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 We may stumble and fall but shall rise again

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: We may stumble and fall but shall rise again   Mar 21 Nov 2017 - 19:24


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




Pouvait-on envisager une cérémonie de mariage plus chaotique que la nôtre ? Alors que la litière qui me conduisait jusqu’à la colline de Rhaenys traversait les rues animées mais sales de la capitale, je ne pouvais m’empêcher de repenser à ce mariage qui avait été le mien. Il avait été entaché par le sang, par la calomnie, par l’injure et les pires provocations. Le Nord n’était pas venu, Dorne était venu accompagné d’un présent honteux, le Val avait ajouté ses querelles internes à la fête tandis que l’épouse de la Main du Roi, du cousin du nouveau roi couronné, s’était effondrée au milieu de la foule. J’avais voulu accompagner Rohanna Baratheon, faire fis de mon devoir de toute nouvelle reine, car je ne connaissais que trop la douleur de la perte d’un enfant. D’un geste réflexe je portais ma main à mon ventre, définitivement plat. Ce ventre avait porté la vie, l’espace de quelques mois, bien trop peu de temps pour que cela puisse être public, mais bien assez pour que je me laisse aller à des fantaisies ridicules. J’en avais honte, mais je m’étais imaginé devenir mère. Cela n’avait duré que quelques jours, l’enfant n’ayant guère résisté au siège de Port-réal, et pourtant cela s’était comme ancré dans mon cœur et mon esprit. Sans doute aurais-je pu envisager de retourner au Nord pour cet enfant. Sans doute aurais-je envisagé de renier mon destin aux côtés de Jaehaerys pour être la mère de l’enfant de Jorah Stark. Cette idée rendait l’attitude de Jorah à mon égard encore plus détestable et insupportable. J’avais réclamé le dialogue, demandé l’écoute, supplier pour la tempérance, rien n’avait pu le faire reculer. Le blâmais-je pour autant ? Sans doute pas. Les terres du Nord étaient celles d’hommes fiers et honorables, il devait se laver de l’affront fait aux Stark lors du divorce, quand bien même avait-il accepté ce divorce de prime abord.

« Nous sommes arrivés, Votre Grâce. »

La porte qui s’ouvrait laissait entrer un vent chaud chargé de poussière. La colline de Rhaenys était bien lointaine du Donjon Rouge, et j’appréciais cette impression de liberté après n’avoir pas quitté les murs de la résidence royale durant de longues semaines. Je me remémorais encore sans peine les voyages de mon enfance jusqu’au Septuaire du Souvenir, du moins ce qui me semblait être un voyage tant le temps me paraissait interminable. Nous venions rendre hommage à Rhaenys, cette reine guerrière qui avait donné sa vie pour la Conquête. Alors que je pénétrais à pieds au cœur de la demeure des dragons, qui remplaçait désormais le septuaire détruit il y a longtemps déjà, je comprenais plus que jamais que le monde de mon enfance et celui-ci étaient étrangers. Mon enfance avait été faite de jeux et de prospérité, nous honorions ma grand-mère sur la colline de Rhaenys et nul n’était le besoin de maintenir nos dragons enfermés au sein de tels dômes. Aujourd’hui, il n’était plus question de paix ou de prospérité, il n’était plus question de dragons survolant la ville. A l’image de nos dragons, nous étions enfermés dans un dôme d’incertitude qui nous poussait même à nous questionner sur notre avenir. Qu’adviendrait-il de tout cela si le continent entier replongeait dans la guerre à la suite des provocations du Nord ?

Je pénétrais au cœur de Fossedragon d’un pas lent, l’espace était gigantesque, à l’image d’une arène capable d’accueillir de fantastiques bêtes. Un seul dragon était en plein vol, visiblement à l’aise avec le fait d’être confiné au sein de ce dôme. Je n’avais pu mettre les pieds dans cet endroit depuis la mort de Vif-Argent, je n’avais pu regarder ces magnifiques bêtes s’envoler sans sentir mon cœur se serrer. La douleur était toujours à vif alors que je regardais le dragon argent qui me survolait. Il était légèrement plus large que ne l’avait été Vif-Argent, l’argent de ses écailles étaient plus foncé et nuancé, ce dragon était plus jeune mais sans doute plus puissant lorsque Vif-Argent avait été léger mais d’une rapidité à toute épreuve. Je restais aveugle un instant alors que son atterrissage soulevait un nuage de poussière immense. Je pouvais sentir l’anxiété du dragonnier qui se trouvait quelques mètres en arrière. Le dragon n’avait jamais été monté, il avait grandit en dehors du dôme et se trouvait ainsi être encore d’une taille impressionnante. Il n’y avait rien de plus imprévisible qu’un dragon, et sans doute aurait-il pu me dévorer en moins d’une seconde au cœur même du nuage de poussière qui s’était élevé et dans lequel nous étions tous deux drapés. A mesure que le sable semblait se redéposer au sol, j’apercevais les yeux perçants de l’animal. Ils étaient d’un bleu glacé incroyable. Je restais un instant interdite, fixant de mon regard celui de l’animal soufflant et tempêtant. Il aurait été faux de dire que j’étais en totale confiance, mais je n’avais pas peur. Je n’avais jamais eu peur des dragons, ils étaient une partie de mon être et de mon héritage, mais il y avait en plus quelque chose d’unique chez ce dragon. Je n’étais guère venue pour le simple plaisir d’observer la magnificence de cet animal, mais bien parce que les dragonniers avaient souligné une attitude inhabituelle, quelque chose leur indiquant qu’il avait changé. Celui-ci s’était rapproché de Vermithor, semblant contre toute attente former un couple avec ce dernier. Il n’y avait eu qu’un pas pour imaginer qu’un lien s’était lié entre moi et Aile-d’argent, un dragon que je n’avais pourtant pas revu depuis de longues années, depuis mon enfance et ses jeunes années.

Le temps suspendait son vol l’espace d’un instant alors que je risquais un pas en avant. Ailes-d’argent reculait presque instinctivement, hurlant de tout son saoûl alors que les dragonniers tentaient de me faire reculer. Il n’était pas temps de reculer, il fallait avancer ou abandonner, et un dragon ne pouvait accepter l’abandon. Ainsi je continuais à avancer, un premier pas provoquait une réaction encore plus violente de la part du dragon qui laissa s’échapper un mince filet de flammes en direction des cieux. Je ne parlais pas et pourtant j’avais l’impression de pouvoir communiquer avec lui comme j’avais pu le faire avec Vif-Argent. Il avait peur, il n’avait pas l’habitude de cela, il était encore solitaire, mais il sentait que cela changerait. Il nous faudrait du temps afin de nous apprivoiser totalement l’un et l’autre, mais je pouvais constater qu’Ailes-d’argent avait, tout comme moi, saisi l’importance de ce lien qui nous unissait.

« Il nous faudra sortir d’ici. Je reviendrai dans peu de temps. »

Il me faudrait gagner sa confiance, tout comme il devrait gagner la mienne, mais je n’avais plus de doute quant à ce que d’autres avaient envisagé avant moi : Ailes-d’Argent me reconnaîtrait bientôt comme sienne, et se reconnaîtrait comme étant mien. Fossedragon n’était pas le lieu pour le monter, il nous faudrait quelques jours, peut-être des semaines, et un espace illimité. Alors que je quittais Fossedragon, je ne pouvais m’empêcher de constater que ce vide qui m’avait habitée et torturée depuis plus d’une année, semblait avoir commencé à se combler. J’avais été Targaryen sans dragon, dépourvue de ce lien intangible qui coulait pourtant dans mes veines, sans doute par fidélité pour celui qui avait donné sa vie pour moi. Il était temps que je redevienne celle que j’avais toujours été.


***

Le bras déposé sous ma tête était d’une peau diaphane et douce, il semblait s’emboîter à la perfection avec le creux de mon cou, comme si nous avions été créés l’un pour l’autre. La respiration de Jaehaerys était légère et apaisée, signe qu’il dormait paisiblement. Il n’était pas du genre à faire de longues nuits, mais lorsqu’il dormait il semblait capable de rejeter au loin les préoccupations qui le maintenaient occupé toute la journée durant. Il était bien différent de moi en ce point. Cela faisait maintenant de longues nuits que je passais à moitié éveillée, ressassant les événements des quinze derniers jours, et notamment les dernières révélations. Lady Rohanna Baratheon avait été empoisonnée, et le mestre qui s’était occupé d’elle blâmait le Nord. Jaehaerys avait été informé de cela par un Robb plus furieux que jamais, plus malheureux que jamais de s’être vu arraché la vie précieuse de cet enfant à naître. Comment blâmer un homme terrassé par le chagrin d’avoir perdu un enfant et d’avoir contemplé un instant la menace de perdre son épouse.

« Tu ne dors pas. »

Je sursautais au son de la voix de mon frère. Il n’avait guère changé de position, avait simplement ouvert les yeux pour me regarder avec un sourire tendre. Il semblait être capable de lire en moi comme personne, pouvait-il ainsi lire dans mes pensées durant son sommeil ?

« Comment se porte Robb ? »
« Comme tu t’en doutes, il est terrassé de chagrin. Lady Rohanna est elle-même désespérée. »
« Le Nord… Cela me semble impossible. »
« C’est pourtant bien ce qui se dit, ce dont est convaincu Robb. »

C’était plus que dissonant. Jorah s’était montré têtu, revêche, sourd aux arguments et plus agressif que jamais envers la Couronne, mais j’avais passé près de quatre années au cœur de Winterfell et je pouvais me targuer de connaître les Nordiens. Le poison n’était pas une arme honorable, et s’ils avaient voulu s’en prendre au Lord Baratheon alors ils l’auraient combattu en personne. S’attaquer à une femme n’était pas la méthode des hommes du Nord.

