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 Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor

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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Mer 6 Sep 2017 - 0:40




Renaissance d'un passé brûlé
La lune s’était levée, éclairant de sa lumière argentée la ville, offrant à la Capitale autrefois réduite en cendres un de ces airs plus doux, apaisant les maux laissés par le passé. La ville semblait s’être tue, toute entière, n’étant ramenée à la vie que par un cri émanant d’ici ou de là, de rires noyés dans l’immensité de la cité portuaire ou de chansons gaiement entonnées portées par le vent. Les yeux portés vers ce cercle d’argent parfait, l’araignée du Bief songeait, incapable de trouver le sommeil qui aurait pu être refuge pour elle et son âme. Assise sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, elle était vêtue d’une robe au tissu léger venue d’Essos, dernier vestige de ses souvenirs partagés avec Ondrew. La légèreté du drapé caressait sa peau plus qu’il ne venait alourdir le poids reposant sur ses frêles épaules. Sa main gauche tenait un verre remplit de vin venu du Bief, ramené par les Tyrell et sortit de la cave par Daenys et son souhait de toujours vouloir rappeler à la jeune Elinor la région qu’elle avait laissée derrière elle, quelques années auparavant. Sa main droite, elle, jouait tantôt avec l’une des mèches de cheveux noir qui tombait sur ses épaules, tantôt avec le médaillon d’araignée serti d’un petit diamant qu’elle ne quittait que rarement.

Ses pensées ne dormaient jamais, elle n’avait mis que peu de temps à comprendre cela, infligeant à son corps des insomnies parfois terribles qui lui coûtaient sa force. Mais comment aurait-il pu en être autrement quand, dès que ses paupières se fermaient, sa mémoire endolorie lui ramenait ses peines et ce souvenir brûlant de son bourreau et de son époux arraché à ses bras malgré son héroïque victoire. L’espace d’un court instant, elle se demanda si, lui aussi, vivait si mal ce détachement, cet éloignement. Cet exil. Portant son verre à ses lèvres, elle noya cette pensée dans le vin, poussant un long soupir las. Que pouvait-elle faire si ce n’était attendre ? Il lui semblait qu’Oberyn Tyrell serait toujours là pour vaincre sur l’amour que le couple Piète pouvait s’offrir l’un à l’autre. Pourtant, malgré tout ce chagrin, l’éloignement d’Ondrew avait eu du bon. Songeant à cela, elle porta une main machinale sur son ventre plat, ne portant nul souvenir de ces mois passés à Peyredragon où il s’était arrondi, encore et encore, pour la plus grande horreur de la jeune femme qui voyait grossir en elle le fantôme de celui qu’elle avait froidement assassiné. Et finalement, l’horreur s’était produite quand l’enfant était né, vivant, bien portant, mais avec quelques cheveux sur la tête aussi blancs que le linge dans lequel il était emmailloté. Plusieurs fois, elle avait songé l’étouffer d’un oreiller… Mais toujours, son cœur lui avait forcé la main, l’empêchant d’un tel geste.

Un nouveau soupir lui échappa alors qu’elle observait son verre vide. La hauteur était moindre dans cette petite chambre. La tour de la Main lui manquait beaucoup, tant pour son espace que pour l’isolement qu’elle procurait et la vue imprenable qu’elle pouvait avoir. Comme elle regrettait de ne pas y avoir passé suffisamment de temps, maintenant. Se redressant, elle quitta son perchoir, déposant le verre sur une tablette de marbre dans un cliquetis singulier. Se saisissant d’un châle, elle fit le choix de ne pas rester plus longtemps dans cette cellule d’un autre genre que ce que les geôles noires furent à son bon souvenir pour gagner les couloirs, les pieds nus. La princesse Daenys devait dormir et ne se réveillerait pas avant que le soleil lui-même ne fasse son apparition. Comme jadis, lorsqu’elle était torturée par Maegor, elle erra dans les couloirs, ne croisant que quelques domestiques assignés à leurs tâches nocturnes. La pensée morbide du Roi lui revint en mémoire tandis que son corps tout entier frissonnait de par le souvenir de ces caresses qu’il avait su lui offrir. Pas un jour, elle n’y songeait guère, le cauchemar éveillé ne la quittant jamais. Poursuivant sa route dans un silence absolue, guidée par les rayons lunaires, elle ne fit halte qu’au détour de la Cour où une lourde porte renfermait la plus terrible de ses pensées.

La salle du trône avait toujours eu un autre visage, maintenant qu’elle avait commis cet acte aussi monstrueux qu’irréparable. La libération qu’elle avait ressentie, seule en vie dans cette large pièce, observant Maegor agoniser avant de pousser son dernier soupir aurait pu lui ôter la vie tant cela avait été fort et puissant. Les Sept eux-mêmes avaient guidé son geste, elle s’en était persuadée. Pourtant, si le trône de fer ne l’écœurait pas quand Jaehaerys ou Rhaenys se tenait dessus, elle n’avait jamais osé retourner le voir seule. Alors pourquoi ? Envoûtée par cette idée hypnotisante, elle s’était avancée vers la lourde porte, se glissant à l’insu de tous en essayant de se montrer la plus discrète possible. Puis, une fois le battant refermé, elle avait tourné le regard, prenant une profonde inspiration. Qu’avait-elle seulement imaginé retrouver ? Le cadavre encore froid du Cruel sur ce trône d’acier ? Mais nul n’était présent. Il ne s’agissait que de trône de Fer que tous semblaient envier. S’avançant lentement vers lui, sa respiration se faisait de plus en plus profonde tandis que de biens mauvais souvenirs revenaient à sa mémoire. Elle pouvait revoir les différentes scènes desquelles elle fut actrice d’un point de vue spectateur, cette fois-ci. Aussi, de sa première audience à cette fin mortelle, tous les événements lui revinrent en mémoire. Pourtant, le trône demeurait toujours aussi vide. Elle s’arrêta aux pieds des marches, croisant les bras sur sa poitrine, son visage faiblement éclairé par les torches accrochées. Elle resta là, immobile, de longues minutes durant, admirant ce fauteuil, aussi simple que décevant pouvait-il être.

