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 A L'Aube D'Une Nouvelle Ere

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Lun 25 Sep 2017 - 15:26




A l'Aube d'une Nouvelle Ère
La nuit était tombée sur la Capitale. Pourtant, depuis les fenêtres ouvertes du Palais, espérant laisser filtrer une brise marine rafraichissante, la ville semblait vouloir prolonger le jour. Chaque maisonnée, aussi modeste fut-elle, laissait briller une bougie, gorgeant Port-Réal d'une symphonie d'un millier de lumière, parcourant les ruelles jusqu'aux grands monuments. On entendait des notes de musique, des rires et des chants, qu'ils fussent d'enfants ou de leurs parents. Plus encore que depuis ce début de Lune, la veille du Sacre de Jaehaerys Targaryen comme Roi de plein droit des Sept Couronnes semblait avoir porté la liesse populaire à son paroxysme. Et il y avait fort à parier que les nobles convives nichés dans les entrailles du Donjon ne trouveraient guère de calme propice au sommeil. Le peuple était en joie, et comptait bien le faire savoir...

Occupée à relire un corbeau qu'elle venait d'achever d'écrire, Alerie laissait le murmure de la fête nocturne monter le long des hauts murs de sa chambre, et égayer quelque peu le luxueux appartement qu'elle partageait avec son époux depuis leur arrivée au Donjon Rouge. La porte qui séparait sa chambre privée de celle de Garett demeurait cependant close. Elle n'attendait pas sa visite, et gageait qu'à cette heure, il était loin de se préparer pour la nuit. Sans doute s'entretenait-il avec son grand-père, Ser Godric Lannister, devenu Maître des Lois, ou peut-être était-il, tout comme elle, attablé à un secrétaire improvisé, exerçant ses devoirs de suzerain à distance. Par ailleurs, depuis la mort de son père, il n'avait pas visité sa couche. Elle était sortie de son grand deuil le jour de leur arrivée, le jour où elle lui avait appris sa grossesse. Dès lors, tout à la joie surprenant de sa future paternité, le besoin d'intimité n'en était plus devenu un.

D'un geste instinctif, elle passa alors une main à son ventre. Ses rondeurs ne seraient pas visible avant les deux prochaines Lunes au moins, et pourtant, elle avait l'impression que du fond de ses entrailles, la vie lui répondait. « Êtes-vous souffrante, ma Dame ? » La voix fluette de Matthie, sa servante, lui arracha un sourire amusé. « Au contraire, je me porte on ne peut plus mieux ! Tu peux disposer pour ce soir ! » ajouta-t-elle à son attention, piochant dans un petit coffre une pièce d'argent qu'elle mit dans sa main. La petite - elle n'avait pas plus de treize ans ! - la gratifia d'une profonde révérence, baisant les doigts qui venaient de lui donner ce trésor. « Juste une dernière chose : si Lady Wendy est encore levée, pourrais-tu lui demander si elle accepterais de venir me voir ? » Matthie hocha vigoureusement la tête, tourna des talons et prit la porte qui menait à l'entrée principale des appartements Lannister.

Apposant son sceau à sa lettre qu'elle remit dans un étui de cuir, la jeune femme quitta sa pose assise pour ouvrir plus en grand encore la fenêtre de sa chambre. L'écho de la fête doublé d'un agréable vent du large jouait contre son ouïe et sa chevelure lâchée, qui retombait en longue cascade sur sa robe de chambre. Wendy. Combien de fois s'étaient-elle endormie au son d'une guitare et de la voix cristalline de leur mère ? Combien de fois s'étaient-elle blotties l'une contre l'autre pour échapper aux cauchemars qui les hantaient depuis plus d'un an ? Combien de fois s'étaient-elles déchirées depuis ? Leurs relations n'avaient jamais été faciles, mais malgré leur différence, le drame qu'elle avaient vécu les avaient rapprochées. Et puis il y avait eu la trêve, celle qu'elle-même lui avait conseillée. Pour l'avenir. Pour Loric. Mais alors que les efforts avaient donné leur fruit, que leur benjamin avait été reconduit dans ses droits, les deux sœurs ne s'étaient toujours pas retrouvées.

Elle ne l'avouerait jamais, mais elle souffrait. Elle souffrait de leur éloignement. Elle souffrait de leurs querelles à répétition. Elle souffrait de s'aliéner à nouveau sa chaire et son sang, alors que loin là bas, sur les terres familiales, la mort avait de nouveau frappé. Le deuil qu'elles avaient partagé n'avait pas suffit à renouer leurs chemins. Et maintenant que cet enfant l'attacherait un peu plus encore aux Lannister, étaient-ils définitivement rejetées de part et d'autre d'un fleuve trop large, trop tumultueux pour rappeler leurs jeux d'antan, aux bords des Eaux qui les avaient faites Furie et Pieuse ?


©️ Belzébuth

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Jeu 28 Sep 2017 - 23:08


Alerie et Wendy

A l'aube d'une nouvelle ère.




L'air était lourd, chaud et les parfums mélangés remontant des jardins ne rendaient l'atmosphère que plus capiteuse, étourdissant les sens et brouillant l'esprit. Le manteau noire de la nuit, voilant l'astre aux rayons ardents, n'avait pas suffi à rafraîchir l'air, dont la brise marine peinait à percer la chape de chaleur qui ne semblait pas vouloir quitter les terres de la couronne ; les bougies, elles, paraissaient comme autant de feux de cheminée embrasant la ville et participant à son réchauffement étouffant. L'été s'installait, audacieux, imposant, s'arrogeant le droit de peser telle une épée de Damoclès au-dessus de tout un chacun. Port-Réal pourtant ne semblait pas vouloir dormir ni se laisser aller à cette langueur pourtant naturelle. Non, elle se manifestait, se proclamant vivante, pour que les Sept couronnes l'entende. Un concert de cris joyeux, de musique et de vacarme assourdissant enveloppait la cité royale, la plongeant dans une liesse démesurée dont la grandeur était proportionnelle au drame qu'avait connu la capitale à peine un an auparavant. Les Port-Réalais semblaient vouloir prendre leur revanche sur la guerre et accueillaient le renouveau avec un délice exacerbé. Comment leur en vouloir, eux qui avaient vu leurs maisons détruites, leurs échoppes brûler, leurs proches trépasser ? Malgré ce climat pesant, alourdissant chacun de ses membres et faisant perler sur sa peau d'albâtre quelques gouttes de sueur, Wendy Piper était encore levée, arpentant sa chambre tel un lion en cage, se sentant fébrile. Elle avait préparé sa tenue d'apparat depuis des jours, détaillant chaque parcelle de tissu avec soin, guettant le moindre défaut, choisissant les souliers adaptés et sélectionnant un parfait diadème d'or fin orné d'une myriade de perles. Le lendemain était le grand jour, celui du sacre du nouveau roi, et de son mariage avec sa sœur, Rhaenys Targaryen. Il y avait beaucoup d'enjeu et la conflanaise tenait à se montrer à la hauteur pour ne laisser passer aucune opportunité.

Soudain lasse, elle s'assit à sa coiffeuse, jetant un regard distrait à son reflet aux traits fatigués et farfouillant sans y prêter attention dans son coffre à bijoux. Wendy se sentait seule. Elle vivait au sein même de la ruche la plus puissante et bouillonnante du royaume, et pourtant, la solitude s'abattait sur elle à chaque seconde, alors qu'elle avançait seule parmi cette foule d'inconnus. Alerie s'était éloignée depuis trop longtemps au profit de sa nouvelle dame de compagnie, et malgré le rôle qu'avait tenu Wendy dans son rapprochement avec son époux démoniaque, l'aînée des Piper avait gardé ses distances. Une gêne s'était installée entre les sœurs, voyant leur complicité s'envoler tout en essayant pauvrement de la rattraper. Le deuil qui les avait une nouvelle fois frappées en était la preuve la plus parlante. Quelques mots convenus, banals, des regards embarrassés et des gestes un peu gauches. Voilà à quoi s'était résumé leur deuil commun. Une douleur lancinante pointa dans sa poitrine, retirant l'air de ses poumons l'espace d'une simple seconde et la poussant à happer un air nouveau comme pour survivre à cette souffrance subite. Des larmes involontaires franchirent la barrière de ses yeux sombres, lui brûlant la peau. D'un geste rageur, elle écrasa la goutte salé, s'interdisant de se laisser aller à cette faiblesse. La déchirure était là, une plaie béante et suintante, ouverte depuis deux ans et refusant de cicatriser. Aucun remède ne pourrait soulager son affliction, aucun baume ne pourrait panser sa blessure si profonde qu'elle en entamait les os. Pleurer n'y changerait rien. Elle devait avancer, lutter, et rendre la justice. Elle retrouverait Alerie, elle s'y employait et l'échec n'était pas une donnée dans son équation personnelle. Trop les réunissait. Le même sang, les mêmes chairs, les mêmes supplices. Une famille. La seule. La vraie.

La lady Piper sursauta lorsqu'on frappa à sa porte, rassemblant ses pensées et séchant ses larmes amères pour n'en rien laisser paraître sur son beau visage. D'une voix qu'elle avait voulu enjouée, elle intima à l'invité d'entrer, l'embrasure de la porte de sa chambre dévoilant alors une toute jeune servante. Matthie. La petite s'inclina avant de prendre la parole : « Ma lady Lannister demande si vous accepteriez de la rejoindre, si vous n'êtes pas encore prête pour la nuit, madame. » Wendy haussa les sourcils, la surprise l'envahissant, distillant dans ses veines une chaleur inattendue. Les Sept avaient dû entendre ses prières et elle les remercia intérieurement d'y répondre si prestement. « Merci Matthie, tu peux aller te coucher, je vais aller rejoindre lady Lannister. » La servante s'éclipsa et la jeune femme se leva, se plaçant devant sa pysché pour vérifier sa tenue. Elle se pencha, le visage presque collé contre le miroir délicat, pour contrôler qu'aucune trace de ses pleurs et de sa tristesse ne subsistait sur sa peau de kaolin. Pinçant ses joues pour leur redonner du rose, elle défroissa les plis de sa robe vert émeraude avant de quitter la pièce.

