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 (FB) To love another person is to see the face of God

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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: (FB) To love another person is to see the face of God    Dim 20 Aoû 2017 - 22:20




Allyria & Garett
To love another person is to see the face of God.

« S
errez ma main, regardez-moi soldat ! »

Le jeune homme allongé sur un des lits de fortune installés dans les tentes dédiées au traitement des blessés me fixait de ses yeux vides. La douleur était sans aucun doute insoutenable et provoquait des pertes de connaissance régulières. La main qu’il tenait fortement entre les deux siennes était maculée du sang de ce jeune homme qui allait sans doute perdre sa jambe, mais elle était chauffée par la moiteur angoissée des siennes. Mon autre main caressait avec tendresse son front et ses cheveux, geste insignifiant et pourtant si important pour un homme aux portes de la mort. Cela faisait maintenant de longues heures que je m’étais affairée au chevet des hommes ramenés du front. Les débuts avaient été difficiles car les blessures sanguinolentes n’avaient jamais fait partie de mon quotidien. J’avais eu un tel mal à supporter la douleur indicible de ces hommes qu’il me fallut régulièrement m’échapper des tentes pour vomir ou bien pleurer légèrement plus loin. Abandonner et fuir n’était une alternative pour personne, et certainement pas pour moi. Alors je sortais, je vomissais, m’effondrais, reprenais mes esprits, et entrais à nouveau dans cet endroit de souffrance. Je m’asseyais aux côtés des hommes blessés, nettoyais leur plaies, leur parlais longuement pour les maintenir éveillés, recousais leurs plaies lorsqu’il le fallait…

Le jeune homme blond que je veillais ne devait pas être beaucoup plus vieux que moi, et il y avait dans son regard une telle détresse que je n’avais pu me résoudre à quitter son chevet. Il était bien conscient et résistait à la douleur avec le plus grand des courages. Les sœurs du silence s’affairaient autour de nous afin de soigner les blessés les plus atteints, et Rickard allait sans doute devoir être amputé de la jambe droite. L’hémorragie avait été stoppée fort heureusement, mais la perte considérable de sang avait eu raison de ses dernières forces et de son esprit. Lorsqu’il s’éveillait, il parlait encore et encore, me prenait la main et s’imaginait que j’étais Lora, cette jeune fille qu’il avait laissé derrière lui sur les terres de l’Ouest. Lorsque ses yeux se fermaient, je retenais mes larmes face à tant de détresse et le laisser quelques temps afin de m’occuper d’autres blessés… Mais il finissait toujours par s’éveiller et crier tantôt mon nom, tantôt celui de sa bien-aimée.

Tout à coup, le camp fut pris d’une euphorie sans précédent. Quelque chose s’était produit, et à la vue des soldats chargés d’annoncer la nouvelle on pouvait comprendre que celle ci était bonne.

« Gagné ! Nous avons gagné mes frères ! La guerre est finie ! Maegor est mort ! »

Une liesse sans précédent explosa dans les multiples tentes, et les blessés qui pouvaient encore le faire laissaient échapper des larmes de joie et de soulagement, des cris de bonheur.

« Vive notre chef ! Vive Garett Lannister ! »

Les traits tirés, entièrement recouverte de sang, je regardais sans un mot ce spectacle saisissant où l’horreur côtoyait le bonheur et le soulagement d’hommes près à donner leurs vies pour leur seigneur. Essuyant mes mains dans un torchon de fortune, je me dirigeais sans trop le réaliser vers les soldats qui apportaient la nouvelle, le regard perdu, le visage fermé.

« On a gagné, mademoiselle ! On a gagné ! »

L’homme qui m’avait vue si perdue avait du se demander si j’avais bien compris l’annonce, le fait était que mon corps entier s’était comme paralysé à l’annonce. Nous avions gagné, et je reprenais enfin mon souffle après une journée entière à le retenir. Nous avions gagné et ils célébraient Garett… Un Garett vivant. L’homme se laissait aller à sa joie et me soulevait de terre pour me faire tournoyer dans les airs, me poussant à rire bien malgré moi. J’avais presque oublié ce sentiment, celui de légèreté et de joie pure. Nous avions gagné, Maegor était mort, et Garett était vivant. Etait-ce cela que l’on appelait le bonheur ? Je laissais l’homme me serrer dans ses bras, et lui rendais son étreinte sans me poser de questions. Ces hommes blessés et traumatisés avaient tout enduré, ils avaient vécu l’horreur, et chacun tentait de panser ses blessures autant que faire se peut.

« Vous êtes légèrement blessé, venez… »

L’homme me retint par la main et je pus voir la crainte et le traumatisme luire au cœur de ses pupilles dilatées.

« L’ordre est de rapatrier les hommes à l’intérieur des murs de Port-Réal, les blessés y seront soignés. »

Acquiesçant de la tête, je délaissais l’homme pour rejoindre le chevet de celui qui s’était réveillé fiévreux et m’appelait en hurlant à présent. Pourquoi m’étais-je pris d’affection pour ce jeune homme au juste ? Je ne le savais guère, mais je m’étais fait un point d’honneur à l’accompagner. Il était jeune, il avait aimé, combattu, il avait été vivant et entier, et à seulement vingt ans il allait perdre une jambe et plus rien ne serait jamais comme avant. Il était fils de métayer, une condition enviable dans les terres de l’Ouest et il n’avait jamais manqué de rien. Cependant, comment pouvait-il espérer succéder à son père avec une seule jambe ? C’était son avenir tout entier qui venait de lui être volé.


***


La grande salle qui accueillait l’infirmerie et l’hopital résonnait des cris et des pleurs de ceux que l’on amenait en nombre. Je n’avais pu m’attarder au chevet de Rickard car les blessés étaient à présent bien trop nombreux, et les blessures toujours plus graves. Les plus impressionnantes étaient celles qui avaient été infligées par le feu dragon. De nombreux hommes étaient défigurés, handicapé, traumatisés par les colonnes de flammes qui s’étaient abattues sur eux. Les amputations se multipliaient, créant une ambiance infernale dans le coin de la chirurgie, et même dans la salle toute entière puisqu’il fallait faire au plus vite et que la place manquait.

« Tenez bon, ce n’est qu’une brûlure superficielle, vous serez bientôt remis »

D’un sourire chaleureux, je tentais de rassurer ce petit seigneur des terres de l’Orage qui avait échappé au pire lors de l’attaque de la Terreur Noire.

« Vous avez l’air fatiguée, ma Lady »

L’homme, qui devait avoir une cinquantaine d’année, avait employé le ton d’un père inquiet pour son enfant. Je réalisais que je devais paraître bien misérable, les traits tirés et le teint rendu blafard par le spectacle auquel j’assistais depuis de nombreuses heures, les cheveux maculés de sang et tombant de manière hasardeuse sur mes épaules, une robe déchirée et guère protégée du sang par le tablier blanc qui en recouvrait le jupon. Mais je ne pleurais plus. J’avais pris le parti d’enfouir en moi la terreur qui m’avait tordu le ventre tout au long de la bataille et de montrer un visage serein et rassurant face à ceux dont les souffrances dépassaient de loin l’entendement. Déposant une main sur celle de l’homme, je lui adressais un sourire pour le rassurer, un sourire qui signifiait que j’allais bien. Pour la première fois depuis longtemps j’avais eu l’impression d’être réellement utile dans ce monde, et de réaliser une bonne action. Pour la première fois j’avais aidé des hommes en détresse, je les avais soigné, rassurés et je leur avais apporté la chaleur humaine que la guerre leur avait ravi.

Un cri déchirant attira soudain mon attention et je délaissais le vieil homme pour me rapprocher. Je connaissais cette voix et je comprenais immédiatement ce que cela signifiait. L’amputation de Rickard avait finalement débuté. Je me précipitais à travers la salle, courant presque, pour l’atteindre avant qu’il ne perde connaissance, pour qu’il sache que quelqu’un était à ses côtés, qu’il n’était plus seul. Les cris redoublaient et bientôt la douleur serait trop vive pour la supporter. Atteignant le jeune homme, j’attrapais sa main et déposais mon autre main sur sa joue.

« Je suis là… Je suis là… Tout va bien… »

Il pleurait, et hurlait à m’en glacer le sang. Ses yeux demi ouverts témoignaient d’une souffrance monstrueuse, d’une peur dévorante, et d’un désarroi profond. Il perdait tout, et peut-être perdrait-il la vie à la suite de cette amputation. Il m’avait confié qu’il aurait préféré la mort à une vie d’homme diminué, et j’avais peur que cette simple pensée ne le pousse à baisser les armes. L’amputation terminée, les cris avaient cessés depuis bien longtemps déjà. La souffrance avait eu raison du jeune homme qui avait perdu connaissance alors que la scie attaquait l’os. J’étais restée tétanisée, tenant sa main dans la mienne, caressant son front machinalement, presque pour me maintenir moi-même en pleine conscience, m’éviter de flancher face à une telle horreur. Il avait pleuré, il avait supplié, puis le silence était retombé sur nous… plus lourd que jamais. Seule sa poitrine qui s’élevait inégalement m’indiquait qu’il était toujours en vie. J’avais pleuré. Malgré moi. Malgré ma promesse d’être forte pour eux. J’avais pleuré face à une telle détresse et face à cette souffrance. Je restais silencieuse à ses côtés, murmurant à son oreille sans même y penser.

« Je vous interdis de mourir… Ecoutez-moi bien, vous allez vivre et retrouver votre famille… Vous serrerez dans vos bras votre père qui sera plus fier de son fils que jamais, votre mère et vos sœurs, et Lora… Elle sera là et vous vous aimerez comme avant… Je vous interdis de lâcher prise… »

Je tentais de maîtriser les larmes qui me brouillaient la vue, quand je fus rappeler pour m’occuper d’autres patients. Les infirmières n’étaient pas assez nombreuses et on ne pouvait pas se permettre de veiller au chevet de chacun des hommes. Alors je le laissais, je lâchais sa main et m’éloignais afin de m’activer à différents chevets. Je me chargeais à présent des brûlures les moins graves et des blessures demandant suture. Mes faibles connaissances médicales étaient un frein certain, mais je savais coudre et j’avais rapidement appris à panser les blessures les moins profondes. J’avais également appris à préparer des mixtures visant à alléger la douleur et endormir, la journée avait été pleine d’un apprentissage nécessaire.

L’homme que je m’évertuais à recoudre hurlait à la mort et ne semblait pas capable de tenir en place.

« Je vous en prie, dans une minute tout sera terminé je vous le promets ! »

Il se débattait comme jamais, les yeux fermés, combattant un ennemi invisible. Je doutais même qu’il ne hurle pour la simple douleur de la suture, et les brûlures qu’il présentait sur le visage témoignaient bien de l’horreur à laquelle il avait fait face. Je m’arrêtais un instant et prenais son visage entre mes mains. Ce simple geste eu pour effet de le sortir de sa transe, et il me regardait à présent avec des yeux écarquillés et un air de terreur pure. Je restais un instant ainsi, à quelques centimètres de son visage, un regard doux et un sourire aux lèvres.

« Tout va bien… Je m’occupe de vous, d’accord ? Vous me faites confiance ? Vous savez que je ne vous ferais aucun mal, n’est-ce pas ? »

Un petit mouvement de tête me montrait qu’il acquiesçait, et je terminais la suture sans plus de résistance, il semblait être tombé dans un état de choc. Plus rien ne filtrait de sa bouche, et plus aucun mouvement n’était esquissé.

« Comme vous le voyez, Lady Tarbeck nous a été d’une aide précieuse, monseigneur. »

La voix de la Septa qui se tenait face à moi, de l’autre côté du lit où se tenait le malade, me sorti de ma concentration extrême. Je ne l’avais pas entendue approcher, et alors que je relevais les yeux, je constatais que je n’avais pas non plus entendu le tumulte causé par l’entrée dans la salle du héros du jour…

« Garett… »

A genoux au sol pour être au niveau du blessé, je relevais le regard pour tomber sur celui pour lequel j’avais tremblé tout au long de cette journée. Il se tenait droit, et fier, s’il était blessé cela ne semblait pas être profond ou important. Il y avait quelque chose dans son regard que je ne parvenais pas à interpréter, mais plus rien ne comptait à présent car il était là. Caressant une dernière fois le front du soldat à présent muet, je me relevais sans lâcher le vainqueur du siège de Port-réal des yeux. J’étais à bout de souffle, comme si le fait de le voir debout et bien portant avait été la seule chose capable de me rassurer sur son état. J’avais de nouveau envie de pleurer, mais cette fois d’une joie incommensurable. J’avais vu les pires horreurs en cette journée, soigné des blessures sans commune mesure, j’avais fait face à la douleur et la mort, et chacun de ces hommes me rappelait un peu plus que le seul qui comptait se trouvait encore sur ce champ de bataille. Seulement à présent il était là, fier et beau comme il l’avait toujours été, et il s’en fallut de peu pour que je ne m’effondre de soulagement.

