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 A la cour du roi, chacun y est pour soi

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 17 Sep 2017 - 0:16


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




« Tu es ridicule. Sache-le ! » Le sifflement agacé avait fusé à travers la pièce, avec la précision et la discrétion d'une aiguille, cinglant dans l'air à la moiteur extrême sans pour autant atteindre son objectif. Ces paroles étaient nées d'une exaspération sous-jacente qui avait grandi à mesure que la complicité entre les deux sœurs s'était réduite telle une peau de chagrin. Mais Wendy n'en avait cure, trop accoutumée aux accès d'Alerie et par trop entraînée à juguler ses propres réactions instinctives, et le sourire intérieur qui naquit au creux de l'esprit de la jeune fille témoignait, lui, de la réussite de son action : le message était passé, sans même qu'elle ne prononce le moindre mot. La suzeraine de l'Ouest pouvait bien cracher son irritation toute la sainte journée, sa Dame d'Atour laissait glisser les mots sur son armure indestructible, celle qui encerclait son cœur et son âme, et qui abritait une arme bien plus puissante que toutes les lames des Sept Couronnes réunies. Elle était à présent habitée d'une détermination et d'une patience telles que plus rien autour d'elle ne comptait, et rien ne viendrait enrayer la machine, pas même des querelles stupides avec sa sœur. Elle se l'était juré, elle servait à présent un dessein bien plus grand qui méritait tous les efforts du monde. Alors comme à son habitude, Wendy avait répondu de la manière qu'elle maîtrisait le mieux, celle qui horripilait encore plus Alerie et lui apportait une coupable satisfaction : l'extrême bienséance et le silence révérencieux. Un sourire empreint d'humilité accroché à ses lèvres fines et exquises, la jeune Piper fondit en une révérence profonde alors que sa sœur quittait la chambre d'un pas furibond.

Un rictus déforma les traits réguliers de son visage alors qu'elle s'imaginait parfaitement la scène se déroulant de l'autre côté de la lourde porte de bois, où, dans l'intimité du salon des appartements octroyés aux suzerains de l'Ouest, une comédie détestable mais pour le moment nécessaire se jouait sans honte aucune. Mais était-ce là bien une mystification ? Alerie semblait avoir adouci ses impétueux sentiments à l'égard du Lion Monstrueux, non pas simplement en public, mais aussi dans le secret de son âme tourmentée... Soupirant, elle se laissa choir dans un fauteuil de velours rouge, se sentant envahie par la lassitude à présent qu'elle était seule dans la pièce. Elle pouvait laisser tomber le masque l'espace d'un instant. D'un geste instinctif, Wendy avait porté une main délicate à la broche discrète ornant sa robe distinguée d'un satin bleu gris. Machinalement, elle laissa la pulpe de ses doigts parcourir le contour d'un corps de vierge façonné de pure tourmaline rose, vestige d'un passé disparu auquel elle ne cessait de se raccrocher. Depuis deux ans, la jouvencelle déployait des trésors de ruse pour assouvir son désir de vengeance. Un désir qui n'avait fait que croître, sans jamais perdre son feu grondant, mais un désir réfléchi, intériorisé, mu par l'intelligence la plus fine et qui nécessitait parfois d'accepter certains compromis. Pactiser avec le diable faisait parti de ces concessions aussi iniques qu'indispensables, et si elle pouvait aujourd'hui s'inquiéter des sentiments presque cordiaux que son aînée avaient pour son seigneur époux Garett Lannister, elle ne pouvait que s'en rejeter le blâme sur elle-même. Wendy avait œuvré pour ce rapprochement, convaincant sa sœur de la nécessité d'un héritier pour mieux pouvoir encore jouer de sa nouvelle stature de suzeraine pesant sur l'échiquier politique mais aussi pour mieux tenir sous son joug son époux et sa famille en portant dans son ventre l'héritier tant attendu et qui assurerait une nouvelle stabilité aux Terres de l'Ouest. Sur tous les plans, Wendy avait persuadé Alerie qu'il était dans leur intérêt de former une entente cordiale avec Garett. En échange, elle avait obtenu l'assurance du retour en grâce de Loric, et de sa libération. La Pieuse des Eaux avait détesté stagner et il lui avait fallu puiser tout son courage dans sa volonté de faire bouger les choses pour passer accord avec son ennemi le plus cher. Mais au moins la situation avait été débloquée et chacun avait tenu parole : Wendy avait renvoyé Alerie dans le lit conjugal tandis que Garett avait réinstaurer Loric dans ses titres et dans ses droits à la mort de leur père Viktor. L'héritier était devenu lord de Château-Rosières, réinvestissant ses terres et le château familial. Un pas avait été fait. Mais alors que cela ne datait à peine que d'une Lune, la Némésis préparait ses prochains coups.

