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 Le Cerf et la Truite

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Oriane Tully
CONFLANS
■ Localisation : À Port-Real, pour assister au Couronnement
MessageSujet: Le Cerf et la Truite   Lun 18 Sep 2017 - 18:00


Le Cerf et la Truite
⋅ ◆ ◈ ⟐ ◈ ◆ ⋅
Tournant et retournant la missive qu'elle tenait serrée entre ses doigts nerveux, Oriane faisait les cent pas dans les riches appartements qui lui avaient été attribués. Par la fenêtre, elle pouvait apercevoir les eaux paisibles et limpides de la baie de la Néra, ainsi qu'une partie de l'immense fourmilière qu'était Port-Réal, surplombée par l'imposant Donjon Rouge. Ils étaient arrivés le matin même, quelques peu avant que le soleil soit à son zénith, au grand soulagement d'Oriane que le voyage avait déjà grandement fatiguée et mise mal à l'aise. Sa grossesse s'était révélée plus difficile qu'elle ne l'aurait cru, et elle commençait réellement à accuser le coup de cette petite vie qui grandissait peu à peu en elle. Elle avait presque cru défaillir à l'approche de la Capitale, tant le soleil de l'Eté brillait déjà fort et haut, dardant sur eux ses rayons brûlants et impitoyables.

Robb aurait du être là pour les accueillir. Pour la rassurer, l'accompagner, la guider dans ce labyrinthe de couloirs et de portes où elle ne pouvait faire un pas sans esquisser une quelconque révérence ou devoir se présenter à un énième seigneur dont elle peinait déjà à se souvenir du visage, tant les corridors du Donjon Rouge fourmillaient de monde à l'approche du Couronnement. Il aurait du être là, comme il l'avait toujours été auparavant, veillant sur elle par-dessus son épaule en attendant qu'un jour un époux puisse prendre sa place et son rôle. À présent Torrhen n'était pas là, et Robb se faisait malheureusement attendre. Une réunion imprévue et importante du Conseil Restreint, à laquelle il n'avait bien évidemment pu se désister, et dont il l'avait informée via le pli qu'elle n'avait pas lâché depuis sa réception.
Les dents blanches d'Oriane vinrent se ficher dans sa lèvre inférieure, tandis que ses yeux verts allèrent se perdre par-delà sa fenêtre, fixant le ressac des vagues qui balayaient les falaises bordant la Capitale. Elle ne lui en voulait pas, bien évidemment. Comment l'aurait-elle pu ? Elle ne comprenait que trop bien les responsabilités qui incombaient à son aîné depuis la prise de la Capitale il y avait quelques mois de cela et qui avaient entraîné un changement de statut fulgurant, le propulsant sur le devant de la scène royale et politique.

Un lourd soupir s'échappa des lèvres légèrement sèches de la Biche Argentée, qui s'empressa de se servir un verre du vin qui emplissait la délicate carafe d'argent posée sur un guéridon de chêne sombre et ouvragé. L'alcool, frais et léger, était doute droit importé de Volantis, d'après ce qu'on lui avait affirmé tandis qu'on lui apportait de quoi se sustenter. Et si ce dernier n'avait ni le corps ni les arômes des vins de la Treille ou des Beurpuits, sa douceur et les légères effluves sucrées qui le parfumaient en faisaient un véritable délice dans la gorge de la jeune assoiffée, qui ne s'attendait décidément pas à une telle chaleur à à peine quelques heures de Sombreval, où elle avait quelques temps résidé sans jamais avoir quoi que ce soit à redire du climat. L'atmosphère à Port-Réal était... lourde. Pesante. Chargée de fer, de sang et de poussière, le tout relevé d'une légère pointe de souffre. Les ruelles étroites, emplies de la plus effarante des misères à la plus grande des richesses, le tout sous les yeux la plupart indifférents de ses occupants. Une ville constituant un Royaume à elle seule, un Royaume où l'air ne circulait pas, où toutes les odeurs étaient exacerbées, mêlant sans aucune pitié ni distinction les relents âcres de la fange au parfum capiteux des riches nobles qui en hantaient les rues rougeoyantes. L'expérience était à la fois grisante et terrifiante. Elle en avait presque la nausée rien qu'à y repenser.

