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 We may stumble and fall but shall rise again

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: We may stumble and fall but shall rise again   Mar 21 Nov 2017 - 19:24


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




Pouvait-on envisager une cérémonie de mariage plus chaotique que la nôtre ? Alors que la litière qui me conduisait jusqu’à la colline de Rhaenys traversait les rues animées mais sales de la capitale, je ne pouvais m’empêcher de repenser à ce mariage qui avait été le mien. Il avait été entaché par le sang, par la calomnie, par l’injure et les pires provocations. Le Nord n’était pas venu, Dorne était venu accompagné d’un présent honteux, le Val avait ajouté ses querelles internes à la fête tandis que l’épouse de la Main du Roi, du cousin du nouveau roi couronné, s’était effondrée au milieu de la foule. J’avais voulu accompagner Rohanna Baratheon, faire fis de mon devoir de toute nouvelle reine, car je ne connaissais que trop la douleur de la perte d’un enfant. D’un geste réflexe je portais ma main à mon ventre, définitivement plat. Ce ventre avait porté la vie, l’espace de quelques mois, bien trop peu de temps pour que cela puisse être public, mais bien assez pour que je me laisse aller à des fantaisies ridicules. J’en avais honte, mais je m’étais imaginé devenir mère. Cela n’avait duré que quelques jours, l’enfant n’ayant guère résisté au siège de Port-réal, et pourtant cela s’était comme ancré dans mon cœur et mon esprit. Sans doute aurais-je pu envisager de retourner au Nord pour cet enfant. Sans doute aurais-je envisagé de renier mon destin aux côtés de Jaehaerys pour être la mère de l’enfant de Jorah Stark. Cette idée rendait l’attitude de Jorah à mon égard encore plus détestable et insupportable. J’avais réclamé le dialogue, demandé l’écoute, supplier pour la tempérance, rien n’avait pu le faire reculer. Le blâmais-je pour autant ? Sans doute pas. Les terres du Nord étaient celles d’hommes fiers et honorables, il devait se laver de l’affront fait aux Stark lors du divorce, quand bien même avait-il accepté ce divorce de prime abord.

« Nous sommes arrivés, Votre Grâce. »

La porte qui s’ouvrait laissait entrer un vent chaud chargé de poussière. La colline de Rhaenys était bien lointaine du Donjon Rouge, et j’appréciais cette impression de liberté après n’avoir pas quitté les murs de la résidence royale durant de longues semaines. Je me remémorais encore sans peine les voyages de mon enfance jusqu’au Septuaire du Souvenir, du moins ce qui me semblait être un voyage tant le temps me paraissait interminable. Nous venions rendre hommage à Rhaenys, cette reine guerrière qui avait donné sa vie pour la Conquête. Alors que je pénétrais à pieds au cœur de la demeure des dragons, qui remplaçait désormais le septuaire détruit il y a longtemps déjà, je comprenais plus que jamais que le monde de mon enfance et celui-ci étaient étrangers. Mon enfance avait été faite de jeux et de prospérité, nous honorions ma grand-mère sur la colline de Rhaenys et nul n’était le besoin de maintenir nos dragons enfermés au sein de tels dômes. Aujourd’hui, il n’était plus question de paix ou de prospérité, il n’était plus question de dragons survolant la ville. A l’image de nos dragons, nous étions enfermés dans un dôme d’incertitude qui nous poussait même à nous questionner sur notre avenir. Qu’adviendrait-il de tout cela si le continent entier replongeait dans la guerre à la suite des provocations du Nord ?

Je pénétrais au cœur de Fossedragon d’un pas lent, l’espace était gigantesque, à l’image d’une arène capable d’accueillir de fantastiques bêtes. Un seul dragon était en plein vol, visiblement à l’aise avec le fait d’être confiné au sein de ce dôme. Je n’avais pu mettre les pieds dans cet endroit depuis la mort de Vif-Argent, je n’avais pu regarder ces magnifiques bêtes s’envoler sans sentir mon cœur se serrer. La douleur était toujours à vif alors que je regardais le dragon argent qui me survolait. Il était légèrement plus large que ne l’avait été Vif-Argent, l’argent de ses écailles étaient plus foncé et nuancé, ce dragon était plus jeune mais sans doute plus puissant lorsque Vif-Argent avait été léger mais d’une rapidité à toute épreuve. Je restais aveugle un instant alors que son atterrissage soulevait un nuage de poussière immense. Je pouvais sentir l’anxiété du dragonnier qui se trouvait quelques mètres en arrière. Le dragon n’avait jamais été monté, il avait grandit en dehors du dôme et se trouvait ainsi être encore d’une taille impressionnante. Il n’y avait rien de plus imprévisible qu’un dragon, et sans doute aurait-il pu me dévorer en moins d’une seconde au cœur même du nuage de poussière qui s’était élevé et dans lequel nous étions tous deux drapés. A mesure que le sable semblait se redéposer au sol, j’apercevais les yeux perçants de l’animal. Ils étaient d’un bleu glacé incroyable. Je restais un instant interdite, fixant de mon regard celui de l’animal soufflant et tempêtant. Il aurait été faux de dire que j’étais en totale confiance, mais je n’avais pas peur. Je n’avais jamais eu peur des dragons, ils étaient une partie de mon être et de mon héritage, mais il y avait en plus quelque chose d’unique chez ce dragon. Je n’étais guère venue pour le simple plaisir d’observer la magnificence de cet animal, mais bien parce que les dragonniers avaient souligné une attitude inhabituelle, quelque chose leur indiquant qu’il avait changé. Celui-ci s’était rapproché de Vermithor, semblant contre toute attente former un couple avec ce dernier. Il n’y avait eu qu’un pas pour imaginer qu’un lien s’était lié entre moi et Aile-d’argent, un dragon que je n’avais pourtant pas revu depuis de longues années, depuis mon enfance et ses jeunes années.

Le temps suspendait son vol l’espace d’un instant alors que je risquais un pas en avant. Ailes-d’argent reculait presque instinctivement, hurlant de tout son saoûl alors que les dragonniers tentaient de me faire reculer. Il n’était pas temps de reculer, il fallait avancer ou abandonner, et un dragon ne pouvait accepter l’abandon. Ainsi je continuais à avancer, un premier pas provoquait une réaction encore plus violente de la part du dragon qui laissa s’échapper un mince filet de flammes en direction des cieux. Je ne parlais pas et pourtant j’avais l’impression de pouvoir communiquer avec lui comme j’avais pu le faire avec Vif-Argent. Il avait peur, il n’avait pas l’habitude de cela, il était encore solitaire, mais il sentait que cela changerait. Il nous faudrait du temps afin de nous apprivoiser totalement l’un et l’autre, mais je pouvais constater qu’Ailes-d’argent avait, tout comme moi, saisi l’importance de ce lien qui nous unissait.

« Il nous faudra sortir d’ici. Je reviendrai dans peu de temps. »

Il me faudrait gagner sa confiance, tout comme il devrait gagner la mienne, mais je n’avais plus de doute quant à ce que d’autres avaient envisagé avant moi : Ailes-d’Argent me reconnaîtrait bientôt comme sienne, et se reconnaîtrait comme étant mien. Fossedragon n’était pas le lieu pour le monter, il nous faudrait quelques jours, peut-être des semaines, et un espace illimité. Alors que je quittais Fossedragon, je ne pouvais m’empêcher de constater que ce vide qui m’avait habitée et torturée depuis plus d’une année, semblait avoir commencé à se combler. J’avais été Targaryen sans dragon, dépourvue de ce lien intangible qui coulait pourtant dans mes veines, sans doute par fidélité pour celui qui avait donné sa vie pour moi. Il était temps que je redevienne celle que j’avais toujours été.


***

Le bras déposé sous ma tête était d’une peau diaphane et douce, il semblait s’emboîter à la perfection avec le creux de mon cou, comme si nous avions été créés l’un pour l’autre. La respiration de Jaehaerys était légère et apaisée, signe qu’il dormait paisiblement. Il n’était pas du genre à faire de longues nuits, mais lorsqu’il dormait il semblait capable de rejeter au loin les préoccupations qui le maintenaient occupé toute la journée durant. Il était bien différent de moi en ce point. Cela faisait maintenant de longues nuits que je passais à moitié éveillée, ressassant les événements des quinze derniers jours, et notamment les dernières révélations. Lady Rohanna Baratheon avait été empoisonnée, et le mestre qui s’était occupé d’elle blâmait le Nord. Jaehaerys avait été informé de cela par un Robb plus furieux que jamais, plus malheureux que jamais de s’être vu arraché la vie précieuse de cet enfant à naître. Comment blâmer un homme terrassé par le chagrin d’avoir perdu un enfant et d’avoir contemplé un instant la menace de perdre son épouse.

« Tu ne dors pas. »

Je sursautais au son de la voix de mon frère. Il n’avait guère changé de position, avait simplement ouvert les yeux pour me regarder avec un sourire tendre. Il semblait être capable de lire en moi comme personne, pouvait-il ainsi lire dans mes pensées durant son sommeil ?

« Comment se porte Robb ? »
« Comme tu t’en doutes, il est terrassé de chagrin. Lady Rohanna est elle-même désespérée. »
« Le Nord… Cela me semble impossible. »
« C’est pourtant bien ce qui se dit, ce dont est convaincu Robb. »

C’était plus que dissonant. Jorah s’était montré têtu, revêche, sourd aux arguments et plus agressif que jamais envers la Couronne, mais j’avais passé près de quatre années au cœur de Winterfell et je pouvais me targuer de connaître les Nordiens. Le poison n’était pas une arme honorable, et s’ils avaient voulu s’en prendre au Lord Baratheon alors ils l’auraient combattu en personne. S’attaquer à une femme n’était pas la méthode des hommes du Nord.

« De quoi tu es convaincu, toi ? Il doit y avoir une explication autre… »
« … Rhaenys… Pourrais-je bénéficier du calme de l’aurore avant de devoir discuter de poison et de trahison ? S’il te plait ? »

Il avait prononcé chaque mot avec la douceur la plus terrible, sans doute aurais-je pu tempêter s’il s’était s’agit de me faire taire, mais il voulait simplement profiter du peu d’instants de calme dont il disposait, et je n’étais pas disposée à les lui dérober. Nous restions ainsi de longues minutes, je déposais ma tête contre sa poitrine nue alors qu’il laissait ses doigts jouer avec mes cheveux. Il y avait une telle tendresse au sein de notre mariage qu’il me semblait n’être pas réel. Tous criaient à l’infamie, à l’abomination, et sans doute avais-je pu le comprendre un instant, mais alors que je nous voyais tous deux si proches, alors que je constatais l’amour inconditionnel qui nous unissait, je ne pouvais plus y voir que l’harmonie.

Bien trop de choses parcouraient mon esprit pour que je puisse véritablement profiter de cet instant de calme et de sérénité. Je pensais à Robb, à sa douleur, je pensais surtout à Rohanna Baratheon et la peine immense qui était la sienne. Je pensais également à Jorah, que j’avais tant aimé mais que je ne comprenais plus. Je pensais au Nord et à ces seigneurs que je respectais tant malgré le fait que ce ne soit jamais réciproque. Mes décisions avaient eu de lourdes conséquences, mais il était hors de question de permettre une nouvelle guerre. Dans son chagrin, Robb était prêt au combat, et sans doute de nombreux sudistes le suivraient. Cela signerait la fin de notre espoir de paix, je ne pouvais l’accepter. Je voulais croire à une issue diplomatique et pacifique à cette crise. Je voulais croire et espérer en un continent unifié et paisible. Je voulais croire à une prospérité retrouvée sous le règne de Jaehaerys.

« Que comptes-tu faire à propos de Dorne ? »
« Rhae… »
« Lorsque l’ambassadrice a révélé son présent… Par les Sept j’aurais pu… »
« … Lui sauter à la gorge. Je t’ai vue. Je suis heureux que tu ne l’aies pas fait. »
« Nous offrir le soi-disant crâne de notre grand-mère, notre chère grand-mère prénommée comme moi, le jour de nos noces ! Présenter cela comme un cadeau ! Comme la preuve de leur bonne volonté ! Nous prennent-ils pour des demeurés ? »

Je m’étais relevée sous l’effet de la colère, assise je regardais Jaehaerys qui était resté allongé et me regardait d’un air sérieux.

« L’entente avec Dorne est importante, Rhaenys. »

Alors qu’il caressait mon dos pour m’apaiser, je gardais le silence, en pleine ébullition interne. Dorne était un autre problème. Il semblait d’ailleurs que les problèmes ne se trouvent tout autour de nous et qu’à mesure que nous tournions la tête un nouveau problème n’apparaisse.

« Nous devons protéger notre famille. C’est ce qui compte, n’est-ce pas ? »

Je me levais et lui jetais un regard interrogateur. Protéger notre famille. Comment pouvions-nous faire ça à présent que le poison était entré au Donjon Rouge ? Comment protéger notre famille lorsque notre tante était notre ennemi et que nos cousins étaient en proie au désarroi le plus légitime ? Je quittais la chambre après un rapide baiser pour rejoindre mes appartements et me préparer. Jaehaerys marquait un point : nous devions être présents pour notre famille. Et les Baratheon étaient de la famille. J’avais vu Robb à quelques occasions depuis la terrible soirée de mon mariage, mais jamais encore n’avais-je osé ou pu aborder le sujet de sa perte. Jamais encore je n’avais pu le conforter de mon soutien le plus total.

