catelyn se détache. Ombre noire et ténébreuse, elle observe la ville qui s’étend des centaines de mètres en dessous. L’air est étouffant. Ses vertes vallées lui manquent. Il lui semble que la quiétude du temps sur les Terres de la Couronne n’ont pour dessein qu’alanguir les Hommes. Nulle occupation que celle de vivre au rythme de préparations du couronnement. Nulle autre futilité que celle de converser des heures durant avec des nobles qui quelques mois plus tôt encore étaient ses ennemis. Les chevaliers qui s’étaient entretués hier, se saluaient courtoisement aujourd’hui. Le bruit des étoffes et de la joaillerie étaient omniprésent, tant tous voulaient rivaliser de magnificence. Jardin miraculeux, le Donjon-Rouge, embaumait les sens de tous. A profusion, la nourriture et l’eau étaient sur les tables et on oubliait les malheureux qui chaque jour nouveau périssaient. Le spectacle était étourdissant. Plus, il fallait l'avouer : il était beau! Si des années auparavant elle aurait imploré son père pour venir ici, ça ne prenait plus. Une certaine lassitude émanait du corps de cette épouse qui se voyait éloigner de son fils.

On dit que l’enfantement enorgueillit l’homme et anoblit la femme. Hors, à l’orgueil qui brille en ses pupilles, c'est le contraire qui prime. Après l’annonce de sa grossesse, Catelyn avait vu ses voeux exaucés. Elle n’avait jamais douté qu’il ne s’agisse d’un garçon, ni qu’ils survivent tous deux à l’accouchement. Elle avait affiché ses rondeurs avec élégance et impérialisme, sachant pertinemment qu’elle nourrissait en son ventre celui que tous attendait. Jalouse, elle l’était devenue encore plus après l'enfantement ne supportant pas que tant d’autres gravitent autour du nourrisson qui n’avait été qu’à elle pendant de nombreux mois. En son coeur rugissait de nouvelles défenses jusqu’alors insoupçonnées. Elle avait pleuré longuement sans savoir pourquoi, persuadée que tous voulaient lui voler ce qui n’était qu’à elle. Avant leur départ, l’enfant avait été confié à la soeur de Jace, Lady Eléana Royce. Il lui manquait à chaque instant, mais son époux lui avait formellement interdit de l’amener jusqu’ici. Parfois, tous deux se regardaient silencieusement et leurs yeux exprimaient les mots qu’ils ne seraient jamais se dire.



« Père écrit que nous avons perdu le trois-quart de la récolte… Sa voix semble lourde et fatiguée et il est très probable qu’il aurait préféré être utile en ses terres plutôt qu’ici. Les nouvelles arrivaient, toujours les mêmes : la grande majorité des récoltes étaient perdues. On ne pouvait continuer de vider les greniers sans être certaine d’affamer une partie de la population. Sous sa tutelle, Catelyn avait décidé d’utiliser une partie de son large douaire pour financer un nouveau type d’agriculture. Coincés entre les montagnes, nombreuses étaient les Maisons qui ne pouvaient cultiver sur leurs terres. Un étranger était venu et par de sages dessins leur avait expliqué que les terrains dénivelés pouvaient être utilisés intelligemment, en terrasses. Les travaux étaient en cours et en attendant… la pénurie était aux portes. Cat? »

Ses doigts glissent sur le marbre pour venir trouver ceux de Jace. Plus que jamais ils avaient besoin l’un de l’autre. La paix était une hypnose que seul un fou aurait cru. « Je veux rentrer chez nous. » Leurs doigts s’enlacent. Depuis qu'ils sont arrivés dans la Capitale, ils ne parlent pas beaucoup. Tous deux ne font confiance à personne, encore moins aux épaisseurs des murs. Leurs phalanges se pressent imperceptiblement. Depuis plus d’une année, le Val était devenu un champs de poudre qui ne demandait qu’à s’embraser. Après le Duel, ils avaient quitté les Eyrié pour ne jamais y revenir, pas même pour célébrer la naissance de leur héritier, seul mâle légitime de la lignée. Catelyn avait pris grand soin de l’imposer auprès des autres Maisons et de leurs Seigneurs respectifs, loin de Martyn et de la Tyrell. Les Valois aimaient la fille du vieux chevalier, qu’ils continuaient d’appeler leur Prince avec un sourire effacé. Le peuple de Rougefort était tout particulièrement fier de voir une véritable Arryn rester sur leurs terres. Petit à petit, loin du perchoir des faucons, une nouvelle force était née. Une force nouvelle qui ne voulait plus subir le joug des autres...


☾ ☾ ☾




Cobalt, la soie ondule autour de son corps comme une onde bienveillante. Elle foule les pavements dans une allégresse déterminée, sur ses pas sa suivante. Catelyn n’était plus le masque de convenance que son éducation royale lui avait imposé. A présent, il n’y aurait plus aucun masque que ceux qu’elles voudraient elle-même revêtir. Revancharde, son front blond auréolé se tient haut et fier. Le Donjon-Rouge était une scène où tôt ou tard tout le monde devait se mettre en scène. Longues avaient été les années, douloureuses avaient les pertes mais Catelyn était prête. On l’avait enfermée dans ses Montagnes, la privant du monde réel. Telle une pierre de Lune trop précieuse, Elbert l’avait jalousement gardé à ses côtés. Il était tant qu’elle devienne elle aussi une pièce de l’échiquier.

Sur les allées luxuriantes des jardins du palais, les deux Valoises marchent anonymes parmi les autres. Un an plus tard, elles restaient toujours des traitres dans l’esprit de certains et Catelyn avait appris à ne pas afficher ses couleurs et son appartenance aux yeux de tous. Déambulant lentement les Bourgeois se côtoient aux grands nobles.


« Jorelle, te souviens-tu de ce que je t’ai dit quand nous avons quitté le Val d’Arryn? »

« L’infaillible nécessite de toujours cacher ses intentions, ma Dame? »



Pour toute réponse, sa maitresse lui sourit énigmatiquement. Elle continue de marcher sur ce même rythme estival. Ce rythme qui laisse croire que la vie est douce et longue... Ce rythme qui laisse croire que la nuit jamais ne revient. 

Alors, ses yeux l’aperçoivent, lui. Le Lannister. Son corps est élancé, gonflé d’une prestance qui ne peut laisser personne indifférent. Seigneur, il évolue parmi les autres en tant que tel sans laisser chance à l’inconnu. Sauf à la femme qui bute soudainement et se rattrape sur son avant-bras. Mouvement si délicat et feutré que nul ne pourrait soupçonner la félonie du geste.

« Je suis confuse… elle relève ses yeux vifs sur le visage de Garett, oh! Veuillez me pardonner monseigneur, je croyais voir un homme et je vois un Lion. »

Laissant sa serre vernaculaire sur son bras, Catelyn fond dans une révérence à la grâce des Cour d’antan. Sa dame d’atour dissimule un sourire, elle avait appris depuis bien longtemps que quand sa maitresse avait quelque chose en tête, nul ne savait de quoi il pouvait relever. 

lumos maxima

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Jeu 17 Aoû 2017 - 13:55

On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.

ft.










Que la Cour avait changé. Un an auparavant, Garett Lannister, Sire du Roc, suzerain et gouverneur des Terres de l’Ouest, avait quitté le Donjon-Rouge, laissant la forteresse royale des Targaryen et la capitale des Sept Couronnes dans un état critique. La guerre s’achevait, Maegor avait été retrouvé vidé de son sang sur le Trone de Fer, et Jaehaerys, quatorze ans, était reconnu comme le seul et unique nouveau souverain. La tyrannie du Cruel s’était achevée selon la devise de sa famille : dans le feu et le sang. Une partie de la ville avait fini calcinée, ainsi que bon nombres d’hommes valeureux. La pire fin qui pouvait être, selon Garett. Il en frissonnait encore. Le jeune Deran Tarbeck, frere de la douce Allyria – son amante – avait péri au cours de la bataille. Il s’était sacrifié pour sauver Jasper Baratheon, finissant dans le torrent d’infernales flammes noires qui jaillissaient de la gueule emplie de crocs acérés de Balerion la Terreur Noire. On avait retrouvé la dépouille incinérée du jeune chevalier avec son armure fondue sur ses restes noircis. Le traumatisme d’une fin aussi violente avant ébranlé toute la maison Tarbeck.

