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 Au Lion, la Part du Lion

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Au Lion, la Part du Lion   Mar 29 Aoû 2017 - 11:06

Au Lion, la Part du Lion.











Descendant des collines de l’Ouest, un long serpent de pourpre et d’or suivait le tracé de la Route éponyme. Ils étaient nombreux. Ils portaient haut les couleurs du Lion des Terres de l’Ouest. Ils étaient riches, immensément riches et apportaient avec eux de véritables trésors. Ils étaient les Lannister de Castral-Roc et ils approchaient de Port-Réal avec toute leur maisonnée.

Vingt chevaliers ouvrant la marche d’un convoi comme on en voyait pas souvent en Westeros : trois carrosses, les plus beaux du Roc, roulaient en tête, suivant de près les fiers hommes liges de Garett et Alerie Lannister. Derrière, quatre-vingts hommes d’armes escortaient les voitures des gentes dames de l’Ouest. Alerie Lannister et sa sœur Wendy Piper occupaient le carrosse de tête, le plus grand, le plus majestueux, celui qui avait été utilisé par les rois et des reines du Roc. Derrière, suivait la mère du seigneur suzerain, Johanna Lannister, épouse de Byron Reyne, qui avait été invitée à cheminer vers la capitale aux côtés de sa maison d’origine. Enfin, arrivaient les deux cousines de Garett Lannister, Tyroa et Astasia. Fermant la marche, escortés par une cinquantaine d’hommes d’armes supplémentaires, plusieurs chariots transportant serviteurs et bagages des grands nobles de l’Ouest.

Chevauchant en tête de cet imposant cortège, Garett Lannister était entouré de ses chevaliers liés et de bannières au Lion rugissant. Ils étaient partis deux semaines auparavant, et touchaient désormais au but. Au loin se profilaient les hautes tours du Donjon-Rouge et les remparts d’Aegon qui ceignaient Port-Réal. Cela faisait deux jours qu’ils étaient entrés dans les Terres de la Couronne, là où la Route d’Or rejoignait la Néra. La fraîcheur du grand fleuve qui abreuvait la capitale était bienvenue, alors que le voyage s’était essentiellement déroulé au milieu des collines arides des Terres de l’Ouest.

Ils étaient partis tôt le matin, quittant la dernière auberge avant Port-Réal. Il faisait désormais chaud, et ils venaient de terminer de monter le dernier relief avant les portes de la capitale qui se trouvait encore loin, au milieu de sa plaine immense, cette même plaine où les armées des Rebelles s’étaient massées avant l’assaut sur le dernier repaire de Maegor. Il faisait déjà chaud, et les chevaux avaient déjà chaud alors que la grande partie du voyage du jour restait à faire.

Il fut donc décidé de faire une dernière halte. Garett retourna vers le grand carrosse suzerain qui cahotait paisiblement sur les pavés de la Route d’Or, premier à atteindre le sommet de la colline. Perché sur son cheval blanc, le jeune homme s’approcha de la fenêtre du lourd attelage. Il se pencha pour faire passer sa tête blonde dans l’encadrement. Son regard se posa tout d’abord sur Wendy, la seule dame de compagnie de son épouse à avoir fait le voyage alors qu’Allyria avait dû rester au Roc, astreinte dans la forteresse des Lions en raison de sa grossesse. Le suzerain salua d’un simple signe de tête la jeune sœur de son épouse alors qu’il cherchait, et trouvait, Alerie du regard.

Elle était là, installée sur la banquette des anciens souverains du Roc, l’air indécis. Alerie avait achevé sa mue et ressemblait désormais à la plus majestueuse des suzeraines. Son port-altier s’était relevé, elle s’habillait avec goût et ses émotions semblaient parfaitement maîtrisées. La trêve avait duré un an. Lors de leurs retrouvailles à Port-Réal, après la chute du Cruel. Pour le moment, tout se maintenait. Il fallait désormais qu’ils continuent ainsi, qu’ils avancent ensemble. Il repensa à Allyria, à l’enfant qu’elle portait, au produit de leur amour interdit, et du scandale qui menaçait. Et cela lui pesait, alors que les choses s’étaient arrangées avec Alerie.

« Nous allons faire une pause. Les bêtes sont épuisées par la chaleur et l’effort. Il nous reste encore un long trajet, nous arriverons ce soir. »

Quelques instants plus tard, le cortège s’était rassemblé en une espèce de bivouac très temporaire comme c’était l’habitude depuis le début du voyage. Les trois grands carrosses étaient parqués dans un coin soigneusement surveillé par plusieurs des soldats Lannister. Une grande tente provisoire était d’ordinaire dressée pour apporter un peu d’ombre, mais ce n’était pas le cas, on n’était plus très loin de Port-Réal et la pause ne serait que brève, une heure, deux tout au plus. Ceux qui n’avaient donc pas de tâche spécifique à accomplir flânaient, pour la plupart au bord des flots paisibles de la Néra, où les chevaux, accompagnés des cochers, s’abreuvaient et broutaient les herbes humides en bord du fleuve. Alors que tout le monde se réjouissait d’avoir enfin atteint le bout du voyage et que la détente générale était perceptible en tout point, Garett s’approcha tranquillement d’Alerie, lui offrant son bras.

« Ma Dame, puis-je vous proposer de faire quelques pas en ma compagnie, j’aimerais vous montrer quelque chose. »

Après un instant d’hésitation, d’incrédulité ou simplement de surprise, Garett n’aurait su le dire, elle accepta et déposa sa main sur son avant-bras alors qu’ils partaient tous les deux vers les arbres qui bordaient la route, de côté opposé où se trouvait la Néra.

Ils firent quelques pas, marchant durant plusieurs minutes jusqu’à ce que le brouhaha du convoi disparaisse, happé par les bruits de la nature. Ils traversèrent une sorte de très bref sous-bois à peine touffu, avant de déboucher sur une espèce de plaine herbeuse qui descendait en pente douce sur un immense panorama.

Au loin, brillaient les flots de la Baie de la Néra, promesse d’une mer chaude et salée, loin des eaux plus froides et pures de la mer du Crépuscule. Accroché sur son rocher, ceint par la vaste capitale des Sept Couronnes, le Donjon-Rouge toisait de haut la ville de Port-Réal. On pouvait suivre le cours de la Néra qui, descendant de l’Oeildieu, sinuait entre les champs, jusqu’à se fondre dans l’horizon, entre la silhouette de la capitale et les reflets du soleil sur la mer. Au Sud, à leur droite, se trouvait la masse touffue et indisciplinée du Bois du Roi, cette immense forêt située sur la rive septentrionale du fleuve. A droite, on pouvait apercevoir le tracé de la Route du Roi, la plus longue de Westeros, qui allait jusqu’à Châteaunoir, auprès du Mur, tout au Nord, bien après Winterfell. A peine visible sous la brume de chaleur recouvrant la plaine dévastée par la guerre un an auparavant, la silhouette du fief des Rosby sautillait, distordue par la température. Cela faisait pourtant un an. Un an que les armées de l’Ouest s’étaient rassemblées aux côtés de celles de l’Orage, envahissant les lieux, constatant que les récoltes brûlaient et pourrissaient sur place, alors que les champs avaient été abandonnés par les paysans qui avaient choisis de s’enfuir plus loin ou de se réfugier derrière les solides murs de Port-Réal. Depuis un an, la sécheresse n’avait rien épargné. Certes les vieilles cultures desséchées avaient été arrachées par les survivants, mais rien n’avait réellement repoussé derrière, et si Port-Réal se trouvait d’ordinaire au cœur d’une plaine fertile et agricole, bordé par ses plaines inondables, ce n’était plus qu’une vaste étendue désertique et aride où seuls quelques arbres vénérables semblaient tenir le choc à la lisière des champs.

Garett pointa quelque chose vers la gauche, au niveau de la Route du Roi.

« C’est là que nous avions monté le camp de siège. Certains se trouvaient le long de cette route, un peu plus bas, par là. »

Il désigna les travaux de terrassement toujours visibles, qui avaient permis de construire des fossés de défense autour du deuxième camp Lannister.

« La majeure partie de l’armée se trouvait avec moi, mais nous avions ici de quoi surveiller toute potentielle sortie des Loyalistes… Il y avait aussi quelques éléments des Baratheon. »

Il se décala pour ne pas gêner le champ de vision de son épouse.

« Et là-bas, le Bois du Roi. C’est là que le regretté Theodan se trouvait avec une grande partie de son armée. »

Il se tourna vers Alerie pour l’observer alors qu’elle découvrait sans doute une nouvelle vision de toute la région entourant Port-Réal. Il repensa à cette terrible journée au Roc, où ils avaient échangé des mots terrifiants. Se retrouvaient-ils un jour, seulement ? Ses pensées se tournèrent brièvement vers Allyria qui devait souffrir mille angoisses et peurs, seule dans la grande forteresse. Il l’aimait, mais le destin avait décidé qu’ils ne feraient pas leur vie ensemble. Une fois qu’elle aurait accouché, la jeune Tarbeck rejoindrait sans nul doute Castamere et ils ne se reverraient plus que rarement… Ce n’était pas du goût de Garett qui ne voulait pas la voir partir, et encore moins avec leur enfant.

