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 A la cour du roi, chacun y est pour soi

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 17 Sep 2017 - 0:16


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




« Tu es ridicule. Sache-le ! » Le sifflement agacé avait fusé à travers la pièce, avec la précision et la discrétion d'une aiguille, cinglant dans l'air à la moiteur extrême sans pour autant atteindre son objectif. Ces paroles étaient nées d'une exaspération sous-jacente qui avait grandi à mesure que la complicité entre les deux sœurs s'était réduite telle une peau de chagrin. Mais Wendy n'en avait cure, trop accoutumée aux accès d'Alerie et par trop entraînée à juguler ses propres réactions instinctives, et le sourire intérieur qui naquit au creux de l'esprit de la jeune fille témoignait, lui, de la réussite de son action : le message était passé, sans même qu'elle ne prononce le moindre mot. La suzeraine de l'Ouest pouvait bien cracher son irritation toute la sainte journée, sa Dame d'Atour laissait glisser les mots sur son armure indestructible, celle qui encerclait son cœur et son âme, et qui abritait une arme bien plus puissante que toutes les lames des Sept Couronnes réunies. Elle était à présent habitée d'une détermination et d'une patience telles que plus rien autour d'elle ne comptait, et rien ne viendrait enrayer la machine, pas même des querelles stupides avec sa sœur. Elle se l'était juré, elle servait à présent un dessein bien plus grand qui méritait tous les efforts du monde. Alors comme à son habitude, Wendy avait répondu de la manière qu'elle maîtrisait le mieux, celle qui horripilait encore plus Alerie et lui apportait une coupable satisfaction : l'extrême bienséance et le silence révérencieux. Un sourire empreint d'humilité accroché à ses lèvres fines et exquises, la jeune Piper fondit en une révérence profonde alors que sa sœur quittait la chambre d'un pas furibond.

Un rictus déforma les traits réguliers de son visage alors qu'elle s'imaginait parfaitement la scène se déroulant de l'autre côté de la lourde porte de bois, où, dans l'intimité du salon des appartements octroyés aux suzerains de l'Ouest, une comédie détestable mais pour le moment nécessaire se jouait sans honte aucune. Mais était-ce là bien une mystification ? Alerie semblait avoir adouci ses impétueux sentiments à l'égard du Lion Monstrueux, non pas simplement en public, mais aussi dans le secret de son âme tourmentée... Soupirant, elle se laissa choir dans un fauteuil de velours rouge, se sentant envahie par la lassitude à présent qu'elle était seule dans la pièce. Elle pouvait laisser tomber le masque l'espace d'un instant. D'un geste instinctif, Wendy avait porté une main délicate à la broche discrète ornant sa robe distinguée d'un satin bleu gris. Machinalement, elle laissa la pulpe de ses doigts parcourir le contour d'un corps de vierge façonné de pure tourmaline rose, vestige d'un passé disparu auquel elle ne cessait de se raccrocher. Depuis deux ans, la jouvencelle déployait des trésors de ruse pour assouvir son désir de vengeance. Un désir qui n'avait fait que croître, sans jamais perdre son feu grondant, mais un désir réfléchi, intériorisé, mu par l'intelligence la plus fine et qui nécessitait parfois d'accepter certains compromis. Pactiser avec le diable faisait parti de ces concessions aussi iniques qu'indispensables, et si elle pouvait aujourd'hui s'inquiéter des sentiments presque cordiaux que son aînée avaient pour son seigneur époux Garett Lannister, elle ne pouvait que s'en rejeter le blâme sur elle-même. Wendy avait œuvré pour ce rapprochement, convaincant sa sœur de la nécessité d'un héritier pour mieux pouvoir encore jouer de sa nouvelle stature de suzeraine pesant sur l'échiquier politique mais aussi pour mieux tenir sous son joug son époux et sa famille en portant dans son ventre l'héritier tant attendu et qui assurerait une nouvelle stabilité aux Terres de l'Ouest. Sur tous les plans, Wendy avait persuadé Alerie qu'il était dans leur intérêt de former une entente cordiale avec Garett. En échange, elle avait obtenu l'assurance du retour en grâce de Loric, et de sa libération. La Pieuse des Eaux avait détesté stagner et il lui avait fallu puiser tout son courage dans sa volonté de faire bouger les choses pour passer accord avec son ennemi le plus cher. Mais au moins la situation avait été débloquée et chacun avait tenu parole : Wendy avait renvoyé Alerie dans le lit conjugal tandis que Garett avait réinstaurer Loric dans ses titres et dans ses droits à la mort de leur père Viktor. L'héritier était devenu lord de Château-Rosières, réinvestissant ses terres et le château familial. Un pas avait été fait. Mais alors que cela ne datait à peine que d'une Lune, la Némésis préparait ses prochains coups.

Le cliquetis d'une poignée et le bruit lourd et sourd d'une porte qui se referme sur le silence la sortit de ses pensées. Ils étaient partis, la laissant seule dans ces appartements aux couleurs tapageuses. Partis à un dîner mondain avec la Main du roi et sa femme. Pourquoi par les Sept l'avait-on sciemment mise à l'écart ? N'était-elle pas, après tout, elle aussi, de la famille ? Non pas qu'elle l'avait souhaité, mais si elle pouvait en retirer quelque chose elle le ferait, aspirant jusqu'à la moelle de l'os s'il lui était donné la possibilité de le faire. Rencontrer l'homme le plus puissant du royaume, celui qui, officieusement, dirigeait les Sept Couronnes, représentait une opportunité pour elle, une opportunité qu'elle ne souffrait de manquer. Elle avait même trouvé ceci mal élevé et dégradant. Elle n'était pas qu'une dame de compagnie, une dame d'Atour étrangère. Non, elle était la sœur de la suzeraine, elle était liée par le sang aux seigneurs de l'Ouest. Elle avait bien fait comprendre son mécontentement à Alerie qui, comme à son habitude depuis l'arrivée de sa nouvelle dame de compagnie à Castral Roc, n'avait fait que balayer les états d'âme de sa sœur avec agacement. Il n'y a pas si longtemps, son aînée aurait lutté pour elle, pour l'introduire partout, pour qu'elle ne la quitte que peu. Mais les choses avaient changé. C'était sans compter sur la détermination de Wendy et ses ressources inépuisables. Prise d'une folle envie de bouger pour avoir la sensation de vivre et ne pas piétiner sur place, la Piper se leva avec grâce, se plaçant prestement devant le grand miroir aux arabesques d'or disposé au milieu de la chambre de la Dame de Castral Roc. Elle replaça quelques mèches rebelles dans sa coiffure d'une simple élégance, à la fois sophistiquée et apparemment naturelle. Ses longs cheveux mordorés étaient savamment noués en deux tresses se joignant au milieu de son dos et dans lesquelles des rubans bleus s'entremêlaient avec raffinement. Elle se pinça les pommettes pour redonner du rose à ses joues. Si elle devait se balader seule dans les couloirs du Donjon Rouge, mieux valait paraître à son avantage. On ne savait jamais sur qui l'on pouvait tomber.

***

Port-Réal. Le Donjon Rouge. La cour royale. Autant de raisons pour exalter les sens aiguisés de la jeune Piper qui, au-delà de l'émerveillement premier bien naturel de la provinciale, voyait surtout s'étendre devant elle un immense échiquier personnel, lui ouvrant le champ de tous les possibles. Digne, Wendy Piper avançait dans les couloirs avec toute la grâce qui la caractérisait, elle qui avait fait honneur aux cours de maintien et de danse à Château-Rosières. Elle semblait glisser sur le sol, les pans de sa robe bleu gris flottant derrière elle, et ses mains jointes autour de la couverture de cuir d'un livre lui conféraient une aura mystérieuse. Même le soir, le Donjon fourmillait de monde, la foule compacte des journées se faisant plus clairsemée mais toute aussi impressionnante et vivante. Parfois, la jeune vierge s'arrêtait, se mettant sur le côté, pour laisser passer une personne d'importance escortée de tout un tas de personnes, serviteurs ou courtisans, parfois même gardes. Alors Wendy s'inclinait respectueusement, offrant quelques sourires modestes à ceux qui daignaient lui accorder un regard curieux. Elle se redressait ensuite, déroulant sa colonne avec élégance jusqu'à sa tête qu'elle tenait haute. Profondément, elle inspira, se gonflant d'un sentiment qu'elle n'avait pas connu depuis longtemps et un sourire illumina son visage. Elle se sentait à sa place, posant sur le monde un regard plein de promesse.

Qu'elle avait été heureuse lorsque sa sœur, d'un ton monocorde et presque triste, lui avait annoncé qu'elle l'emmenait avec elle à la capitale, pour le couronnement du nouveau roi. Si Allyria Tarbeck l'avait supplantée dans la majorité des domaines, il y en avait un où la jeune lady des Terres de l'Ouest ne pourrait plus jamais rivaliser : la virginité. Se pavaner à la cour avec un ventre énorme abritant un petit bâtard n'était en effet pas du meilleur goût, surtout lorsqu'on était fiancé à un des plus beaux partis de l'Ouest... et que l'enfant à naître n'était pas de lui. Alors Allyria était restée confinée à Castral Roc, contraignant Alerie à se séparer de sa chère amie pour s'accompagner de sa cadette. Wendy s'était réjouie de voir planer la disgrâce au-dessus de la tête de sa rivale inattendue mais elle avait dû revoir ses plans en s'apercevant qu'Alerie s'était tant attachée à cette petite dinde qu'elle laissait couler cette histoire sans rien faire d'autre que la protéger. Ni reproches, ni investigations insistantes sur l'identité du père. De la simple compassion amicale, presque fraternelle, s'évertuant à l'aider à garder le secret de cette vie qui grandissait en son sein pour préserver les fiançailles contractées bien des mois avant de découvrir la nouvelle. Et cela, Wendy ne pouvait le tolérer. A croire que rien de ce que la Tarbek faisait ne pourrait la discréditer. Mais la conflanaise l'entendait d'une autre oreille et comptait bien profiter d'arpenter les couloirs de la cité royale pour fouiner dans le passé de celle qui l'avait éclipsée. Allyria n'était-elle pas à Port-Réal au moment du siège ? Pour découvrir le pot aux roses, il lui fallait remonter à la source et peu importait le temps que cela lui prendrait. Wendy avait toujours fait preuve de patience...