Le jeune homme n’était toutefois qu’un nom parmi la liste interminable de ceux qui étaient morts ou portés disparus. Le plus illustre d’entre eux était celui qui avait porté la révolte, celui qui avait fait de cette rébellion une véritable guerre civile pour destituer Maegor. Theodan Baratheon, suzerain de l’Orage, avait perdu la vie au cours des combats. Une nouvelle fois, la Terreur Noire était en cause. Le deuil avait frappé tous les Rebelles. La victoire avait un gout amer. Elle était acquise, mais à quel prix ?

Désormais, la grande cité fondée par Aegon le Conquérant et ses sœurs Rhaenys et Visenya reprenait la forme qu’elle avait avant-guerre. Puissante, ensoleillée et dynamique. Le Donjon-Rouge s’était paré de ses plus belles bannières noires au dragon tricéphale rouge alors que les seigneurs du continent tout entier arrivaient pour assister à ce qui s’annonçait comme l’évènement de la décennie. Des dizaines de nobles de tout rang étaient déjà arrivés. Les festivités avaient commencé bien avant la moindre cérémonie officielle. Les maisons les plus prestigieuses ou les mieux placées auprès du pouvoir disposaient sans surprise des appartements les plus vastes et luxueux. Mais il était évident qu’il était impossible de loger tout le monde au sein du Donjon-Rouge. On murmurait que même les chambres des serviteurs avaient été réquisitionnées et que certains avaient même fait aménager des cellules des geôles royales. Frénétique était la noblesse de Westeros alors que tous se pressaient sous les arcades de la demeure royale.

En réalité, les différent seigneurs et nobles dames restaient souvent entre représentants de la même région. On se connaissait, on pouvait discuter, on était venu en famille. Difficile, dès lors, d’aller s’adresser à quelqu’un qui était encore quelques mois auparavant un ennemi qu’il aurait fallu tuer. Personne ne se revendiquait d’ailleurs loyaliste de cœur. La plupart arguaient du serment d’allégeance envers leur roi ou leur suzerain. Dans les faits, s’ils s’étaient croisés sur un champ de bataille deux ans auparavant, ils se seraient sans doute étripés. Chose curieuse que la paix, quand on y pensait. Et pourtant, il était difficile de ne pas la chérir. La tourmente de la guerre avait emporté tout Westeros. Ce n’était pas la première fois, ce ne serait certainement pas la dernière. Lorsque les épées étaient brandies dans une région, il ne fallait guère longtemps pour que la scène se reproduise ailleurs. Et ainsi, le continent tout entier s’embrasait. Aujourd’hui, l’incendie était éteint et les braises refroidissaient doucement.

Alors, en attendant qu’elles soient complètement froides, les seigneurs et gentes dames se réunissaient autour de cette personne qui les fédérait tous. La monarchie Targaryen avait cet immense avantage. Tous les anciens royaumes avaient été unifiés au sein d’une seule et même entité. Celui qui détenait le Trône de Fer détenait tous les royaumes. Du Bief au Nord, de l’Ouest au Val. Et cela pouvait être encore plus intéressant que de simplement chercher à agrandir le domaine du Roc. Cela ne serait toutefois pas la mission de Garett. Sa victoire militaire, il l’avait largement transformée en victoire politique. Le Lion avait été associé à l’entente entre Dorne et le Val pour alléger les tensions, et les Lannister avaient encore aujourd’hui influence sur le Conflans. Le Lion était aussi respecté que le Cerf et la paix avait été gagnée. Avec le retour du calme en Westeros, Garett Lannister pouvait désormais se consacrer à sa maison toute entière. Seul restait Tommen, véritable souci de Garett qui n’avait toujours pas réussi à le libérer de sa captivité des Iles de Fer.

Hélas, il n’y avait pas que Tommen. Il y avait tous les habitants des Terres de l’Ouest. Alors que le disque solaire écrasait les sols de ses implacables rayons, les greniers commençaient à se vider. On s’en prenait d’ores et déjà aux réserves d’Hiver. Plusieurs émeutes avaient été signalées dans divers endroit du continent. L’or du Roc avait cet avantage, il était toujours aussi précieux et convoité. Des navires dorniens chargés de légumes et de céréales repartaient avec de précieuses cargaisons aurifères. Il était certain qu’à terme, les caisses de Lancehélion seraient bien plus remplies qu’au début de l’Eté. Cela importait-il vraiment ? Il était le suzerain de ces terres. Les habitants étaient sous sa responsabilité. Le peuple de l’Ouest avait toujours eu l’affection de Garett qui voyait en eux des gens bien pour la plupart, méritant mieux qu’un simple dirigeant. Alerie, notamment, était sincèrement proche d’eux. Alors oui, les Lions du Roc payaient rubis sur l’ongle pour des cargaisons quotidiennes de nourriture en provenance de Dorne et d’Essos, permettant à la région de traverser la période de famine qui s’annonçait.

« Les vois-tu, Garett ? »

La coupante voix de stentor de son grand-père le tira de sa rêverie. Installé devant une fenêtre, les bras croisés dans le dos, le seigneur suzerain Lannister regardait au loin, là ou scintillaient les flots bleus de la Baie de la Néra. Il s’était tenu au même endroit, un peu plus d’un an auparavant, écoutant le rapport de Godric Lannister sur les pertes ouestriennes lors de la bataille de Port-Réal. Un an auparavant, la Baie de la Néra était emplie d’épaves calcinées et brisées, de corps et de voiles déchirées. Un an auparavant gisaient les vestiges de la flotte royale, décimée en quelques heures par la flotte rebelle, elle-même décimée ensuite par les flammes de Balerion. Un an auparavant, les Sept Enfers semblaient s’être ouverts au-dessus de l’estuaire. Un an auparavant, les colonnes de fumée noire striaient le ciel et roulaient lourdement au-dessus de la cité et de la mer, créant un sentiment apocalyptique. Un an auparavant, des hommes, des dizaines, voire des centaines, étaient morts sur ces flots.

Aujourd’hui, plus rien de tout cela. Aujourd’hui, le soleil brillait haut et fort, écrasant la colline d’Aegon sous la chaleur. Aujourd’hui, les flots bleus et paisibles des approches de la capitale étaient parcourus par d’élégantes nefs et de fines galères arborant fierement les voiles aux couleurs de leur maison : Redwyne, Manderly, Velaryon… Telles d’immenses ailes, elles se déployaient tout en beauté au-dessus des flots, faseyant au gré du vent, alors que les navires fendaient lentement les flots, l’écume formant une petite moustache sous l’étrave des plus rapide et laissant un profond sillon blanc derrière les plus imposants. La plupart, cependant, avaient mouillé un peu partout, et semblaient comme posés sur leur reflet, les seigneurs utilisant des embarcations plus rapide pour rejoindre directement le quai royal qui permettant d’accéder par la mer au Donjon-Rouge. La paix était belle, c’était indéniable. Il expira longuement et se retourna vers son grand-père.