Elle marchait d'un pas lent et presque hésitant, ne sachant réellement ce qui l'attendait dans le secret de l'appartement de sa sœur aînée. Nerveuse, elle triturait ses mains qu'elle avait jointe contre son giron, enchevêtrant ses doigts et exerçant des pressions vigoureuses sur chacune de ses articulations. Cela faisait longtemps que la suzeraine de l'Ouest n'avait pas fait appeler sa Dame d'Atour au milieu de la soirée, préférant jusque là les entrevues obligatoires et plus officielles en journée à l'intimité de la nuit, quand elle pouvait être seule et certaine de ne plus être dérangée. Wendy traversa le salon des appartements seigneuriaux, s'arrêtant devant la porte de la chambre à coucher d'Alerie. Le silence. Wendy était soudain pétrifiée, levant la main avant d'hésiter à toquer contre le bois précieux. Le temps se suspendit. Puis elle se décide à frapper, tournant ensuite la poignet sans attendre la réponse de sa sœur qui devait déjà l'attendre.

Lentement, la conflanaise pénètre la pièce, posant son regard brun sur la Dame de Castral Roc, sa chevelure d'or flottant derrière elle au gré d'un léger vent s'engouffrant par la fenêtre. Alerie était prête pour la nuit, habillée d'une exquise robe de chambre, et pourtant, elle avait fait venir sa sœur. Un sourire étira les lèvres roses de Wendy, les réminiscences de leur passé pas si lointain s'imposant à son esprit. Elle se revoyait à Château-Rosières parmi ses frères et sœurs, chacun portant une simple chemise de nuit de lin, et s'asseyant aux pieds de leur mère pour écouter des histoires accompagnées du crépitement du feu de cheminée. Tout était simple à cette époque, et la belle se prenait à souhaiter revenir en arrière. Mais la réalité était différente, et après un instant, la Dame d'Atour retrouva sa place et fondit en une révérence avant tout autre mouvement. « Vous m'avez fait mander, madame ? » Wendy se mordit la lèvre alors qu'elle se redressait avec grâce. Elle devrait y mettre du sien si elle voulait que leur relation s'améliore, à commencer par abandonner ce ton obséquieux et trop protocolaire, alors que sa suzeraine, sa sœur, se présentait dans une tenue des plus simples, décoiffée et sans artifice. Elle se racla la gorge, affichant un sourire tendre, tenant toujours ses mains jointes à hauteur de son estomac : « Tu n'arrives pas à trouver le sommeil toi non plus ? Ou bien te sens-tu mal ? » Un voile concerné apparu dans son regard, alors qu'elle baissait les yeux vers le ventre plein d'une promesse future.


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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Dim 22 Oct 2017 - 13:21




A l'Aube d'une Nouvelle Ère
Lorsque la porte s'ouvrit, son cœur bondit dans sa poitrine. Elle se retourna promptement, les yeux brillant, les joues rouges. C'était stupide, sans doute, mais quelque chose en elle avait craint qu'elle ne viendrait pas ! Soit parce qu'elle dormait déjà, soit parce qu'elle feignait déjà de dormir, ce qui eut été pire... Mais elle était là. Dans l'encadrement de la porte, encore vêtue de tous ses apparats, la chevelure lustrée et le maintien impeccable. A son entrée, elle ploya en révérence, les longs cils noirs rivés au sol. « Vous m'avez fait mander, ma Dame ? » Le ton révérencieux, la posture gainée, lui ôtèrent instantanément le sourire qui illuminait son visage. Pour un peu, elle en aurait pleuré. Ou chassée sans ménagement, excédée. Était-ce sa charge de Dame d'Atour qui lui montait à la tête ? Ou était-ce la vie à la Cour qu'elle avait tant de fois rêvée lorsque, au lendemain de la guerre, sa sœur l'avait abandonnée pour répondre à l'appel de Port-Réal ? Lui en voulait-elle à ce point pour, en toute circonstance, même la plus intime, verser dans le maniérisme qu'elle maitrisait à la perfection ? Aussi, incapable de lui répondre, elle la regardait. D'un regard douloureux et chagriné, alors qu'elle s'était faite une joie de partager un moment sans contrainte avec elle.

Peut-être s'en rendit-elle compte, mais à la voir aussi inexpressive à son salut protocolaire, elle l'entendit se racler quelque peu la gorge, abandonner le vouvoiement qui ne lui seyait pas, et de demander : « Tu n'arrives pas à trouver le sommeil toi non plus ? Ou bien te sens-tu mal ? » Elle eut un faible sourire, portant instinctivement la main à son ventre qui ne trahissait pas encore son état, cependant que le regard limpide de sa cadette se posait dessus. Son enfant à naitre. L'idée lui semblait toujours aussi étrange, et la perspective de la maternité à venir lui prodiguait un mélange de joie et d'épouvante. Sa confession à Garett - la peur de lui donner un être mort-né, et de laisser sa propre vie en couche - lui brûlait encore le sein, et la maintenait éveillée de longues nuits durant. Pourtant, ce soir-là, elle n'y avait pas pensé. Seule comptait pour elle la présence de sa cadette, dont elle se sentait aliénée. Peut-être la réponse était-elle là. La peur d'enfanter dans l'indifférence des siens, de sa sœur qui ne l'avait pas quittée depuis l'Effroyable, depuis l'Horreur qui les avaient pourtant rapprochées, avant de les désunir à nouveau. Que s'était-il donc passé ? Ravalant un excès de larmes qui lui montaient soudain, elle secouant la tête. « Non... Mais il est vrai que je ne trouve pas le sommeil. » Elle leva alors les yeux. « Viens t'assoir auprès de moi. Je n'en peux plus de te voir là, droite comme une statue et debout, comme si tu attendais un ordre. »

Elle espérait son ton moins dur qu'elle ne l'entendait. Qu'il ressembla moins à ce que leurs échanges étaient devenus. A Château-Rosière, si elle se moquait volontiers des manières trop policées de sa cadette, elle gardait de tendres souvenirs de balades à travers les landes, la fratrie réunie sous le soleil de l'après-midi. Elle aimait alors cueillir des fleurs sauvages pour les amener à leur mère, s'amusant d'une petite compétition qui couronnerait celle qui achèverait la meilleure composition. Bataille perdue d'avance, car rien, jamais, ne pouvait égaler le don de Wendy pour les harmonies de couleurs. Elle parcourait les étendues florales, mêlant à leur parfum celui du foin qui poussait à même les berges de la Ruffurque, relevant d'un geste gracieux ses jupons pour ne pas les tâcher de boue. Quand bien même Alerie se faisait un malin plaisir de l'en asperger quand même, elle-même crottée jusqu'aux coudes, les cheveux défaits, le rire déployé dans sa gorge. Elles courraient alors jusqu'à Lady Laurine, s'égosillant de ce que l'une n'était pas assez drôle, l'autre beaucoup trop sauvage. Pour ensuite, la nuit tombée dans la chambre qu'elles partageaient, tomber dans les bras l'une de l'autre, à écouter la voix maternelle, mélodieuse et rassurante, les draper de doux rêves avant que le sommeil ne les emporte...

« Je voulais te parler. » Elle avait posé une main sur le siège qui jouxtait le sien, la priant davantage que l'invitant à s'assoir. Comme on supplie le soleil de revenir après une journée d'orage, le sucre de couler sur des mets trop acides, la chaleur adoucir les soirs d'Hiver. « Te parler de toi, de nous... De ce qui nous est arrivé. » Elle ne faisait pas seulement référence au Sac. Mais à tout. A leur arrivée à Castral-Roc, les premiers temps de leur surveillance entre les quatre murs de la forteresse, sa tentative d'évasion, son mariage ensuite. Puis les premiers temps de douceur entre les bras de son époux, la scène terrible qui s'était produite dans la salle à manger, et de laquelle, à force de caresses et de baisers, Wendy l'avait tirée, montée à chambre et bordée des nuits durant. Le parcours de l'Ouest à la rencontre des familles, l'élévation de Wendy au rang de Dame d'Atour. Puis le départ pour Port-Réal, le retour triomphale de Garett et... Allyria. La mésentente entre les deux, la délivrance de Loric au prix de tentatives d'enfantement. La mort du père, enfin, et le départ de leur benjamin pour Château-Rosière dont il avait enfin assumé la charge. « Je... Je sais que tu m'en veux. Mais... je ne sais pas pourquoi. Et je veux comprendre. Maintenant. » ajouta-t-elle en vrillant ses yeux dans les siens. Éviter qu'elle se dérobe avec une nouvelle pirouette, et un énième faux-semblant.
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Lun 23 Oct 2017 - 14:28


Alerie et Wendy

A l'aube d'une nouvelle ère.




