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 Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour

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Manfrey Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion, à Dorne
MessageSujet: Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour    Mer 11 Oct 2017 - 10:08




Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour
La nuit était tombée doucement sur Lancehélion, enveloppant la cité princière et son Vieux Palais d'un voile d'un millier d'étoiles. Haute dans le ciel, la lune déversait ses rayons pâles le long de la grande façade de pierres brunes, projetant les ombres des sentinelles aux aguets sur les chemins menant à la double entrée frappée de la Lance Ensoleillée. Derrière ses hauts remparts, à l'abri des regards indiscrets et surtout, de quelques esprits ennemis, le pouvoir Martell s'étalait dans toute sa splendeur : des dalles de marbre recouvrant les innombrables couloirs, salles de réceptions et jardins intérieurs où le clapotis des eaux des fontaines se mêlaient au chant de quelque guitare accordée pour rythmer la soirée, en passant par les sculptures, poteries, tapis et autres décorations de premier goût, dont les Princes et Princesses de Dorne aimaient à embellir leur intérieur. Plus qu'un fief, davantage qu'une résidence, le Vieux Palais était avant tout la vitrine d'un Royaume, le seul à avoir su protéger et faire prospérer son Indépendance, d'abord envers la menace Targaryen, puis tout le long de la Grande Guerre qui s'était achevée un an auparavant. Et alors que là-bas, dans la lointaine Port-Réal, on s'apprêtait à célébrer le sacre d'un tout nouveau Dragon, Dorne et les Martells restaient Insoumis, Invaincus et Intacts, jouissant sans avoir à en célébrer plus que de raison, la suprématie d'une culture vieille de plusieurs millénaires sur les terres les plus chaudes et indomptables de Westeros !

« Et tu n'as pas de regrets ? Certaine de ne pas avoir voulu y assister ? » D'un mouvement brusque, mais d'une sensualité qui lui était propre - son geste chassant délicatement de son épaule la soie un rien transparente de sa robe ocre - Arianna se retourna. Dos à lui, allongée lascivement sur une méridienne à observer depuis le grand balcon de leur chambre le jeu le ciel étoilé, le mouvement fit danser contre la lune ses longs cheveux blonds, et vriller son regard d'un vert profond dans celui de son époux. Le sourcil levé, un œil à demi caché par une longue mèche dorée, elle arborait un sourire mi surpris, mi moqueur qui chantait dans sa voix. « Y assister ? A quoi ? Tu veux parler du Couronnement ? » Manfrey acquiesça de la tête. Comme souvent adossé au mur, les bras croisés sur son torse, il observait depuis de longues minutes l'exquise silhouette féminine qui, de temps à autre, portait une coupe de Rouge Dornien frais à ses lèvres. Sous les boucles brunes et l'expression impassible, les prunelles d'un noir de jet scintillaient, entre envie et admiration. Et lorsque leurs regards se croisèrent, un instant happé l'un par l'autre, ce fut elle qui rompit le charme en rejetant son buste en arrière, éclatant de rire. Un rire délicieux, qui montait le long des longues colonnades peintes, et si communicatif qu'il se surprit lui-même à sourire de sa propre question. Alors, il se détacha du mur et glissa jusqu'à la méridienne d'un mouvement souple et agile, passant instinctivement un bras au creux des reins de la jeune femme, attrapant son corps cambré entre ses mains. Naturellement, il ferma les yeux en déposant un chaste baiser à la naissance de sa gorge, cependant qu'elle riait toujours. Le parfum de jasmin qu'elle dégageait le fit frémir, de même que la main qui passait entre ses cheveux et le rapprochait davantage encore d'elle. « Qu'est-ce que j'irais faire à Port-Réal ? » fit-elle enfin, encore secouée de rire, sa voix s'enrouant cependant à mesure que leur étreinte s'intensifiait. « Je suis beaucoup trop bien ici... » Alors, il sourit contre sa peau, longeant la courbe délicate de son cou avant de fondre sur ses lèvres, laissant échapper un soupir bienheureux.

Deux ans qu'ils étaient mariés, et deux ans qu'il ne réalisait pas encore totalement sa chance ! Deux ans qu'elle était sienne, à lui et à lui seul, et deux ans qu'il craignait chaque jour qu'elle ait le mal de son pays, de sa famille et de ces Couronnes dont elle aurait pu, fut un temps, prétendre aux sommets les plus ultimes. Elle était belle, elle était riche, et issue d'un sang dont les ambitions rivalisaient à jeu égal avec celui des Dragons ! Était-ce cela que Myrcella avait décelé, cela qui l'avait poussée à proposer ce mariage au Seigneur Garett Lannister, allié de circonstance dans la rébellion contre les Targaryen ? Peut-être. Mais lui qui ne l'avait pas vu venir, qui n'avait jamais cru se trouver à ce point au cœur des affaires diplomatiques de la Principauté, lui n'y avait pas été préparé. Ni à cette beauté qui l'avait transporté dès le voile relevé sur les beaux yeux verts, ni à cette ambition qui avait tant forgé son caractère et qui l'avait sans doute préparée à ce rang de Princesse davantage que le natif que le Martell avait épousé. Deux ans qu'ils vivaient un mariage arrangé, un mariage heureux, un mariage qui le comblait. Et tandis qu'il couvrait doucement le corps de sa femme de révérences, la sentir frémir contre lui décuplait un peu plus encore l'adoration quasi ensorcelante qu'il lui témoignait chaque jours et chaque nuit.