Pourtant, son devoir n’était pas là. Il était envers sa terre, sa maison et sa famille, au premier titre, son épouse. Il la regarda un peu plus intensément. Ils cohabitaient, ils se supportaient, et la détente était complète entre eux. Toutefois, il n’y avait que peu de complicité. Les mots restaient. Alors, Garett, qui n’était pas un monstre malgré ses défauts, essayait de faire en sorte qu’elle puisse s’épanouir du mieux possible dans son rôle de suzeraine et les terres qui dépendaient d’elle aussi.

« Je pensais que cela t’intéresserait de savoir cela. » conclut-il d’un pauvre sourire légèrement penaud, alors qu’il se rappelait que la guerre n’était pas forcément la tasse de thé d’Alerie depuis le sac de Château-Rosières.







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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Mar 29 Aoû 2017 - 16:23




Au Lion, La Part Du Lion
Depuis les bourgades et les avants-postes de Port-Réal, on avait vu le cortège progresser à un rythme lent mais spectaculaire. Les sabots des quelques cinquante chevaux lancés au trot régulier depuis le lever du jour levait un grand nuage de poussière autour des trois carrosses, chacun flanqués de gardes grandement équipés. Les enfants étaient montés sur les toits et les arbres, les lavandières avaient laissé leur linge tremper dans l'eau, les homme porté la main à leur front pour se protéger du soleil. Tous suivaient des yeux, bouche bée et interdits, tant ils avaient peine à croire l'extraordinaire déploiement de faste et de puissance qui émanait du convoi aux lourdes bannières rouge et or frappé du Lion rugissant des Lannister. Si l'un d'eux avait jamais eu un doute sur leur fortune qu'on disait colossale, le doute n'était plus permis. Certains fronçaient les sourcils, agacés d'une telle démonstration de luxe, alors que la moitié du continent souffrait cruellement d'une sècheresse qui s'était abattu sur lui depuis le début de cette année 49. Mais pouvait-on décemment reprocher à Garett Lannister, héro de guerre, et celui qu'on appelait parfois "faiseur de Roi", de vouloir se présenter au couronnement imminent de Jaehaerys Targaryen sans le moindre sens féodal ?

Ouvrant la prestigieuse marche du cortège sur une monture de toute beauté, bien que la chaleur et la mauvaise route lui arrachait les premières mousses, Garett avait laissé ses chevaliers liés continuer le train, tandis que lui-même ralentissait le pas afin d'arriver à hauteur du carrosse principal qui transportait son épouse et sa dame de compagnie, Lady Wendy. Celle-ci, affairée à un travail de broderie, leva un instant les yeux de son ouvrage et offrit à son beau-frère un sourire charmant et respectueux. Mais ce n'était pas elle que le Sire de Castral-Roc cherchait du regard, perçant la fraiche pénombre de la voiture pour y distinguer la silhouette de sa femme. Celle-ci, a demi allongée entre les coussins et les voiles de fin tulles penthoshis destinés à éloigner les reflues de terre et de brises brûlantes, semblait regarder dans le vide, inexpressive, comme figée. « Nous allons faire une pause. Les bêtes sont épuisées par la chaleur et l’effort. Il nous reste encore un long trajet, nous arriverons ce soir ! » Pour toute réponse, Alerie ferma les yeux. Elle avait terriblement chaud, et malgré les efforts constants d'une fillette de dix ans agitant en permanence devant elle un long éventail de lin tendu, il lui semblait qu'elle allait fondre à chaque instant. La perspective d'une pause ne l'enchantait guère : si la Route d'Or était toujours aussi difficilement praticable, le mouvement permettait au faible vent de s'infiltrer à travers les remparts de bois et de tissus, et on arrivait tout de même à respirer. A l'arrêt, cependant, le carrosse aurait des airs d'Harrenhal sous le feu de Balerion La Terreur ! Aussi, lorsqu'elle entendit son époux lui dire : « Ma Dame, puis-je vous proposer de faire quelques pas en ma compagnie, j’aimerais vous montrer quelque chose. », la jeune femme réprima un soupir. Pourtant, le regard qu'elle finit par lui adresser n'était ni exaspéré, ni courroucé : il mêlait surprise, hésitation, et même une forme de crainte... A ses côté, Wendy posa une main sur la sienne. Alors, au prix d'un effort qui lui sembla surhumain, Alerie descendit du carrosse au bras de son époux.

« Ah...! » lâcha-t-elle, alors que d'un même temps, lumière éblouissante et chaleur étouffante l'enveloppèrent d'une langueur telle qu'elle menaça de chuter. Déjà, deux cavaliers allaient pour desceller et lui venir en aide mais Garett la rattrapait d'un simple mouvement de bras auquel elle s'accrocha, reconnaissante. Les yeux à demi fermés, elle porta une main tremblante à son cœur, noyé dans un flot de soie certes légère pour supporter les températures, mais d'un noir profond qui rappelait son cruel chagrin. Son deuil prendrait officiellement fin à leur retour à la Cour et pourtant, elle savait qu'il lui faudrait encore beaucoup de temps pour que le rire jovial de Lord Viktor ne résonne plus avec douleur dans un coin de son cœur. Elle restait fraiche, intacte, comme le jour où elle l'avait appris de la bouche de son époux : l'une des rares fois où elle avait lu une sincère compassion à son égard. Depuis, elle s'était retranchée dans la prière et le confinement, une lune entière dédiée au souvenir de l'autre, sans penser à elle. Ce soir marquerait son retour à la vie. Et sans doute plus encore qu'elle ne l'avait imaginé.

Retrouvant contenance au bras de Garett, celui-ci la mena en dehors du chemin tracé, d'abord par un sous-bois où l'ombre des arbres touffus les accueillie comme une oasis en plein désert. L'odeur précieuse des pins, rehaussée par ce que les arbres devaient concentrer toute leur sève du fait de la chaleur, apaisa ses sens un instant éblouis, et elle respira en longue bouffé la pleine saveur de la nature. Pour un peu, elle se trouvait transportée dans la quiétude de ses landes natales, et il ne manquait que le clapotis de la Ruffurque pour l'amener à Château-Rosières où, depuis le bâtiment principal, on sonnait la cloche du dîner. Alors, émergeant des eaux, la chemise retroussée sur ses avant bras musclés, la peau brunie par le soleil et le sourire aux dents étincelantes brillant sous le soleil, la haute silhouette de Corvin la prenait par la taille et la soulevait d'une traite, mouillant son corsage de ses mains encore trempées par ses essais de pêche à mains nues. Plus loin, Loric, tendant les bras pour lui aussi être porté, trébuchant dans les hautes herbes et rattrapé de justesse par Wendy, secouant la tête de réprobation et de ries mêlés, tenant Alysane par la main. C'était comme si elle pouvait sentir leur souffle contre ses joues, entendre les appels de Lady Laurine au loin tandis que leur père rentrait de l'inspection des granges... « C’est là que nous avions monté le camp de siège. Certains se trouvaient le long de cette route, un peu plus bas, par là. » La voix de Garett la tira de sa rêverie ; ils venaient de sortir du bois et devant eux, une large plaine s'ouvrait. Un an avait beau eu passer, les champs arboraient toujours cet air malade de contusion. Le feu dragon avait été remplacé par le feu solaire, et les blés dégageaient une odeur brûlée de décomposition. Elle failli vomir, et se retint au bras d son époux.

Lui continuait son récit, dépeignant par les mots ce qu'avaient été les prémices de la chute du Cruel. « La majeure partie de l’armée se trouvait avec moi, mais nous avions ici de quoi surveiller toute potentielle sortie des Loyalistes… Il y avait aussi quelques éléments des Baratheon. » A l'évocation de l'Orage, broyé sous les crocs de la terrible bête de Maegor, Alerie flancha. En temps normal, elle aurait suivi ses dires avec l'excitation rare de celle qui se passionne pour l'Histoire. Elle aurait sentit son cœur battre plus fort, tandis que lentement, la reconstitution aurait retrouvé un souffle de vie, dispersé un flot de tentes et de hérissements de chevaux, de bruits d'épées et de cris de guerre. Mais là, elle lui faisaient tourner la tête. « Et là-bas, le Bois du Roi. C’est là que le regretté Theodan se trouvait avec une grande partie de son armée. » Elle déglutit péniblement, cachant sa mine soudain pâle dans les replis de l'armure de son époux. Elle sentait brusquement les mots vouloir sortir de son corps, au même titre que son malêtre et sa peur grandissante. L'évocation du siège, de la mort et de l'horreur alors que pour eux devait commencer l'après, lui broyait le ventre. Et cela la terrifiait. « Ah, par les Dieux... » furent les seules syllabes qu'elle pu arracher de sa bouche pour mettre un terme à la macabre évocation. Elle ferma les yeux, se cramponnant à lui comme à un port de secours, ne cherchant plus à cacher son état sous des montagnes de dignité et de silence de circonstances.

