Partagez | 
 

 L'honneur au pays des Dragons

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement
MessageSujet: L'honneur au pays des Dragons    Lun 6 Nov 2017 - 21:34

L'honneur au pays des Dragons

La nuit avait été plutôt courte pour Martyn, et pas à cause des noces... Sa conscience était loin d'être tranquille et il doutait à présent du bien fondé de sa décision d'aider le Roi à garder un Royaume unifié. Le Cerf l'avait traité comme un gamin malappris et avait osé lui faire la morale, chose qu'il détestait par-dessus tout. Il avait pourtant montré sa bonne volonté, non ? Il avait refait son serment d'allégeance, calmement, sobrement, la colère qui l'habitait bien cachée derrière une façade froide et polie. L'humiliation publique qu'avait été ce moment lui faisait comprendre pourquoi Jorah avait décidé de ne pas se présenter à Port-Réal. Ces Dragons (et ce Baratheon, un roturier ou presque, face à l'ancienneté de la lignée Arryn) étaient l'arrogance personnifiée et des étrangers à Westeros. Ils n'en comprenaient clairement pas les moeurs, pour leur faire ainsi affront, et ne se souciaient pas du bien-être de leurs sujets, c'était flagrant.

Néanmoins, le Suzerain du Val servirait, comme il l'avait promis. Il se dégoûtait lui-même mais ne pouvait faire autrement. Il avait passé la fin de la fête sans boire une goutte ni manger, l'appétit lui étant passé en même temps que les mots de son second serment. Et il ne comptait pas trinquer à la santé de ceux qui bafouaient ainsi leurs vassaux. Il était resté poli avec ceux qui étaient venus lui parler ensuite, il haïssait leurs sourires narquois et leurs paroles plus douces que le miel. Ils ne cherchaient que faveurs et murmures sur ce qui se tramait dans le Val. Qu'ils aillent trouver Etaine, elle leur en dirait certainement plus ! Quand il avait appris qu'elle avait avoué à tous l'existence de ses bâtards et avait demandé leur reconnaissance, il avait planté là tous les convives pour s'en retourner dans la chambre qui lui était allouée. Une fois à l'intérieur, il avait proprement démoli le mobilier, le seul moyen qu'il avait trouvé pour passer ses nerfs sans tuer sa soeur ou le premier quidam venu. Il ne s'était calmé que quand Roslinn avait pénétré dans la pièce, le doux son de sa voix et le contact de sa main le rappelant à la raison. Il s'était assis par terre, la pointe de sa lame au sol, le front appuyé contre le pommeau de l'arme, les mains agrippées au cuir de la poignée comme si sa vie en dépendait. Il aurait voulu pouvoir pleurer sur les ruines de sa Maison, mais il s'était contenté de ricaner froidement, un rire nerveux sorti de ses tripes. Un homme ne pleure pas, Lord Jace le lui avait assez répété enfant. Un homme affronte ses ennemis debout, jusqu'au bout. Avec honneur et férocité. Combien il était tombé ! Quand il n'avait plus eu de souffle pour rire, il avait fermé les yeux et hésité à se passer la lame à travers le corps. Seule sa Rose l'en avait empêché, il ne se souvenait par quels mots ni quels gestes. Elle l'avait quitté un instant pour demander un nouveau matelas, l'ancien étant en lambeaux, des plumes éparpillées partout au sol. Le lit de bois massif n'était pas en excellent état, un des piliers du baldaquin fendu, les draperies déchirées. Les coffres renfermant leurs vêtements montraient des coups et certains avaient perdus leurs ferrures. La table et les chaises n'étaient plus qu'une pile de petit bois. Les serviteurs avaient rapidement été mis au travail pour tout nettoyer. Martyn ne se souvenait pas vraiment de ce qui s'était passé ensuite, trop amer pour prêter attention à quoi que ce soit d'autre que son épouse. Il l'avait laissée l'emmener hors de la pièce, ne lui répondant que par des monosyllabes. Leur Maison était morte. Ils étaient morts, tous autant qu'ils étaient. Trahison, jalousie, envie, rancoeur avaient détruit ce qu'il restait des anciens Rois de la Montagne et du Val. Roslinn ne pouvait pas le comprendre, elle qui n'était pas née dans les hauteurs des Eyrié. Mais elle restait sa plus fidèle alliée, sa Rose, la seule parcelle de vie qui habitait encore son coeur.

Plus tard dans la soirée, on était venu les trouver pour leur demander de rester au Donjon Rouge, suite aux événements de la journée. Ils auraient plus d'éclaircissements le lendemain. Déprimé et abattu, le suzerain du Val ne s'était pas posé la question de savoir pourquoi, même s'il pensait que cela ne présageait rien de bon pour lui. Il avait obtempéré. Il était mort, que pouvait-on lui faire de plus? Il avait prévu de rentrer le plus vite possible à la maison, loin des intrigues de cour et des bassesses qui les accompagnaient. Mais il supposait qu'il pouvait endurer une journée de plus dans ces murs de pierre rouge. Il n'en avait pas le choix. Il n'avait pas dormi de la nuit, malgré la présence du nouveau matelas à l'aspect confortable.

Le lendemain matin, des gardes en livrée étaient venus le chercher pour l'accompagner au lieu de rendez-vous. Il était un peu remis de sa colère de la veille, même s'il restait à cran. Il s'apprêtait à les suivre et embrassa sa femme pour la saluer, sauf que... Roslinn semblait conviée elle aussi. Martyn sentait que quelque chose n'allait pas. Pourquoi vouloir que sa dame l'accompagne ? Il préférait les entretiens privés aux grandes réunions où personne n'était écouté et tous parlaient en même temps. Il avait choisi de s'habiller sobrement, mais avait malgré tout bouclé sa ceinture et ceint son épée. Elle était le symbole de sa promesse et il ne la quitterait pas, quand bien même elle lui paraissait plus lourde qu'à l'accoutumée. Il suivit leur escorte aux côtés de son épouse, pour finalement s'arrêter devant une porte qu'on leur ouvrit, avant de la refermer une fois le seuil franchi. Étaient-ils prisonniers? Si oui, pour quel crime? Et quand il arriva il nota de suite la présence du reste de sa famille. Qu'est-ce que cela signifiait ?! Il s'abstint de jeter un regard en arrière, vers l'huis désormais clos. Il s'avança vers les autres et les salua brièvement, « Lord Jace, Lady Catelyn. Ma soeur. » Le ton de sa voix s'était nettement refroidi quand il avait prononcé les deux derniers mots. « L'un de vous sait-il pourquoi on nous a conviés ici ? » Il n'attendait pas vraiment de réponse, on lui aurait dit à lui en premier si le secret avait dû être divulgué. Il parcourut la pièce du regard, un petit buffet avait été dressé contenant de quoi se sustenter par ce début de journée : fruits, pâtisseries, eau, vin, jus de fruits et lait frais au miel... Rien ne manquait pour les rassasier. Sauf de la viande. Où donc étaient le jambon fumé, le pâté d'oie ou le poisson séché ? Pas même un oeuf pour agrémenter ce régime pauvre en protéines. Insulte voilée ou oubli malheureux ? Des sièges confortables attendaient qu'il prenne place, mais il leur préféra le rebord de la fenêtre, d'où il pouvait avoir une vue mitigée sur la cour et d'autres gardes en faction... * Si on nous attaque, nous ne risquons rien, nous sommes bien gardés * pensa t-il sarcastiquement. Par les Dieux, que leur voulait-on ? Et combien de temps devraient-ils attendre le bon vouloir des Targaryen ? La ponctualité était la politesse des rois, il lui semblait qu'au vu du repas, Jaeherys allait se montrer grossier.

Il évitait de regarder dans la direction d'Etaine, sa simple vue lui faisant déjà bouillir les sangs. « Des nouvelles de l'épouse de la Main ? » Cela valait mieux que de causer de la veille et de leur humiliation à tous.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port Réal, Couronnement.
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Lun 6 Nov 2017 - 22:40

L'Honneur
au pays des dragons




« Allons, ayez l’obligeance de laisser madame s’habiller, il fait signe de regarder dans la chambrée, croyez-moi, elle est aussi nue qu’au premier jour ! Ne perdant pas son sang froid, il rit comme un homme satisfait d’avoir profité de son épouse toute la nuit. Catelyn, ne fais pas attendre ces messires ! Sans que les gardes ne puissent le voir, il lui adresse un clin d’oeil et referme la porte derrière lui. »



Au centre du petit appartement, Catelyn est figée. Elle semble prise dans les affres d’un sortilège, glacée dans toute sa superbe. Sur son échine une vague de picotement déferle. Elle savait qu’on ne les laisserait pas partir de la capitale. Elle savait qu’on ne les laisserait pas partir d’ici indemne. Toujours, il fallait qu’on prenne sa famille pour cible préférée. A croire que le tout Westeros ne serait vivre sans les Arryn comme souffre douleur. Aujourd’hui, c’était elle. Jace n’avait rien à faire là-dedans, elle en était certaine. Ses emphases d’hier résonnaient comme autant de petites morts, un écho terrifiant de sa propre vie. Pourtant, ce n’est pas ça qui la pétrifie. Quand bien même, ses idées semblaient difficiles à suivre ou appliquer : elle avait laissé parlé la vérité ! Non, c’était la soudaine sensation qu’elle ne reverrait peut-être jamais plus son père, ses terres, son fils. Ce nourrisson qu'elle n'avait finalement pas encore eu le temps de connaitre. Allons, allons, allons ! Il ne fallait pas se laisser submerger par la peur, il fallait être méthodique : s’attaquer à Catelyn c’était s’attaquer à la Maison des Eyrié toute entière. La Couronne ne pouvait se permettre de ne pas avoir le Val à ses côtés. Pas quand le Nord, Dorne et les Iles de Fer étaient plus menaçants que jamais. Plus, jamais les Valois ne pourraient pardonner qu’un de leur soit mal traité, fut-ce par le Roi lui-même, et certainement pas Martyn ou Catelyn. Peuple fier et honorable, un pas de travers et leur vengeance serait sans limite. Elle le savait, elle le portait en elle comme un bouclier transparent. 


« Lady Arryn? ! »



Les coups frappent sur la lourde porte. Sans retour sont ces coups de poings. Ils quémandent de se presser. Il disent que le temps et le futur n’existent plus. Alors, c’est comme un sursaut, elle regarde Jorelle qui derrière la porte s’est réfugiée. Elle tremble, elle porte ses mains à ses lèvres. On dirait une souris. Vous savez une des ces souris des champs quand, lorsqu'au retour du printemps, elles sont prises au piège par les chats amaigris des châteaux. Catelyn lui tend une main rapide. 


« Oh, messires ! Un instant encore ! Une dame a besoin de bien cinq minutes pour se vêtir ! »



Sa main est dans la sienne. Personne ne viendrait la trouver, personne n’aurait rien à faire d’elle. Bâtarde, aucun titre officiel, on aurait tôt fait de l’oublier. Et c’était tant mieux. Si Catelyn ne survivait pas à ce jour, si par quelques hasards de l’existence elle disparaissait : Jorelle pourrait toujours compter sur Etaine, Martyn… et si eux aussi étaient pris dans les tourments d’un sordide complot… les portes du Val lui seraient toujours ouvertes. Catelyn allait s’en assurer en lui confiant son médaillon de naissance. Celui que sa mère, la belle Alyssa, avait porté et avant elle, la dernière Reine des Montagnes et de la Lune. Ce médaillon était un passe-droit, une part de l’histoire du Val. Ses paumes se referment avec fermeté sur cette main fébrile. Il lui faudrait être forte, il lui faudrait apprendre que le monde des nobles n’est pas que belles étoffes et mets délicieux. Elle avait tenté de le lui enseigner, mais aujourd'hui était une calque. L'une de celle qui nous forge à jamais.



« Envoi un corbeau à mon père. Dis-lui… Qu’il trouve la force de me pardonner, d’abjurer mes fautes. Dis-lui que je l’aime et qu’il doit être heureux car je vais enfin connaitre ma mère. Un jour, il nous retrouvera. Dis-lui encore de veiller sur Martyn, plus que jamais il a besoin d’un bras droit. Et… Etaine. Il doit surpasser sa colère contre elle car lui seul peut les réunir. … de se préparer à fermer les Portes Sanglantes, si cela doit être nécessaire. Une fois fait, retrouve mes cousins. Ils te protègeront. »



Souriant pour elle-même, secouant sa crinière ardente, elle hoche la tête. Il était temps d’ouvrir la porte. Crépusculaire dans sa robe de soie rose pourpre, elle inspire. Tout est si calme. Il est tôt. Les invités d’hier doivent encore dormir, rêver de tout leur soul. Certains peut-être s’enlacent dans la seule fraicheur que la journée offrira. Et Jon? « Regarde par terre, ne nous regarde pas nous éloigner. Nous ne sommes plus personne pour toi.» Jorelle s’exécute, elle incline la tête de manière servile, comme la plus basse des servantes. En passant devant elle, Catelyn ne peut s’empêcher d’expirer avec plus de calme, elle était fière de cette cousine. Les années ne feraient d’elle que meilleure comédienne encore ! Tout comme Catelyn qui fait glisser le sien, ce masque qu’elle connait si bien : le même qui a trompé sa propre famille pendant plus de sept années. C’est son armure, la seule qui lui est possible de porter, la seule qui la rassure. Sitôt dans le couloir, la porte se referme doucement. Un murmure que ses paroles seront suivies à la lettre. Le serment inviolable qu’une partie de son âme rentrerait dans le Val.



Entourés de quelques hommes d’armes aux armoiries Targaryen, ils s’enfoncent dans les couloirs. Ils ne portent pas d’armes, mais aucun des deux ne s’y méprends. Le château est bien trop habité ces derniers temps et leurs rangs bien trop haut pour que des épées et lances soient montrées. Alors, c’est comme lors d’une de ces danses pour lesquelles elle est si gracile. Elle glisse son bras sous celui de Jace, ce compagnon d'enfance, ce frère, cet époux et ce pair. « Savez-vous où nous allons cher époux? » « Pas le moindre du monde, mon aimée. »


☾ ☾ ☾



« Attendez dans cette pièce, on viendra vous trouver. »



Sans demander plus d’explications, qu’on ne leur donnera pas, ils entrent. Quelle n’est pas leur surprise quand ils y trouvent Etaine ! Malgré toutes ses années d’entrainement, Catelyn a du mal à contenir ce qui se joue en elle. Soulagement? Peur? Malheureusement, ils ne pouvaient tous être réunis sans… et la porte s’ouvre à nouveau, laissant entrer Roslinn et Martyn. Devant la pâle figure du couple, son coeur se serre. Quelques années avant, elle aurait pris la main de la Rose pour lui confier de belles pensées. Une partie d’elle avait envie d’aller la trouver, pour la soutenir. Cette pauvre étrangère, celle qui n’avait jamais rien demandé et qui se retrouvait sur un billot menaçant, pensait-elle à Loreleï comme Catelyn pensait à lui? Or, ce n’était pas le lieu pour montrer ses effusions. Roslinn survivrait ces prochaines heures, c’était la soeur d’Oberyn et elle était intouchable. Bien plus, elle était plus forte qu’elle ne le savait. 


« Lord Jace. Lady Catelyn. Ma soeur. » Ces mots… si distancés. Lui aussi jouait-il à un jeu ou était-ce simplement le résultat de la veille? Un résultat dont une partie lui était secrète, sa rencontre avec la Main. Maintenant qu’elle le voyait sous ses yeux, il y avait une chance, infime mais une chance, qu’aucun espion n’ait entendu ses paroles. Pourtant, il y avait un cynisme terrible : ils étaient enfermés. Ils étaient fait comme des rats, sauf qu’eux n’auraient aucun men d’échappatoire. « L’un de vous sait-il pourquoi on nous a conviés ici? » Fallait-il seulement répondre ! Si le Seigneur des Eyrié n’avait pas eu d’explications… Aaah ! Il était trop tard pour s’en vouloir d’avoir suivi aveuglément Etaine jusqu’ici, mais elle ne pouvait s’en empêcher. Elle ne pouvait s’empêcher de vouloir courir contre ces portes et crier jusqu’à s’en perforer les poumons. Crier. Voilà. C’est crier qu’elle avait envie de faire depuis des années ! Il prit le rebord de la baie, et un sourire mourut sur ses lèvres.

« Des nouvelles de l’épouse de la Main? »

Derrière les tentures aux couleurs noir et sang, combien étaient-ils à les épier? Combien étaient-ils à attendre de les marquer au fer rouge? Ces victuailles offertes, étaient-elles engorgées de quelques poisons rapides? Pourquoi demander des nouvelles de la Biche Pendue : les cloches n’avaient pas sonnées, elle n’était donc pas morte. 
« Heureusement, on dit qu’elle vivra. »

Catelyn n’avait aucune envie de s’assoir. S’assoir s’était laisser ses sens se reposer, or ils devaient restés bien ouverts ! Prêts à défendre les siens ! Elle arracherait la peau de quiconque oserait lever la main sur l'un d'eux, Roslinn compris. Etaine semblait rageuse, et dans sa bulle inatteignable. Martyn, lui, ne semblait pas vouloir les regarder, ni commencer une quelconque conversation normale et saine d’esprit. Jace l’observait dans un silence terrible. Toute trace de gausserie avait perdu sur ce chevalier qui avait été modelé pour tout, mais pas pour les intrigues de la Cour. Les êtres de cette pièce ne pouvaient donc compter que sur les coeurs des Nemesis pour les sauvegarder.



La pièce était exiguë, par ses riches tapisseries tous les sons étaient étouffés et la baie géminées, trop étroite. C’était un sanctuaire, une pièce dont on ne devait se servir que pour de rares et exceptionnelles occasion. Une main courageuse et forte dans le dos de sa cousine, elle la force à prendre place. Il n’était pas bon pour elle de rester debout, il fallait qu’elle montre que dans cette pièce elle était sûre de tous ses faits. « Roslinn, je vous en prie ne faites pas comme votre rustre époux, asseyez-vous. Et chuchotant à son oreille, ne mangez rien ou faites semblant. » Une nouvelle leçon de la lectrice à la Suzeraine. C’était presque trop facile de redevenir cette femme que tous détestait, c’était presque trop facile ce goût amer qui venait prendre possession de toutes ses entrailles. Oui, elle avait envie de crier et de laver son coeur pour qu’à nouveau il soit pur et azuré ! Elle voulait que tout soit aussi beau que quand elle était petite ! Par les Sept, elle espérait en son coeur, tendre et inquiet, que ce corbeau salvateur soit parti. Vole ! Vole ! Vole ! S’ils devaient mourir, êtes fait prisonniers ou otages pour quelques raisons inconnues : le Val, lui, demeurerait sauf. En soi, c’était le plus important et c’est ce pour quoi chacun d’entre eux avait prêté allégeance le jour de leur naissance. Oui, qu’importe que le vent hurle, la Montagne jamais ne ploie devant lui. 


lumos maxima

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Roslinn Arryn
VAL D'ARRYN
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Jeu 9 Nov 2017 - 23:18

Tout valsait dans la chambre. Chaise, vase, miroir, draps, matelas. Roslinn ne reconnaissait pas son époux. Il était entré dans une rage folle. Incontrolable, il avait littéralement massacré tout ce que contenait la chambre dans laquelle ils étaient hébergés. La vision de Martyn, accroupi, le front appuyé contre le pommeau de son arme, les mains agrippées sur celle-ci, glaça la jeune femme sur place. Roslinn eu d’abord peur qu’il commette l’irréparable dans un moment de détresse. Elle s’était approchée de son époux, et avait posé une main sur la sienne et l’autre sur sa nuque. Elle avait déposé un baiser sur sa tempe et lui avait murmuré quelques mots à l’oreille. Des mots doux, des mots forts. Il ne fallait pas qu’il cède. Non. Il ne fallait pas qu’il faillisse. Il était fort, bien plus qu’il ne l’imaginait. Bien plus qu’il ne le pensait en ce moment même. Elle était là, elle. Sa fidèle épouse. Loyale à ses côtés, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe. Elle avait lié son destin au sien, par un mariage de convenance, certes. Mais son amour, toujours immuable pour cet homme qu’elle chérissait tant, ne lui avait pas été dicté par son père, mais par son cœur, exclusivement. Son mari supportait depuis bien longtemps le poids de sa famille qui se déchire constamment, sans répit, s’humiliant en public, se trahissant. Il avait supporté beaucoup. Et pourtant, elle semblait avoir aperçu une faille. La limite qui était probablement atteinte. Le point de non-retour. Roslinn l’avait sauvé. In extremis et elle ne semblait pas vouloir le lâcher du regard un seul instant, alors qu’il s’était enfin relevé, comme renaissant de ces cendres. Elle l’avait emmené loin de ce lieu de dévastation. De saccage. Le poussant à l’extérieur de la chambre, elle sentait qu’il était ailleurs. Peut-être reprenait-il ses esprits. Le cœur palpitant, elle soupira de soulagement lorsqu’elle passa le pas de la porte. Les serviteurs se hâtèrent d’entrer dans ce qu’il restait de leur chambre pour tout remettre en ordre.

(…)

Le donjon rouge. Ils devaient y rester encore une nuit. Roslinn voulait pourtant partir. Tout comme Martyn. Ils voulaient quitter cet endroit au plus vite mais visiblement on en avait décidé autrement. Finalement, des gardes vinrent chercher Martyn et qu’elle fut sa surprise de voir qu’elle était également demandée auprès de lui. Elle échangea avec Martyn un regard interrogatif tout en le suivant.

Une pièce, comme un cul de sac. Une impasse. Un coupe-gorge.
Un buffet. De bonnes choses à boire. Et… le clan Arryn réunit au complet.

La porte se referma derrière eux et Roslinn se retourna par reflexe vers la porte désormais close. Elle croisa le regard de son époux et d’angoisse, eu une pensée pour Lorelei. Catelyn demanda tout haut ce qu’elle pensait tout bas. Que faisaient-ils tous ici, enfermés dans cette pièce ? Son époux demanda des nouvelles de l’épouse de la Main. Roslinn, s’en fichait complètement et son esprit était obnubilé par les raisons qui faisaient qu’ils se retrouvaient là. Catelyn conseilla à Roslinn de s’assoir, chose qu’elle fit machinalement. Il valait mieux qu’elle s’assied. Son regard croisa celui de son ancienne amie lorsqu’elle lui chuchota de ne surtout point goûter au buffet. L’espace d’un instant, Roslinn avait omis le mal que Catelyn lui avait fait. Le mal que le chaton avait dit sur elle, sur son époux. Les intentions mauvaises qu’elle avait eu à leur encontre. Oui, l’espace d’un instant, elle l’avait écouté. Catelyn dû déchiffrer au regard de Roslinn qu’elles s’étaient comprises. Sans un mot, elle s’assit, tout en maintenant le regard dans celui de Catelyn. L’adversité de la situation lui avait ôté ce voile de rancœur qu’elle ressentait pour Catelyn.

Il allait tous qu’ils sauvent leur peau. Quoi qu’ils pensent les uns sur les autres. Quoi qu’il se soit passé.

« J’ignore ce que l’on nous réserve. Mais, soyons-judicieux pour une fois, je vous en conjure. »

Les recommandations de Roslinn n’avaient que pour but de les protéger. Elle. Tous. De leur faire comprendre qu’il fallait qu’ils stoppent leurs querelles aussi lointaines soient-elles, pour leur pérennité. Et celle des Arryn.
HRP:
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Ven 10 Nov 2017 - 0:45

L’Honneur au pays des Dragons

ft.












    Au bout d’une bonne heure, la porte s’ouvrit sur Valyron Tyvaros, seigneur des ombres de Port-Réal et maître-espion du roi Jaehaerys.


Les lèvres pincées, l’arriviste au Serpent fit son entrée toute en élégance. Il portait un coûteux pourpoint de velours gris qui faisait ressortir les quelques fils d’argent qui parsemaient sa coiffure soigneusement ramenée en un catogan comme c’était la mode actuelle en Essos. Les finitions étaient en soie violette et formaient des entrelacs de motifs énigmatiques où l’on devinait une doublure cousue avec un brin de fil d’or réhaussant très discrètement la couleur lavande. Sous son bras, il tenait une épaisse chemise de cuir fermement liée par une attache faite dans la même matière.

Il s’arrêta sur le pas de la porte et dévisagea les personnes présentes.

Martyn Arryn, en premier lieu, bien entendu. Le seigneur suzerain du Val, le maître des Eryés, le roi-faucon, le garant des Portes Sanglantes et le gouverneur de l’Est. Il avait un peu plus de trente ans et ses traits criaient la noblesse inhérente à chacun des enfants nés dans les sommets inaccessibles en permanence parés de leur manteau de neiges éternelles. S’il était une chose qu’il fallait reconnaître au chef de la maison Arryn, c’était incontestablement son aura de commandant. Il émanait de cet homme une ferme résolution, une puissance tranquille qui rappelait à tous que l’on était en présence de l’une des plus fines lames de Westeros, de l’un de ses plus grands chevaliers : un homme qui s’était battu au Conflans, dans la Couronne, et même dans les Terres de l’Orage, survivant au Jugement des Sept de Daeron Targaryen qui, lui, n’avait pas eu cette chance. A sa décharge, Valyron était le premier à lui reprocher sa prestation lors du couronnement, où le Arryn s’était fourvoyé devant une bonne partie du royaume. Mais ce n’était pas tout. On lui avait rapporté qu’aucun des Arryn n’avait ployé le genou lors du couronnement dans la salle du trône. Un détail, pour certains. Un détail dûment noté par le Maître des Chuchoteurs.

Venait ensuite l’épouse du suzerain. La Rose des Montagnes, ou la Fleur du Val comme elle était surnommée. Roslinn Tyrell n’avait pas grand-chose à voir avec cette réunion, pour le moment. Elle était en tout cas à traiter avec une précaution accrue. Sœur d’Oberyn et Harrys Tyrell, ancienne belle-sœur de Garett Lannister, elle bénéficiait de très sérieux appuis indirects. Elle ne s’en rendait peut-être même pas compte. Pourtant, il allait falloir être précautionneux avec elle sous peine de semer la zizanie au sein du conseil restreint de Sa Majesté. Ce ne serait pas acceptable. On la disait douce, délicate, encore plus depuis que la maternité avait croisé son chemin en la matérialisation d’une petite fille de deux ans désormais : Lorelei Arryn, héritière présomptive des Eryés et du Val tout entier.

Catelyn Aryn était peut-être celle qui portait le plus la marque de la royauté disparue de la Montagne et du Val. Fille du légendaire Elbert Arryn, le dernier des Princes du Val, elle avait le port-altier le plus majestueux de tous dans la pièce. Elle respirait la fierté de ses origines, de son sang, de son nom. Et pourtant, ce n’était pas forcément cela qui l’aiderait si les choses devaient tourner d’une façon indésirable. On la disait mariée à Jace Rougefort, seigneur du fief éponyme qui se tenait là. Valyron ne le connaissait guère, il était signalé comme relativement inoffensif, complètement écrasé – en tout cas dépassé – par sa princesse d’épouse. Il faisait toutefois partie du clan Arryn de par son mariage et ce qu’il avait à dire pouvait être intéressant.

Venait enfin la Colombe. Celle au destin gâché par leurs Sept si cruels. Elle qui avait visiblement tout pour briller comme la plus pure des étoiles de la constellation Arryn s’était retrouvée trainée dans une sombre et boueuse histoire de mariage consommé trop tôt, d’empoisonnement et de conspiration contre une principauté étrangère. On murmurait qu’elle aurait été exécutée par les Dorniens si elle n’avait pas été en mesure de s’évader. Toujours était-il qu’elle était de nouveau présente au premier plan. Les malversations de Maegor à son encontre avaient été révélées, la lavant d’une partie des accusations qui planaient sur elle, mais il restait toujours la question de ses deux bâtards, prétendument les enfants de feu le prince héritier Tristam Martell. Si l’un d’entre eux était à Dorne en qualité de pupille et potentiel futur héritier – voire otage – l’autre devait sans nul doute traîner quelque part aux Eryés, attendant que sa famille si honorable sache quoi en faire. C’était ce qu’elle avait tenté d’amener bien maladroitement et de manière tapageuse en pleine cérémonie officielle, parachevant le désastre qu’avait été la prestation Arryn.

Et ils étaient tous face à Valyron Tyvaros, anciennement de Mantatrys. Intérieurement, il jubilait. L’une des plus anciennes familles de Westeros, l’une des plus caricaturales avec cette arrogance innée qu’avaient les vieux noms du continent. Des Andals, ils descendaient. Comme si cela était une fierté. Si ce peuple n’avait pas fui ses terres, il aurait connu à son tour le joug de Valyria en Essos. Valyron, lui, était un arriviste. Encore roturier un an auparavant, il avait été anobli et fieffé peu après la fin de la guerre civile, lorsque la Princesse Daenys cherchait des alliés pour l’aider à récupérer la régence. Vingt ans auparavant, il n’était rien et débarquait de sa Mantarys natale avec une petite fortune provenant de la liquidation de l’entreprise familiale. Et aujourd’hui, il pouvait regarder sans frémir ces légendaires Arryn dont on avait tant parlé. Oh, bien entendu, le sang de Valyron était aussi ancien, peut-être même plus que ceux des Faucons, ses origines remontaient jusqu’à la cité des dragons, l’Antique Valyria. Seulement, plusieurs zones d’ombres existaient encore, comme la raison de leur départ de la capitale pour cette grande ville provinciale qu’était déjà Mantarys. Ce n’était pas la question aujourd’hui, cependant.

Le regard gris du Maître des Chuchoteurs se posa sur chacun des membres de la maison Arryn présent dans la pièce, les disséquant un par un de ces pupilles acérées, habituées à glacer sur place les plus avertis. Lorsque le Serpent posait son œil sur vous, c’était comme si votre âme était mise en pièce et que les vêtements étaient déchirés pour ne laisser qu’une nudité embarrassante face à ces deux disques d’acier valyrien qui vous dévisageaient sans frémir. Aucun doute possible : aujourd’hui, le Serpent de Mantarys était en chasse. Restait à savoir quel était le gibier.

« Messeigneurs. Mes Dames. »

Il hocha la tête avec un respect du protocole tout parfait, mais empreint d’une nonchalance qui en disait long. Il n’était pas spécialement bien disposé à l’égard des Faucons. Le mondain Chuchoteurs de ces derniers jours aux festivités du mariage était bien loin : un autre personnage, un déguisement que Valyron revêtait au gré de ses aventures, un énième rôle. La porte se referma derrière lui, après avoir brièvement salué droit dans les yeux chacune des personnes présentes, il se dirigea vers l’une des tables présentes pour y déposer son épais dossier, exhalant au passage l’odeur si caractéristique du personnage : un mélange de lavande et de cendres.

« Veuillez tout d’abord accepter toutes mes excuses au nom de Sa Majesté pour vous avoir retenus ici aujourd’hui, et tout particulièrement pour votre attente de ce matin. »

Il fit le tour de la table et se retrouva en mesure d’embrasser du regard tous les Arryn alors qu’il attirait le dossier à lui, le faisait glisser sur le bois poli. Tout en continuant à parler, il entreprit de défaire les liens de cuir qui fermaient la chemise.

« S’il vous a été demandé de rester, c’est pour une bonne raison, vous vous en doutez. »

Il défit de ses mains fines le dernier des lacets et ouvrit le lourd document. Plusieurs parchemins relativement récents s’entassaient là, la plupart étaient griffonnés. On y voyait quelques gravures de ce qui semblaient représenter des plantes, d’autres des animaux, mais la plupart ressemblait à des notes.

« C’est à moi qu’il incombe de vous révéler une pénible nouvelle. Rohanna Baratheon n’a pas fait une fausse-couche ordinaire ; elle a été empoisonnée. »

Il scruta les visages de chacun aussi vite qu’il put, cherchant une réaction coupable. Rien à l’horizon. Il se gratta la tempe d’un air ennuyé.

« Bien entendu, en tant que Main du Roi et suzerain de l’Orage, Robart Baratheon a de nombreux ennemis prêts à lui nuire d’une façon ou d’une autre… »

Il laissa la phrase en suspens, dévisageant les trois plus susceptibles d’avoir commis un tel méfait selon lui : Martyn, Catelyn et Etaine.

« Toutefois, en sa qualité nouvelle de Protecteur du Royaume, s’attaquer ainsi à son épouse relève de la plus haute trahison, et le – ou les – coupable sera traité avec la plus grande fermeté, comme vous vous en doutez. »

Le Serpent baissa le nez dans ses papiers, farfouillant parmi les rapports qu’on lui avait remis, et les renseignements qu’il avait stockés auparavant. Il avait là toute sa documentation sur la famille Arryn, extraite pour partie des archives de son prédécesseur. Il y avait aussi le rapport préliminaire du mestre Banneth, qui avait sauvé Rohanna Baratheon, ainsi que plusieurs reproductions de pages sur des traités dédiés aux poisons, d’où les gravures. Valyron gardait un ton poli, courtois, respectueux, même : il n’était pas face à n’importe qui.

