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 A la cour du roi, chacun y est pour soi

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 17 Sep 2017 - 0:16


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




« Tu es ridicule. Sache-le ! » Le sifflement agacé avait fusé à travers la pièce, avec la précision et la discrétion d'une aiguille, cinglant dans l'air à la moiteur extrême sans pour autant atteindre son objectif. Ces paroles étaient nées d'une exaspération sous-jacente qui avait grandi à mesure que la complicité entre les deux sœurs s'était réduite telle une peau de chagrin. Mais Wendy n'en avait cure, trop accoutumée aux accès d'Alerie et par trop entraînée à juguler ses propres réactions instinctives, et le sourire intérieur qui naquit au creux de l'esprit de la jeune fille témoignait, lui, de la réussite de son action : le message était passé, sans même qu'elle ne prononce le moindre mot. La suzeraine de l'Ouest pouvait bien cracher son irritation toute la sainte journée, sa Dame d'Atour laissait glisser les mots sur son armure indestructible, celle qui encerclait son cœur et son âme, et qui abritait une arme bien plus puissante que toutes les lames des Sept Couronnes réunies. Elle était à présent habitée d'une détermination et d'une patience telles que plus rien autour d'elle ne comptait, et rien ne viendrait enrayer la machine, pas même des querelles stupides avec sa sœur. Elle se l'était juré, elle servait à présent un dessein bien plus grand qui méritait tous les efforts du monde. Alors comme à son habitude, Wendy avait répondu de la manière qu'elle maîtrisait le mieux, celle qui horripilait encore plus Alerie et lui apportait une coupable satisfaction : l'extrême bienséance et le silence révérencieux. Un sourire empreint d'humilité accroché à ses lèvres fines et exquises, la jeune Piper fondit en une révérence profonde alors que sa sœur quittait la chambre d'un pas furibond.

Un rictus déforma les traits réguliers de son visage alors qu'elle s'imaginait parfaitement la scène se déroulant de l'autre côté de la lourde porte de bois, où, dans l'intimité du salon des appartements octroyés aux suzerains de l'Ouest, une comédie détestable mais pour le moment nécessaire se jouait sans honte aucune. Mais était-ce là bien une mystification ? Alerie semblait avoir adouci ses impétueux sentiments à l'égard du Lion Monstrueux, non pas simplement en public, mais aussi dans le secret de son âme tourmentée... Soupirant, elle se laissa choir dans un fauteuil de velours rouge, se sentant envahie par la lassitude à présent qu'elle était seule dans la pièce. Elle pouvait laisser tomber le masque l'espace d'un instant. D'un geste instinctif, Wendy avait porté une main délicate à la broche discrète ornant sa robe distinguée d'un satin bleu gris. Machinalement, elle laissa la pulpe de ses doigts parcourir le contour d'un corps de vierge façonné de pure tourmaline rose, vestige d'un passé disparu auquel elle ne cessait de se raccrocher. Depuis deux ans, la jouvencelle déployait des trésors de ruse pour assouvir son désir de vengeance. Un désir qui n'avait fait que croître, sans jamais perdre son feu grondant, mais un désir réfléchi, intériorisé, mu par l'intelligence la plus fine et qui nécessitait parfois d'accepter certains compromis. Pactiser avec le diable faisait parti de ces concessions aussi iniques qu'indispensables, et si elle pouvait aujourd'hui s'inquiéter des sentiments presque cordiaux que son aînée avaient pour son seigneur époux Garett Lannister, elle ne pouvait que s'en rejeter le blâme sur elle-même. Wendy avait œuvré pour ce rapprochement, convaincant sa sœur de la nécessité d'un héritier pour mieux pouvoir encore jouer de sa nouvelle stature de suzeraine pesant sur l'échiquier politique mais aussi pour mieux tenir sous son joug son époux et sa famille en portant dans son ventre l'héritier tant attendu et qui assurerait une nouvelle stabilité aux Terres de l'Ouest. Sur tous les plans, Wendy avait persuadé Alerie qu'il était dans leur intérêt de former une entente cordiale avec Garett. En échange, elle avait obtenu l'assurance du retour en grâce de Loric, et de sa libération. La Pieuse des Eaux avait détesté stagner et il lui avait fallu puiser tout son courage dans sa volonté de faire bouger les choses pour passer accord avec son ennemi le plus cher. Mais au moins la situation avait été débloquée et chacun avait tenu parole : Wendy avait renvoyé Alerie dans le lit conjugal tandis que Garett avait réinstaurer Loric dans ses titres et dans ses droits à la mort de leur père Viktor. L'héritier était devenu lord de Château-Rosières, réinvestissant ses terres et le château familial. Un pas avait été fait. Mais alors que cela ne datait à peine que d'une Lune, la Némésis préparait ses prochains coups.

Le cliquetis d'une poignée et le bruit lourd et sourd d'une porte qui se referme sur le silence la sortit de ses pensées. Ils étaient partis, la laissant seule dans ces appartements aux couleurs tapageuses. Partis à un dîner mondain avec la Main du roi et sa femme. Pourquoi par les Sept l'avait-on sciemment mise à l'écart ? N'était-elle pas, après tout, elle aussi, de la famille ? Non pas qu'elle l'avait souhaité, mais si elle pouvait en retirer quelque chose elle le ferait, aspirant jusqu'à la moelle de l'os s'il lui était donné la possibilité de le faire. Rencontrer l'homme le plus puissant du royaume, celui qui, officieusement, dirigeait les Sept Couronnes, représentait une opportunité pour elle, une opportunité qu'elle ne souffrait de manquer. Elle avait même trouvé ceci mal élevé et dégradant. Elle n'était pas qu'une dame de compagnie, une dame d'Atour étrangère. Non, elle était la sœur de la suzeraine, elle était liée par le sang aux seigneurs de l'Ouest. Elle avait bien fait comprendre son mécontentement à Alerie qui, comme à son habitude depuis l'arrivée de sa nouvelle dame de compagnie à Castral Roc, n'avait fait que balayer les états d'âme de sa sœur avec agacement. Il n'y a pas si longtemps, son aînée aurait lutté pour elle, pour l'introduire partout, pour qu'elle ne la quitte que peu. Mais les choses avaient changé. C'était sans compter sur la détermination de Wendy et ses ressources inépuisables. Prise d'une folle envie de bouger pour avoir la sensation de vivre et ne pas piétiner sur place, la Piper se leva avec grâce, se plaçant prestement devant le grand miroir aux arabesques d'or disposé au milieu de la chambre de la Dame de Castral Roc. Elle replaça quelques mèches rebelles dans sa coiffure d'une simple élégance, à la fois sophistiquée et apparemment naturelle. Ses longs cheveux mordorés étaient savamment noués en deux tresses se joignant au milieu de son dos et dans lesquelles des rubans bleus s'entremêlaient avec raffinement. Elle se pinça les pommettes pour redonner du rose à ses joues. Si elle devait se balader seule dans les couloirs du Donjon Rouge, mieux valait paraître à son avantage. On ne savait jamais sur qui l'on pouvait tomber.

***

Port-Réal. Le Donjon Rouge. La cour royale. Autant de raisons pour exalter les sens aiguisés de la jeune Piper qui, au-delà de l'émerveillement premier bien naturel de la provinciale, voyait surtout s'étendre devant elle un immense échiquier personnel, lui ouvrant le champ de tous les possibles. Digne, Wendy Piper avançait dans les couloirs avec toute la grâce qui la caractérisait, elle qui avait fait honneur aux cours de maintien et de danse à Château-Rosières. Elle semblait glisser sur le sol, les pans de sa robe bleu gris flottant derrière elle, et ses mains jointes autour de la couverture de cuir d'un livre lui conféraient une aura mystérieuse. Même le soir, le Donjon fourmillait de monde, la foule compacte des journées se faisant plus clairsemée mais toute aussi impressionnante et vivante. Parfois, la jeune vierge s'arrêtait, se mettant sur le côté, pour laisser passer une personne d'importance escortée de tout un tas de personnes, serviteurs ou courtisans, parfois même gardes. Alors Wendy s'inclinait respectueusement, offrant quelques sourires modestes à ceux qui daignaient lui accorder un regard curieux. Elle se redressait ensuite, déroulant sa colonne avec élégance jusqu'à sa tête qu'elle tenait haute. Profondément, elle inspira, se gonflant d'un sentiment qu'elle n'avait pas connu depuis longtemps et un sourire illumina son visage. Elle se sentait à sa place, posant sur le monde un regard plein de promesse.

Qu'elle avait été heureuse lorsque sa sœur, d'un ton monocorde et presque triste, lui avait annoncé qu'elle l'emmenait avec elle à la capitale, pour le couronnement du nouveau roi. Si Allyria Tarbeck l'avait supplantée dans la majorité des domaines, il y en avait un où la jeune lady des Terres de l'Ouest ne pourrait plus jamais rivaliser : la virginité. Se pavaner à la cour avec un ventre énorme abritant un petit bâtard n'était en effet pas du meilleur goût, surtout lorsqu'on était fiancé à un des plus beaux partis de l'Ouest... et que l'enfant à naître n'était pas de lui. Alors Allyria était restée confinée à Castral Roc, contraignant Alerie à se séparer de sa chère amie pour s'accompagner de sa cadette. Wendy s'était réjouie de voir planer la disgrâce au-dessus de la tête de sa rivale inattendue mais elle avait dû revoir ses plans en s'apercevant qu'Alerie s'était tant attachée à cette petite dinde qu'elle laissait couler cette histoire sans rien faire d'autre que la protéger. Ni reproches, ni investigations insistantes sur l'identité du père. De la simple compassion amicale, presque fraternelle, s'évertuant à l'aider à garder le secret de cette vie qui grandissait en son sein pour préserver les fiançailles contractées bien des mois avant de découvrir la nouvelle. Et cela, Wendy ne pouvait le tolérer. A croire que rien de ce que la Tarbek faisait ne pourrait la discréditer. Mais la conflanaise l'entendait d'une autre oreille et comptait bien profiter d'arpenter les couloirs de la cité royale pour fouiner dans le passé de celle qui l'avait éclipsée. Allyria n'était-elle pas à Port-Réal au moment du siège ? Pour découvrir le pot aux roses, il lui fallait remonter à la source et peu importait le temps que cela lui prendrait. Wendy avait toujours fait preuve de patience...

Sans même s'en apercevoir, ses pas la menèrent jusqu'à un balcon donnant sur la baie de la Néra. Des milliers d'étoiles scintillaient sur l'eau noire, autant de lumières, lampions et bougies brûlant à l'intérieur des navires reposant sur l'onde tranquille. Et tandis qu'elle s'approchait de la rambarde de pierre rouge clair pour contempler l'immensité de la nuit, Wendy stoppa net en se rendant compte qu'elle n'était pas seule à apprécier la vue. Un homme d'allure imposante mais à la démarche proche de la souplesse du serpent avançait à pas lent, conversant avec un autre homme. Sa parure aussi élégante qu'insolite ne laissa pas de doute quant à son identité, même pour une jeune fille arrivée à la cour quelques jours à peine auparavant... Sa réputation le précédait, elle était aussi effrayante qu'intrigante et attractive et déjà sa sœur l'avait mise en garde contre cet homme puissant et rusé qu'il ne fallait pas contrarier et même peut-être esquiver pour éviter tout possible ennui. Ses doigts s'étaient refermés instinctivement sur le livre sacré qu'elle tenait précieusement dans ses mains, et son cœur accéléra sa course sans qu'elle n'en comprenne réellement la raison. La peur et l'excitation mêlées la figèrent sur place, la rendant fébrile. Elle ne savait quoi faire : simplement s'arrêter pour admirer le tableau noir étoilé, ignorant le Maître des Chuchoteurs, ou bien continuer sa route et s'incliner légèrement à son passage pour marquer sa déférence et sa bonne éducation. Elle avait même envisagé la retraite comme une option. Mais alors que Valyron Tyvaros s'arrêtait pour faire face à son interlocuteur, continuant leurs messes basses impénétrables, Wendy le détailla un peu plus. Ses yeux allaient de son accoutrement pour le moins inhabituel en Westeros, du moins de l'autre côté du continent, à sa gestuelle énigmatique et presque hypnotisante, faisant pointer dans les tréfonds de son esprit une idée périlleuse. Cet homme hantait le Donjon Rouge depuis des lustres, connaissant sans le moindre doute tous ses sombres secrets, et il était devenu le Maître des Chuchoteurs, avec à son service une multitude indistincte d'espions au quatre coins du royaume. Si Valyron était un homme dangereux, il était surtout celui qui détenait peut-être les clefs de ses problèmes. Elle n'avait pas grand chose à lui offrir, du moins, elle n'en voyait rien pour le moment, mais peut-être que si elle se montrait habile, il la renseignerait ne serait-ce qu'un peu sur Allyria Tarbeck. Et au-delà de cela, la jeune Piper commençait à se dire qu'il était peut-être judicieux pour l'avenir d'être en bon terme avec un homme d'une telle influence... Allez savoir ce que les Sept lui réservaient et elle n'autoriserait jamais la peur à lui ravir une opportunité future.

Prenant son mal en patience, Wendy s'était décidée à attendre que le conseiller ait terminé sa conversation pour tenter une première approche, s'appuyant contre le balcon et s'adonnant entièrement à la vue magnifique surplombant la baie. Il fallait quelque chose de simple, et de court. Nul besoin au premier abord de dévoiler toutes ses cartes, mieux valait déjà mettre un pied dans la bergerie, pour lentement, les autres jours, mettre le deuxième et ensuite peut-être passé tout le corps. La précipitation était la pire ennemie de tout stratège, elle l'avait appris depuis longtemps. Alors que l'interlocuteur du Chuchoteur s'éclipsa, la Piper vit sa chance et s'empressa de la saisir. Sans en donner l'air, elle s'arracha à sa contemplation pour reprendre sa promenade nocturne, gardant son regard rivé sur la baie pour jouer l'ignorance de la personne sur laquelle elle avait jeté son dévolu. En une seconde, elle trébucha, lâchant son exemplaire de l'Etoile à Sept Branches qui vola aux pieds de l'homme et plaqua une main sur sa bouche pour réprimer un cri de honte.

« Monseigneur, je suis désolée ! » Affichant une mine contrite, Wendy se jeta à terre pour ramasser son livre. « Quelle maladroite je fais, je suis terriblement navrée de vous faire perdre votre temps. » La jeune fille se redressa majestueusement, gardant un regard bas où pointait l'anxiété, serrant son ouvrage contre son sein. « J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, monseigneur. »

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 1 Oct 2017 - 17:46

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

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Leurs pieds faisaient crisser les gravillons blancs des allées extérieures du Donjon-Rouge. Comme beaucoup en ces derniers jours, les deux hommes arpentaient les jardins de la forteresse royale, croisant nombre d’étrangers en ces murs, venant des quatre coins du continents, nobles chevaliers, élégantes dames de haute naissance, riches seigneurs et puissants gardiens des frontières, tous se côtoyaient dans des émulsions de mousseline, de velours et de dentelle. Témoin de tout cela, élevé sous Aegon le Conquérant, continué sous Aenys premier du nom et terminé par le fils du premier, frère du second, Maegor le Cruel, le grand château-fort de brique ocre ne semblait guère indisposé. Juché au faîte de la colline d’Aegon, l’immense édifice dominait toute la cité qui s’étendait à ses pieds, paré d’immenses bannières noires au dragon tricéphale rouge.

L’ambiance était à la fête, évidemment. Le Couronnement était un événement politique majeur, et il était désormais imminent, après avoir fait jaser, rêver et patienter l’entièreté du monde durant plusieurs lunes. Certaines voix, discrètes, s’étaient doucement élevées contre le coût astronomique de cette célébration. Spectacles, buffets, décorations, certains parlaient même d’un tournois… Pourtant, il fallait se rendre à l’évidence. La guerre civile avait profondément divisé le pays, et pire que tout, elle avait durablement entaché le prestige de la famille royale Targaryen. Il fallait donc à tout prix déployer des trésors de faste et de prospérité pour faire oublier ces durs moments désormais derrière eux. Pourtant, les blessures de la guerre restaient encore visibles partout dans le pays. Il restait encore des épaves sur certaines berges de la Néra, vestiges de la bataille navale qui avait opposé les flottes loyaliste et rebelle durant la prise de Port-Réal. Certains quartiers de la capitale étaient toujours en travaux, se remettant avec lenteur des ravages infligés par la guerre. Pourtant, le pire restait en dehors. Les champs aux alentours n’étaient desséchés, la moisson précédente avait pourri sur pieds et la nouvelle avait bien du mal à se développer face aux assauts du soleil. Le pire restait le Conflans, ou la situation n’était toujours pas stabilisé, un an après la fin du conflit : des bandes de déserteurs continuaient d’écumer les routes et les bourgs isolés, causant mort et désolation dans une région qui avait déjà dû supporter la grande majorité des affrontements de la guerre.

« Il faudra encore des lunes pour que la flotte royale retrouve ses effectifs d’avant-guerre. »

Accompagnant Valyron Tyvaros dans sa promenade nocturne, le Maître des Navires du Roi, le jeune Rhaegar Velaryon, seigneur de Lamarck, lui avait soufflé cette confidence d’un ton préoccupé. Valyron avait toujours apprécié le jeune seigneur d’ascendance valyrienne, tout comme les Targaryen. Ils avaient songé un temps à joindre leurs forces pour empêcher Maegor de faire plus de mal qu’il n’en avait déjà fait, mais cela s’était avéré trop compliqué à mettre en place. Le Serpent suspectait surtout le natif de Lamarck d’avoir pris peur et d’avoir préféré oublier leurs conversations. Toutefois, les deux hommes s’entendaient bien, et avaient plus de raisons qu’il n’en fallait pour entretenir leur proximité. La seule sanction prise à l’encontre des Velaryon pour avoir soutenu Maegor dans la guerre civile, pour être restés fidèle à leur serment d’allégeance, avait été la perte d’un de leurs fiefs mineurs : Port-d’Epices, une petite ville dynamique à la pointe Est de l’île sous leur domination. Valyron en avait hérité, devenant le nouveau seigneur de l’endroit. De plus, ils étaient les deux seuls membres du conseil restreint de Jaehaerys à avoir été au Donjon-Rouge sous Maegor, cela créait des liens quand tous les autres étaient les anciens rebelles. Valyron coula vers lui un regard serein.

« Nous n’en avons pas besoin pour le moment, seigneur Rhaegar. »

L’autre afficha une moue dubitative. Tous les deux étaient au conseil restreint, ils avaient secondé la régence de Rhaenys Targaryen durant cette dernière année. Tous deux savaient que la mine tranquille arborée par Valyron n’était pas forcément si justifiée que cela. Certes, Westeros était pacifié, mais les barils de feu grégeois ne manquaient pas. Les Iles de Fer n’étaient toujours pas revenues dans la paix du Roi, le Nord faisait grise mine, et Dorne était possiblement la source des tracas des seigneurs orageois de la frontière. Une querelle dynastique en gestation était possiblement signalée au Val et au Bief. Dans tous les cas, il suffisait de l’une de ces situations ne dégénère pour provoquer un embrasement régional et possiblement encore plus vaste. Il allait donc falloir beaucoup de calme et de diplomatie pour régler tous les problèmes un à un, et ainsi espérer que les troupes royales n’auraient pas à dégainer de sitôt. Et d’ailleurs, de quelles troupes royales parlait-on ? L’armée royale se composait à peine de quoi tenir Port-Réal, et les vassaux des Terres de la Couronne, perdants épuisés de la guerre n’étaient pas prêts de pouvoir attaquer de nouveau.