Sans doute auraient-ils passé encore de longues heures enlacées si un bruit de pas, une demande toquée contre la porte entrebâillée et une voix gênée ne s'était pas glissé dans le silence de leur intimité. « Hum... Hum...! » D'un même mouvement un rien pris en faute, les deux époux se redressèrent, et Manfrey offrit une mine défaite, rougie et un souffle un peu court au domestique au torse nu sous une livrée au blason familial, qui se tenait dans l'embrasure de la porte. Lorsque leurs regards se croisèrent, le domestique plongea à terre par un genou, les yeux happés par le sol. « Ou...oui ? » fit Manfrey, encore déboussolé. « Milles excuses, mon Prince, mais Son Altesse Sérénissime, la Princesse Nymeria, souhaite vous voir ! » « Maintenant ? Et à cette heure ? » répondit Arianna, plus habile à reprendre ses esprits, sentant les membres de son époux encore contre elle se raidir à l'évocation de sa cousine. « Ce sont les ordres de Son Altesse, Princesse Arianna... » « Les ordres ? Notre sérénissime cousine aurait-elle quelque chose à reprocher à mon époux ?! » Une nouvelle fois, le domestique baissa l'échine. Manfrey, de son côté, fermait les yeux. Il se serait risqué à un début de sourire en entendant le ton de sa femme - le ton de Castral-Roc qui ressemblait si fort à celui de son frère et de sa mère ! - mais la pensée de Nymeria à l'attendre comme un fauve guettant sa proie lui retournait l'estomac. « Bien... Si les ordres sont les ordres... » fit Arianna, lasse, et se laissant retomber mollement dans les coussins. Elle prit nonchalamment une mèche de ses cheveux qu'elle commença à faire tournoyer entre ses doigts. Manfrey, lui, n'avait toujours pas bougé. « Manfrey ? Manfrey...? » Il déglutit. Cherchant le regard de son épouse, il espérait que le sien soit serein. Le reflet qu'il put alors lire dans les beaux yeux vert le fit rougir davantage encore. « Elle ne va pas te manger... N'oublie pas qui tu es ! » ajouta-t-elle, en déposant un baiser faussement chaste au creux de sa joue brûlante. « Qui je suis...? » Alors, le sourire de la jeune femme s'agrandit : passant un bras dénudé autour de sa nuque, elle approcha sa bouche de son oreille pour y souffler : « Tu es l'héritier ! »

Pour toute réponse, il avait lâché un profond soupir. Après quoi, non sans l'avoir une dernière fois embrassé, il se redressa, lissa les pans de sa tunique et rajusta sa ceinture, se passa quelques gouttes d'eau sur le visage et, après un dernier regard, suivait les traces du domestique en direction des appartements privés de Nymeria. Le petit trajet - on devait tout de même traverser une bonne moitié du Vieux Palais - permit au jeune homme de retrouver quelque peu ses esprits. Arianna avait raison. Comme toujours. Si les relations entre les deux cousins n'avaient jamais été faciles, et que depuis les évènements tragiques qui avaient conduit à la Grande Guerre, il leur était devenu impossible de terminer une discussion sereinement, Nymeria le considérait encore et toujours comme son héritier. Et si cette position ne l'enchantait guère, elle était néanmoins la dernière chose que les reliait positivement. Aussi, au nom de ce lien, de cet héritage qu'elle semblait catégorique à vouloir lui transmettre, elle se devait tout autant de se contenir. Pourtant, il savait combien cela lui en coûtait. Et combien, malgré tous les efforts du monde, Nymeria était sanguine, irascible et entière. Combien elle était absolue, dans sa façon d'être comme dans sa façon de gouverner. Si elle l'avait fait mandé, c'était pour lui annoncer une décision. Et si par malheur, il se prenait l'envie de la contredire... « Tu souhaitais me voir ? Me voici. » fit-il, alors que le domestique s'était arrêté puis avait, sans un mot, ouvert une porte presque dérobée, que Manfrey avait reconnue comme une des entrées les plus privées et secrètes qui menaient au cabinet de travail de sa cousine. Il déglutit lentement. La manière dont elle l'avait appelé, le cadre qu'elle choisissait, tout désignait l'entrevue comme une audience officielle. Et pourtant, il faisait nuit noire à présent.

©️ Belzébuth

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Nymeria Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour    Mer 11 Oct 2017 - 22:43

 
Plus Chaude à Minuit qu'En Plein Jour

La salle à manger était plongée dans un silence quasi religieux, uniquement dérangé par le pianotement des doigts de Nymeria contre sa coupe. La nuit ne tarderait pas à tomber, et des torches avaient été allumées contre les larges colonnes qui bordaient la pièce alors que le soleil dardait le Palais Vieux de ses derniers rayons. A la gauche de la Princesse, Quentyn était assis, visiblement bien plus calme que sa nièce. Le siège à la droite de celle-ci, en revanche, demeurait désespérément vide. La tension qui régnait dans la pièce était palpable, que ce soit dans la stature encore plus droite que d’habitude des gardes à la livrée Martell, ou dans l’attitude des serviteurs, qui sentaient qu’ils devraient être encore plus réactifs que d’habitude s’ils ne voulaient pas encourir la colère de leur maîtresse.

« Par les Dieux, mais que fait-il encore... »

A peine Quentyn avait-il terminé de s’interroger que la dornienne poussa un long soupir agacé. Son oncle ne le savait dont pas ? La chose était pourtant claire dans son esprit à elle, et la dornienne n’en était que plus révoltée.

« Ce n’est pourtant pas compliqué. Ton fils est encore fourré entre les jambes de sa Lannister, comme chaque soir. Monsieur n’aura sans doute pas jugé bon de se présenter pour le dîner, ni même de nous prévenir. Je ne sais pas quel sortilège cette gamine lui a lancé, mais il est plus qu’efficace, ça je peux te l’assurer. Peu importe, je suis fatiguée de l’attendre.»

D’un geste sec, elle indiqua aux serviteurs d’amener le repas, ce que ceux- ci s’empressèrent de faire le plus discrètement possible. Quentyn, en conseiller de longue date, savait pertinemment ce qui allait suivre. Encore une fois, il devrait tenter de protéger son fils de l’ire de sa cousine, et empêcher celle-ci de prendre une décision trop hâtive pour régler le problème. Car problème il y avait, c’était clair : Manfrey était l’héritier du trône de Dorne, mais il ne l’acceptait pas, préférant rester près de sa femme, et de ses livres, plutôt que de prendre le rôle qui était le sien, à la droite de Nymeria, et son siège vide n’en était qu’une triste illustration. La Princesse Régente, elle, perdait chaque jour le peu de patience qu’elle avait pour son cousin, d’autant plus maintenant qu’elle avait décidé de la prochaine direction que prendrait la nation du Soleil et de la Lance. Le silence retomba pendant quelques minutes durant lesquelles le duo mangea en silence, Quentyn attendant patiemment que sa nièce finisse par exploser, comme elle ne tarderait pas à le faire. C’était le cas à chaque fois.