Le cliquetis d'une poignée et le bruit lourd et sourd d'une porte qui se referme sur le silence la sortit de ses pensées. Ils étaient partis, la laissant seule dans ces appartements aux couleurs tapageuses. Partis à un dîner mondain avec la Main du roi et sa femme. Pourquoi par les Sept l'avait-on sciemment mise à l'écart ? N'était-elle pas, après tout, elle aussi, de la famille ? Non pas qu'elle l'avait souhaité, mais si elle pouvait en retirer quelque chose elle le ferait, aspirant jusqu'à la moelle de l'os s'il lui était donné la possibilité de le faire. Rencontrer l'homme le plus puissant du royaume, celui qui, officieusement, dirigeait les Sept Couronnes, représentait une opportunité pour elle, une opportunité qu'elle ne souffrait de manquer. Elle avait même trouvé ceci mal élevé et dégradant. Elle n'était pas qu'une dame de compagnie, une dame d'Atour étrangère. Non, elle était la sœur de la suzeraine, elle était liée par le sang aux seigneurs de l'Ouest. Elle avait bien fait comprendre son mécontentement à Alerie qui, comme à son habitude depuis l'arrivée de sa nouvelle dame de compagnie à Castral Roc, n'avait fait que balayer les états d'âme de sa sœur avec agacement. Il n'y a pas si longtemps, son aînée aurait lutté pour elle, pour l'introduire partout, pour qu'elle ne la quitte que peu. Mais les choses avaient changé. C'était sans compter sur la détermination de Wendy et ses ressources inépuisables. Prise d'une folle envie de bouger pour avoir la sensation de vivre et ne pas piétiner sur place, la Piper se leva avec grâce, se plaçant prestement devant le grand miroir aux arabesques d'or disposé au milieu de la chambre de la Dame de Castral Roc. Elle replaça quelques mèches rebelles dans sa coiffure d'une simple élégance, à la fois sophistiquée et apparemment naturelle. Ses longs cheveux mordorés étaient savamment noués en deux tresses se joignant au milieu de son dos et dans lesquelles des rubans bleus s'entremêlaient avec raffinement. Elle se pinça les pommettes pour redonner du rose à ses joues. Si elle devait se balader seule dans les couloirs du Donjon Rouge, mieux valait paraître à son avantage. On ne savait jamais sur qui l'on pouvait tomber.

***

Port-Réal. Le Donjon Rouge. La cour royale. Autant de raisons pour exalter les sens aiguisés de la jeune Piper qui, au-delà de l'émerveillement premier bien naturel de la provinciale, voyait surtout s'étendre devant elle un immense échiquier personnel, lui ouvrant le champ de tous les possibles. Digne, Wendy Piper avançait dans les couloirs avec toute la grâce qui la caractérisait, elle qui avait fait honneur aux cours de maintien et de danse à Château-Rosières. Elle semblait glisser sur le sol, les pans de sa robe bleu gris flottant derrière elle, et ses mains jointes autour de la couverture de cuir d'un livre lui conféraient une aura mystérieuse. Même le soir, le Donjon fourmillait de monde, la foule compacte des journées se faisant plus clairsemée mais toute aussi impressionnante et vivante. Parfois, la jeune vierge s'arrêtait, se mettant sur le côté, pour laisser passer une personne d'importance escortée de tout un tas de personnes, serviteurs ou courtisans, parfois même gardes. Alors Wendy s'inclinait respectueusement, offrant quelques sourires modestes à ceux qui daignaient lui accorder un regard curieux. Elle se redressait ensuite, déroulant sa colonne avec élégance jusqu'à sa tête qu'elle tenait haute. Profondément, elle inspira, se gonflant d'un sentiment qu'elle n'avait pas connu depuis longtemps et un sourire illumina son visage. Elle se sentait à sa place, posant sur le monde un regard plein de promesse.

Qu'elle avait été heureuse lorsque sa sœur, d'un ton monocorde et presque triste, lui avait annoncé qu'elle l'emmenait avec elle à la capitale, pour le couronnement du nouveau roi. Si Allyria Tarbeck l'avait supplantée dans la majorité des domaines, il y en avait un où la jeune lady des Terres de l'Ouest ne pourrait plus jamais rivaliser : la virginité. Se pavaner à la cour avec un ventre énorme abritant un petit bâtard n'était en effet pas du meilleur goût, surtout lorsqu'on était fiancé à un des plus beaux partis de l'Ouest... et que l'enfant à naître n'était pas de lui. Alors Allyria était restée confinée à Castral Roc, contraignant Alerie à se séparer de sa chère amie pour s'accompagner de sa cadette. Wendy s'était réjouie de voir planer la disgrâce au-dessus de la tête de sa rivale inattendue mais elle avait dû revoir ses plans en s'apercevant qu'Alerie s'était tant attachée à cette petite dinde qu'elle laissait couler cette histoire sans rien faire d'autre que la protéger. Ni reproches, ni investigations insistantes sur l'identité du père. De la simple compassion amicale, presque fraternelle, s'évertuant à l'aider à garder le secret de cette vie qui grandissait en son sein pour préserver les fiançailles contractées bien des mois avant de découvrir la nouvelle. Et cela, Wendy ne pouvait le tolérer. A croire que rien de ce que la Tarbek faisait ne pourrait la discréditer. Mais la conflanaise l'entendait d'une autre oreille et comptait bien profiter d'arpenter les couloirs de la cité royale pour fouiner dans le passé de celle qui l'avait éclipsée. Allyria n'était-elle pas à Port-Réal au moment du siège ? Pour découvrir le pot aux roses, il lui fallait remonter à la source et peu importait le temps que cela lui prendrait. Wendy avait toujours fait preuve de patience...

