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 For neither ever, nor ever goodbye

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: For neither ever, nor ever goodbye   Lun 16 Oct 2017 - 9:59

For neither ever,
nor ever goodbye






(suite directe à l'Event 6.1)

La lourde porte s’ouvre dans un fracas monstrueux. Les quelques servantes présentes s’épouvantent de quelques cris de surprise ! Entre ses bras, le corps d’une femme est dissimulé. Ses bras gisent pendants et sans vie apparente. A toutes il leur faut un moment pour comprendre qu’il s’agit de la Suzeraine de l’Orage. Leurs cris redoublent, les chaises basculent. Elle s’agitent derrière le chevalier qui gravit les marches de la Tour quatre à quatre. Il chuchote des mots qu’elles n’entendent pas. Seuls résonnent leurs pas précipités. « LE MESTRE ! MAINTENANT ! » Il hurle, mais au tréfonds les accords en sont brisés. Ses cordes vocales tremblent. Un nouveau coup de pied et la chambre seigneuriale apparait. Vide et silencieuse, elle accueille la tornade qui lui est imposée. L'Orageois dépose sa belle dame d’Accalmie sur la couche séculaire. Il a vu bien des horreurs, mais ce visage livide, ces lèvres pales, remuent ses sens de terribles maux. Ses dents s'entrechoquent, il chasse les larmes qui le démange. Il n’y a pas le temps pour les atermoiements. Elle peut être sauvée. Il en est certain, sa Suzeraine ne mourra pas aujourd’hui. « Vous, occupez vous d’elle ! Je me charge que personne ne s’approche de la Tour… » Une dernière fois, il regarde Rohanna, dans ses yeux se mêlent des émotions indéchiffrables. Violemment, il se détourne et on l’entend dévaler les escaliers. 


Autour d’elle, les servantes se sont déployées. Leurs mains hésitent à venir toucher le corps de la malheureuse. Le toucher c’est rendre leur vision réelle. Elle se regardent, se toisent : qui sera la première à parler? « Toi, va chercher de l’eau. Fraiche. Meyria aide moi à la déshabiller. Rapidement. » Elles pleureraient plus tard. Elles pleureraient quand elle serait sauvée. Des mains rapides ôtent les chausses brodées de joyaux quand l’autre, à l’aide d’un canif de couture, déchire la robe. L'endormie gémit, la respiration difficile. Semi-consciente, perdue dans des limbes fiévreuses. Ses lèvres se tordent de quelques répulsions quand elle relève les lourdes jupes de sa maitresse. Le blanc de sa cote blanche n’est plus ; sa maitresse perd son enfant. « Par la Mère… » Sa main vient trouver sa bouche pour étouffer quelques stupeurs, elle n’avait voulu y croire. Elle n’avait voulu y croire… Les deux se regardent, elles ne disent rien. Elles ne savent que trop bien que les prochaines heures seront néfastes. La mort est dans cette pièce. Elle rôde de son souffle putride.

« NON ! »

La voix de Rohanna est stridente, apeurée. Exorbités, ses yeux sont rouges de folie ! Elle ressemble à ses biche meurtrie qui lancent un dernier appel aux chasseurs, solitude immense à la mort imminente. Elle serre ses jambes contre elles, les ramenant contre son torse. Non, non, non. Lui, elle ne le laissera pas partir. Lui, il vivra. Lui, il sera à l’image de son père et de son grand-père : un héros de l’Orage. Les Dieux le lui ont promis, elle a tellement sacrifié pour Eux. Elle a tellement sacrifié pour Eux…

« PARTEZ ! »

Sa voix est méchante, mais ses yeux la trahissent. Un goût aigre plane dans sa bouche et elle pleure. Elle se souvient, elle se souvient du regard de Robb, de ses mains et ses mots… « Je veux … le garder. » Sa tête se secoue, elle boit ses propres larmes. Elle tente de se redresser, mais elle échoue. Elle est trop faible. Son corps est mou, il est comme l’eau qui glisse entre les doigts. Ineffablement flasque. Elle essuie son nez coulant sur les oreillers de soie. Ses bras s'enroulent autour de son ventre, son fils ne mourra pas. Elle est une femme aimante, une épouse loyale et une fille qui a apporté l’honneur à ses ancêtres. Les Dieux ne peuvent pas la punir de la sorte ! Ils n’ont pas le droit de la punir de la sorte !

« Dame Rohanna, si vous ne le laissez pas partir…
« ... vous allez mourir tous les deux. »


Leurs mains monstrueuses attrapent les bras de la Biche, caresses réconfortantes comme autant de griffes assoiffées. La plus jeune des deux commence à sangloter : elle aimerait être loin, ne pas être dans cette pièce. Elle aimerait remonter le temps et accepter partir espionner les festivités avec sa soeur, également servante au Donjon-Rouge. Enfreindre le règlement… La suzeraine ne leur réponds pas, elle semble susurrer de la laisser mourir. Laissez la fièvre m’emporter semble crier son âme qui sait que son fils est perdu. Il est trop jeune, il n’est pas près pour ce monde. Il respirera une fois ou deux avant de trépasser, s’il ne l’est pas déjà… Que peuvent-elles face à ce mutisme complet?



Une convulsion supplémentaire et elle hurle. Ses yeux s’ouvrent et fixent avec intensité une corniche effritée du plafond. Sa mâchoire est dure, elle semble ne pas vouloir bouger. Crispée dans cette douleur vive. Car à l’agonie la presque mère l’est : c’est tout son corps qui se déchire en elle. Comment pourrait-elle trouver de la force pour tuer son fils? C’est ce que ces femmes lui demandent : exécuter la sentence de ses entrailles. Mettre à mort une part de Robart, une part des Baratheon. Ses traits ne lui appartiennent plus, ils sont déformés. Son corps entier se révulse et se répugne du travail à accomplir. Baisser les bras, c’est ne plus jamais voir le soleil se lever. C’est ne plus jamais sentir la ressac d’Accalmie. Perdre tout espoir de serrer sa cadette et son jumeau entre ses bras, à nouveau. C’est dire aurevoir à beaucoup, mais par dessus tout à la peine de vivre avec le deuil. La douleur de la perte, elle la revit comme si c’était hier. Ses jumeaux morts, elle les revoit comme s’ils étaient morts hier.



« Tess… Tess… »
« Votre tante est à Accalmie… »
« Tess, prends ma main. Serre-la fort…. Serre-la fort pour que j’oublie toute autre sensation. »


Sous son corps, ses jambes se resserrent, elles se recroquevillent un peu plus. Les servantes se reculent, désemparées. Elles entendent la mourante entonner quelques chants inconnus, sa voix se brise mais elle reprends toujours. Elle chantonne. Elle délire ! Elle laisse un filet de bile couler entre ses commissures, le visage dévasté. La porte s’ouvre et le Mestre entre. A nouveau, les deux femmes étouffent un cri. Elles accourent auprès de l’homme de sciences. Derrière lui, quelques Septas envoyées par le Roi l'accompagne, face aux gesticulations des servantes elles restent silencieuses. Ces dernières parlent en même temps. Elles ne terminent pas leurs phrases, elles ne savent pas quoi dire. Elles ripent tous leurs mots de gestes avortés, eux aussi.

« Elle délire ! »
« Elle refuse de laisser sortir l’enfant. »

« La fièvre l’emporte…
»
« …elle ne cesse de cracher quelques liquides jaunâtres ! »

« Sauvez-la, mestre Dayne ! »


Alors que le Mestre s’approche du lit de l’agonisante, elles se taisent à l'unisson. Elles se serrent les mains, une chaine humaine comme une vaine superstition contre un mauvais sort. L’espoir. La volonté de ne pas voir la mort emporter celle pour qui elles nourrissent une affection sincère. Toutes regardent l’Orage dans cette couche comme la fureur que rien ne sait arrêter. Alors qu'il n'est qu'à quelques mètres, Rohanna remonte doucement vers le haut du lit. Elle traine son corps, toujours fermement clos, les ongles dans le matelas, s’agrippant à la douleur comme un chien à la moelle. Elle ne veut pas qu’il s’approche, elle ne veut pas qu’il lui dise l’inévitable ! « Non… je vous en prie… laissez-moi… il peut vivre, moi aussi. Tess, dit-leur que nous allons vivre. Elle observe la brune à ses côtés, elle ne reconnait pas Wendy Piper. Les yeux grands ouverts, elle implore un geste protecteur. DIS-LE LUI ! » Alors que le silence semble le seul décidé à lui répondre, elle tend une main vers la vision de sa tante. Elle tente de demander quelque chose, mais à nouveau les mots disparaissent. Elle oublie ce qu’elle fait. Ne reste que les sanglots longs de son corps meurtris.

lumos maxima

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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: For neither ever, nor ever goodbye   Jeu 19 Oct 2017 - 14:31


Au chevet de Rohanna

For neither ever, nor ever goodbye



Les échos de ses pas précipités rebondissent contre la paroi de pierre froide, dans cet escalier sans fin, couloir étriqué dont la montée inextricable mène à la mort elle-même. Elle n'entend rien. Rien d'autre que ses talons frappant les marches et le tambour assourdissant de son sang frappant contre ses oreilles. Son cœur n'est plus qu'un outil contre lequel elle lutte pour l'obliger à ne pas exploser sous la pression du vif effort, ses poumons que de grandes poches d'air qu'elle contraint à se remplir pour lui fournir l'oxygène salvateur. Plus rien n'a d'importance. Rien. Ni les regards, ni les réputations, ni les sombres desseins calculés pourtant avec soin depuis des jours entiers... Elle-même n'existe plus en cette heure tragique, elle et ses pensées vengeresses. Seule compte la destination qu'elle se doit d'atteindre le plus rapidement possible. Elle ne se retourne pas, laissant Oriane Tully à son triste sort, lui obéissant en l'abandonnant au pied de la Tour de la Main pour voler auprès de l'épouse de son frère, et se laissant galvaniser par toutes ces bonnes volontés qui comptaient sur elle pour tenir un rôle qui leur était impossible. Wendy ne les décevrait pas. Oriane, Rhaenys, Robart et même Garett qui en ce jour avait laissé entrevoir un soupçon d'une humanité qu'elle avait crue disparue. Sourde, absorbée par les tressauts de son âme et toute à la mission qui lui avait été confiée, la Piper ne prête pas gare au pas lourd et cliquetant qui se rapproche dangereusement d'elle, dévalant les escaliers à vive allure et venant la heurter de plein fouet.