Fusse le bruissement léger du tissu, le pas de velours ou bien cette étrange et inexplicable impression d’être épiée qui lui glissa la puce à l’oreille ? Des trois, elle n’aurait su le déterminer, se contentant de rester immobile dans cette fixation impassible. Seules ses lèvres, doucement, s’étirèrent dans un sourire amusé avant de se fendre pour que sa voix, doucement, ne vienne se faire entendre, mi voisée, mi chuchotée. « Il est des choses dont on ne peut se défaire… Cela peut être un souvenir ou une habitude… Votre pas vous trahi, lord Tyvaros. » Elle laissa son regard quitter le trône pour, finalement, se retourner et faire face à celui qui était le maître des Chuchoteurs depuis plusieurs lunes, à présent. Un air presque fier sur son visage venait l’éclairer de cette délicieuse satisfaction d’avoir su le démasquer. « Le serpent glisse toujours autant sur le sol et pourtant, l’araignée peut percevoir son arrivée, n’est-ce pas ? »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Jeu 7 Sep 2017 - 23:08

Renaissance d’un Passé Brûlé

ft.








La salle de réunion du conseil restreint était silencieuse. La nuit était tombée sur la capitale étouffante, apportant fraîcheur et libération aux habitants confinés dans l’étreinte putride et écrasante de Port-Réal. La dernière réunion avait été l’ultime d’une période de transition, une régence ayant duré près d’un an. Et désormais, le couronnement approchait. Le Donjon-Rouge se remplissait. Ils arrivaient de l’entièreté des Sept Couronnes. Les Orageois et les Ouestriens étaient bien entendus les plus nombreux, et tous avaient fait le déplacement, comptant bien se montrer comme étant ceux qui avaient gagné la guerre contre le cruel. On annonçait aussi les Bieffois et les Conflanais loyaux à Torrhen Tully. Une partie du Val ferait également le déplacement. Seul le Nord boudait la réunion, pour des raisons évidentes. Quant au Iles de Fer, elles n’avaient que trop profité de la situation…

Le divorce… L’histoire de la séparation de Rhaenys Targaryen et Jorah Stark. L’affaire avait fait grand bruit à la capitale, et ce durant plusieurs semaines. La controverse avait duré des jours et des jours, alourdissant l’ambiance au Donjon-Rouge. On murmurait parfois que les Stark allaient mobiliser ce qui leur restait d’armée et marcher sur la capitale pour exiger le retour de l’épouse du suzerain. Tout cela n’avait été que pure fabulation, alors que tout le monde se doutait que le Nord n’avait ni les moyens ni la volonté de repartir en guerre. Pour conclure l’affaire, le Grand Septon avait finalement pris position, après avoir profité de l’une de ses rares situations où il pouvait encore montrer son importance.

Valyron Tyvaros, nouveau seigneur de Port-d’Epice et fondateur de la maison Tyvaros, abhorrait la Foi. Il trouvait son fonctionnement brillant, mais les doctrines et leurs idoles étaient toutes fausses. Il n’y avait pas de dieu à sept faces. Les Sept-Qui-Ne-Font-Qu’un. Quelle vaste plaisanterie. Valyron était fidèle au panthéon de Valyria, ces dieux morts que certains seigneurs dragons vénéraient bien avant le Fléau. Les rituels et les sacrements de la religion valyrienne étaient toujours pratiqués en Mantarys, et Valyron avait toujours été baigné dans cette culture polythéiste. D’ailleurs, il avait fait aménagé un véritable autel valyrien avec ses braseros d’or et ses sphynx énigmatiques valyriens. Le Maître des Chuchoteurs du Trône n’était pas souvent chez lui, mais lorsqu’il y était, il pouvait y prier ses dieux en toute tranquillité.

