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 A la croisée des chemins

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Oriane Tully
CONFLANS
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: A la croisée des chemins    Ven 15 Sep 2017 - 20:55


A LA CROISEE DES CHEMINS
⋅ ◆ ◈ ⟐ ◈ ◆ ⋅
La longue colonne cheminait lentement sur la courte route qui longeait la côte qui s'étendait à leur senestre : de parts et d'autres du cortège, des nuages de poussière se soulevaient, souillant les armures et les robes lustrées des chevaux, fouettant les bannières et les oriflammes. Néanmoins, il était aisé pour celui qui s'attarderait quelques secondes à contempler le spectacle de reconnaître les armoiries bleues et écarlates, frappées de la truite argentée à l'effigie de la maison Tully sur les drapeaux qui flottaient au vent. Quelques autres blasons se mêlaient à ce dernier, alliant l'aigle immaculé des Mallister, les couleurs chamarrées des Beurpuits ou encore les sombres corbeaux mêlées d'écarlate de la maison Nerbosc.

Précédée de quelques cavaliers, Oriane chevauchait en tête de la cohorte, juchée sur son palefroi alezan qui allait paisiblement à l'amble. Ils étaient partis de Sombreval depuis une heure déjà, quittant la forteresse au petit jour. L’Eté faisait grandement sentir sa présence sur les terres ensoleillées de la Couronne, malgré la proximité de la baie de la Néra qui leur offrait un vent salvateur, et la Dame du Conflans avait insisté pour chevaucher de bonne heure. Elle supportait de moins en moins la chaleur ces derniers temps. Étrangement.
Un mince sourire étira ses lèvres ourlées, tandis que sa main gantée de cuir alla brièvement se perdre entre les pans de son manteau de voyage, venant effleurer la délicate rondeur de son ventre à peine visible. Elle rayonnait, presque littéralement, depuis l’annonce de cette nouvelle plus qu’inespérée. Et elle comptait bien à ce que toute la Capitale, que disait-elle, que tout Westeros soit d’ici peu au fait de ce qui relevait presque du miracle à ses yeux. Le Conflans était en paix et prospère à nouveau : cet enfant en était le symbole de sa renaissance, une vie nouvelle qui ne pourrait qu’être symbole de la bénédiction que les Sept leur avaient enfin accordé. Elle l’avait tant prié, tant désiré… !

Un hennissement effrayé la sortit brusquement de sa félicité, alors qu'Ardent effectuait un léger écart, alarmé par un charognard qui traversa la route poussiéreuse en trottinant, un morceau de carcasse dans sa gueule sanguinolente. À nouveau, le cœur d'Oriane se serra : partout, où qu'ils aillent, le pays transpirait la guerre et la misère. La poussière qui se soulevait à chaque pas, chaque sabot posé sur les routes de Westeros semblait être imbibée de sang et de fer, et le pays tout entier paraissait exalter une odeur de souffre et de chairs pourries, calcinées, à vous en donner la nausée. Elle oublierait difficilement cette odeur de fumée, ces fermes et ces habitations brûlées, son pays à feu et à sang. Les cris, les hurlements, les pleurs.
Le Conflans avait souffert. Beaucoup trop souffert. Au loin, le fantôme de Harrenhal planait au-dessus d'eux, lourd de morts et de gémissements lugubres. Combien d'entre eux étaient tombés là-bas, sur les rives rougeoyantes de l'Oeil ?

Un profond soupir s'échappa des lèvres de la jeune femme, qui se pencha vers le hongre qui renâclait encore, énervé par la présence de l'animal. Doucement, ses doigts fins vinrent flatter l’encolure flamboyante de l’animal, qu’elle s’efforça de rassurer. Un cadeau de Torrhen, peu après leurs noces, et peu avant son départ pour les Îles de Fer : durant trop longtemps, l'équidé avait symbolisé la seule chose qui lui restait de son époux, et elle s'était considérablement attachée à ce dernier. Si bien qu'aujourd'hui elle refusait de chevaucher quelconque autre monture, ce qui avait le don de provoquer le sourire de Torrhen. Son cœur se serra à cette pensée. Le Lord Tully était demeuré à Sombreval, d'où il ne tarderait probablement pas à rejoindre Vivesaigues pour les préparatifs de ce qui suivrait probablement le couronnement. Il avait cependant insisté pour qu'Oriane s'y rende, afin de le représenter ainsi que le Conflans face à leur nouveau Roi. Ils ne pouvaient s'offrir le luxe d'un tel affront, quand bien même la Biche Ecailleuse était bien loin de porter les Seigneurs-Dragons dans son cœur depuis les nombreuses pertes qu'avait engendrée leur ambitieuse et désastreuse guerre de pouvoir.

Cette fois-ci, ce furent quelques éclats de voix qui la tirèrent de ses sombres pensées : relevant la tête, la Dame de Vivesaigues fronça légèrement les sourcils, cherchant à deviner la source de ce soudain raffut. Nul besoin de chercher bien loin : à quelques mètres devant elle à peine, Ser Edmyne Mallister, héritier de Salvemer, protestait à qui voulait bien l'entendre -et notamment à son compagnon de route- contre elle-ne-savait-quoi. Le voyage, fort probablement. Les conséquences de la guerre, peut-être. Ou était-ce contre les mœurs douteux des Targaryens ? Si encore avait-il besoin d'une raison pour protester.

