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 Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor

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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Mer 6 Sep 2017 - 0:40




Renaissance d'un passé brûlé
La lune s’était levée, éclairant de sa lumière argentée la ville, offrant à la Capitale autrefois réduite en cendres un de ces airs plus doux, apaisant les maux laissés par le passé. La ville semblait s’être tue, toute entière, n’étant ramenée à la vie que par un cri émanant d’ici ou de là, de rires noyés dans l’immensité de la cité portuaire ou de chansons gaiement entonnées portées par le vent. Les yeux portés vers ce cercle d’argent parfait, l’araignée du Bief songeait, incapable de trouver le sommeil qui aurait pu être refuge pour elle et son âme. Assise sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, elle était vêtue d’une robe au tissu léger venue d’Essos, dernier vestige de ses souvenirs partagés avec Ondrew. La légèreté du drapé caressait sa peau plus qu’il ne venait alourdir le poids reposant sur ses frêles épaules. Sa main gauche tenait un verre remplit de vin venu du Bief, ramené par les Tyrell et sortit de la cave par Daenys et son souhait de toujours vouloir rappeler à la jeune Elinor la région qu’elle avait laissée derrière elle, quelques années auparavant. Sa main droite, elle, jouait tantôt avec l’une des mèches de cheveux noir qui tombait sur ses épaules, tantôt avec le médaillon d’araignée serti d’un petit diamant qu’elle ne quittait que rarement.

Ses pensées ne dormaient jamais, elle n’avait mis que peu de temps à comprendre cela, infligeant à son corps des insomnies parfois terribles qui lui coûtaient sa force. Mais comment aurait-il pu en être autrement quand, dès que ses paupières se fermaient, sa mémoire endolorie lui ramenait ses peines et ce souvenir brûlant de son bourreau et de son époux arraché à ses bras malgré son héroïque victoire. L’espace d’un court instant, elle se demanda si, lui aussi, vivait si mal ce détachement, cet éloignement. Cet exil. Portant son verre à ses lèvres, elle noya cette pensée dans le vin, poussant un long soupir las. Que pouvait-elle faire si ce n’était attendre ? Il lui semblait qu’Oberyn Tyrell serait toujours là pour vaincre sur l’amour que le couple Piète pouvait s’offrir l’un à l’autre. Pourtant, malgré tout ce chagrin, l’éloignement d’Ondrew avait eu du bon. Songeant à cela, elle porta une main machinale sur son ventre plat, ne portant nul souvenir de ces mois passés à Peyredragon où il s’était arrondi, encore et encore, pour la plus grande horreur de la jeune femme qui voyait grossir en elle le fantôme de celui qu’elle avait froidement assassiné. Et finalement, l’horreur s’était produite quand l’enfant était né, vivant, bien portant, mais avec quelques cheveux sur la tête aussi blancs que le linge dans lequel il était emmailloté. Plusieurs fois, elle avait songé l’étouffer d’un oreiller… Mais toujours, son cœur lui avait forcé la main, l’empêchant d’un tel geste.

Un nouveau soupir lui échappa alors qu’elle observait son verre vide. La hauteur était moindre dans cette petite chambre. La tour de la Main lui manquait beaucoup, tant pour son espace que pour l’isolement qu’elle procurait et la vue imprenable qu’elle pouvait avoir. Comme elle regrettait de ne pas y avoir passé suffisamment de temps, maintenant. Se redressant, elle quitta son perchoir, déposant le verre sur une tablette de marbre dans un cliquetis singulier. Se saisissant d’un châle, elle fit le choix de ne pas rester plus longtemps dans cette cellule d’un autre genre que ce que les geôles noires furent à son bon souvenir pour gagner les couloirs, les pieds nus. La princesse Daenys devait dormir et ne se réveillerait pas avant que le soleil lui-même ne fasse son apparition. Comme jadis, lorsqu’elle était torturée par Maegor, elle erra dans les couloirs, ne croisant que quelques domestiques assignés à leurs tâches nocturnes. La pensée morbide du Roi lui revint en mémoire tandis que son corps tout entier frissonnait de par le souvenir de ces caresses qu’il avait su lui offrir. Pas un jour, elle n’y songeait guère, le cauchemar éveillé ne la quittant jamais. Poursuivant sa route dans un silence absolue, guidée par les rayons lunaires, elle ne fit halte qu’au détour de la Cour où une lourde porte renfermait la plus terrible de ses pensées.

La salle du trône avait toujours eu un autre visage, maintenant qu’elle avait commis cet acte aussi monstrueux qu’irréparable. La libération qu’elle avait ressentie, seule en vie dans cette large pièce, observant Maegor agoniser avant de pousser son dernier soupir aurait pu lui ôter la vie tant cela avait été fort et puissant. Les Sept eux-mêmes avaient guidé son geste, elle s’en était persuadée. Pourtant, si le trône de fer ne l’écœurait pas quand Jaehaerys ou Rhaenys se tenait dessus, elle n’avait jamais osé retourner le voir seule. Alors pourquoi ? Envoûtée par cette idée hypnotisante, elle s’était avancée vers la lourde porte, se glissant à l’insu de tous en essayant de se montrer la plus discrète possible. Puis, une fois le battant refermé, elle avait tourné le regard, prenant une profonde inspiration. Qu’avait-elle seulement imaginé retrouver ? Le cadavre encore froid du Cruel sur ce trône d’acier ? Mais nul n’était présent. Il ne s’agissait que de trône de Fer que tous semblaient envier. S’avançant lentement vers lui, sa respiration se faisait de plus en plus profonde tandis que de biens mauvais souvenirs revenaient à sa mémoire. Elle pouvait revoir les différentes scènes desquelles elle fut actrice d’un point de vue spectateur, cette fois-ci. Aussi, de sa première audience à cette fin mortelle, tous les événements lui revinrent en mémoire. Pourtant, le trône demeurait toujours aussi vide. Elle s’arrêta aux pieds des marches, croisant les bras sur sa poitrine, son visage faiblement éclairé par les torches accrochées. Elle resta là, immobile, de longues minutes durant, admirant ce fauteuil, aussi simple que décevant pouvait-il être.

Fusse le bruissement léger du tissu, le pas de velours ou bien cette étrange et inexplicable impression d’être épiée qui lui glissa la puce à l’oreille ? Des trois, elle n’aurait su le déterminer, se contentant de rester immobile dans cette fixation impassible. Seules ses lèvres, doucement, s’étirèrent dans un sourire amusé avant de se fendre pour que sa voix, doucement, ne vienne se faire entendre, mi voisée, mi chuchotée. « Il est des choses dont on ne peut se défaire… Cela peut être un souvenir ou une habitude… Votre pas vous trahi, lord Tyvaros. » Elle laissa son regard quitter le trône pour, finalement, se retourner et faire face à celui qui était le maître des Chuchoteurs depuis plusieurs lunes, à présent. Un air presque fier sur son visage venait l’éclairer de cette délicieuse satisfaction d’avoir su le démasquer. « Le serpent glisse toujours autant sur le sol et pourtant, l’araignée peut percevoir son arrivée, n’est-ce pas ? »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Jeu 7 Sep 2017 - 23:08

Renaissance d’un Passé Brûlé

ft.








La salle de réunion du conseil restreint était silencieuse. La nuit était tombée sur la capitale étouffante, apportant fraîcheur et libération aux habitants confinés dans l’étreinte putride et écrasante de Port-Réal. La dernière réunion avait été l’ultime d’une période de transition, une régence ayant duré près d’un an. Et désormais, le couronnement approchait. Le Donjon-Rouge se remplissait. Ils arrivaient de l’entièreté des Sept Couronnes. Les Orageois et les Ouestriens étaient bien entendus les plus nombreux, et tous avaient fait le déplacement, comptant bien se montrer comme étant ceux qui avaient gagné la guerre contre le cruel. On annonçait aussi les Bieffois et les Conflanais loyaux à Torrhen Tully. Une partie du Val ferait également le déplacement. Seul le Nord boudait la réunion, pour des raisons évidentes. Quant au Iles de Fer, elles n’avaient que trop profité de la situation…

Le divorce… L’histoire de la séparation de Rhaenys Targaryen et Jorah Stark. L’affaire avait fait grand bruit à la capitale, et ce durant plusieurs semaines. La controverse avait duré des jours et des jours, alourdissant l’ambiance au Donjon-Rouge. On murmurait parfois que les Stark allaient mobiliser ce qui leur restait d’armée et marcher sur la capitale pour exiger le retour de l’épouse du suzerain. Tout cela n’avait été que pure fabulation, alors que tout le monde se doutait que le Nord n’avait ni les moyens ni la volonté de repartir en guerre. Pour conclure l’affaire, le Grand Septon avait finalement pris position, après avoir profité de l’une de ses rares situations où il pouvait encore montrer son importance.

Valyron Tyvaros, nouveau seigneur de Port-d’Epice et fondateur de la maison Tyvaros, abhorrait la Foi. Il trouvait son fonctionnement brillant, mais les doctrines et leurs idoles étaient toutes fausses. Il n’y avait pas de dieu à sept faces. Les Sept-Qui-Ne-Font-Qu’un. Quelle vaste plaisanterie. Valyron était fidèle au panthéon de Valyria, ces dieux morts que certains seigneurs dragons vénéraient bien avant le Fléau. Les rituels et les sacrements de la religion valyrienne étaient toujours pratiqués en Mantarys, et Valyron avait toujours été baigné dans cette culture polythéiste. D’ailleurs, il avait fait aménagé un véritable autel valyrien avec ses braseros d’or et ses sphynx énigmatiques valyriens. Le Maître des Chuchoteurs du Trône n’était pas souvent chez lui, mais lorsqu’il y était, il pouvait y prier ses dieux en toute tranquillité.

Une autre raison fondamentale préoccupait le natif de Mantarys : la pérennisation de l’héritage Haut-Valyrien du Conquérant. La lignée devait rester pure. Il fallait que les deux derniers enfants d’Aenys, Jaehaerys et Rhaenys, restent ensemble. Il fallait préserver la supériorité du sang royal. On ne pouvait mêler le Sang du Dragon à n’importe quoi. Ni l’austère Loup du Nord, ni l’arrogant faucon du Val, ni l’agressif Lion de l’Ouest ou le farouche Cerf de l’Orage ne pouvaient espérer égaler le divin Dragon. Pourtant, il fallait bien préparer la suite. Il n’y avait plus que quatre Targaryen. Jaehaerys et Rhaenys étaient promis l’un à l’autre, et la lignée devrait immanquablement se prolonger par eux. Il était donc vital pour les Targaryen que leur union soit fertile, car il n’était pas pensable qu’un sang-bâtard ne puisse un jour régner sur le Trône de Fer. Daenys Targaryen était trop âgée pour enfanter, et il était probable qu’elle avait servi avec honneur sa maison en prodiguant un fils. Aemon Targaryen, Prince de Peyredragon, héritier du Trône. Si Rhaenys était effectivement destinée à faire sa vie avec Jaehaerys, il fallait impérativement trouver un bon parti pour l’héritier de Jaehaerys en attendant que ce dernier n’ait un garçon. Des tractations pour le moment secrètes étaient en cours entre le Trône et Hautjardin alors que la jeune Jeyne Tyrell, de par son rang et son sang, faisait une potentielle future épouse parfaite pour le jeune Aemon.

