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 [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Lun 9 Oct 2017 - 20:53

Par la couronne tout prend fin, par la couronne tout commence
Protecteur du Royaume. Il fallut quelques secondes à Robb pour assimiler les paroles de son Roi tandis qu’il marchait à ses côtés dans les rues de Port-Réal, durant lesquelles il garda le silence, son coeur manquant un battement devant la charge qui s’imposait désormais à lui. Car il n’était pas question de proposition dans ce qui venait d’être annoncé, mais bien le premier ordre d’un souverain à son vassal. Il serait désormais le gardien du Royaume, et à lui seul échoirait la responsabilité de le maintenir dans les temps troublés qui s’annonçaient. Le Nord, les Îles de Fer, Dorne seraient ses défis, ses décisions, ses conséquences. Il ne pensait pas pouvoir se hisser plus haut que le poste qu’il occupait déjà, et pourtant, il serait désormais demain l’équivalent d’un Roi. Cette perspective avait de quoi donner le vertige, et offrait en même temps au Seigneur de l’Orage un profond sentiment de solitude. Néanmoins, il s’inclina légèrement, en signe d’assentiment, avant de répondre à son Roi :

« C’est un honneur, votre Majesté. Je servirai vos intérêts au mieux de mes capacités, pour que vous puissiez régner sur un Royaume unifié lorsque le temps sera venu. »

Quelques moments encore, Robb marcha aux côtés de Jaehaerys et sa future femme, saluant quelques passants qui l’appelaient par son nom pour quémander nourriture ou simplement son attention. Dans les côtes des paysans, dans les sourires édentés, Robb voyait l’échec des décisions prises depuis la fin de la guerre, il voyait ses propres échecs, des gens qu’il avait été impossible d’aider. Bien sûr, la situation s’était améliorée, mais depuis le Donjon Rouge, il était si facile d’oublier le chemin qu’il fallait encore parcourir. Sans compter que, si les Dieux le voulaient, les appels à la guerre résonneraient bientôt, il faudrait rappeler au Nord pourquoi leur Roi avait ployé le genou, remettre les Greyjoy dans le giron de la Couronne, et s’occuper pour de bon des Martell et de leurs insultes et provocations incessantes.

Alors que lui-même s’était agenouillé devant Jaehaerys, il savait pertinemment qui ne le ferait pas. Au premier rang, il n’avait pu le vérifier par lui-même, mais il ne fallait pas être un monstre d’intelligence pour savoir que jamais la Ferboys ne s’agenouillerait devant une autre que sa si chère Princesse. Il aurait fallu être fou pour penser que les Arryn s’agenouilleraient tous, également. Avec eux aussi, il faudrait traiter. Plus il y pensait, plus Robb savait que son nouveau rôle était aussi empoisonné qu’il était prestigieux. Oui, ceux qui étaient ses égaux s’inclineraient devant sa volonté, il commanderait à des forces plus importantes que celles dont son père aurait pu rêver, mais ces gens qui le suivraient n’attendraient qu’une erreur pour le dévorer vivant, pour tourner leurs hommes contre lui.

Il ne s’en était pas rendu compte avant ce mariage, avant cette cérémonie, mais il était fatigué de cette position, de ce pouvoir. Non qu’il n’aimait pas faire partie de ceux qui prenaient les décisions, ou assurer à sa Maison une place prédominante, mais Accalmie lui semblait chaque jour un peu plus lointaine, tout comme le devoir qu’il avait hérité de son père. Theodan aurait-il voulu le voir trôner à Port-Réal plutôt qu’au sein de la forteresse de leur ancêtre ? Peut-être était-il temps, après tous ces mois, que le Seigneur de l’Orage cesse de n’agir que pour la fierté de son père… Saluant Jaehaerys, Robb prit congé, laissant le couple royal profiter de leur gloire en ce jour d’honneur pour les Targaryen.

Curieusement, Martyn Arryn vint le trouver, félicitant la Main du Roi pour son poste et la confiance qu’on lui accordait. S’il était courtois, ses paroles ne dépassaient pas ce point, à raison sans doute. Le Valois savait que la présence de leur famille était nécessaire, mais pas aussi bienvenue qu’elle aurait pu l’être. Le Baratheon n’avait pas oublié de quel coté ils s’étaient battus pendant la guerre, ni le fait qu’ils s’étaient contentés de retirer leurs troupes une fois qu’il était certain que Maegor serait vaincu. Peut-être, s’ils avaient appuyé les rebelles, Theodan serait-il encore en vie… Mais Robb avait appris à ne pas vivre dans les théories, et son rôle consistait aussi à passer outre ses propres opinions, quand c’était nécessaire. Il inclina le visage en signe de remerciement pour ses bons mots, avant de répondre à sa demande :

« Il y a effectivement des sujets dont nous devons discuter, monseigneur, et je ne doute pas que vous êtes pressé de montrer votre loyauté à notre nouveau Roi. Je devrais pouvoir quitter momentanément les célébrations une fois que les serments d’allégeance auront été prononcés, et les cadeaux offerts. Il me tarde d’écouter ce que vous avez à dire, Lord Arryn. »

Le Seigneur du Val s’éloigna pour retrouver les siens, tandis que Robb faisait de même, croisant sa sœur et son frère en grande conversation, il n’eut pas le coeur à les interrompre, et se contenta d’un clin d’oeil discret à leur attention tandis qu’il remontait les rangs jusqu’à rejoindre son épouse, en pleine conversation avec Garett. Passant son bras autour de la taille de Rohanna, il salua son cousin d’un grand sourires

« Un grand jour, n’est-ce pas monseigneur ? Il semblerait que nos Maisons soient promises à un avenir radieux sous le règne de notre nouveau Roi. »

Il n’était pas temps de parler de la décision de Jaehaerys, c’était au Roi de faire cette annonce publiquement. Après tout, il pouvait encore changer d’avis d’ici à demain, même si c’était peu probable. Mieux valait attendre, néanmoins, et profiter de la journée.

Main dans la main, le couple suzerain au Cerf entra dans le Septuaire pour prendre sa place au premier rang. Le bâtiment n’était pas encore aussi glorieux qu’il devait l’être, mais inspirait déjà un respect tout particulier aux plus religieux des seigneurs. Robb était croyant, oui, mais il n’avait jamais été particulièrement pieux, préférant la justice des hommes, et les actes, à celle des dieux et à leurs promesses de bienfaits posthumes. S’il devait être jugé digne par les Sept, ce serait par ses actions, et non par des heures de prière.

Dans un sourire, Robb se penche vers sa femme, murmurant à son oreille :

« Espérons que leur mariage se passe aussi bien que le nôtre... »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Mer 11 Oct 2017 - 10:51

par la couronne tout prend fin,
par la couronne tout commence




« Que tous saluent Sa Majesté Jaehaerys de la Maison Targaryen, Premier du Nom, Roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes, et Protecteur du Royaume. »


Je m’agenouillais à l’instant imitée par la majorité des personnes présentes dans la sale du trône. La tête baissée, je tentais de dissimuler l’émotion qui me prenait à la gorge. Quatre années. Quatre années d’injustice, de combat, d’exil, et voilà que ce pour quoi je m’étais battue depuis tant d’année se produisait devant mes yeux. Beaucoup voyait un homme trop jeune, une tête encore trop fragile pour porter le lourd poids de la couronne. Moi, je savais. Je savais que Jaehaerys ramènerait Westeros sur le chemin de la paix, coûte que coûte. Nous restions un instant ainsi, finalement relevés de notre révérence mais le regard porté vers notre nouveau roi. Il irradiait. Il y avait chez lui une force tranquille incroyable, de celles qui ne paraissent pas impressionnantes ni très menaçante, mais peut déplacer des montagnes. Alors que son regard s’était fixé à l’horizon, il redescendait finalement sur moi, et ce qui se passait à cet instant lorsque nos yeux se liaient les uns aux autres étaient au-delà des mots. Il y avait toujours eu un lien indéfectible entre nous, et celui-ci était devenu plus prégnant que jamais. Il liait son destin à la couronne, je liais le mien au sien.

Déjà il entamait la descente des escaliers pour me rejoindre. Nous n’étions pas seulement entourés d’amis, c’était une réalité, mais des amis il y en avait. Je me tournais un instant vers ceux qui se trouvaient à mes côtés. Aemon était là, plus majestueux que jamais, je captais un instant son regard et échangeais un doux sourire avec celui qui avait toujours été si cher à mon cœur. Plus loin, se tenait une petite silhouette, frêle mais si élégante. Alys Manderly avait quitté son foyer et sa famille pour me suivre à Port-réal et respecter sa parole de me soutenir coûte que coûte. La jeune femme qui se tenait à présent au rang d’honneur des familles de Westeros avait à présent tout d’une dame de la cour. Elle n’avait pas cautionné le mariage qui était sur le point d’être célébré, sans doute ne pouvait-elle pas comprendre. Elle était jeune, voyait le mariage comme un acte d’amour ou bien un moyen de s’élever dans notre société. Mon mariage avait Jaehaerys était bien au-delà de tout cela. C’était une évidence. Non pas seulement pour l’amour, non pas seulement pour la politique, mais parce que nous nous complétions. Là était la base d’un mariage heureux. Je souriais à celle qui était devenue une petite sœur à mes yeux, et détournait finalement le regard alors que le roi était arrivé à ma hauteur et me tendait la main. Nous devions reprendre notre chemin car pour nous tout ne faisait que commencer.

Il nous faudrait à présent traverser la ville afin de nous rendre au nouveau Sept. Ce Sept qui recueillerait nos vœux de fidélité, d’obéissance, d’appartenance. Pour toujours. Mon mariage avec Jorah était la preuve que ce que nous imaginions être scellé pour toujours ne l’était pas nécessairement. Pourtant il était impératif que ce mariage royal soit un succès, car il n’était plus temps d’expérimenter. Il était temps de réussir. Alors que nous remontions l’allée, les regards qui suivaient le cortège se faisaient bienveillants, heureux, ou bien sceptiques et amères. Robb se tenait là, entouré de cette famille qu’il aimait tant et de sa chère épouse, la belle Rohanna. Le ventre arrondi de la jeune femme était la promesse de l’avenir de la maison Baratheon, nos cousins. Non loin de là les Lannister se tenaient droits, déployant tous les trésors du Roc comme preuve de leur puissance et de leur richesse. Cependant un visage retint mon attention alors que notre progression se faisait plus lente. Catelyn. Son visage et ses traits avaient toujours la même douceur, mais à cette douceur se mêlait à présent une certaine froideur. Quelque chose de plus dur. Combien de lettres avions-nous échangées durant mon séjour à Winterfell ? Des centaines sans doute. Elle avait été une amie précieuse, une confidente, et elle avait l’une des premières à se ranger du côté de la justice. La joie de la voir, de pouvoir lui parler après tant de temps, se trouvait quelque peu gâtée par les visages de ceux qui l’entouraient. Martyn Arryn et son épouse Roslinn étaient d’une magnificence toute Arryn. Ils n’avaient pas ployé le genou. Aurais-je osé prétendre à une surprise ? C’était bien là la suite logique des événements récents. Non ils n’avaient pas ployé le genou et leurs visages reflétaient la méfiance, pourtant ils étaient là. Le couple Arryn, Catelyn, et Etaine Arryn. La jeune femme avait été au cœur des intrigues de Maegor et en avait payé le prix fort. Elle se tenait parmi la foule, à la hauteur des dires qui se propageaient à propos de sa beauté. Il nous faudrait regagner la confiance de la famille Arryn. Il nous faudrait retisser les liens de confiance entre les grandes familles de ce continent. Oriane Tully avait fait le déplacement également, je souriais à la vue de celle qui était ma cousine et qui, elle aussi, avait tant vécu. La douceur de ses traits, la modestie de sa mise, tout en elle laissait entrevoir la belle personne qu’elle était. La situation au Conflans serait bientôt réglée, je l’espérais du moins, et Torrhen Tully obtiendrait enfin la justice tant attendue. Maegor était tombé, Solveig Tully ne pouvait plus maintenir son pouvoir usurpé. Venaient les Tyrell. Oberyn Tyrell et son épouse Léandra, eux aussi avaient du faire face à une rébellion sur leurs terres, à l’usurpation de leur propre foyer et avaient du voir leurs enfants être menacés par celui qui avait été leur plus proche conseiller. La guerre n’avait épargné personne.

Les portes qui s’ouvraient laissaient pénétrer les cris et la liesse du peuple attendant à l’extérieur. Il fallut un instant pour que mes yeux s’habituent à la luminosité de cette journée ensoleillée. Il semblait que la ville tout entière s’était amassée sur le chemin nous séparant du Sept. Nous avions voulu ce cortège. Le peuple était partie prenante de ce jour. Ils avaient souffert et continuaient à payer le prix de nos ambitions. La maigreur de certains, les mutilations des autres, les orphelins qui s’amassaient le long du cortège… autant de signes d’un peuple durement touché par la tragédie. Cela faisait une année que j’avais tenté d’accorder du temps à ce peuple qui était le nôtre. Prenant régulièrement la liberté de me distancier de mes obligations politiques, je parcourais les rues en reconstruction, participait à la distribution de nourriture, visitait l’orphelinat que nous avions fait aménager. Il y avait toujours une certaine amertume chez ceux qui avaient tout perdu pour nous, et pourtant les habitants de Port-réal nous aimaient pour les actions que nous avions tenté d’entreprendre pour soulager leur malheur. La liesse était réelle. Ce nouveau roi était jeune, mais il avait déjà plus entrepris pour le bien-être de son peuple que la plupart de ceux qui l’avaient précédé. Nombreux étaient ceux qui tendaient les bras, tentant de nous atteindre, tentant d’établir un contact qui semblait essentiel.

Toute absorbée par ma volonté de saluer ceux qui étaient venus se réjouir pour nous, je n’avais pas entendu la commande de mon frère et c’est avec surprise que je constatais l’arrivée de Robb à nos côtés.

« Mon seigneur Baratheon, vous n’êtes pas sans savoir qu’après notre mariage, la Reine renoncera à son titre de Régente. J’ai décidé qu’aucun autre ne prendrait sa place, cela ne ferait que troubler le Royaume pour les quelques mois qui restent avant que j’atteigne ma majorité. Vous nous avez servi fidèlement durant cette année, et avec force compétence, c’est pourquoi j’ai décidé que dès demain, je promulguerai un décret vous nommant Protecteur du Royaume en mon nom. Jusqu’à ce que j’atteigne mes seize années, c’est sur vous que reposera la charge de protéger et maintenir mon Royaume, et c’est à vous que les autres Maisons devront obéissance. Je sais que vous saurez vous montrer digne de cet honneur. »

Il n’y avait là pas de surprise pour moi. Nous avions décidé qu’en tant qu’épouse de Jaehaerys, il ne serait plus convenable que je sois également Régente du royaume. Je n’avais guère su comment réagir lorsque mon frère avait avancé l’idée. Pourtant, cela me semblait être la meilleure des solutions. J’étais à présent son épouse, et même s’il n’était un secret pour personne que Jaehaerys considérait mon avis comme central, il n’était pas convenable pour une épouse de diriger les affaires de son époux aux yeux du monde. Jaehaerys devait être roi, et vite. Il atteindrait rapidement sa majorité, mais il devait déjà apparaître comme celui qui dirigeait. Cette nouvelle liberté me laisserait tout le loisir de redoubler mes actions pour œuvrer au bien être des habitants de Port-réal.

« Vous avez toute notre confiance, mon cousin. »

J’avais accordé ma confiance une première fois à Robb, et il avait été un soutien plus qu’essentiel. Daenys Targaryen n’avait pas choisi de me rendre la tâche facile, et ce furent uniquement le soutien de Robb et de mes amis les plus proches qui me permirent de ne pas sombrer.

Le Septuaire qui s’élevait à présent devant nous n’avait pas encore la superbe qui lui était destinée, mais il était plus grand que tout ce qui avait pu être entreprit pour les Sept au cœur de notre cité. Il était un signe d’apaisement avec la Foi, le premier d’une longue série. Jaehaerys s’était positionné en médiateur, en Roi dévoué aux Septs, car la guerre devait prendre fin. Les négociations allaient bon train, la Foi devrait être désarmée et en contrepartie le Roi en serait le protecteur.

Les seigneurs du royaume entrèrent tout d’abord, constituant l’assemblée de ce mariage. Protégée par la garde royale, je patientais un instant à l’extérieur, prenant le temps de saluer le peuple qui nous avait suivi et s’était constitué en véritable marée humaine. Ma respiration était comme coupée. Bientôt je passerais les portes de ce lieu Saint, bientôt Aemon donnerait ma main à Jaehaerys et nous deviendrions mari et femme. Le poids de la cape de notre famille était incroyable. Je l’avais déjà portée, mais sans doute le poids m’avait-il échappé à cet instant tant le poids du mariage avec le Nord avait déjà été bien lourd à porter. Lorsqu’elle fut déposée sur mes épaules, la liesse du peuple redoublait et se propageait dans toute la ville comme une trainée de poudre. Il était fort peu commun que le manteau de la promise et celui du promis soit le même. Le manteau serait alors retiré de mes épaules, et un nouveau manteau tissé pour l’occasion serait déposé sur mes épaules à la place de l’ancien.

***


« Père, Forgeron, Guerrier, Mère, Vierge, Aïeule, Étranger. Je suis sienne, il est mien, jusqu'à la fin de mes jours. »

J’avais prononcé ces mots avec le dernier souffle me restant. Nos regards ne s’étaient pas quittés un seul instant alors que nous prononcions cette promesse au regard de tous. Il ne s’agissait pas là d’une vulgaire mise en scène, nous ne pouvions littéralement plus nous quitter du regard. J’avais eu, dès le début de la cérémonie, le sentiment étrange de n’être tenue debout que par la force du regard de celui qui devenait mon époux. Je n’avais guère pour réputation d’être une femme impressionnable ou faible, mais ce que nous tissions à présent était un lien dangereux. Ce lien était condamné par beaucoup, incompris par tous les autres. Pourtant il était le symbole même de notre histoire et de nos traditions. Il allait même bien au-delà, il était le symbole de cette relation qui nous unissait l’un à l’autre. Cette relation de confiance aveugle qui me poussait à remettre ma vie entre les mains de l’homme qui me faisait face. Il était bien plus jeune, il était mon frère, et pourtant alors que le Grand Septon bénissait notre union, j’acceptais enfin le fait qu’il était bien plus que tout cela. Sans doute étais-je la seule à pouvoir lire en lui si aisément, et il ne faisait plus aucun doute qu’il était bien le seul sur cette planète capable de m’apaiser. Peut-être tout cela n’avait-il pas de valeur aux yeux du monde, peut-être le principe même de cette relation où les mots deviennent superflus n’avait-il pas de sens aux yeux de ces seigneurs mariés parfois sans amour ni confiance. C’était pourtant le base et le ciment de tout pour nous.

Le Grand Septon qui nous déclarait mari et femme, liés devant les Sept, unis à jamais, était à peine audible tant notre attention était entièrement dédiée l’un à l’autre. Nous nous étions fait tant de promesses pour assurer à ce mariage une base saine et solide. Je lui avais promis d’être toujours honnête, de le soutenir coûte que coûte, de le respecter et de l’aimer. Il m’avait promis de m’aimer à jamais, de me soutenir, de toujours écouter et valoriser mes conseils et avis, ou encore de me tempérer lorsque mon caractère s’emportait bien trop. Nous nous étions promis le respect et l’amour. Au-delà de la simple union politique, nous avions pris acte que ce mariage avait une valeur inestimable.

Une cape quittait mes épaules, une autre la remplaçait bien vite. Les couleurs étaient les mêmes, mais le renouveau était bien là. Nous faisions à présent face à la foule, main dans la main, toujours liés de ce morceau de soie qui entourait nos poignets. Elevant les bras au-dessus de moi, le Grand Septon déposait avec délicatesse la couronne du Conquérant sur ma tête.

« Que tous saluent Sa Majesté Rhaenys de la Maison Targaryen, reine consort des Sept Couronnes. »

Sans doute me serais-je bien passée de cet instant. J’avais tenté de convaincre Jaehaerys que le mariage était une symbolique assez forte pour faire entendre au monde que j’étais à présent reine consort. Mon frère s’était pourtant entêté à maintenir mon couronnement par le Grand Septon à la suite immédiate de notre mariage. Malgré moi je resserrais l’étreinte de ma main dans la sienne, et c’est presque instinctivement qu’il en faisait de même. Il me semblait que nous étions plus vulnérables que jamais, soumis aux regards de ceux qui venaient d’assister à notre mariage. Malgré tout ce à quoi ils avaient pu s’attendre, ce mariage avait été un véritable moment d’intimité. Peut-être certains s’étaient-ils bornés à n’y voir qu’une abomination, mais ils n’avaient pu ignorer la tendresse, la fragilité de deux êtres s’unissant face aux Septs. Ils n’avaient pu ignorer la véritable tendresse de mon frère envers moi, et l’admiration pure dans mes yeux. Ils n’avaient pu ignorer la douceur de ses gestes envers moi, la prévenance de son regard alors qu’il tentait de s’assurer de mon bien-être à cet instant si crucial. Il s’était s’agit d’une cérémonie officielle, d’une cérémonie royale, et sans doute beaucoup s’étaient attendus à retrouver la froideur grandiose du couronnement, il n’en était pourtant rien. Rien de ce mariage n’avait pu être froid, distant, d’une grandeur déplacée, tout n’avait pu être que sincérité, fébrilité et intimité. Sans doute était-ce là la raison qui me rendait si vulnérable.

Nous avions exposé cette sincérité aux yeux du monde, aux yeux des sceptiques, et nous nous soumettions à présent à leurs regards. Nous étions droits, grands, couronnés et plein de majesté, comme nous devions l’être, et pourtant nous étions également des êtres humains imparfaits et tout juste unis. Bientôt nous reprendrions notre route vers le château où les festivités battraient leur plein durant plusieurs jours. Banquet, fêtes, et activités en tout genre, prévues pour célébrer cette nouvelle page d’histoire et réunir pour la première fois tous les seigneurs du royaume. Ceux qui manquaient à l’appel seraient inexorablement exclus de ce moment d’histoire, de cette nouvelle page que nous allions écrire ensemble. Alors que nous avancions vers la porte pour retrouver le cadre familier de notre maison, suivis par les grands du royaume, la liesse se faisait plus forte, pour éclater comme le cri d’un seul homme alors que nous apparaissions aux yeux du peuple. Ce soir serait une fête pour eux également. J’en avais fait la demande. Les rues devraient être décorées, des échoppes de nourriture et boissons fournies par la couronne seraient installées tout au long de la rue principale. Des gardes seraient déployés dans la ville afin d’éviter tout débordements souvent liés à l’excès de boisson. Des bals populaires seraient organisés, et enfin dans quelques jours nous sortirions afin d’aller à la rencontre de ce peuple de Port-réal. La fête devait être pour tous ou ne pas être. Le lien de soie avait été remplacé par quelque chose de bien plus puissant, Jaehaerys et moi étions à présent lié par une mission de paix et de prospérité. Elle commençait en ce jour.

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Mer 11 Oct 2017 - 18:38

par la couronne tout prend fin,
par la couronne tout commence



Comme tous, Rohanna Baratheon s’était tournée du même souffle vers les grandes portes. Ils étaient là. Tous les deux. Unis. Le fait qu’ils partagent le même sang, la même chair et les mêmes parents n’étaient pas une question qu’elle s’était posée. Sa famille leur serait à jamais vouée. Le fils qu’elle portait en elle partageait leurs ancêtres. Sans le grand-père de Jaehaerys et Rhaenys, elle-même ne serait pas présente ici : sa main frôlant celui qu’elle aimait plus que sa vie même. A la mesure de la noble procession, un sourire heureux épouse ses lèvres. En les voyant, elle avait la ferme conviction que toutes ces années de chagrin n’étaient pas perdues. Oui ! toutes ces petites peines et ravages du coeur n’étaient pas vains. Ils étaient autant de grandes foi que cet avenir rayonnant qui les attendait.



Seule femme au milieu du Conseil Restreint, elle n’avait jamais été aussi mise en avant. La petite Trant lui semblait loin, la révoltée de Gallowsgrey bien oubliée. Les mots de Robb avaient été une bénédiction et ils planaient sur tout son être, radiant. Il lui semblait que ce jour était une pierre colossale, cyclopéenne. Le Royaume serait prospère et elle reverrait les siens. Victory serait reçue à la Cour parmi ses dames d’atour, Elliot et son épouse auraient le droit de franchir la lourde et dangereuse porte d’Accalmie avec les honneurs. Et Robb… de ses quelques pas, honorerait tous les siens. Qu’ils seraient beaux ces jours prochains ! On organiserait une grande chasse pour célébrer la naissance de l’héritier, sa famille serait à scelle, avec les autres blasons, chassant le gibier royal. De ces querelles oubliées, l’Orage serait plus fort et intouchable.



« Que tous saluent Sa Majesté Jaehaerys de la Maison Targaryen, Premier du Nom, Roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes, et Protecteur du Royaume. »



Ses yeux de biches se lèvent sur son Roi. Eblouissant les paroles du Septon par un sourire radieux, elle glisse lentement dans une révérence basse. Son ventre déjà lourd, sa main gauche s’ancre avec une force tremblante sous le bras de son époux. Son autre paume soutient son fils comme si lui aussi, déjà, pouvait témoigner tout son respect. Cet enfant naitrait dans un monde neuf, juste et glorieux. Sur la couronne d’or flotte l’âme de tous ceux qui ont donné leur vie pour ce jour. Theodan trône parmi eux comme un père aimant et soucieux. Ce jour était celui des Dragons, des Cerfs et des Lions. Son être entier se gorge de quelques sourires mêlés à un rire silencieux. Aujourd’hui, les Astres brillaient un peu plus haut. 




***




La Biche Pendue avait cette faculté de prendre tout être comme le premier. Bonhommie teintée d’une bonté chaleureuse que les années n’avaient jamais terrassées. Chacun possédait en lui des possibles uniques et, si elle ne le voyait pas toujours en elle, elle le voyait toujours en les autres. Sur leurs pas, les sujets du jeune Roi acclament le prestigieux cortège. Ils s’inclinent avec une préciosité touchante sur les pas de la famille royale. Jusqu’à elle et Robb, certains fléchissent leurs genoux. Les petites filles cachent leurs visages rouges dans les jupes de leurs mères, d’autres osent un pas pour offrir quelques maigres cadeaux. Dans les rues, même les plus démunis sont sortis pour faire honneur à leur Suzerain et sa très prochaine épouse. La faim les terrasse, mais ils savent que les jours seront plus heureux avec Jaehaerys. C’est la force de savoir le Cruel mort qui les aide à se lever et se battre pour grappiller quelques heures, quelques jours, quelques semaines à la vie.



Derrière elle, Edric marche aux côtés d’Oriane, dont le ventre arrondi est également visible. Tant d’espoirs, tant d’espérances ; les femmes Baratheon étaient couronnées des Sept. Un jour prochain, le jeune Cerf serait aux côtés de la Louve, cette année passée à ses côtés elle pouvait desceller les doutes sous ses sourires charmants.



« Dame Rohanna. Je vois que votre mari mon cousin est occupé avec Sa Grâce. Puis-je vous tenir compagnie ? »



« Garett ! Vous êtes bien aimable de quitter votre magnifique épouse, j’aurais bien besoin d’un bras sur lequel m’appuyer. »




Un certain malice était glissé entre ses mots. Autant, elle était heureuse de porter en elle le fils de Robart, autant être enceinte était un exercice qui l’ennuyait fortement. Depuis quelques semaines, elle s’essoufflait plus rapidement -bien trop pour une femme qui avait passé plus de la moitié de sa vie à respirer l’air de l'Orage-. Et puis, comme si le long Eté n’était pas suffisant, elle avait parfois des excès de chaleur à devoir s’assoir ! Sa poitrine était gonflée et tachait ses robes de quelques liquides jaunâtres. Dire qu’il lui restait environ quatre mois ! Rohanna était certaine qu’elle ressemblerait à ces grosses femmes : les chevilles aussi épaisses que des jambons, les joues rouges laissant apparaître l’effort de chaque instant. Il lui serait alors interdit de bouger. Il lui faudrait rester allongée la plupart du temps à lire et manger, lire et manger, lire et manger. Un clignement de paupières et Rohanna chasse son imagination abusive. Sa main sur le bras offert de son cousin, elle soulage quelque peu la cambrure de ses reins.