Emplissant à nouveau le verre qu'elle tenait dans sa main tremblante, Oriane ferma brièvement es yeux, cherchant à apaiser son émoi tandis qu'elle se focalisait sur les arômes épicées de la liqueur volantaine qui coulait dans sa gorge. Elle n'avait pas été éduquée pour cela. Ils n'avaient pas été élevés pour cela. Ni Robb, ni elle : jamais elle ne se serait attendue à prendre un jours les rênes du Conflans, pire que cela, à devoir se battre et endurer une longue et impitoyable guerre pour cela, tout comme elle aurait mis sa main à couper que Robb n'avait rien demandé de tout cela non plus. Main du Roi... Difficile de rêver plus grand honneur. Les répercussions sur les Baratheon en avaient été presque immédiates, tant en positif qu'en négatif. La gloire et le pouvoir ne venaient jamais sans leur revers de la médaille. Pauvre Robb, coincé dans cette ville qu'elle détestait déjà, pris au piège entre les griffes des dragons et les fils invisibles des innombrables complots qui faisaient partie intégrante de la structure même de la capitale. Dire que Lady Rohanna elle-même était désormais logée à la même enseigne, condamnée à vivre dans l'ombre et le sillage des Dragons de Port-Réal. La Dame de Vivesaigues avait été plus que ravie d'apprendre à la fois par la main de la Biche Pendue et de celle de son époux qu'elle serait également présente au Couronnement, et s'était empressée de faire part de sa hâte de rencontrer sa belle-soeur. De Rohanna Trant, désormais Baratheon, ne subsistaient désormais que de vagues souvenirs, davantage basés sur ce qu'on lui avait jadis raconté que d'une véritable mémoire vivace de la nouvelle Dame d'Accalmie.

Elle appréhendait. La chose était difficile à avouer pour celle qui avait été si proche de sa famille, mais elle était cependant vraie : elle avait peur. Peur, de se couvrir de ridicule face à cette belle-soeur qui se prétendait cependant dans ses lettres tout aussi peu à l'aise qu'Oriane en grande compagnie ; peur qu'elle ne l'apprécie pas, pour quelque obscure raison. Et surtout, elle avait peur de ses retrouvailles avec Robb. Elle craignait que quelque chose ne se soit brisé définitivement, là où le lien entre eux était déjà tenu durant leur enfance, fragilisé par leur différence d'âge et de responsabilités. Qu'il lui en veuille, malgré leurs corbeaux échangés et ce que leur contenu affirmait, de ne pas être venue assister aux funérailles de leur père. De ne pas avoir été là pour leur famille, là où elle-même peinait encore à accepter, à se pardonner.
Et plus que tout, elle avait peur de ne pas le reconnaître. Que la Capitale ne l'ai définitivement changé, là où déjà elle peinait à comprendre le sens de ses actes quand il lui avait fait l'affront de nommer un Ouestrien gouverneur de ses terres. Elle craignait de découvrir un Robb froid, endurci par la guerre, dénaturé par la politique et la carapace qu'il avait peut-être été contrait de se forger pour survivre aux intrigues de Port-Réal.
Lui arrivait-il à lui aussi de rêver d'un grand dragon noir à la gueule rougeoyante, dont le brasier ardent engloutissait la silhouette familière de leur père ?

Trois coups frappés à sa porte la tirèrent brusquement de ses pensées et de ses angoisses ; se redressant précipitamment, la Biche Argentée reposa sa coupe ciselée sur le guéridon, lissant nerveusement sa robe de son autre main tandis qu'elle s'écriait d'une voix qui se voulait forte et assurée :

« Entrez ! »

Le panneau de bois s'ouvrit presque immédiatement sur la silhouette de cinq hommes, dont quatre vinrent se positionner de parts et d'autres de la porte pour encadrer le dernier : à sa vue, le cœur d'Oriane manqua un battement, et elle du faire preuve de toute sa volonté pour garder un visage impassible et protocolaire face à l'escorte de son frère, que l'on annonça avec grandes pompes.