Une douleur lancinante. Un choc inévitable. Un hurlement. Tout était fini. Propulsée en arrière, la jouvencelle se sent partir, sonnée par le fracas de son corps contre l'armure imposante du garde des Baratheon. Tout s'arrête. Le temps. Sa respiration. Son cœur. Des images défilent devant ses yeux écarquillés et sa dernière pensée est pour celle qui l'attend là-haut, dans sa Tour d'Ivoire, enfermée dans son agonie solitaire. Ô sainte Mère, pourquoi ? Pourquoi m'empêcher de faire le bien quand il m'est offert de l'accomplir ? Mais des bras puissants l'agrippent, des doigts forts s’enfoncent dans ses bras à lui en laisser des traces bleuies par la violence soudaine. Le brusque retour en avant, trompant la gravité prête à l'engloutir jusqu'au bas des escaliers, lui coupe le souffle et c'est toussant, crachant ses poumons, qu'elle percute l'habit de fer de celui qui avait bien failli causer sa perte. Quelques secondes, la conflanaise reste blottie contre cette carapace froide, le cœur battant à tout rompre, reprenant respiration et esprits et distinguant à peine les paroles inquiètes de son assaillant involontaire. « Vous allez bien, ma Dame ? Vous n'avez rien ? Répondez-moi ! » Lentement, elle lève un regard hébété et brillant de quelques larmes de douleur vers le garde, toussant toujours et hochant la tête pour le rassurer, mais ne trouvant pas de suite le plein usage de ses cordes vocales malmenées.

« Veuillez m'excuser ma Dame, dans ma hâte je n'ai pas fait attention... Son ton est haletant, vibrant d'une angoisse que même sa stature et sa tenue guerrière ne peuvent masquer. Mais je suis désolée de vous dire que je ne puis vous laisser continuer votre chemin. » La sentence était tombée d'une tonalité soudain plus ferme et agressive. Elle hausse les sourcils, ses yeux luisant soudain d'une surprise mauvaise et se teintant d'une couleur hautaine. « Je vous demande pardon ? » « Personne ne doit entrer mis à part le Mestre et les Septas. Ordre de la Main du Roi. » Son regard se rétrécit pour ne devenir que deux lignes menaçantes et terrifiantes, son port de tête se redressant de toute la hauteur de la noblesse de son sang et se sentant investi d'une mission capitale qui ne souffrirait pas les contrariétés d'un petit soldat. « La reine en personne m'envoie auprès de Dame Rohanna, avec des ordres bien précis, auxquels le seigneur Main a consenti. Désirez-vous vraiment que nous perdions un temps précieux pour retourner auprès de Sa Grâce pour lui demander son avis sur la question ? » La vérité n'était pas entièrement respectée mais les faits restaient sensiblement les mêmes, et Wendy était prête à tout pour parvenir à ses fins. L'heure n'était pas aux tergiversations, chaque minute comptait. Un misérable grain de sable s'écoulant du sablier représentait une plage entière pour la Biche souffrante. L'homme hésita quelques instants, pesant les conséquences de son refus de laisser passer cette demoiselle à la volonté de fer. Soudain, il s'écarta, lui offrant un mince passage dans les escaliers pour lui permettre de continuer son chemin. « Si le seigneur Main y a consenti... » Wendy saisit ses jupes sans attendre, avant qu'il ne change d'avis, sautant sur les premières marches pour reprendre sa course folle. Un écho chaleureux se répercute contre les murs serrés : « Prenez soin d'elle... » Tant d'affection sincère brisa un peu plus le cœur de Wendy qui redoubla d'effort pour arriver au sommet.

Elle est là, cette porte, cette entrée sur l'un des Sept Enfers, se tenant fièrement devant Wendy. Son aspect robuste dévoile pourtant ses faiblesses en laissant passer les longues plaintes déchirantes d'un être qui se meurt dans l'âme, sinon dans le corps lui-même. Un fragment de secondes, la Piper hésite, la perspective de ce qui l'attendait au-delà menaçant de la tétaniser toute entière à nouveau. Mais un hurlement retentit derrière cette barrière de bois, vain appel se brisant en mille et un échos de détresse, vibrant jusque dans les chairs de la demoiselle, creusant un chemin inéluctable dans son cœur saignant déjà. Alors d'une main ferme et étrangement assurée, elle s'empare de la poignée et pénètre le théâtre de l'infamie, avançant d'un pas décidé vers la pièce où se jouait la funèbre tragédie, croisant sans la voir une servante se précipitant vers les escaliers, une bassine d'étain à la main. « PARTEZ ! » L'injonction malveillante fuse à travers la pièce, volant par-dessus la dernière volée de marches menant jusqu'à l'antre du Mal, véritable cri de l'âme où douleur et peur se mêlent en une symphonie meurtrière. Sa vie est en jeu, son avenir, son cœur, tout ce qui la constitue. Voilà ce que semble signifier cet ordre tyrannique, refusant qu'on ne touche ne serait-ce qu'une parcelle de son âme. Touchée en plein cœur, Wendy presse son pas, accourt dans la chambre seigneuriale, vole au secours de sa noble Dame qui menace de trépasser ou bien faire trépasser...

« Je veux … le garder. » La voix est brisée, morte. Wendy est terrassée par la vision qu'elle est contrainte d'affronter, son cœur s'éclatant en mille morceaux alors qu'elle contemple le Désespoir incarné. Rohanna Baratheon n'est plus qu'une boule informe, recroquevillée sur elle-même, maintenant ses jambes serrées contre son torse. Ses beaux cheveux d'ébène ne sont plus que fils visqueux collés par la sueur contre son front, ses joues, son cou. La Biche tremble de tous ses membres, secouée par des sanglots inarrêtables, torrents de larmes creusant sa peau d'albâtre. La presque mère tente de vains mouvements pour arrêter l'inéluctable, pour lutter contre un Destin qui s'acharne mais son corps la trahit et le désespoir s'empare à nouveau de son être tout entier, s'enfouissant contre les oreillers et les draps, accablé par un chagrin trop insoutenable. Ses frêles bras vacillants s'enroulent autour de son ventre, embrassant un être qui n'est pas encore mais qui aurait pu être si grand, essayant désespérément de l'enjoindre à rester dans ce cocon si chaud et protecteur. Mais déjà, les deux servantes s'occupant d'elle avec amour se saisissent de ses mains tordues par la douleur, cherchant à contraindre la malheureuse pour son propre bien.

« Dame Rohanna, si vous ne le laissez pas partir… »
« ... vous allez mourir tous les deux. » « Arrêtez ! » L'ordre déchirant s'échappe involontairement des lèvres de Wendy, ne pouvant tolérer le mal-être de la suzeraine de l'Orage, et les deux servantes la regardent, interdites. D'une voix presque suppliante, elle explique son cri : « Attendez ! Chancelante mais fiévreuse, Wendy vole près du lit, accourant auprès de l'agonisante avec un regard empreint de désespoir, mains tendues, bras offerts, pour octroyer ne serait-ce que le plus petit réconfort à cette âme en perdition, succombant lentement à la folie assassine. Le sien propre. Prête à se laisser mourir pour ne pas perdre l'enfant tant désiré. Les larmes brouillent le regard de la conflanaise, se sentant plus que jamais impuissante face à ce spectacle monstrueux. Wendy est là, debout, à deux centimètres de Rohanna, sa poitrine se gonflant d'un sentiment d'horreur qu'elle n'avait que trop bien connu, ébranlant tout son être. Mais elle ne savait pas quoi faire, comment apporter une aide à cette pauvre femme en détresse suprême, sentant une panique effrayante l'envahir. Elle avait peur de lui faire mal en la touchant, ou bien de l'agresser sans le vouloir, elle qui n'était plus que douleur vivante. D'une main hésitante, s'y reprenant à plusieurs fois, la jouvencelle caresse délicatement le front de l'orageoise, décollant avec lenteur et minutie les mèches collées contre la peau humide. Elle réitère ses gestes doux, de plus en plus assurée, susurrant à l'oreille de Rohanna des paroles rassurantes. Son ton est de velours, irradiant d'amour et de douceur. « Tout ira bien, ma Dame... Le mestre est en chemin. » Elle profère son mensonge sans hésiter, cherchant avant tout à calmer l’alitée et lui procurer une détente salutaire avant que les contractions ne finissent par arrêter son cœur même. Alors qu'elle dépose un baiser tendre sur le front mouillé, la Baratheon se cabre soudain en une convulsion effroyable, ses yeux autrefois si doux s'exorbitant et restant ouverts, figés, terrassée qu'elle était par ces douleurs incontrôlées. Le cœur de la Piper manque un battement, une boule bileuse se forme dans sa gorge, prête à rendre ses tripes, et de ses mains fragiles elle serre la soierie de la couche moribonde. C'est la Mort qu'elle revoit, sous ses yeux écarquillés et dans son esprit souillé à jamais. Elle revoit les traits déformés de sa mère, accrochée comme une pièce de viande aux grilles de Château-Rosières. Elle revoit son œil vitreux pendant que l'autre est picoré par les corbeaux, elle revoit la couleur vivace du sang maculant la peau et les étoffes, autant de traces infâmes de la Faucheuse en action. Elle ressent la même douleur lancinante, tailladant ses entrailles et explosant son cœur.

« Tess… Tess… »
« Votre tante est à Accalmie… » Wendy fronce les sourcils, revenant lentement à elle et à la pièce qui se joue ici et maintenant. Elle est vivante, elle. Rohanna n'a pas encore trépassée, Rohanna respire encore et peut être sauvée pour peu qu'elle veuille bien qu'on la secoure. La réalisation coule en elle, injectant dans ses veines ce courage qui lui avait fait défaut jusque là, insufflant dans son cœur cette farouche détermination qu'elle avait eu peine à ressentir.
« Tess, prends ma main. Serre-la fort…. Serre-la fort pour que j’oublie toute autre sensation. » Elle pouvait être sauvée, contrairement à sa mère qui était déjà morte et abîmée lorsqu'elle l'avait découverte, pendante aux grilles. Son cerveau actionne ses rouages à toute allure, son regard se posant sur l'épouse de la Main, son esprit plongé en une réflexion intense. Les servantes se reculent, désemparées, baissant les bras face à un combat qu'elles pensent perdu d'avance. Mais Wendy se rue sur le lit, s'asseyant aux côtés de Rohanna... et s'empare de la main faiblement tendue, appel au secours, dernier cri de désespoir pour une maigre tentative de consolation. Wendy serre. Elle serre puissamment cette main tremblante, tentant de faire couler en Rohanna son propre fluide vital, lui montrant qu'elle n'était pas seule, lui assurant qu'elle n'était pas abandonnée. Elle n'était pas Tess. Mais qu'importait. Si Rohanna le voulait, si la vie de la belle en dépendait, elle incarnerait le rôle désiré avec la même ferveur qu'elle avait endossé ses différents masques pour son propre intérêt personnel. En cette heure, en cette minute, Wendy Piper devenait Tess Baratheon. Et les Dieux lui en seraient témoins, elle s'appliquerait à devenir ce personnage si c'était l'unique moyen de raisonner la folle agonisante. La Biche Pendue se met à chantonner. Aux servantes effrayées, Wendy affichent à l'inverse une mine sérieuse et déterminée, suivant les mélopées décousues de la malade, l'accompagnant jusque dans ses chants délirants pour tenter de la calmer et lui montrer qu'elle n'était pas seule dans sa tourmente. De sa main libre, elle prodigue des caresses endormissantes à la pauvre mère qui n'en porterait jamais vraiment le titre. Wendy ne voit plus que Rohanna, n'entend plus qu'elle, se calquant sur chaque mouvement de son corps, s'apercevant que ses caresses obtiennent un certain résultat. Quand elle se tait, la conflanaise reprend les mélodies, transformant les paroles pour les muter en prières aux Sept Qui Ne Font Qu'Un, comme pour bercer cet esprit torturé de l'intérieur par la musique et la piété. Les Sept avaient peut-être abandonnés Rohanna, mais ils n'oseraient pas se détourner de la Pieuse des Eaux, la dévote, celle qui avait remis sa vie entre leurs mains divines depuis des années.