Ils longeaient désormais un balcon ouvragé situé sous la Petite Galerie de la citadelle royale. D’élégantes colonnades et des arches aériennes décoraient ce passage couvert qui longeait la falaise, offrant de nombreux balcons légèrement en retrait où les courtisans pouvaient discuter en toute tranquillité. On les disait prisés des jeunes gens en quête amoureuse, ainsi que des conspirateurs sans autre endroit où se rencontrer. Du coin de l’œil, Valyron avait d’ailleurs noté une silhouette féminine plus loin sur leur route. Il s’arrêta et se tourna vers Rhaegar Velaryon, désireux de le congédier et de pouvoir vaquer à d’autres occupations.

« Quoi qu’il en soit, seigneur Rhaegar, ne craignez rien. Tous les espions de Jaehaerys sont aux aguets, nous surveillons bon nombre de personnalités sujettes à nous causer des ennuis. Vous serez le premier averti si d’aventure nous trouvons quelque chose. En attendant, restez discret sur ces sujets. Je vous reverrai demain, bonne soirée. »

Ce faisant, il se détourna du seigneur de Marée-Haute qui lui-même partait dans une autre direction. La silhouette avait disparu derrière une arche, sans doute partie profiter de la vue sur la baie. Le Serpent devait admettre que le panorama était de toute beauté. Des dizaines de lampions rougeoyaient, chacun marquant une embarcation mouillée au large du port, complètement saturé pour l’occasion. A cela, il fallait ajouter les reflets, donnant l’impression qu’une partie du ciel nocturne qui se teintait l’azur virant au carmin. Pour peu, on aurait pu croire du côté de la Baie des Serfs, dans la rade ceinte de hautes falaises noires d’Elyria.

La silhouette apparut de nouveau dans le champ de vision. C’était une petite jeune femme, à l’abondante chevelure blonde coiffée avec adresse et raffinement. Son accoutrement laissait entrevoir la richesse de sa maison et la piété de la petite muse. Il devait s’agir de l’une des nobles demoiselles arrivées avec un seigneur prospère, sans doute un noble du Bief ou de l’Ouest. Celle-ci ne semblait pas l’avoir aperçu, le regard plongé dans la contemplation des flots noircissants de la Baie de la Néra. Soudainement, elle trébucha et laissa choir un lourd ouvrage relié avec art : assurément un objet de prix. Le gros livre rencontra le sol avec un bruit sec et termina aux pieds de Valyron qui s’arrêta net, l’air surpris, aux aguets, tendant ses épaules pour étirer sa veste, lui permettant de sentir la présence de la dague qu’il dissimulait dans ses plis. Depuis la chute de Maegor et la folie assassine qui avait envahie le Donjon-Rouge jour après jour, Valyron était extrêmement prudent. Cette scène lui semblait fausse, jouée et il était évident que la jeune femme avait fait tout cela à dessein. Restait à savoir pourquoi. Capter l’attention du Maître des Chuchoteurs, assurément. Mais pourquoi ? Un assassin allait-il surgir ? Allait-elle tenter de le séduire pour une raison encore inexpliquée ? Un nombre infini de questions jaillissait dans l’esprit retors du Serpent alors que la jeune femme, l’air dévastée se jetait à ses pieds pour récupérer son livre.

« Monseigneur, je suis désolée ! Quelle maladroite je fais, je suis terriblement navrée de vous faire perdre votre temps. »

A peine à terre qu’elle était de nouveau sur ses pieds, se relevant dans un tourbillon d’élégance et de tissu noble. Le regard gris, aussi glacial qu’acéré, tel de l’acier valyrien pur, Valyron dépouilla la jeune femme du regard, cherchant les tréfonds de son âme. Que diable pouvait-elle vouloir ? Il lui donnait seize ans, peut-être dix-huit. Guère plus. Elle était plus qu’élégante, fine et déjà femme. Une beauté d’une région inconnue pour le moment, bien que l’accent la trahissait, l’indiquant non pas comme une bieffoise mais plutôt du Nord des Terres de l’Ouest, possiblement même du Conflans. Sa chevelure blonde induisait toutefois le Mantaryen à l’imaginer en fille de la maison Lefford, tant son maintien criait l’éducation à la ouestrienne.

« J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, monseigneur. »

Le regard inquisiteur n’avait toujours pas lâché la jeune femme. Qui donc pouvait-elle être pour provoquer une discussion avec tant d’aplomb ? C’était pour le moins intriguant. Valyron considéra un bref moment son emploi du temps. Sa soirée était calme. Les rapports des informateurs attendraient un peu. S’il était toujours membre du conseil restreint, le Serpent était bien moins sollicité que lorsqu’il était Maître des Lois, un rôle institutionnel où son avis et ses faveurs étaient fréquemment sollicités. Depuis qu’il était le maître espion du Roi, tout semblait plus calme. On le craignait de nouveau, mais bien plus qu’auparavant. On craignait de savoir ce que le Serpent savait sur soi. Un sourire à peine visible vint perler sur les fines lèvres du natif d’Essos alors qu’il tendait la main pour que la jeune femme inconnue lui remette son livre. Valyron aimait les ouvrages reliés, c’était l’une des choses qu’il trouvait les plus nobles. Elle sembla hésiter un moment, puis décroisa les bras de sa possession et le remit au Serpent qui attendait, l'air attentif, exhalant des odeurs de lavande et de cendres.

C’était un superbe exemplaire de l’Etoile à Sept Branches, le livre sacré de la Foi. Valyron l’avait parcouru brièvement, sans toutefois y trouver raison à se convertir. Il vénérait, lui, les anciens dieux de la Valyria, la seule véritable religion, injustement oubliée, injustement sous-pratiquée déjà à l’époque de l’apogée de l’Empire. Il parcourut quelque page, semblant brusquement oblitérer de sa conscience l’existence de la jeune muse. Le papier était fin, l’écriture était parfaitement calligraphiée, les enluminures étaient soignées, et les dorures étaient vraies. C’était plus d’exemple qu’il n’en fallait à Valyron. La jeune demoiselle, quel que fût son nom, venait d’une très riche famille des Terres de l’Ouest. Il lui remit le livre avec un sourire aimable, il n’avait rien d’un monstre.

« Pourquoi donc ? Nous avons tous nos moments de maladresse, ma Dame…. ? »

Elle lui donna son nom. Wendy Piper. Piper... Une famille du Conflans... Que diable faisait-elle ici? Et surtout avec autant de trésors sur elle? Piper, n'était-ce pas une famille de loyalistes, par dessus-le marché? Non, cela revenait à Valyron. Alerie Lannister, l'épouse du Sire du Roc, portait le nom de Piper. Il s'agissait de l'une des soeurs de la suzeraine de l'Ouest. Tout se mettait en place dans la tête de Valyron. Il voyait qui elle était, précisément.

« Eh bien, Dame Wendy, c'est un plaisir et un honneur bien singulier que celui de faire votre connaissance. » lui glissa-t-il dans une élégante révérence de courtisan de la capitale, avec un brin de souplesse essosie.

Il tendit le bras, invitant la jeune femme à le suivre en cheminant à ses côtés. Quand il s'agissait du protocole et de la bienséance, Valyron était une véritable encyclopédie vivante et sa proposition vint donc avec une sérénité absolue. Il ne souffrait d'aucun risque de se faire éconduire puisque c'était Wendy Piper elle-même qui avait provoqué cette rencontre.

« Je me dirigeais le Donjon, mais je serai honoré de pouvoir marcher quelques instants avec vous. Souhaiteriez-vous m'accompagner ? »

Ce faisant, il fit demi-tour et commença à marcher tranquillement aux côtés de la jeune femme. Après la rumeur de liaison qu'il avait lancé l'année passée avec Elinor Piète pour qu'ils puissent travailler ensemble sans éveiller les soupçons des espions de Maegor, Valyron se demanda avec malice si le voir en compagnie d'un tel joyau ferait jaser. Il n'en avait cure, bien sûr.

« Comment trouvez-vous la capitale, ma Dame ? Tout y est à votre goût ? »



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Lun 9 Oct 2017 - 19:16


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




Les dés étaient jetés.

Sans hésitation, Wendy s'était emparée de son destin, bravant toutes convenances sans en avoir l'air et affrontant volontairement ce que d'aucun aurait appelé une situation dangereuse. De plein gré, la belle s'était jetée dans la gueule du loup... ou en l'occurrence dans celle du serpent, provocant une rencontre fortuite avec l'homme le plus craint du royaume, l'ombre des Targaryen, celui dont chaque pensée et chaque action étaient jugées ambiguës. En somme, celui dont on se devait de se méfier comme de la peste tout en le cajolant comme le plus précieux des êtres. Mais son cœur ne connaissait plus la peur, seule la poursuite de son unique objectif l'habitait, brûlant en elle tel un feu constant, réchauffant son esprit et le dénuant de tous les remparts qui avaient encadré sa vie bien rangée jusqu'à l'an 47. Elle était prête à tout, déterminée à en faire pâlir le plus retors des politiciens, et la demoiselle elle-même ne pouvait effacer de son esprit entaché l'image fantomatique du visage outré et attristé de sa noble mère en la voyant agir de cette façon impudente... Quelque part au creux de son ventre, la conflanaise ressentit les tressauts d'un sentiment qu'elle ne connaissait plus. La honte. En songe, elle se voyait souvent penaude devant Laurine Myatt Piper, celle qui lui avait donné la vie, celle qui lui avait donné la foi dans les Sept, celle qui lui avait offert une éducation à la ouestrienne, lui conférant cette aura exquise émanant de chacun de ses gestes et attitudes. Par mille et uns arguments, la jeune fille tentait désespérément de se justifier face au regard qu'elle croyait inquisiteur de sa mère... Mais quand elle levait les yeux pour affronter la sourde colère indignée, elle découvrait un regard empli d'une tristesse sans nom duquel s'échappaient des larmes au goût amer du désenchantement. « Ma fille... Qu'es-tu devenue ? En quel monstre sans scrupule la colère et l'affliction t'ont-ils transformée ?... » Laurine paraissait secouer indistinctement la tête de droite à gauche, murmurant des paroles muettes semblant lui témoigner toute l'étendue de sa désolation. Une douleur vive venait alors lui tenailler les entrailles et taillader son cœur autrefois si pur... Mais c'était sans ambages qu'aujourd'hui la Némésis étouffait cette conscience d'un autre monde, posant une main ferme sur sa bouche pour la faire taire et lui faire ravaler ses jugements dérangeants. Il n'était plus temps de reculer.

Un regard scrutateur et aiguisé la transperçait, brûlant chaque parcelle de sa peau, creusant jusqu'à son âme même alors qu'elle se savait examinée, sondée et analysée par un esprit fin et affûté. Le cœur battant, le regard timide et les joues rosissantes, Wendy attendait le verdict du Maître des chuchoteurs avec avidité, sentant la situation ne tenir qu'à un fil ténu, un climat étrange flottant entre eux. Dans quelle direction ce chemin inconnu et périlleux allait-il l'entraîner ? Une main élégante se tendit soudain devant elle, réveillant un sentiment de surprise en elle. Hésitante, la jouvencelle jeta un regard interrogateur à Valyron, cherchant à comprendre la raison de ce geste. Il semblait désirer qu'elle lui donne son livre et le sourire énigmatique qu'il arborait la décontenançait plus qu'autre chose. Cependant, elle accéda à sa demande et lui confia l'ouvrage sacré qu'elle ne quittait que rarement et auquel elle tenait plus que de raison. Il était une part d'elle... Combien de fois avait-elle parcouru ces lignes saintes, combien de bougies avait-elle laisser se consumer alors qu'elle récitait ces litanies divines, agenouillée sur le sol froid et dur, en pénitence ? Il était un compagnon, un réconfort dans la douleur, un sauveur dans sa perdition... Une branche infinie à laquelle elle s'était toujours raccrochée alors qu'elle avait entamée une chute éternelle et sans retour...

Le silence était maître et rien ne semblait pouvoir venir troubler la presque sacralité de cet instant. La Piper observait cet homme étrange, tentant de deviner ce que pouvait bien abriter ses pensées. Mais le mantaryen était trop habitué aux jeux de cour pour se laisser lire avec autant de facilité, et son visage était totalement hermétique à l'examen attentif de la jeune fille. Avec minutie, il étudia le somptueux volume, se perdant dans sa calligraphie d'une finesse extraordinaire et laissant ses longs doigts parcourir la couverture de cuir. Un véritable ouvrage à la gloire des Sept, les honorant à leur juste valeur avec les arts les plus beaux servant les textes les plus sacrés. Cet exemplaire de l'Etoile à Sept Branches était le premier présent que lui avait fait l'impressionnante Johanna Reyne, venant remplacé celui, usé et de moindre qualité, qui avait partagé sa vie depuis son enfance. Ce jour-là, Wendy avait compris qu'elle était douée, excellente marionnettiste, la confortant dans son projet naissant de se servir de tous ses atouts et de toutes les failles des autres. L'atmosphère singulière et impénétrable se brisa subitement, à l'instar du silence, alors que l'homme lui rendait son livre avec un sourire aimable : « Pourquoi donc ?... Nous avons tous nos moments de maladresse, ma Dame... ? » Il avait repris la conversation comme si le long silence qui s'était installé n'avait jamais existé, comme si la spontanéité n'avait jamais été rompue, déconcertant quelque peu Wendy qui s'empressa malgré tout de répondre à son interrogation sur son identité. « Dame Wendy, de la maison Piper. » Elle s'était légèrement inclinée en une révérence élégante, respectant les règles de l'étiquette, soulagée de voir l'attente incertaine rompue et prendre une tournure agréable.

« Eh bien, Dame Wendy, c'est un plaisir et un honneur bien singulier que celui de faire votre connaissance. » Avec naturel et courtoisie, Valyron s'inclina à son tour, provocant un sourire enchanteur sur les lèvres de Wendy. Voilà qui lui convenait comme attitude et incarnait le mieux du monde ce qu'elle s'était attendue de la capitale, lui permettant à son tour de dévoiler ce pourquoi elle avait été élevée par sa mère, pur joyau de l'Ouest. Le jeu allait pouvoir commencer. « L'honneur est pour moi, mon seigneur Tyvaros, et je vous sais gré de me pardonner ma maladresse avec autant d'amabilité, la... simple gentillesse... est une denrée rare entre ces murs... » Elle avait choisi ses mots avec soin, prenant le temps de les prononcer avec le ton adéquat pour marquer la réflexion incisive qu'elle tenait à faire tout en insistant sur la galanterie de Valyron, dissimulant ses yeux brillants d'espièglerie et sa critique sous un fin sourire modeste. « Combien de lords seraient passés sans même un regard courtois ? »

La mine toujours affable, le mantaryen lui proposa son bras, l'invitant à le saisir : « Je me dirigeais le Donjon, mais je serai honoré de pouvoir marcher quelques instants avec vous. Souhaiteriez-vous m'accompagner ? » Wendy sentit soudain sa poitrine se gonfler et son estomac la picoter, un millier de papillons semblant voler entre les parois de son ventre. Tout se passait pour le mieux et voilà une option qu'elle n'avait guère envisagé si vite. Cependant, sa maîtrise d'elle-même restait parfaite et elle ne fit rien paraître de son enthousiasme coupable, feignant avec art la surprise enveloppée d'humilité. Avec délicatesse, elle posa un bras fragile sur celui du Maître des Chuchoteurs, se laissant guider avec docilité alors qu'il faisait demi-tour. « Vous m'honorez, mon seigneur... Accorder ne serait-ce que quelques minutes de votre précieux temps à une petite lady du Conflans est un sacrifice bien charitable, et les mots me manquent pour vous faire part de l'étendue de ma gratitude... » La Piper avait baissé le regard en toute modestie, se parant des traits les plus purs de la Jouvencelle elle-même pour mieux jouer son rôle. « D'autant plus que je n'ai guère beaucoup de compagnie, je remercie les Sept d'avoir mis sur mon chemin un homme aussi prestigieux et galant, quoi que puissent en dire les rumeurs malignes. » Sa voix s'était faite fluette, un murmure presque honteux de tant révéler en une seule phrase. Wendy savait mieux que quiconque que l'amabilité cachait souvent les intentions les moins honorables, mais elle s'amusait de lui faire croire à son ingénuité et qu'elle refuserait à présent de donner crédit aux mauvais racontars critiquant le Serpent de Mantarys. Brosser dans le sens du poil, mais sans appuyer trop fort au risque de se trahir.

Ils avançaient d'un pas lent, arpentant les dalles ocres, baladant leurs regards sur les multiples scènes se déroulant devant eux : avant tout un nombre incalculable de promeneurs en groupe de deux ou trois, partageant messes basses et petits rires... l'on pouvait apercevoir le ballet amoureux de jeunes gens cherchant à se cacher des regards indiscrets au gré des colonnades et des renfoncements, abritant une kyrielle d'alcôves secrètes, prêtant aux douces confidences... Wendy, elle, se sentait grande et prestigieuse, accrochée au bras de l'un des hommes les plus importants du royaume et elle s'exhibait sans peine, s'offrant au regard des passants comme pour leur montrer qu'elle n'était plus une petite dame de peu d'importance. Elle jubilait intérieurement, son port de tête altier jetant sur le monde un regard neuf et prometteur, quand bien même le danger ne faisait que commencer... « Comment trouvez-vous la capitale, ma Dame ? Tout y est à votre goût ? » Elle accueillit la question avec un sourire, arrachant son regard à la contemplation du paysage pour le planter dans celui de Valyron. « La capitale est tout ce qu'elle devrait être, mon seigneur : impressionnante et mystérieuse. Impressionnante par sa taille, par ses pierres ocres composant le palais royal, jetant son ombre formidable sur la ville en contrebas, et trônant fièrement en haut de la falaise comme pour crier sa suprématie. Impressionnante par sa vie foisonnante, malgré les souvenirs encore présents de la guerre... Port-Réal porte à bout de bras son avenir et ne s'avoue pas vaincue, et j'admire cela... » La Pieuse marqua une pause, son regard se voilant et se perdant dans le vague : « La cité royale semble plus volontaire et forte que le Conflans qui se meure... » En une fraction de seconde, elle retrouva son sourire et le pétillant de ses yeux. « Et que dire de la Néra qui répand son onde tranquille à perte de vue, étincelant en journée comme mille et un diamants, et se transformant en ciel d'eau une fois le soir venu, ses étoiles s'allumant au gré des bougies sur les navires amarrés en sa baie ? » La conflanaise avait reporté son regard sur le tableau exquis qui la subjuguait depuis qu'elle avait posé le pied au Donjon Rouge.

Lentement, elle reporta son attention sur son accompagnateur. « Mystérieuse par les gens qui arpentent ses rues, les rencontres étonnantes qui peuvent se faire dans le secret d'une ruelle, et surtout par les dames et seigneurs parcourant les couloirs du palais. Tout dans leurs regards, leurs maintiens, leurs attitudes, crient aux dessins réfléchis, aux jeux de cours, à l'hypocrisie... sous couvert de grands sourires et de parures divines. C'est un tableau très amusant, surtout lorsqu'on se plaît à tenter d'assembler les différentes pièces du puzzle pour comprendre son sens caché. » Les yeux rivés dans ceux de Valyron, Wendy souriait malicieusement. « Mais je gage que ce n'est pas à vous que je vais apprendre cela, n'est-il pas ? » Elle soutint quelques instants son regard, avant de le baisser, reprenant sa mine docile. « Pour vous répondre, mon seigneur, Port-Réal est à mon goût, et j'espère surtout qu'elle parviendra à me procurer l'avenir auquel j'ai droit et les réponses que j'attends depuis trop longtemps. » Elle observa une seconde de silence, se laissant subitement envahir par un sentiment mélancolique et se demandant si l'homme qui l'accompagnait le partageait : « Mon seigneur Tyvaros, puis-je me risquer à une question personnelle ?... Vous arrive t-il d'avoir le mal du pays ? »

AVENGEDINCHAINS

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Ven 27 Oct 2017 - 16:33

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

ft.