Une autre raison fondamentale préoccupait le natif de Mantarys : la pérennisation de l’héritage Haut-Valyrien du Conquérant. La lignée devait rester pure. Il fallait que les deux derniers enfants d’Aenys, Jaehaerys et Rhaenys, restent ensemble. Il fallait préserver la supériorité du sang royal. On ne pouvait mêler le Sang du Dragon à n’importe quoi. Ni l’austère Loup du Nord, ni l’arrogant faucon du Val, ni l’agressif Lion de l’Ouest ou le farouche Cerf de l’Orage ne pouvaient espérer égaler le divin Dragon. Pourtant, il fallait bien préparer la suite. Il n’y avait plus que quatre Targaryen. Jaehaerys et Rhaenys étaient promis l’un à l’autre, et la lignée devrait immanquablement se prolonger par eux. Il était donc vital pour les Targaryen que leur union soit fertile, car il n’était pas pensable qu’un sang-bâtard ne puisse un jour régner sur le Trône de Fer. Daenys Targaryen était trop âgée pour enfanter, et il était probable qu’elle avait servi avec honneur sa maison en prodiguant un fils. Aemon Targaryen, Prince de Peyredragon, héritier du Trône. Si Rhaenys était effectivement destinée à faire sa vie avec Jaehaerys, il fallait impérativement trouver un bon parti pour l’héritier de Jaehaerys en attendant que ce dernier n’ait un garçon. Des tractations pour le moment secrètes étaient en cours entre le Trône et Hautjardin alors que la jeune Jeyne Tyrell, de par son rang et son sang, faisait une potentielle future épouse parfaite pour le jeune Aemon.

Pour toutes ces raisons, Valyron avait donc largement soutenu le divorce de Rhaenys et Jorah. Il se souvenait encore de la rencontre avec ce couple incongru, ce duo de glace et de feu, régnant sur Winterfell. Et désormais, c’était chose faite. Rhaenys avait enfin rompu ses attaches au Nord et pouvait se concentrer sur sa tâche principale : enfanter rapidement une nouvelle dynastie. En dépendrait tout le reste.

Il soupira en repensant à tout cela. L’année avait été difficile. La paix avait dû être gagnée au centuple. Finalement, la guerre lui avait réussi. Mais en retard. Traîné en justice par surprise, Valyron avait été dépouillé de tous ses biens, et reconnus coupable de trahison. Il n’avait dû son salut qu’à une mansuétude des Targaryen ne pouvant se réduire à faire tuer leur plus dévoué serviteur. Il avait failli être banni et finir sa vie là où il l’avait commencée : à Mantarys. Et pourtant, Elinor Piète l’avait retrouvé, un soir, dans une taverne du port. Elle l’avait amené devant la princesse Daenys qui lui avait assuré de son soutien et de la reconnaissance d’une partie de sa famille pour ses actes. Et rapidement, le natif de Mantarys s’était retrouvé anobli et titré de Port-d’Epice, Daenys s’attirant la reconnaissance éternelle du Mantaryen pour cela. Et finalement, Rhaenys comprenant le danger d’un Valyron de retour en grâce à la Cour tout acquis à Daenys, lui avait proposé un poste au conseil restreint pour ramener le Serpent dans une disposition au moins neutre à son égard.

Et quel poste cela avait été. Godric Lannister ayant hérité de sa précédente charge, celle qu’il avait occupée sous Maegor, de Maître des Lois, Valyron nouvellement Tyvaros avait été nommé Maître des Chuchoteurs. Si le poste était moins prestigieux, il en était bien plus redoutable. Avec cette nouvelle fonction officielle, le natif d’Essos mettait la main sur tout le réseau d’espionnage royal. Ce dernier avait été à reconstruire en grande partie, après la défaite de Maegor et les morts causés par la guerre. Cela avait occupé une bonne partie de l’année qui venait de s’écouler. Valyron avait aussi pris grand soin de faire transporter une grande partie de ses affaires dans son fief, et ainsi, son entreprise de négoce avait déménagé tout ce qui n’était pas nécessaire sur l’île des Velaryon. Et maintenant que le réseau retrouvait un semblant de stabilité, les nouvelles arrivaient de nouveau à ses oreilles. Il y avait tant à surveiller. A commencer par les grandes familles, mais exclusivement. Valyron surveillait aussi d’un œil critique les Hightower de Villevieille, les Reyne de Castamere, les Frey des Jumeaux, les Sunderland de Sortonne ou encore les Bolton de Fort-Terreur. Les nouvelles n’étaient pas forcément encourageantes pour la stabilité future.

Soupirant, Valyron referma la serviette de cuir qui contenait les documents sur lesquels il avait travaillé ce soir. Il se rendit compte que la nuit était déjà bien installée et il se dirigea vers la fenêtre. La ville était plongée dans l’obscurité, un silence bienvenu semblait tenir la cité. Il était plus tard que prévu. Valyron souhaitait dormir quelques heures avant le grand retour de l’agitation quotidienne. Ses affaires sous le bras, Valyron quitta la salle où les dernières chandelles encore allumées achevaient de se consumer. L’esprit occupé par les problématiques du lendemain, il sortait sans vraiment prêter attention à la salle du Trône, complètement désertée à cette heure, lorsqu’au bout de quelques pas, une voix se fit entendre, claire et distinguée, résonnant entre les hautes colonnes de la salle.

« Il est des choses dont on ne peut se défaire… Cela peut être un souvenir ou une habitude… Votre pas vous trahi, lord Tyvaros. »

Elinor Piète. En voilà une qu’il n’avait guère eu le temps de voir ces derniers mois. Elle avait disparu bien assez vite à Peyredragon pour des raisons plus qu’évidentes aux yeux de Valyron. Daenys était sans nul doute dans la confidence de la grossesse de la jeune femme. Toutefois, depuis son retour à la Cour ces derniers mois, Valyron n’avait pas eu le temps de la voir. Peut-être était-ce la raison de sa présence ici. Là où tout s’était terminé. Là où tout avait commencé. Le Trône de Fer. Valyron se rappelait encore de Maegor le nommant Maître des Lois depuis ce siège de fer. Et il se voyait encore entrant avec les autres dans cette sale du Trône, le jour de la bataille de Port-Réal pour tomber sur ce cadavre livide, le Trône recouvert de sang. Faisant désormais face à la jeune femme, il s’inclina avec une légère pointe d’ironie, concédant à la jeune femme sa victoire sur le fait de l’avoir démasqué au son de ses pas.