***


« Prévenez sa seigneurie la Main que je souhaite lui rendre visite dans les plus brefs délais. »

Le page qui s’inclinait se hâtait en direction des appartements de Robb Baratheon, suzerain de l'Orage et Main du roi Jaehaerys Ier. Je ne voulais pas que Robb soit appelé à me rendre visite, je voulais me déplacer en personne afin de lui témoigner mon soutien. Il était plus que jamais essentiel de nous soutenir, tant dans l’épreuve terrible qu’il traversait que dans les épreuves politiques qui nous attendaient.

« Sa Majesté, la Reine Rhaenys. »

Les portes qui s'ouvraient, me révélait au regard d'un homme visiblement dévasté.


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Jeu 23 Nov 2017 - 20:31

 We may stumble and fall but shall rise again
Les choses étaient toujours plus faciles à oublier lorsqu’on avait une bataille à mener. Une vérité universelle, tout homme qui se prétendait guerrier avait appris à ne penser qu’au combat à venir pour s’y préparer, mettant de coté toutes les douleurs, toutes les peines et tout les ennuis qui pesaient sur ses épaules. On ne pouvait pas vaincre en portant le deuil, ni se battre avec le poids du malheur qui entrave les mouvements. Longtemps pour Robb, le combat avait été une nécessité, sous les ordres de son père ou pour l’honneur, aujourd’hui, c’était un échappatoire comme un autre, et le moyen de s’évader de ce sort qui semblait s’acharner sur lui.

La Main du Roi ne dormait plus à la Tour, une information qui avait rapidement fait le tour du Donjon Rouge. Les rumeurs à ce sujet allaient bon train, certains avançaient que c’était Lady Rohanna elle-même qui avait éconduit son mari, le forçant à prendre ses quartiers ailleurs. D’autres affirmaient qu’elle était une sorcière, et que tout accès à la chambre où les enfants du seigneur de l’Orage avaient perdu la vie était interdit, car leur mère maléfique avait lancé une nouvelle malédiction sur les lieux et sur la Maison qui avait un jour humilié sa famille de naissance. Mais toutes ces messes basses, ces tentatives de se rassurer en prouvant que les puissants étaient bien pire qu’eux se taisaient sur le passage du Baratheon, par crainte ou par respect. Car si les rumeurs étaient une chose, les faits en étaient une autre, et ceux-ci racontaient une toute autre histoire : le Cerf Couronné était désormais le Protecteur du Royaume, Régent de fonction sinon de titre du Royaume tout entier, et personne ne voulait s’attirer son courroux s’il venait à entendre les prédictions que certains pouvaient faire sur sa vie de couple.

La vérité était toute autre, la conséquence d’un choix qu’il avait laissé à son épouse, d’un acte commis par ses ennemis, d’un conflit sur le point de naître. La raison pour laquelle, malgré la position que tous voyaient comme la plus puissante du Royaume, Robb devait se préparer à la guerre. Jamais auparavant il n’avait tant risqué de perdre tout ce pour quoi il avait été élevé, alors que sa propre famille se liguait pour le faire tomber, alors que Rohanna elle-même semblait décidée à l’abandonner. Meurtrie, elle avait parlé de répudiation, il était clair qu’elle ne voulait que rentrer auprès des siens, et le Seigneur de l’Orage ne pouvait pas réellement l’en blâmer : de leur union, elle n’avait pu qu’être un témoin éloigné de l’ascension de son mari, alors qu’elle même n’en avait récolté que douleur et malheur. Elle avait toujours voulu être libre, et cette promesse, il lui avait faite le jour même de leur noce, à ses côtés libre elle serait. S’il n’avait pas réussi à la protéger, s’il avait manqué à tous ses autres vœux, celui là, il pouvait encore s’y tenir, même si la pensée de la voir le quitter était une lame qui s’enfonçait un peu plus dans son coeur à mesure qu’on lui apprenait qu’elle se remettait, et que l’échéance fixée se rapprochait : lorsque sa convalescence serait terminée, le choix serait fait, et chaque jour qui passait semblait, par l’absence de la Biche, asseoir un peu plus la certitude de son départ définitif.

Toutes ces révélations, seules, auraient pu suffire à mettre un homme à terre, mais il fallait encore ajouter la Cour, ses machinations, ses tentatives permanentes de s’élever au dépens de ceux qui leur étaient supérieurs. Tous auraient voulu être à sa place, quand Jaehaerys l’avait nommé Régent, et ils voyaient à présent l’occasion de tenter d’achever un animal déjà blessé par le sort que les Dieux et les hommes avaient scellé pour lui. Et pourtant, Robb ne pouvait pas se permettre de rester à terre et d’attendre que d’autres scellent son sort. Le Nord criait à l’indépendance avec ferveur, le Mestre avait affirmé qu’ils étaient à l’origine du poison qui avait causé la mort de ses héritiers. Dorne se gaussait de son indépendance, allant jusqu’à insulter la Maison Royale le jour de son mariage. Les Îles de Fer étaient toujours indépendantes, et gardaient l’héritier de son allié en otage. Jaehaerys serait un grand Roi, mais il était jeune, inexpérimenté, et probablement encore trop idéaliste, il avait besoin qu’un guerrier prépare le terrain d’une paix qu’il pourrait apporter lorsque son règne commencerait réellement, sans plus personne pour prendre les décisions à sa place, et le jeune homme avait décidé qu’il ne trouverait pas meilleur Régent qu’en la personne du Baratheon, de cet honneur il ne pouvait se défaire, il ne voulait pas se défaire, s’assurer de la prospérité du règne des dragons était tout autant son devoir que celui de faire sien les combats qu’avait mené son père. Pour les Targaryen, pour Theodan, pour l’honneur, et pour ne pas sombrer dans une folie sans nom, ces combats, il les mènerait tous. C’était désormais la seule chose qui le poussait encore à quitter la couche de sa chambre d’emprunt, et si en même temps il pouvait obtenir la vengeance contre ceux qui s’étaient crus suffisamment loin pour échapper à sa colère, ce n’était que mieux. Bientôt, le Cerf aurait peut-être tout perdu, mais il s’assurerait que ses ennemis n’aient même plus le droit d’exister avant de disparaître

L’aube se levait sur Port-Réal, mais la Main du Roi ne dormait plus depuis longtemps. C’était devenu une habitude depuis qu’il avait quitté la Tour, Robb ne dormait plus que quelques heures chaque nuit, quand l’engourdissement et la fatigue prenaient enfin le dessus sur le fil sombre de ses pensées. Un état de grâce, vraiment, que celui de ne plus avoir à lutter contre l’assaut de pensées morbides, ou contre l’impression de n’être qu’un brin d’herbe qui se dressait contre le souffle tout-puissant de la volonté des Dieux, et le murmure plus pernicieux des hommes. Il ne durait jamais cependant, et il fallait alors redoubler de volonté pour dépasser ces barrières qui s’imposaient à son existence même. Tout naturellement, le Cerf était revenu à ce qu’il connaissait le mieux, il se concentrait uniquement sur son devoir, sur ses envies de sang, de vengeance et de destruction des ennemis de la Couronne et de son règne sur les terres qui étaient, de droit comme de sang, les siennes. Dans sa garde personnelle, Robb avait choisi les plus habiles à manier l’épée à deux mains, et durant ses heures libres, il ne faisait qu’enchaîner les passes d’armes, préparant sous une chaleur caniculaire le moment où il pourrait réellement abattre le jugement de sa lame sur ce Loup trop fier et trop arrogant. Les réunions avec d’autres conseillers ne concernaient souvent que l’état des forces armées des royaumes, l’établissement de stratégies, l’inventaire des provisions et la création de chaînes d’approvisionnement. Pas un seul d’entre eux n’ignorait la fureur du Baratheon à l’égard des Stark, née de leur manque de respect, de leurs insultes, et embrasée par cet empoisonnement aussi terrible qu’immoral. Qu’ils parlent d’honneur, ces nordiens, il ne leur serait d’aucune utilité lorsque les lames de l’Orage seraient au plus près de leur gorge, prêtes à rendre leur ultime sentence pour les crimes commis ! Ce n’était pas l’hiver qui venait à eux, mais la fureur tempétueuse du Sud, et pour celle-là, ils ne seraient jamais suffisamment prêts. Bien sûr, aucune guerre n’était déclarée, pas encore, mais nul n’ignorait que le Protecteur du Royaume n’attendait que le plus petit des prétextes pour déchaîner les forces à sa disposition contre quiconque aurait la folie de croire qu’il laisserait ainsi les crimes contre sa famille, qu’elle soit Targaryen ou Baratheon, impunis.

Les heures précédant l’aube étaient les plus difficiles à passer, n’offrant que peu de possibilités de se distraire dans le silence relatif du Donjon Rouge à ces heures. Alors, Robb les affrontait l’épée de ses ancêtres à la main, huilant, aiguisant, celle qui serait un jour l’instrument de la justice et de la vengeance. Enfant, il se souvenait avoir passé le même temps à l’entretenir pour son père, impatient du jour où il pourrait la brandir à son tour. Que n’aurait-il pas donné aujourd’hui pour que ce soit encore Theodan qui la porte... Lui vivant, il n’aurait encore été que l’héritier, à l’abri de ces attaques dont il avait été victime, coupable uniquement d’être trop fier de son père, et trop impatient de lui ressembler le jour où il prendrait sa place. Vêtu uniquement d’un pantalon, c’était en plein ouvrage qu’il fut dérangé par un page vêtu de la livrée royale, l’informant que la Reine lui rendrait bientôt visite. Il acquiesca, et tandis que le jeune homme retournait auprès de sa maîtresse, enfila une tunique légère jetée plus que posée sur le lit défait. Hors de la Tour de la Main, seule une poignée de serviteurs l’avaient suivi, à qui il imposait un rythme bien moins soutenu que celui qu’ils connaissaient auparavant. Peu lui importait que ses quartiers soient parfaitement rangés, son lit refait tous les jours, il avait autre chose à faire que de se prélasser le matin dans des draps frais. Evidemment, Robb n’avait pas prévu que Rhaenys vienne lui rendre visite.

Il n’avait que peu croisé sa cousine dans les jours qui avaient suivi le mariage, chacun d’eux ayant des préoccupations et des priorités désormais bien différentes. Le regard de la Reine, de plus, avait quelque chose de dérangeant pour le Baratheon, qui y voyait à présent le désolement qu’elle pouvait éprouver à son égard, là où avant n’existait qu’un respect et une considération mutuelle, en plus d’une amitié qui s’était renforcée durant l’année écoulée. La souveraine avait déjà ses propres problèmes à régler, il suffisait de voir les scandales provoqués par et pendant son mariage, et la Main ne pouvait voir dans la considération qu’elle portait à ses propres malheurs qu’un poids supplémentaire à ces événements, que la Reine devait également porter, d’une certaine manière. Sa position par rapport au Nord restait également nébuleuse, la nouvelle des intentions du Nord étant parvenues à Port-Réal presque au même moment que le mariage, et il avait été difficile, avec toutes les préparations à faire, qu’ils puissent se retrouver pour en discuter. Et s’il ne faisait aucun doute qu’elle connaissait la position de la Main concernant cette future rébellion, l’inverse était loin d’être vrai. Peut-être était-ce là le motif de sa venue ? Robb n’avait jamais douté que Rhaenys n’abandonnerait pas le pouvoir, même si officiellement elle n’était plus Régente, et cet état de fait avait quelque chose de rassurant, il préférait de loin bénéficier de l’appui d’une amie plutôt que d’avoir à agir seul concernant un Royaume que, somme toute, elle devait mieux connaître que lui. Il ne fallut pas longtemps pour que le page revienne, annonçant cette fois la souveraine des Sept Couronnes, qui fit son entrée presque immédiatement ensuite.

Autant qu’il le put, Robb s’efforça de faire bonne figure, offrant un maigre sourire avant de s’incliner.

« Votre Majesté. »

Se redressant, il jeta un œil aux alentours de ses appartements, constatant le léger désordre qui pouvait y régner.

« Excusez l’état de mes quartiers, je dois avouer que je n’avais pas anticipé la venue de qui que ce soit ici… Mais j’imagine que ce n’est pas pour cela que vous avez quitté votre lit si tôt. Que puis-je pour vous, ma Reine ? »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Jeu 23 Nov 2017 - 21:13


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




La pièce était spacieuse, une grande fenêtre ouvrait sur la ville et laissait pénétrer en son sein l’air chaud de l’aurore. Le lit était encore défait, quelques feuilles trainaient au sol quand de nombreux libres gisaient sur le bureau. La pièce elle-même exhalait une odeur de cuir mêlé aux embruns de la mer. Il ne faisait aucun doute qu’un homme habitait ces appartements, il ne s’agissait pas de n’importe quel homme mais bien de celui entre les mains duquel avaient été remises les clés du Royaume. Jaehaerys avait immédiatement eu foi en l’homme que j’avais désigné comme sa Main. Robb n’était pas seulement le seigneur de la famille Baratheon, leader de la Rebellion, il était également notre cousin de chair et de sang. Le sourire que le jeune homme m’offrait alors que je pénétrais dans la pièce n’avait rien de convainquant et pour cause, cela faisait-il sans doute bien longtemps qu’il n’avait pu bénéficier d’un esprit serein et léger.