« Lord Robart Baratheon, Main de sa Majesté le Roi Jaehaerys Ier, Suzerain de l'Orage ! »

Elle en aurait rit, si l'heure n'avait pas été aussi solennelle : Robb détestait ce prénom, trop souvent utilisé par leur mère lorsqu'elle souhaitait le réprimer ou par leurs frères et Oriane elle-même pour le taquiner.

« Lord Baratheon. » Le salua-t-elle respectueusement, s'inclinant lentement en une révérence gracieuse.

Ce fut tout ce qu'elle fut capable d'articuler sur l'instant. Les mots semblaient être restés bloqués au fond de sa gorge, tandis qu'elle le dévisageait silencieusement, cherchant vainement quoi dire, quoi faire, alors qu'au creux de ses entrailles, elle sentait une vague de bonheur et de chaleur sans précédents la submerger peu à peu. Cette émotion sincère et quasi-incontrôlable qui vous saisit à la vue d'un proche, d'un membre de sa famille perdu de vue depuis trop longtemps. A son tour il la salua, avant de s'adresser à ses gardes qu'il congédia sans perdre de temps.

« Laissez-nous seuls. »

Elle ne reconnut presque pas sa voix. Un je-ne-sais-quoi de grave, de trop sérieux qui avait remplacé la joie et la légèreté qui teintaient encore ses propos du temps où ils courraient encore dans les murs d'Accalmie, où ils pensaient que jamais rien ne les sépareraient. Guettant la moindre réaction, le moindre indice sur le visage de son aîné tendant à indiquer qu'il partageait également sa joie, les yeux et le visage d'Oriane finirent par s'illuminer d'un sourire radieux et vibrant de joie lorsque les lèvres de Robb s'étirèrent finalement en un franc sourire.

« Tu m'as tellement manqué ! » Lâcha-t-elle finalement dans un prémisse de rire joyeux, s'autorisant alors à se jeter à son cou, le serrant dans ses bras, ou plutôt se serrant dans ses bras, venant presser la douce courbe de son ventre enfin fertile contre le riche pourpoint brodé qu'il portait.

Elle ne consentit à le lâcher qu'au bout de quelques secondes, ne souhaitant cependant le gêner par un élan d'affection que l'afflux d'hormones qu'elle subissait depuis plusieurs semaines n'apaisait pas réellement. A nouveau, elle lissa le satin bleu et gris de sa robe aux broderies argentées rappelant les couleurs de son nouveau blason et le cours changeant des fleuves sillonnant ses terres, tandis que ses yeux émeraude se posèrent brièvement sur l'insigne doré qui ornait le torse de Robb. Elle s'était à peine écartée d'un pas, s'autorisant le simple recul nécessaire pour lui permettre d'examiner le visage de son frère, qui arborait désormais des cicatrices qu'elle ne lui connaissait pas.

« Tu as vieilli. » Lui souffla-t-elle avec une douceur infinie, presque tristement, malgré le sourire qui vint illuminer légèrement son visage. Comme un écho à ce qu'elle lui rabâchait jadis sans cesse lors de leurs jeunes années.
« Tu ne peux pas comprendre toi, tu es vieux. » Avait-elle l'habitude de lui répondre lorsqu'il se hasardait à tenter de calmer ses élans enfantins. « Vieux, vieux, vieux, Robart est vieux ! » Fanfaronnait-elle alors sous l'oeil mi-furieux, mi-exaspéré de son aîné et celui amusé d'Edric. Huit ans de différence entre eux. Le bout du monde pour une enfant de cet âge, qui ne voyait alors que les contraintes et les devoirs qui incombaient déjà à l'époque à son grand frère.
Si elle avait su. S'ils avaient su, songea-t-elle tandis que sa main blanche s'égarait momentanément sur la joue broussailleuse de Robb. Arborait-il déjà cette barbe -aussi impeccablement taillée fut-elle- lors de son départ pour Vivesaigues, il y avait maintenant sept ans de cela ? Le poids des responsabilités semblait s'être abattu sur lui avec la même violence et soudaineté que la foudre s'abat sur un arbre et en fait ployer les branches noircies. Inquisitrices, les prunelles émeraude d'Oriane s'attardèrent quelques secondes sur le visage buriné de son aîné, empruntant temporairement la même ride soucieuse qui barrait désormais le front de ce dernier.