Sans même s'en apercevoir, ses pas la menèrent jusqu'à un balcon donnant sur la baie de la Néra. Des milliers d'étoiles scintillaient sur l'eau noire, autant de lumières, lampions et bougies brûlant à l'intérieur des navires reposant sur l'onde tranquille. Et tandis qu'elle s'approchait de la rambarde de pierre rouge clair pour contempler l'immensité de la nuit, Wendy stoppa net en se rendant compte qu'elle n'était pas seule à apprécier la vue. Un homme d'allure imposante mais à la démarche proche de la souplesse du serpent avançait à pas lent, conversant avec un autre homme. Sa parure aussi élégante qu'insolite ne laissa pas de doute quant à son identité, même pour une jeune fille arrivée à la cour quelques jours à peine auparavant... Sa réputation le précédait, elle était aussi effrayante qu'intrigante et attractive et déjà sa sœur l'avait mise en garde contre cet homme puissant et rusé qu'il ne fallait pas contrarier et même peut-être esquiver pour éviter tout possible ennui. Ses doigts s'étaient refermés instinctivement sur le livre sacré qu'elle tenait précieusement dans ses mains, et son cœur accéléra sa course sans qu'elle n'en comprenne réellement la raison. La peur et l'excitation mêlées la figèrent sur place, la rendant fébrile. Elle ne savait quoi faire : simplement s'arrêter pour admirer le tableau noir étoilé, ignorant le Maître des Chuchoteurs, ou bien continuer sa route et s'incliner légèrement à son passage pour marquer sa déférence et sa bonne éducation. Elle avait même envisagé la retraite comme une option. Mais alors que Valyron Tyvaros s'arrêtait pour faire face à son interlocuteur, continuant leurs messes basses impénétrables, Wendy le détailla un peu plus. Ses yeux allaient de son accoutrement pour le moins inhabituel en Westeros, du moins de l'autre côté du continent, à sa gestuelle énigmatique et presque hypnotisante, faisant pointer dans les tréfonds de son esprit une idée périlleuse. Cet homme hantait le Donjon Rouge depuis des lustres, connaissant sans le moindre doute tous ses sombres secrets, et il était devenu le Maître des Chuchoteurs, avec à son service une multitude indistincte d'espions au quatre coins du royaume. Si Valyron était un homme dangereux, il était surtout celui qui détenait peut-être les clefs de ses problèmes. Elle n'avait pas grand chose à lui offrir, du moins, elle n'en voyait rien pour le moment, mais peut-être que si elle se montrait habile, il la renseignerait ne serait-ce qu'un peu sur Allyria Tarbeck. Et au-delà de cela, la jeune Piper commençait à se dire qu'il était peut-être judicieux pour l'avenir d'être en bon terme avec un homme d'une telle influence... Allez savoir ce que les Sept lui réservaient et elle n'autoriserait jamais la peur à lui ravir une opportunité future.

Prenant son mal en patience, Wendy s'était décidée à attendre que le conseiller ait terminé sa conversation pour tenter une première approche, s'appuyant contre le balcon et s'adonnant entièrement à la vue magnifique surplombant la baie. Il fallait quelque chose de simple, et de court. Nul besoin au premier abord de dévoiler toutes ses cartes, mieux valait déjà mettre un pied dans la bergerie, pour lentement, les autres jours, mettre le deuxième et ensuite peut-être passé tout le corps. La précipitation était la pire ennemie de tout stratège, elle l'avait appris depuis longtemps. Alors que l'interlocuteur du Chuchoteur s'éclipsa, la Piper vit sa chance et s'empressa de la saisir. Sans en donner l'air, elle s'arracha à sa contemplation pour reprendre sa promenade nocturne, gardant son regard rivé sur la baie pour jouer l'ignorance de la personne sur laquelle elle avait jeté son dévolu. En une seconde, elle trébucha, lâchant son exemplaire de l'Etoile à Sept Branches qui vola aux pieds de l'homme et plaqua une main sur sa bouche pour réprimer un cri de honte.

« Monseigneur, je suis désolée ! » Affichant une mine contrite, Wendy se jeta à terre pour ramasser son livre. « Quelle maladroite je fais, je suis terriblement navrée de vous faire perdre votre temps. » La jeune fille se redressa majestueusement, gardant un regard bas où pointait l'anxiété, serrant son ouvrage contre son sein. « J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, monseigneur. »

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 1 Oct 2017 - 17:46

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

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Leurs pieds faisaient crisser les gravillons blancs des allées extérieures du Donjon-Rouge. Comme beaucoup en ces derniers jours, les deux hommes arpentaient les jardins de la forteresse royale, croisant nombre d’étrangers en ces murs, venant des quatre coins du continents, nobles chevaliers, élégantes dames de haute naissance, riches seigneurs et puissants gardiens des frontières, tous se côtoyaient dans des émulsions de mousseline, de velours et de dentelle. Témoin de tout cela, élevé sous Aegon le Conquérant, continué sous Aenys premier du nom et terminé par le fils du premier, frère du second, Maegor le Cruel, le grand château-fort de brique ocre ne semblait guère indisposé. Juché au faîte de la colline d’Aegon, l’immense édifice dominait toute la cité qui s’étendait à ses pieds, paré d’immenses bannières noires au dragon tricéphale rouge.

L’ambiance était à la fête, évidemment. Le Couronnement était un événement politique majeur, et il était désormais imminent, après avoir fait jaser, rêver et patienter l’entièreté du monde durant plusieurs lunes. Certaines voix, discrètes, s’étaient doucement élevées contre le coût astronomique de cette célébration. Spectacles, buffets, décorations, certains parlaient même d’un tournois… Pourtant, il fallait se rendre à l’évidence. La guerre civile avait profondément divisé le pays, et pire que tout, elle avait durablement entaché le prestige de la famille royale Targaryen. Il fallait donc à tout prix déployer des trésors de faste et de prospérité pour faire oublier ces durs moments désormais derrière eux. Pourtant, les blessures de la guerre restaient encore visibles partout dans le pays. Il restait encore des épaves sur certaines berges de la Néra, vestiges de la bataille navale qui avait opposé les flottes loyaliste et rebelle durant la prise de Port-Réal. Certains quartiers de la capitale étaient toujours en travaux, se remettant avec lenteur des ravages infligés par la guerre. Pourtant, le pire restait en dehors. Les champs aux alentours n’étaient desséchés, la moisson précédente avait pourri sur pieds et la nouvelle avait bien du mal à se développer face aux assauts du soleil. Le pire restait le Conflans, ou la situation n’était toujours pas stabilisé, un an après la fin du conflit : des bandes de déserteurs continuaient d’écumer les routes et les bourgs isolés, causant mort et désolation dans une région qui avait déjà dû supporter la grande majorité des affrontements de la guerre.

« Il faudra encore des lunes pour que la flotte royale retrouve ses effectifs d’avant-guerre. »

Accompagnant Valyron Tyvaros dans sa promenade nocturne, le Maître des Navires du Roi, le jeune Rhaegar Velaryon, seigneur de Lamarck, lui avait soufflé cette confidence d’un ton préoccupé. Valyron avait toujours apprécié le jeune seigneur d’ascendance valyrienne, tout comme les Targaryen. Ils avaient songé un temps à joindre leurs forces pour empêcher Maegor de faire plus de mal qu’il n’en avait déjà fait, mais cela s’était avéré trop compliqué à mettre en place. Le Serpent suspectait surtout le natif de Lamarck d’avoir pris peur et d’avoir préféré oublier leurs conversations. Toutefois, les deux hommes s’entendaient bien, et avaient plus de raisons qu’il n’en fallait pour entretenir leur proximité. La seule sanction prise à l’encontre des Velaryon pour avoir soutenu Maegor dans la guerre civile, pour être restés fidèle à leur serment d’allégeance, avait été la perte d’un de leurs fiefs mineurs : Port-d’Epices, une petite ville dynamique à la pointe Est de l’île sous leur domination. Valyron en avait hérité, devenant le nouveau seigneur de l’endroit. De plus, ils étaient les deux seuls membres du conseil restreint de Jaehaerys à avoir été au Donjon-Rouge sous Maegor, cela créait des liens quand tous les autres étaient les anciens rebelles. Valyron coula vers lui un regard serein.

« Nous n’en avons pas besoin pour le moment, seigneur Rhaegar. »

L’autre afficha une moue dubitative. Tous les deux étaient au conseil restreint, ils avaient secondé la régence de Rhaenys Targaryen durant cette dernière année. Tous deux savaient que la mine tranquille arborée par Valyron n’était pas forcément si justifiée que cela. Certes, Westeros était pacifié, mais les barils de feu grégeois ne manquaient pas. Les Iles de Fer n’étaient toujours pas revenues dans la paix du Roi, le Nord faisait grise mine, et Dorne était possiblement la source des tracas des seigneurs orageois de la frontière. Une querelle dynastique en gestation était possiblement signalée au Val et au Bief. Dans tous les cas, il suffisait de l’une de ces situations ne dégénère pour provoquer un embrasement régional et possiblement encore plus vaste. Il allait donc falloir beaucoup de calme et de diplomatie pour régler tous les problèmes un à un, et ainsi espérer que les troupes royales n’auraient pas à dégainer de sitôt. Et d’ailleurs, de quelles troupes royales parlait-on ? L’armée royale se composait à peine de quoi tenir Port-Réal, et les vassaux des Terres de la Couronne, perdants épuisés de la guerre n’étaient pas prêts de pouvoir attaquer de nouveau.

Ils longeaient désormais un balcon ouvragé situé sous la Petite Galerie de la citadelle royale. D’élégantes colonnades et des arches aériennes décoraient ce passage couvert qui longeait la falaise, offrant de nombreux balcons légèrement en retrait où les courtisans pouvaient discuter en toute tranquillité. On les disait prisés des jeunes gens en quête amoureuse, ainsi que des conspirateurs sans autre endroit où se rencontrer. Du coin de l’œil, Valyron avait d’ailleurs noté une silhouette féminine plus loin sur leur route. Il s’arrêta et se tourna vers Rhaegar Velaryon, désireux de le congédier et de pouvoir vaquer à d’autres occupations.

« Quoi qu’il en soit, seigneur Rhaegar, ne craignez rien. Tous les espions de Jaehaerys sont aux aguets, nous surveillons bon nombre de personnalités sujettes à nous causer des ennuis. Vous serez le premier averti si d’aventure nous trouvons quelque chose. En attendant, restez discret sur ces sujets. Je vous reverrai demain, bonne soirée. »

Ce faisant, il se détourna du seigneur de Marée-Haute qui lui-même partait dans une autre direction. La silhouette avait disparu derrière une arche, sans doute partie profiter de la vue sur la baie. Le Serpent devait admettre que le panorama était de toute beauté. Des dizaines de lampions rougeoyaient, chacun marquant une embarcation mouillée au large du port, complètement saturé pour l’occasion. A cela, il fallait ajouter les reflets, donnant l’impression qu’une partie du ciel nocturne qui se teintait l’azur virant au carmin. Pour peu, on aurait pu croire du côté de la Baie des Serfs, dans la rade ceinte de hautes falaises noires d’Elyria.

