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 (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine

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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Ven 1 Sep 2017 - 0:25




Time has come

Retenant sa monture par la bride, elle ralentit la cadence. Le hongre, doucement, força son allure à se rassembler avant de repasser sagement au pas. La dame des Eyriés lui caressa tendrement l’encolure du cheval à la robe alezane, venant le féliciter de son exploit. Ce genre d’instants lui avaient manqué, elle qui avait vu sa vie demeurer cloitrée dans le Val et aux Eyriés durant tant de temps sans qu’elle ne puisse rien y faire. Mais aujourd’hui, elle se sentait libre. Libérée d’un poids énorme qu’avait été ce mariage potentiel ave Eoden Veneur ainsi que de cette prison qu’avait tenté de créer Martyn autour d’elle. La Harpie s’était alors envolée, laissant place à la Colombe qu’Etaine avait toujours désiré redevenir au plus profond d’elle-même. Les raisons étaient nombreuses quant à l’explication de ce fait mais, toujours, la jeune femme les avait accepté.

De ses fils, plus aucun ne vivait aux Eyriés. Jace était partit le premier, à Dorne. De ce jour, la jeune femme gardait un terrible souvenir. Si ses retrouvailles avec Nymeria avaient été plus que compliquées, les deux femmes avait finalement réussi à s’asseoir autour d’une même table pour discuter avec le plus de diplomatie possible. La colère de la Colombe était retombée envers son ancienne belle-doeur, s’orientant vers celui qui avait insisté pour sa présence en ses lieux : Garett Lannister. Plus d’une fois, la conversation aurait pu remonter dans les tours quand, finalement, les fils de la jeune femme s’étaient aventurés dans cette pièce malgré les avertissements de leur mère, provoquant, chez la princesse de Dorne, un véritable électrochoc. De ceux qui avaient connu Tristam, nul ne pouvait nier la ressemblance flagrante des enfants d’Etaine avec cet homme. Et Nymeria elle-même fut émue de cet état de fait, acceptant leur paternité sans grand mal. C’en était suivi un marché dans lequel Etaine avait dû abandonner Jace aux mains de cette vipère, nourissant l’unique espoir qu’un jour, il soit couronné comme Prince de Dorne. Quant au second de ses fils, Abbel, elle l’avait laissé au seul homme envers qui elle nourrissait une confiance aussi grande que profonde : Bryen Sunderland. L’homme qui avait su défendre son honneur autant que lui prouver son amour. Etaine aurait pu, elle serait tombée dans ses bras, s’abandonnant à lui autant qu’elle estimait la chose possible. Son cœur battait différemment en présence du Valois, c’était chose assurée et elle ne pouvait nier telle pensée. Elle l’aimait. Autant que son cœur avait pu battre pour Tristam, aujourd’hui, il battait pour Bryen. Aussi, avait-elle fait le choix de quitter les Eyriés prochainement pour rejoindre les Trois Sœurs et Sortonne. Que Martyn le désire ou non, ce serait en ces lieux qu’elle trouverait du réconfort.

Et cela, elle devait aujourd’hui l’avouer à une autre personne. Elia se trouvait quelques mètres devant elle, l’attendant, les yeux braqués sur elle. Dans ses cavalcades à cheval, elle gagnait toujours et Etaine devait lui reconnaître cela de son père, sans aucun doute. La jeune fille avait tant grandi et tant vécu à ses côtés qu’elle avait finalement fini par l’accepter comme étant une fille qu’elle aurait pu avoir avec Tristam. Enfin, un fils, puisqu’ici, la jeune femme se faisait passer pour un jeune homme. La situation avait été dure pour Etaine qui l’avait finalement acceptée. Toujours et encore, quand son regard se posait sur elle, ellesongeait à cette terrible nuit où Quentyn était venu ouvrir sa cellule, lui ordonnant de se lever. Elia l’attendait plus loin, un enfant dans chaque bras. Ses frères. Durant ces quelques années passées au Val, jamais Etaine n’avait su comment la remercier de ce geste qu’elle avait eu, de cette aide qu’elle avait apporté à leur évasion à tous. Et c’est pourquoi, jamais, elle n’avait trahi le secret qu’elles avaient construit ensemble auprès de Martyn. Toujours, le Suzerain du Val avait cru avoir à faire, devant lui, à un jeune homme.

Flattant de nouveau l’encolure de sa monture, Etaine rit doucement, se plaçant aux côtés d’Elia. « N’est-il pas agréable de galoper dans ces chemins et de contempler, derrière nous, la vallée ? » Disant cela, elle se retourna, admirant derrière elle ces paysages qui n’avaient rien de semblable à Dorne et qui, pourtant, semblaient tout aussi dangereux. D’un claquement de langue, elle ordonna à sa monture de poursuivre son ascension sur la petite montagne où elles s’étaient, toutes deux, perchées. « Ne trouves-tu pas cela magnifique ? Et comme il est agréable, enfin, de pouvoir sortir de cette forteresse lugubre… »

© Belzébuth

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Elia Sand
DORNE
■ Localisation : Noirmont
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Sam 2 Sep 2017 - 16:35

Le vent froid des montagnes me fouettait les joues à les rendre écarlates et mettait des larmes au bord de mes cils, alors que je chevauchais devant Etaine, coulant l'un de mes derniers jours au Val d'Arryn. Mon berceau de roche et de glace avait vu ses contours et couleurs adoucis sous les caresses du long été. Je ne pouvais m'empêcher de revoir en souvenir d'autres cavalcades, et d'innombrables chasses sous les sapins au parfum étouffé par le gel, la neige craquant à peine sous mes pas lents. A présent, la terre était tapissée d'une herbe courte d'un vert jeune et chaud, parsemée de fleurs fragiles, et des ruisseaux chantaient ça et là dans leur course désordonnée. L'air était encore frais à ces hauteurs, toutefois, piquant même, et le Val restait le Val : orgueilleux, distant, un défi et un privilège à conquérir. Un privilège que j'avais usurpé, bravant le Seigneur des Eyriés par mon imposture pendant cinq ans, une imposture qui touchait à sa fin.