Et pourtant, malgré tout cela, il n'avait pas changé. Il y avait toujours cette même chaleur, cette même tendresse dans ces grands yeux d'orage qu'elle n'avait pas croisés depuis trop longtemps. Cette même fossette aux coins des lèvres, quand il esquissait ce fameux demi-sourire dont il avait l'habitude de la gratifier jadis, mélange d'amusement et de consternation devant cette petite sœur à la langue parfois bien trop pendue.

« Comment te portes-tu... ? » Fini-elle par s'enquérir d'une voix douce et emplie d'une affection sincère.

Elle n'eut pas vraiment le courage d'élaborer davantage sa question : il y avait tant de choses, tant de raisons qui auraient pu justifier cet air sombre qui voilait la mine de son aîné, malgré le sourire tout aussi sincère qu'il affichait sur son visage. La guerre, la perte de ses enfants, la mort de leur père...
Ils avaient tant de choses à rattraper.
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Bride of the River, Daughter of the Storm
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Le Cerf et la Truite   Lun 25 Sep 2017 - 1:11

La Cerf et la Truite
Combien d’années s’étaient écoulées depuis le départ d’Oriane pour le Conflans ? De sa jeune sœur, Robb gardait un souvenir vivace, le dernier en date était la silhouette de son cheval, flanqué de son escorte, alors qu’elle quittait définitivement Accalmie pour rejoindre les terres de son nouvel époux. A l’époque, la décision de Theodan avait créé grand bruit au sein du Conseil de l’Orage, et de sa famille. Dans le premier, quand Kyra avait clamé au visage de son époux le déshonneur de marier son unique fille à un noble de second rang, qui n’hériterait jamais de terres sur lesquelles elle pourrait hériter, dans la seconde, quand Edric s’était opposé au départ de sa sœur, caprice d’un jeune homme qui ne voulait pas voir partir l’une des femmes de sa vie. Dans les deux cas, Robb avait gardé le silence. Il s’était contenté de soutenir son père silencieusement, conscient que telle était sa place. C’était le destin de toutes les femmes de se marier un jour, et il ne leur appartenait que rarement de choisir à qui elles seraient liées. Longtemps, la plus jeune des Baratheon avait cru qu’elle ressemblait à Edric, mais son aîné savait, lui, que tous deux partageaient une charge bien plus similaire : à l’un comme à l’autre, leur destin ne leur appartenait pas entièrement.

Encadré de ses gardes, Robb marchait rapidement en direction des appartements qui avaient été temporairement assignés à sa sœur au sein du Donjon Rouge à son arrivée. Bien evidemment, il était hors de question qu’elle bénéficie du même traitement que les autres seigneurs et dames, et des arrangements avaient déjà été pris pour que l’on fasse préparer une des chambres de la Tour de la Main afin que la jeune femme puisse s’y installer. Là, elle pourrait bénéficier d’un certain calme, et être entourée des membres de sa Maison de naissance. Bien qu’elle n’en porte plus le nom, Oriane restait une représentante de la Maison au Cerf, et elle serait traitée comme telle, il s’en assurerait. Mais au délà de ces considérations matérielles, la Main du Roi espérait que cette proximité permettrait à Rohanna de nouer des liens avec sa belle sœur, autant que lui voulait profiter de ces quelques jours où frère et sœur seraient réunis. Ils avaient tant de sujets à aborder, tant de temps à rattraper… La jeune Biche s’apprêtait à devenir mère, un rôle dans lequel son frère avait bien du mal à l’imaginer, lui qui voyait encore la fillette qui courait derrière lui dans les larges couloirs d’Accalmie pour le charrier ou tenter de lui extorquer l’une ou l’autre faveur. La mort de leur père, également, l’ombre permanente qui plânait dans toute la fratrie, l’inévitable sujet qui ne manquait pas de revenir.