La silhouette apparut de nouveau dans le champ de vision. C’était une petite jeune femme, à l’abondante chevelure blonde coiffée avec adresse et raffinement. Son accoutrement laissait entrevoir la richesse de sa maison et la piété de la petite muse. Il devait s’agir de l’une des nobles demoiselles arrivées avec un seigneur prospère, sans doute un noble du Bief ou de l’Ouest. Celle-ci ne semblait pas l’avoir aperçu, le regard plongé dans la contemplation des flots noircissants de la Baie de la Néra. Soudainement, elle trébucha et laissa choir un lourd ouvrage relié avec art : assurément un objet de prix. Le gros livre rencontra le sol avec un bruit sec et termina aux pieds de Valyron qui s’arrêta net, l’air surpris, aux aguets, tendant ses épaules pour étirer sa veste, lui permettant de sentir la présence de la dague qu’il dissimulait dans ses plis. Depuis la chute de Maegor et la folie assassine qui avait envahie le Donjon-Rouge jour après jour, Valyron était extrêmement prudent. Cette scène lui semblait fausse, jouée et il était évident que la jeune femme avait fait tout cela à dessein. Restait à savoir pourquoi. Capter l’attention du Maître des Chuchoteurs, assurément. Mais pourquoi ? Un assassin allait-il surgir ? Allait-elle tenter de le séduire pour une raison encore inexpliquée ? Un nombre infini de questions jaillissait dans l’esprit retors du Serpent alors que la jeune femme, l’air dévastée se jetait à ses pieds pour récupérer son livre.

« Monseigneur, je suis désolée ! Quelle maladroite je fais, je suis terriblement navrée de vous faire perdre votre temps. »

A peine à terre qu’elle était de nouveau sur ses pieds, se relevant dans un tourbillon d’élégance et de tissu noble. Le regard gris, aussi glacial qu’acéré, tel de l’acier valyrien pur, Valyron dépouilla la jeune femme du regard, cherchant les tréfonds de son âme. Que diable pouvait-elle vouloir ? Il lui donnait seize ans, peut-être dix-huit. Guère plus. Elle était plus qu’élégante, fine et déjà femme. Une beauté d’une région inconnue pour le moment, bien que l’accent la trahissait, l’indiquant non pas comme une bieffoise mais plutôt du Nord des Terres de l’Ouest, possiblement même du Conflans. Sa chevelure blonde induisait toutefois le Mantaryen à l’imaginer en fille de la maison Lefford, tant son maintien criait l’éducation à la ouestrienne.

« J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, monseigneur. »

Le regard inquisiteur n’avait toujours pas lâché la jeune femme. Qui donc pouvait-elle être pour provoquer une discussion avec tant d’aplomb ? C’était pour le moins intriguant. Valyron considéra un bref moment son emploi du temps. Sa soirée était calme. Les rapports des informateurs attendraient un peu. S’il était toujours membre du conseil restreint, le Serpent était bien moins sollicité que lorsqu’il était Maître des Lois, un rôle institutionnel où son avis et ses faveurs étaient fréquemment sollicités. Depuis qu’il était le maître espion du Roi, tout semblait plus calme. On le craignait de nouveau, mais bien plus qu’auparavant. On craignait de savoir ce que le Serpent savait sur soi. Un sourire à peine visible vint perler sur les fines lèvres du natif d’Essos alors qu’il tendait la main pour que la jeune femme inconnue lui remette son livre. Valyron aimait les ouvrages reliés, c’était l’une des choses qu’il trouvait les plus nobles. Elle sembla hésiter un moment, puis décroisa les bras de sa possession et le remit au Serpent qui attendait, l'air attentif, exhalant des odeurs de lavande et de cendres.

C’était un superbe exemplaire de l’Etoile à Sept Branches, le livre sacré de la Foi. Valyron l’avait parcouru brièvement, sans toutefois y trouver raison à se convertir. Il vénérait, lui, les anciens dieux de la Valyria, la seule véritable religion, injustement oubliée, injustement sous-pratiquée déjà à l’époque de l’apogée de l’Empire. Il parcourut quelque page, semblant brusquement oblitérer de sa conscience l’existence de la jeune muse. Le papier était fin, l’écriture était parfaitement calligraphiée, les enluminures étaient soignées, et les dorures étaient vraies. C’était plus d’exemple qu’il n’en fallait à Valyron. La jeune demoiselle, quel que fût son nom, venait d’une très riche famille des Terres de l’Ouest. Il lui remit le livre avec un sourire aimable, il n’avait rien d’un monstre.

« Pourquoi donc ? Nous avons tous nos moments de maladresse, ma Dame…. ? »

Elle lui donna son nom. Wendy Piper. Piper... Une famille du Conflans... Que diable faisait-elle ici? Et surtout avec autant de trésors sur elle? Piper, n'était-ce pas une famille de loyalistes, par dessus-le marché? Non, cela revenait à Valyron. Alerie Lannister, l'épouse du Sire du Roc, portait le nom de Piper. Il s'agissait de l'une des soeurs de la suzeraine de l'Ouest. Tout se mettait en place dans la tête de Valyron. Il voyait qui elle était, précisément.

« Eh bien, Dame Wendy, c'est un plaisir et un honneur bien singulier que celui de faire votre connaissance. » lui glissa-t-il dans une élégante révérence de courtisan de la capitale, avec un brin de souplesse essosie.

Il tendit le bras, invitant la jeune femme à le suivre en cheminant à ses côtés. Quand il s'agissait du protocole et de la bienséance, Valyron était une véritable encyclopédie vivante et sa proposition vint donc avec une sérénité absolue. Il ne souffrait d'aucun risque de se faire éconduire puisque c'était Wendy Piper elle-même qui avait provoqué cette rencontre.

« Je me dirigeais le Donjon, mais je serai honoré de pouvoir marcher quelques instants avec vous. Souhaiteriez-vous m'accompagner ? »

Ce faisant, il fit demi-tour et commença à marcher tranquillement aux côtés de la jeune femme. Après la rumeur de liaison qu'il avait lancé l'année passée avec Elinor Piète pour qu'ils puissent travailler ensemble sans éveiller les soupçons des espions de Maegor, Valyron se demanda avec malice si le voir en compagnie d'un tel joyau ferait jaser. Il n'en avait cure, bien sûr.

« Comment trouvez-vous la capitale, ma Dame ? Tout y est à votre goût ? »



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Lun 9 Oct 2017 - 19:16


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




Les dés étaient jetés.

Sans hésitation, Wendy s'était emparée de son destin, bravant toutes convenances sans en avoir l'air et affrontant volontairement ce que d'aucun aurait appelé une situation dangereuse. De plein gré, la belle s'était jetée dans la gueule du loup... ou en l'occurrence dans celle du serpent, provocant une rencontre fortuite avec l'homme le plus craint du royaume, l'ombre des Targaryen, celui dont chaque pensée et chaque action étaient jugées ambiguës. En somme, celui dont on se devait de se méfier comme de la peste tout en le cajolant comme le plus précieux des êtres. Mais son cœur ne connaissait plus la peur, seule la poursuite de son unique objectif l'habitait, brûlant en elle tel un feu constant, réchauffant son esprit et le dénuant de tous les remparts qui avaient encadré sa vie bien rangée jusqu'à l'an 47. Elle était prête à tout, déterminée à en faire pâlir le plus retors des politiciens, et la demoiselle elle-même ne pouvait effacer de son esprit entaché l'image fantomatique du visage outré et attristé de sa noble mère en la voyant agir de cette façon impudente... Quelque part au creux de son ventre, la conflanaise ressentit les tressauts d'un sentiment qu'elle ne connaissait plus. La honte. En songe, elle se voyait souvent penaude devant Laurine Myatt Piper, celle qui lui avait donné la vie, celle qui lui avait donné la foi dans les Sept, celle qui lui avait offert une éducation à la ouestrienne, lui conférant cette aura exquise émanant de chacun de ses gestes et attitudes. Par mille et uns arguments, la jeune fille tentait désespérément de se justifier face au regard qu'elle croyait inquisiteur de sa mère... Mais quand elle levait les yeux pour affronter la sourde colère indignée, elle découvrait un regard empli d'une tristesse sans nom duquel s'échappaient des larmes au goût amer du désenchantement. « Ma fille... Qu'es-tu devenue ? En quel monstre sans scrupule la colère et l'affliction t'ont-ils transformée ?... » Laurine paraissait secouer indistinctement la tête de droite à gauche, murmurant des paroles muettes semblant lui témoigner toute l'étendue de sa désolation. Une douleur vive venait alors lui tenailler les entrailles et taillader son cœur autrefois si pur... Mais c'était sans ambages qu'aujourd'hui la Némésis étouffait cette conscience d'un autre monde, posant une main ferme sur sa bouche pour la faire taire et lui faire ravaler ses jugements dérangeants. Il n'était plus temps de reculer.

Un regard scrutateur et aiguisé la transperçait, brûlant chaque parcelle de sa peau, creusant jusqu'à son âme même alors qu'elle se savait examinée, sondée et analysée par un esprit fin et affûté. Le cœur battant, le regard timide et les joues rosissantes, Wendy attendait le verdict du Maître des chuchoteurs avec avidité, sentant la situation ne tenir qu'à un fil ténu, un climat étrange flottant entre eux. Dans quelle direction ce chemin inconnu et périlleux allait-il l'entraîner ? Une main élégante se tendit soudain devant elle, réveillant un sentiment de surprise en elle. Hésitante, la jouvencelle jeta un regard interrogateur à Valyron, cherchant à comprendre la raison de ce geste. Il semblait désirer qu'elle lui donne son livre et le sourire énigmatique qu'il arborait la décontenançait plus qu'autre chose. Cependant, elle accéda à sa demande et lui confia l'ouvrage sacré qu'elle ne quittait que rarement et auquel elle tenait plus que de raison. Il était une part d'elle... Combien de fois avait-elle parcouru ces lignes saintes, combien de bougies avait-elle laisser se consumer alors qu'elle récitait ces litanies divines, agenouillée sur le sol froid et dur, en pénitence ? Il était un compagnon, un réconfort dans la douleur, un sauveur dans sa perdition... Une branche infinie à laquelle elle s'était toujours raccrochée alors qu'elle avait entamée une chute éternelle et sans retour...