La Mort. C'était comme si elle la poursuivait, comme si jamais véritablement, elle ne cèderait sa place à la Vie. Et pourtant... Il fallait bien continuer. Vivre. Pour le souvenir de ceux qui étaient tombés, là, sur ce champ de bataille ; ceux qui étaient tombés, là-bas, dans ce château ; ceux qui comptaient encore sur elle, dans ce carrosse, dans cette seigneurie nouvellement reprise. Et puis pour elle-même, aussi. Lentement, elle leva les yeux vers Garett qui étrangement, la regardait presque d'un air... désolé ? « Je pensais que cela t’intéresserait de savoir cela. » A nouveau, elle déglutit péniblement. Tout était déjà si compliqué entre eux... Pourtant, il l'avait voulu. Elle s'était pliée, sans résistance, avant que le deuil ne la replie sur elle-même. Elle n'aurait jamais pensé que ce jour viendrait. Et pourtant. Elle chercha un instant au sol, comme pour y trouver le courage, les mots nécessaires. Mais y avait-il autre façon d'annoncer pareille nouvelle ? Alerie eut un rictus maladroit, essayant de le rassurer. Mais la nature reprenait déjà ses droits, et la lueur qui brillait depuis quelques semaines dans son corps acheva de prendre le dessus : « Je... Non, bien sûr que je... Mais... C'est simplement que... Je suis enceinte, Garett. »


© Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Mer 6 Sep 2017 - 1:03

Au Lion, la Part du Lion.











« Je... Non, bien sûr que je... Mais... C'est simplement que... Je suis enceinte, Garett. »

Enceinte.

Alerie était enceinte.

Garett n’aurait su dire son état d’esprit à l’instant présent. Enceinte. Elle venait de lui annoncer cela comme s’il s’agissait d’une nouvelle dénuée d’intérêt. Enceinte. Elle portait la vie, elle portait l’espoir et l’avenir de la maison Lannister tant que Tommen n’était pas de retour au Roc. Enceinte. Elle était la suzeraine des Terres de l’Ouest, elle ne l’avait jamais été plus qu’aujourd’hui, annonçant avec cette espèce de maladresse qui l’avait un temps caractérisé. Enceinte. Qu’importait le sexe de l’enfant à venir de leur union, ce serait un Lannister de Castral Roc. Enceinte. Comme Allyria Tarbeck.

Une violente bouffée de culpabilité écrasa l’estomac du jeune suzerain qui continuait de regarder sa femme en clignant rapidement des yeux sans mot dire, terrassé par la nouvelle. Enceinte. C’était évidemment une nouvelle fantastique. Enceinte. C’était ce à quoi ils avaient décidé d’unir leurs forces et leurs caractères. Enceinte. Malgré les différends qui les avaient opposés, malgré les médisances de certains, malgré le passé difficile qui unissait désormais les maisons Lannister de Castral Roc et Piper de Château-Rosières. Enceinte. Il avait bien fallu une négociation en bonne et due forme, il avait fallu discuter avec Wendy Piper, la sœur d’Alerie, et autoriser le jeune Loric à rejoindre le Conflans pour rallier Torrhen Tully et ses bannerets. Enceinte. Résultat implacable de leur rencontre dans la chambre conjugale. Enceinte. Depuis combien de temps n’avaient-ils pas eu de relations charnelles désirées des deux côtés ? Avant son départ à la guerre, sans nul doute.

Enceinte.

    Par les Sept.


Ses pensées s’étaient tournées un bref instant vers la jeune femme de la maison Tarbeck, qui n’avait pas pu faire le déplacement car trop enceinte pour pouvoir bouger. Pourtant, le suzerain avait écrasé, tué Garett. En ce moment précis, Garett Lannister ne pensait pas par lui-même, pour lui-même. Il était le seigneur suzerain des Terres de l’Ouest de Westeros, le Sire de Castral Roc, le Gouverneur de l’Ouest du Royaume des Sept Couronnes, le Protecteur de Château-Rosières, le Jeune Lion, le Faiseur de Roi, auquel on annonçait la plus belle des nouvelles : il avait engendré un nouvel enfant légitime qui verrait le jour dans plusieurs mois. Il n’y avait plus de places pour l’amour ou même pour les actes non-honorables. Il ne restait plus que la cause supérieure, l’intérêt des terres sur lesquelles il veillait. La promesse d’un futur meilleur pour les Terres de l’Ouest… La promesse d’un futur meilleur entre les époux suzerains.

Spontanément, Garett se saisît des mains d’Alerie alors qu’il tombait à genoux devant elle. Il rompit le contact visuel pour plonger son regard dans le vide, prenant lentement conscience de tout ce que cela signifiait alors que l’émotion menaçait de le submerger. Une nouvelle fois, Lorelei Tyrell venait se rappeler à son souvenir. Il la revoyait, rayonnante et souriante, lui annoncer la nouvelle tout au sommet du Roc, là où même les nuages se faisaient rare et tournoyaient autour de l’aiguille rocheuse. Plusieurs mois s’étaient ensuite paisiblement écoulés alors que l’Ouest tout entier se préparait à la naissance de l’héritier du Roc et de l’Ouest, le fils de Garett et Lorelei, le Lionceau Doré, né de l’union entre la rose et le lion.

Mais cette fois-ci, le Lion était apaisé. Garett Lannister avait fait son deuil, et Lorelei n’était plus un spectre hantant sa vie. Elle était une présence réconfortante, se dissimulant au fond du cœur de Garett, un ange veillant sur lui et apportant sa silencieuse approbation, son discret soutien. Légèrement tremblant, le suzerain de l’Ouest se rapprocha du ventre de son épouse dissimulé derrière les amples tissus noirs de deuil. Après la mort, venait la vie. Le cycle éternel et originel. Il inspira, s’accaparant le parfum de son épouse, ce parfum qui avait été synonyme d’un amour fusionnel puis d’une crispation aussi forte que douloureuse.

« Alerie… C’est… »

L’émotion lui étreignait la voix alors qu’il ne parvenait à aligner plus de deux mots pour faire une phrase correcte. Il prit le temps de déglutir avec difficulté, ne lâchant pas les douces mains blanches de son épouse.

« C’est magnifique. »

Ce faisant, il se pencha légèrement en avant et déposa un baiser au niveau du ventre de son épouse. C’était le point d’orgue de leur trêve qui semblait durable. Avec la paix, le futur semblait s’éclaircir. Il prenait aujourd’hui, en vue de Port-Réal, une toute autre tournure. Cette naissance allait autoriser beaucoup de choses. Notamment le fait d’enfin repartir sur de nouvelles bases plus saines. Ils allaient tourner ensemble une nouvelle page, celle qui s’ouvrait sur un chapitre où ils marcheraient main dans la main. Voilà ce que Garett voulait croire en se relevant doucement, caressant les mains d’Alerie. Lorsqu’il fut complètement sur ses pieds, un large sourire éclairait désormais les traits du Lannister, comme cela n’était pas arrivé depuis des lunes, en tout cas pas depuis ce funeste jour de l’an 47. Aussi impulsif que d’ordinaire, Garett déposa un bref baiser sur les lèvres d’Alerie, avant de la prendre dans ses bras et de l’enlacer longuement, la laissant déposer son menton dans le creux de son épaule. Ils restèrent là un moment, profitant aussi bien de cet inédit moment de tendresse entre eux et de la paix qui semblait enfin s’installer entre eux. D’une main qu’il avait fait remonter à la base de la nuque d’Alerie, Garett caressait le cuir chevelu de son épouse avec douceur, lui murmurant à l’oreille :

« Tout ira bien. Tu verras. Je te protègerai. »

Il hochait la tête, comme pour s’en assurer lui-même.

« Père. Forgeron. Guerrier. Mère. Jouvencelle. Aïeule. Etranger. Je suis sien. Et elle est mienne. A compter de ce jour, jusqu’à mon dernier jour. »

Il terminait de répéter les vœux qu’ils avaient prononcé l’un face à l’autre dans le septuaire de Castral Roc, face au septon. Ce jour-là, ils avaient lié leur existence l’un à l’autre, pour le meilleur comme pour le pire, jusqu’à ce que la mort les sépare. Un enfant. Cela allait tout changer. Rien ne serait effacé, rien ne serait oublié. Mais Garett voulait croire que tout serait passé sous silence pour permettre à leur couple de fonctionner de nouveau. Il était désireux de laisser les cris et les menaces derrière eux. Ils étaient les Lannister de Castral Roc, le couple suzerain, Garett et Alerie, et ils avaient le monde à leurs pieds.





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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Lun 11 Sep 2017 - 15:17




Au Lion, La Part Du Lion
Le silence. Étouffant et réconfortant à la fois, une bouffée d'oxygène mêlé de fiel. Redouté et appelé de tout son cœur, crainte et volonté se mêlant au néant d'une réaction qui se perdait dans les méandres d'un conscient qui lentement, s'évaporait. C'était comme si pendant un court instant, elle avait perdu connaissance. Elle ne voyait rien, n'entendait rien, ne ressentait rien, si ce n'était les battements de son propre cœur arrêtés pour former les mots, et qui reprenait à présent doucement cependant qu'elle se sentait glisser vers le sol. Alors que la vérité s'échappait enfin de ses lèvres, elle sentait les forces s'échapper de son corps, menaçant de l'échouer à terre comme une coquille vide alors qu'au fond de ses entrailles, germait la vie. Elle se sentait lasse et libérée, tremblante et dégrisée. Elle réalisait alors combien la confession lui avait coûté ! A présent qu'elle sentait le poids du non-dit lentement la quitter, comme après avoir expié une faute, comme si elle prenait enfin conscience que tout cela était réel, elle prenait la pleine mesure de ce que tout cela signifiait. Pour elle. Pour le Roc. Pour Garett. Pour eux.