« Vous m'honorez, mon seigneur... Accorder ne serait-ce que quelques minutes de votre précieux temps à une petite lady du Conflans est un sacrifice bien charitable, et les mots me manquent pour vous faire part de l'étendue de ma gratitude... »

S’il y avait bien une chose à laquelle Valyron était sensible malgré lui, c’était la flatterie. Il essayait bien entendu de séparer le bon grain de l’ivraie, mais parfois, il se laissait avoir. Rarement, toutefois. Il aimait ces moments où ces descendants de familles installées dans leur fief depuis des siècles se retrouvaient à devoir parler avec déférence à celui qui n’était encore, un an auparavant, qu’un riche roturier. Il était désormais seigneur de plein droit, et avait gagné – durement – l’honneur d’être appelé monseigneur. Voir les puissants de ce monde courber l’échine, rien qu’un peu, face à lui, il trouvait cela fascinant et délectable.

« D'autant plus que je n'ai guère beaucoup de compagnie, je remercie les Sept d'avoir mis sur mon chemin un homme aussi prestigieux et galant, quoi que puissent en dire les rumeurs malignes. »

Valyron coula vers elle un regard inquisiteur. Qu’était-ce cette remarque ? Les rumeurs malignes, il avait appris à les accepter. Certains, effectivement, avaient du mal à cautionner le retour à la Cour de Valyron, ainsi que son anoblissement. Et pourtant, il était désormais l’un des leurs, avec un pouvoir de nuisance bien supérieur au leur. Il se doutait ne pas faire l’unanimité, ce qui ne l’inquiétait guère étant donné que seule l’approbation des Targaryen comptaient. Wendy Piper était par contre la première à mentionner de manière frontale ces rumeurs, face à celui qu’elles concernaient. Visiblement, la Piper avait encore beaucoup à apprendre des us et coutumes de la Cour. Ils continuèrent ainsi à marcher, côte-à-côte, évoluant dans ces jardins qui embaumaient alors que le jour était tombé. On vivait alors un rêve, dans le faste de la paix, dans le faste de la royauté : l’illusion, guère plus, que tout allait bien partout en Westeros. Lorsque Valyron lui demanda ce qu’elle pensait de la capitale, la jeune femme lui répondit en abandonnant la vision du littoral nocturne pour le regarder droit dans les yeux.

« La capitale est tout ce qu'elle devrait être, mon seigneur : impressionnante et mystérieuse. Impressionnante par sa taille, par ses pierres ocres composant le palais royal, jetant son ombre formidable sur la ville en contrebas, et trônant fièrement en haut de la falaise comme pour crier sa suprématie. Impressionnante par sa vie foisonnante, malgré les souvenirs encore présents de la guerre... Port-Réal porte à bout de bras son avenir et ne s'avoue pas vaincue, et j'admire cela... »

Elle rompit brièvement le contact visuel, semblant emmener ses pensées bien loin du Donjon-Rouge et de son maître-espion. Valyron comprenait ce qu’elle voulait dire. Contrairement à l’ancien monde qui se mourrait, contrairement aux ruines, aux vestiges moribonds des Possessions de Valyria, tout semblait possible en Westeros. Port-Réal était le cœur battant de cet état d’esprit conquérant qui semblait avoir été légué par Aegon lui-même à toutes les terres qu’il avait soumises.

« La cité royale semble plus volontaire et forte que le Conflans qui se meure... »

Valyron ne dit rien. Se contentant de scruter les traits fins de sa compagne de promenade. Elle était d’une beauté à couper le souffle, il devait bien le reconnaître. Sa peau diaphane et son port-altier majestueux devait en faire l’un des plus beaux partis de sa région, à n’en point douter. Il était désormais évident qu’elle avait aussi une tête bien faite, ce qui n’était pas pour déplaire au Serpent, mais qui pouvait en incommoder certains. Les époux Lannister avaient intérêt de choisir un seigneur éclairé pour que l’avenir de la jeune femme se passe au mieux. Un homme trop brute, trop stupide pour apprécier la finesse d’esprit de la Jouvencelle incarnée pouvait fort bien l’abîmer : quel gâchis ce serait alors ! Lorsqu’elle reprit la parole, toute nostalgie avait disparue de sa voix.

« Et que dire de la Néra qui répand son onde tranquille à perte de vue, étincelant en journée comme mille et un diamants, et se transformant en ciel d'eau une fois le soir venu, ses étoiles s'allumant au gré des bougies sur les navires amarrés en sa baie ? »

Valyron laissa un sourire mystérieux s’afficher sur son visage. La Néra n’était en rien à complimenter, en rien à louer avec poésie. C’était un fleuve stagnant, dont l’estuaire étaient encombrés de déchets, d’épaves et de présence humaine : les eaux ne s’y renouvelaient guère rapidement. En conséquence de quoi, la Néra puait. Certains accusaient la ville elle-même d’être un tas d’immondices malodorants, mais la vérité était que l’infernale odeur de pourri qu’exhalait la capitale venait de son fleuve malmené par l’industrie balbutiante de Port-Réal et toute l’activité humaine autour. Lentement, la jeune femme se retourna vers le Serpent.

« Mystérieuse par les gens qui arpentent ses rues, les rencontres étonnantes qui peuvent se faire dans le secret d'une ruelle, et surtout par les dames et seigneurs parcourant les couloirs du palais. Tout dans leurs regards, leurs maintiens, leurs attitudes, crient aux dessins réfléchis, aux jeux de cours, à l'hypocrisie... sous couvert de grands sourires et de parures divines. C'est un tableau très amusant, surtout lorsqu'on se plaît à tenter d'assembler les différentes pièces du puzzle pour comprendre son sens caché. »

Elle n’avait pas tort, loin de là. Ils étaient nombreux à savoir que la Cour n’était pas le tableau idyllique que l’on se représentait tant que l’on y avait pas mis les pieds, mais ils étaient en revanche beaucoup moins à en avoir une vision aussi claire, encore plus à cet âge. La Jouvencelle du Roc laissa apparaître un sourire malicieux dévoilant ses canines blanches. Le joyau du Conflans, à n’en point douter.

« Mais je gage que ce n'est pas à vous que je vais apprendre cela, n'est-il pas ? »

Toujours silencieux, Valyron lui rendit son sourire conspirateur. Ils se comprenaient. Il savait de quoi elle parlait, et elle-même ne prononçait pas les mots au hasard. Au contraire, elle les choisissait avec soin. C’était bien plus que beaucoup au sein de ce palais royal. Et cela, Valyron l’avait très vite compris, dès son arrivée. Bien plus que certains qui étaient alors au Donjon-Rouge depuis des années déjà. Il était de ceux qui maîtrisaient le mieux les ombres et les façades, désormais. Tel un poisson dans l’eau, il évoluait au sein des intrigues de palais, au rythme des complots, et taillait, lentement, mais sûrement, sa route.

« Pour vous répondre, mon seigneur, Port-Réal est à mon goût, et j'espère surtout qu'elle parviendra à me procurer l'avenir auquel j'ai droit et les réponses que j'attends depuis trop longtemps. »

Ah, voilà qui était intéressant et subtilement amené. Sans doute allait-elle enchaîner sur autre chose pour laisser cette énigmatique phrase évoluer dans l’esprit du Mantaryen. Et cela marchait bien. De quoi donc pouvait-elle parler ? Qu’est-ce qu’une jeune femme sans reproche aucun pouvait bien avoir à chercher ici ? Voilà qui était intrigant. Que pouvait vouloir la jeune femme, elle qui avait déjà tout ?

« Mon seigneur Tyvaros, puis-je me risquer à une question personnelle ?... Vous arrive-t-il d'avoir le mal du pays ? »

Et voilà, la diversion était arrivée. Valyron rompit à son tour le contact visuel pour le laisser dériver sur le paysage. Le mal du pays ? Voilà une chose qu’il ne s’était jamais demandé. La question avait donc le mérite de le surprendre et de le faire réfléchir. Il s’arrêta, et fit un pas sur le côté, trouvant ce balcon discret où il aimait parfois s’installer et simplement méditer. Il n’y avait que peu d’endoits pareils, où Valyron arrivait à réfléchir : les remparts au matin, son bureau, la bibliothèque du palais et le balcon sur lequel ils se trouvaient. Rompant le contact physique, il déposa ses deux mains sur la rambarde en pierre taillée et se plongea dans la contemplation d’un horizon presque invisible. Loin derrière cette ligne inatteignable, se trouvait Mantarys, à des semaines de navigation.

« Vous me demandez si j’ai le mal du pays, Dame Piper ? »

Il sourit avec lassitude.

« Vous me demandez si je regrette ma terre natale. Si les falaises noires d’Ellyria et Tolos me manquent. Si je songe toujours aux pics du Nord de la Valyria, à ces montagnes entourant Mantarys, à son architecture grise et massive, à ses habitants qui sont de cet ancien sang. S’il est possible d’oublier la vision les pyramides des cités dorées de la Baie des Serfs, Mereen, Astapor et Yunkaï, crevant l’horizon, comme autant de phares titanesques. S’il est concevable de s’accomoder de Westeros une fois que l’on a vu Volantis, les ruines de l’Ile aux Cèdres, Lys ou encore les ruines fumantes de Valyria. Si on s’acclimate à la gastronomie westerosie, lorsque l’on vient d’une contrée où l’on mange des saucisses de chiens avec de la gelée de mangue, à l’ombre des oliviers et sous la brise puissante venant des plaines dothrakie. »

Tous ces souvenirs assaillaient le Maître des Lois. Son pays lui manquait, c’était évident. La vie y était plus douce, pour ceux qui avaient les moyens. Et pourtant, c’était désormais ici qu’allait se bâtir sa vie, celle de ses enfants, et celle des enfants de ses enfants. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin des temps. Regrettait-il sa décision ? Absolument pas. Le referait-il ? Absolument. Il se tourna, vrillant son regard acéré dans les yeux clairs de son élégante interlocutrice.

« Bien entendu que non, Dame Piper. Je n’ai pas le mal du pays. Je suis ici depuis vingt ans. Ma vie est ici. Mes racines sont outre-mer, mais mon cœur est attaché à cette terre, à cette même colline au faîte de laquelle nous nous tenons. J’ai dédié ma vie au service des Targaryen, c’est un choix dont je suis fier. »

Il la détailla de haut en bas, avec un brin trop d’insistance pour que cela paraisse désintéressé. Avec un sourire complice, il se pencha vers elle pour parler à voix basse.

« Notez bien que ce n’est pas pour autant que je ne suis pas attaché à mes racines, tout comme, malgré votre statut de princesse à l’Ouest, vous êtes sans nul doute attachée à vos terres natales. »

Ne perdant plus de temps en circonvolutions, il embraya sur ce qu’elle avait mentionnée plus tôt.

« La capitale, ceci dit, n'est pas un jeu. C'est un endroit dangereux, bien plus qu’on ne peut l’imaginer, Dame Wendy. La vie d’un homme – ou d’une femme – ne vaut pas cher, par ici. Y compris au Donjon. Aussi, je pense que vous devriez chercher au plus vite les réponses que vous attendez et ne plus chercher à sortir de votre rôle par la suite. »

Prononcé sur un ton suave, l’avertissement n’en était pas moins menaçant. D’obscurs secrets dormaient dans cette ville. Quiconque voulant fouiller un peu trop risquer d’en mettre un ou deux au jour, et il n’était bénéfique pour personne de voir certaines vérités sortir au grand jour. C’était avant tout pour protéger la Piper que le Serpent lui disait cela, même s’il était le premier à vouloir éviter de voir des fouineurs s’aventurer trop loin dans les méandres des intrigues de Port-Réal…





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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 29 Oct 2017 - 11:22


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




Elle l'avait surpris, sinon désarçonné. Quelque part en elle, un sentiment de satisfaction réchauffait son esprit, car qui pouvait se targuer d'avoir réussi l'exploit de déconcerter le tortueux Maître des Chuchoteurs, même par la plus insignifiante des questions ? Le mantaryen détacha son regard d'elle pour le laisser voguer sur d'autres flots, loin là-bas, au-delà du Détroit, s'arrêtant pour aller se nicher sur un petit balcon discret. Il sembla plonger dans une intense réflexion, fouillant en lui pour parvenir à apporter une réponse à son interrogation. « Vous me demandez si j’ai le mal du pays, Dame Piper ? » Le mystérieux personnage s'était séparé d'elle, venant trouver de ses paumes l'appui tangible du parapet de pierre dure, comme pour mieux se recentrer sur lui-même et tourner son regard vers l'intérieur. Silencieuse, Wendy ne bougea pas d'un pouce, observant cet homme qu'elle ne parvenait à cerner mais qui la fascinait déjà. Quelque chose se dégageait de lui... ou bien était-ce le parfum du danger qui entêtait la conflanaise ? Elle n'aura su le dire mais cette sensation ambiguë était loin de lui être désagréable. Après tout, elle n'avait rien à perdre et tout à gagner, cela lui donnait une liberté et une invulnérabilité sans nom. Un faible sourire étira ses lèvres alors qu'il partait dans une accumulation de souvenirs tous plus flamboyants les uns que les autres, assénant à chaque ajout un coup supplémentaire sur le cœur de Wendy qui brûlait de voir le monde entier, de connaître ces contrées de légende, des pays un brin imaginaires pour elle qui ne réussissait guère à croire en la réalité d'un autre monde que celui dans lequel elle avait toujours vécu. Le Nord, le Val d'Arryn, Dorne... Ces noms là résonnaient déjà comme autant de terres mystérieuses pour elle, alors que dire de Mereen, Astapor, Valyria ou même Mantarys ? Elle se prenait à partir dans des rêveries exotiques, se laissant bercer par les mots dépaysants de Valyron Tyvaros, et dans ses yeux dansaient une flamme émerveillée.

Mais lorsque le seigneur de Port-d'Epice acheva ses réminiscences et riva un regard incisif dans le sien, une cascade glacée parut couler le long de son échine, la faisant frissonner sans raison. Il y avait quelque chose de défiant dans le regard de cet homme, le rendant effrayant et redoutable. C'était comme lui lancer à la figure la stupidité de sa question et Wendy en fut déroutée, elle qui se languissait de son passé et de sa terre natale. « Bien entendu que non, Dame Piper. Je n’ai pas le mal du pays. Je suis ici depuis vingt ans. Ma vie est ici. Mes racines sont outre-mer, mais mon cœur est attaché à cette terre, à cette même colline au faîte de laquelle nous nous tenons. J’ai dédié ma vie au service des Targaryen, c’est un choix dont je suis fier. » Mais à quel prix... Le choix est difficile quand les Targaryen entre eux ne sont pas d'accord... La jeune fille se garda toutefois de prononcer tout haut ces paroles perfides qui ne feraient que lui rappeler quelques dérangeants souvenirs... Et elle n'était pas prête à faire confiance à son ton, dont l'amertume serait compliquée à masquer après ce que le choix d'un camp Targaryen avait coûté à sa famille. Mais le regard dont il l'enveloppa ensuite la mit mal à l'aise... Il la toisait clairement, la jaugeait, l'analysant de haut en bas. Elle se contenta de rester de marbre, prudente, retenant presque son souffle, attendant précautionneusement la prochaine ouverture qui ne tarderait pas à arriver. Et arriver, elle le fit bien vite : « Notez bien que ce n’est pas pour autant que je ne suis pas attaché à mes racines, tout comme, malgré votre statut de princesse à l’Ouest, vous êtes sans nul doute attachée à vos terres natales. » Complice, il s'était penché vers elle pour lui murmurer presque ces mots doucereux. Son cœur manqua un battement, avant d'accélérer sa cadence. Ce n'était pas tant ce qu'il disait qui provoquait chez elle ces réactions instinctives que la teinte dangereuse que sa voix prenait. Car elle ne pouvait guère s'étonner qu'il rebondisse sur ses propres dires alors qu'elle avait savamment manœuvré la conversation pour en arriver à cet instant. Cependant, son ton la faisait trembler, Wendy se sentait soudain comme... mise à nue. Sentiment bien trop rare chez celle qui avait appris à se dissimuler sous des monceaux de parures aimables, que nul encore n'était parvenu à percer.

« La capitale, ceci dit, n'est pas un jeu. C'est un endroit dangereux, bien plus qu’on ne peut l’imaginer, Dame Wendy. La vie d’un homme – ou d’une femme – ne vaut pas cher, par ici. Y compris au Donjon. Aussi, je pense que vous devriez chercher au plus vite les réponses que vous attendez et ne plus chercher à sortir de votre rôle par la suite. » La menace était là, perçant sous la voix mielleuse, enrobant ses mises en garde d'un sirop acide. Tyvaros portait décidément bien son surnom de Serpent, traçant son chemin sinueux en glissant avec habileté et montrant ses crochets en guise d'avertissement... Et pourtant, ce qui aurait dû refroidir la Piper ne fit que provoquer la naissance d'un sourire en coin sur son doux visage de porcelaine. A son tour, elle s'approcha de la rambarde de pierre, mais pour s'y adosser, désirant faire face à cet homme redoutable. Les yeux baissés, un sourire insolent sur ses lèvres, elle ramena son livre contre son giron, l'enveloppant de ses bras comme pour protéger son contenu sacré. A contre lumière, l'ombre lui conférait une aura mystique. « Je ne sors jamais de mon rôle, mon seigneur, je ne fais que m'adapter aux eaux troubles dans lesquelles je me trouve à l'instant T. » Sa voix était fluette, un souffle comme une coupable confidence, mais l'on pouvait y discerner le voile piquant de la mutinerie. Oh oui, son rôle elle le tenait, toujours, en toute heure, en toutes circonstances. Son rôle n'était pas Un, il était Multiple, large répertoire capable de s'adapter au lieu où elle se trouvait, à l'interlocuteur qu'elle avait en face. Elle avait appris à se couler sous toutes les peaux pour plaire et endormir la méfiance. Elle savait ce qu'elle faisait, toujours, qu'on ne s'y trompe pas. L'orgueil l'avait fait parler mais elle mesurait le danger dans lequel elle se mettait, ne le craignant pas, ne le craignant plus. Si le Serpent avait pu entrevoir un fragment de sa véritable personnalité téméraire et déterminée, ce n'était que parce qu'elle avait bien voulu découvrir une épaule pour qu'il la contemple. Cependant, Wendy devait conserver un semblant de masque, pour ne pas trop se dévoiler tout de suite et surtout, surtout, elle savait qu'elle avait affaire à bien plus fort qu'elle. Et ça, Wendy se devait de ne pas l'oublier.