« Le serpent glisse toujours autant sur le sol et pourtant, l’araignée peut percevoir son arrivée, n’est-ce pas ? »

Un sourire glissa sur les lèvres dudit serpent. Ils se retrouvaient face à ce Trône, comme cela avait été le cas près de deux ans auparavant. Lorsque la guerre faisait rage. Ils avaient continué la discussion dans son bureau. Quelques temps plus tard, ils avaient scellé une alliance de circonstances pour intriguer ensemble contre Maegor et pour Rhaenys. Et bien vite, ils avaient propagé une rumeur de liaison entre eux pour pouvoir se voir seuls plus facilement. Cela avait d’ailleurs peut-être trop bien marché, par moments. Les mains croisées dans son dos, soutenant sa pochette de cuir, Valyron détailla rapidement la jeune femme. Les épreuves qu’elle avait subies avaient laissé des traces. Ses traits autrefois doux s’étaient durcis, et son regard semblait bien plus déterminés qu’auparavant.

« Et pourtant, à eux deux, le serpent et l’araignée ont suffisamment de poison pour stopper net le cœur d’un dragon… » laissa-t-il tomber, énigmatique.

Un sourire un peu plus sincère éclaira brièvement le visage du natif de Mantarys, alors qu’il se détendait légèrement. Elinor était une amie. La seule qu’il avait vraiment. La seule qui comptait.

« Je vois que vous semblez être bien portante, Elinor. C’est une bonne nouvelle. »

Il se tourna légèrement vers le Trône de Fer qui le toisait d’un air imperturbable.

« Bientôt, un nouveau Roi sera couronné ici même. Bientôt, nous pourrons tourner une sombre page de nos vies. »


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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Sam 9 Sep 2017 - 23:21




Renaissance d'un passé brûlé
Se voir accorder raison, elle adorait cela, surtout quand la chose venait d’un homme tel que Valyron. Le petit hochement de tête qu’il eut pour lui accorder raison était une victoire et le sourire de l’araignée s’élargit sur ses lèvres tandis qu’il s’avançait à sa rencontre. Elle n’eut besoin que d’une autre phrase, métaphorée et mettant en avant leurs blasons respectifs pour que son sourire ne soit contagieux. Depuis combien de temps n’avaient-ils pu s’entretenir l’un et l’autre en privé ? La chose était devenue presqu’une habitude avant la bataille de Port-Réal, quand Maegor menaçait de tous les brûler dans un brasier ardent. Cela avait fini par manquer à l’araignée autant qu’elle n’avait ni souhaiter déranger le maître des Chuchoteurs qu’elle avait désormais du mal à penser que toute l’amitié dont il avait fait preuve par le passé serait toujours d’actualité de par les nouvelles fonctions qu’il exerçait.

A la fin des jugements, Valyron avait été de ceux les plus injustement punis. Il était vrai, qu’aux yeux d’Elinor, Ondrew avait beaucoup trop subi de cette époque terrible que tous souhaitaient désormais quitter. Pourtant, quand elle se fut faite à l’exil de son époux, elle avait porté son intérêt au seul homme qui avait su se montrer clément envers elle à cause de la situation délicate qu’elle avait vécue. Parlant du Mantaryen à la princesse Daenys, elle avait obtenu d’elle plus de clémence. La Mère-Dragon portait un nom qui lui était mérité. La native du Bief avait erré dans la capitale des heures durant avant de parvenir à déterrer son ami d’antan dans un état qui était bien plus pitoyable que ce jour où son dos avait été gravement brûlé. Mangé par la rancœur, il se laissa conduire par l’araignée vers la dragonne qui parvint à reconnaître, à la place de Rhaenys, sa participation dans la victoire Rebelle sous témoignages d’Elinor. Ainsi, après plusieurs démarches et une requête lancée auprès de Jaehaerys, Valyron devint Valyron Tyvaros, anobli et possédant un fief. La jeune araignée s’était réjouie de la sorte et aurait certainement sollicité son aide comme il la lui avait promise quand elle lui avait annoncé sa grossesse s’il n’avait pas été nommé maître des Chuchoteurs par une Rhaenys agacée par les actes de sa tante. Ainsi, la Bieffoise avait pris du recul sur la situation, ne sachant plus si bien que cela gérer cette dernière. Et la distance s’était installée entre les deux compères d’antan.

Réajustant son châle afin d’espérer paraître plus convenable, elle écouta sa réponse, un sourire figé sur ses lèvres. Elle aurait aimé plaisanter sur un tel sujet, quitte à souligner que le venin de l’araignée était plus terrible que celui du serpent, mais elle se contenta d’opiner légèrement du chef avant de reporter son regard sur le trône de Fer qui se trouvait non loin d’eux, poussant un léger soupir. Le sourire du Mantaryen, lui, avait grandi tandis qu’il eut la sympathie de souligner la bonne santé de l’araignée. Elle lui adressa un regard complice. « Vous ne semblez pas en reste… Si tomber plus bas que terre est chose terrible, vous remontez en selle bien mieux que quiconque, lord Tyvaros… » Rares étaient les instants où elle pouvait le flatter de ce titre qu’elle le savait satisfait de posséder. Peut-être un jour lui ferait-il l’honneur de l’emmener voir le fief qui était le sien ? Elle savait les lieux peu enviables par bien des gens de la Cour mais ne doutait pas que l’ancien Maître des Lois aurait fait quelques ajustements pour transformer sa forteresse.