« Votre Majesté. »

Il courbait le dos alors que je progressais d’un pas supplémentaire pour permettre à la porte de se refermer derrière moi. Alors qu’il restait un instant silencieux, l’on pouvait entendre le son d’une cloche marquant le début d’une nouvelle journée. Bientôt le soleil serait à nouveau bien haut dans le ciel et la chaleur deviendrait progressivement accablante. L’été était plus que jamais des nôtres, et si cela ne me posait pas de problème tant la chaleur était mon élément, beaucoup commençaient déjà a déplorer les conditions de vie terribles qu’imposerait une canicule sur la capitale. Je promenais mon regard au gré de mon attention, le long des murs, au sol, contemplant les multiples bibelots et traces de vies qui animaient la pièce et l’encombraient presque.

« Excusez l’état de mes quartiers, je dois avouer que je n’avais pas anticipé la venue de qui que ce soit ici… Mais j’imagine que ce n’est pas pour cela que vous avez quitté votre lit si tôt. Que puis-je pour vous, ma Reine ? »

Je me laissais aller à rire, un rire discret et simple, mais sincèrement motivé par l’amusement le plus complet. S’il y avait bien une chose dont je ne me préoccupais guère c’était bien l’état des quartiers des hommes du royaume. Je n’ignorais pas la situation délicate qui éloignait le couple suzerain de l’Orage et il ne faisait aucun doute que ce déménagement inopiné ne soit de mauvais augure.

« Détrompez-vous, je suis depuis peu chargée de surveiller que les hommes de ce royaume rangent leurs chambres correctement. »

Un grand sourire aux lèvres, je tentais l’humour pour désamorcer l’éventuelle gêne qui aurait pu s’instaurer entre nous. Il y avait bien des sujets pour nous embarrasser : son mariage, le mien, le Nord, Dorne, les Îles de Fer, le Conflans. Pas une minute ne semblait pouvoir s’écouler sans qu’un nouveau problème ne fasse surface. J’avais accepté de me délester du rôle officiel de Régente, par respect pour Jaehaerys et la confiance qu’il souhaitait accorder à Robb, et je pensais ce dernier être le mieux placé pour régenter le royaume durant les derniers mois nous séparant de la majorité du Roi. Cependant il avait toujours été dans mon tempérament de partager mon opinion, et Robb Baratheon me connaissait à présent bien trop pour s’imaginer que je puisse me restreindre.

« Je souhaitais simplement prendre de vos nouvelles, mon cousin. Voilà de longs jours sans réellement nous parler, j’espérais que nous puissions prendre le temps de le faire ce matin. J’espère, du moins, ne pas vous déranger ? »

La porte dérobée qui s’ouvrait discrètement laissait entrer une jeune femme qui devait avoir à peine quinze années. Sa petite silhouette était mince et elle se déplaçait la tête baissée comme pour faire en sorte que sa présence ne soit pas notifiée. Combien étaient-ils dans ce cas-là ? Combien de fois ces personnes étaient-elles entrées dans une pièce sans être remarquées ? Pour poser simplement une carafe d’eau ou de vin, quelques gobelets, une assiette de biscuits ou de quoi faire sa toilette. Je la regardais un instant et elle ne loupa pas mon geste. Comme pétrifiée, elle restait un instant interdite, déposant du bout des doigts le plateau qu’elle portait à bout de bras. Durant un instant je pu voir qu’elle ne savait quoi faire. Devait-elle parler ? Partir ? Courber le dos devant la reine ? Elle se contenta d’une révérence sommaire, que je saluais d’un sourire qui la fit rougir instantanément, puis replaçant mon regard sur Robb je l’entendais partir à la hâte et refermer la porte derrière elle.

« Êtes-vous bien installé ici ? »

Je me déplaçais d’un pas leste jusqu’à la petite console où avait été déposée la carafe remplie d’un nectar délicieux et deux coupes. Je remplissais bien vite les deux coupes avant de faire quelques pas pour rejoindre mon cousin. Le regard que je lui adressais était véritablement celui d’un membre de la famille, il n’était guère question de Reine ou de Main. J’étais une femme, il était un homme, et nous avions tous deux du souffrir dans nos chairs à cause des circonvolutions du destin. J’élevais la coupe afin de la lui tendre alors que je me trouvais plus proche de lui que jamais.

« Considérez que vous avez le droit de ne pas en parler… Mais… Comment se porte Lady Baratheon ? »

Je patientais un instant alors que la main de Robb s’emparait de la coupe que je lui tendais, puis j’ajoutais d’une voix douce presque chuchotée.

« Et comment vas-tu, toi, Robb ? »

Les occasions d’une telle familiarité étaient bien rares entre nous. Durant une longue année j’avais été Régente de ce Royaume et il en avait été la Main. Nous n’étions pas seulement liés par le sang, par l’amitié, nous avions vécu tout ceci ensemble, et ce lien intangible que nous avions tissé à travers l’adversité me poussait à présent à lui témoigner mon amitié la plus sincère et ma confiance. Nous étions seuls, accompagnés de nos chagrins et de nos deuils, et si je disposais d’une épaule sur laquelle me reposer en la personne de mon frère, Robb, lui, était plus seul que jamais. Je n'oubliais pas le sentiment dévastateur que pouvait insuffler à l'âme la solitude dans l'adversité. Je n'ignorais pas la peine d'être soudainement l'ennemi de l'être qui peuple notre coeur. Je n'ignorais rien non plus de la peine qu'avait pu ressentir Rohanna Baratheon lorsqu'elle compris le tour que lui avait joué le destin. J'avais érigé tant de murs protecteurs que beaucoup murmuraient à la Cour que rien ne pouvait me faire vaciller. J'avais souris poliment lorsque le soit disant crâne de ma grand-mère m'avait été présenté, j'avais serré les dents avec une telle force que sans doute aurais-je pu les déchausser. Je n'avais montré aucun signe de douleur lorsque la missive annonçant l'absence du Nord lors des festivités avait été lue en présence du conseil restreint tout entier. J'avais été présente dès l'aube pour une nouvelle session du conseil restreint, seulement quelques heures après que le sang eu fini de quitter mon ventre, emportant avec lui tout espoir de vie en mon sein. Je n'avais pas pleuré, pas ce soir là, j'avais regardé avec une fascination presque morbide la tâche grossir à mesure que les minutes s'écoulaient. Je l'avais regardé et m'étais demandé s'il s'agissait là d'une réponse du destin à mes questionnements les plus intimes. J'avais pleuré la nuit suivante, lorsque regagnant mon lit je touchais mon ventre encore légèrement enflé. J'avais pleuré après mon entrevue avec un Jorah plus froid et dur que jamais. J'avais pleuré la nuit suivante lorsque j'avais rêvé de ses bras. Personne n'avait vu. Personne n'avait entendu. Rien ne s'échappait du silence de mes appartements. Le peuple avait vu une reine sereine et prête à le soutenir dans chacune de ses actions. La noblesse avait vu la guerrière que je pouvais être, et la Régente que j'avais du devenir. Le monde entier avait cette image de femme forte, au regard toujours serein et bon, au visage tantôt souriant et bienveillant, tantôt de marbre ne laissant échapper aucune émotion. Et pourtant... il y avaient bien des émotions pour m'étreindre et m'étouffer la nuit. Combien de fois m'étais-je réveillée en sueur, frappée par la vision d'horreur d'un dragon dévoré, du corps d'un frère en putréfaction, des mains aventureuses d'un oncle le long de mon corps, d'une mare de sang autrefois symbole de vie... Il y avait bien des choses qui me tenaient éveillées la nuit. Bien des choses. Et je remerciais les Sept, de m'avoir accordé des bras pour me bercer. Une voix pour m'apaiser. Un regard pour m'enlacer. Un époux, pour enfin, m'aimer.


© Belzébuth

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Sam 25 Nov 2017 - 14:25

 We may stumble and fall but shall rise again
A ceux qui croyaient que Rhaenys n’aurait jamais du être Reine, il aurait suffi qu’ils passent cinq minutes avec elle dans une pièce pour comprendre toute l’erreur de leur préjugé. La jeune femme dégageait cette aura imposante, de celles que l’on ne peut manquer et qui inspirent un respect immédiat à tout qui serait mis en sa présence. Ils pouvaient parler, ils pouvaient médire, tout ceux qui criaient à l’union hérétique et à l’ illégitimité, lorsque l’on se trouvait en présence de la Targaryen, seul un idiot ou une personne faisant preuve de la pire des mauvaises foi pourrait clamer qu’elle n’avait pas trouvé sa place. Ce mariage, aussi peu conventionnel soit-il, était l’oeuvre de quelque chose de plus grand, et aucun homme n’avait le droit de s’y opposer. D’une pointe d’humour, elle balaie ses excuses, et en d’autres temps le Baratheon aurait probablement surenchéri, mais il n’avait pas vraiment l’esprit à rire, et ne lui répondit que d’un sourire peu convaincant. La Reine n’avait pas l’air prompte à le plaindre ou à se lamenter pour lui, cependant, et pour cela, il lui était reconnaissant. Trop de courtisans déposaient sur son passage leurs condoléances sincères ou non, leurs sourires désolés cachés derrière leurs révérences pour qu’il apprécie encore ce genre de geste. Rhaenys restait naturelle, et pour cela elle ne méritait que plus son respect.

« Je souhaitais simplement prendre de vos nouvelles, mon cousin. Voilà de longs jours sans réellement nous parler, j’espérais que nous puissions prendre le temps de le faire ce matin. J’espère, du moins, ne pas vous déranger ? »

Jetant un œil sur l’épée qui reposait dans son fourreau, encore posée contre le siège sur lequel il était resté assis depuis deux bonnes heures déjà, Robb ne remarqua pas tout de suite la servante qui était entrée par l’une des centaines de portes cachées disséminées dans le Donjon Rouge. La Main du Roi n’appréciait que très peu ces passages discrets, qu’il estimait créés autant pour le confort de la noblesse qui n’avait pas à s’inquiéter du passage des petites mains que pour s’assurer que tout un chacun puisse être surveillé des plus facilement. Rapidement, il avait interdit l’usage des quelques passages de sa chambre dans la Tour quand il était présent, mais ici les habitudes des serviteurs avaient la vie dure, d’autant qu’il ne s’occupait plus que très peu de ce genre de détails.

« A dire vrai, je crois qu’un peu de compagnie ne me fera pas de mal, je crois que si je passe encore une matinée entière à m’occuper seul, l’épée de mon père finira par tomber en morceau d’être trop affutée. Vraiment, votre présence est plus que bienvenue, Majesté, d’autant que nous avons beaucoup à discuter. »

La servante s’éclipsa après une révérence maladroite, les laissant à nouveau seuls dans la pièce après avoir déposé une carafe de vin et deux coupes à leur disposition. Avait-elle reçu des instructions, ou bien se tenait-elle simplement toujours derrière les murs, prête à satisfaire à n’importe quel besoin que l’occupant de la pièce pouvait avoir à la minute où c’était nécessaire ? Preuve en était que même les serviteurs avaient des secrets inatteignables pour les grands de ce monde, qui malgré toutes leurs responsabilités ne comprenaient pas toujours le fonctionnement des plus petits détails de leur vie, qu’ils prenaient simplement pour acquis. Une pensée fugace qui traversa l’esprit de la Main aussi vite qu’elle le quitta, des affaires autrement plus importantes occupant ses pensées de manière plus permanente. Rhaenys reprit la parole, avant de se diriger vers les rafraichissements pour remplir les deux coupes.

« Êtes-vous bien installé ici ? »

« Autant que possible. Il est difficile de se plaindre du confort qu’offre le palais quand partout ailleurs certains peinent ne fut-ce qu’à trouver un endroit sûr où se reposer. »

Bien sûr, il aurait pu ajouter que l’endroit n’avait rien d’un foyer, Robb avait l’impression de revenir aux débuts de son installation au Donjon Rouge, dans la Tour de la Main. L’endroit lui semblait alors tellement étranger et différent par rapport à Accalmie qu’il ne s’y sentait pas à sa place. Il lui avait fallu des mois pour s’y habituer, pour se faire à l’idée que ces nouveaux quartiers seraient son foyer, pour une période prolongée au moins. Mais petit à petit, il avait appris à apprécier cette chambre, ces quartiers, en faisant un peu plus un endroit qui lui rappelait ses propres appartements à la forteresse des Baratheon. L’arrivée de Rohanna avait fini de lui ôter les derniers regrets qu’il avait à vivre si loin de son foyer, et même si ses terres lui manquaient, il s’était progressivement ouvert à la possibilité de considérer la Tour de la Main comme une seconde maison. Et pourtant, à peine ce moment passé, tout avait été balayé par les événements du mariage, et de nouveau le Donjon rouge était apparu comme l’écrin de richesses et de confort infesté de serpents qu’il pouvait être. Son monde s’était écroulé, à nouveau, et l’avait laissé dans cette chambre qui ne représentait qu’un nouveau réceptacle de ses échecs, y passer son temps ne faisait que lui rappeler la dure réalité des choses, ce départ qu’il craignait plus que le reste et les malheurs de sa Maison.