Robb connaissait bien sa sœur, du moins celle qu’elle était à l’époque, et nul doute qu’elle devait encore se blâmer de n’avoir pas été présente aux funérailles de Theodan. Pourtant, s’il était sûr d’une chose, c’est que celui-ci lui-même aurait refusé sa présence s’il avait pu, en sachant les risques qu’elle aurait pris pour s’y rendre. Non, c’était là la chose la plus raisonnable à faire, mais les Baratheon n’avaient jamais été connus comme des êtres de raison. Portés par leur coeur plutôt que par l’esprit, c’était là le trait commun de chacun de ceux qui portaient le nom de leurs ancêtres, rendant la tâche qu’il partageait maintenant avec son père d’autant plus difficile, le Seigneur de l’Orage devant plus que tous les autres maîtriser ses envies pour se plier aux impératifs de sa charge. Et à présent, la cadette, celle que personne n’attendait, se trouvait à partager le même fardeau que son aîné. Contrairement à lui, elle n’avait pas été préparée à devenir un jour suzeraine, et même si un sang royal coulait dans ses veines, la tâche devait lui sembler bien difficile. Quelles épreuves avait-elle traversées durant l’année écoulée, aux côtés de son mari, à devoir le soutenir dans son entreprise de reprendre son trône ? Comment vivait-elle cette nouvelle position qui lui avait été offerte sur un plateau de sang ? Autant de questions auxquelles Robb n’avait que les demis réponses et les politesses échangées dans les quelques courriers qu’il avait reçu, ce genre de choses n’avaient pas à être couchées sur papier.

Alors que ses gardes frappaient à la porte devant laquelle ils étaient arrivés, un frisson descendit la colonne vertébrale du Baratheon, lui rappelant les craintes qu’il ne se formulait pas à lui-même. Oriane était la seule de sa famille qu’il n’avait pas revue depuis que Theodan avait péri. La seule qu’il n’avait jamais rencontrée en tant que seigneur et chef de famille. Cette enfant rieuse, moqueuse, ce garçon manqué qu’il voyait encore dans ses souvenirs avait longtemps été une ancre dans le passé, un moyen pour celui qu’il était de se rappeler qui il avait un jour été. Derrière cette porte, c’était le dernier écho d’un passé révolu qu’il allait apercevoir, avant d’être ramené pour de bon au présent, et à tout ce qu’il signifiait.

« Entrez ! »

Protocole oblige, ses gardes entrèrent les premiers, pour l’annoncer, tandis qu’il profitait du moment pour jauger sa jeune sœur du regard. Elle avait changé, oui, désormais femme et plus enfant, ses formes et son ventre arrondi le témoignaient pour elle autant que sa posture et sa façon de le saluer sobrement. Fut une époque où la jeune Biche se serait moquée des apparences, où elle se serait contentée de courir dans ses bras, s’inquiétant peu de l’image qu’elle donnait. Mais pourtant, il pouvait voir dans son sourire contenu à la mention de son nom complet, à son regard qui le fixait autant qu’il le faisait pour elle, qu’elle était restée, au moins un peu, l’Oriane qu’il connaissait.

« Lady Tully. »


Rendant son salut en s’inclinant brièvement, Robb intima ensuite à ses gardes de sortir, laissant le frère et la sœur seuls dans la pièce silencieuse. Alors que derrière lui, la porte se refermait, Robb laissa là les apparences pour sourire légèrement à son tour, n’ayant pas le temps d’ouvrir la bouche qu’Oriane venait déjà se réfugier dans ses bras. Non, elle n’avait pas changé, finalement. Réflexe d’une époque passée, Robb la serra contre lui, se rappelant à temps qu’elle était enceinte, et lui caressa machinalement les cheveux, comme il avait l’habitude de le faire quand, enfants, elle venait le trouver suite à l’un ou l’autre chagrin. A l’époque, déjà, il savait qu’elle ne venait trouver du réconfort auprès de lui que parce qu’Edric était introuvable, ou absent, mais il s’en moquait bien. Il l’avait toujours aimée, avait toujours cherché à la protéger, et cela ne changerait jamais.