Elle jeta une rapide oeillade au Maître des chuchoteurs, partageant avec lui un regard entendu le temps d'une seconde. Mais bien vite, ses yeux retombèrent, embrassant la couverture de cuir de l'ouvrage qu'elle détenait entre ses mains. L'Etoile à Sept Branches, livre sacré de la Foi. Il était sa force, sa source de vie et la justification de tous ses gestes. Le jugement des dieux était implacable, et surtout, inévitable et imprévisible, et elle avait puisé dans cette vérité son courage un brin démesuré. Qu'importe ce qui pourrait arrivé, c'était la volonté des Sept qui s'accomplissait et qui était-elle pour s'insurger contre le destin ? D'un doigt distrait et délicat, elle caressa la reliure, prenant soin de réfléchir à sa réplique. Valyron Tyvaros n'était pas homme à prendre à la légère. Son regard perçant, son air intelligent et son verbe habilement acéré lui rappelaient étrangement Johanna Reyne, autre personnalité d'une redoutable perspicacité et d'un sens inné dans l'art du sous-entendu. Un être impressionnant et formidable qui, sans le vouloir réellement, lui avait beaucoup appris. Intérieurement, la native de Château-Rosières ne put s'empêcher de rire, anticipant déjà la mine outrée de la Dame de Castamere d'avoir été ainsi comparée à un roturier de bas-étage, un parvenu de la pire espèce sans honneur et sans parole. Et pourtant, les similarités étaient légions. « J'entends vos... mises en garde, seigneur Tyvaros, et si j'étais de ces damoiselles timorées, sans doute écouterais-je ce conseil prudent et avisé, en vous remerciant humblement... » Wendy releva un regard brillant vers son interlocuteur, un sourire aimable et presque modeste flottant sur ses lèvres, contraste frappant avec la lueur affirmée dansant dans ses yeux incandescents. « … Mais la vie et ses épreuves m'ont façonnée d'une autre manière. Au fond de vous, votre instinct l'a bien compris, je ne vous ferai pas l'insulte de penser le contraire. »

Inspirant profondément, l'audacieuse jouvencelle se détourna du Maître des Chuchoteurs, reportant son regard sur la baie scintillant à l'horizon et posant son livre sur la pierre ocre du balcon. Elle apposa une main sur le riche exemplaire, avant de reprendre d'une voix monocorde et lasse. « En tous temps et en tous lieux, nos existences ne valent pas grand chose, mon seigneur, les dieux ne cessent de nous rappeler l'insignifiance de nos petites personnes. Le danger n'est pas le même, mais à Port-Réal comme ailleurs, il rôde. J'ai appris à le narguer et à danser avec. Il ne me fait plus peur, car je n'ai rien à perdre et tout à gagner dans la lutte que je mène en silence. Une lutte plus grande que ma misérable existence et qui vaut bien quelques sacrifices. Quant à la célérité de ma quête de réponses... » lentement, elle tourne la tête, jetant un regard en coin à Valyron Tyvaros, un rictus étirant sa bouche... « peut-être dépend t-elle de vous. » Une allusion voilée à son statut. N'était-il pas, après tout, le Maître des Chuchoteurs, celui qui détenait tous les sombres secrets ? Wendy avait beau afficher une assurance légèrement déplacée, tout dans son maintien criant qu'elle ne craignait rien ni personne, les battements affolés de son cœur la trahissaient et elle combattait l'accélération involontaire de sa respiration, devenue presque saccadée. Elle affichait sa force, déterminée à ne plus jamais flancher face aux épreuves, face aux obstacles s'élevant devant elle, mais son âme tremblait. Il était évident qu'elle espérait rester en vie un peu plus longtemps pour pouvoir mener à bien ses plans de vengeance, sans quoi, ses sacrifices seraient vain. Et ça, elle ne pourrait le tolérer...

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Little sweet poison
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Sam 11 Nov 2017 - 11:12

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

ft.








Les avertissements du Serpent de Mantarys n’étaient jamais à prendre à la légère. On évitait même de parler de lui avec n’importe qui, de peur que l’interlocuteur ce soit un agent, un informateur, ou pire : une cible déjà sous surveillance. Si du temps de Maegor, Valyron de Mantarys avait le pouvoir de faire enfermer des gens, de les faire torturer et exécuter le cas échéant, il devait agir en fonction des informations qu’on lui donnait. Désormais, le reptile avait effectué sa mue, et abandonné son ancienne peau. Valyron Tyvaros était un fonctionnaire dédié à la sauvegarde des Targaryen, et il créait l’information. Il n’avait plus le pouvoir de juger des personnes, il avait le ras bien plus long. Les gens qui le gênaient, il pouvait les faire disparaître : purement et simplement. Et pourtant, malgré tout cela, malgré le sérieux avec lequel il fallait traiter les avertissements du seigneur des ombres, la jeune femme souriait d’un air presque coupable. Elle ramena le livre contre elle et s’avança aux côtés du Serpent.

« Je ne sors jamais de mon rôle, mon seigneur, je ne fais que m'adapter aux eaux troubles dans lesquelles je me trouve à l'instant T. »

Sa voix basse trahissait un vague sentiment de puissante impression laissée par Valyron. Elle ne parlait plus comme une simple jeune femme de bonne famille. Il y avait… autre chose. Ce n’était pas les eaux troubles dont elle parlait. Difficile de vraiment deviner ce que c’était : il n’avait fait que soulever à peine le voile de la vérité. Les véritables motivations de la Piper restaient inconnues. Tant qu’elle n’envisageait pas de porter atteinte aux Dragons, cela ne concernait guère le seigneur de Port-d’Epices.

« J'entends vos... mises en garde, seigneur Tyvaros, et si j'étais de ces damoiselles timorées, sans doute écouterais-je ce conseil prudent et avisé, en vous remerciant humblement... »

Une nouvelle fois, Valyron coula un regard légèrement surpris vers la jeune femme. Ce n’était pas la première fois qu’il entendait quelqu’un s’imaginer différent de la majorité. La plupart disait cela comme moyen de se démarquer. Restait à savoir dans quel camp se rangeait Wendy Piper : une jeune demoiselle à faire une rebuffade de plus, ou un esprit véritablement différent des autres ? Le sourire timoré ne pouvait dissimuler la flamme qui animait les yeux de la Pieuse.

« … Mais la vie et ses épreuves m'ont façonnée d'une autre manière. Au fond de vous, votre instinct l'a bien compris, je ne vous ferai pas l'insulte de penser le contraire. »

Touché.

Il valait mieux jouer franc-jeu avec Valyron, surtout lorsqu’on s’imaginait pouvoir le prendre pour un idiot. Alors qu’elle inspirait longuement, se détournant progressivement de son interlocuteur pour revenir au panorama maritime qui s’offrait à eux, il se demanda de quoi elle voulait parler. Wendy Piper n’était pas une petite écervelée, c’était criant. Elle appartenait à l’une des plus puissantes familles du continent, elle portait sur elle la marque des Lions. On ne pouvait pas l’ignorer. De quelles épreuves pouvait-elle parler ? Les Lannister n’avaient subi qu’un véritable revers : le sac de Port-Lannist, et à l’époque, elle n’était pas encore au Roc puisque le seigneur Lion avait pris pour épouse sa sœur après le décès de sa première femme. A ce moment-là, elle devait encore être à Château-Rosières.

    Château

      Rosières

        Oh.


Le fief des Piper avait été mis à sac par les armées Lannister. Il s’en souvenait, désormais. La sauvagerie avec laquelle la place-forte frontalière avait été dévastée avait fait le tour des Loyalistes. Si la jeune femme avait pu traverser une épreuve véritablement marquante, c’était bien celle-là. Encore fallait-il le prouver, ceci dit, on était encore loin d’un schéma précis pour pouvoir déterminer ce que voulait dire la jeune femme avec précision. Elle rompit d’ailleurs le contact visuel pour se plonger dans la contemplation des flots calmes de la baie de la Néra.

« En tous temps et en tous lieux, nos existences ne valent pas grand chose, mon seigneur, les dieux ne cessent de nous rappeler l'insignifiance de nos petites personnes. Le danger n'est pas le même, mais à Port-Réal comme ailleurs, il rôde. J'ai appris à le narguer et à danser avec. Il ne me fait plus peur, car je n'ai rien à perdre et tout à gagner dans la lutte que je mène en silence. Une lutte plus grande que ma misérable existence et qui vaut bien quelques sacrifices. Quant à la célérité de ma quête de réponses... »

Comme cette dernière réplique pouvait sembler anodine prononcée ainsi. Pourtant, à la lumière de la réflexion qu’avait commencée Valyron, il semblait évident qu’elle préparait une action contre certains qui lui avaient nui. Et mis à part les Lannister, le Serpent ne voyait personne. Il ne connaissait cependant pas toute l’histoire, peut-être y avait-il d’autres cibles. Tant que cela ne menaçait pas directement les Targaryen, il n’en avait pas vraiment cure. Il tendit l’oreille, attendant la suite de la phrase laissée en suspens. Elle se tourna vers lui avec lenteur.

« peut-être dépend t-elle de vous. »

Un sourire aussi indulgent qu’à peine surpris vint étirer les lèvres fines du Chuchoteur. Après tout, ils étaient nombreux à convoiter les secrets qu’il connaissait. Sa position unique au sein des Sept Couronnes lui permettait d’avoir un coup d’avance sur la plupart des autres. Les Sept pouvaient être remerciés qu’il n’appartenait à aucune grande famille et que son allégeance aux Targaryen était toute acquise. Bien qu’il n’était pas insensible aux charmes de la jeune femme – elle était une rare beauté et avait visiblement la tête bien faite – Valyron n’en restait pas moins impassible, contrôlant toujours ses expressions. Il était toujours agréable de discuter avec une demoiselle de cette qualité, mais ce n’était pas pour autant qu’il livrerait ses secrets ou qu’il l’aiderait. Il n’avait encore jamais utilisé les connaissances acquises dans le cadre de son travail pour faire écarter une paire de cuisses, ça ne commencerait pas aujourd’hui. Par contre, il pouvait retirer un intérêt bien plus intéressant en échange de menues informations distribuées avec parcimonie. Lentement, il fit monter sa main droite sous le nez de la jeune femme avant de lui saisir délicatement le menton pour l’obliger à le regarder droit dans les yeux. Toute attitude badine avait disparue des yeux gris du Mantaryen. Il ne restait plus qu’un froid reflet métallique qui dévisageait Wendy Piper de manière impérieuse. Telles des pupilles de vipère, le regard de Valyron n’était plus qu’une fente alors qu’il plissait les yeux pour saisir ce qui se trouvait au fond de ceux de la Pieuse des Eaux. Il déchirait tous les limbes de son âme, la mettait littéralement à nue pour savoir ce qu’elle voulait, ce qu’elle cherchait, à quel degré de sincérité il avait à faire. Il y voyait une certaine colère mais surtout – surtout ! – une farouche détermination. Rien n’arrêterait la Piper dans sa quête, quelle qu’elle puisse être.

« Vous prononcez de bien singulières paroles, ma Dame Wendy. »

L’air absolument sérieux, il ne la lâchait pas : ni du regard, ni de sa main. Il n’y avait aucune violence dans les gestes du Mantaryen, mais il avait depuis longtemps cessé toute autre plaisanterie. Il était dans son rôle ; dans les eaux troubles qui étaient les siennes, le serpent était roi. Si elle s’imaginait pouvoir user ainsi de son charme avec lui, elle se trompait lourdement.

« Je ne suis pas certain de ce que vous voulez de moi, aussi, j’attends que vous soyez précise. Mais gardez bien une chose en tête. »

Un petit hochement de tête sur le côté, un sourire un peu provocateur alors qu’il pressait légèrement le menton de la blonde de Château Rosières.

« Quoi que vous demandiez : cela exigera un lourd tribut. Êtes-vous certaine de vouloir emprunter ce chemin ? »

Il n’avait aucune envie de se retrouver mêlé à des complots extérieurs et encore moins à des affaires qui ne le regardait nullement. Il savait ce que valait Wendy Piper, mais si le prix à payer pour en faire ce qu’il voulait était trop important, il préférait passer son tour. Tout comme il oublierait cette conversation si elle se révélait trop timorée.



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 19 Nov 2017 - 0:03


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




Ses doigts se serraient inéluctablement sur la peau de cuir de l'Etoile à Sept Branches, s'enfonçant dans cette chair morte et tannée comme pour s'accrocher à quelque chose de tangible, qui ne faillirait pas. Si une main étrangère avait voulu défaire cette étreinte presque désespérée, nul doute qu'elle aurait arraché un morceau de ce cuir travaillé avec art et raffinement. Wendy était tendue à l'extrême, laissant flotter dans l'air devenu pesant sa dernière réplique qu'elle savait déterminante pour la suite de la conversation et épiant le moindre frémissement chez son interlocuteur qui lui indiquerait s'il était bien disposé à son égard et qui lui dicterait le comportement à suivre. Elle savait que tout se jouait à cet instant, et malgré ses dires et son courage démesuré né de sa soif inextinguible de vengeance, la Piper tremblait. Elle tremblait de la suite, car rien dans la personnalité du Mantaryen n'avait pu lui dévoiler les options des prochains coups. Elle était, pour une fois, en terrain totalement inconnu et face à l'être le plus imperméable et imprévisible qu'elle ait jamais rencontré, et c'était bel et bien une première pour celle qui se riait depuis longtemps maintenant de la prévisibilité affligeante des êtres qui l'entouraient. Alors elle avait rassemblé toutes ses forces, toutes ses ruses stratégiques pour donner le change, pour rester digne et forte, pour ne pas trahir l'incertitude qui lui enserrait le cœur et lui nouait sa gorge à l'en faire suffoquer. Seul un œil averti aurait pu déceler cette crispation, car la belle avait appris à maîtriser chacun de ses muscles pour en faire ce qu'elle désirait, un leurre vital qu'elle avait acquis en jugulant toujours un peu plus ses élans ravageurs envers ses ennemis. Chaque tension de son être se centralisait dans ses doigts fins et délicats pour ne rien laisser paraître, pour ne rien afficher sur son doux visage qui se devait de rester affable et détendu, pour étouffer les menus tremblements menaçant de secouer ses épaules contractées. Alors ses ongles se transformaient en ces griffes d'acier que rien ni personne ne pourrait délier.

Un premier signe arriva, bien que la conflanaise ne sut le déchiffrer tant il était à la fois prévisible et énigmatique : que comprendre du sourire complaisant qui naquit sur les lèvres du Serpent de la Cour ? Qu'il s'était attendu à cette chute ? Le doute n'était pas permis et Wendy ne devait certes pas être la première à solliciter le sombre savoir du Maître des Chuchoteurs. Que cette discussion l'amusait ? Peut-être. Que tout ceci lui paraissait pour le moins absurde, venu d'une jeune fille d'apparence tranquille et privilégiée, d'une adulte-enfant qui ne témoignait que d'un désir puéril de jouer dans la cours des grands ? Elle craignait en effet de ne pas être prise au sérieux, pourtant, elle avait tout mis en œuvre pour lui montrer qu'elle n'avait rien à voir avec toutes ces oies blanches qui simulaient un courage qu'elles n'avaient pas le cran d'assumer jusqu'au bout. La Dame d'Atour était différente, et elle s'était employée à lui prouver sans pour autant trop divulguer, fragile équilibre que seul un homme de sa trempe était en mesure de capter et d'en apprécier la valeur. Elle déglutit, partagée entre la brûlante envie de fuir le regard perçant de Valyron et celle d'affronter la menace, lui faisant baisser la tête sans pour autant lâcher de ses yeux l'étrange compagnon qu'elle s'était fait en cette soirée. Et c'est alors qu'un deuxième signe fit son apparition, un signe bien plus impénétrable encore que le premier et qui pouvait signifier tout et son contraire... Un signe inquiétant qu'elle n'avait pas anticipé.

Wendy retient son souffle, bloque sa respiration pour la contraindre à rester calme alors que tout son corps ne demande qu'à tressauter et à se dégager d'un contact pour le moins inattendu, empreint d'une familiarité parfaitement déplacée et inconvenante. Elle s'en défend pourtant, de cette irrépressible envie de s'enfuir en s'offusquant de la grossièreté qui lui était faite, consciente de la gravité de la situation et des précautions nécessaires qu'elle devait prendre à partir de maintenant. D'une main ferme, Valyron Tyvaros s'était offert le luxe licencieux de se saisir du menton de la jeune damoiselle pour la forcer à confronter son regard, sans qu'aucune esquive ne soit plus permise. Un frisson la parcourt alors que les doigts tenaces la frôlent d'abord, la touchent ensuite, l'agrippent enfin, déversant ses eaux glaciales le long de sa colonne vertébrale... et son cœur s'emballe, pulsant à tout rompre à l'en faire ressentir les battements jusque dans sa bouche qui s'assèche. Préoccupant. Tel était le signe que Tyvaros lui renvoyait, son regard vipérin la sondant de part en part, fouillant son esprit par le miroir de ses yeux pour définitivement comprendre à qui il avait à faire. Alors la Némésis endosse son rôle, sans se départir de sa maîtrise absolue quand bien même une peur sourde s'immisçait lentement en elle, la faisant frémir intérieurement. Elle devait continuer sa mascarade et lui prouver sa vaillance, seule planche de salut pour se sortir avec dignité de cette épreuve inopinée. De ses craintes subites, il ne reste plus que l'étau infernal étreignant son ventre. Et de ses badineries mutines, il ne reste que le vestige d'un sourire à présent figé. Ses prunelles sombres, elles, affichent un air de défi insolent, se plongeant avec jeu dans celles, d'acier, du Maître des Chuchoteurs. Elle ne faillirait pas, elle s'en faisait le serment, dusse t-elle supporter ce geste indécent et presque paternaliste.


« Vous prononcez de bien singulières paroles, ma Dame Wendy. » Son air était sérieux et un brin pensif, fait qui vint enorgueillir le cœur fier de la Piper. Elle pouvait craindre la suite des événements par son absence total de contrôle, mais elle pouvait au moins se targuer de mériter pleinement l'attention de l'homme le plus influent et le plus dangereux du royaume. Et elle contient le sourire qui ne demande qu'à exploser, trop prudente pour baisser sa garde. La tension est palpable, et le Mantaryen conserve son emprise sur elle, il n'était guère judicieux de s'autoriser un quelconque laisser-aller prétentieux. Ses doigts, à nouveau, s'engouffrent dans le cuir de son ouvrage sacré, se fondant et confondant dans cette peau tannée par des heures de travail pour dominer ses émotions, pour dompter le moindre frémissement qui jetterait à bas la lutte acharnée qu'elle livrait depuis des années. Ne pas flancher, jamais. Si elle devait user de tout ce qu'elle avait acquis depuis qu'elle était à Castral Roc, c'était bien en ce crucial instant, première fois où elle mettait réellement à l'épreuve ses talents face à un adversaire de taille. Sauf que c'était contre elle-même qu'elle luttait en réalité, contre elle et les réactions naturelles qui l'envahissaient, bataillant pour tolérer ces doigts tenant son menton, pour accepter sans broncher ce regard scrutateur et aiguisé s'insinuant jusque dans les tréfonds de son âme pour la mettre à nue. Indécent, tout ceci était indécent. Et c'était avec toute sa volonté qu'elle retenait son bras de venir repousser violemment la main de Valyron de Mantarys.

« Je ne suis pas certain de ce que vous voulez de moi, aussi, j’attends que vous soyez précise. Mais gardez bien une chose en tête. » Une fraction de seconde. Il laissa planer ce début de phrase une simple fraction de seconde, ses lèvres s'étirant en un sourire dangereusement provocateur. Fragment de temps pendant lequel l'air quitta les poumons de Wendy, provocant la naissance d'un horrible nœud dans sa gorge. La menace pointait là, dans ce ton racoleur et elle réprima une grimace quand elle sentit ses doigts serrer davantage son délicat menton, comme si elle n'était qu'une petite gamine à qui l'on ferait la leçon. Ses yeux sombres s'illuminèrent soudain d'une flamme incandescente. « Quoi que vous demandiez : cela exigera un lourd tribut. Êtes-vous certaine de vouloir emprunter ce chemin ? »

Les dents de Wendy se serrèrent, comprimant leur émail à l'en faire sauter, les muscles de sa mâchoire se crispant avec une telle force que c'en devint douloureux. Elle avait étouffé dans son sein un mauvais ricanement, l'obligeant à avorter pour ne pas commettre d'impair mais l'étranglant presque. Elle s'était contrainte à maintenir son masque déterminé, son demi sourire ornanttoujours ses lèvres, de ces sourires qui veulent tout et rien dire et qui ne laissent qu'un étrange sentiment d'incertitude. Dites-moi, seigneur Tyvaros, qu'y a t-il de pire que de perdre sa famille, ses titres, son fief et d'être forcée de vivre avec l'instigateur de votre perte ? Elle avait déjà payé le prix maximum et n'importe quoi d'autre lui paraîtrait d'autant plus doux que cela servirait sa vengeance. S'était-il, finalement, lui aussi laissé berner par ses allures dociles et délicates pour ne point voir qu'elle était prête à se damner pour peu qu'elle rende la monnaie de leur pièce aux assassins de sa famille ? Rien, absolument rien ne la ferait reculer tant qu'elle continuait d'avancer dans sa croisade désespérée. La belle cligna des yeux rapidement, reprenant la maîtrise de ses sens. Elle ne bougea pas, pas encore, laissant croire au Serpent qu'il avait l'ascendant sur elle, restant docile, sans broncher contre les doigts toujours pressés contre son menton. Même la nature du tribut demandé ne l'effrayait pas, elle s'était attendu à pire menace. Seule la curiosité commençait à pointer dans son cœur. Sans se départir de son masque indescriptible, elle s'employa à lui répondre.