« Le mestre qui a examiné Rohanna Baratheon n’a pu déterminer l’origine du poison avec certitude… »

Il laissa un ange passer, fixant les Faucons de son regard inquisiteur.

« Le Nord est privilégié.. »

Son regard se fit plus noir, plus corrosif encore, alors qu’il adoptait un ton bien plus sombre.

« Les Stark sont vos cousins. »

Il n’avait pas besoin d’en dire plus. Il était face à des personnes intelligentes qui allaient comprendre le danger qui pesait sur elles. Les Loups de Winterfell étaient en rupture franche et ouverte avec le Trône. Aucun représentant des Stark ne s’était montré à Port-Réal ; cela semblait à peine possible quand Dorne elle-même avait envoyé une ambassade.

Et quelle ambassade... pensa amèrement Valyron.

« J’ai été chargé par le Protecteur du Royaume et le Roi lui-même de superviser l’enquête. Au vu de la situation, j’aimerais donc – si vous y consentez – vous posez à tous quelques questions afin d’éclaircir un peu ma vision sur cette affaire. » conclut-il d’un sourire poli complètement artificiel.

Il n’y avait nul sourire dans le cœur du Mantaryen. Pas qu’il ne se préoccupât du sort de la Biche Pendue, diable non. Si elle pouvait mourir vite, au moins auraient-ils tous la paix ! Non, ce qui l’agaçant profondément, c’était le sabotage d’une journée qui aurait dû être parfaite. On avait empoisonné la femme de la Main, on avait foulé aux orties l’honneur des prestations de vassalité, on avait mis sur la place publiques des sujets de mœurs et Dorne avait fait une insulte diplomatique grave en revoyant la tête de la défunte Rhaenys Targaryen, première du nom.

La fureur froide qui habitait Valyron depuis lors ne l’avait pas quitté. Il se répétait, heure après heure, cette maxime qui tournait en boucle dans son esprit insidieux.

    Quelqu’un allait payer.




• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Ven 10 Nov 2017 - 18:50


Ils pénétrèrent dans la pièce où les attendaient les autres Arryn. Etaine était calme, pour une fois en sa présence. Colère muette ou regrets, il n'en avait cure. Catelyn fit asseoir Roslinn, avec une répartie qui lui rappelait amèrement les années où il avait eu confiance en elle pour épauler son épouse. Cela cachait-il quelque manigance ? Roslinn, par contre sembla accepter de faire semblant, de faire comme si la traîtrise n'avait jamais existé. Se comporter de manière judicieuse, hein ?

Il avait envie de répliquer qu'il n'était pas celui qui avait fait des déclarations déshonorantes à propos de leur famille devant la cour entière... Mais la situation était préoccupante néanmoins. Pourquoi avoir donné l'ordre de partir au plus vite pour ensuite les retenir et les enfermer dans une prison dorée ? Y avait-il deux têtes pensantes différentes derrière ces événements ? Si oui, qui avait pu contredire les ordres de la Main ? Si non, que s'était-il passé pour en arriver à de telles extrémités ?

Il se passa une main sur les tempes. Toutes ces réflexions lui donnaient la migraine, sans compter qu'il n'avait ni mangé, ni dormi depuis la veille au matin. Mais il ne toucherait pas au buffet. Si on les faisait enfermer, on pouvait aussi bien les empoisonner. S'il admettait qu'on puisse l'emprisonner, lui, il lui était beaucoup plus difficile d'accepter qu'il en soit de même pour les femmes de sa famille – même sa soeur, qu'il ne portait pas en son coeur. Il se demandait ce qui avait changé depuis la veille. Y avait-il eu du neuf par rapport au Nord ? Un changement de dernière minute concernant le transfert de Freyja vers Port-Réal, ou bien les négociations avec les Stark ? Mais alors, pourquoi les gardes ? Il n'y avait rien de pire que les ragots de plantons pour répandre une rumeur... Tous sauraient bientôt qu'on avait enfermé les Arryn sous bonne garde. Il devait prévenir le Val du danger, il fallait prévenir Ser Elbert de fermer les Portes de la Lune et de se préparer au pire. De garder de sa vie Lorelei. Il avait retourner la situation dans tous les sens, il ne parvenait à aucune conclusion satisfaisante.

Il observa tour à tour tous ceux présents dans la pièce, avant de soupirer et de prendre place dans un des sièges proches de son épouse. Peu-être y avait-il des oreilles indiscrètes cachées derrière les tapisseries, et les servantes postées dans un coin de la pièce savaient peut-être aussi lire sur les lèvres... Il éleva la voix, à leur intention, « Mesdemoiselles, veuillez aller en cuisine nous chercher du jambon, du pâté, des œufs durs, et du poisson fumé. Je ne peux rompre mon jeûne sans avoir quelque chose d'un peu plus consistant dans l'estomac qu'une pomme ! Allez, ne tardez pas ! » Il attendit qu'elles soient hors de la pièce pour continuer.

Il se tourna vers son frère d'armes, « Jace, mon frère. Quoi qu'il advienne, je veux que vous protégiez ces dames de votre vie. Retournez dans le Val dès que vous en aurez la possibilité, et préparez-vous au pire. » Il espérait qu'elles soient de moindre importance aux yeux de leurs geôliers et peut-être pourraient-elles sortir.

Il avait donné suffisamment d'instructions pour que les servantes soient toutes occupées un moment, du moins, il l'espérait. Il jeta un regard à sa dame, pour lui faire comprendre qu'il suivrait son conseil. « Je ne sais avec certitude pourquoi on nous a enjoint de rester ici. Cela contredit les consignes que m'a données la Main hier durant notre entretien. » Nouveau regard alentours, Martyn baissa le volume de sa voix, afin que seuls ceux proches de lui ne puissent l'entendre. « J'ai demandé – et obtenu- que nous soyons ceux qui iraient négocier une paix durable entre le Nord et la Couronne. Cela ne sera pas aisé, je crois, mais j'ai espoir que nous parvenions à éviter une nouvelle guerre. J'ai obtenu que nous n'enverrons aucune troupe au combat si la guerre devait être déclarée malgré tout. En contrepartie, Lady Freyja devra être remise à la garde de la Main, ici à Port-Réal... Nous devions rentrer dans le Val au plus vite afin de faire les préparatifs nécessaires. Voilà les termes sur lesquels nous sommes tombés d'accord hier. La question est à présent : qu'est-ce qui a changé la donne ? » Il n'avait pas donné les conditions de reddition des Starks, le fait qu'il comptait y envoyer Etaine, ni mentionné sa deuxième prestation de serment. Il observa tour à tour sa soeur et sa cousine, afin de juger de leurs réactions. Jace avait juré de le suivre, et il ne doutait pas que son cousin par alliance et frère d'armes tienne parole.

(...)

On les avait fait patienter suffisamment longtemps pour qu'il se demande si on comptait les laisser enfermés là jusqu'à la mort.

La porte finit par s'ouvrir sur autre chose que des soubrettes aux bras chargés de victuailles ou des gardes. Valyron de Mantarys, nouvellement lord, et accessoirement maître espion de la couronne fit son entrée. Le fait que ce ne soit pas la Main qui vienne les trouver continua d'inquiéter Martyn, bien que l'état de son épouse puisse être la raison de son absence. Il avait l'air sûr de lui, cet étranger, et respirait la richesse et le pouvoir. Sans doute voulait-il impressionner ? L'effet en était passablement raté sur le seigneur des Eryés, trop fatigué et à cran pour se montrer fort diplomate. Martyn resta assis à sa place.

« Mon seigneur. » Le peu de respect qu'il avait pour cet homme parvenu se notait dans sa voix. Son seul accomplissement avait été de survivre à Maegor et d'en être ressorti anobli et écouté par les nouveaux souverains qu'il avait juré de faire tomber. Une belle pirouette, il fallait l'admettre, mais qui démontrait de la perfidie et de la roublardise de cet énergumène. Il transportait un épais dossier qu'il se mit à consulter, après s'être excusé au nom du Roi. Il fixa le maître des chuchoteurs d'un regard acéré. Allait-il en venir au fait de leur présence à tous dans cette pièce ?! Il ménageait ses effets, c'était certain. Martyn commençait à s'impatienter. Puis, il finit par donner une information choquante si elle s'avérait vraie, ce dont il ne doutait pas, sinon, ils ne seraient pas tous ici. Empoisonnée ?! La surprise devait se lire dans ses yeux, mais il ne quitta pas du regard l'homme au pourpoint violet.

Il continua son petit discours qui aurait peut-être impressionné la valetaille, mais n'avait que peu d'effet sur lui. Si le Roi voulait leur trancher le col, il en serait ainsi, pas besoin de faire des courbettes au préalable.

La suite de ses affirmations fit plisser des yeux le suzerain du Val. La fatigue fut balayée en un rien de temps, remplacée par la colère. Ce malotru osait-il sous-entendre que les Stark avaient empoisonné lady Baratheon ? Et peut-être que les Arryn y avaient mis la main à la pâte ?! Comment osait-il insulter le nom de sa défunte mère ?!

« Le Nord est privilégié... Bien entendu. » Comme si les Stark allaient avertir leurs honorables cousins qu'ils allaient empoisonner la femme de la Main, si cela eut même seulement été envisageable ! Martyn était outré, mais sa voix restait calme et plate, le calme d'avant la tempête. Il fixa le Valyrien sans sourciller et se redressa sur son siège, monopolisant il l'espérait l'attention de Valyron. « Posez-moi vos questions, je ne sais ce que je pourrais vous dire qui fera avancer votre enquête, mais si cela peut permettre de disculper mes cousins, je répondrai. »

Il n'avait guère le choix en vérité, mais ainsi on ne l'obligerait pas à répondre par la force. Peut-être même parviendrait-il à éviter que les dames ne soient questionnées. Il les protégerait. Quoi qu'il lui en coûte. Oser sous-entendre qu'ils étaient des empoisonneurs !
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port Réal, Couronnement.
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Sam 11 Nov 2017 - 19:30

L'Honneur
au pays des dragons




Elle s’assied et Catelyn l’imite. Entre Roslinn et Etaine, c’est un gouffre que sa présence ne peut combler. Sa présence ne pourra plus jamais la combler car au jeu des trônes, Catelyn avait brûlé toutes ses cartes. Son regard dans celui de Roslinn c’est comme si le temps leur accordait une pause. Une accalmie au sein de le tempête proche. C’est presque gênant ce regard brun sur elle. Il est vierge de tous reproches, vierge de toutes blessures. Furtivement, elle tapote la main de la rose. Un geste en suspens qui a peur de ressembler à une lacération supplémentaire. La Rose se souvenait des affronts, du mensonge vipérin, le Chaton se souvenait de sa gifle en sa propre demeure. Alors, c’est une oscillation qui vient trouver simultanément les mains de ses cousines. Ici, aujourd’hui, elles devraient se montrer soudées. Il n’y aurait aucune fêlure visible pour autrui, mais, contre toute attente, la vision d’une famille intrinsèquement liée.



« J’ignore ce que l’on nous réserve. Mais, soyons-judicieux pour une fois, je vous en conjure. »



Presque muette, sa voix pourtant résonne avec autorité. Une sagesse qui les a tous abandonnée, mais qui dans les prochains instants devait être leur. Un regard clandestin sur Martyn et elle repporte ses mains sur sa robe soyeuse. Depuis combien de temps ne l’avait-elle pas vu si dévasté? Il ne pouvait s’agir simplement de cette réunion insolite. Il devait y avoir autre chose. Ses mots d’hier viennent crever en sa gorge, comme au lendemain du couronnement ils sonnaient vrais ! Elle avait douté de ses états d’âmes, dangereux et mortels, mais en cet instant elle respirait calmement. Presque. Elle avait fait ce que son devoir lui incombé et désormais, Etaine et Martyn devraient répondre de leurs actes stupides et insensés. Elle pouvait le concevoir, secrètement, ne pas plier le genou alors qu’ils avaient fait le voyage aurait été suicidaire, mais le malaise de la femme de la Main aurait été un prétexte à invoquer les dieux et fuir. Oui, fuir à ses yeux aurait été encore mieux que de faire un serment sous conditions ou de clamer haut et fort l’existence de bâtards nés hors union conjugale sacrée ! Alors qu'elle regarde le profil glacé de la Colombe, devenue Harpie, un soucis barre son front alors qu’elle. Silencieuse, nul doute que les maux devaient venir se bousculer, nombreux et blessants, en son coeur. Elle aurait aimé avoir encore la force de les recueillir et les panser. Malheureusement, une furieuse envie de vivre pour elle-même était logée en son coeur. Que l’on critique ses actes, que l’on regrette et condamne ses actions et ses silences : elle avait toujours agi pour sa famille. Sa maxime, sa ligne de conduite, la seule chose qui valait la peine d’exister jour près jour. Eux, tous présents ici, qu’avaient-ils fait pour les Arryn? Si peu et tellement trop, les contraires en même temps. On ne lui avait jamais donné sa chance et elle ne l’attendrait plus. Elle cesserait d’être cet esprit de la nuit, cette odalisque de la lune qui attends dans l’ombre mortelle que son jour vienne. Elle s’en saisirait. Elle s’en saisirait pour le bien des siens, afin que plus jamais ils ne soient bafoués. Quoique leur voulait le Roi, cela ne pouvait être qu’aigre : son front acquiesce, elle veillerait à ce qu’ils se montrent judicieux. 
Tous.

« Mesdemoiselles, veuillez aller en cuisine nous chercher du jambon, du pâté, des œufs durs, et du poisson fumé. Je ne peux rompre mon jeûne sans avoir quelque chose d'un peu plus consistant dans l'estomac qu'une pomme ! Allez, ne tardez pas ! »

Sous ses paupières baissées, elle observe les gestes hésitants des deux domestiques. Quelques coups discrets et les portes les avalent pour aussitôt se refermer.

« Jace, mon frère. Quoi qu'il advienne, je veux que vous protégiez ces dames de votre vie. Retournez dans le Val dès que vous en aurez la possibilité, et préparez-vous au pire. »

Elle regarde son époux serrer l’avant-bras de son frère. Leurs regards ne sont qu’à eux et aux femmes demeurent interdits. Sa mâchoire tremble, elle ne peut rester insensible à ces derniers mots. Elle se revoit enfant courant sur les passerelles des écuries. Ses cheveux blonds, ondulés, flottant autour d’elle comme une auréole de magie qui ne devait jamais disparaitre. Elle était la seule femme noble des Portes Sanglantes, dans cette forteresse au nom sordide, le seul visage mesquin et angevin. Joyau de son père, protégée par tous et surtout par eux. Elle les revoit gamins et ses lèvres s’écrasent l’une sur l’autre. Si loin du Val, elle peut encore entendre tous les chants de ce passé féroce. Ce sont des enfants, ce sont des rires sans fin et des courses poursuite au milieu du va-et-viens des chevaliers et des servantes ! Ce sont quelques grondements quand ils renversent les draps fraichement lavés, quand ils déboulent dans les escaliers crottés jusqu’au ventre, c’est une flamme et des gloussements qui s’arrêtent la nuit derrière sa porte. C’est tellement de choses qu’il lui faut bien de la force pour rester en cette salle de jugement sans verser une larme à la nostalgie.

« Martyn, ma vie est aux Arryn. Elle a toujours été pour votre famille. »

Ses cornées rattrapent quelques mouchure qui n’ont pas leur place ici. C’était l’allégeance renouvelée d’un chevalier pour son Suzerain, mieux pour toute une royauté qui avait sombré trop tôt dans l’oubli. Catelyn est Elbert, elle regarde ces deux hommes avec la fierté secrète d’un père. Elle pense tellement à lui en cet instant : elle est presque certaine qu’il peut le sentir, d’où il se trouve. Par les Sept, Jorelle devait être en train de tous les chercher : que cette petite est un peu de jugeote et qu’elle envoie un deuxième corbeau ! Il fallait qu’elle trouve Leandra et demande asile et protection. Oberyn serait prévenu que sa soeur est retenue en otage quelque part dans le Donjon-Rouge. Pour une fois, peut-être servirait-il à faire le bien !

« Je ne sais avec certitude pourquoi on nous a enjoint de rester ici. Cela contredit les consignes que m'a données la Main hier durant notre entretien. »

Les mots sont à la Rose et tous retiennent leur souffle. Cat plus que tous. La Main bâtarde n’avait pas d’honneur ! Dans quelles mains était donc tombé ce Royaume? Une furieuse envie de lui demander les teneurs de cet entretien lui mord les cordes vocales, mais elle se tait. Elle respecterait les volontés sages de Roslinn. Se disputer alors que d’un moment à l’autre les portes pouvaient s’ouvrir, était impossible. En public, les femmes devaient être sages et obéissantes. Elle le serait, aussi dur cela soit. Le silence revient avant que Martyn se rapproche. Un mouvement du corps trop subtil pour délivrer un message anodin. Son corps tout entier vient se pencher vers eux, vers leurs oreilles tournées en amont. Que serait qu’il faudrait encore abattre? 


« J'ai demandé – et obtenu- que nous soyons ceux qui iraient négocier une paix durable entre le Nord et la Couronne. Cela ne sera pas aisé, je crois, mais j'ai espoir que nous parvenions à éviter une nouvelle guerre. J'ai obtenu que nous n'enverrons aucune troupe au combat si la guerre devait être déclarée malgré tout. En contrepartie, Lady Freyja devra être remise à la garde de la Main, ici à Port-Réal... Nous devions rentrer dans le Val au plus vite afin de faire les préparatifs nécessaires. Voilà les termes sur lesquels nous sommes tombés d'accord hier. La question est à présent : qu'est-ce qui a changé la donne ? »



Négociation.
Contrepartie.
Freyja.
Remise.
Otage.
Préparatifs.
Termes.
Donne.



Stoïque, interdite, Catelyn se lève. De toutes les possibilités qu’elle avait imaginé cette nuit, de tous les froids calculs qu’elle avait établi : Freyja n’avait jamais été dans la balance. Jamais. Parce qu’elle faisait partie de leur famille, parce qu’elle faisait partie des leurs et qu’à ce juste titre ils devaient la protéger de leur vie. Il l’avait vendue à une Maison sans histoire? Il l’avait vendue à des bâtards? Autour d’elle, une tornade fait rage et si elle le pouvait elle foudroierait son cousin sur place. Aaaaaaah ! Pauvre homme parjure ! Qu’avait donc-t-il fait de si terrible pour que les Sept et les Anciens Dieux l’abandonnent de la sorte? Il avait voulu sauver sa soeur d’une mort certaine, il avait voulu respecter son serment de chevalier … et tout d’un coup il enfonçait un propre poignard dans le coeur des siens ! La si douce et la si belle Freyja, celle qui observait Martyn avec un amour coupable et aimait ses cousins avec tant de soin et de réconforts ! Le portrait de leur tante défunte, la soeur tant aimé de Jace et Elbert… Martyn venait de lui offrir une deuxième douloureuse et lente morte. Tandis que ses paumes viennent étouffer sa bouche, son visage se décompose. Si elle l’avait pu, elle aurait fondu sur lui ses mains sur ce visage, pour lequel par cent fois elle se serait donnée la mort, puis elle se serait déchirée sur son corps en criant : « OU ES TON HONNEUR? OU ES TON STUPIDE HONNEUR? » Que les Sept l’avaient-ils faite femme ! Elle aurait tant aimé avoir les prérogatives d’un homme car jamais elle n’aurait failli aussi bas ! Jamais… quelle abjection était-ce ! QUELLE ABJECTION ETAIT-CE ! 


Elle se laisse choir sur la méridienne, sans aucune autre grâce que le désespoir. Il avait tant promis, une part de leur corps même, et ce n’était pas suffisant au Roi… Ce n’était pas suffisant à ces charognards ! Rhaenys ne pouvait être derrière tout ça, sa tendre amie… elle ne pouvait être au courant de cette injustice qui les frappait ! A quelles conditions devrait-elle encore se prostituer pour suivre les égarements de sa famille? A quelles bassesses devrait elle encore courber l’échine aujourd’hui? Ha, il fallait être judicieuse ! Soit, mais après aujourd’hui qu’on la précipite des Eyrié si elle devait encore se donner à ces manigances désastreuses ! Son regard est neutre, sans vie, sans volonté aucune. Sur l’autel des Dieux elle aurait sacrifié son fils pour racheter les fautes de sa famille, de Martyn, mais d’un coup elle n’en était plus si sûre. Son amour avait trouvé ses limites.



« Que la noble Alyssa trouve pitié en son coeur, moi, je ne le pourrais plus. »

Allons, que le jugement tombe sur eux ! Qu’on la transperce de quelques lances usurpatrices, elle était prête !


☾ ☾ ☾


Les portes s’ouvrent, grandes, bruyantes. Un peu moins et c’est un accueil en hautbois qu’on réserve au Serpent de Mantarys. Ces derniers jours, elle avait eu assez loisir de se faire un avis sur cet homme ces derniers jours, couleuvre aux armoiries volées. Ombre des pierres, on le disait prêt à tout pour servir les Targaryen. Un homme qui, trop fier d’une condition qu’il s’était abrogée, s’avilissait. Un nanti, un nabab de pacotille, arriviste et ambitieux. Du Conseil Restreint, il était probablement le pire. Quand on accusait sa famille pour avoir servi Maegor, on oubliait qu’il avait été le premier à saluer les armées Valoises pour protéger son Cruel jouet ! Une envie de vomir sur cet ordure se fait profonde, mais elle reste maître d’elle-même. Si sa famille n’avait pas réussi à l’abattre : cette vision et le message qu’il pourrait bien délivrer, ne le pourrait non plus. 


« Messeigneurs. Mesdames »

Son regard venimeux tente de la percer, tous ses sens en alerte elle le sent. Une barrière de glace vient se construire derrière ses pupilles. On disait qu’il avait voyagé à travers nombreuses contrées, mais elle en était certaine : ce serait on premier voyage dans les montagnes lunaires ! Bienvenue à toi pauvre créature pense-t-elle alors qu’elle incline la tête en signe d’assentiment aux paroles de son cousin. Elle serait un modèle de droiture et d’exemple ; aussi Haute qu’Honneur.



« Mon Seigneur. »



Martyn n’était pas bon pour cacher ses sentiments, un grand guerrier qui n’avait pas été habitué aux manières des Cours et de leurs subtilités. Jace non plus, même s’il possédait cette bonhommie enfantine et cet humour mordant qui savait parer tous les coups. Sûr de lui-même, il ne semblait pas surpris de l’arrivée du serpent dans la salle. Pas plus quand les portes se refermèrent. Encore. Il possédait un calme à toutes épreuves, mais son épouse n’était pas sotte : comme Martyn et elle, il possédait la fureur et la colère rouge d’Elbert. Ils avaient été élevé de la même manière et là résidait leur faiblesse la plus grande, si l’un tombait tous l’imiterait. Pourtant, de ses serres acérées, de ses ongles, elle était prête à tout conjurer.

« Seigneur de ... Tyvaros. »





« Veuillez tout d’abord accepter toutes mes excuses au nom de Sa Majesté pour vous avoir retenus ici aujourd’hui, et tout particulièrement pour votre attente de ce matin. S’il vous a été demandé de rester, c’est pour une bonne raison, vous vous en doutez. »



Le fat ! L’insolent ! On aurait dit une taupe qui du bout de ses yeux, petits et scrutateurs, tentait de faire du cynisme mais déversant dans le pathétisme. Pitié ne pouvait donc leur écarter ces mots, qui n’avaient de respect que pour les parvenus et puants dans son genre ! Ses gestes sont longs, il semble faire un ballet de ce qu’il a répété pendant des heures.



« C’est à moi qu’il incombe de vous révéler une pénible nouvelle. Rohanna Baratheon n’a pas fait une fausse-couche ordinaire ; elle a été empoisonnée. Bien entendu, en tant que Main du Roi et suzerain de l’Orage, Robart Baratheon a de nombreux ennemis prêts à lui nuire d’une façon ou d’une autre… »



Ses yeux se ferment. Il aurait pu en rester là, elle savait déjà ce qu’il voulait dire. Si son coeur avait eu encore de la place, elle aurait probablement éprouvé quelques sentiments de compassion pour cette femme qui était jouée pour être une proie facile. Nulle femme enceinte n’aurait eu à subir les bassesses des autres… La mère qu’elle est sent son coeur se fendre, mais la Dame qu’elle est se redresse un peu plus. Elle sent son échine vibrer, ses ailes bientôt se déploieront comme une armure brutale. Il n’était pas l’heure et le lieu de penser à ces pauvres enfants morts pour d’autres. 


« Toutefois, en sa qualité nouvelle de Protecteur du Royaume, s’attaquer ainsi à son épouse relève de la plus haute trahison, et le – ou les – coupable sera traité avec la plus grande fermeté, comme vous vous en doutez. »



Et les coupables seraient eux. La taupe cherche dans ses papiers, elle farfouille avec le goût du suspens. Cet aveux silencieux qu’il s’amusait et se délectait de sa position de supériorité. Une délectation que seul les plus pauvres pouvaient se satisfaire : elle démontrait bien l’importance de cacher ses origines, tant en-dessous des ces grandes personnes qui se montraient devant elle !



« Le mestre qui a examiné Rohanna Baratheon n’a pu déterminer l’origine du poison avec certitude… Le Nord est privilégié. Les Stark sont vos cousins. J’ai été chargé par le Protecteur du Royaume et le Roi lui-même de superviser l’enquête. Au vu de la situation, j’aimerais donc – si vous y consentez – vous posez à tous quelques questions afin d’éclaircir un peu ma vision sur cette affaire. »



Sa bouche s’entrouvre, était-ce une illusion des Sept qui leur était jouée? Comment pouvait-on leur remettre Freyja sur un plateau et les accuser de quelques … soupçons à éclaircir ! Si son grand-père avait été là, il serait mort d’apoplexie sur le champs. Nul doute que les Targaryen, dans son tombeau séculaire, lui donnait une deuxième mort, un deuxième assassinat. Or, il n’y aurait aucune mort dans cette pièce car tous étaient innocents. Les yeux du serpents sont froids, mais pas autant que ceux de Catelyn, glacials. 


« Le Nord est privilégié... Bien entendu. »



Une insulte que Martyn élève avec élégance, rare ces derniers temps. Elle pose ses yeux sur son cousin, à présent Seigneur des Eyrié, prince du Val et des Montagnes, fils de la Lune, descendant des Premiers Hommes : il guiderait les démarches. Elle serait la cousine, la femme du Rougefort et ne parlerait que si cela était nécessaire. Elle ne lèverait plus la voix, avec fougue et emportement, comme elle pouvait le faire. Dans ce mausolée qu’on était en train de construire autour d’eux, elle resterait sage et tempérée.

« Posez-moi vos questions, je ne sais ce que je pourrais vous dire qui fera avancer votre enquête, mais si cela peut permettre de disculper mes cousins, je répondrai. »

Suite à ces mots, Jace s’incline avec respect : il suivrait le chemin de ce frère qui avait besoin d’aide. Il serait à ses côtés, comme ces dernières années au milieu de toutes ces batailles dans lesquelles jamais il n’avait vu cet homme. A son flanc droit, il le protégerait et il protégerait ces femmes, plus que toute la sienne. Un regard à cette dernière, signe qu’il consent à ce qu’elle réponde également -ils n’avaient pas besoin de se concerter pour comprendre qu’il leur fallait rentrer dans le jeu de personnage et sans faute aucune-. Alors, le Chaton du Val adresse un inclinent du front au Serpent : elle répondrait à ces questions sans fondements et blasphématrices.

lumos maxima

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Sam 25 Nov 2017 - 0:14

L’Honneur au pays des Dragons

ft.














Les Arryn ne l’aimaient pas. Il le voyait, il le sentait. Oh que c’était criant. Les arrogants Faucons descendus de leurs pics enneigés voyait leur blanc plumage moucheté de tâches de goudron. Toutefois, un sentiment d’agacement irrépressible montait peu à peu en le Maître des Chuchoteurs. Ne se rendaient-ils pas compte de la gravité de la situation ? C’était à peine s’ils avaient bronché. Et pourtant, ils avaient toutes les raisons de s’inquiéter. Le mestre Banneth avait été très clair. Le poison venait du Nord, éventuellement d’ailleurs. Mais le Nord restait l’hypothèse privilégiée de l’élève de la Citadelle. Qui d’autre que les Arryn pour avoir alors collaboré ? L’ultime soupçon de Valyron se portait sur la dame de compagnie de Rhaenys : la petite Alys Manderly. Il lui faudrait l’interroger, le cas échéant.

Valyron avait pourtant donné beaucoup de lui pour se présenter le plus respectueux possible de l’ancien sang des Arryn, de leurs nobles origines. Et voilà que l’on traitait le maître espion comme un moins que rien. Il voyait leurs regards : méprisant, intrigué, courroucé. Oh oui, les prunelles des pierres de lune portaient bien des choses. Cela importait peu. Valyron Tyvaros n’était pas homme à se vexer si aisément. Il n’appréciait par contre pas le ton que l’on prenait avec lui. N’avaient-ils donc rien compris ? Valyron menait une enquête au nom du Roi et au nom du Régent. S’ils ne voulaient pas voir qu’il était là dans l’exécution de sa fonction, alors ils s’en mordraient les doigts. Et Martyn Arryn ferait les frais de tout cela le premier, tout suzerain du Val millénaire qu’il était. Valyron planta dans le Valois un regard sans expression, parlant sans mettre un mot plus haut que l’autre mais avec une froideur peu commune au personnage pourtant peu coutumier aux effusions.

« Effectivement seigneur Martyn, le Nord est privilégié. Mais si vous préférez que je sois plus précis, voici. Le Nord est désigné par le mestre qui a examiné Dame Rohanna. »

N’allaient-ils donc jamais comprendre que tout cela n’était pas une blague et encore moins un guet-apens ? Tant pis pour eux. Ni Roslinn, ni Catelyn, ni Etaine Arryn ne bougeaient. Toutes le dévisageaient. Ahhh le mépris. Quelle arme redoutable cela pouvait être. N’y avait-il donc personne pour un tant soi peu cesser le drame qu’ils voulaient jouer ? Oui, Valyron comprenait aisément que l’on pouvait se sentir vexé d’être la cible de soupçons, mais diable quel piète maître-espion il aurait alors fait !

« Posez-moi vos questions, je ne sais ce que je pourrais vous dire qui fera avancer votre enquête, mais si cela peut permettre de disculper mes cousins, je répondrai. »


Valyron hocha la tête. Arrogant, rigide et déconnecté des réalités, mais coopératif.

« Fort bien, je vous remercie. Nous allons donc pouvoir commencer. »

Valyron en profita pour sortir un petit encrier de la poche de sa veste et tira une plume rangée dans la serviette de cuir qu’il avait apportée. Il prit une feuille de parchemin vierge et la disposa devant lui avant d’en tremper l’extrémité dans l’encre.

« Cette question s’adresse à chacun d’entre vous. Y a-t-il des raisons qui vous laisseraient penser que le suzerain du Nord Jorah Stark, ou ses proches, seraient susceptibles d’attenter à la stabilité du royaume ? »

La question était loin d’être anodine. Chaque réponse pouvait apporter quelque chose de particulier. Valyron en avait conscience et c’était pour cela qu’il prenait lui-même les notes. Il lui semblait inutile de préciser à ses intelligents interlocuteurs ce qu’ils encourraient à ne pas être honnêtes avec lui.

« Les Stark seraient-ils entrés en contact avec vous au cours des lunes qui ont précédé votre départ pour le couronnement de Sa Majesté ? »

Il se gratta la tête. Il s’agissait de ne rien oublier. Les réponses devaient être complètes et laisser ensuite le temps d’aviser. S’il fallait enfermer ou traduire en justice quelqu’un, mieux valait que la journée ne soit trop avancée.

« Répondez-vous d’ailleurs de toutes les personnes présentes dans votre suite ? »

Cette question pouvait sembler un brin insouciante, mais Valyron la savait de valeur. S’ils assuraient de la loyauté de leurs serviteurs, les Arryn disculperaient un grand nombre de personnes à interroger. Et si les soupçons et l’enquête menaient à quelqu’un de leur suite, les conséquences risquaient d’être incalculables. Encore. Cela devenait décidément une habitude.

« Enfin, cette dernière question en attendant de voir ce que vos réponses soulèveront. Répondez-vous des autres membres de votre famille ? »

Cette question ciblait directement l’éminent Elbert Arryn. Pur produit de la chevalerie andale, Valyron ne le suspectait que par pure forme, mais il pouvait être lié à des Arryn de moindre importance qui, eux, pouvaient avoir trempé dans cette affaire. Valyron allait ajouter quelque chose quand la porte s’ouvrit de nouveau. Une armure d’or et une cape blanche venaient d’entrer, précédant une personne d’importance. Valyron se leva lentement, les yeux posés sur la porte.