Elle ne fait pas cas du mestre et des septas qui entrent dans la chambre funeste, ne contemplant que la belle qu'elle se doit de sauver. Tel était son devoir. Elle ferme ses oreilles aux piaillements assourdissants des servantes faisant leur rapport à l'homme de sciences. Les entendre parler avec terreur ne peut être que néfaste. La jeune servante qu'on avait envoyé quérir de l'eau fraîche entre alors à son tour, se frayant un chemin discret jusqu'à la couche seigneuriale. Wendy l'avise, lâche la main crispée de Rohanna, et lui ordonne muettement de s'approcher un plus encore. Elle se lève de la couche, cherchant un verre à proximité. La reine elle-même lui avait dit de faire boire la Baratheon, beaucoup, même si elle ne le souhaitait pas. Au même instant, le mestre s'avance, prêt à prodiguer les soins nécessaires à la femme de Robart Baratheon, celle qu'il fallait à tout prix sauver. Tout se passe très vite ensuite. Véritable tourbillon. En un instant, Rohanna froisse les draps de soie pour remonter péniblement dans le lit, tentant de s'échapper des griffes de celui qui ne voulait que lui retirer son enfant. Le Désespoir plane, l'Effroi envahit. « Non… je vous en prie… laissez-moi… il peut vivre, moi aussi. Tess, dit-leur que nous allons vivre. DIS-LE LUI ! » Le hurlement claque dans l'air capiteux aux parfums putrides, le cri déchire le silence qui s'était installé. De nouveau, la main de Rohanna s'élève dans les airs, cherchant un appui invisible, une main secoureuse, une aide extérieure qui parviendrait à transformer la réalité en un miracle divin.

La Piper se précipite, attrapant cette main à l'agonie et la serrant de toutes ses forces. « Je suis là. Je suis là, Rohanna. Ô douce Rohanna... » Elle porte la main à sa bouche, contrôlant des larmes menaçant de rompre la barrière de ses yeux. Elle y dépose des baisers fervents et aimants, vient y déposer sa joue pour lui insuffler une chaleur qui n'existe plus dans ce corps meurtri. Jamais encore Wendy n'avait usé de telles familiarités avec la Dame d'Accalmie, mais aujourd'hui elle était Tess, et Tess devait sans aucun doute partager l'intimité de ce prénom aux tonalités délicates et les gestes tendres qui ne pouvaient exister que dans le giron des familles. « Je suis là, douce enfant. Le mestre ne te veut aucun mal. Si tu veux une chance, ménage toi, conserve ton énergie pour combattre le mal avec un expert, au lieu de lutter vainement contre ceux qui t'apportent leur aide. Ne te trompe pas d'ennemi ». Wendy se garde bien d'accéder à la première demande de la souffrante, ne pouvant accepter de mentir, mais ne pouvant se résoudre à lui dire une vérité cruelle. L'enfant était perdu. Rien ne pourrait changer ce fait... Se redressant, Wendy appelle la servante porteuse d'eau d'un signe de tête autoritaire et se saisit du verre qu'elle plonge dans le liquide transparent. « Bois, Rohanna. Tu dois boire ou vous périrez tous les deux. » Lentement, elle porte le gobelet aux lèvres bleuies de l'orageoise, implorant silencieusement les Sept de donner la force à Rohanna Baratheon de survivre à son enfant.


AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Invité
MessageSujet: Re: For neither ever, nor ever goodbye   Ven 20 Oct 2017 - 23:36






Il fallait être fou, tout du moins un peu dérangé pour ne pas se rendre compte de l’agitation qui régnait à Port-Réal ces derniers jours. La ville s’était parée de ses plus belles couleurs. A grand renfort de plantes vertes, abondamment abreuvées, la capitale semblait un instant ne guère souffrir de la chaleur étouffante de cet été. Après des jours et des semaines de travaux et de pose de décor, le grand jour était arrivé. En ce début de l’An 49, comme l’écrirait les historiens, prenait place le couronnement de Jaehaerys I, premier de son nom et pour fêter ce moment de félicité, la couronne avait fait fort. Tout était réglé dans les moindres détails. Pour preuve le Conseil Restreint avait même assigné comme tâche au Grand Mestre Lester, rattaché à la maison du futur Roi des Sept Couronnes et pleinement membre dudit Conseil, de décrire avec détails et moult adjectifs, la grandeur de ce jour. Il était essentiel que les générations futures puissent se souvenir de ce jeune Roi.

Le Grand Mestre Lester était un homme plein de paradoxes. Siégeant au Conseil Restreint, on pouvait s’attendre à ce qu’il soit une bête de politique, sournois, vil et terrifiant… Il n’en était rien, c’était un vieillard, rongé par de nombreuses maladies, qui usait de sa position de Grand Mestre non plus pour le pouvoir, mais pour le salut du confort de sa fin de vie. Aussi, il avait abandonné les tâches principales de Mestre, tel que gérer les correspondances et les corbeaux, les soins à la population du Donjon Rouge…etc. A la place, il s’était entouré de quelques seconds, Mestre eux aussi mais éclipsé. Et moi, Mestre Banneth, faisait partis de ceux-là, pour mon plus grand déplaisir. Cela faisait, en effet, trop longtemps que je souffrais d’une mise sur le côté, depuis mon coup d’éclat à Dorne quelques années plus tôt et de mon exil forcé à la Citadelle des mestres. A la fin de ma formation, j’avais espéré faire mon grand retour sur mes terres natales, ce ne fut pas le cas. J’avais alors espéré pouvoir être assigné à un grand suzerain des Sept Couronnes et de là, pouvoir prendre le contrôle sur une famille et y insuffler une politique qui serait à la hauteur de mes ambitions. Mais non, à la place, je me voyais relégué second parmi les seconds. Rien ne pouvait être pire pour un homme comme moi.  

Bien que respecté par tout un chacun à Port Réal, les mestres en seconds n’avaient pas eu le droit de participer, ni de loin, ni de près aux festivités du couronnement. Cloitré depuis le début de la journée dans ce qu’on appelait la tour des mestres, j’avais passé ma journée à regarder au travers de la fenêtre de l’atelier du Grand Mestre tous les évènements, les processions de nobles et les cris d’acclamations. C’est alors que le drame se déroula.

Nous devions être au milieu de l’après-midi, je discutais avec mestre Dekki, féru de botanique et à la conversation abondante. Attablé avec le reste des seconds, nous avions profité de l’absence du Grand Mestre Lester pour ouvrir l’une ou l’autre bouteille de liqueur et de vin, provenant de Dorne ; entre mille je pouvais reconnaitre les saveurs et les notes de ma contrée natale. Soudain, une servante, l’air affolée, débarqua en criant mi essoufflée, mi en pleures :

« Un Mestre, vite !!! C’est Lady Baratheon, son enfant !! »

Un silence s’abattit sur notre tablée, nous nous regardions l’un l’autre. Nous étions, certes, au courant de la grossesse de l’épouse Baratheon, mais elle était loin d’être à terme. La servante ne nous laissa pas le temps de poser la moindre question qu’elle se lançait dans de longues explications, plus floues que précises. De chaudes larmes coulant le long de ses joues, nous ne comprenions rien. Je pouvais déjà sentir certains de mes camarades perdre patience. Il est vrai que la noblesse avait la fâcheuse tendance à faire grands cas de petites choses.

« Mestre Banneth, vous êtes préposé soins, c’est à vous d’y aller je crois bien ! »

Mestre Tham, originaire des Conflans, s’était fait un malin plaisir à me le rappeler. Certains seconds se mirent à rire et d’ajouter.

« Ça nous fera plus de vins, bon travail Mestre Banneth ! »

Résigné, je me tournais vers la servante, m’emparant de la grande valise de soin du Grand Mestre Lester, laissant derrière moi les ricanements de mes camarades à l’esprit déjà émoussé par l’alcool. Je n’avais pas eu l’occasion de rencontrer Lady Baratheon, épouse de la Main, mais j’espérais que je ne me déplaçais pas pour rien.

***



Rien, c’est le mot, le Néant, le Désespoir aurait néanmoins pu s’y substituer. La porte de la chambre s’ouvre devant moi et ce que je vois est tout bonnement effrayant. Sur le chemin vers la Tour de la Main, un groupe de Septas s’étaient jointes à moi. Nous marchions de vive allure et rapidement je compris que la situation était critique et qu’il n’allait pas m’être donné beaucoup de temps pour réfléchir. Je devais me préparer au pire.

Dès mon entrée, d’autres servantes tentent de m’expliquer la situation. Mais déjà, mon esprit s’est enfui, loin, dans les bibliothèques de la Citadelle, à la recherche du savoir.

« Par les 7 enfers ! Mesdames, laissez-moi ! »

D’un ton sec, cinglant et ferme j’impose mon autorité dans la pièce. Je m’appproche du lit, là y gise une jeune femme que j’identifie comme Rohanna Baratheon. Elle semble frappée des pires maux , ses yeux révulsés, son corps se cabrant de douleurs, ses cheveux noirs remplis de sueurs. Mais le pire est sans nul doute le sang. Il y en a partout. Aux côtés de Rohanna, une autre Dame de la cour tente de la réconforter, Wendy Piper. Je n’ai pas l’occasion de parcourir plus longtemps les arbres généalogiques des grandes familles de Westeros que Dame Baratheon s’agite, s’agrippant aux draps en gémissant :

« « Non… je vous en prie… laissez-moi… il peut vivre, moi aussi. Tess, dit-leur que nous allons vivre. DIS-LE LUI ! »

Elle semble me fuir, effrayée ? Je ne peux le dire. Mais je n’ai surement pas le temps de m’en inquiéter davantage, ma mission est claire. Le temps d’ouvrir la valise de soin, je sens à mes côtés Dame Piper susurrer des mots de réconforts à l’épouse de la Main. Redressant les manches de ma bure grise de Mestre et repositionnant mes maillons métalliques, j’entame un nettoyage de mes mains. Aux vues de la situation, il est évident que Rohanna Baratheon allait perdre son enfant. La situation est la plus dure qu’il soit possible pour un Mestre, laisser vivre la mère ou laisser vivre l’héritier potentiel. Je ne connais pas la Main du Roi et j’ignore ce qu’il souhaiterait. C’est à moi qu’incombe ce choix et pour moi il est clair. Ce sera l’enfant ! Néanmoins, avant de me mettre à l’ouvrage, je me tourne vers Wendy Piper, celle-ci est occupée à porter aux lèvres de Rohanna un gobelet rempli d’eau et c’est là que je les vois. Les lèvres de Dame Baratheon, elles sont d’un bleu profond, tirant sur le mauve, un bleu majorelle. Pire, de sa bouche s’écoule un filet d’écume jaunâtre. Le doute m’assaille. Mais promptement, il me faut agir. Je pose, un peu violemment, ma main sur le bras de Dame Piper, la faisant renverser le gobelet et lui dis, d’un ton impérieux :

« NON ! Tout sauf de l’eau ! Eloignez-vous ! »

Faisant fi de toute courtoisie, j’éloigne Wendy, n’écoutant pas ses protestations. J’attrape le visage de Rohanna et vient plonger mes yeux dans les siens, ils sont aussi injectés de sang, mais il est bleu majorelle, tout comme ses lèvres ! Je dois en avoir le cœur net, le doute subsiste. Je m’empare d’une lame et sous le sein gauche de Rohanna je viens inciser, au moins elle pourra cacher la cicatrice. La pauvre femme se tord une fois de plus de douleur, elle crie. Mais plus rien ne m’atteint, le sang qui s’écoule de la coupure que je viens de faire est une fois de plus bleu majorelle. Je pose mon regard sur l’entre-jambe de la pauvre femme, là le sang est rouge et s’écoule encore et toujours.