Pour toutes ces raisons, Valyron avait donc largement soutenu le divorce de Rhaenys et Jorah. Il se souvenait encore de la rencontre avec ce couple incongru, ce duo de glace et de feu, régnant sur Winterfell. Et désormais, c’était chose faite. Rhaenys avait enfin rompu ses attaches au Nord et pouvait se concentrer sur sa tâche principale : enfanter rapidement une nouvelle dynastie. En dépendrait tout le reste.

Il soupira en repensant à tout cela. L’année avait été difficile. La paix avait dû être gagnée au centuple. Finalement, la guerre lui avait réussi. Mais en retard. Traîné en justice par surprise, Valyron avait été dépouillé de tous ses biens, et reconnus coupable de trahison. Il n’avait dû son salut qu’à une mansuétude des Targaryen ne pouvant se réduire à faire tuer leur plus dévoué serviteur. Il avait failli être banni et finir sa vie là où il l’avait commencée : à Mantarys. Et pourtant, Elinor Piète l’avait retrouvé, un soir, dans une taverne du port. Elle l’avait amené devant la princesse Daenys qui lui avait assuré de son soutien et de la reconnaissance d’une partie de sa famille pour ses actes. Et rapidement, le natif de Mantarys s’était retrouvé anobli et titré de Port-d’Epice, Daenys s’attirant la reconnaissance éternelle du Mantaryen pour cela. Et finalement, Rhaenys comprenant le danger d’un Valyron de retour en grâce à la Cour tout acquis à Daenys, lui avait proposé un poste au conseil restreint pour ramener le Serpent dans une disposition au moins neutre à son égard.

Et quel poste cela avait été. Godric Lannister ayant hérité de sa précédente charge, celle qu’il avait occupée sous Maegor, de Maître des Lois, Valyron nouvellement Tyvaros avait été nommé Maître des Chuchoteurs. Si le poste était moins prestigieux, il en était bien plus redoutable. Avec cette nouvelle fonction officielle, le natif d’Essos mettait la main sur tout le réseau d’espionnage royal. Ce dernier avait été à reconstruire en grande partie, après la défaite de Maegor et les morts causés par la guerre. Cela avait occupé une bonne partie de l’année qui venait de s’écouler. Valyron avait aussi pris grand soin de faire transporter une grande partie de ses affaires dans son fief, et ainsi, son entreprise de négoce avait déménagé tout ce qui n’était pas nécessaire sur l’île des Velaryon. Et maintenant que le réseau retrouvait un semblant de stabilité, les nouvelles arrivaient de nouveau à ses oreilles. Il y avait tant à surveiller. A commencer par les grandes familles, mais exclusivement. Valyron surveillait aussi d’un œil critique les Hightower de Villevieille, les Reyne de Castamere, les Frey des Jumeaux, les Sunderland de Sortonne ou encore les Bolton de Fort-Terreur. Les nouvelles n’étaient pas forcément encourageantes pour la stabilité future.

Soupirant, Valyron referma la serviette de cuir qui contenait les documents sur lesquels il avait travaillé ce soir. Il se rendit compte que la nuit était déjà bien installée et il se dirigea vers la fenêtre. La ville était plongée dans l’obscurité, un silence bienvenu semblait tenir la cité. Il était plus tard que prévu. Valyron souhaitait dormir quelques heures avant le grand retour de l’agitation quotidienne. Ses affaires sous le bras, Valyron quitta la salle où les dernières chandelles encore allumées achevaient de se consumer. L’esprit occupé par les problématiques du lendemain, il sortait sans vraiment prêter attention à la salle du Trône, complètement désertée à cette heure, lorsqu’au bout de quelques pas, une voix se fit entendre, claire et distinguée, résonnant entre les hautes colonnes de la salle.

« Il est des choses dont on ne peut se défaire… Cela peut être un souvenir ou une habitude… Votre pas vous trahi, lord Tyvaros. »

Elinor Piète. En voilà une qu’il n’avait guère eu le temps de voir ces derniers mois. Elle avait disparu bien assez vite à Peyredragon pour des raisons plus qu’évidentes aux yeux de Valyron. Daenys était sans nul doute dans la confidence de la grossesse de la jeune femme. Toutefois, depuis son retour à la Cour ces derniers mois, Valyron n’avait pas eu le temps de la voir. Peut-être était-ce la raison de sa présence ici. Là où tout s’était terminé. Là où tout avait commencé. Le Trône de Fer. Valyron se rappelait encore de Maegor le nommant Maître des Lois depuis ce siège de fer. Et il se voyait encore entrant avec les autres dans cette sale du Trône, le jour de la bataille de Port-Réal pour tomber sur ce cadavre livide, le Trône recouvert de sang. Faisant désormais face à la jeune femme, il s’inclina avec une légère pointe d’ironie, concédant à la jeune femme sa victoire sur le fait de l’avoir démasqué au son de ses pas.

« Le serpent glisse toujours autant sur le sol et pourtant, l’araignée peut percevoir son arrivée, n’est-ce pas ? »

Un sourire glissa sur les lèvres dudit serpent. Ils se retrouvaient face à ce Trône, comme cela avait été le cas près de deux ans auparavant. Lorsque la guerre faisait rage. Ils avaient continué la discussion dans son bureau. Quelques temps plus tard, ils avaient scellé une alliance de circonstances pour intriguer ensemble contre Maegor et pour Rhaenys. Et bien vite, ils avaient propagé une rumeur de liaison entre eux pour pouvoir se voir seuls plus facilement. Cela avait d’ailleurs peut-être trop bien marché, par moments. Les mains croisées dans son dos, soutenant sa pochette de cuir, Valyron détailla rapidement la jeune femme. Les épreuves qu’elle avait subies avaient laissé des traces. Ses traits autrefois doux s’étaient durcis, et son regard semblait bien plus déterminés qu’auparavant.

« Et pourtant, à eux deux, le serpent et l’araignée ont suffisamment de poison pour stopper net le cœur d’un dragon… » laissa-t-il tomber, énigmatique.

Un sourire un peu plus sincère éclaira brièvement le visage du natif de Mantarys, alors qu’il se détendait légèrement. Elinor était une amie. La seule qu’il avait vraiment. La seule qui comptait.

« Je vois que vous semblez être bien portante, Elinor. C’est une bonne nouvelle. »

Il se tourna légèrement vers le Trône de Fer qui le toisait d’un air imperturbable.

« Bientôt, un nouveau Roi sera couronné ici même. Bientôt, nous pourrons tourner une sombre page de nos vies. »


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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Sam 9 Sep 2017 - 23:21




Renaissance d'un passé brûlé
Se voir accorder raison, elle adorait cela, surtout quand la chose venait d’un homme tel que Valyron. Le petit hochement de tête qu’il eut pour lui accorder raison était une victoire et le sourire de l’araignée s’élargit sur ses lèvres tandis qu’il s’avançait à sa rencontre. Elle n’eut besoin que d’une autre phrase, métaphorée et mettant en avant leurs blasons respectifs pour que son sourire ne soit contagieux. Depuis combien de temps n’avaient-ils pu s’entretenir l’un et l’autre en privé ? La chose était devenue presqu’une habitude avant la bataille de Port-Réal, quand Maegor menaçait de tous les brûler dans un brasier ardent. Cela avait fini par manquer à l’araignée autant qu’elle n’avait ni souhaiter déranger le maître des Chuchoteurs qu’elle avait désormais du mal à penser que toute l’amitié dont il avait fait preuve par le passé serait toujours d’actualité de par les nouvelles fonctions qu’il exerçait.

A la fin des jugements, Valyron avait été de ceux les plus injustement punis. Il était vrai, qu’aux yeux d’Elinor, Ondrew avait beaucoup trop subi de cette époque terrible que tous souhaitaient désormais quitter. Pourtant, quand elle se fut faite à l’exil de son époux, elle avait porté son intérêt au seul homme qui avait su se montrer clément envers elle à cause de la situation délicate qu’elle avait vécue. Parlant du Mantaryen à la princesse Daenys, elle avait obtenu d’elle plus de clémence. La Mère-Dragon portait un nom qui lui était mérité. La native du Bief avait erré dans la capitale des heures durant avant de parvenir à déterrer son ami d’antan dans un état qui était bien plus pitoyable que ce jour où son dos avait été gravement brûlé. Mangé par la rancœur, il se laissa conduire par l’araignée vers la dragonne qui parvint à reconnaître, à la place de Rhaenys, sa participation dans la victoire Rebelle sous témoignages d’Elinor. Ainsi, après plusieurs démarches et une requête lancée auprès de Jaehaerys, Valyron devint Valyron Tyvaros, anobli et possédant un fief. La jeune araignée s’était réjouie de la sorte et aurait certainement sollicité son aide comme il la lui avait promise quand elle lui avait annoncé sa grossesse s’il n’avait pas été nommé maître des Chuchoteurs par une Rhaenys agacée par les actes de sa tante. Ainsi, la Bieffoise avait pris du recul sur la situation, ne sachant plus si bien que cela gérer cette dernière. Et la distance s’était installée entre les deux compères d’antan.

Réajustant son châle afin d’espérer paraître plus convenable, elle écouta sa réponse, un sourire figé sur ses lèvres. Elle aurait aimé plaisanter sur un tel sujet, quitte à souligner que le venin de l’araignée était plus terrible que celui du serpent, mais elle se contenta d’opiner légèrement du chef avant de reporter son regard sur le trône de Fer qui se trouvait non loin d’eux, poussant un léger soupir. Le sourire du Mantaryen, lui, avait grandi tandis qu’il eut la sympathie de souligner la bonne santé de l’araignée. Elle lui adressa un regard complice. « Vous ne semblez pas en reste… Si tomber plus bas que terre est chose terrible, vous remontez en selle bien mieux que quiconque, lord Tyvaros… » Rares étaient les instants où elle pouvait le flatter de ce titre qu’elle le savait satisfait de posséder. Peut-être un jour lui ferait-il l’honneur de l’emmener voir le fief qui était le sien ? Elle savait les lieux peu enviables par bien des gens de la Cour mais ne doutait pas que l’ancien Maître des Lois aurait fait quelques ajustements pour transformer sa forteresse.