Nous restions un long instant silencieux, nous faisant face, séparés par le lit de camp, les yeux dans les yeux. Nous étions silencieux mais tant de choses étaient dites en cet instant, tant de sentiments étaient partagés. J’aurais voulu contourner le lit pour le rejoindre mais un bruit retint mon attention. Au fond de la salle un homme s’étouffait. Regardant au loin, je ne pu m’empêcher d’avoir le souffle coupé. Le lit que j’avais délaissé quelques minutes auparavant et sur lequel reposait Rickard le métayé était à présent maculé de sang. Sans plus un regard pour Garett je me précipitais vers le jeune homme qui était à présent demi-assis sur son lit, et semblait cracher ce qui était des litres de sang.

« Septas ! Septas, aidez-le ! »

Je me jetais à genoux au chevet de l’homme dont les sons étouffés avaient alerté la salle entière. C’était à présent de véritables geysers de sang qu’il recrachait, un sang qui alourdissait ses draps, dégoulinait le long de sa gorge, maculait sa poitrine mise à nue. L’homme tentait de les retenir avec ses mains tremblantes, les portant à sa bouche comme pour les enfoncer dans sa gorge. Alors que j’attrapais son bras, il se tournait vers moi et le sang continuait d’affluer sans discontinuer. Il me fixait, les yeux écarquillés et injectés de sang, le corps tout entier tendu et tremblant.

« Faites quelque chose ! »

Je hurlais bien malgré moi. Sans doute aurait-il fallu que je garde mon calme pour ne pas alerter les autres soldats, mais à présent tous regardaient dans la direction de ce jeune homme de vingt ans qui se noyait dans son propre sang. Plus rien n’existait autour, même la figure effarée de Garett ne parvenait pas à me faire détourner les yeux de celui à qui j’avais interdis de mourir. Les sœurs et septa ne bougeaient pas, restant à une distance raisonnable du lit, les yeux baissés et la mine sombre, car toutes savaient qu’il n’y avait plus rien à faire. Hémorragie interne, indétectable et pouvant prendre de longues heures avant de se déclarer. Le soldat avait été heurté par de nombreuses pierres lors de l’envol de Balérion, l’une d’elle avait eu raison de sa jambe, mais personne n’avait pu imaginer que la blessure puisse être interne. Le sang semblait ne plus jamais cesser de jaillir, heurtant ma robe, mon visage, mes mains que je tentais de déposer sur lui pour le calmer. Ma peau, qui devenait de plus en plus blanche à mesure que je réalisais que l’homme était en train de mourir, semblait se transformer en glace, recueillant ce sang chaud dont j’aurais eu envie de me débarrasser en hurlant. Alors que le regard de la septa me faisait comprendre que tout était fini, je délaissais l’expression de pure panique pour arborer le sourire le plus triste qui puisse exister.

« Rickard… Calmez-vous… Je suis là… Je suis là… Vous verrez... Bientôt tout ira bien, vous ne souffrirez plus... »

Le sang n’était plus si abondant, mais le regard de l’homme ne changeait pas. Presque paralysé par ce qu’il venait d’endurer, il me laissa le recoucher et finalement retombait de lui-même sur l’oreiller. Sans vie. Je restais silencieuse alors que la salle tout entière semblait abattue d’avoir assisté à un tel spectacle. Aucun soldat ne criait, plus personne n’osait même bouger, car cette mort violente d’un homme si jeune avait marqué chacun d’entre nous. Je restais comme pétrifiée, ma main piégée dans celle de l’homme qui venait de mourir et dont la rigidité cadavérique commençait déjà à se répandre. J’aurais voulu crier, vomir, pleurer, mais rien ne parvenait à sortir.

Je réalisais à peine la présence des Septa qui libéraient ma main de celle du mort et me relevaient pour m’éloigner de lui. Je réalisais à peine être guidée par Garett hors de la salle de soin. Je réalisais à peine que je venais de quitter l’enfer pour des appartements confortables et luxueux. Je restais silencieuse.

Le guerre avait été gagnée… mais à quel prix ?

WILDBIRD
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Lun 21 Aoû 2017 - 18:06

To love another person is to see the face of God.










« Combien ? »

Le soir tombait doucement sur une Port-Réal outragée, martyrisée mais libérée. De partout montaient vers le ciel d’épaisses volutes de fumées qui témoignaient encore de la furie et de la violence des combats qui avaient fait rage toute la matinée. Désormais, alors que l’obscurité enveloppait de ses sombres bras les remparts abimés, il était temps de faire le bilan. La guerre était terminée. Elle s’était achevée comme elle avait débuté, dans le feu et le sang. A l’instant où Maegor avait été retrouvé mort, vidé de son sang sur le Trône de Fer, la guerre avait cessé pour Garett Lannister, Sire du Roc, suzerain de l’Ouest. La cité de Port-Réal était partiellement détruite. Plusieurs quartiers avaient purement et simplement été transformés en champs de gravas calcinés par le feu-dragon. D’importantes pertes civiles avaient été déclarées, et le bilan ne ferait visiblement qu’augmenter au fur et à mesure qu’on déblaierait les ruines. Pourtant, les anciens Rebelles et Loyalistes avaient tous payé un lourd tribut à la guerre qui avait insensiblement moissonné seigneurs, chevaliers et petites gens.

Ser Godric Lannister, Bouclier de Port-Lannis, et grand-père de Garett, cessa de regarder la cité mutilée et se tourna vers son suzerain de petit-fils. Garett, lui, encore tout éprouvé par les pertes et la violence des combats, ne quittait pas des yeux ce grand vide parmi les toits, là où un champ de pierres et de tuiles brisées s’étendaient. Là où s’était posée la Terreur Noire.

« Quoi donc, Garett ?

- Nos pertes, grand-père. Combien en avons-nous perdu ?
»

Il se revoyait encore, montant à l’assaut de Fossedragon depuis la Porte des Dieux, son armée derrière lui, lorsque le feu noir s’était abattu sur la poterne, embrasant indistinctement loyalistes, rebelles, chevaux et civils. Tout le quartier, là aussi, avait disparu, consumé par le feu le plus puissant au monde. Et pourtant, cela n’avait été que le début. On avait encore du mal à faire un décompte complet et véritable. Pour ce qu’il en savait, Theodan Baratheon était mort, c’était avéré, Acerus Pièdre avait été sévèrement blessé, et Deran Tarbeck était porté disparu. Plusieurs fils et membres des maisons Prestre, Fléaufort et Drax étaient manquants également, sans vraiment d’espoir les concernant. Il était probable que les recherches et la liste ne feraient que s’allonger durant la nuit. Godric Lannister soupira d’un air las. Garett savait que son grand-père était plus habitué que lui aux tueries et aux fins de bataille. Après tout, il était l’un des seuls – peut-être même l’unique – à avoir vu de ses yeux le Champs de Feu, plus de quarante-cinq ans auparavant. A l’époque, il n’était guère plus âgé que Garett, d’ailleurs. Il était né Prince de l’Ouest, fils du Roi du Roc. Et lorsque son frère s’était relevé seigneur suzerain, lui, Godric, ne s’était plus retrouvé que chevalier.

« D’après les derniers chiffres que j’ai eu, on dénombre un peu plus de trois mille morts pour nos simples hommes. Les blessés, eux, se chiffrent en milliers, Garett. Tu n’as vraiment pas besoin…

- Combien ?
» le coupa Garett, insistant.

Le ton, bien que calme, était autoritaire. Ce n’était pas le petit fils, ni le Lannister qui avait parlé, mais bel et bien le suzerain qui demandait des comptes précis à un grand-père qui essayait tout de même d’atténuer le choc. Plié par sa loyauté à l’égard de sa maison, Godric Lannister lâcha d’un ton froid l’information tant redoutée.

« Plus de cinq mille pour le moment, et toujours en hausse. Beaucoup ne passeront pas la nuit. On les a tous installés au septuaire. »

Le suzerain passa une main sur sa bouche crispée alors qu’une sueur froide lui parcourait l’échine. Il ne s’y habituait toujours pas. Depuis qu’il avait eu une longue discussion avec Andrew Osgris, un septon itinérant, fanatique de la Foi Militante, il avait ouvert les yeux non pas sur la portée divine des actions de tout un chacun, mais sur la condition de son peuple. Et depuis, il souffrait à chaque fois qu’il voyait ses hommes mourir pour l’avoir suivi, alors que la plupart n’aspiraient simplement qu’à vivre leur vie tranquille. Garett s’arracha finalement à la contemplation de la cité meurtrie et quitta le chemin de ronde du Donjon Rouge, se dirigeant vers la cour principale où de nombreux hommes d’armes patrouillaient encore. Godric ne dit rien. Il savait déjà où se rendait son petit-fils. Il allait voir ses hommes.

* * * * *

Lorsque Garett fit arrêter son cheval en tirant sur ses rênes, il prit conscience de la masse de blessés. Le septuaire n’était pas assez grand pour accueillir tout le monde. Le parvis était envahi de corps allongés et souffrants, autour desquels s’affairaient des sœurs du silence, des setpas ou tout simplement des habitants désireux de se rendre utiles. Garett jeta un œil à ses hommes, quatre gardes de Castral Roc, engoncés dans leurs épaisses armures rouges et or. Sur un signe de sa part, tous mirent pied à terre tandis qu’il faisait de même. Puis, suivi de ses gardes, Garett s’avanca lentement au milieu de ses hommes, blessés. Sans doute y avait-il aussi des orageois et des loyalistes, mais les ouestriens, eux, étaient aisément reconnaissables alors que certains se relevaient sur leurs coudes pour l’acclamer ou simplement l’apercevoir. Il sentit des mains qui effleuraient, tâtaient ses bottes ou la cape qu’il avait posé sur ses épaules. Il accordait ici un sourire réconfortant, là un signe de tête, tout en avançant au milieu de cette désolation sans fin. Peu avant d’arriver devant le septuaire en lui-même, il vit une femme à l’air assez sec s’avancer vers lui avec lassitude. Ses yeux étaient fatigués, vidés de toute émotion, et du sang et d’autres fluides impossibles à identifier souillaient ses vêtements pourtant protégés par un tablier sommaire en cuir.

« Monseigneur, je suis septa Unallie, j’ai la charge de tout ce petit monde. »

Garett hoca gravement la tête, se demandant combien ils étaient à travailler à rafistoler les blessés, à les assister dans leurs derniers instants.

« Entendu, septa. Avez-vous besoin de quelque chose ? Puis-je faire quelque chose pour vous assister ? »

Il vit la femme faire la moue. Sans doute pesait-elle le pour et le contre de demander au suzerain de retrousser ses manches et de venir les aider. Mais elle devait se douter que cela ne l’avancerait pas beaucoup. Elle se contenta finalement d’hausser les épaules d’un air désabusé.

« De l’alcool. C’est tout ce que nous avons pour soulager les pauvres diables qui passent sur le billot. Et nous en manquons cruellement. »

Garett se tourna vers ses hommes, leur donnant ordre de rassembler du monde et d’aller saisir tous les tonneaux qu’ils trouveraient dans les auberges encore debout de la ville. Puis, la septa le guida à l’intérieur pour lui présenter la suite. Le spectacle était encore plus terrible ici. L’atmosphère était imprégnée de peur, de douleur et de désespoir. Ils marchèrent parmi les corps dénudés et ensanglantés entre lesquels s’échinaient des soigneurs qui allaient d’un blessé à un autre en trottinant. Finalement, ils arrivèrent devant une jeune femme agenouillée devant un jeune homme blessé.

« Comme vous le voyez, Lady Tarbeck nous a été d’une aide précieuse, monseigneur. »

Garett fut frappé par le spectacle qu’il voyait lorsqu’il reconnut Allyria. Elle n’avait plus rien à voir avec la jeune femme qu’il avait laissé avant de partir au combat, celle qu’il avait vu ce soir-là, quelques jours auparavant, coiffée et lavée, parée telle une princesse. Et pourtant, conscient d’être passé plusieurs fois près de la mort, le suzerain de l’Ouest la trouvait plus belle que jamais. Il en éprouva un instant des remords vis-à-vis de son catastrophique mariage, mais ceux-ci furent balayés lorsqu’il la vit relever ses yeux profonds vers lui, alors qu’autour d’eux une rumeur frémissante emplissait les lieux : le suzerain Garett était là, venu voir ses gars.

Incapable de bouger, il dévisageait la Tarbeck d’un air attentif, scrutant ses yeux, ses beaux cheveux souillés de sang et de sueur, ses traits fins. Elle était là, et elle s’occupait de ces hommes qui étaient les siens. Il en éprouva une vive gratitude. Elle se releva et il dut se faire violence pour ne pas la prendre dans ses bras. Il savait ce qu’il éprouvait pour elle, en premier lieu beaucoup de soulagement. Et il voyait, au travers de ces yeux tristes, de cet échange silencieux, que bien des choses étaient partagées entre eux, à ce moment précis. Du fond de la salle monta une espèce de toux étouffée comme beaucoup d’autres avant celle-ci, mais elle fit se retourner Allyria qui jeta un regard inquiet au loin. Sans un mot supplémentaire, elle s’élança vers le blessé à l’origine de ce tumulte. Sans un regard pour la septa, Garett suivit Allyria en marchant, continuant à témoigner autant de compassion qu’il pouvait à ses hommes.