Ser Godric Lannister, ancien Prince du Roc, Chevalier du Champ de Feu et Maitre des Lois de Sa Majesté Jaehaerys Targaryen, premier du nom, était sans conteste le plus impressionnant représentant de sa lignée. Ses traits taillés a la serpe et son regard glacial en pétrifiait plus d’un, à commencer par Garett durant sa jeunesse, lui qui avait grandi dans l’ombre de Loren l’Ultime, le dernier Roi du Roc. La taille haute, le regard fier, le vieux chevalier avait vu plus de choses que bien d’autres en Westeros. Il avait toujours été dévoué à sa famille et après avoir enseigné durant des années le travail de seigneur et suzerain, il était désormais à la disposition du chef de la famille Lannister. En vertu de cela, il avait accepté d’abandonner son tire – o combien prestigieux – de Bouclier de Port-Lannist pour devenir le Maitre des Lois du nouveau roi, et surtout, le défenseur des intérêts du Lion à Port-Réal et jusqu’au conseil restreint.

« Quoi donc ? » répondit calmement le jeune Lion.

Godric Lannister abora rapidement un semblant de sourire tendre. Comme s’il considérait que son petit-fils, malgré tout, malgré les épreuves, et malgré la guerre, avait encore des choses à voir et apprendre.

« Regarde en contrebas. Ils sont tous là. »

Alors, Garett se tourna une nouvelle fois vers la fenêtre et scruta les jardins et terrasses. Ils étaient nombreux. Chacun paré de ses plus beaux atours alors qu’il s’agissait de montrer sa puissance et d’impressionner les autres. Un déferlement de richesses et de pouvoir alors que la situation du peuple n’était pas au beau fixe. Cela dit, le jeune homme ne leur jetait pas la pierre. Lui-même avait fait étalage des richesses de sa maison, bien décidé à ne pas être en reste par rapport aux autres. Tout cela était politique. Il reconnaissait d’ailleurs quelques-uns de ses vassaux dans l’assistance, d’ailleurs.

« Eh bien, oui. Rejoignons-les. »

Ils descendirent donc tranquillement prendre le soleil sur cette terrasse qui courait le long de la forteresse. Des jardins asséchés et terrassés par le soleil se trouvaient un peu plus loin, mais ces dames y avaient élu domicile, profitant des fontaines encore en activité. Une petite brise chaude apportait un bref air frais, mais la chaleur restait là, sourde, lourde et sans pitié. Qu’importait ! Le temps était à la fête, à la paix et à la fraternité.

Il était difficile de passer inaperçu lorsque l’on était le suzerain de l’Ouest et l’un des vainqueurs de Maegor. Certains ployaient l’échine devant le seigneur au Lion d’or, d’autre le saluaient d’un signe de tête, certains choisissaient de l’ignorer délibérément, mais aucun n’était insensible a la présence de Garett. Lui, se contenait d’avancer tranquillement, saluant quelques connaissances. Il ne reviendrait pas de sitôt au Donjon-Rouge, et il ne croiserait pas la plupart de ces gens avant des années, pour certains. Un geste brusque attira son œil alors qu’une explosion de blond, de bleue et de blanc passa rapidement. Une pression sur son bras. Rien d’inconvenant, simplement empli de délicatesse et d’une certaine forme de majesté.

« Je suis confuse… deux pierres de lune serties dans un visage aux traits fins se braquèrent avec intelligence sur Garett, oh! Veuillez me pardonner monseigneur, je croyais voir un homme et je vois un Lion. »

Toujours sous le coup de la surprise, Garett ne répondit rien, alors que la jeune femme présentait une révérence emplie d’une grâce toute protocolaire. Par les vêtements qu’elle portait, par son accent, par ses manières et la façon dont les gens autour s’étaient arrêtés pour regarder la rencontre du jour entre deux représentants des anciens rebelles et loyalistes, il était aisé de savoir à qui il avait affaire. Il l’avait déjà aperçue depuis son arrivée au Donjon-Rouge. Catelyn Arryn. Le Chaton du Val. Fille du célèbre Elbert Arryn, chevalier émérite et dernier Prince de la Montagne et de la Lune.

Garett n’en oublia pas un instant les usages les plus absolus. Il s’inclina plus que ne l’exigeait le protocole et plongea son regard vert moucheté d’or dans celui de la Valoise tout en se saisissant de sa main pour y faire mine d’y déposer un chaste baiser en accord avec le protocole. C’était la première fois qu’il se trouvait suffisamment proche d’elle pour discuter directement avec elle. Catelyn Arryn était connue pour son élégance qui avait traversé les frontières du Val d’Arryn. Force était de constater qu’elle faisait honneur à sa famille et son ancien lignage. Elle n’était pas impressionnante de prime abord, mais sa voix déterminée et son regard perçant en disant long sur la passion qui animait la jeune femme. Il était aisé de sentir en elle tout l’héritage des souverains du Val. Elle respirait la royauté. Il répondit donc avec toute la maitrise de l'étiquette qu'il avait apprise au Roc.

« Dame Catelyn Arryn. C’est toujours un immense honneur que de rencontrer un membre de l’une des maisons les plus prestigieuses de Westeros. Et c’est un plaisir de vous rencontrer personnellement. Je constate que les louanges que chantent les ménestrels à votre sujet ne sont pas usurpées. »



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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Rougefort, Val d'Arryn.
MessageSujet: Re: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Sam 19 Aoû 2017 - 1:06

i go build an army on my own

« A vos mots, je vous pique. »



Touchée. Le Faucon devant les yeux de tous était touché. Reconnu et salué. Au souffle léger de son corps sur ses doigts, elle inspire calmement. Catelyn n’avait pas réfléchi à la possibilité qu’il la reconnaisse. De toutes les images qu’elle avait joué dans sa tête, il ne prenait aucun des chemins envisagés. Amusée, sa tête recueille l’indolence de cet échange. Quelques fronts s’inclinent par respect du à son rang ou par dévouement à cette Maison alliée. Son identité avait été clamée, nul ne pouvait l’ignorer. Qu’importe, son attention n’est pas à eux, simples badauds. Elle n’est portée que sur lui. Sur seulement lui.

Elle n’avait jamais vu Garett Lannister. Bien sûr, elle l’avait aperçu au tournoi du Cruel dans son armure rutilante. Elle avait vu son aura, son titre prestigieux, sa prestance et sa richesse. Elle ne l’avait jamais vu lui. Elle n’avait jamais vu la fine pluie d’or de Castamere danser en ses yeux. Ils semblaient si lointains de ce qu’on narrait de lui… Il ne semblait y avoir ni cruauté ni ténèbres en cet homme. Il semblait si loin de toutes les histoires des bardes des Montagnes. Dans le Val d’Arryn, tous avaient entendus les faits d’armes et de barbarie du chevalier. Le Lion déchiqueteur, celui qui terrasse sans craindre la mort. Un nom duquel jaillissait l’exaltation héroïque et l’apprentissage de la mort. Lord Garett Lannister. Une fine lame, un fin stratège : l’incarnation d’une puissance que le Val n’aurait plus jamais. Du moins, qu’elle n’avait plus. 


Roslinn avait fait du nom de Garett un sanctuaire dans lequel plus personne n’était invité. L’attaque de Port-Lannis avait terni un peu plus son teint, qui loin de Hautjardin dépérissait. La nuit où la Dame de l’Ouest était morte, assassinée… Loreleï Tyrell. Catelyn pouvait encore se souvenir du jour où le corbeau était arrivé. La guerre apportait chaque jour ses morts et ses disparitions, mais ce corbeau avait apporté bien plus… Roslinn s’était légèrement courbée, sans un bruit, avant de glisser à terre, en larmes. Je t’ai aimé. Je t’ai tant aimé. Elle n’avait cessé de répéter ces mots en balançant contre con coeur douloureux le funeste message. Interdite, Catelyn était restée debout. Incapable de lui porter secours tant elle avait pensé que c’était Martyn. Elle avait appuyé sa tête contre un mur, le cognant légèrement comme pour supporter la douleur. Quand Roslinn avait chuchoté le prénom de sa soeur, un soulagement monstrueux l’avait envahi. De cette triste histoire, il ne restait qu’une petite tête brune. Elle n’avait rien demandé aux autres, elle était arrivée quand on ne l’attendait plus. Elle avait surgit comme pour dire à Catelyn ; « eh tu vois, je suis là ! ». Elle la haïssait. Non pour l’enfant qu’elle était, mais pour ce qu’elle représentait. Un amour idéal et grossier. Oui, on ne prononçait plus le nom de Garett Lannister dans la demeure des Eyriés.