HRP:
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Lun 27 Nov 2017 - 21:30

L’honneur au Pays des Dragons
D’un pas décidé, Robb parcourait les longs couloirs qui séparaient la Tour de la Main de la salle où l’on avait installé les Arryn. Encadré par deux chevaliers de la Garde royale, quiconque les croisait s’écartait de leur chemin, autant devant la mine grave de la Main que par l’air déterminé de son escorte. Chaque pas des deux hommes en armure résonnait dans le crâne du Baratheon, souvenir cuisant de la consommation relativement excessive qu’il avait eue la veille, lors du mariage royal. Mais il ne s’agissait pas là d’une manifestation de joie, uniquement de sa tentative maladroite de gérer cette attaque contre Rohanna, son épouse, son amour, et par conséquent contre toute sa Maison, et son sang. Plus tôt dans la matinée, le Baratheon avait péniblement quitté son office où il avait passé la nuit ne voulant pas déranger la convalescence de la jeune femme, pour tenter de faire passer son teint grisâtre et remplacer ses vêtement froissés et imbibés d’effluves éthérées par une tunique propre et aérée. Ensuite, seulement, il s’était rendu à son premier rendez-vous, maudissant les effets secondaires de ces boissons destinées à brouiller les sens.

Robb n’appréciait que peu le Maître des Chuchoteurs. Ne connaissant que trop bien son parcours et ses allégeances changeantes, il lui était difficile de concevoir que Valyron Tyvaros puisse réellement être fidèle à quelqu’un d’autre qu’à lui-même et à son propre avancement. Après tout, il avait servi le Cruel, avant de se retourner contre son maître au crépuscule de son règne, pour rejoindre les Rebelles dont la victoire était devenue presque certaine. Ce changement d’allégeance lui avait valu bien plus que la vie sauve, et il était aujourd’hui anobli, propriétaire de son fief, et membre du nouveau Conseil Restreint, là où la plupart de ses anciens membres étaient aujourd’hui morts ou en disgrâce. Mais si ces événements prouvaient une chose, c’était la connaissance sans faille des ficelles de la Cour que le Valyrien avait développées, ainsi qu’un don certain pour détecter et se servir des intrigues qui y foisonnaient. Le poste qu’il occupait était presque taillé pour sa personne, aussi détestable qu’il pouvait être par moments, et pour cela, il était la personne la plus désignée pour découvrir toute la vérité sur l’empoisonnement de la Biche Pendue. Et tout cela était sans compter le réseau d’espion qu’il devait avoir à sa disposition, dont les possibilités devaient certainement s’étendre jusqu’au Nord. Alors, Robb lui avait officiellement demandé d’enquêter, rapportant les propos du Mestre accusant la patrie des Stark, ainsi que ses soupçons personnels.

Il était évident pour lui que si c’était bien le Nord qui avait été à l’origine de cet acte indicible, seuls des Valois avaient pu leur fournir les moyens d’agir dans la Capitale du Royaume, aucun représentant de la région ne s’étant présenté. La question était de savoir lesquels, evidemment, les Arryn n’étant pas les seuls seigneurs du Val à s’être déplacés. Même s’il les connaissait presques toutes de nom, la Main du Roi n’avait que peu de connaissances des accointances et des liens qui pouvaient exister entre les différentes Maisons liges des Arryn et les Maisons du Nord, et espérait que le Maître des Chuchoteurs pourrait lui apporter une vue plus claire sur toutes les relations de pouvoir qui s’entremêlaient depuis des siècles entre les deux régions, mais il avait obtenu bien plus : un suspect principal. Hasard, destinée, ou simplement information divulguée au mauvais moment, Valyron s’était trouvé être en possession d’informations qui d’ordinaires auraient déjà été extrêmement troublantes, mais couplées aux événements du mariage, elles prenaient une tournure autrement plus dramatique. Après cette discussion, une seule conclusion s’était imposée : si le poison venait réellement du Nord, et que c’était celui-ci qui était à l’origine de l’assassinat de ses héritiers et de l’attentat contre son épouse, l’un des Arryn, au moins, devait y être mêlé d’une façon ou d’une autre. La seule pensée que la Maison au Faucon, qui depuis toujours se targuait, jusqu’à dans sa devise même, d’être supérieure aux autres car liés par l’honneur quoiqu’il arrive, puisse s’abaisser à un acte aussi vil avait mis Robb en rage, redoublant ses envies vengeresses alors même qu’il ne croyait pas la chose possible. Restait à savoir à quels points ces hypocrites étaient embourbés dans les plans de leurs cousins que l’ambition avait manifestement rendus aveugles…

De Martyn, Robb était pratiquement sûr, et alors que l’un des Gardes Royaux se préparait à ouvrir la porte où Tyvaros devait déjà avoir commencé à mener l’interrogatoire, la Main du Roi n’avait que peu de doutes quant à son innocence. De même, la femme du seigneur du Val lui était, disait-on, entièrement dévouée, et elle n’aurait pas pris le risque de gâcher tout ce pour quoi son mari avait sacrifié une bonne part de sa fierté pour aider des gens qui, somme toute, étaient des étrangers à ses yeux. Née Bieffoise, ses liens avec le Nord n’étaient pas si prépondérants dans sa vie. Restait la sœur, qui s’était distinguée par un plaidoyer quant à l’avenir de ses bâtards, et la cousine… La Main du Roi avait déjà arrêté son idée sur ces deux là, mais mieux valait en être certain. Restait la possibilité que la seule nordienne soit à l’origine de cette trahison, bien sûr, mais Robb, s’il ne connaissait pas vraiment la jeune Alys, savait tout son attachement pour la nouvelle Reine, qui remplaçait de loin une quelconque allégeance qu’elle pouvait avoir envers les Stark, sans compter qu’elle semblait bien trop innocente ne fut-ce que pour penser à commettre un tel acte, encore moins sans se faire prendre.

Lorsque la porte s’ouvrit, les deux chevaliers entrèrent les premiers, l’un d’eux l’annonçant avant qu’il ne fasse son entrée :

« Son Excellence Lord Robart Baratheon, Protecteur du Royaume, Main du Roi et Seigneur de l’Orage. »


Les mots créaient un écho difficilement supportable dans son crâne, que le Cerf eut beaucoup de mal à ignorer alors qu’il entrait dans la pièce, jetant un œil à chacune des personnes présentes. Après s’être assuré que chacun dans la pièce avait noté son entrée, Robb salua sobrement, et le moins agressivement qu’il le pouvait les invités forcés rassemblés autour de la table.

« Lord Arryn, Lady Roslinn, Etaine, Catelyn. »

Sans rien ajouter de plus, Robb alla s’installer dans un des sièges situés contre un mur de la salle, un Garde de chaque coté de son assise. Dans son regard, on pouvait reconnaître l’oeil aguerri du chasseur qui s’approche de sa proie, et qui s’apprête à fondre sur elle après une longue attente. C’était dans cette pièce que sa vengeance pourrait commencer, sans aucun doute. Une première piste, à tout le moins, si pas un premier coupable.

« Poursuivez, je vous prie. »

Codage par Libella sur Graphiorum
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mer 29 Nov 2017 - 10:42

Ce serpent avide de pouvoir osait les accuser de collusion. Il l'avait rappelé suffisamment, il était dans cette pièce (et eux aussi) au nom du Roi. Une chose était certaine pour Martyn : il ne serait jamais ami avec les dirigeants du royaume. Oser traiter ainsi leurs vassaux, alors même que leur position était déjà contestée, voilà qui était fort maladroit. Oser les accuser d'avoir empoisonné une dame et tué ses enfants ! Comme si le passé n'avait été une leçon pour personne. Comme s'ils ne possédaient aucun honneur ! Les Arryn n'étaient pas des empoisonneurs, et Martyn aurait été prêt à boire une coupe de poison lui-même si le Nord était aussi coupable qu'on semblait vouloir le croire. Martyn serrait les dents et attendait la suite, car il était presque certain que les insultes et accusations ne s'arrêteraient pas en si bon chemin. Immobile sur son siège, le suzerain fixait l'importun d'un regard pour le moins glacial.

Un mestre qui accuse ? Qui donc était-il pour affirmer ce genre de déclaration ? Il allait sans dire que c'était sans doute un ennemi du Nord ou du Val, quelqu'un qui espérait augmenter son influence par l'intrigue politique. Martyn haussa un sourcil,

« Et qui donc est ce mestre qui ose accuser ma famille ? » S'il était versé en poisons, peut-être n'était-il pas innocent non plus, lui... Quoi qu'il en soit, Martyn veillerait à découvrir qui était ce gredin et lui apprendrait à médire !

Quand Martyn et le reste de sa famille eurent accepté de coopérer à l'enquête, l'autre sortit de quoi prendre des notes et s'installa en prenant son temps... Une façon de plus de les faire languir. Il était fort difficile pour le seigneur des Eyrié de ne point grincer des dents face à ce qui semblait constituer un interrogatoire où on les pensait déjà coupables. Mais il défendrait les siens bec et ongles. Le problème principal étant que Jorah, qui en écrivant possible la déclaration d'indépendance du Nord, menaçait bel et bien la pérennité du royaume. Même si aux yeux de Martyn cela était justifié, même s'il n'avait plus le droit de proférer de telles paroles à voix haute aujourd'hui. Mais surtout, pour celui qui était assis en face d'eux, cela relevait de la haute trahison. Martyn se demandait bien ce qui se dirait lors de cette assemblée des vassaux nordiens dont il avait été mention dans la missive. Il espérait sincèrement que le suzerain du Nord saurait se montrer réfléchi et choisirait la paix. Mais il en doutait. Et vu la façon dont la couronne traitait les siens, Jorah avait peut-être fait le bon choix.

Il écouta les questions du chuchoteur, la colère visible dans ses prunelles et la tension de ses doigts sur les accoudoirs de son siège. Il lui était difficile de rester assis et de ne pas trancher la tête à cet idiot qui se permettait de les accuser à tort. Mais cela ne ferait qu'envenimer les choses, même si cela l'aurait soulagé un temps.

Il allait répondre quand la porte s'ouvrit sur des gardes en manteaux blancs accompagnant la Main du Roi. Martyn se leva et s'inclina légèrement devant la Main avant de se rasseoir. Robb venait d'insulter sa soeur et sa cousine, ouvertement. L'épée à son côté lui semblait terriblement lourde à porter. Une preuve supplémentaire pour montrer que Martyn aurait mieux fait de rester dans le Val au lieu de venir au couronnement. Une preuve de plus pour montrer qu'il les pensait coupable de quelque chose. Mais ainsi Martyn savait maintenant qui avait ordonné leur emprisonnement, et il savait aussi qu'il ne pouvait faire confiance en la parole de la Main. Il avait commis bien des erreurs, il s'en rendait compte à présent. Pourquoi avait-il mis le pied dans ce nid de serpents ?! Robb avait l'air fatigué, mais ce n'était pas une surprise sachant ce qui s'était produit. Cela ne jouerait pas non plus en leur faveur, néanmoins. Mais il savait que Son Excellence était présente pour les prendre en défaut.

Le Faucon se tourna vers le serpent et le fixa d'un œil glacial. Si la Main cherchait à les intimider avec la présence de gardes royaux et toute cette mise en scène, il se trompait lourdement.

« J'ai reçu une missive de Lord Stark, oui. J'ai cru comprendre qu'il avait été marri de la perte de son épouse. »

Il restait concis. Il en avait dit plus à Robb lors de leur entretien de la veille, mais n'avait pas envie de montrer de bonne volonté ici. Sa bonne volonté d'hier montrait ses fruits en ce jour, on ne l'y reprendrait pas deux fois. Et de toute façon, il ne doutait pas que les deux discuteraient une fois hors de cette pièce, sans doute pour mieux pouvoir les condamner.

« Je réponds des miens comme de moi-même. De ma famille comme de ma suite. Permettez-moi d'ajouter que je pense que vous devriez chercher ailleurs que dans le Val ou dans le Nord pour trouver des empoisonneurs... Ce ne sont pas là nos habitudes, comme cela a déjà été démontré. »

Le seigneur des Eyrié ne doutait pas de sa famille, il était outré qu'on puisse ainsi les accuser. Ses parentes répondraient sans mentir, cela allait de soi. Il savait aussi que quoi qu'elles puissent dire, si un des deux hommes présents voulait les emprisonner, il ne pourrait pas les en empêcher. Les ennemis du Val étaient nombreux, qui aurait pu orchestrer ces manigances afin de les faire accuser ? Quand il le saurait, le coupable paierait ! Il croisa les bras et attendit la suite en silence.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port Réal, Couronnement.
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mer 29 Nov 2017 - 18:23

L'Honneur
au pays des dragons




« Fort bien, je vous remercie. Nous allons donc pouvoir commencer. Cette question s’adresse à chacun d’entre vous. Y a-t-il des raisons qui vous laisseraient penser que le suzerain du Nord Jorah Stark, ou ses proches, seraient susceptibles d’attenter à la stabilité du royaume? Les Stark seraient-ils entrés en contact avec vous au cours des lunes qui ont précédé votre départ pour le couronnement de Sa Majesté? »

Il aurait été faux, et probablement dangereux, de croire que Catelyn Arryn restait passive aux mots du Serpent. Droite, le menton relevé, fièrement maintenu, elle était loin de ressembler à ce bloc de condescendance. Modèle de son éducation doyenne, prisonnière de cet archaïsme du sang, elle ne reflétait que ce qu’on ne lui avait jamais appris. Pourtant, il aurait suffit d’observer ses naseaux, se rapprocher pour tenter de capter sa respiration, pour comprendre que ce n’était qu’une image. Depuis l’énonciation du sort de Freyja, elle aurait aimé hurler. Elle aurait aimé avoir l’impolitesse de se lever et de clamer qu’elle ne répondrait de ces accusations déplorables qu’en la seule présence d’une éminence royale. Acculée par les autres, pis, des faits si indignes de sa Maison : c’était toutes défenses qu’on lui avait enlevée. Oui. Oui, elle répondrait à ces questions de plus en plus pernicieuses, elle s’infligerait cette blessure que de s’abaisser au venin étranger. Ce venin qui sillonnait autour d’eux cherchant à les séparer, les déchirer pour mieux les détruire. C’était un combat perdu d’avance. Ils pourraient répondre, lacérer de leurs serres antiques pour parer toutes les accusations : ils ne sortiraient pas tous de cette pièce. Le monde ne ressemblait plus à celui qu’elle avait connu, celui pour laquelle elle avait laissé le Temps la faire femme.



Elle ne réagit pas. Elle attends que Martyn parle. Officiellement, c’est ainsi que font les femmes civilisées de ce monde : retranchées loin de leur nature femelle, leurs instincts de survie brimés. En son silence, elle connaissait la vérité. Elle savait les corbeaux venus aux Eyrié, du moins, les murs le lui avaient dit. Martyn lui avait confirmé, plus ou moins, métaphoriquement. Etaine et Martyn iraient-ils jusqu’à mentir? Passeraient-ils sous silence ces corbeaux cachés, ou déjà détruits, dans la forteresse la plus imprenable de Westeros? Certainement pas. La dernière fois qu’elle avait chevauché jusque dans les terres reculées de ses cousins c’était pour le mariage de Jorah à Rhaenys. Presque cinq années. Elle ne conversait pas souvent à ses cousins, du moins elle l’avait fait à sa nouvelle cousine mais… ce secret était aux cendres des cheminées. Lyanna conversait avec elle, beaucoup, mais c’était pour l’aider à s’adoucir et accepter son union avec le Rougefort. Elle était conseils et la mère qu’elle n’avait jamais eue, invisible elle prenait soin d’elle. Un inconfort, une glaire acide, lui donne l’impression que le Chuchoteur ne serait la croire. Il avait pour eux une aversion particulière et il chercherait querelle et médisance où il n’y avait que piété familiale. Non, la seule Stark qui n’était jamais rentrée en contact avec elle, véritablement quand on se donne à coeur ouvert, c’était celle qui aujourd’hui était Reine de ces terres. 


« Répondez-vous d’ailleurs de toutes les personnes présentes dans votre suite? Enfin, cette dernière question en attendant de voir ce que vos réponses soulèveront. Répondez-vous des autres membres de votre famille? »



Sa tête se tourne brutale, sèche, interdite. Céruléens ses grands yeux du soirs tentent de percer le coeur du Seigneur de Mantarys. Elle ne pouvait pas croire ce qu’elle entendait, ou plutôt ce qu’elle n’entendait pas. Le couard ! Le pusillanime ! Qu’il ose mettre ses pensées en forme et elle daignerait lui répondre ! Cet inconnu, cet impie aux allégeances douteuses comment pouvait-il seulement avoir l’audace de profaner le chevalier que représentait son père? Sa cage thoracique se gonfle d’un vent colérique, celui qui à l’automne vient percuter les blanches tours des Eyrié. Murmurant dans un avertissement le grand froid qui arrive, celui sur lequel tout le monde s’incline ou meurt. Il lui est difficile de retenir les mots qui déferlent dans sa gorge : elle voudrait exploser. Elle voudrait mettre ses deux mains autour de son cou et presser de ses pouces ce trou béant. Celui où il suffit d’appuyer lentement pour tuer un homme. Les siens représentaient un sanctuaire, si glorieux qu’une lune ne suffirait pas à leur rendre hommage, cet étranger des mers venait le vandaliser sans aucune cérémonie autre que ces doigts gras autour de cette plume qui craquèle un parchemin dissimulé. 



« Son Excellence Lord Robart Baratheon, Protecteur du Royaume, Main du Roi et Seigneur de l’Orage. »



Catelyn n’avait pas entendu la porte s’ouvrir, trop concentrée à vouloir réduire à charpie cette vermine qui ferait office de juge. A la vue de Robart Baratheon, sa surprise fut cachée par un voile d’amertume. Elle avait été folle, insouciante, mortellement insouciante, de croire que Rhaenys n’était pas au courant de ce qui se tramait. Evidemment, ils l’étaient tous. A nouveau, les siens étaient les proies d’un complot trop grand pour eux. Les affres de Dorne étaient suaves, soudainement trop fraîches et il ne l’aurait pas étonné que ce Valyron est été au parfum des stratégies politiques de son maitre précédant. Le Val serait encore au coeur d’une tragédie bien trop petite pour lui et à nouveau il l’essuierait de cette aile brisée, au grand dam de tous. Dans cette pièce, il lui semblait entrevoir, il lui semblait pouvoir comprendre, pourquoi son cousin avait agi avec cet effacement ces derniers mois. La chasse royale était grande ! Désormais, au Grand Cerf Blanc, on préférait les siens ! 



« Lord Arryn, Lady Roslinn, Etaine, Catelyn. »


Il est discret, il est sobre mais sa présence renverse la situation. Elle se lève et s’incline, les yeux sur les joints des dalles, face à l’homme le plus puissant du Royaume. Son auriculaire levé suffirait à renverser le cour de la dynastie à laquelle elle appartenait. Etrangement, elle avait été certaine qu’il poursuivait les idéaux de celle qui avait été un temps sa cousine : la paix. La prospérité du royaume de son cousin. Elle en avait été certaine parce que pendant des années, où son propre sang combattait les troupes de son feu père, elle avait prié pour leur cause. Le cynisme des Te Deum où les Sept étaient priés de tout et de rien. Oui, elle avait voulu que la cause de Theodan gagne et renverse la suzeraineté de Maegor. Il ne le serait jamais. De toute manière, cela n’aurait rien changé. Ils seraient à jamais des inconnus que le destin s’était amusé à interpréter, des rives différentes qui ne devaient jamais se rejoindre. Il l’avait gagné sa guerre et ses prières avaient été exaucées. Seulement, elle était là comme une vulgaire marchande de la criée accusée de quelques larcins et lui, le vainqueur, le bienheureux, il l’avait traité comme l’ennemie. Une ennemie qu’elle s’était empressée de devenir. C’était vrai, elle ne voulait pas que cet homme dirige les affaires de son peuple. Elle ne voulait plus de la prédominance des dragons qui toujours, depuis qu’ils étaient au pouvoir, s’amusaient à leurs arracher les plumes. Les Dragons mettaient à nus les faucons qui ne savaient plus voler. Elle avait cru en Rhaenys, tellement qu’elle l’avait encouragée sur la voie qui devait la réunir à son frère… Ses dents s’entrechoquent, tout cela était bien morbide. Railleusement morbide. 



« Poursuivez, je vous prie. »

« J'ai reçu une missive de Lord Stark, oui. J'ai cru comprendre qu'il avait été marri de la perte de son épouse.  Je réponds des miens comme de moi-même. De ma famille comme de ma suite. Permettez-moi d'ajouter que je pense que vous devriez chercher ailleurs que dans le Val ou dans le Nord pour trouver des empoisonneurs... Ce ne sont pas là nos habitudes, comme cela a déjà été démontré. »

Bien essayé, noble cousin ! Parfois, Catelyn se demandait comment il avait pu survivre à temps de batailles et morts frôlées. Elle se demandait, le coeur honnête et confident, comment ce prince déchu avait pu survivre dans un environnement aussi inhospitalier à son caractère. Il aurait fallu remonter le temps, manuellement, pour tenter de percevoir les origines de la droiture du Seigneur des Eyrié. Ses doigts aimeraient se perdre dans d’autres, ceux d’Etaine ou ceux de Roslinn. Ils clament quelques chaleurs pour ne pas se montrer fébrile. Ils clament quelques douceurs avant leur spectacle. Car c’est ce qu’est cette réunion : une divine comédie, montée de toutes pièces. Ah, ils sont chanceux, trop connus pour être saucissonnés dans quelques sacs et jetés à la mer. On leur offrira un procès public, ils auront le droit de plaider pour leur défense mais personne ne les regardera, personne ne voudra se soustraire aux souhaits royaux ! Alors, en grande pompe, la lame viendra partager leurs âmes. La mort serait bien plus lente qu’une simple noyade. 

Devait-elle se faire le bouclier des Stark? Devait-elle défendre bec et ongle pour que le nom de la belle louve ne soit pas proscrit des bouches? Une damnatio memoriae qui serait suivie de celles des siens. Quel était le prix de leur tête sur un piquet, elle se le demandait. Son front était grave, soucieux, elle réfléchissait aux phrases qu’elle dirait. Martyn croise ses bras, son torse est ferme. Un instant et elle fait le calme en elle, du moins elle tente d’apaiser son estomac qui se tord dans tous les sens. Elle répondrait aux royales questions, accusations, elle l’avait promis. Elle se l’était promis comme une partie de jeu. Et tous ceux qui la connaissait savait que Catelyn Arryn ne jouait pas, elle gagnait. Il lui suffirait de le faire encore une fois, il lui suffirait de retrouver cette verve qui savait la caractériser.



« Je ne suis pas familière à mes cousins. On vous l’aura sûrement rapporté, mais je n’ai pas visité le Nord depuis le mariage de Lord Jorah. Les seules rares missives que je reçois me sont écrites par Lady Lyanna. Elle baisse ses yeux vers ses mains, elle n’aimait pas parler de son mariage. Les sujets domestiques l’a dérangent, la gênent. Du moins, c’est ce que son visage clos laisse à comprendre. Elle m’avait félicité pour mon mariage, puis récemment pour avoir donné un héritier à la Maison Rougefort. »



C’était la vérité. Si sordidement, criante d’un quotidien simple qu’elle en était désolante. Evidemment, Lyanna était entrée à son contact pour des raisons bien plus complexes, elle ne percevait pas d’un oeil avenant l’amitié qu’elle nourrissait avec Rhaenys. Instinctivement, elle avait toujours su que cette dernière repartirait, les laissant dans le plus grand des troubles. Lyanna avait cet instinct pour les choses, un instinct canidé. Elle relève son regard, laissant ses mains retomber sur sa longue jupe de soie. Elle regarde le Serpent prendre des notes, servile de son propre aveuglement. Une question la taraudait, mais elle était à double tranchant. Elle se demandait qui pouvait être ce mestre et à quelle solde il offrait sa bourse.



« Seigneur, vous sembliez douter d’une personne en particulier, quand bien même vous avez préféré taire son nom… Elle penche décemment sa tête comme pour chercher le regard de l’homme de loi, une taupe penchée sur son travail, je vous en prie, écrivez-le ; je réponds de tous les membres de ma suite et de ma famille. »



Sa peau se détend, un instant on pourrait croire qu’elle va se permettre de sourire. Accompagner ses paroles d’une douceur inconnue et bien gardée. Et, contre toute attente, elle reprend sa posture droite et figée. Elle se laisse à écouter cette plume qui gratte la peau de vélin, le tintement du verre à encre qui offre les traces indélébiles. Sa bouche s’entrouvre, se referme. Dans la lumière matinale, elle voit les profils de Martyn et de Jace. Elle sent le corps de Roslinn inspirer à son tour pour répondre. Affronter cette tragédie… comment pouvait-on l’entrainer dans cette mélasse? Ses griefs à son encontre étaient nombreux, mais jamais, ô grand jamais, les Targaryen -et les Baratheon- n’auraient du la trainer jusqu’ici. C’était comprendre toute la bêtise et la supercherie de cette scène. Alors, sa bouche s’entrouvre à nouveau et elle pose cette question qui la taraude : 



« Je vous prie de me pardonner, quelque chose m'échappe. Un défaut de genre probablement. Précédemment, vous avez dit que le mestre avait désigné le Nord, sans faire mention aucune du Grand Mestre, ou d’un conseil des mestres du Donjon-Rouge. Seigneur de Tyvaros, d’autres ont déjà pointé du doigt des régions qui n’étaient pas les autrices des crimes commis. Vous avez été dans le cercle de Maegor, je vous sais le mieux à même de savoir de quoi je parle ; comme nous, vous avez sûrement été joué par le Cruel. Oh, certainement pas ! Ici, Catelyn était certaine d’une chose : cet homme n’avait autre loyauté que cette du pouvoir. Il n’était pas regardant de qui l’avait entre les mains tant qu’il restait entre les griffes du dragon tricéphale. Le poison vient du Nord. J’espère que le jugement de ce mestre, dont le nom nous demeure gardé, a été vérifié par d’autres hommes de science. Cela nous garderait de quelques tragédies, pour le Royaume tout entier. »

lumos maxima

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Roslinn Arryn
VAL D'ARRYN
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Lun 4 Déc 2017 - 23:22

Cette situation était tellement incroyable que Roslinn y croyait à peine. Cette convocation ressemblait à une supercherie, une mise en scène déjà arrangée. Les intervenants connaissaient bien leur texte et les coupables avaient déjà été désignés d’office. Curieusement, Roslinn restait d’apparence calme alors qu’intérieurement, elle bouillonnait. Comment pouvaient-ils les accuser et de surcroit sans avancer aucune preuve ? Martyn avait répondu aux questions, ainsi que Catelyn. Tour à tour, ils étayèrent leurs réponses. Mais, Roslinn était persuadée que l’on essayait de leur faire porter le chapeau. Roslinn avait plusieurs possibilités entre ses mains… Devait-elle leur rappeler qui elle était, d’où elle venait et quel sang coulait dans ses veines ? Ou devait-elle, pour l’instant, répondre à leurs questions ? Elle avait choisi de se conformer à leurs désirs puisqu’ils étaient souverains.

Vint au tour de Roslinn Arryn de répondre aux questions. Toujours assise sur sa chaise, elle gardait le menton haut, le regard posé et la voix sûre. Non, elle n’était pas déstabilisée, elle commençait juste à être révoltée par la situation ubuesque que lui offrait ses hôtes.

« Y a-t-il des raisons qui vous laisseraient penser que le suzerain du Nord Jorah Stark, ou ses proches, seraient susceptibles d’attenter à la stabilité du royaume ? »


« Je vais peut-être vous décevoir, et j'en suis navrée... mais il ne m’arrive que peu souvent de laisser mon esprit vagabonder librement et supposer, imaginer ou même conjecturer sur des hypothétiques complots d'un autre royaume et dont je n'ai même pas connaissance. »

Devant sa feuille et son encrier, tel un élève appliqué, il notait tout ce qu’il entendait. Et bien, qu’il note, si cela l’amuse, pensa Roslinn.

« Les Stark seraient-ils entrés en contact avec vous au cours des lunes qui ont précédé votre départ pour le couronnement de Sa Majesté ? »
« Aucunement. » répondit-elle fermement.

Impassible, elle continua l’interrogatoire.

« Enfin, cette dernière question en attendant de voir ce que vos réponses soulèveront. Répondez-vous des autres membres de votre famille ? »
« Absolument. »

Ces réponses n’apportaient rien, elle le savait. Le but étant qu’ils n’aient rien à se mettre sous la dent. Rien à saisir et à retourner contre eux. Ils n’avaient rien et le savaient très bien. Ils essaieraient de trouver le moindre élément à retourner contre les Arryn

« Mon Seigneur… Il serait maintenant intéressant, afin que la discussion soit fructueuse, d’exposer les preuves concrètes que vous semblez disposer contre nous pour nous détenir enfermés ici… »

Elle était curieuse de les entendre et de les découvrir, si d’aventures, elles existaient vraiment. Mais elle était convaincue qu’il n’y répondrait pas. Ce petit jeu commençait à fortement agacer la jeune femme. No-contents d’être leur otage, ils se retrouvaient également suspectés d’un crime qu’ils n’avaient pas commis. La Rose du Bief se retrouvait menacée et enfermée pour des raisons inconnues et infondées. Elle espérait que l’interrogatoire n’irait pas plus loin. Elle espérait qu’ils ne pousseraient pas leur humiliation plus loin encore. Selon l’évolution de l'entretien, que les Dieux lui en soient témoins, lorsqu’elle ressortirait d’ici, Roslinn n’en resterait pas là. Les Tyrell, tous autant qu’ils soient seraient bien vite au courant de la manière et de la façon dont Roslinn s’est fait traiter à Port-Réal.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mar 12 Déc 2017 - 16:25

L’Honneur au pays des Dragons

ft.

















A l’entrée de la Main du Roi et Protecteur du Royaume, Valyron s’était pris à espérer que les représentants de la maison au Faucon et leurs affiliés se calmeraient pour prendre un peu de hauteur sur les évènements. Ce n’était pas simplement le personnage le plus puissant des Sept Couronnes qui venaient de faire son arrivée avec deux chevaliers de la Garde Royale, c’était aussi – et surtout ! – un mari meurtri, un homme dont on avait blessé la chair de sa chair, un homme auquel on avait enlevé ses deux enfants à naître et laissé sa femme pratiquement morte. Sans le secours au mestre qui avait ensuite accusé le Nord, Rohanna Baratheon née Trant seraient probablement avec ses si chers Sept-Qui-Ne-Font-Qu’un. Le Cerf Couronné était en quête d’un coupable, et il n’était pas le seul. La plupart de ceux qui soutenaient fermement Jaehaerys et ses alliés faisaient de même. Quelqu’un avait décidé de saccager la grand-messe qui devait réconcilier tout Westeros… Il fallait le trouver et lui ôter la vie avec la plus grande des sévérités. Valyron se contenta d’un hochement de tête alors que le seigneur Main s’installait le long d’un des murs de pierre ocre. Il avait vu le maître de l’Orage quelques instants avant de pénétrer dans la pièce où se trouvaient les Arryn. C’était en concertation que les deux hommes avaient agi. Si le Mantaryen n’était pas aussi puissant et touché par la tragédie qui avait frappé Robart Baratheon, il avait toutefois aussi compris qu’il leur faudrait travailler à tous les deux, ensemble, pour résoudre ce mystère, cette énigme de qui avait empoisonné Rohanna Baratheon.

Valyron trouverait le ou les coupables. C’était son travail, sa mission, et il devait cela aux Targaryen, et peut-être aussi un peu pour Robart Baratheon lui-même. Le Cerf Couronné, comme beaucoup, comme ceux dans cette pièce, ne considérait pas Valyron Tyvaros comme un égal. Le Serpent de Mantarys était la bête noire de la Cour, l’âme damnée des Targaryen, le dernier serviteur de l’Antique Valyria. Il savait ce qu’on lui reprochait : avoir trahi Maegor Targaryen pour les Rebelles. Ah ! Comme si aucun d’entre eux savait à quoi avait ressemblé la Cour de Maegor : un lieu dangereux, où les personnes disparaissaient parfois sans laisser de traces avec un fou sanguinaire comme hôte. Ils ne savaient pas. Et ils n’avaient rien dit au moment où le natif de Mantarys avait livré des informations aux Lannister, ou encore celui où il avait, avec Elinor Piète, rappelé Rhaenys Targaryen à Port-Réal. Et n’était-il pas non plus celui qui avait fait ouvrir le Donjon Rouge aux Rebelles lors de la fin de la guerre ? Sans lui, des dizaines de plus seraient morts. Non, la raison de la méfiance générale envers Valyron tenait plus de son origine. Ils détestaient voir un homme issu du commun s’élever aussi haut qu’eux, avec leurs noms et leurs ancêtres pluricentenaires. En deux décennies à Port-Réal, Valyron avait accompli plus qu’eux au cours de plusieurs générations. Voilà ce qui les rendaient malades. Et cela, le Serpent en tirait grande satisfaction. Mais désormais, il lui fallait acquérir une certaine respectabilité, mais pas avant d’avoir réglé cette affaire.