Une enfant s’approche prudemment de leur duo princier et tend dans une courbette rapide quelques fleurs fanées à la Suzeraine de l’Orage. Dans un remerciement, elle les porte à son coeur et continue sa lente procession. Depuis qu’elle était arrivée à la Capitale, elle avait voué de nombreuses heures à la cause des pauvres. Aumôneries et orphelinats étaient peuplés de gens en détresse. Il y avait des repas, quelques Cerfs d’Argent et d’autres offrandes qui lui tenait à coeur. Elle n’était pas suzeraine de ces terres, mais elle n’oubliait personne. Elle ne voulait oublier personne. Serrant les quelques fleurs contre son ventre ; « ils sont si courageux, chaque jour nous devons prendre exemple sur eux. »



En la compagnie chaleureuse de Garett, les longs moments de la procession s'étaient évaporés. Quand la large main de Robb vient l’attirer à elle, un sourire bien large aux lèvres, elle sursaute coupée dans sa conversation. « Un grand jour, n’est-ce pas monseigneur ? Il semblerait que nos Maisons soient promises à un avenir radieux sous le règne de notre nouveau Roi. » « Cher cousin, vous voilà délivré de votre grosse cousine ! » Ce dernier mot était le signe que leurs Maisons étaient étroitement unies. Ils étaient le futur ondoyant de Westeros, promis à un avenir qui marquerait la Citadelle de quelques étalages foisonnants. La joute auto-moqueuse, elle adresse un signe au puissant Lion avant de recentrer sa seule attention sur son époux et les quelques marches qui les séparaient du Septuaire. « Espérons que leur mariage se passe aussi bien que le nôtre... » « Nul mariage ne serait être comme le nôtre mon Cerf. »


***




« Père, Forgeron, Guerrier, Mère, Vierge, Aïeule, Étranger. Je suis sienne, il est mien, jusqu'à la fin de mes jours. »

Les mots de la nouvelle Reine avaient été articulé avec grand soin, aucune once de fléchissement en ses paroles. En cet instant, les deux êtres ne semblaient exister que pour l’autre. Des secrets et des souvenirs que nul ici ne partageraient jamais, la pression de milliers d’hommes sur leurs frêles épaules. Rohanna ne peut s’empêcher de baisser ses yeux vers les fleurs vouées à mourir dans quelques heures, elle leur sourit faute de pouvoir regarder les époux échangeants leurs voeux. Il y avait devant elle une alchimie qui lui semblait sacrilège de bafouer d’un regard étranger. Peut-être était-ce le souvenir de sa propre union avec Robb qui lui brulait les joues. Oui, parfois dans les unions les plus improbables et les plus critiquées naissaient les plus fortes, les plus durables. Robart et elle formaient bien plus qu’un couple, ils formaient un duo. Ils n’étaient pas la moitié de l’autre, ils étaient tous deux entiers et c’est ce qui faisait leur force et leur beauté. C’est exactement ce que ne pouvait supporter Kyra, la lionne noire d’Accalmie. Et c'était exactement pour la même raison qu'elle portait toutes ses croyances en ce jeune couple !



« Que tous saluent Sa Majesté Rhaenys de la Maison Targaryen, reine consort des Sept Couronnes. »



A nouveau, elle s’offre dans une révérence. Quelques larmes viennent perler ses yeux, voguant jusque dans les regards du couple royal. Elle ne voyait qu’un époux et une épouse. Un jeune homme et une femme mués dans des émotions qu’ils ne peuvent se permettre de montrer. Elle voit la couronne de Rhaenys frémir sur son grand front, le poids était lourd à porter. Et pourtant… sans se soucier qu’ils la voient, elle ne peut s’empêcher de leur adresser un sourire encourageant. On pouvait avoir vu bien des atrocités et mené des hommes mourir, ce qu’il se passait aujourd’hui était bien différent. Il leur fallait bien de la bravoure pour affronter le monde hostile qui se tenait devant eux. Main dans la main, ils appartenaient désormais à leurs Sujets. 


lumos maxima

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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Oriane Tully
CONFLANS
■ Localisation : À Port-Real, pour assister au Couronnement
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Mer 11 Oct 2017 - 21:00


Par la Couronne tout prend fin, par la Couronne tout commence
⋅ ◆ ◈ ⟐ ◈ ◆ ⋅
« Que tous saluent Sa Majesté Jaehaerys de la Maison Targaryen, Premier du Nom, Roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes, et Protecteur du Royaume. »

Un Roi était né. Encore un. Pensa amèrement Oriane, dont les yeux verts se posèrent brièvement sur ce trône qui semblait déjà si usé. Cependant, un nouveau frisson parcourut son échine lorsque Jaehaerys se tourna vers eux, le visage noble et le regard déterminé. Consciente qu’elle participait à ce qui ferait plus tard partie de l’Histoire, et serait peut-être raconté dans les livres qu’elle conterait peut-être elle-même à son fils. « J’y étais. » Pourrait-elle alors lui dire. « J’étais là, lorsque nous avons scellé la Paix. »

C’est forte de cette promesse et de cet espoir qu’elle se joint à la vague subitement formée par l’assemblée, qui ploie le genoux devant son nouveau Roi.
Tandis qu’elle s’incline à son tour et que tous ferment respectueusement les yeux, elle s’autorise un regard circulaire sur l’assemblée. Un sourire amer déforme légèrement ses lèvres lorsqu’elle s’aperçoit que les Arryn ne ploient pas le genou. Aussi hauts que l’Honneur…
Mais ils étaient venus. C’était là la seule promesse de paix qu’ils pouvaient espérer et dont ils devraient se contenter. Peu à peu, la salle du trône se vide. Edmyne à ses côtés, Oriane emprunte à son tour le pas au cortège, qui se presse lentement vers la sortie du Donjon Rouge pour se répandre dans le dédale de boyaux qui formaient les rues de Port-Réal. La cérémonie n’était pas terminée.

***

Elle aurait du relever ses cheveux. C’est là la seule pensée qui hante son esprit en cet instant présent, alors que tous cheminaient lentement sous le soleil mordant de la Baie. La sombre cascade qui coule sur ses épaules lui paraît bien lourde en cet instant ; d’un air envieux, elle dévisagea sa belle-sœur, dont la splendide et riche coiffure, bien que lourde à porter, doit lui être bien salvatrice en cet instant. Toute à ses considérations capillaires, c’est donc avec surprise qu’Oriane entend subitement la voix de Jaehaerys résonner, alors qu’elle voit Robb percer les quelques rangs de gardes qui les séparent des Targaryen pour se tenir à côté du nouveau Roi, devant lequel elle s'était inclinée tantôt, comme la plupart. Et son coeur put que se gonfler d’orgueil aux paroles de leur nouveau Souverain. Robb, Protecteur du Royaume ?

Un sourire triomphant orne les lèvres d’Oriane alors qu’elle se joint à l’assemblée de l’Orage pour acclamer Robart, qu’elle ne quitte du regard que pour offrir un sourire tout aussi radieux à Rohanna. Quel triomphe pour leur maison ! Alors qu’elle incline la tête en direction de cette dernière en une salutation muette, sa main vient trouver la rondeur de son ventre, qu’elle caresse doucement, une tendresse et une fierté non dissimulées dans le regard. Dans quelques années, leurs fils chevaucheraient ensemble sur les plaines de Westeros, et règneraient à leur tour sur leurs Régions. Que pouvait-elles espérer de plus ?

« Toutes mes félicitations, Lord Robart. »

Elle ne put retenir la petite moquerie qui pointa dans sa salutation, cependant sincère et emplie d’affection, alors qu’elle s’autorisa un instant aux côtés de son aîné, revenu parmi leurs rangs. Aussi modeste qu’à son habitude, il accueillait les félicitations avec humilité, sourire aux lèvres. Néanmoins, il sembla à Oriane voir percer une ombre dans les yeux de son frère, qu’elle scruta l’espace d’un instant en fronçant les sourcils, avant de le gratifier d’un air grave, hochant légèrement la tête.
Protecteur du Royaume…
Elle ne voyait qu’une seule ombre au tableau idyllique qui s’offrait aux Cerfs en cet instant. Accablé d’une charge supplémentaire, son frère pourrait-il seulement un jour rentrer à Accalmie… ?

Leurs ruminations furent cependant bien vite écourtées par la visite de Lord Arryn. Elle ne s’attarda pas davantage, offrant un nouveau signe de tête respectueux à ce dernier avant de se retirer de quelques pas, cherchant Rohanna du regard, happée par la foule qui continue à déambuler, inexorablement. Et lorsqu’elle la trouva enfin, et qu’elle s’apprêtait à la rejoindre, Oriane fut subitement stoppée par la voix et l’arrivée de Garett Lannister.

« Lord Garrett. »
Un éclat de surprise perça dans ses yeux, à peine masqué par un sourire calme et une révérence courtoise qu'elle lui offrit en guise de salutation.

« Je vous retourne le compliment, vous êtes d’une élégance rare en ce jour mon cher cousin. Quant à ma beauté, elle n’a rien à envier à celle de votre charmante épouse. Lady Alérie est absolument radieuse. »

Le sourire qu’elle lui offre est aussi étincelant que l’armure d’apparat des gardes du Roc, inclinant doucement la tête à sa demande concernant Torrhen.

« Je n’y manquerai pas. Lord Tully sera ravi d’avoir de vos nouvelles, il ne tarit pas d’éloges à votre égard. »

C’est à peine un mensonge, une vérité embellie qu’elle sert au Suzerain du Roc pour gonfler davantage son orgueil encore. Elle n’arrive pas à le cerner : elle ignore si les belles paroles de Garett sont réellement sincères, ou simple flatterie décidée à endormir sa méfiance. Elle ne savait sur quel pied danser avec l’Ouest, et elle détestait cela.

Elle retint avec justesse la pique doucement ironique qui lui vint à l’esprit à la proposition du Lion, songeant au fait que son cousin n’avait quant à lui pas attendu d’invitation de sa part pour visiter les Terres du Conflans. Masquant ses pensées derrière un sourire courtois, elle le remercia cependant avec chaleur, posant sa seconde main sur son avant-bras avec délicatesse.

« Je vous remercie pour votre invitation, mon cher cousin. Ce sera avec grand plaisir que mon époux et moi-même viendront vous rendre visite à Castral-Roc, une fois la situation apaisée. »

Elle n’en dit pas plus, laissant libre à interprétation ses paroles. Nul doute que l’occasion se présentera bien assez tôt pour discuter de tout cela ; à défaut, elle se chargerait de la créer.
Déjà, Garett s’éloigne, et elle s’autorise à le suivre un instant des yeux, cherchant Edmyne par la même occasion. Mais elle perd le premier et ne retrouve pas le deuxième, et bien vite, Oriane se retrouve seule.

Une grimace étira les lèvres carmines de la Biche Argentée, qui souffla doucement avant de passer une main sur la délicate courbe de son ventre. Quelle folle idée que cette marche sous ce soleil de plomb ! Il lui semblait que des lieues encore les séparaient du septuaire dont elle voyait luire au loin la coupole dorée, tandis qu’ils descendaient lentement, trop lentement la colline où trônait le fief de la maison royale. Elle souffrait déjà le martyre, et n’osait imaginer ce que Rohanna devait endurer, elle qui était déjà grosse de bien cinq lunes. La chaleur et le brouhaha incessant de la foule l’irritaient, et elle devait bien avouer qu’elle se sentait perdue et mal à l’aise au beau milieu de tous ces nobles qui s’arrêtaient parfois pour la saluer et échanger quelques politesses et banalités avec elle, alors qu’elle n’avait que pour seule idée en tête que de se réfugier à l’ombre.

Ce fut donc tout naturellement qu’elle vint reprendre place aux côtés d’Edric, qui se tenait légèrement en retrait de la tête du cortège. Un réflexe presque infantin. Tout comme Robb, Edric avait toujours été ce grand frère protecteur chez qui elle pouvait venir quémander une étreinte chaleureuse, et ce fut ce même réconfort qu’elle vint chercher silencieusement en prenant à nouveau place à ses côtés à la tête du cortège, priant pour ne pas être importunée davantage.

« Quelle chaleur ... » Marmonna-t-elle, épongeant brièvement et aussi gracieusement qu’elle le pouvait son front légèrement perlé de sueur d’un mouchoir de soie brodée. « J’ose espérer que le banquet sera à la hauteur de nos efforts ! » Lança-t-elle d’une voix faussement râleuse et dans laquelle perçait la même pointe de malice qui brillait dans ses yeux émeraude, qui se tournèrent vers Edric. Au-delà de l’appétit affolant qu’elle avait développé ces derniers temps, elle regrettait surtout le faste de la tablée des Cerfs. Aussi abondante puisse être la nourriture de Port-Réal, la Biche Ecailleuse se serait damnée pour un repas autour du gibier si abondant dans la région de l’Orage. Elle ne supportait plus le poisson. Ironique, si l’on considérait sa situation.

***

« J’aurais aimé que Jasper soit là. »

Un murmure, presque inaudible, porté aux oreilles de son aîné tandis qu’ils se massent lentement à l’intérieur du septuaire pour la suite de la cérémonie. Il lui manquait. Sa famille lui manquait. Jasper, Tess, et tous ceux qu'elle avait jadis pu côtoyer à Accalmie. Tous, à une exception près :

« Je suis étonnée que Mère ne soit pas venue. Elle qui raffole de ce genre de mondanités, ce n’est là pas son habitude que de manquer une occasion de se pavaner et de revoir sa chère famille. »

Ses paroles sont plus virulentes qu’elle ne l’aurait souhaité. Elle a cependant encore sa récente découverte en travers de la gorge, et la pique est davantage une perche lancée à son frère qu’une réelle provocation ; aucun des deux n’avait jamais été réellement proche de Kyra, et Oriane espérait presque naïvement une confirmation de ses dires, ou, à l’inverse, de ses doutes, par un éclaircissement de la part d’Edric quant à l’absence de leur génitrice. Une absence qui ne pouvait être que mauvais présage aux yeux d’Oriane, qui se félicita mentalement que sa tante Tess soit également absente des festivités, malgré le regret de ne pouvoir profiter de sa présence qui lui avait tant manquée. Tess Baratheon était bien le seul rempart face à la Lionne aux dents longues qu’était Kyra Baratheon.

La mine sombre, la Biche Argentée secoua la tête, s’efforçant de chasser ces pensées négatives de son esprit : la situation serait tirée au clair, tôt ou tard. Mais l’heure était aux réjouissances, et non pas aux complots. Une conclusion que sembla entériner le Grand Septon, dont la voix grave et légèrement chevrotante résonna dans l’édifice sacré alors qu’il entamait la cérémonie du mariage. Ses prunelles vertes se levèrent en direction du couple royal qui se tenait dos à eux. Le soleil qui perce à travers les vitraux du septuaire se répercute dans leurs cheveux d’argent, soulignant davantage encore la majesté de l’instant.

« Père, Forgeron, Guerrier, Mère, Vierge, Aïeule, Étranger. Je suis sienne, il est mien, jusqu'à la fin de mes jours. »

Presque instinctivement, sa main vient se loger dans celle d’Edric, cherchant un soutien qui lui fait cruellement défaut de par l’absence de Torrhen. À nouveau elle sentit l’émotion l’envahir, allant jusqu’à lui nouer la gorge qu’elle avait déjà irritée par la gorge et la poussière provoquée par leur longue marche. Quelques larmes vinrent perler aux coins de ses yeux, larmes qu’elle s’efforça bien vite de ravaler, ne désirant surtout pas s’attirer une énième taquinerie du cadet des Baratheon si ce dernier venait à s’apercevoir de son état. Un rapide coup d’oeil à sa belle-sœur, dont elle croit voir les épaules trembler légèrement, la rassure cependant sur ce qu’elle éprouve en cet instant : la grossesse, probablement. Elle était indéniablement plus sensible ces derniers temps, passant de la plus sereine des douceurs à la sombre colère sans le moindre signe avant-coureur ; mais plus que toute autre chose, elle se sentait comme emplie d’un amour et d’une tendresse débordants, qui ne faisaient qu’enfler au fil des jours qui passaient. Des sentiments qu’elle retrouvait tout aussi forts et puissants dans les yeux des deux souverains nouvellement couronnés et qui se tenaient face à eux en cet instant même, mains et destins liés. Peut-être était-ce cela, la source de toute cette émotion. Cet amour, cette union indéfectible qui lui rappelait la sienne et celle de Torrhen, et qui symbolisait tellement pour l’avenir de tout Westeros.

« Que tous saluent Sa Majesté Rhaenys de la Maison Targaryen, reine consort des Sept Couronnes. »

Alors qu’ils s’inclinaient à nouveau, Oriane se surprit à lever les yeux vers cette Reine qu’ils saluaient et reconnaissaient tous, se risquant à lui adresser un sourire doux et sincère. Elle ignorait si Rhaenys l’avait réellement vue, malgré sa place privilégiée parmi cette foule grouillante de nobles et de curieux qui s’étaient tous regroupés pour lui rendre hommage. Qu’importait. Le geste lui apporta peut-être même davantage de baume au coeur qu’à sa destinataire, car symbolique. Elle n’avait pas oublié la Guerre. Elle n’avait pas oublié sa rancoeur envers les Dragons, la colère, la souffrance. La mort de Theodan planait toujours au-dessus d’Accalmie. Elle n’avait pas oublié, non.
Mais elle pourrait pardonner.

Une fois la cérémonie achevée, tous empruntèrent une fois de plus le chemin à leurs nouveaux Suzerains, qui quittèrent lentement le septuaire pour regagner le Donjon Rouge. Alors qu’ils sortaient de l’édifice religieux, les yeux d’Oriane cillèrent, temporairement aveuglés par la lumière crue qui les attendait au-dehors et qui baignait la cité toute entière.
Au-dessus de leurs têtes, le soleil semblait briller plus fort que jamais, annonciateur de prospérité et de réjouissances pour ce nouveau règne qui commençait, mais également cruel rappel de ce long Eté, qui semblait ne jamais vouloir finir.

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Bride of the River, Daughter of the Storm
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Jeu 12 Oct 2017 - 22:13

Par la Couronne tout prend fin,
Par la Couronne tout commence.

ft.





































Tombant à genoux, Valyron Tyvaros, fils de Vaekar de Mantarys, descendant d’une ancienne famille de Valyria dont le nom avait été oublié bien avant le Fléau, assistait au renouveau de la majesté Targaryen. Il en aurait pleuré. Alors que le Grand Septon, cet animal politique d’une foi infiniment méprisée par le Serpent, posait la couronne sur les fins cheveux d’argent du nouveau souverain, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une sincère vague de chaleur bienheureuse irradier ses tripes. Ils y étaient enfin. Le moment qu’ils avaient tous attendu depuis des années. Avec la consécration du nouveau roi disparaissait le douloureux et sanglant souvenir de son prédécesseur.

Quel gâchis, quand Valyron y repensait. A la tragique disparition du légendaire Aegon le Conquérant, tous avaient retenu leur souffle. Le royaume allait-il tenir ? L’œuvre survivrait-elle à celui qui l’avait édifiée ? Force était désormais de constater que c’était le cas puisque c’était en présence des plus éminents seigneurs que comptaient les vastes terres de Westeros que l’on couronnait le quatrième roi de la dynastie Targaryen. Rien n’avait pourtant été gagné, lorsque douze ans plus tôt – seulement ! – Aenys était monté sur le Trône de Fer. Alors que l’on avait été habitué au règne d’un homme à poigne, n’hésitant pas à lâcher ses dragons sur ceux qui lui résistaient, on avait alors découvert un jeune homme au caractère calme et à l’esprit fondamentalement bon, se passionnant plus pour la musique et la poésie que pour la chose guerrière. Aenys avait grandi dans l’ombre d’un père écrasant, un dieu vivant et il n’avait jamais pu sortir de son œuf, tel un jeune dragon trop timoré pour affronter le monde cruel qui s’offrait pourtant à lui.

Il avait fallu toute la poigne de son demi-frère cadet, Maegor, adoubé chevalier très jeune et redoutable combattant. A eux deux, ils avaient alors eu toutes les cartes en main pour gouverner efficacement Westeros récemment unifié. Palliant aux atermoiements d’Aenys, Maegor avait récupéré la gestion du royaume et n’avait pas hésité à violemment réprimer une révolte naissante, proclamant un terrible exemple à l’encontre de tous ceux qui auraient choisi de se révolter contre la Couronne. Pourtant, le caractère trop emporté de Maegor lié à l’indécision d’Aenys et sa volonté d’apaisement général avaient conduit à une succession d’évènements désastreux qui avaient été initiés par l’exil de celui que l’on surnommerait le Cruel à Pentos pour apaiser une Foi outrée des agissements consanguins des Targaryen. Le point d’orgue de cette crise latente s’était trouvé lors de la Guerre de la Foi. Son dénouement, lui, avait été aussi simple qu’explicite : Aenys s’était laissé mourir et Maegor avait usurpé le Trône de Fer, bafouant les droits d’héritage de son neveu Jaehaerys. Alors que les deux fils d’Aegon auraient pu travailler ensemble et amener le royaume de leur père à une stabilité et une prospérité inégalable, ils avaient fait route séparée et leurs deux règnes désastreux s’étaient terminés dans la douleur. La différence résidait dans le fait que Maegor avait été abject de bout en bout alors qu’Aenys avait toujours tenté de faire au mieux.

    Hélas, les bonnes intentions ne suffisaient pas toujours.


En posant son regard d’airain sur la jeune princesse pour encore quelques très courts instants, Valyron se remémora son accusation lors des procès qui avaient suivi la chute de Maegor. La Princesse Rhaenys l’avait nommément désigné dans un retournement de situation absolument théâtral. C’était d’ailleurs dans cette même salle que tout cela s’était produit. Il en était sorti vivant, et désormais renforcé. L’attaque n’avait en rien ébranlé ses convictions sur le fait que sa vie était dédiée aux Targaryen, toutefois, il savait qu’il devrait désormais se méfier de tous, y compris des caprices de ses vénérés maîtres. Aujourd’hui, Valyron était un homme libre. Il ne servait pas Daenys, il ne servait pas Rhaenys, il ne servait pas Aemon : il servait Jaehaerys, le Roi, et lui seul. Il se moquait désormais de ce que pouvaient bien penser les gens. Honni ou admiré, méprisé ou courtisé, il n’en avait cure. Il avait atteint son but : réparer son erreur, celle de livrer Jaehaerys et Rhaenys à Maegor. Il en avait retiré un anoblissement qu’il comptait bien pérenniser. Il était désormais craint, car il avait l’oreille partout, il œuvrait pour le Roi et aucune limite à ses pratiques ne lui était posée. Il était dans son élément, comme le Serpent qu’il était : baignant dans les intrigues, les faisant et défaisant à volonté, organisant les enquêtes et administrant les ressources d’espionnages du Roi.

Ses bonnes intentions initiales, personne ne les avait respectées. On avait tout oublié du loyal serviteur du Dragon pour ne se rappeler que du traître. Qu’importait, désormais. Il leur montrerait, à tous, qu’ils avaient tort, et qu’il était bien plus précieux que ce qu’ils pensaient. On oublierait la trace indélébile de la trahison pour ne se rappeler que de l’éclat de l’efficacité meurtrière du Serpent. Et c’était d’un regard apaisé, paternel, qu’il toisait la jeune femme qui descendait désormais les marches du promontoire sur lequel reposait le Trône de Fer. Il avait veillé sur Rhaenys comme un père, suivant ses nouvelles à distance, et œuvrant pour son retour à Port-Réal aux côtés de la redoutable Elinor Piète.

Alors qu’il suivait le cortège qui sortait par les portes de la salle du Trône, se dirigeant lentement mais sûrement vers le septuaire lointain, le Sire de Port-d’Epices remarqua la jeune femme au regard éteint, parée d’atours laissant peu de doute à son appartenance. L’Araignée était toujours là, patiente, attendant son heure dans une toile qu’elle devait sans nul doute s’évertuer à tisser de nouveau, alors que bon nombre de points d’ancrage de la précédente avaient dû chuter avec le Cruel. Elinor Piète était la seule véritable amie de Valyron, il ne pouvait l’oublier. Ils avaient tant fait l’un pour l’autre que leur relation s’était muée d’alliance de circonstances à une véritable amitié où se mêlaient le respect mutuel, les liens forgés dans l’adversité la plus complète et cette proximité qui ne les avaient plus quittés depuis qu’ils avaient fait croire à tous qu’ils entretenaient une liaison. Considérant qu’il n’y avait personne avec qui il souhaitait discuter, Valyron offrit son bras à la jeune femme pour rester avec elle durant le temps de la procession, au milieu de ces seigneurs plus ou moins importants qui suivaient les suzerains, eux-mêmes marchant dans les pas de la famille royale et de son conseil restreint.

Alors qu’ils descendaient du Donjon Rouge, se dirigeant vers les larges portes ouvertes, alors que les cris de liesse d’une foule qui avait failli écharper Valyron quelques lunes auparavant au plus fort de la famine provoquée par le siège, il prit enfin la parole.

« Une bien belle journée, Elinor, vous en conviendrez. »

Ils n’avaient jamais réussi à se tutoyer. Ils abandonnaient les pavés impeccablement taillés, parfaitement réguliers de la demeure des Targaryen, pour ceux plus grossiers des rues de Port-Réal. De chaque côté, la foule saluait l’élite westerosie qui défilait devant elle. Des fanions et des lampions étaient accrochés partout et certains jetaient même des fleurs sur le passage des monarques et de leurs vassaux. Alors qu’ils descendaient tranquillement de la colline d’Aegon, Valyron reprit la parole.

« Après tout, nous avons bel et bien œuvré à ce moment. Nous pouvons nous en féliciter, je crois. »

C’était la vérité. Ils avaient intrigué durant des mois, ensemble ou séparément, partageant leurs avancées et leurs déboires dans l’intimité du bureau de celui qui était alors le Maître des Lois. Ils avaient échafaudé la prise de contact avec Rhaenys Targaryen, prisonnière au Nord, ils avaient approché Rhaegar Velaryon et Rodrik Farring pour les aider dans leurs tâches, ils avaient cherché mille et un soutiens sans en trouver beaucoup. Ils avaient tous deux risqué la mort en contrariant Maegor… Des lunes et des lunes de souffrances pour finalement conclure à un simple fait : le Cruel devait mourir. Et c’était depuis chose faite. Il était mort tué, selon toute logique, par Elinor elle-même.

« Permettez-moi tout de même que vous êtes d’une beauté éblouissante, Elinor. »

Un sourire en coin vint perler sur le visage du Serpent. Après tout, il n’était pas avare de compliments lorsqu’il était en face d’une belle jeune femme comme l’Araignée. Il ne fit toutefois pas d’autre commentaire. L’absence d’Ondrew Piète, logiquement bloqué Dorne, devait suffisamment lui peser. Toutefois, alors qu’ils abordaient le sommet de la pente remontant vers le septuaire, Valyron dût briser leur étreinte protocolaire.