Je retrouve alors du regard Dame Piper et d’une mine terrifiée je lui lâche platement :

« Ce n’est pas son sang ! Eloignez moi ces gens, j’ai besoin d’espace, je peux la sauver ! Mais revenez après, j’aurai besoin de vous !»

Pour le coup, je ne tiens pas compte de l’étiquette, cette Piper m’a l’air plus efficace que ces pauvres servantes qui pleurnichent depuis que je suis arrivé. Elle me servira d’aide, noble ou non.

J’attrape une écuelle en cuivre, dans la valise de soin je me mets à la recherche de différentes poudres. Je caresse mon maillon en argent, symbole de mes compétences en soins. Avec un peu de chance, ce que je prépare devrait aider Rohanna à se purger. Bien que ce soit déjà dans le sang, il reste une chance. Je m’approche de la jeune femme qui semble de moins en moins consciente, les yeux toujours aussi révulsés et de plus en plus bleus. Je lui fais avaler mon remède. J’attends un instant, elle ne vomit pas, c’est un bon signe. Mon remède devrait faire effet. Mon diagnostique semble être le bon… Et c’est cela qui m’effraie le plus. De ce côté-là, je ne peux plus rien faire pour le moment, c’est à la jeune Dame de l’Orage de se battre et de survivre. Il me faut, maintenant m’occuper de cet enfant, ou plutôt, vu ce sang rouge, de ce qu’il en reste.

« C’est maintenant que je vais avoir besoin d’aide, je ne peux lui donner du lait de pavot et je vais devoir ouvrir pour extraire artificiellement le bébé. Il va falloir la tenir, elle va souffrir mais nous n’avons pas le choix ! »

Sans tarder, je m’empare d’une nouvelle lame, Rohanna est étendue, nue sur le dos. On lui tient les mains et les pieds, elle semble comme accrocher à une croix. A son visage suant, on comprend vite qu’elle délire. Je m’approche de son bas ventre et incise horizontalement sur quelques centimètres, du sang bleu se met à couler. J’ai néanmoins plaisir à voir que ce bleu est moins intense que précédemment. Mon remède semble fonctionner. Il ne m’est pas difficile de trouver la poche utérine parmi le reste des organes de Rohanna. L’opération que je suis en train de réalisé est connue depuis longtemps, une césarienne, mais n’est guère acceptée par tous, je n’imagine pas encore ce qui pourrait m’arriver si la Dame de l’Orage venait à mourir. Le Suzerain d’Accalmie est-il tolérant et clément ? Il n’est guère temps de penser à cela, je vais déjà devoir extraire un mort de Dame Rohanna, on verrait après ce qu’il en est de la morale. Prenant mon courage à deux mains, j’incise la paroi utérine. A peine ouvert, du sang gicle sur moi, j’en suis couvert et il est rouge. Levant les yeux de ma patiente, je remarque qu’une servante vient de s’effondrer. Il est vrai que la scène et l’odeur qui se dégage ne laissent rien présager de bons. En effet, je parviens, finalement, à extraire de Rohanna un petit enfant, ou plutôt un monstre, à le voir il ne doit pas avoir plus de 6 mois. La scène est horrible, le fœtus à le visage déformé, à la place de ses yeux on ne voit que deux trous béants, les yeux ont éclaté. A y regarder de plus près, le fœtus s’est vidé de son sang. Je regarde, tristement l’assemblée amassée autour de Rohanna, certains sont blêmes, d’autres détournent le regard, elle vient bel et bien de perdre son futur enfant. Qui plus est, un mâle. Sans autres mots, je me prépare à recoudre la Dame de l’Orage et c’est là que je comprends que je ne suis pas au bout de mes surprises. L’enfant mort n’est pas seul, je ressors un second fœtus. Mâle lui aussi, je l’examine. Il est vivant. Les gens autour de moi, le comprennent aussi, un soupir de soulagement se fait entendre. Mais l’évidence s’impose à moi lorsqu’en voyant ses yeux gonflés de sang je comprends, il est venu trop tôt et comme son frère bientôt il se videra du liquide de vie. Je m’approche de Rohanna, avec son héritier de quelques instants dans les mains.

« Dame Rohanna, je suis désolé, il ne vivra pas ! »

Difficilement, la Dame de l’Orage touche son enfant, celui-ci bouge quelques instants. Mais je suis obligé de le retirer de l’emprise de sa mère, du sang commence à couler de ses yeux et de sa bouche. Il est trop tard pour lui. L’étincelle de vie vient de le quitter, j’en ai la nausée. Une servante me prend l’enfant des mains. Sans un mot, sans un regard, je recouds Rohanna. Ayant fini je déclare, la mort dans l’âme :

« Elle survivra. »

Je m’éloigne du lit et me rapproche d’une fenêtre, la nuit tombe. Depuis combien de temps suis-je occupé ? Je l’ignore. Mes yeux se perdent dans le vague. Ma bure grise de Mestre ne l’est plus, elle est noire, tachée et imbibée du sang des Baratheon. Mon visage, mes mains et mes avant-bras eux non plus ne sont pas épargnés. Ce n’est pas tant mon aspect, ou ce qui se passe dans cette chambre qui m’inquiète le plus, c’est ce dont j’ai été témoin. Je n’ai rien dis toutes ces heures durant, mais il est évident que Rohanna Baratheon a été empoisonnée. Suis-je en possession d’une information capitale? Dois-je la révéler ? Si oui, à qui ? Quels en sont les implications pour moi?

C’est pétrifié par toutes ces questions que je reste, dos à la chambre, face à la fenêtre, exténué et horrifié.
   


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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: For neither ever, nor ever goodbye   Dim 29 Oct 2017 - 14:40

For neither ever,
nor ever goodbye






« Je suis là. Je suis là, Rohanna. Ô douce Rohanna... » Elle lui prend sa main. Elle lui prend sa main pour la serrer doucement. La Biche tente de sourire, un sourire si faible… si douloureux. Les lèvres de sa tante sur ses doigts, ses yeux brouillés de larmes torturées, à l’agonie elle se rend. Laissant son visage se morfondre en des contorsions malheureuses, elle se livre toute entière. Il est trop lourd ce coeur qui sent la chaleur de Tess. Il est trop bien trop lourd celui qui comprend que si elle est à ses côtés, à nouveau, c’est que la mort est là. Brumeux sont ses yeux. Ils tentent de capter des images auxquelles se raccrocher, mais ils n’y arrivent pas. Il n’y a rien. Il n’y a rien d’autre que sa peau contre une autre. Brulante. « Je suis là, douce enfant. Le mestre ne te veut aucun mal. Si tu veux une chance, ménage toi, conserve ton énergie pour combattre le mal avec un expert, au lieu de lutter vainement contre ceux qui t'apportent leur aide. Ne te trompe pas d'ennemi » Ses jambes se replient un peu plus, elle va la conserver cette énergie. Elle va garder son corps, tout petit, contre ce coeur qui, s’il veut battre encore quelques temps, protégera son enfant. Elle veut parler. Elle tente de formuler quelques mots, mais ses efforts son vain. Ses amygdales se jouxtent, elles se disputent quelque place dans cette gorge trop encombrée. Elles se crispent, elles voudraient vraiment laisser passer les mots : à la place un liquide fiévreux coule en sa gorge. Les mots sont ravalés. Elle étouffe. Tess est soudain bien juvénile. Elle ne l’a jamais vu aussi jeune, pas même à Gallowsgrey. Pas même quand… ! Elle se meure. C’est certain ! Elle se meure. Alors la malade inspire brutalement. Suffoquements infernaux. « Bois, Rohanna. Tu dois boire ou vous périrez tous les deux. » Sans aucun effort, la mourante se laisse faire. L’eau touche ses lèvres closes. Les particules les implorent de s’ouvrir. Quelques bulles se créent, elles papillonnent sur ce bleu exotique avant de couler en sa nuque.

 Les lèvres sont scellées.

« NON ! Tout sauf de l’eau ! Eloignez-vous ! »



Son visage est violemment attrapé. Ses yeux s’entrouvrent, ils se révulsent. A l’orée de sa mort, qui ose venir la déranger? Ses paupières se laissent aller, elles veulent retourner dormir. Elles ne veulent plus laisser la lumière du jour percer les iris de la Biche. Froide est la lame qui découpe lentement sa peau. C’est un picotement, ce n’est rien par rapport à ce qui irradie partout en son corps. Or, la main de Tess n’est plus là. Elle a beau la chercher avec fièvre, elle n’est plus là. Hélas ! la froide sensation s’enfonce en sa chair et elle cri. Un cri faible qui aimerait résonner jusqu’à Accalmie. Sa tête tentant de se débattre aux démons présents, elle aimerait qu’on la laisse en paix. Dans un tremblement terrible, son corps tout entier chercher à fuir cette sensation métallique.
 La Biche se meure.

« Ce n’est pas son sang ! Eloignez moi ces gens, j’ai besoin d’espace, je peux la sauver ! Mais revenez après, j’aurai besoin de vous ! »

C’est soudain. C’est comme un murmure sur l’ondine, un murmure qui devient vacarme. Les servantes s’affolent. Par quelques phrases maladroites, elle tentent de rester auprès de la malade. Elles ne connaissent pas cette Piper qui se prétend être meilleure qu’elles réunies ! Goût du devoir ou goût de la sensation? Sur leurs visages en attente, la jeune Wendy les repousse loin du baldaquin. Le mestre fait de grands gestes, minutieux. Il élabore un remède. Un remède qu’il fait délicatement pénétrer dans la gorge de la mourante. Elle ne le voit pas. Elle ne voit plus rien, ou si peu. Il tient sa glotte, il maintient sa gorge pour l’empêcher de régurgiter cette pâte amère. C’est dur. C’est implorer la mort de battre en retraite. C’est lui demander d’enlever cette chaleur terrible qui l’étouffe. C’est laisser sa tête s’enfoncer un peu plus dans les oreillers aux murmures intimes, c’est la balancer pour espérer que tout s’évapore. 