Etait-ce seulement le vent qui me tirait des larmes ? Ma gorge se nouait et je talonnai ma monture pour dissimuler mon expression à Etaine. J'avais appris à jouer un rôle, mais ma nature n'était pas austère et inébranlable comme les pics des Montagnes de la Lune. En moi coule le sang de Dorne, des Rhoynar, des Martell, un sang ardent, prompt aux émotions les plus violentes. Ce n'est que par habitude et répétition, par nécessité de survie, que j'avais appris à contenir ces torrents en mon coeur. Des poèmes dorniens, lourds de langueur et de nostalgie, flottaient dans mon esprit. Cette heure que j'avais si souvent imaginée, ce moment que j'avais attendu, était venu, mais quitter les Eyriés ne serait guère plus facile que quitter Lancehélion jadis. J'avais une vie ici, mensongère, mais familière. Les Montagnes Rouges où j'espérais trouver refuge, celles qui avaient vu grandir ma vraie mère, m'offriraient, au mieux, une autre vie de mensonges, si tant est que les Noirmont consentent à m'accueillir. Nymeria m'empêchait, encore une fois, de vivre ma vie, d'être qui j'étais réellement. Ce n'était pas d'un coeur joyeux, léger et débordant de confiance que je m'apprêtais à partir. Je n'en étais pas moins déterminée et sûre de mon choix.

La piste me conduisit sur un chemin escarpé gravissant une colline. Je tempérai l'allure de mon cheval noir sans pour autant traînasser. J'entendais les sabots du hongre alezan d'Etaine marteler le sol non loin derrière nous. Le plus dur, c'était de la quitter, elle. Une amie, presque une mère. Ses fils, mes demi-frères, me manquaient déjà cruellement. J'avais adoré ces garçons dès leurs premières risettes et leur ressemblance avec notre père n'avait fait que renforcer cet attachement, au-delà de la rivalité latente due à nos prétentions respectives. Leurs départs avaient en quelque sorte sonné le glas de mon séjour au Val d'Arryn, préfigurant les changements à venir. Même sans cela, bien sûr, ma décision n'eût guère tardé. Il devenait intenable pour moi de me faire passer pour un garçon. La nature avait apparemment décrété que j'aurais les courbes d'une femme et aucunement l'allure androgyne qui aurait reflété mon caractère. L'amplitude de mes habits et une musculature relativement prononcée avaient à peu près masqué cet état de fait mais je ne voyais guère comment travestir la rondeur de mes traits ou faire passer ma voix pour celle d'un garçon en âge d'avoir mué. A dire vrai, certains habitants de la Maison commençaient à me regarder avec curiosité et je me faisais de plus en plus rare dans les salons.

J'avais presque atteint le sommet de l'éminence rocheuse quand je stoppai ma monture qui donnait des signes de fatigue, et regardais Etaine me rejoindre. Elle savait bien que je ne finirai pas mes jours au Val , me rappelai-je. Le lui annoncer n'en serait pas moins difficile. Au moins étais-je soulagée de la laisser dans une situation qui ne serait pas aussi désolante que je l'avais craint, la tentative de mariage organisé par Lord Arryn ayant avorté de manière quelque peu humiliante pour lui et le prétendant désigné. Depuis lors, Etaine semblait vivre un nouvel été dans sa vie, au propre comme au figuré. Libre, fière, davantage elle-même qu'elle ne l'avait été sous la menace de ces épousailles forcées, je la trouvais… florissante. Une image à laquelle je pouvais me raccrocher : peu de femmes de la Maison Arryn incarnaient à mes yeux un modèle inspirant.

« N’est-il pas agréable de galoper dans ces chemins et de contempler, derrière nous, la vallée ? »
me lança-t-elle avant de poursuivre à mes côtés vers un point de vue exceptionnel sur le paysage qui s'étendait à nos pieds. « Ne trouves-tu pas cela magnifique ? Et comme il est agréable, enfin, de pouvoir sortir de cette forteresse lugubre… »

« La blancheur des Eyrié a quelque chose de cadavérique » opinai-je en frissonnant. Immobile, le vent me refroidissait après l'effort de la chevauchée. Ce n'était pas désagréable, convenablement vêtue, mais je me sentais tout à coup fatiguée. Dans ma tête revint une vision de la mer turquoise, éclaboussée de soleil, au pied des falaises de Lancehélion. Cette chaleur, c'était la vie même qu'on avait drainée hors de moi. Cette chaleur que mon corps et mon coeur réclamaient, j'allais enfin la retrouver, et telle une fleur éclore enfin. Si Noirmont me déboutait, je trouverai refuge ailleurs, je vendrais mes services comme une simple roturière, peu m'importait, tant que je pouvais m'abreuver de la chaleur de Dorne.

« N'as-tu jamais eu envie de fuir ce château ? Pour de bon ? » dis-je en contemplant la vallée. Ma demande me frappa aussitôt par sa naïveté et je me corrigeai :« Pardonne la cruauté de ma question. J'oublie parfois que pour les femmes de ce royaume, la liberté est une illusion qui consiste à troquer une prison pour une autre. » Je secouai la tête machinalement, comme pour dire non à cette réalité. « Je n'ai pas vécu différemment jusqu'à aujourd'hui, captive ici d'un masque, de mes propres mensonges pour survivre. Et j'ignore si je serai vraiment libre un jour. Mais je suis femme de Dorne. Je me dois au moins d'essayer. » Je ramenai mon regard sur elle, calme et grave. « Je m'en vais, Etaine. Dans trois jours, un convoi quitte le Val d'Arryn pour le sud. Je les accompagnerai. Et lorsque la Porte sanglante sera loin derrière moi, c'est vers les Montagnes Rouges que je ferai route. Dorne m'appelle. C'est une voix que je ne peux plus ignorer. Ma terre, mon sang, mon héritage. Même si je dois encore me cacher, c'est là-bas que je dois être, en attendant le jour où je pourrai paraître à tous en mon nom. »

Le souffle me fit défaut. Je pris une goulée d'air et, pour cacher ma mélancolie, enchaînai sur un ton ironique :« Rester ici nous mettrait de toute façon en danger… le dernier des imbéciles verrait bientôt qu'il manque un peu plus à Devan que du poil au menton. »

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Avec le temps, ce rêve devint un objectif qui donnait un sens à ma vie, et ma vie une flèche volant vers cette cible. Jamais, me promis-je, je ne laisserais la peur compromettre ce que j'étais : l'héritière légitime de Dorne.