« De quoi tu es convaincu, toi ? Il doit y avoir une explication autre… »
« … Rhaenys… Pourrais-je bénéficier du calme de l’aurore avant de devoir discuter de poison et de trahison ? S’il te plait ? »

Il avait prononcé chaque mot avec la douceur la plus terrible, sans doute aurais-je pu tempêter s’il s’était s’agit de me faire taire, mais il voulait simplement profiter du peu d’instants de calme dont il disposait, et je n’étais pas disposée à les lui dérober. Nous restions ainsi de longues minutes, je déposais ma tête contre sa poitrine nue alors qu’il laissait ses doigts jouer avec mes cheveux. Il y avait une telle tendresse au sein de notre mariage qu’il me semblait n’être pas réel. Tous criaient à l’infamie, à l’abomination, et sans doute avais-je pu le comprendre un instant, mais alors que je nous voyais tous deux si proches, alors que je constatais l’amour inconditionnel qui nous unissait, je ne pouvais plus y voir que l’harmonie.

Bien trop de choses parcouraient mon esprit pour que je puisse véritablement profiter de cet instant de calme et de sérénité. Je pensais à Robb, à sa douleur, je pensais surtout à Rohanna Baratheon et la peine immense qui était la sienne. Je pensais également à Jorah, que j’avais tant aimé mais que je ne comprenais plus. Je pensais au Nord et à ces seigneurs que je respectais tant malgré le fait que ce ne soit jamais réciproque. Mes décisions avaient eu de lourdes conséquences, mais il était hors de question de permettre une nouvelle guerre. Dans son chagrin, Robb était prêt au combat, et sans doute de nombreux sudistes le suivraient. Cela signerait la fin de notre espoir de paix, je ne pouvais l’accepter. Je voulais croire à une issue diplomatique et pacifique à cette crise. Je voulais croire et espérer en un continent unifié et paisible. Je voulais croire à une prospérité retrouvée sous le règne de Jaehaerys.

« Que comptes-tu faire à propos de Dorne ? »
« Rhae… »
« Lorsque l’ambassadrice a révélé son présent… Par les Sept j’aurais pu… »
« … Lui sauter à la gorge. Je t’ai vue. Je suis heureux que tu ne l’aies pas fait. »
« Nous offrir le soi-disant crâne de notre grand-mère, notre chère grand-mère prénommée comme moi, le jour de nos noces ! Présenter cela comme un cadeau ! Comme la preuve de leur bonne volonté ! Nous prennent-ils pour des demeurés ? »

Je m’étais relevée sous l’effet de la colère, assise je regardais Jaehaerys qui était resté allongé et me regardait d’un air sérieux.

« L’entente avec Dorne est importante, Rhaenys. »

Alors qu’il caressait mon dos pour m’apaiser, je gardais le silence, en pleine ébullition interne. Dorne était un autre problème. Il semblait d’ailleurs que les problèmes ne se trouvent tout autour de nous et qu’à mesure que nous tournions la tête un nouveau problème n’apparaisse.

« Nous devons protéger notre famille. C’est ce qui compte, n’est-ce pas ? »

Je me levais et lui jetais un regard interrogateur. Protéger notre famille. Comment pouvions-nous faire ça à présent que le poison était entré au Donjon Rouge ? Comment protéger notre famille lorsque notre tante était notre ennemi et que nos cousins étaient en proie au désarroi le plus légitime ? Je quittais la chambre après un rapide baiser pour rejoindre mes appartements et me préparer. Jaehaerys marquait un point : nous devions être présents pour notre famille. Et les Baratheon étaient de la famille. J’avais vu Robb à quelques occasions depuis la terrible soirée de mon mariage, mais jamais encore n’avais-je osé ou pu aborder le sujet de sa perte. Jamais encore je n’avais pu le conforter de mon soutien le plus total.

***


« Prévenez sa seigneurie la Main que je souhaite lui rendre visite dans les plus brefs délais. »

Le page qui s’inclinait se hâtait en direction des appartements de Robb Baratheon, suzerain de l'Orage et Main du roi Jaehaerys Ier. Je ne voulais pas que Robb soit appelé à me rendre visite, je voulais me déplacer en personne afin de lui témoigner mon soutien. Il était plus que jamais essentiel de nous soutenir, tant dans l’épreuve terrible qu’il traversait que dans les épreuves politiques qui nous attendaient.

« Sa Majesté, la Reine Rhaenys. »

Les portes qui s'ouvraient, me révélait au regard d'un homme visiblement dévasté.


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Jeu 23 Nov 2017 - 20:31

 We may stumble and fall but shall rise again
Les choses étaient toujours plus faciles à oublier lorsqu’on avait une bataille à mener. Une vérité universelle, tout homme qui se prétendait guerrier avait appris à ne penser qu’au combat à venir pour s’y préparer, mettant de coté toutes les douleurs, toutes les peines et tout les ennuis qui pesaient sur ses épaules. On ne pouvait pas vaincre en portant le deuil, ni se battre avec le poids du malheur qui entrave les mouvements. Longtemps pour Robb, le combat avait été une nécessité, sous les ordres de son père ou pour l’honneur, aujourd’hui, c’était un échappatoire comme un autre, et le moyen de s’évader de ce sort qui semblait s’acharner sur lui.

La Main du Roi ne dormait plus à la Tour, une information qui avait rapidement fait le tour du Donjon Rouge. Les rumeurs à ce sujet allaient bon train, certains avançaient que c’était Lady Rohanna elle-même qui avait éconduit son mari, le forçant à prendre ses quartiers ailleurs. D’autres affirmaient qu’elle était une sorcière, et que tout accès à la chambre où les enfants du seigneur de l’Orage avaient perdu la vie était interdit, car leur mère maléfique avait lancé une nouvelle malédiction sur les lieux et sur la Maison qui avait un jour humilié sa famille de naissance. Mais toutes ces messes basses, ces tentatives de se rassurer en prouvant que les puissants étaient bien pire qu’eux se taisaient sur le passage du Baratheon, par crainte ou par respect. Car si les rumeurs étaient une chose, les faits en étaient une autre, et ceux-ci racontaient une toute autre histoire : le Cerf Couronné était désormais le Protecteur du Royaume, Régent de fonction sinon de titre du Royaume tout entier, et personne ne voulait s’attirer son courroux s’il venait à entendre les prédictions que certains pouvaient faire sur sa vie de couple.

La vérité était toute autre, la conséquence d’un choix qu’il avait laissé à son épouse, d’un acte commis par ses ennemis, d’un conflit sur le point de naître. La raison pour laquelle, malgré la position que tous voyaient comme la plus puissante du Royaume, Robb devait se préparer à la guerre. Jamais auparavant il n’avait tant risqué de perdre tout ce pour quoi il avait été élevé, alors que sa propre famille se liguait pour le faire tomber, alors que Rohanna elle-même semblait décidée à l’abandonner. Meurtrie, elle avait parlé de répudiation, il était clair qu’elle ne voulait que rentrer auprès des siens, et le Seigneur de l’Orage ne pouvait pas réellement l’en blâmer : de leur union, elle n’avait pu qu’être un témoin éloigné de l’ascension de son mari, alors qu’elle même n’en avait récolté que douleur et malheur. Elle avait toujours voulu être libre, et cette promesse, il lui avait faite le jour même de leur noce, à ses côtés libre elle serait. S’il n’avait pas réussi à la protéger, s’il avait manqué à tous ses autres vœux, celui là, il pouvait encore s’y tenir, même si la pensée de la voir le quitter était une lame qui s’enfonçait un peu plus dans son coeur à mesure qu’on lui apprenait qu’elle se remettait, et que l’échéance fixée se rapprochait : lorsque sa convalescence serait terminée, le choix serait fait, et chaque jour qui passait semblait, par l’absence de la Biche, asseoir un peu plus la certitude de son départ définitif.