« C’est maintenant que je vais avoir besoin d’aide, je ne peux lui donner du lait de pavot et je vais devoir ouvrir pour extraire artificiellement le bébé. Il va falloir la tenir, elle va souffrir mais nous n’avons pas le choix ! »


Ce sont des échos. Ce sont des mots qui viennent trouver une âme déjà lointaine. Souffrir, peut-elle encore souffrir? Probablement pas. Son corps est dans une lutte constante pour ne pas sombrer dans des limbes noires. Des mains rapides lui enlèvent sa chemise souillée. Elle a froid. Malgré l’Eté menaçant elle tremble. Ses dents s’entrechoquent. Elle claquent, fébrilement. Son bas ventre continue de pousser terriblement entre ses jambes, mais elle n’a plus l’énergie pour accepter de pousser. Elle n’a plus aucune énergie pour accepter de vivre.

Et les femmes de sa maisonnée retournent ce corps lourd. Elles ne comprennent pas ce que le mestre veut faire, mais la plupart ne sont pas encore mariées... Elles n'ont aucune réelle idée de comment on doit procéder dans ces cas-là. Seule l’horreur se lit dans leurs yeux quand il découpe le ventre de Rohanna. L’idée de la laisser à son sort et de courir loin de cette pièce reste figée de longs instants. Un hurlement atroce perce leurs oreilles, leur prisonnière s’agite. Leurs poignes se referment autour de ses bras. Il ne faut pas qu’elle puisse bouger. Il faut l'immobiliser. Désormais, le sang coule de ce ventre charnier. L’une des demoiselles s’effondre et le silence s’abat dans la pièce. Des larmes d’impuissance dévalent les joues des victimes. Ce n’est pourtant que quand le chirurgien sort l’enfant, ou ce qui ressemble à un futur enfant, que l’horreur est à son comble. « Par les Sept… » La plus dévouée d’entre elles accourt et enveloppe le monstre dans un linceul immaculé. Ce qu’ici ils avaient vu, il n’était pas besoin que leur Seigneur et sa femme en aient connaissance. Dès que sa maitresse serait hors danger, elle brulerait ce petit corps sans vie. Confiant le frêle paquet, boursouflé et sanglant, à une Septa, elle retourne rapidement vers le mestre. Entre ses mains, un second garçon. Vivant. Ses mains viennent trouver sa bouche, comment cela pouvait être?



« Dame Rohanna, je suis désolé, il ne vivra pas ! »

La douleur avait été terrible, acharnée et bien trop vive pour qu’elle la supporte sans tomber dans ses limbes noirs. Il n’y avait pas eu de cauchemars. Il n’y avait rien eu autre que le néant. Ses yeux s’ouvrent lentement et il est là. Si … chétif. Il lui faut de nombreux instants pour que ses paupières acceptent de rester ouvertes. Ses doigts s’approchent avec extrême lenteur de son fils. Son fils. Un rayon de joie illumine son teint blafard, dont le sang semble avoir disparu à jamais. Dans un effort sa paume se pose sur son front visqueux. Sa respiration n’est plus, elle a peur de le briser. Elle a peur que ce moment s’évapore. Il bouge doucement, il doit la chercher. Son nez se rétracte, il la picote de toutes ces émotions trop vivent pour son état. Sa paume continue de caresser cet enfant qui est venu trop tôt, cet enfant qui malgré tout s’agite avec fureur. O digne fils de son père ! Quand son brame étreint la chambre de sa calme mort, ce sont des mains qui la plaquent avec violence sur le lit. Ce sont des mains qui l’obligent à retourner en sa demeure obscure. Elle ne suivra pas le sort de ce garçon.

« Elle survivra. »



Le Mestre a terminé sa vile besogne. La sentence heureuse, on s’écarte de la Suzeraine. Tous baissent la tête, les yeux rivés au sol comme si, désormais, il ne serait plus possible de se regarder sans raviver une douleur trop atroce. Ce corps qui a vécu quelques instants, on l'observe avec curiosité… que faut-il en faire? Faut-il le brûler avec l’autre ou faut-il le montrer à son Seigneur Main? La mère est livide, toute couleur a disparu de sa peau autrefois si pimpante. Ses lèvres et ses gencives sont limpides. Cadavériques. Survivra-t-elle vraiment et pour quel prix? On se dirige vers Mestre Banneth, mais il leur tourne le dos. 


« Non… » Sa voix s’élève comme une élégie, faible et lointaine. Elle n’a pas bougé, alors on se rapproche d’elle. On l’encercle pour percevoir ces mots que personne n’entend. Ses yeux sont clos, ses cils épais comme une barrière inviolable. « … il doit avoir des funérailles. » On se regarde. Sans bruit, on se questionne. Est-ce le délire? On secoue la front. « Lady Rohanna… » Alors, les yeux s’ouvrent. Austères. Voilés. Froids. « Oseriez-vous lui donner une seconde mort? Vous l’avez tous vu respirer. » Un soupir et elle s’évanouie à nouveau. On incline la tête et l’enfant revient dans la pièce qu’il s’apprêtait à quitter. Il sera lavé, il sera prié, il sera élevé pour la gloire de ses ancêtres. C’est un désir bien morbide et bien macabre qu’on leur ordonne, mais cet enfant tous l’ont vu vivre et expier.



« Il faut changer Dame Rohanna, Lord Robart ne peut la voir dans cet état. »

« Et comment voulez-vous qu’on la déplace? »
« Ne pensez-vous pas que la bouger serait aggraver son mal? »

« Où est donc cette Batilde quand on a besoin d’elle? »

« Elle était pourtant là toute la journée... »




Ruche trop grouillante, les chuchotements s’accélèrent. On jète un dernier oeil sur le Mestre et la Lady Piper -un bien étrange duo qui est venu porter aide à leur maitresse-. Alors, on se déporte vers le couloir où ils ne peuvent entendre leurs bavardages. Si les Baratheon apprennent que leur camarade n’était pas présente, elle sera renvoyée. Or, sans argent la famille de la malheureuse mourra de cette famine qui s’abat sur tout le royaume. Il leur faut la protéger et surtout, il leur faut la retrouver. 




***



« Robb? »

Sa voix est presque inerte, toute mélodie en est morte. Si faible, elle n’a même pas la force de tenter de réitérer le prénom de l’être aimé. Depuis combien de temps dormait-elle? Ses draps avaient été changé et sa chemise, propre, ne laissait aucune traces des douloureuses heures passées. Sa mâchoire grimace, elle a mal. Ce n’est plus la même douleur que lorsqu’elle est tombée devant les Lords… Que s’est-il passé? Elle ne se souvient plus. Elle… ses yeux se gonflent et un torrent de rage dévale son visage amaigri. Ses mains cherchent son ventre, mais il est désormais plat. Il n’y a plus rien. Rien. Sa respiration s’affole, elle voudrait hurler, mais la panique lui saccage toutes volontés. 

Du cauchemar elle se souvient. Ce sont des séquences floues et délirantes, mais elle se souvient. Loin de calmer son corps, ses images redoublent sur hoquets. Ce n’est pas Robb qui se tient dans l’embrasure, c’est le mestre. Celui qui lui a porté son fils pendant quelques instants.

« Pourquoi? »

Tout était si parfait, tout était si … violemment heureux. Les mestres d’Accalmie et du Donjon-Rouge étaient formels : tout irait pour le mieux. Dame Rohanna était dans un parfait état de santé, elle porterait l’enfant à terme. Elle donnerait cet héritier si attendu à l’Orage et au royaume tout entier. Désormais, il n’y avait rien… il n’y avait rien que cette déchirure dans son ventre. Déchirure que ses doigts fébriles, par dessus sa robe, arpentent. C’est comme une bosse, un apostume de malheur, qui n’était pas là avant. Ses pupilles ternes et hagardes se fixent sur cette silhouette qui lui a volé ce qu’elle avait de plus précieux. Il aurait du la laisser mourir. Il aurait du la laisser mourir avec ces enfants, car jamais elle ne pourrait pardonner aux Dieux.

lumos maxima


Spoiler:
 

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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: For neither ever, nor ever goodbye   Ven 3 Nov 2017 - 15:09


Au chevet de Rohanna

For neither ever, nor ever goodbye



« NON ! Tout sauf de l’eau ! Eloignez-vous ! » Une main presque violente s'abat alors sur son bras, brisant son acte et envoyant valser le gobelet d'argent qu'elle avait pourtant tenu fermement entre ses doigts. Le ton autoritaire couplé à ce geste de brusquerie inutile mettent soudain Wendy dans une rage offusquée, ses traits se durcissant et sa bouche s'ouvrant en grand comme pour cracher son outrage. « Mais... Que f... » La conflanaise en colère n'a guère le temps de protester avant de se voir repoussée sans ménagement. Le mestre la bouscule, la heurte, l'éloignant du chevet de Rohanna sans même un regard pour elle. Quel grossier personnage ! Elle était là depuis le début et prenait soin de la Dame d'Accalmie, de quel droit la rejetait-il ainsi ? La reine lui avait dit de donner à boire à la pauvre femme en souffrance, elle n'avait fait qu'obéir aux conseils donnés avec sincérité... Mais pourtant, sa fureur indignée retombe lentement alors qu'elle observe l'homme à la bure grise examiner la Biche Agonisante, lui prenant le visage et semblant soudain comprendre quelque chose qui leur avait jusque là échappé. Sur la pointe des pieds, la jouvencelle tente de voir ce qu'il fait, ce qu'il se passe et c'est alors qu'elle voit l'impensable : le mestre avait saisi une lame de sa valise et incisait la peau fragile se trouvant sous le sein. Wendy plaque une main sur sa bouche pour assassiner dans l’œuf un cri de stupeur qui n'aurait fait qu'aggraver la situation, contemplant sans parvenir à le croire le liquide bleu s'écoulant de la coupure opérée avec expertise. Un haut le cœur la prend, et sa main se resserre contre sa bouche pour contenir la bile qui ne demandait qu'à s'extirper de ce corps trop malmené par les derniers événements. Par les Sept, que se passait-il ici ? Quelle était cette sorcellerie ? Le cri déchire l'atmosphère capiteuse et résonne dans cœur de la Vierge, menaçant de rompre ses fines parois pour éclater d'une terreur douloureuse. Rohanna se cabre sous le contact funeste de la froide lame, hurle et se révulse. C'est trop ! Trop pour ce corps déjà meurtri par ses propres supplices. Alors des larmes montent, recouvrant les prunelles sombres de Wendy et s'échappent de ses paupières qu'elle garde grandes ouvertes par l'horreur qui se joue sous ses yeux, sa main toujours plaquée contre sa bouche, barrière contre le flot de sentiments prêt à déferler.

