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 Entretien d'embaûche à Rougelac • Agnes

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Rackham
BIEF
MessageSujet: Entretien d'embaûche à Rougelac • Agnes   Mer 20 Sep 2017 - 21:53

"Halte là, manant ! Où compte-tu te rendre accoutré ainsi ?" En cette étouffante matinée d'été, les soldats chargés de garder l'entrée principale du Château de Rougelac étaient quelque peu nerveux à l'arrivée d'un garçon armé d'une épée, d'un bouclier et d'une tunique rouge vive devant eux. Arborant un sourire poli, le jeune inconnu les salua d'un geste de la tête et leur tendit un pli sur lequel était apposé le sceau de la maison Crane, les seigneurs des lieux. Attendant que l'un des gardes se risque à lui prendre la missive, le petit guerrier éclaira leur lanterne d'un ton fier. "Je m'appelle Rackham Vieux-Garçon, épée-loué qui sera, dans un futur proche, au service de Dame Crane. Ce pli est là pour vous l'confirmer, enfin j'crois." L'hésitation du jeune mercenaire fit lever un sourcil au plus ancien de ses interlocuteurs. "Comment ça, tu crois ?""Ben, je n'sais pas lire" Répondit le dénommé Rackham en haussant les épaules. "Du coup j'peux très bien vous avoir donné une liste de course sans l'savoir." Les gardes se regardèrent, envisageant la marche à suivre. Au vu du climat actuel et des troubles secouant tous le Bief, un assassin pouvait tenter un mauvais coup à tout moment. Après quelques minutes de concertation, le vieux soldat confia la missive à son cadet qui, d'un pas rapide, s'enfonça dans l'enceinte du château. De son côté, le vétéran donna ses consignes au Vieux-Garçon. "Reste dans le coin le temps qu'on vérifie que tout soit dans l'ordre.""Pas de problèmes, j'ai mis trois jours à venir ici, j'suis pas à deux heures près." Surpris de ne pas entendre de soupire de déception ou quelques fulminations impatientes, le garde désigna au jeune mercenaire un banc longeant la route entrant dans le fort. Rackham le remercia avec le sourire et s'assit à l'emplacement qui lui avait été montré.

Pendant les heures qui suivirent, Rackham resta assis sur le banc, observant les passages de chariots, cavaliers et piétons autour de Rougelac à la manière d'un vieil homme essayant de passer le temps. Il avait même retiré son épée de sa ceinture et s'appuyait dessus comme s'il s'agissait d'une canne, les deux mains posées sur le pommeau en forme de trèfle. Il avait aussi un air absent, reflétant sur son passé comme un vieillard, même s'il se concentrait sur des évènements très récents. Qui aurait encore cru, quand il avait commencé sa carrière d'épée-loué, qu'une telle opportunité se présenterait si vite à lui ? Pas lui en tout cas. Pourtant, alors qu'il profitait d'une affaire dans le fief de la famille Dunn pour revoir sa grande sœur, Glaw Doigt-de-Soie, qui travaillait chez les seigneurs de l'Ouest de Hautjardin comme couturière, elle lui appris une surprenante nouvelle. "Elle avait toujours été la plus maline de la famille, après moi" marmonnait-il dans son coin avec un sourire taquin. En effet, elle avait profité de commérages entre loufiats de différentes maisons, durant les visites des seigneurs du Bief chez les Dunn, pour placer le nom du Vieux-Garçon. Une publicité qui avait payé peu de temps avant sa visite, puisque Glaw lui remit le pli qu'il venait de donner. Elle l'avait elle-même reçu d'un domestique de la famille Crane, dont feu la femme de leur seigneur était née Dunn. Rackham se souvint avec amusement de la joie qu'il avait ressenti quand on lui apprit qu'il s'agissait d'une convocation de la dame de Rougelac elle-même. Pour lui et son objectif, il s'agissait là d'un coup de pouce des Dieux dès plus inattendu. Il se rappela aussi, que juste après avoir montré sa joie à sa sœur, il avait râlé quant la durée du voyage qu'il devrait entreprendre, se faisant traiter de vieillard avant l'heure par son aînée. Cette dernière lui avait d'ailleurs cousue la tunique qu'il portait à partir des chutes de draps qui allaient être jetés. La marche qui avait suivit, en compagnie d'Etan le Hachoir, son associé espérant se trouver lui aussi un poste, ou se présenter de lui-même si l'entretien entre le Vieux-Garçon et la dame Crane se terminait mal, fut préparé à la minute près par le jeune mercenaire. Ainsi, et malgré des problèmes mineurs, le duo était arrivé à destination la veille au soir. Ils avaient dormi dans une auberge du coin où Etan devait encore faire sa grasse-matinée.