« Je me vois navré de devoir vous abandonner à nouveau, mais l’on m’attend en tête du cortège… Je suis désolé. »

Il l’était sincèrement, comprenant sans peine les raisons qui retenaient Elinor dans l’ombre de cette cérémonie. Sa réputation avait été entachée par le rôle de son mari au sein du gouvernement de Maegor, et par le fait qu’elle avait été comme chez elle dans la forteresse du Cruel. Sa liaison présumée avec Valyron n’avait rien dû arranger alors qu’elle avait même été suspectée de régicide. Toutefois, ses nombreuses actions en faveur de Jaehaerys et sa proximité avec Daenys lui avait permis un retour en grâce à la Cour. Toutefois, les Targaryenn avaient visiblement jugé bon de ne pas offusquer les vainqueurs en mettant à l’honneur l’épouse de l’ancienne Main du Roi. Valyron remonta donc le cortège dans un courant de soie grise et violette, se faufilant entre les différents nobles présents jusqu’à se retrouver au milieu des suzerains et leurs familles où il louvoya avec précaution pour ne froisser personne. Il aperçut la jeune et délicieuse Wendy Piper qu’il avait rencontrée quelques jours plus tôt. Il aurait été inconvenant de venir saluer la jeune pucelle du Roc sans préalable et encore plus devant sa famille, aussi passa-t-il son chemin sans un regard pour elle, mais la frôlant suffisamment pour murmurer en arrivant à sa hauteur.

« Je vous salue Dame Wendy. »

Ce faisant, il fit un pas de côté en parlant d’une voix claire.

« Veuillez m’excuser, ma Dame. »

Avec un semblant de révérence pressée, il reprit sa route pour se retrouver aux côtés du reste du conseil restreint. Ils approchaient du septuaire, dont la coupole était encore chargée d’échafaudages et de charpentes l’enserrant tels un squelette de bois.

* * * * *

Après que l’assistance eut pris place et que le jeune roi ait patienté face au maître-autel, le silence s’était fait alors que lentement, dans une procession liturgique complexe et codifiée, au milieu des chants religieux et des vapeurs d’encens, le Grand Septon s’était avancé. Et puis, dans un grondement majestueux, les portes s’étaient ouvertes, laissant la lumière du jour envahir les lieux empreint de cette obscurité typique des lieux de culte.

Avançant lentement au bras de son cousin, dernier homme de la maison Targaryen, et donc le seul susceptible de l’amener à l’hôtel, Rhaenys Targaryen marchait vers son destin, enveloppée dans une cape de velours noir sur lequel était brodé un grand dragon rouge tricéphale. Arrivée aux côtés de son frère, de son Roi, et de son futur époux, elle patienta. Et puis, d’une voix commune, ils parlèrent ensemble, prononçant les vœux qui les consacraient mari et femme. Devenant l’épouse du Roi Jaehaerys, Rhaenys devenait Reine. Elle était désormais investie d’une supériorité, d’une primauté sur tout le monde. Elle était celle qui partagerait la couche du souverain, et qui porterait ses enfants, les héritiers du Trône. Le Grand Septon se mit alors à brandir la couronne d’Aegon au-dessus de la

« Que tous saluent Sa Majesté Rhaenys de la Maison Targaryen, reine consort des Sept Couronnes. »

Une nouvelle fois, Valyron s’inclina avec respect et déférence. Que de chemin parcouru depuis qu’ils s’étaient rencontrés pour la première fois ! Il était fier d’elle, fier de tout ce chemin qu’elle avait accompli. Oui, malgré la trahison de Rhaenys à son encontre, il était sincèrement ravi de voir la jeune femme prendre une place qu’elle avait depuis longtemps mérité. Il se souvenait de cette première rencontre lorsqu’on l’avait introduite à celui qui serait son précepteur en matière d’Histoire. A cette époque, le prince Aegon et sa sœur la princesse Rhaena étaient déjà suffisamment âgés pour ne plus avoir la patience d’écouter des leçons d’Histoire sur la Valyria, et le petit prince Jaehaerys n’avait que trois ans, encore trop jeune pour suivre une classe. Rhaenys, elle, avait douze ans et une faim de connaissances sur ses ancêtres qui semblaient impossible à combler. Chaque fois, chaque jour, elle en redemandait davantage, posant de nombreuses questions, allant dans les détails pour tout saisir de cette complexe épopée qui avait été celle de son peuple des millénaires auparavant. Etait ensuite venu le temps du déchirement.

Devenue une jeune adulte, elle avait dû affronter la cohabitation avec son oncle Maegor à la mort de son père Aenys. Là encore, Valyron avait veillé au grain, quand bien même il l’avait trahie pour ce qu’il estimait être à l’époque son propre bien. Finalement, elle avait été envoyée à Winterfell pour épouser le seigneur du Nord et elle était sortie du quotidien de Valyron. Cela avait duré trois jours avant qu’il ne s’évertue à essayer de réparer son erreur et d’aider au rétablissement de la justice concernant le petit usurpé qui portait désormais la couronne. Depuis, pas un jour n’avait passé sans qu’il ne pense à comment aider la jeune femme. Et désormais reine couronnée, consort du plus jeune Taragaryen jamais couronné, elle allait pouvoir appliquer à tout un continent sa vision du monde.

    Et Valyron continuerait de veiller dans l’ombre.






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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Jeu 12 Oct 2017 - 22:25




par la Couronne tout prend Fin,
par la Couronne tout Commence

Son regard passait des Arryns à son époux, entre interrogation et curiosité. Elle mourrait d'envie de connaitre les liens qui l'unissaient visiblement à la très distinguée Catelyn - enfin, son nom lui revenait à l'esprit ! - et, si elle était tout à fait franche, d'éteindre rapidement cette pointe de jalousie qui remontait sournoisement depuis son ventre. S'étaient-ils écrit ? Rencontrés en marge des festivités ? Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Préférait-il garder le secret ? Mais dans quel but ? Sa main gauche qui reposait sur son bras le pressa davantage, mais en vain : il ne lui répondait pas. Nerveusement, elle ferma les yeux quelques instants. Une bouffée de chaleur la prit, et elle se sentit retomber quelque peu en arrière mais se rattrapa de justesse. Se secouant légèrement, elle tentait de reprendre contenance. Son état l'avait rendue moins sereine, et au moindre évènement, elle se prenait à envisager le pire. Prémonition ? Ou simple délire préludant la maternité ? Elle ne pouvait le dire. Ce qui était certain, c'était que telle la Lionne veillant sur sa portée, elle ne laisserait pas son bonheur dans le danger d'une nouvelle incertitude....

Brusquement, le silence se fit parmi la Cour cependant qu'un maitre de cérémonie demandait le respect des convives alors que la double porte de la Salle du Trône s'ouvrait sur Jaehaerys et Rhaenys Targaryen. Un souffle d'admiration parcouru l'assemblée, alors que la silhouette gracieuse, toute de blanc vêtue, glissait sur le sol d'un pas solennel. Les longs cheveux d'argent, le regard violet, le port altier... Tout commandait la révérence royale, et Alerie, qui s'était tant sentie trembler sous ce même regard qui l'avait transpercée le jour de sa présentation officielle à la Cour, sentit son cœur battre plus fort. « Je veux la rencontrer. » La voix de Wendy la sortit quelque peu de l'enchantement. Dans sa gorge vibrait une détermination qui la fit un instant frissonner. « La... la rencontrer... ? » La tête commençait à lui tourner. Elle reporta son attention sur le futur Roi. Assortis, ils l'étaient : comme ne peuvent l'être que deux êtres nés d'un même giron. Et tandis que le Grand Septon couronnait le nouveau Roi et d'annoncer : « Que tous saluent Sa Majesté Jaehaerys de la Maison Targaryen, Premier du Nom, Roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes, et Protecteur du Royaume. », Alerie expira lentement. Puis : « Longue Vie au Roi ! » clama-t-elle avec les autres.

***************************************

On allait rassembler tout ce petit monde dans le Grand Septuaire. Comme à chaque fois qu'elle allait se retrouver en présence des Dieux depuis la mort de son père, Alerie sentait une bouffée d'angoisse la prendre au corps. Trop de choses lui rappelaient le souvenir du sourire bienveillant, aimant la vie et ses enfants, et couvant d'un regard attendri cette femme qui était sienne. Trop de choses qui faisaient écho aux pertes de sa mère et de son frère ainé, trop de choses qui teintaient de sang une existence paisible, révolue. Auprès d'elle, Wendy ; les deux sœurs n'avaient pas desserrées leurs mains entrelacées, et à mesure que la procession défilaient la Colline d'Aegon, la jeune femme sentait à nouveau la tête lui tourner. « ...! » Elle menaçait le malaise, et manqua de gémir lorsque, d'une pression à la main qui reposait sur son bras, Garett se détacha d'elle. « Je reviens. » « Mais... ! » lâcha-t-elle, prise au dépourvu alors qu'il glissait le long du cortège et disparaissait dans la foule. Si Wendy ne l'avait pas retenue d'une main impérieuse, elle se serait sans nul doute lancée à ses trousses. C'était un peu fort ! Il l'abandonnait, sans explication, bafouant tout protocole, au milieu des hauts dignitaires des Sept Couronnes qui s'en donneraient sans doute à cœur joie après les festivités. Maintenant qu'il avait engrossé sa femme, il la délaissait n'importe quand pour quelque menu plaisir ! « C'était bien la peine de nous afficher en couple suzerain uni.... » siffla-t-elle entre ses fourrures, le sourire amer.

Et de le voir revenir. Accompagné. « Qu'est-ce que...? » Ses mots se perdirent dans sa gorge, qui se gonflait à mesure que sa respiration s'accélérait. Elle recula, butant contre Wendy, cherchant son bras, y enfonçant ses ongles, les yeux écarquillés. C'était comme si elle avait vu la mort. Grande, élancée, la tignasse blonde brillant sous le soleil de la Capitale. Les yeux d'un bleu de mer cherchant les siens, semblables, quasi identiques. Il portait un habit simple, mais élégant. A sa ceinture, une épée. Chaussé au dernier goût. Son sourire la fit rougir. « Je crois que c’est l’occasion pour vous de profiter de ce moment rare. Je vous trouverai plus tard, profitez bien. » Elle entendit la voix de son époux comme du fond d'un rêve. Elle ne voyait plus que lui, incapable cependant de bouger. Plus rien n'existait, pas même la Cour qui continuait son avancée. « Lady Lannister... » finit-il par articuler. Il s'avança, lui prenant délicatement la main pour y déposer ses lèvres selon la plus pure des traditions. « Tu es magnifique, grande-sœur... La maternité te réussit ! » Il la dépassa alors du regard pour prendre entre les siennes les mains de Wendy. « Fais au moins semblant d'être contente de me voir, toi ! Parce qu'à la voir, on dirait qu'elle est partagée entre me sauter dans les bras ou disparaitre sous terre ! Alors que moi, à revoir la Pieuse et la Furie des Eaux, j'ai peine à me contenir ! Pour ma première apparition - et sans doute la dernière - à Port-Réal, j'aurais pu faire mieux... » lâcha-t-il dans un rire nerveux, en baisant les deux mains de la jeune femme. « Loric... Oh Loric... » finit-elle par dire, attrapant son bras et le serrant de ses doigts. L'émotion l'étranglait, l'aliénait des autres. Seuls comptaient pour elle les siens.

Hors du temps, hors de tout contexte, les Piper se retrouvaient. Alors que l'on mariait le frère et la sœur Dragon, les survivants de Château-Rosières renouaient. Peut-être disait-on vrai. Peut-être assistait-on vraiment à une nouvelle ère.
©️ Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Ven 13 Oct 2017 - 13:04


Event ; sujet commun

Par la Couronne tout prend fin,
Par la Couronne tout commence.




« Que tous saluent Sa Majesté Jaehaerys de la Maison Targaryen, Premier du Nom, Roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes, et Protecteur du Royaume. » D'un mouvement égal, toute la foule -ou presque, si on omettait quelques caractères réfractaires- assemblée dans la salle du trône s'inclina respectueusement, tombant dans une révérence sincère pour certains, feinte pour d'autres, indifférente pour une majorité. Wendy appartenait à cette dernière catégorie, ne prêtant que peu de cas à qui poserait ses fesses dodues sur le trône de fer. On attendait d'elle qu'elle se soumette, réparant les erreurs paternelles qui avaient causé la perte des Piper, et aujourd'hui qu'elle était animée d'un désir bien plus puissant et dévorant que la croyance en une cause publique, la pieuse conflanaise voyait surtout son intérêt à faire partie de la masse consentante. Un roi ou un autre lui était bien égal, tout ce qui comptait était que c'était le roi et qu'il serait à son avantage d'être dans ses petits papiers. Toute absorbée à la contemplation de la scène historique qui se déroulait devant ses yeux, la jouvencelle ne s'attarda pas sur la stupéfaction et le doute qui s'étaient échappés de la gorge serrée de sa sœur Alerie, alors qu'elle lui avait presque ordonné de la présenter, plus tard, à Rhaenys Targaryen. Sa volonté serait faite, elle y était déterminée et rien ni personne ne pourrait venir l'entraver dans sa démarche, qui à plus d'un titre se justifiait.

Wendy était comme hypnotisée alors qu'elle observait le couple royal remonter l'allée centrale et passer les lourdes portes du hall sous les regards révérencieux de tous les grands du royaume. Plus rien ne comptait pour elle que cette aube d'une ère nouvelle qui lui ouvrait le champ des possibles, pour peu qu'elle manœuvre avec prudence et intelligence... et les rouages de son cerveau affûté tournaient à une vitesse folle alors qu'elle notait pour elle-même quelques actions à tenter en ce jour de couronnement. Il lui fallait saisir toutes les opportunités possibles, car jamais plus une occasion pareille ne se présenterait. Tant de gens d'importance réunis en un seul et même endroit, pour un événement d'exception comme on en voyait peu, un par génération, parfois plus. Unique. Elle devrait se montrer fine joueuse. Toute à ses pensées, la jeune femme se contenta de suivre le mouvement du cortège, ne lâchant pas la main de sa sœur qu'elle sentait fébrile et angoissée. Au dehors, le peuple acclamait son nouveau roi et saluait celle qui allait devenir son épouse dans quelques minutes. Mais Wendy ne posa pas même un regard sur leurs côtes apparentes, sur leurs mines blafardes pourtant illuminées par l'espoir d'un avenir meilleur, sur l'état misérable de cette population pourtant volontaire et courageuse. Elle ne pensait qu'à elle, réfléchissant à ces prochains coups, attendant patiemment que toutes ces cérémonies cessent pour enfin passer aux choses sérieuses. Car elle ne pouvait rien faire au milieu de toute cette solennité, elle la dame de compagnie accrochée à sa sœur, ne trouvant pas le moindre prétexte pour s'écarter de la délégation de l'Ouest pour aller papillonner au milieu de personnes pour le moment trop inconnues pour elle... Seule la poigne qui se resserra autour de sa paume la ramena à des choses plus concrètes que ses divagations de l'esprit. Alerie semblait faible, chancelante, au bord du malaise.

Wendy lança un regard concerné à son aînée, resserrant son étreinte sur sa main fragile et la retenant presque alors que Garett s'excusait avant de disparaître. Alerie parut soudain désemparée, et d'une pression forte et sans appel, Wendy ramena sa sœur à la raison, l'empêchant de partir à la poursuite de son époux et de créer un scandale étrange au milieu de cette procession tranquille. Alerie avait toujours été impulsive, mais la grossesse n'avait fait qu'accentuer ce trait de caractère. « C'était bien la peine de nous afficher en couple suzerain uni.... » Ses yeux brillaient d'une colère retenue et son persiflage ne fit que provoquer un certain agacement chez Wendy. « Ne sois pas si dramatique, ma sœur... Penses tu réellement qu'il agirait contre son image, d'autant plus en ce jour, devant tous les grands du royaume ? Il va revenir. » Telle une prédiction, ses paroles s'accomplirent quelques secondes plus tard, alors que Garett Lannister ramenait auprès des sœurs Piper leur frère devenu seigneur de Château-Rosières : Loric Piper. « Je crois que c’est l’occasion pour vous de profiter de ce moment rare. Je vous trouverai plus tard, profitez bien. » Alerie faillit défaillir, semblant voir un fantôme s'avancer vers elle, grand, blond, les yeux azurs... Véritable miroir de la suzeraine de l'Ouest. Wendy fronça les sourcils alors qu'elle sentit les ongles de sa sœur s'enfoncer dans la chair de son bras, retenant un sifflement de douleur et ravalant la vague de sentiments contradictoires menaçant de la submerger tout à coup. Wendy resta digne, fière, droite comme un i, maintenant un regard froid et insensible pour s'obliger à se maîtriser. Elle luttait contre une multitude de pensées, pestant intérieurement contre Garett d'avoir provoqué cette rencontre à un moment pareil, en public, quand des retrouvailles de cette sorte méritaient le secret de l'intimité, à l'abri des regards pour permettre aux sentiments vrais et réels de s'exprimer, quand la foule ne prescrivait que le jeu des apparences... Le moment n'aurait pas pu être plus mal choisi...

Et pourtant, un amour fraternel et inconditionnel gonflait sa poitrine et accélérait les battements de son cœur, et elle ne fit que regarder en spectatrice le revoir de sa sœur et son frère, n'entendant pas même les paroles proférées par chacun. Loric, son frère, l'espoir de la famille... Mais incarnait-il vraiment son espoir à elle ? Celui d'une famille Piper retrouvant son éclat, ne vivant que pour elle et non en étant à la solde des lions du Roc ? Celui d'une famille assouvissant sa soif de vengeance pour montrer qu'elle n'est pas une fille docile acceptant qu'on la traite avec tant de cruauté sans se rebeller ? La Pieuse des Eaux sursauta quand elle sentit le contact étrangement chaud sur ses mains, alors que son frère les lui saisissait avec tendresse : « Fais au moins semblant d'être contente de me voir, toi ! Parce qu'à la voir, on dirait qu'elle est partagée entre me sauter dans les bras ou disparaitre sous terre ! Alors que moi, à revoir la Pieuse et la Furie des Eaux, j'ai peine à me contenir ! Pour ma première apparition - et sans doute la dernière - à Port-Réal, j'aurais pu faire mieux... » Wendy plongea un regard hésitant et sondeur dans celui de son benjamin, partagée entre le rabrouement, le dédain ou la joie... Longuement, elle l'analysa, se donnant le temps de choisir le comportement à adopter. Mais ses quelques barrières cédèrent quand il porta ses mains à ses lèvres pour y déposer un baiser empli d'amour. Un sourire se dessina malgré elle sur son visage, son regard s'adoucissant et serrant d'une étreinte affectueuse les mains de Loric, pendant qu'Alerie à son tour s'accrochait au bras devenu puissant de leur frère. La famille était réunie, ne manquait plus qu'Alysanne pour ne former qu'un tout. « Je suis heureuse de te voir, mon cher frère, ne crois pas le contraire... La surprise m'a fait réagir, et le secret désir de nous retrouver seuls tous les trois est le sentiment qui me pousse à me contenir à cet instant. »

D'un geste impérieux, elle obligea son frère à reprendre la marche, s'accrochant à son bras droit pendant qu'Alerie s'emparait de son bras gauche. Le frère chéri entouré de ses deux sœurs, celles qui s'étaient battues bec et ongles pour lui et sa liberté. « Trop d'yeux nous entourent, mais j'ose espérer que nous pourrons nous retrouver, plus tard, uniquement tous les trois. Nous avons à parler de choses importantes et personnelles, mais il ne s'agit guère de conversations pour toutes les oreilles ici présentes... » Wendy riva un regard entendu dans celui de Loric puis d'Alerie. « Dis-nous plutôt comment tu te portes, et comment se porte notre domaine ! » Alors que les deux sœurs écoutaient Loric exprimer ses inquiétudes sur le pauvre état des terres du Conflans et d'autant plus celles de Château-Rosières, Wendy sentit un frôlement de tissus contre son épaule avant d'entendre quelques mots clandestins susurrés à son oreille : « Je vous salue Dame Wendy. » Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale alors qu'elle reconnaissait le timbre velouté de la voix de Valyron Tyvaros, et la vue de cet homme nimbé de mystère la précipita dans un état second alors qu'il s'inclinait rapidement devant elle en s'excusant d'une voix claire et protocolaire, distante, avant de disparaître dans le magma humain. La surprise s'était emparée d'elle et la belle s'était trouvée décontenancée, n'ayant pas même le temps d'offrir un sourire à cet homme dont elle avait, malgré elle, apprécié la compagnie plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Wendy le suivit du regard quelques secondes, appréciant la démarche souple du mantaryen et cédant à une satisfaction coupable : celle d'avoir été reconnue et d'avoir mérité cette salutation clandestine, en plein étalage de convenances de cour. Elle ne fit pas cas des regards étonnés de son frère et sa sœur ainsi que de leurs rapides commentaires sur le Maître des Chuchoteurs.

D'une oreille distraite, elle écouta Loric parler du prochain procès de Solveig Tully. D'un pas machinal, elle pénétra dans le septuaire. Sans s'en rendre compte, Loric avait repris sa place, plus loin, laissant les suzerains s'emparer des premiers rangs. Mais alors qu'elle était témoin du mariage entre Rhaenys et Jaehaerys, la dévote qu'elle était ne put réprimer une grimace, fronçant légèrement les sourcils et durcissant son regard. Le frère épousait la sœur. Mariage contre-nature qu'il était difficile, même impossible pour elle d'accepter, et encore moins de bénir. Elle posa un regard implacable sur le Grand Septon qui acceptait sans sourciller de bénir cette union, allant à l'encontre de tous les préceptes religieux enseignés par les Sept Qui Ne Font Qu'Un. « Que tous saluent Sa Majesté Rhaenys de la Maison Targaryen, reine consort des Sept Couronnes. » Le dégoût brûlant dans tout son être, Wendy s'inclina une nouvelle fois, essayant plus que tout de contenir ce sentiment pour ne penser qu'aux opportunités futures. Rhaenys était une femme à l'allure forte, sage et impérieuse. C'était la seule chose qu'elle devait retenir, et elle devrait à jamais faire taire ses pensées à l'encontre de ce mariage pendant qu'elle était à la cour.

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Sam 14 Oct 2017 - 20:14




Event 6.1
« Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence »

Peu importait ce que l’on en pensait, le mariage était prononcé aux yeux des Dieux. Frère et sœurs unis d’une manière que bien peu de nobles cautionneraient, et dont seuls les Targaryen pouvaient prétendre à une vision légitime de la chose. Mais il était trop tard pour protester, pour s’opposer, ou pour s’indigner. Heureux ou non, la foule de nobles commençait à quitter le Septuaire, reprenant la même route que celle qui avait été empruntée pour y arriver, rejoignant les festivités somptueuses qui avaient été prévues pour l’occasion. Il y aurait le banquet, bien sûr, mais la Couronne avait également prévu de nombreux spectacles, qu’il s’agisse de bardes, de ménestrels, d’acrobates ou d’autres artistes, tous destinés à montrer que la vie continuait à Port-Réal, comme ailleurs au Royaume.

L’Été aidant, les tables avaient été installées dans les larges Jardins du Palais, les tables surplombées par de larges tonnelles bariolées destinées à protéger leurs occupants des rayons encore trop forts de l’astre solaire par cette fin d’après-midi. Les surplombant toutes, la table d’honneur, où s’assiéraient les jeunes mariés -et désormais dirigeants des Sept Couronnes- ainsi que leurs plus proches membres de famille et alliés, avait été installée sur une estrade d’où ils pourraient avoir une vue imprenable sur leurs invités, ainsi que sur les différentes prestations prévues. Entre cette dernière et les autres tables, quelques mètres permettraient la fois d’accueillir cette animation, mais également de recevoir les serments d’allégeance renouvelés des seigneurs présents, ainsi que leurs cadeaux en ce jour de célébration. Tout autour, on avait fait en sorte de faire revivre la végétation presque agonisante des Jardins, leur offrant plus d’eau que de raison ces derniers temps, il était hors de question qu’une once de misère ou de pauvreté ne vienne rappeler aux invités les temps difficiles que vivaient les Terres des Targaryen. Non, aujourd’hui, le seul centre de l’attention se devait d’être le nouveau Roi, et sa Reine.

Serait-ce pourtant le cas ? Car après tout, le Destin était parfois cruel, et ne manquait pas d’associer des drames aux grandes occasions, ou d’apporter son attention à ceux qui n’en voulaient pas. Les Arryn, pour commencer. Ils étaient venus, oui, mais aucun n’avait ployé le genou devant leur Roi couronné. En feraient-ils de même une fois qu’on leur demanderait de prêter allégeance ? Martyn serait-il suffisamment fou -ou courageux- pour se croire exempté d’une telle obligation ? Peut-être annoncerait-il même qu’il soutiendrait son cousin au Nord, et n’était venu que pour en informer le reste du continent… Et que dire des Tully, qui n’avaient certainement pas apprécié de se retrouver sous tutelle de l’Ouest ? L’absence de Torrhen était-elle un signe de dissidence, même si celui-ci était un allié de la Main du Roi et futur Protecteur du Royaume ? Que dire des Baratheon, à qui tout semblait sourire ? Une telle période de grâce pouvait-elle durer ? Ou des Tyrell, qui devaient composer avec des seigneurs dont l’allégeance était plus que douteuse ?

Et puis, il y avait les autres, ceux dont le nom n’était pas forcément sur toutes les lèvres, mais qui eux aussi voulaient obtenir ce qu’ils cherchaient, ce qu’ils désiraient. Rédemption, gloire, respect, vengeance, ou simplement le droit d’exister. C’était une nouvelle ère, où tous auraient une chance de briller s’ils savaient s’y prendre.

Et à présent, il était temps pour tous de se positionner, de se montrer unis, ou au contraire, de faire valoir ses propres opinions… Une chose était sûre, cependant, la suite de ce mariage promettait d’être des plus mouvementées...

HRP:
 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Dim 15 Oct 2017 - 21:54

par la couronne tout prend fin,
par la couronne tout commence






« Cher frère, tu vas pouvoir briller en société ! »

Ses fossettes creusées, son air est taquin. Enfin, les longues heures de protocole étaient terminées, l’heure des réjouissances sonnait. Le nouveau couple royal pouvait être assuré de la participation festive des Baratheon. La soirée serait gaie et Edric retrouverait ses grandes emphases qui savaient faire plier une assemblée à l’unisson. Il n’y avait rien de plus communicatif que le rire d’un Cerf ! Sa main fraîche presse son avant-bras avec amour, l’avenir leur appartenait. Son plus cher désir serait exaucé ; Robb travaillait dur pour satisfaire son cadet. Un jour, Lord Jorah s’inclinerait. 
Un jour, Ashara et leur fille serait à leurs côtés, la Louve et le Cerf réunis.

« Oriane tu devrais te ménager et te désaltérer à l’ombre. Il faut prendre soin de ce neveu à naitre ! »

Ce disant elle portait elle-même une main sur son ventre arrondi, sa fierté. Savoir que son fils aurait un cousin du même âge la remplissait d’une force étrange. L’horizon semblait soudainement bien calme, bien assuré. Le règne de Jaehaerys était une promesse inespérée. Dans quelques moments, il lui faudrait prendre place sous le dais des Targaryen. Elle les retarde, inspirant d’aise de ne plus être au centre des attentions de la Cour. Elle grimace à Oriane, persuadée que cette dernière comprend la lourdeur de ces charges. Après-tout, elles étaient toutes deux les protégées de Tess : trois esprits bien trop vifs pour être enfermés dans quelques beaux atours. Après s’être assurée que des servantes prenaient grand soin de sa belle-soeur, elle dirigea ses pas vers Robb qui au loin bavardait avec des inconnus.