« Mais pourquoi a-t-il fallu que Mère le marie avec elle ?! Pas un jour se passe sans que je ne trouve une autre raison pour laquelle cet idiot devrait être séparé d’elle ! Il se laisse complètement consumer par son affection pour sa chère femme, quitte à négliger sa propre famille ! Et il faudrait que je laisse passer la chose encore une fois, peut-être ?! »

« Il est jeune et amoureux, Nymeria, tu sais ce que c’est, laisse lui le temps de... »


S’empourprant un peu plus, la Martell fixa son conseiller d’un regard mauvais. Croyait-il qu’elle ne savait pas ce que c’était qu’être éprise de quelqu’un ? Mais ces tentations, elle avait appris à les faire passer au second plan, pour le bien de ses terres et de son peuple. Tristam n’avait pas pu le faire, lui, et il suffisait d’y repenser pour voir où ses errances avaient mené le pays. Des bâtards qui se croyaient permis de revendiquer le Trône de Dorne, pour commencer, sa propre mort par la suite. S’il n’avait pas été si esclave de ses pulsions, peut-être serait-il encore à sa place aujourd’hui, mais dans tous les cas sa sœur n’aurait pas eu à devoir régler les innombrables problèmes que posaient les envies non réprimées de son frère. Elle avait pleuré sa mort, comme tous, mais elle seule comprenait les vraies conséquences du règne de son frère adoré.

« Manfrey a eu tout le temps du monde pour se faire à sa nouvelle condition, j’ai suffisamment écouté tes conseils à son sujet, mon oncle ! Des mois durant j’ai fait preuve de patience, et qu’est ce que j’ai récolté ? Mon propre héritier semble me porter moins de respect que mon pire ennemi, cet ingrat ne daigne même pas se présenter à ma table ! »

Désignant le siège vide d’un geste rageur, Nymeria empêcha son oncle de rétorquer quoique ce soit. Les faits étaient là, il ne pouvait le nier. Jusque là, il avait réussi à tempérer les idées de Nymeria concernant la manière d’amener Manfrey à accepter ce nouveau rôle, la convainquant de le laisser se faire à l’idée par lui-même. Mais ce temps était révolu à présent, et toute la patience du monde ne ferait pas changer d’avis la plus sanguine des Martell.

« Désormais, il prendra sa place d’héritier à ma manière, quitte à ce que sa vie devienne l’un des Sept Enfers, ainsi soit-il. »


Quentyn déglutit. Nymeria était tout à fait capable de mettre cette menace à éxécution, il le savait bien. La contredire ne ferait que renforcer son opinion dans ce cas de figure, elle ne le savait que trop désireux de protéger son fils. Non, il fallait rentrer dans son jeu s’il voulait éviter le pire à son enfant.

« Il faut qu’il apprenne, je suis d’accord avec toi. Mais tu sais très bien que si tu prends les choses en main par toi même, il va se braquer, uniquement ne fut-ce que pour te montrer qu’il ne veut pas être héritier. Si j’étais toi, je tenterais une approche plus indirecte… Un tutorat, peut-être ? Et si ça ne marche pas, il sera toujours temps pour toi de reprendre les choses en main plus directement... »

L’idée n’était pas mauvaise, en vérité, et concordait avec les plans immédiats de la dornienne. D’abord étonnée de voir son oncle abonder en son sens, elle s’était calmée aussi vite qu’elle s’était emportée, laissant place à un sourire en coin entendu, déjà consciente du déroulement de la prochaine situation. Et, si Manfrey refusait… Il verrait bien ce qu’il en coutait de contredire la souveraine de Dorne.

*******

Assise derrière le large bureau en bois de cèdre de son office, Nymeria attendait, presque patiemment, que son cousin la rejoigne. Elle n’avait envoyé qu’un serviteur dans un premier temps, mais dans le cas où le jeune Prince aurait refusé de répondre à sa convocation, elle avait donné l’autorisation à celui-ci d’aller chercher l’aide de quelques gardes pour l’aider à l’amener ici. L’heure n’était plus à la douceur avec Manfrey, et il fallait qu’il le comprenne, pour son bien comme pour celui du pays. Vêtue d’une robe de lin orange légère, Nymeria ressemblait presque à celle qu’elle avait été avant de devenir Régente. Non seulement n’appréciait-elle pas les atours princiers plus que de raison, mais elle savait également pertinemment qu’il lui suffisait d’être elle-même pour impressionner son jeune cousin.

Fut une époque où elle nourrissait une certaine affection pour lui, encore aujourd’hui c’était le cas, malgré tout ce qui s’était passé. Malgré sa défense d’Etaine quand toute sa famille pleurait son frère, malgré sa tentative de faire revenir Elia en l’invitant à son mariage à Accalmie, malgré son obstination à refuser ses nouvelles responsabilités. Il restait son cousin, son sang, et pour cela elle l’aimait autant qu’elle devait parfois se retenir de le haïr pour ses actes.

Enfin, Manfrey passa par l’une des portes plus petites qui menaient à son bureau. N’observant que le serviteur qui referma la porte derrière le Prince, la dornienne conclut qu’il n’avait pas été si difficile à convaincre. Un sourire en coin sur les lèvres, elle attendit qu’il avance dans la large pièce, aussi richement décorée que les pièces les plus utilisées du palais. Aucun feu n’était nécessaire en ce moment, même la nuit, mais plusieurs dizaines de bougies éclairaient l’endroit, offrant une ambiance plus romantique qu’elle n’aurait du l’être.

« Tu souhaitais me voir ? Me voici. »


Il n’était pas là depuis une minute que déjà une certaine frustration envahissait Nymeria, qui se retint de commencer directement leur échange par un affrontement. Elle se contenta d’arborer un sourire moqueur, ne prenant la parole qu’ensuite.