Le regard d’airain se posa sur le seigneur du Val. Il venait de se rappeler de son interrogation concernant l’identité du mestre Banneth Dayne. Que diable était-ce cette question ? Que cherchait-il à démontrer ? Il ne connaissait pas le mestre et c’était mieux ainsi, ou il faudrait alors protéger le natif des Météores de possibles pressions. Non, cette information devait rester secrète. Un regard rapide vers Robb Baratheon lui laissa penser qu’il valait mieux qu’ils gardent le plus d’atouts dans leurs manches.

« Je ne suis navré, monseigneur, cette information est confidentielle. »

Et toc.

Ils n’allaient pas non plus se laisser bousculer par de potentiels traîtres et empoisonneurs, tout de même, si ? Valyron regardait avec insistance les personnes présentes dans la pièce. La fureur, la colère, la haine brûlaient dans leurs yeux clairs. Ils n’étaient pas furieux d’être accusés, ils étaient furieux d’avoir été traités comme des vassaux déloyaux, ce qu’ils étaient.

« J'ai reçu une missive de Lord Stark, oui. J'ai cru comprendre qu'il avait été marri de la perte de son épouse. »

Il ne semblait guère impressionné par les gardes royaux. Il était donc soit suffisamment doué pour dissimuler ses véritables émotions, ou simplement stupide pour ne pas se rendre compte du danger dans lequel lui et les siens se trouvaient. Il n’était pas étonnant que le Stark ai communiqué avec son cousin, mais s’ouvrir du départ de Rhaenys Targaryen pouvait indiquer un ressentiment plus important.

« Ex-épouse, monseigneur. Sa Sainteté le Grand Septon a annulé lui-même le premier mariage de notre reine, considéré comme frauduleux. »

Il était temps de rappeler à tout le monde qu’ils étaient ici en la demeure des Targaryen et qu’il faudrait se faire à l’idée que Rhaenys était désormais la reine et non plus la suzeraine du Nord. Martyn Arryn s’en souvenait probablement aussi bien que tout le monde, mais Valyron jugeait bon d’insister sur ce point.

« Je réponds des miens comme de moi-même. De ma famille comme de ma suite. Permettez-moi d'ajouter que je pense que vous devriez chercher ailleurs que dans le Val ou dans le Nord pour trouver des empoisonneurs... Ce ne sont pas là nos habitudes, comme cela a déjà été démontré. »

Fort bien, voilà qui était important. Si le coupable se trouvait dans la suite valoise, Martyn Arryn irait au-delà de graves ennuis. Toutefois, cette insistance à croire que Valyron et Robart étaient stupides agaçait prodigieusement le Serpent. Ne croyait-il donc pas qu’ils basaient cet entretien sur les seuls propos du mestre ? Ne croyait-il quand même pas qu’on ignorait ici la réputation d’honneur qui tenait le Val, et dans une moindre mesure, le Nord ? Valyron allait réagir que Catelyn Arryn se mettait à parler. Il écouta avec attention, gardant sa remarque pour plus tard, gageant qu’elle serait encore valide dans quelques minutes.



« Je ne suis pas familière à mes cousins. On vous l’aura sûrement rapporté, mais je n’ai pas visité le Nord depuis le mariage de Lord Jorah. Les seules rares missives que je reçois me sont écrites par Lady Lyanna. Elle m’avait félicité pour mon mariage, puis récemment pour avoir donné un héritier à la Maison Rougefort. »



Mis à part le sentiment d’inconfort et de gêne à évoquer ces détails privés, la fière princesse vernaculaire ne semblait guère avoir plus à dire sur sa relation avec le Nord. Valyron l’aurait presque trouvée touchante et sans doute hors de cause s’il n’était pas d’un naturel méfiant. En temps normal, il aurait été convenable de féliciter le seigneur et sa dame pour cette naissance, mais là n’était guère le moment.



« Seigneur, vous sembliez douter d’une personne en particulier, quand bien même vous avez préféré taire son nom, écrivez-le ; je réponds de tous les membres de ma suite et de ma famille. »



Elle cherchait le regard de Valyron, lui-même occupé à terminer de reporter les paroles de la Dame de Rougefort sur son parchemin. Il leva un œil inquisiteur vers Catelyn Arryn, la dévisageant comme s’il la voyait pour la première fois.

Que ça te coûte, ma vieille. Que ça te coûte de devoir me parler avec autant de déférence, toi qui a ton sang si noble… A quoi te sert-il, maintenant ?

Le retour de feu à la pique d’esprit de Valyron ne se fit pas attendre.

« Je vous prie de me pardonner, quelque chose m'échappe. Un défaut de genre probablement. Précédemment, vous avez dit que le mestre avait désigné le Nord, sans faire mention aucune du Grand Mestre, ou d’un conseil des mestres du Donjon-Rouge. Seigneur de Tyvaros, d’autres ont déjà pointé du doigt des régions qui n’étaient pas les autrices des crimes commis. Vous avez été dans le cercle de Maegor, je vous sais le mieux à même de savoir de quoi je parle ; comme nous, vous avez sûrement été joué par le Cruel. Le poison vient du Nord. J’espère que le jugement de ce mestre, dont le nom nous demeure gardé, a été vérifié par d’autres hommes de science. Cela nous garderait de quelques tragédies, pour le Royaume tout entier. »

Valyron ne bougea pas d’une ride, sondant ces deux yeux céruléens qui lui faisaient face. Mentionner Maegor directement était courageux, car Valyron ne faisait guère secret du mépris qu’il avait pour le règne désastreux du Cruel qu’il avait pourtant servi. Valyron n’avait jamais été au courant des complots de Maegor contre le Val. Personne ne l’avait été, pas même le Maître des Chuchoteurs de l’époque. Le Roi avait agi lui-même, dans le plus grand secret, via un intermédiaire que personne n’avait jamais vu. L’information était tellement sensible qu’il avait préféré agir ainsi et c’était la seule façon d’être certain que jamais le secret ne fuiterait. Et pourtant…

La question de Catelyn Arryn, par contre, soulevait un point intéressant. Seul le mestre qui avait ausculté et sauvé Rohanna avait été en mesure de voir les effets du poison. Les autres n’avaient pu que confirmer ou infirmer – selon les profils – les symptômes décrits par le mestre natif de Dorne. Mestre Banneth était un Dayne, exilé de ses terres après une histoire dont Valyron ne connaissait pour le moment pas la teneur, mais il était entré à la Citadelle et avait ensuite été envoyé à la capitale pour servir les Dragons. Cette identité était bien entendu secrète et encore plus difficile à percer étant donné que les mestres abandonnaient leur identité et leurs prétentions en entrant à la Citadelle. De plus, Banneth avait le teint suffisamment clair pour se faire passer pour un Bieffois du Sud. Il était virtuellement impossible de le rattacher à Dorne… Sauf pour le Maître des Chuchoteurs qui avait fait son enquête auprès de la Citadelle. Que dire de plus ? Comment présenter la chose aux Arryn ? Ce n’était pas à lui de dévoiler cette information. Un rapide regard vers le seigneur Main pour lui signaler qu’il lui laissait la primauté sur cette affaire, et le Serpent répondit en sifflant doucement, paisiblement.

« Je ne dispose pas de la liberté de commenter une enquête en cours, Dame Catelyn. Encore moins d’en communiquer des éléments. »

Cela suffirait pour le moment. Il ne valait mieux pas s’éterniser sur ce point. La crédibilité de leur action risquait d’être remise en cause si l’on découvrait la vérité. Mais après tout, n’avaient-ils pas déjà tout ce qu’il fallait pour frapper un grand coup ? Tout cet entretien n’était-il pas une formalité ? Pas d’après le seigneur Main qui avait insisté pour faire interroger tous les Faucons alors que Valyron avait préconisé une approche encore plus rapide avec une mise en résidence surveillée immédiate.

Une fois que la Fleur du Val se fut à son tour exprimée, Valyron jeta un coup d’œil sur les différentes feuilles gribouillées qu’il venait d’utiliser. La teneur de leur entretien était là, parfaitement retranscrite. Tous ces éléments seraient bientôt consignés dans un rapport soigneusement conservé par le Chuchoteur et si d’aventure de nouveaux éléments devaient sortir, les paroles prononcées aujourd’hui seraient utilisées pour amener les traîtres et parjures à la justice du Roi. Cela, il y veillerait. Godric Lannister n’était pas de ceux qui versait une larme de tristesse avant de cosigner un acte de condamnation à mort, surtout lorsqu’il s’agissait d’anciens ennemis.

« Mon Seigneur… Il serait maintenant intéressant, afin que la discussion soit fructueuse, d’exposer les preuves concrètes que vous semblez disposer contre nous pour nous détenir enfermés ici… »

Délicate, la Rose avait également ses épines. Et si l’on pouvait se permettre une très relative rudesse avec les Arryn, il n’en était certainement pas question avec Roslinn Tyrell. La Dame des Eryés et du Val était d’une discrétion toute admirable, d’une simplicité virginale qui tranchait avec les identités fortes du reste de la pièce. Et pourtant, n’était-pas celle qui avait le plus d’influence ici après Robart lui-même ? N’était-elle pas celle que l’on devait traiter avec le plus de déférence ? Sœur du suzerain du Val, sœur du Grand Argentier, épouse du seigneur du Val et belle-sœur du Lion Lannister, Roslinn pouvait se targuer des plus puissants appuis du royaume, à l’exception des Baratheon. Toutefois, elle soulevait un point intéressant. Le regard gris cendre de Valyron rencontra celui, pur et noisette, de Roslinn, Dame du Val. Il déposa sa plume et se leva avec fluidité. Comme prévu, la remarque qu’il voulait faire plus tôt à Martyn Arryn était toujours d’actualité. Avec un ton respectueux, calme, posé, insistant sur chaque syllabe, il s’adressa à l’assemblée.

« Fort bien. Je vous remercie pour votre collaboration. »

Lentement, mais sûrement, Valyron se dirigea vers la porte de la pièce et en souleva le loquet pour l’entrouvrir. Il se retourna ensuite vers les Arryn.

« Laissez-moi faire la lumière sur un malentendu, messeigneurs et mesdames. Il n’est pas pour objectif aujourd'hui de vous accuser de collusion ou de complicité dans cette tragédie qui a frappé Rohanna Baratheon. Si c’était le cas, vous pouvez faire confiance à la Justice du Roi et à ses dévoués serviteurs : vous ne seriez pas dans cette pièce avec un buffet à disposition. »

Valyron se tourna rapidement vers la Main du Roi, son supérieur, son responsable. Du moins officiellement, puisque dans les faits, il lui laissait une grande libeté dans la façon d’agir, ce qui arrangeait le Mantaryen. Il souhaitait simplement que la lumière soit faite. Et il était temps que les Arryn descendent de leurs grands chevaux.

« Si vous souhaitez partir, la porte est ouverte. »

Il laissa passer un ange avant d’ajouter, d’un ton toujours aussi calme.

« Mais croyez bien qu’il sera noté votre absence de collaboration dans cette enquête que d’aucuns pourraient alors trouver louche. »

Il était temps de se détacher du Protecteur pour lui permettre d’aviser comme il voudrait, Valyron prit donc le temps de conclure pour libérer le plus possible les mains de Robart pour la suite.

« Monseigneur le Protecteur du Royaume m’a demandé de résoudre cette affaire. J’ai pour cela besoin votre coopération. Si j’ai agi aussi vite, c’est que le temps nous était compté avant votre départ. Si c’est cela qui vous a causé tant de troubles, je vous présente mes plus sincères excuses. Mais mettez-vous à ma place, ou plutôt à celle de Robart Baratheon ici présent. Surtout vous, messieurs. Qu’auriez-vous fait si l’on avait ainsi empoisonné votre femme, lors d’un jour aussi sacré, et que le coupable – ou son complice – se cache parmi vos invités. Comment auriez-vous réagi ? N’auriez-vous pas tout fait pour faire la lumière sur cette histoire ? »



HRP:
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Ven 15 Déc 2017 - 11:51

L’honneur au Pays des Dragons
Il n’était là que depuis quelques minutes, assis en retrait entouré des deux chevaliers à la cape blanche, que déjà les simagrées des faucons résonnaient dans son crâne, comme des coups de marteau douloureux tant pour le corps que pour l’esprit. Martyn, d’abord, qui devait trouver un malin plaisir à jouer les offensés pour la moindre question qu’on lui posait, toujours prompt à défendre avec véhémence son nom et son honneur qu’il voyait attaqué dès qu’un mot était prononcé. Pire encore, il s’acharnait à défendre ses cousins du Nord, là où leur disgrâce était, au point où en étaient les choses, presque officielle. Depuis la veille, si pas avant, le Seigneur du Val savait que les Stark prévoyaient de déclarer leur indépendance. Il venait de dire qu’il avait bien reçu une lettre du Loup, et étant donné le manque de tact et de discrétion dont il avait fait preuve dans ses derniers courriers, il y avait fort à parier qu’il avait au moins parlé de ses intentions à son fidèle allié, probablement avait-il même quémandé son aide. Au moins, le Valois avait eu l’intelligence de prêter allégeance au Roi plutôt qu’à la folie de son cousin, mais cela n’excusait en rien l’attitude du Arryn et sa propension à nier ainsi la trahison presque avérée des Nordiens.

Ensuite, venait Catelyn Arryn. Hypocrite par excellence, elle jouait aux doucereuses quand elle cachait une autre facette, qui ne tarderait pas à être exposée. Elle était assise là, à jouer celle qui ignorait tout, celle qui n’avait rien à se reprocher et qui croyait dur comme fer à l’intégrité de sa famille. Si elle n’avait pas porté son nom, s’il n’avait pas été Main du Roi, mais simplement Seigneur de l’Orage, il lui aurait fait ravaler ses paroles plus sèchement qu’il prévoyait de le faire. Heureusement pour le chaton du Val, Robb ne représentait pas que sa région, et elle portait le nom d’une famille qui, pour le moment encore, méritait un certain respect. Comme son cousin, elle insista pour obtenir des preuves et des explications, mais sa dernière phrases arracha un rire à peine dissimulé au nouveau Protecteur du Royaume.

 « Le poison vient du Nord. J’espère que le jugement de ce mestre, dont le nom nous demeure gardé, a été vérifié par d’autres hommes de science. Cela nous garderait de quelques tragédies, pour le Royaume tout entier. » Oh, Robb s’en chargerait bien assez tôt, mais qu’elle prenne garde à ne pas se trouver du mauvais coté…

Puis, il y avait eu Roslinn. Du trio, c’était celle qui représentait le plus de danger, celle qu’il ne fallait pas toucher. Elle ne le serait pas, si tant était qu’elle n’avait effectivement rien à voir avec l’empoisonnement de Rohanna. S’il venait à être découvert qu’elle était ne fut-ce qu’au courant… Même son nom de naissance, et son frère à Hautjardin, ou celui du Conseil Restreint ne pourrait pas la protéger. D’eux tous, seule Etaine gardait le silence, et pour cela, au moins, il ne l’avait pas catégorisée parmi les menteurs éhontés, puisqu’il savait que chacun d’eux, au moins, avait caché une information en espérant qu’elle ne leur était pas parvenue. Cette seule pensée permit au Baratheon de conserver un certain calme devant la valse des protestations qui se jouait devant lui.

Tyvaros avait fait son possible pour calmer leurs ardeurs mal venues des Arryn, pour cela il remplissait son rôle à merveille. De même, il n’avait pas divulgué d’éléments de l’enquête, ni ne s’était montré trop insistant sur ses questions, ou n’avait relevé les insultes voilées à sa personne ou les menaces à peine cachées contre le règne de Jaehaerys et Rhaenys. C’était ce qu’ils attendaient tous de lui, probablement : un noble parvenu, qui ne pouvait par conséquent que s’écraser devant le nom des Arryn et ce qu’il représentait. Dans d’autres circonstances, Robb l’aurait peut-être laissé continuer à jouer le jeu, mais les simagrées des valois jouaient trop avec sa patience pour qu’il reste en retrait, quand tout en lui l’appelait à leur faire changer de ton et de regard. Ils voulaient jouer aux offusqués ? Robb n’attendait que de voir comment ils tiendraient la tête haute quand ils seraient mis devant le fait accompli.

« Oh, nous savons tous comment le Seigneur du Val aurait réagi, étant donné l’état dans lequel a été trouvé sa chambre pour bien moins que ça. Je gage que si les rôles étaient inversés, nous n’aurions pas eu droit aux mêmes égards que nous offrons ici à sa famille. »
Le ton était calme, mais dans les yeux de la Main brûlait une rage qu’il ne contrôlait qu’au prix d’efforts continus. Ils osaient faire des pieds et des mains, contourner les questions, s’ils l’avaient pu ils l’auraient probablement accusé d’avoir inventé cet empoisonnement uniquement pour le plaisir de les retenir ! Et ils étaient là, à éructer sur ces détails quand on leur demandait simplement de répondre à des questions… Fallait-il insister sur le fait que partir au lendemain de la cérémonie, même pour les Arryn, était plus que précipité ? Sur l’importance d’interroger ceux qui étaient proches des ennemis de la Couronne ? Valyron l’avait fait, et certainement d’une manière bien plus polie que le Baratheon ne l’aurait fait lui-même. Il aurait sans doute été plus sage de continuer sur le ton de l’apaisement, mais il n’avait pas la patience de le faire, pas aujourd’hui, et ils avaient encore une fois prouvé qu’ils ne méritaient pas une once de bienveillance, étant donné leur réaction emplie d’orgueil. Aussi, Robb se leva et se posta à la tête de la table où tous étaient attablés, il était temps que ces Faucon emplis d’orgueil apprennent l’humilité, ils n’étaient plus rois, ne le seraient plus jamais, et s’ils voulaient garder leur place, mieux valait pour eux qu’ils cessent là leur comédie du plus mauvais goût.

« Maintenant que vous avez pu contenter votre honneur en protestant contre les conditions effroyables dans lesquelles vous avez été retenus, et que vous avez insisté comme il se fallait sur l’honorabilité sans faille de votre cher cousin aux intentions si nobles, alors que vous êtes certainement tous au courant de ses intentions indépendantistes, je ne saurais que trop vous conseiller d’écouter attentivement ce qui va suivre… Lady Roslinn, votre présence ici n’était qu’une attention polie, supposant que vous ne voudriez pas être séparée de votre mari. Si je me suis trompé à ce sujet, je vous en prie, courez rejoindre votre frère et attendez que nous ayons terminé, nous verrons ensuite s’il n’est pas d’accord avec ce qui va bientôt prendre place. »

Robb attendit quelques secondes que l’intéressée fasse son choix, avant de passer une main le long de son visage. Ils tenaient tant à être des victimes qu’il aurait été impoli de ne pas leur accorder ce souhait, la curée pouvait commencer.

« Laissez-moi vous rappeler que vous n’êtes pas maîtres en ces lieux, et que vous n’avez aucun, et j’insiste bien sur ce mot, aucun droit d’exiger une quelconque information sur un événement où vous clamez haut et fort n’avoir aucune implication. Vous n’aurez aucune information sur le nom du Mestre qui a désigné le Nord, pas plus que vous ne connaîtrez ce qui a été mis en place pour vérifier ses dires. Vous n’êtes pas juges ici, pas plus que vous n’êtes accusés, dans cette affaire là tout du moins. L’ancienneté de votre nom ne fait pas de vous les seules personnes qui sont honorables ici, par les Dieux ! Et l’honneur, justement, ne devrait-il pas vous pousser à coopérer pleinement à découvrir l’auteur d’un acte aussi odieux plutôt que de jouer aux effarouchés d’un traitement qui se veut on ne peut plus adapté à votre position ? Vous n’avez été ni emprisonnés, ni maltraités, ni accusés à tort, et pourtant vous continuez à jouer aux prisonniers là où tout prisonnier réel tuerait pour le traitement qui vous est octroyé ! Vous êtes des vassaux de la Couronne, et le crime qui nous occupe la touche directement, et pourtant vous vous contentez de rester sur la défensive, de protéger un cousin qui se détourne chaque jour un peu plus de ses suzerains légitime, et, pire, de couvrir la malveillance dont l’un des vôtres, au moins, a fait preuve.»

Délaissant la table pour faire quelques pas dans la pièce, le Cerf observa un bref les deux gardes royaux attendant, fixes, d’éxécuter les ordres qui leur avaient été donnés avant d’entrer dans la pièce. Il aurait pu se contenter de ses propres hommes, ou de gardes Targaryen, mais il voulait envoyer un message, aux Arryn comme aux autres Maisons : tant qu’il serait Régent, tant qu’il serait Main, aucun manque de respect à la Couronne ne serait toléré, et certainement pas de la part de ceux qui étaient sensés diriger une région au nom du Roi.

« Puisque vous vouliez des faits, puisque vous vouliez tant savoir pourquoi vous êtes ici, vous allez obtenir ce que vous voulez. Et soyez assuré que dans la décision qui sera prise, votre manque de coopération, et le fait que vous ayez tenté de cacher des informations sera pris en compte. »

Il se tourna de nouveau vers les personnes attablées, les mains croisées derrière son dos. Laissant plâner un silence de circonstance, Robb finit par éclaircir la raison de la présence des Arryn dans cette pièce.

« Le Nord veut son indépendance, c’est un fait, et la raison pour laquelle je crois probable la révélation du Mestre quant à leur implication dans le meurtre de mes héritiers et l’empoisonnement de ma femme. Vous êtes leurs cousins, comme vous aimez tant à le rappeler, et par là-même il aurait été possible que vous soyez au courant de certaines choses que nous ignorions. Ce fait simplement justifiait amplement qu’il vous soit demandé de rester pour répondre à d’autres questions, comme je l’ai demandé à Lord Tyvaros. Mais celui-ci m’a fait part d’une révélation encore plus intrigante, qui a rendu l’implication de votre famille peut-être plus directe, ce qui reste encore à prouver, je vous l’accorde. La révélation en question, elle, ne l’est pas du tout, et tous ici le savez très bien, même si vous avez décidé de le cacher. Car le Nord n’est pas le seul de vos cousin qui désire l’indépendance, n’est-ce pas, Lord Arryn ?

D’un coup sec, Robb frappa du poing sur la table. Les cartes étaient révélées, et leur mention avait réveillé en lui la colère qu’il avait contenue jusqu’à présent. Les mots qui suivirent furent presque craché à leur visage à tous, eux qui confondaient Honneur et Orgueil, eux qui se croyaient au dessus des autres dans leurs maudites montagnes, elle, qui peut-être, avait contribué à empoisonner l’amour de sa vie.

« Il y en a une autre qui n’a pas hésité à appeler publiquement à la sédition, alors même que la cérémonie d’allégeance venait d’être interrompue par l’agonie de Lady Baratheon. Une autre qui n’a pas hésité à faire fi de la tragédie qui s’était jouée sous ses yeux, profitant de la situation pour vous appeler vous, et probablement tout ceux qui pouvaient l’entendre à renier au Roi son droit légitime à votre allégeance, avec les conséquences que nous connaissons tous deux ! Et tous ici, vous étiez présents, et avez été témoin de cet acte ! Et maintenant, malgré votre Honneur soit-disant tout puissant, malgré votre allégeance renouvelée, vous couvrez un acte de trahison?! »

Robb se redressa de toute sa hauteur, et d’un geste appela les deux chevaliers à le rejoindre, ce qu’ils firent, la main sur la garde de leur épée. Alors seulement, il reprit un calme tout relatif, avant de poursuivre.

« Car l’appel à la sédition, surtout en public, et encore plus le jour du mariage du Roi, est bel et bien de la trahison, Lady Catelyn, avec toutes les conséquences qu’elle entraîne. Sur cette base, il est aussi possible que vous souteniez l’action de votre cousin Stark, et que sur ses ordres, puisque le Nord est accusé, vous ayez pris une part active dans l’attentat commis contre ma Maison, et par conséquent contre la Régence et donc la Couronne.

Je pourrais également tous vous faire accuser de complicité pour avoir caché ce fait alors que vous avez été directement questionné, mais par respect pour votre nom et votre Maison, je mettrai la chose sur le compte de l’amour que vous éprouvez tous pour votre famille, et un aveuglement passager. Et enfin, si vous vouliez tenter de nier les faits... »


Détournant le regard vers le Maître des Chuchoteurs, Robb lui demanda simplement :

« Quels étaient les mots exacts prononcés par l’accusée, monseigneur ? »

Codage par Libella sur Graphiorum
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port Réal, Couronnement.
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Sam 16 Déc 2017 - 20:17

L'Honneur
au pays des dragons




« Je ne dispose pas de la liberté de commenter une enquête en cours, Dame Catelyn. Encore moins d’en communiquer des éléments. »

« Mon Seigneur… Il serait maintenant intéressant, afin que la discussion soit fructueuse, d’exposer les preuves concrètes que vous semblez disposer contre nous pour nous détenir enfermés ici… »




Ses yeux ne purent s’empêcher de chercher le long profil de Roslinn. D’ordinaire si calme, et si posée d’apparence, elle ne le connaissait que trop bien pour ne pas percer la menace sourde de ses mots. Le Chuchoteur s’amusait d’eux comme un enfant joue avec les fourmis. Les observant tenter de trouver leur chemin, se défendre avant de les charcuter ou de doucement les nettoyer. Juste pour voir. Juste pour voir comment elle est, cette mort lente et agonisante. Et la Rose est fidèle à elle-même d’une douceur saisissante, terrible. Elle pouvait se permettre ce qu’ici personne ne pouvait : jouer. Les positions de ses frères étaient trop hautes, trop illustres, pour qu’on puisse faire d’elle une proie réelle. Sa présence d’ailleurs ne devait avoir but que de les endormir, les sommer dans leurs défenses. Malheureusement, ils ne savaient pas à qui ils avaient à faire. Les trois Faucons azurés n’étaient peut-être pas toujours du même avis, et peut-être que les jours d’antan avaient fait place à des blessures et des querelles, mais toujours ils seraient comme le poing d’une main. Le Val d’Arryn était plus fort que leurs simagrées, leurs jalousies et leurs désirs. Il représentait leur unité et jamais ils ne s’abaisseraient devant ceux qui voulaient les menacer. 


« Fort bien. Je vous remercie pour votre collaboration. Laissez-moi faire la lumière sur un malentendu, messeigneurs et mesdames. Il n’est pas pour objectif aujourd'hui de vous accuser de collusion ou de complicité dans cette tragédie qui a frappé Rohanna Baratheon. Si c’était le cas, vous pouvez faire confiance à la Justice du Roi et à ses dévoués serviteurs : vous ne seriez pas dans cette pièce avec un buffet à disposition. »



Ses paupières se baissent vers ledit buffet, d’aucun n’y avait touché. D’ailleurs, le serpent et le régent s’étaient bien gardés de s’y égarer également. Les heures avaient passé, mais rien n’avait été entamé. Seul un fou ne l’aurait pas remarqué… Tout comme, seul un fou, se serait rassuré des paroles de Valyron. Ils étaient dans les mains des dévoués serviteurs de la justice du Roi, simplement l’aiguille du destin n’avait pas encore choisi sa victime. Ses victimes car peut-être disparaitraient-ils tous pour mettre une nouvelle tête sur les Eyrié. Aveuglés par leur haine et n’écoutant qu’elle, ils étaient capables de tout. Catelyn ne se faisait aucune illusion là-dessus. Non, ils étaient bien inquiétés. Martyn. Etaine. Elle-même.

« Si vous souhaitez partir, la porte est ouverte. »

L’aiguille finirait bien par s’arrêter sur l’un d’eux. Immobile, de glace, elle sentait les affres de sa fortune se serrer autour d’elle. Lents, ils sont comme des lianes grasses et rampantes. A leur instar, ils viennent glisser sur sa peau, s’infiltrer dans chacune de ses respirations… Il lui est difficile de ne pas regarder la porte, toujours fermée. Il lui est dur de ne pas penser à Jorelle qui doit se sentir triste, seule et perdue. Leandra est-elle déjà prévenue de leur malheur? Probablement. Quant au corbeau, il doit déjà voler de toutes ses forces, agréant d’y laisser sa vie. Derrière cette porte… au loin, son fils. Qui prendrait soin de lui si elle ne devait jamais revenir de Port-Réal? Elle savait son père robuste, fort, et d’une volonté sans faille. S’il le devait, il vivrait encore de nombreuses années pour parfaire à son éducation. Or, l’onde était opaque. Imprévisible. Un poison était rapide et sans auteur, la Couronne se détournerait de cet assassinat qu’on aurait tôt fait de catégoriser comme « une malheureuse tragédie ». L’enfant serait oublié. La traitrise inventée des Arryn, saignée jusqu’à l’os. Ses nasales vibrent. Elle ne comprenait pas encore, elle ne savait pas encore, la haine qui viendrait se loger en son coeur pour la personne qui la séparerait de sa chair.

« Mais croyez bien qu’il sera noté votre absence de collaboration dans cette enquête que d’aucuns pourraient alors trouver louche. »

Bien évidemment. S’accordant cette bravade, ses yeux céruléens se lèvent vers ceux de l’assistant du bourreau. Graves, perlent en eux quelques lamentations Andals, dont le sens n’est gardé désormais que par quelques élites. Gardienne de ces maux, elle n’attends plus ce qui viendra. Elle laisse venir à elle le futur ; celui qui un jour avait osé profaner leur nom serait châtié. Morte ou vive, elle assisterait à ce jour avec un sourire satisfait.

« Monseigneur le Protecteur du Royaume m’a demandé de résoudre cette affaire. J’ai pour cela besoin votre coopération. Si j’ai agi aussi vite, c’est que le temps nous était compté avant votre départ. Si c’est cela qui vous a causé tant de troubles, je vous présente mes plus sincères excuses. Mais mettez-vous à ma place, ou plutôt à celle de Robart Baratheon ici présent. Surtout vous, messieurs. Qu’auriez-vous fait si l’on avait ainsi empoisonné votre femme, lors d’un jour aussi sacré, et que le coupable – ou son complice – se cache parmi vos invités. Comment auriez-vous réagi? N’auriez-vous pas tout fait pour faire la lumière sur cette histoire? »


Complice. Compère. Il parle tant qu’il pourrait s’y mordre sa langue fourchue. Ici, il n’y a aucun enfants. Ici, tous ont vécu ce que cet homme n’aura jamais le courage d’affronter, leurs propres peurs et leurs spectres. Sa rhétorique était simple, indigne de son rang et des étoffes qui cachaient son corps de vers… Poser son regard sur lui, était dégradant. Or, elle voulait regarder dans les yeux celui qui était messager de la Mort. Elle ne voulait pas en avoir peur.



« Oh, nous savons tous comment le Seigneur du Val aurait réagi, étant donné l’état dans lequel a été trouvé sa chambre pour bien moins que ça. Je gage que si les rôles étaient inversés, nous n’aurions pas eu droit aux mêmes égards que nous offrons ici à sa famille. »


Tapie dans l’ombre des tentures, sa voix s’élève. Cinglante, criarde d’amertumes. Elle ne savait pas de quoi il parlait… mais elle connaissait Martyn. Elle ne le connaissait que trop bien pour comprendre que s’il sortait de cette salle, sain et sauf, il ferait de sa vie une forteresse défensive contre les Baratheon et leurs sbires. Cet homme qui osait parler des manières ancestrales du Val quand sa propre branche ne remontait qu’à un bâtard de deux générations ! Non, ils n’auraient pas eu les mêmes égards car jamais le Nord ne leur aurait planté ce glaive dans les cotes ! La lune était bien plus bienveillante que le soleil, bien plus juste et limpide. Jamais l’Astre du Soir ne les aurait trahi, sa promesse était éternelle. Ses fidèles enfants étaient pareils. 



« Maintenant que vous avez pu contenter votre honneur en protestant contre les conditions effroyables dans lesquelles vous avez été retenus, et que vous avez insisté comme il se fallait sur l’honorabilité sans faille de votre cher cousin aux intentions si nobles, alors que vous êtes certainement tous au courant de ses intentions indépendantistes, je ne saurais que trop vous conseiller d’écouter attentivement ce qui va suivre… Lady Roslinn, votre présence ici n’était qu’une attention polie, supposant que vous ne voudriez pas être séparée de votre mari. Si je me suis trompé à ce sujet, je vous en prie, courez rejoindre votre frère et attendez que nous ayons terminé, nous verrons ensuite s’il n’est pas d’accord avec ce qui va bientôt prendre place. »



Le gong est fort. Il vient de la terre même, indicible. Elle ressent sa secousse et ses paumes viennent toutes deux se poser respectivement sur les mains de la Rose et de la Colombe. Au milieu d’elles, formant un pont. Robart Baratheon allait les anéantir, un par un. Sa femme n’était pas morte, mais quelque chose en lui l’était. Elle le voyait en son aura, une brume sombre et néfaste. Il avait soif de vengeance, injuste pu-t-elle être. Un malheureux aurait pu lui demander n’importe quel désir, qu’il l’exaucerait pour sa Belle. Avide de sang, d’horreur et cris. Il était un monstre pâle, jouant dangereux sur sa position précaire.