« Tu m’as manqué aussi, petite sœur. »


Dans un léger sourire, mais avec un regard triste, elle lui annonce qu’il a vieilli. Une réflexion qu’il s’était souvent faite lorsqu’il se tenait devant un miroir, alors qu’il lui semblait parfois y voir son père plutôt que lui-même. Rohanna lui avait dit qu’il avait gagné en charme, et les autres s’étaient tus, sachant mieux que de parler de l’apparence de la Main du Roi en sa présence. C’était là l’un des avantages du pouvoir, il offrait une jeunesse éternelle, du moins dans les paroles et les regards des courtisans. Pendant une seconde, le Baratheon prend un air faussement blessé, avant de rire de bon coeur, et de lui rétorquer :

« Et toi tu n’as pas changé. Enfin, je crois que tu as un peu grossi depuis la dernière fois, non ? »

Il était inutile de s’apitoyer sur les rides qui marquaient son front, quand ils pouvaient se réjouir ensemble de la naissance prochaine d’un héritier pour le Conflans, et d’un neveu -ou d’une nièce- qui aggrandirait un peu plus leur famille. Un camarade de jeu pour son fils, ou une jeune fille qu’il se ferait un plaisir de tourmenter amicalement, tout en se promettant de la protéger, en tout bon chevalier qu’il rêverait déjà de devenir. Si les Dieux leur souriaient, les futurs cousins sauraient être aussi proches que des frères, et c’était tout ce que le Seigneur de l’Orage pouvait souhaiter.

Elle lui demanda alors comment il allait, question difficile entre toutes, tant elle devenait complexe avec le temps. D’un geste, il invita sa sœur à s’asseoir dans un siège tandis qu’il prenait place dans un autre, le plus proche de ceux qui étaient installés là. Dans un demi sourire, il commença à lui répondre, d’un ton aussi empreint de fierté qu’il était bienveillant :

« Pour commencer, tu n’es pas la seule qui sera bientôt mère, petite sœur, et rien que pour ça, je serais un ingrat et un hypocrite de me plaindre de mon sort. Accalmie me manque, comme elle doit te manquer, mais d’ici, je peux faire en sorte que l’Orage ne soit pas oublié, ni par les Targaryen, ni par quiconque, je peux faire en sorte que notre nom soit respecté et honoré par tous, là encore je me considère chanceux. »


D’un geste affectueux, il lui prit la main, continuant sa diatribe sur un ton plus posé, plus sérieux :

« La charge que l’on m’a confiée est difficile, autant qu’elle a été… Inattendue. Mais grâce à elle, je peux veiller sur ceux qui me sont chers, m’assurer que la place qui leur revient de droit leur est donnée. J’espère que notre père serait fier de ce qui a été accompli depuis... »

Une ombre passa sur le visage du Baratheon, rapide, versatile, mais bien présente. Depuis qu’il était mort. Depuis qu’il avait pris sa place. Ce furent d’autres mots qui sortirent pour autant, sa fierté autant que son instinct protecteur lui interdisant de prononcer ainsi de telles paroles.

« Depuis que la guerre est terminée. »

Laissant un léger silence passer, Robb sourit de nouveau, reprenant un ton plus enjoué. Ils parleraient des morts, oui, c’était obligatoire, mais ils parleraient d’abord des vivants. La joie, l’espoir, tout cela passerait avant le deuil et le chagrin.

« Tu rencontreras bientôt Rohanna, également. J’aurais aimé que tu sois présente à notre mariage, elle aurait certainement eu besoin de voir que toutes les femmes de notre Maison ne sont pas à l’image de Mère, ou de notre tante. Vous vous ressemblez beaucoup, toutes les deux, je crois que c’est la seule qui a réussi à faire sortir Mère de ses gonds plus souvent que toi. Je suis sûr que vous vous entendrez à merveille.»

Comment pourrait-il en être autrement ? Les deux femmes partageaient le même caractère sauvage, et elles occupaient toutes deux une place d’importance dans le coeur de celui par lequel elles étaient liées. Robb ne pouvait imaginer leur rencontre autrement qu’en une révélation de leurs affinité, qu’en la naissance d’une amitié indéfectible.

« Mais je ne suis pas le seul dont la vie a changé ! Te voilà suzeraine à présent, et quelle suzeraine ! On m’a rapporté que tu avais été un soutien indéfectible à Torrhen pendant sa campagne de reprise du Conflans, et que tu avais su t’imposer dans la place qui était la tienne. Sans compter que tu vas faire de moi un oncle très prochainement… Je ne pourrais pas être plus fier de toi, petite sœur. Mais dis-moi, comment se passe cette nouvelle vie ? Es-tu heureuse ? »
Codage par Libella sur Graphiorum
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