« Et moi qui te croyait trop occupé pour m’honorer de ton auguste présence… Je suis flattée, vraiment. D’autant plus que je m’attendais à te recevoir attaché à ta femme. »


D’un geste de la main, elle indiqua l’une des chaises de la pièce à Manfrey, et se servit une coupe de vin, avant de l’observer d’un air interrogatif, cherchant à savoir s’il en voulait une également. Elle finit par en servir une deuxième, qu’elle poussa dans sa direction avant d’en boire une gorgée. La suite de la discussion promettait d’être explosif, autant s’hydrater tant la gorge que l’esprit.

« Je suis lasse de te savoir sans cesse collé à ta femme, cousin. Le jour, la nuit, quand tu devrais être à mes cotés et me seconder en bon héritier, tu passes ton temps à te prélasser et à profiter de la vie. Crois-tu que le monde attende que tu te lasses pour avancer ? Tu es mon héritier, Manfrey, et il est temps que tu prennes ta place. »


Nymeria était restée calme, tout au long de son discours. Pour autant, cela durerait-il ? Tout dépendait de Manfrey, et elle ne croyait pas vraiment que les choses resteraient posées. L’étaient-elles jamais, quand il s’agissait de son cousin ?
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Manfrey Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion, à Dorne
MessageSujet: Re: Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour    Dim 22 Oct 2017 - 14:16




Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour
Nymeria Martell souriait. De ce sourire moqueur, entre caresse et aplomb, et si diaboliquement séduisant. Le sourire de Dorne. Le sourire qu'elle offrait à ceux qui la complimentaient sur sa beauté, à ceux qui la rencontraient pour la première fois et qui en étaient aussitôt charmés. Le sourire de circonstance, qui se faisait tour à tour promesse et sceau de mort. Le sourire à toute épreuve, sans distinction aucune, le sourire qu'elle avait hérité de sa mère et perfectionné au fil du temps, et que son règne sans partage sur la Principauté n'avait fait renforcer. Ce sourire qui faisait apparaitre au coin droit de ses lèvres plus pulpeuse qu'un fruit, une petite canine aussi éclatante qu'un diamant brut. Ce sourire qui colorait doucement ses joues d'un délicieux pourpre, qui accentuait la ligne de son port de tête qui, bien droit, faisait la part belle à sa longue chevelure de jet où des reflets ocres jouaient avec les lumières tamisées dont elle aimait tant s'entourer. Ce sourire qui la faisait pleine, entière et intouchable, qui l'élevait au rang suprême du pouvoir, seule femme avant les autres, la seule à jamais laisser son emprunte sur le monde comme elle entendait de le faire, défiant sans peur de représailles ceux qui se prendraient la fantaisie - ou la sottise ! - de se mettre en travers de son chemin, ou pire, de la contester. Ce sourire, enfin, qui lui donnait toujours l'envie, à lui, de voir la terre s'ouvrir sous ses pieds et de l'engloutir complètement.

Et puis. « Et moi qui te croyait trop occupé pour m’honorer de ton auguste présence… Je suis flattée, vraiment. D’autant plus que je m’attendais à te recevoir attaché à ta femme. » Les mots, plus cassants que le couperet d'une dague, sifflaient d'entre ses lèvres, toujours muées. Il se sentit trembler et, d'instinct, sentait monter le long de ses jambes le besoin impérieux de faire demi tour. Partir, loin, très loin, et rejoindre sa femme, justement. Pourtant, ses yeux, du même noir que les siens, ne quittaient pas la majestueuse silhouette toujours assise derrière sa table de travail. Depuis plus de deux ans, il se refusait désormais à courber l'échine. Acte de rébellion, prise de conscience ou tout simplement excès de dignité ? A moins que la présence galvanisante d'Arianna n'y soit pas étrangère... Vifs, presque solaires dans cette pièce où les encens diffusaient un parfum d'orient, où les lampes frémissaient faible densité, où les tapis étouffaient l'air, ils brillaient d'un feu qui trahissait, si besoin était, son appartenance parfois contestable au noble sang des Princes de Dorne. « Je suis lasse de te savoir sans cesse collé à ta femme, cousin. Le jour, la nuit, quand tu devrais être à mes cotés et me seconder en bon héritier, tu passes ton temps à te prélasser et à profiter de la vie. Crois-tu que le monde attende que tu te lasses pour avancer ? Tu es mon héritier, Manfrey, et il est temps que tu prennes ta place. » fit-elle, sans reprendre son souffle, mais l'invitant enfin à prendre place dans le grand fauteuil qui faisait face au sien. Encore soufflé de la seconde attaque, le jeune homme ébaucha cependant un commencement de sourire - maigre écho au sien, certes, mais sourire néanmoins ! - et, lentement, en prenant soin de ne pas froisser son habit, prit place entre les velours de satin or et ocre, croisant les jambes sous les coussins, et les deux mains sur ses jambes.

Dans le fond, c'était toujours la même chose. Quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, ce n'était jamais assez. Ou trop. A quoi bon tenter de démêler les reproches quand il y en avait tant ! Heureusement pour lui, il avait hérité de la patience et de la nature résolument calme de son père, ce qui lui permettait, non sans un certain plaisir, de laisser passer les premières tempêtes qui, telle les bourrasques vertigineuses qui s'écrasaient contre les plages de Lancehélion, rencontraient le roc silencieux et un rien impassible de son jeune corps de vingt-et-un ans. Impatiente. Tel était l'adjectif qui caractérisait le mieux sa cousine. Enfant déjà, alors qu'il n'était pas plus haut qu'une table basse, Nymeria remplissait les murs du Vieux Palais de sa voix claire et autoritaire, souvent derrière son frère qui, comme à l'accoutumée, n'en faisait qu'à sa tête. Ô comme elle le grondait, les sourcils froncés, la lèvre supérieure tremblante et les poings sur les hanches qui, au balbutiement de l'adolescence, déjà, étaient exquises. Avec le temps, elles étaient devenues plus fondantes que jamais mais, hélas, restaient résolument sèches et vides, alors que Dorne toute entière se rêvait de nouveaux cris d'enfants princiers. L'absence de conjoint, d'amant même régulier qui eut pu répondre aux attentes de tout un peuple, restait la grande énigme qu'il n'arrivait pas, après toutes ces années, à résoudre. Ils s'étaient pourtant succédés, les beaux partis, les grands noms, d'ici ou d'ailleurs, sacrifiés sur l'autel mystérieux des raisons sans réponses de celle que certains étrangers appelaient volontiers la Furie du Désert. A grand renfort d’orgueil et d'indépendance, cependant, Nymeria Martell restait farouchement célibataire et sans progéniture. Un comble lorsque lui prenait l'envie de sermonner son cousin à propos d'héritage !