Depuis quelques semaines déjà, elle doutait ; une auscultation du mestre peu de temps avant leur départ pour la Capitale avait tout confirmé. Elle revoyait encore le sourire du savant, bienveillant, cependant que la silhouette à demi allongée et toute vêtue de noir contemplait d'un regard inexpressif, comme happé, les flammes du feu qui s'éteignait dans la cheminée. Elle percevait à peine la voix qui la congratulait, alors qu'elle portait une main tremblante à son bas-ventre, l'effleurant à peine. Comme pour ne pas abîmer ce qui prenait forme ; comme si elle craignait de le sentir. Inexplicablement, elle avait eu envie de rire et de pleurer en même temps. Un rire nerveux, des larmes incontrôlées. Seule celle sur le point d’enfanter peut connaitre cette sensation étrange où tout se bouscule, se mélange et se contredit, alors qu'un corps en abrite un autre. Pour Alerie, la sensation avait quelque chose d'irréel : elle ne s'était jamais imaginée, ou même rêvée mère. Elle ne s’était jamais véritablement sentie femme, et le seul homme qu’elle avait connu la repoussait à présent comme la peste. Il n’y avait qu’à se remémorer les rares moments d’intimité qui avaient préludé son état : des scènes froides, cliniques, où les gestes de douceur avaient remplacé des regards fuyants ou vides.

Pendant de longues minutes, elle resta ainsi en transe, les yeux fermés, incapable de trouver la force de faire face. Ce ne fut que lorsqu'elle sentit deux mains prendre les siennes, et le son assourdi d'un poids d'homme tombant au sol qu'elle réussit à ouvrir les yeux, brusquement. Ses doigts enlaçaient les siens, sa face était cachée. Il était tombé à genoux devant elle. Alors, elle écarquilla les yeux et instinctivement, eut un mouvement de recul. Mais il enlaçait si fort ses mains dans les siennes qu'elle était incapable de lui échapper, malgré sa posture prostrée. « Alerie… C’est… » Elle retint son souffle. Peut-être, après tout, avait-il changé d'avis. Peut-être allait-il à nouveau s’en prendre à elle, comme la dernière fois. Peut6être sa colère serait plus grande encore ! Tant qu'elle n'était pas enceinte, prouvée fertile, la répudiation était encore possible. Tout comme elle, il n'avait tiré aucun plaisir de leurs étreintes, et maintenant que la besogne était enfin accomplie, peut-être chercherait-il à contourner la réalité, peut-être... « C'est magnifique. » « ... ! » Un long frisson la parcouru alors, cependant que d’un geste inattendu, il baisa son ventre puis, se relevant, ses lèvres. Une caresse, puis une autre, qui réveillaient des émotions enfouies au plus profond de son âme et qui menaçaient de la faire flancher à nouveau.

Pourquoi ? Pourquoi la torturait-il ainsi ? C’était beaucoup plus simple de le haïr, doucement, sous un masque de dignité… Ou bien était-il sincère ? Se pouvait-il qu’après une année entière à se déchirer en silence, les Dieux les réunissent à nouveau ? Sinon, pourquoi cette douceur ? Pourquoi maintenant ? Simplement parce qu'elle lui annonçait attendre son enfant ? « Tout ira bien. Tu verras. Je te protègerai. » Elle tremblait. Complètement désemparée, décontenancée par cet homme qu’elle avait détesté, puis aimé, puis haï et auquel le liait à présent une forme de respect malsain, et à présent, un corps créé à deux. « Père. Forgeron. Guerrier. Mère. Jouvencelle. Aïeule. Etranger. » Il caressait ses cheveux. Il soufflait contre son oreille, l’auréolait de sa présence. « Je suis sien. Et elle est mienne. A compter de ce jour, jusqu’à mon dernier jour. » Elle était perdue. Il priait les Dieux, reprenant les paroles sacrées qui les avaient unies l’un à l’autre. Alors qu’il les avait bafouées plusieurs mois auparavant ! Que dire ? Elle avait beau être enceinte, rien, jamais rien n’effacerait le souvenir atroce de ses yeux noircis de colère qui la toisaient, prélude terrifiant à ses mains autour de sa gorge se resserrant lentement… lentement… Dans quel monde allait-t-elle accueillir cet enfant ? Une unique larme coula alors de ses yeux baissés. « J’ai peur… » murmura-t-elle alors, relevant doucement son visage vers le sien.

Un long moment, elle fouilla son regard, y cherchant à démêler le vrai du faux, la passion de la raison, ce en quoi enfin, elle pourrait croire. Elle s’y était déjà trompée une fois ; elle en avait payé le prix fort. Maintenant qu’ils avaient à nouveau une chance d’être à deux, elle ne voulait pas courir à nouveau ce risque. « J’ai peur, Garett… » répéta-t-elle, tandis qu'elle libéra une de ses mains pour la porter à son ventre. « Et si je n'en était pas capable ? S'il m'arrivait la même chose qu'à... qu'à... qu'à Honora... ? » L'image fulgurante, imaginée de nombreuse fois de sa sœur cadette à l'agonie, expiant les derniers germes de la vie dans une fièvre foudroyante, la baignant de sueur et de sang dans un lit tantôt glacé tantôt brûlant, lui arracha un cri à demi étouffé. « Et si cet enfant vient au monde... Qu'arrivera-t-il de lui ? » Les pleurs se mêlaient à ses cils, brouillant sa vue, strillant ses joues. « Tu as déjà un héritier. Tu as déjà un enfant de l'amour. Qui sera-t-il ? Je ne saurais exiger que tu l'aimes comme un fils ou une fille... mais... ne le rejette pas. Et si je venais à mourir... ne lui fais pas payer ce qui nous déchire... ! » C'était la première fois qu'elle osait mettre les mots sur ce qu'ils étaient devenus. Des amants éloignés, des êtres trahis l'un par l'autre. Deux aimants se rejetant mutuellement. Pouvaient-ils vraiment construire quelque chose, et élever un enfant ?


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Garett Lannister
OUEST
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MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Sam 16 Sep 2017 - 23:59

Au Lion, la Part du Lion.











Qui aurait pu penser que ce panorama, souvenir de morts et de terreur deviendrait pour Garett celui de l’espérance ? C’était plus qu’une simple grossesse que lui annonçait Alerie. Le sort de Tommen était toujours aussi incertain, empêchant le jeune suzerain de s’endormir une fois qu’il abandonnait les étreintes passionnées d’Allyria Tarbeck. Et lorsqu’il parvenait à se rassurer que tout allait bien pour son fils, que les Fer-Nés avaient beaux être cruels, ils n’étaient pas stupides et saisissaient sans aucun doute la valeur de l’otage qu’était l’héritier du Roc et des Terres de l’Ouest, la culpabilité de rompre ses vœux de mariage régulièrement lui tiraillait l’esprit. Et pourtant.

Et pourtant, aujourd’hui, c’était une nouvelle aube qui se levait sur le couple suzerain des Terres de l’Ouest. De l’amour, non. Il n’y avait plus d’amour entre eux, plus depuis ce terrible repas de l’an 47, peu avant le départ de Garett pour Port-Réal. Ce jour-là, leur amour si fusionnel, si charnel, avait été sacrifié, éventré sur la table de la salle à manger des suzerains et des anciens rois du Roc. Toutefois, avec le temps, avec les regrets et la honte, était venu le temps de la paix. Rien n’était oublié, rien ne le serait, mais ils étaient un couple, un duo, et ils devaient fonctionner en tant que tel. Le destin de millions de personnes reposait sur leurs épaules. Alors, dans l’espace public, ils faisaient disparaître ce qui les avait déchirés et se montraient unis, majestueux et absolus, car tels étaient les Lannister de Castral Roc.

Un futur. Un futur pour les Lannister, pour le Roc et les Terres de l’Ouest. Garett ne parvenait à se défaire de cette idée alors qu’il enlaçait tendrement son épouse dans un geste qui s’était raréfié depuis de nombreux mois. Ils restèrent un court moment silencieux, après qu’il se fut tût. Il avait l’impression de revenir des semaines, des éternités, en arrière. Il se souvenait de cette époque, où leurs étreintes étaient spontanées, réconfortantes et toujours plus douces. De cette période de félicité, il ne restait désormais plus qu’un désert saccagé et asséché, tant les larmes y avaient coulé.

« J’ai peur… »

Un murmure. A peine intelligible. Si discret, si léger, que Garett crut un instant qu’il avait eu une hallucination, confondant le bruissement de la brise d’Eté dans les frondaisons des arbres du sous-bois tout proche. Pourtant, lorsqu’Alerie se décala très légèrement, relevant lentement son visage inquiet vers le sien. Garett avait l’impression de redécouvrir le visage de son épouse, tant il avait été marqué par la haine, la colère et le dégoût qu’il avait pu y lire. Il était incapable de prononcer le moindre mot, comme tétanisé par cet instant de grâce qui semblait durer entre eux. Il remarqua le sillon léger et fluide de la larme qui s’aventurait le long de la courbe de la joue de la native du Conflans.

On disait parfois qu’un simple geste valait mieux qu’un long discours. Difficile de trouver meilleure illustration que ce qui leur arrivait. D’un geste délicat, Garett balaya la larme avec son pouce, l’écrasant contre la peau délicate d’Alerie et la bayant ensuite vers l’extérieur. Ils n’avaient pas besoin de mots. Il était encore trop tôt. Prononcer la moindre parole, ç’aurait été tout gâcher. Tout remettre en question, et laisser un torrent de ressentiments profondément enfouis jaillir au grand jour. Ou alors… Ou alors, tout ce long et difficile moment était derrière eux et ils pourraient continuer leur cohabitation sans crise ? Les pensées de Garett revinrent à Allyria, la femme dont il était tombé éperdument amoureux. Comment allaient-ils faire ? Qu’avait-il fait ? Que devait-il faire ? La culpabilité continuait de lui étreindre l’estomac alors qu’il ne pouvait se résoudre à rompre le contact visuel avec Alerie. Ses yeux, qui jadis avaient été si accusateurs, semblaient désormais implorants, paniqués, alors que la jeune femme était confrontée à l’épreuve que l’on attendait pour une suzeraine de son âge.