Puis, leurs regards tournés vers ce siège envié par bien des hommes, il ajouta une remarque quant au couronnement prochain de Jaehaerys, comme un renouveau pour tous afin d’effacer les dernières blessures provoquées par le Cruel et son règne. Mais le sourire de l’araignée s’effaça tandis qu’elle baissa son regard noisette. Est-ce qu’un enfant saurait panser toutes les plaies causées par son oncle ? Elle était convaincue du contraire, étant donné que ses propres maux étaient plus que des souvenirs à effacer. De sa souffrance, il lui resterait à jamais une marque. Un enfant. Déglutissant avec difficulté, elle prit une profonde inspiration. « Les pages des uns et des autres n’ont malheureusement pas le même poids. Je crains que jamais je ne puisse tout simplement effacer de ma mémoire ces moments douloureux que nous avons vécu ici… Et les nouveautés ne sont guère bonnes pour tout le monde. Je me réjouis pour Jaehaerys tout comme je ne peux m’empêcher de ressentir de la rancœur envers ceux qui ont, de nouveau, poussé mon époux à partir loin de moi… » Valyron avait au moins l’avantage d’être innocent de cela. Ses yeux croisèrent son regard et elle lui adressa un sourire triste. Pourtant, l’araignée ne cessait plus de tisser des toiles afin que tous fils convergent vers un retour de lord Piète à la Cour.

Soupirant doucement, elle essaya de se montrer d’humeur plus légère. « Cette conversation me ramène dans un passé qui semble si lointain… Quand était-ce, déjà, la dernière fois que nous nous sommes rencontré de la sorte ? J’aurais aimé provoquer ces retrouvailles plus tôt mais je ne souhaitais ni vous déranger, ni paraître opportuniste… Je suis contente de vous revoir ainsi, cela semble plus simple. » Elle rit doucement, chose bien rare en ces temps encore délicats pour celle qui fut la Régicide de Maegor le Cruel. S’intéressant à son vis-à-vis, elle lui adressa un sourire en coin. « N’avez-vous eu trop de mal à vous accoutumer tant à vos nouvelles obligations au Conseil qu’à celle vous attendant à Port-d’Epices ? »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Jeu 14 Sep 2017 - 19:15

Renaissance d’un Passé Brûlé

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« Vous ne semblez pas en reste… Si tomber plus bas que terre est chose terrible, vous remontez en selle bien mieux que quiconque, lord Tyvaros… »

Il ne put s’empêcher de courber légèrement l’échine pour accuser réception du compliment et de la mention de son nouveau rang. Seigneur de Port-d’Epice. C’était fait. Auparavant, on lui adjoignait le titre de noblesse par pure politesse et convenance. Le Maître des Lois de Maegor ne pouvait pas simplement être considéré comme un roturier classique. Jadis, cette appellation était complètement hypocrite, et ne tenait qu’au rang de Valyron, qui, lui, se faisait un malin plaisir à rappeler à tous ceux qui l’appelaient ainsi qu’il n’était pas noble.

Désormais, c’était officiel. Dans le coffre le plus sécurisé de son nouveau fief, aux côtés de certains documents de famille inestimables, l’acte d’anoblissement de Valyron anciennement de Mantarys et désormais Tyvaros, seigneur de Port-d’Epice et vassal direct du Trône de Fer. Les chroniques du royaume comptaient désormais la trace de la nouvelle maison Tyvaros, représentée par un serpent violet enroulé autour d’un trident d’or sur champ d’hermine. Du Fléau, nous prospérons. Telle était la devise de Valyron, et serait celle de chaque descendant de ce sang de Mantarys. Elle n’était pas anodine. Les aïeuls de Valyron Tyvaros avaient prospéré à Mantarys avec l’effondrement de leur très sainte capitale Valyria, et le nouveau seigneur de Port-d’Epice avait décroché son anoblissement avec la fin de la guerre et le chaos qu’elle avait apporté. Le Fléau, toujours. Le Serpent ne craignait ni la cendre, ni la ruine.

Il remarqua que le sourire de la jeune femme s’était éteint lorsqu’il avait parlé de Jaehaerys. Une longue inspiration emplit le silence qui s’était fait, envahissant l’entièreté de la salle du Trône de Fer.