« Laissez-moi vous rappeler que vous n’êtes pas maîtres en ces lieux, et que vous n’avez aucun, et j’insiste bien sur ce mot, aucun droit d’exiger une quelconque information sur un événement où vous clamez haut et fort n’avoir aucune implication. Vous n’aurez aucune information sur le nom du Mestre qui a désigné le Nord, pas plus que vous ne connaîtrez ce qui a été mis en place pour vérifier ses dires. Vous n’êtes pas juges ici, pas plus que vous n’êtes accusés, dans cette affaire là tout du moins. L’ancienneté de votre nom ne fait pas de vous les seules personnes qui sont honorables ici, par les Dieux ! Et l’honneur, justement, ne devrait-il pas vous pousser à coopérer pleinement à découvrir l’auteur d’un acte aussi odieux plutôt que de jouer aux effarouchés d’un traitement qui se veut on ne peut plus adapté à votre position? Vous n’avez été ni emprisonnés, ni maltraités, ni accusés à tort, et pourtant vous continuez à jouer aux prisonniers là où tout prisonnier réel tuerait pour le traitement qui vous est octroyé ! Vous êtes des vassaux de la Couronne, et le crime qui nous occupe la touche directement, et pourtant vous vous contentez de rester sur la défensive, de protéger un cousin qui se détourne chaque jour un peu plus de ses suzerains légitime, et, pire, de couvrir la malveillance dont l’un des vôtres, au moins, a fait preuve. »



Ces mots étaient une avalanche de pierres saillantes. Coupantes et acerbes, plus fausses les unes que les autres. C’était parler à un mur sans âme et sans recueils de songes. A se demander comment la noble Alyssa aurait réagi face à tant de bassesses. La mort semblait quelque chose de bien plus doux, de bien plus agréable que cette verminerie. 


« Puisque vous vouliez des faits, puisque vous vouliez tant savoir pourquoi vous êtes ici, vous allez obtenir ce que vous voulez. Et soyez assuré que dans la décision qui sera prise, votre manque de coopération, et le fait que vous ayez tenté de cacher des informations sera pris en compte. »

Leur manque de coopération? LEUR MANQUE DE COOPERATION? La Couronne attendait donc d’eux qu’ils mentent et se parjurent entre-eux? Ah !, qu’il était beau ce royaume pour qui tant d’hommes étaient morts. On pouvait bien les pleurer encore et encore, les ancolies ne fleuriraient plus ! Ce sol était devenu sec, infertile et infécond. Les Dragons avaient brûlé jusque dans les entrailles de la Mère. Ils voulaient des mensonges? Ils voulaient des mensonges ! Alors, sur son honneur, elle ne les servirait jamais. Son père pourrait bien la pleurer, il pourrait bien venir cracher sur sa tombe toute sa tristesse incompréhensive -lui qui avait tant adulé les Targaryen- mais jamais elle ne s’abaisserait à ça. Elle n’était pas de cette vermine qui pouvait faire quelques trahisons pour obtenir ce qu’elle désirait, ou pour contrer ses peurs. Elle n’était pas de ce sang faible et répugnant.

« Le Nord veut son indépendance, c’est un fait, et la raison pour laquelle je crois probable la révélation du Mestre quant à leur implication dans le meurtre de mes héritiers et l’empoisonnement de ma femme. Vous êtes leurs cousins, comme vous aimez tant à le rappeler, et par là-même il aurait été possible que vous soyez au courant de certaines choses que nous ignorions. Ce fait simplement justifiait amplement qu’il vous soit demandé de rester pour répondre à d’autres questions, comme je l’ai demandé à Lord Tyvaros. Mais celui-ci m’a fait part d’une révélation encore plus intrigante, qui a rendu l’implication de votre famille peut-être plus directe, ce qui reste encore à prouver, je vous l’accorde. La révélation en question, elle, ne l’est pas du tout, et tous ici le savez très bien, même si vous avez décidé de le cacher. Car le Nord n’est pas le seul de vos cousin qui désire l’indépendance, n’est-ce pas, Lord Arryn? »



Son visage se clos, il se ferme et se contracte. Là. Là, elle l’avait toujours su. Elle ne sortirait pas indemne de cette rencontre. Ses mains s’alourdissent sur celles de ses cousines. Elle tente de sentir leur chaleur, de les faire communier. Dans quelques instants, elle serait condamnée. Elle l’était déjà. Ils ne la regardent pas, mais elle cherche le regard de ses frères. Qu’ils ne disent rien ! Qu’il se taisent ! Si pour sauver les siens, et le Val tout entier, elle devait revêtir jusqu’aux insidieux mensonges d’Etat, elle le ferait. Son coeur était trop pur, il battait trop fort et trop vite pour ce monde. Elle l’avait toujours su. Quand la mode du monde était au feu, elle était née couronné par les rayons de l’Astre lunaire. Ce n’était pas grave. Sa naissance n’était pas vaine, un jour le Val renaitrait. Un jour, ses oriflammes sauveraient ce monde de l’hérésie mortuaire qui le condamnait doucement.

« Il y en a une autre qui n’a pas hésité à appeler publiquement à la sédition, alors même que la cérémonie d’allégeance venait d’être interrompue par l’agonie de Lady Baratheon. Une autre qui n’a pas hésité à faire fi de la tragédie qui s’était jouée sous ses yeux, profitant de la situation pour vous appeler vous, et probablement tout ceux qui pouvaient l’entendre à renier au Roi son droit légitime à votre allégeance, avec les conséquences que nous connaissons tous deux ! Et tous ici, vous étiez présents, et avez été témoin de cet acte ! Et maintenant, malgré votre Honneur soit-disant tout puissant, malgré votre allégeance renouvelée, vous couvrez un acte de trahison?! »



Ses mains se soulèvent des corps de Roslinn et Etaine. S’attardant un peu plus sur le corps de cette dernière. Elle serait la dernière femme de cette famille, un lourd poids l’attendait. Un poids auquel on ne l’avait pas préparé, trop Nordienne, trop Dornienne. Or, il n’était plus de son choix désormais : elle devrait se plier aux exigences de ce fait… Jace la regarde, ses yeux sont brulants. Il aimerait traverser cette pièce et protéger celle qui n’a jamais voulu l’être. Il voudrait qu’elle soit encore cette enfant qui l’ennuyait tout autant qu’elle l’attirait. Il voudrait pouvoir la sauver, mais il reste froid et lointain. Les quelques mètres qui les séparent sont un gouffre. Elle lui sourit, les yeux humides, il devait lui faire confiance. Elle s’en sortirait, même sous le joug de la mort elle s’en sortirait. 


La main de Robb est sèche et sans appel. Sa fureur est mortelle, sa colère générale. Alors qu’il semble tenter de dominer ses humeurs et ses biles noires, Catelyn murmure à qui peut l’entendre ; « prenez soin de mon fils, de ce monde il est innocent. »

« Car l’appel à la sédition, surtout en public, et encore plus le jour du mariage du Roi, est bel et bien de la trahison, Lady Catelyn, avec toutes les conséquences qu’elle entraîne. Sur cette base, il est aussi possible que vous souteniez l’action de votre cousin Stark, et que sur ses ordres, puisque le Nord est accusé, vous ayez pris une part active dans l’attentat commis contre ma Maison, et par conséquent contre la Régence et donc la Couronne. Je pourrais également tous vous faire accuser de complicité pour avoir caché ce fait alors que vous avez été directement questionné, mais par respect pour votre nom et votre Maison, je mettrai la chose sur le compte de l’amour que vous éprouvez tous pour votre famille, et un aveuglement passager. Et enfin, si vous vouliez tenter de nier les faits... »



De toute sa splendeur, elle se lève. Elle continue de maintenir le regard de son époux, elle y voit son père. Elle y voit toute cette vie qu’elle chérie tant, celle pour laquelle elle n’a jamais eu peur de trop vivre. Dans quelques moments, dans quelques mots, elle coupera tout ce passé. Elle entendra les lourdes portes des montagnes se fermer et les archers lever leurs flammes blanches. La Lune serait noire, une nuit sans lumière. Là, serait son tombeau.

« Quels étaient les mots exacts prononcés par l’accusée, monseigneur? »



Le serpent inspire, le serpent fulmine ! Aaaah enfin, enfin, il va pouvoir dire ce qu’il attend depuis des heures ! Et déjà, sans attendre que son maitre lui lance récompense de chair, il glapis ces mots. Ses mots. Ne fais pas ça…



« Ployer, c’est mourir. »



C’est un accord parfait avec la voix du Chuchoteur. Et elle le toise de toute se grandeur, il n’y a aucune fierté, aucune supériorité, juste un fait. Catelyn Arryn était la descendante des Rois de la Montagne, c’était inscrit dans chacun de ses pores. Transpirant d’une lumière argentée, une magie ancienne et perdue. La lumière des siens illuminait son être, même dans les ténèbres les plus obscurs. Elle se tenait droite, stoïque et les sens décuplés devant ceux qui voulaient voir sa tête sur une pique de bois. Ses doigts viennent caresser son cou nu, son médaillon de naissance portera son dernier coup. C’étaient eux qui le souhaitaient, pas elle ! Elle ne souhaitait plus la mort, elle ne souhaitait rien d’autre que la paix. Une vraie paix, pas une où certains devraient s’entraver pour la jouissance d’autrui. Une main de fer s’impose entre l’inquiétée et le juge, au jugement déjà décidé. Elle pourrait se battre, se défendre, s’agiter, tenter de voler. Il la déchiquetterait. C’est ce qu’il voulait. Tous les hommes de bas-étage aimait à voir les grands battus entre leurs mains, cela leur concédait un pouvoir qu’il n’avait pas. Cela leur faisait croire que tous leurs chimères et rêves étaient possibles et se réaliseraient. Soit. Elle lui accordait cette fantaisie, bien trop commune pour elle.



« Tant qu'ils veulent les têtes de nos familles sur des piques, nous ne devons jamais nous rendre ! Sans victoire, aucune survie n'est possible. » Sa voix est un murmure. L’ondine des jours de printemps, celle qui parcoure les grandes rivières pour réveiller les fées de leurs siestes séculaires. Elle danse, elle s’entremêle au réveil de cette terre ancestral. Au gong du Cerf réponds l’envoutant son de la harpe. 

« Nous devons nous protéger de ceux qui nous veulent du mal. Nous devons nous protéger de ceux qui veulent anéantir notre famille. »



Et le murmure enfle, elle se souvient de cette fièvre qui l’avait consumée la veille. Elle n’était pas encore froide, elle n’était pas encore éteinte. Ses yeux grandissent, se laissent bercer des larmes d’une cascade bien connue. Elle le pensait encore, la prix de leur allégeance : la vie d’Etaine, le vie de Freyja et bientôt la sienne. Elle n’était pas un homme, elle n’avait pas les privilèges de se battre. Ce n’était pas pour autant qu’elle devait rester passive et aveugle à la politique du Royaume. On disait la femme du Régent, retirée des affaires de la Cour et de ses commérages. Catelyn n’était pas de ces femmes qui se complaisaient dans l’ombre de leur demeure ! Chaque jour, l’air rare et violent des Monts Arryn lui avaient donné une force féline. Il voulait la traquer, elle serait leur lynx. 



« Si j’étais votre proie, messeigneurs, il fallait me le dire. Je me serai rendue à votre merci comme je m’y rends maintenant. Ma famille n'avait pas être inquiétée. »



Ses doigts s’attardent encore sur sa peau translucide, la marquant de quelques rougeurs. Elle ne répondrait pas à leurs questions, elle irait par leurs devants. Elle regardait sa vie, elle était fatiguée. Toujours, elle avait vécu pour les autres : son père, Martyn, Etaine… le Val. Elle vivrait, brièvement, pour elle désormais. Elle avait caché à sa famille ô combien elle avait supporté les forces rebelles. Encourageant Rhaenys à trahir Jorah et reprendre le trône qui lui revenait de droit, lui promettant qu’elle serait toujours à ses côtés, et ceux de son frère. C’était vrai, quelque part… Ce n’est pas la guerre qu’elle désirait, c’était la reconnaissance du Val. Le sortir de l’obscurité où on l’avait expédié. Elle aurait pu se défendre par cette royale carte, étrangement elle était certaine que Rhaenys l’aurait sauvée. Tout simplement parce qu’il était impossible qu’elle croit réellement que son ancien époux, son ancien peuple, soit derrière cet acte barbare. Sans foi, ni loi.
Or, elle faisait un autre choix. Jamais elle ne pourrait avouer devant Martyn, devant Jace, devant son père, que toutes ces années où ils se battaient avec bravoure, elle ne priait que pour leurs ennemis mortels. Brulant sur la rivière quelques ronces pour Maegor, que les habitants des fonds l’étouffent de leurs tentacules ! Catelyn aurait été à la place de Roslinn, la Suzeraine qu’elle aurait toujours du être, le Val serait du côté des vainqueurs, de la place la plus honorifique. Non parce qu’elle était le camp des gagnants, mais des justes et des braves. 



« Messeigneurs, je ne vous demande pas de me comprendre. Je ne vous demande pas même de m’écouter, mais que ma langue m’étouffe si je mens. Par les Sept et les Anciens Dieux, qu’elle m’étouffe au moment où je prêcherai mensonge ! »



Sa paume, était sur son coeur battant d’une mesure jusqu’alors inconnue. Ses yeux sont fermés, plongés dans leurs propres ténèbres. Elle ravale les larmes indésirables, indésirées. Elle ne pouvait plus reculer désormais, il fallait qu’elle continue d’écouter les Muses de ses songes. Les diablesses, les enchanteresses qui lui murmuraient leurs désarrois et leurs rêves. Elle n’était pas la seule dont les chimères étaient traites ! Les autres les taisaient juste, mentant à la royauté pour mieux engendrer leur venin. C’étaient les plus dangereux.



« Trop longtemps, le Val est resté silencieux. Trop longtemps depuis un certain Jugement… Notre monde s’est effondré. Nous qui ne vivons que pour un Code, compris de nous seuls, il s’est désintégré en nos propres mains. Aujourd'hui, le Val est déchiré entre Lord Maryn et Dame Etaine. Quand, le jour du Couronnement, les Stark n'étaient pas là… il était clair que notre région serait un champs de braise. Cette poudre sommeillante s'embraserait. Toutes les Maisons du Val sont liées au Nord ! Si nous ployons le genou ce jour, une guerre doublement fratricide n’attendrait pas notre retour. Veuillez me pardonner si je me trompe, mais nul d’entre vous n’est venu en nos montagnes reculées. Les Valois sont des hommes braves, courageux, vrais à leurs coeurs, ils ne reculent devant rien… pour seulement qu’ils sont certain de garder la flamme de notre Honneur. »



Elle marque une pause. Douloureuse. Elle est tout aussi certaine que ces hommes ne voudront pas comprendre, pas entendre, ô combien les Valois sont des êtres bien loin des autres ! 


« Je veux un monde plus juste. Un monde où il n’est pas nécessaire de ployer genou sous conditions. Vous nous avez accueilli en cette demeure, vous nous avez accordé les honneurs nécessaires, mais ce n’est seulement ce que la politesse aristocratique exige. Nous sommes toujours vus comme des parias. Or, paria nous ne le sommes pas ! Jamais, jamais, nous n’avons apporté avec nous un quelconque poison ; ni en nos mains, ni en nos coeurs. Nous sommes venus, ici dans la gueule béante du dragon, sans défenses et sans alliés. Tous les héritiers des Rois de la Montagne sont dans cette pièce. Comment pouvez croire que nos intentions étaient mauvaises? C’est déjà ne pas nous respecter que cette méfiance terrible… »



Un sourire désespéré vient danser sur ses lèvres.



« J’ai été élevée dans la vénération des Targaryen, il est su de tous que mon père est celui qui a permis que le Val soit conquis sans verser une goutte de sang. A l’époque du frère de votre grand-père, Lord Baratheon, on parlait d'unification et de faire de tous nos royaumes une force égale. Un monde juste, un monde droit, un monde meilleur. Dites-moi en quoi il a été meilleur pour les miens? Dites-moi que nous avons eu le droit de garder nos coutumes et nos croyances, qu’elles n’ont pas été brimées ! Aujourd’hui, nous sommes perdus, vus comme d’anciens traites parce que nous avons respecté un premier serment d’allégeance. Obligés de vendre les nôtres, pour assouvir le besoin que vous avez de vous sentir supérieur ! Je n’ai pas peur de dire que je suis contre cela et que je trouve indigne de devoir vous remettre cette pauvre enfant sur cet autel du sacrifice. Prêter allégeance, en ce jour, c’était nous demander de nous retourner contre notre propre famille, d'assassiner les nôtres… et les visages de nos pères. Accepter de ne plus jamais prier nos ancêtres. Je ne le peux pas, je ne le peux pas ! Savez-vous pourquoi Freyja est pupille aux Eyrié? Avez-vous cherché à le savoir? C’est pour honorer la mémoire de notre défunte tante, dont les larmes sont encore écho de nos murs. Une promesse faite à une morte pour qu'elle puisse trouver le repos qu'elle n'avait pas eu de son vivant. Oui, je l’avoue : je n’ai aucune déférence pour l’homme qui sait se retourner contre son propre sang, qu’il soit noble ou non. Aussi je ne pouvais accepter regarder le Val prêter serment, et ce quand bien le Nord n'est que folie ! »



Sa voix tremble sur ces derniers mots, c’était une flèche décochée à Martyn, à Etaine, à elle-même. Ne l’avait-elle pas fait quand elle avait accepté la mort d’Eoden? Elle s’était dit qu’il lui fallait choisir entre ces deux deux hommes, tous deux ses cousins, mais c’était faux. Elle aurait pu empêcher ce Duel, elle s’était juste délectée de voir le pouvoir de Martyn affaibli. S’avançant face à au Régent, interdite, elle présente ses poignets serrés, paumes ouvertes.



« Je n’ignore pas mes crimes. Je m'en remets à votre justice. »

Ne meurent que ceux qui ont vécu.

lumos maxima

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Dim 17 Déc 2017 - 21:49


La patience du seigneur des Eyrié commençait à fondre comme neige au soleil. Martyn se retint de justesse de lever les yeux au ciel alors que le serpent le reprenait sur sa déclaration. Il s'amusait énormément ce parvenu ! Ex-épouse... ! Quand bien même elle était celle d'un autre à présent, un jour elle avait tout de même été une Stark. Il était évident que le Maître des Chuchoteurs prenait un malin plaisir à se faire remarquer, pour une fois qu'il pouvait agir en plein jour avec l'appui du trône. Il hocha la tête en signe d'assentiment, inutile d'énerver cet énergumène plus qu'il ne l'était déjà. Car malgré sa froideur, il pouvait sentir que l'autre n'avait guère de patience. Mais plus le temps passait et plus il se demandait ce qu'il faisait dans cette pièce. Ces chiens n'avaient aucune morale, aucun honneur. Comme il s'était fourvoyé en faisant confiance à la Main du Roi, en osant penser que cet individu ferait passer le Royaume avant ses intérêts personnels ! Il resta assis alors que le serpent leur proposait de partir... enfin, presque, sous condition, et sous menace. Comme si cela était nécessaire ! Il avait juré d'aider à éclaircir le mystère de l'empoisonnement et il le ferait. Si seulement ces autres ne le prenaient pas de si haut !

« Une simple requête aurait été suffisante et bien plus courtoise qu'une escouade de gardes. Et cela aurait évité que nous vous posions ces questions gênantes sur la raison de notre présence en ce lieu. »

De plus on les accusait de ne pas vouloir collaborer, alors qu'il ne faisait que cela depuis la veille ! Fallait-il qu'il lèche le sol à leurs pieds en plus de se mettre à genoux ? A mesure que Robb parlait, Martyn se redressait sur son siège, pour finir par regarder le Baratheon dans les yeux. Il garda le silence mais son regard état aussi glacial que les pics enneigés du Val .

Mais voici maintenant qu'il accusait Catelyn de sédition ! Quel rapport cela avait-il avec l'empoisonnement de son épouse ?! Tous les prétextes étaient bons pour passer sa colère, apparemment. Et une fois de plus, à la Cour, les Arryn faisaient les frais de complots royaux. Que n'avait-il suivi les traces de Jorah ! Là au moins ces accusation seraient justifiées ! Il était outragé que l'on puisse penser un membre de sa famille capable d'empoisonner une innocente et de tuer ses enfants. Martyn restait assis sur son siège, trop incertain sur ce qu'il ferait s'il s'autorisait à bouger. Peut-être trancher la gorge à la Main, pour avoir osé proférer de telles paroles. Et s'il fallait passer outre les gardes royaux pour cela... Il n'était pas un si mauvais bretteur que cela. Lady Roslinn serait en danger par contre, de même qu'Etaine et Catelyn. Il ne pouvait se le permettre, malheureusement. Sans doute était-ce là un des desseins de ces intrigants. Mais avant qu'il n'ait eu l'occasion de défendre sa cousine, elle le fit elle-même.

Quoi que défense ne soit pas le mot adéquat pour le discours qu'elle tint à la Main et à son compère. Le Suzerain du Val regarda Catelyn alors qu'elle avouait sa trahison, et qu'elle tentait – vainement, certainement- de l'expliquer aux autorités. Ses yeux trahissaient la tristesse et la fierté qu'il ressentait pour elle au plus profond de son âme, car il savait qu'elle risquait sa vie en ce moment, et qu'il était possible qu'elle n'en réchappe pas. D'autant plus que le ton qu'elle employait n'était pas celui du repentir, et que ses propos ne trahissaient aucun remords. Non. Droite et juste jusqu'au bout, elle avoua son crime, celui d'avoir voulu sauver le Val de la déchirure. Il ne pouvait lui reprocher qu'une seule chose : avouer à ces hommes l'état de leur mère patrie, et la sellette sur laquelle il siégeait. Il ne doutait pas que le Cerf et le Serpent feraient bon usage de cette information. Il était fier d'elle, lui qui l'avait déçu de plus en plus ces derniers temps. Il était venu à Port-Réal pour rien il semblerait. Il n'avait pu protéger sa cousine des intrigues de cour comme il l'avait espéré. Ils la garderaient sans doute sous clé afin de s'assurer qu'elle file droit et lui aussi, par la même occasion. Ce qu'ils ignoraient c'était que la Dame avait toujours et serait toujours d'accord de se sacrifier pour sa patrie. Ainsi en allait-il des enfants du Val. Restait à voir si lui était prêt à la laisser faire ou non. Il ne voulait pas l'abandonner alors qu'il restait un espoir de la voir libérée ; mais à quel prix ? Il le saurait bien assez tôt, certainement.

Il tenta de revenir au sujet de cette réunion forcée, dans l'espoir, vain sans doute de ne pas s’appesantir sur le sort de Catelyn. Ramenant son regard vers la Main, ignorant les Manteaux Blancs comme s'il s'agissait de meubles, il s'adressa à leurs geôliers,

« Lady Catelyn n'a rien à voir avec cet empoisonnement, j'en suis convaincu. » Il ne nia pas la trahison, puisqu'elle en était coupable, il l'avait entendue aussi bien que les oiseaux du Chuchoteur. Malheureusement elle avait été entendue par d'autres dans les jardins. Martyn savait qu'il y a avait des oreilles partout, et Catelyn devait le savoir encore mieux que lui, elle qui était arrivée à Port-Réal avant lui. Que n'avait-elle tenu sa langue ! Il ne pouvait nier ce qu'il avait entendu, seulement en déplorer tardivement la sagesse. Restait à sauver ce qui pouvait l'être encore. « Si le contraire devait être avéré, je serais plus qu'heureux d'être débarrassé d'une vipère en mon sein, et vous en serais redevable. » Aucune demande de clémence pour Catelyn, c'était inutile et prématuré, tant qu'il n'y avait pas plus de précisions sur la sentence.

Il lui était difficile de masquer le dégoût qu'il ressentait pour la Main du Roi et le Maître des Chuchoteurs en cet instant ; il se força à se montrer aussi poli qu'il le pouvait, gardant un ton neutre, « Pour le reste... Si je connaissais le nom de celui qui a attenté à votre Maison, je vous le livrerais ; je serais venu vous avouer tout le complot si j'en avais eu vent, mais ce n'est pas le cas. Je n'étais même pas au courant du poison avant que vous ne me le révéliez. Je vous ai offert mon aide pour trouver le vrai coupable de l'attentat contre les vôtres, mais comment pourrais-je collaborer efficacement si vous refusez de nous en dire plus, si vous pensez les Arryn coupables et refusez d'écouter nos réponses ? » Ils y verraient sans doute un nouveau refus de coopérer, mais tant pis. C'était la stricte vérité. Ils n'avaient rien à voir dans cette affaire et Jorah certainement non plus. Il continua d'une voix égale,

« Je suis venu vous trouver hier en toute bonne foi, parce que je pensais que la paix était encore possible. Je vous ai offert un otage librement, dans cet espoir. Je vous ai proposé de me rendre moi ou ma soeur à Winterfell afin de tenter de négocier cette paix. Sachant que si Jorah venait à refuser j'aurais beaucoup à perdre. Et aujourd'hui, vous nous reprochez notre manque de collaboration ?! Vous nous accusez de complicité, alors que nous avons répondu à toutes vos questions ?! Que nous demandons des détails dans le but d'y voir clair et de vous aider ?! » Il lui était plus que difficile de ne pas cracher au visage de Robb. L'incrédulité devait s'entendre claierment dans ses propos.

L'empoisonnement était un prétexte pour les questionner, et les paroles de Catelyn, une preuve de leur culpabilité. Tout ce que ces rats désiraient c'était de mettre à bas la suzeraineté des Arryn. Il le sentait. Pourquoi s'était-il montré si naïf ?! Que leur prendrait-on de plus ?

HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Roslinn Arryn
VAL D'ARRYN
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mar 19 Déc 2017 - 23:06

L’ambiance dans la salle était pesante et lourde. Les Arryn n’étaient pas compris. Que dis-je, n’étaient pas entendus. Le maître des chuchoteur et Lord Baratheon entendaient, mais n’écoutaient pas. Cela aurait été pareil s’ils s’étaient mis à accuser sans les principaux intéressés. Les Arryns étaient pourtant là, bien présents par la contrainte puisque entourés de gardes armés, contrairement à ce qui leur était conté. Et avaient répondus aux questions qui leur avait été posées, comme ils se devaient. Et de surcroît, ils étaient accusés, encore une fois, de ne pas collaborer. Roslinn trouvait la situation ubuesque. Que voulait-ils ? Qu’ils avouent un crime dont ils n’étaient pas les auteurs ? La Rose se savait intouchable, ou presque, et pourtant son but premier n’était pas d’en jouer ou de le suggérer. Mais… Oh par tous les Dieux, ils allaient trop loin. Avec leurs mines circonflexes, leur regards inquisiteurs, leur ton hautain… Le pouvoir était une chose dont il fallait user avec parcimonie et ménagement. Et pour se rendre justice eux-mêmes, ils n’avaient trouvé d’autres solutions que de les enfermer entre quatre murs bien gardés et de clamer par la suite qu’ils étaient libres de s’en aller. Et de surcroit, les menacer par la suite que tout départ sera considéré comme refus de coopération. Et sans vergogne aucune ! Si ce n’était pas réel, Roslinn aurait éclaté de rire tellement la situation devenait irréelle.

« Lady Roslinn, votre présence ici n’était qu’une attention polie, supposant que vous ne voudriez pas être séparée de votre mari. Si je me suis trompé à ce sujet, je vous en prie, courez rejoindre votre frère et attendez que nous ayons terminé, nous verrons ensuite s’il n’est pas d’accord avec ce qui va bientôt prendre place. »

Robb semblait néanmoins oublier qu’il ne parlait pas à une jeune fille. Non. Il s’adressait à la Suzeraine du Val et tout ce qui en découlait… sœur du suzerain du Bief et sœur du membre du Conseil Restreint. Etant innocente, elle était donc intouchable et elle le savait. Tous le savaient ici. Mais nul besoin de soulever les foules. Non, la Rose n’appréciait pas les démonstrations publiques. La Rose était plus subtile, acerbe parfois, cinglante, peut-être.

« Ainsi je suppose que je vous dois des remerciements pour cette attention dont je semble pouvoir bénéficier… » elle marque une pause pour finalement répondre à la question de Robb Baratheon. Car oui, curieusement, les Arryn répondaient aux questions qui leur étaient posées. Quelle douce folie !

« Vous avez vu juste… J’espère que la clairvoyance dont vous semblez user pour cette question s’accroitra dans le cadre de votre enquête. Je resterai effectivement auprès du Suzerain du Val qui se trouve être de surcroit mon époux. Je rejoindrai mon frère plus tard, n’ayez crainte. Mais, poursuivez, je vous en prie... »

Toujours d’apparence calme, la Rose. Mais les épines étaient belles et bien là. Sans même s’y piquer, vous pouviez les voir, brillantes et aiguisées. Nul besoin donc d’essayer de vous y frotter. La Rose, elle ne souhaitait pas montrer que le comportement hautain de Lord Baratheon l’agaçait au plus haut point, non. La Rose, c’était la terrible douceur, la réfléchie, celle qui ramenait à la raison. Elle avait ressenti, dans l’atmosphère, une communion avec les siens. Avec ceux qui formait sa famille. Une unité dans l’adversité s’était révélée sans que ni Robb, ni Valyron puissent le percevoir. Une unité solide. Tout était dans le regard. Un regard profond qu’eux seuls pouvaient comprendre.

(…)

« Laissez-moi vous rappeler que vous n’êtes pas maîtres en ces lieux, et que vous n’avez aucun, et j’insiste bien sur ce mot, aucun droit d’exiger une quelconque information sur un événement où vous clamez haut et fort n’avoir aucune implication. »

Et bien qu’ils fassent leur enquête seuls. Puisque l’interrogatoire est à sens unique. Qu’ils inscrivent leurs conclusions puisque tout semble joué d’avance. Quelle était cette mascarade à laquelle ils assistaient ? Ils n’étaient pas maîtres en ces lieux, c’était un fait, mais ils avaient le droit de savoir ce qu’on leur reprochait. Qu’ils avancent enfin leurs preuves ! Si elles existaient véritablement.


« Si vous souhaitez partir, la porte est ouverte. » (…) « Mais croyez bien qu’il sera noté votre absence de collaboration dans cette enquête que d’aucuns pourraient alors trouver louche. » Le Valyron se moquait-il de nous ? ils disposaient des gardes, refermaient les portes derrière nous et venaient ensuite nous scander haut et fort que nous pouvions partir ? Quelques pâtés en croute et du vin n’arriveraient pas à faire disparaitre les armes aux mains des gardes.

« Puisque vous vouliez des faits, puisque vous vouliez tant savoir pourquoi vous êtes ici, vous allez obtenir ce que vous voulez. Et soyez assuré que dans la décision qui sera prise, votre manque de coopération, et le fait que vous ayez tenté de cacher des informations sera pris en compte. »

« Lord Baratheon, mon seigneur… permettez-moi de vous interrompre… Nous sommes là. » elle balaya sa main devant elle pointant les Arryn, paume vers le ciel. « Tous présents et de notre plein gré puisqu'il nous a été signalé la possibilité que nous avions de quitter les lieux, et pour autant… il n’en n’est rien et nous sommes tous bel et bien là. A vous écoutez attentivement. A répondre aux questions que vous nous soumettez. Ayez, je vous en prie, la courtoisie de ne pas parler d’un manque de coopération de notre part. »

Puis vint le discours de Catelyn. Eloquent. Habité. Elle l’écoutait et la Rose regardait droit devant elle. La Rose ne laissait aucune émotion transparaître, aucune.

Jamais, jamais, nous n’avons apporté avec nous un quelconque poison ; ni en nos mains, ni en nos coeurs. Nous sommes venus, ici dans la gueule béante du dragon, sans défenses et sans alliés.

Criant de vérité. Elle avait posé des mots sur ce que Roslinn pensait au fond d’elle.

« Je n’ignore pas mes crimes. Je m'en remets à votre justice. » Et lorsque Catelyn se leva et se dirigea vers le en tendant ses mains, elle orienta son regard vers elle. Et respira profondément.

Elle écouta le discours de son époux. Sans bouger. Sans réagir.

Un masque s’était niché sur son visage. Elle attendait. La suite. La tournure qu’allait prendre cette agréable réunion. Toujours assise la Rose, et maintenant impassible.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mer 20 Déc 2017 - 1:51

L’Honneur au pays des Dragons

ft.


