« Que puis-je te dire, cousine... » commença-t-il, résolu malgré la gravité qu'elle avait voulu insuffler à l'entretient, à adoucir l'atmosphère glaciale. « Si je puis admettre que ma présence appliquée auprès de mon épouse ait de quoi délaisser la votre, à toi et à mon père, comment m'en faire un si grand reproche ? N'est-il pas du devoir de tout homme d'honorer sa femme ? Qui plus est, lorsque l'on est Prince et que repose sur moi l'honneur et le grand privilège de continuer notre lignée ? Il me semble, au contraire, que je suis plus zélé que tu ne le suggères... » Ponctuant ses dires d'un sourire plus franc, il s'empressa d'ajouter : « Mais enfin. Si tu me fais mander ce soir, ce n'est pas pour t'inquiéter de ce que nous transgressions un peu trop, Arianna et moi, les préceptes divins qui conduisent à procréer. » Laissant son dos doucement rencontrer le dossier de son fauteuil, Manfrey observa un instant en silence celle qui, d'impatience et d'irritation, lui permettait sous d'habiles retranchements, à cacher sa crainte. Elle avait parlé de place. Or, il n'avait, et ce depuis ses premiers balbutiements, jamais eu l'intention de l'assumer. Le Destin, ou la cruauté de la vie, pour d'autres, l'avaient mis dans cette situation. Et si Nymeria et Arianna ne s'entendaient pas sur beaucoup de choses, elles auraient tôt fait de s'unir sur ce point précis que lui rejetait farouchement ! Néanmoins, et ne voulant pas déclencher une nouvelle colère chez cette cousine qu'il aimait et respectait, il choisi le parti d'aller dans son sens. Du moins, jusqu'à un certain point. « Ainsi, et puisque c'est de ma place qu'il s'agit... Je crains que nous portions, toi et moi, des regards encore et toujours biens différents sur celle-ci ! »

©️ Belzébuth

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Nymeria Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour    Lun 23 Oct 2017 - 13:07

 
Plus Chaude à Minuit qu'En Plein Jour

« Que puis-je te dire, cousine… Si je puis admettre que ma présence appliquée auprès de mon épouse ait de quoi délaisser la votre, à toi et à mon père, comment m'en faire un si grand reproche ? N'est-il pas du devoir de tout homme d'honorer sa femme ? Qui plus est, lorsque l'on est Prince et que repose sur moi l'honneur et le grand privilège de continuer notre lignée ? Il me semble, au contraire, que je suis plus zélé que tu ne le suggères... »

Elle savait où il venait en venir, et avant même qu’il ait conclu sa phrase, le sourire de la dornienne s’effaça de son visage. S’il y avait encore une personne à Dorne capable de la faire sortir de ses gonds rapidement, il s’agissait bien de son cousin. Nymeria avait d’abord cru qu’il abordait les questions épineuses si facilement, et si souvent, uniquement parce que le jeune homme n’avait aucune idée de l’effet qu’ils avaient sur sa cousine, mais le temps avait rendu la Princesse Régente convaincue qu’il y prenait un malin plaisir, comme l’indiquait le sourire moqueur sur son visage. Comme un adolescent qui cherche à pousser sa mère à bout, Manfrey n’avait de cesse de chercher les limites qu’il pouvait atteindre, et le franc-parler qui avait toujours régné dans la famille l’y aidait grandement. Les Martell n’étaient pas comme ces seigneurs qui s’aplatissent devant celui qui dirige la Maison, et longtemps Nymeria s’était servi de cet état de fait pour imposer sa voix contre les décisions de sa mère ou de son frère. Aujourd’hui, il lui arrivait de souhaiter que certains prennent un peu plus l’exemple du Royaume des Targaryen en la matière.

« Mais enfin. Si tu me fais mander ce soir, ce n'est pas pour t'inquiéter de ce que nous transgressions un peu trop, Arianna et moi, les préceptes divins qui conduisent à procréer. »

Ne me fais pas passer pour la prude que je ne suis pas, idiot. Elle aurait voulu lui lancer une invective au visage, ne fut-ce que pour qu’il cesse d’adopter ce ton insouciant avec elle. Pourtant, Nymeria se contenta de sourire exagérément, brièvement ceci dit, que Manfrey voie qu’elle avait compris la pique. Il perdrait suffisamment vite ce sourire suffisant, cependant, et on verrait alors si le jeune Prince avait toujours l’envie de faire de l’esprit.

« Ainsi, et puisque c'est de ma place qu'il s'agit... Je crains que nous portions, toi et moi, des regards encore et toujours biens différents sur celle-ci ! »

« Nous n’en sommes plus au point où ton avis sur la chose peut encore changer quelque chose, ceci dit. Que tu le veuilles ou non, tu es la seule personne en droit d’hériter du trône, et je n’ai aucune raison de chercher ailleurs, tu dis toi-même que tu es tellement dévoué à notre famille que tu passes ton temps à essayer de l’agrandir. »

Dans les faits, Nymeria n’avait pas tellement de choix. Entre le fils bâtard d’Etaine, trop jeune pour encore savoir s’il était possible d’effacer l’éducation valoise qui le polluait, et Elia qui n’avait eu de cesse de s’allier à ses opposants, et dont il était impossible de savoir quel mauvais coup elle préparait, ainsi que l’endroit où elle se trouvait… Manfrey était le seul choix sensé, aussi étrange que cela puisse être. Malgré son attitude, malgré son attachement trop fort à sa femme qui risquait un jour de lui causer des ennuis, il était intelligent, et il était toujours resté fidèle à sa famille. Si seulement il arrêtait de se comporter comme un enfant, il pourrait facilement devenir le principal conseiller de sa cousine, et une fois correctement préparé, un dirigeant avisé, lorsque le temps serait venu.