« Mon seigneur, je suis toujours certaine de mes actions, sans quoi je ne me risque pas à faire le moindre pas. Croyez-le ou non, je réfléchis avant d'entreprendre quoi que ce soit... » Défiant, son regard était embrasé d'une flamme nouvelle et son ton s'était légèrement teinté de sarcasme. Les manières qu'elle avait trouvé délicieuses quelques temps plus tôt l'irritaient à présent, rejetant avec hargne ce ton et ce geste paternaliste. Ce qu'elle affirmait n'était qu'une demi-vérité en l'occurrence, car si elle avait depuis longtemps réfléchi à ce qu'elle était prête à faire ou non pour mener à bien sa cause, anticipant ses états d'âmes et les dilemmes susceptibles de se présenter, elle n'avait guère songé au Maître des Chuchoteurs avant de poser ses yeux sur lui quelques minutes plus tôt. Mais qu'elle ait pensé ou non à Valyron Tyvaros et les conséquences d'une alliance avec un tel personnage, cela ne changeait rien au résultat : elle était prête à tout et ce n'était pas les paroles du Mantaryen qui l'effrayaient. Quoi qu'il lui demande en retour, ce ne serait jamais pire que ce qu'elle avait vécu, et cela en vaudrait toujours la peine si cela la rapprochait un tant soit peu de son objectif. « J'ai déjà payé le plus lourd des tributs qui soit, mon seigneur Tyvaros, un peu plus, un peu moins, aujourd'hui cela n'a plus guère d'importance pour moi. Mais donnez-moi votre prix... » Un sourire étira le coin de sa bouche et ses yeux se firent perçants. D'une main, elle vint trouver celle de son interlocuteur qui lui maintenait toujours le menton, enroulant sa paume réchauffée par son étreinte sur son livre autour du poignet de Valyron. Elle se fit comploteuse, puis badine, laissant sa main quelques instants en contact presque voluptueux avec la peau froide du Serpent. « … et je vous dirai mes petits secrets, qui vous vous en doutez, concernent l'Ouest et ses lions. »

Mais son regard se fit soudain plus dur, et son air plus implacable, drapant tout son être d'un voile de dignité outragée. « Mais si nous devons... faire affaire, monseigneur... D'un geste sec et précis, sans violence, elle appuya sur le bras du Mantaryen de sa main tout à l'heure si caressante, pour lui faire lâcher son emprise. Elle accompagna son mouvement, ne lâchant pas le poignet de Valyron... Gardez pour vous vos gestes paternalistes. Je ne suis plus une petite fille et je n'ai pas à tolérer d'être traitée de la sorte. » Son cœur battait la chamade et elle sentait malgré elle le feu lui monter au joue, elle qui pourtant s'ingéniait à masquer la moindre de ses émotions. Mais quelque chose l'avait contrariée dans le fait qu'il la traite comme une enfant, quelque chose venant lui titiller le bas-ventre et Wendy n'avait pas voulu l'encourager dans ce sens. Elle était une femme, de sang noble de surcroît, même si sa noblesse était insignifiante, et elle avait acquis une maturité bien plus avancée que la moyenne des autres femmes de son âge. Et quelque chose en elle voulait qu'il le reconnaisse. Un besoin de reconnaissance ? Une soif d'être prise au sérieux ? Elle ne parvenait pas à délier les fils de ses sentiments, mais sa main, elle, restait accrochée à celle de Tyvaros et son regard brillant était planté dans ses yeux incisifs.

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Sam 23 Déc 2017 - 0:14

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

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« Mon seigneur, je suis toujours certaine de mes actions, sans quoi je ne me risque pas à faire le moindre pas. Croyez-le ou non, je réfléchis avant d'entreprendre quoi que ce soit... »

Valyron avait senti les dents de la jeune femme se serrer quelques instants plus tôt, au travers de ses joues roses. Elle n’appréciait pas d’être rabaissée à son statut de jeune femme à peine sortie de l’enfance. Le regard de la Vipère de Mantarys se heurtait désormais au deux orbes résolument mutins qui lui faisaient face. La petite vierge des eaux semblait désormais se transformer en furie dormante. Le ton était subitement devenu sarcastique et le feu qui brûlait au fond des pupilles de la jeune femme montrait qu’elle n’était pas du tout une oie écervelée. Intéressant, oui : c’était le mot. Elle dissimulait bien son véritable but et ses intentions. Elle dissimulait plus, elle cachait qui elle était vraiment.

« J'ai déjà payé le plus lourd des tributs qui soit, mon seigneur Tyvaros, un peu plus, un peu moins, aujourd'hui cela n'a plus guère d'importance pour moi. Mais donnez-moi votre prix... »

Une nouvelle fois, Valyron laissa couler un sourire énigmatique. Son prix ? Il n’en avait qu’un en tête, et il comptait bien le réclamer. Quant au lourd tribut auquel faisait référence la jeune Wendy Piper avec sarcasme, il n’avait que trop idée de ce que ce pouvait être. La jeune demoiselle du Conflans était donc une icône de la vengeance, sa personnification dans une quête destructrice où seul comptait le résultat et les dommages causés ? Que c’était lyrique, romantique. Cela aurait sans doute fait un excellent sujet de ballade pour un barde. Il se promit de garder l’idée de côté, pour la soumettre un jour à l’un de ces artistes. Valyron Tyvaros, patron des arts lyriques, cela rendait bien.

Une main ferme vint se placer sur celle du Mantaryen. Le regard toujours vissé dans celui du Chuchoteur, Wendy Piper venait de trouver son poignet. Elle le regardait toujours avec une force de caractère incontestablement puissante. Elle n’était pas venue pour se laisser impressionner ou effrayer par de simples paroles. Sa main chaude dégageait une énergie particulière le long de la peau d’écailles du maître-espion, tandis que son regard se faisait tantôt mystérieux, tantôt plein de luxure. Changeant, il s’accrochait au regard vipérin de Valyron pour le troubler, le perdre et le noyer dans les eaux troubles et boueuses, dignes du Conflans, de la conscience de la Vierge des Eaux.

« … et je vous dirai mes petits secrets, qui vous vous en doutez, concernent l'Ouest et ses lions. »

Cette fois, un sourire victorieux s’afficha sur les lèvres du Mantaryen. Voilà ce qu’il attendait. Une porte d’entrée dans le Roc, un contact sérieux et bien placé dans l’antre des Lions Lannister, si secrets, si riches et si influents. Voilà ce qui manquait à l’arsenal du renseignement royal, un véritable espion au cœur de la tanière de l’Ouest, exactement ce qu’il lui fallait. Et cela allait lui coûter à peine quelques renseignements… L’affaire était trop belle pour être laissée de côté. Soudainement, le regard de la jeune femme se fit empreint d’une dureté encore inédite depuis leur rencontre.

« Mais si nous devons... faire affaire, monseigneur... »

D’un geste net, d’un geste fort, elle repoussa le bras de Valyron pour lui faire lâcher prise. Il accepta cette démonstration d’autorité de la petite demoiselle du Conflans et desserra son étreinte sur le menton de Wendy alors qu’elle accompagnait son geste jusqu’à ce que la main de Valyron se retrouve contre son propre torse.

« Gardez pour vous vos gestes paternalistes. Je ne suis plus une petite fille et je n'ai pas à tolérer d'être traitée de la sorte. »

Elle se mit subitement à rougir ce qui ne manqua pas d’attirer l’attention de Valyron alors que leurs regards étaient toujours aussi emmêlés, leurs mains, toujours liées. Valyron resta un bref moment interdit, regardant sans comprendre ce que souhaitait la jeune femme qui lui faisait face. Son sourire avait disparu pour une attitude légèrement surprise. Son visage n’exprimait pas grand-chose de plus qu’une stupéfaction à moitié dissimulée par réflexe. Puis, lentement, un sourire narquois monta aux lèvres de Valyron. Encore un. Ce soir, le Chuchoteur était d’humeur souriante.

En un éclair, la main de Valyron s’était emparée de celle de Wendy et ses doigts la caressait avec une douceur toute stupéfiante de la part du serpent de la Cour. Il continuait de la dévisager avec un regard aussi agréablement surpris que finalement… charmé ? Alors qu’il continuait à sentir le grain délicat de cette peau diaphane qui roulait sous ses doigts, le Serpent utilisa le même genre de mouvement pour attirer la jeune femme légère plus proche de lui, sec, précis, mais sans violence. Il se pencha à l’oreille de la jeune femme et lui murmura d’un air conspirateur.

« Vous devriez faire attention, dame Wendy. Demander son prix à un homme lorsque l’on est aussi belle femme que vous… Voilà qui pourrait vous attirer les propositions les plus indécentes que vous n’ayez jamais entendues. »

Il se releva, son sourire toujours affiché. Il ne savait plus trop si c’était toujours du travail de conspirateur ou autre chose, mais il se sentait dans son élément. Après tout, la jeune femme était une beauté rare, mais plus fort encore, elle avait un esprit aussi aiguisé qu’un poignard d’acier valyrien. Il n’avait aucun autre sentiment en tête que de faire ce qui lui semblait être la chose la plus absolue dans cette situation. Il déposa une main au creux des hanches de la jeune femme et se pencha droit sur elle, gardant son visage à quelques centimètres du sien, tel un serpent jaugeant sa proie pour décider s’il frapperait ou non.

« Vous ne m’avez toujours pas dit ce que vous cherchez comme information, noble dame. »



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Wendy Piper
OUEST
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MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Ven 19 Jan 2018 - 17:08


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi


Par les Sept, qu'elle détestait son sourire !

C'était avec une rage profonde et bouillonnante qu'elle se contraignait à museler son irrépressible envie de venir, de ses ongles acérés, lui arracher ce rictus agaçant qu'il lui offrait en permanence ! Parfois railleur, parfois badin, parfois victorieux... mais toujours énigmatique, toujours dérangeant, donnant naissance à ce sentiment désagréable d'un malaise persistant. Et pourtant... Elle se flagella instantanément de la pensée fugace qui venait de lui traverser l'esprit, pour se concentrer sur sa fureur du moment. Wendy était furibonde de ne pas savoir sur quel pied danser, enragée de ne pas pouvoir prévoir, anticiper ses propres actions, ses propres pensées, impuissante face à cet homme dont l'expertise des jeux de cours la renvoyait dans sa province et lui renvoyait une image d'elle-même qu'elle ne désirait pas voir. Finalement trop jeune, trop inexpérimentée et incapable de manipuler les esprits avertis. C'était elle qui était devenue petite marionnette entre ses mains. Elle n'avait jamais rencontré tel défi jusqu'à présent, et la résistance qu'elle affrontait à cette heure la désarçonnait plus que de raison et la plongeait dans une colère presque capricieuse. Malgré tout, la Vierge était encore suffisamment habile pour dissimuler ces ressentis dévastateurs et pour contrôler ses muscles, pour maîtriser son ton et ses regards, pour continuer à jouer le jeu dangereux du Serpent, qui, bien malgré elle, l'excitait autant qu'il l'effrayait...

Car la Pieuse ne pouvait nier l'accélération des battements de son cœur, le feu qui lui réchauffait les joues et cette formidable attraction suscitée par la personne de Valyron de Tyvaros et son regard magnétique. Etait-ce d'avoir rencontrer, pour la première fois, un esprit bien plus aiguisé et retors que le sien ? Etait-ce le pouvoir grisant qu'il dégageait ? Ou était-ce simplement la conséquence des premiers émois d'une jouvencelle tout juste sortie de l'enfance, qui s'amusait à un jeu dont elle ne connaissait pas vraiment les règles ?... Elle sombra un peu plus dans la confusion des sens lorsque le Chuchoteur s'empara de sa main, sans crier gare, pour commencer à cajoler sa peau fine avec une douceur qu'elle ne lui soupçonnait pas, distillant en elle un fluide inconnu à la chaleur à la fois piquante et plaisante. Wendy plongea un regard troublé dans celui de son compagnon, qu'elle fut déconcertée de trouver... légèrement surpris ? Agréablement surpris, visiblement... Un fragment de seconde, la belle afficha sa perplexité, ne sachant que faire de cette multitude d'informations qu'elle n'était guère habituée à gérer. Les observations froides, elle savait les gouverner et en tirer les bonnes conclusions. Mais ses propres bouleversements étaient bien plus complexes à étudier, encore plus quand elle avait en face d'elle un maître dans l'art du chambardement...

Mais sa faiblesse d'un instant fut balayée par le comportement suivant du Mantaryen, soufflant la flamme de ses sentiments naissants pour rendre sa place à sa dignité outragée. D'un geste sec, Valyron attira plus près de lui la jeune conflanaise, rapprochant leurs deux corps et leurs deux visages avant d'avancer sa bouche venimeuse contre la conque de son oreille. Elle frissonna d'une rage mêlée d'un plaisir coupable en sentant le souffle chaud de l'homme sur sa peau, s'insinuant lentement dans le pavillon pour propager sa mise en garde doucereuse jusque dans son âme. « Vous devriez faire attention, dame Wendy. Demander son prix à un homme lorsque l’on est aussi belle femme que vous… Voilà qui pourrait vous attirer les propositions les plus indécentes que vous n’ayez jamais entendues. » Scandalisé. Tel était l'état de la Vierge que trahissaient ses yeux s'écarquillant soudain et de plus en plus. Son cœur soutenait un tempo bien trop vif pour être confortable, et l'air quittait ses poumons tandis que sa bouche s'asséchait subitement. Mais elle n'eut guère le temps de s'offusquer davantage avant qu'il ne pousse l'inconvenance un peu plus loin. Contre toute attente, elle sentit une main se loger dans le creux de ses hanches, emprise douce et dangereuse qui la fit tressaillir intérieurement.

« Vous ne m’avez toujours pas dit ce que vous cherchez comme information, noble dame. » Leurs nez se touchaient presque et Wendy pouvait sentir la respiration du Chuchoteur souffler doucement sur son visage. Frénétique, sa poitrine se soulevait et s'abaissait ; déchaîné, son sang bouillonnait dans ses veines. Allant d'une iris à l'autre, le regard de la conflanaise trahissait son inquiétude subite, et très vite, elle détourna la tête pour jeter des œillades anxieuses alentour. L'indécence de sa posture lui faisait soudain peur, elle qui s'enorgueillissait de sa chasteté pure et sans tache, de sa vertu exacerbée, elle qui portait sa foi et ses principes en étendard. Que dirait-on si d'aucun la voyait ainsi, dans les bras d'un homme, au beau milieu de la soirée, dans un coin de couloir ?... Sa crédibilité en serait lourdement amoindrie... Elle était bien plus angoissée à l'idée d'être surprise dans cette situation que par la situation elle-même, car après tout, elle était déterminée à user de tous les moyens pour arriver à ses fins. Sa propre déchéance lui importait peu, sa pureté et son innocence étaient déjà mortes, il y a deux ans, brûler sur le bûcher de sa vengeance. Mais il fallait jouer le jeu des apparences, pour servir au mieux sa soif de revanche, et la position dans laquelle elle se retrouvait présentement était précisément un impair à ne pas commettre aux yeux de tous. Cependant, l'endroit semblait déserté, ou particulièrement bien choisi par celui qui avait coutume de recueillir les plus infâmes secrets en toute discrétion... La jouvencelle reporta son attention sur son improbable séducteur, ne sachant plus très bien qui des deux avait commencé ce jeu. Il la scrutait, la jaugeait, une flamme gourmande dansant dans ses yeux. Il semblait prêt à la dévorer toute entière et elle se laissa perdre dans ce regard hypnotiseur quelques secondes, ne sachant encore comment réagir. L'imprévu de la situation l'avait prise de court, mais elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même : à vouloir jouer avec le feu, l'on risque de se brûler... Un sourire mutin étire soudain ses lèvres, tandis que son regard se baisse, faussement prude. Son choix était fait.

« Monseigneur... Que dirait-on si l'on nous surprenait dans cette position ? Allons allons, voilà qui entache votre prudence légendaire... » A son tour, elle se fait cajoleuse, ses doigts s'entremêlant dans ceux du serpent pendant que de l'autre main elle s'agrippe au revers de sa veste pour se coller un peu plus à lui. Elle rive son regard dans celui de Valyron, ses yeux brillant d'une lueur séductrice, et elle approche encore un peu plus sa bouche, réduisant la distance à un maigre centimètre. Sa voix se fait murmure voluptueux. « Aussi devrais-je parler vite pour éviter de nous compromettre tous deux, et vous libérer séance tenante. Mais avant... Lentement, elle avance, malicieuse, ses lèvres, effleurant celle du Chuchoteur, et un enivrant frisson descend le long de sa colonne à ce délicieux contact fugitif. Mais alors qu'elle frôle cette bouche au sourire dangereusement irrésistible, la belle esquive pour venir déposer un léger baiser à la commissure des lèvres... je vous remercie du compliment, monseigneur Tyvaros, j'en suis d'autant plus honorée venant de la part d'un homme tel que vous. » Wendy se recule légèrement pour mieux fixer son regard ardent dans celui du Mantaryen, sentant toujours sa paume lui brûler le dos. Il était agréable et entêtant, ce contact charnel. Parfaitement déplacé, parfaitement interdit. Mais divinement étourdissant et la Piper commençait à apprécier les picotements étranges qu'elle ressentait du creux de son estomac jusque dans son bas ventre.

Néanmoins, l'instant fuit, et elle penche la tête, dévisageant son interlocuteur, semblant peser le poids de ses pensées, de ses questions, une petite ride venant se former entre ses deux yeux, marquant sa réflexion. Ce jeu badin était agréable et pour le moins inattendu, mais le moment était venu de revenir au sujet premier. La Vierge caresse pensivement le revers de la veste qu'elle agrippait fermement tout à l'heure, rassemblant ses esprits pour retrouver sa concentration. « Que savez-vous d'Allyria Tarbeck, monseigneur ? Voilà ce que j'attends de vous. Elle a miraculeusement pris une place... unique et précieuse dans notre vie, depuis le siège de Port-Réal... Vous qui avez des yeux et des oreilles partout, peut-être avez-vous quelques informations sur cette jeune damoiselle aux mœurs... que je sais douteuses. » Son regard avait perdu son éclat taquin pour redevenir pierre dure et redoutable. La Tarbeck avait refait surface à Port-Réal. Peut-être tenait-elle là un début de piste à creuser pour faire chuter l'Idole de son piédestal, et elle ne comptait pas laisser passer l'opportunité.

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Mer 31 Jan 2018 - 0:19

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

ft.