« Dire que ce couard de Lord Frey a été adoubé chevalier alors que je... »

Presque instantanément, la jeune biche vint lever les yeux au ciel. Encore le même refrain. Et il semblait particulièrement véhément cette fois-ci, au vu du nombre de mots qui franchissaient la bouche d'ordinaire si avare du chevalier.
Mais quand bien même sa colère était justifiée, elle ne pouvait lui permettre de critiquer ainsi ses vassaux devant le restant de ses hommes sans intervenir. Elle devait couper court, sans pour autant créer l'esclandre. Elle n'était définitivement pas d'humeur à entamer un débat sur le mérite et la reconnaissance des anciens loyalistes ayant tardivement rejoint leur cause.

« Est-ce la joie de vous rendre dans notre belle Capitale qui vous met de si bel entrain Ser Edmyne ? » Lança-t-elle d'une voix joyeuse, cherchant à attirer l'attention de ce dernier.

Un sourire fin et amusé vint ourler les lèvres d’Oriane, qui redressa le menton pour se tenir droite sur sa selle. Tête haute, elle haussa quelques peu la voix afin d’alpaguer l’aigle des mers d’un ton grave et concerné, mais également de sorte à ce que tous l’entendent :

« Nul ici ne doute de votre bravoure Ser Mallister. Vous avez été l’un de nos plus fidèles et féroces soutiens durant cette guerre, et personne ici ne niera ce fait. »

Elle tenait à rétablir ce fait, une fois de plus. Aussi pacifié puisse-t-il être, le Conflans demeurait encore en proie à certaines tensions internes, et notamment à des dissensions entre anciens loyalistes et partisans de Torrhen, à l’ancienneté et à la loyauté parfois douteuse. Edmyne avait toujours été là, depuis le début. Fidèle au poste et au combat. Fidèle à Torrhen, fidèle à leur famille, fidèle au Conflans.

Leur relation avait été compliquée au début ; si le vieux Lord Mallister avait accepté sans broncher l'occupation de sa forteresse par l'ost séparatiste du Conflans, d'autres avaient fini par critiquer tout bas ce qu'ils considéraient comme une annexion pure et simple de Salvemer, dont son fils aîné. Edmyne n'était pas vraiment connu pour son caractère facile et ses douces paroles : elle avait eu énormément de mal à gagner sa confiance, qui ne tenait davantage qu'au propre statut de Suzeraine de la Biche Argentée et de la loyauté indéfectible d'Edmyne envers Torrhen. Mais ils y étaient arrivés, peu à peu. À créer une sorte d'entente et de respect mutuel, qui allait au-delà du protocole ; il aurait été mentir que d'affirmer qu'elle n'avait pas du élever la voix à plusieurs reprises, à s'affirmer en tant que Suzeraine, mais surtout en tant que femme, là où la plupart de ses vassaux s'étaient évertués à la considérer uniquement comme une extension de la voix que Torrhen. Edmyne avait compris qu'elle était bien plus que cela, et Oriane avait quant à elle eu le plaisir de découvrir, au fil des années passées à Salvemer, l'érudit et la source impressionnante de connaissances que cachait le jeune aigle derrière son faciès bourru. Il s'était révélé une aide et un conseiller précieux en ces temps plus que difficiles, qu'ils laissaient enfin derrière eux. Pleurant leurs pertes et enterrant leurs morts pour mieux se tourner vers l'avenir, qui se dessinait peu à peu au loin sous la forme des tours élancées du Donjon Rouge perçant à l'horizon.

Autour d'elle presque tous s'étaient tus, attendant la suite de ses propos. Orgueilleusement, elle appréciait ce silence révérencieux, ce respect que tous lui témoignaient à présent : ils lui accordaient du crédit, respectaient une autorité qu'elle avait du presque imposer malgré elle durant cette maudite guerre dont les vestiges jonchaient encore les routes.
Et peut-être aussi parce qu'ils savaient que, bien souvent, les échanges de l'Aigle et de la Biche méritaient que l'on se taise quelques instants pour y assister. Ils aimaient à se tester, se provoquer, se taquiner. Difficile de dire parfois lequel était réellement sérieux, s'il du moins l'un d'entre eux l'était. Ils avaient tous deux cette capacité à échanger à la fois piques et plaisanteries dans le plus grand des calmes et des sérieux, comme s'ils parlaient stratégie et politique. Et au vu de la porte grande ouverte que représentaient les ronchonnements de l'héritier de Salvemer, elle n'allait pas se priver de l'occasion.