Puis, leurs regards tournés vers ce siège envié par bien des hommes, il ajouta une remarque quant au couronnement prochain de Jaehaerys, comme un renouveau pour tous afin d’effacer les dernières blessures provoquées par le Cruel et son règne. Mais le sourire de l’araignée s’effaça tandis qu’elle baissa son regard noisette. Est-ce qu’un enfant saurait panser toutes les plaies causées par son oncle ? Elle était convaincue du contraire, étant donné que ses propres maux étaient plus que des souvenirs à effacer. De sa souffrance, il lui resterait à jamais une marque. Un enfant. Déglutissant avec difficulté, elle prit une profonde inspiration. « Les pages des uns et des autres n’ont malheureusement pas le même poids. Je crains que jamais je ne puisse tout simplement effacer de ma mémoire ces moments douloureux que nous avons vécu ici… Et les nouveautés ne sont guère bonnes pour tout le monde. Je me réjouis pour Jaehaerys tout comme je ne peux m’empêcher de ressentir de la rancœur envers ceux qui ont, de nouveau, poussé mon époux à partir loin de moi… » Valyron avait au moins l’avantage d’être innocent de cela. Ses yeux croisèrent son regard et elle lui adressa un sourire triste. Pourtant, l’araignée ne cessait plus de tisser des toiles afin que tous fils convergent vers un retour de lord Piète à la Cour.

Soupirant doucement, elle essaya de se montrer d’humeur plus légère. « Cette conversation me ramène dans un passé qui semble si lointain… Quand était-ce, déjà, la dernière fois que nous nous sommes rencontré de la sorte ? J’aurais aimé provoquer ces retrouvailles plus tôt mais je ne souhaitais ni vous déranger, ni paraître opportuniste… Je suis contente de vous revoir ainsi, cela semble plus simple. » Elle rit doucement, chose bien rare en ces temps encore délicats pour celle qui fut la Régicide de Maegor le Cruel. S’intéressant à son vis-à-vis, elle lui adressa un sourire en coin. « N’avez-vous eu trop de mal à vous accoutumer tant à vos nouvelles obligations au Conseil qu’à celle vous attendant à Port-d’Epices ? »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Jeu 14 Sep 2017 - 19:15

Renaissance d’un Passé Brûlé

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« Vous ne semblez pas en reste… Si tomber plus bas que terre est chose terrible, vous remontez en selle bien mieux que quiconque, lord Tyvaros… »

Il ne put s’empêcher de courber légèrement l’échine pour accuser réception du compliment et de la mention de son nouveau rang. Seigneur de Port-d’Epice. C’était fait. Auparavant, on lui adjoignait le titre de noblesse par pure politesse et convenance. Le Maître des Lois de Maegor ne pouvait pas simplement être considéré comme un roturier classique. Jadis, cette appellation était complètement hypocrite, et ne tenait qu’au rang de Valyron, qui, lui, se faisait un malin plaisir à rappeler à tous ceux qui l’appelaient ainsi qu’il n’était pas noble.

Désormais, c’était officiel. Dans le coffre le plus sécurisé de son nouveau fief, aux côtés de certains documents de famille inestimables, l’acte d’anoblissement de Valyron anciennement de Mantarys et désormais Tyvaros, seigneur de Port-d’Epice et vassal direct du Trône de Fer. Les chroniques du royaume comptaient désormais la trace de la nouvelle maison Tyvaros, représentée par un serpent violet enroulé autour d’un trident d’or sur champ d’hermine. Du Fléau, nous prospérons. Telle était la devise de Valyron, et serait celle de chaque descendant de ce sang de Mantarys. Elle n’était pas anodine. Les aïeuls de Valyron Tyvaros avaient prospéré à Mantarys avec l’effondrement de leur très sainte capitale Valyria, et le nouveau seigneur de Port-d’Epice avait décroché son anoblissement avec la fin de la guerre et le chaos qu’elle avait apporté. Le Fléau, toujours. Le Serpent ne craignait ni la cendre, ni la ruine.

Il remarqua que le sourire de la jeune femme s’était éteint lorsqu’il avait parlé de Jaehaerys. Une longue inspiration emplit le silence qui s’était fait, envahissant l’entièreté de la salle du Trône de Fer.

« Les pages des uns et des autres n’ont malheureusement pas le même poids. Je crains que jamais je ne puisse tout simplement effacer de ma mémoire ces moments douloureux que nous avons vécu ici… Et les nouveautés ne sont guère bonnes pour tout le monde. Je me réjouis pour Jaehaerys tout comme je ne peux m’empêcher de ressentir de la rancœur envers ceux qui ont, de nouveau, poussé mon époux à partir loin de moi… »

Valyron pinça les lèvres. L’exil d’Ondrew Piète était effectivement une chose difficile pour Elinor, il s’en doutait. Les deux époux Piète étaient connus pour être inséparables et envoyer le mari à l’autre bout du continent était une véritable sanction à l’endroit des deux tourtereaux. Toutefois, au vu du poste qu’avait occupé Ondrew Piète au sein de l’administration de Maegor, c‘était plutôt clément. Un sourire triste apparut sur le visage angélique de la jeune femme. Il compatissait, quand bien même il savait que c’était la plus grande faiblesse des deux Piète. Il déposa une main réconfortante sur la frêle épaule de la jeune femme, la pressant légèrement, comme pour lui transmettre du courage. Silencieux, il la regarda alors qu’elle soupirait, continuant d’un ton plus enjoué.

« Cette conversation me ramène dans un passé qui semble si lointain… Quand était-ce, déjà, la dernière fois que nous nous sommes rencontré de la sorte ? J’aurais aimé provoquer ces retrouvailles plus tôt mais je ne souhaitais ni vous déranger, ni paraître opportuniste… Je suis contente de vous revoir ainsi, cela semble plus simple. »

Un rire naturel et spontané résonna dans la salle vide. Valyron laissa un nouveau bref sourire échapper de son visage d’ordinaire impassible. Effectivement, leur première véritable discussion revenait à plus d’un an et demi auparavant, vers la fin de l’année 47, peu après le Jugement des Sept, lorsque le Nord et le Val s’étaient retirés de la guerre aux côtés de Maegor, laissant le champ libre aux rebelles Baratheon et Lannister. C’était au cours de cette discussion, dans cette même salle du Trône de Fer, qu’ils avaient commencé à nouer les liens qui les avaient amenés à contacter Rhaenys pour lui enjoindre de rentrer à Port-Réal le plus vite possible. De ces agissements clandestins était née une véritable proximité entre les deux comparses, qui étaient allés jusqu’à jouer une fausse liaison entre eux pour leur permettre de se rencontrer aisément en tête à tête sans pour autant éveiller les soupçons.

« N’avez-vous eu trop de mal à vous accoutumer tant à vos nouvelles obligations au Conseil qu’à celle vous attendant à Port-d’Epices ? » lui demanda-t-elle avec un sourire en coin.

Valyron haussa les épaules d’un air désabusé. Bien entendu, le travail était radicalement différent. Rien que par la philosophie des postes : le Maître des Lois n’avait pas du tout le même travail que le Maître des Chuchoteurs, qui se devait d’être attentif à tout ce qui pouvait se passer, partout. Toutes les menaces et les opportunités devaient être identifiées. Le fait de travailler pour un jeune Jaehaerys était aussi drastiquement différent que celui d’œuvrer pour Maegor. Quant à Port-d’Epice… Il laissa tomber la main qu’il avait sur l’épaule d’Elinor.

« Je m’adapte. Cela m’a pris un peu de temps, mais pour le bien des Sept Couronnes, je suis toujours prêt à donner de ma personne. Pour ce qui est de mon domaine… Disons que lorsque vous avez réussi à faire décharger un navire et le remplir dans la foulée, le tout en quatre heures et à Tyrosh, vous êtes armé contre tout. »

Plaisanterie typique des marchands du Détroit et d’Essos qui redoutaient de devoir relâcher à Tyrosh, cité libre connue pour le capharnaüm de son port et la précision toute approximative de ses employés de débardage.

« C’est un endroit absolument charmant. La ville est dynamique et le château bien fortifié. Le poisson y est abondant et nous avons une importante activité portuaire. Je compte d’ailleurs la développer très prochainement. Ceci dit, c’est un endroit reculé, parfait pour une retraite loin du cours de l’Histoire et des hommes. J’essaie de m’y rendre aussi souvent que nécessaire, mais cela m’est parfois difficile. Toutefois, les lieux sont d’une tranquillité saisissante. Personne n’approche jamais du château, ce ne sont pas les visiteurs qui dérangent ! »

Il haussa les épaules. Port d’Epices était un écrin de discrétion et de tranquillité. Une petite ville dynamique de quelques centaines d’âmes, des terres relativement bien entretenues aux alentours, une petite flotte de pêche dynamique, de grands entrepôts modernes, des grues et même un chantier naval. Le temps y était fort clément, la proximité de la Baie de la Néra y garantissait une température agréable à toute heure et un air pur, chargé d’iode. Un lieu parfait pour se dissimuler.

Se dissimuler…

A cette pensée, le regard de Valyron glissa lentement vers le ventre toujours aussi plat d’Elinor. Elle lui avait dit être enceinte, ils en avaient longuement discuté. Si l’enfant était de Maegor, cela faisait courir un risque terrible à Elinor, encore aujourd’hui. Valyron avait un jour songé à avertir la princesse régente, Rhaenys Targaryen. Après réflexion, il s’était abstenu. Elinor avait tout fait pour lui, et l’avait fait restaurer dans son influence et sa position d’autrefois. Il lui en était immensément reconnaissant, et ne savait pas ce qu’il était advenu d’elle. Sa disparition sur Peyredragon en service commandé pour Daenys lui avait mis la puce à l’oreille, mais rien n’avait filtré, durant plusieurs mois. Il n’avait aucune idée de ce qui avait pu arriver à Elinor sur l’île abritant la forteresse ancestrale des Targaryen. Toutefois, en sa qualité de Maître des Chuchoteurs, en sa qualité d’ami également, Valyron ne pouvait pas ignorer cela. D’un air plus sérieux, il se pencha légèrement vers Elinor, modérant le volume de ses paroles.