« Dame Wendy, vous êtes époustouflante de jeunesse… » Rohanna n’était probablement pas très objective avec la jeune Piper. Tombée sous le charme d’Alérie Lannister, elle avait superposé l’image de Wendy à sa propre soeur. Elle caresse doucement la joue de la jolie jeune femme : nul doute qu’elle ferait tourner bien des hommes ! Son bras se glisse sous le sien, ces quelques instants partageaient pouvaient bien offrir à la jouvencelle quelques popularités supplémentaires. Aux nobles qui la saluent, elle répond respectueusement. Des mois encore il lui faudrait jouer ce rôle mielleux qu’elle abhorrait : celui d’une reine qui n’en porte pas le nom. Un mirage. Des sacrifices qu’elle donnait à la Couronne sans aucune contrepartie. « Savez-vous que cette pauvre Lady Buckwell ne peut plus s’accroupir depuis que son petit-fils a mis un pétard dans sa chaise percée? » Alors qu'elle adresse un signe de la main à ladite grand-mère, un sourire amusé tente de percer son visage faussement sérieux. Oui, son bras sous celui de la farouche Wendy c’était comme si elle était avec sa propre soeur. Sa propre soeur dont elle avait oublié le visage. « Allons, retrouvez les jeunes gens de votre âge et amusez-vous pour nous deux ! » Il lui serait impossible de danser ou de participer aux festivités, le Mestre était des plus précautionneux avec son état. Non que la danse lui manquerait particulièrement, son pied était affreusement gauche… A dire vrai, il était plutôt une véritable aubaine que de ne pas faire étalage de ses habilités inexistantes devant toute la Cour réunie.

***



Il lui faut avouer, il y a quelque chose de grisant à savoir tous ces nobles derrière elle. Ils sont d’autant petits groupes qu’une entité chatoyante. Un cortège qui prendra exemple sur sa famille. Robart sera le premier à s’avancer vers Jaehaerys. Le premier homme du royaume à s’agenouiller devant son Roi. Aux yeux de tous, il va jurer fidélité et renouveler le voeu que ses pères ont fait avant lui. Rohanna observe le couple royal. En le voyant, magnifique, n’importe qui aurait eu le même picotement dans les mains. La sensation exquise d’appartenir à quelque chose de grand et d’invincible. Au milieu de la désolation estivale, luxuriance avait été recréé : un éden pour une poignée d’heureux élus. Les deux blonds apparaissaient comme les créateurs d’un monde en mouvance et pour la première fois -la première fois peut-être depuis que Robb était Main- elle sent qu’elle peut trouver sa place. Cette juste place, elle la veut désormais tellement qu’elle fait abstraction de la soudaine lassitude de son corps. Elle ne sent pas les couleurs s’évaporer de son visage. Quand tous regardent la nouvelle Reine, si majestueuse et le Roi, si jeune et pourtant si déterminé. Ce couple étrange, déjà si fort. Quand tous regardent Son Seigneur Lord Robart Baratheon s’avancer dans le sillage de son père. Oui quand tous s'hypnotisent à l'Histoire jouée, pendant ce même instant, lentement, le sang disparait des joues pleine de vies de la Biche Pendue. 



C’est une sensation soudaine. L’horizon tangue comme un bourdonnement léger. Sa gorge se serre. Ses paumes, par une pression, tentent de retrouver un équilibre. Un appui qui lui dirait « tout va bien, le monde est solide, tu ne peux pas t’effondrer ». Dans ses iris mordorées des larmes se forment. Tout ne va pas bien. Le monde n’est pas solide. Il est flasque, il ressemble à ces sables mouvants des contrées inconnues. La figure de Robb continue de s’éloigner, elle est si loin désormais… Il lui faut avancer de quelques pas aussi. Il lui faut se détacher de cette masse. Elle aussi, après l'hommage de son époux, doit s’incliner. Un pas qui ressemble à mille. Son bras droit brasse l’air, à la recherche de quelque chose. Il brasse l’invisible parce que rien n’a plus aucun sens.

« Je… » Tout se refuse à elle ; elle ne contrôle plus ses membres, ni cette douleur fulgurante logée dans son bas-ventre. Brûlante et sans appel. Elle porte ses deux mains à ses reins, elle tente de se redresser et résister à la tentation de se recroqueviller. Il lui faut fixer un point, alors elle fixe ce qu’elle sait qu’elle ne pourra désormais plus atteindre. Le dos du Cerf Couronné. Son souffle s’accélère. Une boule de chaleur remonte vers sa gorge à grande vitesse. C’est un poing sans force qui s’appuie sur le bras d’Edric. La boule est désormais dans son oesophage, elle l'étouffe. Elle l'empêche de respirer. « … vais m’effondrer ».

Il est lourd ce poids qui se meure.
Sans avertissement, il tombe au sol.


Ses paupières sont collées. L’air lui manque. Elle tente de parler, de dire quelques mots, mais ils restent informés. Pâteux. Elle entend à peine les murmures de la foule qui gonflent comme une vague du coucher. Le bourdonnement de ses oreilles est trop fort. Elle sent à peine ses jambes chaudes et visqueuses. Ses yeux brillent. Sa peau transpire d’une fièvre inconnue. Elle murmure des mots incohérents. Depuis combien de temps est-elle par terre? Robb accourt, le visage barré et grave, ses mains se précipitent vers elle. Elles se pressent sur ses bras, elles la secoue légèrement. Elles implorent quelques soupirs de vie. La Biche aimerait les attraper et lui dire que c’est l’astre trop fort qui la rend si faible. Elle aimerait lui mentir, être assez brave. ETRE ASSEZ BRAVE. Non. A la place, elle régurgite une bile transparente. Elle crache ses poumons, sa langue vient s'écraser sur son palet l'empêchant d'inhaler. Elle tousse et la douleur se réveille, infernale. Elle tousse encore pour extraire cette bile jaunâtre. L'effort, la contraction, sous ses jupes libèrent quelques liquides chauds. « J'ai tellement mal… » Elle tape son crâne contre la pierre comme si ce choc pouvait amoindrir la douleur terrible qui perce ses entrailles. « Robb… enlève moi la souffrance… » Abondantes, les larmes coulent sur ses joues. Sa mâchoire se tord de quelques grimaces tragiques. Autour d’eux, les gens s’écartent. A la mort, ils forment un cercle parfait. Le spectacle est de choix, ce n’est pas tous les jours que l’on voit l’épouse de la Main, d’ordinaire si discrète, se cabrer comme un serpent à l’agonie.

En silence, ses phalanges brulantes effleurent les lèvres du Cerf. Elle aimerait tant dire quelque chose, elle aimerait le rassurer, mais tout est vain. Si vain… Elle n’a pas besoin de voir ses jupes s’assombrir pour comprendre. Il n’existe plus rien que cette douleur qui se leurre entre ses jambes. Il n’y a rien d’autre… « Reste. Ils... Ils ont tous besoin de toi. » Un des hommes de l’Orage la soulève, la délicatesse d’un enfant qui recueille un oiseau blessé en ses mains. Elle sent à peine son corps décoller du sol, ses doigts se tendent vers Robb. Crépuscule terrible de son amour qui se grandit dans un dernier effort. Le chevalier écoute les ordres murmurés trop vite de son Suzerain. Il tente de la cacher aux regards des autres. Elle aussi entend ces mots rapides. Elle entend et elle aimerait que ce soit son époux qui l’accompagne en leur demeure. Sa dernière demeure, elle en est certaine. Las, plus aucune force pour se battre contre son sort. Recroquevillée entre la musculature du colosse elle laisse échapper un nouveau cri. Rage. Tristesse. Douleur. C’est une complainte rauque que le garde serre un peu plus. Il a peur et, comme elle, il tremble. «  ECARTEZ-VOUS !!! » Sur les cuirasses guerrières, la traine luxueuse de la Biche claque comme un avertissement sanglant. Les nobles se désunissent, certains baissent le regard, d’autres haussent leurs chausses pour tenter d’apercevoir celle qui se crève. A la mesure de ses enjambées, il repense à toutes les fois où elle a été avenante à son égard. Il la revoit descendre les marches, ce matin même, pleine de vie et rayonnante. Une apparition de jouvence. Comment pouvait-elle être entre ses bras? Pourquoi ne pouvait-elle pas lui sourire comme elle le faisait si souvent? « Ser...» « Ma Lady?! je vous en prie… » Ses mots s’arrêtent d’eux-même : les yeux de la Biche sont blancs, de la mousse glisse de ses lèvres entrouvertes et sur ses bras il sent la chaleur bien connue du sang. Il comprend que s’il ne se hâte pas, il n’aura bientôt que deux corps sans vie duquel répondre.

« Vivez Rohanna, par les Sept, vivez ! »
lumos maxima


...:
 

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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Lun 16 Oct 2017 - 0:52

Par la Couronne tout prend fin,
par la Couronne tout commence.






































De tout ce qui avait été donné de voir à Garett, le sacre d’un nouveau souverain Targaryen était bel et bien l’une des plus fantastiques. Tout évoquait la majesté la plus absolue. L’art de la mise en scène de chaque moment de cette journée historique ne suffisait pas à expliquer cette fascination, pas plus que l’imposant décorum omniprésent. Il y avait autre chose. C’était le sang de l’Antique Valyria, assurément, une présence irradiante. Jaehaerys et Rhaenys Targaryen, désormais roi et reine des Sept Couronnes de Westeros en imposaient par leur seule présence. Tout le monde s’était senti intimidé par leurs regards perçants et si profonds d’un violet intense, par la finesse et la perfection de leurs traits, et la blancheur immaculé de leurs cheveux fins.

Après avoir laissé les Piper effectuer leurs retrouvailles dans le cortège, Garett était allé discuter avec son grand-père Godric, qui se trouvait parmi les membres du conseil restreint. Le vieil homme semblait se faire parfaitement à la vie de la Cour, bien qu’il disait regretter l’ombre du Roc sur Port-Lannis. Toutefois, il était bien plus efficace ici, pour les Lannister comme pour les autres. Sévère mais juste, Godric Lannister était sans nul doute l’un des meilleurs choix du continent pour le poste de Maître des Lois. Bien meilleur que l’insidieux Serpent de Mantarys qui se pavanait non loin, goûtant de la reconnaissance obligée que lui témoignaient certains. Au moins était-il utile à son nouveau poste, ainsi qu’en convenait même le vieux chevalier qui n’appréciait pourtant guère le nouveau sire de Port-d’Epices.

Etait ensuite venue l’arrivée au septuaire et la mise en place pour la cérémonie. Garett avait alors retrouvé sur un même banc son grand-père, son épouse et sa belle-sœur. Comme auparavant, ils se trouvaient bien naturellement au premier rang, pouvant ainsi observer de près leur triomphe. Certes, l’idée d’épouser l’une de ses sœurs révulsait le jeune Lion. Il se fit la promesse que cela n’arriverait jamais parmi les siens. De l’inceste, chez les Lannister du Roc ? Jamais ! Cela signifierait la ruine des Lions ! Quittant ces divagations complètement délirantes et impossibles, le jeune suzerain avait reporté son attention sur celle qui s’avançait majestueusement – c’était le cas de le dire ! – au bras de son cousin Aemon. Bien qu’il l’avait toujours trouvée arrogante dans sa manière qu’elle avait de prendre de haut certains de ses vassaux, à commencer par lui-même, il respectait profondément la nouvelle reine. Ne les avait-elle pas sauvés du désastre en distrayant Balerion de son œuvre apocalyptique durant la bataille de Port-Réal ? Déjà un an… Il en avait frissonné.

Et puis la cérémonie s’était terminée. On s’était de nouveau incliné pour saluer celle qui était devenue leur reine à tous, et le cortège avait repris son chemin en sens inverse, il était temps de manger !

Installés dans les jardins revigorés pour l’occasion, les fiers seigneurs de tout le continent – ou presque – s’étaient installés aux côtés des nobles dames sur de multiples tables plus ou moins en vue de l’estrade d’honneur où déjeunait la famille royale. Au centre du dispositif, et de toutes les attentions, le couple royal entouré notamment de Daenys et Aemon Targaryen. Garett, Alerie, Wendy et Godric avaient une table non loin de l’estrade, donnant sur la piste où se produisaient les différents spectacles qui distrayaient hôtes et invités. Bien évidemment le banquet n’avait pas encore commencé, il restait avant cela un dernier moment protocolaire. Le moment que beaucoup attendaient. Chacun des seigneurs présents allait venir prêter allégeance à son monarque légitime et lui présenter un cadeau digne d’un Roi.

Une longue file s’était massée dans un ordre très protocolaire. Venaient tout d’abord les grandes maison, Baratheon en tête, puis les membres du conseil restreint, et enfin, les vassaux directs du Trône, tous les seigneurs des Terres de la Couronne. Les autres étaient dispensés de prêter allégeance puisqu’ils avaient fait ces mêmes vœux à leur suzerain qui, lui, devait prêter allégeance.

Aussi, directement après le seigneur-Main et son épouse venaient les deux suzerains de l’Ouest. Le couple qui s’avançait derrière les Baratheon d’Accalmie était le plus riche de tout le continent. Ils étaient assis sur des monceaux et des monceaux d’or, les utilisant à loisir pour se divertir, pour amener la prospérité sur leurs alliés comme la ruine sur leurs ennemis, suscitant l’envie et la jalousie de tous. La fortune des Lannister dépassait l’entendement et alimentait les fantasmes les plus insolites. Pris d’amusement lorsque certaines rumeurs étaient venues à ses oreilles, Garett avait essayé un temps d’en dresser une liste exhaustive. Il avait dû se contraindre à abandonner tant les délires de tout un chacun semblaient inépuisables d’imagination. En réalité, les grottes et les caves de Castral Roc débordaient effectivement de richesses en tous genres, soigneusement rangés et catalogués. Des barres d’or pur de près de douze kilos, des parures de toutes sortes, des coffres remplis de centaines de Dragons d’or. Par moment, le jeune Lion remerciait les Sept que les légendes prêtant aux dragons une appétence viscérale pour l’or. Sinon, il était persuadé qu’un de ces gigantesques sauriens ailés aurait déjà élu domicile au Roc après avoir réduit Port-Lannis en cendres.

Désormais aux côtés d’Alerie, ils attendaient tous les deux cote à cote que les Baratheon terminent leur serment d’allégeance et présentent leurs cadeaux au couple royal. Il avait été convenu que Garett choisirait et présenterait le cadeau de Jaehaerys, et qu’Alerie ferait de même pour Rhaenys. Le présent du Lion au Dragon était donc une superbe sculpture de Vermithor d’une bonne quarantaine de centimètres de haut. L’orfèvre y avait passé toute une année, il avait réussi à polir l’or en le travaillant avec des pigments issus de paillettes de cuivre et d’or rose qu’il avait appliqué sur la surface du dragon d’or, lui donnant une couleur de bronze absolument saisissante. Les yeux du dragon sculpté avaient été confectionné avec de jolies émeraudes d’une pureté sans égal. Tout l’art de l’artisan résidait dans la façon dont il avait réussi à saisir les courbes aériennes des ailes déployées de l’animal, et la fluidité de son corps, comme si la réplique en or cuivré allait prendre son envol d’elle-même. Garett n’avait pas d’idée claire sur ce que pouvait en faire le Roi, même s’il se doutait que la sculpture finirait sans nul doute sur un bureau, un buffet ou dans une bibliothèque. Il se tourna vers son épouse pour lui glisser un sourire. Il se doutait qu’elle devait être impressionnée. Sa transformation ne l’avait pas complètement changée. Au fond d’elle-même, elle était encore cette petite conflanaise arrachée à sa terre natale. Et aujourd’hui, elle offrirait un présent d’Etat à la Reine sous les yeux du Roi et de tout le reste du royaume. Si les effusions n’avaient pas leur place dans un tel moment, il ne put s’empêcher de lui prendre le poignet dans une impulsion de tendresse pour celle qui se donnait corps et âme pour son peuple.

« Tout se passera bien. N’oublie pas qui tu es. Tu es la suzeraine de l’Ouest, la Dame du Roc et – accessoirement – l’épouse du Faiseur de Roi dont l’un se tient justement face à toi. » lui chuchota-t-il à l’oreille en exagérant volontairement sur le surnom que certains lui donnaient désormais.

Et soudain, un bref mouvement irrégulier attira le regard du Lion.

Alors que le cousin de Garett, le seigneur Robart, s’était avancé devant ses monarques, sa jeune épouse avait brutalement titubé, comme perdant l’équilibre, ses mains battants dans l’air en recherche d’un support quelconque. Un simple mot fusa alors que le jeune homme se demandait ce qui arrivait à l’épouse de son cousin. Avait-elle trop bu ?

« Je… »

Sans crier gare, elle se courba légèrement, les mains se déposant sur ses reins. Les yeux de Garett se firent rond en un instant. Il n’avait toujours pas lâché la main d’Alerie, et l’appréhension lui fit serrer encore plus fort.

« …vais m’effondrer. »

Par le corps des Sept...

Sans un mot de plus, la jeune femme native de l’Orage s’effondra brusquement. Un murmure de stupéfaction parcourut l’assistance alors que le jeune Roi fronçait les sourcils sans comprendre ce qui venait de se passer. Non loin de lui, certains Targaryen s’étaient levés, comme ayant compris quelque chose n’allait pas. Garett ne perdît pas de temps. Il abandonna le contact de son épouse et appela d’une voix forte pour couvrir les murmures qui grondaient, toujours plus haut.

« Robart ! »

Au diable le protocole. Il fallait que son cousin soit prévenu. Lorsque le jeune Lion posa de nouveau son regard moucheté d’or sur sa belle-cousine, il vit une tâche vermeille grandir sous la jeune femme à terre. Le sang semblait s’échapper sans discontinuer, goulûment aspiré par la terre et les soieries que portait la jeune femme. Dans un frisson d’horreur, le jeune homme comprit ce qu’il se passait. Il recula et fit face à Alerie sur le ventre de laquelle il posa une main qui se voulait aussi apaisante que protectrice. Il fallait à tout prix réagir au plus vite. Déjà, ils étaient nombreux à se précipiter pour voir, aider, ou simplement comprendre. Lorsque Rohanna laissa échapper un liquide clair par la bouche, Garett considéra la situation suffisamment grave pour venir en aide à son cousin. Il écarta les bras et essaya de se faire entendre d’une voix forte et impérieuse.

« Reculez, reculez bon sang. Laissez de l’air à la femme de la Main ! Loric, Edric, Doran, aidez-moi ! »

Tandis que ceux qu’il avait appelé essayaient de faire comme lui, de tenir les importuns à distance de façon à ce que la foule ne finisse pas par écraser la jeune souffrante, Garett se demanda comment cela pouvait arriver. La journée allait-elle basculer ainsi ? Il tournait le dos aux voyeurs, posant un regard plein de compassion et de tristesse pour son cousin paniqué, agenouillé aux côtés de son épouse bien-aimée. Les Sept étaient bien cruels, décidément… Finalement, l’un des gardes des Baratheon fendit la foule et après mille précautions, il souleva la jeune femme avec une douceur infinie pour l’emmener loin de la cohue. D’un ton tout aussi impérieux qu’auparavant, celui d’un seigneur commandant, celui qui ne souffre d’aucune discussion, Garett tonna alors que la foule rompait le cercle, maintenant que la pauvre suzeraine de l’Orage était emmenée par son homme d’armes.

« Wendy, Wendy ! Wendy Piper ! »

Il finit par apercevoir la sœur cadette de son épouse. Elle semblait sous le choc, mais Garett n’aurait su dire à quel point. Il la savait pieuse, et dévouée à son prochain. Il l’avait également surprise discutant avec Rohanna quelques temps plus tôt. Il fallait une alliée à la jeune femme dans cette épreuve terrifiante.

« Accompagne Dame Rohanna, veille donc à l’aider du mieux que tu pourras. Je compte sur toi. »

Il se tourna subitement vers le seigneur de l’Orage, d’un air désolé.

« Si cela t’agrée, Robart, bien sûr. »

Puis, une fois que son cousin ai communiqué sa réponse, Garett revint droit sur Alerie, la prenant dans ses bras sans aucune considération pour le reste du monde. Tout le monde était debout, discutant à droite à gauche. Certains pleuraient, d’autres vomissaient plus loin, la plupart semblait horrifiée. Il serra son épouse de toute sa force, la berçant comme pour la forcer à oublier cette vision d’horreur alors qu’elle-même portait la vie. Il caressa son abondante chevelure dorée tout en lui murmurant d’un ton plein de désolation :

« Je suis désolé, Alerie. Je suis tellement désolé… Je sais que tu aurais aimé y aller, mais nous devons rester là… »



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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Lun 16 Oct 2017 - 1:12

par la couronne tout prend fin,
par la couronne tout commence



Les regards s’étaient, l’espace d’un instant qui avait duré des heures, tous tournés vers ceux qui venaient d’être unis devant les Sept. Alors que nous quittions le Septuaire, la main de Jaehaerys n’avait cependant encore quitté la mienne. Ce lien physique était le symbole même de ce soutien dont nous avions tant besoin. Alors que tous retrouvaient la chaleur de l’été pour parcourir à nouveau les rues de la ville, les passants s’empressaient de lancer des pétales de fleur sur notre chemin, célébrant comme il se doit cet événement de bonheur qui venait enfin chasser le voile noir qui s’était abattu sur la ville. Notre progression était lente, et je prenais le temps de graver dans ma mémoire les visages souriants de ceux qui s’approchaient pour nous atteindre, de ceux qui lançaient les pétales et célébraient notre union. Tant de choses auraient pu ternir cette journée, pourtant il avait suffit de quelques sourires encourageants, du visage rassurant de chaleureux d’Oriane Tully, de l’émotion de Rohanna Baratheon, de la joie des nos sujets, pour éclairer cette journée déjà rendue radieuse par un soleil de plomb.

***


La porte qui se refermait derrière Jaehaerys nous laissait tous deux isolés, l’espace d’un instant, alors que tous les autres invités prenaient place dans les jardins pour le banquet. L’endroit avait été rendu grandiose. L’été qui s’installait permettait aux bourgeons d’éclore, à la végétation d’être luxuriante, et tout avait été fait pour créer une atmosphère naturelle et colorée. Le bruit de la porte se claquant nous enfermait tous deux dans un silence inédit. Nous restions interdits, face à face pour la première fois depuis nos vœux, et quelques mètres l’un de l’autre. Pour la première fois nous n’étions plus seulement frère et sœur, mais il était devenu mon époux. Je réalisais qu’il nous faudrait, cette nuit, sceller le mariage par un acte que je n’avais encore jamais envisager réaliser avec Jaehaerys, et sans doute l’intimité qui flottait au cœur de ce silence était-elle le motif de ma réalisation soudaine. Le regard de Jaehaerys se faisait inquisiteur, d’une douceur infinie mais comme à la recherche des raisons profondes du trouble que je tentais pourtant de dissimuler derrière une expression neutre. Qui de nous deux oserait donc briser la distance et le silence pour mettre fin à cette barrière qui s’érigeait entre nous à mesure que nous prenions la mesure de ce qui nous attendait ? Ma respiration s’accélérait alors que mon époux détaillait d’un regard discret les traits de mon visage.

C’est sans un mot de plus qu’il s’approchait de moi, prenant l’initiative de mettre fin à cette angoisse qui devenait étouffante.

« A quoi penses-tu ? »

Sa voix n’avait été qu’un souffle, pourtant sa taille déjà bien supérieure à la mienne le rendait infiniment impressionnant. Je n’avais pu m’empêcher de baisser les yeux, effrayée à présent de ne plus être capable d’honorer ce qui m’avait semblé être ma destinée. J’avais écarté de mon esprit toute considération pratique, ou bien m’étais convaincue moi-même que tout cela ne pouvait entacher les sentiments si nobles et divins qui nous unissaient. Pourtant, alors que son corps se trouvait à présent tout près du mien, je ne pouvais plus m’empêcher de me sentir incapable de mener à bout ce projet. Peut-être avaient-ils eu tous raison de condamner ce mariage. Combien de voix s’étaient alors élevées pour crier à l’abomination ? Combien de regards choqués avaient suivi l’annonce de notre prochain mariage ? Il y avait quelque chose d’intrinsèquement angoissant à l’idée de partager l’intimité et la couche d’un autre homme que celui auquel j’avais été unie la première fois. Les relations charnelles n’avaient jamais été au cœur de ma relation avec Jorah, elles avaient longtemps constitué un moment froid et protocolaire, dénué de toute tendresse. Pourtant, alors que notre mariage avançait, une certaine tendresse avait vu le jour, et sans doute notre dernière étreinte avait-elle été la première à être une véritable preuve d’amour. Cet amour existait déjà entre Jaehaerys et moi, ce n’était plus un doute dans nos esprits. Pourtant il n’avait jamais été plus qu’un amour chaste, un amour courtois d’une tendresse infinie mais dénué de toute sensualité, même la plus subtile.

« Je… »
« … Regarde moi. »

La main qui s’emparait avec douceur de mon menton m’empêcher de fuir davantage le regard de Jaehaerys. J’y voyais un trouble égal au mien, sans doute une angoisse bien supérieure. J’avais connu un autre homme, j’avais connu le mariage, Jaehaerys n’avait aucune connaissance de cette sorte. Pourtant le geste de caresser ma joue n’était plus celui d’un frère à une sœur, ni même celui qui avait mis en contact nos deux peaux alors que nous nous préparions à nous marier. Il avait sans doute autant peur que moi, peut-être plus encore, mais ses yeux trahissaient une dévotion qu’aucun autre homme n’avait pu me démontrer auparavant. Alors qu’il approchait son visage du mien, je tentais de ne pas reculer par réflexe, de le laisser s’approcher de moi et mener à bien ce qui semblait le moindre des contacts à présent que nous étions unis.

Les lèvres qui se déposaient contre les miennes étaient douces et le baiser timide. Je ne m’étais attendue à rien d’autre, et j’y mettais fin rapidement malgré moi. Ce n’était guère un rejet, mais il m’avait semblé que notre rapprochement devrait être progressif. Je crus un instant qu’il avait pris ombrage de ma décision d’écourter son baiser, mais il n’en était rien et le sourire qu’il m’adressait était empreint d’un tel charme qu’il eu raison de mes résistances. Il était jeune, c’était indubitable, mais je réalisais peu à peu qu’il était d’une beauté à en couper le souffle. Il pouvait avoir un air bien sérieux, sans doute trop, mais le sourire qui illuminait ses traits avait tout de miraculeux. Ce sourire qui faisait se plisser ses yeux en amande, dévoilait ses dents blanches, apportait une telle lumière à son visage que j’en perdais tout sens commun. J’élevais ma main à sa joue et prolongeais le contact de nos deux peaux, prenant le temps de tracer le contour de ses sourcils, de ses yeux qui ressemblaient tant à ceux de notre père, de son nez et enfin de cette bouche qui avait embrassé la mienne avec tant de timidité quelques secondes auparavant. Il nous faudrait nous apprivoiser, apprendre à nous connaître autrement que nous l’avions fait auparavant, mais alors que nos yeux semblaient ne faire plus qu’un, tandis que nos corps à présent étaient comme collés l’un à l’autre, tandis que ma main continuait à tracer le contour de son visage et que la sienne replaçait une mèche de cheveux derrière mon oreille, je comprenais plus vivement qu’auparavant que nous avions fait le bon choix. Il serait bientôt temps de faire notre apparition dans les jardins, et pourtant rien ne semblait plus capable de briser cette carapace que nous avions créée autour de nos deux corps. Le baiser qu’il déposait sur mon front était plein d’une nouvelle émotion, d’une nouvelle sensation, quelque chose qui avait réussi à balayer mes angoisses et mes réticences sans même que le moindre mot n’ai à intervenir. Aucun mot n’aurait pu exprimer ce qui se produisait à cet instant. Alors qu’il se reculait à présent, j’avais eu envie de le rattraper, de l’attirer à moi pour prolonger encore cette proximité physique qui brisait mes peurs.