Le sourire qui ornait les lèvres d'Oriane se fit plus prononcé, sa voix à peine plus moqueuse alors qu'elle reprenait la parole :

« Peut-être devrais-je envisager de vous fiancer à lady Alysanne en guise de récompense pour vos exploits ? On ne saurait vous trouver une épouse et plus dévouée. »

Si les échanges verbaux de la Biche Argentée et de l’Aigle Acariâtre ne surprenaient désormais plus grand monde dans leur entourage, car souvent bons enfants et emprunts d’un respect mutuel, il en était toute autre chose en ce qui concernait Alysanne Piper : difficile de dire lequel supportait le moins l’autre, et sa jeune lectrice n’était pas vraiment connue pour avoir sa langue dans sa poche. Et si elle était suffisamment intelligente pour manier ses mots avec prudence et ne pas sombrer dans l’offense, même un aveugle aurait pu percevoir les regards noirs qu’elle et Edmyne s’échangeaient lorsqu’ils venaient à se croiser.

Arquant un sourcil inquisiteur, elle scruta le visage maussade d’Edmyne Mallister, cherchant la moindre de ses réactions pouvant venir teinter son regard marin. Elle ne put cependant retenir un sourire en coin, qui se transforma bien vite en un éclat de rire à peine précédé par celui de Ser Vyprin, bien plus tonitruant que le sien. Quelques secondes à peine, le temps de témoigner de l’absurdité de ses propos aux oreilles de ses hommes et de ne pas offenser l’héritier de Salvemer devant le reste de leur escorte.

Talonnant légèrement sa monture pour rattraper l’Aigle Acariâtre, elle s’arrêta à sa hauteur, reprenant contenance alors qu'elle souriait encore intérieurement.

« Quel cauchemar. » Lâcha-t-elle d’une voix encore légèrement vibrante du rire qui l’avait tantôt saisie. « Je n’ose imaginer combien de temps les murs de Salvemer tiendraient encore dans de telles conditions. » Poursuivit-elle, faisant référence à sa précédente insinuation concernant l’inconcevable union, dont l'idée même déclenchait décidément en elle les prémisses d'une hilarité qu'elle ravala cependant poliment.

Que n'avait-elle besoin de rire et de sourire pour combler ce creux qui semblait la dévorer de l'intérieur depuis qu'ils avaient quitté Sombreval. Torrhen lui manquait. Le Conflans lui manquait déjà. Elle n'avait jamais été férue de mondanités et de révérences protocolaires, et Port-Réal en était l'essence même : la simple idée de se confronter au Roi et à la Princesse, et pire encore, à la cohorte de Lords et autres nobles qui ne manqueraient pas de se presser dans leur sillage suffisait à provoquer une montée d'angoisse qu'elle tenta de contenir en serrant les rênes de sa monture entre ses doigts.

« Veuillez me pardonner si mes propos vous ont offensé Ser Edmyne. » Souffla-t-elle doucement, le dévisageant respectueusement, une pointe de curiosité et d’inquiétudes mêlées perçant cependant dans ses grands yeux émeraude . « J’ose espérer que vous savez très bien que je ne pense pas un mot de ce que j’ai pu avancer, si ce n’est ceux concernant votre bravoure et votre noblesse. Je ne puis cependant me et vous permettre de critiquer ouvertement mes vassaux de la sorte, j'espère que vous comprenez cela. »

Marquant une légère pause, la Biche Argentée reprit son souffle, effleurant à nouveau presque instinctivement la courbe de son ventre, avant de rabattre dans sa coiffe une mèche d’ébène venue lui barrer le visage. Elle ne se risquerait pas sur le terrain houleux de la récompense, quand bien même elle estimait le jeune Mallister en droit de prétendre à une quelconque, voire significative reconnaissance de la part de ses Suzerains. Elle se doutait cependant que Torrhen avait probablement d’autres projets envers son plus fidèle vassal ; c’était du moins là la seule réponse qu’elle avait trouvée quant à l’absence de geste envers Edmyne, là où d’autres -comme ce dernier s’évertuait à le rappeler- s’étaient déjà vu gracieusement récompensés de leur soutien. Non, elle ne prendrait pas de décisions sans son époux, du moins pas au sujet de l’Aigle Acariâtre, dont le Sire de Vivesaigues avait insisté pour qu’il accompagne personnellement sa Dame. Et aussi peinée puisse-t-elle être par l’absence de Torrhen auprès d’elle, autant Oriane était ravie, et surtout soulagée de savoir qu’elle pourrait compter sur quelqu’un de confiance une fois arrivée aux nids de vipères que Port-Réal représentait à ses yeux. Un fait qu’elle finit par s’autoriser à souligner à son compagnon de voyage, sur lequel elle posa un regard bienveillant :

« Je suis heureuse de vous avoir à mes côtés Ser Edmyne. » Déclara-t-elle, un sourire doux flottant sur ses lèvres. « Port-Réal me semblera peut-être moins hostile en votre compagnie. »

Une lueur brève d’inquiétude passa dans ses yeux d’émeraude, qu’elle s’efforça vite de chasser en reportant son attention sur le visage de son interlocuteur ; Edmyne ne s’était pas déridé depuis leur départ pour Sombreval, et elle peinait encore à deviner les raisons de ce mutisme inhabituel, même chez celui qui portait à merveille son surnom d’Aigle Acariâtre..

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