« Mais vous, Elinor… ? Votre absence, ces derniers mois… Ce dont nous avions parlé à plusieurs reprises. Il désigna son ventre, il n’y avait pas besoin de faire plus. Que vous est-il arrivé ? »


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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Lun 30 Oct 2017 - 18:06




Renaissance d'un passé brûlé
La flatterie était une valeur sûre dès lors que l’on s’adressait à un homme fier. Valyron était de ceux-là. Fier de ses accomplissements, de son escalade dans la hiérarchie et la Noblesse. Il ne lui manquait plus qu’un pion pour parfaire ce tableau afin de le rendre idéal : une épouse. Elinor n’avait aucun mal à imaginer ce tableau, le voyant déjà se pavaner avec une jeune femme qui n’aurait certainement rien à lui envier quant à sa beauté – bien que l’Araignée du Bief avait pour réputation d’être l’une des plus séduisantes femmes de la Cour. Des rumeurs disaient même que certains avaient espéré plus d’une fois voir Ondrew Piète mourir pour mieux récupérer sa jeune épouse. Pour l’heure, l’ego de Valyron méritait d’être caressé dans le sens du poil. Elle savait trop bien ce qu’il avait vécu et souhaitait, comme n’importe quelle amie l’aurait fait, le voir revenir au sommet de sa superbe.

Mais la mélancolie, toujours venait balayer ces élans de fierté et la main paternelle de Valyron sur son épaule, quoique réconfortante, ne fit que raviver ce manque incroyable qu’elle éprouverait toujours dès que ses pensées se tournaient vers Dorne. Tous semblaient compatir. Personne n’agissait. Faudrait-il qu’elle se rende à Dorne, elle-même, pour enfin croiser de nouveau le regard de son époux ? L’idée de fuir dans cette optique lui était venue, plusieurs fois. Mais toujours, Daenys avait su sentir ce désir en elle, prenant le temps de l’écouter, de converser avec elle, lui rendant l’espoir de voir son époux réhabilité auprès de Jaehaerys. Plus d’une fois, elle lui avait assuré que si elle accédait à la régence, cela serait sa première action. Mais le combat pour une telle place avait beau avoir été rude, il ne s’était achevé que par une défaite. La déception avait envahi la jeune femme, laissant dans son esprit le gout amer du désespoir.

Pourtant, comme à son habitude, elle se releva, détournant la conversation vers un sujet qui était différent. Un sujet qui était plus léger. Recentrant son attention sur Valyron, ce fut avec satisfaction qu’elle l’écouta parler. Le fait qu’il réaffirma son souhait de se montrer loyal et serviable envers la couronne lui serra doucement le cœur, crispant légèrement son sourire qu’elle essaya pourtant de garder jovial. Comment pourrait-elle seulement laisser leur amitié aussi simple et confiante qu’elle l’était jadis quand il risquait de pouvoir la détruire ? Elinor n’avait personne pour la protéger à la Cour si ce n’était Daenys. Si l’existence de son fils était révélée, il risquait de se faire massacrer pour être coupable d’être le fils de son père. Pour être coupable d’être un héritier au trône de Fer. Pourtant, si Elinor n’avait su donner la mort à son enfant, il était hors de question qu’un tel drame lui arrive. Dans ses cauchemars, pourtant, elle avait déjà retrouvé le berceau ensanglanté, tantôt sous la colère d’Ondrew, tantôt par la princesse Rhaenys. Alors, trop effrayée, elle avait gardé le silence, Daenys étant la seule dans la confidence. Elle et une sage-femme qui avait été suffisamment payée pour ne rien dire.

L’écouter parler de Port-d’Epice lui rappelait tant qu’elle n’avait plus, elle, la possibilité de fuir la Cour pour se réfugier dans son fief. Tumbleton avait subi de lourds dégâts, Froide Douve était tombée dans les mains des Osgris. Que pourrait-elle faire, seulement, pour regagner ce qui était à elle ? La tranquillité qu’il mentionnait lui manquait. Son sourire s’élargit tandis qu’elle imaginait les lieux, se promenant seule sur la plage, admirant les bateaux et les pêcheurs s’affairant au loin. Comme tout cela devait être magnifique. « Je vous envie beaucoup… »

Et finalement, après un nouveau silence, il posa la question qu’elle évitait depuis des mois. Pointant légèrement son ventre du doigt, il désirait percer le mystère de tout ceci. Le léger sourire d’Elinor s’effaça doucement tandis qu’elle prenait une profonde inspiration. D’un regard circulaire, elle s’assura que nul n’écoutait ce qu’ils étaient en train de dire. « Et bien… Je me suis retirée à Peyredragon avec l’aide de la princesse Daenys… Pour affaires. J’imagine que vous savez cela. Pour être honnête, il était plus que temps que je le fasse, ma taille n’étant plus aussi fine. Mon statut de disgrâce m’a aidé à dissimuler les choses sous des vêtements plus amples, le temps que je parvienne enfin à dire à… Quelqu’un, ce qu’il m’arrivait. » Elle serra les dents, un frisson faisant trembler son corps tandis que le sourire carnassier de Maegor lui revenait en mémoire. L’espace d’un instant, alors que ses yeux se tournaient de nouveau vers le trône de fer, elle le vit, assis, lui tendant une main qu’elle n’aurait pu refuser tandis qu’il murmurait d’une voix suave Ma chère Elinor… Ma chère Putain… Comment va mon fils ?. Elle dévia le regard, déglutissant avec difficulté, secouant légèrement la tête. La fatigue lui jouait certainement un vilain tour.

Poussant un soupir, elle releva ses yeux noisette vers Valyron pour poursuivre ses mésaventures. « Le temps m’a paru affreusement long, surtout que nul n’était autorisé à me rendre visite. J’ai été comme enfermée, de nouveau, ne pouvant quitter mes appartements sous peine de voir mon secret révélé par quiconque. Des mois de solitude à voir grossir en moi le souvenir funeste d’un tyran. Dès lors que mes yeux croisaient mon reflet et ce ventre rond, le souvenir de ces nuits passées dans les bras du dragon me revenait, comme si mon esprit essayait de trouver lequel de ces sinistres moments avait conduit à… ça. » Valyron ne pouvait comprendre et pourtant, il était celui qui l’avait vue. Au lendemain de la mort de Maegor, elle s’était laissée happer par cette folie, préférant lâcher prise pour mieux oublier ce qu’il s’était passé. Pour mieux oublier comment elle s’était laissée aller dans les bras de ce Roi cruel et la manière dont il l’avait dupée, à nouveau, le laissant lui offrir un plaisir tendre aussi mortel qu’un poison doux. Le maître des Lois déchu l’avait alors rattrapée, rattachée à cette réalité terrible, l’aidant à y faire face.

« Et puis… Le jour de la naissance est arrivé. » C’était maintenant. Elle devait faire un choix. Soit elle lui offrait la vérité, lui annonçant l’un des plus grands secrets des Sept Couronnes, soit elle lui mentait ouvertement, protégeant sa réputation et la vie de son fils, risquant pourtant de détruire cette amitié durement construite. Relevant ses yeux noisette, ce fut en plaquant son regard dans le sien qu’elle lui offrit sa vérité de l’histoire. « La douleur était si terrible que j’ai cru mourir plusieurs fois. Tandis que la sage-femme me donnait des ordres, je ne pouvais m’empêcher de revoir Jeyne le jour où… Le jour de la bataille. J’avais tellement peur de vivre la même fin qu’elle. Et j’étais seule. Quand la délivrance est arrivée, l’enfant n’a poussé qu’un cri avant de se taire à jamais. Et ce cri n’avait rien d’humain. Quand la sage-femme a tendu cette chose vers moi… » Elle frissonna, revoyant l’enfant de Jeyne dans sa mémoire. Elle ne pouvait seulement décrire physiquement cette chose et se doutait que Valyron n’avait nul besoin de détails en ce qui concernait cet instant. Gardant ses yeux plaqués dans les siens, elle acheva simplement. « Il était mort. » Elle aurait pu se contenter de dire cela mais les détails ne permettrait que de rajouter un peu de vérité dans cette histoire car si la finalité était inventé, le reste s’avérait être vrai.

Elle détourna le regard, pinçant légèrement les lèvres et portant une main à son ventre, comme si cette dernière cherchait à ressentir de nouveau autre chose que ce vide. Et au fond d’elle, Elinor savait que l’absence d’Ondrew ne faisait que lui rappeler qu’elle ne vivrait plus de sitôt cette maternité qu’elle avait pourtant appréciée. Ses pensées allèrent vers Willem qui devait dormir dans son berceau sous le regard aimant de sa nourrice. Elle espérait, évidemment, pouvoir retourner à Peyredragon prochainement même si les faux prétextes ne méritaient jamais de rater le Couronnement qui aurait bientôt lieu. Elle sourit doucement à Valyron. « Je crois bien que c’est la première fois que je relate avec autant de détails mes mésaventures… Je suis navrée de ne pas vous épargner… Mais vous avez été là depuis le début concernant ce sujet et j’ose imaginer que, plus d’une fois, vous avez envisagé de me tuer tant à cause de cela… Que d’autres choses… Vous êtes certainement le seul à avoir ce droit, d’ailleurs… » Car elle l’avait trahi. La panique l’avait dévorée toute entière alors que Maegor avait joué avec elle, manquant de la tuer de ses mains. Préférant se montrer docile, elle avait alors reporté tous les tords sur son compagnon de manigances avant de se rendre auprès de lui pour l’avertir. Plusieurs fois, Elinor s’était fait la réflexion que son heure aurait dû venir ce jour-là mais que les Sept avaient fait le choix de l’épargner par deux fois.

Mais les choses s’étaient arrangées et, aux yeux d’Elinor, elle avait su payer cette trahison tant en tuant le Roi qu’en supportant l’anoblissement de Valyron. Un sourire en coin se dessina alors sur ses lèvres. « Vous qui savez tout des rumeurs… J’imagine qu’elles vont bon train à notre sujet… Mon mari bien présent, notre liaison éclate au grand jour et maintenant qu’il n’est plus là, voilà que plus rien ne se murmure à notre égard… Que doit bien penser la Cour de cela… ? »


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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Ven 5 Jan 2018 - 15:10

Renaissance d’un Passé Brûlé

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Le sourire de la belle araignée s’effaça à la mention de sa grossesse. Il ne s’agissait pourtant pas d’une gestation ordinaire. L’enfant qu’avait porté Elinor Piète n’était pas celui de son mari. Si cela pouvait déjà en choquer plus d’un, cela restait pourtant monnaie courante qu’une femme adultère porte un enfant qui n’était pas celui de son époux légitime. Non, le vrai problème, la véritable particularité de la grossesse de l’Araignée avait été l’identité du père.

