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 The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.

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Brandon Mormont
NORD
MessageSujet: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Ven 15 Sep 2017 - 17:15

Brandon Mormont leva les yeux vers le soleil du Nord. Cet astre diurne lui était toujours apparu de façon un peu étrange, comme si quelque chose n'allait pas, lorsqu'il le voyait dans le ciel. Tout le monde parlait toujours du soleil comme de cette entité chaleureuse, qui veille sur les hommes depuis son royaume bleu, les illumine et les réchauffe ; de nombreux cultes du Sud pensaient que le soleil avait été placé là par les dieux, un don pour les hommes, pour leur permettre de vivre. Mais pour le jeune seigneur de l'Île-aux-Ours, cette boule lumineuse n'avait jamais été, au mieux, qu'une influence distante et froide dont la lueur se reflétait sur la neige pour lui meurtrir les yeux.
Tout cela, bien sûr, c'était avant le début du Long Été. Maintenant, il en venait presque à regretter le soleil de l'Hiver, celui dont il avait l'habitude et avec lequel il avait grandi. Les hommes de l'Île-aux-Ours avaient beaucoup de mal à s'adapter à cette nouvelle chaleur, qui faisait fondre les torrents gelés et les faisaient transpirer sous leur fourrure. C'était un brusque changement dans leur mode de vie bien réglé, et ils n'avaient d'autre choix que de faire évoluer celui-ci avec ce nouveau climat pour le Nord.
Ainsi, la petite troupe qui parcourait les plaines du Nord après avoir débarqué de leurs frêles esquifs n'arborait pas les lourdes fourrures d'ours ou de loups dont ils avaient l'habitude, mais de simples tenues de cuir bouilli, révélant parfois leurs bras. Si la sensation de marcher sans un poids chaud sur le dos les perturbait grandement, ils accueillaient cependant avec un certain plaisir l'aisance nouvelle qui accompagnait leurs mouvements. À leur tête se tenait Lord Brandon Mormont, seigneur de l'Île-aux-Ours depuis un peu plus d'un an. Comme plusieurs autres seigneurs du Nord, il avait reçu le corbeau de Jorah Stark, son suzerain, qui convoquait ses bannerets à Winterfell. Fidèle à l'homme qui l'avait autrefois pris à sa cour comme pupille, Brandon avait immédiatement rassemblé quelques hommes de confiance, des guerriers assermentés à la maison Mormont qui l'avaient accompagné lors de la guerre au Sud, et s'était mis en route pour le fief des Stark.
Pourtant, plus le temps passait, et plus Brandon réalisait qu'il arriverait bon dernier à la réunion des protecteurs du Nord. Si les hommes de la maison Mormont étaient aussi aguerris et solides qu'un homme pouvait l'être, l'équitation n'était point pratique courante sur l'Île-aux-Ours, et Brandon était bien le seul de sa délégation capable de chevaucher sur une longue distance sans risque. Aussi, ce fut en quelques jours que les Mormont firent le trajet jusque Winterfell... À pied.

Lorsqu'il aperçut enfin le château où il avait passé une bonne partie de son enfance au loin, Brandon enjoignit ses hommes à presser le pas. Ils arrivaient enfin. Au bout de cette plaine ouverte, le mur d'enceinte du fief Stark se dessinait dans la légère brume qui recouvrait l'horizon. En apercevant cette vision familière, le jeune lord Mormont ne put s'empêcher de sourire. Ce n'était pas seulement qu'il avait un nombre considérable de souvenirs à Winterfell – c'était qu'ils étaient, pour la plupart, des souvenirs heureux. Les galops autour du château, les chasses pendant lesquelles il suivait et observait consciencieusement Jorah, son petit corps qui peinait à soulever la colossale épée Glace pour l'apporter à son suzerain... L'éclat des cheveux d'Ashara contrastés par le blanc de la neige... Sa mine s'assombrit à la pensée de celle qu'il aimait. C'était toujours avec un pincement d'amertume que lui venait à l'esprit l'image de la Louve Rouge. Sa passion était toujours aussi forte qu'au premier jour, mais sa perspicacité avait grandi avec lui. Il aurait fallu être resté un petit garçon pour ne pas se rendre compte que cet amour était à sens unique.
Pour effacer cette désagréable idée de son esprit, il accéléra à nouveau, ses pieds battant les faibles herbes du Nord qui tentaient de grappiller un peu de la lumière de ce soleil nouveau, noyant ses préoccupations dans l'activité purement physique. Il courait presque vers Winterfell, ses hommes fatigués par le voyage peinant à le suivre. Il posa sa main sur le pommeau de Grand-Griffe qui, secouée par son train de marche, lui battait le flanc. L'épée en acier valyrien, preuve irréfutable de sa position de seigneur de l'Île-aux-Ours, se devait d'être arborée par lui lorsqu'il arriverait à la réunion des bannerets des Stark. Pour le jeune lord que certains appelaient encore l'Ourson, quand bien même il avait participé et survécu à la guerre, toute marque de crédibilité était la bienvenue.

Il était probable qu'il serait le plus jeune des protecteurs du Nord à répondre à l'appel de Jorah ; il était peut-être même le plus jeune de tous à l'heure actuel, il n'en était pas certain. Il fit un signe à l'homme qui marchait à sa droite, et celui-ci leva bien haut une longue perche de bois en haut de laquelle flottait l'étendard de sa maison – un ours noir sur un champ blanc cerclé de vert – afin de s'annoncer aux gardes de Winterfell, qui ne manqueraient pas de voir la troupe arriver de loin.
Le jeune homme se doutait de ce qui avait motivé le suzerain du Nord à appeler à lui ses vassaux. Après le départ de Rhaenys Targaryen pour Port-Réal, les rumeurs parcouraient le Nord tout entier. Même sur l'esseulée Île-aux-Ours, on parlait de cette princesse adultère, qui s'était dérobée à l'autorité de son seigneur et mari pour aller s'unir à son dragon royal de frère. Certains parlaient d'abomination, d'autres d'une avidité pour le pouvoir royal, d'autres encore d'un désir d'insulter et d'humilier le Nord pour avoir soutenu Maegor au cours de la guerre. Comme s'il restait un homme du Nord qui n'avait pas perdu un ami proche ou un membre de sa famille au cours du siège d'Harrenhal... Sans parler de la trahison lors de la bataille des Deux Cents Épaves. Au goût de Brandon, les Dragons avaient suffisamment joué avec le Nord et, si la sécheresse ne pouvait que difficilement leur être imputée, elle participait au mécontentement du peuple et n'arrangeait rien aux fantasmes révolutionnaires de beaucoup – dont faisait partie Brandon Mormont. Sans être pressé de renvoyer ses hommes à la guerre, les souvenirs du siège d'Harrenhal bien trop présents encore dans son esprit, l'acte de Rhaenys lui semblait être une attaque directe contre le Nord, contre cette contrée dont il était fier jusqu'à l'excès.
Il était intimement convaincu que les nordiens ne pouvaient perdre une guerre qui avait lieu dans le Nord... En tout cas, pas tant que les bêtes des Targaryen restaient en dehors de cela. Si on leur envoyait les dragons... Eh bien, le jeune ours ne pouvait qu'espérer que les mythes affirmant qu'une flèche en bois de barral pouvait les tuer étaient vrais. Mais l'insulte de la Couronne envers le Nord était bien trop cinglante pour qu'elle reste sans réponse. Ce n'était pas une question de chances de victoire qui rendait l'indépendance si tentante, mais une question d'honneur. De fierté.

« Milord, nous y sommes presque.
- Je vois cela, Mors. Vous autres ! N'oubliez pas que nous sommes chez notre suzerain. Son toit, ses coutumes. Profitez tout votre soûl des victuailles qui nous sont offertes, mais personne ne provoque personne en combat singulier tant que nous sommes à Winterfell ! Maintenant, derrière moi, et en ordre. Montrons donc aux seigneurs du Nord que les Mormont ne sont pas moins... Seigneuriaux qu'eux.
 »

Ceux qui arboraient le symbole de l'ours - une dizaine d'hommes - se tenaient en rang derrière leur seigneur tandis que les portes de Winterfell s'ouvraient. Brandon se tenait droit, les épaules en arrière, sa carrure de nordien endurci par l'hiver et les entraînements tandis qu'il apparaissait à la cour des Stark, comme il l'avait fait une première fois seize ans plus tôt. Sa main gauche reposait sur la garde de son épée bâtarde, mettant en évidence le port de celle-ci. Le cuir bouilli qui recouvrait le haut de son corps découvrait ses bras un peu au dessous du coude ; la tête d'un ours avait été tracée dans le vêtement, juste assez visible pour que quiconque attardant l’œil sur son torse la remarque. Avançant ses jambes couvertes d'une simple toile resserrée contre sa jambe par ses bottes, il fit quelques pas à l'intérieur du château qu'il connaissait presque aussi bien que le sien. Même après plusieurs années, il se sentait toujours chez lui dans cette cour intérieure aux pierres grises dominée par les trois tours de la forteresse. Il reconnaissait certains des visages en face de lui. Les Stark, bien sûr, avec lesquels il avait grandi ; mais aussi Roderik Bolton, non loin, qu'il avait déjà croisé sur le champ de bataille. Il y avait également une dame, qu'il imagina être Lady Isaline Cerwyn. Sans jamais l'avoir vue de ses propres yeux, il était évident que les Cerwyn seraient présents à la convocation des bannières, et peu d'autres maisons étaient gouvernées par une femme seule.

Se tenant devant son suzerain, il s'inclina autant que la coutume l'exigeait – autant que Jorah lui-même lui avait appris à le faire face à un seigneur d'une maison plus noble que la sienne.