« Considérez que vous avez le droit de ne pas en parler… Mais… Comment se porte Lady Baratheon ? »

La Targaryen s’était approchée de lui pour lui tendre une coupe, dont il se saisit après avoir incliné la tête en signe de remerciement. Pourtant, dès que son épouse avait été mentionnée, un voile sombre s’était installé dans son regard. Elle se remettait, de cela il était certain selon les rapports que certains des membres de sa suite lui faisaient quotidiennement, mais du reste, il ne savait rien de l’état de la Biche Pendue. Depuis leur dispute, Robb avait tout fait pour ne pas avoir à la croiser, sachant pertinemment qu’il lui avait laissé un choix, et que chaque moment où il la verrait ne ferait que le tenter un peu plus de la convaincre de se plier à ce qu’il voulait réellement. Alors, il avait préféré s’isoler, même si égoïstement, il espérait parfois que la rémission de son épouse ne soit pas si rapide, car l’incertitude restait préférable à devoir vivre avec son départ, et la fin de leur vie ensemble. Il n’eut cependant pas le temps de répondre à la jeune femme devant lui que, sur un ton plus confidentiel, elle compléta sa question :

« Et comment vas-tu, toi, Robb ? »

Prenant une gorgée du liquide avant de répondre, le Baratheon indiqua d’un geste les deux sièges se trouvant devant la large table qui lui servait de bureau lorsqu’il n’occupait pas son office désignée, ou la salle du Conseil Restreint. Il n’était pas question qu’il s’asseye de l’autre côté, ils étaient trop proche pour mettre une barrière si formelle entre eux. Alors qu’il prenait place, Robb réfléchit à la manière de formuler sa réponse. Il était inutile de nier l’évidence, et d’assurer à la Reine qu’il allait parfaitement bien, ou d’éluder les dernières nouvelles concernant son couple. Hormis son frère et sa sœur, Rhaenys était celle qui correspondait le plus à la définition d’une famille à Port-Réal, et une année passée à se soutenir l’un l’autre dans l’exercice du pouvoir avait créé entre eux des liens ineffables, comparables à deux frères d’armes qui avaient vu ensemble le pire et le meilleur, et survécu pour pouvoir ensuite en parler avec une nostalgie telle que même les pires moments pouvaient parfois être évoqués avec une pointe de regret, parce qu’ils avaient été affrontés ensemble. Oui, la reine était désormais la plus à même de remplir le rôle de confidente auprès du Cerf, surtout depuis qu’il n’avait plus Rohanna. D’un soupir las, le Régent décida donc qu’être honnête valait mieux qu’une politesse contenue, sans compter que les rumeurs devaient déjà avoir atteint les oreilles de la souveraine bien avant qu’elle ne vienne le voir.

« J’aurais cru que ton mariage signerait la fin de beaucoup de problèmes, mais… Les Dieux n’ont visiblement pas terminé de nous tourmenter. Te dire que tout va bien alors que je suis ici au lieu d’être à la Tour serait ridicule, et je crois qu’il est préférable que tu sois mise au courant de ce qui pourrait se passer prochainement. »

Reprenant une gorgée de sa coupe, il fallut à Robb rassembler sa volonté quelques secondes avant de pouvoir évoquer tout haut ce qu’il n’avait encore jamais confié à personne.

« Rohanna veut rentrer chez elle. Elle m’a demandé de la répudier, pour qu’elle puisse retourner près des siens, et que tous les malheurs qui se sont abattus sur ma Maison puissent être du passé, c’est la raison pour laquelle je suis ici, et pas là-bas. Je lui ai laissé le choix, quand elle sera entièrement rétablie, elle pourra partir pour ne jamais revenir, ou rester et se battre pour garder ce qui est à elle, et je n’interférerai pas avec son choix. »

Les mots étaient sortis avec difficulté, puis avec une facilité grandissante, comme une libération que Robb attendait depuis un moment déjà. Oui, énoncer les choses clairement, les confier à quelqu’un d’autre allégeait ses épaules, imperceptiblement peut-être, mais d’une certaine manière, il en était apaisé.

« J’ai perdu mes héritiers, le Royaume est aussi instable qu’auparavant si pas plus, alors que j’avais espéré que ton mariage arrangerait les choses, et calmerait le Nord une fois qu’ils n’auraient plus eu aucune possibilité de s’y opposer. Et au lieu de ça… »

Serrant le poing à cette pensée, Robb ne termina pas sa phrase, ce n’était de toutes façons pas nécessaire. Il lui fallut un certain temps pour reprendre sa contenance pour ne pas exploser devant sa souveraine, alors seulement il termina :

« Ajoute à ça les Arryn dont la position est au mieux divisée, au pire plus que trouble, Dorne qui envoie pique après pique en attendant de voir comment nous réagirons… J’ai l’impression de marcher sur des cendres ardentes, avec tous ces traitres potentiels qui cherchent à me pousser pour que je m’effondre. »


D’un geste, Robb termina sa coupe, laissant le temps à sa compagne du matin de digérer ses paroles. Après seulement, il lui posa la même question à son tour :

« J’espère que les choses se passent mieux pour toi que pour moi ? »
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Rhaenys Targaryen
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Dim 26 Nov 2017 - 19:32


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




« A dire vrai, je crois qu’un peu de compagnie ne me fera pas de mal, je crois que si je passe encore une matinée entière à m’occuper seul, l’épée de mon père finira par tomber en morceau d’être trop affutée. Vraiment, votre présence est plus que bienvenue, Majesté, d’autant que nous avons beaucoup à discuter. Autant que possible. Il est difficile de se plaindre du confort qu’offre le palais quand partout ailleurs certains peinent ne fut-ce qu’à trouver un endroit sûr où se reposer. »

Je lui souriais tendrement et l’évocation de Theodan Baratheon me rappelait aux heures les plus sombres de la guerre que nous avions menée il y a un an déjà. Nous avions prié pour que tout ceci n’eut été en vain, et pourtant il semblait que les morts innombrables ne suffisaient pas à calmer la soif guerrière des hommes de ce pays. Theodan n’était pour moi que le lointain souvenir d’un oncle que je n’avais que très peu côtoyé. Je me souvenais cependant d’un homme juste et puissant, d’un guerrier et d’un meneur d’hommes dont la réputation n’était plus à faire. Theodan avait été un homme fort du royaume durant de longues années, et il me semblait qu’au même titre que la mort de mon père, sa disparition marquait un tournant dans l’histoire de Westeros. Les anciens n’étaient plus et voilà que la nouvelle génération prenait la relève pour tenter de mener le royaume vers la prospérité. Robb et moi-même étions les représentants de cette génération, jetée bien trop tôt dans les bras du massacre, inexpérimentés et effrayés un temps face à l’ampleur de la tâche, mais plus que jamais déterminés à faire ce qui était juste.

« J’aurais cru que ton mariage signerait la fin de beaucoup de problèmes, mais… Les Dieux n’ont visiblement pas terminé de nous tourmenter. Te dire que tout va bien alors que je suis ici au lieu d’être à la Tour serait ridicule, et je crois qu’il est préférable que tu sois mise au courant de ce qui pourrait se passer prochainement. Rohanna veut rentrer chez elle. Elle m’a demandé de la répudier, pour qu’elle puisse retourner près des siens, et que tous les malheurs qui se sont abattus sur ma Maison puissent être du passé, c’est la raison pour laquelle je suis ici, et pas là-bas. Je lui ai laissé le choix, quand elle sera entièrement rétablie, elle pourra partir pour ne jamais revenir, ou rester et se battre pour garder ce qui est à elle, et je n’interférerai pas avec son choix. »

Je le fixais d’un regard plein d’incompréhensions. Ainsi Rohanna souhaitait-elle être répudiée pour laver la soi-disant honte qu’elle avait amenée sur la Maison Baratheon ? Et Robb était disposé à la laisser partir ? Tout cela n’avait pas le moindre sens. Il y avait tant de mariages fondés sur la simple stratégie politique et militaire, tant d’unions dépourvues d’amour et de tendresse, tant de jeunes hommes et femmes jetés dans les bras l’un de l’autre bien malgré eux. Robb et Rohanna Baratheon disposaient d’un mariage certes éprouvé mais dans lequel était né un amour incommensurable. Cela se voyait dans la situation actuelle même. Rohanna était ainsi prête à affronter la honte d’une répudiation pour protéger Robb et sa famille, quant à Robb il était prêt à voir partir la femme que son cœur chérissait plus que tout au monde afin de lui offrir cette liberté à laquelle elle était tant attachée. C’était du gâchis. Un gâchis ridicule. Si j’avais eu l’intention d’interrompre Robb afin de le lui signifier, la solennité de son ton et la gravité de ses propos me poussaient à le laisser finir ce qui semblait être bien difficile à prononcer.

« J’ai perdu mes héritiers, le Royaume est aussi instable qu’auparavant si pas plus, alors que j’avais espéré que ton mariage arrangerait les choses, et calmerait le Nord une fois qu’ils n’auraient plus eu aucune possibilité de s’y opposer. Et au lieu de ça… Ajoute à ça les Arryn dont la position est au mieux divisée, au pire plus que trouble, Dorne qui envoie pique après pique en attendant de voir comment nous réagirons… J’ai l’impression de marcher sur des cendres ardentes, avec tous ces traitres potentiels qui cherchent à me pousser pour que je m’effondre. J’espère que les choses se passent mieux pour toi que pour moi ? »

Le silence redevenait maître des lieux alors que je prenais note de tout ce que Robb venait de me dire. Il y avait bien des sujets d’inquiétude dans ce qu’il venait d’énoncer. Jorah était déterminé à obtenir l’indépendance, Robb était convaincu de sa culpabilité dans l’empoisonnement de Rohanna et était prêt à le lui faire payer de son sang, les Arryn avaient prêté serment à reculons et la situation devenait de plus en plus obscure quant à la position qui serait la leur en cas de conflit, Dorne de son côté multipliait les provocations et nous ne pouvions qu’agir avec précaution tant le sujet était épineux. La cour était un panier de crabe et Robb l’avait découvert au même titre que moi. J’avais cependant l’avantage d’être reine et épouse du Roi, les murmures parlaient d’une influence considérable sur le roi et la Main du Roi, mais je n’avais aucun pouvoir politique officiel. Et surtout, j’étais indéboulonnable. Robb, quant à lui, pouvait à tout instant être victime d’une cabale visant à le remplacer à la tête de l’Etat, et les occasions de l’atteindre étaient plus que nombreuses.

« Si seulement. »

La situation n’était guère plus réjouissante de mon côté. Les sujets politiques qui l’occupaient étaient au cœur de mon existence. Non seulement je n’avais pas abandonné ma volonté de participer activement au règne de Jaehaerys, mais en plus les conflits que l’on voyait naître aux quatre coins du royaume semblaient tous me toucher de près ou de loin, me toucher personnellement. C’était mon ancien époux, l’homme qui avait partagé ma couche durant de longues années, l’homme duquel j’avais porté l’enfant l’espace de courts mois, c’était ce même homme qui déclarait la guerre à ma famille, à mon nom. C’était ce même homme qui me crachait sa haine et son dédain au visage quotidiennement par ses actes. Cette famille dans laquelle j’avais évoluée durant plus de quatre années était devenue la première à contester le règne des Targaryen depuis la fin de la Conquête. C’était au cœur de mon mariage qu’avait été déposé sur ma table de repas le crâne de ma grand-mère éponyme, offert en guise de présent de mariage par une femme au sourire narquois. C’était alors que j’unissais ma vie à celui qui serait sans doute le grand amour de ma vie que les héritiers de l’Orage, les héritiers de mon cousin et ami proche, avaient perdu la vie et que son épouse avait été empoisonnée, s’effondrant comme une poupée de chiffon ensanglantée.

« Le sujet ne me concerne pas, il s’agit de ton intimité Robb. Seulement je vais me permettre un simple conseil. Durant quatre ans j’ai partagé la couche d’un homme que je ne parvenais pas à aimer, et sans doute un instant ai-je cru l’aimer. Seulement je n’aurais pu quitter Winterfell si l’amour que je ressentais pour Jorah Stark avait été assez fort. Je mourrais, s’il me fallait quitter Jaehaerys. L’amour est une chose rare dans ce monde, quelque chose de fragile. Si l’on peut se battre pour des terres et pour l’honneur, alors il me semble plus qu’à propos de se battre pour l’amour lorsque l’on a la chance de le posséder. »

Je me rapprochais de lui et osais déposer ma main sur son avant-bras alors que je tentais d’attirer son regard qui me fuyait désormais.

« Vous avez perdu quelque chose de si précieux qu’il semblerait que la vie elle-même vous a été ôtée. Rohanna a souffert dans sa chair de cette perte, et tu as vu s’écrouler tant de rêves. La colère, la violence, la haine, parfois même la rancœur… toutes ces choses résultent du malheur. Mais elles sont passagères. Crois-moi. »

L’espace d’un instant je couvrais chacune des joues de Robb dans un geste qui était bien peu fidèle à l’attitude que j’arborais régulièrement. Jaehaerys avait été jusque là le seul, avec Alys et Faust sans doute, à me voir telle que j’étais réellement.