Le silence était maître et rien ne semblait pouvoir venir troubler la presque sacralité de cet instant. La Piper observait cet homme étrange, tentant de deviner ce que pouvait bien abriter ses pensées. Mais le mantaryen était trop habitué aux jeux de cour pour se laisser lire avec autant de facilité, et son visage était totalement hermétique à l'examen attentif de la jeune fille. Avec minutie, il étudia le somptueux volume, se perdant dans sa calligraphie d'une finesse extraordinaire et laissant ses longs doigts parcourir la couverture de cuir. Un véritable ouvrage à la gloire des Sept, les honorant à leur juste valeur avec les arts les plus beaux servant les textes les plus sacrés. Cet exemplaire de l'Etoile à Sept Branches était le premier présent que lui avait fait l'impressionnante Johanna Reyne, venant remplacé celui, usé et de moindre qualité, qui avait partagé sa vie depuis son enfance. Ce jour-là, Wendy avait compris qu'elle était douée, excellente marionnettiste, la confortant dans son projet naissant de se servir de tous ses atouts et de toutes les failles des autres. L'atmosphère singulière et impénétrable se brisa subitement, à l'instar du silence, alors que l'homme lui rendait son livre avec un sourire aimable : « Pourquoi donc ?... Nous avons tous nos moments de maladresse, ma Dame... ? » Il avait repris la conversation comme si le long silence qui s'était installé n'avait jamais existé, comme si la spontanéité n'avait jamais été rompue, déconcertant quelque peu Wendy qui s'empressa malgré tout de répondre à son interrogation sur son identité. « Dame Wendy, de la maison Piper. » Elle s'était légèrement inclinée en une révérence élégante, respectant les règles de l'étiquette, soulagée de voir l'attente incertaine rompue et prendre une tournure agréable.

« Eh bien, Dame Wendy, c'est un plaisir et un honneur bien singulier que celui de faire votre connaissance. » Avec naturel et courtoisie, Valyron s'inclina à son tour, provocant un sourire enchanteur sur les lèvres de Wendy. Voilà qui lui convenait comme attitude et incarnait le mieux du monde ce qu'elle s'était attendue de la capitale, lui permettant à son tour de dévoiler ce pourquoi elle avait été élevée par sa mère, pur joyau de l'Ouest. Le jeu allait pouvoir commencer. « L'honneur est pour moi, mon seigneur Tyvaros, et je vous sais gré de me pardonner ma maladresse avec autant d'amabilité, la... simple gentillesse... est une denrée rare entre ces murs... » Elle avait choisi ses mots avec soin, prenant le temps de les prononcer avec le ton adéquat pour marquer la réflexion incisive qu'elle tenait à faire tout en insistant sur la galanterie de Valyron, dissimulant ses yeux brillants d'espièglerie et sa critique sous un fin sourire modeste. « Combien de lords seraient passés sans même un regard courtois ? »

La mine toujours affable, le mantaryen lui proposa son bras, l'invitant à le saisir : « Je me dirigeais le Donjon, mais je serai honoré de pouvoir marcher quelques instants avec vous. Souhaiteriez-vous m'accompagner ? » Wendy sentit soudain sa poitrine se gonfler et son estomac la picoter, un millier de papillons semblant voler entre les parois de son ventre. Tout se passait pour le mieux et voilà une option qu'elle n'avait guère envisagé si vite. Cependant, sa maîtrise d'elle-même restait parfaite et elle ne fit rien paraître de son enthousiasme coupable, feignant avec art la surprise enveloppée d'humilité. Avec délicatesse, elle posa un bras fragile sur celui du Maître des Chuchoteurs, se laissant guider avec docilité alors qu'il faisait demi-tour. « Vous m'honorez, mon seigneur... Accorder ne serait-ce que quelques minutes de votre précieux temps à une petite lady du Conflans est un sacrifice bien charitable, et les mots me manquent pour vous faire part de l'étendue de ma gratitude... » La Piper avait baissé le regard en toute modestie, se parant des traits les plus purs de la Jouvencelle elle-même pour mieux jouer son rôle. « D'autant plus que je n'ai guère beaucoup de compagnie, je remercie les Sept d'avoir mis sur mon chemin un homme aussi prestigieux et galant, quoi que puissent en dire les rumeurs malignes. » Sa voix s'était faite fluette, un murmure presque honteux de tant révéler en une seule phrase. Wendy savait mieux que quiconque que l'amabilité cachait souvent les intentions les moins honorables, mais elle s'amusait de lui faire croire à son ingénuité et qu'elle refuserait à présent de donner crédit aux mauvais racontars critiquant le Serpent de Mantarys. Brosser dans le sens du poil, mais sans appuyer trop fort au risque de se trahir.

Ils avançaient d'un pas lent, arpentant les dalles ocres, baladant leurs regards sur les multiples scènes se déroulant devant eux : avant tout un nombre incalculable de promeneurs en groupe de deux ou trois, partageant messes basses et petits rires... l'on pouvait apercevoir le ballet amoureux de jeunes gens cherchant à se cacher des regards indiscrets au gré des colonnades et des renfoncements, abritant une kyrielle d'alcôves secrètes, prêtant aux douces confidences... Wendy, elle, se sentait grande et prestigieuse, accrochée au bras de l'un des hommes les plus importants du royaume et elle s'exhibait sans peine, s'offrant au regard des passants comme pour leur montrer qu'elle n'était plus une petite dame de peu d'importance. Elle jubilait intérieurement, son port de tête altier jetant sur le monde un regard neuf et prometteur, quand bien même le danger ne faisait que commencer... « Comment trouvez-vous la capitale, ma Dame ? Tout y est à votre goût ? » Elle accueillit la question avec un sourire, arrachant son regard à la contemplation du paysage pour le planter dans celui de Valyron. « La capitale est tout ce qu'elle devrait être, mon seigneur : impressionnante et mystérieuse. Impressionnante par sa taille, par ses pierres ocres composant le palais royal, jetant son ombre formidable sur la ville en contrebas, et trônant fièrement en haut de la falaise comme pour crier sa suprématie. Impressionnante par sa vie foisonnante, malgré les souvenirs encore présents de la guerre... Port-Réal porte à bout de bras son avenir et ne s'avoue pas vaincue, et j'admire cela... » La Pieuse marqua une pause, son regard se voilant et se perdant dans le vague : « La cité royale semble plus volontaire et forte que le Conflans qui se meure... » En une fraction de seconde, elle retrouva son sourire et le pétillant de ses yeux. « Et que dire de la Néra qui répand son onde tranquille à perte de vue, étincelant en journée comme mille et un diamants, et se transformant en ciel d'eau une fois le soir venu, ses étoiles s'allumant au gré des bougies sur les navires amarrés en sa baie ? » La conflanaise avait reporté son regard sur le tableau exquis qui la subjuguait depuis qu'elle avait posé le pied au Donjon Rouge.

Lentement, elle reporta son attention sur son accompagnateur. « Mystérieuse par les gens qui arpentent ses rues, les rencontres étonnantes qui peuvent se faire dans le secret d'une ruelle, et surtout par les dames et seigneurs parcourant les couloirs du palais. Tout dans leurs regards, leurs maintiens, leurs attitudes, crient aux dessins réfléchis, aux jeux de cours, à l'hypocrisie... sous couvert de grands sourires et de parures divines. C'est un tableau très amusant, surtout lorsqu'on se plaît à tenter d'assembler les différentes pièces du puzzle pour comprendre son sens caché. » Les yeux rivés dans ceux de Valyron, Wendy souriait malicieusement. « Mais je gage que ce n'est pas à vous que je vais apprendre cela, n'est-il pas ? » Elle soutint quelques instants son regard, avant de le baisser, reprenant sa mine docile. « Pour vous répondre, mon seigneur, Port-Réal est à mon goût, et j'espère surtout qu'elle parviendra à me procurer l'avenir auquel j'ai droit et les réponses que j'attends depuis trop longtemps. » Elle observa une seconde de silence, se laissant subitement envahir par un sentiment mélancolique et se demandant si l'homme qui l'accompagnait le partageait : « Mon seigneur Tyvaros, puis-je me risquer à une question personnelle ?... Vous arrive t-il d'avoir le mal du pays ? »

AVENGEDINCHAINS

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Ven 27 Oct 2017 - 16:33

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

ft.








« Vous m'honorez, mon seigneur... Accorder ne serait-ce que quelques minutes de votre précieux temps à une petite lady du Conflans est un sacrifice bien charitable, et les mots me manquent pour vous faire part de l'étendue de ma gratitude... »

S’il y avait bien une chose à laquelle Valyron était sensible malgré lui, c’était la flatterie. Il essayait bien entendu de séparer le bon grain de l’ivraie, mais parfois, il se laissait avoir. Rarement, toutefois. Il aimait ces moments où ces descendants de familles installées dans leur fief depuis des siècles se retrouvaient à devoir parler avec déférence à celui qui n’était encore, un an auparavant, qu’un riche roturier. Il était désormais seigneur de plein droit, et avait gagné – durement – l’honneur d’être appelé monseigneur. Voir les puissants de ce monde courber l’échine, rien qu’un peu, face à lui, il trouvait cela fascinant et délectable.

« D'autant plus que je n'ai guère beaucoup de compagnie, je remercie les Sept d'avoir mis sur mon chemin un homme aussi prestigieux et galant, quoi que puissent en dire les rumeurs malignes. »

Valyron coula vers elle un regard inquisiteur. Qu’était-ce cette remarque ? Les rumeurs malignes, il avait appris à les accepter. Certains, effectivement, avaient du mal à cautionner le retour à la Cour de Valyron, ainsi que son anoblissement. Et pourtant, il était désormais l’un des leurs, avec un pouvoir de nuisance bien supérieur au leur. Il se doutait ne pas faire l’unanimité, ce qui ne l’inquiétait guère étant donné que seule l’approbation des Targaryen comptaient. Wendy Piper était par contre la première à mentionner de manière frontale ces rumeurs, face à celui qu’elles concernaient. Visiblement, la Piper avait encore beaucoup à apprendre des us et coutumes de la Cour. Ils continuèrent ainsi à marcher, côte-à-côte, évoluant dans ces jardins qui embaumaient alors que le jour était tombé. On vivait alors un rêve, dans le faste de la paix, dans le faste de la royauté : l’illusion, guère plus, que tout allait bien partout en Westeros. Lorsque Valyron lui demanda ce qu’elle pensait de la capitale, la jeune femme lui répondit en abandonnant la vision du littoral nocturne pour le regarder droit dans les yeux.