Maegor Targaryen, Roi des Andals et des Premiers Hommes, souverain des Sept Couronnes et Protecteur du Royaume n’avait pas été un homme ordinaire. Fils du Conquérant, chevalier émérite et chevaucheur du terrifiant Balerion, il avait été Main de son frère aîné Aenys et avait finalement saisi le Trône pour lui à la mort de ce dernier. Il avait régné durant sept longues années, sept années sanglantes et difficiles pour tous. L’aventure de Maegor s’était achevé dans le sang et les cendres, alors que la capitale était prise par ses opposants et que lui-même était retrouvé vidé de son sang sur le Trône de Fer. Et pourtant, le règne de Maegor avait pourtant servi aux Targaryen : il avait éradiqué la Foi Militante et les Pauvres Compagnons, sensiblement diminué les Fils du Guerrier ainsi que l’influence de la Foi sur Westeros. Ce faisant, il avait préparé un terrain autrement plus favorable pour son successeur. La Foi avait toujours été une épine dans le pied des Targaryen, d’Aegon lui-même – obligé de se convertir pour éviter un soulèvement généralisé – à Aenys, qui avait finalement fait face à une révolte quand même. Jaehaerys était le premier des rois Targaryen à bénéficier d’une situation où la Foi lui était soumise et certainement pas en position de pouvoir être une quelconque menace. Avec sa violence, Maegor avait rendu ce service à tous ses descendants : les Sept ne poseraient plus de problèmes aux Targaryen. Du moins du point de vue du Serpent de Mantarys.

Et porter l’enfant d’un usurpateur n’était pas un fardeau aisé à soutenir. L’usurpateur avait beau en être un, il n’en avait pas moins été oint par les sept huiles saintes par le Grand Septon, faisant de lui un roi légitime aux yeux des dieux sinon à ceux des hommes. Et son enfant pouvait finalement bien prétendre à s’asseoir sur la Trône de Fer, avec des soutiens déterminés pour l’y aider. Aussi, si l’enfant avait été un garçon, il aurait été une véritable menace pour Jaehaerys. Non pas dans l’immédiat, non, car personne ne voudrait du fils du Cruel sur le Trône. Mais qui pouvait dire de quoi serait fait l’avenir dans vingt ou trente ans ? Si la position du jeune roi devenait un jour délicate, peut-être serait-on heureux de pouvoir le renverser pour installer à sa place son cousin.

« Et bien… Je me suis retirée à Peyredragon avec l’aide de la princesse Daenys… Pour affaires. J’imagine que vous savez cela. Pour être honnête, il était plus que temps que je le fasse, ma taille n’étant plus aussi fine. Mon statut de disgrâce m’a aidé à dissimuler les choses sous des vêtements plus amples, le temps que je parvienne enfin à dire à… Quelqu’un, ce qu’il m’arrivait. »

Ainsi Daenys était au courant. Cela expliquait sans doute pourquoi rien n’avait filtré. La Mère Dragon tenait Peyredragon et il était aisé de contrôler les allées et venue. Toutefois, cela pouvait être inquiétant si la Princesse choisissait cela pour disposer d’un levier de pression futur. Il faudrait surveiller tout cela.

« Le temps m’a paru affreusement long, surtout que nul n’était autorisé à me rendre visite. J’ai été comme enfermée, de nouveau, ne pouvant quitter mes appartements sous peine de voir mon secret révélé par quiconque. Des mois de solitude à voir grossir en moi le souvenir funeste d’un tyran. Dès lors que mes yeux croisaient mon reflet et ce ventre rond, le souvenir de ces nuits passées dans les bras du dragon me revenait, comme si mon esprit essayait de trouver lequel de ces sinistres moments avait conduit à… ça. »

Un bref instant, elle se tut. Le silence enveloppa une nouvelle fois la grande salle dans laquelle se trouvaient les deux individus.

« Et puis… Le jour de la naissance est arrivé. »

Alors qu’elle marquait une nouvelle pause, Valyron la scruta avec intensité. Qu’était devenu l’enfant illégitime de Maegor ?

« La douleur était si terrible que j’ai cru mourir plusieurs fois. Tandis que la sage-femme me donnait des ordres, je ne pouvais m’empêcher de revoir Jeyne le jour où… Le jour de la bataille. J’avais tellement peur de vivre la même fin qu’elle. Et j’étais seule. Quand la délivrance est arrivée, l’enfant n’a poussé qu’un cri avant de se taire à jamais. Et ce cri n’avait rien d’humain. Quand la sage-femme a tendu cette chose vers moi… »

Se taire à jamais… Le cœur de Valyron se serra durant un bref moment d’émotion. La mort d’un petit dragon, même de sang-mêlé, était une chose triste, surtout lorsque c’était une jeune femme que le Chuchoteur appréciait qui était frappée par une fausse-couche. Elle le regardait avec force. Une chose était certaine, ce qu’elle racontait, elle l’avait vécu.

« Il était mort. »

Ainsi c’était donc le destin qui avait attendu le fils – car c’en était visiblement un – de Maegor Targaryen et Elinor Piète. C’était regrettable mais prévisible, au vu des tourments qu’avait subi la jeune femme durant le début de sa grossesse. Le remord était largement visible sur son visage et Valyron la regarda avec compassion alors qu’elle souriait avec douceur.

« Je crois bien que c’est la première fois que je relate avec autant de détails mes mésaventures… Je suis navrée de ne pas vous épargner… Mais vous avez été là depuis le début concernant ce sujet et j’ose imaginer que, plus d’une fois, vous avez envisagé de me tuer tant à cause de cela… Que d’autres choses… Vous êtes certainement le seul à avoir ce droit, d’ailleurs… »

Plus d’une fois, effectivement. En sa qualité de serviteur des Targaryen, Valyron avait réfléchi à ce qui était le mieux vis-à-vis de cette grossesse. Une nouvelle branche du sang du dragon était un danger potentiel, le plus grand danger que pouvait encourir les Hauts-Valyriens de Westeros. Qui d’autre qu’un dragon pour occire un dragon ? Les rebelles n’avaient gagné contre Maegor que lorsque Rhaenys était arrivée sur le sien pour affronter Balerion, sans quoi, les armées brillantes et les étendards colorés auraient tous été consumés. Pour cela, Valyron avait plusieurs fois pensé à faire assassiner celle qui était à l’époque l’épouse de la Main du Roi.

Il y avait eu une autre occasion, où le Serpent avait voulu – et failli – refermer ses crocs sur l’araignée. Le jour où Elinor l’avait trahi en le vendant à Maegor. Cette trahison-là, Valyron ne l’avait pas oubliée. Bien entendu, la dette avait été payée. Elle l’avait retrouvé dans les bas-fonds de Port-Réal après la guerre, alors qu’il était en disgrâce et en attente d’exil. S’il avait retrouvé ses fonctions au Conseil Restreint, et plus encore, c’était grâce à Elinor Piète, et pour cela, il lui était reconnaissant.

    Mais il n’oubliait pas.


Valyron n’était pas un personnage qui oubliait. Il pouvait pardonner, il pouvait fermer les yeux ou même devoir passer outre, mais il n’oubliait pas. La confiance était une chose importante, chez le Sieur Serpent. Pas que lui-même ne soit un être particulièrement fiable, mais il aimait à travailler avec des personnes en lesquelles il pouvait avoir toute confiance. Aussi, lorsqu’Elinor l’avait trahi, Valyron avait considérablement relevé ses standards en la matière. Ceci dit, elle avait tort. Il n’avait pas le droit de commander sa mort de son plein gré. Au vu de sa position et de son histoire à la Cour, l’assassinat d’Elinor ne pourrait passer que par la validation du roi ou du Protecteur, ou toute autre raison justifiant l’invocation de la raison d’Etat. Le Chuchoteur renseignait le Roi et ses conseillers, il ne tuait que sur ordre. Ou presque.

« Vous qui savez tout des rumeurs… J’imagine qu’elles vont bon train à notre sujet… Mon mari bien présent, notre liaison éclate au grand jour et maintenant qu’il n’est plus là, voilà que plus rien ne se murmure à notre égard… Que doit bien penser la Cour de cela… ? »

Il haussa les épaules. Il savait tout et plus encore sur ces rumeurs. Rien d’intéressant ne circulait en ce moment. La Cour était paisible et ne bruissait que du prochain mariage, du couronnement du roi et de la nouvelle ère qui s’ouvrait pour tous.

« Je crains que nous ne soyons passés de mode, ma chère. La Cour de Maegor n’est plus, et les rumeurs ne sont que plus éteintes avec votre départ et l’inutilité de continuer à les propager. Il est probable qu’elles ne resurgiront pas. En tout cas, pas sans une bonne raison. »

Il regarda autour de lui, un réflexe de plus qu’il avait acquis durant l’époque de Maegor. Qui pouvait savoir de quoi serait fait demain. Si un nouveau tyran s’élevait, il faudrait peut-être de nouveau ourdir dans l’ombre pour le chasser. Mais cette fois, Valyron veillait au grain, et il était dans la position parfaite pour agir et frapper de manière préventive. Son attention revint à la petite jeune femme qui lui faisait face.

« Qu’allez-vous faire, désormais ? Vous comptez rester à la Cour ? Ou peut-être retourner au Bief ? »



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Mer 10 Jan 2018 - 13:04




Renaissance d'un passé brûlé
L’instant était passé sans que Valyron ne prenne le temps de relever ses mensonges. La tempête qui menaçait en son être s’apaisa dès lors, rassurée comme elle l’était d’avoir su mentir pour mieux protéger son fils. Un jour, peut-être, saurait-elle expliquer à son ami les raisons de ses secrets. Pour l’heure, mieux valait taire l’existence de cet enfant car, elle le savait, beaucoup pourrait souhaiter le voir accéder à des sphères qu’elle ne souhaitait nullement le voir approcher. Willem était un bâtard de sang royal et pourtant, jamais sa mère ne permettrait qu’il ne l’apprenne, d’une manière ou d’une autre tant elle craignait voir l’enfant ressembler à son père. Les Sept Couronnes avaient déjà connu leur lot de tyrans et Maegor était bien le pire jusque-là. Jamais son fils ne devrait savoir tout cela.