La raideur subite de sa sœur à l'entente des premiers mots se dissipa lentement alors que Wendy laissait entrevoir la préoccupation constante qu'elle ressentait pour son aînée. Tout pouvait les séparer, tout pouvait les opposer à commencer par leur différence de caractère pour continuer avec les multiples petites trahisons dont Wendy accusait Alerie. Et pourtant, un rien pouvait balayer tous ces sombres et sournois sentiments pour ne laisser briller que l'amour inconditionnel qu'une sœur ressentait pour une autre. De tout temps, les sœurs Piper avait vogué sur ces flots tempétueux, changeants, capricieux, passant de la rage tenace à l'affection la plus innocente, l'importance du lien sacré les réunissant s'imposant à elles comme autant de vérités évidentes et inviolables. Depuis leurs premiers jours de coexistence sur cette terre, Wendy s'était fait un devoir de reprendre son aînée sur son comportement sauvage et impulsif, usant de son ton sérieux lui donnant un âge plus avancé que le sien... mais si elle avait toujours été la première à la critiquer, jamais elle n'avait autorisé âme qui vive à proférer des méchancetés ou des moqueries à l'égard d'Alerie. Jamais. Car jamais personne ne pourrait arriver à la cheville de cette personnalité flamboyante, cette perspicacité étonnante et ce courage puissant lui causant parfois plus de mal que de bien. Jamais personne n'égalerait sa grande sœur et elle était prête à en découdre de ses griffes acérées si besoin était de défendre l'honneur de la Furie des Eaux. Elle était sa sœur, sa chair, son sang, une partie d'elle qui ne pourrait jamais mourir quand bien même la vie et ses complexités pouvaient les séparer.

Alerie avait baissé son regard vers le ventre aux courbes encore latentes, posant une main protectrice sur ce cocon plein de promesses, pendant que Wendy la sondait, analysant le moindre de ses gestes, de ses sourires, de ses frémissements pour déterminer la nature du problème. Devait-elle appeler un mestre ? Désirait-elle s'allonger et profiter de caresses fraternelles pour assoupir le mal qui la rongeait ? « Non... Mais il est vrai que je ne trouve pas le sommeil. » Imperceptiblement, la cadette avait soufflé son soulagement, fermant les yeux quelques millièmes de secondes pour faire monter un pieux et muet remerciement vers la Mère. Les Sept n'avaient pas le droit de l'abandonner, elle qui avait placé sa vie entre leurs mains divines, elle la dévote, elle qui avait dévoué sa vie à les vénérer... Mais pourtant, elle savait que les pouvoirs du Destin lui échappaient et que les épreuves que les dieux pouvaient lui imposer recelaient parfois de bienfaits futurs dont elle ne pouvait voir la réelle nature au premier abord. Alors elle priait sans relâche. Pour elle. Pour Alerie. Pour sa famille décimée et séparée. « Viens t'assoir auprès de moi. Je n'en peux plus de te voir là, droite comme une statue et debout, comme si tu attendais un ordre. » Le cœur de la Pieuse manqua un battement, venant faire battre jusque dans sa bouche une pulsation bilieuse. L'impatience, l'irritation pointait de nouveau dans le ton d'Alerie, et alors que la cadette avait cru retrouver une sœur, entrapercevant la douceur d'antan, voilà que la suzeraine de l'Ouest reprenait ses droits. Ô goût amer de la déception foudroyante.

Son regard se voila de nouveau, son port de tête redevenant quelque peu hautain et ses muscles se crispant. Sa sœur lui reprochait d'attendre un ordre alors même qu'elle lui en donnait un. Voilà à quoi s'était réduit leurs relations tumultueuses : une succession d'injonctions qui tentaient de se targuer de ne pas l'être. Comment espérait-elle qu'elle se déleste de son maintien dédaigneux et révérencieux quand autant d'autorité émanait de sa personne entière ? Alerie ne semblait plus pouvoir souffrir un mot, un comportement, un regard qui ne serait pas en adéquation avec ce qu'elle pensait et désirait. Rigide et austère, Wendy s'avança, prête à reprendre son rôle d'obéissance, d'inférieure puisqu'elle le commandait. « Je voulais te parler. Te parler de toi, de nous... De ce qui nous est arrivé. » La supplique résonna aux oreilles de la plus jeune des sœurs, lui faisant river son regard dans celui d'Alerie. Tout dans le ton criait la douleur, la peine, la prière suppliante plutôt que l'ordre jeté un peu plus tôt. Quelques instants, Wendy scruta les traits de sa sœur, la voyant tapoter le siège à ses côtés pour l'inviter à s'asseoir au plus près d'elle. La Dame du Roc semblait déchirée par des sentiments complexes et contradictoires. Tout comme elle. Une fois de plus, c'était dans l'affliction et les tourments qu'elles pourraient se retrouver. Pourquoi deux âmes si proches s'imposaient-elles tant d'épreuves inutiles quand la simplicité de leur amour était susceptible de tout résoudre ? Cette question avait brûlé en Wendy depuis des mois sans jamais cessé de la consumer morceau par morceau, déplorant cette incapacité qu'elles avaient de se comprendre, déplorant leurs caractères trop affirmés dans leur différence... Des êtres butés, chacune à son niveau. « Je... Je sais que tu m'en veux. Mais... je ne sais pas pourquoi. Et je veux comprendre. Maintenant. »

Le temps suspendit son vol, retenu par le fil ténu reliant les deux regards ardents. Une flamme incertaine, vacillante, luisait dans le regard sombre de Wendy, flamme dévorée par le feu grondant brûlant dans les yeux incandescents d'Alerie. Son cœur accéléra sa cadence et une vague intense de sentiments menaça de la submerger toute entière. Oh oui elle lui en voulait. Tant de choses avaient été accomplies contre son gré. Tant de trahisons étaient venues plomber leur relation fragile et pourtant si forte. Wendy s'était acharnée dès la première heure à venger sa famille, à les défendre, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour rendre la monnaie de leur pièce à ces lions sanguinaires, pour voir sa sœur, sa propre sœur, son alliée, sa complice éternelle, succomber à leurs charmes ensorceleurs et nauséabonds... Alerie avait laissé trop de choses s'immiscer dans leur vie à toutes les deux, la reléguant au dernier plan. Oh oui elle lui en voulait... Le regard la paralysait, la bloquant sur place pour l'obliger à accepter les émotions trop puissantes qui se tapissaient dans son âme tourmentée depuis trop longtemps. Alerie la contraignait à soudain faire face aux sentiments qu'elle s'était ingénieusement employé à refouler. Pour ne pas succomber, pour rester debout, pour continuer à lutter pour l'avenir. Sa bouche tenta d'articuler quelques mots mais le nœud dans sa gorge était bien trop gros pour lui permettre de parler, et déjà ses yeux se brouillaient de quelques larmes... qu'elle s'empressa de ravaler. Joignant ses mains, les crispant l'une contre l'autre, enfonçant ses ongles dans ses chairs diaphanes, Wendy racla sa gorge avant de s'asseoir dans le fauteuil aux côtés de sa sœur. Elle ravala plusieurs fois sa salive, cherchant à reprendre contenance pour ne pas se laisser aller à trop de faiblesses incontrôlées.

« Je gage qu'il n'est jamais trop tard pour chercher à comprendre, chère sœur... » Paroles sibyllines. Acides. Remplies de reproches sous-entendus. Les mains jointes sur ses jupes, Wendy se tenait droite, défiant le regard de sa sœur. Elle voulait comprendre maintenant ce qui n'allait pas, après des mois et des mois. Eh bien soit. Elle ne comptait pas la ménager. Pas cette fois. Elle avait trop souffert pour se taire encore. « Mais promets-tu seulement de ne pas rester sourde à ce qui ne te sied pas d'entendre ? Car si tu es incapable de déterminer d'où vient ma silencieuse colère, ma douleur lancinante que j'empêche chaque jour d'éclater, c'est que ton âme est fermée à la mienne, pour s'ouvrir à d'autres. » Allyria Tarbeck pour ne pas la nommer. Mais aussi Garett, ce monstre qui partageait sa couche. Il ne devait être qu'un pion et voilà que Wendy avait remarqué des regards qui en disaient long, entre les deux époux. « Ne te trompe pas, Alerie, je prie les Sept chaque jour pour te guider, mais le chemin que tu prends ne me conduit qu'au doute. » Elle avait perdu sa sœur en chemin, elle l'avait senti. Et il était de son devoir de la ramener à bon port, pour accomplir leur destinée commune. Parce qu'elles n'étaient qu'Un. A jamais. « Voilà des mois que tu me négliges, que tu négliges notre lutte commune, au profit des jeux de cours tournés vers l'Ouest, m'abandonnant à mon triste sort au lieu d'user de tes pouvoirs pour nous faire monter toutes les deux et enfin obtenir ce que nous avons toujours désiré. J'ai même dû agir seule pour faire de Loric le seigneur de Château-Rosières, lui assurer son héritage légitime. Et tout ça pour quoi ? Pour te permettre de te lier avec une catin attachée à Garett, t'unissant un peu plus à cet homme qui, suis-je obligée de te le rappeler, à tuer notre frère, et mener notre famille à sa perte ! » Son ton était soudain monté, sa rage enfouie depuis trop longtemps menaçant d'exploser et d'une main, elle vint comprimer un hoquet douloureux, prémices de pleurs se préparant à assaillir tout son être.