Toutes ces révélations, seules, auraient pu suffire à mettre un homme à terre, mais il fallait encore ajouter la Cour, ses machinations, ses tentatives permanentes de s’élever au dépens de ceux qui leur étaient supérieurs. Tous auraient voulu être à sa place, quand Jaehaerys l’avait nommé Régent, et ils voyaient à présent l’occasion de tenter d’achever un animal déjà blessé par le sort que les Dieux et les hommes avaient scellé pour lui. Et pourtant, Robb ne pouvait pas se permettre de rester à terre et d’attendre que d’autres scellent son sort. Le Nord criait à l’indépendance avec ferveur, le Mestre avait affirmé qu’ils étaient à l’origine du poison qui avait causé la mort de ses héritiers. Dorne se gaussait de son indépendance, allant jusqu’à insulter la Maison Royale le jour de son mariage. Les Îles de Fer étaient toujours indépendantes, et gardaient l’héritier de son allié en otage. Jaehaerys serait un grand Roi, mais il était jeune, inexpérimenté, et probablement encore trop idéaliste, il avait besoin qu’un guerrier prépare le terrain d’une paix qu’il pourrait apporter lorsque son règne commencerait réellement, sans plus personne pour prendre les décisions à sa place, et le jeune homme avait décidé qu’il ne trouverait pas meilleur Régent qu’en la personne du Baratheon, de cet honneur il ne pouvait se défaire, il ne voulait pas se défaire, s’assurer de la prospérité du règne des dragons était tout autant son devoir que celui de faire sien les combats qu’avait mené son père. Pour les Targaryen, pour Theodan, pour l’honneur, et pour ne pas sombrer dans une folie sans nom, ces combats, il les mènerait tous. C’était désormais la seule chose qui le poussait encore à quitter la couche de sa chambre d’emprunt, et si en même temps il pouvait obtenir la vengeance contre ceux qui s’étaient crus suffisamment loin pour échapper à sa colère, ce n’était que mieux. Bientôt, le Cerf aurait peut-être tout perdu, mais il s’assurerait que ses ennemis n’aient même plus le droit d’exister avant de disparaître

L’aube se levait sur Port-Réal, mais la Main du Roi ne dormait plus depuis longtemps. C’était devenu une habitude depuis qu’il avait quitté la Tour, Robb ne dormait plus que quelques heures chaque nuit, quand l’engourdissement et la fatigue prenaient enfin le dessus sur le fil sombre de ses pensées. Un état de grâce, vraiment, que celui de ne plus avoir à lutter contre l’assaut de pensées morbides, ou contre l’impression de n’être qu’un brin d’herbe qui se dressait contre le souffle tout-puissant de la volonté des Dieux, et le murmure plus pernicieux des hommes. Il ne durait jamais cependant, et il fallait alors redoubler de volonté pour dépasser ces barrières qui s’imposaient à son existence même. Tout naturellement, le Cerf était revenu à ce qu’il connaissait le mieux, il se concentrait uniquement sur son devoir, sur ses envies de sang, de vengeance et de destruction des ennemis de la Couronne et de son règne sur les terres qui étaient, de droit comme de sang, les siennes. Dans sa garde personnelle, Robb avait choisi les plus habiles à manier l’épée à deux mains, et durant ses heures libres, il ne faisait qu’enchaîner les passes d’armes, préparant sous une chaleur caniculaire le moment où il pourrait réellement abattre le jugement de sa lame sur ce Loup trop fier et trop arrogant. Les réunions avec d’autres conseillers ne concernaient souvent que l’état des forces armées des royaumes, l’établissement de stratégies, l’inventaire des provisions et la création de chaînes d’approvisionnement. Pas un seul d’entre eux n’ignorait la fureur du Baratheon à l’égard des Stark, née de leur manque de respect, de leurs insultes, et embrasée par cet empoisonnement aussi terrible qu’immoral. Qu’ils parlent d’honneur, ces nordiens, il ne leur serait d’aucune utilité lorsque les lames de l’Orage seraient au plus près de leur gorge, prêtes à rendre leur ultime sentence pour les crimes commis ! Ce n’était pas l’hiver qui venait à eux, mais la fureur tempétueuse du Sud, et pour celle-là, ils ne seraient jamais suffisamment prêts. Bien sûr, aucune guerre n’était déclarée, pas encore, mais nul n’ignorait que le Protecteur du Royaume n’attendait que le plus petit des prétextes pour déchaîner les forces à sa disposition contre quiconque aurait la folie de croire qu’il laisserait ainsi les crimes contre sa famille, qu’elle soit Targaryen ou Baratheon, impunis.

Les heures précédant l’aube étaient les plus difficiles à passer, n’offrant que peu de possibilités de se distraire dans le silence relatif du Donjon Rouge à ces heures. Alors, Robb les affrontait l’épée de ses ancêtres à la main, huilant, aiguisant, celle qui serait un jour l’instrument de la justice et de la vengeance. Enfant, il se souvenait avoir passé le même temps à l’entretenir pour son père, impatient du jour où il pourrait la brandir à son tour. Que n’aurait-il pas donné aujourd’hui pour que ce soit encore Theodan qui la porte... Lui vivant, il n’aurait encore été que l’héritier, à l’abri de ces attaques dont il avait été victime, coupable uniquement d’être trop fier de son père, et trop impatient de lui ressembler le jour où il prendrait sa place. Vêtu uniquement d’un pantalon, c’était en plein ouvrage qu’il fut dérangé par un page vêtu de la livrée royale, l’informant que la Reine lui rendrait bientôt visite. Il acquiesca, et tandis que le jeune homme retournait auprès de sa maîtresse, enfila une tunique légère jetée plus que posée sur le lit défait. Hors de la Tour de la Main, seule une poignée de serviteurs l’avaient suivi, à qui il imposait un rythme bien moins soutenu que celui qu’ils connaissaient auparavant. Peu lui importait que ses quartiers soient parfaitement rangés, son lit refait tous les jours, il avait autre chose à faire que de se prélasser le matin dans des draps frais. Evidemment, Robb n’avait pas prévu que Rhaenys vienne lui rendre visite.

Il n’avait que peu croisé sa cousine dans les jours qui avaient suivi le mariage, chacun d’eux ayant des préoccupations et des priorités désormais bien différentes. Le regard de la Reine, de plus, avait quelque chose de dérangeant pour le Baratheon, qui y voyait à présent le désolement qu’elle pouvait éprouver à son égard, là où avant n’existait qu’un respect et une considération mutuelle, en plus d’une amitié qui s’était renforcée durant l’année écoulée. La souveraine avait déjà ses propres problèmes à régler, il suffisait de voir les scandales provoqués par et pendant son mariage, et la Main ne pouvait voir dans la considération qu’elle portait à ses propres malheurs qu’un poids supplémentaire à ces événements, que la Reine devait également porter, d’une certaine manière. Sa position par rapport au Nord restait également nébuleuse, la nouvelle des intentions du Nord étant parvenues à Port-Réal presque au même moment que le mariage, et il avait été difficile, avec toutes les préparations à faire, qu’ils puissent se retrouver pour en discuter. Et s’il ne faisait aucun doute qu’elle connaissait la position de la Main concernant cette future rébellion, l’inverse était loin d’être vrai. Peut-être était-ce là le motif de sa venue ? Robb n’avait jamais douté que Rhaenys n’abandonnerait pas le pouvoir, même si officiellement elle n’était plus Régente, et cet état de fait avait quelque chose de rassurant, il préférait de loin bénéficier de l’appui d’une amie plutôt que d’avoir à agir seul concernant un Royaume que, somme toute, elle devait mieux connaître que lui. Il ne fallut pas longtemps pour que le page revienne, annonçant cette fois la souveraine des Sept Couronnes, qui fit son entrée presque immédiatement ensuite.

Autant qu’il le put, Robb s’efforça de faire bonne figure, offrant un maigre sourire avant de s’incliner.

« Votre Majesté. »

Se redressant, il jeta un œil aux alentours de ses appartements, constatant le léger désordre qui pouvait y régner.

« Excusez l’état de mes quartiers, je dois avouer que je n’avais pas anticipé la venue de qui que ce soit ici… Mais j’imagine que ce n’est pas pour cela que vous avez quitté votre lit si tôt. Que puis-je pour vous, ma Reine ? »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Jeu 23 Nov 2017 - 21:13


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




La pièce était spacieuse, une grande fenêtre ouvrait sur la ville et laissait pénétrer en son sein l’air chaud de l’aurore. Le lit était encore défait, quelques feuilles trainaient au sol quand de nombreux libres gisaient sur le bureau. La pièce elle-même exhalait une odeur de cuir mêlé aux embruns de la mer. Il ne faisait aucun doute qu’un homme habitait ces appartements, il ne s’agissait pas de n’importe quel homme mais bien de celui entre les mains duquel avaient été remises les clés du Royaume. Jaehaerys avait immédiatement eu foi en l’homme que j’avais désigné comme sa Main. Robb n’était pas seulement le seigneur de la famille Baratheon, leader de la Rebellion, il était également notre cousin de chair et de sang. Le sourire que le jeune homme m’offrait alors que je pénétrais dans la pièce n’avait rien de convainquant et pour cause, cela faisait-il sans doute bien longtemps qu’il n’avait pu bénéficier d’un esprit serein et léger.

« Votre Majesté. »

Il courbait le dos alors que je progressais d’un pas supplémentaire pour permettre à la porte de se refermer derrière moi. Alors qu’il restait un instant silencieux, l’on pouvait entendre le son d’une cloche marquant le début d’une nouvelle journée. Bientôt le soleil serait à nouveau bien haut dans le ciel et la chaleur deviendrait progressivement accablante. L’été était plus que jamais des nôtres, et si cela ne me posait pas de problème tant la chaleur était mon élément, beaucoup commençaient déjà a déplorer les conditions de vie terribles qu’imposerait une canicule sur la capitale. Je promenais mon regard au gré de mon attention, le long des murs, au sol, contemplant les multiples bibelots et traces de vies qui animaient la pièce et l’encombraient presque.

« Excusez l’état de mes quartiers, je dois avouer que je n’avais pas anticipé la venue de qui que ce soit ici… Mais j’imagine que ce n’est pas pour cela que vous avez quitté votre lit si tôt. Que puis-je pour vous, ma Reine ? »

Je me laissais aller à rire, un rire discret et simple, mais sincèrement motivé par l’amusement le plus complet. S’il y avait bien une chose dont je ne me préoccupais guère c’était bien l’état des quartiers des hommes du royaume. Je n’ignorais pas la situation délicate qui éloignait le couple suzerain de l’Orage et il ne faisait aucun doute que ce déménagement inopiné ne soit de mauvais augure.