Elle se relève doucement, le sourire chassant ses pensées néfastes. Les temps n’étaient plus à la guerre, les temps était à la paix. Une paix de papier, le temps d’un repos du corps et de l’âme. Tout reprendrait. Tout reprendrait à qui savait être patient. Les troubles étaient là, ondulant paisiblement. Les Nobles n’avaient pas dit leurs derniers mots. Catelyn Arryn n’avait pas dit son premier mot. Quelques Dames et Jouvenceaux laissent éclore un rire dissimulé devant l’incongruité de la situation. On parlerait longtemps de cette étonnante rencontre. Il était à prévoir que Jace ne lui adresse pas un regard pendant un temps. Il l’accuserait de le tromper et d'être une femme infidèle. Il lui dirait tous ces mots qu’il savait la blesser le plus profondément et puis la nuit viendrait envelopper leurs corps amants. Quant à Elbert, il tenterait de la raisonner. Il tenterait de lui dire que ce n’est pas ainsi que l’on devient tacticien. Mais quand il s’agissait des hommes de sa vie Catelyn obtenait toujours ce qu’elle voulait. Elle avait toujours obtenu ce qu’elle voulait des hommes en général. Certaines femmes les craignaient et s’effaçaient dans l’ombre de leur époux. Fille unique d’un prince et d’un illustre chevalier, trop gâtée, le joyau de tout une forteresse elle avait très vite compris qu’une femme n’était pas qu’un ventre nourricier. Il y avait bien d'autres moyens d'être indispensable à un homme que porter des enfants. A Westeros, être une femme était un Art auquel il fallait se donner avec rigueur. Une rigueur qui lui incombait depuis ses quatre ans et dans laquelle elle excellait. Elle savait desceller chez les autres leurs faiblesses et les utiliser à escient, à ses fins.

La maternité avait apporté à son visage une lumière lunaire qui lui avait longtemps fait défaut. Une pulsion de vie si pure et si entêtée qu’elle ne pouvait qu’être le résultat de son enfance dans le Val. L’air rare de ses montagnes lui avait donné ce maintien corporel et aérien. Autochtone aux résidents des Eyriés. Elle le toise de cette grandeur mutine, cette grandeur passée qui semble excessive dans ce décor desséché.

« Dites-moi Sire que disent-ils ces ménestrels qui chantent mes louanges? »



Et je vous dirais ce qu’on dit de vous.
lumos maxima

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Dim 27 Aoû 2017 - 16:55

On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.

ft.










Elle l’avait repéré.

Semblable au Faucon de sa maison, Catelyn Arryn tournoyait avec grâce et hauteur au-dessus de l’intrigant Lion qu’elle venait de rencontrer. Elle avait tout des princesses d’antan, celles dont parlait les contes et les légendes, celles dont on voyait les visages dans les gravures des livres de mestres ou les vitraux des septuaires. Elle représentait plus qu’une simple entité politique indépendante morte depuis un demi-siècle. Elle était un art de vivre. Une douceur de vie que l’on ne trouvait plus. Le temps des royaumes indépendants était passé, pourtant, Catelyn Arryn, fille du dernier prince de la Montagne et du Val, respirait la majesté, cette distance naturelle, cette élégance simple qui ne nécessitait ni étoffe rare, ni pièce d’orfèvrerie savemment conçue. Seule une grâce distante qui imposait le respect. Ce n’était pas le rang, ce n’était pas le nom, c’était une chose bien plus difficile à obtenir, que toutes les richesses et toutes les gloires ne pouvaient acheter : une aura.

Le regard d’émereaude moucheté d’or de Garett détailla rapidement la jeune femme aggripée à son avant-bras. A l’endroit même où elle posait sa main délicate, une lame avait mordue les chairs du seigneur au Lion. L’épée était recouverte d’argent, et la main qui maniait était celle d’Alden Sombrelyn, seigneur de Sombreval et conseiller du défunt Maegor. Le loyaliste avait été le dernier homme à mourir au cours de cette terrible journée qui avait été celle de la bataille de Port-Réal. Garett se voyait encore, sentant la douleur envahir son avant-bras alors que la lame avait traversé la côte de mailles pour ouvrir une plaie superficielle. Une flèche avait mis un terme à la vie du Sombrelyn et sauvé celle du Lannister par la même occasion. Une flèche tirée du haut des remparts du Donjon-Rouge.

La paix était une chose trop belle pour être violentée. Il fallait une guerre de l’ampleur de celle qui avait secoué les Sept Couronnes sous le règne de Maegor pour en prendre toute la mesure.

Sa regrettée Loreleï lui avait parfois parlé de sa belle-famille. Après tout, la sœur de sa première épouse avait épousé le seigneur suzerain des Eryées, alors que la sœur de ce dernier avait épousé Oberyn Tyrell. Les familles suzeraines étaient toutes intrinséquement liées, mais les Tyrell avaient su tisser des alliances des plus intéressantes. Quel n’avait pas été l’émotion de Garett lorsqu’il avait appris que le couple suzerain du Val, sans doute sous pression de Madame, avait nommé son unique enfant, une petite fille, du nom de la Rose Dorée de Garett. Désormais, le seigneur au Lion avait fait la paix avec lui-même, avec son histoire. Les mois qui avaient suivi la disparition de Loreleï avaient été extrêmement compliqués pour le jeune homme qui pleurait la disparition de son aimée et l’enlèvement du fruit de leur amour : Tommen Lannister, héritier du Roc. Désormais, le deuil était passé et une fois son fils récupéré, Garett bâtirait pour lui un monde meilleur.

Autour d’eux, les demoiselles et gentes dames se dissimulaient derrière de grands sourires, des pièces de tissu et de dentelles, le tout dans une explosion de couleurs criardes. Les fiers demoiseaux, petits et grands seigneurs et loyaux chevaliers, eux, se se rengorgeaient alors qu’ils assistaient sans nul doute à l’évènement du jour. Garett n’en oublia pas que les Arryn étaient de ceux qui avaient perdu la guerre aux côtés du Cruel, il serait donc plus aisé pour le Lannister de proposer à la jeune femme des Eryés de discuter dans un coin plus calme, comme un bosquet avec quelques seigneurs de l’Ouest. Il serait beaucoup plus difficile pour la jeune femme de proposer pareille solution pour continuer leur rencontre à l’abri des regards envieux et attentifs de la Cour.

« Dites-moi Sire que disent-ils ces ménestrels qui chantent mes louanges? »

Garett arbora un sourire indulgent. Touché. Il allait devoir se prêter au jeu de l’amour courtois, sans aucune ambition derrière la tête autre que de celle de s’accorder aux convenances sociales. Une nouvelle fois, le suzerain de l’Ouest amorça un semblant de révérence qui se voulait purement respectueux, comme un animal cédant noblement face à un égal. Un sourire légèrement provocant en coin, Garett toisa Catelyn de ce regard espiègle d’un jeune homme profitant des badineries de la paix.

« Ils chantent bien des choses, ma Dame. Tous s’accordent à célébrer l’élégance des traits de celle que l’on surnomme le Chaton du Val, sa vertu et son honneur : aussi et intact que le dit la devise de la maison Arryn. »

Un sourire encore plus franc se mit à envahir le visage du jeune homme à la tête coiffée de cheveux blonds. Il tendit ensuite le bras vers l’une des allées de graviers blancs qui ondulaient autour des haies et des sculptures végétales, l’invitant ainsi à déambuler dans les jardins du Roi. Les deux représentants de maisons suzeraines rompirent avec leur position statique, terminant là le spectacle de leur rencontre aux autres courtisans présents dans les jardins. Leur route était ouverte par deux hommes d’armes de Castral Roc, en armure rouge et au masque léonin. Tandis qu’ils marchaient paisiblement, se laissant porter par les bruits du ressac se brisant en contrebas et la petite brise marine caressant les arbres séchés, Garett se pencha vers Catelyn.