***

Avant de réapparaître, j’avais décidé de faire remplacer la couronne du conquérant par une couronne de fleurs fraîches à la fragrance enchanteresse. Les pierres précieuses et le faste étaient une chose, la célébration de l’amour en était une autre. La cape noire avait quitté mes épaules, ne restait plus que la robe immaculée et les fleurs alors que nous progressions dans les jardins. Il nous faudrait prendre place sur l’estrade du dais royal, mais alors que nous progressions lentement, nous tentions de prendre le temps de saluer ceux qui s’étaient levés pour nous accueillir. Passant aux côtés des tables d’honneur, je m’arrêtais un instant pour gratifier la magnifique Oriane Tully d’un sourire en réponse à celui qu’elle m’avait accordé, ainsi qu’Edric Baratheon, fils du cerf et mari légitime d’Ashara Stark, celle qui avait été et serait mon amie. Passant non loin des Lannister, je saluais Garett Lannister et son épouse d’un geste discret et gracieux, mon regard se portait par la suite sur le couple suzerain du Val et Etaine Arryn auxquels j’accordais un sourire poli, tentant de ne pas présumer de leur sympathie à mon égard mais de leur assurer de ma joie de les savoir à nos côtés, et je réservais un salut tout particulier à Catelyn avec qui j’espérais pouvoir parler en cette soirée. Finalement, nous arrivions aux côtés de Robart et Rohanna Baratheon, ceux qui seraient les premiers à s’avancer afin de prêter serment d’allégeance envers leur nouveau roi. Le moment était solennel et d’une importance capitale. Nous prenions un instant pour saluer ceux qui étaient nos cousins, nos amis, nos soutiens les plus importants et fidèles, avant de gravir les quelques marches qui nous séparaient de la table d’honneur.

Alors que nous faisions à nouveau face à la foule et aux regards scrutateurs, je me laissais aller à chercher les regards amis. Ils avaient été plus nombreux que prévu lors du couronnement, et je souriais tendrement à la jeune Alys qui se trouvait non loin. Faust se trouvait là également, dans l’ombre à mon plus grand regret, mais il était là. Je n’avais pu me résoudre à accepter qu’il ne vienne pas. Sans doute cela avait-il été égoïste, cruel même de ma part de le forcer à assister à un événement mondain qu’il méprisait. Pourtant, je bénissais la sérénité que son regard m’apportait, tout sceptique soit-il.

Il était temps pour Robart Baratheon, suzerain de l’Orage et Main du Roi, premier seigneur du royaume, de s’avancer pour prêter serment de servir jusqu’à la mort le nouveau roi Jaehaerys Targaryen Ier, héritier du Conquérant. L’air était plus opaque que jamais, et sans doute mon corset ne m’aidait-il pas à conserver une respiration apaisée. Tous les regards oscillaient entre la figure du jeune roi qui ne quittait pas sa Main du regard, et la silhouette de Robb qui s’avançait d’un pas élégant et déterminé. Un regard en particulier semblait incapable de se détacher du seigneur de l’Orage. Il y avait dans les yeux de Rohanna Baratheon la même ferveur que celle qui avait animé mon regard quelques heures plus tôt. Elle rayonnait et semblait plus apaisée que jamais. La main déposée sur ce ventre porteur de tant d’espoir pour le couple. Je ne pouvais m’empêcher d’être heureuse pour ce couple qui nous faisait face. Ils étaient si nombreux à se marier par devoir et à ne jamais trouver de bonheur au cœur d’un foyer déchiré. Le couple Baratheon était un couple de l’amour à n’en pas douter, et l’un et l’autre semblait se nourrir de l’autre.

J’allais détourner le regard de Lady Baratheon afin de me concentrer sur son époux qui arrivait bientôt aux pieds du dais royal, lorsque son expression changeait brusquement. Quelque chose ne va pas. Son regard qui avait exprimé la plus grande des fiertés semblait soudainement brouillé. Je restais un instant interdite, mon visage de plus en plus fermé alors qu’il me semblait que quelque chose de terrible se déroulait devant mes yeux. Alors qu’elle avait été d’une immobilité sans faille, la jeune femme se mit à gesticuler de manière incohérente, comme à la recherche d’une aide extérieure qui ne venait pas. D’un geste réflexe je déposais ma main sur le bras de Jaehaerys qui sursautait discrètement tant notre contact avait pu sembler déplacé à cet instant.

« Jaehaerys… »

Ma voix ne s’était pas élevée plus haut que le souffle, mais j’étais déjà presque sur le point de me lever tant ce que je voyais me semblait présager du pire.

« Je … vais m’effondrer »
« Par les Sept, elle s’étouffe ! »

Cette fois je bondissais debout, alors que tous prenaient la mesure de ce qui se produisait devant leurs yeux. Robb se retournait immédiatement et n’attendit pas une seconde avant de se précipiter vers le corps paralysé de son épouse.

« Faites quérir les mestres, les septas, immédiatement ! »

La voix de Jaehaerys s’était élevée avec une clarté sans pareille, l’ordre claquant dans l’air et laissant transparaitre une véritable inquiétude. Le chaos semblait plus que jamais régner en maître dans ce havre de paix que nous avions tenté de construire. Je n’attendais pas une seconde pour quitter mon siège et me précipiter au bas de l’estrade. La foule semblait comme interdite alors que Robb enserrait le corps de son épouse, tentant de la ramener à elle et de comprendre les raisons d’une telle détresse.

« J'ai tellement mal… Robb… enlève moi la souffrance… »

La scène était glaçante. Les gardes qui tentaient de créer un espace autour du couple Baratheon eux-mêmes ne pouvaient rester insensibles face à la souffrance de Lady Rohanna. Son corps si frêle et portant pourtant les stigmates d’une naissance à venir, semblait en proie à la souffrance la plus insupportable. S’il avait été question de parade et de masque royal au cours de cette journée, plus rien de tout cela ne comptait alors que nous assistions à l’horreur la plus absolue. M’agenouillant aux côtés de Robb, je tentais d’apaiser les mouvements de Lady Rohanna qui remuait comme pour échapper à cette douleur qui pourtant avait pris naissance, semblait-il, dans sa tête. Je n’avais pas porté attention immédiatement aux larmes qui glissaient le long de mes joues alors que je tentais de me rendre utile, mais rien de ce que je pouvais faire n’aiderait à apaiser la douleur de Rohanna. Rien.

« Reste. Ils... Ils ont tous besoin de toi. »

Cela ressemblait plus que jamais à la prière d’un être mourant. Je refusais qu’il puisse en être ainsi. Elle ne pouvait pas mourir. Lady Rohanna portait la vie, elle était elle-même une si jeune femme. L’homme de l’Orage qui se précipitait, suivi par les mestres, se saisissait rapidement du corps désarticulé de la jeune femme. Je me reculais à présent, tirée vers l’arrière par les gardes qui tentaient depuis de longues minutes déjà de m’entourer pour me protéger d’un potentiel danger. Pourtant je n’avais rien entendu de leurs supplications, je n’avais pas entendu qu’une menace contre ma vie était envisageable, je n’avais entendu que les gémissements de douleur, les plaintes, les pleurs et les promesses d’une femme qui se pensait mourante. A présent que l’on emportait la jeune femme à l’intérieur je me reculais et déposais ma main devant ma bouche.

Notre faute. Tout cela ne pouvait-être que notre faute.

Je me reculais légèrement alors que Robb faisait en sorte que Rohanna soit rapidement emmenée au loin, là où les mestres et les septa pourraient mettre en œuvre tout ce qui était humainement possible pour la sauver.

Les larmes avaient cessé de couler, j’étais simplement immobile, fixant ceux qui au loin vivaient l’enfer. La main qui entourait mon bras à présent n’était plus celle d’un garde mais celle de Jaehaerys. Il avait commandé aux nombreux gardes présents de sécuriser les lieux pour éviter que le chaos ne mette le reste des invités en danger, la garde blanche s’était déployée pour sécuriser la personne du roi, et la mienne semblait-il. Je ne pouvais pas le regarder, rien d’autre ne semblait exister que ce couple qui avait l’espace d’un instant représenté pour moi l’image de l’amour pur, et avait basculé dans l’horreur. Comment imaginer que Lady Rohanna puisse perdre la vie en ce jour ? Ce jour que nous avions souhaité si beau et sincère, ce jour que nous avions voulu être le symbole même d’une nouvelle ère.

« Rhaenys. »

Je savais ce que mon époux était sur le point de dire. Il nous fallait rester en place, ne pas agir de manière inconsidérée. La sécurité s’était déjà bien mise en place autour de nous, afin de prévenir toute attaque. Tout geste inconsidéré était de toute manière proscrit, je ne pouvais me résoudre à bouger tant le choc avait été rude. L’espace d’un instant, j’avais vu en Lady Rohanna ma propre image, celle d’une femme amoureuse en proie à la peur de perdre celui qu’elle aime, l’admiration de le voir si glorieux, l’appréhension de voir leur vie basculer, la fragilité de leur amour dans un cadre si perfide. Nous venions de célébrer l’amour, la pureté, le renouveau, et il m’avait semblé un instant que la guerre revenait en maître pour semer le trouble. Je revoyais Balerion, son air cruel et ses machoires se refermer sur Vif-Argent. Je ressentais à nouveau la douleur de mon corps endolori par la bataille. Je retrouvais la douleur de l’enfant qui quittait mes entrailles et emmenait avec lui tant de choses. Je revoyais les multiples corps sans vie qui avaient jalonné ma vie : mon père, Aegon, Rhaena, les milliers de soldats et de civils tués dans un massacre que l’on appelait guerre civile. Rohanna en était la victime. Elle était l’image de l’innocence, de la douceur, jamais femme ne fut plus dévouée et désireuse de porter la vie. Elle portait la vie, et semblait plus que jamais l’oxygène de Robart Baratheon.

« Non... »

Ma voix s’était brisée, j’avais à peine chuchoté et cela m’avait déjà semblé demander un effort surhumain. Se pouvait-il que les Sept soient assez cruels pour retirer la vie à cette jeune femme, si tôt ? Pour priver un homme de son épouse et de son futur enfant ? Devions-nous prendre cela comme le signe que notre mariage n’était dès lors annonciateur que de malheur ?

Instinctivement, faisant fi de beaucoup de règles préétablies, j’avais plongé ma main dans celle de Jaehaerys. Nos doigts enlacés étaient serrés comme si nous tentions de nous rappeler de la présence de l’un et l’autre. Il était encore assez peu certain quant aux raisons du malaise de Lady Rohanna, et pourtant la douleur qu’elle ressentait me rappelait plus que jamais celle que j’avais ressentie moi-même. Je portais instinctivement ma main à mon ventre, plus plat que jamais puisque ne renfermant aucune vie en lui. Les larmes qui recommençaient à couler semblaient à présent déterminées à ne pas se tarir. Je resserrais mon étreinte autour de la main de Jaehaerys, prête à exploser d’un chagrin plus que profond. Je ne pouvais que comprendre le désespoir de Rohanna, celui de Robart, je ne pouvais cependant que toucher du doigt le sentiment d’être sur le point de perdre de quelqu’un qui nous est si cher.

« Elle doit vivre… L’enfant… »

Cette fois, Jaehaerys profitait de la prise de parole de Garett Lannister pour me faire face et enserrer mon visage entre ses mains. Cela ne durerait qu’un instant, un instant si bref que peut-être même personne n’en verrait l’intensité. Pourtant cet instant était primordial. D’un regard il chassait le souvenir de cette douleur qui avait tordu mon propre ventre et fait coulé des larmes pleines de regrets. D’un regard et d’un geste il chassait la culpabilité. Une culpabilité dévorante. Le sentiment d’être plus que jamais à l’origine de ce désastre.

« Wendy, Wendy ! Wendy Piper ! Accompagne Dame Rohanna, veille donc à l’aider du mieux que tu pourras. Je compte sur toi. »

Je quittais immédiatement le giron de mon époux et le cercle protecteur des gardes pour me précipiter vers Garett Lannister, son épouse et celle qui répondait au nom de Wendy Piper. Mes larmes séchées, ne restait plus que le choc qui ne semblait plus capable de quitter mon visage.

« Lady Piper, veillez à lui donner de l’eau régulièrement, même si cela semble douloureux pour elle. C’est important, je vous en prie. »

Je m’étais saisie des mains de Wendy sans même y penser à deux fois, présentant le visage sincère d’une femme inquiète. La reine aurait sans doute tout le temps de refaire surface, elle n’était de toute façon pas capable de rester de marbre quand le monde basculait. Ne restait plus que Rhaenys. La jeune femme que l’on avait mariée si jeune et envoyée au Nord. La jeune femme qui avait vécu plusieurs fausses couches, dont la dernière fut sans doute la plus difficile car la plus tardive, et toujours dans le plus grand secret.

Je relâchais les mains de Wendy presque immédiatement après les avoir saisies d’un geste irréfléchi, avec tendresse et presque imploration. Rohanna Baratheon devait vivre, et il fallait sauver cet enfant. Je ne pouvais croire ni accepter que notre mariage soit le théâtre d’un événement si tragique. Je ne pouvais supporter de voir l’injustice d’une si jeune femme arrachée à ce monde où elle avait encore tant à faire. Tant de jeunes hommes et femmes avaient perdu la vie durant la guerre. La guerre n’était plus, et Rohanna Baratheon vivrait. Il ne pouvait en être autrement.


lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Lun 16 Oct 2017 - 15:04

Par la couronne tout prend fin, par la couronne tout commence
Dans les jardins renaissants, personne ne pouvait ignorer les efforts mis en œuvre pour accueillir la gloire des Targaryen. Il avait fallu des centaines d’heures, et au moins autant de Dragons d’Or pour rendre à la végétation la superbe qui caractérisait l’endroit en des périodes moins dures que celle que traversaient les Sept Couronnes. Une dépense conséquente, mais nécessaire si l’on voulait asseoir définitivement la domination d’un nouveau Roi sur son Royaume. Qui aurait voulu d’un souverain incapable d’offrir un cadre somptueux le jour de son couronnement et de son mariage ? Robb se préoccupait peu de ces considérations, son allégeance allait au-delà de tout cela, mais pour autant il savait qu’un simple détail pouvait parfois mener à de grandes conséquences. N’était-ce par pour cela que son père avait arrangé son propre mariage à une Maison mineure ? Même les plus petites familles peuvent faire vaciller un trône, lui avait-il dit, aussi certainement qu’un grain de sable pouvait coûter la vie sur le champ de bataille.

Au premier rang, le couple suzerain attendait, comme ceux derrière eux, que le Roi et son épouse prennent place pour leur présenter leur allégeance, et leurs cadeaux. Quelques minutes auparavant, la garde personnelle de la Main était arrivée, sans arme apparente mais portant leur armure de cérémonie, ainsi que le large contenant qui renfermait le présent de l’Orage au Dragon. Une armure ouvragée, forgée conjointement par les meilleurs artisans d’Accalmie et de Port-Réal, porteuse des métaux les plus nobles et les plus résistants. Une pièce seulement de l’ensemble aurait suffi à nourrir une famille des bas-quartiers pendant plusieurs mois, mais l’or dépensé servirait à protéger une vie autrement plus importante.

D’un signe de la tête, le seigneur de l’Orage salue son capitaine qui s’approche de lui, un sourire aux lèvres.

« Pas d’importuns aux environs de la Tour, monseigneur, ni de visiteur impromptu dans vos appartements personnels. »

Rappel de leur conversation du matin, Robb sourit à son tour, l’humeur du jour était à la joie et à la plaisanterie, le protocole pouvait bien prendre un rôle secondaire aujourd’hui. D’un geste franc, il attrape le bras de son garde avant de s’approcher de lui pour lui répondre.

« Je savais que je pouvais compter sur vous, Ser Dondarrion. Je vous en prie, profitez du reste des festivités, je suis sûr que les autres gardes pourront se passer de votre supervision pour ce soir. »

D’un hôchement de la tête, l’homme incline la tête, tout en tendant à son seigneur l’épée de ses ancêtres dans son fourreau, celle-là même par laquelle Theodan avait défendu le droit de Jaehaerys à régner. Elle ne verserait pas le sang aujourd’hui, mais l’arme n’en était pas moins nécessaire, témoignage qu’elle était des sacrifices consentis par les Baratheon pour leurs cousins royaux, et de ceux qui seraient peut-être encore nécessaires pour maintenir ce règne. En ce jour, Theodan serait fier de ce qui avait été accompli, Robb en était sûr, et c’est empli de fierté qu’il rejoint Rohanna tandis que ses gardes emmènent leur cadeau sur le côté, attendant le signal de leur seigneur pour le porter devant Jaehaerys.

Enfin, le couple royal paraît sous les applaudissements de la foule, et prend sa place d’honneur sur le dais principal. Durant quelques minutes, les applaudissements continuent, Et Robb en profite pour adresser un regard entendu à sa famille. A Edric, ce couronnement était une promesse d’un bonheur futur. Robb avait bon espoir que son offre au seigneur du Nord serait entendue, un moyen d’apporter réparation au Nord pour les torts d’un des membres de sa famille, et une assurance de se voir entendre par la Couronne, représentés par leur plus proche conseiller, et ainsi d’obtenir la réparation adéquate aux torts dont ils avaient été victimes. A Oriane, qui se voyait enfin obtenir la place qui lui était due aux côtés de son mari, et qui aurait bientôt la chance, comme lui, d’avoir un héritier sur lequel veiller. Pour terminer, c’est un sourire fier qu’il offre à Rohanna. Ensemble, ils avaient réussi à outrepasser les épreuves sur leur chemin depuis leur propre mariage. Ils s’étaient relevés l’un l’autre. Il n’y avait plus que le bonheur devant eux, et un avenir qui serait radieux, il le savait.

Quand le silence lentement se fait dans l’assemblée, c’est seul qu’il s’avance vers le couple tout juste installé. Privilège du sang et de la position, les Baratheon seront les premiers à offrir leur allégeance renouvellée et leurs respects pour le mariage récemment prononcé. En tant que Seigneur de l’Orage, en tant que chef de famille, en tant que Main du Roi, c’est à lui qu’incombe le devoir de le faire le premier. Car si le seigneur le plus puissant du Royaume lui-même ploie le genou, qui oserait ne pas en faire de même et risquer d’avoir à l’affronter ? Alors qu’il parcourt les quelques mètres le séparant de l’estrade, c’est tout le poids de la responsabilité qui pèse sur ses épaules qu’il ressent. La même qui avait pesé sur celles de son père lorsqu’il avait offert son allégeance au Cruel, la même qu’au moment où il avait décidé de briser ce serment. Car les mots qu’il s’apprêtait à prononcer engageaient bien plus que quelques phrases protocolaires. C’était son obéissance qu’il offrait aux Targaryen, oui, mais aussi son honneur et son âme. Ces mots, Robb les prononcerait de bonne foi cependant, il avait cotoyé ceux qui les gouvernaient à présent pendant un an, et il en était persuadé, Jaehaerys serait digne de sa confiance, et des espoirs qu’il portait à présent. Concentré sur l’instant présent, il n’entend pas les murmures qui grandissent autour de lui, pas plus qu’il ne voit les visages qui détournent progressivement le regard du couple royal vers ce qui se déroule derrière lui. Car le coeur des hommes est toujours plus facilement intéressé par le malheur d’autrui que par le bonheur général.

« Robart ! »

La voix de son cousin, enfin, attire l’attention du Baratheon, qui se retourne par réflexe, mouvement rapide, de ceux qui presque toujours précèdent la chute. Autour de lui, tout devient silence alors qu’il se précipite vers Rohanna, tombée au sol, ne faisant pas attention à la petite noblesse qui déjà vient se délecter du spectacle, bousculée sur son passage. Dans un mouvement fluide, il tombe au sol, ramenant le corps fébrile à lui pour poser sa tête contre son genou. Sur son visage se lit autant l’inquiétude qu’un funeste sentiment, le présage d’un futur qu’il devine presque inconsciemment alors qu’il écarte les mèches déjà trempées de sueur du visage de son aimée.

« Rohanna ! Par les Dieux… Que se passe-t-il ? Parle moi, parle moi, je t’en prie... »

Et de répondre, elle essaie, mais de sa bouche ne s’échappe qu’une bile de mauvaise augure alors que ses mains tentent de s’accrocher à son époux, désespérément. La douleur se lisait sur son visage, autant que l’impuissance de son époux, qui ne sait quoi faire pour l’apaiser. Son regard, enfin, est attiré vers les tissus tâchés de la robe de la Biche, et ce qu’il craignait se matérialise sous ses yeux. Il le savait à présent, il en était certain, une fois encore son enfant était perdu. Malgré cela, la peur de la perdre elle était plus présente que le reste, alors qu’il la serrait un peu plus fort contre lui pour tenter de contenir ses spasmes.

« J'ai tellement mal… Robb… enlève moi la souffrance… »

« Tout ira bien… Je vais te ramener à la Tour, et le Mestre te soignera. Tout ira bien, je te le promets. »

Mentir. Comment pouvait-il faire autrement ? Rien d’autre ne comptait que sa vie en cet instant. Peu lui importait son allégeance, peu lui importait l’épée qu’il avait laissée quelques mètres plus loin quand il s’était élancé vers elle. D’une voix puissante, de celle qui est habituée à se faire entendre même au plus fort d’une bataille, il appela sa garde. Il fallut quelques dizaines de seconde au capitaine pour écarter la foule et rejoindre ses maîtres, qui parurent une éternité alors qu’il lui semblait à chaque instant voir la vie de celle qui partageait sa vie la quitter un peu plus. Il était l’homme le plus puissant du Royaume, la Main éxécutrice de son Roi, le Protecteur du Royaume, et pourtant en cet instant Robb était plus perdu qu’il ne l’avais jamais été, incapable d’imposer sa volonté à ces forces supérieures qui semblaient déterminées à abattre le malheur sur sa famille. Lorsqu’enfin il aperçut l’armure de son garde à ses cotés, il susurra fébrilement sa délivrance à l’oreille de la Biche, inconscient de la présence même de la Reine à ses côtés

« Nous partons maintenant. Ne t’inquiète pas, tout ira bien... »

Alors elle trouve la force de poser un doigt sur ses lèvres, lui intimant de rester là, le rappelant à son devoir, celui qui toujours avait pavé son existence de sacrifices. Elle avait raison, oui, il ne pouvait pas se permettre de ne pas prêter allégeance immédiatement, le faire ferait vaciller tout un règne avant même qu’il n’ait réellement commencé. Le seigneur de l’Orage détestait sa position en cet instant, ces responsabilités qui le forceraient, une fois encore, à laisser Rohanna vivre l’enfer par elle-même. Il se rappelait les mots de son père, le jour où il l’avait renvoyé à Accalmie tandis qu’il mènerait l’Orage jusqu’aux portes de Port-Réal.

« Un homme doit pouvoir tout sacrifier pour son Roi, mon fils, mais aucun ne saurait risquer de perdre ce qu’il a de plus précieux. Pour cela, tu ne combattras pas à mes cotés en ces dernières heures avant la victoire, et je prie pour que tu n’aies jamais à faire un tel choix. »

Ce choix, inconsciemment, il l’avait fait. Il avait sacrifié la sécurité et la santé de sa femme, de son enfant à naître, pour une parcelle de gloire personnelle, pour le pouvoir, pour l’honneur. Aujourd’hui, Robb s’en rendait compte, il avait failli. Failli à Rohanna, failli à sa famille, son peuple, à la mémoire de son père. Ce ne serait pas la fierté qu’il lirait dans les yeux de son père s’il avait été présent, mais la déception de savoir que son fils, au bout du compte, avait échoué à comprendre où se trouvait réellement sa place. Cette voie qu’il avait empreintée, il devrait pourtant la parcourir jusqu’au bout, il était trop tard pour faire marche arrière à présent, il devrait se racheter plus tard. D’un geste, il intima au Dondarrion de soulever Rohanna, avant de lui murmurer ses ordres à l’oreille.

« Emmenez-la à la Tour, et faites venir immédiatement un Mestre. Qu’il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour la sauver. Tout »

Et qu’il comprenne que son avenir dépend de celui de celle qu’il soigne aurait-il voulu ajouter, mais il n’était pas temps pour ces paroles trop sombre même pour lui, que Robb conserva donc pour lui-même

« Que personne n’entre sans mon autorisation explicite. Usez de tous les moyens nécessaires. Ce soir, la Tour de la Main est un bastion imprenable. Informez le Mestre que je veux être mis au courant de tout développement immédiatement.»

Le visage sombre, le chevalier s’éloigna, après avoir confirmé dans une réponse que Robb n’entendit pas qu’il avait compris les ordres. Il n’y aurait pas de célébration pour les gens de l’Orage qui résidaient près de leurs suzerains aujourd’hui. Rien que la détresse, la douleur et le silence comme seuls compagnons. D’un hôchement de tête, Robb accepta néanmoins l’offre de son cousin, trop perturbé pour y réfléchir à deux fois, et Rohanna aurait besoin d’un soutien s’il ne pouvait être là.

Autour de lui, un certain chaos avait pris la place de la liesse qui il y a quelques instants à peine régnait sur les lieux. Des courtisans pleuraient, d’autres se vidaient de leurs entrailles suite au spectacle morbide qui s’était déroulé sous leurs yeux. Des deux groupes, c’était le second qui révoltait le moins le Suzerain de l’Orage. Eux, au moins, étaient honnêtes. Les autres n’avaient pas la moindre douleur dans leur coeur, il en était certain. Cette peine était la sienne, celle de Rohanna, et ils n’avaient aucun droit de se l’approprier dans un but politique. Il était un Baratheon, la tête de sa famille, et il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller à la détresse en public. Pas devant ces gens qui ne manqueraient pas de l’occasion pour se délecter de ceux qui leur étaient supérieurs. Il était la Main du Roi, et il ne pouvait permettre à son malheur personnel de mettre le Royaume en péril. Robb aurait tout le temps du monde pour se fustiger, pour se haïr, mais cet instant précis ne lui appartenait pas.

Lentement, il traversa la foule, pour ramasser l’épée de son père, cette lame dont il ne se sentait plus digne, ce rappel d’une perfection qu’il n’atteindrait jamais. Il se dirigea ensuite avec la résolution d’un condamné jusqu’aux pieds de son souverain, devant lequel il s’agenouilla lourdement, présentant devant celui-ci la lame qui avait oeuvré à son règne, mise à nu hors de son fourreau. Les Gardes Blancs avaient esquissé un geste vers leur propre épée devant les mouvements de la Main, croyant certainement à la possibilité d’un acte insensé venant d’un homme à la douleur trop forte, mais en le voyant s’agenouiller, il reprirent leur position gardienne, leurs yeux dardant la foule en quête d’un potentiel attentat.

« Votre Majesté. Dans la joie, ou dans le malheur, la Maison Baratheon se tiendra toujours à vos cotés. En ce jour, je m’engage à vous servir jusqu’à ce que la mort me libère de ce serment, je m’engage à verser mon sang en votre nom pour protéger vos terres, si cela devient nécessaire. Sur mon honneur, mon souverain, ma vie vous est désormais dédiée. »

Presque incongruite, certainement inattendue après les événements, la déclaration du suzerain de l’Orage eut au moins le mérite de calmer la foule, et de lui faire reprendre quelqu’esprit. Quand Jaehaerys l’autorisa à se relever, Robb fit un geste en direction des deux gardes restés sur place, qui amenèrent d’un air sombre la caisse en bois richement décorée dont ils avaient la garde.

« Et parce qu’il y a des dangers contre lesquels aucun homme ne pourrait en protéger un autre, l’Orage vous offre cette armure, symbole des liens que nous entretenons avec la Couronne, et de notre dévouement à défendre votre Majesté contre toutes les menaces qui pourraient un jour vous faire face. Puisse-t-elle vous prémunir de nombreux malheurs.»


Les gardes firent claquer les fermoirs du coffre avant de l’ouvrir, découvrant une armure entièrement aux couleurs des Targaryen, de plate ébène surplombant un tissu rouge sang, et marquée du symbole du Dragon tricéphale gravé à l’or pur. Le casque, ceint de deux rubis de belle taille, représentait avec fidélité une tête de Dragon, dont la vue rappela presque à Robb celle de Balerion lui-même, la Terreur Noire qui avait mis fin aux jours de son père.