« Détrompez-vous, je suis depuis peu chargée de surveiller que les hommes de ce royaume rangent leurs chambres correctement. »

Un grand sourire aux lèvres, je tentais l’humour pour désamorcer l’éventuelle gêne qui aurait pu s’instaurer entre nous. Il y avait bien des sujets pour nous embarrasser : son mariage, le mien, le Nord, Dorne, les Îles de Fer, le Conflans. Pas une minute ne semblait pouvoir s’écouler sans qu’un nouveau problème ne fasse surface. J’avais accepté de me délester du rôle officiel de Régente, par respect pour Jaehaerys et la confiance qu’il souhaitait accorder à Robb, et je pensais ce dernier être le mieux placé pour régenter le royaume durant les derniers mois nous séparant de la majorité du Roi. Cependant il avait toujours été dans mon tempérament de partager mon opinion, et Robb Baratheon me connaissait à présent bien trop pour s’imaginer que je puisse me restreindre.

« Je souhaitais simplement prendre de vos nouvelles, mon cousin. Voilà de longs jours sans réellement nous parler, j’espérais que nous puissions prendre le temps de le faire ce matin. J’espère, du moins, ne pas vous déranger ? »

La porte dérobée qui s’ouvrait discrètement laissait entrer une jeune femme qui devait avoir à peine quinze années. Sa petite silhouette était mince et elle se déplaçait la tête baissée comme pour faire en sorte que sa présence ne soit pas notifiée. Combien étaient-ils dans ce cas-là ? Combien de fois ces personnes étaient-elles entrées dans une pièce sans être remarquées ? Pour poser simplement une carafe d’eau ou de vin, quelques gobelets, une assiette de biscuits ou de quoi faire sa toilette. Je la regardais un instant et elle ne loupa pas mon geste. Comme pétrifiée, elle restait un instant interdite, déposant du bout des doigts le plateau qu’elle portait à bout de bras. Durant un instant je pu voir qu’elle ne savait quoi faire. Devait-elle parler ? Partir ? Courber le dos devant la reine ? Elle se contenta d’une révérence sommaire, que je saluais d’un sourire qui la fit rougir instantanément, puis replaçant mon regard sur Robb je l’entendais partir à la hâte et refermer la porte derrière elle.

« Êtes-vous bien installé ici ? »

Je me déplaçais d’un pas leste jusqu’à la petite console où avait été déposée la carafe remplie d’un nectar délicieux et deux coupes. Je remplissais bien vite les deux coupes avant de faire quelques pas pour rejoindre mon cousin. Le regard que je lui adressais était véritablement celui d’un membre de la famille, il n’était guère question de Reine ou de Main. J’étais une femme, il était un homme, et nous avions tous deux du souffrir dans nos chairs à cause des circonvolutions du destin. J’élevais la coupe afin de la lui tendre alors que je me trouvais plus proche de lui que jamais.

« Considérez que vous avez le droit de ne pas en parler… Mais… Comment se porte Lady Baratheon ? »

Je patientais un instant alors que la main de Robb s’emparait de la coupe que je lui tendais, puis j’ajoutais d’une voix douce presque chuchotée.

« Et comment vas-tu, toi, Robb ? »

Les occasions d’une telle familiarité étaient bien rares entre nous. Durant une longue année j’avais été Régente de ce Royaume et il en avait été la Main. Nous n’étions pas seulement liés par le sang, par l’amitié, nous avions vécu tout ceci ensemble, et ce lien intangible que nous avions tissé à travers l’adversité me poussait à présent à lui témoigner mon amitié la plus sincère et ma confiance. Nous étions seuls, accompagnés de nos chagrins et de nos deuils, et si je disposais d’une épaule sur laquelle me reposer en la personne de mon frère, Robb, lui, était plus seul que jamais. Je n'oubliais pas le sentiment dévastateur que pouvait insuffler à l'âme la solitude dans l'adversité. Je n'ignorais pas la peine d'être soudainement l'ennemi de l'être qui peuple notre coeur. Je n'ignorais rien non plus de la peine qu'avait pu ressentir Rohanna Baratheon lorsqu'elle compris le tour que lui avait joué le destin. J'avais érigé tant de murs protecteurs que beaucoup murmuraient à la Cour que rien ne pouvait me faire vaciller. J'avais souris poliment lorsque le soit disant crâne de ma grand-mère m'avait été présenté, j'avais serré les dents avec une telle force que sans doute aurais-je pu les déchausser. Je n'avais montré aucun signe de douleur lorsque la missive annonçant l'absence du Nord lors des festivités avait été lue en présence du conseil restreint tout entier. J'avais été présente dès l'aube pour une nouvelle session du conseil restreint, seulement quelques heures après que le sang eu fini de quitter mon ventre, emportant avec lui tout espoir de vie en mon sein. Je n'avais pas pleuré, pas ce soir là, j'avais regardé avec une fascination presque morbide la tâche grossir à mesure que les minutes s'écoulaient. Je l'avais regardé et m'étais demandé s'il s'agissait là d'une réponse du destin à mes questionnements les plus intimes. J'avais pleuré la nuit suivante, lorsque regagnant mon lit je touchais mon ventre encore légèrement enflé. J'avais pleuré après mon entrevue avec un Jorah plus froid et dur que jamais. J'avais pleuré la nuit suivante lorsque j'avais rêvé de ses bras. Personne n'avait vu. Personne n'avait entendu. Rien ne s'échappait du silence de mes appartements. Le peuple avait vu une reine sereine et prête à le soutenir dans chacune de ses actions. La noblesse avait vu la guerrière que je pouvais être, et la Régente que j'avais du devenir. Le monde entier avait cette image de femme forte, au regard toujours serein et bon, au visage tantôt souriant et bienveillant, tantôt de marbre ne laissant échapper aucune émotion. Et pourtant... il y avaient bien des émotions pour m'étreindre et m'étouffer la nuit. Combien de fois m'étais-je réveillée en sueur, frappée par la vision d'horreur d'un dragon dévoré, du corps d'un frère en putréfaction, des mains aventureuses d'un oncle le long de mon corps, d'une mare de sang autrefois symbole de vie... Il y avait bien des choses qui me tenaient éveillées la nuit. Bien des choses. Et je remerciais les Sept, de m'avoir accordé des bras pour me bercer. Une voix pour m'apaiser. Un regard pour m'enlacer. Un époux, pour enfin, m'aimer.


© Belzébuth

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Sam 25 Nov 2017 - 14:25

 We may stumble and fall but shall rise again
A ceux qui croyaient que Rhaenys n’aurait jamais du être Reine, il aurait suffi qu’ils passent cinq minutes avec elle dans une pièce pour comprendre toute l’erreur de leur préjugé. La jeune femme dégageait cette aura imposante, de celles que l’on ne peut manquer et qui inspirent un respect immédiat à tout qui serait mis en sa présence. Ils pouvaient parler, ils pouvaient médire, tout ceux qui criaient à l’union hérétique et à l’ illégitimité, lorsque l’on se trouvait en présence de la Targaryen, seul un idiot ou une personne faisant preuve de la pire des mauvaises foi pourrait clamer qu’elle n’avait pas trouvé sa place. Ce mariage, aussi peu conventionnel soit-il, était l’oeuvre de quelque chose de plus grand, et aucun homme n’avait le droit de s’y opposer. D’une pointe d’humour, elle balaie ses excuses, et en d’autres temps le Baratheon aurait probablement surenchéri, mais il n’avait pas vraiment l’esprit à rire, et ne lui répondit que d’un sourire peu convaincant. La Reine n’avait pas l’air prompte à le plaindre ou à se lamenter pour lui, cependant, et pour cela, il lui était reconnaissant. Trop de courtisans déposaient sur son passage leurs condoléances sincères ou non, leurs sourires désolés cachés derrière leurs révérences pour qu’il apprécie encore ce genre de geste. Rhaenys restait naturelle, et pour cela elle ne méritait que plus son respect.

« Je souhaitais simplement prendre de vos nouvelles, mon cousin. Voilà de longs jours sans réellement nous parler, j’espérais que nous puissions prendre le temps de le faire ce matin. J’espère, du moins, ne pas vous déranger ? »

Jetant un œil sur l’épée qui reposait dans son fourreau, encore posée contre le siège sur lequel il était resté assis depuis deux bonnes heures déjà, Robb ne remarqua pas tout de suite la servante qui était entrée par l’une des centaines de portes cachées disséminées dans le Donjon Rouge. La Main du Roi n’appréciait que très peu ces passages discrets, qu’il estimait créés autant pour le confort de la noblesse qui n’avait pas à s’inquiéter du passage des petites mains que pour s’assurer que tout un chacun puisse être surveillé des plus facilement. Rapidement, il avait interdit l’usage des quelques passages de sa chambre dans la Tour quand il était présent, mais ici les habitudes des serviteurs avaient la vie dure, d’autant qu’il ne s’occupait plus que très peu de ce genre de détails.