Ils jouaient un jeu dangereux. Un jeu où tout pouvait basculer d’un moment à l’autre. Pourtant s’il était bel et bien dangereux, ils n’étaient pas exposés de la même façon. S’ils étaient surpris maintenant, Valyron passerait pour un séducteur qui n’avait pas hésité à jeter son dévolu sur une pure et chaste demoiselle des collines et des rivières alors que le déshonneur et l’opprobre s’abattraient sans discontinuer sur la Vierge des Eaux. Que la société westerosie était inégale. Valyron avait beau l’avoir fréquenté depuis plus longtemps que celle qui était en vigueur dans sa terre natale de Mantarys, il s’en étonnait encore fréquemment. Il avait beau avoir un titre, le respect de certains et l’oreille de tous, il ne resterait jamais qu’un étranger venu de par-delà les mers…. Tout comme les Targaryen qui étaient désormais les légitimes souverains de ces terres. Loin de se laisser démonter, Wendy Piper afficha un sourire espiègle comme pour signifier son entrée de plain-pied dans le jeu dangereux qui était le leur.

« Monseigneur... Que dirait-on si l'on nous surprenait dans cette position ? Allons allons, voilà qui entache votre prudence légendaire... »

Alors que son ton se faisait enjôleur, la jeune femme enroulait ses doigts autour de ceux du Serpent, s’agrippant de sa main libre au veston de velours. Au creux de ses orbites, au fond de ses pupilles, luisait une lueur éloquente. Ils étaient tous proches l’un de l’autre. Il sentait le parfum de la jeune femme monter jusqu’à ses narines en de nébuleux tourbillons qui évoquaient mille et un plaisirs. Quant à ses paroles… Oui, la prudence du Serpent était effectivement de notoriété publique. Cela ne l’empêchait pas de parfois prendre des risques quand bien même il abhorrait ça. Le risque était une notion toute relative, toute particulière. Prendre des risques sous-entendait de décider d’une action sans contrôler tous les paramètres de son milieu. La plupart du temps, c’était simplement dangereux. Valyron n’aimait pas le risque, et il n’en prenait qu’en cas d’absolue nécessité.

« Aussi devrais-je parler vite pour éviter de nous compromettre tous deux, et vous libérer séance tenante. Mais avant... »

Elle s’approcha encore plus près pour venir frôler ses lèvres dans ce qu’il crût être un baiser fugace. Son arrogance lui joua un tour. Ce n’était rien d’autre qu’un simulacre et il se retrouva comme un idiot avec la jeune femme déposant un baiser à la commissure de ses lèvres. Il s’était fait flouer comme un débutant, un jeune ingénu.

« Je vous remercie du compliment, monseigneur Tyvaros, j'en suis d'autant plus honorée venant de la part d'un homme tel que vous. »

De la flatterie, encore et toujours. Cette fois trop évidente pour pouvoir être occultée par le plaisir qu’elle procurait. Le regard de la jeune femme irradiait de désir et de volupté à tel point que Valyron lui-même en était troublé. Que diable pouvait-elle pouvoir ? Après tout, Wendy Piper était la Vierge des Eaux, connue partout pour sa soumission à ses si chers Sept. Quel pouvait être son moteur pour outrepasser ainsi ses valeurs, ses croyances et tout ce qui structurait sa vie ?

Dès le moment où elle renversa la tête sur le côté, il sentit son regard redevenir scrutateur. Les réponses qu’il pouvait se poser trouveraient rapidement réponse, il en était persuadé. Le badinage n’avait été qu’une charmante mise en bouche, une entrée de jeu qui laissait désormais la place aux affaires. Le moment de grâce s’était envolé pour finalement dévoiler le but de tout cela. La raison qui avait poussé Wendy Piper à bousculer le Maître des Chuchoteurs du Roi échappait encore à ce dernier. Et come tout secret qu’il ne parvenait pas à saisir, celui-ci focalisait l’attention sur lui.

« Que savez-vous d'Allyria Tarbeck, monseigneur ? Voilà ce que j'attends de vous. Elle a miraculeusement pris une place... unique et précieuse dans notre vie, depuis le siège de Port-Réal... Vous qui avez des yeux et des oreilles partout, peut-être avez-vous quelques informations sur cette jeune damoiselle aux mœurs... que je sais douteuses. »

Instantanément, Valyron Tyvaros redevint le Serpent. Son regard qui avait été un temps enjôleur s’était mué en un double disque aussi gris et coupant que de l’acier valyrien, son sourire charmeur avait été remplacé par une moue froide qui ne laissait rien flitrer. Face à lui, le regard de la Piper était de nouveau ferme, comme endurci par les épreuves. Son intransigeance ne laissait aucun doute : c’était pour cette question précise qu’elle avait tout provoqué.

Allyria Tarbeck. Voilà un nom qu’il n’avait pas entendu depuis… une éternité. Il se souvenait encore de la première fois qu’il avait fait face à la jeune femme, au large de Port-Réal. Il dirigeait personnellement la chasse de navires rebelles dans la Baie et ils avaient arraisonné celui qui transportait Allyria Tarbeck et Taenya Drox vers Accalmie. Le reste de l’histoire avait été chamboulé par les événements dramatiques de la fin du règne de Maegor, et il ne souhaitait guère se souvenir de tout cela. Fronçant le nez de désapprobation, il rompit le contact physique entre eux et recula d’un pas tout en passant une main comme pour défroisser sa veste.

« Wendy Piper… On vous dit la Pieuse des Eaux, on vous dit sainte et chaste. Risquerez-vous votre réputation pour obtenir ces réponses ? »

Après coup, il se fit la réflexion que son propos pouvait aussi être une invitation durement graveleuse mais cela importait peu en fin de compte. Tout cela était un immense test, si Wendy Piper le réussissait, ils en sortiraient tous deux renforcés. D’un geste simple, il invita la jeune femme à le suivre. Il n’y avait plus ni galanterie ni rodomontades. Le Chuchoteur marchait deux mètres devant, d’un pas rapide et souple, ne faisant pas plus de bruit qu’un reptile nocturne. Ils traversèrent ainsi quelques couloirs et descendirent une volée de marches jusqu’à atteindre un couloir plus étroit percé de plusieurs portes espacées. Devant l’une d’entre elle se trouvait un homme en armure noire qui montait stoïquement la garde. Arthus Nerbosc, l’âme damnée de Valyron veillait sur le bureau de son maître lorsque ce dernier s’absentait. La crinière noire comme la nuit, le teint pâle, il salua d’un œil froid la jeune femme qui suivait le vipérin conseiller qui poussait la porte de bois après en avoir déverrouillé la serrure.

Lorsque la porte se referma sur Wendy, Valyron avait disparu. La pièce n’était pas très grande, plus longue que large. Face à la porte par laquelle était entrée la Pieuse, un bureau encombré et imposant occupait le centre de la pièce. Derrière lui, dissimulée derrière un voile de tissue fin, se trouvait une ouverture donnant sur un petit balcon. Le mur de gauche était recouvert dans toute sa longueur de rayonnages de bois surchargés de documents poussiéreux et d’artefacts qui semblaient là depuis la Longue Nuit. Une porte faisait face à cette impressionnante collection. Entre cette porte et le balcon, le long de cette portion du mur de droite se tenait un petit buffet au-dessus duquel était accrochée une grande carte colorée et visiblement restaurée avec soin. Enfin, sur le buffet, sous une cloche de verre qui avait coûté une véritable fortune, un étrange objet ovoïde améthyste qui semblait comme cuirassé patientait sagement sur un coussin de velours rouge. La deuxième porte s’ouvrit sur un Valyron tenant dans ses mains un flacon d’un alcool brun tirant sur l’orange et deux coupes de cristal. Les gobelets métalliques, même lorsque le matériau était noble, indisposait le natif de Mantarys qui préférait la perfection du cristal, quand bien même le prix était largement supérieur. Le luxe discret mais ravageur du maître-espion du roi. Il déposa le tout sur le bureau déjà encombré et se retourna vers la jeune femme.

« Asseyez-vous si vous le souhaitez. »

Deux fauteuils confortables faisaient face au grand bureau derrière lequel une chaise plus rudimentaire était installée. Valyron appréciait le confort mais se considérait comme un artisan et avait fait le choix de prendre un siège relativement rustique afin de ne jamais s’assoupir sur son travail.

« J’ai fait plus que simplement entendre parler de cette Allyria Tarbeck, ma chère Wendy. Je l’ai rencontrée. C’était il y a … un an ? Un peu plus, même. Quelques jours avant la bataille. »

Il faisait bien entendu référence à celle de Port-Réal, celle qui avait décidé du destin de tous, celle qui avait scellé le sort de la guerre et celui de Maegor dans la foulée. La seule qu’il avait connu, soit dit en passant. Il servit deux verres de cette formidable liqueur Tolosienne qu’il faisait parfois importer et en avança un vers Wendy. Il prit lui-même une gorgée. Cet alcool le ramenait bien des années en arrière, pensa-t-il mélancolique. Toutefois, le choix n’était pas totalement anodin. Bien que sucrée, la liqueur était relativement forte et l’expérience lui disait que le taux d’alcoolémie d’une personne pouvait bien révéler des informations supplémentaires. Il fit enfin face à la jeune femme d’un air très sérieux.

« J’ai effectivement des informations sur cette demoiselles atypique, dirons-nous. Mais avant cela… »

Le sourire charmeur, assuré et plein d’exotisme refit son apparition.

« Dites-moi pourquoi vous voulez ces renseignements, Dame Wendy. »







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Wendy Piper
OUEST
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MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Ven 16 Fév 2018 - 18:05


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi


« Wendy Piper… On vous dit la Pieuse des Eaux, on vous dit sainte et chaste. Risquerez-vous votre réputation pour obtenir ces réponses ? »

Un éclat singulier traversa le regard sombre et inflexible de la conflanaise, tel une flèche enflammée décochée de l'arc puissant du Guerrier lui-même. Me sous-estimez-vous donc à ce point, mon seigneur ? Le risque, chez elle, n'était jamais un coup de dé, mais un calcul disposant de plusieurs résultats, et calculer, elle avait appris à le faire très rapidement. Jamais il ne put voir le rictus déformant très légèrement sa bouche, car le Serpent avait déjà tourné talon en l'invitant à le suivre. Sans un mot, elle mit ses pas dans ceux du Chuchoteur, traçant sa route dans le dédale rocheux du Donjon Rouge. Depuis qu'elle avait donné vie à la véritable raison de cette entrevue audacieusement provoquée, Valyron de Tyvaros avait, tout comme elle, retrouvé sa peau originelle, celle faite de sa froideur caractéristique, de sa rigidité implacable et de son regard hermétique. Il avait rompu le contact sensuel de leurs deux corps rapprochés, achevant l'éloignement entamé par Wendy, et c'était presque à regrets qu'elle avait laissé s'échapper les doigts l'étreignant dans son dos... Mais l'heure n'était plus au badinage, et elle avait presque peiné à se le rappeler, l'espace d'une seconde qui avait semblé durer des heures...

Son regard rivé sur le dos de son étrange acolyte, la Piper se prit à ressasser les derniers mots de Valyron. On vous dit sainte et chaste... Si chaste elle le demeurait encore, depuis combien de temps n'avait-elle plus rien d'une sainte ? Était-ce là pure démonstration de son talent de dissimulation, pour que même l'homme le plus informé du royaume soit persuadé de sa glorieuse vertu ? Son cœur oscillait entre la satisfaction personnelle d'avoir réussi le pari qu'elle s'était lancé en arrivant à Casral Roc en tant qu'otage et le dégoût le plus profond pour ses actes iniques, empreints de l'hypocrisie la plus obscène et se roulant sans vergogne dans le luxe d'une vie mensongère. Ô sainte Mère, pardonnez mon orgueil, pardonnez ma haine... Car elle, elle ne pourrait jamais se pardonner... Elle avait bafoué tout ce en quoi elle avait cru depuis sa plus tendre enfance, elle avait piétiné toutes ses années d'efforts pour incarner les principes qu'elle psalmodiait dans le secret du Septuaire ou dans l'intimité de sa chambre. Elle représentait aujourd'hui tout ce qu'elle avait toujours condamné et combattu, sacrifiant son credo sur l'autel de la Vengeance Justicière. Même sa chasteté, n'était-elle pas en train de devenir qu'une prétendue vérité ? Combien de temps parviendrait-elle à ne pas damner son corps tout comme elle avait corrompu son esprit ? Les quelques voluptueuses minutes passées dans les bras du Maître des Chuchoteurs lui avait fait explorer des sensations inconnues et lui avait parfaitement fait comprendre qu'elle n'hésiterait pas à céder si l'accomplissement de son plan devait en passer par là... Elle ne craignait plus rien. Pas même le courroux des Sept qu'elle faisait sien, se prenant pour le bras armée de la Justice du Père, justifiant ses actions condamnables par la grandeur de sa mission presque divine.

Elle pressa soudain le pas, son souffle devenant court à mesure qu'elle tentait de maintenir le rythme de marche du Mantaryen : il avançait avec aisance et extrême discrétion avec la sinuosité de la démarche du Serpent, manquant de perdre son hôte au détour d'un couloir. Si elle le perdait de vue, Wendy sut instantanément qu'elle serait incapable de retrouver son chemin, quand bien même elle s'évertuait à chercher à fixer dans sa mémoire le moindre repère. Ici, dans les ténèbres de la nuit, les murs se ressemblaient tous et ils semblaient errer tels deux spectres en perdition. Alors qu'ils arrivaient devant une porte gardée par un homme en armure, la Jouvencelle sentit son cœur accélérer sa cadence et remonter lentement dans sa gorge : si le danger avait été présent depuis le début, il devenait bien plus prégnant à cet instant, car lorsque la porte se refermerait derrière elle, ne subsisterait plus aucune échappatoire. Prisonnière de l'antre de la Vipère du Roi, sans âme qui vive dans les parages hormis le garde posté dehors qui, de toute évidence, n'était pas là pour assurer sa sécurité mais pour conserver le secret et l'inaccessibilité du bureau de son maître... Tout se jouerait dans cette pièce, et elle allait devoir déployer toute l'étendue de sa dextérité si elle voulait ressortir dignement de ce bureau. La prudence intelligente était de rigueur et elle allait pouvoir mettre en œuvre tout ce qu'elle pratiquait depuis des mois... Sous le regard froid du garde, Wendy inspira profondément avant de passer le seuil.

Le cliquetis de la porte scellant son destin ne la fit pas même tressaillir, alors que ses yeux émerveillés se posaient sur une collection de trésors. Ébahie, Wendy laissait son regard vagabonder d'étagère en étagère, n'osant pas même mouvoir le moindre orteil de peur de briser la sacralité de l'endroit : ici, des livres anciens, là, des parchemins poussiéreux, et, disséminés un peu partout, une myriade d'objets plus intrigants les uns que les autres. Au milieu de la pièce trônait un lourd bureau de bois travaillé avec expertise, saturé de documents. Et ce fut à cet instant seulement que la belle se rendit compte qu'elle était seule. Haussant un sourcil, elle balaya des yeux la pièce à la recherche de Valyron, pour ne trouver que deux portes derrière l'une desquelles il devait se trouver. Mue par l'assurance d'être seule et par un profond sentiment de curiosité, Wendy fit quelques pas en direction d'un buffet, ses iris avides ayant été attirées par une magnifique carte suspendue au-dessus du meuble... Sa soif de connaissances la tenaillait depuis toujours, ne voyant jamais le temps passer pendant les leçons d'Histoire et de géographie. Les mots Essos, Île d'été, Valyria, mer de Jade, Asshaï-lès-Ombres résonnaient dans sa mémoire comme autant de contes peuplant l'imaginaire émerveillé d'une petite fille consciente que sa destinée ne l'entraînerait jamais vers ces contrées lointaines au goût exotique. Mais alors qu'elle réduisait la distance entre elle et la carte, ce fut un autre objet d'exception qui accapara son regard : sous une cloche de verre, siégeant sur un coussin de velours, reposait un œuf plus qu'étrange. Il était grand pour commencer, semblait enveloppé d'une cuirasse et possédait une couleur insolite rappelant l'améthyste. Était-ce bien ce qu'elle pensait ?...

La conflanaise n'eut cependant guère le loisir de s'interroger davantage, tandis qu'elle sursautait très légèrement lorsque le Mantaryen surgit de l'embrasure d'une porte, carafe et coupes en main. Plantée devant le bureau, perdue dans sa contemplation de l’œuf, son admiration et sa prudence l'avaient gardée de franchir la limite de l'inconvenance et rien, mis à part la direction de son regard, ne pouvait trahir son intention première d'aller frôler du doigt la coupole en verre protégeant cette curiosité magique. La réapparition subite de Valyron la ramena à la réalité de l'instant présent, alors que son entrée dans cette pièce semblait l'avoir projetée dans un univers parallèle, et elle profita qu'il s'installe à son bureau, servant deux coupes du liquide brun, pour rassembler ses esprits et reprendre contenance. Il l'invita à s'asseoir, invitation qu'elle déclina pour le moment, préférant sa posture qui lui donnait plus de hauteur et un avantage pour déguerpir plus vite, si le besoin s'en faisait sentir... « J’ai fait plus que simplement entendre parler de cette Allyria Tarbeck, ma chère Wendy. Je l’ai rencontrée. C’était il y a … un an ? Un peu plus, même. Quelques jours avant la bataille. »

Son cœur manqua un battement et, imperceptiblement, elle serra la mâchoire. Ainsi, son action n'avait pas été vaine et il pourrait lui en apprendre plus sur cette insupportable jeune femme. Valyron poussa une coupe de cristal en direction de Wendy, avant de siroter une gorgée du breuvage lui-même. Circonspecte, droite comme un piquet et la mine indéchiffrable, la Pieuse baissa ses yeux sombres vers le verre rempli avant de reporter son attention sur son hôte, le regard brillant. Tentait-il de l'enivrer dans l'espoir de la rendre plus docile tout en lui déliant la langue ? Bien que jeune et inexpérimentée, elle n'était pas étrangère aux stratagèmes de ce type, combien de fois avait-elle vu Johanna Reyne procéder de même avec ses invités... Les battements de son cœur pulsait dans tout son corps, dans sa gorge, dans son visage, à ses oreilles, symphonie presque assourdissante, et insoutenable alors qu'elle attendait surtout que Tyvaros lui révèle enfin ce qu'elle avait demandé. Mais il se faisait désirer, le sournois, gardant son air imperturbable, fermé, sérieux... « J’ai effectivement des informations sur cette demoiselles atypique, dirons-nous. Mais avant cela… Dites-moi pourquoi vous voulez ces renseignements, Dame Wendy. »

Son sourire irrésistible s'empara de nouveau de ses traits, et l'aplomb criant d'assurance refit surface. Alors le jeu était loin d'être fini ? Naïve, Wendy avait cru que l'isolation dans le bureau marquait le tournant de leur discussion, permettant de parler tout haut sans craindre les oreilles indiscrètes, et, éventuellement, de commencer à payer le tribut demandé à l'abri des regards. Erreur de calcul, c'était mal connaître la Vipère qui n'en finit jamais de ramper pour essayer d'avoir toujours une longueur d'avance. A son tour, la jeune fille lui offre un sourire, amusé cette fois, plantant ses prunelles pétillantes dans celles de Valyron. « Ne vous lassez-vous donc jamais de poser des questions, mon seigneur ?... A croire que vous ne savez faire que ça... » Elle se fait mutine, insinuant qu'il parle plus qu'il n'agit notamment dans le jeu de séduction. Elle le dévisage quelques secondes, son sourire espiègle, ensorceleur, toujours épinglé sur ses lèvres fines. Il ne le voit pas, mais dans son cerveau bouillonne un milliard d'options et ses rouages intellectuels s'acharnent à faire le tri pour faire un choix. Le meilleur, le plus prudent sans être le plus frileux. Elle savait d'instinct qu'il mépriserait sa réserve timorée tout comme il déprécierait une franchise trop candide où la précaution intelligente aurait déserté. Elle devait se montrer fine et habile.