« Septas ! Septas, aidez-le ! »

Garett la vit tomber à genoux aux côtés du soldat dont la bouche était envahie de sang. Son air apeuré le rendait plus jeune qu’il ne l’était vraiment. Garett le voyait trembler, fixant la jeune femme comme si elle était la dernière chose qu’il verrait en ce monde. Et le suzerain savait ce serait le cas. Il connaissait ce type de blessure, insidieuse, invisible jusqu’à l’instant fatal.

« Faites quelque chose ! » hurla Allyria, tant paniquée, que désespérée, oscillant entre colère et incompréhension.

Garett vit quelques blessés tourner la tête vers ce véritable cri qui avait traversé toute la grande salle, mais ils se retournèrent bien vite. Ils en avaient trop vu, des cas de la sorte. Ils étaient habitués. Personne ne se pressa pour rejoindre Allyria et son mourant, personne ne vint. Il était condamné et il ne fallait pas gaspiller le temps précieux que l’on pouvait passer à sauver une vie. La septa s’était doucement approchée d’Allyria. Et alors que la jeune femme comprenait que tout se terminait pour le blessé, sa peau pâlissait à vue, offrant un saisissant contraste avec ce sang écarlate qui mouchetait ses vêtements et sa peau. Finalement, Garett lui-même s’avanca et s’agenouilla pour poser une main réconfortante sur l’épaule de l’homme, souillée de sang alors qu’Allyria souriait avec une tristesse infinie au mourant.

« Rickard… Calmez-vous… Je suis là… Je suis là… Vous verrez... Bientôt tout ira bien, vous ne souffrirez plus... »

Lentement, avec dignité, il quitta ce monde. Garett put saisir cette ultime lueur de reconnaissance alors que la mort venait le saisir et lui apporter la paix. Le silence retomba alors dans le septuaire. Une nouvelle âme avait expiré. Allyria, elle, était toujours immobile, le regard fixée sur le mort. Garett posa une main réconfortante sur son épaule, comme il l’avait fait pour le soldat, et la pressa légèrement, comme pour lui transmettre du courage. Ce fut la septa qui libéra la main d’Allyria de celle du mort. Puis, Garett lova la jeune femme contre lui et la fit traverser en silence les blessés dont plusieurs regardaient Allyria avec reconnaissance.

Ils rentrèrent lentement jusqu’au Donjon Rouge qui s’endormait lentement. De là, Garett l’emmena vers des appartements qui avaient dû servir à un couple de courtisans, emmenés loin par le tumulte de la guerre. Les appartements de Garett en eux-mêmes, ceux de Méléagant Darry, étaient un peu plus loin, mais sans doute surveillés plus ou moins indirectement. Il tenait à éviter un scandale potentiel. Déjà, des serviteurs arrivaient, intrigués par une entrée si tardive dans les coursives. Garett accompagna Allyria jusqu’au bord du lit défait, alors que des malles ouvertes et des soieries jonchaient le sol. Puis, il se retourna vers l’un des deux gardes qui les avaient accompagnés.

« Faites venir de quoi la restaurer et commander un bain, qu’ils trouvent de l’eau chaude. »

Puis, une fois que la porte se fut refermée, il s’approcha de la jeune femme toujours assise sur le bord du lit, et s’agenouilla comme il pouvait devant elle pour la regarder dans les yeux. Il arborait une mince soucieuse devant l’émotion qui submergeait intérieurement Allyria. Il replaca comme il put quelques mèches dorées qui étaient en anarchie totale, et considéra un moment le visage aux traits fins et à la mine soucieuse qui lui faisait face. Puis, il se saisit de ses mains et la regarda droit dans les yeux, un pauvre triste sourire sur les lèvres.

« Pourquoi à chaque fois que je te vois, tu es plus sale que les plus indigents de Port-Real et Port-Lannis rassemblées ? »

Il aurait dû repartir, il le savait. Les convenances, les commérages si on savait un jour qu’il s’était retrouvé seul avec elle ici. Pourtant, il ne pouvait s’y résoudre, inquiet pour celle qui comptait désormais tant pour lui.






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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Mar 22 Aoû 2017 - 14:40




Allyria & Garett
To love another person is to see the face of God.

«T
out était devenu flou à la minute même où le dernier soufflé avait été expiré. Rickard avait été un jeune inconnu, et tout au long de la journée j’avais veillé à ce qu’il ne perde pas cet espoir ténu d’un homme balançant entre la vie et la mort. Je l’avais cru sauvé, j’avais prié les Sept pour qu’ils lui accordent de revoir une dernière fois cette famille qu’il aimait tant, cette jeune femme aux cheveux de blé pour laquelle son cœur battait si fort. Mais il était parti, et Lora ne reverrait jamais Rickard. J’avais laissé Garett me conduire jusqu’au Donjon Rouge et m’installer sur un lit inconnu, et je n’avais pu prononcer aucun mot. Je tentais de me parler à moi-même, choc, tu es en état de choc, ce n’est rien, respire, ferme les yeux et respire. Rien n’y faisait, je sentais le tremblement de mes mains s’accentuer, les larmes rester bloquées dans ma gorge sans que je puisse les déloger. J’avais voulu être forte, faire preuve de courage, mais je n’étais qu’une enfant stupide et trop sensible. Je restais assise au bord du lit, les yeux perdus dans le vague, les mains tremblantes. Je devais ressembler à une démente, et je m’en voulais d’être ainsi pour mes retrouvailles avec Garett… Il était passé si près de la mort, et la journée entière j’avais tremblé à l’idée de ne jamais le revoir, et à présent il était là et j’étais incapable de sortir de cette prison de silence qui s’était refermée sur moi.

Ma tête résonnait encore des cris et pleurs de ceux qui avaient combattu pour une cause juste, mais avaient perdu la vie pour celle-ci. Le sang recouvrant mes mains était celui d’un innocent jeune homme qui n’aspirait qu’à une vie simple. Il m’avait parlé si longuement de cette ferme, des gens qui avaient peuplé sa vie et qu’il gardait au fond de son cœur. Parler avait été sa planche de salut. Il savait qui j’étais, son père était métayer sur les terres Ouestrelin, mais il connaissait la famille Tarbeck et il s’était excusé de ses confidences. Il ne comprenait pas dès lors que cela n’avait plus aucune importance, je n’étais pas Lady Tarbeck, il n’était pas fils de métayer, il était un homme dans la souffrance, et j’étais celle qui tentait de l’alléger au maximum… Avec mes faibles moyens.

Mes yeux fixant le vide s’aperçurent rapidement de l’apparition d’un visage. Garett s’était agenouillé face à moi, la mine inquiète et sombre, le visage encore maculé du sang de ses ennemis. Sa main qui s’élevait ne portait plus de glaive, elle se faisait douceur et replaçant une mèche plus que rebelle, elle vint caresser la peau diaphane de mon visage. Mes yeux ne quittaient plus les siens, mais j’étais toujours incapable de prononcer le moindre mot. J’arrivais à peine à respirer, alors comment formuler une quelconque parole ? Mes mains rouges du sang versé se retrouvèrent entre les siennes, et la chaleur de sa peau était bienvenue tant je me sentais glacée de l’intérieur. Son sourire ne reflétait pas la joie des retrouvailles, il était teinté d’une inquiétude et d’une tristesse qui étaient de circonstance en de si sombres heures.

« Pourquoi à chaque fois que je te vois, tu es plus sale que les plus indigents de Port-Real et Port-Lannis rassemblées ? »

Je souriais malgré moi. Je ne m’étais pas attendue à être encore capable d’esquisser un sourire sincère, mais Garett parvenait à obtenir de moi des choses dont je me pensais incapable. Il était lui aussi dans un état de saleté inhabituelle. Sans doute n’avait-il pas eu le temps de se débarrasser de la totalité des marques de la bataille. Le sourire qu’il avait provoqué s’était attardé sur mes traits alors que je libérais une de mes mains pour la déposer sur sa joue, sans un mot. Après quelques secondes d’immobilité, elle parcouru sa joue avec tendresse, avant de caresser son front et les mèches rebelles qui s’y déposaient. Il était là. Il était vivant. Cette simple pensée suffisait à alléger le poids qui m’écrasait la poitrine.

« Je n’ai jamais été une demoiselle modèle, tu le sais bien… »

Ma voix n’était qu’un murmure, ma gorge serrée par la peine ne permettait pas à ma voix de s’exprimer de manière normale. J’étais même étonnée d’être capable de lui répondre. Je le sentais se lover contre ma main et cette réaction eu pour effet de serrer mon cœur. Ce simple contact était suffisant pour nous rappeler l’un à l’autre. Nous restions un long moment ainsi, silencieux, communiquant encore une fois par un simple regard, le regard le plus intense qui soit. Cependant cet instant de communion silencieuse fut rapidement interrompu par les serviteurs qui entraient pour signaler que le bain était sur le point d’être prêt, et ceux qui déposaient de nombreuses assiettes remplies de mets variés.

Garett s’était levé d’un bond, s’éloignant de moi soudainement pour prendre place près de la fenêtre. Nous n’étions pas dans l’alcôve secrète d’une ruine, nous étions au cœur même du Donjon Rouge, et Garett était un homme marié. Il était évident que la vue du seigneur Lannister et d’une demoiselle encore non mariée de la famille Tarbeck, dans la même chambre après une bataille sanglante, main dans la main, n’était guère la meilleure des idées. Les serviteurs semblaient garder les yeux fixés au sol, se prosternant humblement avant de ressortir. Les dames de chambre allouées à ce qui était, visiblement, mes nouveaux appartements, m’attendraient dans la salle de bain attenante. Après la tornade de serviteurs, le silence retombait sur la chambre sombre. Je restais un instant interdite, ne sachant que dire ou que faire alors que Garett restait près de la fenêtre.

« Il était si jeune… »

Ma voix me surpris par la vulnérabilité qu’elle véhiculait.

« … Ils étaient tous dans une détresse que je n’avais encore jamais vue… »

Je tentais de reprendre mon souffle alors que ma poitrine se comprimait violemment.

« … Et je ne pouvais m’empêcher de m’imaginer qu’à chaque instant c’est… toi que l’on aurait pu amener sur un brancard. »

Je baissais les yeux, gênée de ma déclaration soudaine, motivée par l’émotion la plus insupportable. J’avais l’impression que mon corps entier n’était que douleur, que mon cerveau allait exploser de fatigue, et que mon cœur m’avait été arraché tant ma poitrine semblait vide. J’avais eu peur. Terriblement peur. J’avais vu les blessures de la guerre, la souffrance et la peur dans le regard de ces hommes. Et j’avais pensé à Garett, à Deran et Doran, aux hommes de ma vie qui risquaient la leur à chaque instant. Je me sentais égoïste de voir la souffrance de ces hommes et de ne pouvoir penser qu’aux miens, et pourtant je n’avais pu combattre ces pensées tourmentées. Je réalisais même, avec une honte foudroyante, que j’avais omis même de m’inquiéter du sort de mes frères, trop occupée à me préoccuper de moi-même et de Garett.

« Comment vont mes frères ? Sont-ils logés ici également ? »

WILDBIRD
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Dim 3 Sep 2017 - 13:27

To love another person is to see the face of God.









Lorsqu’elle se mit à sourire à la plaisanterie pourtant misérable, Garett se sentit ramené des années en arrières. Malgré les épreuves qu’elle avait traversées, elle avait toujours un sourire splendide, un sourire qui faisait oublier au suzerain de l’Ouest tous ses soucis du moment. Elle déposa une main douce et aimante sur sa joue. Il sentit un courant chaleureux lui traverser le corps alors qu’il se laissait aller à la douceur de cette chaste étreinte. Il ferma légèrement les yeux, relâchant la pression de tout un assaut. Il sentit sa main se promener sur son visage et sur son front.

« Je n’ai jamais été une demoiselle modèle, tu le sais bien… »

La voix n’avait été rien d’autre qu’un faible murmure, alors qu’Allyria semblait complètement étranglée par l’émotion. Lui-même pouvait comprendre. Il avait encore du mal à réaliser. Le Cruel était mort, ses sbires morts ou enfermés, Jaehaerys serait bientôt proclamé Roi, et il se trouvait au cœur du Donjon Rouge, seul avec Allyria, celle qu’il aurait pu épouser si le monde avait tourné autrement, celle qu’il aurait pu vraiment aimer, au moins autant que Lorelei. Garett ne répondit rien à la jeune femme, il sentait qu’il ne devait pas trop l’obliger à parler. Elle risquait de fondre en larmes, de craquer, de relâcher toute la pression accumulée. Il se contenta de plonger son regard moucheté d’or dans celui d’Allyria. De nouveau, ils se regardèrent longuement, sans un bruit aucun. Le Donjon Rouge était étrangement calme, en ce soir. Garett ne connaissait guère les lieux, mais il les avait toujours imaginés bruissants d'activité et de complots. Or, en ce soir de victoire éclatante mais coûteuse, il n’y avait pas un bruit.