« Lord Stark... Toutes mes excuses pour notre arrivée tardive. La route fut longue de l'Île-aux-Ours jusqu'ici. Comme il se doit, la maison Mormont répond ici à votre appel. »
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Isaline Cerwyn
NORD
■ Localisation : Castle Cerwyn actuellement
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Mar 19 Sep 2017 - 19:28



The North Shall Remember Jorah Stark, Roderik Bolton, Brandon Mormont & Isaline Cerwyn Que m’importe les rumeurs qui pouvaient courir sur ma rapidité à me présenter à Winterfell. Castle Cerwyn étant la maison la plus proche, je ne peux concevoir d’arriver dans les derniers à l’appel de notre suzerain. Non seulement cela serait une aberration sans nom mais en plus ce manque de rapidité serait une injure à mon allégeance aux Stark. Pire encore, cela pourrait être interprété comme une provocation. Alors que meurent ou se répandent les rumeurs sur la Veuve Noire qui s’empressent assurer de son allégeance son suzerain ou de lui mettre la corde au cou son lit à peine refroidit. Une chose est certaine il n’y a pas de fumées sans flammes. Croyez-moi les flammes je compte bien les attiser…politiquement il va sans dire. Je rêve d’un Nord fort et indépendant. Nous rêvons tous d’un Nord fort et indépendant. J’ose espérer qu’il en sera de même pour Lord Bolton. Roderik.

* Que songer de notre entrevue, il y a peu ? * M’interrogeais-je. Pour unique réponse, mes lèvres s’étirent…agréablement.

Il est évident que mon animosité envers les Bolton s’est amoindrie mais n’imaginez pas que mon esprit se laisse facilement détourné. Mon objectif est clairement défini. On veut nous faire croire que chacun de nous suit un chemin tout tracé dès sa naissance, peu importe qu’il soit né noble ou non. Hélas pour moi, je suis née fille d’une grande maison. Oui bien sûr qu’il y a bien pire comme destin que celui-là mais ma destinée ne m’a jamais appartenue. Une noble dame n’est guère plus qu’une marchandise dont la transaction sert le dessein commercial et politique entre grandes maisons. Non, mon destin ne m’a jamais vraiment appartenue jusqu’au jour où tous les mâles Cerwyn s’en sont allés rejoindre nos ancêtres. Même si la perte d’être chers reste une douleur sans fin, ce n’est qu’à ce moment là où j’ai pris conscience que je tenais enfin ma destinée entre mes propres mains. Personne ne déciderait à ma place. Cerwyn serait dirigeait par une femme le temps qu’il faudra…le temps que je l’aurai décidée. Les dents grincent, même celles de Roderik je les entends encore. Les traditions sont parfois pesantes dans le Nord quand on se sent concernée par l’une d’elle. Après tout je ne suis pourtant pas unique dans mon genre. Il ne faut pas croire j’aime les traditions, du moins certaines, mais reconnaissez qu’un peu de dépoussiérage ne ferait pas grand mal. N’ai-je pas prouvé qu’une femme pouvait tenir une maison comme Cerwyn ?

Je suis ambitieuse et je ne le cache pas, du moins je ne révèle pas tout mon jeu. Certes un Nord indépendant reste à mes yeux une évidence pour ne pas dire une priorité mais mon ambition personnelle est également prioritaire. N’y a-t-il pas plus belle ambition que de régner aux côtés de celui qui parviendra à unir ce Nord pour le rendre indépendant ? A ce stade de mes réflexions, je ne peux dire qui de Stark ou de Bolton serait capable de faire pencher la balance de son côté pour rassembler les Nordiens. Quelle déception cela serait pour moi, si Jorah n’atteignait pas son but.

L’arrivée du jeune seigneur de l’île des Ours nous avez fait rassembler dans la cour pour accueillir Brandon Mormont. Maestre Edmon m’a dit très peu de chose à son sujet, la principale étant qu’il fût pupille des Stark et par le fait accueilli plusieurs années dans les murs de Winterfell. On le dit valeureux mais on ne le disait pas joli garçon maintenant que je peux le voir. Un peu de fraicheur au Nord est toujours agréable…surtout avec ce long été. Au rythme où la chaleur s’installe, je vais finir avec des tenues dorniennes sur le dos. Remarquez ce n’est pas pour me déplaire. Les voiles et la soie sont si agréables à porter.

Un peu en retrait, je ne manque d’observer tout ce petit monde près à en découdre bientôt autour d’une table. Mon regard accroche celui de Roderik auquel j’envoie un signe de tête poli, agrémenté d’un sourire courtois. Par jeu ou par séduction, je ne sais pas, peut-être un peu des deux. Aurons-nous l’occasion de nous croiser individuellement ? Notre rencontre m’a laissé comme un goût d’inachevé dans la bouche.

Tout en observant les uns et les autres, je me demande lequel de ces seigneurs ou de leurs fils seraient un bon parti pour ma petite sœur Janna.

Mais nous ne sommes pas là pour parler de mariage, n’est-ce pas ?

©️ Justayne

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~ Aiguisé et prêt ~
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Jorah Stark
NORD
■ Localisation : Winterfell.
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Sam 23 Sep 2017 - 17:46

Le Nord se rassemble. La vision laisse désormais place à la réalité. Les nobles provenant des différents fiefs de cette fière région ont décidé de répondre à l’appel. Cela ne fait que prouver l’urgence de la situation. Lord Brandon Mormont est le dernier seigneur à nous rejoindre. Pupille des Stark pendant de longues années, il demeure un visage particulièrement familier même si il est désormais un habitant de l’Ile-aux-Ours. Les bras croisés, j’observe celui qui reste un jeune homme à mes yeux bien qu’il ait mûri depuis sa dernière visite. Ce n’est en rien un terme dégradant mais simplement une constatation du fait qu’il fait partie des nouveaux venus dans l’arène politique du Nord.

« C’est un plaisir de vous voir de nouveau franchir la porte de Winterfell, Lord Mormont. Vos hommes bénéficieront de l’hospitalité de mes serviteurs durant les pourparlers. Alors, je vous prie de me suivre pour que nous puissions débuter séance tenante. »


Après un hochement de tête respectueux, je montre la direction à prendre bien que le jeune Mormont soit pleinement conscient du lieu de la réunion. Investissant l’ample salle aux murs composées de larges pierres et dont l’espace est volontairement organisé de façon à ce que les nombreuses tables en bois sombre permettent d’accueillir tous les seigneurs du Nord face à l’estrade sur laquelle la table des Stark est dressée. Des bougies réparties dans les alcôves de la pièce et sur les tables assurent une luminosité désormais plus traditionnelle que nécessaire. L’astre solaire continue de faire des siennes mais l’espace n’est pas suffisamment éclairé à mes yeux sans ces multiples flammèches scintillantes, signes d’espoir et d’une fierté retrouvée. Les bruits de bottes s’amoncellent à mesure que les invités pénètrent en ce lieu important et prennent la mesure de l’instant. Pour ma part, je parcours l’allée centrale pour rejoindre ma place. Debout, je me tourne vers mes invités pour prendre un ton solennel.

« Jorah Stark, Gouverneur du Nord et Seigneur de Winterfell déclare la séance ouverte. Seigneurs du Nord, les pourparlers du Nord peuvent débuter. Place à l’ordre du jour. »


Désormais assis, mon regard se tourne vers le scribe qui évoque le premier sujet de préoccupation : la place du Nord au sein de Westeros. Parler en premier lieu de la priorité du moment permet de ne pas user mes convives pour des sujets moins en vue et de bénéficier de toute leur attention. Aussi, cela me permet d’évoquer un sujet de préoccupation relativement personnel avec suffisamment de lucidité.

« Comme vous le savez, la Princesse Rhaenys Targaryen fut mon épouse et projette désormais d’épouser son frère. Son départ a alimenté de nombreuses discussions à travers cette contrée. Comme vous le savez aussi, la bataille des Deux Cents Épaves fut un nouveau coup dur apporté par la maison Targaryen. Prendre un chemin vers l’autonomie implique de prendre néanmoins un risque. Le Feu du Dragon est une menace, d’autant plus que les Targaryens bénéficie aussi d’importants soutiens. Néanmoins, ils se sont empêtrés dans une longue guerre et Port-Réal mettra du temps à effacer les stigmates de la guerre. Alors, ma question est simple. Qui est favorable à l’autonomie de la région ? Et quels sont les moyens que vous proposez ? »


C’est bien beau de revendiquer des choses sans avoir les moyens de ses ambitions. Je ne suis pas adepte de l’attaque frontale et en fonction de ce qui émergera de cette réunion, je sais que je pourrais au moins m’appuyer sur des fondations solides face à ce qui apparaît comme l’un des plus grands défis que le destin dresse sur la route du Nord.
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Roderik Bolton
NORD
■ Localisation : Fort-Terreur
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Lun 25 Sep 2017 - 23:06

The North Shall Remember

















« Milord, nous sommes en vue de Winterfell ! »

Un éclaireur portant un surcot de la maison Bolton approchait au trot à la rencontre de l’imposante colonne qui approchait du fief des Loups. Le convoi était imposant, bien plus que tout ce qui était arrivé à Winterfell pour ce jour particulier où le suzerain du Nord – bientôt Roi ? – convoquait ses bannerets pour un grand conseil. Les Bolton n’arrivaient pas seuls. Escorté à part égale par une vingtaine d’hommes de Fort-Terreur aux couleurs des Ecorcheurs et une autre vingtaine de troupes aux armes des Karstark, un imposant chariot traçait sa route vers la forteresse des Stark. Karstark et Bolton, marchant de concert, se présentant ensemble aux portes de Winterfell, voilà qui ferait jaser.

Roderik Bolton, Sire de Fort-Terreur, grand seigneur du Nord, vétéran confirmé de la guerre civile, auréolé de la gloire des batailles désormais historiques et légendaires d’Harrenhall, du Loup-Griffon et des Deux-Cents-Epaves marchait en tête de la colonne, perché sur un immense étalon dont la robe grise était mouchetée de poils aussi blancs que neige. A ses côtés, un grand gaillard à la carrure musclée montait un grand cheval de bataille à la robe aussi noire que la nuit, luisante dans les rayons du soleil d’Eté : Edrik Bolton, seigneur de Karhold, marié en union matrilinéaire à la noble dame qui occupait le grand carrosse qui suivait un peu plus loin : Lyra Karstark, Dame de Karhold. Si Edrik avait dû adopter les couleurs de la maison sur laquelle il régnait et sur laquelle régneraient ses enfants avec Lyra, il avait tout de même choisi une variante du blason du Soleil de l’Hiver, l’adoptant en carmin, rappelant ainsi l’héraldique de sa famille d’origine, celle à laquelle allait son allégeance, et donc celle à laquelle allait celle de Karhold. Depuis, on le surnommait le Soleil Ecarlate.