Elle rompt le contact visuel pour s'avancer vers le bureau et se saisir de la coupe qui lui était destinée avant de se laisser tomber dans l'un des deux fauteuils disposés devant la table de travail. Elle avait opté pour la détente, la démonstration d'assurance. Elle ne devait pas montrer qu'elle le craignait, ni qu'elle doutait, mais qu'au contraire elle trouvait tout ce manège parfaitement normal et qu'elle était prête à continuer la danse, pour montrer qu'elle était à la hauteur de ce jeu. Du bout des lèvres, elle absorba un peu du liquide, se gardant de faire une grimace en s'apercevant qu'il était bien alcoolisé malgré sa robe sucrée. La Pieuse prônait la tempérance depuis toujours et ne buvait que très peu d'alcool, surtout depuis ces deux dernières années, sachant que l'ivresse serait son pire ennemi. Mais vu les circonstances, elle ne pouvait refuser, aussi ferait-elle comme toujours : semblant. La simulation n'était-il pas son mode de vie après tout ? « Je ne pensais pas que le prix à payer pour obtenir ces informations seraient de répondre à d'autres questions sur mes raisons précisément de vouloir ces informations... Je suis presque... déçue ?... Mais soit, c'est là votre devoir... tout savoir, quand bien même cela serait insignifiant. » Elle lui décoche un regard perçant, portant de nouveau sa coupe à sa bouche pour tremper ses lèvres dans le vin. Pas plus. Elle le taquine, sans honte. Rien de chaste dans les regards qu'elle lui offre.

« Cependant, mon seigneur Tyvaros, je souhaite revenir sur vos mots avant que vous ne me guidiez jusque dans votre bureau... Au sujet de ma réputation... Elle laisse le silence s'installer, redevenant sérieuse... Sachez que je suis bien trop prudente pour risquer ma réputation. Je prends des risques calculés tout en prenant soin de conserver ma réputation sans tache aux yeux du monde... Ce qu'il se passe dans le secret d'une relation... reste secret, il n'y a aucune raison pour qu'il en soit autrement car personne n'y gagnerait dans cette révélation. » Sibylline, l'insinuation était pourtant là et suffisamment claire. D'ailleurs, n'avait-elle pas pris garde à desserrer l'étreinte entre Valyron et elle, quelques minutes plus tôt, pour préserver sa réputation aux yeux du monde ? Et quel intérêt aurait-il à se vanter d'avoir séduit une petite conflanaise, quand bien même fusse t-elle belle-sœur du faiseur de roi ? C'était ce qu'elle appelait un risque calculé, un risque pour elle et son intégrité, mais certainement pas pour sa réputation.

« Quant à Dame Allyria... Son regard se perd dans l'onde rouge et tranquille de sa coupe qu'elle fait tourner entre ses mains. Elle sourit à la lueur d'une idée pour expliquer sans trop en dire. Disons qu'elle représente un obstacle à mes projets, un obstacle... conséquent, que je souhaiterais... éliminer. Elle accapare l'attention de ma chère sœur. » Sans y prêter attention, elle avale une grande gorgée de vin. S'attendait-il réellement à ce qu'elle lui révèle la noirceur de son âme ? Qu'elle étale devant lui l'intégralité de ses desseins sans broncher ? Elle relève soudain un regard dur vers Valyron. « Faut-il que j'approfondisse encore ? Dois-je m'attendre à d'autres questions ? Accepter de payer le prix que vous désirez, peu importe lequel il sera, ne suffit-il pas à obtenir quelques menues informations sur une parfaite idiote insignifiante pour la couronne ? Faut-il en plus que je mette à nue mes pensées les plus secrètes ? Qu'est-ce que cela pourrait vous apporter de plus, alors même que je m'offre déjà à vous comme une esclave prête à répondre à vos moindres demandes ? »

Wendy le fixe quelques instants, avant de se détendre et de quitter son fauteuil, délaissant son verre pour s'approcher de la cloche de verre protégeant son trésor, tournant le dos à Valyron. Qu'il était envoûtant, cet œuf... « Je vous l'ai dit lors des premières minutes de notre rencontre, mon seigneur, je ne vous ferai pas l'insulte de sous-estimer votre instinct. Vous savez au fond de vous qu'il y a plus que ce que je veux bien murmurer, et vous avez parfaitement conscience de ce que ce « plus » peut être. Nul besoin pour moi de formuler pleinement la chose, ce serait me délester de mon seul atout... » Sa voix s'était assombrie. Taire son secret était la seule chose qui lui restait. Et si d'aventure d'aucun devait apprendre les tenants et aboutissants de sa rencontre avec Valyron Tyvaros, au moins aurait-elle pour elle l'avantage de n'avoir pas formuler ses désirs de vengeance contre l'un des hommes les plus influents du royaume. Aucune trace, ni écrits, ni paroles incriminantes... Rien que des regards et des sous-entendus, mais on ne pouvait condamner sur du vent. Fascinée par l’œuf, elle laisse échapper la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'elle avait pénétré ce bureau. « S'agit-il bien de ce que je crois ? Un œuf de dragon ? »

Wendy se tourne, le regard luisant d'émerveillement. La discussion sérieuse pouvait bien attendre lorsqu'une merveille pareille trônait au milieu de la pièce, et la Vierge avait envie d'une pointe de légèreté dans ce contexte qui devenait pesant...

AVENGEDINCHAINS

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Ven 23 Fév 2018 - 20:17

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

ft.








Valyron s’était installé de manière très détendue sur le coin de son bureau, une main déposée sur le plat de l’ouvrage en bois, l’autre imposant un mouvement à la coupe de cristal au creux de laquelle nichait le liquide ambré. De sa main libre, il tapotait tranquillement sur le bureau tandis que la jeune femme prenait un air inquisiteur qui n’impressionna pas pour un sou le Serpent.

« Je ne pensais pas que le prix à payer pour obtenir ces informations seraient de répondre à d'autres questions sur mes raisons précisément de vouloir ces informations... Je suis presque... déçue ?... Mais soit, c'est là votre devoir... tout savoir, quand bien même cela serait insignifiant. »

Un sourire modeste vint répondre à la pique qu’elle lui adressait. Ils étaient nombreux à essayer de l’atteindre par le sarcasme et l’ironie. Peu importait, ce qui comptait seul était le résultat final de cette discussion. Valyron était agréablement surpris de voir qu’elle prenait le chemin qu’il avait prédit avec une exactitude presque absolue. Que c’était délectable. La jeune femme porta sa propre coupe à ses lèvres et y but une goutte. Sans aucune espèce de rapidité, le regard vipérin de Valyron glissa des yeux de la Piper à sa coupe, s’y arrêta quelques instants pour constater que le niveau avait à peine – sinon pas du tout – baissé.

« Cependant, monseigneur Tyvaros, je souhaite revenir sur vos mots avant que vous ne me guidiez jusque dans votre bureau... Au sujet de ma réputation... »

Dans le silence qui s’ensuivit, le maître-espion notifia l’invitation lancinante qui couvait au fond du regard de la jeune femme. Il n’y avait là qu’une invitation, aucune piété et rien d’autre que le désir de pêcher dans la luxure. S’il avait été l’un de ces fervents admirateurs des Sept, il aurait pu -peut-être – se formaliser. Malheureusement, le Serpent était l’un des tous derniers adorateurs de la religion valyrienne, morte avec le Fléau. Il vénérait le panthéon de ces multiples dieux draconiques qui prenaient les noms, notamment de Balerion, Meraxès, Vhagar, et beaucoup d’autres. Et cette foi-là, dont il était sans doute l’un des plus grands connaisseurs, Valyron avait retenu bien des choses, notamment que la chasteté n’était pas au programme.

« Sachez que je suis bien trop prudente pour risquer ma réputation. Je prends des risques calculés tout en prenant soin de conserver ma réputation sans tache aux yeux du monde... Ce qu'il se passe dans le secret d'une relation... reste secret, il n'y a aucune raison pour qu'il en soit autrement car personne n'y gagnerait dans cette révélation. »

Valyron ne put s’empêcher de laisser ses paupières papillonner d’une certaine forme de surprise. Etait-ce de la naïveté ? Comment pouvait-elle espérer ne rien laisser filtrer ? Si elle fautait avec un homme, sa réputation serait entachée à jamais. De toute manière, ce ne serait pas avec le Serpent, malgré toute la tension sensuelle qui existait entre eux : il n’allait jamais au lit avec ses agents. Et il comptait bien sur Wendy pour devenir une petite vipère ouestrienne.

« Quant à Dame Allyria... »

Les yeux de la jeune conflanaise errèrent sur la surface de la liqueur dans son verre qui suivait un fin mouvement circulaire le long des parois translucides. Valyron s’efforça de rester attentif, les choses sérieuses commençaient.

« Disons qu'elle représente un obstacle à mes projets, un obstacle... conséquent, que je souhaiterais... éliminer. Elle accapare l'attention de ma chère sœur. »

Ah, la noblesse westerosie et ses déchirements familiaux. Bien entendu, Valyron savait qu’il en était de même de l’autre côté du Détroit, que l’on s’assassinait entre frères et que l’on était prêts à décréter des guerres pour l’honneur d’une femme de sa famille mais en vertu de tout l’héritage valyrien, le nom importait moins que les actes. En Essos, peu importait que l’on soit un Frey ou un Piper, on ne devenait rien de plus qu’un étranger, un westerosi. Et pourtant, ici, même les dames de compagnie complotaient. Si le continent avait été organisé non selon un mode féodal mais oligarchique comme c’était le cas sous les Possessions, la situation aurait été bien plus apaisée. La jeune femme avala une gorgée de la liqueur et une lueur venimeuse brilla dans le regard d’acier du Mantaryen. Cela commençait. Il saurait tout de la noirceur qui enserrait le cœur de la Pieuse des Eaux, l’écrin d’obscurité tapi au milieu de la plus pure des lumières. Le regard de la jeune femme se fit plus dur, plus cassant, plus déterminé.

« Faut-il que j'approfondisse encore ? Dois-je m'attendre à d'autres questions ? Accepter de payer le prix que vous désirez, peu importe lequel il sera, ne suffit-il pas à obtenir quelques menues informations sur une parfaite idiote insignifiante pour la couronne ? Faut-il en plus que je mette à nue mes pensées les plus secrètes ? Qu'est-ce que cela pourrait vous apporter de plus, alors même que je m'offre déjà à vous comme une esclave prête à répondre à vos moindres demandes ? »

Durant tout le temps qu’avait duré cette courte tirade, Valyron était resté là, impassible, appuyé contre son bureau, silencieux, regardant la jeune femme droit dans les yeux. Elle avait le mérite d’être claire et de poser les mots, ce qui était parfois trop rare. Toutefois, sa franchise était ici motivée par une colère profonde, par une fureur viscérale qui jaillissait en sifflant alors même qu’il n’avait fait qu’effleurer la surface du problème. Il lui faudrait approfondir. La jeune femme se leva et se dirigea vers la cloche de verre qui protégeait l’œuf de dragon que Valyron avait jadis retrouvé au cœur des ruines de Valyria.

« Je vous l'ai dit lors des premières minutes de notre rencontre, mon seigneur, je ne vous ferai pas l'insulte de sous-estimer votre instinct. Vous savez au fond de vous qu'il y a plus que ce que je veux bien murmurer, et vous avez parfaitement conscience de ce que ce « plus » peut être. Nul besoin pour moi de formuler pleinement la chose, ce serait me délester de mon seul atout... »

Le ton de la jeune femme s’était fait profondément grave, d’une obscurité qui n’augurait rien de bon pour la personne qui avait suscité son ire. Elle avait d’ailleurs en partie raison. Il n’y avait qu’une personne qui pouvait attirer autant de colère. La seule explication rationnelle était le sac de Château-Rosières durant la guerre contre Maegor. Pensif, Valyron réfléchissait à la suite de la façon dont se tiendrait leur discussion lorsqu’elle posa une question sur un ton bien différent d’auparavant.

« S'agit-il bien de ce que je crois ? Un œuf de dragon ? »

Valyron se redressa et fit face à la jeune femme qui s’était tournée vers lui, le regard pétillant, empli d’admiration. Lentement, il acquiesça d’un unique hochement de tête. Il s’autorisa une nouvelle fois de détailler la jeune femme, peut-être un peu plus qu’il n’aurait dû. Son intérêt semblait sincère et son expression mutine était passée au second plan, laissant l’excitation reprendre le dessus. Il approcha pour se mettre juste à côté de la jeune femme, la frôlant au passage, et il resta là à contempler l’œuf mauve.

« C’était en 27 après la Conquête. Vous n’étiez sûrement même pas née. »

Il se surprit à sourire à cette évocation. Il se faisait vieux : que le temps était passé vite depuis ces jours lointains et heureux où il arpentait les ruines renversées de la capitale de ce qui avait été le plus formidable empire de l’Histoire.

« Je n’avais pas vingt-cinq ans. J’avais réussi, par bateau, à rejoindre l’île principale des Terres Dévastées, un peu au sud des Contrées de l’Eté Constant, là où se trouvait Valyria à l’époque de sa gloire. Plusieurs jours durant, j’ai marché au milieu des ruines. Et finalement, après avoir trouvé une chambre-forte relativement intacte parmi la dévastation alentour. Une fois que je suis parvenu à forcer le mécanisme… voici ce qui m’attendait dedans, conclut-il en déposant une main protectrice sur la cloche de verre. Depuis, il est avec moi : témoignage du passé de ma famille, vestige de l’Histoire du monde. »

Il s’interrompit, jetant un regard surpris à la demoiselle. Il s’était fait avoir, se faisant emmener sur l’un de ses terrains de prédilection, il avait parlé pour ne rien dire. Un sourire légèrement contrit vint perler sur ses fines lèvres alors qu’il jetait un regard élogieux et non dénué d’intérêt à la jeune femme. Le silence qui les enveloppa durant un moment lui fit prendre conscience qu’elle était peut-être plus dangereuse que ce qu’elle voulait bien laisser voir. Il leva les yeux vers la grande carte qui montrait l’apogée des Possessions de Valyria : une bonne partie du monde connu.

« Croyez-vous véritablement que seuls les dragons expliquent une œuvre pareille, Wendy Piper ? »

Il déposa une main étrangement chaude sur l’épaule de la jeune femme, communiquant les courants qui traversaient sa main.

« La véritable force des Valyriens venait de la magie de sang, du pouvoir des glyphes et de la magie des runes de puissance. Les sorciers-dragons communiquaient entre eux sur de longues distances grâces à des chandelles d’ébonite. Certains disent qu’ils donnaient vie à la pierre pour façonner leurs forteresse comme Peyredragon. Oui, c’était une magie très puissante que maîtrisaient les Valyriens, basée sur le feu et le sang…. Cela ne vous rappelle rien, Feu et Sang ? »

L’humeur du Serpent s’assombrit soudainement, alors qu’il repensait à la Fin du Monde à ses yeux, le jour funeste où était arrivé le Fléau, l’effondrement de la péninsule, et l’éclatement de l’empire.

« Ce qui fut leur force fut aussi leur fin. Le Fléau a rayé Valyria de la carte en deux heures. Deux heures pour renverser le plus formidable pouvoir qu’ait porté cette terre. Et ne nous trompons pas : le Fléau était d’origine magique. Quelqu’un a volontairement provoqué ce cataclysme… »

Ne voulant plus penser à cela, il tourna ostensiblement le dos à la jeune femme, à l’œuf et à la carte pour retourner à son bureau et s’asseoir sur son siège, sortant d’un placard intégré un coffret de bois verni qu’il déposa sur le plateau du meuble. Il farfouilla quelques instants avant de sortir un petit parchemin relativement en bon état qu’il déposa sur le bureau avant de refermer le coffret et de le ranger. Il se releva et entreprit de remplir de nouveau les verres de liqueur avant de désigner un fauteuil à la jeune femme d’un ton impérieux.

« Asseyez-vous. »

Retour aux affaires. Il patienta le temps qu’elle s’installât face à lui puis relut brièvement la petite fiche qu’il avait sur la jeune femme. Puis, il la glissa dans le revers de sa veste et déposa ses deux mains jointes sur le bureau devant lui, se redressant pour toiser la jeune femme de sa haute taille, de ses traits durs et de son regard glacial.

« Vous en êtes à vous déclarer prête à céder à la moindre de mes demandes ? Eh bien, prouvez-le. Buvons, sans faux-semblants. »

Il attrapa sa coupe de cristal et vida une partie du liquide foncé, laissant les vapeurs lui remonter dans le nez, et l’œsophage se réchauffant au fur et à mesure que l’alcool descendait le long de la paroi.

« Qu’il serait facile et aisé de prendre votre vertu avant de vous dire ce que vous souhaitez entendre. Vous seriez prête à accepter n’importe quoi pour assouvir votre soif de vengeance à l’encontre des Lannister. Pauvre idiote. Ne comprenez-vous donc pas que votre plus grande force, c’est votre vertu, votre virginité ? Bien sûr que si, vous le comprenez mais cela ne semble pas vous arrêter. Vous pouvez me trouver rustre mais je suis honnête avec vous, ma Dame. »

Il secouait la tête d’un air énigmatique, comme s’il était dépité de devoir en arriver à faire une telle mise au point. Le Serpent n’était pas un personnage chaleureux, mais pourtant, ses paroles étaient pour une fois dénuées de toute volonté malveillante.

« Bien que l’idée soit tentante, ce n’est pas l’intérieur de vos cuisses que je convoite : c’est votre intelligence, votre esprit, votre détermination. Il vous a mené jusqu’ici, dit-il en désignant l’ensemble de la pièce de sa main libre. Vous semblez avoir oublié, je crois, que mon travail était de poser des questions, de tout savoir, sur tout et tout le monde. Vous en voulez aux Lannister, je l’ai bien compris. Peu me chaut, je ne travaille pas pour eux. Ce que je veux, en échange de ces renseignements, c’est que vous travailliez pour moi, Wendy Piper. »

Il prit une nouvelle gorgée de liqueur, savourant les odeurs de mûres qui en remontaient pour mieux s’abîmer dans la contemplation de son interlocutrice.

« Voici ce qui va se passer une fois que j’aurais terminé. Ou vous accepterez mon offre, et vous quitterez cette pièce avec les informations dont vous avez besoin en tant qu’espionne du Roi, relevant directement de mon commandement. Auquel cas, vous m’expédierez sur une base régulière vos renseignements sur la maison Lannister et les Terres de l’Ouest en général. Vous pourrez recruter certains agents subalternes dont je laisse la gestion à votre convenance. Chaque lune, je vous ferai parvenir une petite somme d’or afin de régler vos frais et vous permettre d’entretenir votre réseau. En revanche, je veux tout savoir. Si vous omettez la moindre information, surtout si elle est capitale, cela sera considéré comme de la trahison envers Sa Majesté. »

Le regard sévère insistait bien sur les derniers mots, il ne s'agissait pas d'une menace proférée en l'air. Les pupilles du maître-espion fusillaient d'avance la jeune femme, comme si elle avait déjà trahi. Etait-ce le cas? Puis, un sourire carnassier se dévoila.