Puis arrivèrent les serviteurs, amenant un lourd plateau chargé d’assiettes. Garett, lui, s’était immédiatement levé et éloigné de la jeune femme pour aller observer le panorama qui donnait sur la Baie de la Néra, où l’on distinguait sans mal les épaves qui flottaient encore à la surface. Le suzerain de l’Ouest préférait prendre ses dispositions vis-à-vis d’Allyria. Si des rumeurs et comérages arrivaient jusqu’au Roc ou Castamere, cela risquait de faire du grabuge. I ne tenait pas à ce que la jeune Tarbeck en souffrît. Finalement, ils repartirent laissant l’eau du bain fumante dans le baquet et les provisions sur une table. En réalité, pour le palais royal, la pitance était bien maigre. Quelques fruits frais, certains en mauvais état, et un peu de viande bouillie avec un soupçon de miel. Une bouteille de vin dornien complétait l’assortiment. Les réserves de La Treilel avait sans doute été épuisées durant le siège, ou bien pillées depuis. Qu’ils le veuillent ou non, ils avaient pris le Donjon Rouge d’assaut le jour-même après un siège éprouvant pour la capitale. Tout manquait et la canicule n’allait rien arranger. Il faudrait agir vite, faute de quoi, une famine se déclencherait, et les morts seraient encore plus nombreux que durant la guerre.

« Il était si jeune… »

Garett se détourna lentement de l’alcôve, frappé par la faiblesse qu’elle laissait transparaître. Il se doutait qu’elle parlait du mort qui avait eu raison de sa participation aux soins des blessés. Il tendit l’oreille, attendant la suite.

« … Ils étaient tous dans une détresse que je n’avais encore jamais vue… »

Il la vit inspirer profondément, comme pour retrouver son souffle. Lui ne disait rien, il n’avait pas bougé du rebord de la fenêtre donnant sur la Néra. Il ne connaissait trop bien ce qu’elle ressentait, surtout que sa responsabilité dans leurs souffrances jouait un rôle écrasant.

« … Et je ne pouvais m’empêcher de m’imaginer qu’à chaque instant c’est… toi que l’on aurait pu amener sur un brancard. »

Garett ne put s’empêcher de tressaillir sous la surprise de l’honnêteté de la jeune femme qui baissa les yeux, comme prenant conscience de ses paroles. Durant la guerre, Garett avait eu – il était vrai – beaucoup de chance. Il n’avait jamais récolté de blessures sérieuses mais il savait que cela était en partie dû à son statut qui le préservait plus ou moins. Sur le champ de bataille, le suzerain de l’Ouest n’était pas souvent seul, toujours entouré des plus fines lames de sa région, et en nombre conséquent. Il détourna lui-même le regard, observant sans la voir la lune qui scintillait doucement au-dessus des flots calmes.

Un mouvement attira son attention et avant qu’il ait eu le temps de comprendre quoique ce soit, il sentit Allyria se blottir contre lui. Un instant interdit, il finit par croiser ses bras dans le dos de la jeune femme. Elle avait posé sa tête sur sa poitrine et était immobile. Il la serrait sans force mais fermement, alors qu’il repensait aux derniers jours qu’il avait vécu, marqués entre autres par le retour d’Allyria en Westeros. Il éprouva soudainement un vif soulagement à se rendre compte qu’il tenait dans ses bras celle qu’il avait retrouvée. Pour la première fois depuis presque une année, Garett avait retrouvé la peur de mourir au combat. Ce n’était pas tant pour lui que pour elle. Il n’aurait jamais voulu quitter ce monde sans l’avoir revue une dernière fois, sans lui avoir dit au revoir. Et curieusement, cette pensée, Garett n’avait jamais vraiment réussi – ou pensé – à se la formuler, jusqu’à ce soir. Pourtant, cette prise de conscience signifiait bien des choses pour le suzerain, en premier lieu ce qu’il craignait : s’il retombait en amour, ce serait de nouveaux ennuis pour lui. Il en éprouva de la culpabilité, envers Lorelei en premier lieu, envers Tommen aussi, mais également – et cela le surprenait – envers Alerie. Il ne l’aimait pas, elle ne l’aimait pas. Ils avaient cru, un temps, à une réconciliation. C’était à ce moment-là qu’ils s’étaient épousés.

Un malentendu de plus. Peu de temps, après, elle avait de nouveau formulé une demande sur la libération de son frère. Chose que Garett ne pouvait accepter. La guerre battait toujours son plein, et il était hors de question de laisser en liberté le petit seigneur de Château-Rosière que Garett avait bien l’intention d’intégrer aux Terres de l’Ouest de manière définitive. Et de nouveau, cela avait été cris, bris de mobilier, insultes, petites phrases et autres vexations quotidiennes. Et en dépit de tout cela, il ne pouvait que la plaindre. Mais cela n’effaçait pas tout.

« Comment vont mes frères ? Sont-ils logés ici également ? »

Le cœur de Garett se serra brutalement alors qu’il sentit l’air lui manquer un quart de seconde. Il ne répondit pas tout de suite, baissant le regard vers celle qui l’enlaçait. Elle avait toujours les yeux fermés, la tête toujours fichée contre son torse. Il regarda la salle d’un air désespéré, cherchant une issue introuvable. Finalement, il expira longuement en caressant ces cheveux dorés qui était à portée de sa main. Il se revoyait quelques heures plus tôt, sur le parvis de Fossedragon, au plein cœur de la bataille, alors que Maegor les défiait toujours, que la princesse Rhaenys luttait avec l’énergie du désespoir contre la Terreur Noire, que toute la ville brûlait. Il se rappelait Godric Lannister, perché sur un cheval blanc sali par les cendres et le sang, son expression de gâchis incommensurable lorsqu’il avait annoncé la terrible nouvelle. Et plus que tout, il se souvenait de Doran Tarbeck, le jumeau d’Allyria, tomber à genoux, hurlant, sanglotant, de rage, de tristesse et d’impuissance. Il serra la demoiselle de l’Ouest un peu plus fort contre lui.

Par les Sept, donnez-moi la force…

« Ally… » commenca-t-il d’un ton triste, continuant de caresser ses fils d’or.

Lentement, il défit leur étreinte, et ses mains se posèrent sur les épaules d’ivoire de la jeune femme. Il plongea son regard fatigué et insensiblement habitué aux horreurs de la guerre dans ceux, encore sous le choc, de la fille Tarbeck.

« Doran est au Donjon Rouge. Il a été très courageux, il m’a suivi toute la bataille. Nul doute qu’il fera un grand chevalier et un grand seigneur. »

Il était au désespoir, essayant tant bien que mal de retarder l’échéance inéluctable. Il n’avait pas connu Doran aussi bien qu’Allyria, bien entendu, ou même Ryman Crakehall ou d’autres enfants de son âge. Mais il l’avait tout de même connu, et sa parenté Tarbeck rendait la chose encore plus difficile, difficile à admettre, mais également à annoncer.

« Quant à Deran… »

Il expira un long moment, prenant les mains d’Allyria, comme pour la préparer à la tragédie. Puis, il fixa intensément ces deux yeux qu’il voyait braqués sur lui. Il se détestait d’être celui qui devait annoncer cette nouvelle.

« Deran est tombé, Allyria. Il est mort en sauvant Jasper Baratheon. »





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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Mar 5 Sep 2017 - 11:08




Allyria & Garett
To love another person is to see the face of God.

« A
lly… »

Il y avait dans la voix de Garett une grande tristesse qui m’alertait aussitôt. Ouvrant les yeux rapidement, je le laissais briser notre étreinte et l’observait baisser les yeux, avant de poser ses mains sur chacune de mes épaules. Je pouvais sentir mon corps tout entier se tendre et devenir de plus en plus froid à mesure que mon esprit prenait conscience de ce qu’il allait m’annoncer. Quelque chose s’était produit. Je pensais immédiatement à Doran. Il était mon jumeau, une moitié de mon propre être, je le saurais si quoique ce soit lui était arrivé… Du moins je l’espérais.

« Doran est au Donjon Rouge. Il a été très courageux, il m’a suivi toute la bataille. Nul doute qu’il fera un grand chevalier ou un grand seigneur. »

Je fermais les yeux un instant. Je le savais au plus profond de mon être, ce lien indeffectible que m’unissait à mon jumeau ne m’avait pas fait défaut, je savais que lorsque la mort de l’un de nous deux surviendrait alors l’autre le saurait… De l’amour pur, une union vitale, ou de la magie, les gens pouvaient bien mettre une quelconque dénomination sur cela. Ouvrant les yeux, je reprenais ma respiration, réalisant que mon souffle avait été coupé à la minute même où il avait prononcé le prénom de mon jumeau. Doran était en vie. Il avait combattu vaillamment et s’était illustré aux côtés de son chef. Une fierté immense m’envahie face à l’idée de mon frère en guerrier victorieux.

« Quant à Deran… »

Deran… Je me flagellais aussitôt de n’avoir pensé qu’à Doran. Comment avais-je pu être assez stupide pour ne me concentrer que sur mon jumeau alors que mon frère ainé lui également avait été au cœur de la bataille. Mais Deran était un jeune homme rusé, il l’avait toujours été. Sans doute avait-il été blessé et Garett redoutait ma réaction. Seulement Deran était fort, et si la blessure était importante je ne pouvais concevoir même qu’il ne puisse pas la surmonter… Nous avions déjà tant perdu, Alyn… Hadrian… Même Melara qui, certes, était en vie, mais nous avait été arrachée si tôt… J’observais les traits de Garett et lorsqu’il prenait mes mains entre les sienne, fixant mon regard d’un air sombre, je cru que la nausée qui me saisissait aurait raison de mes dernières forces.

« Deran est tombé, Allyria. Il est mort en sauvant Jasper Baratheon. »

Les mots avaient été prononcés, et je ne pouvais plus me dissimuler derrière ma naïveté d’enfant. Deran était mort. Je restais silencieuse, pétrifiée, le regard toujours fixé dans celui de Garett mais ne le voyait plus vraiment. Mes yeux s’étaient vidés de leur intensité et je n’étais plus réellement aux côtés de Garett. Je revoyais le visage de mon frère avant la bataille, ses cheveux indisciplinés… Je repensais à cet enfant distant et silencieux, observateur et réservé, ce petit garçon qui avait toujours eu du mal à trouver sa place dans notre fratrie si particulière. Je ne le reverrais plus… jamais ? Mes mains, toujours maintenues entre celles de Garett reprirent leurs tremblements de plus belle, et c’est mon corps tout entier qui semblait échapper à mon contrôle.

Mort.

Deran était mort.

J’avais si froid, comment était-il possible que j’eu si froid de l’intérieur ? Le cœur pouvait-il être gelé ? J’aurais voulu bouger, exprimer la peine qui m’étouffait progressivement, mais pour le moment rien ne venait pas même l’oxygène. Détachant mes mains de celles de Garett dans la précipitation, je me jetais sur la fenêtre. Il me fallait de l’air. J’étouffais littéralement, des petits bruits étouffés s’échappaient de ma gorge obstruée par le chagrin, l’ambiance étouffante et feutrée de la pièce dans laquelle nous nous trouvions ne m’aidait pas à reprendre mon souffle. Je me débattais quelques secondes avec la fenêtre afin de parvenir à l’ouvrir, et lorsque je parvenais finalement à laisser l’air pénétrer, je m’accrochais au rebord en bois pour ne pas m’effondrer aux pieds du seigneur de l’Ouest.

Je fermais les yeux, tentant de ne pas prêter attention à l’impression de démence que je renvoyais à Garett. Le sifflement de ma respiration s’apaisait et je me sentais à nouveau oxygénée, la panique redescendait progressivement. Je remerciais silencieusement Garett d’avoir respecté le silence alors que je me combattais moi-même pour accuser le choc. Il n’y avait rien à dire, et rien ne pouvait apaiser la peine qui me tuait. Je ne parvenais pas à éloigner les images des soldats blessés, les plaies sanguinolentes, les brûlures, les souffrances et les cris… Tout revenait me hantait et se mêlait à l’image de Deran. Son visage tuméfié, ensanglanté, l’air hagard ou pétrifié de douleur, autant d’images qui s’imposaient à mon esprit.