« Rohanna ne veut pas rentrer chez elle, elle a peur, elle a honte, elle a mal, mal dans son âme et son corps. Bats-toi pour elle Robb, pas pour venger son empoisonnement, mais pour rester celui qui apaise ses maux. »

Après quelques instants ainsi, je relâchais le tendre contact que j’avais initié avec mon cousin et m’éloignais de quelques pas. Nous avions abordé un sujet plus que personnel, et il m’avait semblé plus que naturel d’instaurer cette intimité, cette proximité qui convenait aux confidences et aux maux de l’âme et du cœur. Pourtant de bien sérieux sujets nous attendaient à présent et nous ne pouvions faire fis de ce que nous commandait l’histoire.

« Quant à venger son empoisonnement. »

Je me retournais finalement pour lui faire face à quelques mètres de distance.

« Je n’ignore rien des rumeurs accusant le Nord, et je ne peux en croire un mot. »

J’avais tenté d’enrober mes paroles d’un doute méthodique afin d’en alléger la portée, mais il n’était plus temps de faire des simagrées. Le Nord n’était pas le responsable de l’empoisonnement de Rohanna j’aurais pu jouer ma vie sur ce pari.

« Je crois savoir ce que tu en penses… Robb j’ai passé quatre années au cœur de Winterfell, côtoyant quotidiennement les seigneurs du Nord… Cela ne ressemble en rien aux méthodes nordiennes ! En rien. Le poison est considéré comme une arme dépourvue d’honneur au Nord. Et de plus s’attaquer à l’épouse d’un chef de guerre pour l’atteindre ? Si Jorah Stark ou tout autre de ses généraux avaient voulu t’atteindre, ils l’auraient fait par la voie de l’épée. Et contre toi. Je vois là des manières bien plus cohérentes avec l’attitude de Dorne. Cette… provocation…»

Je me resservais un verre, plus pour occuper mes mains rendues nerveuses par la solennité de la conversation que par pure envie de boire. Le vin était largement coupé à l’eau et agrémenté d’épices, cela le rendait sucré et adapté aux heures du petit matin. La simple évocation de Dorne me mettait dans une rage difficile à contrôler. Non seulement la princesse n’avait pas fait le déplacement, dépêchant une ambassadrice, mais la principauté avait poussé l’outrage jusqu’à nous offrir un présent insultant. La disparition de ma grand-mère RHaenys avait été un drame pour le Conquérant et toute notre famille. Elle avait été une guerrière, mais également une mère aimante et tendre, une femme raffinée et aimée de tous. Cela avait toujours été un honneur de porter son nom. Et voilà que Dorne m’offrait son crâne en guise de présent de mariage ? Y avait-il là autre chose qu’une menace voilée et une provocation éhontée ? Je ne voulais pas la guerre, encore moins avec Dorne, mais si je m’étais écoutée sans doute aurais-je égorgée moi-même l’impertinente qui avait soutenu mon regard alors qu’elle dévoilait son présent.

« Pour ce qui est du Val… »

Le Val s’était illustré de la pire des manières durant le mariage, que ce soit par l’hésitation douteuse de Martyn Arryn, par la déclaration honteuse et presque ridicule d’une Etaine Arryn tentant de regagner un prestige depuis longtemps perdu, ou encore par la réaction virulente de Catelyn Arryn. Je n’avais pas entendu les propos de Catelyn et me réservais toujours le droit de douter qu’ils furent ce que l’on rapportait. Pourtant il semblait que celle-ci se soit opposée à ce que son cousin ne prête serment au Roi, et c’était un acte grave. Je ne pouvais m’empêcher de repenser avec tendresse aux douces conversations que nous avions eu par lettres interposées, et je ne pouvais penser à Catelyn autrement que comme une amie, une confidente, une femme qui avait toujours su comprendre les affres de son âmes.

« Il nous faut agir avec prudence ici, Robb. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer de respect aux Suzerains du Val. S’il semble clair que nous ne pourrons en faire des amis, nous pourrions tenter au moins d’en faire des alliés. Après tout, l’épouse de Lord Arryn est née Tyrell… Peut-être devrions-nous d'ailleurs les traiter en invités de marque et les garder sous bonne surveillance encore quelques temps... Qu’en penses-tu ? »


© Belzébuth

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mer 29 Nov 2017 - 13:21

 We may stumble and fall but shall rise again
On pouvait lire l’étonnement, l’incompréhension dans le regard de la Reine à mesure que Robb lui confiait le flot de problèmes, de menaces qui guettaient tant son mariage que sa position. Lui aussi était passé par là, cherchant à appréhender les raisons qui poussaient ainsi tant les Dieux que les hommes à lui sourire, à lui permettre de s’élever, uniquement pour ensuite lui enlever ce qu’il avait de plus précieux. Les jours passant, pourtant, de cette incompréhension était née une détermination presque morbide, un serment tacite promettant que chaque personne qui s’était attaquée à lui, ou à ceux qui lui étaient cher, en paieraient le prix, tôt ou tard. Ils s’étaient crus suffisamment forts, Ils s’étaient crus suffisamment malins, Ils l’avaient cru suffisamment vulnérable et affaibli. Bientôt, le Baratheon leur montrerait à quel point ils avaient eu tort, et ce jour là, Ils tomberont à genoux et pleureront pour leur vie.

La facilité avec laquelle la Main du Roi en venait à de telles pensées était quelque chose de nouveau pour lui, et si cette haine viscérale qu’il éprouvait était actuellement la seule échappatoire qu’il avait trouvé à sa chute, il savait qu’il se devait de la contrôler sans quoi il perdrait bien plus. L’exercice était pourtant une épreuve de chaque instant, et il redoutait le moment où il partirait en guerre autant qu’il l’attendait avec impatience, parce qu’alors, il lui faudrait lutter encore plus pour ne pas se perdre définitivement en se laissant aller à une vengeance aveugle, en se rendant responsable d’atrocités sans nom envers ceux qui, peut-être, ne l’avaient pas mérité. Jorah Stark devrait payer le prix fort le premier, mais son peuple n’avait rien à voir dans les décisions folles qu’il avait pu prendre, et il faudrait qu’il s’empêche de leur faire payer les méfaits de leur suzerain aussi fort qu’il serait tenté de le faire, uniquement pour voir le Loup souffrir comme lui-même avait souffert. Dans cette lutte contre lui-même, c’était tout son être, toutes les valeurs dans lesquelles il avait été élevé qu’il risquait de perdre. Cette pensée le hantait autant que le reste, et un frisson lui traversa la colonne vertébrale, uniquement interrompu par la voix qui se voulait rassurante de Rhaenys.

« Le sujet ne me concerne pas, il s’agit de ton intimité Robb. Seulement je vais me permettre un simple conseil. Durant quatre ans j’ai partagé la couche d’un homme que je ne parvenais pas à aimer, et sans doute un instant ai-je cru l’aimer. Seulement je n’aurais pu quitter Winterfell si l’amour que je ressentais pour Jorah Stark avait été assez fort. Je mourrais, s’il me fallait quitter Jaehaerys. L’amour est une chose rare dans ce monde, quelque chose de fragile. Si l’on peut se battre pour des terres et pour l’honneur, alors il me semble plus qu’à propos de se battre pour l’amour lorsque l’on a la chance de le posséder. »

Il était léger, presque imperceptible même, mais pour la première fois depuis un moment déjà, une esquisse de sourire sincère se dessina sur les traits fermés du Seigneur de l’Orage. Les paroles de la Reine auraient pu paraître naïve à un seigneur trop habitué aux circonvolutions politiques et guerrières du Royaume, mais elles étaient on ne pouvait plus sincère, tant dans la part d’elle-même que Rhaenys révélait ici que dans ses croyances. Un message d’espoir qui l’espace d’un instant pouvait briser les ténèbres dans lesquelles il s’était reclus, malgré la luminosité presque aveuglante du monde qui l’entourait, un moment d’oubli, aussi bref soit-il, de la situation désastreuse dans laquelle il se trouvait, et pour cela il lui en était reconnaissant.

« Vous avez perdu quelque chose de si précieux qu’il semblerait que la vie elle-même vous a été ôtée. Rohanna a souffert dans sa chair de cette perte, et tu as vu s’écrouler tant de rêves. La colère, la violence, la haine, parfois même la rancœur… toutes ces choses résultent du malheur. Mais elles sont passagères. Crois-moi. Rohanna ne veut pas rentrer chez elle, elle a peur, elle a honte, elle a mal, mal dans son âme et son corps. Bats-toi pour elle Robb, pas pour venger son empoisonnement, mais pour rester celui qui apaise ses maux. »

Le contact des mains de la Targaryen sur son visage avait une chaleur bienveillante, de même que son regard qui le fixait tandis qu’elle prononçait ces mots. Elle avait raison, evidemment, et pour Rohanna il aurait mené des milliers de batailles, peu importe leur forme, leur danger ou le temps qu’il aurait fallu. Il les aurait toutes affrontées, et ne se serait jamais avoué vaincu. Toutes sauf une seule, celle-là même qui se jouait aujourd’hui, et pour laquelle il s’était juré de ne pas interférer. Elle avait souffert de par la position qu’elle occupait à ses côtés, et y rester, c’était risquer que cela arrive encore. Par deux fois déjà, il avait pu assister à la douleur qu’elle avait traversée, une douleur qu’il partageait tout en ne pouvant réellement la comprendre dans son entièreté, mais il savait que c’était quelque chose dont la seule pensée pouvait révulser la plus courageuse des femmes. Pour cette raison, il se devait d’accepter qu’elle préfère fuir plutôt que d’affronter la possibilité d’un autre coup dirigé contre elle pour l’atteindre lui. Qu’elle préfère reprendre une vie simple plutôt que d’avoir à se battre pour maintenir une place dont elle n’avait, au final, jamais vraiment voulu.

Lui voulait qu’elle reste, bien entendu, mais il aurait été égoïste de la forcer à le faire, de l’exposer à ces risques si Rohanna n’avait plus la force ou la volonté de se battre. Alors, elle devrait choisir, et si elle décidait de se battre, alors il reprendrait ce combat là à ses cotés, certain qu’elle était là parce qu’elle le voulait, et pas parce qu’il l’y avait forcée. Pourtant, il y avait quelque chose de vrai dans les paroles de la Targaryen, et Robb se promit d’y penser alors qu’elle s’éloignait un, à tête reposée, s’il parvenait seulement à se reposer.

« Quant à venger son empoisonnement. Je n’ignore rien des rumeurs accusant le Nord, et je ne peux en croire un mot. »

Le ton qu’elle avait employé différait drastiquement de celui employé quelques secondes à peine plus tôt, sans grande surprise de la part de Robb. Il s’était attendu à ce que la jeune femme ne puisse pas croire aux accusations contre ce qui avait été son foyer et sa famille pendant si longtemps, et pourtant… Les faits pointaient tous dans la même direction, et ce depuis un moment déjà. Robb s’abstint pourtant de répondre directement, laissant Rhaenys terminer son cheminement de pensée. Après tout, elle les avait connu, peut-être était-elle en possession d’une information qui pourrait disculper les Stark.

« Je crois savoir ce que tu en penses… Robb j’ai passé quatre années au cœur de Winterfell, côtoyant quotidiennement les seigneurs du Nord… Cela ne ressemble en rien aux méthodes nordiennes ! En rien. Le poison est considéré comme une arme dépourvue d’honneur au Nord. Et de plus s’attaquer à l’épouse d’un chef de guerre pour l’atteindre ? Si Jorah Stark ou tout autre de ses généraux avaient voulu t’atteindre, ils l’auraient fait par la voie de l’épée. Et contre toi. Je vois là des manières bien plus cohérentes avec l’attitude de Dorne. Cette… provocation…»

Evidemment. Quelques mois auparavant encore, l’accusation du Nord en matière d’empoisonnement aurait pu faire sourire la Main du Roi, qui se serait joint à l’avis de la Reine concernant leur innocence. Mais, dernièrement… Rhaenys ne semblait pas en avoir terminé cependant, et abordait l’autre sujet épineux des derniers événements, incarnés par la Maison Arryn, qui n’avait aux yeux de Robb de meilleur que leurs cousins que leur présence au mariage, et le serment -formulé à contre coeur et uniquement après qu’on lui ait rappelé les dangers qu’il encourait, mais formulé néanmoins- d’allégeance de Martyn Arryn.