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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Ven 8 Sep 2017 - 0:11




Time has come

Elia avait ce trait de caractère de son père : une franchise inébranlable. Aussi, à sa remarque concernant le paysage du Val, Etaine rit avec douceur. Il était vrai que ces monts au pied desquels elle était née n’avaient finalement que peu d’attachement pour son cœur. Seules les Eyriés lui avaient parfois manqué et, ces dernières années de semi-captivité avaient suffi pour lui rappeler que cette forteresse perchée au-dessus du vide était tout autant un lieu de sérénité qu’un nid inconfortable pour tous les oiseaux du Val. Pourtant, si la Colombe, souvent, se sentait apatride, elle ne pouvait pas nier que son nom et son sang la rappelaient toujours plus auprès des siens, qu’elle les aime ou les haïsse. La simple pensée de Martyn lui suffit pour effacer ce sourire enjoué qu’elle avait toujours en compagnie de sa belle-fille. Son frère n’avait que peu digéré le duel mené par Bryen et remporté par ce dernier, affirmant l’autorité d’Etaine sur le Val par le champion qu’elle avait choisi. C’était donc en toute logique qu’elle s’était rendue à Port-Réal, rencontrant la princesse Rhaenys… Mais aussi la Princesse Nymeria. De leur rencontre, Jace avait quitté les siens, s’en retournant en ces terres qu’il n’aurait jamais dû quitter jadis, si le père des jumeaux était resté en vie. Puis, préférant d’abord Sortonne au fief des Arryn, elle y avait laissé son second fils sous la protection du Triton pâle. Le jeune homme, d’ailleurs, menaçait grandement de prendre une place dans son cœur autrefois inégalée par Tristam. Oserait-elle seulement l’avouer un jour ? Il le faudrait car, aujourd’hui encore, son passage chez les siens n’était que de courte durée et, déjà, elle aspirait à retourner sur les Trois Sœurs pour retrouver son amant et ami.

La question d’Elia la tira de ses pensées et de nouveau elle eut un rire tandis que la jeune femme déguisée se confondait en excuses. « Tu es toute pardonnée. Parfois, la force Dornienne que ton père avait su faire naître en moi me manque cruellement, autant que lui… Mais pour te répondre, oui, j’ai déjà songé fuir pour de bon… D’ailleurs, quand j’étais jeune, j’ai chevauché une journée entière. Mon cheval s’était blessé et il m’était impossible de retourner chez moi pour me réchauffer et j’ai alors trouvé refuge dans le terrier de je ne sais quelle bête. Mon père ne m’a retrouvé que le lendemain, transie de froid mais satisfaite d’avoir pu lui prouver que le nid des Aigles ne m’était pas indispensable. » Une histoire qu’elle aimait conter à ses fils, autrefois, eux riant de cette mère intrépide qu’ils avaient, elle se contentant de les regarder s’amuser de cette mésaventure qui aurait pu lui couter la vie et qui fut certainement l’une des raisons de son envoi au Nord. Son regard se posa sur Elia tandis qu’elle reprenait la parole. D’enfant parfois jalouse de l’attention que son père pouvait porter à cette étrangère, elle était devenue femme et presque sœur pour Etaine. Elle était le seul vestige de son passé traversé à Dorne et des épreuves qu’elle y avait vécu, seule témoin de ces histoires terribles autant qu’elles pouvaient être merveilleuses. Si la Colombe avait pu se méfier jadis de cette enfant, elle n’imaginait plus un seul de ses jours passé loin d’elle, désormais et ne cessait jamais de réfléchir à la manière dont elle finirait par annoncer à son frère et au reste du Val le mensonge qu’elles avaient toutes deux créé pour la protéger.

Mais la bâtarde de Tristam, elle, savait quelles étaient ses origines. Dornienne, elle l’était tant par ses traits que par le teint halé de sa peau. Sans oublier son caractère… Et dans ses propos, Etaine ne mit pas à comprendre que le demi-soleil qu’elle était souhaitait rayonner pour elle-même et non rester voilé derrière des nuages. Elle fronça les sourcils, pourtant, attendant que la jeune femme n’aille plus loin, ne lui explique la véritable raison de ses mots. Leurs regards se croisèrent et alors, elle sut. Il n’y avait plus de besoin de parler et pourtant elle le fit. Je m’en vais. Si la phrase était anodine, quelque chose se brisa au fond de la brune qui serra la mâchoire. Toi aussi… Tu me quittes. Comme c’était triste. Dorne la quittait visiblement pour de bon et elle n’aurait plus de cette région désertique plus que quelques souvenirs qui deviendrait toujours plus fades avec le temps. Non. S’il te plaît, ne pars pas. Pouvait-elle seulement lui demander une telle chose ? Qui était-elle pour exiger de cette enfant une loyauté infaillible et une obéissance forcée ? Elle n’était que son amie, son alliée, sa compagne d’infortune et de fuite. Elle n’était qu’un lien avec ce passé heureux qu’elles eurent et qui leur fut arraché à toutes deux.

Mais plus que tout, Etaine ne put masquer le souci qu’elle avait pour Elia. Comment pourrait-elle survivre dans un endroit où tout lui semblait hostile, où tous seraient contre son retour ? Ce voyage ressemblait davantage à un suicide tant politique que littéral et elle ne pouvait admettre cela. Elle avait envie de prendre sa main dans la sienne, de la supplier de ne pas y aller sans quoi, jamais elles ne se reverraient. Et pourtant, elle resta stoïque, droite et tendue sur sa monture qui renâcla doucement. Finissant sur une excuse qui semblait sonner faux à la Colombe, le silence retomba, brisé uniquement par le souffle du vent venant chatouiller leurs oreilles. L’instant dura, suspendu, parenthèse infinie dans ce qu’était leurs vies. Puis, Etaine soupira longuement, baissant ses yeux d’émeraude sur l’encolure de son cheval. « Je savais que ce jour viendrait… » Arriverait-elle seulement à l’accepter ? Rien n’était moins sûr. Relevant le regard vers la jeune femme, elle lui sourit timidement. « J’avais cet espoir intime de te voir, à jamais, demeurer à mes côtés, comme une sœur, comme une fille… Je n’ose imaginer le chagrin que cette nouvelle pourrait provoquer chez tes frères… Ils t’aiment, tu sais ? » Elle caressa le jeune hongre, plus pour s’occuper et masquer les tremblements de ses mains que pour véritablement lui offrir son affection. Un nouveau soupir lui échappa avant qu’elle ne tende la main, se saisissant de celle de la jeune fille. « Ta décision est prise et je n’aurais la prétention d’essayer de t’empêcher de partir… Pourtant, je ne peux que t’avertir de ces risques que tu souhaites prendre. Dorne nous est hostile, à toutes deux. Cette région et la tienne et cet appel est légitime pourtant, elle ne t’ouvrira pas ses bras. Tu es un danger pour Nymeria qui, désormais, semble s’être apaisée, en témoigne le fait que Jace se trouve désormais à ses côtés. Elle ne souhaitera qu’obtenir ta tête et je ne pourrais jamais te dire que je n’en ai cure. Elia, ton père vit en toi autant qu’en tes frères et pour cela, tu m’es des plus précieuse. Si ce départ est dû à un mauvais agissement de ma part, alors je te prie de me pardonner mais, ne précipite pas les choses. Qu’importe ce que les gens pourront penser de ton déguisement, tout ce qui m’importe est ton bien être et, si partir est ton choix, alors ne te lance pas dans un tel projet sans avoir essayé de te trouver un pied à terre à Dorne. Là où je me trouverais, toujours, tu seras chez toi, je te le promets. »