« Si vous vous engagez à cela, alors je vous dirais par exemple ce qu’il est advenu d’Allyria Tarbeck et son amie Taenya Drox lorsque je les ai croisées en l’an 47. »




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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
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MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Lun 12 Mar 2018 - 12:37


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi


« C’était en 27 après la Conquête. Vous n’étiez sûrement même pas née. » Valyron s'était levé pour venir rejoindre Wendy, se plaçant à ses côtés avant de se perdre dans une contemplation nostalgique en observant l’œuf de dragon. Il sourit, fugacement, détendant pour la première fois ses traits de façon pleinement spontanée et sincère et la jouvencelle y répondit, lâchant un petit ricanement amusé à l'évocation de cette date. « Oh détrompez-vous, mon seigneur, j'étais née... j'avais un an. Mais continuez. » Elle l'observait, intriguée et excitée par le récit qui ne manquerait pas de suivre, dévisageant le profil du Maître-espion comme une gourmande dévorerait un gâteau du regard. L'esprit du Mantaryen paraissait voguer sur d'autres flots, revivant l'aventure qu'il contait, pendant que la conflanaise buvait littéralement ses paroles. Valyria, la Grande, la Légendaire, l'Anéantie Mystérieuse... Cet ancien royaume où la magie était palpable simplement dans les trois syllabes de son nom aux sonorités exotiques. « ...voici ce qui m’attendait dedans. Depuis, il est avec moi : témoignage du passé de ma famille, vestige de l’Histoire du monde. » Il avait posé une main sur la cloche précieuse avant de sortir de sa sorte de transe, revenant à lui pour lancer un regard surpris à sa compagne insolite et lui offrir un sourire étrange. Wendy étira à son tour ses lèvres en un demi-sourire entendu, elle l'avait innocemment mené là où elle l'avait voulu, sans qu'il s'en rende compte, obtenant ce qu'elle désirait, tout ce qu'elle désirait : les informations ardemment voulue sur cet œuf mystérieux, l'allègement d'une atmosphère devenue trop pesante et le détournement de son attention, ne serait-ce que quelques secondes, en l'incitant à parler de lui... Quelques instants encore ils prolongèrent ce regard, se jaugeant mutuellement et appréciant chacun la dangerosité de l'autre.

« Croyez-vous véritablement que seuls les dragons expliquent une œuvre pareille, Wendy Piper ? » L'Essosi s'était de nouveau détourné d'elle, levant ses yeux d'acier vers la carte monumentale et magnifiquement ornementée trônant au-dessus du buffet, mais sa main s'était posée sur l'épaule de la jeune femme, une chaleur agréable émanant de ses paumes. Wendy frissonna, malgré elle, à ce contact doux qu'elle n'avait pas anticipé, prenant conscience de chaque parcelle de sa peau réchauffée par cette main... Mais elle devait garder les idées claires, et ne pas accepter de céder trop tôt à un désir aussi irrépressible qu'il était incompréhensible. Elle était bel et bien prête à tout pour arriver à ses fins, mais elle savait aussi qu'il ne fallait point trop donner tout de suite, de crainte de perdre ses avantages et ses atouts... Et si elle était prête à se donner, le cas échéant, à cet homme, elle savait qu'il lui faudrait un timing minutieux et intelligent pour garder sa pureté le plus longtemps possible. Mais alors qu'il se lançait dans un laïus passionné sur la magie de Valyria et sa puissance passée, la Némésis en vint à douter du réel sens de ce geste. Peut-être avait-elle vu de la séduction là où il n'y avait que l'acte d'un mentor exalté par le plaisir de transmettre des connaissances sur une civilisation disparue... dont les uniques traces restantes n'étaient autre que la famille royale, les Targaryen. Et en un éclair, alors qu'elle se laissait transportée par son récit et sa voix aux accents enchantés, Wendy comprit l'attachement presque viscéral que Tyvaros ressentait pour le Dragon Tricéphale, et bien des pièces du puzzle se mirent en place dans son petit esprit grâce à ce nouvel éclairage, auquel elle n'avait jamais réfléchi.

« Ce qui fut leur force fut aussi leur fin. Le Fléau a rayé Valyria de la carte en deux heures. Deux heures pour renverser le plus formidable pouvoir qu’ait porté cette terre. Et ne nous trompons pas : le Fléau était d’origine magique. Quelqu’un a volontairement provoqué ce cataclysme… » La mine de Valyron s'était voilée, une colère teintée de tristesse parant son regard. Oui, s'il était devenu aujourd'hui le plus ardent défenseur de la famille Dragon c'était par pure mélancolie des temps passés, dans un espoir étrange et maigre de voir renaître l'Ancienne Valyria de ses cendres ou du moins, de la voir survivre à travers le temps, pour qu'on ne l'oublie pas, qu'elle ne devienne pas qu'une légende à raconter aux enfants, mais une réalité tangible dont les Targaryen étaient la preuve encore vivante et vibrante... Sous ses dehors durs et glaciaux, Valyron Tyvaros dissimulait l'âme d'un passionné. Pensée qui fit sourire intérieurement Wendy, étrangement.

Cependant, le cours magistral prit fin dans cette noire conclusion, et il balaya d'un revers de main imaginaire toutes ces pensées futiles qui ne rimaient à rien dans leur discussion présente. Il tourna le dos à la conflanaise, retrouvant le sérieux et la froideur de son bureau, se glissant de nouveau dans sa peau redoutable de Maître des Chuchoteurs. Wendy délaissa à son tour la contemplation de la carte des Possessions, pour examiner les mouvements de l'homme. Le mantaryen sortit un parchemin, avant de se relever et de remplir de nouveau les coupes de cristal de cette liqueur aux tonalités traîtresses. Wendy se promit déjà de ne plus avaler une goutte de ce breuvage, erreur malencontreuse qu'elle avait pourtant commise un peu plus tôt. « Asseyez-vous. » Le ton impérieux ne lui laissa guère le loisir d'envisager de décliner cette invitation autoritaire, et elle s'installa dans le fauteuil désigné pendant que Valyron parcourait d'un œil rapide le parchemin qu'il avait déposé sur son bureau. Le dissimulant dans sa veste, l'âme damnée des Targaryen devint effrayant, ses traits se durcissant et son regard empruntant le tranchant d'une lame alors qu'il plongeait ses yeux dans ceux de la conflanaise. La native de Château-Rosières réprima un frisson, un frisson d'inquiétude cette fois, car le jeu était vraisemblablement terminé.

« Vous en êtes à vous déclarer prête à céder à la moindre de mes demandes ? Eh bien, prouvez-le. Buvons, sans faux-semblants. » Se saisissant de sa coupe, Valyron avala d'un trait la moitié de son verre, le reposant dans un air de défi menaçant. Wendy s'empêcha le moindre début de réaction, jugulant son envie d'écarquiller les yeux et de froncer les sourcils, et muselant son désir de rétorquer méchamment. Il n'avait pas été dupe et avait parfaitement remarqué que la Pieuse n'avait fait que tremper ses lèvres dans le vin, preuve de sa trop grande prudence. Mais la tempête périlleuse s'annonçait à présent, et avant de faire quoi que ce soit, il lui fallait calculer son ampleur pour déterminer la suite de ses actions. Il voulait ardemment qu'elle boive, qu'elle se laisse envahir par les vapeurs d'alcool et baisse peu à peu sa garde, et pour l'inciter, il était prêt à faire de même... A la différence près que la Piper savait pertinemment que l'ivresse ne le gagnerait pas aussi vite qu'elle. Elle n'était guère habituée à boire de l'alcool, tempérance et prudence étant ses maîtres mots. « Qu’il serait facile et aisé de prendre votre vertu avant de vous dire ce que vous souhaitez entendre. Vous seriez prête à accepter n’importe quoi pour assouvir votre soif de vengeance à l’encontre des Lannister. Pauvre idiote. Ne comprenez-vous donc pas que votre plus grande force, c’est votre vertu, votre virginité ? Bien sûr que si, vous le comprenez mais cela ne semble pas vous arrêter. Vous pouvez me trouver rustre mais je suis honnête avec vous, ma Dame. »

Imperturbable. Elle s'obligeait à garder son masque imperturbable, à étouffer dans son sein ses envies colériques. Quand il l'avait traitée de pauvre idiote, elle n'avait eu qu'une seule envie : se lever et lui flanquer une gifle dont il se souviendrait. Il persistait à la sous-estimer, qui des deux étaient le plus idiot à présent ? Croyait-il réellement qu'elle aurait accepté de lui donner, ce soir-même, sa virginité, et ce avant même d'obtenir une information sur Allyria ? Elle n'avait fait qu'attiser le désir, elle n'avait fait que souffler lentement sur la flamme pour la faire grandir, mais elle savait aussi que ce genre de feu était de ceux qu'il fallait surveiller pour ne pas qu'il s'éteigne, et jamais elle n'aurait accepté de payer avant d'avoir eu ce qu'elle voulait. Elle aurait prétexté sa jeunesse et son ignorance, jouant l'innocence, souhaitant par dessus-tout accéder aux désirs de Valyron, mais lui demandant un maigre délai. Car s'il était un être dur et non sentimental, elle savait d'instinct qu'il n'était pas non plus de ceux prônant et usant la violence, encore moins sur une jeune vierge. Il aurait su que patienter était la meilleure option, et elle lui aurait donné tout de même quelque chose, sans pour autant se délester de l'entièreté de son butin. Croyait-il réellement qu'elle aurait ouvert ses cuisses sans broncher, elle la pure, elle la rusée ? Le regard de Wendy s'illumina d'une flamme mauvaise, prenant soudain conscience du ton employé. C'était là ni plus ni moins qu'une leçon de morale, encore un de ces discours paternalistes qu'il avait déjà eu l'occasion de lui faire. Oh pas pour préserver sa pureté par croyances religieuses ou par soucis des convenances, mais comme pour lui apprendre à utiliser ses forces. Cette simple idée l'enrageait intérieurement. Elle n'avait pas eu besoin de lui pour savoir tout ça. Et malgré l'ouragan se jouant dans son for intérieur, la belle se maîtrisait à la perfection, se gardant de broncher avant d'avoir entendu tout ce que cet homme avait à dire.

« Bien que l’idée soit tentante, ce n’est pas l’intérieur de vos cuisses que je convoite : c’est votre intelligence, votre esprit, votre détermination. Il vous a mené jusqu’ici.Vous semblez avoir oublié, je crois, que mon travail était de poser des questions, de tout savoir, sur tout et tout le monde. Vous en voulez aux Lannister, je l’ai bien compris. Peu me chaut, je ne travaille pas pour eux. Ce que je veux, en échange de ces renseignements, c’est que vous travailliez pour moi, Wendy Piper. » Si son maintien ne changea pas, ses paupières, elles, se rétrécirent imperceptiblement, comme pour affûté son regard et sa compréhension de ce qui était en train de se dérouler dans cette pièce. Travailler pour lui ? Que désirait-il, des informations juteuses, à son tour ? Qu'elle espionne pour lui et la couronne ? Méfiante, Wendy plongea un regard sceptique dans celui, profondément grave et dangereux, de Valyron, comme pour le sonder et tenter de saisir pleinement ce que ces mots signifiaient. Celui-ci avala une autre gorgée de liqueur, jouant le jeu qu'il avait imposé. Elle l'observa un instant, un air circonspect sur son visage. Au moins reconnaissait-il son esprit aiguisé et sa nature pétrie d'une détermination obstinée. Tout n'était pas perdu et une pointe orgueilleuse vint lui titiller le plexus solaire. Le Maître des Chuchoteurs l'enveloppait d'un regard singulier, la cernant de tout côté sans pour autant avoir bougé de son bureau. Le timbre de sa voix vibrait comme une lave en fusion retenue par la maigre croûte de terre formée dans le creux du volcan endormi. Et Wendy retrouva lentement son armure indestructible, celle qui protégeait son âme, celle qui protégeait ses secrets, ce costume qu'elle avait appris à revêtir pour ne rien laisser transparaître, surtout pas ses craintes et ses faiblesses. Car c'est l'inquiétude qui l'étreignit alors qu'elle se retrouvait de nouveau prise comme une souris dans un piège et le risque qu'elle avait pris lui revenait en pleine figure. Cette fois, il n'y aurait pas d'échappatoire, le mantaryen ne se laisserait pas avoir deux fois.

« Voici ce qui va se passer une fois que j’aurais terminé. Ou vous accepterez mon offre, et vous quitterez cette pièce avec les informations dont vous avez besoin en tant qu’espionne du Roi, relevant directement de mon commandement. Auquel cas, vous m’expédierez sur une base régulière vos renseignements sur la maison Lannister et les Terres de l’Ouest en général. Vous pourrez recruter certains agents subalternes dont je laisse la gestion à votre convenance. Chaque lune, je vous ferai parvenir une petite somme d’or afin de régler vos frais et vous permettre d’entretenir votre réseau. En revanche, je veux tout savoir. Si vous omettez la moindre information, surtout si elle est capitale, cela sera considéré comme de la trahison envers Sa Majesté. » Valyron avait insisté sur l'idée de trahison, pour l'effrayer sans doute, et pour tenter de découvrir si ce trait de caractère pouvait s'appliquer à elle. Ce n'eut guère l'effet escompté, car, parée de sa dignité, Wendy releva fièrement son menton, comme outrée d'une telle accusation cachée. La traîtrise n'était guère dans ses gènes, mais surtout, à ses yeux, il n'y avait trahison qu'envers les siens, qu'envers les intérêts supérieurs de sa famille, et ce n'était pas le courroux de la Couronne qui était susceptible de lui faire peur. Qui plus est, il n'était point dans les plans de la conflanaise de monter un coup d'état contre les Targaryen, ni de dissimuler un complot. Pour elle, dès lors, le risque de trahison n'existait pas. « Si vous vous engagez à cela, alors je vous dirais par exemple ce qu’il est advenu d’Allyria Tarbeck et son amie Taenya Drox lorsque je les ai croisées en l’an 47. »

Un éclair foudroyant traversa son regard brun à l'entente de cette provocation, cette réplique faite pour la narguer et attiser sa curiosité pour la faire plier selon son bon vouloir. Elle n'était pas dupe, le marché avait été clair depuis le début, mais son avidité avait été subitement réveillée. Son visage jusque là figé se fendit d'un sourire insolent, ses iris luisant de défi, et elle se mordit brièvement la lèvre inférieure avant de s'emparer de sa coupe de vin. Tournant le liquide précieux quelques secondes en s'abîmant dans une contemplation hypnotique, Wendy releva brusquement un regard étincelant pour le planter dans celui de Tyvaros, dernière bravade effrontée avant de porter le cristal à ses lèvres et de boire plusieurs gorgées du breuvage qu'elle avait évité de boire jusqu'à présent. Nul doute que le Serpent Royal comprendrait la symbolique de ce geste, acceptation tacite des règles du jeu qu'il avait posées. L'alcool lui brûla la gorge, et elle sentit la flamme liquide serpenter dans son œsophage jusque dans son estomac, provocant des grimaces involontaires sur son visage de porcelaine. Elle ne put réprimer une toux violente, destinée inconsciemment à expulser le venin féroce qui venait de la pénétrer et témoignant de son manque d'habitude à boire des alcools forts. Peut-être lui faudrait-il remédier à cela, sous peu, au lieu de fuir toujours le vin, songea t-elle. Peut-être s'agissait-il, d'ailleurs, d'une première leçon dispensée par le Maître-espion.

« Pardonnez-moi, mon seigneur, je crains que ma gorge ne soit guère coutumière de recevoir de l'alcool... délicatement, elle essuya une larme au coin de son œil... Cependant, vous semblez avoir négligé de me dévoiler qu'elle était ma deuxième option, et à quelles conséquences je m'exposais, en cas de refus... » Ses lèvres se parèrent d'un sourire impudent et audacieux, l'alcool commençant déjà à lui brouiller les sens et à la rendre peut-être trop téméraire avec cet homme dangereux. Mais cela l'amusait de saper l'autorité qu'il avait désiré insuffler à son discours en lui signalant une faille d'importance dans sa rhétorique. S'il croyait pouvoir lui faire peur, elle s'empressa de le détromper. « Mais cela n'a au fond aucune importance, car la première me convient déjà et comble mes attentes... Wendy le fixa un long moment, avant de reprendre une gorgée de vin, beaucoup plus petite cette fois. Elle voulait bien boire sans faux-semblant, mais pas aux dépens de son corps. Prenant tout son temps, la Piper posa son verre sur le bureau, inspirant profondément et reprenant contenance. Le marché qu'il lui proposait était très intéressant et ne lui posait guère un cas de conscience. Révéler tous les sombres secrets des Terres de l'Ouest pourrait même lui être utile et l'aider à faire chuter Garett de beaucoup plus haut que prévu... Malgré tout, il y avait un aspect à ne pas occulter et négliger : ses propres plans et ceux d'Alerie contre les Lannister faisaient vraisemblablement partie de ce tout dont avait parlé Valyron Tyrvaros... Il lui fallait penser vite pour résoudre ce problème, devrait-elle lui parler de tout ce qu'elles préparaient, au fur et à mesure, ou se contenterait-il de lui donner une carte blanche concernant uniquement ce sujet ?... Il lui fallait aborder la question avec dextérité. Pour se donner du courage, Wendy se saisit de nouveau de sa coupe pour en siroter quelques gorgées.

« Je suis prête à accepter votre proposition, mon seigneur, d'autant que, si je comprends bien, vous me donnerez des moyens que je n'ai pas encore, et qui me permettront d'avoir une vision beaucoup plus étendue... des yeux derrière la tête pourrait-on dire... » La Jouvencelle sourit sincèrement et presque innocemment à cette idée saugrenue, mais son ton était devenu sérieux, elle pesait ses mots, parlant au même rythme que ses pensées, son regard abîmé dans l'onde rougeoyante de son verre de vin. « Néanmoins... j'ai une question d'importance... » Pensive, elle ne quitta pas sa liqueur des yeux, son regard tourné vers l'intérieur, et elle inspira profondément, passant sa langue sur ses lèvres. « Vous connaissez à présent mon ressentiment, ma sœur le partage, ou du moins le partageait et je compte bien le lui rappeler... Vous imaginez bien que je ne compte pas m'arrêter à l'amertume éternelle, vous avez vous-même vanté ma détermination... » Wendy releva son regard vers le mantaryen, un air résolu et dur dansant au cœur de ses iris sombres. « Ce que j'ai besoin de savoir avant de m'engager dans cette voie périlleuse c'est s'il me faudra également vous révéler mes propres plans. »

La Pieuse garda son regard rivé dans celui de l'homme, y mettant toute sa force et un voile de colère revancharde. « Croyez bien que je ne mettrai jamais la Couronne en péril, je respecte les nouveaux souverains et mes intérêts sont bien plus petits et personnels. Mais cela demande une confiance en moi que vous n'avez pas, puisque vous persistez à me sous-estimer. » Continuant de jouer le jeu, elle but un peu plus de liqueur. « Vous n'avez pas d'enfants, je crois, et pourtant vous en prenez facilement les accents et négligez de vraiment mesurer la personnalité que vous avez face à vous. Je suis prête à tout, c'est la vérité, mais je ne suis pas stupide au point de me donner si facilement, quand bien même mon discours et mes allures vous ont fait penser le contraire. Comme vous l'avez dit, c'est là ma force, en plus d'être mes convictions religieuses. Pensiez-vous réellement que ce serait si simple quand bien même vous auriez mordu à l'appât ? » Ses traits s'étaient durcis, se parant de l'outrage qu'il lui avait fait ressentir. Un autre sentiment, bien plus insidieux, se tapissait pourtant au fond de ses entrailles, une sorte de déception douloureuse, qu'elle étouffa bien vite. « Mais peu importe, ce que je cherche à vous faire comprendre c'est que vous ne trouverez pas être plus loyal et rusé si vous acceptez de me faire confiance, ou plutôt, de faire confiance à la véritable haine qui m'habite et qui n'est absolument pas dirigée vers le centre du pouvoir. Et je crains que mettre mes propres plans par écrit ne soit... dangereux, pour la réussite de ces dits plans et pour ma propre vie... Aussi je réitère ma question : si je ne vous transmets pas mes propres intentions, cela sera t-il considéré comme une trahison envers Sa Majesté ? »

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