« La capitale est tout ce qu'elle devrait être, mon seigneur : impressionnante et mystérieuse. Impressionnante par sa taille, par ses pierres ocres composant le palais royal, jetant son ombre formidable sur la ville en contrebas, et trônant fièrement en haut de la falaise comme pour crier sa suprématie. Impressionnante par sa vie foisonnante, malgré les souvenirs encore présents de la guerre... Port-Réal porte à bout de bras son avenir et ne s'avoue pas vaincue, et j'admire cela... »

Elle rompit brièvement le contact visuel, semblant emmener ses pensées bien loin du Donjon-Rouge et de son maître-espion. Valyron comprenait ce qu’elle voulait dire. Contrairement à l’ancien monde qui se mourrait, contrairement aux ruines, aux vestiges moribonds des Possessions de Valyria, tout semblait possible en Westeros. Port-Réal était le cœur battant de cet état d’esprit conquérant qui semblait avoir été légué par Aegon lui-même à toutes les terres qu’il avait soumises.

« La cité royale semble plus volontaire et forte que le Conflans qui se meure... »

Valyron ne dit rien. Se contentant de scruter les traits fins de sa compagne de promenade. Elle était d’une beauté à couper le souffle, il devait bien le reconnaître. Sa peau diaphane et son port-altier majestueux devait en faire l’un des plus beaux partis de sa région, à n’en point douter. Il était désormais évident qu’elle avait aussi une tête bien faite, ce qui n’était pas pour déplaire au Serpent, mais qui pouvait en incommoder certains. Les époux Lannister avaient intérêt de choisir un seigneur éclairé pour que l’avenir de la jeune femme se passe au mieux. Un homme trop brute, trop stupide pour apprécier la finesse d’esprit de la Jouvencelle incarnée pouvait fort bien l’abîmer : quel gâchis ce serait alors ! Lorsqu’elle reprit la parole, toute nostalgie avait disparue de sa voix.

« Et que dire de la Néra qui répand son onde tranquille à perte de vue, étincelant en journée comme mille et un diamants, et se transformant en ciel d'eau une fois le soir venu, ses étoiles s'allumant au gré des bougies sur les navires amarrés en sa baie ? »

Valyron laissa un sourire mystérieux s’afficher sur son visage. La Néra n’était en rien à complimenter, en rien à louer avec poésie. C’était un fleuve stagnant, dont l’estuaire étaient encombrés de déchets, d’épaves et de présence humaine : les eaux ne s’y renouvelaient guère rapidement. En conséquence de quoi, la Néra puait. Certains accusaient la ville elle-même d’être un tas d’immondices malodorants, mais la vérité était que l’infernale odeur de pourri qu’exhalait la capitale venait de son fleuve malmené par l’industrie balbutiante de Port-Réal et toute l’activité humaine autour. Lentement, la jeune femme se retourna vers le Serpent.

« Mystérieuse par les gens qui arpentent ses rues, les rencontres étonnantes qui peuvent se faire dans le secret d'une ruelle, et surtout par les dames et seigneurs parcourant les couloirs du palais. Tout dans leurs regards, leurs maintiens, leurs attitudes, crient aux dessins réfléchis, aux jeux de cours, à l'hypocrisie... sous couvert de grands sourires et de parures divines. C'est un tableau très amusant, surtout lorsqu'on se plaît à tenter d'assembler les différentes pièces du puzzle pour comprendre son sens caché. »

Elle n’avait pas tort, loin de là. Ils étaient nombreux à savoir que la Cour n’était pas le tableau idyllique que l’on se représentait tant que l’on y avait pas mis les pieds, mais ils étaient en revanche beaucoup moins à en avoir une vision aussi claire, encore plus à cet âge. La Jouvencelle du Roc laissa apparaître un sourire malicieux dévoilant ses canines blanches. Le joyau du Conflans, à n’en point douter.

« Mais je gage que ce n'est pas à vous que je vais apprendre cela, n'est-il pas ? »

Toujours silencieux, Valyron lui rendit son sourire conspirateur. Ils se comprenaient. Il savait de quoi elle parlait, et elle-même ne prononçait pas les mots au hasard. Au contraire, elle les choisissait avec soin. C’était bien plus que beaucoup au sein de ce palais royal. Et cela, Valyron l’avait très vite compris, dès son arrivée. Bien plus que certains qui étaient alors au Donjon-Rouge depuis des années déjà. Il était de ceux qui maîtrisaient le mieux les ombres et les façades, désormais. Tel un poisson dans l’eau, il évoluait au sein des intrigues de palais, au rythme des complots, et taillait, lentement, mais sûrement, sa route.

« Pour vous répondre, mon seigneur, Port-Réal est à mon goût, et j'espère surtout qu'elle parviendra à me procurer l'avenir auquel j'ai droit et les réponses que j'attends depuis trop longtemps. »

Ah, voilà qui était intéressant et subtilement amené. Sans doute allait-elle enchaîner sur autre chose pour laisser cette énigmatique phrase évoluer dans l’esprit du Mantaryen. Et cela marchait bien. De quoi donc pouvait-elle parler ? Qu’est-ce qu’une jeune femme sans reproche aucun pouvait bien avoir à chercher ici ? Voilà qui était intrigant. Que pouvait vouloir la jeune femme, elle qui avait déjà tout ?

« Mon seigneur Tyvaros, puis-je me risquer à une question personnelle ?... Vous arrive-t-il d'avoir le mal du pays ? »

Et voilà, la diversion était arrivée. Valyron rompit à son tour le contact visuel pour le laisser dériver sur le paysage. Le mal du pays ? Voilà une chose qu’il ne s’était jamais demandé. La question avait donc le mérite de le surprendre et de le faire réfléchir. Il s’arrêta, et fit un pas sur le côté, trouvant ce balcon discret où il aimait parfois s’installer et simplement méditer. Il n’y avait que peu d’endoits pareils, où Valyron arrivait à réfléchir : les remparts au matin, son bureau, la bibliothèque du palais et le balcon sur lequel ils se trouvaient. Rompant le contact physique, il déposa ses deux mains sur la rambarde en pierre taillée et se plongea dans la contemplation d’un horizon presque invisible. Loin derrière cette ligne inatteignable, se trouvait Mantarys, à des semaines de navigation.

« Vous me demandez si j’ai le mal du pays, Dame Piper ? »

Il sourit avec lassitude.

« Vous me demandez si je regrette ma terre natale. Si les falaises noires d’Ellyria et Tolos me manquent. Si je songe toujours aux pics du Nord de la Valyria, à ces montagnes entourant Mantarys, à son architecture grise et massive, à ses habitants qui sont de cet ancien sang. S’il est possible d’oublier la vision les pyramides des cités dorées de la Baie des Serfs, Mereen, Astapor et Yunkaï, crevant l’horizon, comme autant de phares titanesques. S’il est concevable de s’accomoder de Westeros une fois que l’on a vu Volantis, les ruines de l’Ile aux Cèdres, Lys ou encore les ruines fumantes de Valyria. Si on s’acclimate à la gastronomie westerosie, lorsque l’on vient d’une contrée où l’on mange des saucisses de chiens avec de la gelée de mangue, à l’ombre des oliviers et sous la brise puissante venant des plaines dothrakie. »

Tous ces souvenirs assaillaient le Maître des Lois. Son pays lui manquait, c’était évident. La vie y était plus douce, pour ceux qui avaient les moyens. Et pourtant, c’était désormais ici qu’allait se bâtir sa vie, celle de ses enfants, et celle des enfants de ses enfants. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin des temps. Regrettait-il sa décision ? Absolument pas. Le referait-il ? Absolument. Il se tourna, vrillant son regard acéré dans les yeux clairs de son élégante interlocutrice.

« Bien entendu que non, Dame Piper. Je n’ai pas le mal du pays. Je suis ici depuis vingt ans. Ma vie est ici. Mes racines sont outre-mer, mais mon cœur est attaché à cette terre, à cette même colline au faîte de laquelle nous nous tenons. J’ai dédié ma vie au service des Targaryen, c’est un choix dont je suis fier. »

Il la détailla de haut en bas, avec un brin trop d’insistance pour que cela paraisse désintéressé. Avec un sourire complice, il se pencha vers elle pour parler à voix basse.

« Notez bien que ce n’est pas pour autant que je ne suis pas attaché à mes racines, tout comme, malgré votre statut de princesse à l’Ouest, vous êtes sans nul doute attachée à vos terres natales. »

Ne perdant plus de temps en circonvolutions, il embraya sur ce qu’elle avait mentionnée plus tôt.

« La capitale, ceci dit, n'est pas un jeu. C'est un endroit dangereux, bien plus qu’on ne peut l’imaginer, Dame Wendy. La vie d’un homme – ou d’une femme – ne vaut pas cher, par ici. Y compris au Donjon. Aussi, je pense que vous devriez chercher au plus vite les réponses que vous attendez et ne plus chercher à sortir de votre rôle par la suite. »

Prononcé sur un ton suave, l’avertissement n’en était pas moins menaçant. D’obscurs secrets dormaient dans cette ville. Quiconque voulant fouiller un peu trop risquer d’en mettre un ou deux au jour, et il n’était bénéfique pour personne de voir certaines vérités sortir au grand jour. C’était avant tout pour protéger la Piper que le Serpent lui disait cela, même s’il était le premier à vouloir éviter de voir des fouineurs s’aventurer trop loin dans les méandres des intrigues de Port-Réal…





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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 29 Oct 2017 - 11:22


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




Elle l'avait surpris, sinon désarçonné. Quelque part en elle, un sentiment de satisfaction réchauffait son esprit, car qui pouvait se targuer d'avoir réussi l'exploit de déconcerter le tortueux Maître des Chuchoteurs, même par la plus insignifiante des questions ? Le mantaryen détacha son regard d'elle pour le laisser voguer sur d'autres flots, loin là-bas, au-delà du Détroit, s'arrêtant pour aller se nicher sur un petit balcon discret. Il sembla plonger dans une intense réflexion, fouillant en lui pour parvenir à apporter une réponse à son interrogation. « Vous me demandez si j’ai le mal du pays, Dame Piper ? » Le mystérieux personnage s'était séparé d'elle, venant trouver de ses paumes l'appui tangible du parapet de pierre dure, comme pour mieux se recentrer sur lui-même et tourner son regard vers l'intérieur. Silencieuse, Wendy ne bougea pas d'un pouce, observant cet homme qu'elle ne parvenait à cerner mais qui la fascinait déjà. Quelque chose se dégageait de lui... ou bien était-ce le parfum du danger qui entêtait la conflanaise ? Elle n'aura su le dire mais cette sensation ambiguë était loin de lui être désagréable. Après tout, elle n'avait rien à perdre et tout à gagner, cela lui donnait une liberté et une invulnérabilité sans nom. Un faible sourire étira ses lèvres alors qu'il partait dans une accumulation de souvenirs tous plus flamboyants les uns que les autres, assénant à chaque ajout un coup supplémentaire sur le cœur de Wendy qui brûlait de voir le monde entier, de connaître ces contrées de légende, des pays un brin imaginaires pour elle qui ne réussissait guère à croire en la réalité d'un autre monde que celui dans lequel elle avait toujours vécu. Le Nord, le Val d'Arryn, Dorne... Ces noms là résonnaient déjà comme autant de terres mystérieuses pour elle, alors que dire de Mereen, Astapor, Valyria ou même Mantarys ? Elle se prenait à partir dans des rêveries exotiques, se laissant bercer par les mots dépaysants de Valyron Tyvaros, et dans ses yeux dansaient une flamme émerveillée.