Sa propre allégeance déclarée, Robb vint se placer derrière son Roi. Il serait présent pour s’assurer que tous fassent de même. Il accorderait même son audience au seigneur du Val, car telle était sa responsabilité. Mais en ce jour, ce serait tout ce qu’il pourrait faire pour son Roi. Les seigneurs passèrent un à un, le Baratheon restant de marbre pendant ce défilé de promesses, d’honneurs et de serments. Le visage fermé, il ne pensait qu’à ce qui se déroulait non loin, l’endroit où il voulait être, l’endroit où il craignait d’être. La cérémonie terminée, alors que tous prenaient place à table, la Main du Roi s’éloigna, et murmura à l’un de ses gardes :

« Faites savoir à Lord Arryn que je le recevrai dans mon office. »


Ce faisant, c’est seul qu’il quitta les festivités, car il n’y avait rien d’autre à célébrer pour la Maison au Cerf Couronné aujourd’hui.
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Oriane Tully
CONFLANS
■ Localisation : À Port-Real, pour assister au Couronnement
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Lun 16 Oct 2017 - 19:37


Par la Couronne tout prend fin, par la Couronne tout commence
⋅ ◆ ◈ ⟐ ◈ ◆ ⋅
« Oriane tu devrais te ménager et te désaltérer à l’ombre. Il faut prendre soin de ce neveu à naitre ! »

Leur heure de Gloire.

C’est là la seule considération qui lui vient à l’esprit tandis qu’elle répond aux sollicitations de sa belle-sœur d’un sourire à la fois tendre et amusé. Comme un miroir au geste amorcé par la Suzeraine de l’Orage, celle du Conflans vient poser sa main sur son ventre rond, promesse de jours meilleurs. Un clin d’oeil vient appuyer la grimace de Rohanna, qu’elle ne comprend que trop bien : autour d’eux, les derniers arrivants commençaient à se masser dans les jardins magnifiquement décorés pour l’occasion, s’apprêtant à accueillir les salutations et les serments au couple royal. Une tâche à laquelle elle ne pouvait doublement se dérober, de par sa qualité de Suzeraine autant que suite à l’absence de Torrhen. Elle ne comprenait que trop bien le désarroi de Rohanna, autant condamnée qu’elle à donner dans les simagrées et les faux-semblants que toutes deux semblaient tant abhorrer. Un autre point commun avec Tess, dont la présence bienveillante semblait planer au-dessus d’eux ce soir-là. Mais les festivités n’étaient pour Oriane qu’un prémisse de ce qui allait suivre d’ici quelques temps : le prélude au triomphe de l’Orage et du Conflans, appuyés par l’Ouest, et la chute de Solveig, qu’elle n’aurait de cesse avant d’en voir la tête rouler sur le billot. Un renouveau pour le Conflans, et pour toutes les Sept Couronnes, dont ses entrailles et celles de Rohanna en abritaient les futurs représentants.

Forte de ces considérations, la Biche Argentée se relèven avant de s’éloigner quelques peu du troupeau formé par les membres de la Maison du Cerf. Verre à la main, c’est tranquillement qu’elle chemine en direction d’une chevelure d’or qu’elle avait déjà eu l’occasion de croiser quelques jours plus tôt.

« Lady Alérie, vous êtes absolument radieuse. »

Elle s’incline respectueusement, et aussi gracieusement que son ventre le lui permet.

« Permettez que je me joigne à vous quelques instants durant ? Vous avez bien raison de vous abriter ainsi à l’ombre, le vent marin est des plus agréable dans cette partie des jardins. »

La chaleur lui semble bien moins étouffante, une fois le soleil bien moins haut dans le ciel et à l’abri des jardins de Port-Réal ; en contrebas, les vagues de la Néra venaient s’écraser sur les falaises, leur bruit néanmoins couverts par le brouhaha de la foule regroupée sous l’ombre du domaine des Dragons. Elle souhaitait profiter de ces quelques instants d’accalmie pour converser à nouveau avec sa belle-cousine, là où les festivités couvriraient leurs échanges d’une quelconque oreille indiscrète.

« Ma sœur semble s’être éprise de la vôtre depuis son arrivée à la Capitale. » Constate-t-elle en portant son verre à sa main, ses yeux luisants d’une lueur étrange tandis qu’ils se posent sur la silhouette de Rohanna, qui avait mêlé son bras à celui de Wendy Piper, la jeune cadette d’Alérie. « Qui suis-je cependant pour la contredire ? » Rit-elle, souriant plus pour elle-même que pour son interlocutrice. Nul n’était besoin de rappeler son affection pour Alysanne ; elles avaient déjà eu l’occasion de débattre du sort de cette dernière, et Oriane l’avait rassurée autant qu’elle le pouvait quant à l’avenir de la benjamine des Piper, dont, il fallait bien l’avouer, elle rechignait à se séparer.

Dans le dos d’Alérie, elle voit tout à coup la foule s’agiter d’un lent mouvement, annonciateur des obligations à venir. L’heure était venue de présenter leurs respects aux nouveaux Rois, et la silhouette familière de Garett qui se dirigeait vers eux pour reprendre sa place auprès de son épouse lui confirma ses doutes.

« Je crains que le protocole ne nous appelle à nouveau. » Soupira-t-elle dans un sourire. Ses yeux verts se posèrent en un nouveau regard aimable sur la Suzeraine de l’Ouest, à qui elle adressa une légère révérence. « Je vous laisse aux bons soins de mon cher cousin. J’aurai grand plaisir à discuter à nouveau avec vous tout à l’heure ma Dame, une fois notre devoir achevé et nos estomacs rassasiés ! »

Elle lui jette un regard entendu, à la fois complice et attendri, lorgnant une fraction de seconde sur le propre ventre de la jeune blonde, avant de s’éloigner pour rejoindre ses frères et sa belle-sœur. Robb et Rohanna seraient et étaient bien évidemment les premiers à renouveler leurs vœux face à leurs Majestés, suivis de près par Edric ; elle se tient juste derrière ce dernier, à peine en retrait, tentant de rassembler ses mots et son courage. Répétant un discours qu’elle peaufine depuis deux jours déjà, tandis qu’autour d’eux, nombre de gardes s’affairent pour acheminer les cadeaux destinés à leurs nouveaux Suzerains. Ses doigts pianotent nerveusement sur son bras, alors qu’elle voit Robb s’avancer en direction des Rois Dragons, dont la chevelure d’argent luit doucement à la lueur du couchant.
Le Monde était en marche.

Elle s’étonne cependant de le voir cheminer seul ; intrigués, ses yeux verts cherchent le visage tendre de Rohanna, qui semble subitement clouée sur place, quelques pas derrière son époux. Et lorsqu’elle s’avance enfin, son pas semble lourd. Gauche, douloureux. Elle titube, ce qui alerte immédiatement sa belle-sœur :

« Rohanna ? »

Il y a déjà un tremblement dans sa voix. Comme si elle savait, intrinsèquement, qu’il s’agissait davantage que d’un simple émoi du à la chaleur ou à un abus d’alcool. Inquiet, son regard se pose sur la Biche Pendue, horriblement pâle, subitement. Les lèvres de cette dernière se tordent en une grimace, laissent échapper un souffle qui semble peiner à franchir la barrière de ses lèvres.

« Je… »
« Robb... »


C’est à peine un murmure qui jaillit à son tour de la bouche d’Oriane, un murmure trop faible pour que son aîné ne l’entendre, qui vibre pourtant d’une force sourde. Ses yeux émeraude croisent ceux d’Edric, dans lesquels elle lit la même inquiétude, tandis que la main de Rohanna se crispe sur le bras de ce dernier, tentant de saisir l’étoffe mordorée du riche vêtement de son frère.

« … vais m’effondrer ».

Elle voit la scène se dérouler comme au ralenti. Ces doigts blêmes, qui s’agitent en l’air, comme des serres qui se referment dans le vide. Ces yeux dorés qui se révulsent subitement, partent vers le ciel alors que le corps de Rohanna vient rejoindre le sol dans une chute à la fois gracieuse et glaçante. Elle tombe à terre dans un bruit horriblement mou, sans qu’Oriane ne puisse rien faire, sans qu’elle ne puisse comprendre ce qui se passe sous ses yeux, si ce n’est l’atroce intuition que quelque chose d’horrible est en train de se produire.

« ROBB ! »

Les mots jaillissent de ses lèvres dans un cri de panique étrangement aigu, étouffé par la panique qu’elle sent monter en elle à une vitesse effarante. Comme dans un écho, elle entend la voix de Garett résonner et se substituer à la sienne, achevant d’ameuter ceux qui n’avaient pas déjà été alertés par la lourde chute de la Dame de l’Orage. La seconde d’après, Oriane est à genoux aux côtés de sa belle-sœur dont elle tente tant bien que mal de soutenir la tête afin de l’aider à respirer, ne pas se blesser. Ses mains se crispent dans les cheveux si soyeux de Rohanna, dont la coiffe défaite se répand sur ses genoux tremblants en une sombre cascade. Elle y passe et repasse les mains, nerveusement, fébrilement, essayant de la rassurer dans des gestes tendres et maladroits, complètement dépassée par la situation, les yeux fous, hagards.

« Reculez, reculez bon sang. Laissez de l’air à la femme de la Main ! Loric, Edric, Doran, aidez-moi ! »

La voix de son cousin dissipe subitement les curieux, et, comme frappée par l’ordre impérieux qui tonne dans la voix du Lion, elle se redresse à son tour, en même temps qu’elle sent une paire de main l’enjoindre à reculer ; pétrifiée, elle se laisse faire, sans pour autant parvenir à détacher les yeux de Rohanna. C’est à peine si elle se rend compte des larmes qui dévalent ses joues pâles, tandis qu’elle se met à crier, à nouveau, voyant Robb se précipiter au chevet de sa femme qui ne cesse de convulser :

« Que quelqu’un aille quérir un Mestre, vite ! »

Sa voix se fond à celle -étonnement grave et impérieuse- de Jaehaerys, tandis qu’elle voit sa toute nouvelle épousée se précipiter vers eux pour s’agenouiller aux côtés de Robb et soutenir la tête de Rohanna, qui convulse affreusement. Oriane doit être toute aussi livide que cette dernière, car à son tour, elle se sent chanceler. Ses yeux se révulsent, elle croit qu’elle va vomir à son tour. La bile lui monte à la gorge, menace de franchir ses lèvres serrées. Submergée par l’émotion décuplée par son propre état, elle recule en titubant, allant rejoindre le cercle formé par la foule de curieux attroupés autour du pitoyable spectacle.

Elle n’arrive pas à y croire ; elle ne veut pas y croire, ne peut pas y croire. Cherchant l’air qui lui manque, la Dame du Conflans réprime tant bien que mal le cri d’horreur et de rage qui lui déchire les entrailles à la vue de sa belle-sœur abattue dans l’herbe fraîche, terrassée par un mal intérieur. Cela ne se pouvait. Pas maintenant, alors qu’ils avaient tant souffert, tant sacrifié aux Sept pour voir le Destin leur sourire enfin, voir la guerre prendre fin et leurs ventres s’arrondir sous leurs mains. Cela ne se pouvait !

Elle voudrait leur dire de s’écarter. De lui faire de la place, de lui laisser de l’air. De la laisser vivre. La laisser vivre. Par les Sept...

« Ecartez-vous ! »

Elle entend quelqu’un rugir à l’attention de la foule, et croit reconnaître la voix tonnante d’Edric. Est-ce seulement bien lui ? Les cris, les pleurs, les sanglots lui brouillent l’ouïe, alors que ses yeux se nimbent d’un voile de larmes brûlantes.

Elle ne se reconnaît pas dans cette inaction. Elle, si prompte à réagir, si prompt au répondant, se retrouve là, cramponnée au bras d’Edric qu’elle serre, serre si fort, comme pour se prévenir elle-même d’une possible chute. Elle ne se reconnaît pas, pas plus qu’elle ne reconnaît cette silhouette torturée, à l’agonie, que tous dévisagent sans savoir quoi faire. Ses tempes bourdonnent, la tête lui tourne. Tout est arrivé si vite. Elle la revoit encore, avec son sourire éclatant et ses grands yeux pleins d’allégresse, le coeur débordant d’amour et le ventre emplie d’une vie nouvelle. Une vie qui gisait à présent partiellement sur l’herbe foulée et rougeoyante, souillant les beaux jupons soyeux de la Suzeraine de l’Orage d’une tâche sanglante. C’est là la seule chose qu’elle reconnaît : cette douleur et cette souffrance atroces, cette vie qui vous quitte le coeur et les entrailles, vous laissant plus morte que vive, balayée, terrassée. Elle l’avait vécue, elle aussi.

Peut-être que les Trant n’étaient pas maudits, finalement. Peut-être était-ce leur propre maison. La malédiction des Baratheon… Elle, sa tante, et maintenant sa belle-sœur, à nouveau. Elles trois, les seules à porter dignement les couleurs et les valeurs du Cerf, là où Louves et Lionnes donnaient la vie sans jamais en être inquiétées. Leur famille était-elle à ce point délaissée par les Dieux pour devoir endurer tant de souffrances ? Qu’avaient-ils donc fait pour mériter pareil supplice, pareille cruauté ?

« Wendy, Wendy ! Wendy Piper ! »

Une fois de plus, la voix de son cousin l’aide à reprendre ses esprits : relevant la tête, Oriane cille, tente de reprendre sa respiration, qu’elle a sifflante. Face à elle, elle voit Ser Dondarrion s’emparer du corps inanimé de Rohanna, qui pend tristement entre les bras puissants du chevalier, dont l’armure étincelante se pare d’un voile rubicond. Lâchement, elle détourne les yeux, cherche Robb du regard, tente d’accrocher le sien. Il ne la voit pas. Comment le pourrait-il, alors que celle qu’il aime s’éloigne enfin d’eux ? Tout va tellement vite. Si vite, trop vite. Elle saisit à la volée des paroles de Garett, qui profite de la cohue générale et de l’égarement momentané de Robb pour envoyer sa belle-sœur à la suite de Rohanna. À nouveau, son sang ne fait qu’un tour, et elle bondit presque hors des bras d’Edric, subitement reconnectée à la réalité. Non ! C’est à elle d’y aller, à elle ! Sa sœur, son sang… Elle ne pouvait pas la laisser seule, pas après ce qu’il venait de se produire et ce qu’elle s’apprête à vivre. Elle fonce, tête baissée, comme le Cerf chargeant un danger, prête à protéger les siens et à se ruer à la suite de Rohanna. Fébrile, elle s’empresse de rejoindre la jeune Wendy, profitant d’un semblant d’hésitation de cette dernière pour s’emparer de son bras, l’entraînant à sa suite.

« Venez, vite. » Lui souffle-t-elle d’une voix brûlante.

Ses doigts tremblent sur la frêle épaule de la Piper qu’elle enserre de plus belle, au risque de lui faire mal. Rester droite. Solide. Elle se devait d’être forte, pour elle, pour eux. D’un air entendu, ses yeux désormais si sombres croisent ceux de Robb, à qui elle esquisse un léger signe de la tête. « Tout ira bien. » Semble-t-elle vouloir lui dire, autant pour rassurer ce dernier que se rassurer elle-même quant à l’issue de la tragédie qui se déroulent sous leurs yeux. « Tout ira bien, je veillerai sur elle. » Mais elle ne lui promet pas. Elle ne peut pas lui promettre, pas après ce qu’elle a vu, pas après ce qu’elle a déjà vécu. Oh Rohanna...

Pas un mot ne parvient à s’échapper de sa gorge nouée tandis qu’elle se précipite dans les couloirs du Donjon Rouge, entraînant la jeune Piper à sa suite. Le chemin leur est tout tracé par les cris de surprise et d’effroi des servants, certains encore plaqués contre les murs pour laisser place au chevalier de l’Orage et sa Dame. Son coeur tambourine dans sa poitrine, semble vouloir exploser hors de sa cage thoracique. La tête lui tourne, à nouveau, tandis que son souffle se fait court, saccadé. Elle peine à maintenir le rythme imposé par la jeunesse de sa compagne ; sur ses jupons, la main d’Oriane vient à son tour se crisper sur son ventre, tandis que l’autre cherche appui contre le mur de pierres froides. Elle halète, doucement, à bout de souffle, déjà : devant eux, les escaliers de la Tour de la Main lui semblent subitement une épreuve insurmontable, qu’elle fixe de ses grands yeux hagards, tentant de reprendre ses esprits.

« Partez devant, je vous rejoins dès que possible. Veillez à ce qu’elle ne manque de rien surtout. Faites… Faites comme la Reine vous l’a ordonné. »

Elle se permet d’être familière, en cet instant crucial ; un bref sourire qui se veut rassurant, malgré l’angoisse sur son visage, étire doucement ses traits à l’attention de la jeune femme, à qui elle désigne son ventre rond d’un signe de tête.

« Tout va bien. Faites vite Lady Wendy. »

Obéissant, cette dernière tourne les talons sans demander son reste ; dans le dos de la jeune Piper, Oriane fixe son attention sur l’ondoiement doré de sa lourde chevelure, qui fouette ses épaules alors que la pieuse cadette s’élance dans les escaliers en colimaçon. La Biche Argentée maudit ce ventre soudainement si encombrant qui l’enjoint à la prudence et à la lenteur, là où elle voudrait se précipiter au chevet de sa belle-sœur. Expirant profondément, elle l’enserre de plus belle entre ses doigts crispés, qui en palpent la rondeur familière comme pour se rassurer de sa présence et de son bien-être.

À nouveau, elle sent sa gorge se nouer, de culpabilité cette fois : comment pouvait-elle penser une telle chose en un instant pareil ? Comment pouvait-elle être aussi égoïste alors que, depuis là-haut, elle pouvait percevoir les hurlements de désespoir et de douleur de la Biche Pendue, dont le Destin venait à nouveau cruellement de se jouer ? A bout de souffle, à bout de tout, la Dame du Conflans se laissa aller contre le mur, dos contre la pierre séculaire, cherchant à s’appuyer contre quelque chose de froid, de solide, d’immuable, là où il lui semblait que le sol cherchait continuellement à se dérober sous ses pieds. Et elle se mit à pleurer, doucement. De lourdes et tristes larmes qui dévalent lentement ses joues, enfin libérées de leur carcan de bienséance. Elle pleure, sur leur avenir volé, sur le malheur de sa famille et sur le sort de sa belle-sœur, dont elle prie silencieusement, adossée contre la pierre froide, pour revoir à nouveau les yeux si tendres.

***


Sa bouche est sèche, pâteuse, alors qu’elle rumine son serment qu’elle tente tant bien que mal de se remémorer. La tête lui tourne encore tandis qu’elle s’avance en direction du couple Royal. Nombre sont ceux qui sont déjà passés avant elle, au dépit du protocole et de ce qui était implicitement prévu avant… avant l’incident.

D’un léger signe de tête, elle fait signe aux gardes conflanais qui se tiennent à ses côtés de la suivre de près, lors que, lentement, elle s’agenouille gracieusement devant Jaehaerys et Rhaenys Targaryen. S’efforçant de leur offrir une vision digne de respect dans son attitude, là où sur ses joues encore pâles demeurent les traces de son émoi et de son chagrin. Sa voix ne vacille cependant pas lorsque, la tête encore baissée, elle s’adresse à eux avec force et détermination :

« Vos Majestés. C’est au nom de la maison Tully et de mon époux, Lord Torrhen Tully, que je m’incline aujourd’hui devant vous. Le Conflans jure fidélité et soutien à la Couronne, tout comme vous nous avez si noblement soutenu durant la Guerre. C’est avec honneur que nous vous tiendrons également à vos côtés pour défendre votre honneur et celui des Sept Couronnes. »


Ses yeux verts se perdent sur le sol, qu’elle fixe sans réellement le voir alors qu’elle attend l’autorisation royale pour se relever. Elle revoit le regard fiévreux de Rohanna, son visage trempé de sueur qu’elle avait épongé tout en s’efforçant de la rassurer alors qu’elle délirait. Cette couche sanglante, et ces mains blêmes, si blêmes, qu’elle avait serrées entre ses doigts tremblants. Elle devait rester forte, pour elle. Pour elle, à qui elle avait susurré des mensonges pour calmer ses ardeurs délirantes, lui assurant qu’on ne lui ferait pas de mal, qu’on ne lui prendrait pas son enfant. A nouveau cette nausée, dans sa gorge. Elle lui avait murmuré que tout irait bien, qu’elle était là pour elle, qu’elles étaient là pour elle. Qu’elle ne la laisserait pas seule, juste avant que la porte s’ouvre sur la silhouette de Ser Dondarrion, qui lui avait annoncé qu’on l’attendait, au-dehors.

Son devoir. Elle avait fait son devoir. C’est là la seule pensée qui tourne dans son esprit embrumé tandis qu’elle se relève, s’inclinant à nouveau respectueusement face aux deux Souverains. Edric avait raison, elle ne pouvait flancher. Les Sept Couronnes avaient besoin d’eux, le Conflans avait besoin d’elle. Torrhen comptait sur elle, elle ne pouvait mettre à mal sa confiance et la mission dont il l’avait chargée. Pourtant, alors qu’elle scrute les prunelles améthystes qui lui font face, c’est le visage livide de Rohanna, enfin apaisée par les potions de Mestre Banneth, qui danse devant ses yeux.

Derrière elle, deux hommes du Conflans s’avancent pour ouvrir à leur tour un coffre de bois sombre et richement ouvragé, dont ils tirent deux habits d’apparat : royaux était le seul mot convenant à leur description. Tissés par les plus habiles artisans du Conflans dans les étoffes les plus riches qui soient, les deux vêtements étaient d’un velours noirs aussi profond que la nuit, rebrodés de fils d’or et incrustés de rubis. Les épaulettes étaient gravées du blason des Targaryen, dessinant un dragon tricéphale en relief et dont les griffes semblaient vouloir se planter dans les épaules de son porteur. Les deux tenues se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, à cela prêt que celle destinée à Rhaenys était plus aérienne, coupée de façon à soir à la nouvelle Reine des Sept Couronnes et mettre autant que possible la beauté et la noblesse de cette dernière en valeur. Nulle part à Vivesaigues l’ont eu vu plus beau et plus riche vêtement, et ces derniers, une fois achevés, avaient été mis sous bonne garde, craignant que leur grande valeur n’attire maintes convoitises.

Le cadeau était cependant bien plus modeste que celui de l’Ouest et de l’Orage ; le Trident était bien plus pauvre que ses voisins, et avaient durement souffert de la guerre qui avait fait rage. Ils avaient cependant espéré que le cadeau serait à la hauteur de la grandeur de leurs suzerains, là où faire offre d’une épée se serait révélée ridicule face à la splendeur de la lame valyrienne qui revenait désormais à Jaehaerys.

Les salutations et les offrandes se poursuivent sous ses yeux vides. Elle peine à rester debout, mais s’efforce de ne rien en laisser paraître. De marbre, elle se tient aux côtés d’Edric dont elle sert la main à s’en faire pâlir les jointures. Ses yeux demeurent rivés sur le dos de Robb, qui demeure droit derrière Jaehaerys. Il ne tremble pas. Comment faisait-il pour ne pas trembler ?
Abandonnée.
Ils l’avaient abandonnée.

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Bride of the River, Daughter of the Storm
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Lun 16 Oct 2017 - 23:02


Event ; sujet commun

Par la Couronne tout prend fin,
Par la Couronne tout commence.




Wendy rongeait son frein, se sentant prisonnière d'un carcan bouillonnant qu'elle rêvait de quitter. La patience était sa meilleure alliée depuis longtemps à présent, mais aujourd'hui elle trouvait ses limites. Tout était trop long, et le chemin de la délivrance paraissait encore éternel, alors que la jouvencelle se retrouvait contrainte à rester auprès de sa sœur et suzeraine, l'empêchant de passer à la subtile action et d'enfin avancer dans ses secrets projets. Voilà trop longtemps qu'elle attendait, et à quelques heures de l'affranchissement, la belle avait peine à supporter quelques minutes supplémentaires. Si elle n'était pas aussi excitée par la perspective alléchante du banquet, véritable vivier de personnages d'importance, elle serait en train de mourir d'ennui et d'agacement, ployant sous le poids de ses habits d'apparat brûlant sa peau à l'en faire fondre sous les rayons ardents du soleil. Le temps semblait s'étirer et s'étirer à n'en plus finir, la masse d'invités de marque se laissant mener d'un endroit à l'autre tel un troupeau de moutons dociles, sans rechigner, prenant son mal en patience pour faire honneur à leur nom, à leur famille, et surtout pour montrer à tous qu'ils étaient présents, prêts à tous les sacrifices pour arrêter les langues vipérines qui ne manqueraient pas de sauter sur le moindre regard suspect, le moindre geste ambigu ou la moindre absence de tel ou tel seigneur. La cour était un nœud de vipères où chacun se préparait à mordre le premier pour éviter de se faire attaquer. La conflanaise se sentait lasse et inutile, quittant le septuaire de la même manière qu'elle y était entrée : de manière machinale et sans enthousiasme. C'était la première fois que la jeune femme n'avait pu trouver le repos de l'âme dans l'enceinte d'un temple sacré, ses dévotions et pieux sentiments ayant été entachés par le sacrilège se déroulant en son sein. Tous avaient été témoins de l'impensable, et si certains grinçaient des dents, personne n'avait élevé la voix, autorisant les Targaryen à perpétuer leur infamie traditionnelle et les confortant dans leur idée qu'ils étaient supérieurs aux Dieux mêmes et à leurs préceptes. Le dragon tricéphale était terrifiant à bien des égards, imposant par la force sa suprématie militaire due à ses seuls dragons et bafouant les principes moraux sans honte, sachant qu'aucun être censé oserait se dresser contre eux et leurs pratiques de peur de représailles. Toute tentative était vouée à l'échec et Wendy le savait. Quand bien même, son cœur pieux avait souffert de voir le Septuaire sacré souillé de cette manière et c'était légèrement écœurée qu'elle avançait mollement dans le cortège, marchant dans les pas de sa sœur Alerie.

Sa gorge était sèche et son estomac se rappelait à ses bons souvenirs et ce fut avec un soulagement sans nom qu'elle pénétra de nouveau dans le Donjon Rouge, anticipant avec délice les douceurs des festivités organisées pour ce jour tant attendu. Alors que la foule s'éclatait en petits groupes dans les jardins, offrant enfin un peu d'oxygène à tout un chacun, un spectacle à nul autre pareil s'étala devant les yeux émerveillés de Wendy, réveillant en elle les mêmes sensations étourdissantes qui l'avaient envahies le jour de son arrivée à la capitale. Tout ici criait l'opulence, les richesses tant matérielles que naturelles, le vert luxuriant des jardins faisant presque oublier qu'au-delà des remparts de la forteresse royale tout n'était que désolation. La guerre et ses conséquences semblaient ne jamais avoir existé à en juger par les fleurs odorantes et les bosquets se dressant à chaque recoin et la somptueuse décoration ne laissait présager que paix et harmonie là où hier encore les cris et le sang giclaient à n'en plus finir. Subjuguée, Wendy s'était arrêtée un instant, avalant goulûment la volupté fastueuse qui se présentait à son regard où une lueur d'innocence perdue vint brûler quelques secondes. L'espace d'un instant, elle était redevenue la petite fille de sa noble mère lui vantant l'éclat et la magnificence des grandes cours du royaume, celle qui l'écoutait avec une extase enchanteresse en rêvant de pouvoir un jour mettre le pied dans ces endroits inaccessibles. Le temps d'un battement de cil, elle s'était sentie petite provinciale conflanaise qui se voyait offrir la chance de sa vie, repoussant dans les tréfonds de son âme salie la Némésis qui avait dévoré sa candeur passée. Mais le charme se rompit alors qu'une voix irritée la ramenait à ses esprits : Alerie s'impatientait et ne comprenait guère pourquoi sa sœur s'était laissée distancer. Reprenant contenance, la dévote se para de son masque noble et digne et rejoignit son aînée d'un pas souverain.