Je regardais mes mains, le sang qui souillait mon visage, ma robe… Ce sang était celui de Deran. Je sentais soudainement un besoin de hurler, de me débarrasser de tout ce sang, de frotter ma peau jusqu’à ce que celle-ci ne disparaisse. Je voulais oublier. Si seulement je pouvais oublier. Si seulement Deran pouvait passer le seuil et me prendre dans ses bras. J’avais pleuré à la mort d’Alyn, souri à celle d’Hadrian, et voilà que je pleurais un autre frère… Il ne restait plus que moi et Doran. Il ne restait plus que nous deux. Je pensais un instant à mon jumeau, au chagrin écrasant qu’il avait du ressentir, et ce même sentiment de culpabilité que je ressentais… Nous… Nous étions en vie. Et Deran était mort, lui. Le silence qui avait suivi l’annonce de la mort de Deran contrastait en tous points aux cris de déchirement et de peine suivant habituellement l’annonce de la mort d’un frère. Seulement je ne parvenais pas à crier, ni à pleurer. Je respirais à présent de manière saccadée, fermant les yeux avec force pour chasser les images chaotiques qui envahissaient ma tête. Je pouvais sentir la présence de Garett derrière moi, l’entendre se rapprocher de moi… Mais que pouvait-il faire pour alléger la peine d’une femme qui venait de perdre son frère ? Qu’y avait-il à dire au juste ? Qu’il s’était bien battu ? Qu’il était un héros de guerre ? En quoi cela pouvait-il alléger la douleur… Rien ne le pouvait…

Je me redressais et lâchais le rebord de la fenêtre pour reprendre mes esprits un instant. Il fallait que je me débarrasse de ce sang, que je me déleste de son poids écrasant. Le sang de Deran. Me retournant et fixant un instant mon regard brillant dans celui de Garett, je le dépassais sans plus un mot avant de me diriger d’une démarche vacillante vers l’alcôve à l’éclairage tamisée qui dissimulait une baignoire de fortune. Refermant derrière moi le paravent de lin blanc, je restais un instant immobile, le regard dans le vague. Je devais me concentrer. La concentration effacerait les images et les cris. J’entreprenais de défaire le tablier rouge de sang qui avait été accroché sur mon jupon, et je le laissais tomber au sol. Puis j’ôtais la robe qui dissimulait mon corset et les jupons. Concentrée comme jamais je délassais doucement le corset, diminuant par là même la pression exercée sur ma poitrine et mon estomac. Je respirais enfin. J’ôtais finalement ma chemise et restais un instant ainsi. Nue. L’image que me renvoyait le miroir avait tout du chaos. Ce corps fin et fragile était d’un blanc diaphane, mais était ponctué de marques marron… du sang séché. Le contraste était saisissant, entre la peau de mon ventre, de mes cuisses, d’un blanc immaculé, protégée de la souillure de la guerre, et la peau de mes mains ou de mon visage qui n’avait plus rien d’immaculé. L’eau du bain était fumante, sans doute venait-elle juste de quitter le feu qui l’avait chauffée. Je ne voulais rien d’autre que de m’y plonger, fermer les yeux et tenter d’oublier, et pourtant je restais là à contempler mon propre reflet dans ce miroir. Je pouvais voir le tremblement immaitrisable de mes mains, l’air de chagrin profond de mon visage, et les premières larmes s’échapper de mes yeux pour creuser un sillon humide au cœur du sang. Je m’étais attendue à contempler une petite fille triste, mais plus personne ne pouvait me méprendre avec une petite fille. Pas même moi. Les larmes silencieuses qui coulaient le long de mes joues étaient à présent abondantes, et contempler ma propre douleur devint soudainement insupportable.

La chaleur du bain eu au moins pour avantage de pousser mon corps tout entier a se détendre. La tension qui avait contraint mes muscles depuis l’annonce de la mort de Deran avait presque fait se bloquer mon cou et le bas de mon dos, et j’accueillais ce sursit avec soulagement. Si je devais m’avouer la vérité, une partie de la douleur que je pouvais ressentir avait à voir avec une culpabilité immense. La culpabilité de m’être sentie… soulagée. Soulagée d’apprendre qu’il s’agissait de la mort de Deran, et non de Doran. Deran était mon frère, mais la fratrie n’avait jamais été des plus unies, et si je me savais capable de me remettre du chagrin de la perte de Deran, la mort de mon jumeau aurait sans doute provoqué ma mort. Je devais me l’avouer, la culpabilité que je ressentais avait sans doute été plus écrasante que la seule nouvelle de la mort de mon frère.

Assise dans la baignoire, les jambes pliées et recroquevillées contre ma poitrine, j’enroulais mes bras autour de celles-ci, immobile. Déposant mon menton contre mes genoux, je laissais les larmes couler, toujours sans bruit. Arriverais-je un jour à laisser échapper les sanglots obstruant ma gorge depuis si longtemps ?

***

« La mort n’est rien Allyria, ce n’est que le renouvellement de l’âme »

La main de Daario semblait tracer des lignes invisibles sur la peau dénudée de mon dos. Allongée sur le ventre, je contemplais le vent s’engouffrer dans les rideaux et faire danser les branches fleuries qui ornaient la terrasse de mes appartements. L’air était chaud mais le vent le rendait plus agréable que jamais. Je pouvais sentir le corps nu de Daario à mes côtés, respirant lentement et profondément, absolument apaisé. La caresse de ses doigts était un simple effleurement mais je pouvais sentir la tendresse qu’il y insufflait.

« Vous et votre philosophie d’Essos… La mort est la fin de la vie, la fin, pas le début. »

Comme toujours lorsque nos points de vue s’opposaient, il se mettait à rire. Il y avait dans son rire et sa nonchalance quelque chose de charmant. Il n’était ni prétentieux ni méprisant, ce qui le rendait tout à fait touchant.

« Chez vous, les morts sont pleurés et regrettés… Chez nous, la mort n’est qu’une étape vers autre chose. »

Prenant appui sur mon bras droit, je me relevais légèrement pour le regarder plus directement, et lui dérober le terrain de jeu qu’était devenu mon dos pour lui.

« Donc si je venais à mourir demain, tu ne me pleurerais pas… C’est cela ? »

A la vue de son air décontenancé, je me laissais aller à sourire toute satisfaite que j’étais de mon effet. Après une simple seconde, son sourire repris sa place et il se remit à tracer d’invisibles lignes sur ma poitrine, visiblement très concentré à sa tâche. M’allongeant à nouveau mais cette fois sur le dos, je fermais les yeux et le laissais faire, n’attendant plus de réponse mais me concentrant sur le bruit de la mer lointaine et du vent. Cela ferait bientôt deux années que je vivais sur cette terre si éloignée de ce que j’avais toujours considéré comme ma maison. Cela ferait bientôt deux années que ma vie se résumait à l’apprentissage de diverses langues, savoirs et savoir-faire, à des journées d’apprentissages et de détente dans l’environnement ensoleillé de Pentos, ainsi qu’à des nuits dans les bras de celui qui se rêvait à devenir mon époux. Sans doute mon attitude était-elle immorale, et je ne doutais pas qu’il faudrait que cela ne cesse, mais je ne parvenais pas à me résoudre à tourner le dos à ce qu’il m’offrait. Un amour sans bornes.

« Bien sûr que je pleurerais si je devais te perdre. Ce que je veux dire, c’est que la mort n’est pas ce qui est à craindre… La mort est plus douloureuse pour ceux qui restent. »

Je respirais profondément et gardais les yeux fermés.

« Lorsqu’Alyn est mort, j’ai cru que jamais plus je ne pourrais sourire… Il était mon grand-frère, et l’homme que j’adulais le plus après mon père. Il y avait chez lui cette bonté que je ne retrouvais chez personne d’autre. Je l’aimais tant. J’ai traversé sa mort comme dans un rêve, incapable de prononcer le moindre mot, pleurant en silence dans ma chambre, assistant aux funérailles comme s’il ne s’agissait pas du corps de mon frère que l’on enterrait… Il était mort… Il était parti… Et il me laissait seule. Je ne sais pas si ce vide s’est refermé depuis. »

Son regard s’était porté à mon visage, étudiant mes expressions, prêt à bondir pour faire disparaître la douleur qui aurait pu affleurer. Mais je restais stoïque, ouvrant simplement les yeux pour le regarder intensément. Sa main délaissait mon sein pour caresser ma joue, et je pouvais lire dans son regard une tendresse infinie. Qu’y avait-il à dire à une jeune fille pleurant encore son frère ainé, retenant ses larmes et ressemblant d’autant plus à la petite fille qu’elle n’était plus.

« La mort est inévitable, ce que tu peux contrôler c’est sa mémoire. Chéri le souvenir de ton frère, garde en toi le souvenir de celui qu’il était et que tu aimais… C’est à travers toi qu’il continuera d’exister… »

***

Avais-je seulement la capacité de faire exister tous ceux que j’avais perdus ? Le souvenir de Daario, le soulagement pour Doran et Garett, la tristesse de la perte de Deran, tout ceci me semblait bien trop fort à supporter. Malgré moi je laissais échapper mon premier sanglot. Ce premier sanglot n’était que les prémices de ce qui s’échappait bientôt, cette fois je pleurais mais abandonnais le silence. Les sanglots étaient bien trop puissants pour que je parvienne à les dissimuler, à éviter que Garett ne puisse les entendre de l’autre côté du paravent. Tremblant littéralement sous le poids de cette tristesse qui me crevait le cœur, je laissais toutes les émotions de la journée s’échapper. Pour la première fois, j’acceptais cette vulnérabilité, je la laissais s’exprimer.

Cela faisait sans doute déjà un très long moment que j’étais entrée dans le bain puisque l’eau était devenue glaciale. Les sanglots semblaient ne plus vouloir s’arrêter. La nausée ne faisait que s’amplifier alors que je frottais de manière maladive les restes de sang qui souillaient la peau de mes mains. Le sang séché était déjà remplacé par les marques rouges laissées par l’éponge, mais je ne parvenais plus à m’arrêter. La nausée. Violente. Je me relevais d’un bond avant d’attraper le drap qui avait été déposé non loin de là à mon intention. Je m’en drapais et tentais de calmer la nausée qui me donnait le tournis. Mais bientôt il n’était plus question de savoir comment me retenir de vomir, mais bien comment y parvenir sans alerter l’homme qui se tenait dans la pièce attenante. Ma tête tournait, je trouvais enfin un pot sur lequel je m’effondrais avant de laisser la nausée m’emporter. La chute n’avait pas été légère et mon genou n’avait pas manqué de s’entailler sur un des objets attenants.

Respire.

Respire.

Essuyant ma bouche du revers de la main, je restais un instant silencieuse, mes cheveux trempés formant un halo doré sur mon dos et dégoulinant sur le sol et le drap qui me couvrait. Reprend tes esprits, Ally. Respire.

M’éloignant du pot, je m’asseyais finalement, toujours au sol, le dos contre le mur. Je basculais la tête vers l’arrière pour la laisser elle aussi reposer contre le mur et je fermais les yeux. Les larmes coulaient toujours mais il me semblait que le poids de la souffrance accumulée au fil de la journée s’était enfin allégé. La révolte physique qui m’avait accablée laissait progressivement place à un deuil apaisé. J’entendais déjà depuis de longues les appels de Garett de l’autre côté du paravent, mais étant incapable d’y répondre je n’avais pas réussi à l’éloigner ou le rassurer. Ouvrant les yeux, je constatais presque avec embarras qu’il était là, l’air plus inquiet que jamais. Quel beau tableau. Les yeux rougis par les larmes, le genou ouvert et saignant, les cheveux trempés mais à présent disciplinés au moins… J’étais pitoyable.

« Retourne dans tes appartements, Garett… Je vais… Ca va aller. »

Je ne voulais pas qu’il me voie comme ça. Je n’étais pas cette faible petite fille, je ne devais pas l’être, je ne voulais pas qu’il voie cela. Respirant avec difficulté mais profondément, je fermais les yeux une seconde, attendant qu’il ne me quitte et ne rejoigne ses appartements. Mais il restait là.

« Je vais bien… S’il te plait… »

Je cachais mon visage entre mes mains, tentant d’oublier tout ce qui venait de se passer, d’oublier la peine qui me tordait l’estomac, et mon envie de me réfugier dans ses bras à nouveau… de le laisser être celui qu’il ne pourrait jamais être pour moi…

WILDBIRD
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Jeu 7 Sep 2017 - 10:19

To love another person is to see the face of God.









Comme il avait craint ce moment. Comme il l’avait repoussé. Garett Lannister n’était pourtant pas homme à se défiler. Il s’était élevé aux côtés des Baratheon contre la tyrannie du Cruel, pour défendre les droits de Jaehaerys sur le Trône de Fer. Il s’agissait de réparer une erreur, celle de ne pas avoir soutenu le prince Aegon lors de sa tentative de révolte avortée, qui s’était soldée par sa mort à l’Oeildieu sous les regards indifférents d’une majeure partie des Sept Couronnes. Il y avait toutefois une raison plus prosaïque, en tout cas pour Garett. Maegor était un être violent, abject et impossible à raisonner, comme le montrait sa résolution du problème des ordres militants. Le Lannister tenait avant tout à l’influence de sa maison. Et soutenir et remettre sur le Trône de Fer un jeune roi encore enfant était la meilleure chose à faire pour gagner sa reconnaissance et pouvoir le faire s’aligner sur les meilleurs choix pour la maison de Castral Roc.