« J’ose espérer que Sa Seigneurie votre frère sera présent aux cérémonies, Dame Catelyn. J’ai toujours eu un immense respect pour ses compétences martiales, il fut un valeureux adversaire. »

Ils finirent par arriver devant un élégant belvédère accroché à la falaise. Il était apparu au détour d’une haie, tel un petit refuge au sein de la bourdonnante Cour de Port-Réal. Deux autres hommes de la maisonnée Lannister montaient la garde. C’était l’endroit où Garett aimait à se ressourcer au sein du Donjon-Rouge. Quand l’endroit n’était pas utilisé par le suzerain pour y méditer ou pour tenir des audiences officieuses, les autres grands seigneurs de l’Ouest – ceux qui avaient la faveur des Lannister – y prenaient place. A cet instant, il n’y avait personne. Garett s’arrêta devant la table et proposa une chaise à Catelyn Arryn. Tandis que celle-ci prenait place, les deux gardes avançaient de quelques pas, se mettant hors de portée d’écoute de la discussion. Bientôt, des serviteurs du Donjon ou de la maisonnée Lannister apporteraient quelques douceurs à déguster et à boire. Garett tira l’un des fauteuils de bois doublé de tissu et s’installa dos à la mer, laissant la jeune femme profiter de la vue.

« Quel incongruité, n’est-ce pas ? Je n’ai jamais vu autant de seigneurs et dames réunis en un seul endroit ! »



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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Rougefort, Val d'Arryn.
MessageSujet: Re: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Ven 8 Sep 2017 - 20:35

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« Ils chantent bien des choses, ma Dame. Tous s’accordent à célébrer l’élégance des traits de celle que l’on surnomme le Chaton du Val, sa vertu et son honneur : aussi et intact que le dit la devise de la maison Arryn. »


Eclatant, un sourire auréole les paroles du Seigneur. Les âges avait apporté leurs malheurs et leurs consonances, mais il était toujours là. Le Chaton du Val. Quelque part en elle, il se réveille de sa sieste séculaire. Nombreuses avaient été les années où elle avait du lutter pour trouver sa place. Cadette trop ambitieuse ou aînés trop aveugles? Son nom, néanmoins, avait percé les Montagnes jusqu’à venir le loger dans les nobles commissures des puissants. Garett Lannister. Du bout de son bras, il pouvait bien l’inviter à s’aventurer dans les jardins : ils pouvaient bien continuer l’illusion paisible qu’ils offraient. La grâce voulu d’une femme et d’un homme. La grâce de deux fortunes s’entrechoquants sous les yeux amusés. Sa serre vernaculaire se détache de lui, laissant un soupçon de chaleur fébrile. Aux jardins du Roi, elle le suivrait. Laissant une jambe droite offerte, les courtisans s’inclinent. Ils ne verront pas plus des échanges du Lion et du Faucon car déjà sur leurs pas Jorelle ferme la marche. Sous les regards des autres, son front s’est relevé. Personne ne la voit, elle n’est que la bâtarde d’un noble mais elle est comme ces autres. Ces autres qui ne peuvent s’empêcher d’être fiers d’être si proche de la beauté et de la richesse. Avec un brin d'orgueil qui lui donne contenance, elle copie le dos droit et élancé de sa maitresse, un soupire secret aux lèvres.



« J’ose espérer que Sa Seigneurie votre cousin sera présent aux cérémonies, Dame Catelyn. J’ai toujours eu un immense respect pour ses compétences martiales, il fut un valeureux adversaire. »


Le serait-il? La veille à la même heure Catelyn avait dépêché un corbeau à son attention. Ne l’avait-elle pas poussé à prendre sa propre position? Ne l’avait-elle pas poussé à l’irréparable? Ne lui avait-elle pas écrit quelques ordres, présomptueuse d’une place qui n’était plus la sienne? A ce jour, nul ne pouvait prédire de la décision de Martyn Arryn. L’avenir était une infinité de possibles ; rester en sa forteresse, chevaucher au Nord, voguer à Port Réal. Colère, envie, saccage, désir, haïr, crier, pleurer, s’abaisser, se relever, courir, tomber. Dans le constat déplorable de sa situation, tant de mots pouvaient être érigés. Tant de mots pour une seule vérité : vivre ou mourir. Là était son choix. Il n’y avait ni demi-mesure. Il n'y avait nul choix juste.



« Heureux est l’homme qui a votre respect, Sire. Lapis-azuli, ses yeux l’observent en coin. Une certaine effronterie danse en eux, elle teste les limites de l'adversaire. Cet inconnu dont elle ignore tout. Val et Ouest, les cultures étaient fondamentalement différentes. L’art du langage ne serait bientôt qu’un vague prétexte à cette rencontre calculée. Ils disent de vous que votre jeu de jambe est léger et votre larme féroce, qu’en vos mouvements précis rayonnent un passé ambré. »



Quant à Martyn… il n’était pas l’heure de faire de la politique empesée. Tous deux savaient pertinemment l’état de l’échiquier. Le Nord avait abaissé une première carte. Restait à savoir si le Faucon seconderait le Loup, comme lui l’avait toujours fait. A cette dualité, les rêves de Catelyn ne correspondaient pas. Ils correspondaient plus à cette place qu’il lui était offerte. L’air était calme, insouciant et sans âge. L’horizon dégagé, vierge de toute vie. Immensité calme et paisible dans laquelle Garett pris place. Imposant, colossal… tout semblait maitrisé chez ce suzerain dont le tendre âge avait disparu à jamais.

« Quelle incongruité, n’est-ce pas ? Je n’ai jamais vu autant de seigneurs et dames réunis en un seul endroit ! »



Incongruité. Catelyn en est désormais certaine, en son corps coule la même sève amère. Ce même héritage qui leur a été dérobé bien avant leur naissance. Ce droit et cet équilibre qui n’auraient du être bafoués. Garett avait raison, jamais autant de seigneurs et dames ne s’étaient pressés en même endroit. Du moins, pas de leur vivant. Cette masse désenchantée n’était là que pour se voire octroyer quelques droits et prérogatives. Les courtisans, même les plus pauvres, avaient sorti leurs ongles jaunâtres pour espérer racler la moindre faveur du nouveau Roi. Jeune, on pensait bêtement qu’il était encore influençable. Alors, les couloirs étaient sans cesse bruyants. On léchait les souliers des membres du conseil restreint. On courrait vers la régente, vers la future mariée ou encore vers le prince héritier. Un homme discret qui semblait bien plus porté sur une vie de plaisirs que de codes et d’honneurs. Quand on les renvoyait, on courrait alors chez la femme de la Main, oubliant l’ancienne qui croupissait quelque part. Ce faisant, ces gens avaient perdu toute individualité et continence de soi. Son écoeurement plus lourd de jour en jour, Catelyn les détestait.



« A croire que tous veulent ce qu’il ne leur sera jamais donné. »



La prestance d’un nom. Un nom pour effacer les anciennes Maisons, celles qui sont encore assez puissantes pour écraser la souveraineté Targaryen. Peut-être était-ce la volonté première des Targaryen : éradiquer leurs anciens alliés. Tout comme la lignée de l’Orage : Stark, Lannister, Tully, Arryn étaient-ils destinés à disparaître? On donnerait alors leurs places vacantes aux bâtards, Orys Baratheon n’en était qu’un cinglant exemple. Peut-être les autres nobles ne l’avaient ils pas encore compris mais pour un Arryn, dont l’honneur dictait toute conduite, c’était clair. Le jeu était simple : tous les Rois avaient déposé leurs couronnes aux pieds d’Aegon. Leurs couronnes, mais point leurs cultures et leurs privilèges. Un jour, tout cela tomberait. Leurs ancêtres avaient donné au feu une partie de leur identité, tout cela finirait par se consumer. C’était inexorable.