Effectivement, au loin, alors qu’ils abordaient la descente de l’ultime colline sur la route de la grande citadelle, apparaissaient les éternels remparts de la noble et antique Winterfell. La place n’avait pas son pareil dans le Nord, surclassant de loin toutes les autres forteresses de la région. Elle était vaste, ses murs étaient solides et ses greniers vastes et bien remplis. Autour de la forteresse en elle-même, derrière les immenses remparts extérieurs se dressait la Ville d’Hiver. Bientôt, les sentinelles avertiraient le maître des lieux : les Bolton arrivaient.

Nulle volonté de faire montre d’un déploiement de force. Ils étaient une quarantaine de cavaliers pour deux des plus grandes maisons nordiennes, un carosse et quelques chariots d’intendance suivaient. En termes de déploiement de force, on en était qu’au strict minimum. Et pour cause, Roderik souhaitait faire profil bas. Ils vivaient une époque dangereuse, en dépit de la paix proclamée quelques lunes plus tôt. Le Nord avait été bafoué, encore une fois. Jorah Stark n’avait été qu’un pantin entre les mains des Targaryen et des autres Sudiens. Le Nord ne pouvait pas leur faire confiance, comme il ne pouvait plus accepter l’autorité d’un tel homme. Jorah Stark devait abandonner sa place. Bien entendu, Roderik ne prononcerait jamais cette opinion à haute voix, il tenait à la vie.

Alors qu’ils cheminaient désormais bien en vue de Winterfell, Roderik ressassa une énième fois ce qu’il considérait comme sa ligne de conduite à venir. Autour de lui, personne ne s’en préoccupait : le Sire Rouge était connu pour être taciturne et ne parler qu’avec efficacité : avec lui, nulle fioriture. La situation du Nord préoccupait sincèrement Roderik qui vouait un amour sincère à sa patrie d’origine. Les valeurs nordiennes, les anciens dieux et leurs coutumes devaient être préservées, et mieux encore, défendues. Les Stark avaient failli par plusieurs fois au cours des dernières décennies. Tout avait commencé avec la capitulation – certes de bon sens mais ô combien outrageante – de Torrhen Stark, Celui-Qui-Ploya-Le-Genou, se rendant sans condition au Conquérant. Et ces dernières années, les choses étaient allées de mal en pis. Mariage avec une hérétique issue de l’inceste, union avec le Dragon, union avec le Cruel, soutien à une guerre illégitime qui ne les concernait pas, ravage dans les grandes maisons, et maintenant, la famine menaçait. De ce dernier point, les Bolton tenaient un peu mieux la route : son fils héritier, Podrik, était un intendant brillant qui avait mis au point un système de rotation des cultures permettant une productivité accrue.

En réalité, Roderik avait été pris de court par cette invitation de Jorah Stark, alors qu’il fomentait ses plans en rongeant son frein, furieux de la tournure qu’avait pris la guerre pour le Nord. Il avait été facile de se fortifier dans une opposition claire et nette, mettant au point des alliances politiques et militaires pour défaire le pouvoir de l’emprise des Stark sur la région. Cette missive, elle entrait parfaitement dans le cadre des doléances de Roderik qui accusait Jorah de se laisser faire sous l’avalanche d’affronts que subissait le Nord. Bien entendu, le message était élégamment dissimulé sous d’autres sujets : réorganiser l’armée, affronter le long Eté… Mais surtout : la réponse politique que les Nordiens devaient apporter tous ensemble à la maison Targaryen. Il n’y avait pas trente-six solutions possibles, Roderik avait tourné et retourné le problème dans tous les sens. Et pourtant, le Sire Rouge ne pouvait s’empêcher d’y voir une opportunité intéressante à saisir. Restait à savoir à qui elle bénéficierait. En tout état de cause, donc, Roderik venait essentiellement observer et écouter. Si les choses lui plaisaient, il envisagerait de jouer un rôle… Tout en gardant à cœur les intérêts de la maison Bolton.

* * * * *

Brandon Mormont, Sire de l’Île-aux-Ours avait été le dernier à arriver, franchissant le grand portail de Winterfell… à pieds. Cela arracha un sourire sarcastique à Roderik, dissimulé au milieu des siens dans la cour de la citadelle des Loups. Tous les vassaux du Nord avaient répondu présent : des Reed de Fort-Griseaux aux Omble d’Artre-lès-Confins en passant par les Manderly de Blancport et, bien sûr, les Bolton de Fort-Terreur. Il y avait également la belle et énigmatique Isaline Cerwyn, qui était venue passer le temps d’une visite rafraîchissante dans la demeure des Ecorcheurs. Enfin, Jorah Stark, accompagné du reste de sa famille – Ashara et Theon en tête – se manifesta, leur proposant de rejoindre la grande-salle où se déroulerait le conseil du Nord.

Les hauts murs de pierre grise soutenaient les puissantes arches qui portaient le haut plafond de la grande salle. On retrouvait ici tout le talent du légendaire Brandon le Bâtisseur, que l’on disait à l’origine de lieux aussi mythique que le Mur ou Accalmie. Les grandes tables avaient été disposées de façon à ce que tous puissent assister au conseil et parler en regardant son interlocuteur, où qu’il eût pu se trouver. Rodeirk prit donc place à côté de son fils cadet, ce dernier représentant la maison Bolton en une assemblée où les femmes étaient généralement proscrites. La seule exception, du fait de sa condition de dernière Cerwyn, était Isaline. Ils attendirent un moment que tout le monde prenne place autour des grandes tables, tandis que Jorah Stark lui-même apparaissait sur l’estrade. Roderik adressa un salut muet à la Dame de Castel-Cerwyn tandis que de l’autre côté, il reconnaissait le Sire de Blancport : Adéric Manderly. Il n’eût pas le temps d’échanger avec lui, Jorah s’adressait à son assistance d’une voix solennelle.

« Jorah Stark, Gouverneur du Nord et Seigneur de Winterfell déclare la séance ouverte. Seigneurs du Nord, les pourparlers du Nord peuvent débuter. Place à l’ordre du jour. »

La proclamation ainsi faite, un brouhaha de raclements de pieds de chaise en bois sur le dallage froid et austère résonna alors que chacun prenait place. Vêtu d’une tunique légère de laine grise, Roderik repoussa sur son épaule la fourrure de zibeline qu’il avait alors sur lui. Il attendait, pianotant sur la table de ses doigts fins de manière régulière.

« Comme vous le savez, la Princesse Rhaenys Targaryen fut mon épouse et projette désormais d’épouser son frère. Son départ a alimenté de nombreuses discussions à travers cette contrée. Comme vous le savez aussi, la bataille des Deux Cents Épaves fut un nouveau coup dur apporté par la maison Targaryen. Prendre un chemin vers l’autonomie implique de prendre néanmoins un risque. Le Feu du Dragon est une menace, d’autant plus que les Targaryens bénéficie aussi d’importants soutiens. Néanmoins, ils se sont empêtrés dans une longue guerre et Port-Réal mettra du temps à effacer les stigmates de la guerre. Alors, ma question est simple. Qui est favorable à l’autonomie de la région ? Et quels sont les moyens que vous proposez ? »

Voilà qui était une entrée en matière… rapide. On était loin des sujets d’intendance de la région. On allait décider du futur, tous ensemble. Rodderik posa son regard gris sur son suzerain, le jaugea l’espace d’un temps, et repoussa lentement la chaise, dont le grondement du bois sur le sol de pierre emplit longuement le silence qui s’était fait. Le Bolton se leva et toisa l’assemblée.

« J’étais aux Deux Cents Epaves. » commença-t-il d’une voix mélancolique emplie de tristesse. Tant de vie gâchées…

Il dévisageait chaque seigneur, chaque chevalier présent, chaque représentant de chaque famille.

« Mais ce n’est pas tout. J’étais aussi au Fénil, lors du Loup-Griffon, expliqua-t-il lentement en regardant fixement Theon Stark, comme beaucoup d’autres braves. Et j’étais aussi à Harrenhall. Il se tourna droit sur Jorah Stark, son suzerain le plus absolu. Je vous ai servi – nous vous avons tous servi – monseigneur, avec loyauté et longévité, sans discuter. Nombre de familles ont perdu des fils, des pères, des héritiers, pour certains. Tout cela résulte de décisions désastreuses qui ont été prises ici même. Ce sont ces décisions qui ont permis l’émergence d’une telle situation, nous mettant de nouveau à portée du Feu-Dragon…. »

Roderik délaissa son suzerain, nullement impressionné, mais bel et bien grisé par son insolence. Son attitude était plus qu’un véritable défi : il formulait à voix haute, devant tout le monde, à commencer par le principal intéressé, les critiques que tous avaient formulées un jour où l’autre.

« Vous nous proposez l’autonomie, ou devrais-je dire, une déclaration d’indépendance, monseigneur. Nous connaissons les conséquences : une guerre, encore une. La diplomatie ne nous sauvera pas… Je le crains. Que faire, toutefois ? L’idée d’un Nord indépendant m’est cher. Mais je voudrais questionner le futur. Devrions-nous suivre le seigneur qui doit nous protéger et veiller au bien-être du peuple… ce même seigneur qui nous a amené la guerre une première fois et qui risque fortement de nous y contraindre une deuxième fois… ? A vrai dire, monseigneur, je pense qu’avant de discuter plus en amont, il serait bon de faire amende honorable. Reconnaissez les torts qui sont les vôtres, et je suis prêt à soutenir une résolution diplomatique de notre potentiel conflit avec la Couronne de Port-Réal. »

Continuant sa diatribe, Roderik se revint vers Jorah Stark. Il n’avait guère de talents d’orateur. Sa voix était sèche, coupante et austère. Il parlait d’un ton implacable, sans ambages, énonçant sa vérité.