Mais lorsque le seigneur de Port-d'Epice acheva ses réminiscences et riva un regard incisif dans le sien, une cascade glacée parut couler le long de son échine, la faisant frissonner sans raison. Il y avait quelque chose de défiant dans le regard de cet homme, le rendant effrayant et redoutable. C'était comme lui lancer à la figure la stupidité de sa question et Wendy en fut déroutée, elle qui se languissait de son passé et de sa terre natale. « Bien entendu que non, Dame Piper. Je n’ai pas le mal du pays. Je suis ici depuis vingt ans. Ma vie est ici. Mes racines sont outre-mer, mais mon cœur est attaché à cette terre, à cette même colline au faîte de laquelle nous nous tenons. J’ai dédié ma vie au service des Targaryen, c’est un choix dont je suis fier. » Mais à quel prix... Le choix est difficile quand les Targaryen entre eux ne sont pas d'accord... La jeune fille se garda toutefois de prononcer tout haut ces paroles perfides qui ne feraient que lui rappeler quelques dérangeants souvenirs... Et elle n'était pas prête à faire confiance à son ton, dont l'amertume serait compliquée à masquer après ce que le choix d'un camp Targaryen avait coûté à sa famille. Mais le regard dont il l'enveloppa ensuite la mit mal à l'aise... Il la toisait clairement, la jaugeait, l'analysant de haut en bas. Elle se contenta de rester de marbre, prudente, retenant presque son souffle, attendant précautionneusement la prochaine ouverture qui ne tarderait pas à arriver. Et arriver, elle le fit bien vite : « Notez bien que ce n’est pas pour autant que je ne suis pas attaché à mes racines, tout comme, malgré votre statut de princesse à l’Ouest, vous êtes sans nul doute attachée à vos terres natales. » Complice, il s'était penché vers elle pour lui murmurer presque ces mots doucereux. Son cœur manqua un battement, avant d'accélérer sa cadence. Ce n'était pas tant ce qu'il disait qui provoquait chez elle ces réactions instinctives que la teinte dangereuse que sa voix prenait. Car elle ne pouvait guère s'étonner qu'il rebondisse sur ses propres dires alors qu'elle avait savamment manœuvré la conversation pour en arriver à cet instant. Cependant, son ton la faisait trembler, Wendy se sentait soudain comme... mise à nue. Sentiment bien trop rare chez celle qui avait appris à se dissimuler sous des monceaux de parures aimables, que nul encore n'était parvenu à percer.

« La capitale, ceci dit, n'est pas un jeu. C'est un endroit dangereux, bien plus qu’on ne peut l’imaginer, Dame Wendy. La vie d’un homme – ou d’une femme – ne vaut pas cher, par ici. Y compris au Donjon. Aussi, je pense que vous devriez chercher au plus vite les réponses que vous attendez et ne plus chercher à sortir de votre rôle par la suite. » La menace était là, perçant sous la voix mielleuse, enrobant ses mises en garde d'un sirop acide. Tyvaros portait décidément bien son surnom de Serpent, traçant son chemin sinueux en glissant avec habileté et montrant ses crochets en guise d'avertissement... Et pourtant, ce qui aurait dû refroidir la Piper ne fit que provoquer la naissance d'un sourire en coin sur son doux visage de porcelaine. A son tour, elle s'approcha de la rambarde de pierre, mais pour s'y adosser, désirant faire face à cet homme redoutable. Les yeux baissés, un sourire insolent sur ses lèvres, elle ramena son livre contre son giron, l'enveloppant de ses bras comme pour protéger son contenu sacré. A contre lumière, l'ombre lui conférait une aura mystique. « Je ne sors jamais de mon rôle, mon seigneur, je ne fais que m'adapter aux eaux troubles dans lesquelles je me trouve à l'instant T. » Sa voix était fluette, un souffle comme une coupable confidence, mais l'on pouvait y discerner le voile piquant de la mutinerie. Oh oui, son rôle elle le tenait, toujours, en toute heure, en toutes circonstances. Son rôle n'était pas Un, il était Multiple, large répertoire capable de s'adapter au lieu où elle se trouvait, à l'interlocuteur qu'elle avait en face. Elle avait appris à se couler sous toutes les peaux pour plaire et endormir la méfiance. Elle savait ce qu'elle faisait, toujours, qu'on ne s'y trompe pas. L'orgueil l'avait fait parler mais elle mesurait le danger dans lequel elle se mettait, ne le craignant pas, ne le craignant plus. Si le Serpent avait pu entrevoir un fragment de sa véritable personnalité téméraire et déterminée, ce n'était que parce qu'elle avait bien voulu découvrir une épaule pour qu'il la contemple. Cependant, Wendy devait conserver un semblant de masque, pour ne pas trop se dévoiler tout de suite et surtout, surtout, elle savait qu'elle avait affaire à bien plus fort qu'elle. Et ça, Wendy se devait de ne pas l'oublier.

Elle jeta une rapide oeillade au Maître des chuchoteurs, partageant avec lui un regard entendu le temps d'une seconde. Mais bien vite, ses yeux retombèrent, embrassant la couverture de cuir de l'ouvrage qu'elle détenait entre ses mains. L'Etoile à Sept Branches, livre sacré de la Foi. Il était sa force, sa source de vie et la justification de tous ses gestes. Le jugement des dieux était implacable, et surtout, inévitable et imprévisible, et elle avait puisé dans cette vérité son courage un brin démesuré. Qu'importe ce qui pourrait arrivé, c'était la volonté des Sept qui s'accomplissait et qui était-elle pour s'insurger contre le destin ? D'un doigt distrait et délicat, elle caressa la reliure, prenant soin de réfléchir à sa réplique. Valyron Tyvaros n'était pas homme à prendre à la légère. Son regard perçant, son air intelligent et son verbe habilement acéré lui rappelaient étrangement Johanna Reyne, autre personnalité d'une redoutable perspicacité et d'un sens inné dans l'art du sous-entendu. Un être impressionnant et formidable qui, sans le vouloir réellement, lui avait beaucoup appris. Intérieurement, la native de Château-Rosières ne put s'empêcher de rire, anticipant déjà la mine outrée de la Dame de Castamere d'avoir été ainsi comparée à un roturier de bas-étage, un parvenu de la pire espèce sans honneur et sans parole. Et pourtant, les similarités étaient légions. « J'entends vos... mises en garde, seigneur Tyvaros, et si j'étais de ces damoiselles timorées, sans doute écouterais-je ce conseil prudent et avisé, en vous remerciant humblement... » Wendy releva un regard brillant vers son interlocuteur, un sourire aimable et presque modeste flottant sur ses lèvres, contraste frappant avec la lueur affirmée dansant dans ses yeux incandescents. « … Mais la vie et ses épreuves m'ont façonnée d'une autre manière. Au fond de vous, votre instinct l'a bien compris, je ne vous ferai pas l'insulte de penser le contraire. »

Inspirant profondément, l'audacieuse jouvencelle se détourna du Maître des Chuchoteurs, reportant son regard sur la baie scintillant à l'horizon et posant son livre sur la pierre ocre du balcon. Elle apposa une main sur le riche exemplaire, avant de reprendre d'une voix monocorde et lasse. « En tous temps et en tous lieux, nos existences ne valent pas grand chose, mon seigneur, les dieux ne cessent de nous rappeler l'insignifiance de nos petites personnes. Le danger n'est pas le même, mais à Port-Réal comme ailleurs, il rôde. J'ai appris à le narguer et à danser avec. Il ne me fait plus peur, car je n'ai rien à perdre et tout à gagner dans la lutte que je mène en silence. Une lutte plus grande que ma misérable existence et qui vaut bien quelques sacrifices. Quant à la célérité de ma quête de réponses... » lentement, elle tourne la tête, jetant un regard en coin à Valyron Tyvaros, un rictus étirant sa bouche... « peut-être dépend t-elle de vous. » Une allusion voilée à son statut. N'était-il pas, après tout, le Maître des Chuchoteurs, celui qui détenait tous les sombres secrets ? Wendy avait beau afficher une assurance légèrement déplacée, tout dans son maintien criant qu'elle ne craignait rien ni personne, les battements affolés de son cœur la trahissaient et elle combattait l'accélération involontaire de sa respiration, devenue presque saccadée. Elle affichait sa force, déterminée à ne plus jamais flancher face aux épreuves, face aux obstacles s'élevant devant elle, mais son âme tremblait. Il était évident qu'elle espérait rester en vie un peu plus longtemps pour pouvoir mener à bien ses plans de vengeance, sans quoi, ses sacrifices seraient vain. Et ça, elle ne pourrait le tolérer...

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Sam 11 Nov 2017 - 11:12

A la Cour du Roi, Chacun y est pour Soi

ft.








Les avertissements du Serpent de Mantarys n’étaient jamais à prendre à la légère. On évitait même de parler de lui avec n’importe qui, de peur que l’interlocuteur ce soit un agent, un informateur, ou pire : une cible déjà sous surveillance. Si du temps de Maegor, Valyron de Mantarys avait le pouvoir de faire enfermer des gens, de les faire torturer et exécuter le cas échéant, il devait agir en fonction des informations qu’on lui donnait. Désormais, le reptile avait effectué sa mue, et abandonné son ancienne peau. Valyron Tyvaros était un fonctionnaire dédié à la sauvegarde des Targaryen, et il créait l’information. Il n’avait plus le pouvoir de juger des personnes, il avait le ras bien plus long. Les gens qui le gênaient, il pouvait les faire disparaître : purement et simplement. Et pourtant, malgré tout cela, malgré le sérieux avec lequel il fallait traiter les avertissements du seigneur des ombres, la jeune femme souriait d’un air presque coupable. Elle ramena le livre contre elle et s’avança aux côtés du Serpent.