« Ce n’est pas son sang ! Eloignez moi ces gens, j’ai besoin d’espace, je peux la sauver ! Mais revenez après, j’aurai besoin de vous !» Il s'adresse à elle, impérieux, une flamme de confiance dansant dans son regard. Elle avait été choisie. Par Garett, par Mestre Banneth. Par les Sept eux-mêmes pour assister à cette pièce tragique qui la changerait à jamais. Et elle se devait de remplir un devoir qui lui incombait sans aucune raison apparente que celui d'aider son prochain. Wendy refoule sa paralysie naissante, trop de fois elle avait senti ses muscles la trahir pour l'empêcher d'agir, mais cette fois, elle ne les écouterait pas, l'heure n'était plus aux sentiments dévastateurs mais à l'action pure et simple, celle qui déciderait du sort de la pauvre suzeraine de l'Orage. Alors, elle ravale sa salive au goût bileux, ingurgitant sa nausée et son dégoût cuisant pour rassembler ses forces et ses esprits, repoussant à coups de grands gestes et de paroles dictatoriales les domestiques et même les septas au fond de la pièce, trouvant une force nouvelle pour même faire sortir quelques servantes trop fragiles pour ce spectacle et qui n'avaient rien à faire dans cette pièce : leurs faiblesses ne seraient que des enquiquinements dont on pouvait aisément se passer. Certaines résistent, outrepassant leur statut pour imposer leur présence auprès de Rohanna, d'autres pleurnichent, ou bien s'insurgent contre la conflanaise. Mais elle est plus puissante que jamais, cette Piper, cette étrangère en ces lieux, se sentant investie d'une mission divine. « Gardez votre calme, obéissez au mestre !! Désirez-vous réellement envenimer plus avant la situation par vos demandes égoïstes ou vos piaillements insupportables ?... La voix de Wendy était tranchante, sans appel, empreinte d'un mépris affiché alors que ces petites dindes mettaient en avant des considérations imbéciles alors que la Mort planait dans cette pièce et que le Mestre avait besoin de tout l'espace pour la faire reculer... Vos petites personnes ne comptent pas ici, seule importe la survie de Dame Baratheon, alors reculez, ou sortez si vous êtes incapables de vous maîtriser ! »

Elle se place en rempart, muraille infranchissable séparant la masse du lit funeste où la Biche se tordait de douleur, son teint blanchissant à vue d'oeil... Elle n'arrive pas à voir. Pourtant, elle étire son long cou de cygne, mais elle n'aperçoit qu'une écuelle contenant une drôle pâte touchant les lèvres bleuies de la souffrante. Banneth l'oblige à avaler cette mixture étrange. Derrière elle, les servantes s'agitent toujours un peu plus, tentant elles aussi de ne rien manquer du spectacle morbide se déroulant devant elle. Elles s'inquiètent, certaines sanglotent. Wendy, elle, se sent plus forte que jamais, son cœur tambourinant dans sa poitrine et lui distillant l'adrénaline nécessaire pour affronter l'horreur de la situation. Mais l'atrocité était loin d'être terminée et ça, la Piper allait bientôt l'apprendre à ses dépens. « C’est maintenant que je vais avoir besoin d’aide, je ne peux lui donner du lait de pavot et je vais devoir ouvrir pour extraire artificiellement le bébé. Il va falloir la tenir, elle va souffrir mais nous n’avons pas le choix ! » Dans la lumière tamisée de la chambre seigneuriale, l'éclat d'une nouvelle lame accroche l’œil de la jeune demoiselle et une pointe dans son estomac semble la piquer alors qu'une sombre réalisation coule en elle : il allait devoir lui ouvrir la peau, à nouveau... Wendy déglutit avec difficulté mais ne flanche pas, elle n'a pas le droit. Forte de sa nouvelle autorité, elle désigne quatre servantes qui ont l'air plus solides et aucune ne s'interroge sur la légitimité de cet ordre donné par une jeune étrangère. Elles s'approchent de l'agonisante pour lui retirer sa chemise souillée et la placer sur le dos, la donnant en sacrifice à la lame meurtrière de Mestre Banneth. Chaque servante s'empare alors d'un membre de Rohanna, lui tenant fermement bras et jambes, s'appuyant parfois à l'aide de leur corps tout entier pour l'empêcher de bouger et de faire un mouvement néfaste... Wendy se place à la tête de la Biche suppliciée, lui passant une main consolatrice sur le front et le visage, lui susurrant des mots rassurants, lui chantant quelques mélodies douces pour lui faire oublier le concert horrifiant qu'elle donnait d'elle-même par ses gémissements déchirants. Mais elle délire, la biche, elle délire et se crispe sous l'abominable douleur. Un autre hurlement s'élève alors que le scalpel découpe la chair du bas ventre, faisant couler encore un peu de ce sang bleu surnaturel, maléfique...

Ses larmes coulent, torrents incontrôlables alors que l'atrocité prend forme sous ses yeux candides. Wendy est trop jeune pour tout ceci, elle est trop affectée pour supporter tant de tortures sur un seul corps, elle qui a déjà été témoin de l'horreur... Et le sang s'écoule, bleuie, avant de gicler au visage de l'homme de science. De sa position, elle ne parvient pas à voir exactement ce qu'il fait, mais elle perçoit des gouttes carmins parsemant le faciès du mestre. Il lui ouvre le ventre. Il lui ouvre le ventre pour en extraire l'enfant. Le souvenir macabre d'un autre ventre, ouvert, étripé et fumant s'impose à elle. Non ! L'horreur s'empare d'elle et une nausée tente de s'échapper de sa bouche, mais elle ne faiblit pas, tenant à présent les épaules de la pauvre brune pour l'empêcher de bouger, fermant ses oreilles à ses hurlements perçants pour ne pas succomber à la vague insupportable de sentiments envahissant son être tout entier. Mais la servante tenant le bras droit de Rohanna s'effondre, terrassée par les visions monstrueuses qu'on lui avait imposé. Le danger guette car déjà la main affolée et désespérée de la Baratheon s'agite dans l'air, donnant des coups imaginaires à un ennemi invisible. Alors Wendy s'agrippe à cette main, la ramenant sur les draps imbibés de sueur. Elle doit être immobilisée, sa survie en dépend. Une odeur âcre s'empare des narines de la Piper, mais elle retient son souffle. Rien ne doit plus la distraire de la mission qu'elle devait remplir. Ni les bruits, ni les odeurs, ni les visions infâmes. Et pourtant, elle devient livide alors que son regard se pose malgré elle sur le petit corps extirpé du ventre de l'orageoise. Un être informe, aux yeux éclatés, le sang rouge coulant le long de son visage déformé... Elle ne peut plus le quitter des yeux, cet enfant mort dans le ventre protecteur de sa mère... Stupéfiée. Le souffle coupé. Exsangue. « Par les Sept... » Comme un écho lointain, la voix d'une servante perce la chape lourde d'un silence pesant, venant s'emparer de l'enfant, l'enveloppant d'un linceul avant de le confier à une Septa pour l'emmener loin des yeux de la Dame d'Accalmie.

Mais le regard de Wendy se trouble, se perd, ne comprenant plus ce qu'il était en train de se passer alors que Banneth sortait un autre corps du ventre exposé. Elle serre, et serre la main de Rohanna, s'accrochant à elle comme pour ne pas vaciller et tomber. Un deuxième enfant, un autre fils... et... Il bougeait ! Elle aspire un air bienfaiteur, pensant que celui-là pourrait être sauvé, qu'il pourrait venir panser les plaies provoquées par la perte de son frère, maigre consolation mais une nécessité pour la mère qui obtiendrait ainsi une raison de s'agripper à la vie. Rohanna en avait perdu un, mais la mansuétude des dieux lui permettait de se raccrocher au deuxième, cette petite vie qui la sauverait elle-même. Wendy soupire, expirant un soulagement presque obscène au sein de cette scène de tragédie. Le mestre s'approche alors de la mère, portant l'enfant. La mine de l'homme reste cependant fermée, hermétique, sombre... La Piper fronce les sourcils. Quelque chose clochait dans ce tableau rédempteur... « Dame Rohanna, je suis désolé, il ne vivra pas ! » Le cœur de Wendy manque un battement, se fend en deux, et ses yeux s'écarquillent. Quelle était cette infâme trahison du Destin ? Comment les Sept avaient-ils pu prendre du plaisir à donner un espoir pour le reprendre aussitôt ? Elle lâche la main de la Biche éreintée, lui permettant de caresser d'une main faible le front visqueux de celui qui ne vivrait pas. Elle pleure, la Vierge, elle pleure de l'abominable sort réservé à cette femme si aimable et douce, et même à sa pire ennemie, elle ne pouvait souhaiter destin identique... Le visage fatigué de Rohanna s'éclaire un instant, alors qu'elle embrassait du regard l'étincelle d'un espoir dans lequel elle avait cru si fort... Mais déjà l'étincelle s'éteint et le mestre retire l'enfant avant que le spectacle ne tue un peu plus la mère qui n'en portait plus le nom. Une servante l'attrape, le couvrant d'un drap blanc pendant que Wendy et les autres contiennent encore quelques instants la Biche blessée. Le mestre terminait son travail, recousant le ventre et nettoyant la plaie. « Elle survivra. » Au loin, la servante confiait le dernier né aux soins d'une septa, le regard embué de larmes, sachant le sort funeste qui serait fait à son petit corps. Brûlé, avec son frère. Maintenant, il allait falloir prendre soin de la pauvre âme en perdition, lui rendre une apparence décente et faire disparaître les traces de l'infamie.

« Non... il doit avoir des funérailles. » Tout s'arrête. Soudain, toutes les petites mains affairées cessent leurs mouvements et se rapprochent de la noble dame, Wendy lui saisissant la main pour lui apporter quelques caresses réconfortantes. Une servante tente de s'opposer à cette volonté, mais la voix faible s'élève dans un dernier effort : « Oseriez-vous lui donner une seconde mort? Vous l’avez tous vu respirer. » Dans un soupir, la Biche s'évanouit. « Dame Rohanna a raison, l'âme de ce pauvre enfant mérite le repos éternel auprès de la Mère. Il est trop tôt... mais il faudra lui donner un nom... » Wendy baisse le regard pour envelopper d'une affection désolée le corps inerte de Rohanna. Comment se relèverait-elle seulement de cette épreuve ? Et que signifiait ce sang bleu qui s'était installé dans ses veines comme un serpent rampant dans son corps pour y disperser son venin ? Trop de pensées assaillaient son esprit fatigué et Wendy se contenta à présent de faire ce qu'elle savait le mieux : prier. Lentement, elle s'approche de la servante tenant l'enfant mort contre son sein. Elle pince ses lèvres, contenant un sanglot et un mouvement de dégoût alors que de ses petits yeux gonflés et de sa petite bouche ouverte coulait encore du sang. Une septa se joignit à elles et ensemble, elles murmurèrent une prière à l'intention des Sept, les priant d'accueillir cette petite âme qui avait à peine respiré avant de quitter ce monde. Ô Sainte Mère...