« Les pages des uns et des autres n’ont malheureusement pas le même poids. Je crains que jamais je ne puisse tout simplement effacer de ma mémoire ces moments douloureux que nous avons vécu ici… Et les nouveautés ne sont guère bonnes pour tout le monde. Je me réjouis pour Jaehaerys tout comme je ne peux m’empêcher de ressentir de la rancœur envers ceux qui ont, de nouveau, poussé mon époux à partir loin de moi… »

Valyron pinça les lèvres. L’exil d’Ondrew Piète était effectivement une chose difficile pour Elinor, il s’en doutait. Les deux époux Piète étaient connus pour être inséparables et envoyer le mari à l’autre bout du continent était une véritable sanction à l’endroit des deux tourtereaux. Toutefois, au vu du poste qu’avait occupé Ondrew Piète au sein de l’administration de Maegor, c‘était plutôt clément. Un sourire triste apparut sur le visage angélique de la jeune femme. Il compatissait, quand bien même il savait que c’était la plus grande faiblesse des deux Piète. Il déposa une main réconfortante sur la frêle épaule de la jeune femme, la pressant légèrement, comme pour lui transmettre du courage. Silencieux, il la regarda alors qu’elle soupirait, continuant d’un ton plus enjoué.

« Cette conversation me ramène dans un passé qui semble si lointain… Quand était-ce, déjà, la dernière fois que nous nous sommes rencontré de la sorte ? J’aurais aimé provoquer ces retrouvailles plus tôt mais je ne souhaitais ni vous déranger, ni paraître opportuniste… Je suis contente de vous revoir ainsi, cela semble plus simple. »

Un rire naturel et spontané résonna dans la salle vide. Valyron laissa un nouveau bref sourire échapper de son visage d’ordinaire impassible. Effectivement, leur première véritable discussion revenait à plus d’un an et demi auparavant, vers la fin de l’année 47, peu après le Jugement des Sept, lorsque le Nord et le Val s’étaient retirés de la guerre aux côtés de Maegor, laissant le champ libre aux rebelles Baratheon et Lannister. C’était au cours de cette discussion, dans cette même salle du Trône de Fer, qu’ils avaient commencé à nouer les liens qui les avaient amenés à contacter Rhaenys pour lui enjoindre de rentrer à Port-Réal le plus vite possible. De ces agissements clandestins était née une véritable proximité entre les deux comparses, qui étaient allés jusqu’à jouer une fausse liaison entre eux pour leur permettre de se rencontrer aisément en tête à tête sans pour autant éveiller les soupçons.

« N’avez-vous eu trop de mal à vous accoutumer tant à vos nouvelles obligations au Conseil qu’à celle vous attendant à Port-d’Epices ? » lui demanda-t-elle avec un sourire en coin.

Valyron haussa les épaules d’un air désabusé. Bien entendu, le travail était radicalement différent. Rien que par la philosophie des postes : le Maître des Lois n’avait pas du tout le même travail que le Maître des Chuchoteurs, qui se devait d’être attentif à tout ce qui pouvait se passer, partout. Toutes les menaces et les opportunités devaient être identifiées. Le fait de travailler pour un jeune Jaehaerys était aussi drastiquement différent que celui d’œuvrer pour Maegor. Quant à Port-d’Epice… Il laissa tomber la main qu’il avait sur l’épaule d’Elinor.

« Je m’adapte. Cela m’a pris un peu de temps, mais pour le bien des Sept Couronnes, je suis toujours prêt à donner de ma personne. Pour ce qui est de mon domaine… Disons que lorsque vous avez réussi à faire décharger un navire et le remplir dans la foulée, le tout en quatre heures et à Tyrosh, vous êtes armé contre tout. »

Plaisanterie typique des marchands du Détroit et d’Essos qui redoutaient de devoir relâcher à Tyrosh, cité libre connue pour le capharnaüm de son port et la précision toute approximative de ses employés de débardage.

« C’est un endroit absolument charmant. La ville est dynamique et le château bien fortifié. Le poisson y est abondant et nous avons une importante activité portuaire. Je compte d’ailleurs la développer très prochainement. Ceci dit, c’est un endroit reculé, parfait pour une retraite loin du cours de l’Histoire et des hommes. J’essaie de m’y rendre aussi souvent que nécessaire, mais cela m’est parfois difficile. Toutefois, les lieux sont d’une tranquillité saisissante. Personne n’approche jamais du château, ce ne sont pas les visiteurs qui dérangent ! »

Il haussa les épaules. Port d’Epices était un écrin de discrétion et de tranquillité. Une petite ville dynamique de quelques centaines d’âmes, des terres relativement bien entretenues aux alentours, une petite flotte de pêche dynamique, de grands entrepôts modernes, des grues et même un chantier naval. Le temps y était fort clément, la proximité de la Baie de la Néra y garantissait une température agréable à toute heure et un air pur, chargé d’iode. Un lieu parfait pour se dissimuler.

Se dissimuler…

A cette pensée, le regard de Valyron glissa lentement vers le ventre toujours aussi plat d’Elinor. Elle lui avait dit être enceinte, ils en avaient longuement discuté. Si l’enfant était de Maegor, cela faisait courir un risque terrible à Elinor, encore aujourd’hui. Valyron avait un jour songé à avertir la princesse régente, Rhaenys Targaryen. Après réflexion, il s’était abstenu. Elinor avait tout fait pour lui, et l’avait fait restaurer dans son influence et sa position d’autrefois. Il lui en était immensément reconnaissant, et ne savait pas ce qu’il était advenu d’elle. Sa disparition sur Peyredragon en service commandé pour Daenys lui avait mis la puce à l’oreille, mais rien n’avait filtré, durant plusieurs mois. Il n’avait aucune idée de ce qui avait pu arriver à Elinor sur l’île abritant la forteresse ancestrale des Targaryen. Toutefois, en sa qualité de Maître des Chuchoteurs, en sa qualité d’ami également, Valyron ne pouvait pas ignorer cela. D’un air plus sérieux, il se pencha légèrement vers Elinor, modérant le volume de ses paroles.