« Tu oses me demander, innocente, ce qui ne va pas alors que tu ne partages avec moi que des moments imposés par le protocole. Je ne suis plus ton oreille confidente, je ne suis plus la voix que tu écoutes, je suis moins sœur que Dame d'Atour, et tu oses m'en faire le reproche quand la barrière fut instaurée par ta propre personne ? » D'une main rageuse, elle écrasa une larme coulant le long de sa joue, faisant taire son désespoir. « Je ne pleurerai pas, tu ne mérites pas mes larmes. »

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Alerie Lannister
OUEST
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MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Mar 24 Oct 2017 - 0:47




A l'Aube d'une Nouvelle Ère
Éviter qu'elle se dérobe avec une nouvelle pirouette, et un énième faux-semblant. « Je gage qu'il n'est jamais trop tard pour chercher à comprendre, chère sœur... » La dureté du ton la prit à la gorge, et elle eut soudain peine à respirer. Face à elle, le visage fermé, un rien méprisant, railleur de sa cadette, qui lui jetait le premier de ses reproches. Dans un élan enfantin, elle regretta lui avoir demander de la franchise. Il lui semblait que quoi qu'il fit, quoiqu'elle dise, Wendy en prendrait le contraire, le revers, l'ombre, le déplaisir. Du moins, était-ce devenue une habitude récente. « Promets-tu seulement de ne pas rester sourde à ce qu'il ne te sied pas d'entendre ? Car si tu es incapable de déterminer d'où vient ma silencieuse colère, ma douleur lancinante que j'empêche chaque jour d'éclater, c'est que ton âme est fermée à la mienne, pour s'ouvrir à d'autres. » Nouvelle vague de reproches. Elle se retint de fermer les yeux, pour ne pas lui donner raison par un geste qui n'aurait que trop illustré le refus de l'entendre. Pourtant. Cela faisait si mal. Si mal ! « Ne te trompe pas, Alerie, je prie les Sept chaque jour pour te guider, mais le chemin que tu prends ne me conduit qu'au doute. » Le doute. Ainsi donc, elle n'avait même plus confiance en elle. Après tout ce qu'elles avaient traversé ? Jusqu'à ce mois de deuil qui, à l'aube de se découvrir future mère, lui avait ôté toute envie de se nourrir ? Comme elle est injuste. Elle n'arrivait même pas à se parer de son petit sourire qu'elle avait adopté depuis un an. Celui qui savait d'un seul coup réconforter ou reprendre, gracier ou condamner. Ce sourire un peu mélancolique qui lui avait attiré la sympathie, spontanée, du peuple, et qui était un si vif miroir de sa vie. Sourire pour ne pas pleurer.

Elle s'était enfin assise ; droite, digne en toute circonstance - comme Maman ! - les mains sagement croisées en signe de contrition, ou de prières. Ironie, car ses suppliques n'avaient rien de religieuses ; assénées, véritables complaintes, la petite voix d'ordinaire si douce montait le long des murs comme les relans marins des plages de Port-Lannis venues s'échouer contre la roche frontale des pilliers de Castral-Roc. « Voilà des mois que tu me négliges, que tu négliges notre lutte commune, au profit des jeux de cours tournés vers l'Ouest, m'abandonnant à mon triste sort au lieu d'user de tes pouvoirs pour nous faire monter toutes les deux et enfin obtenir ce que nous avons toujours désiré. J'ai même dû agir seule pour faire de Loric le seigneur de Château-Rosières, lui assurer son héritage légitime. Et tout ça pour quoi ? Pour te permettre de te lier avec une catin attachée à Garett, t'unissant un peu plus à cet homme qui, suis-je obligée de te le rappeler, a tué notre frère, et mené notre famille à sa perte ! » Et voilà. Allyria. Son rayon de soleil, la lumière d'une existence monotone, qui avait donné ses couleurs et sa gaieté à ses jours sans saveur. Qui lui avait redonné le goût des choses de la vie, qui lui en avait fait découvrir de nouvelles. C'était ça qui l'insupportait. Et Garett. Encore et toujours. Garett l'assassin. Garett le bourreau. Garett le Diable ! Ses prêches lui montaient au cœur, qu'elle tirait en deux, tandis que ses jolis yeux de biche lançaient des éclairs. Elle le haïssait. Sans doute plus encore qu'autrefois, puisqu'il avait, selon elle, réussi la prouesse d'attraper à nouveau son ainée entre ses griffes.

Elle entendait, en silence, la main qu'elle avait posée sur le siège sur lequel elle s'était assise, protégeant son ventre. Comme pour assourdir les petites oreilles des paroles qui auraient sans doute fait pleurer les petits yeux. Protéger. Voilà ce qu'elle faisait. Voilà de quoi elle payait ses erreurs de jeunesse, les charmes habiles d'un époux auquel elle s'était abandonnée, les yeux clos, et le cœur en feu. Mais il lui semblait que le temps des compréhensions était passé. Wendy enchainait, inlassable, diatribes et rancœurs, qui à chaque mot, lui était d'une douleur à chaque fois plus vive. « Tu oses me demander, innocente, ce qui ne va pas alors que tu ne partages avec moi que des moments imposés par le protocole. Je ne suis plus ton oreille confidente, je ne suis plus la voix que tu écoutes, je suis moins sœur que Dame d'Atour, et tu oses m'en faire le reproche quand la barrière fut instaurée par ta propre personne ? » Les derniers mots étaient jaillis avec la même violence que le début de deux larmes qui voulaient se frayer un chemin jusqu'à ses joues mais, rageusement déjà, elle chassait ses pleurs d'un revers de main agacé. Furieuse. Contre elle-même encore, sans doute. Orgueilleuse, elle s'empressa d'ajouter : « Je ne pleurerai pas, tu ne mérites pas mes larmes. » Ce qui eu raison de son inertie. Elle avait encaissé le flot de ses rancunes, forcée à les écouter sans rugir, sans la reprendre. L'écouter, seulement. Lui permettre de s'épancher.

Un long silence s'installa alors. Elle avait tant de choses à répliquer. Tant de choses qu'elle voulait, elle aussi, lui confier. Malgré ce qu'elle pouvait en penser, Allyria ne l'avait pas remplacée. Comment l'aurait-elle pu ? Et comment pouvait-elle le croire ? Sa présence l'amusait, la divertissait, l'ouvrait au monde, elle, la paysanne, la née de quasi rien. Était-ce, à ses yeux, synonyme de crime d'abandon ? La dévotion l'aveuglait, asséchait son cœur qu'elle n'ouvrait désormais plus, à en juger par ses remontrances, qu'aux plus grands élans du désespoir. Et à un rythme au moins aussi égal que la patience qu'elle rongeait à grands renforts de doléances.... Encore et toujours... Je suis lasse. Et pourtant. Lentement, elle relevant la tête baissée sous les brimades. Elle avait le regard vitreux, le teint blanchi. Elle déglutissait lentement, cramponné par les doigts aux recoins de la table. « Hé bien... Tu en avais des choses sur le cœur. Si je ne t'avais pas priée ici, ce soir, aurais-tu continué à garder pour toi tout ça encore longtemps ? » furent ses premiers mots. A demi soufflés, pas plus haut que les brises du soir qui par ce temps de sècheresse, se faisaient si rares. Ne pas exploser. « Je sais que tu ne veux que mon bien. Que tu t'y acharnes, même. J'espérais que tu n'en douterais pas autant... Pardonne-moi. » Se retenir. Encore un moment. « Mais par les Dieux, Wendy, comme tu peux être dure... » Ne pas sombrer, demeurer encore un peu... Mais c'était trop lui demander. Croyait-elle donc que cette vie l'enchantait ? Qu'elle en oubliait le chemin par lequel elle était parvenue à ces sommets ?

Elle eut soudain une furieuse envie de vin. Ô comme il lui manquait, ce baume enivrant qui avait ce don de faire, à grands renforts de crus, disparaitre les soucis. Ne fusse que pour un temps seulement. Mais après tout, c'était elle qui était allée chercher les confessions de sa sœur, et de tous ses reproches, celui de se fermer à tout ce qu'elle n'aimait pas entendre, était encore celui qu'elle entendrait le plus. Pour le reste... Par où seulement commencer ? « Je te néglige. Pour quelqu'un qui se sent délaissée, tu as bien vite pris le ton de la Cour... Il te va mal. Au moins autant qu'à moi ! Je te propose que nous l'abandonnions pour ce soir. » Sa poitrine se soulevait à un rythme irrégulier, elle sentait la colère gronder, lui empourprer les joues, teinter de bleu les jointures de ses doigts devenus glacés. Elle planta alors un regard perçant dans celui de sa sœur, un rictus au coin de la bouche. « Qu'est-ce que j'aurais dû faire, selon toi ? Lui planter un couteau dans les reins dès ma descente du carrosse ? Empoisonner son vin en plein banquet ? L'étrangler de mes propres mains tout en lui besognant les reins tout en criant "Justice pour Château-Rosières" ? C'est ça ? C'est ça que tu voulais ?! » se mit-elle alors à siffler, les hauts murs de sa chambre trop bien tapissée pour craindre qu'on ne l'entende. Au Diable les commères ! « C'est toi qui m'as poussée dans son lit ! Toi qui m'as suppliée de me plier au devoir conjugal pour le salut de mon âme ! Mon âme ! Et regarde-moi, je suis grosse à présent, pour le salut de mon âme ! » Elle ponctuait ses phrases de gestes désespérées, soulignant son corps qui dans quelques semaines, s'avilirait au au profit du soit-disant bonheur d'enfanter. « Et quoi encore ? Ah oui ! Renvoyer Allyria, aussi ! Pour ne te garder que toi, toujours avec moi, toujours derrière, à me surveiller, mon contrôler, me faire entendre raison. "Alerie, ne bois pas trop !" "Alerie, maîtrise-toi !" Je n'en peux plus de me maitriser ! J'étouffe ! Tu comprends, ça ?! J’ÉTOUFFE ! »

Et pour mieux ponctuer ses dires, que de dégrafer sa robe de chambre et de l'envoyer d'un geste sec à l'autre bout de la pièce. De se retrouver en simple chemise, debout au milieu de la pièce, la tête entre les deux mains, les cheveux collés au front par une soudaine sueur. « Tout ce que je fais, c'est pour nous ! Tu ne l'as toujours pas compris ? » Elle respirait mal, et n'arrivait désormais plus à contenir ses larmes. Elle allait et venait le long de la pièce, secouant nerveusement la tête, s'étreignant les bras en désespoir de réconfort, funambule sur une ligne bien trop maigre pour ne pas défaillir à tout instant. « Tu crois que ça m'amuse de jouer les suzeraines ? De parcourir les maisons à écouter des doléances ? De faire la précieuse entourée de mes femmes, à complimenter le troubadour spécialement dépêché pour me divertir ? Tu ne vois donc pas ? Tu ne me connais donc pas mieux que ça ? Mais J'EN CRÈVE de cette vie ! » Ô comme elle aurait aimé hurler plus fort ! Laisser libre court à sa rage ! « J'en crève de cette cage dorée, de ce mari qui me fait de belles promesses alors qu'il y a moins d'un an encore, il me promettait la mort de ses mains ! Et si je me retiens d'exécuter ce que je me suis jurée, c'est uniquement pour toi ! Oui, pour toi, espèce de petite INGRATE ! Tant que tu n'es pas en sécurité, je ne peux RIEN faire. RIEN ! Et comme tu as pu me le rappeler, j'ai déjà perdu un frère et ma mère de lui. Tu ne comprends donc pas ? » fit-elle alors, en se retournant vers sa sœur, le visage strillé de larmes et la bouche en feu, « tu ne comprends donc pas que le masque protocolaire et les privilèges, les titres et tout le reste, c'est pour qu'il ne se prenne pas à toi ?! »
©️ Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Mar 24 Oct 2017 - 16:58


Alerie et Wendy

A l'aube d'une nouvelle ère.