La conversation dévia alors vers un sujet plus léger, celui qu’affectionnait la Cour. Les commérages. Les murmures et les ragots traversaient les couloirs comme un vent lourd de conséquence, amenant parfois des vérités et d’autres fois des mensonges. Celui formulé par Elinor et Valyron, sous le règne du Cruel, avait parcouru les espaces jusqu’aux oreilles du Roi. Mieux valait que tous pensent qu’ils avaient une liaison plutôt que les imaginer conspirer contre le Cruel. Cela ne fut guère suffisant et pourtant, quand elle resongeait à tous les stratagèmes mis en place, l’Araignée du Bief ne pouvait s’empêcher de sourire avec amusement. Aussi, se savoir passée de mode était à la fois un soulagement autant qu’une raison de se vexer légèrement. Elle lui adressa cependant un sourire complice. « Alors espérons que nulle raison ne soit suffisante pour nous forcer à laisser tout ceci resurgir. » Son regard dévia de nouveau vers le trône de Fer qui siégeait à leurs côtés. Bientôt, un jeune Roi prendrait place sur cette large place, un poids lourd tomberait sur ses frêles épaules et bon nombre des sujets de ce royaume seraient capables de l’aider à supporter ce poids quand d’autres essaieraient, au contraire, de l’alourdir. Elle poussa de nouveau un soupir, réajustant le châle qui était sur ses épaules.

La voix de Valyron se fit alors interrogative quand il reporta son attention sur elle, forçant ses yeux noisette à quitter le siège de métal pour revenir se poser sur le visage du Maître des Chuchoteurs. La question était légitime et bien des membres de la Cour devaient se la poser. Elle-même s’était interrogée à ce sujet, ne sachant plus qu’elle pouvait être sa place dans ce monde. La native du Bief pinça légèrement les lèvres, ne sachant plus réellement quoi répondre. « Eh bien… Pour être honnête avec vous, il est difficile pour moi de vivre entre ces murs, de supporter les regards lourds de sens de ces Serpents… Sans vouloir vous offenser. » Le choix du blason du Mantaryen lui revint et un petit sourire en coin se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle relevait de nouveau la chose. « Mon absence n’a que participé à mon effacement de la Cour et j’ai parfois l’impression de ne plus connaître personne ici. Ondrew me manque un peu plus chaque jour et… Les vieux amis se font de plus en plus désirer entre les murs du Donjon Rouge, fort occupés de leurs devoirs. » Elle lui adressa un regard appuyé, comme celui d’une enfant reprochant à son père de ne pas lui accorder suffisamment d’attention. Puis, son esprit se fit plus distant, plus lointain. « Le Bief me manque. Ce serait mensonge que de le nier. Mais que me reste-t-il là-bas ? Mon absence n’a su ignorer les nouvelles et je sais Froide Douve tombée entre les mains des Osgris tout comme Tumbleton ayant souffert de la guerre et de l’opposition qui est franche entre mon époux et Oberyn Tyrell. La Rose du bief saurait-elle pardonner une jeune fille amoureuse ? J’ose le croire et pourtant, je ne puis simplement céder à cette facilité. »

Elle soupira longuement, son cœur se serrant légèrement tandis que ses pensées se précisaient. « Si je retourne dans le Bief… Ondrew ne reviendra jamais. Que serais-je alors si ce n’est une épouse se languissant de l’absence de l’homme qu’elle aime ? Alors oui, on peut rire de moi, de cette jeune fille qui est tombée amoureuse si aisément et pour qui le cœur gouverne les actes… Mais je ne peux me résoudre à l’abandonner. Ma place est ici, Valyron. La sienne l’est autant et j’ose espérer, encore et encore que je puisse faire ce qui est nécessaire en temps voulu pour espérer le voir me revenir plutôt que d’attendre que le Roi ne se rappelle de lui et ne souhaite le voir devant lui. Je ne peux quitter Port Réal tant qu’Ondrew n’est pas à mes côtés. » Son regard était déterminé. Amoureuse, Elinor l’était dès lors que ses yeux avaient croisés ceux de la Main de Maegor. Le Tournoi du Roi lui revint en mémoire, doux souvenirs partagés en cette compagnie qui s’était achevés par une nuit où leurs sentiments s’étaient exprimés, accompagnés de promesses. Puis, Oberyn Tyrell s’était servi de cette faiblesse de son rival pour mieux jouer avec, arrachant Elinor à ses bras. Combien de temps les époux Piète avaient-ils su partager ? Leur amour pouvait paraître déraisonné et pourtant, toujours, il les consumait l’un comme l’autre.

Elle fit quelques pas, ses pieds nus glissant sur le sol de pierre de la salle du trône tandis qu’elle remettait en mouvement sa frêle silhouette. « Je sais exactement ce que je dois faire, Valyron… Seuls les alliés dans cette quête me manquent… »


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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Ven 26 Jan 2018 - 18:37

Renaissance d’un Passé Brûlé

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« Alors espérons que nulle raison ne soit suffisante pour nous forcer à laisser tout ceci resurgir. »

Force était de constater qu’il était amplement d’accord avec cela. Cela semblait fort heureusement peu probable. Jaehaerys était enclin à être un souverain calme et à l’écoute. Il était suffisamment jeune pour être encore quelque peu malléable, mais assez âgé pour se faire sa propre opinion, ce qui donnait un mélange détonnant. Il prenait le meilleur et laissait ce qui lui semblait superflu. Entre son épouse, son cousin et certains autres hommes expérimentés comme Valyron lui-même ou encore Godric Lannister, Jaehaerys bénéficiait d’une éducation qui devait normalement mettre Westeros à l’abri de la guerre pour quelques décennies. En tout cas, le Serpent ne voyait pas de menace immédiate ou à moyen-terme susceptible de menacer la légitimité du jeune Dragon. Bien malin était celui qui pouvait prédire l’avenir, mais en l’état, il était difficile d’imaginer quoi que ce soit de dangereux pour les dix prochaines années. De toute manière, même le Serpent de Mantarys n’était pas éternel. D’ici une dizaine d’années, il espérait bien pouvoir se retirer avec le sens du devoir accompli.

« Eh bien… Pour être honnête avec vous, il est difficile pour moi de vivre entre ces murs, de supporter les regards lourds de sens de ces Serpents… Sans vouloir vous offenser. »

Alors qu’elle sourirait à l’évocation du blason de Valyron, lui-même sembla se dérider un court instant. Oh oui, les serpents étaient légions ici, au Donjon-Rouge. La plupart étaient inoffensifs. Tous justes bons à mordre, ou à siffler, tels de pitoyables petites couleuvres. Le seigneur de Port-d’Epices était d’un style différent, bien unique. Il était le seul de son espèce, plus redoutable que toutes les couleuvres réunies. Il était une vipère, venimeuse et exotique, venant d’Essos et Valyria, puisant sa force dans sa différence et sa résolution. Rien ne stopperait Valyron Tyvaros d’accomplir ce en quoi il croyait, et si certains se mettaient en travers de sa route, ils devraient subir le choc des crochets venimeux du Serpent se refermant sur leur cou. Elinor Piète était peut-être une redoutable – et jadis redoutée – Araignée, Valyron avait une soif de vengeance qui couvait au fond de ses entrailles, tel un feu qui ne demandait qu’à tout consumer.

« Mon absence n’a que participé à mon effacement de la Cour et j’ai parfois l’impression de ne plus connaître personne ici. Ondrew me manque un peu plus chaque jour et… Les vieux amis se font de plus en plus désirer entre les murs du Donjon Rouge, fort occupés de leurs devoirs. »

Son regard comme ses paroles en disaient long. Elle lui reprochait ses devoirs. Il avait pour Elinor Piète une affection toute particulière. Elle était son cheval de course. Il avait misé sur elle, sur une alliance dans les moments sombres pour amener l’ancien ordre à terre. Depuis, tout s’était effondré. Maegor n’était plus, son conseil restreint avait été banni ou tué à la seule exception de Valyron. Et finalement, lorsque la poussière était retombée, qui restait-il d’encore debout ? Eux deux. L’Araignée et le Serpent, la glace et le feu, ensemble. Ils avaient traversé le plus difficile, un renversement de pouvoir. Ils avaient chacun eu leurs moments chauds. Elinor lorsqu’elle avait été jetée en cellule puis lorsqu’elle avait dû s’éloigner de la Cour, Valyron lorsqu’il avait été reconnu coupable durant son procès et temporairement exilé.

« Le Bief me manque. Ce serait mensonge que de le nier. Mais que me reste-t-il là-bas ? Mon absence n’a su ignorer les nouvelles et je sais Froide Douve tombée entre les mains des Osgris tout comme Tumbleton ayant souffert de la guerre et de l’opposition qui est franche entre mon époux et Oberyn Tyrell. La Rose du bief saurait-elle pardonner une jeune fille amoureuse ? J’ose le croire et pourtant, je ne puis simplement céder à cette facilité. »

Bien entendu que le Bief lui manquait. Ils étaient semblables, l’un comme l’autre : coupés de leurs racines, dans un monde différent de ce qu’ils avaient connu auparavant. Si Valyron avait fait le choix délibéré de vendre tout ce qu’il possédait avant de venir ici, il n’avait plus rien à Mantarys. Tout comme Elinor, qui avait vu sa maison natale saisie par des revanchards humiliés par Maegor et le fief dont elle était la Dame être incendié par l’ost Tyrell. Que leur restait-il désormais si ce n’était cette fureur, cette volonté parfaitement absolue de se rendre justice, de saisir quelque chose dans ce monde qui leur avait tant pris ? Elle était jeune, et pourtant expérimentée dans les jeux d’ombres de la cour. Quant au pardon des Tyrell, c’était encore une autre affaire.

« Si je retourne dans le Bief… Ondrew ne reviendra jamais. Que serais-je alors si ce n’est une épouse se languissant de l’absence de l’homme qu’elle aime ? Alors oui, on peut rire de moi, de cette jeune fille qui est tombée amoureuse si aisément et pour qui le cœur gouverne les actes… Mais je ne peux me résoudre à l’abandonner. Ma place est ici, Valyron. La sienne l’est autant et j’ose espérer, encore et encore que je puisse faire ce qui est nécessaire en temps voulu pour espérer le voir me revenir plutôt que d’attendre que le Roi ne se rappelle de lui et ne souhaite le voir devant lui. Je ne peux quitter Port Réal tant qu’Ondrew n’est pas à mes côtés. »

Valyron ne pu s’empêcher de lever les yeux au ciel très brièvement, agacé. Encore et toujours cet idiot de Piète. L’homme était peut-être compétent, charmant avec son épouse… Mais c’était un boulet. Un boulet depuis le premier jour, pour tous. Oberyn, Maegor, et surtout Elinor. Les beaux sentiments n’avaient pas de place au Donjon-Rouge. C’était pourtant clair, depuis le temps. Comment pouvait-elle continuer à agir ainsi ? Après tout ce qui s’était passé ? Il en était furieux. Il fronça le nez pour essayer de passer sa frustration et fit quelques pas dans la fraîcheur des odeurs d’encens froid qui stagnait entre les colonnades. Elle aussi marchait. On aurait dit deux spectres errant dans cette grande pièce sans vraiment savoir quoi faire. Finalement, les paroles de la jeune femme résonnèrent une nouvelle fois dans le cœur battant de la politique de Westeros.