« A dire vrai, je crois qu’un peu de compagnie ne me fera pas de mal, je crois que si je passe encore une matinée entière à m’occuper seul, l’épée de mon père finira par tomber en morceau d’être trop affutée. Vraiment, votre présence est plus que bienvenue, Majesté, d’autant que nous avons beaucoup à discuter. »

La servante s’éclipsa après une révérence maladroite, les laissant à nouveau seuls dans la pièce après avoir déposé une carafe de vin et deux coupes à leur disposition. Avait-elle reçu des instructions, ou bien se tenait-elle simplement toujours derrière les murs, prête à satisfaire à n’importe quel besoin que l’occupant de la pièce pouvait avoir à la minute où c’était nécessaire ? Preuve en était que même les serviteurs avaient des secrets inatteignables pour les grands de ce monde, qui malgré toutes leurs responsabilités ne comprenaient pas toujours le fonctionnement des plus petits détails de leur vie, qu’ils prenaient simplement pour acquis. Une pensée fugace qui traversa l’esprit de la Main aussi vite qu’elle le quitta, des affaires autrement plus importantes occupant ses pensées de manière plus permanente. Rhaenys reprit la parole, avant de se diriger vers les rafraichissements pour remplir les deux coupes.

« Êtes-vous bien installé ici ? »

« Autant que possible. Il est difficile de se plaindre du confort qu’offre le palais quand partout ailleurs certains peinent ne fut-ce qu’à trouver un endroit sûr où se reposer. »

Bien sûr, il aurait pu ajouter que l’endroit n’avait rien d’un foyer, Robb avait l’impression de revenir aux débuts de son installation au Donjon Rouge, dans la Tour de la Main. L’endroit lui semblait alors tellement étranger et différent par rapport à Accalmie qu’il ne s’y sentait pas à sa place. Il lui avait fallu des mois pour s’y habituer, pour se faire à l’idée que ces nouveaux quartiers seraient son foyer, pour une période prolongée au moins. Mais petit à petit, il avait appris à apprécier cette chambre, ces quartiers, en faisant un peu plus un endroit qui lui rappelait ses propres appartements à la forteresse des Baratheon. L’arrivée de Rohanna avait fini de lui ôter les derniers regrets qu’il avait à vivre si loin de son foyer, et même si ses terres lui manquaient, il s’était progressivement ouvert à la possibilité de considérer la Tour de la Main comme une seconde maison. Et pourtant, à peine ce moment passé, tout avait été balayé par les événements du mariage, et de nouveau le Donjon rouge était apparu comme l’écrin de richesses et de confort infesté de serpents qu’il pouvait être. Son monde s’était écroulé, à nouveau, et l’avait laissé dans cette chambre qui ne représentait qu’un nouveau réceptacle de ses échecs, y passer son temps ne faisait que lui rappeler la dure réalité des choses, ce départ qu’il craignait plus que le reste et les malheurs de sa Maison.


« Considérez que vous avez le droit de ne pas en parler… Mais… Comment se porte Lady Baratheon ? »

La Targaryen s’était approchée de lui pour lui tendre une coupe, dont il se saisit après avoir incliné la tête en signe de remerciement. Pourtant, dès que son épouse avait été mentionnée, un voile sombre s’était installé dans son regard. Elle se remettait, de cela il était certain selon les rapports que certains des membres de sa suite lui faisaient quotidiennement, mais du reste, il ne savait rien de l’état de la Biche Pendue. Depuis leur dispute, Robb avait tout fait pour ne pas avoir à la croiser, sachant pertinemment qu’il lui avait laissé un choix, et que chaque moment où il la verrait ne ferait que le tenter un peu plus de la convaincre de se plier à ce qu’il voulait réellement. Alors, il avait préféré s’isoler, même si égoïstement, il espérait parfois que la rémission de son épouse ne soit pas si rapide, car l’incertitude restait préférable à devoir vivre avec son départ, et la fin de leur vie ensemble. Il n’eut cependant pas le temps de répondre à la jeune femme devant lui que, sur un ton plus confidentiel, elle compléta sa question :

« Et comment vas-tu, toi, Robb ? »

Prenant une gorgée du liquide avant de répondre, le Baratheon indiqua d’un geste les deux sièges se trouvant devant la large table qui lui servait de bureau lorsqu’il n’occupait pas son office désignée, ou la salle du Conseil Restreint. Il n’était pas question qu’il s’asseye de l’autre côté, ils étaient trop proche pour mettre une barrière si formelle entre eux. Alors qu’il prenait place, Robb réfléchit à la manière de formuler sa réponse. Il était inutile de nier l’évidence, et d’assurer à la Reine qu’il allait parfaitement bien, ou d’éluder les dernières nouvelles concernant son couple. Hormis son frère et sa sœur, Rhaenys était celle qui correspondait le plus à la définition d’une famille à Port-Réal, et une année passée à se soutenir l’un l’autre dans l’exercice du pouvoir avait créé entre eux des liens ineffables, comparables à deux frères d’armes qui avaient vu ensemble le pire et le meilleur, et survécu pour pouvoir ensuite en parler avec une nostalgie telle que même les pires moments pouvaient parfois être évoqués avec une pointe de regret, parce qu’ils avaient été affrontés ensemble. Oui, la reine était désormais la plus à même de remplir le rôle de confidente auprès du Cerf, surtout depuis qu’il n’avait plus Rohanna. D’un soupir las, le Régent décida donc qu’être honnête valait mieux qu’une politesse contenue, sans compter que les rumeurs devaient déjà avoir atteint les oreilles de la souveraine bien avant qu’elle ne vienne le voir.

« J’aurais cru que ton mariage signerait la fin de beaucoup de problèmes, mais… Les Dieux n’ont visiblement pas terminé de nous tourmenter. Te dire que tout va bien alors que je suis ici au lieu d’être à la Tour serait ridicule, et je crois qu’il est préférable que tu sois mise au courant de ce qui pourrait se passer prochainement. »

Reprenant une gorgée de sa coupe, il fallut à Robb rassembler sa volonté quelques secondes avant de pouvoir évoquer tout haut ce qu’il n’avait encore jamais confié à personne.

« Rohanna veut rentrer chez elle. Elle m’a demandé de la répudier, pour qu’elle puisse retourner près des siens, et que tous les malheurs qui se sont abattus sur ma Maison puissent être du passé, c’est la raison pour laquelle je suis ici, et pas là-bas. Je lui ai laissé le choix, quand elle sera entièrement rétablie, elle pourra partir pour ne jamais revenir, ou rester et se battre pour garder ce qui est à elle, et je n’interférerai pas avec son choix. »

Les mots étaient sortis avec difficulté, puis avec une facilité grandissante, comme une libération que Robb attendait depuis un moment déjà. Oui, énoncer les choses clairement, les confier à quelqu’un d’autre allégeait ses épaules, imperceptiblement peut-être, mais d’une certaine manière, il en était apaisé.

« J’ai perdu mes héritiers, le Royaume est aussi instable qu’auparavant si pas plus, alors que j’avais espéré que ton mariage arrangerait les choses, et calmerait le Nord une fois qu’ils n’auraient plus eu aucune possibilité de s’y opposer. Et au lieu de ça… »

Serrant le poing à cette pensée, Robb ne termina pas sa phrase, ce n’était de toutes façons pas nécessaire. Il lui fallut un certain temps pour reprendre sa contenance pour ne pas exploser devant sa souveraine, alors seulement il termina :

« Ajoute à ça les Arryn dont la position est au mieux divisée, au pire plus que trouble, Dorne qui envoie pique après pique en attendant de voir comment nous réagirons… J’ai l’impression de marcher sur des cendres ardentes, avec tous ces traitres potentiels qui cherchent à me pousser pour que je m’effondre. »


D’un geste, Robb termina sa coupe, laissant le temps à sa compagne du matin de digérer ses paroles. Après seulement, il lui posa la même question à son tour :

« J’espère que les choses se passent mieux pour toi que pour moi ? »
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Rhaenys Targaryen
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Dim 26 Nov 2017 - 19:32


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




« A dire vrai, je crois qu’un peu de compagnie ne me fera pas de mal, je crois que si je passe encore une matinée entière à m’occuper seul, l’épée de mon père finira par tomber en morceau d’être trop affutée. Vraiment, votre présence est plus que bienvenue, Majesté, d’autant que nous avons beaucoup à discuter. Autant que possible. Il est difficile de se plaindre du confort qu’offre le palais quand partout ailleurs certains peinent ne fut-ce qu’à trouver un endroit sûr où se reposer. »

Je lui souriais tendrement et l’évocation de Theodan Baratheon me rappelait aux heures les plus sombres de la guerre que nous avions menée il y a un an déjà. Nous avions prié pour que tout ceci n’eut été en vain, et pourtant il semblait que les morts innombrables ne suffisaient pas à calmer la soif guerrière des hommes de ce pays. Theodan n’était pour moi que le lointain souvenir d’un oncle que je n’avais que très peu côtoyé. Je me souvenais cependant d’un homme juste et puissant, d’un guerrier et d’un meneur d’hommes dont la réputation n’était plus à faire. Theodan avait été un homme fort du royaume durant de longues années, et il me semblait qu’au même titre que la mort de mon père, sa disparition marquait un tournant dans l’histoire de Westeros. Les anciens n’étaient plus et voilà que la nouvelle génération prenait la relève pour tenter de mener le royaume vers la prospérité. Robb et moi-même étions les représentants de cette génération, jetée bien trop tôt dans les bras du massacre, inexpérimentés et effrayés un temps face à l’ampleur de la tâche, mais plus que jamais déterminés à faire ce qui était juste.