« Monseigneur. Vous êtes le Protecteur du Nord, son suzerain, et je suis votre vassal. Mais il est des choses que je ne peux plus accepter. Je ne permettrai pas une nouvelle guerre, pas avant d’avoir épuisé toutes nos options. »




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Brandon Mormont
NORD
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Ven 29 Sep 2017 - 23:53

Nombre de seigneurs se tenaient dans la cour de Winterfell ce jour-là. Entendant les instructions de son suzerain, Brandon intima à ses hommes de suivre les serviteurs Stark dans les quartiers assignés aux délégations qui avaient accompagné les protecteurs du Nord. Le jeune Ours se tourna en direction du château, et plus exactement de la grande salle où se tiendrait la réunion pour laquelle ils avaient tous été convoqués. Se faisant, il aperçut Ashara. La Louve Rouge, celle qu'il aimait tant depuis son enfance, qui se tenait juste derrière son frère – Jorah. Cette vision fit l'effet à Brandon Mormont d'un coup de poing porté à l'estomac, tandis qu'il tentait de faire se croiser leurs regards – en vain. La mine amère, il emboîta le pas aux autres seigneurs tandis que toutes les têtes puissantes du Nord se réunissaient dans la salle de pierre éclairée par les faibles flammes des bougies.

S'efforçant de chasser la jeune dame de son esprit, il s'assit sur un des bancs de bois disponibles, entre Lord Omble et celui qui se faisait déjà appeler le Soleil Écarlate, le nouveau lord Karstark tout droit venu de Fort-Terreur. S'il s'était battu aux côtés du premier, le deuxième ne lui était connu que de réputation. Brandon mit un moment à se rendre compte que, la dernière fois qu'il avait vu autant de seigneurs du Nord au même endroit, une bonne moitié d'entre eux étaient morts dans la bataille qui avait suivi. Tous les seigneurs qui se tenaient dans cette salle, à deux ou trois exceptions près, avaient perdu un frère, un père ou même un mari lors du siège d'Harrenhal ou de la bataille des Deux Cents Épaves. Cela avait quelque chose de terrifiant. Lui qui était venu pour défendre l'indépendance, comment pouvait-il attendre de ces nordiens endeuillés qu'ils soient prêts à repartir au combat ?

« Jorah Stark, Gouverneur du Nord et Seigneur de Winterfell déclare la séance ouverte. Seigneurs du Nord, les pourparlers du Nord peuvent débuter. Place à l’ordre du jour. Comme vous le savez, la Princesse Rhaenys Targaryen fut mon épouse et projette désormais d’épouser son frère. Son départ a alimenté de nombreuses discussions à travers cette contrée. Comme vous le savez aussi, la bataille des Deux Cents Épaves fut un nouveau coup dur apporté par la maison Targaryen. Prendre un chemin vers l’autonomie implique de prendre néanmoins un risque. Le Feu du Dragon est une menace, d’autant plus que les Targaryens bénéficie aussi d’importants soutiens. Néanmoins, ils se sont empêtrés dans une longue guerre et Port-Réal mettra du temps à effacer les stigmates de la guerre. Alors, ma question est simple. Qui est favorable à l’autonomie de la région ? Et quels sont les moyens que vous proposez ? »

Brandon prit une longue inspiration en entendant ces mots. Fallait-il qu'il prenne la parole immédiatement, ou ferait-il mieux d'attendre qu'un autre seigneur parle pour exprimer son appui ou lui répondre ? Dans le fond, Brandon savait ce qu'il en pensait, ce qu'il voulait dire. Le seigneur de l'Île-aux-Ours souhaitait l'indépendance, même si cela signifiait la guerre. Il se mentait à lui-même en se disant que c'était uniquement par inquiétude envers le sort que les Targaryen réserveraient au Nord plus tard, s'ils ne recevaient aucune résistance après l'avoir injurié en ce jour. C'était vrai, bien sûr, et c'était une part essentielle de la motivation. Mais tromperait-il beaucoup de nordiens s'il devait affirmer qu'il ne craignait pas qu'Ashara soit vendue aux seigneurs de l'Orage contre une paix durable ? Ces même seigneurs aux cheveux noirs qu'il avait confrontés à Harrenhal, se découpant un chemin sur le champ de bataille à la recherche du cerf qui avait souillé l'honneur de son aimée en lui faisant une bâtarde – avant qu'une charge de cavalerie, la perte de son père et la blessure qu'il avait reçue, ne l'empêche de mener à bien sa revanche. Bien sûr qu'il avait peur de perdre définitivement Ashara... Quand bien même il se haïssait à l'idée que son amour influençait son jugement en tant que seigneur. Aurait-il autant brûlé pour l'indépendance, s'il n'avait pas brûlé pour elle ? Il lui était impossible de le savoir, pour être honnête.

« J’étais aux Deux Cents Epaves. »

Et ainsi s'envolait son opportunité de parler le premier, avant qu'il n'ait le temps de décider s'il était judicieux de la saisir ou non. De toute évidence, quelqu'un dans cette salle était moins hésitant que Brandon. Celui-ci se tourna vers Lord Bolton pour écouter ses mots, le nom de la bataille captant immédiatement son attention.

« Mais ce n’est pas tout. J’étais aussi au Fénil, lors du Loup-Griffon, comme beaucoup d’autres braves. Et j’étais aussi à Harrenhall. Je vous ai servi – nous vous avons tous servi – monseigneur, avec loyauté et longévité, sans discuter. Nombre de familles ont perdu des fils, des pères, des héritiers, pour certains. Tout cela résulte de décisions désastreuses qui ont été prises ici même. Ce sont ces décisions qui ont permis l’émergence d’une telle situation, nous mettant de nouveau à portée du Feu-Dragon….  Vous nous proposez l’autonomie, ou devrais-je dire, une déclaration d’indépendance, monseigneur. Nous connaissons les conséquences : une guerre, encore une. La diplomatie ne nous sauvera pas… Je le crains. Que faire, toutefois ? L’idée d’un Nord indépendant m’est cher. Mais je voudrais questionner le futur. Devrions-nous suivre le seigneur qui doit nous protéger et veiller au bien-être du peuple… ce même seigneur qui nous a amené la guerre une première fois et qui risque fortement de nous y contraindre une deuxième fois… ? A vrai dire, monseigneur, je pense qu’avant de discuter plus en amont, il serait bon de faire amende honorable. Reconnaissez les torts qui sont les vôtres, et je suis prêt à soutenir une résolution diplomatique de notre potentiel conflit avec la Couronne de Port-Réal.»

Brandon serra les dents en écoutant le Lord à l'Écorché parler. Plus Bolton parlait, et plus l'estomac de Mormont le brûlait. Il voulait se lever et frapper Roderik au visage, rappeler à ce seigneur de Fort-Terreur qu'il restait un vassal des Stark et que nul ne peut se permettre de parler ainsi à son souverain. Plus exactement, il lui était insupportable que quiconque parle ainsi à celui qui était, avec les années, devenu comme son père de substitution. Demander à Jorah de reconnaître ses erreurs ? Le Gouverneur du Nord avait suivi un souverain qui avait été légitimé par les lois des Sept Couronnes lors du Jugement des Sept, il n'avait fait qu'honorer le serment de loyauté qui l'unissait à celui qui siège sur le Trône de Fer. S'il fallait blâmer quelqu'un pour les pertes du siège d'Harrenhal, ne serait-ce pas plutôt l'armée des rebelles ? Les Baratheon, qui s'étaient élevés contre un roi reconnu par leurs propres dieux ? Les Tully, qui avaient chargé sans affirmer leur allégeance au préalable ? Il aurait voulu lui crier tout cela, réunir l'assemblée derrière lui, et pourtant quelque chose l'en empêcha. À son grand désarroi, Brandon réalisa qu'il ne pouvait être complètement en désaccord avec les paroles de Bolton. Il y avait du vrai. Lui aussi avait souffert de cette guerre, sa maison également. Il avait perdu son père, des hommes qu'il considérait comme ses amis étaient morts pour lui, il avait rencontré des hommes valeureux pour les voir mourir dans les heures suivantes. Lancer à nouveau le Nord dans un conflit sanglant ? Nul être sain d'esprit aurait pu être enthousiaste à une telle idée. Mais ce que disait Lord Bolton n'était pas bon non plus. Qu'il exige des excuses de Jorah, c'était une insulte, certes, mais c'était au Stark de réagir à cela, avec humilité ou avec colère. Brandon connaissait assez son ancien tuteur pour savoir qu'il n'avait pas besoin de sa protection, en tout cas pas cette fois-là. Non, ce que l'Ours n'aimait pas dans les paroles de Roderik, c'était autre chose. L'inflexion de sa voix aux termes de Feu-Dragon... Qu'était-ce, précisément ?

« Monseigneur. Vous êtes le Protecteur du Nord, son suzerain, et je suis votre vassal. Mais il est des choses que je ne peux plus accepter. Je ne permettrai pas une nouvelle guerre, pas avant d’avoir épuisé toutes nos options. »

De toute évidence, le seigneur de Fort-Terreur avait fini son élocution. Prenant une grande inspiration, Brandon se leva, devenant presque immédiatement la cible de tous les regards de la salle. Il fit un tour sur lui-même en s'éloignant légèrement du banc, observant tous ces nobles qui attendaient de l'entendre parler, jugeant déjà son intervention. Il vit le scepticisme chez certains, l'impatience chez d'autres, et même le désintérêt total chez quelques uns.

« Tout comme vous, Lord Bolton, je suis parti à la guerre. La maison Mormont a quitté le Nord plus tôt que n'importe quelle autre. Mon père, feu lord Rodrik, craignait que des reîtres et des mercenaires profiteraient du chaos de la guerre civile pour semer la mort dans les campagnes de Westeros, et nous avons arpenté la Route Royale pour nous assurer qu'aucun d'entre eux n'atteigne le Nord, avant de rejoindre l'ost de la bataille du Loup-Griffon. Je me suis battu plus longtemps que beaucoup qui sont ici. »

Brandon continuait d'observer son auditoire avec un air grave. Il avait besoin de s'assurer que personne ici n'ignore son intervention parce qu'il était trop jeune, ou inexpérimenté. Il avait vu et perdu autant de sang que la plupart d'entre eux, plus parfois. Personne ne pouvait lui refuser cela.