Elle tremblait. De tous ses membres, de toute ses forces, elle tremblait comme les feuilles accrochées fébrilement aux arbres malmenés par le vent, luttant pour ne pas perdre leur emprise, luttant pour ne pas se détacher, pour ne pas perdre ancrage sur ce qui représentait leur survie. Tout sauf faiblir et mourir. Wendy essayait de contenir les vagues violentes assaillant son corps et son cœur, faisant le serment en son sein de ne pas perdre un contrôle qu'elle était parvenue à atteindre en toutes circonstances, l'empêchant de réagir de façon impulsive, l'empêchant de parler plus qu'elle ne le devait, l'empêchant de laisser fuser des paroles qu'elle ne pourrait plus jamais effacer... Deux larmes avaient cependant réussi à se frayer un chemin, accentuant la rage subite qui avait gonflé sa poitrine. Une rage contre sa sœur, contre le monde, contre elle-même. Une fureur frénétique contre la douleur même qui avait fait son nid chaud et douillet au creux de son estomac, une douleur qui l'aliénait, la rendait folle, une douleur qu'elle aurait voulu arracher de ses mains si elle avait pu. Mourir pour ne plus ressentir... L'idée avait souvent creusé son sillon sournois dans son esprit mutilé. Mais toujours, toujours, un sentiment bien plus puissant avait raison de cette faiblesse passagère. Elle ne plierait pas devant la lâcheté, elle rendrait coup pour coup et redonnerait à sa famille, ses sœurs, son frère, une sécurité, une paix de l'âme qui leur avait été retirée voilà deux ans. Elle était prête à tout pour eux, dusse t-elle en perdre son âme.

Son esprit accaparé par ses propres sensations viscérales, elle ne prêta pas attention au silence qui avait jeté sa chape de plomb entre elles. Aveugle à l'autre, elle ne se rendit pas compte tout de suite qu'Alerie s'était levée, quittant ses côtés pour trouver refuge et contenance au milieu de la pièce asphyxiée. « Hé bien... Tu en avais des choses sur le cœur. Si je ne t'avais pas priée ici, ce soir, aurais-tu continué à garder pour toi tout ça encore longtemps ? » La voix blanche, le murmure brisé, ramena Wendy à la pièce familiale qui se jouait ici, lui faisant lever des yeux hagards et chercher du regard sa sœur disparue. Bien sûr que je n'aurais rien dit, ne me connais-tu point ? Si elle brûlait de lui répondre d'une voix abattue où perlerait le regret, sa gorge, elle, restait nouée, coinçant ses paroles en l'en étouffer. Son visage était fermé, hermétique, les traits durs, autant d'artifices parfaitement maîtrisés pour simuler une force factice... mais ses yeux égarés, hébétés, luisant de larmes contenues la trahissaient. Ici, au creux de ces prunelles sombres se lisaient le Désespoir et la Perdition. Son cœur se fendit en deux en apercevant son aînée, véritable spectre hantant la chambre, d'une blancheur extrême et traînant sur elle un voile d'affliction. « Je sais que tu ne veux que mon bien. Que tu t'y acharnes, même. J'espérais que tu n'en douterais pas autant... Pardonne-moi. Mais par les Dieux, Wendy, comme tu peux être dure... » Une boule lancinante remonta de ses entrailles, véritable torrent affluant jusque dans ses yeux, les embrouillant encore un peu plus d'une fine pellicule d'eau. Instinctivement, ses doigts se resserrent, froissant l'étoffe précieuse composant ses jupes. Silencieusement, elle se flagelle, consciente sans se l'avouer qu'Alerie avait raison. Mais par les Sept, trop de douleurs... C'était trop de douleurs amères qu'elle n'en pouvait supporter...

« Je te néglige. Pour quelqu'un qui se sent délaissée, tu as bien vite pris le ton de la Cour... Il te va mal. Au moins autant qu'à moi ! Je te propose que nous l'abandonnions pour ce soir. » Ca y est, la colère arrive. Tout dans son maintien, dans son regard, crie à l'ire menaçant de tout détruire sur son chemin. Mais patiente, Wendy décide de l'écouter, tout comme sa sœur l'avait fait, respectant son flot de désolation qui n'avait demandé qu'à éclater. Cependant, elle se pare d'un air méprisant. Que croyait-elle ? Qu'elle allait se laissait dévorer par les courtisans, préférant attendre sagement dans sa chambre alors que le monde s'étendait sous ses yeux avec son lot d'opportunités ? L'inaction ne lui seyait pas, cela faisait trop longtemps qu'elle attendait. Trop longtemps. « Qu'est-ce que j'aurais dû faire, selon toi ? Lui planter un couteau dans les reins dès ma descente du carrosse ? Empoisonner son vin en plein banquet ? L'étrangler de mes propres mains tout en lui besognant les reins tout en criant "Justice pour Château-Rosières" ? C'est ça ? C'est ça que tu voulais ?! » La déflagration fut dévastatrice, Alerie s'autorisant à déferler sa fureur contre les murs couverts de tapisseries criant l'opulence. « Non. » Un mot. Un seul. Articulé avec calme et fermeté, presque inaudible sous l'assourdissante colère de la Furie des Eaux. Wendy avait baissé les yeux, ne supportant de voir sa sœur délirer tout à coup et mettre dans sa bouche des paroles et pensées qui ne lui avaient jamais traversé l'esprit. « Tu ne comprends rien », siffle t-elle entre ses lèvres serrées par l'amertume de se voir tant incomprise. « C'est toi qui m'as poussée dans son lit ! Toi qui m'as suppliée de me plier au devoir conjugal pour le salut de mon âme ! Mon âme ! Et regarde-moi, je suis grosse à présent, pour le salut de mon âme ! » Et voilà, entraient en scènes les accusations. Alerie gesticulait, habitée par une folie foudroyante. A ce spectacle avilissant, Wendy offrait une mine de plus en plus fermée, un sourd vent de colère gonflant peu à peu en son sein. Ses sourcils étaient froncés, sa mâchoire serrée à lui faire mal aux dents et de nouveau, son corps fut pris de tremblements incontrôlables. « Tu ne comprends pas ce que je dis... » Mais la rage rendait sourde Alerie. « Et quoi encore ? Ah oui ! Renvoyer Allyria, aussi ! Pour ne te garder que toi, toujours avec moi, toujours derrière, à me surveiller, mon contrôler, me faire entendre raison. "Alerie, ne bois pas trop !" "Alerie, maîtrise-toi !" Je n'en peux plus de me maitriser ! J'étouffe ! Tu comprends, ça ?! J’ÉTOUFFE ! »

D'un geste insensé et excessif, elle arracha sa robe de chambre, respirant de façon frénétique, secouée de larmes inarrêtables et marchant d'un pas effréné dans la chambre. Wendy s'était raidie, lâchant un hoquet de surprise face à ce geste déraisonnable. Mais rien, rien, ne pourrait atténuer l'impact de la flèche qu'elle venait de lui décocher. Etait-elle donc à ce point un poids pour elle ? Elle qui ne voulait que son bien, elle qui la couvait, la protégeait... Etait-ce là tout le remerciement qu'elle aurait pour sa dévotion ? Elle qui, malgré ses nombreuses stratégies, ne calculait jamais les gestes tendres qu'elle avait pour sa sœur ? S'était-elle à ce point trompée de voie pour ne provoquer que la rancœur chez celle qui représentait tout pour elle ? Le choc la paralysa, et ses yeux hagards brouillaient sa vision. « Tout ce que je fais, c'est pour nous ! Tu ne l'as toujours pas compris ? » Une pulsation trop forte manqua de faire éclater le cœur meurtri de la cadette. Elle se leva d'un bond, l'anxiété envahissant tout son être. Elle brûlait de calmer sa sœur, de la saisir, la serrer dans ses bras pour éteindre le brasier qu'elle avait allumé et qui menaçait de la consumer toute entière. Elle ne souhaitait que lui prodiguer quelques caresses consolatrices, l'embrasser pour pleurer avec elle, pour se noyer dans leur chagrin commun, dans leur amour trop grand pour elles et qui ne faisaient que les faire agir de façon irrationnelle. Alerie marchait de long en large, et Wendy avançait d'un pas hésitant, tentant de la suivre, étirant une main vers sa sœur... mais ses doigts ne se referment que sur le vide. Véritable tornade d'affliction, Alerie va trop vite pour ses sens engourdis par les coups répétés portés contre son âme même. Ce n'était pas tant les mots de son aînée que de la voir ainsi brûler sur place. Elle ne vivait que pour la protéger du mal, mais le mal semblait cette fois émaner d'elle-même... « Tu crois que ça m'amuse de jouer les suzeraines ? De parcourir les maisons à écouter des doléances ? De faire la précieuse entourée de mes femmes, à complimenter le troubadour spécialement dépêché pour me divertir ? Tu ne vois donc pas ? Tu ne me connais donc pas mieux que ça ? Mais J'EN CRÈVE de cette vie ! J'en crève de cette cage dorée, de ce mari qui me fait de belles promesses alors qu'il y a moins d'un an encore, il me promettait la mort de ses mains ! Et si je me retiens d'exécuter ce que je me suis jurée, c'est uniquement pour toi ! Oui, pour toi, espèce de petite INGRATE ! Tant que tu n'es pas en sécurité, je ne peux RIEN faire. RIEN ! Et comme tu as pu me le rappeler, j'ai déjà perdu un frère et ma mère de lui. Tu ne comprends donc pas ? » Elle n'était que boule de douleur, en proie à une folie démesurée, véritable lionne en cage hurlant tout son saoul pour expulser un mal qui la rongeait. Impuissante, Wendy la suivait du regard ; démunie, elle se laissait accabler par une tristesse insatiable, se repaissant de ses larmes qui maintenant coulaient abondamment, lui mangeant son visage de porcelaine. Oh Alerie, mais qu'avons-nous fait ? « tu ne comprends donc pas que le masque protocolaire et les privilèges, les titres et tout le reste, c'est pour qu'il ne se prenne pas à toi ?! »