« J’aurais cru que ton mariage signerait la fin de beaucoup de problèmes, mais… Les Dieux n’ont visiblement pas terminé de nous tourmenter. Te dire que tout va bien alors que je suis ici au lieu d’être à la Tour serait ridicule, et je crois qu’il est préférable que tu sois mise au courant de ce qui pourrait se passer prochainement. Rohanna veut rentrer chez elle. Elle m’a demandé de la répudier, pour qu’elle puisse retourner près des siens, et que tous les malheurs qui se sont abattus sur ma Maison puissent être du passé, c’est la raison pour laquelle je suis ici, et pas là-bas. Je lui ai laissé le choix, quand elle sera entièrement rétablie, elle pourra partir pour ne jamais revenir, ou rester et se battre pour garder ce qui est à elle, et je n’interférerai pas avec son choix. »

Je le fixais d’un regard plein d’incompréhensions. Ainsi Rohanna souhaitait-elle être répudiée pour laver la soi-disant honte qu’elle avait amenée sur la Maison Baratheon ? Et Robb était disposé à la laisser partir ? Tout cela n’avait pas le moindre sens. Il y avait tant de mariages fondés sur la simple stratégie politique et militaire, tant d’unions dépourvues d’amour et de tendresse, tant de jeunes hommes et femmes jetés dans les bras l’un de l’autre bien malgré eux. Robb et Rohanna Baratheon disposaient d’un mariage certes éprouvé mais dans lequel était né un amour incommensurable. Cela se voyait dans la situation actuelle même. Rohanna était ainsi prête à affronter la honte d’une répudiation pour protéger Robb et sa famille, quant à Robb il était prêt à voir partir la femme que son cœur chérissait plus que tout au monde afin de lui offrir cette liberté à laquelle elle était tant attachée. C’était du gâchis. Un gâchis ridicule. Si j’avais eu l’intention d’interrompre Robb afin de le lui signifier, la solennité de son ton et la gravité de ses propos me poussaient à le laisser finir ce qui semblait être bien difficile à prononcer.

« J’ai perdu mes héritiers, le Royaume est aussi instable qu’auparavant si pas plus, alors que j’avais espéré que ton mariage arrangerait les choses, et calmerait le Nord une fois qu’ils n’auraient plus eu aucune possibilité de s’y opposer. Et au lieu de ça… Ajoute à ça les Arryn dont la position est au mieux divisée, au pire plus que trouble, Dorne qui envoie pique après pique en attendant de voir comment nous réagirons… J’ai l’impression de marcher sur des cendres ardentes, avec tous ces traitres potentiels qui cherchent à me pousser pour que je m’effondre. J’espère que les choses se passent mieux pour toi que pour moi ? »

Le silence redevenait maître des lieux alors que je prenais note de tout ce que Robb venait de me dire. Il y avait bien des sujets d’inquiétude dans ce qu’il venait d’énoncer. Jorah était déterminé à obtenir l’indépendance, Robb était convaincu de sa culpabilité dans l’empoisonnement de Rohanna et était prêt à le lui faire payer de son sang, les Arryn avaient prêté serment à reculons et la situation devenait de plus en plus obscure quant à la position qui serait la leur en cas de conflit, Dorne de son côté multipliait les provocations et nous ne pouvions qu’agir avec précaution tant le sujet était épineux. La cour était un panier de crabe et Robb l’avait découvert au même titre que moi. J’avais cependant l’avantage d’être reine et épouse du Roi, les murmures parlaient d’une influence considérable sur le roi et la Main du Roi, mais je n’avais aucun pouvoir politique officiel. Et surtout, j’étais indéboulonnable. Robb, quant à lui, pouvait à tout instant être victime d’une cabale visant à le remplacer à la tête de l’Etat, et les occasions de l’atteindre étaient plus que nombreuses.

« Si seulement. »

La situation n’était guère plus réjouissante de mon côté. Les sujets politiques qui l’occupaient étaient au cœur de mon existence. Non seulement je n’avais pas abandonné ma volonté de participer activement au règne de Jaehaerys, mais en plus les conflits que l’on voyait naître aux quatre coins du royaume semblaient tous me toucher de près ou de loin, me toucher personnellement. C’était mon ancien époux, l’homme qui avait partagé ma couche durant de longues années, l’homme duquel j’avais porté l’enfant l’espace de courts mois, c’était ce même homme qui déclarait la guerre à ma famille, à mon nom. C’était ce même homme qui me crachait sa haine et son dédain au visage quotidiennement par ses actes. Cette famille dans laquelle j’avais évoluée durant plus de quatre années était devenue la première à contester le règne des Targaryen depuis la fin de la Conquête. C’était au cœur de mon mariage qu’avait été déposé sur ma table de repas le crâne de ma grand-mère éponyme, offert en guise de présent de mariage par une femme au sourire narquois. C’était alors que j’unissais ma vie à celui qui serait sans doute le grand amour de ma vie que les héritiers de l’Orage, les héritiers de mon cousin et ami proche, avaient perdu la vie et que son épouse avait été empoisonnée, s’effondrant comme une poupée de chiffon ensanglantée.

« Le sujet ne me concerne pas, il s’agit de ton intimité Robb. Seulement je vais me permettre un simple conseil. Durant quatre ans j’ai partagé la couche d’un homme que je ne parvenais pas à aimer, et sans doute un instant ai-je cru l’aimer. Seulement je n’aurais pu quitter Winterfell si l’amour que je ressentais pour Jorah Stark avait été assez fort. Je mourrais, s’il me fallait quitter Jaehaerys. L’amour est une chose rare dans ce monde, quelque chose de fragile. Si l’on peut se battre pour des terres et pour l’honneur, alors il me semble plus qu’à propos de se battre pour l’amour lorsque l’on a la chance de le posséder. »

Je me rapprochais de lui et osais déposer ma main sur son avant-bras alors que je tentais d’attirer son regard qui me fuyait désormais.

« Vous avez perdu quelque chose de si précieux qu’il semblerait que la vie elle-même vous a été ôtée. Rohanna a souffert dans sa chair de cette perte, et tu as vu s’écrouler tant de rêves. La colère, la violence, la haine, parfois même la rancœur… toutes ces choses résultent du malheur. Mais elles sont passagères. Crois-moi. »

L’espace d’un instant je couvrais chacune des joues de Robb dans un geste qui était bien peu fidèle à l’attitude que j’arborais régulièrement. Jaehaerys avait été jusque là le seul, avec Alys et Faust sans doute, à me voir telle que j’étais réellement.

« Rohanna ne veut pas rentrer chez elle, elle a peur, elle a honte, elle a mal, mal dans son âme et son corps. Bats-toi pour elle Robb, pas pour venger son empoisonnement, mais pour rester celui qui apaise ses maux. »

Après quelques instants ainsi, je relâchais le tendre contact que j’avais initié avec mon cousin et m’éloignais de quelques pas. Nous avions abordé un sujet plus que personnel, et il m’avait semblé plus que naturel d’instaurer cette intimité, cette proximité qui convenait aux confidences et aux maux de l’âme et du cœur. Pourtant de bien sérieux sujets nous attendaient à présent et nous ne pouvions faire fis de ce que nous commandait l’histoire.

« Quant à venger son empoisonnement. »

Je me retournais finalement pour lui faire face à quelques mètres de distance.

« Je n’ignore rien des rumeurs accusant le Nord, et je ne peux en croire un mot. »

J’avais tenté d’enrober mes paroles d’un doute méthodique afin d’en alléger la portée, mais il n’était plus temps de faire des simagrées. Le Nord n’était pas le responsable de l’empoisonnement de Rohanna j’aurais pu jouer ma vie sur ce pari.

« Je crois savoir ce que tu en penses… Robb j’ai passé quatre années au cœur de Winterfell, côtoyant quotidiennement les seigneurs du Nord… Cela ne ressemble en rien aux méthodes nordiennes ! En rien. Le poison est considéré comme une arme dépourvue d’honneur au Nord. Et de plus s’attaquer à l’épouse d’un chef de guerre pour l’atteindre ? Si Jorah Stark ou tout autre de ses généraux avaient voulu t’atteindre, ils l’auraient fait par la voie de l’épée. Et contre toi. Je vois là des manières bien plus cohérentes avec l’attitude de Dorne. Cette… provocation…»

Je me resservais un verre, plus pour occuper mes mains rendues nerveuses par la solennité de la conversation que par pure envie de boire. Le vin était largement coupé à l’eau et agrémenté d’épices, cela le rendait sucré et adapté aux heures du petit matin. La simple évocation de Dorne me mettait dans une rage difficile à contrôler. Non seulement la princesse n’avait pas fait le déplacement, dépêchant une ambassadrice, mais la principauté avait poussé l’outrage jusqu’à nous offrir un présent insultant. La disparition de ma grand-mère RHaenys avait été un drame pour le Conquérant et toute notre famille. Elle avait été une guerrière, mais également une mère aimante et tendre, une femme raffinée et aimée de tous. Cela avait toujours été un honneur de porter son nom. Et voilà que Dorne m’offrait son crâne en guise de présent de mariage ? Y avait-il là autre chose qu’une menace voilée et une provocation éhontée ? Je ne voulais pas la guerre, encore moins avec Dorne, mais si je m’étais écoutée sans doute aurais-je égorgée moi-même l’impertinente qui avait soutenu mon regard alors qu’elle dévoilait son présent.