« Je sais exactement ce que je dois faire, Valyron… Seuls les alliés dans cette quête me manquent… »

Un rire de dépit pas même forcé sortit de la bouche du Serpent de Mantarys, plein de tristesse et de déception.

« Je ne sais pas si vous le savez véritablement, Elinor. »

Le ton était froid, sec, mais pas agressif. On aurait plutôt dit un père réprobateur ou un précepteur sévère. Valyron avait toujours cette profonde affection, cette foi sincère en Elinor Piète et son potentiel. Il regardait les vitraux de la salle, parlant avec un détachement tout distant, tout aristocratique, comme si rien n’avait d’importance, laissant même son accent chantant de Mantarys s’élever discrètement de nouveau.

« Lors de notre première véritable discussion, ici même, vous m’avez frappé. Je vous avais annoncé de but en blanc qu’Ondrew mourrait. Je me suis trompé, force est de constater qu’il est toujours bien vivant. »

Il haussa les épaules avant d’enfin se tourner vers son interlocutrice.

« Votre mari est votre faiblesse. Je l’ai toujours dit, je l’ai toujours pensé, et je le pense toujours. Dans un lieu comme ici, c’est la pire chose qui soit. Vous pouvez en faire un cheval de bataille, mener une croisade pour le faire revenir de Dorne… Vous n’atteindrez pas le plein potentiel qui est le vôtre, Elinor. »

Il s’approcha de la jeune Araignée d’un air profondément préoccupé, ses méninges tournant à toute vitesse.

« La place d’Ondrew n’est plus ici. Même en admettant qu’il revienne un jour, il sera toujours un pestiféré : celui qui sera tenu responsable des crimes de l’ère de Maegor ! Le peuple n’a pas oublié, Elinor. Ni le peuple, ni les seigneurs… Oberyn Tyrell est peut-être un revanchard borné, mais c’est un suzerain. Il a autorité sur toute une région, la plus fertile de Westeros. Il a dû faire face à une révolte dans son dos, une fronde qui aurait bien pu lui coûter sa place. Même s’il a pardonné Ondrew en son for intérieur, il ne cèdera pas. C’est une question d’image, de réputation, de stature. C’est tout ce qui compte pour une personne comme lui, Elinor. Si vous voulez un jour revenir à Tumbletown et oublier la Cour, il vous faudra obtenir le pardon des Tyrell. Mais pour cela, il faudra bien que votre mari vienne abjurer ses fautes publiquement, c’est sans doute la seule façon d’un jour retrouver la paix avec le Sire du Bief. »

Il regarda la jeune femme, ses yeux sombres, sa chevelure noire de jais, ses traits délicats. Elle avait tout d’une poupée, d’une enfant à peine entrée dans le monde adulte qui s’était retrouvée face aux pires moments de ce que pouvait apporter une vie entière à la Cour. Elinor était comme sa fille spirituelle, il ne pouvait pas la laisser ruiner son potentiel et sa vie ainsi.

« Je ne suis guère un oracle, et vous pouvez encore tenter de me frapper Elinor…. Je resterai honnête avec vous. Si je peux vous aider à obtenir un pardon du Tyrell, je le ferai, vous avez ma parole. Je parlerai de vous à son frère Harys. Mais par vos sept dieux, Elinor… Vous avez un potentiel inégalé ici, vous pouvez redevenir la reine des ombres, détentrice d’une influence infinie. »

Il s’approcha encore plus près d’elle, comme pour s’offrir à son jugement, tout en restant attentif. Elle ne l’avait eu qu’une fois par surprise, et cela ne se reproduirait jamais.

« Ondrew Piète sera votre perte. Je vous en conjure, c’est ici votre place, ne la jetez pas aux lions. »




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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Jeu 1 Fév 2018 - 16:28




Renaissance d'un passé brûlé
Un rire. Pour toute réponse, le rire agacé de Valyron se fit entendre, la forçant à hausser les sourcils en le dévisageant. Il doutait. Non pas de la véracité de ses dires, non. Mais il doutait de la véritable connaissance de la jeune Araignée vis-à-vis de la place qui se devait d’être la sienne. Il n’était pas d’accord avec elle, une fois de plus. Son ton froid laissait ressentir la lassitude qu’il semblait éprouver après ces quelques révélations. A quoi s’attendait-il, réellement ? Elinor avait l’impression d’entendre son père plus que le Serpent de la Cour…

Elle s’arrêta un court instant, observant le Mantaryen et ses yeux levés vers les vitraux de cette salle fantastique. Il semblait être là sans réellement l’être et Elinor se contenta d’attendre qu’il ne reprenne la parole. Finalement, relatant de nouveau les circonstances de leur première véritable rencontre, elle ne put retenir un léger sourire en coin. Frapper la joue de cet homme arrogant avait été un soulagement incroyable ce jour là et, bien qu’elle n’ait réussi à réitérer l’exploit, elle restait persuadée que, d’une manière ou d’une autre, cet acte n’avait fait que sceller un peu plus leur amitié. Elle avait gagné son respect ce jour-là, et le risque de se voir punie avait valu la peine. Oui, elle se souvenait des mots durs du Maître des Lois de l’époque, évoquant son époux et sa mort comme si cela n’était qu’un bien nécessaire. Cependant, la combativité de l’Araignée et sa détermination n’avait fait que la pousser à lui prouver qu’il avait tort. Et tout ceci n’avait été qu’un succès, lui-même devait lui concéder cette victoire, cette réussite qu’elle avait su avoir, bien que l’éloignement avait été le prix à payer.

Son regard gris se reposa sur elle, tandis qu’il reprenait. Faiblesse. Le visage d’Elinor se ferma aussitôt que les premiers mots sortirent de sa bouche. Elle déglutit avec difficulté avant de prendre une profonde inspiration, les lèvres pincées. Chaque Homme avait une faiblesse. L’Amour pouvait en être une et si bien des hommes s’y fermaient pour faire taire cette faiblesse, Elinor l’avait embrassée, se laissant happer par cette douleur que provoquait chaque supplice infligé au couple Piète. Elle vivait les choses avec Ondrew, prête à tout pour demeurer à ses côtés, pour que l’amour qu’elle éprouvait pour lui ne coule sur son être. Oui, Ondrew Piète était son talon d’Achille. A quoi avait-elle pensé quand elle l’avait cru mort ? Ses heures, ses minutes étaient dès lors comptées et plus d’une fois, elle avait tenté de mettre fin à ses tourments avant que l’on ne murmure à son oreille que non, Maegor n’avait guère réussi à condamner son aimé. Quelle vengeance sanglante avait-elle offerte au bourreau ? Le corps sanguinolant du Roi Cruel sembla réapparaître sur son trône, le temps d’un court instant, lui rappelant à quel point cette faiblesse pouvait la conduire à la folie…

Mais Ondrew Piète n’était pas que cela. S’il était sa faiblesse, il était également sa force. Aurait-elle agi de la même manière, s’il n’avait pas fallu le sauver ? N’aurait-elle pas fini par baisser les bras ? Si son époux n’avait guère été en danger, le seigneur Tyvaros ne l’aurait certainement guère connu et peut être aurait-elle laissé ce monstre tyrannique que fut Maegor lui murmurer de douces paroles à son oreilles. Peut être n’aurait-elle pas lutté contre lui, mais l’aurait-elle aidé ? Les choses auraient été si différentes. Sa force, elle l’avait puisée dans cet amour si fort, si puissant qu’elle avait semblé être capable de détruire des montagnes… N’avait-elle pas survécu à l’accouchement d’un monstre, par amour ? Alors, si Valyron doutait de sa capacité à développer son plein potentiel avec Ondrew entre les murs, il ne pouvait mieux se tromper.

Il s’approcha d’elle, la forçant relever le menton, ses yeux légèrement plissés, cette mine supérieure se dessinant sur ses traits. Les bras croisés sur sa poitrine, elle maintenait le châle qui couvrait ses épaules. Ses paroles se déversèrent sur elle comme une vague d’eau froide et brûlante à la fois. Ses traits ne se mouvèrent nullement, lui offrant cette expression statique tandis que son esprit encaissait les coups. Non, la place d’Ondrew n’était plus celle qui semblait être la bonne et pourtant, elle valait bien plus que celle qu’il occupait pour l’heure à Dorne. Mais elle l’aimait et parce qu’elle l’aimait, elle devait se battre pour rebâtir avec lui cet empire qu’ils avaient tout deux dominé un temps durant. Qu’importe le peuple, qu’importe les Seigneurs. Son aimé vivrait avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête qu’elle surveillerait en permanence. Et c’était cette vigilance constante qu’elle emploierait toujours qui lui porterait préjudice dans les jeux de Cour. C’était cela que sous entendait Valyron quand il parlait de plein potentiel.

Oracle, il n’était guère, non et elle ne commettrait pas la faute d’essayer de le frapper à nouveau. Honnête, il l’était envers elle, elle le savait et l’avait toujours su. C’avait été leur code de conduite, leur règle de base, celle d’être honnête et franc l’un envers l’autre. C’était cette règle qui ‘avait poussée jusqu’aux appartements du Mantaryen pour lui confesser sa trahison, quelques jours avant la bataille. Et c’était aujourd’hui cela qui poussait Valyron à lui faire entendre qu’elle était dans l’erreur. La mâchoire serrée, elle l’écouta lui parler d’Harys Tyrell, du conseil restreint. Et enfin, ce qu’il aspirait vraiment pour elle. Reine des Ombres, Princesse des secrets de la Capitale. Ses yeux prisonniers des siens, elle l’écoutait alors qu’il se rapprochait un peu plus d’elle, ne cessant plus de rompre la distance entre eux pour mieux subir le courroux de la jeune femme. Et il asséna le coup final. Celui qui réveilla la dangereuse Araignée au fond d’elle. Celle qui ne craignait plus les dangers, qui se balançait dans le vide, sans toile pour la protéger. Ondrew Piète sera votre perte. Elle ferma les paupières, baissant légèrement la tête, soupirant comme pour reprendre vie.