« J’ai peur, Garett… »

Elle rompit l’étreinte de leurs mains enlacées, qu’il avait lui-même complètement oubliée, pour la porter à son ventre qui ne laissait pour le moment rien paraître, dissimulé sous les lourdes étoffes noires. Il déposa sa main libre sur celle d’Alerie qu’il tenait encore, l’enfermant dans une cage protectrice. L’angoisse maternelle. Garett connaissait. Il avait vu Lorelei ressentir les mêmes craintes, et plus récemment, il y avait eu Allyria.

« Et si je n'en étais pas capable ? S'il m'arrivait la même chose qu'à... qu'à... qu'à Honora... ? »

Là était le véritable problème. Garett le sentit tout de suite. Il y avait plus que l’appréhension de la maternité et de la grossesse. Le suzerain de l’Ouest connaissait cette histoire. Comment la sœur aînée de la fratrie des Piper avait quitté la première le nid familial pour revenir sur ces terres ô combien encensées par leur mère. Elle avait épousé un Prestre, et un mariage s’était tenu à Feux-de-Joie. Hélas, quelques temps plus tard, la jeune femme décédait d’une fièvre rapide et implacable. Emportée, comme plusieurs autres dans la région à l’époque, en quelques jours à peine. Alerie poussa un cri à peine étouffé.

« Et si cet enfant vient au monde... Qu'adviendra-t-il de lui ? »

Garett rompit l’étreinte entre leurs mains et saisit la tête d’Alerie avec douceur, positionnant ses mains des deux côtés de sa nuque, plongeant son regard dans le sien, sans un mot, le trait préoccupé. Elle pleurait à chaudes larmes, essayant de papillonner des cils pour déloger les larmes de ses yeux embués.

« Tu as déjà un héritier. Tu as déjà un enfant de l'amour. Qui sera-t-il ? Je ne saurais exiger que tu l'aimes comme un fils ou une fille... mais... ne le rejette pas. Et si je venais à mourir... ne lui fais pas payer ce qui nous déchire... ! »

Cette dernière tirade fit à Garett l’effet d’un coup de bélier. Ses yeux semblaient comme agités d’une certaine forme de panique alors qu’ils semblaient incapables de se fixer, allant des yeux d’Alerie à son front, ses lèvres, ses joues, ses oreilles, encore ses yeux, pour continuer vers ses cheveux. Etait-il donc un monstre ? Donnait-il vraiment une image aussi terrible ? Si cela l’agréait envers les autres, il n’était pas acceptable que sa famille le voie comme cela. Ou alors, peut-être était-ce la violence des mots crus et justes qu’Alerie venait de mettre sur leur situation.

« Calme-toi. Arrête. »

Il lui caressait les joues de ses pouces situés de part et d’autre de son crâne, essuyant les larmes qui se trouvaient sur leur passage. Il devait prendre sur lui pour éviter de lui-même se sentir flancher alors que le constat que tous les deux avaient fait depuis des mois était évoqué de vive voix, entre eux, et eux seuls. Leur mariage était un échec, et ils se déchiraient. Dans une impulsion inexpliquée, il la ramena dans son giron, l’enfermant dans une étreinte protectrice alors qu’il lui caressait de nouveau les cheveux, lui déposant un doux baiser sur son front dégagé. Il voulait la rassurer, il devait la rassurer. Tout serait différent. Tout devait être différent.

« Tout se passera bien. Je te le promets. Tu n’as rien à craindre. »

Lui-même ne savait pas complètement ce dont il parlait, alors que ce pouvait aussi bien être la grossesse que la croissance de leur enfant. Leur enfant. Un bref tremblement de stupéfaction agita le suzerain qui continuait d’enlacer son épouse.

« Cet enfant viendra au monde, et il sera aussi beau que sa mère, et – j’espère ! – plus sage que son père. » lança-t-il avec un pauvre sourire sur le visage, pour essayer de désamorcer la situation.

A vrai dire, il ressentait le besoin d’étreindre cette femme, non pas par désir ou par amour, mais par compassion, par respect et au nom de leur complicité de jadis. Elle avait besoin de son aide, et il en allait de son honneur, de sa responsabilité de l’aider. Garett n’était pas un monstre. Il ne pouvait rester insensible à la détresse de son épouse, de celle avec laquelle il avait tant partagé en plus d’un an de vie commune. Alerie n’était pas une mauvaise femme. Et sans doute, dans un autre contexte, auraient-ils fait un beau couple, bien assortis et capable de bien des prouesses.

« Cet enfant, quel que soit son sexe, sera notre fils ou notre fille. Ce sera un Lannister de Castral Roc. Le Lion n’abandonne pas sa portée, Alerie. Je fais sans doute un piète félin par moment, mais jamais je n’abandonnerai aucun de mes enfants. »

Pardonne-moi.

Garett pensait sincèrement ses dernières paroles. Les Lannister avaient un sens de la famille très développé. Garett était jeune et impulsif. Et lorsqu’il avait prononcé ces mots, il avait immédiatement pensé à Allyria et l’enfant qu’elle portait. Cet enfant aussi, il aurait droit à l’attention et l’amour de Garett, restreint – hélas – par les convenances et l’obligation impérative de garder l’identité du père secrète. Il déposa ses mains sur les épaules de son épouse, la fit reculer légèrement pour la fixer droit dans les yeux, pour sonder cette âme si perdue.

« Tu es jeune, tu es bien portante et tu as le monde à tes pieds, Alerie. Ne mentionne plus cette hypothèse. Tu ne vas pas mourir tout de suite, enfin. Et si le pire devait arriver – ce qui ne sera pas le cas – sois assurée que je veillerai sur notre enfant de la même façon que je veillerai sur Tommen. Tu n'as pas à avoir peur. Je suis là, je veille sur toi et je le ferai jusqu'à mon dernier souffle, Alerie. »

Il déposa un nouveau baiser sur son front, en la rapprochant de nouveau pour la serrer encore un peu plus fort dans ses bras, comme pour l’enjoindre à chasser au plus vite ces noires pensées.

« Il va falloir que l’on réfléchisse à un prénom… Tu as une idée ? »






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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Mar 19 Sep 2017 - 14:45




Au Lion, La Part Du Lion
« Calme-toi. Arrête. » furent ses premiers mots. Ses gestes les accompagnaient, chassant les larmes mêlées de sueur qui étouffaient son visage livide, où la chaleur et l'anxiété ne dessinaient que faiblement deux frissons de rouge au niveau de ses joues. Sa douceur la fit tressaillir, autant qu'elle calmait les battements affolés de son cœur dont elle n'avait pas perçu l'emballement. Sa respiration s'accéléra, incapable de prononcer le moindre mot. Pourtant, il y avait tant de choses à dire. Quelque part, au fond d'elle-même, elle ressentait une furieuse envie de le repousser, de lui lancer un regard venimeux et de retrouver le cortège et la fraicheur apaisante de sa voiture. Mais une fois de plus, elle était incapable de bouger. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était fermer les yeux et laisser son toucher l'envahir d'une infinie langueur, comme celle qui l'avait envahie jadis. Elle savait qu'elle ne devait pas s'y tromper, qu'il ne s'agissait pas pour eux de reprendre leur tendre duo, mais c'était si doux de ne pas penser et de simplement se laisser aller... ! « Tout se passera bien. Je te le promets. Tu n’as rien à craindre. »

Entre ses bras, elle eut un petit rire qui pouvait aisément passer pour un soupire. Les hommes étaient si habiles pour se rassurer eux-mêmes qu'ils en oubliaient parfois trop vite qu'il en fallait davantage pour deux ! Mais pour une fois, Alerie se tue. Ce n'était pas le moment des remarques fines ou des pragmatismes froids. A cet instant, seul comptait pour elle la promesse que tout irait bien. Une promesse à laquelle elle avait envie de croire. Un an s'était écoulé, un an durant lequel de froid de respect, ils avaient trouvé un équilibre de bonne intelligence. Et si leurs moments d'intimité ne devaient servir qu'à la procréation d'un héritier, paradoxalement, regarder vers l'avenir les avaient à nouveau rapprochés. Deux adultes. Consentants. Envahis du même idéal de devoir. « Cet enfant viendra au monde, et il sera aussi beau que sa mère, et – j’espère ! – plus sage que son père. » Un nouveau petit rire sorti d'entre ses lèvres. Belle ? Elle ? Le fait qu'il puisse l'affirmer avec autant de panache ne trahissait de trop qu'il n'avait pas connu Honora ! D'ailleurs, elle avait plusieurs fois parié avec Wendy que si Artos Prestre ne l'avait pas devancé, sans doute Garett se serait lui aussi laisser prendre aux charmes de leur cadette. La Beauté des Eaux. Quant à sa sagesse... Ni elle ni Garett n'en avaient beaucoup possédé. Ce n'était pas leur force, mais celle de leurs ainés. Peut-être qu'elle sauterait une génération ? « Cet enfant, quel que soit son sexe, sera notre fils ou notre fille. Ce sera un Lannister de Castral Roc. Le Lion n’abandonne pas sa portée, Alerie. Je fais sans doute un piète félin par moment, mais jamais je n’abandonnerai aucun de mes enfants. »