« Je ne sors jamais de mon rôle, mon seigneur, je ne fais que m'adapter aux eaux troubles dans lesquelles je me trouve à l'instant T. »

Sa voix basse trahissait un vague sentiment de puissante impression laissée par Valyron. Elle ne parlait plus comme une simple jeune femme de bonne famille. Il y avait… autre chose. Ce n’était pas les eaux troubles dont elle parlait. Difficile de vraiment deviner ce que c’était : il n’avait fait que soulever à peine le voile de la vérité. Les véritables motivations de la Piper restaient inconnues. Tant qu’elle n’envisageait pas de porter atteinte aux Dragons, cela ne concernait guère le seigneur de Port-d’Epices.

« J'entends vos... mises en garde, seigneur Tyvaros, et si j'étais de ces damoiselles timorées, sans doute écouterais-je ce conseil prudent et avisé, en vous remerciant humblement... »

Une nouvelle fois, Valyron coula un regard légèrement surpris vers la jeune femme. Ce n’était pas la première fois qu’il entendait quelqu’un s’imaginer différent de la majorité. La plupart disait cela comme moyen de se démarquer. Restait à savoir dans quel camp se rangeait Wendy Piper : une jeune demoiselle à faire une rebuffade de plus, ou un esprit véritablement différent des autres ? Le sourire timoré ne pouvait dissimuler la flamme qui animait les yeux de la Pieuse.

« … Mais la vie et ses épreuves m'ont façonnée d'une autre manière. Au fond de vous, votre instinct l'a bien compris, je ne vous ferai pas l'insulte de penser le contraire. »

Touché.

Il valait mieux jouer franc-jeu avec Valyron, surtout lorsqu’on s’imaginait pouvoir le prendre pour un idiot. Alors qu’elle inspirait longuement, se détournant progressivement de son interlocuteur pour revenir au panorama maritime qui s’offrait à eux, il se demanda de quoi elle voulait parler. Wendy Piper n’était pas une petite écervelée, c’était criant. Elle appartenait à l’une des plus puissantes familles du continent, elle portait sur elle la marque des Lions. On ne pouvait pas l’ignorer. De quelles épreuves pouvait-elle parler ? Les Lannister n’avaient subi qu’un véritable revers : le sac de Port-Lannist, et à l’époque, elle n’était pas encore au Roc puisque le seigneur Lion avait pris pour épouse sa sœur après le décès de sa première femme. A ce moment-là, elle devait encore être à Château-Rosières.

    Château

      Rosières

        Oh.


Le fief des Piper avait été mis à sac par les armées Lannister. Il s’en souvenait, désormais. La sauvagerie avec laquelle la place-forte frontalière avait été dévastée avait fait le tour des Loyalistes. Si la jeune femme avait pu traverser une épreuve véritablement marquante, c’était bien celle-là. Encore fallait-il le prouver, ceci dit, on était encore loin d’un schéma précis pour pouvoir déterminer ce que voulait dire la jeune femme avec précision. Elle rompit d’ailleurs le contact visuel pour se plonger dans la contemplation des flots calmes de la baie de la Néra.

« En tous temps et en tous lieux, nos existences ne valent pas grand chose, mon seigneur, les dieux ne cessent de nous rappeler l'insignifiance de nos petites personnes. Le danger n'est pas le même, mais à Port-Réal comme ailleurs, il rôde. J'ai appris à le narguer et à danser avec. Il ne me fait plus peur, car je n'ai rien à perdre et tout à gagner dans la lutte que je mène en silence. Une lutte plus grande que ma misérable existence et qui vaut bien quelques sacrifices. Quant à la célérité de ma quête de réponses... »

Comme cette dernière réplique pouvait sembler anodine prononcée ainsi. Pourtant, à la lumière de la réflexion qu’avait commencée Valyron, il semblait évident qu’elle préparait une action contre certains qui lui avaient nui. Et mis à part les Lannister, le Serpent ne voyait personne. Il ne connaissait cependant pas toute l’histoire, peut-être y avait-il d’autres cibles. Tant que cela ne menaçait pas directement les Targaryen, il n’en avait pas vraiment cure. Il tendit l’oreille, attendant la suite de la phrase laissée en suspens. Elle se tourna vers lui avec lenteur.

« peut-être dépend t-elle de vous. »

Un sourire aussi indulgent qu’à peine surpris vint étirer les lèvres fines du Chuchoteur. Après tout, ils étaient nombreux à convoiter les secrets qu’il connaissait. Sa position unique au sein des Sept Couronnes lui permettait d’avoir un coup d’avance sur la plupart des autres. Les Sept pouvaient être remerciés qu’il n’appartenait à aucune grande famille et que son allégeance aux Targaryen était toute acquise. Bien qu’il n’était pas insensible aux charmes de la jeune femme – elle était une rare beauté et avait visiblement la tête bien faite – Valyron n’en restait pas moins impassible, contrôlant toujours ses expressions. Il était toujours agréable de discuter avec une demoiselle de cette qualité, mais ce n’était pas pour autant qu’il livrerait ses secrets ou qu’il l’aiderait. Il n’avait encore jamais utilisé les connaissances acquises dans le cadre de son travail pour faire écarter une paire de cuisses, ça ne commencerait pas aujourd’hui. Par contre, il pouvait retirer un intérêt bien plus intéressant en échange de menues informations distribuées avec parcimonie. Lentement, il fit monter sa main droite sous le nez de la jeune femme avant de lui saisir délicatement le menton pour l’obliger à le regarder droit dans les yeux. Toute attitude badine avait disparue des yeux gris du Mantaryen. Il ne restait plus qu’un froid reflet métallique qui dévisageait Wendy Piper de manière impérieuse. Telles des pupilles de vipère, le regard de Valyron n’était plus qu’une fente alors qu’il plissait les yeux pour saisir ce qui se trouvait au fond de ceux de la Pieuse des Eaux. Il déchirait tous les limbes de son âme, la mettait littéralement à nue pour savoir ce qu’elle voulait, ce qu’elle cherchait, à quel degré de sincérité il avait à faire. Il y voyait une certaine colère mais surtout – surtout ! – une farouche détermination. Rien n’arrêterait la Piper dans sa quête, quelle qu’elle puisse être.

« Vous prononcez de bien singulières paroles, ma Dame Wendy. »

L’air absolument sérieux, il ne la lâchait pas : ni du regard, ni de sa main. Il n’y avait aucune violence dans les gestes du Mantaryen, mais il avait depuis longtemps cessé toute autre plaisanterie. Il était dans son rôle ; dans les eaux troubles qui étaient les siennes, le serpent était roi. Si elle s’imaginait pouvoir user ainsi de son charme avec lui, elle se trompait lourdement.

« Je ne suis pas certain de ce que vous voulez de moi, aussi, j’attends que vous soyez précise. Mais gardez bien une chose en tête. »

Un petit hochement de tête sur le côté, un sourire un peu provocateur alors qu’il pressait légèrement le menton de la blonde de Château Rosières.

« Quoi que vous demandiez : cela exigera un lourd tribut. Êtes-vous certaine de vouloir emprunter ce chemin ? »

Il n’avait aucune envie de se retrouver mêlé à des complots extérieurs et encore moins à des affaires qui ne le regardait nullement. Il savait ce que valait Wendy Piper, mais si le prix à payer pour en faire ce qu’il voulait était trop important, il préférait passer son tour. Tout comme il oublierait cette conversation si elle se révélait trop timorée.



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A la cour du roi, chacun y est pour soi   Dim 19 Nov 2017 - 0:03


Valyron et Wendy

A la cour du roi, chacun y est pour soi




Ses doigts se serraient inéluctablement sur la peau de cuir de l'Etoile à Sept Branches, s'enfonçant dans cette chair morte et tannée comme pour s'accrocher à quelque chose de tangible, qui ne faillirait pas. Si une main étrangère avait voulu défaire cette étreinte presque désespérée, nul doute qu'elle aurait arraché un morceau de ce cuir travaillé avec art et raffinement. Wendy était tendue à l'extrême, laissant flotter dans l'air devenu pesant sa dernière réplique qu'elle savait déterminante pour la suite de la conversation et épiant le moindre frémissement chez son interlocuteur qui lui indiquerait s'il était bien disposé à son égard et qui lui dicterait le comportement à suivre. Elle savait que tout se jouait à cet instant, et malgré ses dires et son courage démesuré né de sa soif inextinguible de vengeance, la Piper tremblait. Elle tremblait de la suite, car rien dans la personnalité du Mantaryen n'avait pu lui dévoiler les options des prochains coups. Elle était, pour une fois, en terrain totalement inconnu et face à l'être le plus imperméable et imprévisible qu'elle ait jamais rencontré, et c'était bel et bien une première pour celle qui se riait depuis longtemps maintenant de la prévisibilité affligeante des êtres qui l'entouraient. Alors elle avait rassemblé toutes ses forces, toutes ses ruses stratégiques pour donner le change, pour rester digne et forte, pour ne pas trahir l'incertitude qui lui enserrait le cœur et lui nouait sa gorge à l'en faire suffoquer. Seul un œil averti aurait pu déceler cette crispation, car la belle avait appris à maîtriser chacun de ses muscles pour en faire ce qu'elle désirait, un leurre vital qu'elle avait acquis en jugulant toujours un peu plus ses élans ravageurs envers ses ennemis. Chaque tension de son être se centralisait dans ses doigts fins et délicats pour ne rien laisser paraître, pour ne rien afficher sur son doux visage qui se devait de rester affable et détendu, pour étouffer les menus tremblements menaçant de secouer ses épaules contractées. Alors ses ongles se transformaient en ces griffes d'acier que rien ni personne ne pourrait délier.