« Je ne vais pas te réexpliquer une énième fois ce que j’attends de toi, nous avons eu cette conversation trop souvent pour qu’elle soit encore un tant soit peu intéressante. Le fait est que la manière douce ne fonctionne pas, je n’ai réussi qu’à faire de toi une larve de palais qui passe son temps dans une couche à profiter de la vie que son rang dont il dit ne pas vouloir lui accorde. Tu as eu tout le temps du monde pour t’y faire, et tu en es encore au même point, il va être temps de changer les choses.»

Alors qu’elle se rabattait contre le dossier de son siège, Nymeria souriait de nouveau, dans l’expectative de l’expression d’étonnement qui se lirait bientôt sur le visage de son cousin. Une attitude infantile, indigne de sa personne, evidemment, mais la Princesse Régente avait conservé de son enfance la satisfaction qu’elle ressentait lorsqu’elle arrivait à surprendre quelqu’un, en particulier Tristam, qui avait toujours adoré la taquiner. Elle laissa un silence plâner, les mains jointes devant elle avant de continuer :

« A partir de demain, tu seras sous la responsabilité de Lord Dayne. J’ai demandé à l’Epée du Matin de s’assurer que mon cousin adoré et mon héritier devienne l’une des meilleures lames de Dorne. Il a toute latitude pour élaborer ton entraînement, et toi, le devoir de te plier à ses exigences. »

Satisfaite, Nymeria observa la réaction de son cousin en prenant une gorgée de vin, un sourire fin brisant légèrement l’image formelle de celle qui détient le pouvoir qu’elle voulait donner. Oui, elle serait contente de le voir sorti de son confort, sans doute apprécierait-elle de l’entendre se plaindre des douleurs dues à son entraînement. Mais au-delà de tout ça, c’était pour son bien, pour sa protection, pour qu’il change qu’elle le forçait ainsi. Il était temps qu’il devienne un peu plus comme elle, qu’il abandonne ce qu’il était pour devenir plus que cela. Si le Prince ne voulait pas y parvenir par lui-même, elle ferait en sorte qu’il n’ait plus le choix.

« Nul doute que cette décision d’agrée, Manfrey ? »

Si elle avait parlé avec toute la courtoisie qu’il lui était possible de faire preuve devant le jeune homme, Nymeria n’en savait pas moins ce qui allait suivre. Elle était prête, et pour une fois, elle avait presque hâte que le jeune homme essaie de se rebeller.
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Manfrey Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion, à Dorne
MessageSujet: Re: Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour    Lun 23 Oct 2017 - 18:38




Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour
Il n'était pas né pour régner. Il n'avait pas été élevé pour régner. Et, plus que tout surtout, il ne voulait pas régner. Ce n'était ni une question de peur, ni une question de déshonneur. Il avait simplement d'autres aspirations. Servir sa famille et Dorne, autrement. Était-ce donc si difficile à comprendre ? Il ne lui demandait rien, sinon le propre même de sa naissance. Fils de son père, l'oreille attentive, le pragmatisme tranquille, le soutien. Elle ne l'avait jamais considéré autrement, et à bien des égards, de bien moindre façon encore ! Qu'avait été leur enfance ? Là où Tristam lui adressait des sourires taquins, Nymeria, elle, levait les yeux au ciel en dédaignant ses préférences littéraires au profit des leçons de sabre. Jamais une parole plus longue qu'une suite de mots, quand ce n'était pas les remontrances qui, déjà, rythmaient leurs différences. Pourquoi, dès lors, s'acharner à ce point ? Était-ce une manière déguisée, pour elle, de rattraper les temps de l'indifférence ? Mais dans ce cas, pourquoi aller jusqu'à le renier, alors qu'il lui suffisait de l'accepter pour ce qu'il était : non un héritier, mais un conseiller. Il ne s'était jamais prétendu autre qu'il n'était ; homme de sciences plutôt que d'armes, de réflexion plutôt que d'action, de diplomatie plutôt que de guerre. Chacun sa place. Sa place. Elle était là, sinon face, mais surtout à ses côtés. Non point dans ses jupes, prêt à bondir sur son trône une fois qu'elle l'aurait quitté : quelle horreur !

Mais elle restait sourde. Volontairement. « Nous n’en sommes plus au point où ton avis sur la chose peut encore changer quelque chose, ceci dit. Que tu le veuilles ou non, tu es la seule personne en droit d’hériter du trône, et je n’ai aucune raison de chercher ailleurs, tu dis toi-même que tu es tellement dévoué à notre famille que tu passes ton temps à essayer de l’agrandir. » La réponse avait claqué derrière la sienne, sans temps de latence, coup de fouet à dompter sa créature qu'elle estimait s'égarer. Sa créature. Voilà ce qu'elle voulait qu'il devienne. Sa chose, le dépositaire de son influence. L'assurance que ce qu'elle avait mis, et mettrai en place, et ce dans la plus pure des continuité : celle qu'elle avait elle-même portée aux sommets. « Je ne vais pas te réexpliquer une énième fois ce que j’attends de toi, nous avons eu cette conversation trop souvent pour qu’elle soit encore un tant soit peu intéressante. Le fait est que la manière douce ne fonctionne pas, je n’ai réussi qu’à faire de toi une larve de palais qui passe son temps dans une couche à profiter de la vie que son rang dont il dit ne pas vouloir lui accorde. Tu as eu tout le temps du monde pour t’y faire, et tu en es encore au même point, il va être temps de changer les choses. » Il ne répondit pas. Ne souriait plus. A quoi bon ? Répondre, tempérer, calmer, ne suffirait pas. Campés chacun sur leurs positions, à jamais rejetés sur les berges de leur propre orgueil. Têtus. Sans doute dirait-on plus tard d'eux qu'ils se ressemblaient comme frère et sœur, non en cousins...