« Le Nord a perdu beaucoup lors de cette guerre. J'ai perdu... J'ai perdu mon père, des amis précieux. Les coups furent durs. Personne ici ne veut d'une nouvelle guerre. Personne ne peut aimer la dévastation que nous avons subie. Je ne le souhaite pas, en tout cas.
Seigneurs du Nord... Pendant plusieurs siècles, nos ancêtres se sont rassemblés sous la bannière du loup. Serions-nous donc devenus des chiens, pour avoir si peur de mordre quand ce maître du Sud nous bat ? La Bataille des Deux Cents Épaves, la princesse adultère... Si aujourd'hui, les Targaryen peuvent nous manquer de respect, s'ils peuvent nous utiliser comme de la chair à sacrifier sur le champ de bataille, que pourront-ils faire demain ? La guerre est effrayante. Seul un idiot dirait le contraire. Pourtant, nous devons réagir. Peut-être que les Targaryen nous laisseront vivre en paix jusqu'à la mort de chacun des Lords présents dans cette salle. Seigneurs du Nord, nous aurons des enfants ! Des petits-enfants ! Nos maisons sont vouées à perdurer ! Si nous ne réagissons pas, aujourd'hui, si nous restons esclaves de ce royaume du Sud, alors nous serons à jamais la Couronne que les six autres ont jugée sacrifiable.
Ce n'est pas de bon cœur que je veux prendre le risque d'une guerre... C'est une question d'honneur. De devoir envers nos futures générations. Si l'indépendance peut se faire sans faire couler le sang, alors je serai le plus heureux des hommes. Mais nous devons nous préparer au pire.
»


Brandon souffla. Il n'avait pas l'habitude des longs discours, et n'était pas sûr de la pertinence du sien. Il se tourna ensuite vers son suzerain, se rappelant la portée originelle de la question.

« Le Nord a essuyé de lourdes pertes lors des guerres du Sud, mais cette fois, nous serons à domicile. Aucune armée ne saurait passer Moat Cailin. Il nous faudra y installer des scorpion et des balistes pour avoir la moindre chance face aux dragons... Une vieille rumeur dit que le bois de barral peut tuer ces bêtes. C'est le moment ou jamais de le découvrir. Que cela soit vrai ou non, une flèche de baliste dans l’œil fonctionnera. Blesser leurs ailes nous permettrait également de les achever en les encerclant au sol. Ils sont redoutables, mais pas invulnérables.
Le Long Été a fait fondre les cascades gelées de l'Île-aux-Ours. Le poisson abonde dans nos torrents. En stockant les surplus de la pêche dans des tonneaux de sel, ma maison pourrait alimenter une partie des troupes en garnison à Moat Cailin, ou soutenir des familles plus atteintes que nous par la chaleur nouvelle. Lord Stark, nous pouvons nous séparer du Sud. Nous en sommes capables, je le crois sincèrement.
 »
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Jorah Stark
NORD
■ Localisation : Winterfell.
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Ven 3 Nov 2017 - 17:13

(HJ: Sincèrement désolé pour mon retard les amis)

Gouverner est une entreprise difficile. Je l’ai toujours su et enduré sans me laisser aller à de quelconques plaintes sur mon sort. Malheureusement, l’horizon est toujours empli d’une brume symbolisant l’incertitude. J’ai peut-être hérité d’une rugueuse appétence à exercer un excès flagrant d’autorité. Mais, je l’ai toujours fait pour le bien de ces terres, de ce royaume. Alors, quand Lord Bolton entreprend d’amadouer l’auditoire afin de délier les langues dans une position opposée à la mienne, je me contente de l’écouter attentivement. Froidement est un terme plus approprié.

« Les torts qui sont les miens, Lord Bolton ? Les décisions sont rarement à notre avantage sur tous les plans. Oui, je reconnais devant vous tous que je suis l’homme qui a pris des décisions importantes pour le Nord ces dernières années. Oui, je reconnais que j’ai amené le Nord à faire la guerre une première fois. Mes motivations n’ont été que de sauvegarder le Nord le plus longtemps possible de la guerre mais de prendre aussi en compte l’évolution des évènements au sud. »


Ensuite, c’est le jeune Mormont qui prend la parole. Étrangement, je pense que mon rôle vis-à-vis du jeune homme sera plutôt de tempérer ses ardeurs. L’honneur, la gloire, la fierté pourraient effectivement le pousser dans des escarmouches temporaires valeureuses mais qui pourraient compromettre la stratégie globale à adopter.

« Lord Mormont, je ne vous ai guère connu aussi prolifique en paroles par le passé. Cela tombe à point nommé, les troupes n’ont jamais eu autant besoin du soutien moral de leur chef. »


Je n’ai pour ma part guère besoin de souligner un élément de son discours. Il est aisé de partager son point de vue mais bien plus difficile de mener la barque avec des responsabilités qui peuvent engendrer tant de conséquences, aussi bien positives que négatives.

« Si les auspices peuvent paraître troubles, il existe quelques rayons de soleil qui peuvent nous permettre d’espérer. La Couronne connaît aussi ses tares auxquelles elle doit remédier. Nous avons besoin d’une stratégie globale et non uniquement militaire. Lord Mormont, conformément à votre idée, je vous confie plusieurs missions. La première est de mener une division à Moat Cailin pour assurer la défense des frontières terrestres. La seconde est d’animer le réseau d’espion afin de savoir ce qu’il se passe de l’autre côté de la frontière. La troisième est de prendre en charge la responsabilité du réseau logistique afin d’alimenter le sud de notre région. En ce qui vous concerne Lord Bolton, je vous propose de prendre en charge la défense côtière avec une autre division tandis que vous aurez aussi à entretenir un réseau d’alerte grâce aux différents navires à notre disposition, et à prendre en charge les besoins logistiques de ce plan. »


J’avance mes pions les uns après les autres après avoir pesé le pour et le contre. Rien ne doit être sous-estimé. Si la puissance du nombre sera en face, nous devons avoir l’avantage du terrain et de l’organisation pour les mettre en échec.

« Pour ma part, je ferai descendre la troisième division un peu plus au sud de Winterfell de manière à ne pas être trop loin de vos positions. Je confierai à un noble de cette assemblée la responsabilité de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que nos terres puissent fournir aux hommes les cultures et poissons suffisantes pour leur subsistance. Sachez que je ne déclarerai pas une guerre ouverte mais j’imagine que le jeune Targaryen sera bien trop remuant pour ne pas mettre en œuvre les moyens à sa disposition pour reprendre le Nord. Trouver des endroits stratégiques pour placer vos catapultes et balistes. En ce qui concerne l’aspect plus diplomatique, obtenir l’appui dornien serait un premier pas. Les puissances centrales sont néanmoins puissantes et notre chance réside dans les guet-apens qu’on peut leur dresser. Il ne faut pas oublier que si ils veulent avancer sur nos terres, il leur faudra bien plus que des troupiers et des dragons. »


Plus conquérant, mon poing droit aux phalanges marquées percute la table pour saisir un peu plus les tripes de l’auditoire. Ce n’est pas parce que nous avançons calmement que nous ne serons pas impitoyables. Je sais aussi que je dois trouver les arguments pour convaincre Lord Bolton malgré les tensions émaillant nos relations. La présence de l'assemblée nordienne a donc son rôle à jouer.


« Statutairement, le Nord connaîtra une période étrange, confuse. Contrôlez vos ardeurs et laissez les autres se mettre en défaut. Nous sommes en période de pourparlers jusqu’à nouvel ordre alors…nous ne sommes ni un royaume, ni réellement une simple région de la Couronne. Lord Bolton, vous êtes admiré par de jeunes troupiers pleins de vigueur pour vos nombreuses campagnes. Je souhaiterais que vous vous joignez à nous pour l’unité et l’identité du Nord, pour la seule guerre qui mérite d’être vécue en tant que ressortissant du Nord, pour les contes qui émaneront dans les décennies à venir sur l’émancipation du Nord. Cette fois-ci nous ne nous battrons pas pour quelqu’un d’autre ! Nous nous battrons pour nous-même ! Et si nous devons ressortir vainqueur une fois, après avoir connu maintes déceptions, ce sera celle-ci. L’irrespect entraîne la colère. La colère du Nord doit désormais être crainte comme elle l’était jadis.»



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Isaline Cerwyn
NORD
■ Localisation : Castle Cerwyn actuellement
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Sam 4 Nov 2017 - 15:40



The North Shall Remember Jorah Stark, Roderik Bolton, Brandon Mormont & Isaline Cerwyn C’est assez amusant et déconcertant à la fois, de voir que tout le Nord peut se réduire à quelques individus dans une seule salle. Certes la salle est plutôt grande mais le Nord me parait soudainement bien plus petit qu’il ne l’est en réalité. C’est une impression qui ne me plait pas. J’aime le Nord et rêve de grandeur pour lui. Toutefois je reconnais qu’il émane dans cette salle toute l’authenticité et la détermination nordienne. Je préfère parler de détermination plutôt que de puissance. Tous ces seigneurs ont répondu présent, et même s’ils sont là pour diverses raisons, ils sont bien tous réunis autour de leur suzerain, attendant déterminés, les volontés de celui-ci. Ce n’est pas par quatre chemins que Jorah étale l’idée principale. L’indépendance. Enfin le mot avait été lâché tel un pavé dans une mare, entrainant son flot d’agitation parmi les seigneurs. Indignation pour certains, approbation pour d’autres, le tout modéré et mesuré.

Le premier à ouvrir le bal après Jorah, et je n’en suis pas vraiment surprise, il s’agit de Roderik. Sa réputation n’est pas une légende, et les anciens dieux m’en sont témoins, si mon opinion diverge de la sienne sur quelques points, je reconnais qu’il faut le voir comme l’un des plus farouches défenseurs du Nord…mais nous le sommes tous après tout. Je n’ai pas les dents qui grincent mais c’est tout comme. J’étire en arrière mes épaules, me demandant à quel moment le ton allait monter davantage ou des poings frapper le bois.

Roderik ne fait que mettre le doigt sur une évidence. L’indépendance ne se gagnera pas parce que le Nord la désire. Il faudra l’arracher. Je doute que la diplomatie soit une solution, juste un moyen pour gagner du temps et tenter de rallier peut-être d’autres régions qui souhaiteraient s’affranchir de la couronne.