« Mais vous, Elinor… ? Votre absence, ces derniers mois… Ce dont nous avions parlé à plusieurs reprises. Il désigna son ventre, il n’y avait pas besoin de faire plus. Que vous est-il arrivé ? »


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Elinor Piète
COURONNE
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MessageSujet: Re: Renaissance d'un passé brûlé ♦ Valyron & Elinor   Lun 30 Oct 2017 - 18:06




Renaissance d'un passé brûlé
La flatterie était une valeur sûre dès lors que l’on s’adressait à un homme fier. Valyron était de ceux-là. Fier de ses accomplissements, de son escalade dans la hiérarchie et la Noblesse. Il ne lui manquait plus qu’un pion pour parfaire ce tableau afin de le rendre idéal : une épouse. Elinor n’avait aucun mal à imaginer ce tableau, le voyant déjà se pavaner avec une jeune femme qui n’aurait certainement rien à lui envier quant à sa beauté – bien que l’Araignée du Bief avait pour réputation d’être l’une des plus séduisantes femmes de la Cour. Des rumeurs disaient même que certains avaient espéré plus d’une fois voir Ondrew Piète mourir pour mieux récupérer sa jeune épouse. Pour l’heure, l’ego de Valyron méritait d’être caressé dans le sens du poil. Elle savait trop bien ce qu’il avait vécu et souhaitait, comme n’importe quelle amie l’aurait fait, le voir revenir au sommet de sa superbe.

Mais la mélancolie, toujours venait balayer ces élans de fierté et la main paternelle de Valyron sur son épaule, quoique réconfortante, ne fit que raviver ce manque incroyable qu’elle éprouverait toujours dès que ses pensées se tournaient vers Dorne. Tous semblaient compatir. Personne n’agissait. Faudrait-il qu’elle se rende à Dorne, elle-même, pour enfin croiser de nouveau le regard de son époux ? L’idée de fuir dans cette optique lui était venue, plusieurs fois. Mais toujours, Daenys avait su sentir ce désir en elle, prenant le temps de l’écouter, de converser avec elle, lui rendant l’espoir de voir son époux réhabilité auprès de Jaehaerys. Plus d’une fois, elle lui avait assuré que si elle accédait à la régence, cela serait sa première action. Mais le combat pour une telle place avait beau avoir été rude, il ne s’était achevé que par une défaite. La déception avait envahi la jeune femme, laissant dans son esprit le gout amer du désespoir.

Pourtant, comme à son habitude, elle se releva, détournant la conversation vers un sujet qui était différent. Un sujet qui était plus léger. Recentrant son attention sur Valyron, ce fut avec satisfaction qu’elle l’écouta parler. Le fait qu’il réaffirma son souhait de se montrer loyal et serviable envers la couronne lui serra doucement le cœur, crispant légèrement son sourire qu’elle essaya pourtant de garder jovial. Comment pourrait-elle seulement laisser leur amitié aussi simple et confiante qu’elle l’était jadis quand il risquait de pouvoir la détruire ? Elinor n’avait personne pour la protéger à la Cour si ce n’était Daenys. Si l’existence de son fils était révélée, il risquait de se faire massacrer pour être coupable d’être le fils de son père. Pour être coupable d’être un héritier au trône de Fer. Pourtant, si Elinor n’avait su donner la mort à son enfant, il était hors de question qu’un tel drame lui arrive. Dans ses cauchemars, pourtant, elle avait déjà retrouvé le berceau ensanglanté, tantôt sous la colère d’Ondrew, tantôt par la princesse Rhaenys. Alors, trop effrayée, elle avait gardé le silence, Daenys étant la seule dans la confidence. Elle et une sage-femme qui avait été suffisamment payée pour ne rien dire.

L’écouter parler de Port-d’Epice lui rappelait tant qu’elle n’avait plus, elle, la possibilité de fuir la Cour pour se réfugier dans son fief. Tumbleton avait subi de lourds dégâts, Froide Douve était tombée dans les mains des Osgris. Que pourrait-elle faire, seulement, pour regagner ce qui était à elle ? La tranquillité qu’il mentionnait lui manquait. Son sourire s’élargit tandis qu’elle imaginait les lieux, se promenant seule sur la plage, admirant les bateaux et les pêcheurs s’affairant au loin. Comme tout cela devait être magnifique. « Je vous envie beaucoup… »

Et finalement, après un nouveau silence, il posa la question qu’elle évitait depuis des mois. Pointant légèrement son ventre du doigt, il désirait percer le mystère de tout ceci. Le léger sourire d’Elinor s’effaça doucement tandis qu’elle prenait une profonde inspiration. D’un regard circulaire, elle s’assura que nul n’écoutait ce qu’ils étaient en train de dire. « Et bien… Je me suis retirée à Peyredragon avec l’aide de la princesse Daenys… Pour affaires. J’imagine que vous savez cela. Pour être honnête, il était plus que temps que je le fasse, ma taille n’étant plus aussi fine. Mon statut de disgrâce m’a aidé à dissimuler les choses sous des vêtements plus amples, le temps que je parvienne enfin à dire à… Quelqu’un, ce qu’il m’arrivait. » Elle serra les dents, un frisson faisant trembler son corps tandis que le sourire carnassier de Maegor lui revenait en mémoire. L’espace d’un instant, alors que ses yeux se tournaient de nouveau vers le trône de fer, elle le vit, assis, lui tendant une main qu’elle n’aurait pu refuser tandis qu’il murmurait d’une voix suave Ma chère Elinor… Ma chère Putain… Comment va mon fils ?. Elle dévia le regard, déglutissant avec difficulté, secouant légèrement la tête. La fatigue lui jouait certainement un vilain tour.