    Et pourtant.


Et pourtant, il avait craint comme jamais ce moment : la réaction d’Allyria à la mort de son grand-frère Deran. Il avait craint de voir le désespoir envahir la jeune femme. Et c’était exactement ce qui se passait sous ses yeux. Et pourtant, Garett avait volontairement passé sous silence les conditions de son décès, les considérant comme suffisamment atroces. On n’avait toujours pas retrouvé le corps, ou alors personne ne l’avait identifié. Garett n’avait pu que recueillir le témoignage du seigneur de Grandvue, Erryk Grandison, et surtout celui de Jasper Baratheon, sauvé de justesse par l’héritier de Château-Tarbeck. Dévoré par les flammes de la Terreur Noire, Deran Tarbeck avait succombé, littéralement calciné dans son armure qui avait fondu sur sa chair en feu. Le Lion réprima de peu un frisson d’effroi, quelle fin atroce.

Elle rompit le contact qui unissait leurs mains avec hâte, et se dirigea droit sur la fenêtre fermée. Immobile, tétanisé par ce qu’il voyait, Garett ne réagissait pas, se contentait de fixer avec attention Allyria alors qu’elle essayait visiblement de se contenir comme elle pouvait. Après une lutte éphémère contre la poignée soigneusement verrouillée, elle ouvrit la fenêtre et un vent chaud chargé d’iode et de cendres s’engouffra dans par l’alcôve. Où que l’on soit, il était impossible d’éviter l’odeur de la guerre dans Port-Réal. Au moins, le règne du Cruel était désormais achevé. Il la vit porter les mains à ses yeux, comme si elle prenait conscience de son état de saleté. Il sentait son désespoir, son deuil, sa tristesse. Tout cela était presque physique. Il se rappela le jeune chevalier Tarbeck dans son armure bleu ciel. Il frémit. Et dire que le désespoir et la tragédie avaient frappé tant de familles, aujourd’hui.

Finalement, Allyria se redressa et quitta le rebord de la fenêtre, essayant visiblement de reprendre ses esprits, de structurer ses pensées. Enfin, elle se retourna et son regard si profond tomba dans celui de Garett. Il crut sentir son cœur exploser sous le poids de la culpabilité qu’il ressentait et de la détresse qu’il lisait dans les yeux de celle qui comptait tant pour lui et depuis si longtemps. Il ne dit mot, et elle ne prononça rien non plus. Elle le dépassa finalement, le regard dans le vague, et s’éclipsa – tremblante, oscillante, hésitante – derrière le paravent qui abritait le baquet d’eau chaude apporté un peu plus tôt. Comprenant le besoin de la jeune femme d’être seule, Garett n’insista pas. Il jeta un regard à la chambre. Haussant les épaules, il referma la fenêtre. La température n’allait pas fraîchir avec la nuit, la canicule veillait à écraser de chaleur les nuits de chacun depuis trop longtemps. Mais les odeurs de dévastation qui montait de la paisible Baie de la Néra n’étaient pas vraiment nécessaires. Alors qu’il refermait la fenêtre, il surprit son reflet dans le verre finement fondu.

Il faisait peur. Il devait sentir fort, aussi. Il avait la figure maculée de poussière, de cendres et de sang. Ses cheveux étaient plaqués sur son front par la sueur de cette journée harassante. Il avait l’air immensément fatigué. Tout son corps le lançait, en particulier ses bras, ses côtes et ses mollets. Il avait beau être entraîné depuis longtemps à la guerre, rien n’était comparable à la journée qu’il venait de vivre. Et il soupçonnait fort que rien ne le serait jamais. Quoi qu’il advienne, il n’avait rien d’un suzerain. Il se prit à sourire de dépit. Il ressemblait plus à l’un des soudards de son armée. Et pourtant, tout le monde l’avait acclamé à son passage au septuaire. Il avait pourtant déjà abandonné son armure de bataille, lourde, endommagée et encombrante. Depuis, il avait toujours les mêmes affaires, une côte de mailles qui recouvrait une bonne partie de son corps, et un haubert seigneuriale de cuir richement décoré. Il restait un Lannister : le Lion de Castrall Roc rugissait fièrement sur son poitrail. Il entendit la jeune femme entrer dans l’eau de l’autre côté et se sentit tout troublé d’imaginer Allyria dans son bain, à quelques mètres de lui. Il secoua la tête, tachant de se reprendre et, finalement, s’allongea sur le dos, dans le lit. A peine avait-il fermé les yeux qu’il s’endormit profondément, comme s’enfonçant dans la literie.

* * *

Port-Lannis – An 47

Les cloches sonnaient à toutes bringues, leur sinistre avertissement planait au-dessus des toits. Castral Roc était le siège d’une activité fébrile, des hommes en armes courraient dans tous les sens. Des dizaines d’archers montaient à leurs postes sur les créneaux et aux meurtrières qui gardaient les accès au Roc. Des serviteurs se hâtaient d’emmener des œuvres d’arts et des trésors en sécurité dans les caves de la forteresse. Dans la grande cour principale, sur un destrier blanc nerveux qui tapait du sabot, Garett faisait de grands gestes et de grands moulinets de son épée au-dessus de sa tête, hurlant sur ses hommes qui essayaient tant bien que mal de se constituer en colonne de cavalerie dans la panique générale.

« Allez ! Allez, par les Sept ! Bougez-vous ! »

Lorsqu’il vit qu’une dizaine de ses hommes tenaient à peu près en selle, il enfonça ses talons dans les flancs de sa monture qui hennit de désapprobation avant de partir au grand galop. Toujours sous le coup de la panique, la petite colonne de cavalerie partie en grand désordre, avec plusieurs dizaines de mètres de retard sur le suzerain. Garett n’y prêtait même pas attention. Serrant du mieux les cuisses autour de sa selle, il galopait à grande vitesse, descendant la voix pavée qui reliait la colline au bout de laquelle trônait le Roc à Port-Lannis dont les glas qui sonnaient écrasaient le cœur de Garett. Il voyait les colonnes de fumées qui montaient du marché, du quartier des orfèvres et surtout de l’arsenal, du port, là où il avait vu de nombreux navires – trop nombreux – hisser les couleurs Wynch et incendier tous les autres bâtiments au mouillage ou à l’ancre.

Il passa sous le portail des remparts à grande vitesse alors que la colonne qui le suivait s’étiat formée pour avoir l’air un peu plus officielle, deux étendards rouges flottaient en tête. Traversant la ville aussi vite qu’il put, Garett dut finalement mettre pied à terre, gêné par l’afflux de citoyens fuyant les lieux des massacres en courant et en hurlant.

« Place, place ! »

Il courait à contre-courant, l’épée au clair, hurlant, jouant des coudes, bousculant. Plus loin, mêlés au son des cloches, on entendait les bruits des combats qui faisaient encore rage quelque part. Toute la population de Port-Lannis fuyait. Nombreux étaient ceux à continuer de courir, même une fois en dehors des remparts. Ils fuyaient vers le seul lieu de refuge qui leur venait à l’esprit : le Roc.

« Garett !! »

Une main puissante le saisit par l’épaule et le tira de la grande artère pour l’amener dans une rue secondaire jonchée de cadavres fer-nés et ouestriens. Godric Lannister, le regard concentré, une entaille au front, entouré d’hommes du guet de Port-Lannis surveillait d’un air impérieux la foule qui passait en courant. Au loin, l’escorte du jeune suzerain progressait difficilement à son tour. Le regard fou, le souffle haletant, Garett avait perdu toute retenue et attrapa son grand-père par le bras avant de le secouer comme pour exiger une réponse.

« Loreilei, Tommen ? Où sont-ils ? »

Godric le regardait en essayant de faire le point, essayant de se défaire de la surprise à voir son petit-fils dans un tel état. Il pointa la direction opposée à la foule, dans la rue secondaire. Le vieil homme vénérable semblait à bout de souffle.

« Sur le marché, près des quais. » parvint-il à articuler.

Sans attendre plus longtemps, Garett brandit son épée et s’élança dans la rue, son grand-père, ses hommes et les renforts de Castral Roc à sa suite. Alors qu’il courrait vers la grande place qui donnait sur les docks, les yeux du jeune Lion enregistraient de nombreux détails terrifiants qu’il ne parvenait pas à prendre en compte. Des cadavres jonchaient les rues, des maisons brûlaient, toutes sortes de choses avaient été jetées en travers des rues et des ruelles. Et ces cloches, toujours, sonnant et sonnant, prévenant tous les habitants du péril terrifiant qui les menaçait. Et finalement, à bout de souffle, en nage et la peur au ventre, il déboucha sur la grande place où se tenait d’ordinaire un grand marché aux multiples étals, où se vendaient pierreries en tous genre, objets d’orfèvrerie, épices et vins, légumes du Bief et de multiples autres denrées. Désormais, ce n’était plus qu’un champ de désolation. Les étals gisaient au sol, brisés ou renversés, mais admirablement pillés. Des dizaines de corps jonchaient le sol. Au loin, les quais étaient au moins autant détruits, de nombreuses épaves calcinées dérivaient ou avaient déjà coulé. Et au-delà, la flotte fer-née qui repartait déjà, toutes voiles dehors. Garett marchait vite vers la jetée la plus avancée dans la mer, tout en hurlant à ses hommes de chercher les corps. Lui, il n’avait pas encore vu de corps de sa famille, il voulait espérer qu’ils avaient pu se cacher. Quoi qu’il en soit, il voulait maudire ces Fer-Nés, qu’ils le voient les maudire. Et alors qu’il marchait, il reconnut soudainement une robe vert émeraude qui enveloppait une silhouette au gabarit qu’il ne connaissait que trop bien. Son cœur se serra et il sentit une vague de froid terrifiante lui enserrer les entrailles alors qu’il accourait en hurlant.

« Non, non, non. »

Il tomba lourdement à genoux, lâchant Lionne, qui rebondit par deux fois sur les pavés souillés, alors qu’il glissait vers le corps sans vie comme recouvert d’un linceul aux couleurs des Tyrell de Hautjardin. Il hurla, il hurla de dépit, de rage et de désespoir, face à celle qu’il reconnaissait par terre, alors qu’il prenait délicatement, sanglotant, cette femme qu’il avait aimé de tout son être. Il se laissa doucement chuter à terre, pleurant à chaudes larmes, enlaçant sa tendre Lorelei, respirant une dernière fois ce parfum qu’il aimait tant. Et il resta là, ce corps immobile entre ses mains, délicatement déposé sur ses cuisses, comme si Lorelei Tyrell s’était paisiblement endormie. Et il pleurait, pleurait, pleurait. Ces sanglots, il s’en souvenait comme si c’était hier. Ils le hantaient depuis lors.

* * *

Ces sanglots, ils les entendaient encore ce soir, cauchemardant de nouveau sur cette terrible journée. Et pourtant, il se réveilla brusquement. D’autres pleurs se faisaient entendre dans la pièce. Il émergea définitivement du monde des rêves et se redressa sur le lit. Il frémit en repensant à tout ce que cette guerre lui avait pris. Allyria lui revint brutalement en tête, et il se dressa sur ses pieds en appelant la jeune femme, pour s’assurer qu’elle n’avait pas de besoin particulier. Il entendit des bruits de déglutition, ce qui ne fit que renforcer son inquiétude. Finalement, après plusieurs appels sans réponse ne faisant qu’augmenter son inquiétude, il s’était approché du paravent, se faisant plus pressant.

« Retourne dans tes appartements, Garett… Je vais… Ca va aller. »

Le jeune homme hocha un sourcil surpris. Cela ne ressemblait pas à Allyria de se montrer si évasive, si distante malgré le drame. Il l’entendit inspirer puis expirer avec douleur. Têtu et véritablement préoccupé, Garett ne bougea pas d’un iota. Il connaissait suffisamment celle qu’il avait pourtant perdu de vue par la force des choses. Décidé, il contourna le paravent pour la rejoindre du bon côté. Son regard tomba en premier lieu sur le baquet d’eau désormais froide, teintée de rouge et de brun. Puis, enfin, il vit Alyria. Elle avait beau être comme prostrée, un genou en sang, des cheveux sauvages et trempés, il la trouva magnifiquement élégante, drapée dans un drap blanc éclatant, faisant ressortir son teint d’ivoire avec douceur.