Vient ensuite le tour du jeune Lord Mormont. La fougue et l’enthousiasme dont il fait preuve me font songer à mon défunt mari. Cela ne lui a guère porter chance. Une trop surestime de lui, je suppose, qui l’aura conduit vers sa funeste destinée. Un esprit trop échauffé est mauvais conseiller bien qu’il ait l’avantage d’être communicatif en faisant rayonnant toute cette énergie dégagée sur ceux en proie au doute. Je souhaite à ce jeune seigneur une vie bien plus longue que l’aura été celle de mon époux. Je ne sais pas si j’ai été la seule témoin de son regard appuyé sur la jeune Ashara, mais il semblerait que le jeune Lord espère récolter les attentions de la jeune femme, malgré sa réputation mise à mal avec cet enfant. Intéressant…

Je m’abstiens pour l’instant de prendre la parole à mon tour. Ecoutant les interventions des uns et des autres jusqu’à la nouvelle prise de paroles de Jorah. Le poing ne tarda pas à frapper sur le bois, ce qui ramena le silence après l’exposition logistique et du déploiement des troupes envisagé. Ce martèlement aurait pu être interprété pour un rappel à l’ordre à l’encontre de Roderik si Jorah n’avait pas englobé la main tendue dans sa direction avec l’idée, non utopiste, que sans unité le Nord ne pourra être indépendant. Je reste optimiste sur la réponse de Roderik, refuser cette main tendue, cela va à l’encontre de ses propres idéaux.

Allez à mon tour, de parler. Un peu de douceur féminine parmi ces seigneurs ne pourra qu’être bénéfique pour calmer les tensions, du moins je l’espère.

– Seigneurs du Nord. La guerre est inévitable. L’indépendance ne se fera qu’au prix du sang. J’en suis consciente. Vous en êtes tous conscients. Je rejoins Lord Mormont en bien des points. Si nous nous engageons aujourd’hui. Si nous nous unissons TOUS derrière notre suzerain. Ce n’est pas uniquement pour un individu mais le Nord entier. Pour nos enfants. Petits enfants. Afin de les offrir cette paix à laquelle nous aspirons TOUS. Chacun d’entre nous a perdu des êtres chers. Il n’y a pas pire douleur qu’enterrer père, frères et époux. Castel Cerwyn a beaucoup perdu, je ne serais pas là sinon au milieu de vous tous mais j’ose espérer que si je suis consciente, en tant que femme, que notre union sera notre force, vous partagerez également ce fait. Je les ai tous regardés, un regard peut-être un peu plus appuyé sur Roderik, avant de me tourner dans la direction de Jorah. Castel Cerwyn n’a peut-être pas des eaux aussi poissonneuses que l’île aux Ours mais non avons des forges et les hommes pour compléter votre division Lord Stark. Puis-je me permettre une suggestion, Lord Stark. J’adresse un bref regard à Bolton à nouveau. Il faut savoir ménager les humeurs et ardeurs de l’Ecorcheur. La diplomatie n’est jamais inutile. J’en sais quelque chose. Même si la finalité restera la même mais on ne pourra pas vous reprocher d’avoir : essayer un autre compromis qu’une guerre. Reste à trouver quel compromis pourrait faire illusion le temps de manœuvrer différemment et de rassembler autour de vous, Monseigneur. D’autre régions souhaiteront s’affranchir de la Couronne…

Cette prise de parole ne m’a sûrement pas apporté que des amis. Une femme pensez-vous…enfin j’ai dit ce que j’avais à dire et reprends place dans mon siège.


©️ Justayne

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~ Aiguisé et prêt ~
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Roderik Bolton
NORD
■ Localisation : Fort-Terreur
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Dim 5 Nov 2017 - 21:28

The North Shall Remember

















Le bal avait été ouvert par Roderik, mais le spectacle avait ensuite continué sans lui. Les mots qu’avait prononcé le seigneur Bolton étaient sincères, réfléchis et directement dirigés contre le suzerain du Nord. Là-dessus, aucun doute n’était possible. Pourtant, il savait qu’il n’était pas en position de force dans la salle du banquet de Winterfell. De nombreux seigneurs restaient fidèles au Stark, quand le Bolton inspirait plutôt méfiance ou crainte. Personne au Nord n’oubliait les légendes qui courraient sur les Sires Ecorcheurs. Jorah Stark entreprit alors de lui répondre.

« Les torts qui sont les miens, Lord Bolton ? Les décisions sont rarement à notre avantage sur tous les plans. Oui, je reconnais devant vous tous que je suis l’homme qui a pris des décisions importantes pour le Nord ces dernières années. Oui, je reconnais que j’ai amené le Nord à faire la guerre une première fois. Mes motivations n’ont été que de sauvegarder le Nord le plus longtemps possible de la guerre mais de prendre aussi en compte l’évolution des évènements au sud. »

Il ne répondit rien, s’asseyant de nouveau assis à sa place, un nouvel intervenant se leva, désireux de prendre la parole. Comme les autres, le Bolton se tourna pour le regarder. Il était jeune, et portait fièrement les couleurs rustiques mais bien visibles de la maison Mormont. Il s’agissait du fils de Rodrik Mormont. Le Sire Rouge se souvenait du père, un homme solide et redoutable combattant. Il était tombé à Harrenhall, comme tant d’autres. Il était encore dans l’étape de découverte et d’appréhension de son nouveau rôle de seigneur. Il avait fallu du temps à Roderik pour lui-même maîtriser toutes les facettes de la charge seigneuriale lorsqu’il avait hérité.

« Tout comme vous, Lord Bolton, je suis parti à la guerre. La maison Mormont a quitté le Nord plus tôt que n'importe quelle autre. Mon père, feu lord Rodrik, craignait que des reîtres et des mercenaires profiteraient du chaos de la guerre civile pour semer la mort dans les campagnes de Westeros, et nous avons arpenté la Route Royale pour nous assurer qu'aucun d'entre eux n'atteigne le Nord, avant de rejoindre l'ost de la bataille du Loup-Griffon. Je me suis battu plus longtemps que beaucoup qui sont ici. »

Roderik plissa les yeux, dévisageant froidement le jeune Mormont. Il n’avait techniquement pas tort, encore que cela était bien présomptueux de l’assurer ainsi devant tous les autres. Ici, au Nord, ce qui comptait, c’était avant tout les actes. Le jeune seigneur continuait de s’assurer de l’attention de chacun, et il y réussissait plutôt bien. Le fait qu’il venait d’interpeler directement l’un des plus puissants seigneurs du Nord y contribuait sans nul doute, pensa Roderik, amer.

« Le Nord a perdu beaucoup lors de cette guerre. J'ai perdu... J'ai perdu mon père, des amis précieux. Les coups furent durs. Personne ici ne veut d'une nouvelle guerre. Personne ne peut aimer la dévastation que nous avons subie. Je ne le souhaite pas, en tout cas.

Seigneurs du Nord... Pendant plusieurs siècles, nos ancêtres se sont rassemblés sous la bannière du loup. Serions-nous donc devenus des chiens, pour avoir si peur de mordre quand ce maître du Sud nous bat ? La Bataille des Deux Cents Épaves, la princesse adultère... Si aujourd'hui, les Targaryen peuvent nous manquer de respect, s'ils peuvent nous utiliser comme de la chair à sacrifier sur le champ de bataille, que pourront-ils faire demain ? La guerre est effrayante. Seul un idiot dirait le contraire. Pourtant, nous devons réagir. Peut-être que les Targaryen nous laisseront vivre en paix jusqu'à la mort de chacun des Lords présents dans cette salle. Seigneurs du Nord, nous aurons des enfants ! Des petits-enfants ! Nos maisons sont vouées à perdurer ! Si nous ne réagissons pas, aujourd'hui, si nous restons esclaves de ce royaume du Sud, alors nous serons à jamais la Couronne que les six autres ont jugée sacrifiable.

Ce n'est pas de bon cœur que je veux prendre le risque d'une guerre... C'est une question d'honneur. De devoir envers nos futures générations. Si l'indépendance peut se faire sans faire couler le sang, alors je serai le plus heureux des hommes. Mais nous devons nous préparer au pire.
»

Roderik se sentait bouillir d’une fureur galopante. Qui diable était-il pour parler d’honneur et de devoir envers les prochaines générations ? Il faisait partie de la prochaine génération, tout comme les fils de Roderik. Dans le fond, pourtant, le Bolton était on ne pouvait plus d’accord avec le Mormont. Les Targaryen et leurs croyances impies avaient une nouvelle fois roulé dans la farine le Nord tout entier, et au premier lieu ces idiots crédules de Stark. Toutefois, il ne supportait pas le ton employé. Qui était-il pour oser venir tous les sermonner ? Pour étancher sa soif autant que sa colère, il vida d’un trait le reste de sa chope de bière qu’il déposa bruyamment sur la table de bois, sans aucun respect pour le jeune homme. Brandon Mormont, lui, s’adressait désormais au suzerain Jorah.

« Le Nord a essuyé de lourdes pertes lors des guerres du Sud, mais cette fois, nous serons à domicile. Aucune armée ne saurait passer Moat Cailin. Il nous faudra y installer des scorpions et des balistes pour avoir la moindre chance face aux dragons... Une vieille rumeur dit que le bois de barral peut tuer ces bêtes. C'est le moment ou jamais de le découvrir. Que cela soit vrai ou non, une flèche de baliste dans l’œil fonctionnera. Blesser leurs ailes nous permettrait également de les achever en les encerclant au sol. Ils sont redoutables, mais pas invulnérables.

Le Long Été a fait fondre les cascades gelées de l'Île-aux-Ours. Le poisson abonde dans nos torrents. En stockant les surplus de la pêche dans des tonneaux de sel, ma maison pourrait alimenter une partie des troupes en garnison à Moat Cailin, ou soutenir des familles plus atteintes que nous par la chaleur nouvelle. Lord Stark, nous pouvons nous séparer du Sud. Nous en sommes capables, je le crois sincèrement.
»

Roderik se retint de ricaner. Si le Nord devait être un jour indépendant, ce serait en concertation avec l’occupant du Trône de Fer. Les dragons, les flottes, les armées, tout cela finirait par subjuguer le Nord, tôt ou tard. Cette chevauchée risquait bien de coûter cher au Nord. Il en était convaincu. Il fallait à tout prix éviter la confrontation. Visiblement, il semblait que ce n’était pas le point de vue du Stark.