© Belzébuth

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Elia Sand
DORNE
■ Localisation : Noirmont
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Sam 9 Sep 2017 - 16:22

Je devais avoir l'air défaite, et je l'assumais. Il est quelques personnes en ce monde face auxquelles je n'ai pas à porter de masque, et la force de l'habitude cédait le pas à l'authenticité de l'instant. Oh, Etaine… Elle m'avait rêvée grandissant dans son ombre, comme un arbre jeune à l'abri d'une forteresse, sa joie et sa responsabilité. J'aurais voulu l'en remercier, mais je crois qu'elle sentait comme moi que ce genre d'affection aurait pour moi l'allure d'une cage. La Rivière-Mère sait combien une cage peut être tentante lorsqu'elle est douce, chaleureuse, un rempart contre le monde. Mais mon sang me poussait vers le monde et ses dangers. Dornienne je suis et j'étais, prête à embrasser l'adversité comme une opportunité de forger mon âme et d'écrire mon destin.

La Colombe du Val avait raison sur bien des points… alors qu'elle étreignait ma main dans la sienne, je ne pouvais que dénombrer ses arguments, tous plus justes les uns que les autres. Mais de quel secours est la raison, lorsque le sens fait défaut ? Choisir la sécurité et l'amour, et flétrir en terre étrangère, ou peiner dans le désert sur le chemin de mon accomplissement, mon choix était fait. Etaine me conjura d'être prudente, de préparer ce retour auquel j'aspirais tout le temps nécessaire pour garantir ma sauvegarde. Ses mots étaient sages, mais la vérité était que rien ne garantirait jamais ma survie à Dorne. Marcher sur la glace est toujours un pari, ainsi en allait-il de cette folle entreprise. Je ne pouvais, à distance, tisser la toile dans laquelle me cacher. Je savais où aller, mais pas comment je serais accueillie.

Baissant les yeux, les cils brillant de larmes qui ne coulaient pas, je regardai sa main si pâle sur la mienne, mate et usée par le maniement des armes et des rênes, comme une porcelaine fragile sur un morceau de cuir. « Je ne saurais dire à quel point je te suis reconnaissante de tes paroles et de tout ce que tu as fait pour moi, Etaine. Mais il est des risques qui en valent la peine. J'ai encore de la famille dans les Montagnes Rouges. Le temps a passé, mais le sang du Roi Vautour coule dans mes veines autant que le sang des Martell. Ce lien que rien ne peut effacer est ma meilleure chance d'amorcer la vie à laquelle j'aspire. Si les personnes auxquelles je pense n'ont pas changé du tout au tout, elles m'aideront à franchir ce cap. Si j'ai pu me cacher au Val toutes ces années sous le costume d'un page, je réussirai bien à me cacher à Dorne en tant que fille du pays. Et même cette mascarade n'aura qu'un temps. Nymeria est puissante, mais j'ai appris à dure école la patience des montagnes. Je ne défierai pas son autorité si je suis certaine de voir ma tête tomber, mais un jour, j'en fais le serment, Elia de Dorne pourra marcher la tête haute à Lancehélion. »

Gentiment, je me dégageai pour avancer au bord du versant escarpé de l'éminence depuis laquelle nous dominions la vallée. En contrebas, une harde de bouquetins paissait au bord d'une rivière qui s'écoulait en glissades et sursauts brillants sous le soleil du Long Eté. Des mâles se cherchaient noise, s'intimidaient à coups de corne sonores mais inoffensifs, fiers et ignorants du lynx-de-fumée qui les guettait parmi les hautes herbes. Je ne pouvais m'empêcher de songer à Nymeria bataillant pour le pouvoir avec toute la subtilité d'un taureau enragé. Ah, c'était sans doute mal la juger, mais ses éclats laissaient encore en moi une image peu flatteuse, et je m'inquiétais pour Dorne comme une mère pour son enfant. Puissé-je être tel le lynx, efficace et silencieuse, dans ma quête de justice. Le Val avait peut-être instillé en moi un peu de sa fierté glacée, au bout du compte ?

« Mes frères… mes frères affrontent leurs propres défis. Je sais qu'ils seront fiers de moi. Et c'est aussi pour eux que je pars, pour Jace. Je ne puis critiquer un accord que tu as passé en ton âme et conscience pour le bien de tes fils et ce que tu considères leur bon droit. Mais je me méfie de Nymeria plus encore que toi, si la chose est possible. Si je gagne des soutiens à Dorne, je pourrai le protéger de l'impulsivité et de la jalousie de notre tante. Je gage que Nymeria n'a pas que des amis à Lancehélion et que certains se souviennent des circonstances dans lesquelles elle a endossé la régence. Les Dorniens, tu le sais, ne sont guère pardonnants.»