La dame du Roc s'était arrêtée, plongeant un regard rempli de larmes, rempli de hargne dans celui de sa cadette. Le temps se suspend, le silence tombe, implacable, simplement perturbé par les deux respirations erratiques. Lentement, Wendy amorce un mouvement. Un pas, deux pas. Elle avance avec précaution comme pour ne pas effrayer l'animal blessé se trouvant devant elle. Il ne fallait pas qu'elle ravive le feu dévastateur, elle ne devait pas lui permettre de continuer de consumer leurs deux êtres abîmés. Mains tendues, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, elle approche, mais déjà Alerie se recule, possédée par sa colère douloureuse. Alors Wendy saisit son bras avant qu'elle ne se défile, luttant quelques secondes contre la pauvre souffrante qui se débattait pour la rejeter. Mais c'était sans compter sur l'éternelle détermination de la Pieuse des Eaux, celle qui ne tolérerait pas qu'on l'écarte encore sous couverts de sentiments trop complexes pour être bénéfiques. Elle jette sa tête en arrière, évitant les coups maladroits que son aînée jetait sans viser, dans le seul but de se libérer. Fermement, elle enroule ses bras autour d'Alerie, la maintenant contre son sein, opiniâtre, leurs deux cœurs battant à l'unisson une symphonie déchirante. Elle lutte encore, cette sœur courageuse, tressautant entre ses bras serrés, laissant exploser une multitude de sentiments contradictoires. Alors Wendy murmure des paroles douces, passant par dessus l'épouvantable nœud dans sa gorge, s'obligeant à ne pas céder aux sanglots tumultueux qui ne demandaient pourtant qu'à sortir. « Arrête... Chhhuuut... Calme-toi mon ange... Arrête. Tout ira bien... Sèche tes larmes... » Mais le barrage qu'elle s'était imposé céda. En sanglots, la plus jeune explose, serrant contre son cœur cette sœur qu'elle aime, qu'elle hait, qu'elle adore tout à la fois. Cette sœur qu'elle a blessé, trop absorbée par son propre mal pour en deviner le sien. Cette part d'elle qui la retient à la vie et la fait vibrer de sentiments dépassant l'entendement. Fébrile, elle caresse d'une main presque affolée la longue chevelure de blé ; bouleversée, pleine de douleur, elle dépose des baisers pressés et ardents contre les tempes en sueurs, murmurant des mots contre la conque de son oreille. « Pardonne-moi... Oh Alerie pardonne-moi ! Que les Dieux nous pardonnent à toutes deux d'être à la fois tellement semblables et différentes ! »

Son cœur saigne, et l'afflux trop important de sentiments la dépassant acheva de la terrasser. Elle s'écarte, le visage dévoré par les larmes, et porte les deux mains d'Alerie à ses lèvres, embrassant ses paumes... avant de tomber à genoux, foudroyée par ce trop-plein d'émotions. De ses mains tremblantes, elle s'accroche à la fine chemise de nuit, enfouissant son visage dans le tissu fluide. « Ne me déteste pas, je t'en supplie... » Un murmure dans la nuit. Une peur lui glaçant le sang. « Je n'ai que toi... Ne nous déchirons pas plus encore quand notre désir commun est de réunir notre famille... » Seule. Elle s'était sentie si seule ces derniers mois. Abandonnée. Son corps frémissait, tolérant avec difficulté cet amas de sentiments jusqu'alors refoulé avec un soin tout particulier. D'une voix chevrotante, gardant ses yeux clos contre le giron de sa sœur, elle continue son plaidoyer. « Tu ne me comprends pas. Tu n'as jamais compris mes intentions. Tu ne comprends pas que j'étouffe moi aussi. Tu ne comprends pas que la protection que tu penses me donner ne fait que me tuer à petit feu. Tu ne comprends pas que m'écarter, m'éloigner de toi, de lui, d'eux ne fait que nous affaiblir toutes les deux. Seules, nous ne pouvons rien. Rien d'autre qu'une pauvre survie en ce monde délétère. Mais unies... » Wendy relève un regard ardent, luisant de larmes, vers Alerie. « Quand comprendras-tu qu'il s'agit de nous. Nous deux contre le monde. »

Elle déglutit avec difficulté, son cœur au bord des lèvres. Il fallait qu'elle comprenne qu'elle n'avait pas besoin de la mettre en sécurité. Elle n'était en sécurité qu'auprès d'elle, dans leur relation fusionnelle, âme contre âme, toutes deux unies contre l'adversité, plus forte ensemble que seules chacune de son côté sous prétexte de protéger l'autre. « Je n'ai pas besoin de protection. Je n'ai besoin que de ma sœur, ma complice, mon alliée, ma confidente... Ne me mets pas à l'écart en pensant m'épargner et me mettre en sécurité, tu ne provoqueras que mon désespoir et mon lent trépas... N'avons-nous pas déjà trop perdu pour nous séparer encore ? Je n'ai pas peur. Il arrivera ce qu'il doit arriver, j'ai remis ma vie entre les mains des Sept et si je dois mourir au moins saurai-je que je l'ai fait arme au poing et cœur en avant. Pour nous. Pour notre famille. Ne me prive pas de ça. » Un soupir s'échappa d'elle, presque moqueur. « Tu sais, Alerie, tes beaux sentiments à mon égard ne valent rien si tu ne me les montres pas et ne les partagent pas avec moi. Ne t'étonne pas de devoir affronter nos incompréhensions communes. » Forçant un faible sourire sur ses lèvres gonflées par les pleurs répétés, Wendy essaya de détendre ses traits et d'illuminer son ton. « Et crois-tu réellement que je te laisserai le plaisir de te venger toute seule ? J'ai toujours su que tu étais égoïste mais là tu atteints des sommets... »

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Mer 1 Nov 2017 - 15:56




A l'Aube d'une Nouvelle Ère
Trop. Trop de silences. Trop de non-dits. Trop d'heures passées sous le masque, trop de cris retenus. Trop de douleurs ressenties sans jamais les panser, trop de rancœur accumulée sans jamais s'en confesser. Trop de tout. Il fallait que ça sorte. Et tant pis si ça faisait mal. Sans distinction, sans mesure, c'était un flot inépuisable de paroles qu'elle n'arrivait plus à retenir et qui se déversait, et dans lequel les : « Non. » et les : « Tu ne comprends rien. » devenaient sourds. Je ne veux plus t'entendre ! Je ne veux plus t'entendre ! Debout, le teint blême et les yeux rougis, les cheveux en bataille et le souffle court, Alerie fixait Wendy avec un air de possédée. Son regard brillait d'une lueur fiévreuse, et son front luisait d'une sueur tiède. « C'est ça que tu voulais ? » fit-elle encore, la voix néanmoins affaiblie, presque murmure. « C'est ça que tu voulais ? » répéta-t-elle, tandis que sa poitrine se soulevait à un rythme décousu. Elle avait du mal à respirer. Elle avait mal. « Ah ! » s'écria-t-elle alors, une douleur fulgurante lui transperçant soudain le ventre, pliant son corps en deux. C'était comme si on la poignardait d'une lame chaude et pointue, et les yeux un instant clos, elle les rouvrit, écarquillés d'effroi, portant une main tremblante et soudain glacée à son bas ventre qui la lançait. « Ah ! » gémit-elle une nouvelle fois, cherchant de sa main libre quelque chose où se rattraper, sentant que ses jambes chancelaient, que ses chevilles tremblaient et que sa tête, soudain, se mettait à tourner. Elle se sentait partir, prise de vertiges, tomber, sombrer... Que m'arrive-t-il ? Mais alors qu'elle sentait les vapeurs prêtes à l'emporter, deux mains la rattrapaient, deux bras la retenaient. Et la voix, douce comme autrefois, balbutiait à s'en déchirer la gorge : « Arrête... Chhhuuut... Calme-toi mon ange... Arrête. Tout ira bien... Sèche tes larmes... »