« Lord Mormont, je ne vous ai guère connu aussi prolifique en paroles par le passé. Cela tombe à point nommé, les troupes n’ont jamais eu autant besoin du soutien moral de leur chef. »

Tu es leur chef, bougre d’abruti, songea Roderik avec acidité.


« Si les auspices peuvent paraître troubles, il existe quelques rayons de soleil qui peuvent nous permettre d’espérer. La Couronne connaît aussi ses tares auxquelles elle doit remédier. Nous avons besoin d’une stratégie globale et non uniquement militaire. Lord Mormont, conformément à votre idée, je vous confie plusieurs missions. La première est de mener une division à Moat Cailin pour assurer la défense des frontières terrestres. La seconde est d’animer le réseau d’espion afin de savoir ce qu’il se passe de l’autre côté de la frontière. La troisième est de prendre en charge la responsabilité du réseau logistique afin d’alimenter le sud de notre région. En ce qui vous concerne Lord Bolton, je vous propose de prendre en charge la défense côtière avec une autre division tandis que vous aurez aussi à entretenir un réseau d’alerte grâce aux différents navires à notre disposition, et à prendre en charge les besoins logistiques de ce plan. »

Aussi stupéfait qu’outré, Roderik coula un regard meurtrier vers son suzerain. Etait-ce là toute la valeur de la consultation organisée par les Stark ? Simplement donner des ordres et préparer la guerre sous couvert d’une grande réunion des seigneurs nordiens ? Quelle félonie ! Ne valaient-ils pas mieux que tous ces infidèles au Sud ? La guerre serait déclarée, c’était évident. Et on confiait à Roderik la responsabilité de la défense des côtes ? Alors qu’il avait une immense expérience martiale ? Il en aurait volontiers rigolé.

« Pour ma part, je ferai descendre la troisième division un peu plus au sud de Winterfell de manière à ne pas être trop loin de vos positions. Je confierai à un noble de cette assemblée la responsabilité de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que nos terres puissent fournir aux hommes les cultures et poissons suffisantes pour leur subsistance. Sachez que je ne déclarerai pas une guerre ouverte mais j’imagine que le jeune Targaryen sera bien trop remuant pour ne pas mettre en œuvre les moyens à sa disposition pour reprendre le Nord. Trouver des endroits stratégiques pour placer vos catapultes et balistes. En ce qui concerne l’aspect plus diplomatique, obtenir l’appui dornien serait un premier pas. Les puissances centrales sont néanmoins puissantes et notre chance réside dans les guet-apens qu’on peut leur dresser. Il ne faut pas oublier que s’ils veulent avancer sur nos terres, il leur faudra bien plus que des troupiers et des dragons. »

L’appui dornien était peut-être le plus intéressant des axes de réflexion de Jorah Stark. Il devait absolument entendre raison. Le poing du suzerain du Nord heurta violemment la table pour appuyer ses dires. Roderik, lui, brûlait d’une fureur calme. En était-on vraiment arrivé à là ? A ne pas l’écouter à ce point ? A bafouer ce sang, cette sueur, versés au nom du Loup de Winterfell ?

« Statutairement, le Nord connaîtra une période étrange, confuse. Contrôlez vos ardeurs et laissez les autres se mettre en défaut. Nous sommes en période de pourparlers jusqu’à nouvel ordre alors…nous ne sommes ni un royaume, ni réellement une simple région de la Couronne. Lord Bolton, vous êtes admiré par de jeunes troupiers pleins de vigueur pour vos nombreuses campagnes. Je souhaiterais que vous vous joignez à nous pour l’unité et l’identité du Nord, pour la seule guerre qui mérite d’être vécue en tant que ressortissant du Nord, pour les contes qui émaneront dans les décennies à venir sur l’émancipation du Nord. Cette fois-ci nous ne nous battrons pas pour quelqu’un d’autre ! Nous nous battrons pour nous-même ! Et si nous devons ressortir vainqueur une fois, après avoir connu maintes déceptions, ce sera celle-ci. L’irrespect entraîne la colère. La colère du Nord doit désormais être crainte comme elle l’était jadis

Et voilà. On y était. Il était effectivement facile de déclarer une indépendance, autant fallait-il le faire avec tout le monde derrière. Bien entendu que Roderik voulait voir le Nord s’appeler de nouveau royaume et couronner un roi selon ses propres rites et coutumes. Mais à quel prix ? Au prix d’une énième soumission Bolton aux Stark ? Pas cette fois. Cette fois, Roderik ne ploierait pas si facilement. Il avait trop donné, trop enduré au cours de la guerre pour se laisser amadouer par une demande devant aussi noble assemblée. Et pourtant, tout l’y forçait, la pression était écrasante. Refuser maintenant, c’était se mettre à dos tous les soutiens de Jorah Stark et le suzerain en personne.

« Seigneurs du Nord. La guerre est inévitable. L’indépendance ne se fera qu’au prix du sang. J’en suis consciente. Vous en êtes tous conscients. Je rejoins Lord Mormont en bien des points. Si nous nous engageons aujourd’hui. Si nous nous unissons TOUS derrière notre suzerain. Ce n’est pas uniquement pour un individu mais le Nord entier. Pour nos enfants. Petits enfants. Afin de les offrir cette paix à laquelle nous aspirons TOUS. Chacun d’entre nous a perdu des êtres chers. Il n’y a pas pire douleur qu’enterrer père, frères et époux. Castel Cerwyn a beaucoup perdu, je ne serais pas là sinon au milieu de vous tous mais j’ose espérer que si je suis consciente, en tant que femme, que notre union sera notre force, vous partagerez également ce fait. »

Isaline Cerwyn venait de commencer à s’exprimer, appelant à son tour à l’unité derrière les Stark pour sauvegarder le Nord. Elle lui avait jeté un regard sans équivoque, insistant quelque peu sur Roderik. Cela ne le ferait pas changer d’avis pour autant. Il se tourna vers son fils Edrik, installé aux côtés de son épouse Lyra Karstark. Celui-ci semblait décidé à suivre son père quoiqu’il advienne.

« Castel Cerwyn n’a peut-être pas des eaux aussi poissonneuses que l’île aux Ours mais non avons des forges et les hommes pour compléter votre division Lord Stark. Puis-je me permettre une suggestion, Lord Stark. »

Une nouvelle fois, la Dame de Castel Cerwyn se tourna vers Roderik, comme une supplique à l’enjoindre à s’unir avec les autres.

« La diplomatie n’est jamais inutile. Même si la finalité restera la même mais on ne pourra pas vous reprocher d’avoir : essayer un autre compromis qu’une guerre. Reste à trouver quel compromis pourrait faire illusion le temps de manœuvrer différemment et de rassembler autour de vous, Monseigneur. D’autre régions souhaiteront s’affranchir de la Couronne… »

Alors qu’Isaline Cerwyn se rasseyait, Roderik n’y tenait plus et se dressa sur ses pieds, clamant d’une voix forte :

« Je réclame la parole. »

Une fois qu’elle lui fut accordée, Roderik prit un instant pour détailler ceux qui avaient parlé après lui. Jorah Stark, bien entendu, mais également Brandon Mormont et Isaline Cerwyn. Tous avaient de l’influence, tous connaissaient le Nord et tous voulaient ce qu’il y avait de meilleur pour leur région, pour leurs pairs, pour leur maison.

« Il est évident que vous souhaitez tous la guerre… Ne nous trompons pas. Si nous ne déclarons certes pas les hostilités, nous devrons nous défendre lorsque les bannières au dragon se montreront à l’horizon, que ce soit par voie de terre, ou de mer. »

Il fit un tour sur lui-même, captant le regard de chacun des grands et petits seigneurs présents.

« Avons-nous les moyens de gagner ainsi notre indépendance des hérétiques du Sud ? Je n’en ai aucune idée pour la simple et bonne raison qu’aucun ici n’a la réponse. Devons-nous essayer pour autant ? J’aimerais dire que oui, et répondre avec votre enthousiaste fort communicatif, seigneur Brandon, mais ce n’est pas le cas. »

Et cette fois, le seigneur de Fort-Terreur se tourna droit vers son suzerain. Il prit un court instant pour fixer brièvement la Dame Cerwyn, se remémorant ses paroles. Il tenait peut-être une idée honorable pour tous. Restait à voir ce qu’en diraient les autres. Il revint à Jorah Stark.

« Monseigneur. Il me semble que Dame Isaline dit vrai. Il faut essayer de trouver un compromis. Encore un. Nous devons tout faire pour éviter à nos enfants, et à nos petits-enfants, de connaître l’âpre goût de la guerre que vous et moi connaissons. Pour cela, je pense que nous devrions envoyer une ambassade très officielle à Dorne, monseigneur, comme vous l’avez mentionné. Laissez-moi aller à la rencontre de la régente Martell essayer de la convaincre de nous soutenir. Si nous y parvenons, peut-être gagnerons-nous la paix à défaut de la guerre. »






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Brandon Mormont
NORD
MessageSujet: Re: The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.   Dim 12 Nov 2017 - 22:30

« Les torts qui sont les miens, Lord Bolton ? Les décisions sont rarement à notre avantage sur tous les plans. Oui, je reconnais devant vous tous que je suis l’homme qui a pris des décisions importantes pour le Nord ces dernières années. Oui, je reconnais que j’ai amené le Nord à faire la guerre une première fois. Mes motivations n’ont été que de sauvegarder le Nord le plus longtemps possible de la guerre mais de prendre aussi en compte l’évolution des évènements au sud. Lord Mormont, je ne vous ai guère connu aussi prolifique en paroles par le passé. Cela tombe à point nommé, les troupes n’ont jamais eu autant besoin du soutien moral de leur chef. »

Brandon hocha doucement la tête. La prise de parole de Jorah avait définitivement mis fin à la sienne, et il se rassit doucement tout en l’écoutant. Il avait du mal à contenir un sourire, produit de la fierté que produisait cette simple appréciation de la part de son mentor – il reconnaissait le jeune Ours comme un seigneur du Nord, un chef pour les troupes. Une sensation de chaleur plaisante lui envahit la poitrine à cette idée : il n’avait plus qu’à se montrer à la hauteur d’une telle considération envers lui.