C'était un euphémisme. Les Targaryen avaient fait les frais de la vengeance « à la Dornienne » en plus d'une occasion. Si Nymeria n'avait pas réussi à lever les soupçons de sa propre nièce quant à ses agissements, il devait se trouver plus d'un noble sceptique à son sujet. Sans parler du simple respect de nos lois en matière de succession… mais de cela, je ne voulais point parler encore. Mes prétentions au trône de la Principauté relevaient d'une lointaine utopie et je ne voyais pas l'intérêt de gâcher ces derniers moments avec Etaine en taillant une plaie fraîche dans notre relation. La part de moi qui tenait ce discours agissait-elle par calcul ? J'ai constaté en épiant mes semblables que notre imagination enrobe souvent nos motivations les plus égoïstes d'un voile de noblesse. Peut-être m'abusai-je, peut-être voulais-je simplement éviter de me faire une ennemie qui en savait tant sur moi qu'elle pouvait me nuire plus que quiconque en ce royaume. Toujours est-il qu'en étant convaincue de la pureté de mes intentions, je ne pouvais afficher autre chose qu'une confiance et une sincérité totales.

Et ma sincérité devint fervente lorsque je livrai la suite de mes pensées.« Je vais être franche. Je crois que ce compromis est un leurre. Je crois que Nymeria est bien aise d'avoir le fils de Tristam entre ses griffes, et je redoute ce qu'elle fera de lui. De sa vie, elle ne disposera qu'en dernier recours, mais qu'en est-il de son esprit et de son coeur ? Un garçon si jeune, quel que soit le feu qui brûle dans son âme, est inoffensif et malléable. J'imagine mal notre tante le prendre sous son aile et l'éduquer avec égards, comme l'héritier de Dorne. Je la verrais plutôt s'assurer qu'il demeure un garçonnet, le vider de toute audace, de toute passion pour le pouvoir, de tout esprit critique. Elle n'aurait qu'à le noyer dans les plaisirs de Dorne, le saoûler de précepteurs soporifiques et sans éclat, l'entourer de flatteurs stupides et de beautés aptes à lui faire tourner la tête. Si ce n'est par malice, ce pourrait être par négligence – se soucie-t-elle de lui le moins du monde, alors qu'il représente un rival ? Tu as vu comme elle m'a traitée, l'exil auquel j'ai été contrainte, qu'elle voudrait m'imposer à vie. Elle est encore en âge d'enfanter, crois-tu vraiment qu'elle cèderait à Jace la moindre chance d'empiéter sur la gloire de ses propres rejetons ? » Je m'échauffais tout en dressant ce tableau funeste qui me semblait atrocement crédible. « La Rivière-Mère m'en est témoin, je ne permettrai pas que ce sort lui soit infligé ! » Il me fallait serrer mon poing levé pour contenir ma colère envers l'usurpatrice. J'étais avec mes demi-frères presque aussi protectrice que leur propre mère, et il n'était que trop facile d'imaginer le pire en pareille situation.

« Je suis sûre que tu as pris tes dispositions pour veiller sur lui de loin, mais laisse-moi aider à ma façon, si je le peux, quand je serai là-bas. Si la fortune me sourit, je prendrai des contacts au Palais Vieux. J'obtiendrai des appuis, des informations. Je veillerai sur lui. » Au-delà de la colère, je ressentais une ardeur presque joyeuse à cette perspective, comme si, enfin, je voyais s'ouvrir à moi tous les possibles. Ici, je végétais, mes capacités à peine employées, sans objet digne de justifier mon existence. Là-bas, je pourrai vivre vraiment, quitter à en brûler telle une étoile filante.

© Belzébuth

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Avec le temps, ce rêve devint un objectif qui donnait un sens à ma vie, et ma vie une flèche volant vers cette cible. Jamais, me promis-je, je ne laisserais la peur compromettre ce que j'étais : l'héritière légitime de Dorne.

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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Jeu 25 Jan 2018 - 13:08




Time has come

J’ai peur. Sa main sur la sienne, la Valoise observa le visage baissé de la jeune Dornienne, ne sachant que lui dire de plus pou la mettre en garde. Elle avait tant peur pour elle, comme ce jour où, dans ses bagages, l’infortunée Elia s’était présentée à la Cour des Eyriés, Etaine masquant la vérité à tous y compris aux siens pour être sûre de ne pas la voir lui être arrachée. Durant tout le trajet, pourtant, elle avait craint pour la vie de l’enfant qui n’était pas le sien, pour cette fille que Tristam avait eu si jeune et qu’il chérissait plus que tout, que la Colombe avait aussi appris à chérir. La peur, Etaine l’avait ressentie le jour de son évasion des cachots et le visage d’Elia, au bout de ce couloir, avait été un soulagement, un réconfort. Une certitude au milieu des doutes.

Celle qu’elle ne pouvait s’empêcher de voir comme une enfant reprit la parole, la remerciant gracieusement de tout ce que la Colombe avait pu lui offrir durant toutes ces années. Une larme glissa le long de la joue de la Valoise, coquine solitaire qui était venue mourir aussi vite qu’elle était née. La gorge serrée, ses doigts se serrèrent doucement sur ceux, halés, de la bâtarde Dornienne. Puis, elle lui parla de son plan, de la manière dont elle amorcerait son retour, invoquant un sang différent des Martell mais qui saurait lui assurer un ancrage, qui saurait lui permettre de vivre en ces terres sablées. Un léger sourire vint montrer que la brune était rassurée de constater que, malgré son âge au demeurant jeune, Elia était loin d’être sotte et savait que faire et où aller. Ses ambitions et sa détermination sauraient faire le reste et elle ne douta pas un instant qu’un jour, Elia de Dorne marcherait à Lancehélion aux côtés de ceux qui étaient les siens, là d’où elle n’aurait jamais dû partir.

Elle reprit sa main, relançant sa monture pour mieux s’approcher du vide. Puis, reprenant la parole, elle toucha à ce sujet qui tenait tant au cœur de la Colombe. Ses frères. Jace avait sa voie et Elia l’accompagnerait. Au fond d’elle, la Colombe espérait réellement qu’Elia saurait prendre soin de son petit frère et ne le verrais jamais comme une menace à ses propres ambitions. Puisse-t-elle à jamais aimer ce précieux trésor qui, s’il lui arrivait malheur, saurait réveiller la Harpie qui sommeillait au fond de son être. La confiance qu’Etaine plaçait en Nymeria était vacillante mais elle forçait cette dernière à demeurer forte sans quoi, elle perdrait tout espoir d’un jour revoir son précieux fils, ce tout petit oisillon arraché à ses bras dans des sanglots amers et pourtant, plein d’espérance. « Je fais confiance aux Dieux. Je sais qu’ils sauront protéger Jace de ta tante, de la sienne. J’ai vu son regard quand ses yeux se sont posés sur lui. Quand bien même elle ne saurait l’apprécier, elle a su voir, enfin, cette vérité précieuse que je me suis évertuée à crier durant tout ce temps. »