Son premier réflexe fut de se détacher. Laisse-moi tranquille ! Que croyait-elle ? Qu'après les reproches, et sous le prétexte de lui être le soutien de toujours, elle pourrait se racheter ? C'était trop facile ! Quand bien même la chaleur de ses mains réchauffait ses épaules tremblantes, les mots doux apaisaient son souffle beaucoup trop court, quand bien même... Mais c'était si doux d'être à nouveau dans ces bras ! Ils savaient mieux que d'autres l'envelopper, et elle avait si mal... Mais c'est trop facile ! Lâche-moi ! Elle se cramponna à ses bras, entre envie de fusionner complètement dans cette étreinte, et fou ressenti de s'en défaire et de la renvoyer sans ménagement. « Pardonne-moi... Oh Alerie pardonne-moi ! Que les Dieux nous pardonnent à toutes deux d'être à la fois tellement semblables et différentes ! » Elle avait envie de la griffer. Je ne veux pas te pardonner ! Lâche... Lâche-moi... ! Contre son oreille, Wendy murmurait encore, toujours... Plus douce, plus présente que jamais... Alors, elle cessa de lutter. A quoi bon ? Elle avait si souvent souhaité être dans ses bras qu'à présent, les refuser sonnait faux. Et puis elle avait, elle aussi, besoin de se sentir proche d'elle, alors... Alors, Alerie se laissa aller contre ce corps au moins aussi fragile que le sien, nichant sa tête au creux de ce cou qui se noyait des mêmes larmes que les siennes. « Ne me déteste pas, je t'en supplie... » Elle sourit faiblement contre sa peau. La détester ? Pourquoi ? « Je n'ai que toi... Ne nous déchirons pas plus encore quand notre désir commun est de réunir notre famille... » « Je... je ne te déteste pas... Je veux juste comprendre pourquoi tu ne te... » « Tu ne me comprends pas. Tu n'as jamais compris mes intentions. Tu ne comprends pas que j'étouffe moi aussi. Tu ne comprends pas que la protection que tu penses me donner ne fait que me tuer à petit feu. Tu ne comprends pas que m'écarter, m'éloigner de toi, de lui, d'eux ne fait que nous affaiblir toutes les deux. Seules, nous ne pouvons rien. Rien d'autre qu'une pauvre survie en ce monde délétère. Mais unies... » Leurs deux regards emplis de larmes se croisèrent. Elles n'étaient jamais que eux désespérées qui se raccrochaient au plus petit morceau d'espoir. « Quand comprendras-tu qu'il s'agit de nous. Nous deux contre le monde. »

Nous deux contre le monde ? Ainsi s'étaient donc véritablement réduites leurs vies ? Se pouvait-il qu'il ne restait plus rien aux sœurs Piper sinon l'intime conviction d'être livrées à elles-mêmes ? Pourtant, Wedny semblait si bien accommoder de leur vie à Castral-Roc ! Elle se souvenait encore de ses yeux ébahis, de ses impeccables courbette, de son respect des règles dès l'instant où elles avaient été énoncées. La où elle, Alerie, avait tout fait pour élaborer des plans d'évasion ! « Je n'ai pas besoin de protection. Je n'ai besoin que de ma sœur, ma complice, mon alliée, ma confidente... Ne me mets pas à l'écart en pensant m'épargner et me mettre en sécurité, tu ne provoqueras que mon désespoir et mon lent trépas... N'avons-nous pas déjà trop perdu pour nous séparer encore ? Je n'ai pas peur. Il arrivera ce qu'il doit arriver, j'ai remis ma vie entre les mains des Sept et si je dois mourir au moins saurai-je que je l'ai fait arme au poing et cœur en avant. Pour nous. Pour notre famille. Ne me prive pas de ça » C'était horrible d'entendre ces mots de sa bouche. Wendy la douce, Wendy la raisonnée. Si elle en avait douté, elle pouvait à présent juré que, comme elle, comme Alysanne, comme Loric - comme tous les survivants de Château-Rosières - Wendy avait vue sa vie brisée. Elle ne l'extériorisait pas comme son ainée, mais sans doute la vue de... « Tu sais, Alerie, tes beaux sentiments à mon égard ne valent rien si tu ne me les montres pas et ne les partagent pas avec moi. Ne t'étonne pas de devoir affronter nos incompréhensions communes. » « Mais je n'ai jamais... » « Et crois-tu réellement que je te laisserai le plaisir de te venger toute seule ? J'ai toujours su que tu étais égoïste mais là tu atteints des sommets... »

La vengeance. En avait-elle encore seulement envie ? Elle ne savait plus. Elle était perdue, et sottement, elle avait cru protéger les siens en ne laissant rien paraitre. Pourtant, elle avait juré. Elle avait juré à la minute où Garett Lannister avait foulé la terre mêlée de sang de ses ancêtres, et qu'elle lui avait craché à la figure. « ASSASSIN! » Il l'avait toisée de toute sa hauteur, cette fille couverte de boue et à genoux devant lui, les yeux sortis de leurs orbites, les mains crispées, prêtes à le griffer. On venait d'apporter le corps de Corvin aux pieds de ses pairs, cependant que de l'autre côté, un horrible cri s'élevait dans la brume du soir : celui de Wendy, blanche et effrayée, à la vue d'un amas de chair putride, dont les entrailles fumantes pendaient le long de la grille qu'on fleurissait de pousses sauvages à chaque début de Printemps... Il avait laissé massacrer sa mère. Il avait tué son frère. Il s'était essuyé le visage avec la bannière Piper. Il les avaient divisés, détruits et humiliés. Elle avait juré. Juré qu'elle diviserait, détruirait, humilierait à son tour les Lannister. Et plus encore quand, plus tard, il avait osé lever la main sur elle. Qu'il l'avait menacée. Et aujourd'hui ? Que restait-il de son serment ? Que restait-il d'Alerie Piper, fille ainée de lord Vitor et lady Laurine ? Que restait-il de cette chef de famille de fait ? Une femme, un ventre, trop faible pour défendre les siens, trop aliénée pour n'être autre chose qu'un pion dans un jeu bien trop grand pour qu'elle n'en comprenne les règles... « Wendy, je... » commença-t-elle, mais sa voix se brisa. Elle ressentait à nouveau la douleur, et elle se cramponna à nouveau à son bras. Elle leva les yeux vers sa sœur, implorante. « Je... j'ai mal... J'ai mal ! »

Tandis qu'elle se laissait doucement assoir, elle tendit une main vers le visage de sa sœur. « Ne pleurs pas... Tu n'es déjà pas très drôle, alors si en plus tu te mets à pleurer... » Instinctivement, elle avait retrouvé le ton de leur enfance, et malgré la douleur, elle lui tira un bout de langue espiègle. Comme du temps où elles se chamaillaient. Du temps où elles étaient pauvres, mais si riches... Du temps qu'elles avaient juré qu'il renaitrait. « Je ne voulais pas te blesser... Je pensais qu'en rentrant enfin dans mon rôle de Suzeraine, je pourrais faire la différence... Au lieu de ça : je t'ai éloignée, j'ai laissé Garett prendre le dessus sur Loric, et Alysanne... Alysanne a été envoyée chez les Tully après avoir porté le domaine à bout de bras. » Elle poussa un soupir, qui contracta ses muscles et accentua la douleur. Elle ferma les yeux et porta une main à son ventre. Ce ventre qui ne lui appartenait plus non plus, qu'il avait pris, lui aussi. « Et puis regarde moi. Je suis devenue une poule pondeuse, sa poule pondeuse... Une fois de plus, je me suis laissée prendre au jeu. Alors que j'avais juré que non. » Elle eut un rire nerveux. Elle répétait les mêmes erreurs, et elle savait qu'elle le paierait cher. D'une façon ou d'une autre. C'était ridicule. « Je me suis laissée abuser... Je pensais avoir le contrôle, mais c'est encore et toujours lui qui a le dessus... Je te jure que j'ai essayé. Mais c'est plus fort que moi. Dès que je suis avec lui, je... » Elle n'arrivait même pas à poser des mots dessus. C'était viscéral, et pourtant, naturel. A chaque fois qu'elle s'efforçait de les haïr, ces Lions du Roc qui lui avaient tout pris, elle ne pouvait s'empêcher de vouloir être comme eux. C'était grisant, quelque part. Ne plus être parmi les faibles, mais bien parmi les forts. Être maitre de son propre destin, pour une fois ! Mais elle n'était pas maîtresse. Simplement femme. « J'avais tort. J'ai besoin de ton aide. J'ai besoin de toi, ma sœur. »
©️ Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: A L'Aube D'Une Nouvelle Ere    Lun 6 Nov 2017 - 19:42


Alerie et Wendy

A l'aube d'une nouvelle ère.




Elle autorisait enfin ses sentiments profonds à éclater au grand jour, déferlant leurs vagues de douleur contre ce corps qu'elle serrait contre le sien, se noyant dans un torrent de larmes retenu trop longtemps et qui avait fini par briser les derniers remparts de sa volonté de fer. Elle était là, sa sœur, enfin là, dans ses bras, auprès d'elle. Comme elle lui avait manqué, ce double contraire, l'autre face de la pièce Piper sans qui elle ne pouvait rien, sans qui elle n'était rien. Et ses larmes avaient redoublé quand elle avait senti Alerie relâcher ses muscles, se détendre et abandonner cette lutte insensée que les deux sœurs menaient contre elles-mêmes, contre leurs souffrances communes, contre le mal qui rongeait leur chair et leur âme... pour fusionner dans leurs sentiments destructeurs. Enfin, elles baissaient chacune leur barrière pour pleurer ensemble et expulser le venin qui s'était lentement distillé en elles, venant empoisonner leur relation au lieu de la renforcer. Et tout ceci pourquoi ? Pour un homme, pour une famille, pour un statut... pour une accumulation d'incompréhensions et de non-dits. Les Lannister. Les Lannister et leur puissance. Les Lannister et leur or. Les Lannister et leurs divines illusions. Mais ce n'était que ça : des illusions, des tours de passe-passe, de la poudre aux yeux. Briller pour mieux éblouir et aveugler tous ceux qui n'étaient pas eux, pour mieux les manipuler et arriver à leurs fins. Mais Wendy savait. Elle connaissait la noirceur de leurs âmes et les leurres dont ils usaient sans vergogne. Et elle avait craint plus que tout qu'Alerie oublie en se laissant charmer par le statut qu'ils lui conféraient, en se laissant abuser dans le secret espoir que la vie redevienne douce et simple. Un bonheur factice, mais un bonheur quand même et qui nécessitait le sacrifice de la vengeance qui pourtant les consumait toutes les deux.