« Oh, nous savons tous comment le Seigneur du Val aurait réagi, étant donné l’état dans lequel a été trouvé sa chambre pour bien moins que ça. Je gage que si les rôles étaient inversés, nous n’aurions pas eu droit aux mêmes égards que nous offrons ici à sa famille. »

Aux premières paroles de la Main du Roi, Valyron se retint de peu de fermer les yeux d’appréhension. Le Protecteur réagissait comme il fallait, mais avec une véhémence telle qu’il ne l’aurait jamais imaginée. Le règne des Targaryen était encore frais, et on ne devait pas brusquer ainsi un seigneur suzerain. La voix du Cerf Couronné était empreinte d’une fureur dissimulée, un faux calme qui cachait la véritable colère du puissant seigneur, celui qui avait été touché dans sa chair.

« Maintenant que vous avez pu contenter votre honneur en protestant contre les conditions effroyables dans lesquelles vous avez été retenus, et que vous avez insisté comme il se fallait sur l’honorabilité sans faille de votre cher cousin aux intentions si nobles, alors que vous êtes certainement tous au courant de ses intentions indépendantistes, je ne saurais que trop vous conseiller d’écouter attentivement ce qui va suivre… Lady Roslinn, votre présence ici n’était qu’une attention polie, supposant que vous ne voudriez pas être séparée de votre mari. Si je me suis trompé à ce sujet, je vous en prie, courez rejoindre votre frère et attendez que nous ayons terminé, nous verrons ensuite s’il n’est pas d’accord avec ce qui va bientôt prendre place. »

Un ange passa. Les attentions se focalisèrent sur la Dame des Eyrés, la suzeraine du Val, la Fleur du Val. L’air calme, serein, elle plongea son regard de biche dans celui du Cerf Courroucé. Que de grands noms étaient ici représentés : Arryn, Baratheon et Tyrell. Etaine Arryn aurait dû porter le nom de Martell. Seuls Jace Rougefort et Valyron Tyvaros semblaient à bien des lieux de temps de grandeurs, tant de pouvoir et d’influence. Ces quelques personnes qui faisaient face au Protecteur et au Chuchoteur n’étaient pas les dirigeants du Val : ils étaient le Val d’Arryn, cette région montagneuse avec tous ses courants et ses aspirations. Tous étaient importants, capitaux, tous étaient des verrous de la stabilité de la terre andale.

« Ainsi je suppose que je vous dois des remerciements pour cette attention dont je semble pouvoir bénéficier… Vous avez vu juste… J’espère que la clairvoyance dont vous semblez user pour cette question s’accroitra dans le cadre de votre enquête. Je resterai effectivement auprès du Suzerain du Val qui se trouve être de surcroit mon époux. Je rejoindrai mon frère plus tard, n’ayez crainte. Mais, poursuivez, je vous en prie... »

Piquante, la Rose ne dévoilait pas toutes ses épines. Et pourtant, le seigneur de l’Orage semblait désormais en proie à une fureur que rien ne semblait pouvoir calmer. Ce dernier se passa une main sur le visage. Valyron ne connaissait que trop ce geste, pour l’avoir vu plusieurs fois au cours des derniers jours et parfois lors de séances de conseil restreint. Comprenant l’orage qui grondait à l’horizon, il entreprit de rassembler ses feuilles alors que la foudre s’abattait une première fois.

« Laissez-moi vous rappeler que vous n’êtes pas maîtres en ces lieux, et que vous n’avez aucun, et j’insiste bien sur ce mot, aucun droit d’exiger une quelconque information sur un événement où vous clamez haut et fort n’avoir aucune implication. Vous n’aurez aucune information sur le nom du Mestre qui a désigné le Nord, pas plus que vous ne connaîtrez ce qui a été mis en place pour vérifier ses dires. Vous n’êtes pas juges ici, pas plus que vous n’êtes accusés, dans cette affaire là tout du moins. L’ancienneté de votre nom ne fait pas de vous les seules personnes qui sont honorables ici, par les Dieux ! Et l’honneur, justement, ne devrait-il pas vous pousser à coopérer pleinement à découvrir l’auteur d’un acte aussi odieux plutôt que de jouer aux effarouchés d’un traitement qui se veut on ne peut plus adapté à votre position ? Vous n’avez été ni emprisonnés, ni maltraités, ni accusés à tort, et pourtant vous continuez à jouer aux prisonniers là où tout prisonnier réel tuerait pour le traitement qui vous est octroyé ! Vous êtes des vassaux de la Couronne, et le crime qui nous occupe la touche directement, et pourtant vous vous contentez de rester sur la défensive, de protéger un cousin qui se détourne chaque jour un peu plus de ses suzerains légitime, et, pire, de couvrir la malveillance dont l’un des vôtres, au moins, a fait preuve. »

Abandonnant la table autour de laquelle ils étaient tous rassemblés, le Cerf fit plusieurs pas pour occuper l’espace, laissant son regard se perdre sur les deux chevaliers de la Blanche Epée. Difficile de ne pas voir le symbole alors que les deux hommes chargés de la protection de la famille royale avaient accompagné le Protecteur jusqu’ici. Quant à l’accusation… C’était Valyron lui-même qui avait fourni le matériel nécessaire à ce qui suivrait.

« Puisque vous vouliez des faits, puisque vous vouliez tant savoir pourquoi vous êtes ici, vous allez obtenir ce que vous voulez. Et soyez assuré que dans la décision qui sera prise, votre manque de coopération, et le fait que vous ayez tenté de cacher des informations sera pris en compte. »

Là-dessus, Robart Baratheon marquait un point véridique. Aucun Arryn n’avait cherché à avancer ce qu’ils savaient tous. Que l’un d’entre eux avait eu des paroles séditieuses au même moment où Rohanna Baratheon se défendait contre l’Etranger venu la chercher. Et cela ne pouvait être oublié ni même pardonné.

« Lord Baratheon, mon seigneur… permettez-moi de vous interrompre… Nous sommes là. Tous présents et de notre plein gré puisqu'il nous a été signalé la possibilité que nous avions de quitter les lieux, et pour autant… il n’en n’est rien et nous sommes tous bel et bien là. A vous écoutez attentivement. A répondre aux questions que vous nous soumettez. Ayez, je vous en prie, la courtoisie de ne pas parler d’un manque de coopération de notre part. »

Roslinn avait désigné l’entièreté de l’assistance avec cette voix et ce ton aussi impérieux que doux, tels ceux d’une princesse bien au-dessus de cette discussion. Un silence coiffa la salle d’une chape de plomb alors que le Baratheon regardait les Arryn, les mains derrière le dos, attendant d’administrer un nouveau coup d’estoc.

« Le Nord veut son indépendance, c’est un fait, et la raison pour laquelle je crois probable la révélation du Mestre quant à leur implication dans le meurtre de mes héritiers et l’empoisonnement de ma femme. Vous êtes leurs cousins, comme vous aimez tant à le rappeler, et par là-même il aurait été possible que vous soyez au courant de certaines choses que nous ignorions. Ce fait simplement justifiait amplement qu’il vous soit demandé de rester pour répondre à d’autres questions, comme je l’ai demandé à Lord Tyvaros. Mais celui-ci m’a fait part d’une révélation encore plus intrigante, qui a rendu l’implication de votre famille peut-être plus directe, ce qui reste encore à prouver, je vous l’accorde. La révélation en question, elle, ne l’est pas du tout, et tous ici le savez très bien, même si vous avez décidé de le cacher. Car le Nord n’est pas le seul de vos cousins qui désire l’indépendance, n’est-ce pas, Lord Arryn ? »

Valyron ne réagit pas mais manqua de s’étouffer intérieurement. Le Nord voulait son indépendance, c’était grossier, tout le monde pouvait s’en douter depuis que le divorce entre Rhaenys Targaryen et Jorah Stark avait été prononcé. Toutefois, le mentionner ainsi à des personnes extérieures au conseil pouvait s’avérer être dangereux. Après tout, peut-être cela leur donnerait-il des idées s’ils n’étaient pas tous au courant. Un violent coup sur la table fit sursauter le Serpent qui vit l’encrier se renverser et déverser son contenu noirâtre sur la table de bois sombre. Prompt, Valyron souleva son tas de parchemins et se leva pour aller le déposer dans sa chemise en cuir qu’il referma avant de la déposer sur un meuble plus loin alors que le Baratheon continuait d’envoyer des coups bouler vers les Arryn. Cela ne déplaisait pas du tout à Valyron, satisfait de voir les arrogants Faucons se prendre un juste retour de bâton.

« Il y en a une autre qui n’a pas hésité à appeler publiquement à la sédition, alors même que la cérémonie d’allégeance venait d’être interrompue par l’agonie de Lady Baratheon. Une autre qui n’a pas hésité à faire fi de la tragédie qui s’était jouée sous ses yeux, profitant de la situation pour vous appeler vous, et probablement tous ceux qui pouvaient l’entendre à renier au Roi son droit légitime à votre allégeance, avec les conséquences que nous connaissons tous deux ! Et tous ici, vous étiez présents, et avez été témoin de cet acte ! Et maintenant, malgré votre Honneur soi-disant tout puissant, malgré votre allégeance renouvelée, vous couvrez un acte de trahison ?! »

Cette fois, un petit sourire vint perler aux lèvres fines du Serpent. Et voilà. Et voilà quel était l’un des buts principaux de cette rencontre. Plonger les oiseaux prétendument immaculés d’Honneur et de bonne volonté dans le goudron âcre de leurs propres contradictions. On ne défiait pas impunément le Dragon, et les Arryn l’apprenaient désormais à leurs dépens. Valyron ne jubilait pas de voir une si grande famille prise en défaut. Après tout, les Valois avaient été de valeureux alliés de Maegor et Martyn lui-même avait essayé de défendre l’honneur et la vie de Daemon Targaryen lors du Jugement des Sept… Il fallait un exemple, et ce dernier était tombé sur eux. Robart Baratheon fit un geste aux deux chevaliers blancs qui s’approchèrent de lui, chacun la main négligemment posée sur la garde de leur épée. Négligemment… Tout à peine en apparence, car ces hommes d’exception, ces fins bretteurs étaient la fine fleur de la chevalerie, les meilleurs, ceux qui avaient donné leur vie pour servir les Dragons, ces hommes-là, ils étaient toujours prêts.

« Car l’appel à la sédition, surtout en public, et encore plus le jour du mariage du Roi, est bel et bien de la trahison, Lady Catelyn, avec toutes les conséquences qu’elle entraîne. Sur cette base, il est aussi possible que vous souteniez l’action de votre cousin Stark, et que sur ses ordres, puisque le Nord est accusé, vous ayez pris une part active dans l’attentat commis contre ma Maison, et par conséquent contre la Régence et donc la Couronne.

Je pourrais également tous vous faire accuser de complicité pour avoir caché ce fait alors que vous avez été directement questionné, mais par respect pour votre nom et votre Maison, je mettrai la chose sur le compte de l’amour que vous éprouvez tous pour votre famille, et un aveuglement passager. Et enfin, si vous vouliez tenter de nier les faits...
»

Tout cela était rigoureusement authentique. En tant qu’ancien Maître des Lois, Valyron y avait parfaitement veillé. Sans ces paroles, les Arryn n’auraient sans doute pas été questionnés de manière aussi sèche en ce jour. Et vu que Catelyn Arryn était la fille d’Elbert, le plus célèbre des chevaliers du Val, le plus réputé pour sa probité, tout était remis en question. Si la fille du grand Elbert était coupable reconnue, ils étaient tous suspects.

« Quels étaient les mots exacts prononcés par l’accusée, monseigneur ? »

Aucun sourire de contentement ne franchit les lèvres du Mantaryen. Il ne faisait que son travail, mais le faisait avec conscience. Mettre au pilori Catelyn Arryn lui apporterait une satisafaction passagère, simplement assez longue pour étancher sa soif de vengeance en trouvant les coupables de l’empoisonnement de Rohanna Baratheon et de ceux qui avaient directement insulté les Targaryen. Il prononça donc la phrase qui l’avait tant marqué, celle qu’il avait entendu au travers de la haie derrière laquelle il surveillait les Arryn lors de la cohue qui avait suivi le drame. Et cela, ce n’était pas pardonnable pour le Serpent. Alors qu’il fixait d’un air implacable le Chaton du Val, leur voix résonnèrent du même timbre : celui des paroles historiques qui faisaient avancer le destin.

« Ployer, c’est mourir. »

Valyron ne lâchait pas les lapis-lazuli qui servaient d’yeux à Catelyn. A cet instant précis, elle était l’incarnation de ces légendaires rois et reines du Val et de la Montagne qui avaient pendant des millénaires porté ce nom qui était désormais sien. Elle était l’héritière d’une façon de penser, de vivre et d’être qui n’était plus celle des Arryn – ni de personne d’autre – aujourd’hui. Elle vivait pour un rêve mort et dans l’ombre de fantômes qui tenaient plus de la légende que de l’Histoire. Face à elle, dans une aura aussi sombre que les roches calcinées de la terre de ses ancêtres, le dernier d’une antique lignée de Valyriens au destin inconnu et de Mantaryens éminents comptant parmi les plus riches familles de la cité oubliée. Valyron avait foulé ces terres maudites et éventrées de Valyria, il avait vu les villes renversées, les rivières de laves et les os brisés des grands dragons. Il avait vu plus de choses qu’aucun mestre ne verrait jamais. Il avait vu des hommes de pierres et de gigantesques veurs de feu, seuls et uniques derniers spectres des terres désolées de ses ancêtres. Pourtant, le Serpent portait avec lui une sagesse ancienne, une volonté de soumettre le monde, car dans son corps battait aussi le sang du Dragon. Il portait en lui le feu, la cendre et le sang. Il n’y avait nul besoin d’ajouter quoique ce soit.

Alors que le Faucon touché en plein vol murmure encore quelque chose à ses pairs, le Serpent fait un pas en avant, tel un insidieux prédateur cherchant le nid pour se repaître des œufs qui y dorment, sans défense mais pourtant croquants, pleins de chaleurs et de promesses. Elle comprenait que la hauteur à laquelle elle s’était hissée pour tenter de leur échapper lui serait fatale. Ce ne serait pas la flèche qui la tuerait, mais bien l’altitude qu’elle avait prise. Plus dure serait la chute, plus violent serait le contact avec le sol, dur, froid et impartial.

« Si j’étais votre proie, messeigneurs, il fallait me le dire. Je me serai rendue à votre merci comme je m’y rends maintenant. Ma famille n'avait pas être inquiétée. »

Valyron se surprit à rougir de fureur sans rien dire. Par tous les dieux d’Ashaï au Mur… Mais quelle était l’étendue de l’arrogance et de la suffisance de ces gens ? Croyait-elle sincèrement que toute cette mise en scène ne se résumait qu’à vouloir la coincer, elle ? Ne voyait-elle pas qu’elle n’était qu’un pion dans toute cette histoire ? Un misérable petit pion arrogant et paré d’une noblesse qui n’était pas la sienne, qui n’avait ni légitimité ni justification. Voilà ce qu’était à cet instant précis Catelyn Arryn. Un pion destiné à faire chuter son puissant cousin, si celui-ci avait offert le gîte aux assassins et aux traîtres.

« Messeigneurs, je ne vous demande pas de me comprendre. Je ne vous demande pas même de m’écouter, mais que ma langue m’étouffe si je mens. Par les Sept et les Anciens Dieux, qu’elle m’étouffe au moment où je prêcherai mensonge ! »



Valyron croisa les bras devant lui. Le mensonge avait déjà été proféré plusieurs fois dans cette sale, comme lorsque tous avaient assuré se porter garant des agissements de leur suite. Catelyn était le contre-exemple. Quant à ces lettres échangées entre Martyn et Jorah, il était évident que ce ne c’était pas cantonné à des échanges sur les déboires matrimoniaux du Stark. L’air empuantissait non pas la trahison mais pire, un jeu sur deux tableaux. Bien entendu, on aurait pu accuser de la même manière Valyron. La différence résidait dans le fait qu’il était à ce moment en danger de mort et que Maegor était un véritable danger l’ayant déjà mutilé.



« Trop longtemps, le Val est resté silencieux. Trop longtemps depuis un certain Jugement… Notre monde s’est effondré. Nous qui ne vivons que pour un Code, compris de nous seuls, il s’est désintégré en nos propres mains. Aujourd'hui, le Val est déchiré entre Lord Maryn et Dame Etaine. Quand, le jour du Couronnement, les Stark n'étaient pas là… il était clair que notre région serait un champ de braise. Cette poudre sommeillant s'embraserait. Toutes les Maisons du Val sont liées au Nord ! Si nous ployons le genou ce jour, une guerre doublement fratricide n’attendrait pas notre retour. Veuillez me pardonner si je me trompe, mais nul d’entre vous n’est venu en nos montagnes reculées. Les Valois sont des hommes braves, courageux, vrais à leurs cœurs, ils ne reculent devant rien… pour seulement qu’ils sont certains de garder la flamme de notre Honneur. »

Froid, Valyron continuait d’écouter avec attention ce débit de paroles inconséquentes. Ne croyait-elle pas qu’ils le savaient tous ? Que cela excusait la moindre chose ? Theodan Baratheon n’avait-il pas pris les armes contre son cousin, contre son propre sang, pour terminer sa tyrannie ? La fraternité devait s’arrêter là où commençait la trahison.

« Je veux un monde plus juste. Un monde où il n’est pas nécessaire de ployer genou sous conditions. Vous nous avez accueilli en cette demeure, vous nous avez accordé les honneurs nécessaires, mais ce n’est seulement ce que la politesse aristocratique exige. Nous sommes toujours vus comme des parias. Or, paria nous ne le sommes pas ! Jamais, jamais, nous n’avons apporté avec nous un quelconque poison ; ni en nos mains, ni en nos coeurs. Nous sommes venus, ici dans la gueule béante du dragon, sans défenses et sans alliés. Tous les héritiers des Rois de la Montagne sont dans cette pièce. Comment pouvez croire que nos intentions étaient mauvaises ? C’est déjà ne pas nous respecter que cette méfiance terrible… »

Valyron réprima un soupir agacé. N’allait-elle donc ne jamais finir ? Comment pouvait-elle, elle, oser leur jeter que par le simple fait de les voir tous ici réunis, cela les disculpait de toutes intention maligne ? De ce que le Serpent avait vu, ce pouvait tout aussi bien être leur sentiment d’impunité et leu arrogance qui les avaient fait arriver là.



« J’ai été élevée dans la vénération des Targaryen, il est su de tous que mon père est celui qui a permis que le Val soit conquis sans verser une goutte de sang. A l’époque du frère de votre grand-père, Lord Baratheon, on parlait d'unification et de faire de tous nos royaumes une force égale. Un monde juste, un monde droit, un monde meilleur. Dites-moi en quoi il a été meilleur pour les miens ? Dites-moi que nous avons eu le droit de garder nos coutumes et nos croyances, qu’elles n’ont pas été brimées ! Aujourd’hui, nous sommes perdus, vus comme d’anciens traites parce que nous avons respecté un premier serment d’allégeance. Obligés de vendre les nôtres, pour assouvir le besoin que vous avez de vous sentir supérieur ! Je n’ai pas peur de dire que je suis contre cela et que je trouve indigne de devoir vous remettre cette pauvre enfant sur cet autel du sacrifice. Prêter allégeance, en ce jour, c’était nous demander de nous retourner contre notre propre famille, d'assassiner les nôtres… et les visages de nos pères. Accepter de ne plus jamais prier nos ancêtres. Je ne le peux pas, je ne le peux pas ! Savez-vous pourquoi Freyja est pupille aux Eyrié? Avez-vous cherché à le savoir ? C’est pour honorer la mémoire de notre défunte tante, dont les larmes sont encore écho de nos murs. Une promesse faite à une morte pour qu'elle puisse trouver le repos qu'elle n'avait pas eu de son vivant. Oui, je l’avoue : je n’ai aucune déférence pour l’homme qui sait se retourner contre son propre sang, qu’il soit noble ou non. Aussi je ne pouvais accepter regarder le Val prêter serment, et ce quand bien le Nord n'est que folie ! »

Lentement, l’armure d’acier autour du cœur du Mantaryen se fissura. Un simple craquellement au début, à peine perceptible alors que la jeune femme abordait la façon dont étaient perçus les Arryn. D’anciens traîtres… La position des Arryn était celle de la plupart des anciens Loyalistes, mais à la Cour, Valyron en avait particulièrement souffert. Soudainement, il ne ressentait plus la même fureur à l’encontre des Arryn. Se pouvait-il qu’au fond d’eux, ils ne soient pas si indestructibles et hautains que ce qu’ils laissaient entrevoir ? Pouvaient-ils être sincères et n’avoir rien à faire avec cette histoire d’empoisonnement ? Catelyn Arryn s’avança avec noblesse vers le Protecteur, les poings déjà liés par un lien invisible. Leur échange de regard semblait parfaitement intense alors qu’elle concluait.

« Je n’ignore pas mes crimes. Je m'en remets à votre justice. »

Devaient-ils lui assurer une véritable justice ? La faire exécuter devant sa famille pour faire un exemple ou au contraire, faire preuve de retenue et de pitié ? Valyron était surpris. Personne n’avait encore réussi à le faire vaciller de la sorte.

« Lady Catelyn n'a rien à voir avec cet empoisonnement, j'en suis convaincu. »

Il manqua de lever les yeux au ciel alors que l’agaçant suzerain reprenait la parole. Le regard gris du Mantaryen revint au Faucon en chef. Qu’allait-il encore inventer pour essayer de sauvegarder sa version vérolée des faits ?

« Si le contraire devait être avéré, je serais plus qu'heureux d'être débarrassé d'une vipère en mon sein, et vous en serais redevable. »

Valyron plissa les yeux en fusillant Martyn du regard. Utiliser la comparaison avec une vipère, l’un des surnoms du Maître des Chuchoteurs, et s’estimer heureux d’en être débarassé… Voilà qui était une insulte presque directe et le zélé serviteur du Trône la nota dans un coin de sa tête. Il n’oublierait pas. L’air impérieux, il croisa ses mains dans le dos, faisant rouler ses épaules, ne lâchant plus une seconde le suzerain du Val.

« Pour le reste... Si je connaissais le nom de celui qui a attenté à votre Maison, je vous le livrerais ; je serais venu vous avouer tout le complot si j'en avais eu vent, mais ce n'est pas le cas. Je n'étais même pas au courant du poison avant que vous ne me le révéliez. Je vous ai offert mon aide pour trouver le vrai coupable de l'attentat contre les vôtres, mais comment pourrais-je collaborer efficacement si vous refusez de nous en dire plus, si vous pensez les Arryn coupables et refusez d'écouter nos réponses ? »

Ô que la rage et la répugnance qu’il avait pour eux étaient visibles pour le reptile. Martyn Arryn n’avait pas passé ces vingt dernières années à la Cour, à travailler chaque jour la maîtrise du moindre muscle de son visage, de la moindre émotion… Ici, le regard du Faucon transpirait le mépris pour ces hommes qui lui faisaient face.

« Je suis venu vous trouver hier en toute bonne foi, parce que je pensais que la paix était encore possible. Je vous ai offert un otage librement, dans cet espoir. Je vous ai proposé de me rendre moi ou ma soeur à Winterfell afin de tenter de négocier cette paix. Sachant que si Jorah venait à refuser j'aurais beaucoup à perdre. Et aujourd'hui, vous nous reprochez notre manque de collaboration ?! Vous nous accusez de complicité, alors que nous avons répondu à toutes vos questions ?! Que nous demandons des détails dans le but d'y voir clair et de vous aider ?! »

Cette fois, il fallait bien avouer que malgré l’aversion que Valyron avait pour eux, les Arryn marquaient tous des points. Valyron ne savait plus quoi dire ni quoi faire. Ils devaient à tout prix désamorcer cette situation, ou ils en sortiraient tous diminués. Et dehors, les ennemis du royaume guettaient. Il ne fallait pas consacrer cette rupture évidente. Les Arryn étaient en faute, c’était évident. Et pourtant, cela justifiait-il pour autant ce qui risquait de suivre ? Alors, depuis un long moment, Valyron prit la parole d’une voix nouvelle : plus calme, plus aérienne, comme… apaisé.

« Mesdames, messeigneurs. Prenons le temps de nous calmer et de reprendre notre souffle. »

Il se tourna vers les Arryn. En son for intérieur, le Chuchoteur s’adressait aussi à son supérieur Baratheon, mais il n’aurait jamais osé lui faire une telle remarque directement devant témoin. Il fallait toutefois que le seigneur orageois se calme pour ne pas se faire enfumer par les Faucons plus sereins. Il fallait faire retomber la pression.

« Encore une fois, cet interrogatoire n’est pas dirigé contre la maison Arryn à but de vous nuire. Il s’agit de rassembler des faits et des témoignages dans le cadre d’une enquête très officielle et j’aimerais que cela soit désormais parfaitement clair dans vos esprits. »

Le Serpent se mouva vers Catelyn Arryn, telle une colombe touchée, gisant à terre, attendant que les crocs à venin ne se referment sur son cou.

« Dame Catelyn, vous avez prononcé des paroles séditieuses devant témoin et durant une cérémonie officielle, alors que Dame Rohanna était au plus mal. Vos actes sont déshonorants à deux reprises, pour leur substance mais aussi – et surtout – par leur contexte. »

Valyron se tourna ensuite vers le reste de l’assemblée, ses yeux lançaient des éclairs non pas de fureur mais d’aversion et de déception. Il avait attendu mieux des Arryn, mieux des chevaliers du Val et de leur honneur. Une tempête s’était levée dans le cœur du Mantaryen, non pas un simple orage mais une tornade qui faisait se lever les océans et s’effondrer les falaises.

« Et vous tous, quelle que soit votre origine, quelle que soit votre position, vous l’avez couverte. Vous avez menti. Et vous nous demandez d’ensuite avoir confiance ? Un peu de sérieux, voulez-vous ? Je vous crois volontiers de bonne volonté, seigneur Martyn, mais dans le même temps vos promesses ne sont que cela : des promesses ! Des mots qui vont dans le bon sens, certes, mais de simples mots alors que les actes ont déjà coûté la vie à deux êtres innocents et ont failli emporter une troisième vie dont le seul crime, et notez bien ces mots, le seul crime est d’avoir épousé cet homme. »

Sans forcément un grand respect pour le protocole qu’il appréciait tant, le Serpent brandit une main tendue vers le Protecteur du Royaume.

« Ce sont d’actes dont la Couronne a besoin, seigneur Martyn. Si vous livrez cet otage et que vous allez négocier, je suis certain que ceci sera bien considéré. Et comme pour le moment, il vous est difficile de pouvoir faire l’un ou l’autre avec rapidité, votre pleine et entière coopération aurait été appréciée. »

Ce faisant, il se retira de la joute verbale qui était ouverte depuis la sortie furieuse de Robart Baratheon et il se dirigea vers ce dernier, l’air fermé. Ce qui arriverait maintenant n’était plus de son ressort direct. Toutefois, il ne comptait pas quitter la pièce, mais il voulait donner son conseil à son supérieur, celui qui régnait sur le conseil restreint. Il s’approcha de lui pour lui murmurer à l’oreille, hors d’atteinte des autres, sauf peut-être de Catelyn Arryn qui était toute proche.

« Monseigneur. Elle est la fille du plus révéré chevalier du Val, leur dernier prince. Nous ne pouvons nous permettre un châtiment trop dur à son encontre. Le Trône a besoin du Val car le Val fait partie du Royaume.
Son regard glissa vers Catelyn brièvement. Je préconise de la garder ici sous bonne garde ici. Nous la jugerons plus tard et elle fera un excellent levier de pression à l’encontre de son cousin. »

Se reculant légèrement, il fit une légère courbette respectueuse.
« Si cela agrée à votre Seigneurie. »

Ce faisant, Valyron contourna les Arryn pour un dernier geste de provocation. Le buffet était toujours là, intact. Comme si les Targaryen allaient empoisonner leurs adversaires. Eux n’étaient pas assez vils et bas pour recourir à de telles méthodes. Si Jaehaerys ou Robart avaient voulu tuer les Arryn, ils auraient simplement fait connaissance avec la pointe d’épées, le tranchant de haches ou la pointe de flèches… Valyron attrapa un petit gâteau au citron qu’il dégusta paisiblement avant de surveiller la suite de la discussion.



• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Jeu 21 Déc 2017 - 12:58




  L’Honneur au Pays des Dragons
 

 

Depuis qu’ils avaient été rassemblés dans cette pièce, Etaine n’avait fait qu’observer, écouter. D’un côté comme de l’autre, on jouait à se provoquer, à s’envoyer des piques tout en se défendant de le faire par la suite. Une attitude indigne de leur rang à tous, et pourtant seule l’une des parties pouvait trouver une quelconque grâce aux yeux de la Colombe du Val. Car si Robart Baratheon agissait ainsi, c’était par colère, désespoir de ce qui était arrivé à son épouse et à la mort violente et prématurée de ses héritiers dans le ventre de leur mère. Dans les mots de son frère, dans ceux de sa cousine et de Roslinn, elle ne voyait qu’une arrogance mal placée, de la vanité qu’ils confondaient trop facilement avec leur honneur.

Etaine avait connu la perte et la douleur dont le Protecteur du Royaume faisait l’expérience, alors que tous se défendaient, elle avait appris en ces quelques minutes bien des choses sur sa propre famille, ces secrets qu’ils lui avaient tous caché. Pour cela, elle avait choisi son camp dans cette affaire, sa propre voie, elle la tracerait par elle-même, et elle écrirait son Destin comme elle l’entendait, pas de la manière que Martyn semblait vouloir dicter ici.

« La paix est encore possible, mon frère. Les hommes ont simplement de bien trop grands problèmes personnels pour le voir. » Elle poussa un long soupir, relevant son regard vers Catelyn et Robb. Pardonne-moi. « Vous avez raison, mon Seigneur. L’amour nous a poussé à nous taire, à garder sous silence cette trahison que Catelyn a réalisé dans les pires circonstances. Mais ces mots ne sont que les siens et aujourd’hui, je l’affirme… » Ses yeux verts se firent plus perçants tandis qu’elle toisait sa cousine. « Tu te trompes, chère cousine. L’Honneur de notre famille ne consiste pas à nous élever plus haut que terre. Il consiste à faire ce qui est juste, même si pour cela, nous devons laisser la plus haute partie du ciel aux Dragons. » Toute cette conversation passée dans le silence n’avait fait qu’affirmer un peu plus la position d’Etaine, la voie qu’elle pensait la meilleure pour elle et pour le Val.

Son regard se posa de nouveau sur Robb. « Seigneur Main, ce qui est arrivé à votre épouse durant cette journée est un acte de barbarie sans précédent et ne fait que me rappeler mes propres tourments. Je sais ce que représente l’injustice devant pareille situation et je ne peux que comprendre les méthodes employées ici, que certains les trouvent dures ou non. » L’enfer du cachot, elle l’avait vécu, accusée à tort d’un empoisonnement qu’elle n’avait pas commis. Robb pouvait le lire en son âme : Ces faits lui rappelaient bien trop son propre sort pour qu’elle se contente de les regarder passer devant ses yeux. Son regard, cette fois, se posa sur celui du Mantaryen. « Je ne répondrai de personne d’autre que moi en ces lieux, seigneur Tyvaros. Je connais les loups pour avoir vécu avec eux et mon cœur se brise à l’instant même où ces mots sortent de ma bouche, mais je ne puis affirmer avec certitude que Jorah et les siens sont innocents dans cette affaire. Mon bien aimé cousin m’a envoyé une lettre peu de temps avant notre départ des Eyriés, affirmant ce désir d’indépendance et souhaitant rallier le Val à ses idéaux. Cette lettre se trouve actuellement dans mes appartements et vous sera apportée si tel est votre souhait. Concernant la position du Val, j’ai tenté d’échanger avec mon frère à ce sujet. Je ne prendrais nul risque en m’exprimant pour lui à ce sujet. » Elle tourna son visage vers Martyn. Ses yeux s’étaient plissés, faisant part de son mépris pour lui alors qu’elle espérait le voir se réaffirmer ici, à Port-Réal. « Visiblement, les secrets sont choses qu’il affectionne. » Car oui, entendre Catelyn parler de Freyja et Martyn dire qu’il espérait l’envoyer elle dans le Nord avait eu sur la Valoise l’effet d’une douche froide. S’il ne la jugeait pas digne de confiance pour lui en parler, pour échanger avec elle alors qu’elle avait tout fait pour l’informer, lui, de ce que les vassaux Valois pouvaient dire, il était temps pour elle de cesser de croire en ce rêve qu’un jour, son frère et elle pourraient mener le Val de concert.

Son attention se porta de nouveau sur Robb. « Puisqu’une enquête doit avoir lieu et que nous semblons peu à même de coopérer avec un départ précipité… Sachez, mon Seigneur, que je suis disposée à rester ici, à Port-Réal, afin de faciliter les communications entre le Val et la Couronne ainsi que dans le but de vous aider dans cette enquête. J’ai à cœur que justice soit faite sur cette affaire tout comme je souhaite plus que tout voir le Val et la Couronne avancer main dans la main, qu’importe si cela doit se faire contre le Nord. Mon frère aura tout le loisir de résoudre ce conflit par lui-même puisque c’est là son souhait. »


HRP:
 

 

code by ATC.


• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port Réal, Couronnement.
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mer 27 Déc 2017 - 1:17

L'Honneur
au pays des dragons




« Lady Catelyn n'a rien à voir avec cet empoisonnement, j'en suis convaincu. »



Suite à sa diatribe, à cette intense accélération du coeur, la voix de Martyn sonne comme un glas. Claire, froide et sans détour. Il aurait été simple de désavouer cette femme qui se tenait les poignets bleutés tendus vers la régence. Il aurait été simple, couard mais simple, de se reculer. Jeter sur elle toutes les fautes, toutes les accusations auxquelles on ne savait pas répondre. Il lui semble entendre les accipitridés du Val glatir, à l’unisson. Il leur faudrait toutes leurs forces pour briser ces êtres diurnes. Il leur faudrait toute leur force.

« Si le contraire devait être avéré, je serais plus qu'heureux d'être débarrassé d'une vipère en mon sein, et vous en serai redevable. »



Difficile est pour Catelyn de pas se retourner, de rester dos aux siens. Ne pas voir leurs réactions vernaculaires, impassibles. Il lui faut rester sourde, il lui faut rester droite et inébranlable. Pour elle, désormais, le sort était jeté. Il n’y aurait pas de retour en arrière possible, il était impossible de ravaler les moments passés, rembobiner le filage du temps. Son menton devrait garder la hauteur nécessaire, son front ne pas se rider de quelques maux humains. Elle serait faire face à tout ce qui viendrait, les jours futurs ne seraient pas synonymes de ténèbres sans étoiles. Au fond d’elle, isolée, statue de glace, elle voulait y croire. Elle devait y croire, pour son fils, pour son père, pour le Val tout entier.



« Pour le reste... Si je connaissais le nom de celui qui a attenté à votre Maison, je vous le livrerais ; je serai venu vous avouer tout le complot si j'en avais eu vent, mais ce n'est pas le cas. Je n'étais même pas au courant du poison avant que vous ne me le révéliez. Je vous ai offert mon aide pour trouver le vrai coupable de l'attentat contre les vôtres, mais comment pourrais-je collaborer efficacement si vous refusez de nous en dire plus, si vous pensez les Arryn coupables et refusez d'écouter nos réponses? »

Sans un bruit, sans un mot supplémentaire et comme si la fièvre n’avait jamais existé… il tourne une page. Sa gorge est sèche, Martyn ne la protégerait pas plus, il n’y aurait aucune demande de clémence, aucune mise en garde contre les possibles agissements du Val. Il n’y aurait rien et c’était tant mieux. Ainsi, seulement, la région pourrait sortir indemne. Indemne d’une calomnie, d’une ombre, qui, à nouveau, voulait faire porter un coup sanglant aux siens. Maintenant qu’ils avaient la fille du prince, la cousine du suzerain, la rencontre prendrait fin. Il avait pour leurs crocs de quoi se substanter. Elle ne serait pas la punition pour Rohanna Baratheon, elle serait un avertissement au Nord et à tous les autres pour qui la Conquête était gout amer. Des cendres, le passé ne renaitrait pas. Ceux qui étaient assez fou pour l’espérer, rejoindrait leurs ancêtres tant aimés, dans les larmes et le sang. 

Tout comme Martyn, elle n’avait pas su qu’il s’agissait d’un empoisonnement avant que les murs ne portent, par vagues, la nouvelle. A dire vrai, elle n’avait rien cru… n’écoutant que le tambour de son âme, trop vive, trop brulante pour ce monde. Un signe des Dieux pour la folie de lier serment contre son propre sang, car si elle ne les connaissaient pas autant qu’Etaine, les Stark étaient des leurs. Leurs mythes et leurs légendes familiales étaient des racines trop longues et enlacées pour les différencier. A l’effondrement de la Dame de l’Orage, elle avait senti un baiser de la Nuit. La longue celle contre qui l’Aurore solaire est trop faible. 



« Je suis venu vous trouver hier en toute bonne foi, parce que je pensais que la paix était encore possible. Je vous ai offert un otage librement, dans cet espoir. Je vous ai proposé de me rendre moi ou ma soeur à Winterfell afin de tenter de négocier cette paix. Sachant que si Jorah venait à refuser j'aurais beaucoup à perdre. Et aujourd'hui, vous nous reprochez notre manque de collaboration? ! Vous nous accusez de complicité, alors que nous avons répondu à toutes vos questions? ! Que nous demandons des détails dans le but d'y voir clair et de vous aider? ! »



Martyn perdait sa patience, pourtant trop illustre et illustrée. Les intonations de ses phrases saccadées, il était facile de l’imaginer les ligaments du cou tirés. Son corps en proie à des passions et humeurs terribles. Sa bile devait se faire noire, rouge, feu. Et le Chaton du Val, la Fée des Montagnes, lui tournait toujours le dos. Elle était toute au grand Robart et à ce vicieux Valyron, devant qui elle avait déposé jusqu’à ses griffes aiguisées. Aussi, ses grands yeux miroitants ne s’apostrophent pas d’entendre qu’Etaine lui a caché vouloir se rendre à Winterfell. Ou était-ce encore une manigance du Faucon pour tenter de rattraper son allégeance sous conditions? Peu lui importait… sa famille n’avait rien à voir avec ce tragique empoisonnement. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, Catelyn avait pensé que les personnalités royales bénéficiaient de gouteurs discrets et invisibles. 


« Mesdames, messeigneurs. Prenons le temps de nous calmer et de reprendre notre souffle. »



Sans s’en rendre compte, elle avait du ferme ses lourdes paupières, chassant quelques pensées interdites, car elle n’avait pas vu le serpent s’avancer. Son souffle est visqueux, il était facilement amère que d’appeler au calme le coeur de la tornade passée. Tantôt, quand elle s’était rendue à eux, elle avait cru le voir fléchir. Légèrement… elle avait cru que ses paroles l’avaient touchées. D’une manière ou d’une autre, pour une raison ou une folie. Or, le seigneur Chuchoteur était un serpent caméléon, elle se méfiait de ses prochaines paroles. Il n’était pas homme de bataille, il n’était pas homme de descendance royale, simplement un homme de Cour. Il vivait pour ses rouages et ses intrigues. A contrecoeur, elle devait bien s’avouer qu’il y était certainement bien plus éloquent qu’elle. 


« Encore une fois, cet interrogatoire n’est pas dirigé contre la maison Arryn à but de vous nuire. Il s’agit de rassembler des faits et des témoignages dans le cadre d’une enquête très officielle et j’aimerais que cela soit désormais parfaitement clair dans vos esprits. »


Elle en doutait, sincèrement. Bien avant que les portes s’ouvrent sur leurs personnes, alors que les Arryn attendaient dans la pénombre la plus totale, déjà ils devaient savoir la vouloir. Ils ne l’auraient jamais laissée sortir d’ici, enquête officielle ou pas. Son ton est doux, si les doudouk étaient présents nul doute qu’il arriverait à les endormir, comme les charmeurs de serpents d’Essos sur le port de Goëville. Les autres avaient toujours étaient libres, pas elle. Quelque part elle s’en voulait de ne pas s’être rendue immédiatement, ainsi, peut-être, auraient-ils tous pu éviter ses tracas. D’une autre part, tous savaient de quoi la couronne était capable désormais. Un fait peu rassurant, mais la folie des hommes ne l’avait jamais été. Lorsque son épouse serait sortie de tous dangers, probablement que les choix du Régent seraient plus clairs. Quant à ce mestre… s’il disait vrai, si le Nord avait commis ce crime, alors que devait faire le Val? Devait-il remettre Freyja en son sein pour s’assurer la vie d’un des leurs? Cette histoire était insensée et pourtant… les heures passées, le visage détruit de Robart Baratheon à quelques centimètres d’elle, tout cela semblait que trop vrai. 



« Dame Catelyn, vous avez prononcé des paroles séditieuses devant témoin et durant une cérémonie officielle, alors que Dame Rohanna était au plus mal. Vos actes sont déshonorants à deux reprises, pour leur substance mais aussi – et surtout – par leur contexte. »


Perdue en ses retranchements, jonchés de doutes, elle acquiesce doucement. Il ne servait plus à rien de jouer les jouvencelles ailées, un temps nouveau commençait. Quand bien même il serait probablement impossible de connaitre la vérité sur le Nord, sa culpabilité dans cette affaire, elle se devrait d’essayer. Essayer à l’heure où écouter son coeur semblait plus dangereux que jamais. Les solitaires et mornes nuits prochaines lui apporteraient peut-être une réponse… Si seulement.



« Et vous tous, quelle que soit votre origine, quelle que soit votre position, vous l’avez couverte. Vous avez menti. Et vous nous demandez d’ensuite avoir confiance? Un peu de sérieux, voulez-vous? Je vous crois volontiers de bonne volonté, seigneur Martyn, mais dans le même temps vos promesses ne sont que cela : des promesses ! Des mots qui vont dans le bon sens, certes, mais de simples mots alors que les actes ont déjà coûté la vie à deux êtres innocents et ont failli emporter une troisième vie dont le seul crime, et notez bien ces mots, le seul crime est d’avoir épousé cet homme. »



A nouveau, son ton est dur et supérieur. Il est un des représentant du pouvoir royal et ici-bas, sur ces terres brulées, il se fait entendre. Elle pose son regard fermé sur lui, qui s’agite de ses émois, fiers de ses paroles. Elle pourrait le faire taire en deux phrases, elle pourrait réduire à néant sa réflexion peu avancée. Les promesses de Martyn étaient inviolables, comme pratiquement de tous les Valois. A leurs yeux, un homme qui pensait ainsi était peu digne de confiance et de considération. Le Suzerain azuré n’avait pas menti, jamais la question de sa personne n’était arrivée dans cet entretien étrange. Il n’avait été question que de Lady Rohanna et de la perte de ses deux enfants, à en croire les paroles du seigneur. C’était un triste fait, marqué dans l’Histoire et dans la chronologie des constellations. Courageuse devait être cette femme qui se relèverait dans quelques jours, quoique ce ne soit pas son problème. Dans ce royaume, chacune d’entre elles avait son lot de misères, Catelyn avait le sien. Un fardeau à porter, contre vents. Si il semblait exalté, emporté dans ses paroles et ses idées prêcheuses, elle n’était pas certaine que désigner le Régent par ce geste de prélat était de meilleur goût. Son seul crime est d’avoir épousé cet homme, n’était-ce pas un jugement dangereux qu’il prononçait?

« Ce sont d’actes dont la Couronne a besoin, seigneur Martyn. Si vous livrez cet otage et que vous allez négocier, je suis certain que ceci sera bien considéré. Et comme pour le moment, il vous est difficile de pouvoir faire l’un ou l’autre avec rapidité, votre pleine et entière coopération aurait été appréciée. »


Ainsi, il termine sa longue et lente mise en scène. Il ne salue pas, il ne s’incline pas. Il se rapproche doucement de son supérieur auréolé, si proche que Catelyn n’a qu’à durcir ses oreilles pour entendre ses paroles. C’est un murmure, mais son coeur s’en affole tout autant qu’il s’en réjouit.



« Monseigneur. Elle est la fille du plus révéré chevalier du Val, leur dernier prince. Nous ne pouvons nous permettre un châtiment trop dur à son encontre. Le Trône a besoin du Val car le Val fait partie du Royaume. Je préconise de la garder ici sous bonne garde ici. Nous la jugerons plus tard et elle fera un excellent levier de pression à l’encontre de son cousin. »



Elbert serait fou de rage, de colère et d’une tristesse immense. Ses larmes invisibles, avortées, se verseraient dans la cascade d’Alyssa, accentuant la brume des monts des Eyrié. Il était probable que pendant plusieurs jours, la forteresse du ciel semble flotter dans les airs et les Valois savaient que ce n’était jamais signe prometteur de beaux jours. Son regard vipérin la transperce et c’est une petite mort, certainement pas la dernière. Il était sage, réfléchi ou trop peureux mais il participait à sauver sa vie. Si jamais Catelyn devait mourir, le cou tranché devant une foule compacte et criante, les Maisons du Val ne le pardonnerait jamais. On pourrait raconter calomnies à son encontre, tenter de leurs faire croire pire que ce qu’elle avait fait, elles ne le croiraient jamais. Elbert vivant, son pouvoir était trop grand. Elle morte, elle serait une martyre à prier pour les générations à venir.



« Si cela agrée à votre Seigneurie. »



Révérence pompeuse au Régent et quelques pas vers les siens. Alors, seulement, elle s’autorise à se retourner. Doucement, elle recule dans la pénombre de Robart Baratheon, se rangeant derrière lui. Elle était prête à entendre et écouter son jugement, et pire… le suivre. Elle était décidée à ne regarde aucun des siens en partant, à ne pas céder à cette tentation vigoureuse et lancinante. Le Serpent gobe une sucrerie, un ultime geste de supériorité désolante. L’affront était trop trivial pour être de circonstance, qui était le fou du Roi désormais? 


« La paix est encore possible, mon frère. Les hommes ont simplement de bien trop grands problèmes personnels pour le voir. »

Le soupir est bien connu, trop bien connu. Tout comme l’intonation de cette voix qui s’élève, déjà fourbe et trop maligne. Pourquoi parlait-elle maintenant, quand il n’y avait plus rien à dire? Hier, devant toute la Cour réunie, elle s’était mise dans un grand désarroi, une honte outrageante, pourquoi s’infliger de continuer sur ce chemin périlleux? Ses lèvres se pincent ; elle aimait de tout son coeur sa cousine, mais elle était irritante. Parfois, elle donnait l’impression d’être une jeune femme nécessitant d’éternelles attentions pour briller. Oui, elle renvoyait l’impression de devoir être un centre névralgique.



« Vous avez raison, mon Seigneur. L’amour nous a poussé à nous taire, à garder sous silence cette trahison que Catelyn a réalisé dans les pires circonstances. Mais ces mots ne sont que les siens et aujourd’hui, je l’affirme… »

Ses lèvres se pincent un peu plus. Un centre névralgique égocentrique et égoïste. Difficile il lui est d’accepter de relever le regard vert transperçant d’Etaine. Les Sept savaient ce qu’elle tramait dans son esprit courroucé et violenté ! Jamais rien n’était suffisant pour elle… un trait qu’elle avait longtemps cru erroné face à cette femme pour qui le sort n’avait eu pitié aucune. Néanmoins, l’accabler devant tous, ici et maintenant était douloureux. Il ne lui était pas nécessaire de le faire, Catelyn avait avoué ses faits. Elle avait tout avoué, revenir dessus n’avait pas de sens réel. Interdite, elle secoue imperceptiblement son front : à quoi joues-tu?



« Tu te trompes, chère cousine. L’Honneur de notre famille ne consiste pas à nous élever plus haut que terre. Il consiste à faire ce qui est juste, même si pour cela, nous devons laisser la plus haute partie du ciel aux Dragons. »



Ah. Tu joues à ça. Difficilement, sa salive retombe dans sa gorge. Etaine ne pouvait faire ça maintenant : sortir une flèche et la tirer dans le dos ses siens. S’abaisser à lécher les bottes des Targaryen et Baratheon, les Victorieux, n’était pas digne d’une princesse lunaire. Avait-elle donc oublié qu’un jour les Faucons mythiques, géants des Ciels, avaient su défier l’astre solaire même? Pouvait-elle réellement s’assurer avec cette fierté empruntée que les Arryn n’étaient pas hommes des Montagnes? Sottises, sornettes ! Ils étaient nés dans des Monts où peu d’être humains auraient su respirer sans manquer d’air et s’étouffer ! La plus haute partie du ciel n’appartenait pas aux Dragons, elle avait été prise pas eux. C’était leur butin, leur larcin le plus précieux. Quand bien même aujourd’hui plus aucun Lion, Loup ou Faucon ne pouvait les concourir ; aucun homme vivant ne vivait au-dessus d’eux. Elle ferait bien de s’en rappeler, de l’avouer haut et fort, si elle espérait un jour réussir à bien ses perfides désirs. 


« Seigneur Main, ce qui est arrivé à votre épouse durant cette journée est un acte de barbarie sans précédent et ne fait que me rappeler mes propres tourments. Je sais ce que représente l’injustice devant pareille situation et je ne peux que comprendre les méthodes employées ici, que certains les trouvent dures ou non. »

Ses sourcils frémissent de colère et de désarroi. Qu’il était simple de formuler ses paroles alors qu’eux avaient été trop préoccupés à la sauver elle et ses fils. Si ils ne s’étaient pas défendus, de tous, elle aurait été le premier à terminer sur le bûcher. Elle était la plus proche des Stark de Winterfell. Son père, le vieux prince, avait toujours détesté cette nièce. Il jurait qu’elle avait porté déshonneur à tous les leurs et qu’elle continuerait jusqu’à être la perte de toute leur illustre maison. Si elle continuait sur cette pente périlleuse, elle le ferait. Ce serait inévitable, elle assurerait sa chute. Ses yeux tentent de trouver un des membres de sa famille, sans réussir à réellement les voir. Tout est trop rapide. Elle fait un pas, elle aimerait tendre sa main et lui intimer de se taire car brille en ses yeux une lueur qu’elle ne connait que trop. Revancharde.



« Je ne répondrai de personne d’autre que moi en ces lieux, seigneur Tyvaros. Je connais les loups pour avoir vécu avec eux et mon cœur se brise à l’instant même où ces mots sortent de ma bouche, mais je ne puis affirmer avec certitude que Jorah et les siens sont innocents dans cette affaire. Mon bien aimé cousin m’a envoyé une lettre peu de temps avant notre départ des Eyriés, affirmant ce désir d’indépendance et souhaitant rallier le Val à ses idéaux. Cette lettre se trouve actuellement dans mes appartements et vous sera apportée si tel est votre souhait. Concernant la position du Val, j’ai tenté d’échanger avec mon frère à ce sujet. Je ne prendrais nul risque en m’exprimant pour lui à ce sujet. »


Ah ! Aaaah ! La traitresse, son coeur ne pouvait croire que le Nord était empoisonneur ou que n’importe qui aurait baigné dans un complot de ce genre ! Elle, elle, qui avait été accusée à tort et pour qui son frère avait défié le tout Westeros. Il l’avait sauvé d’une mise à mort certaine, n’écoutant que son coeur vernaculaire, risquant jusqu’à son trône de Barral. A son tour, elle souffle. Ce n’est pas un long soupir, c’est un soupire blasé. Il faudrait que quelqu’un la souffle brutalement pour croire qu’elle vit encore en la réalité… mais personne ne vient la souffler et la réalité fratricide se joue sous ses yeux. Ses mots les condamnaient tous, jusqu’à la mort peut-être. Comment avait-elle pu-t-elle tant se tromper sur sa cousine et ses motivations?

Ainsi donc, Martyn et Etaine avaient reçu la même missive. Tous deux l’avaient évincé de ces affaires, pourtant cruciales, et désormais elle devait être le bucher de leurs propres vanités. Une lettre qu’Etaine avait transporté, follement, dangereusement, jusqu’ici. Une lettre qu’elle dissimulait et s’était bien gardée de confesser depuis des semaines. Aujourd’hui, après le crime odieux et presque trop obligeamment, elle la remettait? Quel autre secret se tapissait donc en son coeur? Catelyn n’avait pas compris sa folie que de demander la légitimation de ses bâtards, mais elle commençait à en comprendre le geste…



« Etaine… »

« Visiblement, les secrets sont choses qu’il affectionne. »




Sa voix avait fredonné un avertissement. Un liquide chaud et bouillant se forme en sa glotte, elle ne sait plus déglutir. Une colère sourde danse en elle, se concentrer pour ne pas la laisser éclater trop tôt est difficile. A attendre, à ne pas la réduire au silence maintenant, elle se donne l’impression de trahir le Val et ses habitants. La Colombe, la Harpie du Val, est belle et elle rayonne de ce qu’elle doit se persuader être trait d’esprit. Elle charme le Mantaryen, le Cerf des bois pluvieux, oubliant jusqu’à ses ancêtres et leurs codes de conduite. Aussi Haute qu’honneur, elle ne l’était certainement pas. On ne comptait plus ses frasques, aujourd’hui serait le début des dernières. Pour elle, les Portes du Vak venaient de se fermer. Trahir son propre frère, lever sur son dos l’ombre d’une dague d’argent et l’enfoncer avec les deux mains, était la chose la plus déshonorante de toute. Elle avait déjà tué Eoden Veneur, sa soif de sang ne s’arrêterait jamais.



« Puisqu’une enquête doit avoir lieu et que nous semblons peu à même de coopérer avec un départ précipité… Sachez, mon Seigneur, que je suis disposée à rester ici, à Port-Réal, afin de faciliter les communications entre le Val et la Couronne ainsi que dans le but de vous aider dans cette enquête. J’ai à cœur que justice soit faite sur cette affaire tout comme je souhaite plus que tout voir le Val et la Couronne avancer main dans la main, qu’importe si cela doit se faire contre le Nord. Mon frère aura tout le loisir de résoudre ce conflit par lui-même puisque c’est là son souhait. »



La félonne ! L’accusée, la condamnée par sa propre cousine à une mort certaine, se retourne vers le mur. Elle rage. Non pour elle, mais contre elle-même. Etaine l’avait ensorcelé de ses belles paroles, paroles auxquelles elle voulait tant croire ! Elle, le coeur insidieux, déchiré, déchiqueté par son amour pour Martyn. Sa rancune maladive, sa tare divine, l’avait aveuglée jusqu’à la supporter ces derniers mois. Elle se souvenait encore descendre les longues et glorieuses marches de Barral, se rangeant pour le Sieur Bryen. Ses mains tremblantes, saccadées de soubresauts, sentent encore ses larmes et sa fièvre triste. Elle, la pauvre âme qui voulait fuir vers ses frères du Nord ! Elle la pauvre âme dont les files sont héritiers du puissant et tant regretté prince Tristan, neveux de la Martell ! De sa soudaine haine, son puéril aveuglement, elle voudrait pouvoir lui faire face et cracher ses maux. Souiller son visage immaculé de son propre poison. O poison ! Elle ne répondait pas d’eux? ELLE NE REPONDAIT PAS D’EUX? Ha, l’ironie était belle, était grand et insensée ! Tout le monde savait qu’Etaine n’était Valoise que de nom et de sang, même elle reconnait -elle ne le reconnaitrait désormais plus jamais, à n’en pas douter- qu’elle était bien plus Nordienne. Les Stark étaient sa véritable famille, pour avoir vécu avec eux bien plus longtemps qu’elle n’avait vécu avec les siens. Elle n’était rentrée que pour être mieux envoyée dans les mains de Dorne. Dorne, cet autre ennemi des Dragons ! Ces ennemis à qui elle avait envoyé son fils, espérant qu’il prenne la couronne… Folie ! Et Robart Baratheon l’était tout autant s’il la croyait ! La vérité était qu’Etaine, quelques mois auparavant encore, avait voulu fuir à Winterfell, sous la protection de Theon. La vérité était qu’Etaine n’avait jamais eu l’éducation Valoise et que les nobles ne la suivraient pas. Bien sûr ils avaient pu la soutenir devant la pusillanimité de Martyn, mais quand ils apprendraient qu’elle avait condamné à mort les siens… ils la jetteraient des Eyrié. Les grandes Maisons n’étaient plus derrières elles, c’était terminé. Probablement que Bryen resterait, l’appuierait, aveuglé par son coeur, mais bientôt la Donjon-Rouge se souviendrait de Dame Maria, sa tante, et ils verraient une troisième raison de se méfier de sa soudaine traitrise. Oui, Etaine venait de trahir tous les siens jusqu’à son propre peuple. Elle pouvait bien afficher ce sourire vainqueur et voir la souveraineté du Val pointer l’horizon, mais c’était une traitresse. L’infamie désormais était une marque indélébile sur son corps et elle condamnait sa descendance à un subir le dénouement. Il suffirait de quelques incantations.

La jointure de ses paumes est blanche. Ses veines son gonflées, ses os saillants. Elle l’aimait tant, elle l’avait tant aimée. Comment pouvait-elle se révéler sous son véritable jour d’une manière si terrible? Sa tête se renverse, ses yeux observent le plafond. Elle n’est pas colérique, elle est bien plus. Tout son corps tremble, tout son corps tonne et gronde. Pourtant, même si elle est désormais condamnée à la noirceur de la mort, elle ne peut la déverser sur elle. La voix de son père résonne en elle ; « être aussi haute qu’honneur c’est savoir affronter n’importe qu’elle situation. » Elle expire, elle se meure, elle en est certaine, mais elle se retourne. Lentement, très lentement, si bien que sa traine s’enroule autour d’elle comme un écrin. Peu lui importait qu’elle se consume dans ses propres aveuglement et rage, mais elle n’emporterait pas avec elle le Val entier. 


« ‘‘J’ai beau porter le nom des Arryn, je n’ai jamais été plus étrangère à un lieu. Je n’ai plus rien du faucon et pourtant, lorsque je me regarde dans un miroir, le visage que j’y vois n’est ni celui du loup, ni celui d’un soleil resplendissant…’’ Sa voix est calme, basse et maitrisée. C’étaient tes mots, n’est-ce pas? Un sourire amer dessine ses lèvres blanches et sans couleurs. Ni Faucon, ni Louve… ni Martell. Et pourtant, on dirait que leur oriflamme enflammé t’anime aujourd’hui. Tu m’accules et tu le peux, mais n’oublie jamais le glaive jaloux que tu viens de jeter dans le dos de ta famille. Lui, ne t’oublieras jamais. Tu voulais fuir à Winterfell, je t’en ai retenue. Tu disais que Theon était un frère, bien plus que Martyn, je t’en ai dissuadée. Tu as vécu avec eux, bien plus longtemps que tu nous as connus. De ces calomies, toi ma ténébreuse cousine, tu étais la plus à même de défendre le Nord. Je ne te comprends pas. Je me demande bien pourquoi tu as demandé reconnaissance pour ton bâtard de Dorne quand il est ennemi à notre Roi. Un prince ne te suffit donc pas… Et cette lettre dissimulée jusqu'à aujourd'hui ! Si cette histoire d’empoisonnement du Nord était finalement une sordide vérité, chercherais-tu à encouvrir leurs traces? »



Ses yeux pouvaient s’amuser à être perçants, ceux de Catelyn étaient glaciaux. Ils prenaient source sur les montagnes familiales, dans les plus hauts sommets. La stupidité et l’avidité d’Etaine ne lui faisaient pas peur, elles l’impressionnaient, la tourmentaient, mais elle ne ploierait pas.



« Pourtant, tu as raison sur une chose : il semble insouciant, finalement trop beau, que de répondre de tous les siens. Si l’honneur me le permettait, je reviendrai sur mon serment, sois-en certaine. Tu as toujours voulu te convaincre que tu étais des nôtres… quand bien même ton frère n’a pas hésité à croire en ton innocence alors qu’il ne te connaissait point réellement. Sans hésiter, elle s’avance lentement et place sa paume sur sa joue. Elle sourit encore, mais d’une tristesse intense. Meurtrie jusque dans sa chair. N’aie aucune crainte, douce Etaine, tu en seras convaincue quand du sang des Arryn, tu te seras couverte. »

lumos maxima


HRP:
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Mer 10 Jan 2018 - 23:08

Cette mise en scène n'avait que trop duré. Le seigneur de Port-d'Epice y prenait un plaisir visible, même s'il tentait de leur faire croire ne pas faire plus que son travail. Martyn n'avait toujours pas bougé de son siège, il ne se lèverait pas tel un accusé devant la cour de justice. Ce n'était pas lui que l'on jugeait en ce jour, pas directement du moins. Catelyn... Pourquoi avait-il fallu qu'elle prononce ces paroles, qu'elle attende le dernier moment pour le conseiller ? Il était trop tard pour revenir en arrière, bien trop tard. Il ne pouvait la défendre, mais il ne l'enfoncerait pas non plus, ne l'accuserait pas de tous les maux afin de se sortir de ce piège. Car la Cour venait de faire d'une pierre deux coups : le Maître des Chuchoteurs avait dévoilé une traîtrise, et il pouvait ainsi mieux les accuser de ne pas coopérer, voire même d'être coupable de pire, de l'empoisonnement de lady Rohanna et de la mort de son enfant... Ou de ses enfants, puisque Valyron avait parlé de deux victimes, et presque trois. La perte devait être amère pour le Cerf au faîte de sa gloire ! Mais en ce moment, le Seigneur des Eyriés ne ressentait que peu de pitié ou de compassion pour le Suzerain de l'Orage.

Martyn regarda son épouse un bref instant pour voir si elle supportait le choc. Ils étaient directement attaqués par la couronne. Il était inquiet pour sa femme, même s'il ne l'exprimait pas. Elle se comportait de manière admirable face à l'adversité, mais il aurait préféré qu'elle se taise et se montre plus prudente. Roslinn avait bien tenté de faire valoir sa famille de naissance, mais les autres avaient le mors aux dents et la bave aux lèvres, trop heureux de pouvoir enfin se venger des faucons qui leur avaient tenu tête tant d'années, et leur avaient donné tant de fil à retordre. Il ne s'agissait ni plus ni moins que d'une vengeance pour la guerre qui avait vu la mort de Theodan Baratheon. C'était ainsi qu'il voyait les choses. Oui, l'épouse de la Main avait été empoisonnée, et c'était tragique. Comme l'avait dit le Mantaryen, Martyn frissonnait à l'idée que cela put arriver à son épouse. Mais il n'y pouvait rien et n'avait rien à voir dans cette affaire. La colère de la Main était compréhensible, mais il aurait dû savoir se maîtriser au lieu d'accuser à tort et à travers. Martyn avait pensé qu'avec un nouveau roi, la paix serait possible, mais il s'était lourdement fourvoyé. Ce roi restait un Targaryen, un fou avide de feu et de sang, de guerre et de pouvoir, et ses serviteurs ne valaient pas mieux que lui. Il l'avait oublié, avait osé espérer et sa famille en payait le prix. Ces hommes venaient d'emprisonner l'âme du Val. Comme ils se trompaient s'ils pensaient que cela les aiderait à lui faire courber l'échine ! Il ne pouvait aider Catelyn, pas en cet instant, mais s'il ne pouvait y parvenir plus tard, eh bien, elle serait vengée. Peut-être pas par lui, mais par Lorelei, et par d'autres Valois, si lui venait à tomber. Il ne la regarderait plus, afin de ne pas empirer sa sentence – ni flancher. Il ne pouvait rompre son serment d'aider au mieux ces créatures, et il le regrettait. Ce sentiment était loin d'être noble, mais il était bien réel, et il n'avait aucune envie de lutter contre lui.

Quand Etaine finit par prendre la parole, il fut heureux d'être assis. Elle qui était restée silencieuse si longtemps mettait toute sa verve au service de sa petite personne. La rage envahit le suzerain du Val. Comment osait-elle ?! Et dire qu'il était venu prêter allégeance à Port-Réal de peur qu'elle ne se fasse prendre en otage ou qu'il lui arrive malheur ! Il n'avait pas fini de regretter sa décision. Il braqua un regard ayant la chaleur du blizzard sur sa soeur et ne la quitta plus des yeux. C'était un effort de ne pas montrer la tension qui l'habitait. S'il se levait, il risquait de faire quelque chose d'inconsidéré, et ce ne serait pas dans son intérêt. La langue de vipère ! Quand il pensait à tout ce qu'il avait fait pour elle ! Il aurait mieux fait de la laisser pourrir dans son cachot, elle et ses marmots ! Il lui était difficile de ne pas grincer des dents.

En quelques phrases, elle venait de détruire tout ce qu'il avait tenté pour sauvegarder le Val de l'emprise des Dragons. Elle voulait sa place et était prête à s'abaisser aux pires atrocités pour y parvenir. Elle n'avait pu avoir le trône de Barral, n'avait pu détruire le Val de l'intérieur, alors elle était venue à Port-Réal pour le détruire de l'extérieur, avec une aide étrangère.

Elle proposait même de rester au Donjon-Rouge afin de coopérer au mieux ! Ah ! Elle profiterait de son absence pour raconter tous ses secrets au chuchoteur et tenter de récupérer le trône pour elle-même. Elle n'hésiterait sans doute pas à mentir pour ce faire, ni à tuer. Mais cela, les hautes instances de cet endroit l'ignoraient. Elle était prête à tout pour obtenir le pouvoir, quand lui n'avait voulu que restaurer la paix. Il avait pensé lui proposer de légitimer un de ses bâtards en échange de son aide au Nord, mais n'avait pas eu le temps de le lui proposer. Eh bien, il en était heureux en ce moment précis. Jamais ces bâtards ne poseraient leur séant sur le trône de Barral, il se le jura. Il allait prendre la parole pour lui répondre quand Catelyn le fit avant lui. Martyn aurait peut-être préféré qu'elle se taise, mais cela lui permettait de ne point répondre sous le coup de la colère, et de ne point en dire trop à leurs geôliers.