D'un murmure souriant, Alerie lui désigna la table qui avait été octroyé à la famille suzeraine de l'ouest, où s'installeraient le couple régnant, Godric Lannister et elle-même, lorsque l'heure du banquet serait sonné. De ses yeux enchantés, Wendy remarqua qu'elle disposerait d'une place privilégiée pour assister aux multiples représentations... et pour être mieux admirée par cette grande assemblée de nobles des sept couronnes... à deux pas de l'estrade royale où Jaehaerys et Rhaenys Targaryen présideraient les festivités. Un sentiment avide s'empara d'elle, réchauffant son sang dans ses veines fines et gonflant sa poitrine d'une sensation gourmande. Tout serait parfait en ce jour. Elle le sentait. D'une manière ou d'une autre, elle aurait sa part de gloire, son dû de regards envieux et son fragment d'intérêt général. Elle laissa son beau-frère lui enlever Alerie, tous deux se préparant à une tâche de la plus haute importance dans laquelle elle n'avait pas sa place. Elle savait l'épreuve que cela représentait pour sa sœur, et c'est avec sourire encourageant et une pression tendre sur son bras qu'elle la laissa partir s'entretenir avec son époux. Wendy la suivit quelques secondes du regard, la voyant hocher de la tête en réponse aux paroles de Garett. Son sourire se tarit, laissant place à une mine concernée, alors qu'elle craignait que la chaleur n'ait raison de la suzeraine de l'Ouest... Alerie s'était montrée fébrile depuis la sortie de la salle du trône et la cadette couvait d'un regard soucieux sa sœur qu'elle aimait par-dessus tout, malgré les différends qui les séparaient parfois.

La conflanaise sursauta presque lorsqu'elle s'entendit interpellée par la voix douce et mélodieuse de la très gracieuse épouse de la Main du Roi, un large sourire modeste apparaissant sur son visage alors qu'elle voyait Rohanna Baratheon la rejoindre avec amitié. « Dame Wendy, vous êtes époustouflante de jeunesse… » La douceur d'une main caressant sa joue la paralyse alors qu'elle s'apprêtait à fondre en une révérence respectueuse, et le rouge carmin colore soudain ses joues rebondies alors que la réalisation de ce qu'il se passe coule en elle comme une cascade d'eau fraîche. Son cœur manque un battement et Wendy se délecte de ce contact inattendu de la part d'un être si grand, si beau marquant un tournant dans une relation qu'elle savait bonne mais pas à ce point familière. « Et vous êtes époustouflante de beauté, ma Dame, et votre ventre arrondi ne vous confère que plus de majesté. » Un chuchotis timide s'échappe de la bouche tendre de la jeune fille, son regard restant franc, témoin de la confiance qu'elle ressentait en se trouvant aux côtés de la Biche Pendue. Alors que Rohanna glisse délicatement son bras dans le sien pour faire quelques pas ensemble, un sentiment coupable picote l'estomac de la Pieuse, réchauffant son plexus solaire et faisant remonter une vague étrange jusque dans sa gorge. D'une inspiration profonde, Wendy fit taire cette boule dérangeante, se convaincant de la légitimité de sa démarche délictueuse, trouvant juste de brûler l’honnêteté et la gentillesse loyale sur le bûcher de sa vengeance. Elle parvenait à se dédouaner en se répétant silencieusement qu'elle ne désirait pas le mal de la suzeraine de l'Orage, simplement son poids politique par ricochet. Ce n'était pas si condamnable après tout, n'est-il pas ?... Beaucoup moins, en tous cas, que d'assassiner toute une famille... Une remarque piquante de la Biche provoque le sourire de la conflanaise. Une intimité inexpliquée s'était révélée entre elles, Wendy devenant à part entière un membre de la suite de la femme de la Main. Etait-ce ce manque cruel d'une sœur dont elle avait laissé échapper quelques discrètes informations qui conférait à Wendy cette place d'exception ? Venait-elle incarner le spectre de cette sœur qu'on lui avait arrachée ? Sans doute... Wendy se glissait à merveille dans cette faille que Rohanna lui avait révélée, profitant de cette proximité et de la lumière éclatante auréolant l'orageoise. Ce projecteur venait l'éclairer elle aussi quand elle se tenait près de la flamme, et déjà, elle voyait les regards se poser sur elle, tandis qu'elle partageait la compagnie de la Baratheon. « Allons, retrouvez les jeunes gens de votre âge et amusez-vous pour nous deux ! » D'un sourire empreint d'une affection sincère, Rohanna la congédie avec grâce. Alors Wendy, reconnaissante, s'incline, saisissant rapidement la main de sa patronnesse pour y porter une pression pleine de gratitude. Déjà l'heure est aux prestations d'allégeance, et chaque suzerain s'empresse de rejoindre la longue file d'attente menant au couple royal.

De nouveau, une longue attente commence. Il allait falloir patienter que tous les hommes ploient le genoux et prêtent allégeance au roi et sa reine avant d'entamer les célébrations, de boire, de manger et de s'adonner aux jeux de cours. Livrée à elle-même, attendant que sa sœur revienne après le serment, Wendy soupira son ennui, laissant son regard vagabonder sur les quelques personnes dispensées de cette cérémonie protocolaire. Très vite, ses yeux sombres remarquèrent la chevelure d'argent d'une jeune fille, installée à la table royale, patientant dignement, celle-là même qui s'était tenue, au cours des cérémonies, dans le rang de la famille royale et des côtés de laquelle un homme s'était trouvé délogé manu militari. La curiosité naquit au creux de son cœur, tâchant de se remémorer ce que lui avait dit Alerie au sujet d'une pupille de la reine. Une jeune lady que Rhaenys avait ramené du Nord mais dont le nom échappait à la conflanaise... Une Manderly lui semblait-il... Wendy admira cette jeune beauté venue d'un autre monde quelques secondes, avant de reporter son attention sur les jardins. Lentement, elle marchait d'un pas serein, se promenant et contemplant de loin le spectacle si bien orchestré pour ce jour d'exception, cherchant un peu de fraîcheur à l'ombre des tonnelles disposées en dais au dessus des tables. Son regard jusque là si aiguisé se permit un peu de répit, s'offrant le luxe de ne prêter attention à rien ni personne. Bientôt, lorsque les prestations de serment seraient terminées, ses yeux scrutateurs devraient reprendre leur danse rusée et se parer du voile pur de l'innocence de la Jouvencelle. Exercice bien difficile et éreintant. Une ombre mouvant non loin attira son attention, et son regard se posa sur un homme d'aspect sobre et presque austère... celui-là même qui avait été remis à sa place dans la salle du couronnement...

Mais alors que la native de Château-Rosières commençait à fouiller sa mémoire pour découvrir l'identité de cette ombre mystérieuse, un tumulte s'éleva lentement près de la file de seigneurs. Des murmures grandissants gonflaient la foule tandis que tous les regards semblaient se diriger vers un point précis, encore inaccessible pour elle de l'endroit où elle se trouvait. Sa curiosité attisée et une crainte sourde naissant soudain dans ses entrailles, Wendy quitta son coin de paradis pour s'approcher du cœur du problème, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Ses sourcils froncés, elle perça avec force et sans ménagement le mur humain qui l'empêchait de comprendre ce qu'il se passait, faisant fi de toutes les convenances parce qu'une seule chose lui tenaillait l'esprit à cet instant : Alerie se trouvait-elle mal ? Elle s'était montrée si fragile que Wendy n'aurait pas été étonnée de la voir s'évanouir sous cette chaleur cuisante, elle qui portait la vie en elle et qui était affaiblie par un flot de sentiments tourmentés. La voix retentissante de Garett appelant Robart Baratheon ne fit qu'accentuer le mal venu la ronger, accélérant la pulsation de son cœur en imaginant déjà voir sa sœur étalée au sol... Un coup de poing invisible vint frapper son estomac si fort que l'air sembla s'échapper de ses poumons pour n'en jamais revenir, alors que déjà l'image de sa sœur agonisante s'imposait à elle, prenant de façon macabre les traits de sa mère défunte de façon si cruelle... Non, pas Alerie... N'avait-elle déjà pas trop souffert ? S'extirpant avec difficulté du magma humain qui s'était agglutiné comme des abeilles se délectant de leur miel, Wendy grimaça sa mauvaise humeur, relevant ses jupes pour retirer les pieds maladroits qui avaient piétiné l'étoffe, et posant enfin les yeux sur la scène qui les avait tous amenés ici. « Alerie ?... » Son cri du cœur avorta dans sa bouche alors qu'une toute autre tragédie se jouait sur cette scène funeste.

« Reculez, reculez bon sang. Laissez de l’air à la femme de la Main ! Loric, Edric, Doran, aidez-moi ! » Frappée par l'horreur, Wendy entendit à peine la voix autoritaire de son beau-frère, son cœur battant soudain d'une façon irrégulière pendant qu'une étrange boule remontait son œsophage depuis ses entrailles et, subitement, le monde disparut autour d'elle, se faisant silencieux. Un silence angoissant, un silence duquel de lointains échos déchirants remontaient pour battre à ses oreilles des ondes assourdissantes et douloureuses. Rohanna Baratheon gisait sur le sol, son mari désespéré tenant son corps pour tenter de lui insuffler une vie qui s'échappait d'elle. Comment cela était-il seulement possible alors qu'il n'y avait que quelques minutes, la Biche et la Pieuse arpentaient de concert les chemins verdoyant des jardins, attirant tous les regards pendant qu'elles partageaient des instants de connivences quasi fraternelles... Que s'était-il donc passé ? Lentement, les yeux de Wendy descendirent le long de la riche étoffe arborée par l'orageoise, découvrant sans vouloir l'affronter la flaque de sang suintante imbibant les tissus précieux. La couleur vive et visqueuse fit remonter des souvenirs insupportables des tréfonds de son âme, des flash intolérables s'affichant dans son esprit, prenant le pas sur la réalité se déroulant sous ses yeux écarquillés de stupeur. Hébétée, plongée comme dans une transe inextricable, la conflanaise contemplait le corps agonisant de celle qui lui avait spontanément tendu la main, sans arrière-pensée, sans malignité, une vérité flagrante et monstrueuse éclatant contre les parois de son cœur déjà meurtri par les injustices des hommes : les dieux non plus n'éprouvaient pas de pitié pour une femme si noble et pure qui ne méritait plus de souffrir des maux les plus atroces. Son regard blanc fut attiré par le liquide transparent s'évadant sans demander son reste des lèvres de l'épouse de la Main, attestant de la gravité ultime de la situation. Elle se sentit mal, prête à rendre ses tripes sur place, mais même son corps se refusait les réflexes les plus élémentaires. Wendy était paralysée.

Ses yeux voilés par les terreurs du passé, elle ne voyait que Rohanna et son corps qui se mourrait, ne s'apercevant guère de la présence même de la reine au chevet de la victime outragée. Elle vit sans le voir le garde des Baratheon soulever avec force mais délicatesse le corps fragile qui se révulsait, suivant sans vraiment le vouloir l'ombre protectrice fuyant les regards curieux et malsains pour emporter la belle endormie dans le secret de ses appartements. Chacun de ses muscles était pétrifié, sa respiration même se bloquant par moment et ne réagissant qu'au cruel manquement d'air pour autoriser le mécanisme naturel à s'activer... Plus rien n'existait. Plus rien n'était. Seuls les battements lourds et profonds de son cœur pulsant puissamment contre sa cage thoracique lui paraissaient réels. Sourde, aucun son ne parvenait à ses oreilles. De simples échos tentant de percer sa chape de silence imposé. Des tintements qui se firent de plus en plus insistants... « ...ndy Piper ! » Clignant des yeux à plusieurs reprises, elle ne distingua pas même Garett qui l'avait appelée avec un ton de détresse, cherchant de son regard perdu la provenance de cette voix aux tonalités familières. « Accompagne Dame Rohanna, veille donc à l’aider du mieux que tu pourras. Je compte sur toi. » Absente. Elle n'était qu'une enveloppe charnelle flottant seule, se refusant de bouger de peur de ressentir les supplices qui l'habitaient encore. La mort planait là, tenant fermement entre ses mains décharnée le couperet fatal, se rappelant à son bon souvenir. Elle comprenait cependant les mots qui lui étaient dits avec ferveur, mais ses réponses à elle restaient coincées dans sa gorge. Les yeux grands ouverts, ne clignant que peu, se desséchant sans qu'elle ne s'en rende compte, elle dévisage le suzerain de l'Ouest sans le reconnaître, se contentant d'acquiescer, respirant à peine et joignant ses mains contre son estomac. Ses doigts s'étaient automatiquement enlacés, se serrant plus que de raisons et laissant leurs griffes acérées pénétrer ses chairs. Bientôt, il ne resterait plus que des marques sanglantes autour de ses jointures, trace de son choc tout-puissant.

Soudain, des mains douces et suppliantes englobent les siennes, rendues froides, vides de vie par l'ébranlement foudroyant, et ce contact chaud, rempli d'émotions ramène son âme désincarnée flottant quelque part dans les limbes mystiques dans son enveloppe solide. Lancinante, la réalisation se fait douloureuse alors que chaque parcelle de son corps se réveille pour faire face à l'horreur de la situation, et c'est déboussolée que Wendy plonge son regard torpide dans celui de Rhaenys Targaryen. La reine est là, devant elle, lui tenant les mains et lui enjoignant d'agir pour le mieux. «Lady Piper, veillez à lui donner de l’eau régulièrement, même si cela semble douloureux pour elle. C’est important, je vous en prie. » La reine est là, face à elle, lui murmurant des paroles de conseil. Et pourtant, Wendy ne voit qu'une femme, une femme rongée par l'inquiétude, une femme dont la ferveur rayonne à travers toute sa personne, une femme sincère ne souhaitant que le bien d'une autre. Le contact inouï se rompt, et c'est en femme s'adressant à une autre femme que la Piper se détache de sa souveraine sans la moindre révérence, sans le moindre respect du protocole, seulement avec la détermination de faire ce qu'on lui demande, pour le bien de Rohanna Baratheon. Elle est encore égarée, ses sens engourdis par leur retour à la réalité. Elle se tourne lentement, se détournant de la masse chuchotante et larmoyante, ne sachant par où commencer, cherchant du regard l'ombre du colosse de l'Orage qui avait emporté avec lui la Biche blessée. Tout tournait autour d'elle, trop de bruit, trop de monde, trop d'ordres indéchiffrables qui ne lui étaient plus destinés...

Mais une main s'empare de son bras, impérieuse, puissante, fiévreuse, tandis qu'une voix chaude et volontaire lui susurre deux mots, simples, mais déclenchant en la jeune femme la lucidité qui était attendue d'elle. « Venez, vite. » Posant un regard incertain sur la silhouette se saisissant d'elle avec autorité, Wendy reconnaît Oriane Tully sans pour autant autoriser ses reproches latents à éclater en pareil moment. Aujourd'hui, elle ne voyant qu'une femme craignant pour la vie d'une sœur, et ce sentiment, pour Wendy, serait à jamais sacré. L'heure n'était pas au blâme, mais à la Vie, à la Survie d'un être doux. En silence mais d'un même mouvement, les deux femmes se précipitaient dans les couloirs, suivant le chemin de cris et de pleurs tout tracé devant elles, Oriane s'accrochant d'une poigne fébrile au bras de la Piper se sentant soudain pousser des ailes après ses instants de paralysie. Elle voulait avancer, elle voulait voler près de Rohanna, elle voulait la rassurer et lui procurer de maigres consolations en ce jour honni. Les Dieux semblaient s'acharner, mais elle les prierait pour invoquer leur pitié sur cette femme par trop abîmée par la vie, sans jamais se laisser vaincre par de noirs sentiments. Elle serait là pour elle, sincèrement, alors qu'elle avait tant joué un rôle les jours précédents. Elle arracherait son masque pour ne lui offrir que son soutien et son affection sincère, rejetant au fond d'un trou tous les sombres stratagèmes qu'elle avait pu imaginer.

Derrière elle, Wendy sentait la suzeraine du Conflans faiblir, l'entendant respirer fortement, haletant bien plus qu'elle et ralentissant peu à peu sa course sans le vouloir. Elles arrivent. La Tour de la Main se dresse devant elles, présentant ses grands escaliers à leurs regards bilieux. Déjà, Wendy saute sur la première marche d'un pas léger, s'arrêtant soudain alors qu'elle remarquait que la biche argentée ne la suivait plus. Se retournant prestement, elle enveloppa Oriane d'un regard concerné, la voyant si fragile tout à coup, elle qui s'était montrée si forte et déterminée il y avait à peine quelques minutes. La brune soutient son ventre rebondi, une main cherchant appui salutaire contre la paroi de pierres ocres, et tentant de reprendre un souffle qui l'avait trahie. « Partez devant, je vous rejoins dès que possible. Veillez à ce qu’elle ne manque de rien surtout. Faites… Faites comme la Reine vous l’a ordonné.» Wendy hésite, fronçant légèrement ses sourcils bruns, prête à redescendre la marche pour aider Oriane et s'assurer que tout allait bien. « Tout va bien. Faites vite Lady Wendy. » Elle avorte son mouvement, restant en suspend quelques millième de secondes. Mais le sourire fugace de la Truite ainsi que son injonction lui rende une raison oubliée : rien n'était, pour l'heure, plus important que Rohanna. Souriant d'un sourire volontaire, Wendy semble muettement dire à la suzeraine qu'elle agirait au mieux et que tout irait bien. Après un bref regard ardent, la Piper tourne les talons, entamant une course folle, la plus importante de toute sa vie.

Elle serait là pour Rohanna, comme Rohanna l'aurait sans doute été pour elle.


AVENGEDINCHAINS


Spoiler:
 

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Rougefort, Val d'Arryn.
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Mar 17 Oct 2017 - 15:05

par la couronne tout prend fin,
par la couronne tout commence






C’est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes. Ses doigts parcourent les muqueuses éphémères des belles fleurs. Narcisses. Egoïsme. Amour du pêché. Symbole funèbre de l’au-delà. Attributs des figures de la Sottise humaine. Cyclamen. Douleur de la Mère. Amulette contre les morsures des serpents. Protectrices des maléfices et des philtres néfastes. Anémones. Douleur et mort. Roses. Les épines et le martyr des âmes. C’est beau un jardin qui ne pense pas encore aux Hommes. Paradis du pouvoir Targaryen, les jardins sont à l’image de leur mentor : une pensée dominante. Désormais, les nobles ont fait tombé leurs masques cérémonieux ; ils sourissent et laissent aller leurs corps à quelques souplesses. On rit. On respire le parfum enchanteur de cet éden inattendu. On oublie les pauvres qui se crèvent quelques mètres hors de portes. On se gorge à l’idée qu’eux aussi auront festivités et nourriture. On ne veut pas penser que leurs estomacs rétrécis ne pourront supporter cette profusion soudaine de pains et fromages. Une journée de vivres, un empoisonnement royal que tous saluent. A Rougefort, elle a vu les manants quémander quelques bouchées, elle s’est vue ouvrir les portes de la grande salle pour recueillir les âmes errantes : elle les as vus manger goulument, se chargeant le sang d’air. S’étouffer lentement. Quel éden avait-on là ! 


A ses pensées noires, Catelyn était seule. Dans le Septuaire, elle n’avait pas supporté la main écrasante de son époux sur la sienne. Il la lui avait broyée avec une férocité monstrueuse. Il lui avait intimé de se taire. De taire ses idéaux de grandeurs, l’empêchant de malmener quelques mots qui ne devraient être. Glacial, son souffle aurait pu faner de son seul fait toutes les fleurs. Réduire à néant, tous les durs travaux des jardiniers. Une reine de la nuit, un pays où la Lune ne laisserait pousser que quelques fleurs scintillantes et immortelles. Les riches étoffes de sa robe traine derrière elle, entonnant la complainte que tout son corps est. Ici, le monde est une mascarade. Une oeuvre et ses acteurs pour un parfait équilibre ! Isolée au milieu des autres, Jorelle sur ses tallons, elle oublie les musiques enchanteresses qui déjà animent les lieux. Les Targaryen avaient créé un monument : le Donjon-Rouge et ses dépendances, comme ce jardin inespéré. Assis sur leur bienheureuse création, ils observent les acteurs de leur pièce magistrale. Ils oubliaient beaucoup de choses, parmi elle le simple fait que les hasards construisent les destinées comme ils les défont. Les hasards sont dans les gestes de tous ces acteurs, les réels meneurs des actes. Au milieu de cette cohue d’invités, au milieu de la querelle de Martyn et Etaine : elle trouverait sa place. Elle attendait seulement son moment, celui où elle sortirait de l’obscurité et que les autres, dans un effarement des sens, observeraient cette femme dont ils avaient oublié l’existence. 


« Tu verras mon enfant, les hommes essaient de se comporter en héros, pour que les autres pensent qu’ils en sont. Ils seront loués, adulés. Or, se comporter en héros c’est être incompris. C’est prendre des décisions que personne ne peut prendre et que tous abhorrent. Ceux-là seront détestés, délaissés. »



Elbert. La question de son père revenait sans cesse en elle, elle s’était arrachée à son joug et son éducation, mais sa figure demeurait la seule centrale. Le seul point qui ne la faisait pas tourner comme une toupie et s’arrêter, perdue. Le vieux prince n’aurait pu être présents en ce jour, il n’aurait supporter la suavité des démonstrations. Le monde pour lequel il voulait vivre n’existait plus. Un monde d’idéal, le temps des héros. Cette nostalgie, il l’avait transmise à sa fille comme un fardeau. Fait impardonnable pour un père si aimant, il avait déposé sur ses épaules des poids bien trop lourds et bien irréalisables. La vérité était qu’Elbert Arryn avait emprisonné son seul hériter dans une fable mystique qui n’aurait plus jamais sa place ici bas. Il avait probablement emprisonné Martyn et Jace également. Trois êtres pétris dans une éducation dépassée par ce monde trop changeant, trop contemporain, qui se voulait des choses nouvelles. C’est ce qui était la force et la plus grande fragilité de ce trio qui aujourd’hui ne savait plus comment se parler, comment s’aborder et comment se comprendre. Déchirés par des enseignements devenus leurs âmes et corps, se battant pour un idéal dont personne n’avait plus cure. Martyn allait ployer le genou. Il allait faire comme les autres, ne serait-ce qu’envers le Bief. Si il se refusait à ce geste : qu’adviendrait-il de Roslinn? Qu’adviendrait-il de leur unique enfant? 


« Catelyn, les nobles se ressemblent. Le Roi et la Reine sont arrivés. »



Un sourire qui n’en est pas un fane dans ses commissures. Les contradictions qui se jouaient en elle étaient trop nombreuses pour être résolues… à jamais. Et tant pis, sa vie serait ce que les heures lui donnent. Son regard cherche Jace, il lui est invisible. Probablement aux côtés de Martyn dont son regain d’amitié a été si brutal un peu plus tôt. Alors, elle cherche Etaine et elle aussi lui demeure invisible. Derrière les grandes maisons suzeraines, les petits nobles se sont agglutinés comme des larves. Ils étaient peu à rester en retrait. C’est probablement plus les yeux de sa dame de compagnie, coulant sans cesse vers l’estrade royale qui la motiva à se frayer un passage vers les siens.

D’une volonté modeste, ses bras écartent les corps entremêlés, n’hésitant pas à leurs écraser les orteils ou donner quelques coups où il faut pour entendre des petits cris de consternation. Ceux qui reconnaissent la Arryn laisse place, d’autres osent proférer quelques caquetages consternants. Et puis, soudainement c’est comme un vent tempétueux et violent, la foule se recule d’un même effroi. Catelyn et Jorelle se trouvent coincées entre des inconnus, séparées. Le monde est devenu fou, il est devenu angoisse. Sa main baguée tente d’attraper celle de sa protégée, elle tente de la ramener à elle avec violence. « Jorelle ! » C’est idiot de crier un nom ainsi, c’est une tentative pour dire qu’elle est là, juste à ses côtés, mais c'est idiot. Une jeune brune, richement vêtue, se fraye un passage. Déterminée elle fonce dans le tas créant une sorte de tunnel jusqu’alors impossible. Derrière elle, agrippant la main de la fille de Bryen, elle suit son sillage. 


« Reculez, reculez bon sang. Laissez de l’air à la femme de la Main ! Loric, Edric, Doran, aidez-moi ! »

Elle observe le lion du Roc rugir quelques ordres. Elle ne l’a jamais vu si agité, elle ne l’a jamais vu si proche de la détresse. Sa gorge se noue, un noeud de révulsion. A quelques mètres, l’épouse de la Main, la parvenue de la maison Trant, agonise de quelques soupirs. Ils semblent les derniers, elle semble se mourrir. Elle recule. Elle obéit. Elle observe le sang ternir les tramages d’or de son costume de cérémonie, on disait que le sang Valois coulait en elle… Sa propre mère avait connu la sienne pendant quelques années. Elle sent la tête de la jeune bâtarde se réfugier entre ses seins, elle cherche un soutient maternel que Catelyn ne peut lui donner. Ses doigts viennent tapoter avec lenteur sur son crâne, comme si ce geste pouvait effacer cette vision dramatique. Elle entend les sanglots contre son coeur, mais il reste ferme et dur. Rhaenys accourt, elle se jète aux côtés de la mourante. Aux côtés de la Tully, elle lui prend la tête et semble lui murmurer quelques mots. Elle voit son corps trembler, se soumettre à des passions invisibles. Alors, elle trouve un regain soudain. « Jorelle, je veux que tu trouves mon époux. Je veux que tu restes à ses côtés, tu ne quitte pas cet endroit. » Hoquets et acquiescements ignorés par la Lady qui la repousse pour tenter d’approcher la Reine. Les gardes sont déjà autour d’elle, ils tentent de la relever, mais leurs mains puissantes ne peuvent rien contre cette volonté de fer. Elle ne semble régit que par un instinct brutal et féroce. Les pas lunaires s’approchent mécaniques, un garde la repousse violemment. Un coup brutal dans le ventre qu’elle encaisse. « Rhaenys… » Un nouveau coup et une main sur un fourreau. Personne ne peut approcher la Reine des Sept Couronne ! Ses mains se posent sur ce bras colossal et le pressent de ses serres ancestrales. Elle ne regarde que son amie qui à quelques centimètres lui demeure intouchable. « Non… Elle doit vivre… L’enfant… » Catelyn ferme ses yeux, toutes ces années où elle l'avait imaginée dans cette position humaine et dévastée. Toutes ces années pour être violemment stoppée par un roturier ! Elle n'a cure de la malheureuse Biche pour qui le monde semble s’arrêter, elle veut seulement être aux côtés de celle qui fut sa cousine, sa seule alliée. Ses serres s’enfoncent un peu plus, avec violence et désespoir et le fourreau du garde laisse échapper un son affuté. « CATELYN ! » Un bras entoure sa taille et l’arrache de la merci de l’arme mortelle. Ce bras la porte et fend la foule qui désormais chuchote, pleure et vomi quelques vinasses amères. Ses chausses râpent le dallage, mais la plupart du temps elles brassent l’air. Ce bras l’étouffe et l’oblige à prendre une position inconfortable, celle d'un ballot transporté rapidement. 

« Par les Dieux, souhaites-tu mourir?! » La voix de son époux est sans appel, écorchée et vive. La peur se lit en ses yeux, tout comme la fureur. Ses pupilles noires brillent et lancent quelques foudres.