« Pour ce qui est du Val… Il nous faut agir avec prudence ici, Robb. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer de respect aux Suzerains du Val. S’il semble clair que nous ne pourrons en faire des amis, nous pourrions tenter au moins d’en faire des alliés. Après tout, l’épouse de Lord Arryn est née Tyrell… Peut-être devrions-nous d'ailleurs les traiter en invités de marque et les garder sous bonne surveillance encore quelques temps... Qu’en penses-tu ? »

« Pourtant, tout porte à croire que Jorah Stark ne voit plus l’honneur comme la priorité de sa famille. Vois-tu vraiment dans son comportement celui de l’homme que tu as connu à l’époque ? Les contacts que j’ai eu avec le seigneur du Nord m’ont paru bien différent de ce que j’avais pu apprendre à croire sur le champ de bataille pendant la guerre, c’est certain en tout cas. Si vraiment il avait été honorable, ne serait-il pas venu demander réparation plutôt que d’envoyer un courrier pour nous informer qu’une indépendance du Nord était possible ? S’il se souciait de l’honneur de sa famille, pourquoi a-t-il refusé une offre de voir celui de sa sœur restauré en épousant mon frère officiellement, alors qu’ils sont mariés en secret depuis des années et qu’elle est la mère de sa fille, considérée comme une bâtarde ?

Je crois que le Loup du Nord s’est détourné de son si cher honneur pour une proie qu’il voit comme bien plus intéressante : son indépendance, et le pouvoir qui va avec. L’idée de devenir Roi l’aveugle autant qu’elle le rend fou, et dicte toutes ses décisions, persuadé qu’il est d’avoir ses chances s’il devait aller à l’affrontement. C’est là l’homme que je vois à travers ses dernières actions, et cet homme là me semble plus que capable d’empoisonner ma femme et de tuer mes héritiers, s’il pense que ça peut lui donner un quelconque avantage. Mais Martyn Arryn pense qu’il peut raisonner son cousin, peut-être qu’il y arrivera… Ou peut-être que ce n’était qu’une façade pour repartir vivant après ses actions à ton mariage, même s’il a fini par corriger le tir à contre-coeur. »


Robb avait tenté de parler calmement et posément, à l’instar de son interlocutrice, mais le simple fait de mentionner les insultes du Stark à l’encontre des Targaryen et de sa propre famille, de la possibilité presque certaine selon lui qu’il soit à l’origine de ses malheurs fit remonter à travers ses mots une certaine colère, qu’il ne parvint pas à dissimuler entièrement. Sans compter la mention des Arryn, et de leur attitude on ne pouvait plus ambivalente.

Que dire des Arryn, d’ailleurs ? La proposition que faisait Rhaenys concernant la seule membre de la Maison au Faucon encore présente au Donjon Rouge semblait raisonnable, mais pour Robb il ne se serait agi que de minimiser les actes qui avaient été commis. Elle bénéficiait déjà de la chance de ne pas pourrir dans une des Cellules noires, et avait conservé une chambre d’invitée, d’où elle ne pouvait presque pas sortir, mais au moins était-elle confortable, une marque de respect pour son nom et son cousin bien plus raisonnable qu’elle, mais qui déjà vexait la Main du Roi profondément, au vu de ce dont elle était accusée et suspectée.

« Je crois que Suzerain du Val honnête dans son serment, tant que l’on ne le force pas à prendre les armes contre son cousin. Quoi qu’il en soit, il a promis de nous faire amener Freyja Stark, et s’il tient parole, nous saurons que c’est au moins un fidèle à la Couronne. Mais sa cousine… Elle a appelé à la sédition en public, ce qui est déjà un crime en soi, mais en plus en plein milieu de ton mariage et de la cérémonie d’allégeance ! Et tu voudrais qu’on la traite en invitée ? Si tu veux mon avis, elle a déjà beaucoup plus que ce à quoi elle a droit.

Ses actes eux-même, ses paroles prouvent qu’elle ne peut pas ne pas soutenir la position de ses cousins Stark. Et qui se soucierait d’une Arryn de si haute naissance en public, si elle devait malencontreusement verser quelque chose dans une coupe ? Toute ces coïncidences commencent à être trop nombreuses pour ne pas être prises en compte... »


Reprenant un peu de contenance, Robb termina sur une note plus apaisante, ne comprenant que trop bien la rancoeur qu’éprouvait la souveraine pour Dorne et sa Princesse Régente, il ressentait la même chose, après tout.

« Dorne paiera aussi pour ce qu’elle a fait, sois en assurée. Mais ils se contentent d’actions dissimulées et de menaces voilées pour le moment. Si Nymeria voulait une guerre, elle aurait affirmé qu’elle était bien derrières les attaques aux frontières de mes terres plutôt que d’envoyer son ambassadrice pour démentir les faits. Elle joue à l’enfant qui pique le dragon avec un bâton en voyant jusqu’où elle pourra aller avant de se faire dévorer, et un jour ou l’autre elle comprendra qu’elle est déjà allée trop loin. Mais comment aurait-elle pu se procurer un poison qui vient du Nord, et surtout pourquoi ? Si elle avait voulu faire accuser quelqu’un, n’aurait-elle pas eu plus d’intérêts à pointer les Lannister, pour briser l’alliance qui unit nos Maisons ? L’acte leur ressemble, oui, mais le motif me semble moins clair que celui des Stark. »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Ven 1 Déc 2017 - 18:49


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




« Pourtant, tout porte à croire que Jorah Stark ne voit plus l’honneur comme la priorité de sa famille. Vois-tu vraiment dans son comportement celui de l’homme que tu as connu à l’époque ? »

Je baissais les yeux. Avais-je réellement connu Jorah Stark durant les quatre années passées au sein de Winterfell ? J’avais connu le seigneur, l’époux respectueux et froid, le suzerain poussé à faire son devoir en produisant un héritier, puis l’espace de quelques mois j’avais pu apprendre à connaître l’homme, l’amant, un être capable de tendresse. Cette parenthèse dorée n’avait duré que l’espace d’un battement d’ailes, et pourtant je m’étais accrochée au souvenir de ces nuits comme à un instrument de survie. Je pouvais encore sentir la passion qui avait animé ses lèvres, son corps contre le mien alors qu’il murmurait qu’il m’aimait, que malgré les obstacles et les haines il avait appris à m’aimer. Et j’avais pu lui répondre de même. J’avais cru aimer Jorah Stark de tout mon cœur. J’avais cru que cet amour pourrait survivre au chaos et à la destruction. Pourtant ces derniers avaient tout emporté sur leur passage, ne laissant plus rien de la tendresse qui avait animé nos dernières étreintes, rien non plus du respect qui avait animé les premières… Ne restait plus que le devoir. Le devoir que nous devions chacun nous efforcer d’accomplir. Le devoir de Jorah Stark était de retrouver sa dignité et sa légitimité en tant que suzerain du Nord. Mon devoir était d’être la reine de ce royaume, et d’un royaume uni dans la paix. Comment pouvions-nous simplement concilier ces deux devoirs ?

« Les contacts que j’ai eu avec le seigneur du Nord m’ont paru bien différent de ce que j’avais pu apprendre à croire sur le champ de bataille pendant la guerre, c’est certain en tout cas. Si vraiment il avait été honorable, ne serait-il pas venu demander réparation plutôt que d’envoyer un courrier pour nous informer qu’une indépendance du Nord était possible ? S’il se souciait de l’honneur de sa famille, pourquoi a-t-il refusé une offre de voir celui de sa sœur restauré en épousant mon frère officiellement, alors qu’ils sont mariés en secret depuis des années et qu’elle est la mère de sa fille, considérée comme une bâtarde ? »

A nouveau Robb marquait un point mais ce n’était guère celui qu’il croyait. Jorah Stark avait à présent pour seul objectif d’unifier le Nord et se restaurer la dignité perdue des Stark. Pour cela il n’y avait guère d’autres solutions que de tenter de s’unir aux maisons puissantes du Nord. Je soupçonnais Jorah de contempler un mariage au Nord pour Ashara, faisant fi des désirs les plus impérieux de sa sœur et des appels de la famille Baratheon. Jorah commettait là de nombreuses erreurs politiques et stratégiques, ce qui était surprenant pour un homme que j’avais estimé être fin stratège et meneur d’hommes. Risquer la guerre avec les maisons les plus puissantes du Royaume, déclarer l’indépendance alors même que l’été allait s’abattre sur le Royaume et que les terres du Nord n’y survivraient sans doute pas, prendre le risque d’ouvrir la voie à la famille Bolton, insulter le cerf au lieu de s’y associer par le lien familial…

« Je crois que le Loup du Nord s’est détourné de son si cher honneur pour une proie qu’il voit comme bien plus intéressante : son indépendance, et le pouvoir qui va avec. L’idée de devenir Roi l’aveugle autant qu’elle le rend fou, et dicte toutes ses décisions, persuadé qu’il est d’avoir ses chances s’il devait aller à l’affrontement. »

Si Jorah Stark était aveuglé par ses désirs de grandeurs, j’avais face à moi un homme aveuglé par le chagrin et la rancœur. Sans doute Jorah envisageait-il de devenir Roi du Nord, mais les raisons de ce désir étaient bien différentes de celles que m’exposait Robb. Il était certes étonnant que Jorah estime l’armée du Nord capable de combattre les forces unies de l’Orage, de l’Ouest et les terres de la Couronne, sans oublier la potentielle puissance de frapper des dragons de ma famille. Sans doute s’imaginait-il que nous renâclerions à recourir au feu dragon, et il n’avait pas tort en un sens. Je connaissais le peuple du Nord, j’avais côtoyé les marchands et serviteurs de la ville d’Hiver, j’avais vécu au cœur de la famille Stark… Détruire par le feu et la fureur ce qui avait été ma maison et ceux qui étaient devenus, l’espace d’un instant, ma famille, serait l’une des décisions les plus difficiles à accepter pour moi. De surcroît alors que nous tentions de promouvoir la paix, détruire Winterfell comme mon grand-père avait détruit Harrenhal, en faire un exemple pour tous ceux qui se risquaient à braver le dragon, n’était guère cohérent. Pourtant, s’il y avait une guerre nous ne pourrions laisser nos soldats risquer leurs vies sans avoir recours à notre arme la plus puissante.

Ce que ne voyait pas Robb, c’était bien les raisons qui poussaient Jorah à demander l’indépendance et à se comporter comme il le faisait. Sans doute cela n’expliquait pas tout de ses dernières incohérences et maladresses politiques cependant il ne fallait pas oublier le scandale qu’avait provoquer notre divorce au Nord. Sur les terres de l’honneur, le divorce du suzerain était une insulte. Et une insulte devait être lavée.

« C’est là l’homme que je vois à travers ses dernières actions, et cet homme là me semble plus que capable d’empoisonner ma femme et de tuer mes héritiers, s’il pense que ça peut lui donner un quelconque avantage. Mais Martyn Arryn pense qu’il peut raisonner son cousin, peut-être qu’il y arrivera… Ou peut-être que ce n’était qu’une façade pour repartir vivant après ses actions à ton mariage, même s’il a fini par corriger le tir à contre-coeur. »

Jorah n’avait pas empoisonné Rohanna et provoqué la perte des héritiers de l’Orage, je ne pouvais dériver de cette pensée. Le mestre avait été bien prompt à désigner le Nord sans prononcer le nom du poison, celui-ci était ainsi issu du Nord ? Mais duquel s’agissait-il au juste ? Je n’avais guère une connaissance étendue des poisons mais bon nombre de ceux-ci provenaient des terres de mes ancêtres et mon éducation m’avait ainsi enseigné quelques uns des poisons les plus dangereux. Je n’avais encore jamais, à ce jour, eu connaissance d’un poison extrait d’une plante ou d’un animal vivant au nord.



« Dorne paiera aussi pour ce qu’elle a fait, sois en assurée. Mais ils se contentent d’actions dissimulées et de menaces voilées pour le moment. Si Nymeria voulait une guerre, elle aurait affirmé qu’elle était bien derrières les attaques aux frontières de mes terres plutôt que d’envoyer son ambassadrice pour démentir les faits. Elle joue à l’enfant qui pique le dragon avec un bâton en voyant jusqu’où elle pourra aller avant de se faire dévorer, et un jour ou l’autre elle comprendra qu’elle est déjà allée trop loin. »

Nymeria Martell jouait un jeu dangereux et sans doute tentait-elle d’éprouver la célèbre impulsivité qui caractérisait les membres de ma famille. J’étais moi-même piquée au vif et résolue à enseigner une leçon aux dorniens. Pourtant, mon frère était d’une trempe tout à fait différente au grand dam de la Princesse. Jaehaerys n’était guère de ceux qui agissent sous le feu de l’impulsion ou se laissent dicter leur conduite par la colère. Il était de ces hommes sages et réfléchis dont les actes reflètent la pondération. Nymeria Martell et Dorne jouaient à un jeu dangereux car sans doute s’imaginait-elle que la célèbre fougue guerrière des dorniens les protégeait, que la défaite de Rhaenys Targaryen dans sa tentative de soumettre Dorne parlait pour leur puissance. Elle m’envoyait un message. Voilà ce qui arrivait à ceux qui tentaient de soumettre Dorne, tout dragons étaient-ils. Le message était parvenu à destination. Je ne comptais cependant pas le laisser sans réponse. Il était après tout fort impoli de ne pas répondre à un message.

« Mais comment aurait-elle pu se procurer un poison qui vient du Nord, et surtout pourquoi ? Si elle avait voulu faire accuser quelqu’un, n’aurait-elle pas eu plus d’intérêts à pointer les Lannister, pour briser l’alliance qui unit nos Maisons ? L’acte leur ressemble, oui, mais le motif me semble moins clair que celui des Stark. »

« Ne crois-tu pas justement que tout cela est trop bien ficelé ? »

Je vidais ma coupe avant de la posée sans ménagement sur la petite desserte.