Les mots de Catelyn firent comprendre la perfidie de sa soeur, et combien elle avait pu manipuler sa cousine. Cette dernière se rendait maintenant compte qu'elle avait eu tort de l'aider dans ses complots, de l'abandonner à son profit, mais il était trop tard. Dommage pour les Arryn, et pour lui. La jalousie était une chose terrible. Etaine ne cherchait rien de bon pour personne d'autre qu'elle-même. Elle verrait le monde à feu et à sang et se délecterait de l'odeur de chair brûlée qui en résulterait.

Etaine voulait jouer ?! Il jouerait également, mais cette fois, ce serait pour gagner. Sa voix était plate et glaciale. Ses doigts pianotaient sur les appuie-coudes du siège,

« Tu as raison, Etaine. Ta place n'est plus ni aux Eyriés, ni dans le Val. Tu ne cherches que ton propre profit. Avec toi à mes côtés, j'aurais eu plus de facilité à convaincre Jorah de retrouver le chemin de la paix. Mais tu préfères rester ici, à préparer la guerre qui verra la mort de ta famille. Il me semble que tu as pris le goût au sang et à la mort. Soit. Je te souhaite de t'en repaître jusqu'à plus soif. »Il détourna le regard vers Robb, « De mon côté, je me rendrai seul à Winterfell pour tenter de l'empêcher. » ... et elle regretterait le jour où il rentrerait de cette mission.

Il se demandait quelle aide elle pourrait apporter à l'enquête sur les empoisonnements... y avait-elle pris part ? Ou bien allait-elle le lui remettre sur le dos une fois qu'il aurait quitté les murs de pierre rouge ? Elle avait eu le temps de se faire des alliés à Port-Réal, lui était arrivé bien trop tard pour cela. Il devrait protéger Roslinn d'Etaine et la renvoyer à la maison le plus rapidement possible en cas d'épidémie d'empoisonnement, ou de rumeurs diffamatoires et de coups bas, aussi dangereux dans cet endroit que des poignards dan le dos.

Quant à Freyja; il n'avait aucun doute qu'Etaine l'aurait elle aussi livrée aux Baratheon... et Martyn n'était plus certain de pouvoir compter sur la parole de la Main pour la garder indemne. De toutes ses décisions, c'était sans doute une de celles qu'il regretterait le plus, même s'il n'avait pas le choix.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Ven 12 Jan 2018 - 18:05

L’honneur au Pays des Dragons
Les Arryn avaient préparé leur interrogatoire, c’était une évidence depuis le début. Tous présentaient le même front uni, les mêmes réponses quoiqu’on leur dise. Enfermés dans leur orgueil, ils avaient cru qu’aucun de ces hommes qu’ils regardaient de haut ne pourrait surpasser leur petit plan. Et pourtant, une accusation avait suffi pour mettre un terme à cette union sacrée qu’ils cherchaient à démontrer. Tout ça n’était qu’une illusion, et Robb tirait une certaine satisfaction à les voir tomber de leur perchoir.

Pourtant, Catelyn avait avoué, là où il s’était attendu à des protestations généralisées. Le nouveau Protecteur aurait pu respecter sa franchise, si elle n’avait pas une fois encore tenté de prouver que c’était la Couronne, et non les Stark, qui portaient le tort de cette affaire. La traitresse ne savait pas à quel point elle était proche d’une quelconque violence de sa part, séparée du plat de sa main uniquement par le nom qu’elle portait. Après tout cela, elle tentait encore de faire passer les traitres, les déloyaux pour les victimes ? De le faire passer lui pour le bourreau égoïste ? Et Martyn Arryn, qui tentait encore une fois, pour la dernière fois sans doute, de lui faire avaler qu’il était un allié et qu’il avait été traité de la pire des façons… Aveugles qu’ils étaient tous, s’ils pensaient pouvoir encore paraître étincelants et purs après tout cela ! Ils plieraient l’échine devant le Trône, ils feraient preuve d’humilité et cesseraient de se croire supérieurs, ou il briserait ces âmes trop orgueilleuses pour qu’elles rentrent dans la place qui était maintenant la leur.

Curieusement, Tyvaros tenta de calmer le jeu, il semblait même touché par la diatribe condescendante à souhait de la Arryn. Il se trompait pourtant, on ne pouvait pas attendre plus des Faucons que ce qu’ils avaient déjà donné à contrecoeur. Il n’était plus temps de tenter de sauvegarder les apparences, s’ils refusaient la main tendue, ce serait le couteau sous la gorge qu’ils coopéreraient, et s’il prenait à Martyn la moindre envie de contrevenir à leurs accord, même sur un point de détail... la tête de sa bien aimée cousine ornerait bientôt les murs de Port-Réal au coté de celle de ce cousin Stark qu’elle semblait tellement admirer, et de tout ceux qui auraient l’insidieuse envie d’affaiblir ce règne pour lequel l’Orage avait tant sacrifié, pour lequel son père avait donné sa vie ! Le Baratheon ne voulait pas de la pitié que le Serpent tentait d’attirer sur Rohanna, pas plus qu’il ne voulait de l’amitié de ces Valois que trop de choses séparaient du monde réel. Il voulait leur obéissance, et d’une façon ou d’une autre, il l’obtiendrait, de cela les Arryn pouvaient être certains.



« Monseigneur. Elle est la fille du plus révéré chevalier du Val, leur dernier prince. Nous ne pouvons nous permettre un châtiment trop dur à son encontre. Le Trône a besoin du Val car le Val fait partie du Royaume. Je préconise de la garder ici sous bonne garde ici. Nous la jugerons plus tard et elle fera un excellent levier de pression à l’encontre de son cousin. Si cela agrée à votre Seigneurie. »



Evidemment qu’il ne la tuerait pas. Pas tout de suite, du moins. Trop de choses bien plus importantes dépendaient des décisions qui devaient être prises aujourd’hui, et même si la colère et l’envie de sang dominait les pensées du Cerf, il n’était pas suffisamment stupide pour gâcher l’atout qui lui était offert sur un plateau. Catelyn Arryn lui serait bien plus utile vivante que morte, à lui comme à la Couronne. Son sort tiendrait le Val tranquille pendant que leurs cousins courraient à leur perte, et la défaite des Stark serait si écrasante qu’elle éradiquerait toute envie de faire pareil des Valois. Alors, il serait temps de décider du sort du Chaton du Val, de décider si faire couler le sang des anciens Roi de la Montagne avait encore une quelconque utilité.

Tout cela, étrangement, n’était que la glace qui se fendillait, le prélude à la véritable chute de la Maison valoise. Le coup final vint des Arryn eux-même, d’Etaine, la sœur du suzerain, qu’il n’avait d’abord presque pas remarqué tant elle s’était faite discrète, la seule à ne pas répondre directement aux questions du Maître des Chuchoteurs. Mais lorsqu’elle prit la parole, l’entièreté du mur que les Arryn avaient tenté de créer, déjà ébranlée par la mise en accusation de la cousine, fut détruite par la sœur. Plus que d’appuyer l’accusation pour laquelle Catelyn avait déjà avoué, Etaine apportait au Cerf l’allégeance du Val sur un plateau. Jusque là, supporter Martyn et ses conditions était une nécessité, mais il avait désormais une alternative, une Arryn qui suivrait la Couronne pour le remplacer s’il devenait trop problématique. Mais la meilleure arme qu’elle lui offrait, c’était le fait que le Seigneur du Val avait fort probablement également compris cet état de fait. A l’instant ou la Colombe du Val avait parlé, il avait perdu son atout le plus précieux, et il se trouvait à la merci du bon vouloir de cette Couronne qu’il méprisait tant.

La réaction des autres ne tarda pas, ce qui ne fit que conforter Robb dans sa certitude : Etaine acquise à sa cause, les Arryn n’en étaient que plus affaiblis. Pourquoi, sinon, sa cousine aurait-elle si ardemment tenté de la décrédibiliser ? Pourquoi le frère aurait-il tenté de dissimuler sa colère en paraissant froid quand ses mots s’apparentaient à un bannissement de sa propre sœur, qui n’avait fait qu’exposer la réalité des faits, celle qui lui-même avait cachée ? Bien sûr, il faudrait vérifier les allégations de Catelyn à l’égard de sa cousine, ne pas accorder une confiance trop grande à Etaine dans les premiers temps, la faire surveiller, mais… La partie était gagnée, de cela le Suzerain de l’Orage était certain. Un pas de plus vers le châtiment du Nord, un pas de plus vers sa vengeance, un pas de moins qui le séparait du moment où il ferait payer à celui qui avait commandité l’empoisonnement de son épouse.

Robb se serait presque amusé de les voir ainsi se quereller, s’il n’avait pas déjà été plus qu’énervé par les diatribes de ces invités ingrats. Il aurait pu les laisser continuer à s’étriper mutuellement, peut-être même cela lui aurait-il valu d’autres informations intéressantes. Mais tout cela devait cesser, maintenant. Les pièces étaient jouées, la partie gagnée pour la Couronne, les Arryn devaient maintenant se soumettre, ou mourir. Las, il ne voulait plus que retourner dans la Tour mortelle, et veiller son épouse jusqu’à sa guérison.

« Je suis fatigué de cette comédie, et j’en ai suffisamment entendu pour aujourd’hui. »

S’il n’avait pas haussé la voix, le ton du nouveau Régent du Royaume était sans appel : quiconque tenterait encore d’avancer sa cause en cet instant précis prendrait le risque de réveiller une fois sa fureur, et c’était une chose qu’il ne valait mieux pas tenter, pas dans la situation dans laquelle ils se trouvaient. Portant son regard sur Catelyn, Robb enjoigna les deux gardes royaux à l’encercler d’un signe de tête, avant de prendre la parole :

« De belles paroles que les vôtres, qui rendraient probablement le plus saint des hommes honteux de ce qu’il est, mais je ne me laisse pas prendre au jeu. Vous voudriez être traités en égal, quand vous admettez qu’il vous est impossible de combattre la trahison de vos cousins ? Vous m’accusez de vouloir un ôtage pour prouver ma supériorité, quand c’est Jorah Stark qui se croit meilleur que tout ceux qui ont ployé le genou, meilleur que votre cousin, en se croyant l’autorité de déclarer son indépendance ? Vous voudriez que l’on vous considère comme des amis, quand vous dites vous-même que l’amitié des Stark compte bien plus pour vous, mais ces deux amitiés ne peuvent exister en même temps en cet instant. L’égalité que vous appelez de vos vœux, quand vous nous accusez de tout faire pour vous rabaisser, cette égalité se mérite, elle n’est pas offerte. »

Robb fit quelques pas dans la salle, les mains croisées derrière son dos, appréciant le silence relatif qui s’était installé. Peut-être était ce le calme qui annonçait la tempête, peut-être qu’un jour, on se souviendrait de ce moment comme de celui qui avait déclenché une guerre avec le Val. Mais on saurait également que c’était leur orgueil, et pas celui des Baratheon, qui aurait déclenché les hostilités. Sa voix avait été presque basse quand il s’était adressé à la Arryn, alors qu’il se trouvait à peine à une vingtaine de centimètres de son visage pour la fixer dans les yeux. Reprenant le ton autoritaire et fort caractéristique de sa famille, il continua sa diatribe.


« Votre cousine veut d’un monde où l’on ne doit pas prêter allégeance sous condition, monseigneur, mais je m’interroge, avez-vous seulement tenté de négocier votre non intervention en cas de guerre avec le Nord avant de prêter serment ? Non, que ce soit parce que vous pensiez sa Majesté ou moi-même trop indignes ou trop idiots pour comprendre la douleur qu’est le fait de combattre sa propre famille, ou simplement parce que l’idée ne vous est pas venue à l’esprit. Ce monde où l’on prête allégeance sous condition, c’est vous qui l’avez créé, pas moi, pas le Roi.

Pourtant, ce tort a été réglé, et j’ose espérer que maintenant que toute la vérité est apparue, vous vous tiendrez à vos engagements, Seigneur Arryn. Prouvez-moi que vous êtes bien cet allié de la Couronne que vous m’assurez être, et je saurai me souvenir du fait que ces promesses n’étaient pas que des mots en l’air. »


Enfin, il se tourna vers Etaine, si prometteuse Etaine, qui serait peut-être la clé nécessaire à la soumission inconditionnelle du Val. Qui peut-être détenait des informations sur l’empoisonnement de ses enfants. Qui, quoiqu’il arrive, avait contribué à faire chuter les Faucons en ce jour. De cela, le Baratheon saurait se souvenir, quand il serait temps d’éclaircir les objectifs de la jeune femme. A elle, et à elle seule, Robb offrit un léger hôchement de tête, avant de lui annoncer sa décision quant à ce qui l’attendait :

« Vos bons sentiments vous honorent, ma dame, et j’accepte avec joie votre proposition de rester à Port-Réal, ainsi que votre offre de coopérer pleinement avec la Couronne. Vous pouvez conserver vos quartiers jusqu’au départ des autres notables du Royaume, nous vous trouverons ensuite un appartement plus confortable. Je suis sûr que nous avons beaucoup à nous dire, et cet entretien ne saurait pas trop tarder. »

Un autre geste aux deux chevaliers à la livrée blanche, et chacun d’eux entoura l’un des bras de Catelyn d’une poigne ferme et sans affection aucune. Elle était une prisonnière désormais, une traitresse, et elle ne méritait aucune compassion, aucune retenue. Robb la toisa alors de toute sa hauteur, le regard froid et ferme tandis qu’il prononçait sa sentence :

« Compte tenu de votre rang, vous vous verrez assigner une chambre, de laquelle vous ne sortirez pas sans autorisation préalable. Vous n’êtes pas autorisée à garder qui que ce soit à votre service, et les serviteurs qui s’occuperont de vous auront pour ordres clairs de ne pas vous adresser la parole. Quant aux gardes qui vous seront assignés… Ce sont des hommes de l’Orage, ils savent qui vous êtes, je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas tenter de vous attirer leur sympathie, vous le regretteriez. A compter de maintenant, et jusqu’au jour de votre jugement, Catelyn Arryn, vous êtes seule. »

A peine sa phrase terminée, les chevaliers quittaient la pièce en l’emmenant avec eux, conduisant la valoise qui croyait pouvoir voler plus haut que les dragons dans sa cage. A peine était-elle partie que Robb se tourna vers Martyn et Roslinn, concluant là les échanges houleux.

« Messeigneurs, ma Dame, vous êtes libres de quitter la ville et de rejoindre vos terres. J’attends que Freyja Stark nous soit renvoyée au plus tard pour la prochaine Lune. Quant à Jorah Stark, sentez-vous libre de le rencontrer, si vous croyez pouvoir encore le raisonner. »

Se tournant à son tour vers la porte, Robb l’ouvrit et s’apprêta à quitter les lieux, ajoutant une dernière phrase à l’attention de son subordonné.

« J’en ai terminé, Lord Tyvaros. Merci pour votre aide précieuse dans cette affaire. »
Codage par Libella sur Graphiorum
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    Hier à 0:51

L’Honneur au pays des Dragons

ft.


















La discussion avait pris un tour… intéressant.

Alors que Valyron avait terminé de murmurer à l’oreille du Cerf, une voix s’était fait entendre. Clair était son timbre, haute était sa tonalité, et déterminé était le ton : Etaine Arryn avait ouvert les hostilités. Elle avait gardé le silence jusqu’alors, se contentant de laisser la part belle au reste de sa famille, qui était en pleine lumière. Ils en étaient venus à l’oublier alors qu’elle était là, patientant avec voracité, attendant le moment parfait. Et là, alors que ledit moment était enfin arrivé, elle avait sauté au visage des siens, toutes griffes dehors, pour leur arracher les yeux.

« La paix est encore possible, mon frère. Les hommes ont simplement de bien trop grands problèmes personnels pour le voir. »

Un long soupir envahit subitement le calme qui s’était fait dans la pièce alors que le reste de l’assemblée accusée s’était figé en regardant cette dame au maintien si noble, au port-altier si droit s’avancer pour continuer son laïus.

« Vous avez raison, mon Seigneur. L’amour nous a poussé à nous taire, à garder sous silence cette trahison que Catelyn a réalisé dans les pires circonstances. Mais ces mots ne sont que les siens et aujourd’hui, je l’affirme… »

Le regard qu’Etaine Arryn adressa à sa cousine Catelyn n’échappa à personne, et certainement pas au Chuchoteur. De l’autre côté de l’accusation lancée, la Dame de Rougefort ne pipait mot, se contentant de fixer sa cousine les lèvres scellées, blanchissant sous la force de la pression de sa mâchoire pour ne rien dire.

« Tu te trompes, chère cousine. L’Honneur de notre famille ne consiste pas à nous élever plus haut que terre. Il consiste à faire ce qui est juste, même si pour cela, nous devons laisser la plus haute partie du ciel aux Dragons. »

Même Valyron ne put s’empêcher un haussement de sourcils surpris face à la déclaration de la Harpie du Val. La plus haute partie du ciel aux Dragons ? Diable, que la formule était élégante et plaisait au conseiller de Jaehaerys, mais diantre qu’elle était peu subtile. En tout cas, Valyron jubilait : les Arryn se déchiraient devant eux, le Protecteur n’aurait plus qu’à se pencher pour ramasser les restes. Etaine continuait à décocher flèche sur flèche dans le dos de sa famille : le Serpent était fasciné.

« Seigneur Main, ce qui est arrivé à votre épouse durant cette journée est un acte de barbarie sans précédent et ne fait que me rappeler mes propres tourments. Je sais ce que représente l’injustice devant pareille situation et je ne peux que comprendre les méthodes employées ici, que certains les trouvent dures ou non. »

C’était parfait. Même dans leurs rêves les plus fous, les deux hommes du Roi n’auraient pu espérer meilleur dénouement. Avec l’un des grands Faucons faisant défection, c’était tout le Val qui allait se soumettre. C’en était terminé des grandes postures, la rétivité du Val venait d’être annihilée.

« Je ne répondrai de personne d’autre que moi en ces lieux, seigneur Tyvaros. Je connais les loups pour avoir vécu avec eux et mon cœur se brise à l’instant même où ces mots sortent de ma bouche, mais je ne puis affirmer avec certitude que Jorah et les siens sont innocents dans cette affaire. Mon bien aimé cousin m’a envoyé une lettre peu de temps avant notre départ des Eyriés, affirmant ce désir d’indépendance et souhaitant rallier le Val à ses idéaux. Cette lettre se trouve actuellement dans mes appartements et vous sera apportée si tel est votre souhait. Concernant la position du Val, j’ai tenté d’échanger avec mon frère à ce sujet. Je ne prendrais nul risque en m’exprimant pour lui à ce sujet. »

Valyron loucha vers la Harpie avec un regard vipérin. L’information était importante. Etaine Arryn avait effectivement vécu à Winterfell et se trouvait sans doute être la plus à même d’appuyer sur la plausibilité ou non de la responsabilité des Nordiens dans l’empoisonnement de Rohanna Baratheon. Et le plus surprenant était encore cette lettre… Une preuve à charge, amenée jusqu’à Port-Réal par celle qui aurait dû régner comme consort de Dorne. Quoi qu’il aurait pu advenir ici, Etaine Arryn avait visiblement décidé de vendre les Stark, ce qui était une bonne chose du point de vue du Serpent. Restait à savoir depuis combien de temps elle avait connaissance des plans de son cousin au Loup… Du fond de la pièce, où les Arryn semblaient s’être transformés en statues de cire, un soupir agacé échappa de la bouche de Catelyn Arryn.

« Etaine… »


« Visiblement, les secrets sont choses qu’il affectionne. »

Leurs voix s’étaient chevauchées. D’un côté, Etaine s’était tournée vers son frère pour laisser une expression de mépris souverain envahir son visage alors que de l’autre, Catelyn proférait un avertissement amer qui resta sans suite… le temps d’un instant. Déjà Etaine reprenait, captant une fois de mieux l’attention du Maître des Chuchoteurs.

« Puisqu’une enquête doit avoir lieu et que nous semblons peu à même de coopérer avec un départ précipité… Sachez, mon Seigneur, que je suis disposée à rester ici, à Port-Réal, afin de faciliter les communications entre le Val et la Couronne ainsi que dans le but de vous aider dans cette enquête. J’ai à cœur que justice soit faite sur cette affaire tout comme je souhaite plus que tout voir le Val et la Couronne avancer main dans la main, qu’importe si cela doit se faire contre le Nord. Mon frère aura tout le loisir de résoudre ce conflit par lui-même puisque c’est là son souhait. »

Et voilà. Les mots précieux venaient de tomber de l’arbre et Robart Baratheon ainsi que Valyron Tyvaros se précipitaient au bas pour les ramasser dans le panier de leurs intrigues. En acceptant de rester de plein gré à Port-Réal, Etaine Arryn marquait de nombreux points, notamment dans le domaine de la collaboration à l’enquête qui continuait. Valyron croisa brièvement le regard de Robart Baratheon, un échange silencieux, satisfait et entendu entre les deux hommes : les Arryn étaient neutralisés, et les masques étaient tombés.

« ‘‘J’ai beau porter le nom des Arryn, je n’ai jamais été plus étrangère à un lieu. Je n’ai plus rien du faucon et pourtant, lorsque je me regarde dans un miroir, le visage que j’y vois n’est ni celui du loup, ni celui d’un soleil resplendissant…’’ C’étaient tes mots, n’est-ce pas ? Ni Faucon, ni Louve… ni Martell. Et pourtant, on dirait que leur oriflamme enflammée t’anime aujourd’hui. Tu m’accules et tu le peux, mais n’oublie jamais le glaive jaloux que tu viens de jeter dans le dos de ta famille. Lui, ne t’oublieras jamais. Tu voulais fuir à Winterfell, je t’en ai retenue. Tu disais que Theon était un frère, bien plus que Martyn, je t’en ai dissuadée. Tu as vécu avec eux, bien plus longtemps que tu nous as connus. De ces calomnies, toi ma ténébreuse cousine, tu étais la plus à même de défendre le Nord. Je ne te comprends pas. Je me demande bien pourquoi tu as demandé reconnaissance pour ton bâtard de Dorne quand il est ennemi à notre Roi. Un prince ne te suffit donc pas… Et cette lettre dissimulée jusqu'à aujourd'hui ! Si cette histoire d’empoisonnement du Nord était finalement une sordide vérité, chercherais-tu à encourir leurs traces ? »

Livide de fureur, de stupéfaction et peut-être de résignation, Catelyn Arryn venait de prendra la parole, empêchant quiconque de réagir à ces révélations fracassantes. Valyron jugea intéressant de laisser la joute verbale entre Arryn se poursuivre. Peut-être que de nouvelles informations en ressortiraient ! La Dame de Rougefort déployait des trésors de majesté et de glaciale tourmente qui impressionnaient Valyron, mais ce n’étaient plus que de simples mots. Rien de tout cela ne changerait le cours des événements d’aujourd’hui.



« Pourtant, tu as raison sur une chose : il semble insouciant, finalement trop beau, que de répondre de tous les siens. Si l’honneur me le permettait, je reviendrai sur mon serment, sois-en certaine. Tu as toujours voulu te convaincre que tu étais des nôtres… quand bien même ton frère n’a pas hésité à croire en ton innocence alors qu’il ne te connaissait point réellement. N’aie aucune crainte, douce Etaine, tu en seras convaincue quand du sang des Arryn, tu te seras couverte. »

Dans un geste presque tendre, que l’on senti emplit de regret, Catelyn avait déposé une paume blessée sur la joue de sa cousine, celle qui l’avait si bien vendue au Serpent qui attendait désormais les directives du Cerf Couronné. Alors que le silence revenait dans la pièce, laissant les deux premières belligérantes aphones, c’était au maître du Val, le chef de la maison Arryn, de prendre la parole. Son discours fut lapidaire, simple et définitif.

« Tu as raison, Etaine. Ta place n'est plus ni aux Eyriés, ni dans le Val. Tu ne cherches que ton propre profit. Avec toi à mes côtés, j'aurais eu plus de facilité à convaincre Jorah de retrouver le chemin de la paix. Mais tu préfères rester ici, à préparer la guerre qui verra la mort de ta famille. Il me semble que tu as pris le goût au sang et à la mort. Soit. Je te souhaite de t'en repaître jusqu'à plus soif. »

Et voilà, on venait d’assister au divorce entre Etaine Arryn et le reste de sa famille. Parfait, la Harpie n’en serait que plus disposée à collaborer.

« De mon côté, je me rendrai seul à Winterfell pour tenter de l'empêcher. »

C’était toujours cela de pris. Si l’on pouvait encore éviter ce conflit, mieux valait mettre toutes les chances de leur côté. La venue du seigneur du Val au Nord au nom de la Couronne serait un symbole fort partout : tout le monde verrait comment le plus grand des guerriers de Westeros, l’un des plus légendaires suzerains, avait traversé la moitié du continent pour aller défendre le Roi Targaryen contre lequel il s’était battu quelques mois plus tôt. Jaehaerys prendrait peu à peu des habits de diplomate et cela encouragerait ceux qui voulaient s’y opposer à négocier…

« Je suis fatigué de cette comédie, et j’en ai suffisamment entendu pour aujourd’hui. »

Le ton était clair : Robart Baratheon mettait un terme à l’entretien. Valyron épousseta sa veste en la tendant légèrement, chassant un pli, alors que les deux gardes royaux encadraient Catelyn Arryn.

« De belles paroles que les vôtres, qui rendraient probablement le plus saint des hommes honteux de ce qu’il est, mais je ne me laisse pas prendre au jeu. Vous voudriez être traités en égal, quand vous admettez qu’il vous est impossible de combattre la trahison de vos cousins ? Vous m’accusez de vouloir un ôtage pour prouver ma supériorité, quand c’est Jorah Stark qui se croit meilleur que tout ceux qui ont ployé le genou, meilleur que votre cousin, en se croyant l’autorité de déclarer son indépendance ? Vous voudriez que l’on vous considère comme des amis, quand vous dites vous-même que l’amitié des Stark compte bien plus pour vous, mais ces deux amitiés ne peuvent exister en même temps en cet instant. L’égalité que vous appelez de vos vœux, quand vous nous accusez de tout faire pour vous rabaisser, cette égalité se mérite, elle n’est pas offerte. »

Valyron triomphait. Il ne souriait pas, car il craignait la réaction que pouvaient avoir le reste des Arryn. Martyn pouvait trouver du soutien ailleurs et protester officiellement. Cela semblait toutefois peu réaliste, surtout avec sa cousine adorée en otage à la capitale. Alors que le Protecteur du Royaume savourait les fruits de la victoire du jour, il mit ses mains derrière le dos pour toiser tous ceux qui étaient là.

« Votre cousine veut d’un monde où l’on ne doit pas prêter allégeance sous condition, monseigneur, mais je m’interroge, avez-vous seulement tenté de négocier votre non intervention en cas de guerre avec le Nord avant de prêter serment ? Non, que ce soit parce que vous pensiez sa Majesté ou moi-même trop indignes ou trop idiots pour comprendre la douleur qu’est le fait de combattre sa propre famille, ou simplement parce que l’idée ne vous est pas venue à l’esprit. Ce monde où l’on prête allégeance sous condition, c’est vous qui l’avez créé, pas moi, pas le Roi.

Pourtant, ce tort a été réglé, et j’ose espérer que maintenant que toute la vérité est apparue, vous vous tiendrez à vos engagements, Seigneur Arryn. Prouvez-moi que vous êtes bien cet allié de la Couronne que vous m’assurez être, et je saurai me souvenir du fait que ces promesses n’étaient pas que des mots en l’air.
»

Valyron espérait désormais que tout se passerait bien. Mais après tout… Ce Martyn n’oublierait jamais la journée qui s’était déroulée ici.. S’il pouvait mourir, assassiné par des Nordiens furieux de le voir défendre la cause centraliste contre la leur, quel drame ce serait… Et cela ouvrirait la voie à bien d’incroyables conséquences. Le Serpent réfléchit un moment à son réseau au Nord… Peut-être devrait-il mettre un plan sur pieds, au moins une ébauche, afin de présenter cette option au Baratheon en cas de besoin. Dans le même temps, Robart s’était tourné vers Etaine.

« Vos bons sentiments vous honorent, ma dame, et j’accepte avec joie votre proposition de rester à Port-Réal, ainsi que votre offre de coopérer pleinement avec la Couronne. Vous pouvez conserver vos quartiers jusqu’au départ des autres notables du Royaume, nous vous trouverons ensuite un appartement plus confortable. Je suis sûr que nous avons beaucoup à nous dire, et cet entretien ne saurait pas trop tarder. »

Dans un geste légèrement théâtral qui soulignait l’importance du moment, la Main du Roi fit signe aux chevaliers de la Blanche Epée et Catelyn Arryn devint prisonnière de la Couronne.

« Compte tenu de votre rang, vous vous verrez assigner une chambre, de laquelle vous ne sortirez pas sans autorisation préalable. Vous n’êtes pas autorisée à garder qui que ce soit à votre service, et les serviteurs qui s’occuperont de vous auront pour ordres clairs de ne pas vous adresser la parole. Quant aux gardes qui vous seront assignés… Ce sont des hommes de l’Orage, ils savent qui vous êtes, je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas tenter de vous attirer leur sympathie, vous le regretteriez. A compter de maintenant, et jusqu’au jour de votre jugement, Catelyn Arryn, vous êtes seule. »

C’était la meilleure chose à faire. Valyron soupira intérieurement de soulagement, craignant que dans sa fureur, le Protecteur ne l’envoie directement sur l’échafaud. La colère des Baratheon était connue partout, et leur devise ne pouvait être plus véridique. Leur était la fureur. Alors que Catelyn Arryn était emmenée vers son lieu de détention, Robart eut une dernière parole pour le reste de l’assistance.

« Messeigneurs, ma Dame, vous êtes libres de quitter la ville et de rejoindre vos terres. J’attends que Freyja Stark nous soit renvoyée au plus tard pour la prochaine Lune. Quant à Jorah Stark, sentez-vous libre de le rencontrer, si vous croyez pouvoir encore le raisonner. »

Bien sûr qu’il le fallait ! Valyron s’étrangla de peur que tout ne bascule à ce moment précis, mais il ne se passa rien de plus. Le Protecteur tourna les talons et se dirigea vers la sortie.

« J’en ai terminé, Lord Tyvaros. Merci pour votre aide précieuse dans cette affaire. »

L’attention surprit Tyvaros qui se courba en une révérence de remerciement respectueux. Quelques instants plus tard, le plus puissant de tous les pairs du royaume avait disparu dans l’encadrement de la porte. Alors que les Arryn eux-mêmes s’apprêtaient à sortir, Valyron s’avança vers Martyn d’un air neutre. Il était inutile de faire montre de provocation désormais : la partie était gagnée, il n’y aviat plus qu’à être le plus efficace possible.

« Seigneur Martyn… Si vous pouviez me communiquer un endroit à votre convenance, je m’occuperais personnellement de ramener Freyja Stark ici. Je vous assure qu’elle sera bien traitée. »

C’était le plus simple, le plus logique et le plus sûr. Elle pouvait encore mystérieusement s’enfuir, être enlevée ou toute autre surprise malséante. Non non non, le maître espion du Roi lui-même, avec une escorte d’hommes compétents et loyaux, se chargerait de ramener la prise à la capitale. Compatissant presque pour la situation du seigneur au Faucon, le Serpent ajouta dans un murmure sincère.

« A titre personnel, monseigneur, je vous remercie pour toute l’aide que vous apportez à la Couronne malgré ces conditions particulières… »

Concernant le personnage qu’était Valyron et son mépris pour tout ce qui n’était pas Valyrien ou entièrement dévoué aux Targaryen, c’était un énorme compliment et une grande marque de bienveillance. Le Serpent de Mantarys était extrêmement satisfait de la tournure qu’avaient pris les événements, mais il savait également voir une humiliation quand il en était témoin. Un homme si puissant et si fier humilié de la sorte ne l’oublierait pas, jamais. Ce n’était pas une question de diplomatie ou d’arrondir les angles, mais de bienséance. Après tout, Martyn aurait pu simplement se reclure dans son château et attendre la fin de l’orage, mais non. Il allait se diriger vers le Nord et Winterfell, il allait livrer Freyja… L’homme méritait au moins ces remerciements à mi-mots, qui tenaient déjà de l’ordre du miracle dans la bouche venimeuse de Valyron Tyvaros.

L’enquête progressait… Bientôt, le coupable serait dévoilé avec certitude, bientôt…

Le sang coulerait.




• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: L'honneur au pays des Dragons    

Revenir en haut Aller en bas
 

L'honneur au pays des Dragons

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Haiti sur une liste de pays juges ennemis de Wasington
» Haiti des années 60-70-80: Le pays était-il mieux sous Papa et Baby Doc ?
» Canada, le Pays le Plus Accueillant au Monde pour les Expatriés
» Renom et honneur du marine Walter C Drake
» Wikileaks: Les pays Arabes peu tendre envers l'Iran

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
After the Conquest :: 

The seven kingdoms

 :: Terres de la Couronne :: Port-Réal
-