Après plus deux heures de débats et de contrôles, Le garde vétéran fit signe à Rackham d'approcher. Tranquillement, sans se presser, le Vieux-Garçon rangea son épée à sa ceinture, réajusta sa rondache sur son épaule, se dépoussiéra et, finalement, accéda à la requête du soldat. En se rapprochant, il remarqua un autre homme qui portait aussi les couleurs de la maison Crane, mais dans un uniforme bien plus élégant que les simples gardes, signifiant son grade supérieur. Il avait dans sa main la missive ouverte et observa le mercenaire s'approcher avec intensité. Ses yeux firent plusieurs va et vient entre le pli et le jeune garçon avant que, d'un air méfiant, il ne déclare "J'espère pour toi que tu dis la vérité et que tu n'as pas volé ce document pour tenter de gagner quelques pièces.""Quel piètre épée-loué j'ferai si j'me faisais voler aussi facilement." Le trait d'humour de Rackham n'eut pas vraiment l'effet escompté, renforçant la suspicion de ses interlocuteurs. Après quelques instants de silence, l'officier fit entré le Vieux-Garçon dans la cour intérieure. Avant même qu'il ne puisse observer autour de lui, il fut forcé de s'arrêter par une patrouille où le gradé lui intima "Laisse tes armes ici et laisse-toi fouillé." Coopératif, le mercenaire s'exécuta, donnant sa rondache à un soldat s'approchant de lui sans armes. Au moment de détacher son épée de sa ceinture, il eut une hésitation. "Euh, j'pourrai avoir un reçu pour ma lame ?" "Comment ?" "C'est que j'y tiens beaucoup et j'souhaiterais la récupérer après, non pas que j'ai pas confiance, mais j'serai plus rassuré si vous me signez un petit papier.""A quoi bon ? Tu ne sais pas lire. N'ai pas peur, nous ne sommes pas des voleurs. Si tu ne tentes rien de stupide, nous te la rendrons." L'argument de l'officier convaincu Rackham, qui eut tout de même du mal à se séparer de son arme. Derrière lui, il pouvait entendre les ricanements soldats qui se demandaient pourquoi leur dame avait fait venir un gamin sans nom entre ces murs. Le Vieux-Garçon les ignora, d'une part parce qu'on était entrain de le fouiller et, d'autre part parce qu'il savait que le seul moyen de les faire taire serait de réussir à se faire engager. Autant rester concentré sur l'entretien à venir. "Allez, suis-moi." Ordonna l'officier une fois la fouille terminée.

Les deux hommes, escorté de deux autres soldats, traversèrent la cour intérieure avant d'entrer dans le château lui-même. Inutile de préciser que pour un roturier n'ayant jamais vu l'intérieur d'un fortin ou d'une maison un peu huppée, Rackham se croyait arrivé dans le Donjon Rouge. Entre les murs de pierres interminables, la décoration dont le moindre petit accessoire devait coûter plus cher que ses services, il était tellement émerveillé qu'il entendit à peine les consignes de l'officier lui ouvrant la route. "Reste au minimum à dix pieds de Dame Agnes, ne parle que quand on te l'autorise et articule. Si tu fais le moindre pas de travers ou geste suspect, c'est ta tête sur une pique." Rackham acquiesça d'un air impressionné. C'était la première fois qu'un soldat le menaçait et, surtout, la première fois qu'il était escorté pour rencontrer une noble. La nervosité commençait à s'insinuer au bout des doigts. Il savait qu'il n'aurait pas beaucoup d'occasion comme celle-ci, il fallait faire impression et, tandis que l'officier ouvrit une porte sur une salle, le Vieux-Garçon sentit son estomac se nouer. C'était le moment ou jamais.
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