Terrassée par l'épreuve qu'elle avait dû subir, Wendy leva un regard hagard, balayant la pièce. Banneth se tenait devant la fenêtre, en proie à de sombres réflexions. Des servantes passaient des éponges sur le corps meurtri de l'épouse de la Main pendant que d'autres tentaient de faire disparaître toutes traces du drame... Rohanna gisait sur son lit, inconsciente, amas de chair harassé et brisé. Son cœur était lourd, sa gorge nouée. La nausée menaçait de nouveau de franchir la barrière de sa bouche, mais elle déglutit, luttant contre ce sentiment qui n'avait pas sa place dans ce sanctuaire. On n'avait plus besoin d'elle. D'un pas lent et chancelant, la Piper se dirigea vers la porte, sans un regard en arrière. Les battements de son cœur lui faisaient mal et quelques chose dans son plexus solaire lui rendait la respiration difficile. Longtemps, elle lutta contre une vague d'émotions. Elle ne pouvait pas flancher, pas ici. Elle quitta la pièce, descendant les quelques marches sans s'en rendre compte, accélérant sa cadence à mesure qu'elle s'approchait de la sortie des appartements de la Main. Vite, vite. Quelque chose en elle menaçait d'exploser, et elle s'était mise à courir comme pour emmener au plus loin la déflagration. Au plus loin de cette tour qui avait déjà connu trop la souffrance et le malheur et ne méritait pas d'abriter ses douleurs, des douleurs étrangères.

Haletante, ses poumons la brûlant d'un air toxique, Wendy atteint le bas de la tour de la Main et elle remarque un recoin dans la pierre, une alcôve secrète prête à l'accueillir. Elle s'y précipite, ses deux paumes frappant avec violence la roche rouge. Elle hoquette, plaque une main sur sa bouche avant de s'adosser à la paroi pour s'y laisser glisser. Là, dans la discrétion de ce coin oublié, elle laisse exploser sa peine, noyant sa douleur dans des larmes acides. Quel était donc ce monde cruel ?




AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: For neither ever, nor ever goodbye   Lun 6 Nov 2017 - 13:13

Le titre du petit ou long rp est là
Si l’entretien avec le seigneur du Val avait semblé éprouvant pour Robb, ce fut l’attente qui s’ensuivit qui fut la plus terrible. Le silence de la pièce où il se trouvait avait quelque chose de tangible, presque étouffant, alors qu’il savait qu’au dessus de lui se jouait la vie de sa femme. Pour son enfant, il n’avait plus d’espoir, cela n’aurait été que naïveté de penser le contraire, naïveté ou un besoin presque malsain de se masquer la vérité. Ne le faisait-il pas d’ailleurs pour Rohanna ? Il l’avait vue au sol, blanche comme la neige, et c’était le voile de la mort qui rôdait dans l’ombre de ses prunelles. Ce deuil là, pourtant, était de ceux qu’il ne pouvait se résigner à accepter, pas tant qu’il n’y était pas obligé. Ce serait accepter de perdre une part de lui-même, la seule qu’il voyait comme indispensable en cette période noire.

Plus que le reste, c’était l’impuissance manifeste de sa situation qui l’anéantissait. Devoir se reposer sur le savoir des autres, avoir tout ce pouvoir à sa disposition, tout en sachant pertinemment qu’il ne lui servait à rien. Un état de fait que le seigneur de l’Orage avait oublié, trop habitué à ce que sa volonté soit désormais celle de tout un Royaume. Pire encore, c’était ce pouvoir qui devait être la cause de ce malheur. Certains pouvaient blâmer son allégeance, clamant que les Dieux avaient frappé son couple pour le punir de soutenir une union que l’on qualifiait d’hérétique. Mais pour Robb, il s’agissait simplement de la conséquence de ses actes. Il l’avait déjà abandonnée auparavant, et il savait ce qui s’en était suivi. Pourtant, encore une fois, Robb avait privilégié son devoir plutôt que son couple, et encore une fois, il perdait ses enfants. Cette fois, il risquait de perdre bien plus que ce qu’il avait déjà cru être le prix le plus cher qu’il aurait à payer, cette simple pensée suffisait à briser les dernières illusions qu’il avait quant à sa culpabilité pour ce qui arrivait à leur famille.

L’attente sembla interminable, des minutes qui se transformaient en heures, perçues comme une éternité par le Baratheon, qui devait résister à l’envie de faire irruption dans sa chambre, pour voir de ses yeux le sort que le Destin avait réservé à Rohanna, et à lui-même. Il savait que sa présence serait une gêne, autre inconvénient de sa position. Se savoir surveillé par l’homme qui pourrait décider de sa vie, ou de sa mort en cas d’échec ne manquerait pas de déstabiliser le Mestre dans sa tâche, tout autant que le Cerf lui-même encombrerait plus l’espace qu’il n’aiderait en quoique ce soit. Il tournait en rond, donc, comme il l’aurait sans doute fait des mois plus tard, mais ce n’était pas l’impatience ou une inquiétude teintée de joie qui l’habitait, seulement la colère, la culpabilité, la tristesse. Ce ne fut pas un visage heureux qui ouvrit la porte pour lui annoncer son sort, mais un visage fermé, les yeux baissés de son capitaine, qui avait sans doute jugé plus approprié de lui apporter la nouvelle lui-même.

« Monseigneur… Le Mestre a terminé, Lady Rohanna survivra. Mais… Vos enfants sont morts-nés, monseigneur. Je… J’ai entendu les servantes parler, elles disent qu’il n’y a rien de naturel dans ce qui est arrivé à votre épouse, elles parlent de sorcellerie ou de... »

Pas lui, non. Ser Dondarrion était un homme fidèle, il le suivait depuis le début de la guerre, et était devenu son capitaine au moment où Robb était devenu Seigneur de l’Orage. Lui, mieux que tous les autres hommes sous ses ordres, connaissait son épouse, sa douceur, sa bonté. Lui, plus que tous les autres, aurait du écarter ne fut-ce que cette possibilité au moment même où il l’avait entendue. D’un ton sec, Robb l’interrompit, l’empêchant d’aller plus loin dans son explication, avant qu’il n’atteigne le point de non-retour.

« Merci, Ser. Je suis sûr que le Mestre pourra me donner toutes les informations utiles en la matière. Concentrez votre attention sur la garde de la Tour, je vous enverrai des instructions supplémentaires au plus vite. »

Comprenant qu’il avait touché un point sensible, le chevalier s’inclina avant de s’éclipser en direction du poste de garde, tandis que Robb empruntait les escaliers qui le mèneraient à sa chambre. Leur chambre, à présent, qui jusqu’à présent n’avait été qu’un havre de quiétude où le couple pouvait se retrouver loin des affres de la Cour. A présent elle porterait les stigmates de cette nouvelle perte qu’ils devraient affronter, pensée morbide néanmoins désormais teintée d’un soulagement, d’une certaine reconnaissance. Ils ne lui avaient pas enlevée.

Lorsqu’enfin il franchit la porte de la chambre, il ne restait plus qu’Elle et le Mestre, ainsi qu’une servante qui veillait au chevet de sa maîtresse. Wendy Piper avait quitté les lieux précipitemment, lui avait-on dit, dès que l’opération s’était terminée. D’un geste, il congédia la servante qui s’inclina rapidement avant de quitter la pièce. Sans un regard pour le Mestre, Robb se dirigea vers leur lit, d’un blanc immaculé, les draps avaient certainement du être changés. Il n’était pas dupe, tout événement noir termine d’une façon ou d’une autre dans le sang. Anticipant un éventuel départ du médecin, Robb se contenta de quelques mots à son égard, prononcés sur un ton bas mais néanmoins sans équivoque :

« Restez, Mestre. »


Alors seulement, il se pencha vers Rohanna, toujours pâle, mais au moins avait-elle le visage détendu du sommeil. On ne discernait que difficilement le mouvement régulier de sa respiration, et elle gardait une température qui lui semblait presque glaciale lorsqu’il effleura sa joue du dos de la main, mais elle vivait. Par les Dieux, elle vivait ! Son ventre, lui, ne montrait plus à travers les draps que le vide qu’il abritait désormais, la promesse de nouveaux tourments pour elle, pour lui, pour leur couple et leur statut. Mais cette fois, il serait là, du début à la fin, et il ne laisserait plus les choses dégénérer comme elles avaient pu le faire.

« Je suis là maintenant, tu n’as plus rien à craindre. »

Ces mots murmurés, sans doute ne les entendrait-elle pas, plongée dans un sommeil sans rêve, le seul qui pouvait peut-être encore lui apporter du repos, mais Robb les lui destinait autant qu’il les prononçait pour lui-même, une manière de se rappeler qu’il ne voudrait plus jamais commettre l’erreur de la laisser affronter les épreuves qu’elle devrait traverser seule. Alors seulement, le Seigneur de l’Orage se releva pour se diriger vers le Mestre.

« Quel est votre nom, Mestre ? Aujourd’hui, vous avez sauvé la vie de ma femme, et pour cela vous serez récompensé à la hauteur des tourments que vous avez évité à ma Maison, et à moi-même. »

Il aurait pu sourire, s’il avait eu le coeur à le faire, mais cela n’effaçait pas la perte qu’il avait subie. Il resta un moment silencieux, avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres, même s’il n’était pas sûr qu’il voulait en entendre la réponse :

« J’ai entendu que ce qui est arrivé… Que tout ça n’était pas naturel. Que pouvez-vous m’en dire ? »
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Invité
MessageSujet: Re: For neither ever, nor ever goodbye   Ven 29 Déc 2017 - 17:24






Le corps est une merveille des dieux, une chose incroyable. Tel un arbre, il peut être tailladé, éventré, arraché, abimé et pourtant il résiste, renait de plus belle. Mais quelques gouttes d’un liquide et il s’effondre, se vide et abandonne tout espoir. Sur son lit, la belle Rohanna en était la preuve vivante. Une chose est sûre, elle renaitrait mais jamais sa vie ne serait la même. Comment pouvait-il en être autrement ? Je venais de la priver d’une belle descendance mâle, deux petits bébés, appelé à vivre mais qui déjà pourrissait. Comment une femme si douce arriverait-elle à surmonter cela ? Il valait peut-être mieux pour elle de ne jamais se réveiller.

« Qu’ai-je fait ? »

Ces quelques mots sortirent de ma bouche, tel un soupir. Pourquoi avais-je sauvé Rohanna ? Ne méritait-elle pas de mourir ? Le corps est certes une merveille des dieux, mais je m’interroge encore sur la vie : Est-elle merveilleuse ?

Figé devant la fenêtre de la chambre des Baratheon, mon regard se perd dans le paysage, je tente de fuir. Je n’assume pas les dernières heures. Je devrai être fier de moi, de ma réussite médicale. A vrai dire, une partie de moi l’est. Mais l’autre part de mon être a peur… Peur des conséquences.