« Robb, les Starks sont la seule famille manquant à l’appel lors du Couronnement, ils défient la Couronne et menacent de prendre leur indépendance, ils rejettent ta proposition d’unir vos familles… Le coupable parfait, n’est-ce pas ? A qui profite une guerre entre les Baratheon et les Stark au juste ? Au Nord ? A qui profite le trouble semé au sein de ta Maison ? A Jorah Stark ? N’est-ce pas justement parce que le motif semble bien trop clair qu’il nous faut nous méfier ici ? »

J’avais parlé vite, avec empressement, sans agressivité mais avec l’énergie du désespoir pour tenter d’amener Robb vers une vérité qu’il se refusait à voir. Une vérité qui était la mienne mais pour laquelle j’étais prête à parier ma vie.

« Qui est ce mestre si prompt à désigner un coupable ? A-t-il seulement étudié le poison de près ? A-t-il comparé les sources ? D’où vient-il pour être un si fin connaisseur des plantes et animaux du Nord desquels on peut extraire un poison ? »

Je m’étais mise à marcher en rond, les yeux fixés cette fois à l’horizon, parlant presque pour moi-même tant toutes les pensées se précipitaient pour sortir de ma bouche en un flot ininterrompu. Je m’arrêtais pour le fixer d’un air presque inquiet.

« Robb… J’ai une confiance aveugle en toi. Tu as été et reste mon seul allié, mon cousin, mon sang, l'un des rares être auxquels je confierais ma vie… Mais je ne peux pas suivre ton raisonnement. Pas là. Pas quand chacune des cellules de mon corps me crie que l’on nous tend un piège. Je ne connais pas de poison venant du Nord, la plupart des poisons viennent de Dorne ou d’Essos. S’il en existe alors il est de ces poisons rares dont bien peu connaissent les origines, ainsi comment un mestre pourrait-il le déceler sans une étude minutieuse ? C’est une chose envisageable avec des poisons tels que les larmes de Lys dont les effets sont bien connus et donc reconnaissables… »

Je reprenais ma respiration alors même que je sentais mes joues rougir sous l’effet de l’emportement.

« Peux-tu répondre du mestre ? As-tu une foi aveugle et inébranlable en lui et son jugement ? Ne crois-tu pas qu’il serait plus prudent de confronter son diagnostic et ses allégations à l’aide d’autres mestres, des mestres experts dans les poisons ? »



© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mar 12 Déc 2017 - 14:18

 We may stumble and fall but shall rise again
Robb aurait souri, devant la ténacité de la jeune Reine à défendre son point de vue, si son opposition n’avait pas aujourd’hui quelque chose de hérissant au plus au point. Elle questionnait chacune de ses actions, et une part de lui lui soufflait qu’elle avait raison, alors que l’autre criait au laxisme. En d’autres circonstances, il aurait apprécié cette conversation, mais les sujets abordés le touchaient désormais trop personnellement pour que la Main de Roi ne prenne un peu ombrage de tous ces questionnements auxquels il faisait face. Il lui fallait un coupable, il avait besoin d’un nom, d’un visage sur lequel canaliser sa rage et sa colère, et s’il s’agissait d’ennemis probables du royaume, ce n’était qu’encore plus idéal. Toutes ses questions ne faisaient que donner la possibilité qu’il doive porter son regard ailleurs, chercher un autre visage à sa vengeance, et il n’aimait pas cette possibilité, pas du tout.

« Robb… Dorne nous défie. Le Nord nous défie. Le Conflans est toujours en proie à cette guerre civile qui les a tant divisé et devra panser ses plaies encore longtemps. Les Îles de Fer sont des traîtres. Quant à Garett Lannister… Il a osé faire venir la Princesse dornienne à Port-réal sans en demander la permission préalable au Roi et à son conseil de Régence… Nous avons peu d’alliés. Le Val est une pièce clé. Il lui a fallu du temps, mais Martyn Arryn a choisi de rallier le Val à la Couronne, de nous remettre Freyja Stark en mesurant très précisément le courroux que cela soulèvera au Nord… Ce ne sont pas des petites avancées. C’est à toi que nous le devons. Et je sais que tu as conscience de l’importance pour nous de conserver le Val à nos côtés. Si nous manquons de respect, si nous punissons ou même insultons ceux qui nous ont prêté serment quand tant d’autres nous crachent au visage… Penses-tu que les serments se feront plus nombreux ?

Nous avons besoin du Val. Nous avons besoin de les traiter avec le respect qui leur est du, en tant que vassaux ayant prêté serment. Catelyn est la cousine de Martyn, elle ne parle pas au nom du Val mais elle en porte le nom. Je t’en prie laisse moi la prendre dans ma suite… Ainsi tu pourras la surveiller, renforce ma garde encore plus qu’elle ne l’est depuis le mariage, flanque deux gardes dédiés à sa seule surveillance, fait fermer ses appartements la nuit… Fais ce qui te semble être le plus raisonnable, mais ne la traite pas en criminelle… S'il te plait… »


Rhaenys s’était rapprochée de lui pour le fixer, attendant une réponse, mais elle n’aurait pas celle qu’elle désirait sur ce point, non. Evidemment, elle n’avait pas tort dans le fait que si le Val en venait à se joindre au Nord, la guerre à venir n’en serait que plus difficile, et pourtant la situation de Catelyn Arryn se devait d’être réglée avec sévérité, au moins pour un temps. Si Martyn se montrait coopératif, peut-être qu’alors la chose serait considérée autrement, mais elle ne voyait qu’une partie des faits, et de leurs conséquences. Robb passa sa main sur son visage avant de répondre à la Targaryen, aussi calmement qu’il le pouvait, ne comprenant pas qu’elle prenne ainsi la défense de quelqu’un qui ne la respectait visiblement pas autant qu’elle pouvait l’avoir un jour affirmé.

« Et pourtant, c’est ce qu’elle est. Qu’elle ait ou non aidé à empoisonner ma femme ne serait qu’une charge de plus, mais il est avéré qu’elle a appelé à la sédition. Ouvertement, et à ton propre mariage ! Tu me demandes si d’autres prêteront serment si nous traitons mal ceux qui l’ont fait, mais à mes yeux elle est loin de l’être. N’importe qui d’autre qui ne porterait pas son nom aurait déjà perdu la tête devant l’ampleur des faits, elle a appelé un seigneur suzerain, toute sa famille, en public qui plus est, au su de tous, à refuser une allégeance qui était due ! Martyn a eu le… Bon sens, disons, de ne pas l’écouter, mais les faits sont là. Et si Lord Tyvaros l’a entendue, qui d’autre a pu également le faire ?

Tu parles de ceux qui pourraient un jour prêter allégeance, mais que feront ceux qui l’ont déjà fait en voyant que nous ne punissons pas ceux qui s’affichent ouvertement comme des traitres ? Le Roi m’a demandé de protéger le Royaume, et je sais que faire montre de clémence quand les charges sont si graves, c’est se montrer faible. Si Catelyn Arryn n’est pas punie, nous montrons à tous les autres seigneurs qui, eux, nous sont fidèles, que ceux qui nous défient ne risquent en définitive pas grand-chose. Et cette possibilité, je la crains bien plus que l’attitude que pourrait avoir ceux qui n’ont pas encore ployé le genou et qui pourraient le faire. Crois-tu vraiment qu’ignorer cette insulte poussera le Nord à changer d’avis ? Les Îles de Fer a décider que nous sommes dignes de leur allégeance ? Dorne à renoncer à une indépendance pour laquelle elle se bat depuis l’arrivée même de nos ancêtres à Westeros ? Je suis désolé, Rhaenys, mais je ne peux pas permettre qu’elle soit affichée comme dame de compagnie, peu importe la garde qu’elle se verra attribuer.

Elle restera assignée à ses quartiers, ce qui est déjà bien mieux qu’une cellule à laquelle elle appartiendrait plutôt, dans l’attente d’un jugement. Et si Martyn se montre coopératif, si les Arryn prouvent qu’ils nous sont fidèles malgré ce que laisse penser l’attitude d’un de leur membre, alors il sera temps de faire preuve de clémence, mais pas parce qu’elle porte le nom de sa Maison, uniquement parce que la Maison en question a prouvé sa fidélité, et qu’elle mérite que l’on épargne leur parent. Ce message là, je peux l’accepter, mais je ne laisserai pas une indépendantiste de plus s’en tirer impunément alors qu’il nous faut nous préparer à en affronter d’autres. »


Robb s’était montré plus agressif qu’il ne l’aurait voulu, le souvenir de cette réunion avec les Arryn, de leur attitude si hautaine et orgueilleuse encore trop présent pour penser à l’un d’entre eux autrement que comme des futurs traitres en puissance. Seul Martyn avait trouvé une certaine grâce à ses yeux, malgré l’inimitié évidente qui existait entre eux, au moins jusqu’à présent s’était-il montré digne de confiance. C’était par respect pour lui plus que pour Catelyn qu’il avait placé celle-ci en résidence surveillée plutôt qu’au plus profond des cellules du Donjon Rouge, attendant de voir quelle serait sa prochaine action. Catelyn pourrait être sauvée, oui, mais uniquement si sa famille apprenait sa place, et s’y tenait.

Le sujet du Nord avait été abordé, et comme il s’y était attendu, Rhaenys ne croyait pas une seconde que Jorah Stark pouvait se cacher derrière l’acte infâme perpétré contre sa famille. Elle se mit à faire les cent pas dans la pièce, énonçant ce qui était certes une évidence, mais une évidence trop douloureuse et trop complexe pour que Robb décide de lui-même de la prendre en compte.

« Ne crois-tu pas justement que tout cela est trop bien ficelé ?

Robb, les Starks sont la seule famille manquant à l’appel lors du Couronnement, ils défient la Couronne et menacent de prendre leur indépendance, ils rejettent ta proposition d’unir vos familles… Le coupable parfait, n’est-ce pas ? A qui profite une guerre entre les Baratheon et les Stark au juste ? Au Nord ? A qui profite le trouble semé au sein de ta Maison ? A Jorah Stark ? N’est-ce pas justement parce que le motif semble bien trop clair qu’il nous faut nous méfier ici ?

Qui est ce mestre si prompt à désigner un coupable ? A-t-il seulement étudié le poison de près ? A-t-il comparé les sources ? D’où vient-il pour être un si fin connaisseur des plantes et animaux du Nord desquels on peut extraire un poison ?»


Imitant son interlocutrice et vidant son verre, Robb ne pouvait que reconnaître la véracité de ses paroles. Il avait accepté très vite cette révélation, en partie à cause du choc que lui avait causé la perte de ses enfants, ensuite parce que le coupable désigné était des plus probables. Après tout, les Mestres étaient sensés renoncer à toute allégeance au moment de prêter serment, pour ne servir que les seigneurs auxquels ils avaient été assignés, et il n’y avait aucune raison, officiellement, de penser que l’un d’eux pouvait ainsi couvrir une Maison en en exposant une autre. Mais comme souvent, la vérité était toute autre, surtout lorsque l’on se trouvait dans la Capitale des Sept Couronnes, surtout lorsque c’était le destin d’un peuple qui se trouvait entre les mains d’un seul homme.

Pour lui aussi, il serait si simple d’accuser les Stark, tôt ou tard ils seraient en guerre, et le Baratheon aurait ainsi pu se venger, avant de tenter d’oublier qu’une fois encore tout se liguait contre lui et sa famille, que même son propre sang n’était en partie plus digne de confiance. Accepter que les Stark n’étaient pas derrière l’empoisonnement de Rohanna, c’était revenir sur la possibilité d’un auteur qui pourrait lui être bien plus douloureux. Il avait appris les plans de sa mère, peut-être serait-elle allée jusqu’à commettre l’irréparable pour affaiblir définitivement la position de ce fils qu’elle semblait avoir renié. Peut-être qu’un affrontement direct avec Dorne était inévitable, et viendrait plus tôt que prévu, peut-être que ceux des seigneurs qui se disaient fidèles ne l’étaient pas réellement. Le Nord était un coupable idéal en bien des points, et aussi celui qui, tout compte fait, apporterait le moins de conséquences à la stabilité du Royaume, et à celle du Seigneur de l’Orage.

Ce fut sur un ton plus inquiet que la Targaryen continua son plaidoyer, comme si elle savait qu’elle avait touché un point sensible, et cherchait à le convaincre de faire ce pas vers la justice, mais tellement difficile à faire. Un pas hors de l’ombre dans laquelle il s’était enfoncé, celle qui changeait qui il était, qui niait une grande partie de l’éducation avec laquelle il avait grandi, qui jusqu’à il y a peu le définissait autant au moins que le titre qu’il portait.

«Robb… J’ai une confiance aveugle en toi. Tu as été et reste mon seul allié, mon cousin, mon sang, l'un des rares être auxquels je confierais ma vie… Mais je ne peux pas suivre ton raisonnement. Pas là. Pas quand chacune des cellules de mon corps me crie que l’on nous tend un piège. Je ne connais pas de poison venant du Nord, la plupart des poisons viennent de Dorne ou d’Essos. S’il en existe alors il est de ces poisons rares dont bien peu connaissent les origines, ainsi comment un mestre pourrait-il le déceler sans une étude minutieuse ? C’est une chose envisageable avec des poisons tels que les larmes de Lys dont les effets sont bien connus et donc reconnaissables… Peux-tu répondre du mestre ?