Mu dans un silence de résignation, il leva cependant un sourcil lorsqu'elle en vint enfin à la réelle raison de leur entretien. Les mains croisées sur son giron, son sourire mué en délice de satisfaction, elle savourait dans un silence de théâtre, installé à raison, les prémices de son annonce. Assis lui toujours dans la même posture, Manfrey, lui, sentait ses entrailles se resserrer un peu plus. Et puis. « A partir de demain, tu seras sous la responsabilité de Lord Dayne. J’ai demandé à l’Épée du Matin de s’assurer que mon cousin adoré et mon héritier devienne l’une des meilleures lames de Dorne. Il a toute latitude pour élaborer ton entraînement, et toi, le devoir de te plier à ses exigences. » Triomphante, elle ponctua son dernier commandement d'une gorgée de vin, toute à la délectation de sa décision. Face à elle, Manfrey semblait imperturbable. Il accueillait la nouvelle sans bouger, ses yeux ne quittant pas les deux diamants noirs qui brillaient de victoire. En lui, pourtant, la tempête désemparée faisait rage. Lui ?! Meilleure lame ? Qui plus était face à nulle autre que l’Épée du Matin ? Était-elle devenue folle ? Elle n'était pas sans ignorer ses piètres capacités au combat ! Qu'espérait-elle ? Que le Seigneur des Météores - Le Seigneur des Météores ! - prenne plaisir à enseigner son art - car on ne pouvait parler d'autre chose lorsque l'on s'adressait à un Dayne - à un cancre de sa discipline ?! Alors, enfin, il baissa les yeux.

Contrition ou abandon. Faiblesse devant sa toute puissance ? C'était mal le connaitre. Et elle-même ne s'y laisserait pas tromper. A en juger par son : « Nul doute que cette décision t’agréer, Manfrey ? », qui se faisait appel à une rébellion. Mais là encore, c'était décidément lui prêter un rôle qui n'était pas le sien. Sous les yeux baissés, le sourire du jeune homme finit par redessiner doucement les contours de sa bouche. Relevant alors la tête, Manfrey se redressa contre son fauteuil. Et haussa les épaules. « Je n'ai pas à y trouver gré, et tu le sais. Quoique tu puisses en penser, tes décisions sont aussi mes ordres. » Il marqua une pause. C'était on ne pouvait plus vrai. Rien ne pouvait la faire reculer, il lui fallait se plier à ses directives. Néanmoins, il ne voulait pas la prendre en traitre. Aussi, il haussa à nouveau les épaules. « Bien que je craigne faire perdre son temps à mon illustre professeur... » Il secoua la tête, non sans un rictus quelque peu incrédule. « L’Épée du Matin... Rien que ça... Je vois que tu ne recules vraiment devant rien. Ce pauvre Lord Vorian, dépêché des Météores, pour jouer les percepteurs de fer avec le plus invalidé de sa génération. Non, vraiment, j'imagine déjà la scène et... » Sa phrase se perdit dans un rire plus assumé, pas plus haut cependant qu'un frissonnement de vent. Tout à son rire, il se versa une coupe de vin, y trempa ses lèvres... la gorgée emportant avec elle son sourire.

Posant sa coupe sur le bureau d'un geste franc, sans violence cependant, il vrilla un regard des plus sérieux dans celui de sa cousine. « Te rends-tu compte de ce que tu fais ? De ce que tu t'apprêtes à faire pour assoir coûte que coûte ta volonté ? A supposer que je fasse un bon héritier, qu'est-ce qu'un apprentissage des armes aussi poussé que tu l'espère des mains de Lord Dayne, y viendrait améliorer ? Et ne me dis pas que je t'y pousse ! Tu devrais savoir qu'avec moi, tout vient à point à celui qui sait entendre. Or, tu t'y refuses. Et moi, je deviens las d'avoir à m'adresser, non à ma cousine, mais à un mur ! » L'idée d'un entraînement poussé lui faisait horreur. Elle ne pouvait pas l'ignorer. Que voulait-elle ? L'humilier ? Rire de ses gaucheries quand, aux plus simples parades, il répondrait par les pires des arabesques ? Encore que cela devait supposer qu'elle se soit un tant soit peu intéressée à ses leçons de garçon. Mais elle ne l'avait pas fait. D'ailleurs, à part Quentyn, la seule qui l'eut jamais connu aussi bien avait été Elia... Et à la pensée de sa cousine, cachée dans les passages secrets dissimulés dans les caves de Noirmont, Manfrey remercia ses Dieux que les leçons - et pour ne pas dire les surveillances ! - de l’Épée du Matin, n'aient pas débuté plus tôt et ainsi empêché leur revoir, la preuve irréfutable que la première née des amours de feu Tristam Martell, était bel et bien en vie et surtout, revenue au pays !

©️ Belzébuth

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    I Don't Want The Crown, I Only Want You
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Nymeria Martell
DORNE
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MessageSujet: Re: Plus Chaude A Minuit Qu'Au Soleil En Plein Jour    Mar 31 Oct 2017 - 12:55

 
Plus Chaude à Minuit qu'En Plein Jour

« L’Épée du Matin... Rien que ça... Je vois que tu ne recules vraiment devant rien. Ce pauvre Lord Vorian, dépêché des Météores, pour jouer les percepteurs de fer avec le plus invalidé de sa génération. Non, vraiment, j'imagine déjà la scène et... »

Ce léger rire, cet air moqueur que son cousin affichait ne trompait la dornienne pour rien au monde. Elle savait qu’il n’aimait pas plus se battre qu’elle même abhorrait de le voir passer toute une journée enfermé à lire des livres à l’utilité douteuse pour le rôle qu’il était sensé avoir. Par moment, Nymeria soupçonnait que Manfrey aurait préféré devenir l’un de ces Mestres plutôt que Prince, avant de se rappeler qu’ils ne prenaient pas de femmes. Il avait toujours voulu le meilleur de son monde, du moins selon sa vision, et ne semblait que peu se préoccuper des devoirs qui accompagnaient ces plaisirs que sa place lui accordait. Il était plus que temps que les choses changent.