Il la jète au sol et fait quelques pas comme pour évacuer ses émotions peu chevaleresques. A ses côtés, Jorelle, Martyn et Roslinn sont présents. Personnages funestes pour veillée funèbre. Il porte sa paume à son front, peut-être que pour la première fois il ne la comprend pas. Oui, peut-être que pour la première fois quelque chose de trop grand lui échappe. C’est une angoisse, mais elle la reçoit comme une gifle. Elle pourrait presque sentir la joue brûlante offerte à leurs regards. Elle n’a cure des invités qui les entourent, personne ne soucie d’eux. Non, cette gifle elle est douloureuse pour les membres de sa famille qui la regarde comme un chat désemparé. Elle ne comprend pas que Jace lui a probablement sauvé la vie, du moins la mise, elle comprend seulement la rage qui monte doucement. 
« Votre Majesté. Dans la joie, ou dans le malheur, la Maison Baratheon… » Cachés à leurs regards, la Main s’est avancée. Une bravoure féroce qui oblige tout le monde à poursuivre et terminer la cérémonie. La bouche de Catelyn se déforme, cet homme a de l’honneur. Elle regrette presque les mots qui vont se déverser dans quelques instants. Parce que dans quelques instants ce sera au tour de Martyn de s’avancer. Il passera après l’Ouest, le Bief et le Conflans, mais il passera.

« Le faucon est un chasseur solitaire, de par sa nature. Il peut être utilisé par d'autres, et on lui encapuchonne les yeux, à dessein, l'aveuglant afin de l'envoyer vers un objectif. Mais il arrive que le rapace reprenne sa liberté, et tous les jets attachés à ses serres ne sauraient le faire obéir, une fois qu'il a quitté le poing, pas plus que le plus tendre des pâts. Où vole-t-il, l'oiseau qui recouvre sa liberté ? »

Ses poings sont contre ses cuisses, son coeur battant, elle clame les propres mots du Faucon. Ces mots qu'ils ont échangés quelques jours plus tôt. Sa voix est juste, calme. Elle articule chaque syllabe pour que tous les Valois entendent. Comprennent. Elle ne regarde que lui, mais elle voit le Rougefort s’immobiliser. Il les regarde tour à tour, il n’a pas connaissance de ce message codé et pourtant si limpide. Il voit simplement le poing de son épouse levé et s’ouvrir brusquement. Ardente et froide, allégorie malheureuse de toute une nation, elle invite tous les Arryn à retrouver cette liberté. A s'en emparer. Au loin, le Seigneur Baratheon continue son serment. « Ne fais pas ça. Ployer, c’est mourir. » A nouveau, Jace tente de la faire taire. Il croit en elle, mais ces mots sont trop dangereux. Ils sont trop brutaux et surtout, sans retour possible. Leurs regards se croisent, ils se toisent silencieusement. Elle n'était pas l'épouse parfaite, leur mariage ne l'était pas non plus. Leur union était une transaction pour la paix. Elle avait accepté de le prendre comme un époux, l’admirer et parfois même l’aimer réellement. Parler, c'était placer ses propres volontés avant le bien de Jace, mais quelque part… quelque part c’était le Val tout entier qui réclamait cette position. Que les Maisons soutiennent Etaine ou Martyn, qu’elles croient en l’héritier Rougefort comme petit-fils de Barral : tous voulaient la même chose. Pour ne pas le voir, seuls, Martyn et Etaine demeuraient aveuglés par leurs propres désirs. « Nous devons nous protéger de ceux qui nous veulent du mal. Nous devons nous protéger de ceux qui veulent anéantir notre famille. » Le Nord était leur famille. Le Nord était leur propre sang ! Ici, personne ne pouvait les comprendre. Personne ! Leur sang était trop neuf, trop dilué pour reconnaître les racines des épousées des Premiers Hommes et des Enfants de la foret. Ici bas, tout cela n'était que parjure et foutaises. « Voulez-vous être comme cette Manderly? La tête dans les crocs du dragon, obligée de renier ses racines? » Impétueuse, fougueuse, le Chaton l'était probablement. La Manderly était un prétexte, un visage à ses idéaux. Oui, arrachée de Rhaenys elle avait compris quelque chose : Jaehaerys était probablement le Roi qu'attendait Westeros. Un unificateur, une âme prospère et volontaire, mais il n'était pas le sien. Il n’était pas son Roi car celui qu'elle reconnaitrait comme tel n’aurait jamais salit l’honneur de deux Maisons ancestrales. Désormais couronnés, ils étaient intouchables et ils feraient comme ils l’entendraient. « Nous ne pouvons déposer nos vies à leurs pieds. Nous tomberons peut-être, mais nous devons défendre les nôtres ! Nous devons nous battre, encore et toujours ! Tant qu'ils veulent les têtes de nos familles sur des piques, nous ne devons jamais nous rendre ! Sans victoire, aucune survie n'est possible. » Ses yeux était aussi secs que cette terre, la preuve que Rohanna Baratheon trépasse devant tous était un signe des Dieux, anciens comme nouveaux. La faille était immense. Tout aussi immense que la vérité simple et dure : toutes les grandes pensées étaient vouées à échouer. Le rêve d’Aegon, dans un an ou dans mille était voué à mourir. Il était voué à être vaincu de l’intérieur. 


Le temps s'était comme arrêté. Catelyn Arryn, était fille de la Montagne et du Val. Elle aussi était à même de prétendre à combattre pour sa survie et son histoire ! Et si Martyn ne le comprenait pas, tout comme Roslinn ou Etaine, c’est son coeur dans un écrin offert dont ils devraient répondre...
lumos maxima

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AS HIGH AS HONOR
You were annoyed by the Seven, blessed by the moon but you don't yet possesses what really matters : the power. Without it you  will perish and all of Vale along with you. And now you dream of paradise but you must build it for yourself and let all the world know Catelyn Arryn has arrived.
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Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Mar 17 Oct 2017 - 23:05

Le mariage avait eu lieu. Jusqu'au dernier moment, Martyn avait espéré qu'il ne serait pas. En vain, bien entendu. Il avait marché, suivant le couple royal. La robe de Rhaenys, splendide et immaculée paraissait un peu moins nette après avoir parcouru la distance jusqu'au septuaire en construction. Le suzerain du Val avait subi la cérémonie en silence et n'avait point applaudit avec la foule quand la chose avait été faite. Il avait simplement adressé une prière aux Sept afin d'enrayer la machine de guerre qui s'était mise en marche. Les couleurs des vêtements du roi et de son épouse lui avaient rappelé des funérailles, le manteau du Roi un voile de cendres recouvrant le Nord. C'était la paix qu'ils enterraient tous et non un mariage que l'on célébrait. Il n'y avait pas là matière à se réjouir. Les visages émaciés des badauds au retour lui avaient paru des crânes alignés dans un ossuaire. Des crânes souriants, prêts à les accueillir tous au pays des morts. Le seul événement dont il avait à se réjouir résidait dans ses retrouvailles avec Jace Rougefort. Son ami, son frère lui avait manqué, et il lui savait gré de son soutien ô combien important en ce jour. Catelyn semblait beaucoup plus réservée, et pas plus réjouie que lui.

Les jardins du Donjon Rouge étaient magnifiques, taillés et entretenus pour tenter de faire oublier la misère et la sécheresse interminables. C'était presque réussi, Martyn devait l'avouer. Les tables croulaient sous la nourriture et la boisson, les artistes et servants se tenaient prêt à faire leur office, une fois quelques détails réglés... La prestation de serment des lords et suzerains allait commencer, un moment important pour le royaume, une dernière formalité avant de pouvoir se gaver jusqu'à en vomir. La chaleur était suffocante, mais la brise marine aidait à rendre le tout moins désagréable. Martyn s'inquiéta de son épouse ; le trajet n'avait pas dû être simple dans sa tenue d'apparat. Il se promit de lui faire quérir de quoi boire dès qu'il en aurait la possibilité.

Ils se positionnèrent chacun à leur place, laissant le soin au nouveau protecteur du royaume d'ouvrir la cérémonie. Mais ce qui n'aurait dû être qu'une formalité se mua rapidement en un drame quand un cri fendit le silence et que s'effondra la suzeraine de l'Orage. Absorbé dans sa contemplation de Robb, Martyn n'avait pas remarqué la dame en détresse, et quand il le fit, il attrapa Roslinn par le bras, lui intimant de reculer, et la protégeant du même coup de la foule qui se pressait auprès du corps presque sans vie de la dame. Il était trop choqué pour réagir. Voilà un signe des Dieux qui ne trompait pas. Cet union incestueux était un affront et Ils le montraient à tous en punissant ceux qui étaient les plus fidèles aux dragons. Le suzerain du Val était horrifié. Il ressentait bien une pointe de pitié pour le couple de l'Orage, mais l'émotion qui primait était la colère. Le Roi avait fait cela ! Ils avaient beau appeler la garde, faire venir le mestre, la reine pouvait se présenter au chevet de Rohanna, les Baratheon payaient le prix fort de leur loyauté. Et dans quelques semaines, à la veillée, certaines mauvaises langues diraient sans doute que c'était quelque sorcière nordienne qui leur avait jeté un sort, à l'aide de maléfices connus des anciens dieux... Et les fautifs seraient les Stark, bien entendu.

Il serra la main de sa femme, et chercha les Valois du regard, s'adressant à elle d'une voix urgente, « Restez à l'écart, je vous veux en sécurité. » Mais en sécurité il en était une qui ne l'était point ; il aperçut Jace attraper sa femme et l'écarter des gardes en faction autour de la mourante. Que faisait-elle là ? Sa cousine aurait-elle perdu l'esprit ? Il relâche Catelyn et un espace se forme autour d'eux. Il faut dire qu'à l'inverse de nombreux seigneurs, Martyn a préféré s'éloigner légèrement de la scène plutôt que d'aller admirer le spectacle. Personne n'a d'attention pour eux, tous absorbés par la Biche agonisante. Le chevalier du Val gifla sa dame, et Martyn fit un pas en avant pour l'en empêcher si l'envie lui en prenait. Mais il se calme et Martyn ne bouge plus, car Catelyn se redresse et lui adresse la parole. Il ne peut que l'écouter, foudroyé par ses propres mots, sortis de la bouche de sa cousine pour lui vriller les entrailles.

Le Cerf continue sa prestation d'allégeance, et ensuite passe le suivant, mais le sire des Eyrié n'a pas d'yeux pour les cadeaux offerts au couple royal ou aux mots proférés. Elle a raison. Il le sait, au plus profond de son âme. S'il le pouvait, il prendrait forme d'oiseau et s'envolerait vers sa terre natale, pour échapper à cette situation. Il fait un pas dans sa direction, incapable de savoir s'il va la gifler pour oser proférer ces paroles, ou la prendre dans ses bras et pleurer comme un gamin. Martyn se fichait bien de savoir que ses yeux étaient une porte ouverte sur ses sentiments, il ne se rendait compte que d'une chose. Il ne pouvait plus reculer. S'il était resté aux Eyrié, il aurait pu jouer la carte de la diplomatie, peut-être. Mais ici. Refuser de ployer, c'était mourir et possiblement condamner le Val à la guerre. Certainement, laisser sa place à Etaine, qui jurerait tout ce qu'on lui demanderait juste pour obtenir le trône. Et elle trahirait ainsi ses racines et sa famille, tout comme lui s'était apprêté à le faire.

Mais il ne pouvait condamner son peuple à la guerre en plus de la famine. De cela, il pouvait les prémunir. Les paroles de Catelyn sonnaient justes, trop justes pour être autre chose qu'une flèche en plein coeur. Il n'avait pas la force de la faire se taire, elle parlait vrai. Il secoua la tête, et observa la lente procession des suzerains. Bientôt, ce serait à son tour. Il ferma les yeux et serra les poings, la colère lui revenant alors qu'elle avait été amoindrie par le choc des mots de sa cousine.

« Je ne peux pas. » Il n'ajouta rien de plus et alla s'aligner avec les autres, patientant pour que vienne son tour de parler. Quand ce fut le cas, il s'avança seul, après avoir échangé un regard et serré une dernière fois la main de Roslinn en signe d'affection. Il marchait d'un pas mesuré, lent, qui devait être une torture pour le Cerf aux abois, mais il ne pouvait faire avancer ses jambes plus vite. Une fois devant le souverains, il les détailla brièvement du regard avant de se concentrer uniquement sur Jaeherys. Rhaenys était la cause de la situation actuelle. Ses yeux étaient redevenus opaques, illisibles, durs et secs. Debout, il s'adressa à la royauté, et à la cour toute entière, élevant sa voix afin qu'elle porte aux tables les plus éloignées,

« Votre Grâce. On vous dit un souverain sans égal, un roi qui rêve de paix dans le royaume et aussi hors de ses frontières. Comme vous, je ne désire rien tant que cela. Néanmoins, un des premiers actes de votre règne risque fort de déclencher une nouvelle guerre. Le Val possède de nombreux liens de sang avec le Nord, nos racines s'entremêlent depuis une éternité. Je ne lèverai pas les armes contre eux. » Martyn s'agenouilla et sortit sa lame sans quitter du regard le nouveau souverain. « Moi, Martyn Arryn, seigneur des Eyriés et Suzerain du Val d'Arryn, vous prête allégeance, et vous jure fidélité, service et soutien. »

Si d'aucun devaient blâmer les Arryn d'avoir perdu leur âme, ils sauraient qu'il le lui devaient. Au moins, les autres membres de sa famille étaient-ils restés cois. Il se releva et s'éloigna, prêt à demander à ce qu'on présente les cadeaux prévus, mais il fut alpagué par un garde qui lui annonça que la Main allait le recevoir. Bien sûr. Il alla rejoindre Roslinn, « Veuillez présenter les cadeaux à ma place, s'il vous plaît. Je ne serai pas long. » Le Baratheon voudrait rejoindre son épouse sans tarder et Martyn n'avait pas le coeur à l'en empêcher. Il ne comprenait que trop bien les difficultés présentées par un mariage sans fruit. Il se hâta de rejoindre l'office, suivi par le garde.
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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: [CHAPITRE 6, PREMIERE PARTIE] Par la Couronne tout prend fin, Par la Couronne tout commence   Hier à 19:30




Par la Couronne tout prend fin,
Par la Couronne tout commence

U
n instant je cru m’effondrer, alors que les promesses furent échangés dans une intimité qui me fit vaciller. Mon cœur semblait avoir des ratés, faiblissant à chaque mot forçant une union qui me révulsait. J’étais un témoin parmi tant d’autres, mais c’est en grand solitaire que j’affrontais cette tourmente éveillée. Ma présence souffrait des plus grands sacrifices. « Ne vois-tu pas que je tiens à toi plus qu’à ma propre vie? » Ces paroles prenaient un sens nouveau. Il n’était plus question de condamnation et de mort et pourtant, j’eu l’impression qu’une part de moi venait de m’être arraché. Retenant mon souffle – éreinté. Je n’avais su me réjouir de ce rang acquis dans l’amertume.
Elle était reine, mais à quel prix.


Comme elle était belle. Traversant à pas gracieux les jardins fastes et animés. Les couleurs vives venaient contraster avec l’immaculé des voilages sertis de pierres. Son sourire affable suffisait à me faire oublier, un moment, celui qui progressait à ses côtés - offrant un peu de répit à ce cœur devenu trop lourd. Une présence désirable...tristement éphémère. Car bientôt elle se trouvait là-bas, surplombant une foule conquise, me laissant une fois de plus, dans les rangs les plus éloigné, à partager une table avec de parfaits inconnus – de ceux que je ne reverrais sans doute jamais. Ce banquet devait se livrer à l’ennui, aux regrets et à l’amertume, mais l’imprévisible vint secouer les âmes privilégiées. Les exclamations firent taire les mélodies agréables, laissant un bonheur superficiel succomber au tragique. J’étais à l’extrême, regardant les corps se mouvoir dans une panique que je ne comprenais pas. Ma réaction ne fut pas spontanée, mais l’inquiétude vint se profiler au terme d’un mauvais pressentiment. J’avançais d’abord lentement, cherchant ces visages familiers, pour n’en trouver que le visage blême de la jeune Manderly, suivant un regard pointant vers l’inconnu. Levant les yeux vers l’estrade abandonnée, mon sang ne fit qu’un tour. Mes enjambés furent soudainement précipités, forçant la masse humaine à se dérober sous les bousculades franches. Je vins me joindre à l’agitation, effrayé de découvrir ce que cette marrée de terreur cachait encore.

« Rhaenys… » Mon souffle se coupa net, mes iris sombres se laissant guidées par le timbre voilé qui prononçait le nom de l’aimée. Distrait par la grâce plongée dans un dédale affolé, je laissais mon attention se détourner à ma droite, laissant mon regard s’abreuver d’une noblesse venu se cambrer sous la frappe. Pliant l’échine devant ce mur agressif chargé de nous barrer la route, mon inquiétude pour celle dont le nom venait d’être prononcé vint se décupler à grand coup de colère. Je ne laissais pourtant aucune exclamation réclamer l’attention de celui venu abattre de douleur cette femme dont les privilèges du sang n’avaient su épargner. Je restais muet, laissant suffoquer mes inquiétudes, dans le creux de ma gorge. Les cris paniqués laissant présager la mort me bousculèrent plus que les corps désemparés hésitant entre curiosité malsaine et fuite. Rhaenys.. Allait-elle seulement bien, souffrait-elle de ce mal dont les témoins trop nombreux aimaient s’enivrer de rumeurs grossières? J’étais trop loin. Tenu à l’écart, comme je le fut tout au long de cette funeste journée. Cette fois pourtant je ne me laissais pas refouler, dominé par le désir furieux de porter mon regard sur elle. Mon œil inquiet se laissa néanmoins attiser par les sévices et les menaces. Ce visage doux se ridant sous les excès de la garde, laissant l’éclat d’une lame venir intimider une femme sans défense. Le prétexte d’une bravade irréfléchie, un secours qui semblait vain, alors qu’un bras protecteur s’était empressé de s’emparer de la vie de celle qui n’avait su reculer devant les avertissements. Une distraction bien suffisante pour me précipiter tel un animal déchainé, sur une proie tout aussi dangereuse. Je n’avais pas tempéré la force de mon élan, me précipitant avec furie contre le métal étincelant qui faisait barrage. Mon épaule se buta avec force, bousculant celui qui s’était interposé pour freiner les intentions d’une femme semblant partager mon inquiétude. Son pied trouva cependant l’équilibre, repoussant ma provocation d’un geste surpris. L’épreuve de force qui se jouait dans les jardins, s’agitait au rythme d’une assistance préoccupée. Les mises en gardes étouffés par les cris de stupeurs n’avaient su m’éveiller de mes intentions furieuses – alimentant bien malgré moi le sentiment d’insécurité qui s’était emparé des convives. Il ne m’était plus possible d’oser la réflexion, alors que je réagissais d’instinct, ruinant les convenances en me laissant gouverner par le feu des émotions. Je ne percevais que le bourdonnement des voix, observant mon vis-à-vis comme si il s’agissait d’un ennemi. Je chargeais de nouveau l’acier, avec robustesse, en évitant l’arme qu’il agitait avec assurance. Je le fis basculer sur le sol dans un cri rageur. Le fracas de l’alliage se heurtant brutalement se perdait dans le chaos, mais il risquait d’attirer bien vite l’œil avisé des hommes veillant au calme. Cherchant à enjamber ma courte victoire, on m’agrippait de revers, m’entrainant dans une violente chute.

Ma joue se cogne, ma mâchoire craque. Un tintement clair se déclara dans le creux de mon oreille. Je n’entendis plus que le son strident d’un heurt important. Le poids des hommes venu à l’assaut fit craquer mes os. J’étais face contre terre et le souffle me manquait. Pourtant, je n’avais su dire si cela était la conséquence de l’impact pesant ou d’une effarante vision. À quelques mètres, gisait l’agonie. Rohanna Baratheon. Le nom qui se murmurait dans l’expression horrifié des curieux trop nombreux. Hoquetant de douleur, ruiné par le sang et expulsant un mal foudroyant. Les fluides mortels venaient souiller l’immaculé, usée de râles venant fendre l’air devenu lourd. La femme de la main s’entourait de visages soucieux qui crachaient leurs ordres, ouvrant les bras pour y accueillir la mort. Moi, pourtant, je me laissais surprendre d’une réflexion soulagée : Ce n’était pas elle. Faucher sur le sol, cherchant à m’arracher une rare inspiration, il me semblait l’entrevoir au chevet de celle qui luttait pour sa vie. Agitée et impuissante, le sang du dragon était secouée par les affres terribles qui s’échouèrent tel un mauvais présage. Sensible à sa détresse, plus que je ne le fut devant ce sordide spectacle, je me maudis de ne pouvoir veiller à ses côtés. Ma main vint glisser sur le sol dans un regain inespéré, cherchant à vaincre le poids qui m’immobilisait, dans une position inconfortable. Le temps d’une bouffée salvatrice venu se rompre dès lors que le renfort d’une botte vint se loger avec rudesse dans mon flanc gauche. Expirant d’un mal silencieux, mon regard vint se perdre sur cette main venu se saisir de la sienne, glissant sur ce visage qui ne se portait plus vers moi. Cette main qui jamais ne serait la mienne...

En cet instant, je me laissais vaincre. Relâchant mon entêtement féroce, abdiquant et m’abandonnant à cette force guerrière sans répliquer. Mes yeux se fermèrent pour m’aveugler au supplice, mais je ne parvins pas à en chasser les images venu me meurtrir plus que nécessaire. Tout comme le suzerain de l’Orage, il me semblait perdre ce qui m’était le plus cher. Souffrant d’un amour qui n’aura existé que dans un cœur brûlant, mais naïf. Rhaenys Targaryen avait obtenu la vengeance, s’emparant d’une couronne dont elle avait à mes yeux la seule légitimité et un frère...un époux. Mon cœur s’emblait s’être arrêté pour de bon, alors que j’imaginais une fois de plus ces mains juvéniles parcourir le derme de celle pour qui j’avais tout abandonné. J’eu l’impression de défaillir alors que l’idée qu’elle n’eu plus besoin de moi vint m’emplir d’angoisse. Ce torrent d’efforts que j’avais puisé pour m’aider à me tenir droit devant ce cauchemar de moral et de sentiments, m’avait affaiblit. Les promesses m’avaient blessées, plus que les coups qu’on venait de m’assener. On me releva sans ménagement, me rejetant brutalement loin de ce périmètre inaccessible. Tombant de tout mon long, la douleur engourdit par de vives émotions vint s’éveiller à nouveau. Je grimaçais, portant mes doigts sur mes côtes endolories. La chemise froissée, les cheveux en batailles, la joue tuméfiée - l’illusion d’un rang favorable vint s’effondrer encore un peu plus. Je retrouvais mon appui sur une jambe, puis la seconde. Tranquillement je me redressais, portant un regard malheureux sur la foule. Je reculais, hochant la tête l’air désemparé, tel celui venant de subir une foudroyante commotion. Mon deuxième pas fut chancelant. Je cherchais à me ressaisir, m’appuyant sur une tablée abandonnée pour en saisir une coupe de vinasse que je bu en grande lapée, avant de m’échapper dans les jardins.


*****

Rien ne m’obligeait à agir de la sorte, personne ne m’en aurait porté préjudice si je restais silencieux, loin de l’estrade accueillant la royauté. Beaucoup aurait envié cette chance d’esquiver cette rencontre fortuite forçant la soumission, questionnant l’ambition d’agir autrement. Qu’avais-je donc à offrir? Le parvenu du Nord, sans terre, sans pouvoir, ni prestige. Ce que j’avais acquis, l’avait été par l’unique générosité de la reine. Il n’y avait qu’elle pour en décrypter ma valeur, bien que j’en doutais aujourd’hui. Autour de moi, les festivités avaient reprises, mais le drame n’avait pu s’effacer des mémoires aussi rapidement. Attablé, profitant amèrement de l’abondance, les invités prêtaient peu attention aux quelques petits seigneurs cherchant à manifester leur soutien. La valse de la noblesse venue prêter allégeance s’achevait doucement, prête à libérer la main du roi de ses pénibles obligations, mais je prolongeais l’agonie, osant le pas en direction de ces intouchables. L’allure digne, un peu ébréché par les circonstances venu assombrir les réjouissances, j’avais osé le pas sous l’œil attentif de la garde blanche qui esquissa la méfiance. Quand avais-je pu bénéficier d’une audience? Quand avais-je pu me présenter à elle sans la rigidité des mœurs du sud? Une éternité. Je baissai la tête. Non pas par respect, mais plutôt par embarras. Je craignais de croiser leurs regards, avant de trouver les mots justes. Je me prêtais à un jeu auquel je n’étais pas accoutumé et où les gaffes pouvaient être mortelles. J’avais pourtant fais le choix risquer de prendre la parole - certaines choses méritaient qu’on se batte pour elles. Le dos droit, les mains jointes derrière le dos, le regard fuyant, mais le cœur déterminé - j’élevais la voix « Le feu est indomptable - sa fièvre ne se tempère pas. Il est férocité, puissance et splendeur. L’hiver ne peut l’apaiser et l’ombre ne peu le mettre en cage. J’ai vu le feu avant qu’il n’assiège Port-Réal et déjà il était souverain. » Un genou vint à la rencontre du sol, laissant entendre qu’il s’agissait bien là des prémices d’un serment maladroit, mais le silence qui brisait distinctement la fluidité de l’expression ne laissait rien présager de bon. Pour la première fois, depuis que les mots avaient glissés entre mes lèvres, je relevais mes prunelles vers la femme qui avait mené ma destiné dans des promesses affectueuses, mais qui se lestait aujourd’hui de ma présence. Un sourire timide vint poindre à la commissure, près à me livrer à des allégations peu communes. « Mais il n’y aura jamais qu’un seul dragon. Rhaenys de la Maison Targaryen, Deuxième du Nom, Reine des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, Suzeraine des Sept Couronnes, et Protectrice du Royaume. Je suis dévoué au feu qui vous anime et je le serais jusqu’à mon dernier souffle.» Les derniers mots avaient été empruntés à ce qui fut le serment d’autrefois, seulement aujourd’hui j’exprimais ma volonté sincère, la désignant comme seule et unique souveraine. Une condition qu’elle aurait tôt fait de rejeter. Son désir de faire renaitre la paix aux côtés de son frère réduirait la portée de cette allégeance pourtant sincère, mais si je la savais entêtée, elle pouvait me retourner le compliment. Si elle n’avait su me convaincre avant, elle ne pouvait prétendre pouvoir le faire maintenant. J’avais gardé le silence tout au long de ces interminables cérémonies, usant de ce droit offert pour m’émanciper du poids de mes réflexions. Puis d’un geste audacieux, empreint à la nervosité, je déposais devant moi... une simple rose bleutée.


L’insignifiance se trainant derrière les grands seigneurs en silence, avait osé une vérité qui n’avait alors été prononcé que dans l’intimité des années passées. Et pourtant les mots humbles et sincères avaient une portée que d’aucun n’avait pu prétendre. Là, aux premières lueurs d’une nouvelle ère, je m’affranchissais d’un poids devenu trop lourd. Je m’opposais, il en était certain – mais cette résignation désolée voilant à peine l’ivresse enflammée d’un regard tendre ne pouvait prétendre à une déclaration de guerre. J’étais impuissant, médiocre, faible...conquis. J’avais été vaincu par les désirs d’une femme. Ne prolongeant pas le supplice insolent, je retrouvais ma hauteur pour m’esquiver sans en attendre. Abandonné devant le dais royal, cette rose d’apparence si inoffensive aisément attribuable à une galanterie malhabile – était un aveu. Triste et résolument pathétique. Une brise du Nord, une légende rappelant de concert, le chemin parcouru pour en conquérir le trône et le symbole d’un amour inconditionnel. La fleur avait substitué des mots trop dangereux, de ceux que je n’avais pu me permettre de prononcer, narrant une histoire à elle seule. Une insulte, une provocation, une confession. Car ceux connaissant la légende savait que si le message appartenait à la reine consort, la rose appartenait à son roi.


WILDBIRD


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