Et oui, la rancune Dornienne, Etaine la connaissait trop bien. Sans procès, jetée dans des geôles, elle avait subi la vengeance d’une mère qui venait de perdre son fils, ne souhaitant pas trouver autre coupable que celle qui se trouvait devant elle en cet instant. Elle n’avait alors eu d’autre solution que de fuir, loin, aussi vite qu’elle le pouvait. Elia, elle, poursuivit, offrant son avis sur cet accord trouvé entre la Colombe et le Soleil de Dorne. La dame des Eyriés pinça les lèvres, écoutant attentivement les dires de son amie, entendant ses paroles et réfléchissant à ce qu’elles voulaient réellement impliquer. Le poing serré de la jeune femme montrait sa colère plus qu’elle ne souhaitait le faire tandis qu’elle abordait son propre sort. Elle protégerait Jace, quoi qu’il puisse lui en coûter. Le sourire d’Etaine se fit tendre tandis qu’elle relança sa monture au pas, suivant le sentier tracé par d’autres cavalcades. « Nymeria essaiera certainement d’empoisonner l’esprit de Jace, je ne suis pas sans l’ignorer. Mais, quand bien même il n’est qu’enfant, elle ne saura lui offrir l’amour que moi, sa mère, je lui ai donné et ce depuis le jour de sa naissance. Qu’importe ce qu’elle pourrait lui murmurer tandis qu’il sommeille et rêve, je sais, au fond de moi, que ce lien que j’ai créé avec lui ne saurait se défaire sans qu’il ne croit à ses fables. Ton frère est jeune, mais il sait d’où il vient. Quentyn le protégera autant que Manfrey saura prendre soin de lui. Il est leur sang et ces hommes, ta famille, ne sont guère menacés par ce fils que Tristam a su m’offrir… Quand à l’avenir… Ta tante n’est ni mariée, ni décidée à l’être, je le crois. Alors j’ai espoir que son règne ne s’achève par une descendance qu’elle aura désigné. »

De nouveau, elle sourit pourtant. « Si d’aventures tu croises de nouveau sa route, si tu peux avoir de ses nouvelles, alors je te conjure de m’en faire part… L’ignorance est un prix bien lourd à payer pour voir son fils grandir parmi les siens et si je doute que mes pieds fouleront à nouveau le désert de Dorne un jour, être sûre que j’ai bien agi il y a un an de cela sera le plus grand réconfort du monde. » Le silence reprit place entre les deux femmes tandis que les chevaux avançaient d’un pas paisible. Puis, finalement, rompant de nouveau le silence, la Colombe reprit. « Ta détermination est grande et m’inspire, ma fille… Longtemps mes yeux se sont voilés, par ambition, par orgueil, et aujourd’hui seulement, je m’interroge sur ma propre place dans ce monde. Je ne sais où elle est et j’espère que les Dieux sauront me montrer une voie claire et précise comme ils ont su le faire avec toi. »

© Belzébuth

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Elia Sand
DORNE
■ Localisation : Noirmont
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Dim 4 Fév 2018 - 15:28




Time has come

J'avais écouté Etaine en silence, gardant pour moi mes plus noires inquiétudes. Dorne est ma terre, je lui appartiens corps et âme, mais cela ne m'empêchait point de me rappeler ses sables brûlants et ses falaises mortelles, autant que la violence et la cruauté qui pouvaient découler d'un sang trop ardent. J'imaginais plus aisément qu'Etaine les extrémités auxquelles l'usurpatrice était capable de se livrer, et ce n'était pas la reconnaissance inespérée des liens de sang entre Nymeria et Jace qui suffiraient à me tranquilliser à ce sujet. J'étais moi-même la fille de Tristam, après tout, et elle m'avait menacée sans égard pour la mémoire de mon père. Je n'attendais guère plus de sa part qu'un respect conditionné de l'accord qu'elle avait passé avec Etaine.

Quant à ses chances d'enfanter elle-même un héritier… n'est-ce pas un appel que toute femme entend dans sa chair lorsqu'elle avance en âge ? Et ne se sentirait-elle pas encline à lui obéir, à présent que sa position de pouvoir lui garantissait de ne rien céder de son indépendance à un homme, quel qu'il soit ? Elle avait le choix de son prétendant, rien pour l'arrêter sur cette voie. Mon seul espoir était qu'elle repousse indéfiniment cette option, parce qu'elle serait trop focalisée sur ses problèmes et plaisirs actuels. Une éventualité plausible, compte tenu du tempérament impulsif de ma tante. Il m'avait toujours semblé qu'elle avait quelque peine à hausser sa vision et embrasser la globalité d'une situation en intégrant les conséquences de long terme dans son raisonnement. Elle allait plutôt là où la poussaient ses instincts, habillant ses envies et rancoeurs d'arguments convaincants à ses propres yeux. Une dangereuse habitude pour une dirigeante.

« J'espère que Quentyn et Manfrey sauront prendre soin de Jace, en effet. » Cette pensée-là, seule, était de nature à me rassurer. Et encore impliquait-elle une grande part d'espoir et de foi, des vertus nobles mais loin d'être infaillibles. Je n'avais pas revu les plus chers de mes cousins depuis bien longtemps et j'ignorais jusqu'à quel point ils pouvaient avoir changé ou simplement disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour intervenir dans l'éducation de mon demi-frère. « J'ai hâte de les revoir. » Voilà qui orientait la conversation vers un horizon plus rieur, encore que chargé d'incertitudes. L'affection que je portais à certaines personnes dont tant de temps et de distance me séparait, demeurait intacte, prête à se raviver comme les couleurs du Palais Vieux à l'aurore.