La voix de Catelyn est ferme, mais son visage conserve cette jovialité douce et charmeuse. L’insipidité de ces petites gens ne viendrait entacher ses humeurs, au contraire c’était un mécanisme. Un moteur à ses ambitions et ses idées revanchardes. Elitiste, noble parmi l’aristocratie, elle n’avait que très peu quittance de ces inconnus. Ses paysans lui semblaient bien plus honorables que ces visages animés par l’envie, appât du gain et de la luxure. Ce monde n’était que chair, les pères et les hommes pousseraient bientôt leurs filles, épouses et soeurs dans les bras des puissants. Garett serait l’un deux. Il avait ses entrées tout aussi dangereuses que nécessaires. On disait sa femme d’une grande beauté, mais elle n’était qu’une nécessité. Impécunieuse, elle ne resterait pas longtemps dans les rouages du pouvoir. Bientôt, une plus jeune, plus riche prendrait sa place. Il ne faudrait qu’une fille de noble mieux faite et portant en elle le péché originel. Après tout, n’est-ce pas à cela qu’elle joue? Catelyn le sait, ce n’est que ses charmes qui l’ont amené jusque sur ce balcon. Hors, pucelle elle ne l’est plus et c’est consciente qu’elle se laisse aller à son jeu dangereux.



« Et nous sommes là, parmi eux. J’ai bien peur que nous dérogions à tous les principes de nos pères. »


lumos maxima

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You were annoyed by the Seven, blessed by the moon but you don't yet possesses what really matters : the power. Without it you  will perish and all of Vale along with you. And now you dream of paradise but you must build it for yourself and let all the world know Catelyn Arryn has arrived.
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Lun 11 Sep 2017 - 22:14

On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.

ft.










Fort était le caractère du Chaton du Val. Garett n’avait pas imaginé que le regard de la jeune femme s’assombrirait après pareille remarque. L’insouciance était bel et bien un luxe que les nouveaux personnages influents ne pouvaient plus se permettre. Garett Lannister faisait partie de ceux-là. Il le savait bien trop, et son grand-père Godric ne manquait pas une occasion de le lui rappeler. Un nouvel ordre émergeait des cendres de la guerre. Les anciens noms qui signifiaient quelque chose quelques années auparavant avaient été balayés, emportant avec eux les individus qui les portaient haut et fier. Au premier chef, Maegor Targaryen, l’ancien roi des Sept Couronnes, celui que tous avaient unanimement surnommé le Cruel, ou encore l’Usurpateur. Le dernier fils du légendaire Aegon le Conquérant, ce personnage quasi mystique qui avait pourtant rendu son dernier souffle moins de vingt ans auparavant, après avoir régné plus de trois décennies sur le royaume qu’il avait forgé dans le feu et le sang durant la Conquête de Westeros. Maegor avait été l’incarnation du pouvoir absolu et autoritaire, un roi à la poigne de fer dont la simple évocation du nom laissait la crainte s’installer dans le cœur de ses courtisans. Et pourtant, aujourd’hui, il n’était plus qu’un tas de cendre dispersé quelque part dans un lieu tenu secret.

D’autres noms passaient ainsi, balayés par les âges et les hommes. Ondrew Piète, Main du Roi de Maegor, celui qui avait mis en place toutes ses politiques – y compris les plus abjectes – avait été exilé à Dorne après avoir remporté un duel judiciaire qui l’avait innocenté au regard des dieux. Les hommes avaient été plus difficiles à convaincre, et le poste diplomatique confié à celui qui avait siégé sur le Trône de Fer en l’absence du Roi tenait plus de la punition que de la véritable promotion. Méléagant Darry, l’un des grands seigneurs du Conflans et le mari de la très puissante Solveig Tully avait également plongé. Déchu de son titre, il n’avait pu que constater l’effondrement du pouvoir de sa femme sur le Conflans alors que celle-ci se rendait à une armée royale de Baratheon et Lannister venue soutenir Torrhen Tully qui, lui, avait pris le parti de Jaehaerys quand Solveig avait soutenu Maegor.

Oui, Solveig Tully, la Belle Dame Sans Merci. Elle aussi avait indubitablement compté dans le Westeros de Maegor. La suzeraine la plus dévouée à la cause du Roi. En sa qualité de dirigeante de tout le Confalns, elle avait joui d’un pouvoir immense et d’une grande influence. Et désormais, elle avait cédé le pouvoir à un gouverneur royal et attendait son jugement.

Et il y en avait d’autres, des noms balayés par fureur de la guerre, par l’effondrement du temps et les convergences du destin. Rodrik Farring avait été exilé en Essos, Alden Sombrelyn était mort durant la bataille de Port-Réal. Ils étaient peu nombreux, ceux à avoir résisté à la lame de fond rouge et or qui avait renversé la capitale un an auparavant. Valyron de Mantarys, nouvellement Tyvaros, avait un temps disparu avant de revenir en puissance pour être nommé Maître des Chuchoteurs, tandis que Rhaegar Velaryon était entré au conseil restreint comme Maître des Navires.

Lorsque les voix s’étaient jointes contre le tyran, ils étaient tous devenus des frères. Les rues avaient été gouvernées uniquement par le feu et le sang : le prix de la liberté. La révolte avait transporté Garett. Elle l’avait transporté durant un long moment, perdu dans les limbes du temps, un moment d’éternité. Tous ensembles, comme des frères, ils avaient marché sur Port-Réal, portés par l’unité, et autour d’eux, tout avait changé. Pour Garett, tous ces changements s’étaient manifestés à divers niveaux : il était devenu le Faiseur de Roi, son influence s’était brusquement étendue bien au-delà des collines des Terres de l’Ouest : de Vivesaigues à Lancehélion, en passant par Port-Réal. Et un nouveau pouvoir était né, loin derrière l’horizon, au-dessus de la ville, parmi les ruines de l’ancienne élite. Il se rappelait encore la fin de la bataille : la révolte dans les rues, le chaos, partout.

« A croire que tous veulent ce qu’il ne leur sera jamais donné. »

Garett posa son regard vif sur la jeune femme. Catelyn Arryn n’avait rien d’une demoiselle écervelée, elle dégageait un magnétisme saisissant. Elle était belle, évidemment, ses traits étaient fins, ses yeux étaient semblables à deux pierres précieuses et sa peau était aussi claire que la Lune qui figurait sur le blason des Arryn. Mais ce n’était pas ce que le Jeune Lion retenait de la native des Eryés. C’était une présence, semblable à celle de Rhaenys Targaryen. Une présence royale. Il n’avait aucun mal à imaginer la fille d’Elbert Arryn pénétrer dans une grande salle bondée de chevaliers du Val, et imposer le silence par sa seule arrivée.

Cette voix en était le plus pur exemple. En extérieur, la jeune femme était toujours aussi charmante, rayonnante de majesté et de grâce, le regard bienveillant et le sourire toujours légèrement élégamment affiché sur ses lèvres. Pourtant, sa voix était tombée comme un couperet bien aiguisé, tranchant foncièrement avec son apparence physique.