Elle leva alors les yeux vers lui. « Tu es jeune, tu es bien portante et tu as le monde à tes pieds, Alerie. Ne mentionne plus cette hypothèse. Tu ne vas pas mourir tout de suite, enfin. Et si le pire devait arriver – ce qui ne sera pas le cas – sois assurée que je veillerai sur notre enfant de la même façon que je veillerai sur Tommen. Tu n'as pas à avoir peur. Je suis là, je veille sur toi et je le ferai jusqu'à mon dernier souffle, Alerie. » Elle cherchait des ses yeux. Elle fouillait son âme. Cette âme noircie par la colère qui lui avait tant fait horreur et qui, par des moments trop rares, avait le don de se colorer d'un prisme de tendresse. Comment faisait-il pour être si changeant ? Était-ce le prix à payer pour sa grandeur ? Son nom ? Sa richesse ? La marque qu'il laisserait dans ce monde ? Plus d'un an déjà qu'on l’appelait "Faiseur de Roi", plus d'un an que la tempête qui avait fait rage au Roc s'était levée pour ne laisser que les cendres d'une passion trop vite consumée. Combien de temps durerait cet état de grâce ? Le temps de sa grossesse ? « Jure-le moi. Jure-moi que tu ne m'abandonneras pas. Que tu ne nous abandonnera pas. » s'entendit-elle alors exiger.

Ils n'avaient plus rien à perdre. Sinon leur dernière chance d'être heureux. Ils pouvaient continuer comme ils l'avaient fait depuis un an. Dans un respect mutuel, une silencieuse entente sur les choses du quotidien. Mais si cet enfant pouvait pérenniser ce qui ne constituait pour le moment qu'une très entre eux, ils n'avaient pas le droit de le laisser passer. Ravalant à grands renforts de pénibles déglutitions son indomptable fierté, Alerie prit alors entre les siennes les mains de son époux. « Jure-le moi. Et je jette aux Sept Enfers le vœux que j'ai fait à Castral-Roc il y a un an. » L'image, gravée dans sa chaire, dans ce doigt entaillé au dessus de cette table de salle à manger rougie à jamais de son sang frais, restait vive et intacte. Égale à celle, plus torturante encore, que celle des bras de Wendy entourant et réchauffant son corps meurtris. Je le tuerai. Je les tuerai tous ! avait-elle murmuré contre les jolis cheveux blonds, alors que la douce voix reprenait délicatement une comptine d'antan. Elle avait juré. Juré qu'elle se vengerait des horreurs et des malheurs que la famille Lannister avait propagé sur les siens, sur sa vie en lambeaux. Elle avait juré que cette grossesse ne changerait rien. Mais la présence d'Allyria, l'amie d'enfance de celui qu'elle avait décidé de haïr jusqu'à la mort, et les efforts de sa cadette, ainsi que les siens pour ne pas faire payer à son nouveau peuple les déboires conjugaux qui déchiraient les suzerains, lui avaient déjà adouci le cœur.

« Et il va falloir que l’on réfléchisse à un prénom… Tu as une idée ? » Elle se mordit la lèvre. Bien sûr qu'elle avait une idée. Plusieurs même. Mais pour lui montrer sa bonne volonté, et parce qu'elle savait combien le souvenir des siens lui était tout aussi important qu'à elle, elle murmura dans un sourire : « Si c'est un garçon... Serait-il trop tôt qu'un "Loren Lannister" laisse à nouveau sa patte sur le Roc... ? » Elle n'osait encore lui dévoiler son souhait le plus cher d'appeler son enfant d'après sa mère si les Dieux leur donnaient une fille. Comment réagirait-il ?


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Garett Lannister
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MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Dim 1 Oct 2017 - 23:09

Au Lion, la Part du Lion.











« Jure-le-moi. Jure-moi que tu ne m'abandonneras pas. Que tu ne nous abandonneras pas. »

Le Lion toisa son épouse d’un regard sincèrement stupéfait. En étaient-ils donc arrivés là ? A un point où Alerie l’interrogeait sur le fait qu’il pouvait abandonner sa propre portée. Quel piète Lion ferait-il alors ! Jamais les Lannister n’abandonnaient les leurs, pas même dans la pire des adversités. Garett avait été élevé ainsi, et il entendait bien faire incruster ce principe dans l’âme de tous ses enfants. Quelques instants plus tôt, Alerie avait mentionné Tommen. Un enfant né de l’amour. Etait-il au moins toujours en vie ? Cruel était le destin, Garett n’en avait aucune idée. La guerre civile sur les Iles de Fer avait dynamité tout espoir de contact, et il était plus que probable que le petit héritier avait été oublié quelque part, ou pire…

C’était alors la première fois qu’Alerie parlait de Tommen de manière aussi directe. Pout Garett, le sujet était aussi sensible que l’avait été la disparition de Lorelei. Il ne supportait pas de savoir son enfant prisonnier si loin, et lui dans l’incapacité de pouvoir aller le chercher. Cette fois, il tenait sa revanche très prochaine. Il savait qu’il trouverait à la capitale les appuis nécessaires pour l’aider à terrasser la Flotte de Fer et retrouver son fils. Et pourtant, alors que le sujet éveillait d’ordinaire de sombres fureurs intenses chez le suzerain, cette fois, il n’en était rien. Il continuait de regarder son épouse, hébété. Arriveraient-ils donc à finalement trouver la paix ? Elle lui prit les mains, plongeant son regard de future mère dans le sien.

« Jure-le-moi. Et je jette aux Sept Enfers le vœu que j'ai fait à Castral-Roc il y a un an. »

Ce serment, cette malédiction, Garett s’en souvenait comme si c’était hier. Il se revoyait, faisant face à une épouse qui l’avait défié après avoir souillé la mémoire de Loreilei, sans respecter ni le deuil du Lion, ni le fantôme de celle qui avait eu la grâce d’une princesse. Il se souvenait de la fureur froide, meurtrière et totale qui l’avait envahi ce jour-là. Jamais il n’avait ressenti plus grande fureur, pas même le jour de la mort de Lorelei. Si les gardes n’avaient pas demandé au travers de la porte si tout allait bien, il aurait probablement fini par étrangler Alerie pour de bon. En réplique, Alerie lui avait fait un serment de sang. Celui que jamais plus elle ne se laisserait faire. Par superstition autant que par prudence, il s’en était abstenu. En réalité, il n’avait eu vraiment l’occasion d’affronter une nouvelle fois son épouse. Il était parti du Roc très peu de temps après leur déchirement. Des mois sur les routes, puis le siège et enfin la bataille pour la capitale. Lorsqu’elle était apparue, arrivant de l’Ouest dans un cortège princier, la trêve s’était installée d’elle-même, sans qu’ils en parlent. Depuis, elle durait.

Toutefois, entretemps, Garett avait trahi ses vœux de fidélité en entretenant une liaison avec la délicieuse Allyria Tarbeck. Et le pire, c’est que cela était désormais devenu récurent. Récurent au point que l’amante du suzerain de l’Ouest était tombée enceinte, ne laissant aucun doute sur l’identité du père. Un futur bâtard suzerain était donc en route, et à l’heure où ils parlaient, l’enfant illégitime verrait le jour sous quelques semaines. Dès lors, comment pouvait-il prendre avantage de la situation actuelle et profiter de cela pour se libérer du serment d’Alerie. Il ne le pouvait pas. Si son épouse apprenait un jour la liaison qu’il entretenait avec Allyria, elle le maudirait deux fois plus pour ne pas lui avoir révélé, et encore plus d’avoir tiré parti de la situation du moment. Il ne pouvait pas le faire. Il serra les dents, ne sachant que dire, et se contenta de caresser les mains de son épouse d’un air sérieux.

Dans un murmure et un sourire, Alerie Lannister, suzeraine du Roc, répondit à sa dernière interrogation.

« Si c'est un garçon... Serait-il trop tôt qu'un "Loren Lannister" laisse à nouveau sa patte sur le Roc... ? »

Une vague d’émotion reconnaissante envahit soudainement le cœur de Garett. Il ne s’était pas attendu à cela. Loren Lannister, en mémoire du dernier Roi du Roc, du premier suzerain des Terres de l’Ouest et du grand-père légendaire de Garett. C’était plus qu’un membre illustre des Lannister. C’était un personnage historique. Une sommité dont le nom traverserait les âges. Et quel bel honneur que de nommer leur fils ainsi. Le jeune suzerain ne pouvait qu’être touché par l’attention, d’autant plus qu’il savait que cela devait coûter à son épouse. Pourquoi diable les choses étaient-elles si compliquées entre eux ? Ils auraient pu avoir une si belle vie, à deux…

Il se pencha sur elle pour lui déposer un nouveau baiser sur les lèvres, y restant peut-être plus longtemps qu’il ne l’avait prévu, savourant ce contact particulier qu’était le visage d’Alerie, réveillant de vieux souvenirs qu’il avait cru complètement consumés. Bien vite, cependant, il se prit à repenser à Allyria et rompit délicatement l’étreinte, plongeant son regard dans les yeux de son épouse.