« Pour ce qui est du Val… »

Le Val s’était illustré de la pire des manières durant le mariage, que ce soit par l’hésitation douteuse de Martyn Arryn, par la déclaration honteuse et presque ridicule d’une Etaine Arryn tentant de regagner un prestige depuis longtemps perdu, ou encore par la réaction virulente de Catelyn Arryn. Je n’avais pas entendu les propos de Catelyn et me réservais toujours le droit de douter qu’ils furent ce que l’on rapportait. Pourtant il semblait que celle-ci se soit opposée à ce que son cousin ne prête serment au Roi, et c’était un acte grave. Je ne pouvais m’empêcher de repenser avec tendresse aux douces conversations que nous avions eu par lettres interposées, et je ne pouvais penser à Catelyn autrement que comme une amie, une confidente, une femme qui avait toujours su comprendre les affres de son âmes.

« Il nous faut agir avec prudence ici, Robb. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer de respect aux Suzerains du Val. S’il semble clair que nous ne pourrons en faire des amis, nous pourrions tenter au moins d’en faire des alliés. Après tout, l’épouse de Lord Arryn est née Tyrell… Peut-être devrions-nous d'ailleurs les traiter en invités de marque et les garder sous bonne surveillance encore quelques temps... Qu’en penses-tu ? »


© Belzébuth

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mer 29 Nov 2017 - 13:21

 We may stumble and fall but shall rise again
On pouvait lire l’étonnement, l’incompréhension dans le regard de la Reine à mesure que Robb lui confiait le flot de problèmes, de menaces qui guettaient tant son mariage que sa position. Lui aussi était passé par là, cherchant à appréhender les raisons qui poussaient ainsi tant les Dieux que les hommes à lui sourire, à lui permettre de s’élever, uniquement pour ensuite lui enlever ce qu’il avait de plus précieux. Les jours passant, pourtant, de cette incompréhension était née une détermination presque morbide, un serment tacite promettant que chaque personne qui s’était attaquée à lui, ou à ceux qui lui étaient cher, en paieraient le prix, tôt ou tard. Ils s’étaient crus suffisamment forts, Ils s’étaient crus suffisamment malins, Ils l’avaient cru suffisamment vulnérable et affaibli. Bientôt, le Baratheon leur montrerait à quel point ils avaient eu tort, et ce jour là, Ils tomberont à genoux et pleureront pour leur vie.

La facilité avec laquelle la Main du Roi en venait à de telles pensées était quelque chose de nouveau pour lui, et si cette haine viscérale qu’il éprouvait était actuellement la seule échappatoire qu’il avait trouvé à sa chute, il savait qu’il se devait de la contrôler sans quoi il perdrait bien plus. L’exercice était pourtant une épreuve de chaque instant, et il redoutait le moment où il partirait en guerre autant qu’il l’attendait avec impatience, parce qu’alors, il lui faudrait lutter encore plus pour ne pas se perdre définitivement en se laissant aller à une vengeance aveugle, en se rendant responsable d’atrocités sans nom envers ceux qui, peut-être, ne l’avaient pas mérité. Jorah Stark devrait payer le prix fort le premier, mais son peuple n’avait rien à voir dans les décisions folles qu’il avait pu prendre, et il faudrait qu’il s’empêche de leur faire payer les méfaits de leur suzerain aussi fort qu’il serait tenté de le faire, uniquement pour voir le Loup souffrir comme lui-même avait souffert. Dans cette lutte contre lui-même, c’était tout son être, toutes les valeurs dans lesquelles il avait été élevé qu’il risquait de perdre. Cette pensée le hantait autant que le reste, et un frisson lui traversa la colonne vertébrale, uniquement interrompu par la voix qui se voulait rassurante de Rhaenys.

« Le sujet ne me concerne pas, il s’agit de ton intimité Robb. Seulement je vais me permettre un simple conseil. Durant quatre ans j’ai partagé la couche d’un homme que je ne parvenais pas à aimer, et sans doute un instant ai-je cru l’aimer. Seulement je n’aurais pu quitter Winterfell si l’amour que je ressentais pour Jorah Stark avait été assez fort. Je mourrais, s’il me fallait quitter Jaehaerys. L’amour est une chose rare dans ce monde, quelque chose de fragile. Si l’on peut se battre pour des terres et pour l’honneur, alors il me semble plus qu’à propos de se battre pour l’amour lorsque l’on a la chance de le posséder. »

Il était léger, presque imperceptible même, mais pour la première fois depuis un moment déjà, une esquisse de sourire sincère se dessina sur les traits fermés du Seigneur de l’Orage. Les paroles de la Reine auraient pu paraître naïve à un seigneur trop habitué aux circonvolutions politiques et guerrières du Royaume, mais elles étaient on ne pouvait plus sincère, tant dans la part d’elle-même que Rhaenys révélait ici que dans ses croyances. Un message d’espoir qui l’espace d’un instant pouvait briser les ténèbres dans lesquelles il s’était reclus, malgré la luminosité presque aveuglante du monde qui l’entourait, un moment d’oubli, aussi bref soit-il, de la situation désastreuse dans laquelle il se trouvait, et pour cela il lui en était reconnaissant.

« Vous avez perdu quelque chose de si précieux qu’il semblerait que la vie elle-même vous a été ôtée. Rohanna a souffert dans sa chair de cette perte, et tu as vu s’écrouler tant de rêves. La colère, la violence, la haine, parfois même la rancœur… toutes ces choses résultent du malheur. Mais elles sont passagères. Crois-moi. Rohanna ne veut pas rentrer chez elle, elle a peur, elle a honte, elle a mal, mal dans son âme et son corps. Bats-toi pour elle Robb, pas pour venger son empoisonnement, mais pour rester celui qui apaise ses maux. »

Le contact des mains de la Targaryen sur son visage avait une chaleur bienveillante, de même que son regard qui le fixait tandis qu’elle prononçait ces mots. Elle avait raison, evidemment, et pour Rohanna il aurait mené des milliers de batailles, peu importe leur forme, leur danger ou le temps qu’il aurait fallu. Il les aurait toutes affrontées, et ne se serait jamais avoué vaincu. Toutes sauf une seule, celle-là même qui se jouait aujourd’hui, et pour laquelle il s’était juré de ne pas interférer. Elle avait souffert de par la position qu’elle occupait à ses côtés, et y rester, c’était risquer que cela arrive encore. Par deux fois déjà, il avait pu assister à la douleur qu’elle avait traversée, une douleur qu’il partageait tout en ne pouvant réellement la comprendre dans son entièreté, mais il savait que c’était quelque chose dont la seule pensée pouvait révulser la plus courageuse des femmes. Pour cette raison, il se devait d’accepter qu’elle préfère fuir plutôt que d’affronter la possibilité d’un autre coup dirigé contre elle pour l’atteindre lui. Qu’elle préfère reprendre une vie simple plutôt que d’avoir à se battre pour maintenir une place dont elle n’avait, au final, jamais vraiment voulu.

Lui voulait qu’elle reste, bien entendu, mais il aurait été égoïste de la forcer à le faire, de l’exposer à ces risques si Rohanna n’avait plus la force ou la volonté de se battre. Alors, elle devrait choisir, et si elle décidait de se battre, alors il reprendrait ce combat là à ses cotés, certain qu’elle était là parce qu’elle le voulait, et pas parce qu’il l’y avait forcée. Pourtant, il y avait quelque chose de vrai dans les paroles de la Targaryen, et Robb se promit d’y penser alors qu’elle s’éloignait un, à tête reposée, s’il parvenait seulement à se reposer.

« Quant à venger son empoisonnement. Je n’ignore rien des rumeurs accusant le Nord, et je ne peux en croire un mot. »

Le ton qu’elle avait employé différait drastiquement de celui employé quelques secondes à peine plus tôt, sans grande surprise de la part de Robb. Il s’était attendu à ce que la jeune femme ne puisse pas croire aux accusations contre ce qui avait été son foyer et sa famille pendant si longtemps, et pourtant… Les faits pointaient tous dans la même direction, et ce depuis un moment déjà. Robb s’abstint pourtant de répondre directement, laissant Rhaenys terminer son cheminement de pensée. Après tout, elle les avait connu, peut-être était-elle en possession d’une information qui pourrait disculper les Stark.

« Je crois savoir ce que tu en penses… Robb j’ai passé quatre années au cœur de Winterfell, côtoyant quotidiennement les seigneurs du Nord… Cela ne ressemble en rien aux méthodes nordiennes ! En rien. Le poison est considéré comme une arme dépourvue d’honneur au Nord. Et de plus s’attaquer à l’épouse d’un chef de guerre pour l’atteindre ? Si Jorah Stark ou tout autre de ses généraux avaient voulu t’atteindre, ils l’auraient fait par la voie de l’épée. Et contre toi. Je vois là des manières bien plus cohérentes avec l’attitude de Dorne. Cette… provocation…»

Evidemment. Quelques mois auparavant encore, l’accusation du Nord en matière d’empoisonnement aurait pu faire sourire la Main du Roi, qui se serait joint à l’avis de la Reine concernant leur innocence. Mais, dernièrement… Rhaenys ne semblait pas en avoir terminé cependant, et abordait l’autre sujet épineux des derniers événements, incarnés par la Maison Arryn, qui n’avait aux yeux de Robb de meilleur que leurs cousins que leur présence au mariage, et le serment -formulé à contre coeur et uniquement après qu’on lui ait rappelé les dangers qu’il encourait, mais formulé néanmoins- d’allégeance de Martyn Arryn.