As-tu une foi aveugle et inébranlable en lui et son jugement ? Ne crois-tu pas qu’il serait plus prudent de confronter son diagnostic et ses allégations à l’aide d’autres mestres, des mestres experts dans les poisons ? »


Restant un moment silencieux, Robb contemplait les possibilités qui s’offraient à lui. Après tout, il était Régent, s’il décidait d’accuser officiellement le Nord, d’autant plus dans le contexte actuel, personne n’y trouverait à redire, et ses alliés seraient probablement plus que ravis de prendre les armes contre ce seigneur infanticide qui osait se croire meilleur qu’eux en déclarant son indépendance. Ce serait la chose la plus simple à faire, mais cela lui couterait probablement beaucoup, tant personnellement que dans ses relations, notamment avec Rhaenys, qui lui reprocherait certainement un tel entêtement devant si peu de preuves. Elle avait été comme une sœur ces derniers mois, et perdre leur relation, en plus de mettre un terme à un pouvoir uni à la tête du Royaume, aurait été une réelle perte pour le Baratheon, persuadé un peu plus chaque jour qu’il perdrait bientôt celle qui lui était la plus chère, alors qu’on venait de lui annoncer quelques jours plus tôt la traitrise d’autres membres de sa famille. Il ne voulait pas perdre en plus la seule personne dont il pouvait être assuré du soutien à Port-Réal, et pour cela, il ferait le sacrifice de la facilité, il ferait l’effort de vérifier que d’autres que le Nord pouvaient être à l’origine de son malheur.

Quittant son siège, Robb se dirigea vers la fenêtre, ne s’arrêtant qu’à hauteur de la Reine pour poser la main sur son épaule. Sans la regarder, alors, il lui répondit simplement, sur un ton plus apaisé, sa décision prise.

« Encore une fois, tu as raison. Je vais faire mener une enquête sur le mestre, voir s’il a un quelconque intérêt à couvrir quelqu’un, ou à faire accuser le Nord. Entre temps… Aucune accusation publique ne sera formulée. »

Continuant son chemin jusqu’à la fenêtre, il observa la cité qui reprenait peu à peu l’agitation du jour au fur et à mesure que le soleil s’élevait. Ils connaissaient une paix toute relative, uniquement troublée par la sécheresse et les reconstructions, mais ils n’avaient pas à se battre, au moins. Bientôt, pourtant, tout ça pourrait changer, que le Nord soit ou non responsable des événements du mariage. Ils n’en restaient pas moins des indépendantistes en puissance, et il faudrait régler ce problème.

« Pourtant, le Nord reste actuellement un ennemi présumé du Royaume. Les Stark n’ont pas encore prononcé l’indépendance, mais ils le feront bien assez tôt, après l’insulte de leur absence au mariage royal et leur refus de ma proposition, ils n’ont plus vraiment le choix. La guerre est proche, et il faut s’y préparer quoiqu’il arrive… A moins que tu ne me dises que le Roi est prêt à abandonner le Nord ? »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mar 26 Déc 2017 - 14:33


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




On pouvait lire la douleur et la colère dans le regard de Robart Baratheon alors qu’il me faisait face.



Le Nord et les intrigues qui concernaient de près ou de loin l’empoisonnement de Lady Rohanna étaient, à raison, des sujets sensibles pour la Main du Roi. Le Royaume sortait d’une période de violence et de trouble, et si notre devoir était à présent d’assurer le retour à une situation pacifique, il semblait de plus en plus évident qu’il nous faudrait nous battre pour cette même paix.

« Encore une fois, tu as raison. Je vais faire mener une enquête sur le mestre, voir s’il a un quelconque intérêt à couvrir quelqu’un, ou à faire accuser le Nord. Entre temps… Aucune accusation publique ne sera formulée. »

Malgré moi je soufflais de soulagement. Une accusation publique de la Couronne envers le Nord aurait eu des effets catastrophiques. Nous avions à cœur d’éviter la guerre, et malgré l’attitude du Nord nous avions une chance de sortir de cette crise par le volet diplomatique. Du moins je l’espérais.

« Pourtant, le Nord reste actuellement un ennemi présumé du Royaume. Les Stark n’ont pas encore prononcé l’indépendance, mais ils le feront bien assez tôt, après l’insulte de leur absence au mariage royal et leur refus de ma proposition, ils n’ont plus vraiment le choix. La guerre est proche, et il faut s’y préparer quoiqu’il arrive… A moins que tu ne me dises que le Roi est prêt à abandonner le Nord ? »

Abandonner le Nord… Ni le roi, ni moi-même n’étions prêts à le faire. Le Nord était de ces provinces historiques que notre grand-père avait ralliées au reste du continent sans verser de sang. Le dernier roi du Nord avait ployé le genou et avait accepté la domination du dragon sur le loup, en échange la couronne avait placé les Stark à la tête de cette vaste région. Les Stark étaient les dirigeants historiques du Nord et disposaient dès lors d’une loyauté souvent indéfectible de la part de leurs vassaux. Pourtant, le Nord comme le reste du Royaume n’était pas exempts de troubles et de tensions. Jorah n’était pas sans ignorer les velléités particulièrement de la famille Bolton et leur propension à agir contre l’intérêt de la famille régnante. Roderik Bolton voulait le pouvoir, et la situation actuelle, le chaos actuel, était l’occasion ou jamais pour lui de s’élever. Le Bolton ne manquerait pas de le percevoir, j’en étais persuadée, et sans doute Jorah se refuserait-il à accepter cette idée. Là serait sa perte.

« Comment pourrions-nous envisager de perdre le Nord ? Nous ne le pouvons, ni ne le devons. Pourtant il nous faut éviter la guerre, Robb. »



Je prenais à nouveau une longue respiration, soudainement prise d’un faible vertige.

« Jorah ne peut pas vouloir la guerre au point de détruire le Nord… Et s’il a tout à fait perdu la raison dès lors… il nous faudra envisager d’autres alternatives. »



© Belzébuth

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mer 10 Jan 2018 - 20:13

 We may stumble and fall but shall rise again
Robb avait beau ne pas connaître tous les détails de la vie de sa cousine, il connaissait suffisamment l’environnement dans lequel elle avait évolué pour savoir que son existence n’avait pas été aussi facile que certains pouvaient l’imaginer. Dans ses paroles, même un idiot aurait pu comprendre la douleur cachée, la solitude, et la lumière qu’avait pu représenter Catelyn Arryn pour une âme aussi isolée. En d’autres temps, le récit aurait peut-être pu changer l’opinion qu’avait la Seigneur de l’Orage sur cet oiseau désormais en cage, mais trop de choses s’étaient déroulées, les Arryn avaient été trop loin pour s’attirer le bénéfice du doute, encore moins une certaine sympathie à son égard. Etaine restait encore un mystère pourtant, elle n’avait pas hésité à prendre le parti de la Couronne, et à proposer de rester à Port-Réal. Le futur seul dirait s’il s’agissait réellement d’une alliée, ou si ses actes n’étaient qu’un autre mouvement des Arryn. Concernant Catelyn Arryn pourtant, Robb ne parvenait qu’à voir dans ce soutien qu’elle avait un jour apporté à la Reine que deux possibilités : elle s’était servie de Rhaenys intentionnellement, ou elle avait simplement changé d’avis. Dans un cas comme dans l’autre, elle restait une traitresse, seule la duplicité de son âme restait en question.

Pourtant, on pouvait voir que la Targaryen n’aimait pas la décision qu’il avait prise. Sans doute était-ce pour cela que Jaehaerys avait préféré voir quelqu’un d’autre prendre la Régence… Catelyn serait-elle seulement aux arrêts si Rhaenys avait pris la décision à sa place ? Probablement pas, étant donné la requête qu’elle lui formula pour conclure le sujet.

« Je ne peux pas te forcer à m’écouter, et si tu estimes qu’il est nécessaire de la confiner au secret de ses appartements, alors mon devoir est de me plier à ton jugement. Pourrais-je seulement lui rendre visite ? »

Robb n’aimait pas savoir Rhaenys en désaccord avec lui sur ce point, pas plus qu’il ne pouvait s’empêcher de penser que sa relation avec Catelyn pourrait un jour poser un problème. Arriverait-elle seulement à la voir autrement que comme cette amie qu’elle avait semblé être ? La trahison de ceux qui avaient été les plus proches était quelque chose d’horrible, et surtout, de difficile à accepter, Robb ne l’avait appris que très récemment. Il semblait que tous ceux qui cotoyaient le pouvoir étaient condamnés à vivre les mêmes malheurs, la seule chose qu’il pouvait faire était de s’assurer que sa cousine dispose de tous les éléments pour se faire à la vraie nature de la Arryn. Se passant la main devant son visage, il finit par soupirer.

« Fais le discrètement, et sois rapide. On ne doit pas savoir que tu lui as rendu visite, personne ne doit pouvoir ne fut-ce qu’imaginer que ceux qui dirigent le Royaume sont en désaccord, pas maintenant. Elle est une ennemie de la Couronne, par ses actes et les accusations qui pèsent sur elle. »

Le Protecteur s’interrompit, posant un regard où une certaine compassion se mêlait à la fermeté de ses dernières paroles sur la souveraine. Il n’aimait pas savoir une amie devant l’épreuve qui s’annonçait à elle, pour autant il ne pouvait rien faire pour l’aider, c’était un chemin qu’elle devrait arpenter seule, quelle qu’en soit l’issue.

« Il y a peu de choses plus difficiles que de devoir accepter que ceux qui ont un jour été proches de toi sont aujourd’hui des ennemis. C’est le cas, pourtant, Rhaenys. Et même si Catelyn Arryn trouve toutes les excuses du monde, même si elle parvient à te convaincre de son soutien, tu es Reine, tu ne peux pas accepter, tu ne peux pas pardonner ce qui a été dit. Même si elle finit par survivre, par être libérée, tu ne pourras plus être amie avec elle. Pas publiquement, au moins. Quel que soit son sort, elle restera, au moins officieusement, une indésirable pour la Couronne. C’est un des prix du pouvoir, et je ne le sais que trop bien. »

Il voudrait pouvoir oublier, pardonner, lui aussi. Pas aux Arryn, mais aux siens, ceux dont la duplicité était maintenant dévoilée. Sa propre mère, son propre frère. Son sang, et chaque heure qui passait le rapprochait un peu plus du moment où Robb devrait les affronter. Sans compter Rohanna, dont il ne savait pas encore réellement si elle connaissait les intentions de Jasper et Kyra. Il voulait croire qu’elle ne savait rien, et pourtant… Peut-être faudrait-il mettre la Targaryen au courant, mais évoquer ces événements, les révélations d’Oriane avait quelque chose de trop personnel, de trop douloureux, peut-être honteux également, pour qu’il se laisse aller. Les affaires d’état passaient d’abord, à commencer par le Nord, l’autre sujet qui semblait diviser le guerrier et la Reine.



« Il y a des choses que tu dois savoir, pour comprendre à quel point l’union d’Edric et d’Ashara est importante, et pas seulement pour eux. Devant les Dieux, ils sont déjà mariés, en cachette certes, mais c’est fait, sans parler de ma nièce, que je n’ai pas réellement le droit d’appeler ainsi. Si Jorah devait s’entêter et refuser d’accepter cette union officiellement… Qui sait comment Edric réagirait. Et je n’ai pas besoin de voir un autre membre de ma famille se retourner contre moi, ou même agir imprudemment, pas maintenant. »

Prenant une grande inspiration, Robb fixa le verre entre ses mains. Il était allé trop loin pour cacher le reste à Rhaenys, et il aurait été fou de le faire. Plus qu’une affaire de famille, la trahison de sa mère pouvait détruire l’équilibre précaire du pouvoir, le soutien des Baratheon à la Couronne étant primordial pour que les dragons puissent régner en paix. Avouer avoir ainsi été trompé était trop destructeur pour sa fierté, ou même pour les valeurs dans lesquelles il avait grandi, beaucoup trop pour ne fut-ce que regarder sa cousine dans les yeux tandis qu’il avouait la trahison de son propre sang, sa voix trahissant les sentiments qui l’envahissaient.

« J’ai appris que ma propre mère et mon cadet cherchaient à m’évincer d’Accalmie, ils cherchent des soutiens parmi les seigneurs, et elle a fait l’erreur de croire que ma sœur la rejoindrait dans ses plans. Oriane m’a mis au courant, mais je n’ai aucune idée de l’ampleur de la chose. Pourtant… Mon propre sang m’a trahi, c’est une certitude, et je devrai agir bientôt. Edric et Oriane me sont fidèles, et je ne veux pas leur donner une raison, à l’un ou à l’autre, de changer cela. Alors ce mariage devra avoir lieu, que Jorah Stark choisisse de l’approuver ou non. Je ne le laisserai pas détruire un peu plus ma famille parce qu’il est trop fier pour admettre qu’il n’a pas d’autres choix que d’accepter un mariage déjà prononcé et consommé depuis longtemps. »
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