« C’est une excellente idée, Alerie. Et si c’est une fille ? Tu dois avoir une idée derrière la tête, autant y penser aussi, non ? » lui demanda-t-il avec un sourire.

Il avait toujours rêvé d’avoir une petite fille. Une petite princesse, aux cheveux d’or et au sourire éclatant. Malgré tout, le suzerain en lui tempêtait à cette idée. Il leur fallait un fils. C’était nécessaire. Si Tommen ne revenait pas, il faudrait un héritier au Roc. La lignée principale ne pouvait s’éteindre. Ceci dit, Tommen reviendrait. Il le fallait. Et c’était là l’idée qui avait germé dans la tête du suzerain quelques semaines plus tôt lors d’une réunion avec le conseil de l’Ouest. Il n’avait pas encore eu le temps ni le bon moment pour l’amener à Alerie. Il la regarda, caressant une joue de son épouse.

« Il y a une chose dont j’aimerais m’entretenir avec toi. Cela concerne Tommen. »

Sa voix était faible, il murmurait presque alors que l’appréhension lui tordait les cordes vocales. Il devait lui dire. Il devait se montrer brave et essayer de faire comprendre à son épouse qu’il ne souhaitait ni éliminer ses futurs enfants de la ligne de succession, ni bafouer sa place en allant quérir un reliquat de la présence de Lorelei Tyrell dans sa vie.

« Je souhaite demander l’aide de Robart et du royaume pour m’aider à retrouver mon fils, Alerie. J’ai besoin de toi… Je ne sais pas si j’arriverai à le faire sans toi. Ce n'est pas mon héritier que je veux retrouver. Je veux sauver mon fils, pour le moment mon fils unique, enlevé par des barbres infâmes. »

Et puis, enfin, il se souvint de la proposition d’Alerie, celle de le faire jurer en échange de l’abandon de son serment de sang. Il ne pouvait décemment pas lui demander pareille chose. Il devait la convaincre de ne pas le faire, ou elle se sentirait trompée – à raison – si elle finissait par découvrir le pot-aux-roses.

« Et quant à ce que nous disions plus tôt. Je ne te demande pas de jeter aux Sept Enfers ton vœu. Tu l’as appelé par la force du sang, tu le jetteras si tu me trouves digne de ton pardon. Pas avant. Mais je jure, sur tout ce que j’ai de plus cher, sur ma vie, sur mon honneur de Lannister et sur tous les dieux nouveaux et anciens, que je te protégerai, toi, et nos enfants. »







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Alerie Lannister
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MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Lun 23 Oct 2017 - 13:33




Au Lion, La Part Du Lion
« Serait-il trop tôt qu'un "Loren Lannister" laisse à nouveau sa patte sur le Roc... ? » L'idée lui était venue sans malice, comme une évidence, et sans doute un peu naïvement. Pour recoller les morceaux. Pour offrir un avenir à cet enfant. Pour enterrer les horreurs et les douleurs qu'étaient les leurs depuis un an, malgré leurs efforts. Sans vraiment réfléchir aussi. Une fois de plus, les mots s'étaient bousculés et avaient franchi sans retour la barrière quelque peu tremblante de ses lèvres. Les uns après les autres, sans espoir de les arrêter, comme un flot indomptable, tel l'émoi qui la secouait depuis qu'elle avait encré dans le réel son futur état de maternité. L'envie de tout arranger, d'un seul coup, comme par magie, simplement par la force des mots. Mais à mesure qu'elle réalisait ce qui lui arrivait, qu'elle réalisait ce qu'elle venait de dire, une nouvelle vague de crainte la prenait au corps. Et elle gémit. Comme un animal blessé, l'être sans défenses qu'elle était devenue. Et, durant un fragment de sconde, elle se surprit à maudire ce corps qui se pliait non plus à sa volonté propre, mais à celle du germe qui poussait lentement au creux de ses reins...!

Loren Lannister. Avait-elle vraiment envie de ce nom pour son fils ? Égoïstement, elle elle voyait cet enfant comme sien, avant d'être un fruit conjoint. Aussi, fallait-il qu'elle l'abandonne, lui-aussi, au grand dessein de Garett Lannister, à l'âme empoisonnée de rêves de dynastie ? Tel était le lot du suzerain, qui plus était du descendant d'une lignée de Rois. Penser au nom, à l'empreinte à laisser sur le monde. Un autre pion, comme il aimait à dire. Un pion. N'était-ce pas cela qu'elle était, dans le fond ? Malgré la trêve, malgré la place qu'elle fait su prendre, c'était toujours la même crainte qui depuis un an, lui nouait les entrailles. Pourtant, Garett avait été jusqu'alors singulier de compréhension. A l'apogée de sa gloire, entré à Port-Réal en vainqueur, il avait trouvé à ses côtés une épouse digne de son rang, un rang qu'elle avait apprivoisé et modelé à sa manière, et qui portait haut les couleurs d'un pays adopté. Elle se souvenait encore de son regard brillant lorsqu'elle était descendue de voiture, parée en Reine, la maitrise de l'étiquette jusqu'au bout des mains gracieusement posées dans les siennes. Et si cette année de paix et de Régence avait eu son lot d'épreuves - la sècheresse, la mort de son père et les visites nocturnes peu intuitives de son époux - Alerie s'était imposée. Comme châtelaine. Comme oreille attentive aux doléances du peuple. Et plus d'une fois, avec révérence et tact, elle avait su insuffler chez lui un souffle bien à elle. Forte de cette expérience, pourquoi craignait-elle dès lors qu'il lui refuse ce choix ? « C’est une excellente idée, Alerie. Et si c’est une fille ? Tu dois avoir une idée derrière la tête, autant y penser aussi, non ? »

Une excellente idée. Le ton était formel, un peu trop pour un futur père. Elle eut soudain envie de le gifler, déjà sa main se levait, traçait la ligne brute de ses muscles saillant sous le pourpoint de voyage, remontant puis... redescendant, abdiquante et contrôlée, sur sa main qu'elle prit entre les siennes. « C'est que je... Oui, mais... » « Il y a une chose dont j’aimerais m’entretenir avec toi. Cela concerne Tommen. » Son élan s'arrêta net dans sa gorge, sec et brûlant comme si elle avait été étranglée par une main en feu. Son visage se figea, soudain pâle à faire peur, les grands yeux ouverts sur le néant, comme pour ne s'abreuver de rien. Rien. Rien n'avait d'importance, rien si ce n'était encore et toujours les Lannisters. Elle voulu hurler. Comment osait-il lui parler de son fils alors qu'ils projetaient d'un nom pour leur enfant à naître ? Pourquoi la rabaisser ? Pourquoi à ce point, dans ce décors de nature, et alors que personne n'était là pour les entendre ? « Je souhaite demander l’aide de Robart et du royaume pour m’aider à retrouver mon fils, Alerie. J’ai besoin de toi… Je ne sais pas si j’arriverai à le faire sans toi. Ce n'est pas mon héritier que je veux retrouver. Je veux sauver mon fils, pour le moment mon fils unique, enlevé par des barbares infâmes. » Elle déglutit péniblement. En être qui a soif de tout, mais qui se sait déjà intanchable. A courir derrière des chimères, des espoirs sans corps, trop vite apparus pour être sustints. Elle courrait après les jours heureux, les mains tendues, tremblante, vers ce qui lui semblait plus que jamais englouti. Dès lors, que lui répondre ? Son ventre se tordait, criait, appelait au secours. Regarde moi ! Regarde ce que je suis devenue !

Il lui sembla qu'elle resta une éternité muée dans le silence. Incapable de quoi que ce soit, tant elle craignait de libérer sa rage. Se contenir. Encore. « Et quant à ce que nous disions plus tôt. Je ne te demande pas de jeter aux Sept Enfers ton vœu. Tu l’as appelé par la force du sang, tu le jetteras si tu me trouves digne de ton pardon. Pas avant. Mais je jure, sur tout ce que j’ai de plus cher, sur ma vie, sur mon honneur de Lannister et sur tous les dieux nouveaux et anciens, que je te protégerai, toi, et nos enfants. » « Nos enfants. » fit-elle alors, relevant les yeux vers lui, une nouvelle lueur dans les yeux. Leurs enfants. C'était comme une promesse. Une lumière dans la nuit noire, un chant qui l'enveloppait toute entière et dont elle ne pouvait que se laisser bercer. Sombrer, à nouveau, comme à l'ordinaire. Y croire, au moins une dernière fois. « Je ne sais si celui-ci verra le jour, et tu comptes déjà sur le prochain. » Elle eut un petit sourire. « Après tout, pourquoi pas. Les Lions vivent en meute, après tout ! » Faire fi des petites voix qui lui chuchotaient la garde, la prudence. Le Lion est fourbe ! Qu'elles se taisent. Il veut mes enfants. Une bouffée d'orgueil gonfla sa poitrine. Nos enfants. Galvanisante, l'idée se rependait comme une trainée de poudre dans tout son corps.

Alors, de nouveau, elle prit ses mains, se redressa, vrillant son regard décidé dans le sien. « Je t'aiderai. Je viendrai avec toi. Et nous délivreront le Prince du Roc des immondices qui depuis trop longtemps, crassent nos eaux et menacent nos rivages ! » C'était presque comme si elle avait craché. Nos eaux. Nos rivages. Oui, elle avait faite de l'Ouest sa terre. Oui, elle rêvait secrètement d'une Baie du Lion. Peut-être pas pour sa gloire, mais par esprit de revanche. Après tout, elle était native du Conflans. Les Fer-nés avaient asservit son peuple bien avant qu'ils n'aient osé s'attaquer à Castral-Roc. Le souvenir du Chenu était encore trop présent le long des rivières, et comme toute fille des eaux, elle ne pouvait que ressentir une joie mauvaise à l'idée de les faire disparaitre une bonne fois pour toute !


© Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: Au Lion, la Part du Lion   Dim 5 Nov 2017 - 1:02

Au Lion, la Part du Lion.











Alors que les frondaisons alentours se balançaient dans le lit d’un alizé régulier venant maintenant du Sud, Garett se demandait s’il pourrait vraiment parvenir à enfin reprendre le contrôle de sa vie. Il avait tant d’épreuves à traverser, tant de situations qui demandaient son expresse attention. Les Fer-Nés, Tommen, Allyria, Alerie, et tout le reste : le Conflans, Château-Rosières, Dorne, le Bief, et Port-Réal. Les Lannister étaient partout, les Lannister étaient impossibles à éviter et on se devait d’avoir affaire à eux pour la plupart des problèmes d’importance que traversaient Weseros. Arianna veillait à leurs intérêts à Lancehélion, Elenei à la Griffonnière, Godric à Port-Réal, Eresys aussi, mais également à Hautjardin. A cela, il fallait ajouter Allya à Accalmie, et le gouverneur Lefford qui s’occupait plus ou moins du Conflans encore aujourd’hui.

Et pourtant, malgré tout ce qu’il avait en tête, il avait envie de croire qu’un jour, il parviendrait à prendre le temps de respirer, de souffler et de contempler l’œuvre de sa vie : le chemin parcouru par la maison Lannister depuis l’accès au pouvoir du premier suzerain au Lion né seigneur et vassal, et non pas Roi.

« Nos enfants. »

Le regard que son épouse plongea dans le sien rappela à Garett un temps désormais révolu. Celui du début de leur relation, de leurs premiers écarts, et finalement, de leur mariage. Une union pas forcément réfléchie, chacun obéissant au rôle qui était le leur en cas de telle situation. La lune de miel avait duré quelques semaines avant ce terrible déjeuner. Allaient-ils seulement pouvoir oublier ce jour ? Sans doute pas. Pardonner, par contre, peut-être. Avec le temps. Cela faisait pourtant plus d’un an, et malgré cela la blessure restait là, béante, brûlante. En sortiraient-ils seulement un jour ?

« Je ne sais si celui-ci verra le jour, et tu comptes déjà sur le prochain. »

Alors qu’elle laissait entrevoir un faible sourire, Garett voulait lui assurer que tout irait bien, horrifié qu’il était de l’écouter simplement laisser entendre que leur enfant pouvait venir à mourir. C’était pourtant le lot de bien des bambins dans les Sept Couronnes. Elle ne lui en laissa cependant pas l’occasion, reprenant.

« Après tout, pourquoi pas. Les Lions vivent en meute, après tout ! »

Garett laissa échapper un sourire plein de tendresse, presque un peu stupide. Il oubliait ses ennuis devant tant d’enthousiasme. L’exaltation de son épouse était contagieuse. Cela faisait trop longtemps que le Roc n’avait pas résonné des cris et de rires enfantins. Et pourtant, si pour ceux qui n’étaient pas né dans la pourpre du foyer des Lannister, la forteresse ancestrale des Castral pouvait être froidement majestueuse, il n’en était rien pour la dynastie au Lion. Les enfants des rois et des princes d’antan faisaient de la forteresse immense et imprenable leur domaine de jeu. Les grands couloirs creusés à même la roche, les jardins en terrasse, les hautes tours de garde, les galeries lourdement décorés, les cryptes et les mines devenaient autant d’endroits où se jouaient de grandes quêtes opposants les Lionceaux à des dragons, des Autres et quantités d’autres dangers terrifiants. Les garçons sauvaient les filles et l’on fêtait ensuite la victoire dans les cuisines autour d’un goûter plein de douceurs sucrées.

Une nouvelle fois, Alerie se saisit de ses mains pour le fixer au plus profond de ses yeux, les faisant communier une nouvelle fois. Si leur mariage n’était pas un naufrage, ce n’était pas non plus une franche réussite, et ça ne le serait sans doute jamais. Mais au moins, ils pourraient faire front commun pour leurs enfants, leur offrir la meilleure vie possible.

« Je t'aiderai. Je viendrai avec toi. Et nous délivreront le Prince du Roc des immondices qui depuis trop longtemps, crassent nos eaux et menacent nos rivages ! »

S’inclinant devant son épouse, Garett porta les mains qui tenaient les siennes à sa bouche pour y déposer un baiser aussi reconnaissant que soulagé. Maintenant, ils allaient pouvoir unir leur force pour libérer Tommen. L’Héritier rentrerait au Roc. Garett s’en était fait le serment. Qu’importait comment, qu’important le coût que cela demanderait, qu’importait le temps que cela prendrait, Tommen Lannister, fils de Garett Lannister et Lorelei Tyrell, héritier de Castral Roc et des Terres de l’Ouest reviendrait chez lui.

« Merci… »

C’était tout ce qu’il fut capable d’articuler, la voix étranglée par l’émotion et la reconnaissance. Il desserra lentement les doigts de son épouse pour la saisir aux épaules et l’amener contre lui, la serrant plus fort qu’il ne l’avait jamais fait. Garett se détestait de la trahir comme il le faisait. Mais comment expliquer ? Comment avouer ? Comment confesser qu’il avait trahi tous ses vœux pour une femme dont il était tombé éperdument amoureux ? Comment lui expliquer que celle-ci était enceinte ? Comment expliquer cela sans faire exploser cette paix actuelle ? Lui, le Faiseur de Roi, le Jeune Lion, le vainqueur de la guerre, le co-instigateur de la révolte contre Maegor, le Boucher de Château-Rosières, le Sire de Castral Roc, le chef de la maisonnée Lannister, le suzerain des Terres de l’Ouest, buttait-il vraiment devant un problème en apparence aussi anodine qu’une infidélité ? Eh bien, oui. Garett Lannister n’était pas un mauvais homme, et il voulait absolument éviter qu’Alerie ne souffre de ses choix irréfléchis mais ô combien chers à ses yeux. Un autre se serait sans nul doute contenté d’exposer placidement les faits, expliquant que c’était ainsi et pas autrement, mais pas Garett. Pas lui, non. Lui, il voulait impérativement sauver toutes les faces de sa vie, et en même temps. Le suzerain chassa toutefois vite le jeune homme pour revenir aux moutons actuels.

« J’arrangerai un dîner avec mon cousin Robart et son épouse, cela nous permettra de rencontrer nos pairs et alliés. Si le moment est opportun, j’aborderai le sujet. »

Comme souvent lorsqu’il pensait à un sujet qui le préoccupait, Garett plissa le nez en retrouvant le regard de son épouse.

« Je ne sais pas ce que nous allons retrouver à Port-Réal. Le couronnement aura fait venir bon nombre de nobles… Mais de là te dire qui peut nous aider et qui peut nous nuire…. »

Il haussa les épaules en désignant un vague objet gigantesque imaginaire désignant l’immense quantité de personnes présentes au Donjon-Rouge.

« Je peux d’ores et déjà te rappeler de te méfier du Maître des Chuchoteurs. Lui, ce n’est vraiment pas notre ami. On a beaucoup parlé de sa maîtresse l’Araignée du Piète, méfie-toi aussi d’elle. Elle était en prison lors de notre dernière visite mais… elle est toujours là, dans les grâces de Daenys. Je ne sais pas s’il y en a d’autres. Rien ne me vient à l’esprit, pour le moment. N’oublie pas d’en parler à ta sœur, qu’elle ne fasse pas de mauvaises rencontres. »

Il soupira, regardant la capitale des Sept Couronnes qui semblait si paisible, accrochée à ses collines. Quel panier de crabes… Les Sept seuls savaient ce qui les attendait dans la cité des Dragons. Et pourtant, ils y étaient fort attendus. Au même titre que les Baratheon d’Accalmie, les Lannister du Roc étaient les libérateurs de Port-Réal, les sauveurs des Sept Couronnes et les artisans de la chute de Maegor. Cela leur conférait forcément un statut particulier, bien différent du reste des nobles de Westeros. On attendait de les voir apparaître, pour la première fois depuis une année. Et une fois les festivités terminées, bien malin était celui ou celle qui pouvait dire quand les fiers Lions reviendraient à Port-Réal. Garett fit pivoter son épouse pour l’amener face au panorama et à la cité qui brillait de mille feux. Là, il déposa son menton contre l’épaule d’Alerie et resta là un long moment à contempler la ville, les champs alentours et les flots brillants de la Néra et de la baie, profitant simplement du soleil et du vent. Il allait bien falloir y aller, mais il souhaitait encore profiter de la douceur de l’instant, du calme avant la tempête qui allait les secouer durant de longs jours. Sans bouger, il murmura à l’oreille de son épouse.

« Si c'est une fille, j'avais pensé à Honora. »

Il sembla se tasser un peu plus fort contre l'épaule de sa Piper d'épouse, surveillant du coin de l'oeil sa réaction. Puis, finalement, il se rendit à l'évidence qu'il allait falloir arriver un jour.

« Nous devrions peut-être rejoindre les autres. »







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