Poussant un soupir, elle releva ses yeux noisette vers Valyron pour poursuivre ses mésaventures. « Le temps m’a paru affreusement long, surtout que nul n’était autorisé à me rendre visite. J’ai été comme enfermée, de nouveau, ne pouvant quitter mes appartements sous peine de voir mon secret révélé par quiconque. Des mois de solitude à voir grossir en moi le souvenir funeste d’un tyran. Dès lors que mes yeux croisaient mon reflet et ce ventre rond, le souvenir de ces nuits passées dans les bras du dragon me revenait, comme si mon esprit essayait de trouver lequel de ces sinistres moments avait conduit à… ça. » Valyron ne pouvait comprendre et pourtant, il était celui qui l’avait vue. Au lendemain de la mort de Maegor, elle s’était laissée happer par cette folie, préférant lâcher prise pour mieux oublier ce qu’il s’était passé. Pour mieux oublier comment elle s’était laissée aller dans les bras de ce Roi cruel et la manière dont il l’avait dupée, à nouveau, le laissant lui offrir un plaisir tendre aussi mortel qu’un poison doux. Le maître des Lois déchu l’avait alors rattrapée, rattachée à cette réalité terrible, l’aidant à y faire face.

« Et puis… Le jour de la naissance est arrivé. » C’était maintenant. Elle devait faire un choix. Soit elle lui offrait la vérité, lui annonçant l’un des plus grands secrets des Sept Couronnes, soit elle lui mentait ouvertement, protégeant sa réputation et la vie de son fils, risquant pourtant de détruire cette amitié durement construite. Relevant ses yeux noisette, ce fut en plaquant son regard dans le sien qu’elle lui offrit sa vérité de l’histoire. « La douleur était si terrible que j’ai cru mourir plusieurs fois. Tandis que la sage-femme me donnait des ordres, je ne pouvais m’empêcher de revoir Jeyne le jour où… Le jour de la bataille. J’avais tellement peur de vivre la même fin qu’elle. Et j’étais seule. Quand la délivrance est arrivée, l’enfant n’a poussé qu’un cri avant de se taire à jamais. Et ce cri n’avait rien d’humain. Quand la sage-femme a tendu cette chose vers moi… » Elle frissonna, revoyant l’enfant de Jeyne dans sa mémoire. Elle ne pouvait seulement décrire physiquement cette chose et se doutait que Valyron n’avait nul besoin de détails en ce qui concernait cet instant. Gardant ses yeux plaqués dans les siens, elle acheva simplement. « Il était mort. » Elle aurait pu se contenter de dire cela mais les détails ne permettrait que de rajouter un peu de vérité dans cette histoire car si la finalité était inventé, le reste s’avérait être vrai.

Elle détourna le regard, pinçant légèrement les lèvres et portant une main à son ventre, comme si cette dernière cherchait à ressentir de nouveau autre chose que ce vide. Et au fond d’elle, Elinor savait que l’absence d’Ondrew ne faisait que lui rappeler qu’elle ne vivrait plus de sitôt cette maternité qu’elle avait pourtant appréciée. Ses pensées allèrent vers Willem qui devait dormir dans son berceau sous le regard aimant de sa nourrice. Elle espérait, évidemment, pouvoir retourner à Peyredragon prochainement même si les faux prétextes ne méritaient jamais de rater le Couronnement qui aurait bientôt lieu. Elle sourit doucement à Valyron. « Je crois bien que c’est la première fois que je relate avec autant de détails mes mésaventures… Je suis navrée de ne pas vous épargner… Mais vous avez été là depuis le début concernant ce sujet et j’ose imaginer que, plus d’une fois, vous avez envisagé de me tuer tant à cause de cela… Que d’autres choses… Vous êtes certainement le seul à avoir ce droit, d’ailleurs… » Car elle l’avait trahi. La panique l’avait dévorée toute entière alors que Maegor avait joué avec elle, manquant de la tuer de ses mains. Préférant se montrer docile, elle avait alors reporté tous les tords sur son compagnon de manigances avant de se rendre auprès de lui pour l’avertir. Plusieurs fois, Elinor s’était fait la réflexion que son heure aurait dû venir ce jour-là mais que les Sept avaient fait le choix de l’épargner par deux fois.

Mais les choses s’étaient arrangées et, aux yeux d’Elinor, elle avait su payer cette trahison tant en tuant le Roi qu’en supportant l’anoblissement de Valyron. Un sourire en coin se dessina alors sur ses lèvres. « Vous qui savez tout des rumeurs… J’imagine qu’elles vont bon train à notre sujet… Mon mari bien présent, notre liaison éclate au grand jour et maintenant qu’il n’est plus là, voilà que plus rien ne se murmure à notre égard… Que doit bien penser la Cour de cela… ? »


© Belzébuth

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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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