Mais elle s'était trompée. Lourdement. Et aujourd'hui enfin débutait peut-être la nouvelle ère Piper, celle qui les mènerait à l'accomplissement de leur vengeance et qui laverait l'honneur de leur famille.

Wendy était sourde à son tour, crachant ses confidences comme elle évacuerait une mauvaise maladie, se repaissant du contact fraternel qui lui avait tant fait défaut ces derniers mois, ces dernières années. Et elle l'écoutait, cette sœur, elle lui prêtait enfin une oreille attentive et alors qu'elle plongeait un regard embué de larmes d'espoir dans celui d'Alerie, il se voila subitement d'une ombre d'inquiétude tandis que sa sœur grimaçait en portant une main à son bas ventre. « Wendy, je... La voix de la blonde se brisa pour se transformer en sifflement de douleur... Je... j'ai mal... J'ai mal ! » Alerie se cramponnait à son bras et la cadette la menait lentement et précautionneusement vers une chaise qu'elle tira d'un coup sec pour la placer presque sous sa sœur, pour lui causer le moins d'effort possible. La culpabilité l'envahissait soudain. C'était sa faute, la faute de cette dispute stupide qui aurait pu, qui aurait dû être évitée en s'exprimant bien plus tôt avant de laisser pourrir la situation. Pourquoi diable avait-elle hérité de ce trait de caractère ? L'intériorisation de ses sentiments, ce contrôle permanent sur sa personne, était à la fois une bénédiction et une malédiction et aujourd'hui elle risquait d'en payer les conséquences... Une fois son aînée en sécurité, Wendy s'agenouilla à ses côtés, retrouvant les gestes de son enfance, lorsque le soir, les sœurs Piper s'asseyaient aux pieds de leur mère pour mieux la contempler et la gratifier de leurs regards admirateurs et remplis d'amour. Alerie avait pris cette place dans son cœur, une place de choix, une place sans doute trop lourde pour la jeune suzeraine. Mais elle méritait cette position et Wendy s'était jurée de la protéger, mieux qu'elle avait protégé sa mère... Elle observait Alerie d'un œil scrutateur et soucieux et se laissa submerger par un sentiment puissant quand la douce main consolatrice vint trouver sa joue. Elle se blottit contre cette paume chaude comme pour ne plus jamais la quitter, comme pour en ressentir tout l'amour et lui prouver le sien, fermant les yeux et posant sa propre main sur celle de la future mère. « Ne pleurs pas... Tu n'es déjà pas très drôle, alors si en plus tu te mets à pleurer... » La cadette lâcha un petit rire, son visage irradiant d'un sourire d'un simple bonheur retrouvé, ses larmes se tarissant à force de caresses. La tendresse était revenue, les enveloppant toutes deux de sa chaleur bienfaitrice, pansant leurs blessures et embaumant leurs âmes d'un cocon protecteur. Même la petite langue venue narguer la cadette, vestige de leur enfance, réchauffa son cœur et lui rendit une assurance, une sérénité de l'esprit qu'elle avait cru disparue.

« Je ne voulais pas te blesser... Je pensais qu'en rentrant enfin dans mon rôle de Suzeraine, je pourrais faire la différence... Au lieu de ça : je t'ai éloignée, j'ai laissé Garett prendre le dessus sur Loric, et Alysanne... Alysanne a été envoyée chez les Tully après avoir porté le domaine à bout de bras. » Alerie expira sa douleur, portant une main sur son ventre plein d'une promesse future. D'un même mouvement, Wendy posa sa main sur celle de sa sœur, entrelaçant ses doigts dans ceux d'Alerie comme pour lui attester sa présence éternelle, son aide sans concession et son soutien inconditionnel. La Pieuse afficha un faible sourire, pauvre encouragement à sa sœur souffrant d'un mal qui lui était inconnu et elle riva son regard dans le sien, un regard empli de l'affection la plus pure et lui promettant que tout irait bien. « Inspire profondément et expire très lentement... Je suis là... » Elle joignit le geste à la parole, respirant profondément comme pour encourager sa sœur à le faire et à imiter ses gestes, sa main toujours entremêlée à celle de son aînée.

« Et puis regarde moi. Je suis devenue une poule pondeuse, sa poule pondeuse... Une fois de plus, je me suis laissée prendre au jeu. Alors que j'avais juré que non. » Elle eut un rire nerveux, empreint d'une ironie acide, qui ne provoqua qu'une pique de douleur dans le cœur de la plus jeune... Alerie se flagellait elle-même pour un acte qu'elle ne devait qu'à sa sœur... Ce n'était pas juste. Et si faute il devait y avoir, elle était largement partagée. « Ne sois pas trop dure avec toi-même ma sœur... Dois-je te rappeler qui t'a convaincu de rejoindre le lit conjugal ? Qui t'a convaincu que ton âme était en jeu en refusant d'accomplir l'acte sacré du mariage ? Qui t'a persuadé qu'un enfant, ce pauvre enfant innocent qui n'a rien demandé à ce monde cruel, serait le meilleur pion dans notre jeu d'échec ?... » Wendy lui étreignait la main, plongeant un regard brillant d'une flamme coupable dans celui de la dame de Castral Roc. « Ne te blâme pas ainsi, ne te blâme pas pour des faiblesses légitimes... et j'ai aussi mon lot de fautes à expier... » Elle baissa ses yeux bruns, en repentance. « Je n'ai pas hésité une seconde à te sacrifier sur l'autel de ma vengeance, ne songeant qu'à l'avancement de notre situation, qu'à rendre à Loric les titres qu'il méritait... sans jamais penser à ce que cela pourrait te coûter... » Elle se pinça les lèvres, une effroyable réalisation coulant son eau glaciale en elle. « J'ai fait de toi un pion sur mon échiquier, pensant que tu avais perdu la foi en notre cause... agissant de la même abjecte manière que ceux que je méprise et que je brûle de voir trépasser les uns après les autres, dans le sang et la déchéance. Je n'avais pas le droit de te faire ça. » Lentement, elle déposa un baiser sur la main de sa sœur, cherchant la rédemption. Comment pouvait-elle lui reprocher d'avoir peu à peu céder face à une épreuve aussi grande, aussi difficile et emplie de tentations ? Cependant, Alerie continuait ses fustigations, autant de justifications pour se faire comprendre de sa jeune sœur.

« Je me suis laissée abuser... Je pensais avoir le contrôle, mais c'est encore et toujours lui qui a le dessus... Je te jure que j'ai essayé. Mais c'est plus fort que moi. Dès que je suis avec lui, je... » Les mots semblèrent lui manquer, fouillant les tréfonds de son âme pour expliquer un sentiment qui relevait de l'irrationnel. « J'avais tort. J'ai besoin de ton aide. J'ai besoin de toi, ma sœur. » « Et je suis là. Je serai toujours là. Et j'avais tort de te condamner alors que je sais à quel être fourbe nous avons affaire. » Wendy avait planté un regard déterminé dans celui d'Alerie, brûlant d'une flamme ardente où pointait la haine. « Nous avons besoin l'une de l'autre, nous devons jouer le garde fou de l'autre, sans hésiter à pointer du doigt nos erreurs, nos faux-pas ou nos fausses routes. Nous nous complétons et c'est à deux que nous parviendrons à rendre justice pour Château-Rosières. Il faut déjà se regrouper, rapatrier Alysanne et la libérer d'un joug inutile et qu'elle ne méritait pas ! J'ai déjà posé quelques jalons... et toi aussi, sans peut-être le vouloir... » Wendy pensait vite, ses yeux se tournant vers son for intérieur à mesure qu'elle laissait son esprit bouillonner de ses mille et unes idées. Rohanna Baratheon semblait s'être entichée des sœurs Piper, et la cadette en particulier. Elle lui avait même prié de l'accompagner au Septuaire il y avait quelques jours de cela... et elles avaient été rejointes par Oriane Tully, née Baratheon, celle-là même qui détenait entre ses mains l'avenir d'Alysanne... Ces nouveaux liens autrefois d'apparence inaccessible semblaient à portée de main aujourd'hui, et la Vierge n'avait pas tardé à comprendre qu'elle n'avait pas le droit de laisser s'échapper les opportunités. « Quant à Garett... Aux Lannister en général... Il va falloir manoeuvrer prudemment et sans hâte... Mais il faut commencer dès à présent... Tout se jouera sur les alliances, il faut choisir les bonnes. » Relevant des yeux ardents vers sa sœur, elle s'adoucit soudain, fondant en un sourire tendre alors qu'elle posait une main sur le ventre d'Alerie. Les courbes ne la trahissaient pas encore, mais Wendy pouvait déjà sentir cette petite vie grandir dans son sein. Son neveu, ou sa nièce. Leur espoir. Et qui ne devrait en aucun cas ressembler à son père et sa lignée de dégénérés tout en faisant sienne leur puissance.

« Le sens-tu, ce petit espoir qui grandit en toi ? Ou bien est-ce encore trop tôt ? » De sa paume irradiait une chaleur bienveillante, posée sur le ventre d'Alerie. Elle souriait, se demandant si déjà son aînée pouvait sentir les tressauts d'une vie à venir. « Il ne faudra pas qu'il prenne l'ascendant sur lui... ou sur elle, ce ne sera pas un Lannister, mais un Piper qui aura réussi à se faire la part du lion. C'est dès à présent que tu devras être vigilante, le cajoler pour endormir sa méfiance, tu n'en retireras que plus de liberté et de pouvoir... » Soudain, ses sourcils se froncèrent et elle leva un regard concerné vers la jolie blonde. « As-tu encore mal ? Veux -tu que j'aille chercher le mestre ? Veux-tu boire quelque chose ? Dis-moi et je ferai ce qu'il faut ! »

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
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