Il me faut absolument faire un point. Un point avec moi-même. Ignorant mon environnement, ne cherchant pas à savoir les allées et venues autour de moi, ignorant l’odeur âcre qui déjà commence à s’élever de ma bure, je me plonge dans mes pensées, il me faut prendre de la hauteur.

Pour commencer, je me devais de retracer les dernières heures. Un peu plus tôt dans la journée, j’étais attablé avec mes camarades mestre, dans la tour du Grand Mestre Lester. Celui-ci participant aux évènements royaux de la journée, nous avait gentiment délégué la gestion des ses quartiers. Avec Mestre Tham, Mestre Dekki et les autres, nous en avions profiter pour ouvrir de bonnes bouteilles de vins dorniens. Jusque-là tout se déroulait parfaitement bien. Alors que les cérémonies royales se déroulaient, que je rêvais de grandeur et que nous nous amusions à rêver de femmes et d’hommes de joie, nous avions été interrompus par une servante criant et pleurant. Dame Rohanna était le centre de ses beugleries. Il ne semblait n’y avoir rien de joyeux là-dedans. Désigné par mes pairs je m’étais rendu au chevet de la Biche. Là, j’assistais au désastre, à un résumé de la décadence des 7 Royaumes, convulsant, les yeux révulsés, aux portes de la mort, Rohanna luttait. J’aurai préféré un millier de fois assister à l’agonie d’un soldat sur un champ de bataille que de voir une Noble Dame se précipiter seule vers le cercueil. A cet instant, tout autour de moi, toutes et tous avaient déjà perdu espoir, mais dans les ténèbres, j’avais vu une lueur. Ma formation de Mestre, mon maillon en argent allait me servir. Ce que j’avais eu devant moi était le cas d’école rêvé… un empoisonnement. Ni une ni deux j’avais revêtu l’habit du guérisseur autoritaire et efficace. J’avais posé mon diagnostique et j’avais sauvé ma « patiente », qui ne patientait guère pour sauter dans les bras de la mort à vrai dire. Sans s’avancer de trop, on pouvait admettre que jusque-là, je n’avais rien à me reprocher. Et pourtant, au fond de moi un détail, quelque chose me pétrifiait d’angoisse. Je n’arrivais pas, encore, à mettre le doigt dessus. Mon instinct se débattait et me disait sans équivoque qu’il valait mieux pour moi, pour ma ma survie que la Biche passe de vie à trépas. Pourquoi ?

Ma main se porte à mon front, m’aidant à reprendre contact avec la réalité. A cet instant, soudain et inattendu, j’entends un bruit sourd derrière moi, une porte qui se referme. Un mouvement lent, une présence sûre et imposante. Bien que conservant mes pieds bien ancrés devant la fenêtre, toujours figé de peur, je ne résiste pas au besoin de voir qui se permet de perturber l’ambiance morbide qui traine dans cette chambre. S’approchant du lit, un homme grand, assurément beau, aux traits tirés. Il ne m’en faut pas plus pour reconnaitre le Suzerain de l’Orage, Main du Roi, le Seigneur Baratheon mari aimant de la Biche. Un déluge glacial s’abat sur moi, le temps des questions est arrivé et je n’y échapperai pas à part lui et moi, nous sommes seuls. Mais pourquoi ai-je peur ?

Robb ne semble pas m’avoir remarqué. J’y entrevois ma seule et unique chance de reprendre mon introspection et de trouver et de comprendre ce que me dis mon instinct dornien. Tel un animal apeuré, je prépare minutieusement mon échappée. Mais je n’ai pas le temps d’esquisser le moindre déplacement que la cage se referme.

« Restez, Mestre. »

L’ordre, la sentence, a été décochée sans un regard dans ma direction. Le Suzerain de l’Orage se penche alors vers sa douce épouse, lui murmurant quelques mots, inaudibles depuis ma position. L’image qui se dessine devant moi à quelque chose de touchant, d’attendrissant. Pour quelques secondes je parviens à en oublier mes craintes. Mais bientôt, Robb Baratheon se relève et se dirige vers moi. Bien que rongé par les horreurs des dernières heures, habité par la peur, je n’en reste pas une personnalité forte et déterminée. Discrètement j’ajuste ma posture, je reprends mon rôle de guérisseur autoritaire et sûr de lui, il est temps pour moi de faire taire mon instinct et de ma lancer dans l’arène.

« Quel est votre nom, Mestre ? Aujourd’hui, vous avez sauvé la vie de ma femme, et pour cela vous serez récompensé à la hauteur des tourments que vous avez évité à ma Maison, et à moi-même. »

Les mots tombent, comme la neige en été, inattendu et déstabilisant. Mes sens se réveillent, je sors enfin de ma torpeur. Depuis la fin de mon opération sur la Biche, j’ai sombré dans une paranoïa sans nom. Les quelques mots de Robb me ramènent sur terre, je n’ai rien fait de mal, que du contraire, aux yeux de la Main, je suis un véritable sauveur. Mais ma joie est de courte durée :

« Mestre Banneth, second du Grand Mestre, Monseigneur »

Il serait malvenu de tenir le regard du Suzerain de l’Orage, mais mon éducation dornienne et mes ascendances nobles m’empêchent de me soumettre totalement à l’autorité de Robb Baratheon. Aussi, je baisse un court instant le regard et le visage, en signe de respect. Un respect, qui se devrait être mutuel mais qui serait déplacé vu les circonstances. Je n’ai guère le temps d’ajouter quoi que ce soit que Robb reprend, pour mon grand déplaisir cette fois :

« J’ai entendu que ce qui est arrivé… Que tout ça n’était pas naturel. Que pouvez-vous m’en dire ? »

Naturel…. Naturel…. Naturel… Le mot s’imprime et reste dans mes pensées, il s’attache et ne se décroche pas. Il éclipse les autres et fait ressurgir en moi l’angoisse qui s’était évaporée quelques minutes plus tôt. Je suis pris d’un mouvement de recul. Tout s’éclaire, alors, dans mon esprit. Tout devient une évidence de cristal. La nature, la nature du poison bien sûr. Il me revient la réflexion que je m’étais faites quelques heures plus tôt : probablement que ni Mestre Tham, ni Mestre Dekki n’aurait pu saisir à temps que Rohanna était au prise avec un poison. Ils s’en seraient rendu compte au moment des dernières secondes de sa vie, à l’instant où dans un dernier souffle du sang aurait surgit de ses yeux et de sa bouche. En effet, la plupart des poisons se promenant dans les cours de Westeros sont issus de plantes des marécages, probablement que tous comportent le même composant toxique et attaquent donc leurs victimes à peu de chose près, tous, de la même façon.

Ce qu’il faut savoir sur les poisons de notre monde, c’est qu’ils proviennent de décoctions et autres extraits de plantes, plus ou moins améliorés par quelques additifs de ci de là. Concernant Rohanna il apparait clairement que le poison n’est pas celui des marais. Ce que je peux assurément dire, c’est que la nature et l’origine de ce poison, a de quoi faire peur. Telle est, donc, la source de mon angoisse. Et vu la façon dont me regarde Robb, il vaut mieux pour moi que je trouve de quoi lui répondre. Aussi d’une voix mal assurée et fatiguée, je lâche :

« Monseigneur, j’ai bien conscience des bruits qui vont courir au sujet de Dame Rohanna, je puis vous rassurer en vous disant que de sorcellerie et de mysticisme, il n’en est rien. »

Je laissais quelques secondes s’écouler, cherchant du courage pour ce que je devais annoncer à Robb.

« Néanmoins, une chose est sûre, ce qui lui est arrivé n’est pas naturel. C’est un poison. Vous pouvez remercier l’entourage que Dame Barathon a eu, sans eux et leurs aides elle n’aurait pas survécu. Je suis aussi désolé de vous apprendre que les deux enfants n’ont pas survécu. N’y voyez pas la moindre faute de Dame Baratheon, elle n’aurait pu rien faire, le poison qui lui a été administré ciblait spécifiquement les enfants. Ils étaient les premières cibles de celui-ci. »

A nouveau, je laisse un moment s’écouler, laissant à la Main du Roi, le temps de digérer ces tristes informations.

« La grossesse de Rohanna était connue de tous et il est à craindre que les commanditaires en avaient plus après votre descendance qu’après votre compagne. Cependant, aux vues de la réaction de Dame Baratheon au poison, il est à croire que la dose devait être 2 ou 3 fois plus forte que celle utilisée. Ne le prenez pas mal Monseigneur, mais au cas où vous y pensez, il est impossible que ce soit un acte volontaire de Dame Baratheon, ce produit est introuvable à la capitale, ni dans les régions proches de Port-Royal. »

Vu le regard noir que me décoche le Suzerain de l’Orage, je conclus rapidement qu’à aucun moment il n’a pu imaginer que sa femme souhaite mettre un terme à sa grossesse. Pourtant les chiffres à la Citadelle nous avaient montré à maintes reprises que nombreuses femmes de Westeros étaient tentées de le faire et ce, dans toutes les couches sociales des 7 Royaumes. Le plus est à venir, l’élément qui me pose tant de soucis. L’origine du poison, le regard du Suzerain de l’Orage est sans équivoque. A vrai dire, si Rohanna était morte, la première partie de mon explication suffirait, un avortement, suicide, raté. Pourtant je connais l’origine de ces poisons, 3 poisons différents, 3 noms différents, 3 endroits du monde différents. Quelles seraient les conséquences de ce que je m’apprête à révéler… J’en ai peur.

« Larmes bleues, fléau des vagues, Sommeil du Père…. 3 noms, 3 poisons a priori différents mais surtout 3 origines différentes. Le fléau des vagues et originaires de Mereen en Essos. Le Sommeil du Père est un poison issu de l’infusion d’écorce de Barral. Vous connaissez surement l’histoire du continent, aujourd’hui, on retrouve la plupart des Barrals dans le Nord. Finalement, c’est les Larmes bleues dont je suis le moins sûr mais on raconte que ce serait originaire de Volantis. »


Sur ce dernier point, j’atténue grandement mes connaissances, les Larmes Bleues sont certes utilisées à Volantis, mais aussi bien plus près de chez nous. Néanmoins, pour 2 des 3 poisons il était difficile de s’en procurer. Tout les signes indiquaient le Nord comme origine du poison. Je n’ai pas le choix, je devais le dire. Robb allait de toutes façons me poser la question. Je reste figé, devant la Main du Roi, Robb semble avoir du mal à digérer l’ensemble des informations que je viens de lui transmettre. La peur qui me sert depuis de longues minutes maintenant, reste présente, j’ai peur que ma « trop » grande connaissance des poisons de ce monde ne m’envoie directement dans les bas-fonds du Donjon Rouge. Pourtant, si je suis sûr d’une chose dans cette histoire, c’est que de près ou de loin, je n’ai rien à voir avec cet empoisonnement. Mais de plus en plus, je regrette d’avoir laissé la vie sauve à la Biche. Mort et enterrée, ce serait bien mieux, mon instinct, tout comme moi, en sommes convaincu.


   


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For neither ever, nor ever goodbye

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