Un premier signe arriva, bien que la conflanaise ne sut le déchiffrer tant il était à la fois prévisible et énigmatique : que comprendre du sourire complaisant qui naquit sur les lèvres du Serpent de la Cour ? Qu'il s'était attendu à cette chute ? Le doute n'était pas permis et Wendy ne devait certes pas être la première à solliciter le sombre savoir du Maître des Chuchoteurs. Que cette discussion l'amusait ? Peut-être. Que tout ceci lui paraissait pour le moins absurde, venu d'une jeune fille d'apparence tranquille et privilégiée, d'une adulte-enfant qui ne témoignait que d'un désir puéril de jouer dans la cours des grands ? Elle craignait en effet de ne pas être prise au sérieux, pourtant, elle avait tout mis en œuvre pour lui montrer qu'elle n'avait rien à voir avec toutes ces oies blanches qui simulaient un courage qu'elles n'avaient pas le cran d'assumer jusqu'au bout. La Dame d'Atour était différente, et elle s'était employée à lui prouver sans pour autant trop divulguer, fragile équilibre que seul un homme de sa trempe était en mesure de capter et d'en apprécier la valeur. Elle déglutit, partagée entre la brûlante envie de fuir le regard perçant de Valyron et celle d'affronter la menace, lui faisant baisser la tête sans pour autant lâcher de ses yeux l'étrange compagnon qu'elle s'était fait en cette soirée. Et c'est alors qu'un deuxième signe fit son apparition, un signe bien plus impénétrable encore que le premier et qui pouvait signifier tout et son contraire... Un signe inquiétant qu'elle n'avait pas anticipé.

Wendy retient son souffle, bloque sa respiration pour la contraindre à rester calme alors que tout son corps ne demande qu'à tressauter et à se dégager d'un contact pour le moins inattendu, empreint d'une familiarité parfaitement déplacée et inconvenante. Elle s'en défend pourtant, de cette irrépressible envie de s'enfuir en s'offusquant de la grossièreté qui lui était faite, consciente de la gravité de la situation et des précautions nécessaires qu'elle devait prendre à partir de maintenant. D'une main ferme, Valyron Tyvaros s'était offert le luxe licencieux de se saisir du menton de la jeune damoiselle pour la forcer à confronter son regard, sans qu'aucune esquive ne soit plus permise. Un frisson la parcourt alors que les doigts tenaces la frôlent d'abord, la touchent ensuite, l'agrippent enfin, déversant ses eaux glaciales le long de sa colonne vertébrale... et son cœur s'emballe, pulsant à tout rompre à l'en faire ressentir les battements jusque dans sa bouche qui s'assèche. Préoccupant. Tel était le signe que Tyvaros lui renvoyait, son regard vipérin la sondant de part en part, fouillant son esprit par le miroir de ses yeux pour définitivement comprendre à qui il avait à faire. Alors la Némésis endosse son rôle, sans se départir de sa maîtrise absolue quand bien même une peur sourde s'immisçait lentement en elle, la faisant frémir intérieurement. Elle devait continuer sa mascarade et lui prouver sa vaillance, seule planche de salut pour se sortir avec dignité de cette épreuve inopinée. De ses craintes subites, il ne reste plus que l'étau infernal étreignant son ventre. Et de ses badineries mutines, il ne reste que le vestige d'un sourire à présent figé. Ses prunelles sombres, elles, affichent un air de défi insolent, se plongeant avec jeu dans celles, d'acier, du Maître des Chuchoteurs. Elle ne faillirait pas, elle s'en faisait le serment, dusse t-elle supporter ce geste indécent et presque paternaliste.


« Vous prononcez de bien singulières paroles, ma Dame Wendy. » Son air était sérieux et un brin pensif, fait qui vint enorgueillir le cœur fier de la Piper. Elle pouvait craindre la suite des événements par son absence total de contrôle, mais elle pouvait au moins se targuer de mériter pleinement l'attention de l'homme le plus influent et le plus dangereux du royaume. Et elle contient le sourire qui ne demande qu'à exploser, trop prudente pour baisser sa garde. La tension est palpable, et le Mantaryen conserve son emprise sur elle, il n'était guère judicieux de s'autoriser un quelconque laisser-aller prétentieux. Ses doigts, à nouveau, s'engouffrent dans le cuir de son ouvrage sacré, se fondant et confondant dans cette peau tannée par des heures de travail pour dominer ses émotions, pour dompter le moindre frémissement qui jetterait à bas la lutte acharnée qu'elle livrait depuis des années. Ne pas flancher, jamais. Si elle devait user de tout ce qu'elle avait acquis depuis qu'elle était à Castral Roc, c'était bien en ce crucial instant, première fois où elle mettait réellement à l'épreuve ses talents face à un adversaire de taille. Sauf que c'était contre elle-même qu'elle luttait en réalité, contre elle et les réactions naturelles qui l'envahissaient, bataillant pour tolérer ces doigts tenant son menton, pour accepter sans broncher ce regard scrutateur et aiguisé s'insinuant jusque dans les tréfonds de son âme pour la mettre à nue. Indécent, tout ceci était indécent. Et c'était avec toute sa volonté qu'elle retenait son bras de venir repousser violemment la main de Valyron de Mantarys.

« Je ne suis pas certain de ce que vous voulez de moi, aussi, j’attends que vous soyez précise. Mais gardez bien une chose en tête. » Une fraction de seconde. Il laissa planer ce début de phrase une simple fraction de seconde, ses lèvres s'étirant en un sourire dangereusement provocateur. Fragment de temps pendant lequel l'air quitta les poumons de Wendy, provocant la naissance d'un horrible nœud dans sa gorge. La menace pointait là, dans ce ton racoleur et elle réprima une grimace quand elle sentit ses doigts serrer davantage son délicat menton, comme si elle n'était qu'une petite gamine à qui l'on ferait la leçon. Ses yeux sombres s'illuminèrent soudain d'une flamme incandescente. « Quoi que vous demandiez : cela exigera un lourd tribut. Êtes-vous certaine de vouloir emprunter ce chemin ? »

Les dents de Wendy se serrèrent, comprimant leur émail à l'en faire sauter, les muscles de sa mâchoire se crispant avec une telle force que c'en devint douloureux. Elle avait étouffé dans son sein un mauvais ricanement, l'obligeant à avorter pour ne pas commettre d'impair mais l'étranglant presque. Elle s'était contrainte à maintenir son masque déterminé, son demi sourire ornanttoujours ses lèvres, de ces sourires qui veulent tout et rien dire et qui ne laissent qu'un étrange sentiment d'incertitude. Dites-moi, seigneur Tyvaros, qu'y a t-il de pire que de perdre sa famille, ses titres, son fief et d'être forcée de vivre avec l'instigateur de votre perte ? Elle avait déjà payé le prix maximum et n'importe quoi d'autre lui paraîtrait d'autant plus doux que cela servirait sa vengeance. S'était-il, finalement, lui aussi laissé berner par ses allures dociles et délicates pour ne point voir qu'elle était prête à se damner pour peu qu'elle rende la monnaie de leur pièce aux assassins de sa famille ? Rien, absolument rien ne la ferait reculer tant qu'elle continuait d'avancer dans sa croisade désespérée. La belle cligna des yeux rapidement, reprenant la maîtrise de ses sens. Elle ne bougea pas, pas encore, laissant croire au Serpent qu'il avait l'ascendant sur elle, restant docile, sans broncher contre les doigts toujours pressés contre son menton. Même la nature du tribut demandé ne l'effrayait pas, elle s'était attendu à pire menace. Seule la curiosité commençait à pointer dans son cœur. Sans se départir de son masque indescriptible, elle s'employa à lui répondre.

« Mon seigneur, je suis toujours certaine de mes actions, sans quoi je ne me risque pas à faire le moindre pas. Croyez-le ou non, je réfléchis avant d'entreprendre quoi que ce soit... » Défiant, son regard était embrasé d'une flamme nouvelle et son ton s'était légèrement teinté de sarcasme. Les manières qu'elle avait trouvé délicieuses quelques temps plus tôt l'irritaient à présent, rejetant avec hargne ce ton et ce geste paternaliste. Ce qu'elle affirmait n'était qu'une demi-vérité en l'occurrence, car si elle avait depuis longtemps réfléchi à ce qu'elle était prête à faire ou non pour mener à bien sa cause, anticipant ses états d'âmes et les dilemmes susceptibles de se présenter, elle n'avait guère songé au Maître des Chuchoteurs avant de poser ses yeux sur lui quelques minutes plus tôt. Mais qu'elle ait pensé ou non à Valyron Tyvaros et les conséquences d'une alliance avec un tel personnage, cela ne changeait rien au résultat : elle était prête à tout et ce n'était pas les paroles du Mantaryen qui l'effrayaient. Quoi qu'il lui demande en retour, ce ne serait jamais pire que ce qu'elle avait vécu, et cela en vaudrait toujours la peine si cela la rapprochait un tant soit peu de son objectif. « J'ai déjà payé le plus lourd des tributs qui soit, mon seigneur Tyvaros, un peu plus, un peu moins, aujourd'hui cela n'a plus guère d'importance pour moi. Mais donnez-moi votre prix... » Un sourire étira le coin de sa bouche et ses yeux se firent perçants. D'une main, elle vint trouver celle de son interlocuteur qui lui maintenait toujours le menton, enroulant sa paume réchauffée par son étreinte sur son livre autour du poignet de Valyron. Elle se fit comploteuse, puis badine, laissant sa main quelques instants en contact presque voluptueux avec la peau froide du Serpent. « … et je vous dirai mes petits secrets, qui vous vous en doutez, concernent l'Ouest et ses lions. »

Mais son regard se fit soudain plus dur, et son air plus implacable, drapant tout son être d'un voile de dignité outragée. « Mais si nous devons... faire affaire, monseigneur... D'un geste sec et précis, sans violence, elle appuya sur le bras du Mantaryen de sa main tout à l'heure si caressante, pour lui faire lâcher son emprise. Elle accompagna son mouvement, ne lâchant pas le poignet de Valyron... Gardez pour vous vos gestes paternalistes. Je ne suis plus une petite fille et je n'ai pas à tolérer d'être traitée de la sorte. » Son cœur battait la chamade et elle sentait malgré elle le feu lui monter au joue, elle qui pourtant s'ingéniait à masquer la moindre de ses émotions. Mais quelque chose l'avait contrariée dans le fait qu'il la traite comme une enfant, quelque chose venant lui titiller le bas-ventre et Wendy n'avait pas voulu l'encourager dans ce sens. Elle était une femme, de sang noble de surcroît, même si sa noblesse était insignifiante, et elle avait acquis une maturité bien plus avancée que la moyenne des autres femmes de son âge. Et quelque chose en elle voulait qu'il le reconnaisse. Un besoin de reconnaissance ? Une soif d'être prise au sérieux ? Elle ne parvenait pas à délier les fils de ses sentiments, mais sa main, elle, restait accrochée à celle de Tyvaros et son regard brillant était planté dans ses yeux incisifs.

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