« Je vais bien… S’il te plaît… »

Quelque chose surprit le suzerain dans le timbre de la voix d’Allyria. Il n’arrivait pas à formellement identifier ce que c’était, mais il sentait bien que ce qu’elle disait n’était pas forcément ce qu’elle souhaitait. Il était décidément confronté à une foule d’incertitudes, mais une chose était certaine et parfaitement claire dans son esprit : il lui était impensable d’abandonner celle qui comptait tant pour lui en ce moment terrible. Et pour lui, aussi. Il ne voulait pas se retrouver seul maintenant. Il avait besoin d’elle et elle avait besoin de lui. Cette pensée le rasséréna et il se laissa porter par ses réflexes, se voyant s’approcher d’elle dans son dos.

Il posa ses deux mains avec douceur sur le drap, à l’endroit où il épousait les formes de la taille de la jeune femme. Et avec douceur, il déposa un léger baiser sur la clavicule de celle qui s’était saisie de son cœur. Puis, doucement, il approcha sa bouche de l’oreille pour lui murmurer d’un ton qui se voulait aussi rassurant que possible.

« Allyria Tarbeck, je ne vais nulle part. Je reste m’occuper de toi. »

Et avec une infinie douceur, il se saisit de ses jambes et de sa taille, et la fit basculer avec douceur avant de la porter au-dessus du sol. Ceci fait, il essaya de ne pas trop la coller à lui, à sa peau et sa maille sales. Il la déposa délicatement sur le lit, allongée sur le dos, et s’en retourna lui chercher un verre de vin dornien. Cela l’aiderait à chasser l’aigre odeur de ses entrailles vidées derrière le paravent. Il remplit donc lui-même une coupe d’or ciselé et lui apporta rapidement, avec un pauvre sourire.

« Tiens. Je pense que cela te fera du bien, Ally. Et quand tu auras récupéré... Si tu peux m’aider avec ça… »

Il s’était assis sur le rebord du lit tout en discutant, et une fois qu’il se fût tut, il se retourna, dévoilant ainsi le complexe entrelacement des mailles dont il éprouvait un vif besoin de s’en débarrasser pour laisser une bonne fois pour toute derrière lui cette terrifiante journée.






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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Dim 10 Sep 2017 - 22:40




Allyria & Garett
To love another person is to see the face of God.

« A
llyria Tarbeck, je ne vais nulle part. Je reste m’occuper de toi. »

Alors qu’il déposait un doux baiser contre la peau de mon cou, je tentais de ne pas me laisser emporter par le sanglot qui menaçait de percer la carapace que j’étais parvenue à reconstituer. Ses mains qui se déposaient sur ma taille, alors que je m’étais levée avec difficulté, semblaient assez fortes pour m’empêcher de sombrer à nouveau. Je me laissais aller à croire que je pouvais à nouveau respirer sans sentir ma gorge se serrer et mes yeux se remplir de larmes. Se pouvait-il que le contact physique de la peau de Garett contre la mienne ait un tel pouvoir ? Il y avait toujours eu ce lien spécial qui rendait notre relation unique, ce besoin que nous avions d’être ensemble car l’un comprenait l’autre comme personne… J’étais plus jeune, et nombreux étaient ceux qui ne comprenaient pas cette amitié puissante qui s’était liée entre nous… Moi-même, peut-être, n’arrivais-je pas à concevoir l’importance qu’il avait eu dans ma vie.

Fermant les yeux à nouveau, épuisée, je le laissais se saisir de moi et me porter comme si je n’étais qu’une plume. Je déposais ma tête dans le creux de son cou alors qu’il quittait rapidement l’alcôve et rejoignais la pièce principale. Garett tentait de conserver une certaine distance entre nous, mais je ne parvenais pas à tenir droite alors que déjà je sentais mes dernières forces s’épuiser dans la bataille. Il me déposait délicatement sur le lit avant de me tendre rapidement une coupe de vin dornien que je vidais d’une traite.


« Tiens. Je pense que cela te fera du bien, Ally. Et quand tu auras récupéré... Si tu peux m’aider avec ça… »

La cotte de maille semblait d’une lourdeur infinie et il était évident que Garett en avait que trop supporté le poids. Déposant la coupe à présent vide sur la table de chevet, je me relevais et me mettais à genoux aux côtés du seigneur du Roc. Mes doigts fins entreprirent de délasser les nombreux liens fortement serrés, destinés à maintenir en place ce qui était censé être une protection dans la bataille. La maille était colorée de sang, au même titre que la peau du Lannister. Il était à première vue difficile de distinguer le sang versé par l’ennemi et celui provenant des quelques plaies superficielles qui ornaient la peau de Garett. Une coupure attirait particulièrement mon attention. Si le corps du jeune homme avait été protégé relativement efficacement – quoique je n’avais aucun doute sur la présence de nombreux hématomes – il semblait qu’une lame ne soit parvenue à entailler son cou. Les autres blessures tenaient principalement de l’égratignure, celle-ci semblait plus profonde.

« Tu es blessé… »

Délassant les derniers liens retenant la cotte de maille, je la laissais s’écraser aux pieds de mon ami avant de me rapprocher davantage pour examiner l’état de la coupure. Toujours à genoux sur le lit, penchée sur un Garett assis, je tentais de déceler des preuves d’infection. La plaie n’était pas profonde contrairement à ce que j’avais pu penser, mais le halo rouge qui se formait à son contour laissait penser à un début d’inflammation.

« Ne bouge pas. »

Ma voix s’était faite plus claire et déterminée. J’avais passé ma journée à soigner et reconnaissais à présent les signes de gravité concernant les plaies. Il n’y avait guère raison à s’inquiéter ici, mais il me fallait nettoyer la plaie. Je remerciais les Sept de m’offrir cette distraction bienvenue… je voulais oublier la douleur ne serait-ce qu’une simple seconde et soigner les blessures de Garett était une opportunité de le faire. Resserrant le drap autour de ma poitrine afin qu’il ne forme une sorte de robe de fortune, je me dirigeais vers la salle de bain où se trouvaient quelques huiles végétales souvent utiles dans la préparation d’onguent. L’huile de lavande était idéale pour calmer la douleur et surtout réduire l’inflammation, elle était également très appréciée pour parfumer le bain… Sans doute la raison de sa présence ici. Revenant dans les appartements, je constatais que Garett s’était levé.

« Ne vous ai-je pas demandé de ne pas bouger, Général ? »

Relevant un sourcil avec un sourire moqueur, je m’approchais de lui afin de le faire se rasseoir à l’endroit initial, repoussant la cotte de maille à l’aide de mon pied nu.

« Il me faudrait de l’eau chaude… Nous ferons avec ce que nous avons… »

De l’eau tiède avait été disposée sur une des tables de la pièce, sans doute pour permettre de se laver les mains ou bien de se rafraîchir. J’arrachais un morceau de tissu dans les quelques draps laissés à notre disposition et le trempais dans l’eau. Cela n’avait rien de très protocolaire, rien n’avait été stérilisé par le feu ou l’eau bouillante, mais il s’agissait plus de débarrasser Garett du sang qui maculait sa peau que de traiter sa coupure. J’espérais que l’huile de lavande serait suffisante, sinon il me faudrait parvenir à rejoindre le Sept et me procurer les herbes nécessaires. Munie du tissu humide et de la fiole d’huile de lavande, je rejoignais un Garett toujours assis cette fois. Je m’approchais de lui et lui faisais face avant de lui faire incliner la tête sur le côté.

« Rien de bien profond à priori… Mais vous êtes plus sale que les plus indigents de Port-réal et Port-lannis réunis… monseigneur. »

Un sourire amusé et sincère naquit sur mes lèvres alors que je voyais le visage de Garett s’illuminer à son tour. Ma main déposée sur le haut de sa tête l’empêchait d’esquisser le moindre mouvement, et c’est avec une douceur infinie que j’entamais de parcourir la peau de son cou et de sa nuque avec le tissu humide. Le sang qui disparaissait peu à peu laissait place à une peau claire, entaillée par endroits. Ne sachant trop s’il souffrait de ces entailles, j’entreprenais ces gestes avec la plus grande douceur, effleurant à peine les endroits où la peau était légèrement à vif. Je m’éloignais à nouveau afin de replonger le tissu dans l’eau tiède et le débarrasser du sang qui l’avait coloré. Revenant, je terminais mon travail sans empressement avant de jeter le tissu au sol. J’attrapais la fiole de lavande et en déposait quelques gouttes sur le bout de mon doigt avant d’entamer un geste très léger, à peine plus appuyé qu’un effleurement, sur la plus grande plaie.

« L’essence de lavande devrait réduire l’inflammation. »

Mes doigts délaissaient la plaie pour parcourir le reste du son cou, à la recherche d’autres égratignures pouvant nécessiter l’intervention de l’huile de lavande. Cette fois j’avais relâché le haut de son crâne, et je pouvais ressentir dans le voir directement le regard de Garett porté sur mon visage.

« Il semble que je sois destinée à panser tes plaies Garett Lannister. »

Croisant son regard, je comprenais rapidement qu’il ne voyait pas où je voulais en venir. Cette fois je ne parvenais pas à me retenir de sourire face à ce visage. Déposant mon index sur la légère plaie qui ornait sa joue, faisant écho à celle qui ornait mon visage à la suite de mon précédent séjour dans la capitale, j’y déposais une légère dose d’huile et m’y attardais plus que nécessaire.

« Tu ne te rappelle vraiment pas ? »

Souriant de plus belle, je restais silencieuse un instant, lui faisant toujours face, debout entre ses genoux écartés alors que l’ambiance était devenue presque étouffante de par la dose importance d’essence de lavande disposée sur le jeune homme.

« Tu devais avoir quoi… Huit ans? C’était juste avant… la disparition de ton grand-père. Nous avions encore une fois décidé de n’en faire qu’à notre tête. J’étais bien plus douée que toi pour escalader les murs… »

Je le taquinais, un sourire irrépressible aux lèvres, ma voix douce et tendre face au souvenir de notre enfance.

« Tu es tombé, et n’a pas loupé de blesser ton coude. Tu avais si peur que ton grand-père ne le voit que tu avais même pensé te cacher un temps… Nous sommes rentrés discrètement et c’est moi qui t’ai soigné. »

Je n’étais guère plus qu’une enfant, mais j’avais pris cette tâche sérieusement. Je ne pu m’empêcher de rire cette fois sans plus aucune de retenue, revoyant mon air poupon et les traits inquiets du petit garçon qui tentait d’échapper au courroux de son grand père. Je ne pu m’empêcher de me souvenir des suites de cet événement… Très peu de temps après Loren du Roc s’était éteint, et Garett était devenu seigneur. Tout avait changé dès lors. Si nous parvenions toujours à nous voir, il n’était plus question de jouer follement, et c’était un Garett plus sérieux et responsable que j’avais retrouvé. Puis il était parti pour devenir l’écuyer de Lord Brax, et nos entrevues s’étaient faites plus rares. Jamais nous avions cessé de nous écrire, et de nous voir autant que possible… Mais Garett avait changé, et notre enfance commune s’était terminée. Il était devenu seigneur et avait des responsabilités quand j’étais restée une enfant. La suite avait été logique, il s’était marié, avait affermi son ascendant sur le Roc, éloigné sa mère et pris le pouvoir pour devenir le seigneur et chef de guerre qui me faisait face ce soir-là.

« Tu n’as pas flanché, pas une seule fois tu as montré le moindre signe de douleur… Comme ce soir… »

Fixant mon regard dans le sien, je me rappelais de la dernière fois où nous nous étions vus, dans les ruines abandonnées au milieu de la tempête. Il y avait eu des cris, des injures, des pleurs, et… pour la première fois j’avais cédé à ce que je me dictais mon cœur depuis que j’avais déposé le regard sur celui qui avait été mon ami depuis toujours. Quelque chose avait changé entre nous, c’était indéniable, et j’avais été assez faible pour me laisser emporter par mes sentiments. Encore ce soir, alors que mon regard se mêlait furieusement a celui du jeune homme qui n’était qu’à quelque centimètres de moi, je ne pu m’empêcher de réaliser que mon corps tout entier était attiré par lui. J’étais debout, mon visage à quelques centimètres du sien, il me suffisait d’avancer légèrement et de retrouver le gout de ses lèvres sur les miennes… Quelques maigres centimètres.

Je me reculais vivement et me penchais pour attraper de nouveau le tissu que j’avais laissé tombé précédemment. Je me précipitais vers l’eau afin de le rincer, j’étais littéralement à bout de souffle et la tension qui s’était emparée soudainement de mon corps n’avait plus rien à voir avec celle qui m’avait dominée jusqu’à présent. Je peinais à retrouver mon calme alors que je concentrais mon esprit tout entier sur le morceau de tissu qui roulait entre mes mains.

« Il faudra que l’une des septa vérifie les potentiels hématomes, notamment à la poitrine et l’abdomen… »

Je me raclais la gorge et prenais une longue respiration.

« Je ne pense pas qu’il y ai quoique ce soit de sérieux, mais c’est nécessaire. Quant aux coupures l’huile de lavande devrait faire son effet. »

WILDBIRD
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) To love another person is to see the face of God    Dim 17 Sep 2017 - 21:05

To love another person is to see the face of God.