Il était là, si proche d’elle qu’elle pouvait presque sentir son souffle venir effleurer sa peau. Si désireux de la voir s’élever qu’elle ne savait plus qu’elles étaient ses intentions à son égard. Ses lèvres toujours pincées, elle releva le regard vers lui, lui adressant ces yeux de biche par-dessous ses cils. « A vous entendre, tout ceci est un mal. » Elle retint un grognement mauvais, reprenant cette posture supérieure qui faisait d’elle une véritable Bieffoise. Les bras toujours croisés contre sa poitrine, elle s’avança vers lui à son tour, les yeux plissés. L’Araignée était prête à mordre. « Oh, Valyron… Jamais je ne vous souhaite de ressentir cet Amour si profond et sincère… Vous risqueriez de comprendre alors que votre cœur n’est guère fait de pierre. Quelle déception cela pourrait être… » Doucement, sans brusquer son geste pour ne pas le faire reculer, elle posa sa main gracile sur sa poitrine, ressentant dès lors les battements réguliers de son palpitant. « Pourtant, il bat, ce bougre… Voilà donc un mythe qui s’effondre, moi qui vous pensait incapable de réveiller ce misérable. » Elle eut un regard amusé avant de se détourner de lui, prenant le temps de faire quelques pas, soupirant longuement. « J’aimerais tant pouvoir contrôler ces sentiments… Les éteindre ou les rallumer en fonctions des circonstances… Mieux, encore, m’en détacher entièrement. Si vous saviez combien cela fait mal, parfois… Personne ne devrait envier cela. » La pire des Malédictions. Ca l’était véritablement, quand on savait tout ce par quoi Elinor était passée. Par Amour.

Ses yeux noisette se posant toujours sur Valyron, elle commença à tourner autour, tel un serpent s’enroulant autour de sa proie. Comme l’Araignée qu’elle était, retenant sa proie dans sa toile. « Ondrew est ma force autant que ma faiblesse. Vous le savez, bien que vous ne préférez voir en lui que les barrières qu’il pose entre moi et ce statut que vous voulez m’octroyer… Mais il est une chose que tous, vous oubliez… Je n’ai plus peur de quiconque en ces murs, le pire des Fléau de ce monde ayant été éradiqué il y a de cela maintenant un an. Je n’ai plus peur et, mieux encore, je ferais tout ce qu’il sera nécessaire pour récupérer ce qui est mien. » Après avoir exécuté un tour complet, elle lui fit de nouveau face, revenant à cette courte distance entre leurs deux êtres. Sa combativité n’était pas morte, encore moins sa détermination. L’Araignée avait pris bien du recul pour mieux se lancer à la conquête d’un nouveau royaume. Son ton baissant un peu, elle se mit sur la pointe des pieds pour porter ses lèvres à son oreille. « Souhaitez-vous vraiment me voir Reine de la Cour qui est votre, mon cher ? » Car oui, si Elinor revenait dans les Intrigues de cour comme il le sous entendait, si elle cherchait à s’emparer de ce qu’il lui offrait, croyait-il vraiment qu’il pourrait régner à ses côtés ? Si les barrières qui la retenait lui étaient enlevées, combien de temps, seulement, lui faudrait-il pour atteindre le sommet ? Qui serait alors le maître des Chuchoteurs ?

Elle s’écarta de lui, un sourire aux lèvres avant de rire légèrement, les yeux s’élevant au plafond un court instant avec l’insolence de la jeunesse qui lui allait si bien. « Mon cher ami, je préfère vous voir apprécier cette place que nous vous avons si durement obtenue que de venir marcher sur ces plates-bandes qui sont les vôtres. Alors laissez-moi à mes rêves de jeune fille amoureuse et m’affaiblir par moi-même, voulez-vous ? » Tous ces mots complexes alors que les choses étaient si simples. Voulait-elle seulement regagner l’ombre ? Elle y dissimulait tant de choses qu’il en serait douloureux pour elle d’y plonger à nouveau autant qu’elle savait qu’une fois ce royaume autour d’elle, elle ne saurait plus s’en défaire. Exécutant une légère révérence, la lassitude la gagnait doucement. « La nuit est désormais bien avancée. Cette rencontre fut aussi intéressante que les précédentes. Vous m’avez manqué, Valyron. Votre honnêteté, un peu moins. » Souriant à nouveau, elle fit un nouveau pas, s’écartant de lui avant de se retourner. « Oh ! Au fait… Je n’essaierais plus de vous frapper. Je ne le ferais que si je suis certaine d’atteindre mon but… N’est-ce pas vous qui m’avez enseigné cela ? » Un nouveau sourire vint illuminer son visage tandis qu’elle quittait les lieux.


© Belzébuth

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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Lun 5 Fév 2018 - 22:58

Renaissance d’un Passé Brûlé

ft.








« A vous entendre, tout ceci est un mal. »

Valyron se sentit prêt à hurler – ce qu’il fit intérieurement : mais c’est un mal, insensée !!. Comment ne pouvait-elle pas le voir ? Etait-ce encore l’heure des niaiseries qui ne faisaient rien d’autres que d’aggraver la situation ? Rien de pire ne pouvait arriver. Ondrew Piète n’était d’aucune utilité dans les mécanismes d’intrigue, et c’était surtout un angle d’attaque évident. Maegor l’avait d’ailleurs bien compris, utilisant ce ressort pour faire ce qu’il voulait d’Elinor… allant jusqu’à la mettre enceinte. Croisant les bras contre sa poitrine, la jeune femme avança posément vers la Vipère, le regard suspicieux.

« Oh, Valyron… Jamais je ne vous souhaite de ressentir cet Amour si profond et sincère… Vous risqueriez de comprendre alors que votre cœur n’est guère fait de pierre. Quelle déception cela pourrait être… »

Des niaiseries, encore, des fables de jeunes vierges rêveuses… Rien de sérieux. La jeune femme essayait de rendre la chose personnelle, mais ce n’était guère de pierre qu’était fait le cœur du Serpent, mais bien de chair. Il était simplement cuirassé par une épaisseur conséquente d’acier valyrien. Le quadragénaire n’avait pas le temps pour une femme. Cela demandait un investissement temporel trop important, il ne pouvait pas se le permettre. Sa vie toute entière était dévouée à la cause Targaryen, à la grandeur de la famille royale. Le reste passait après, y compris ses envies et besoins. Elinor déposa une main à plat sur le torse de Valyron, restant un instant à le regarder droit dans les yeux, alors que lui se demandait quelle sorcellerie était-ce cette fois.

« Pourtant, il bat, ce bougre… Voilà donc un mythe qui s’effondre, moi qui vous pensait incapable de réveiller ce misérable. »

Face à son regard enjoué, il parvint à réfréner une envie assez forte de lui expliquer que si son cœur cessait de battre, il serait simplement mort et que l’amour n’avait rien à faire avec tout cela. Il se fit la réflexion que c’était peut-être un peu trop cynique pour le moment – leurs retrouvailles étaient récentes ! – et s’abstint, optant pour un silence prudent.

« J’aimerais tant pouvoir contrôler ces sentiments… Les éteindre ou les rallumer en fonctions des circonstances… Mieux, encore, m’en détacher entièrement. Si vous saviez combien cela fait mal, parfois… Personne ne devrait envier cela. »

Cela demandait de la pratique, mais c’était possible. Le Mantaryen lui-même y avait longuement travaillé. Cela demandait bien entendu d’embrasser une certaine philosophie de la vie qui voulait que la plupart des personnes que l’on allait croiser ne seraient qu’éphémères dans une vie où comptait avant tout l’intérêt personnel. Sans le lâcher du regard, elle entreprit une danse, une valse mortelle, autour du Chuchoteur

« Ondrew est ma force autant que ma faiblesse. Vous le savez, bien que vous ne préférez voir en lui que les barrières qu’il pose entre moi et ce statut que vous voulez m’octroyer… Mais il est une chose que tous, vous oubliez… Je n’ai plus peur de quiconque en ces murs, le pire des Fléau de ce monde ayant été éradiqué il y a de cela maintenant un an. Je n’ai plus peur et, mieux encore, je ferais tout ce qu’il sera nécessaire pour récupérer ce qui est mien. »

Là encore, c’était faux. Valyron se fichait comme d’une guigne d’Ondrew Piète. Elle pouvait mentionner la mort de Maegor et le fait qu’elle était désormais libérée de la contrainte de la peur d’un individu, il restait toujours aisé de pouvoir frapper fort la jeune femme. Il suffisait de faire assassiner le Piète et alors elle-même perdrait le contrôle de sa vie, comme elle l’avait fait lors de la bataille de Port-Réal. Restait une question fondamentale. Qu’avait-elle perdu, qu’elle considérait comme sien, et qu’elle ne retrouvait pas ?

« Souhaitez-vous vraiment me voir Reine de la Cour qui est votre, mon cher ? »

Enfin. Enfin, elle posait les questions intéressantes, celles qu’il fallait poser, celles auxquelles il se devait de répondre. Cela avait déjà été bien long. Un sourire indulgent vint perler sur les lèvres du natif d’Essos. La réponse, en son cœur, était toute trouvée. La comprendrait-elle seulement ? Souriante, elle fit un pas de côté pour mettre de la distance tout en riant avec légèreté.

« Mon cher ami, je préfère vous voir apprécier cette place que nous vous avons si durement obtenue que de venir marcher sur ces plates-bandes qui sont les vôtres. Alors laissez-moi à mes rêves de jeune fille amoureuse et m’affaiblir par moi-même, voulez-vous ? »

Elle jouait à l’innocente, à l’ingénue, mais cela ne prenait pas. Il la connaissait bien. Elle était cassante derrière son joli minois et ses formules ampoulées. Le message était limpide : il devait la laisser agir comme elle l’entendait ou elle viendrait à le bousculer. Il ne pipa mot, se contentant de sonder ce regard brun effronté. Elle apporta une conclusion à cette rencontre avec une brève révérence, mettant un terme à leur discussion.

« La nuit est désormais bien avancée. Cette rencontre fut aussi intéressante que les précédentes. Vous m’avez manqué, Valyron. Votre honnêteté, un peu moins. »

Alors qu’elle commençait à quitter la pièce, elle lança à la volée une ultime pique.

« Oh ! Au fait… Je n’essaierais plus de vous frapper. Je ne le ferais que si je suis certaine d’atteindre mon but… N’est-ce pas vous qui m’avez enseigné cela ? »

Touché. Malgré lui, le Serpent se laissa à un sourire franc. Au moins la jeune femme avait-elle retrouvé goût à la vie, c’était toujours agréable à voir. Alors qu’il la regardait remonter les hautes colonnes de la salle du Trône, il tâcha d’hausser la voix pour qu’elle l’entende.

« Je ne serai pas ici éternellement, vous savez. Arrivera un jour où j’abandonnerai cette place : personne d’autre que vous n’en serait plus digne. »

Sur ces ultimes paroles, il la laissa disparaître dans les nimbes et se mit lui-même en route pour son bureau, il devait consigner cette discussion avant d’en oublier certains détails.



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