Sans même s'en apercevoir, ses pas la menèrent jusqu'à un balcon donnant sur la baie de la Néra. Des milliers d'étoiles scintillaient sur l'eau noire, autant de lumières, lampions et bougies brûlant à l'intérieur des navires reposant sur l'onde tranquille. Et tandis qu'elle s'approchait de la rambarde de pierre rouge clair pour contempler l'immensité de la nuit, Wendy stoppa net en se rendant compte qu'elle n'était pas seule à apprécier la vue. Un homme d'allure imposante mais à la démarche proche de la souplesse du serpent avançait à pas lent, conversant avec un autre homme. Sa parure aussi élégante qu'insolite ne laissa pas de doute quant à son identité, même pour une jeune fille arrivée à la cour quelques jours à peine auparavant... Sa réputation le précédait, elle était aussi effrayante qu'intrigante et attractive et déjà sa sœur l'avait mise en garde contre cet homme puissant et rusé qu'il ne fallait pas contrarier et même peut-être esquiver pour éviter tout possible ennui. Ses doigts s'étaient refermés instinctivement sur le livre sacré qu'elle tenait précieusement dans ses mains, et son cœur accéléra sa course sans qu'elle n'en comprenne réellement la raison. La peur et l'excitation mêlées la figèrent sur place, la rendant fébrile. Elle ne savait quoi faire : simplement s'arrêter pour admirer le tableau noir étoilé, ignorant le Maître des Chuchoteurs, ou bien continuer sa route et s'incliner légèrement à son passage pour marquer sa déférence et sa bonne éducation. Elle avait même envisagé la retraite comme une option. Mais alors que Valyron Tyvaros s'arrêtait pour faire face à son interlocuteur, continuant leurs messes basses impénétrables, Wendy le détailla un peu plus. Ses yeux allaient de son accoutrement pour le moins inhabituel en Westeros, du moins de l'autre côté du continent, à sa gestuelle énigmatique et presque hypnotisante, faisant pointer dans les tréfonds de son esprit une idée périlleuse. Cet homme hantait le Donjon Rouge depuis des lustres, connaissant sans le moindre doute tous ses sombres secrets, et il était devenu le Maître des Chuchoteurs, avec à son service une multitude indistincte d'espions au quatre coins du royaume. Si Valyron était un homme dangereux, il était surtout celui qui détenait peut-être les clefs de ses problèmes. Elle n'avait pas grand chose à lui offrir, du moins, elle n'en voyait rien pour le moment, mais peut-être que si elle se montrait habile, il la renseignerait ne serait-ce qu'un peu sur Allyria Tarbeck. Et au-delà de cela, la jeune Piper commençait à se dire qu'il était peut-être judicieux pour l'avenir d'être en bon terme avec un homme d'une telle influence... Allez savoir ce que les Sept lui réservaient et elle n'autoriserait jamais la peur à lui ravir une opportunité future.

Prenant son mal en patience, Wendy s'était décidée à attendre que le conseiller ait terminé sa conversation pour tenter une première approche, s'appuyant contre le balcon et s'adonnant entièrement à la vue magnifique surplombant la baie. Il fallait quelque chose de simple, et de court. Nul besoin au premier abord de dévoiler toutes ses cartes, mieux valait déjà mettre un pied dans la bergerie, pour lentement, les autres jours, mettre le deuxième et ensuite peut-être passé tout le corps. La précipitation était la pire ennemie de tout stratège, elle l'avait appris depuis longtemps. Alors que l'interlocuteur du Chuchoteur s'éclipsa, la Piper vit sa chance et s'empressa de la saisir. Sans en donner l'air, elle s'arracha à sa contemplation pour reprendre sa promenade nocturne, gardant son regard rivé sur la baie pour jouer l'ignorance de la personne sur laquelle elle avait jeté son dévolu. En une seconde, elle trébucha, lâchant son exemplaire de l'Etoile à Sept Branches qui vola aux pieds de l'homme et plaqua une main sur sa bouche pour réprimer un cri de honte.

« Monseigneur, je suis désolée ! » Affichant une mine contrite, Wendy se jeta à terre pour ramasser son livre. « Quelle maladroite je fais, je suis terriblement navrée de vous faire perdre votre temps. » La jeune fille se redressa majestueusement, gardant un regard bas où pointait l'anxiété, serrant son ouvrage contre son sein. « J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, monseigneur. »

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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