Alors qu’elle l’observait boire à sa coupe, il apparut plus que clairement qu’elle avait fait le bon choix. Manfrey avait la grâce des ses ancêtres, oui, mais ses mouvements, sa posture, son attitude, n’avait rien de la menace constante que l’on devait également attendre d’un seigneur, plus encore d’un souverain. La sagesse contribuait à obtenir le respect de ses pairs, et celle-là Manfrey en avait déjà plus que sa part. Mais s’ils ne sentaient pas en lui la force de les confronter, de les éliminer s’il le fallait, viendrait inexorablement le jour où il serait trahi, et alors il serait sans défense. Et cela, Nymeria ne pouvait le permettre. Son héritier, le futur Prince Régent de Dorne, ne serait pas un faible, il serait ce qu’elle était, et peut-être même plus. La Princesse n’en avait aucun doute, elle serait celle qui apporterait la sécurité et l’assurance de la liberté à son peuple, mais ce serait à Manfrey de s’assurer que la terre des sables prospère et reste forte, pour que cette sécurité perdure.

« Te rends-tu compte de ce que tu fais ? De ce que tu t'apprêtes à faire pour assoir coûte que coûte ta volonté ? A supposer que je fasse un bon héritier, qu'est-ce qu'un apprentissage des armes aussi poussé que tu l'espère des mains de Lord Dayne, y viendrait améliorer ? Et ne me dis pas que je t'y pousse ! Tu devrais savoir qu'avec moi, tout vient à point à celui qui sait entendre. Or, tu t'y refuses. Et moi, je deviens las d'avoir à m'adresser, non à ma cousine, mais à un mur ! »

Enfin, il y arrivait. Evidemment, qu’il n’acceptait pas sa décision comme il l’affirmait avec tant de suffisance quelques secondes plus tôt. Et comme à son habitude, il l’accusait, elle, de ne pas vouloir faire preuve de patience ! Ingratitude s’il en était, Manfrey était sans doute la personne avec qui elle avait le plus attendu. Depuis un an, déjà, elle avait attendu qu’il se fasse à l’idée de son statut, qu’il change de lui-même, qu’il prenne les responsabilité que sa souveraine lui destinait. Et le résultat ne montrait que déception et faux-semblant. Mais encore une fois, Manfrey avait toujours été ainsi. Depuis qu’il était enfant, il refusait de vivre ailleurs que dans le monde qu’il se construisait avec ses livres, préférant la solitude à la compagnie de sa famille, ou de jeunes gens de son âge. Déjà à l’époque, la jeune Princesse qu’elle était tentait de le secouer en lui faisant comprendre qu’il était bien plus qu’un rat de bibliothèque. Il était un Martell, bon sang ! Le Soleil de Dorne, c’était eux qui l’incarnaient, et le Soleil ne se cache pas dans l’ombre des choses. Et aujourd’hui, comme hier, Manfrey était sourd à ses suppliques.

A peine son héritier avait-il fini sa diatribe infantile qu’elle le suivit sur la pente hasardeuse qu’il venait d’emprunter. Il voulait hausser le ton ? Très bien, elle était meilleure que lui à ce petit jeu là.

« Oh, mais je t’entends, cher cousin ! Tu ne voudrais passer ton temps qu’à lire et entre les jambes de ta femme, tu voudrais que je choisisse un autre héritier… Je t’entends oui, mais qu’arriverait-il si je décidais de t’écouter ? Devrais-je nommer l’un des bâtards de mon frère, peut-être ? Je me demande lequel ferait le mieux l’affaire, l’enfant élevé au Val dans la haine de ce que nous sommes, dans la haine de celle qu’il devrait remplacer, ou notre chère Elia qui s’est enfuie lâchement, qui ose se prétendre Régente légitime et me traiter d’imposture quand personne n’a même pensé à elle quand il s’est agi de remplacer mon frère ?! Dis-moi, ô si sage Manfrey qui a l’air de tout savoir mieux que son idiote de cousine, comment dois-je décider de la fin de notre nom et de celle de Dorne ?! »

Dans un geste rageur, Nymeria quitta son siège pour faire les cent pas dans la pièce. Elle le détestait de ne pas voir qu’il était le seul choix sensé pour lui succéder, qu’il était le seul à en être digne, qu’il le veuille ou non. Et elle le détestait pour ce qu’elle devrait s’apprêter à dire, parce qu’elle s’obligeait ainsi à s’avouer qu’elle avait un jour réellement pensé de cette façon.

« Ne t’es-tu jamais demandé pourquoi c’est toi, qu’ils ont décidé d’attaquer dans les Montagnes Rouges ? Ils auraient pu s’en prendre à moi, ou directement à ma mère, mais non ils s’en sont pris à toi. Ils l’ont fait parce que tu as toujours été le chaînon le plus faible des Martell, Manfrey. Parce qu’ils savaient que ce n’était pas la fureur de Dorne qu’ils allaient affronter, mais un enfant apeuré, sa femme et son escorte. Ne t’es-tu jamais demandé si ma mère ne pourrait pas encore être en vie, si seulement tu avais su te battre un peu mieux ? Si tu avais été un peu plus connu pour tes capacités guerrières plutôt que pour être un rat de bibliothèque ? »

Evidemment, il pouvait aussi s’agir d’une coïncidence, mais la dornienne n’avait jamais cru aux coïncidences quand il s’agissait de sa famille. Peut-être que Myrcella avait toujours été la cible des rebelles, mais ils avaient alors profité du retour de Manfrey pour l’y attirer, parce qu’elle savait, comme Nymeria aujourd’hui, qu’il ne pouvait pas se défendre seul. Pourtant, la jeune femme s’en voulait d’avoir du avancer cet argument, même si elle savait qu’il faudrait quelque chose d’aussi fort pour que son cousin comprenne l’importance de ce qui se déroulait là. Plus calme, elle continua sur sa lancée :

« Je ne te blâme pas pour ce qui s’est passé. Mais tu ne peux plus te permettre de paraître faible, d’être une cible de choix pour nos ennemis. Tous doivent savoir qu’il y a plus en toi qu’un érudit et un hédoniste. »

Reprenant sa coupe en main, la Princesse Régente observa les étoiles briller par la fenêtre. Peut-être fallait-il lui révéler ses plans… Ou peut-être valait-il mieux qu’il les ignore jusqu’au dernier moment, elle ne le savait pas encore.
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