« Si les auspices peuvent paraître troubles, il existe quelques rayons de soleil qui peuvent nous permettre d’espérer. La Couronne connaît aussi ses tares auxquelles elle doit remédier. Nous avons besoin d’une stratégie globale et non uniquement militaire. Lord Mormont, conformément à votre idée, je vous confie plusieurs missions. La première est de mener une division à Moat Cailin pour assurer la défense des frontières terrestres. La seconde est d’animer le réseau d’espion afin de savoir ce qu’il se passe de l’autre côté de la frontière. La troisième est de prendre en charge la responsabilité du réseau logistique afin d’alimenter le sud de notre région. En ce qui vous concerne Lord Bolton, je vous propose de prendre en charge la défense côtière avec une autre division tandis que vous aurez aussi à entretenir un réseau d’alerte grâce aux différents navires à notre disposition, et à prendre en charge les besoins logistiques de ce plan. »

Tout au long du discours de Jorah, Brandon dût se faire violence pour rester assis et impassible, acceptant la mission qui lui était confiée comme un ordre. Intérieurement, il était fou de joie : c’était tout ce qu’il attendait, et plus encore, de cette réunion des seigneurs du Nord à Winterfell. On lui confiait la réussite de son propre plan, à savoir tenir Moat Cailin contre tous les envahisseurs qui pourraient vouloir menacer sa contrée natale. Il avait envisagé, dans ses rêves les plus fous, la possibilité qu’on le charge de cette mission, et savait déjà comment adapter la gestion de son île en fonction. Son oncle, Torrald, occuperait la fonction de régent, lui qui avait servi en bon conseiller le père de Brandon et Brandon lui-même pendant plusieurs années. En outre, les deux cousins de Brandon, Fredrik et Geor, seraient les fils du régent de l’île, et seraient donc traités comme tel. Si le jeune Ours devait disparaître pendant la probable guerre à venir, ils deviendraient les héritiers de l’Île-aux-Ours. Mieux valait les y préparer. Mentalement, pendant que Jorah donnait d’autres ordres à Lord Bolton, il décida déjà des hommes qu’il emmènerait avec lui à Moat Cailin.
À cela, Lord Stark expliqua les mouvements qu’il suivrait lui-même. Savoir son suzerain non loin de lui en cas d’attaque apparût à Brandon comme une bonne nouvelle – il était un jeune seigneur en manque de gloire, mais certainement pas un idiot. Il se doutait bien que s’il se trouvait isolé à Moat Cailin, il pourrait probablement tenir ses positions face aux envahisseurs, mais si aucun renfort ne le rejoignait, il serait dans une situation bien délicate. Quant à l’appui dornien… Ne sachant de ces gens du sud que ce que les légendes urbaines avaient bien voulu lui dire, il ne savait trop à quoi s’attendre. Cela étant dit, si les deux contrées cernant le royaume des Targaryen s’unissaient, alors les Couronnes centrales n’auraient d’autre choix que de l’accepter, ou de mobiliser toutes leurs forces pour se battre sur deux fronts.

« Seigneurs du Nord. La guerre est inévitable. L’indépendance ne se fera qu’au prix du sang. J’en suis consciente. Vous en êtes tous conscients. Je rejoins Lord Mormont en bien des points. Si nous nous engageons aujourd’hui. Si nous nous unissons TOUS derrière notre suzerain. Ce n’est pas uniquement pour un individu mais le Nord entier. Pour nos enfants. Petits enfants. Afin de les offrir cette paix à laquelle nous aspirons TOUS. Chacun d’entre nous a perdu des êtres chers. Il n’y a pas pire douleur qu’enterrer père, frères et époux. Castel Cerwyn a beaucoup perdu, je ne serais pas là sinon au milieu de vous tous mais j’ose espérer que si je suis consciente, en tant que femme, que notre union sera notre force, vous partagerez également ce fait. Castel Cerwyn n’a peut-être pas des eaux aussi poissonneuses que l’île aux Ours mais non avons des forges et les hommes pour compléter votre division Lord Stark. Puis-je me permettre une suggestion, Lord Stark. »

C’est un regard plein de gratitude que Brandon jeta à Lady Cerwyn alors qu’elle l’appuyait ouvertement face à l’assemblée. Un jeune homme encore au printemps de sa vie et une femme qui appelaient le Nord à se lever, tous ces hommes faits et aguerris, cela avait quelque chose d’ironique. Une fois de plus, le jeune Ours constatait que, dans le Nord, rien ne tempérait la bravoure, ni le genre, ni l’âge, ni quoique ce soit d’autre. Encouragé par cette considération, il écouta avec attention la proposition, plus subtile que la sienne, de Lady Isaline.

« La diplomatie n’est jamais inutile. Même si la finalité restera la même mais on ne pourra pas vous reprocher d’avoir : essayer un autre compromis qu’une guerre. Reste à trouver quel compromis pourrait faire illusion le temps de manœuvrer différemment et de rassembler autour de vous, Monseigneur. D’autre régions souhaiteront s’affranchir de la Couronne… »

Elle marquait un point – en jouant sur la diplomatie, il serait plus aisé de s’attirer la sympathie d’autres contrées. Déclarer la guerre, c’était défier tout le royaume. Demander l’indépendance, en affirmant des intentions pacifiques, aurait l’intérêt de provoquer le débat entre les seigneurs – cette guerre vaut-elle la peine d’être combattue ? Que nous importe le sort des Nordiens ? Qu’apportent-ils au royaume ? Plusieurs se demanderaient pourquoi le roi souhaitait se battre. Un doute, même infime, affaiblirait l’armée royale.

« Je réclame la parole. »

La voix du seigneur de Fort-Terreur résonna dans la salle, et fit à Brandon l’effet du chape de neige sur le visage – froid, imprévu, et dans l’ensemble désagréable.

« Il est évident que vous souhaitez tous la guerre… Ne nous trompons pas. Si nous ne déclarons certes pas les hostilités, nous devrons nous défendre lorsque les bannières au dragon se montreront à l’horizon, que ce soit par voie de terre, ou de mer. Avons-nous les moyens de gagner ainsi notre indépendance des hérétiques du Sud ? Je n’en ai aucune idée pour la simple et bonne raison qu’aucun ici n’a la réponse. »

Si le Nord est uni, il peut gagner toutes les guerres. Si vous n’avons pas les moyens de les vaincre, alors nous les trouverons, lui répondit intérieurement Brandon.

« Devons-nous essayer pour autant ? J’aimerais dire que oui, et répondre avec votre enthousiaste fort communicatif, seigneur Brandon, mais ce n’est pas le cas. Monseigneur. Il me semble que Dame Isaline dit vrai. Il faut essayer de trouver un compromis. Encore un. Nous devons tout faire pour éviter à nos enfants, et à nos petits-enfants, de connaître l’âpre goût de la guerre que vous et moi connaissons. Pour cela, je pense que nous devrions envoyer une ambassade très officielle à Dorne, monseigneur, comme vous l’avez mentionné. Laissez-moi aller à la rencontre de la régente Martell essayer de la convaincre de nous soutenir. Si nous y parvenons, peut-être gagnerons-nous la paix à défaut de la guerre. »

Malgré ses a priori sur le seigneur de Fort-Terreur, après ce qu’il avait entendu de lui au début de la réunion, Brandon se devait d’admettre que l’homme parlait avec une grande intelligence, et un calcul certain des intérêts du Nord. Là encore, l’appui éventuel de la maison Martell était au centre du débat. De toute évidence, Jorah et Roderik n’étaient d’accord que là-dessus – ils auraient besoin des Dorniens pour survivre à cette crise. Brandon décida de prendre ce consensus pour argent comptant, et de se fier au jugement des deux hommes plus expérimentés que lui, acceptant en son for intérieur que leur soutien était vital à l’indépendance de sa chère terre natale. Le ton de Bolton ne lui plaisait toujours pas, mais à tout le moins, il ne s’opposait plus directement à Lord Stark, et Brandon n’avait plus rien à y redire. Il se contenta de répondre, sans chercher à marquer sa prise de parole par un coup d’éclat :

« Lord Bolton, je ne souhaite pas la guerre, je m’y résigne. Si j’ai dit que nous devions nous préparer à combattre les Targaryen, c’est parce que je pense qu’ils ne nous laisseront pas en paix, et qu’il me paraît purement et simplement inenvisageable de rester sous leur règne au vu des événements récents. Bien évidemment, si la diplomatie et la négociation nous permettent d’obtenir l’indépendance sans passer par la guerre, alors je serais aimablement surpris. Je préfèrerai que la diplomatie suffise à elle seule à débloquer ce conflit ; je demande juste que nous soyons préparés au pire. Je ne veux pas risquer le Nord sur un espoir pacifique. J’attendrai à Moat Cailin le fin mot de cette histoire, et prierai les dieux pour que vos tentatives de négociation réussissent. »

Il se rassit promptement, prenant une gorgée de la bière qui l’attendait. Il observa, attentif, le reste de l’assemblée : il n’était pas sûr de ce qu’il restait à discuter, si Lord Stark acceptait les remarques de Lord Bolton et Lady Cerwyn et mettait sur place une grande délégation pour Lancehélion. Curieux, il se demanda qui représenterait suffisamment le Nord – peut-être Jorah lui-même ? Son frère, Théon, serait également un candidat dont le choix ne manquerait pas de respect aux Martell. Peut-être qu’un seigneur du Nord, comme Lord Bolton justement, serait choisi, cela dit. Se doutant qu’il n’aurait plus grand rôle à jouer dans ces pourparlers, il prit confortablement place sur son banc, attendant les avis des autres seigneurs Nordiens.
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The North Shall Remember - Jorah Stark, Isaline Cerwyn, Roderik Bolton.

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