Il sentit le matelas de plumes s’enfoncer et sa forme se modifier alors qu’Allyria se déplaçait dans son dos. Il l’entendit déposer la coupe de métal noble sur la table de chevet en bois sombre. Il sentit ses doigts s’escrimer contre les nombreux liens de cuir et les attaches métalliques qui tenaient serrée la cote de mailles. Il n’avait jamais apprécié d’en revêtir, mais il fallait bien admettre leur utilité, notamment au niveau du cou, l’un des points faibles de pratiquement chaque armure. Heureusement, outre sa maille, il avait pu compter sur une armure lourde éclatante de dorures et de finitions. C’était elle qui l’avait protégé dans son difficile duel contre Ondrew Piète. Petit à petit, alors que la tension finissait de redescendre, des souvenirs, des images fugaces lui revenaient de la journée. Sa chute à cheval, juste après avoir franchi la Porte des Dieux, la pluie de flèches qui s’était abattue sur la cavalerie ouestrienne, la montée, Lionne au poing, jusqu’à Fossedragon, Balerion crachant le feu et la mort sur ses troupes, la défaite de la Main du Roi, les dragons des écuries royales, et puis tout le reste, jusqu’à la salle du trône.

« Tu es blessé. » déclara-t-elle simplement.

Avant qu’il n’ait pu déclarer quoi que ce soit, elle avait eu raison du dernier nœud qui retenait la cote de mailles qui s’effondra sur ses pieds et le sol avec un bruit mat. Ses épaules endolories par la masse qu’elles supportaient depuis presque toute une journée se détendirent avec reconnaissance. Il la sentit se pencher vers lui alors qu’elle examinait cette fameuse blessure là où lui ne sentait encore rien.

« Ne bouge pas. »

Il réprima un sourire bienheureux à l’entente du ton qu’elle avait utilisé. Intelligible et sûre d’elle, Ally était de retour, occultant déjà, du moins momentanément son deuil si violent. Il la vit se lever et traverser la chambre d’un pas déterminé, enroulée dans le drap qui lui servait de robe de fortune, épousant adroitement ses formes. Garett n’était qu’un homme – eh oui – et il ne put s’empêcher de se sentir légèrement rougir en constatant que le tissu était définitivement très près de la peau de la jeune femme. Tandis qu’elle disparaissait derrière le paravent pour aller chercher quelques objets mystérieux dans la salle d’eau, il se leva et s’étira comme il put, jurant intérieurement à au réveil douloureux de ses muscles violentés. Il se frotta les avant-bras dont il sentait qu’ils étaient couverts d’ecchymoses comme une bonne partie de son corps. Rien de définitif, en soi, mais le désagrément persisterait encore un moment. Il porta la main à la plaie qu’elle avait visiblement identifiée et ressentie une douleur aigue qui le fit grogner. Il ne l’avait pas sentie sur le moment. Il se pencha pour regarder la maille au niveau du coup. Il constata avec satisfaction et ombrage que les boucles métalliques étaient en effet rompues au niveau de son cou. Ceci dit, il suspectait la lame rapide et mortelle de la Main du Roi. Pourtant, il savait toutefois que cela pouvait tout aussi bien une flèche d’un archer particulièrement doué, ou chanceux, qui avait ainsi manquée de lui transpercer purement et simplement la gorge.

« Ne vous ai-je pas demandé de ne pas bouger, Général ? »

Avec un sourcil moqueur arqué, Allyria revenait vers lui alors que lui-même dévoilait ses dents dans un sourire aussi surpris que penaud. Elle le fit se rasseoir tandis qu’elle poussait du pied la cote de mailles tombée au sol.

« Il me faudrait de l’eau chaude… Nous ferons avec ce que nous avons… »

De l’eau chaude. Un moment, Garett eut peur qu’elle n’utilise l’eau souillée de son bain. Puis, il la vit se tourner vers un récipient qu’il n’avait pas vu et qui contenait visiblement de l’eau pure puisqu’elle s’en approcha déterminée. Elle préleva un morceau de tissu dans le lit et le laissa macérer dans l’eau quelques instants. Lorsqu’elle revint, il se rendit compte qu’outre le linge humide, elle tenait dans son autre main une petite fiole. Elle se plaça devant lui et lui fit incliner la tête sur le côté opposé à son estafilade. Il se sentit soudainement apaisé d’être si proche d’elle. Il réprima une soudaine envie de la serrer de nouveau dans ses bras et de sentir le contact de son corps contre le sien.

« Rien de bien profond à priori… Mais vous êtes plus sale que les plus indigents de Port-réal et Port-lannis réunis… monseigneur. »

Un sourire pointa aux lèvres d’Allyria auquel Garett ne put répondre que de la même facon. Leur regard se croisèrent l’espace d’un bref instant, et il lut dans celui de la jeune Tarbeck une multitude de sentiments. Il était heureux de la retrouver, et soulagé de la voir sourire de nouveau. Elle déposa une main sur le sommet de son crâne pour le bloquer solidement alors qu’elle s’apprêtait à traiter sa blessure. Elle appliqua bien vite le linge mouillé sur sa peau avec une douceur stupéfiante. Il levait les yeux vers elle, la regardant faire, détaillant ses traits élégants et l’intelligence qui brûlait dans son regard. Elle s’éloigna pour laver le tissu avant de revenir et d’achever de laver son cou sali. Elle lança le tissu au sol, visiblement peu concernée par l’état dans lequel elle laisserait la chambre et attrapa la petite fiole. Elle l’ouvrit, versa quelques gouttes sur son doigt et s’attela de nouveau à la tâche, déterminée. Une vive odeur de lavande commença à se faire sentir.

« L’essence de lavande devrait réduire l’inflammation. »

Il sentit ses doigts glisser le long de sa peau, parcourant le reste du cou, prospectant d’autres plaines. Il sentait une douce chaleur montait en lui, et il commença même à éprouver une vive sensation de désir qu’il avait déjà éprouvée et chassée de son esprit quelques jours auparavant. Il se concentra sur ces yeux qu’il avait en tout temps trouvés magnifiques.

« Il semble que je sois destinée à panser tes plaies Garett Lannister. »

Sans dévier le regard d’un instant, le suzerain de l’Ouest ne comtenplait plus les yeux de sa princesse de l’Ouest, mais la dévisageait d’un air interrogateur. Elle croisa brièvement son regard en continuant à lui masser le cou.

« Tu ne te rappelle vraiment pas ? »

Tandis qu’il arquait un sourcil d’incompréhension, il la vit sourire de plus belle, et il manqua de chavirer de ravissement. Il ne parvint pas à réprimer un toussotement léger, incommodé par la lourdeur de l’air chargé d’effluves de lavande.

« Tu devais avoir quoi… Huit ans? C’était juste avant… la disparition de ton grand-père. Nous avions encore une fois décidé de n’en faire qu’à notre tête. J’étais bien plus douée que toi pour escalader les murs… »

Sa voix s’était faite douce et tendre, souriante, alors qu’elle lui rappelait son manque de souplesse de l’époque. Il revoyait le mur ocre sur lequel courait une glycine montante, au-dessus d’une vénérable statue de lion, le tout sous un soleil éclatant et des bannières de rouge et d’or.

« Tu es tombé, et n’a pas loupé de blesser ton coude. Tu avais si peur que ton grand-père ne le voit que tu avais même pensé te cacher un temps… Nous sommes rentrés discrètement et c’est moi qui t’ai soigné. »

Les yeux de Garett s’agrandirent alors qu’il se souvenait de la scène. Oui, tout cet évènement lui revenait par brides incomplètes mais bien claires. Il se souvenait de la terreur et du respect qu’il éprouvait alors pour ce grand-père régnant. Le dernier Roi du Roc. Celui qui avait vu son armée se faire calciner avec la dynastie des Jardinier, lui qui avait été fait prisonnier par les Targaryen, et relâché après s’être agenouillé souverain pour se relever seigneur. Tout cela, c’était une autre époque, un autre monde, désormais révolus à jamais.

« Tu n’as pas flanché, pas une seule fois tu as montré le moindre signe de douleur… Comme ce soir… »

Sa voix avait pris un timbre plus intime alors que ses yeux revenaient sur ceux du Lannister. Il se sentit de nouveau happé par un tourbillon d’émotion qui s’en ressentait presque sur le plan physique tant il était violent. Il revoyait leurs retrouvailles au camp de base Lannister, puis dans ces ruines, au milieu de l’orage. Ils avaient chaviré ensemble. Ils étaient remontés ensemble. Et il le sentait, en la voyant ainsi : ils pouvaient sombrer de nouveau à tout moment. Visiblement, elle aussi s’en était rendue compte car elle avait vivement reculer, remettant de fait une distance entre eux et instaurant une certaine déception dans le cœur du Lion. Elle se pencha pour récupérer le tissu dont elle s’était débarrassée plus tôt et, le souffle court, alla rincer le tissu de nouveau.

« Il faudra que l’une des septa vérifie les potentiels hématomes, notamment à la poitrine et l’abdomen… »

Garett était touché par la prévenance dont elle faisait preuve. Il la vit se racler la gorge, tousser légèrement et inspirer longuement. Il voyait ce qui la troublait. Et cela, il ne savait pas s’il s’en réjouissait ou non. Et si… ?

« Je ne pense pas qu’il y ai quoique ce soit de sérieux, mais c’est nécessaire. Quant aux coupures l’huile de lavande devrait faire son effet. »

Il hocha la tête. Pour le coup, elle avait plus d’expérience que lui en la matière, toutefois, cela n’avait pas l’air véritablement compliqué. Déposant le haubert de cuir par terre qu’il avait enlevé plus tôt, Garett se leva et vint retrouver la jeune femme, alors que l’odeur entêtante de lavande de se mêlait à celle, délicieusement sucrée, de la jeune femme.

« Et moi, je pense que tu as fait de l’excellent travail et que tu devrais cesser de donner des ordres à ton suzerain. » lui répondit-il avec un grand sourire railleur.

Ce faisant, il la prit par ses épaules nues et la fit pivoter vers le lit tout en caressant imperceptiblement la peau diaphane qu’il avait sous les mains. Il la vit s’asseoir sur le lit, et se tourna à son tour vers le ligne qui stagnait entre deux eaux dans la bassine d’eau orangée. Il attrapa ledit chiffon et se tourna vers la jeune femme après l’avoir essoré au-dessus du récipient.

« Et maintenant, Dame Tarbeck, je vous serai gré de bien vouloir me laisser, à mon tour, m’occuper de vous soigner. Vous avez là un genou ouvert. »

Il esquissa une petite révérence aussi mondaine que moqueuse et s’agenouilla devant la jeune femme, se retrouvant soudain devant ses jambes nues et parfaitement sculptées. Il éprouva une certaine gêne à se trouver si proche de l’intimité de la jeune femme, et il se mit à rougir en appuyant avec autant de délicatesse que possible sur la plaie, rinçant et lavant le genou jusqu’à ce qu’il soit libéré et délivré du sang qui collait à sa surface. Il jeta un bref regard vers elle. Elle semblait tendue comme un arc. Il se remit au travail. Tandis qu’il terminait de frotter, son regard s’égara un bref instant vers l’intérieur de la cuisse d’ivoire qu’il apercevait. Il piqua un fard de plus belle et se releva, chancelant, pour aller chercher la lavande. Il revint vite, toujours aussi rouge, et déposa quelques gouttes sur la plaie avec un ton aussi caricatural que possible, reprenant les mimiques de la jeune femme.

« Je ne pense pas qu’il y ai quoique ce soit de sérieux, mais c’est nécessaire. Quant aux coupures l’huile de lavande devrait faire son effet. »

Il lui décocha un sourire sincère mais cela n’eut pas l’effet vraiment escompté puisque visiblement au bord de la crise de nerfs, Allyria se leva avec un sourire contrit et fit quelques pas comme pour reprendre contenance. Finalement, Garett se leva à son tour et alla déposer la fiole sur la table de nuit. Il resta là un moment, à regarder la jeune femme, se demandant s’il n’était pas à la croisée des chemins. Il haussa les épaules. Tant pis. Il voulait vivre, maintenant, pas plus tard. Il revint vers Allyria, et se placa directement devant elle, le regard sérieux. Il lui saisit les mains, les caressant doucement, comme s’il les tenait pour la première fois, et après une ultime hésitation – balayée d’un souffle - il se pencha vers elle et déposa ses lèvres sur les siennes durant un moment qui lui sembla une éternité tant les émotions se libéraient en lui une nouvelle fois.

« Nous avons gagné la guerre, Ally. Je suis heureux que tu sois avec moi, ce soir. C’en est fini des morts, des pleurs et de l’angoisse. Je suis avec toi, aujourd’hui et pour jamais, et bientôt, nous rentrerons tous chez nous. »




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