« Ton estime m'honore. Ton courage a toujours été pour moi un exemple à suivre. Qui sait… peut-être nous retrouverons-nous un jour sous le soleil de Dorne, à contempler l'accomplissement de nos rêves et bercer de nouveaux espoirs pour l'avenir. Ce n'est qu'en rêvant de miracles que l'on peut trouver la force de les sculpter dans le marbre de la réalité. Ceux qui ne voient que les périls et menaces à venir, sont incapables de mettre le monde sur une meilleure voie. Tes actes t'ont déjà portée loin de la médiocrité et de la résignation qui sont le lot de tant de gens. Ta place, comme la mienne, est là où tu pourras briller de toute ta lumière. Qu'importe qui la contemple. Tu la trouveras. »

Etaine était encore jeune et pleine de sève, et je ne doutais pas que sa nature prendrait encore et toujours le dessus. Mon père avait aimée cette femme, croyais-je, parce qu'elle alliait la douceur à une force profonde, comme il se doit. Tant d'autres s'imaginaient que ces qualités s'opposaient ! Mais mon père m'avait appris la puissance de leur association. Toujours je me garderai de me durcir au point de n'être plus qu'épines, toujours je me garderai de m'effriter au point de n'être plus que sable.

« Je promets de faire ce qui sera en mon pouvoir pour t'informer du sort de Jace. Je n'écrirai jamais en mon nom de peur que mes missives ne soient interceptées, mais tu sauras qu'elles viendront de moi. »

Je tournai mon regard vers la vallée, à nouveau, remplissant mon âme de cette vision. C'était la dernière fois sans doute que depuis ces hauteurs je pouvais laisser mes yeux dévorer cet éclatement de lumière et de couleurs si particulier. D'autres montagnes m'appelaient, d'autres teintes raviraient bientôt mes yeux. Pour l'heure je m'imprégnais du souvenir de cet air encore piquant, de sommets effilés aux pointes blanches, d'une verdure inconnue en mon pays, et du sourire d'une colombe du Val.

« Même si je suis loin d'ici, notre amitié perdurera, n'est-ce pas ? Le souvenir de ce que nous partageons et avons traversé nous portera mutuellement face aux obstacles, ainsi aucun ne nous sera insurmontable. »

Je ne voulais pas penser au jour où nous pourrions nous opposer, si mes ambitions me portaient sur le trône qu'elle estimait revenir à son fils. Je comprenais si bien son point de vue, avais tant de respect pour elle, que j'espérais, si la fortune couronnait mes projets de succès, pouvoir apaiser les tensions qui en naîtraient. Jace aurait sa place auprès de moi, une place d'honneur et de pouvoir, si les choses en venaient là. Un horizon encore si lointain.


© Belzébuth

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Avec le temps, ce rêve devint un objectif qui donnait un sens à ma vie, et ma vie une flèche volant vers cette cible. Jamais, me promis-je, je ne laisserais la peur compromettre ce que j'étais : l'héritière légitime de Dorne.

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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Ven 9 Fév 2018 - 23:32




Time has come

J’ai hâte de les revoir. Le cœur de la Colombe se serra tandis que le doux visage de Quentyn puis celui de Manfrey lui revinrent en tête. Cet oncle d’adoption avait été si doux, si gentil avec elle, prenant soin de l’aider à mieux s’intégrer, la retrouvant quand Nymeria et Myrcella se disaient trop occupées pour pouvoir lui prêter une oreille, lui offrant conseils et mises en garde fortement utiles. Et puis, il y avait Manfrey. A son départ, il n’était encore qu’un jeune garçon, un enfant n’ayant que son père pour modèle et pourtant déjà si peu enclin à vouloir manier l’épée, attentif aux autres. Malgré leur différences, Etaine avait su se montrer conquise par le jeune Martell, ce cousin si attachant, passant un nombre incalculable de temps en sa compagnie. Elle n’avait aucun doute sur leur capacité à prendre soin de son fils, de leur cousin et neveu. Et comme elle aurait aimé avoir l’assurance, la garantie d’un jour croiser de nouveau leurs regards, de pouvoir les serrer dans ses bras et les étreindre sans honte ni peur. Son cœur saignait, enviant soudainement la jeune fille qui se trouvait à ses côtés et qui, elle, allait bientôt retrouver cette famille qui était la sienne. Où était seulement celle de la Colombe ? Auprès des faucons, défiant les cieux et se prenant le bec pour des raisons égoïstes et incompréhensibles les unes pour les autres ? Chez les Loups, là où la neige fondait, révélant les faiblesses de cette nature austère et froide ? Ou à Dorne, auprès du Soleil de Martell, là où son cœur s’était embrasé avant de se briser ? Etaine n’avait de famille que celle qui l’accepterait auprès d’elle. Laquelle serait-ce, seulement ?

De nouveau, Elia s’exprima avec sagesse, avec douceur, promettant à sa belle-mère sa persuasion quant à son propre retour dans le désert. Un doux sourire naquit sur les lèvres de la brune, étirant ses lèvres carmines le long de son teint pâle. Oui, elle aussi rêvait de telles retrouvailles, d’un instant de répit où elles ne seraient guère parias et qu’elles pourraient fouler le sol de Dorne côte à côte sans craindre le moindre risque, la moindre attaque. Un miracle, oui. Mais il est des miracles qu’il valait parfois mieux oublier, faire taire. « Je doute pouvoir revenir à Dorne en toute sérénité un jour… » Elle eut un sourire triste quoique résigné. Si les Dieux le lui permettait, alors elle en serait ravie. Sinon, elle apprendrait à vivre avec ce fardeau, celui d’avoir envoyé son fils, son précieux enfant, dans des terres qui ne lui seront jamais accessibles. Pourtant, là où Elia avait raison, c’est quand elle dit qu’Etaine finirait par trouver cette place à laquelle elle saurait briller. Oui, elle aussi commençait à y croire, à se dire qu’il était un endroit où elle saurait se trouver à sa place, où sa prestance serait respectée et acceptée. Où elle pourrait vivre en étant elle-même et n’aurait pas à tourner sa langue dans sa bouche encore et encore pour éviter les représailles.