« Et nous sommes là, parmi eux. J’ai bien peur que nous dérogions à tous les principes de nos pères. »

Garett eut un sourire énigmatique. Elle n’avait pas tort. Difficile d’imaginer qu’elle aurait pu être la réaction du vieux Loren l’Ultime si on lui avait annoncé que son successeur aurait participé à une révolte armée contre un Targaryen et aurait gagné ladite révolte. Le résultat était là. Ils étaient présents au Donjon-Rouge, certes comme des vainqueurs, mais des suzerains. Nulle question de reconnaissance de la lignée royale des Lannister. Pourtant, les Lions du Roc savaient s’adapter. S’ils ne parvenaient pas à provoquer l’éclatement des Sept Couronnes d’Aegon, ils en prendraient le contrôle. Un jour, directement ou non, les Lannister prendraient le contrôle du Trône de Fer, Garett en était convaincu. C’était à cela que leur destinée manifeste les préparait. Pour toute réaction aux dernières paroles de la jeune femme au Faucon, Garett se pencha vers elle avec un air conspirateur.

« Mais nous, au moins, nous sommes toujours là. » lui répondit-il avec un sourire de connivence.

Ce faisant, il attrapa un pichet de vin volantais et remplit un gobet d’argent ciselé situé devant Catelyn avant de se servir lui-même. L’alcool volantais n’était pas forcément le meilleur, ni le plus subtil, mais il était très sucré et se buvait frais. Il était donc parfait pour cette chaude après-midi. Garett attrapa une figue séchée qui se trouvait dans une petite assiette visiblement décorée à la feuille d’or qu’il dégusta tout en se renfonçant dans son siège, prenant un instant pour étudier son interlocutrice avec un air qui irradiait la confiance.

En confiance, Garett l’était légèrement, mais bien moins que ce qu’il laissait paraître. C’était une danse, une valse qu’il avait entrepris avec la jeune princesse des montagnes. Bien malin était celui qui pouvait prédire comment leurs enchaînements se termineraient. Rien n’était anodin, au Donjon-Rouge, encore moins lorsque l’on s’appelait Arryn ou Lannister. Ils finiraient par arriver quelque part, mais pour le moment, seuls les Sept savaient où. Dévisageant un bref moment la jeune femme de ses yeux vert émeraude mouchetés d’or, il prenait le temps de savourer l’instant. Derrière lui, il savait le spectacle magnifique. On voyait les falaises sur lesquelles étaient perchés le Donjon-Rouge, à leur base venait se briser la houle dans un grondement continu et pourtant à peine présent, comme lointain. Au-dessus d’eux, quelques mouettes criaient, s’appelant dans l’azur ponctuée de stratus, auxquelles répondaient les foules de moineaux dissimulées dans les haies et arbustes taillés des jardins royaux. La végétation avait beau être desséchée, elle embaumait toujours, dissimulant les effluves incommodants qui pouvaient parvenir de la ville, de son port, ou simplement d’un endroit où étaient entreposées les immondices du Donjon. Finalement, regardant toujours Catelyn droit dans les yeux, il parla avec calme, comme puisant sa force solennelle dans les gloires anciennes de la maison Lannister.

« C’est plus qu’on ne peut le dire pour les Jardinier, les Durrandon ou encore les Chenu. »

Le regard de Garett bascula vers la table, sans point précis, se perdant dans un vide contemplatif. Ce n’était pas tout à fait vrai pour les Chenu, mais qui se souciait du dernier fils d’Harren le Noir, qui mourrait probablement dans l’indifférence la plus totale ? Sans le voir, il saisit le gobelet de métal précieux et but une gorgée du vin provenant de la première colonie de l’Antique Valyria.

« Quelle ironie. L’effondrement de ces deux maisons royales a permis l’émergence de nouveaux pouvoirs. Tyrell, Tully, Greyjoy ou Wynch… Ce sont des noms parfois honorables, parfois indignes, mais leur prestige est tout récent. Rien ne dit que ces noms résisteront au passage du temps. »

De nouveau ce sourire légèrement désabusé, le regard toujours dans le vide.

« Nous sommes d’un ancien sang, Catelyn Arryn. Je sais que votre maison remonte ses origines à plusieurs millénaires, tout comme les Stark de Winterfell. Tout comme les Martell de Lancehélion. »

Il s’interrompit, posant son regard sur la jeune femme, essayant de la sonder. Sans compter les Targaryen, voilà où résidait le sang le plus ancien et le plus noble de tout Westeros : quatre familles, et pas une de plus. Quatre lieux iconiques du continent : Winterfell, les Eryés, Lancehélion et bien évidemment Castral Roc. Au-delà des divergences politiques, il était essentiel que le sang ancien de Westeros soit préservé. Les antiques lignées devaient être protégées et respectées, car une bonne partie de leur pouvoir venait justement de leur prestige et de leur histoire. Il était impensable de les voir être délitées. Garett plongea son regard au plus profond des yeux azurés de la jeune femme de la montagne, comme s’il cherchait à sonder son âme, à deviner ses intentions.

« Il me semble que nous nous entendons sur certaines conceptions de nos lignées et nos héritages, Catelyn. Il avait abandonné les formes les plus officielles pour un ton beaucoup plus sérieux, comme s’il préférait . Notamment sur le devoir que nous avons, nous, héritiers de ces royaumes ancestraux, de veiller à la préservation de nos rangs, de nos titres et de nos noms. »

Il ne lâchait plus le Chaton du Val des yeux. Il déposa ses deux mains sur la table et les joignit dans une attitude qui se voulait sereine mais éminemment concentrée. Comme s’il se préparait à révéler une information capitale.

« Et je ne pense pas me tromper en étant assurés que vous et moi sommes semblables sur le fait que nous ferions chacun tout ce qui serait en notre pouvoir, actuel et futur, précisa-t-il avec lenteur, pour veiller aux intérêts nos noms respectifs. »




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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Rougefort, Val d'Arryn.
MessageSujet: Re: On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.   Dim 17 Sep 2017 - 17:59

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« Mais nous, au moins, nous sommes toujours là. »

Sa silhouette se détache du paysage. Au pittoresque, il ne prend pas. Son être n’est qu’impérialisme des sens. Cette façon de se gouverner dans son siège, d’éclater cette figue juteuse entre ses dents. Le liquide éparse entre ses gencives rougeoyantes. Légèreté fraiche, nectar de force, légèrement sucré, il coule lentement dans la gorge du Lord. Garett Lannister était peut-être loin de ses terres, mais ici il dominait.



« C’est plus qu’on ne peut le dire pour les Jardinier, les Durrandon ou encore les Chenu. Quelle ironie. L’effondrement de ces deux maisons royales a permis l’émergence de nouveaux pouvoirs. Tyrell, Tully, Greyjoy ou Wynch… Ce sont des noms parfois honorables, parfois indignes, mais leur prestige est tout récent. Rien ne dit que ces noms résisteront au passage du temps. »



Son sourcil gauche s’arque. Depuis longtemps Catelyn avait appris l’importance des mots. Le vocabulaire et sa façon de l’utiliser. Les actions les plus secrètes pouvaient être devinées dans des choix de mots trop ou peu judicieux. Un art de la parole qui lui avait voulu bien des années de solitude. Sept longues années à cacher son vrai visage sous des masques de faux semblants. Garett avait-il deviné son jeu? Peut-être, peut-être pas, que lui importait! Dans son coeur rapace, elle sait qu’elle enserrera ses serres vernaculaires autour de lui. Où elle le voulait, quand elle le voudrait. Ce masque terrible et manipulateur avait transpercé ses pores jusqu'à devenir une part d’elle-même.



« Nous sommes d’un ancien sang, Catelyn Arryn. Je sais que votre maison remonte ses origines à plusieurs millénaires, tout comme les Stark de Winterfell. Tout comme les Martell de Lancehélion. »



Imperturbable, elle ne réagit pas à l’évocation de Dorne. Nymeria pouvait bien avoir acceptée Jace, rien ne garantissait qu’un serpent ne vienne pas l’étouffer dans son sommeil. Les derniers mois n’avaient pas effacé la haine qu’elle portait pour les oriflammes solaires. Les rayons de l’Astre pouvaient bien bruler plus fort et les emporter avec eux. Enfant, elle avait rêvé des Astres unis sur une même bannière… Les royaumes de la Lune et du Soleil dansants dans un pahlavi ondoyant. Depuis, elle avait juré que ses descendants plongeraient la Maison Martell dans l’obscurité. Une éclipse, voilà où son tendre coeur s’était perdu depuis l’an quarante-trois.

« Il me semble que nous nous entendons sur certaines conceptions de nos lignées et nos héritages, Catelyn. Notamment sur le devoir que nous avons, nous, héritiers de ces royaumes ancestraux, de veiller à la préservation de nos rangs, de nos titres et de nos noms. Et je ne pense pas me tromper en étant assurés que vous et moi sommes semblables sur le fait que nous ferions chacun tout ce qui serait en notre pouvoir, actuel et futur, pour veiller aux intérêts de nos noms respectifs. »



Il avait posé ses mains sur la lourde table. Elle pouvait encore voir les traces de jus sur ses phalanges guerrières. Brillantes sous la chaleur intense. Une page venait de se tourner. Garett prenait part son jeu. Si facilement… une pointe de déception aurait pu passer dans le regard du chaton si il n’était pas préparé aux durs exercices de l’illusion. Le grand Garett Lannister était là, en face d’elle. Il se tenait à quelques bras, à quelques respirations. Plus que dangereux et féroce, il semblait exalté d’une passion inassouvie. Sa propre passion. Catelyn n’était pas dupe, elle avait devant lui le cousin de la Main et un membre du Conseil Restreint. Un détail le lui rappelait : Tyrell, Tully, Greyjoy, Wynch, mais il n’avait pas évoqué le nom des Baratheon. Un nom devenu trop important -ou trop sanctifié-.

Un sourire amusé et presque cruel se faufile entre ses lèvres. Le Lion ancestral avait laissé place à un Cerf immature. Combien de dizaines de siècles pour s’abaisser et donner préséance à une famille inconnue il y a cinquante ans? Il parlait des Tyrell, mais il en avait épousé une. La beauté des femmes Tyrell était si grande, si divine! Non. C’était l’appât d’alliances et de gains. L’arôme diabolique de bourgeois anoblis. Elle avait beau essayé percevoir et entrevoir, le constat était simple et amère. Assouvissement des Sang-Purs à la plèbe béotienne. Ah! L’intérêt était certainement beau, mais elle ne le percevait pas. Qu’Oberyn rejoigne sa défunte soeur et emporte avec lui sa fratrie nauséabonde, voilà où elle trouvait son intérêt. 


« Vraiment Monseigneur? Pourtant je vois considérables différences entre nous… »


A la racaille et aux parvenus elle n’avait pas abâtardi son corps. Les siens ne s’étaient jamais laissé ombragé par quelques Seigneurs de leurs terres, tant ils étaient. L’Ouest pouvait bien avoir de l’or, les montagnes du Val possédaient marbre, fer et bronze. Leurs mines étaient prospères, ils n’achetaient simplement pas leurs adverses avec. Depuis des millénaires le Val était coupé des autres parties du continent, leur économie était florissante. Si les routes des Sept ne voyaient par leurs convois circuler, c’est que leur commerce était exporté directement à Bravos et dans les Cités Libres où leurs liens étaient forts. Oui, les différences entre les pouvoirs de Castral Roc et des Eyrié étaient infinis. Malgré son or et son ost, les Lannister demeuraient faibles où les Arryn pouvaient vivre en autarcie.

« Le Roi était aux Portes Sanglantes. Les oriflammes claquaient hauts, toutes les Maisons rassemblées prête à mourir pour leurs terres. Hors, les Faucons Géants des Arryn avaient disparu depuis longtemps et des milliers de pieds plus haut Vhagar volait sans dangers vers les Eyrié. On dit que quand ma grand-mère couru sur la terrasse de la vision lunaire, mon père était dans les bras de Visenya Targaryen. Il lui avait demandé s’il pouvait chevaucher à ses côtés. Les Eyrié plièrent le genou. »



Son index trace un sillon glacé sur la coupe d’étain ouvragé, du pouvoir actuel et futur elle espérait beaucoup. De cet homme, elle aspirait beaucoup. Un Lion ne pouvait se satisfaire de la cage qu’on lui avait aimablement donnée. Il ne pouvait se satisfaire d’un simple protectorat sur les Tully ou d’une union maritale trop élémentaire. Son coeur, comme ceux des autres, devait rugir de pensées bien plus admirables. Monumentaux devaient être ses désirs et ses soifs inassouvies. Pour peu qu’elle les connaisse et les soupèse, Catelyn était prête à lui donner une clé d’importance.

« Un homme pour trente-cinq mille. Un homme suffit à incliner la Fortune. »



Et il ne le savait, mais ses paroles étaient plus actuelles que jamais. Catelyn portait en elle un lourd secret, l’avenir d’un peuple. Un peuple auquel elle était reliée bien plus que par le sang, mais sa nature même. Les autres l’avaient oublié, aveuglé par l’appât de la richesse et de la gloire récente, mais en sa famille coulait le sang des enfants de la foret et des premiers hommes. Ses pères avaient conquis les Montagnes à dos d’une armée d’aigles. Les Targaryen n’existaient pas qu’ils chevauchaient déjà des montures dans les airs. Du haut de leur perchoir, ils avaient soumis les plus puissants sang pour forger une lignée qui perdurerait jusqu’à la nuit des Temps. Celui qu’on appelait le Conquérant avait souhaité unir les Maisons afin de les voir prospérer. Réunies comme le poing d’une main : forte et indissociables. Si on en croyait Rhaenys sa volonté perdurerait. Tel était l’héritage du premier roi des Sept. Néanmoins, il était permis de croire autre chose. Il était permis d’accorder sa foi en certains pouvoirs qui renaissaient à l’horizon. Stark, Arryn, Lannister n’avaient pas attendus Aegon pour maintenir leurs suzerainetés. Si ce n’était de la peur de leurs dragons qui pouvait se targuer de connaitre qu’elles destinée seraient lors aujourd’hui? 



« Ces seigneurs et ces dames ne voient en moi que calomnie et forfaiture. Pour cela, ils se targuent d’avoir sur moi préséance. Quelle gausserie! Les malheureux, ils ne savent point qu'ils sont joués à leur tour. »



Sous son orbite, sa peau tremble avec spasmes et un sourire en chasse un autre. L’hiver était dans son coeur comme une étrange mélodie. Marionnette des autres, elle ne l’était plus. De la fascination de son père pour les Dragons, elle s’était affranchie. Ses jours n’étaient offrandes qu’au Val et à perpétuer l’honneur versé par ses ancêtres. Les Dieux elle ne les priait plus depuis longtemps, la crainte de les voir un jour pourfendre le sol profane était oubliée. Elle était née pour mourir, de ça elle était certaine.

« L'été cerbère sera bientôt chassé et ils n'en ont pas encore conscience. Ses yeux dans les siens, elle boit à son tour. Du moins, elle trempe ses lèvres car elle n’était pas assez sotte pour recueillir les poisons perdus du Donjon-Rouge. Dans ses yeux azurés semblent miroiter le rouge de son breuvage. Flots tempétueux et revanchards, ils salivent tout le pouvoir qu’ils ont sur le lion terrassé par le dragon. Combien d'hommes avait-il donné en pâture aux Targaryen? Mirobolant ou non, ce chiffre ne semblait pas assez. Je vous l’accorde allègrement, je n’ai jamais vu autant d’incongruité en ce même endroit. »

Et, entre ses dents craquèle la peau d'une figue mûre, sur ce balcon elle faisait la silencieuse promesse de réveiller une puissance ancienne.
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AS HIGH AS HONOR
You were annoyed by the Seven, blessed by the moon but you don't yet possesses what really matters : the power. Without it you  will perish and all of Vale along with you. And now you dream of paradise but you must build it for yourself and let all the world know Catelyn Arryn has arrived.
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On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel.

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