Elle haussa les épaules, comme si, après tout, tout ceci n’avait que peu d’importance. Tout ce qui importait était simplement leur bienêtre, qu’il se fasse ensemble ou loin l’une de l’autre. Devant la promesse de sa belle-fille, elle sourit, hochant simplement la tête, reconnaissante. Oui, elle saurait. Elle saurait reconnaître la plume de la jeune fille à travers quelques mots et saurait ainsi qu’elle allait bien, qu’importe le nom qui pourrait se trouver en bas de ce morceau de parchemin. Finalement, longeant la crête, elles amorcèrent ensemble la descente, celle qui les ramènerait aux Eyriés, au nid des Faucons. Un léger silence s’était installé entre elles avant qu’Elia ne le brise à nouveau. Avec cette douceur qui animait Etaine, elle sourit. « Qu’importe ce que l’avenir nous réserve, Elia, notre amitié demeurera invincible. Je ne doute pas que des épreuves nous attendent tant l’une que l’autre, mais ce lien que nous avons tissé, que ton père nous a poussé à créer est un vestige de sa présence et ce serait faire défaut à sa mémoire que de le détruire. Jamais je ne te souhaiterais ruine et malheur, qu’importe ce que le temps nous offre. » Un jour, peut être seraient-elles opposées. Peut être qu’Elia voudra que tous se rappellent son ascendance Martell pour reprendre un trône qui était pour l’heure réservé à Jace. Mais Etaine ne pourrait souhaiter à l’un de ses enfants de détruire l’autre. Elia n’était nullement son sang, mais elle était sa fille malgré tout. Chassant ces pensées de son esprit, elle talonna sa monture. « Assez bavardé, il est temps d’agir. Si ton départ doit se faire prochainement, laisse moi t’aider dans ces préparatifs, laisse-moi être une amie encore une fois avant de devoir te voir quitter ces lieux pour toujours. »

© Belzébuth

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Elia Sand
DORNE
■ Localisation : Noirmont
MessageSujet: Re: (FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine   Dim 25 Fév 2018 - 15:28




Time has come

Ainsi fut fait. Nous rentrâmes aux Eyrié dans un silence pensif, laissant s'apaiser et s'écouler les émotions qui s'agitaient en nous. Je me sentais en paix, tout en étant gagnée par les premiers pincements d'excitation à la perspective du départ. La nostalgie dont mon peuple souffre facilement, ne m'avait pas encore gagné. J'étais trop jeune, enthousiaste et curieuse du lendemain pour m'alanguir sur les douceurs passées, d'autant moins d'ailleurs que ce passé avait pris les allures d'une routine étouffante. Quand l'usure s'installe, que l'étincelle de vie vacille, le changement est une bouffée d'air salutaire. J'avais l'impression d'être sur le point d'étendre enfin mes ailes et prendre mon essor, à l'âge où la plupart des filles sont déjà mariées et même mères, ou engagées dans un métier. La vêture du page aux occupations futiles, attardé dans une enfance révolue, commençait à m'écoeurer, et ce n'était pas mes longues chasses dans la montagne qui pouvaient donner à cette existence le sens qui lui manquait, même si elles en compensaient l'insigne mollesse.

J'avais quelque monnaie de côté, argent de poche dont ma protectrice m'avait gratifiée pour pourvoir à mes besoins et fonctions, et que j'avais parcimonieusement économisé en prévision de ce jour. Je comptais également sur mes compétences pour assurer ma subsistance jusqu'à Noirmont. Le voyage serait long, et bien différent de celui que j'avais fait des années plus tôt lors de notre fuite de Lancehélion. Dans les heures et jours qui suivirent, avec l'aide d'Etaine j'organisai mon départ et triai mes affaires, ne gardant qu'un bagage léger avec mes affaires de garçon. Il me faudrait encore, pour quelque temps, rester sous ce déguisement masculin pour ma sécurité – les routes n'étaient pas sûres pour une femme sans ami ni garde ni famille à ses côtés. Mes cheveux auraient le temps de pousser et de former un casque moins androgyne d'ici mon arrivée dans la Principauté. Au final, il ne me restait pas grand-chose du Val ; quelques habits parmi les plus discrets et légers, un arc et une pique de chasse, quelques babioles utiles… je n'avais pas possédé grand-chose en ces lieux et n'avais pas même un cadeau à offrir à Etaine en guise de memento. Je me contentai de couper une petite mèche de cheveux et de la glisser sous la couverture d'un livre de poèmes que je devais lui rendre. Ainsi aurait-elle quelque chose de moi, associé au souvenir de nos lectures au coin du feu lorsque le froid mordait les murailles du château et recouvrait le Val d'une gelée blanche.

En-dehors d'Etaine et mon demi-frère Abbel à qui j'écrivis une lettre affectueuse, il y avait bien peu de gens à qui faire mes adieux. Officiellement, Devan avait trouvé un chevalier errant d'origine respectable acceptant de le prendre comme écuyer, grâce aux relations d'Etaine, et partait le rejoindre dans le Bief. Cette prétendue affaire avait été arrangée par correspondance, ainsi nul ne s'étonnerait de n'avoir jamais vu le chevalier imaginaire aux Eyrié, ni la noble intermédiaire ayant effectué la mise en relation. Je signalai simplement la chose à ceux que je fréquentai, sans m'étendre, et accueillis avec curiosité les réactions des uns et des autres. Beaucoup d'indifférence, comme je m'y attendais, du soulagement masqué parfois, et pour les plus aimables quelque émoi sincère. Je pris congé de Lord Martyn Arryn dans le peu de temps qu'il pouvait avoir à consacrer à ma petite personne, partagée intérieurement entre le soulagement de ne plus avoir à jouer le jeu dangereux de l'imposture, et l'amusement de la souris qui file à la barbe du faucon. N'avait-il jamais rien soupçonné, vraiment ? Qui sait…

Le jour du départ me trouva à la fois souriante et mélancolique, nerveuse mais assurée, posée, mais sur des charbons ardents. D'un instant à l'autre, telle ou telle humeur prenait le dessus, et je dus m'imposer comme je savais le faire un masque imperturbable pour ne pas trop attirer l'attention. Après tout, Devan marchait vers son avenir en tant qu'homme et l'on s'attendait plutôt de sa part à une humeur avenante et une attitude virilement digne qu'à des épanchements bien peu valois. Seule Etaine put me voir telle que j'étais avant que je ne franchisse une dernière fois les portes du château, et nous sûmes sans avoir besoin de mots supplémentaires combien cet instant nous était à la fois précieux et doux-amer. Tout avait été dit. Il était temps de mettre en acte mes rêves et les promesses que je m'étais faites, d'honorer les espoirs d'Etaine et de mon père en allant au-devant de mon destin.

Dorne m'attendait, et je me mis en chemin.

© Belzébuth

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Avec le temps, ce rêve devint un objectif qui donnait un sens à ma vie, et ma vie une flèche volant vers cette cible. Jamais, me promis-je, je ne laisserais la peur compromettre ce que j'étais : l'héritière légitime de Dorne.

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(FB) Quand sonne l'heure du départ ♦ Elia & Etaine

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