« Pour ce qui est du Val… Il nous faut agir avec prudence ici, Robb. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer de respect aux Suzerains du Val. S’il semble clair que nous ne pourrons en faire des amis, nous pourrions tenter au moins d’en faire des alliés. Après tout, l’épouse de Lord Arryn est née Tyrell… Peut-être devrions-nous d'ailleurs les traiter en invités de marque et les garder sous bonne surveillance encore quelques temps... Qu’en penses-tu ? »

« Pourtant, tout porte à croire que Jorah Stark ne voit plus l’honneur comme la priorité de sa famille. Vois-tu vraiment dans son comportement celui de l’homme que tu as connu à l’époque ? Les contacts que j’ai eu avec le seigneur du Nord m’ont paru bien différent de ce que j’avais pu apprendre à croire sur le champ de bataille pendant la guerre, c’est certain en tout cas. Si vraiment il avait été honorable, ne serait-il pas venu demander réparation plutôt que d’envoyer un courrier pour nous informer qu’une indépendance du Nord était possible ? S’il se souciait de l’honneur de sa famille, pourquoi a-t-il refusé une offre de voir celui de sa sœur restauré en épousant mon frère officiellement, alors qu’ils sont mariés en secret depuis des années et qu’elle est la mère de sa fille, considérée comme une bâtarde ?

Je crois que le Loup du Nord s’est détourné de son si cher honneur pour une proie qu’il voit comme bien plus intéressante : son indépendance, et le pouvoir qui va avec. L’idée de devenir Roi l’aveugle autant qu’elle le rend fou, et dicte toutes ses décisions, persuadé qu’il est d’avoir ses chances s’il devait aller à l’affrontement. C’est là l’homme que je vois à travers ses dernières actions, et cet homme là me semble plus que capable d’empoisonner ma femme et de tuer mes héritiers, s’il pense que ça peut lui donner un quelconque avantage. Mais Martyn Arryn pense qu’il peut raisonner son cousin, peut-être qu’il y arrivera… Ou peut-être que ce n’était qu’une façade pour repartir vivant après ses actions à ton mariage, même s’il a fini par corriger le tir à contre-coeur. »


Robb avait tenté de parler calmement et posément, à l’instar de son interlocutrice, mais le simple fait de mentionner les insultes du Stark à l’encontre des Targaryen et de sa propre famille, de la possibilité presque certaine selon lui qu’il soit à l’origine de ses malheurs fit remonter à travers ses mots une certaine colère, qu’il ne parvint pas à dissimuler entièrement. Sans compter la mention des Arryn, et de leur attitude on ne pouvait plus ambivalente.

Que dire des Arryn, d’ailleurs ? La proposition que faisait Rhaenys concernant la seule membre de la Maison au Faucon encore présente au Donjon Rouge semblait raisonnable, mais pour Robb il ne se serait agi que de minimiser les actes qui avaient été commis. Elle bénéficiait déjà de la chance de ne pas pourrir dans une des Cellules noires, et avait conservé une chambre d’invitée, d’où elle ne pouvait presque pas sortir, mais au moins était-elle confortable, une marque de respect pour son nom et son cousin bien plus raisonnable qu’elle, mais qui déjà vexait la Main du Roi profondément, au vu de ce dont elle était accusée et suspectée.

« Je crois que Suzerain du Val honnête dans son serment, tant que l’on ne le force pas à prendre les armes contre son cousin. Quoi qu’il en soit, il a promis de nous faire amener Freyja Stark, et s’il tient parole, nous saurons que c’est au moins un fidèle à la Couronne. Mais sa cousine… Elle a appelé à la sédition en public, ce qui est déjà un crime en soi, mais en plus en plein milieu de ton mariage et de la cérémonie d’allégeance ! Et tu voudrais qu’on la traite en invitée ? Si tu veux mon avis, elle a déjà beaucoup plus que ce à quoi elle a droit.

Ses actes eux-même, ses paroles prouvent qu’elle ne peut pas ne pas soutenir la position de ses cousins Stark. Et qui se soucierait d’une Arryn de si haute naissance en public, si elle devait malencontreusement verser quelque chose dans une coupe ? Toute ces coïncidences commencent à être trop nombreuses pour ne pas être prises en compte... »


Reprenant un peu de contenance, Robb termina sur une note plus apaisante, ne comprenant que trop bien la rancoeur qu’éprouvait la souveraine pour Dorne et sa Princesse Régente, il ressentait la même chose, après tout.

« Dorne paiera aussi pour ce qu’elle a fait, sois en assurée. Mais ils se contentent d’actions dissimulées et de menaces voilées pour le moment. Si Nymeria voulait une guerre, elle aurait affirmé qu’elle était bien derrières les attaques aux frontières de mes terres plutôt que d’envoyer son ambassadrice pour démentir les faits. Elle joue à l’enfant qui pique le dragon avec un bâton en voyant jusqu’où elle pourra aller avant de se faire dévorer, et un jour ou l’autre elle comprendra qu’elle est déjà allée trop loin. Mais comment aurait-elle pu se procurer un poison qui vient du Nord, et surtout pourquoi ? Si elle avait voulu faire accuser quelqu’un, n’aurait-elle pas eu plus d’intérêts à pointer les Lannister, pour briser l’alliance qui unit nos Maisons ? L’acte leur ressemble, oui, mais le motif me semble moins clair que celui des Stark. »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Ven 1 Déc 2017 - 18:49


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




« Pourtant, tout porte à croire que Jorah Stark ne voit plus l’honneur comme la priorité de sa famille. Vois-tu vraiment dans son comportement celui de l’homme que tu as connu à l’époque ? »

Je baissais les yeux. Avais-je réellement connu Jorah Stark durant les quatre années passées au sein de Winterfell ? J’avais connu le seigneur, l’époux respectueux et froid, le suzerain poussé à faire son devoir en produisant un héritier, puis l’espace de quelques mois j’avais pu apprendre à connaître l’homme, l’amant, un être capable de tendresse. Cette parenthèse dorée n’avait duré que l’espace d’un battement d’ailes, et pourtant je m’étais accrochée au souvenir de ces nuits comme à un instrument de survie. Je pouvais encore sentir la passion qui avait animé ses lèvres, son corps contre le mien alors qu’il murmurait qu’il m’aimait, que malgré les obstacles et les haines il avait appris à m’aimer. Et j’avais pu lui répondre de même. J’avais cru aimer Jorah Stark de tout mon cœur. J’avais cru que cet amour pourrait survivre au chaos et à la destruction. Pourtant ces derniers avaient tout emporté sur leur passage, ne laissant plus rien de la tendresse qui avait animé nos dernières étreintes, rien non plus du respect qui avait animé les premières… Ne restait plus que le devoir. Le devoir que nous devions chacun nous efforcer d’accomplir. Le devoir de Jorah Stark était de retrouver sa dignité et sa légitimité en tant que suzerain du Nord. Mon devoir était d’être la reine de ce royaume, et d’un royaume uni dans la paix. Comment pouvions-nous simplement concilier ces deux devoirs ?

« Les contacts que j’ai eu avec le seigneur du Nord m’ont paru bien différent de ce que j’avais pu apprendre à croire sur le champ de bataille pendant la guerre, c’est certain en tout cas. Si vraiment il avait été honorable, ne serait-il pas venu demander réparation plutôt que d’envoyer un courrier pour nous informer qu’une indépendance du Nord était possible ? S’il se souciait de l’honneur de sa famille, pourquoi a-t-il refusé une offre de voir celui de sa sœur restauré en épousant mon frère officiellement, alors qu’ils sont mariés en secret depuis des années et qu’elle est la mère de sa fille, considérée comme une bâtarde ? »

A nouveau Robb marquait un point mais ce n’était guère celui qu’il croyait. Jorah Stark avait à présent pour seul objectif d’unifier le Nord et se restaurer la dignité perdue des Stark. Pour cela il n’y avait guère d’autres solutions que de tenter de s’unir aux maisons puissantes du Nord. Je soupçonnais Jorah de contempler un mariage au Nord pour Ashara, faisant fi des désirs les plus impérieux de sa sœur et des appels de la famille Baratheon. Jorah commettait là de nombreuses erreurs politiques et stratégiques, ce qui était surprenant pour un homme que j’avais estimé être fin stratège et meneur d’hommes. Risquer la guerre avec les maisons les plus puissantes du Royaume, déclarer l’indépendance alors même que l’été allait s’abattre sur le Royaume et que les terres du Nord n’y survivraient sans doute pas, prendre le risque d’ouvrir la voie à la famille Bolton, insulter le cerf au lieu de s’y associer par le lien familial…

« Je crois que le Loup du Nord s’est détourné de son si cher honneur pour une proie qu’il voit comme bien plus intéressante : son indépendance, et le pouvoir qui va avec. L’idée de devenir Roi l’aveugle autant qu’elle le rend fou, et dicte toutes ses décisions, persuadé qu’il est d’avoir ses chances s’il devait aller à l’affrontement. »

Si Jorah Stark était aveuglé par ses désirs de grandeurs, j’avais face à moi un homme aveuglé par le chagrin et la rancœur. Sans doute Jorah envisageait-il de devenir Roi du Nord, mais les raisons de ce désir étaient bien différentes de celles que m’exposait Robb. Il était certes étonnant que Jorah estime l’armée du Nord capable de combattre les forces unies de l’Orage, de l’Ouest et les terres de la Couronne, sans oublier la potentielle puissance de frapper des dragons de ma famille. Sans doute s’imaginait-il que nous renâclerions à recourir au feu dragon, et il n’avait pas tort en un sens. Je connaissais le peuple du Nord, j’avais côtoyé les marchands et serviteurs de la ville d’Hiver, j’avais vécu au cœur de la famille Stark… Détruire par le feu et la fureur ce qui avait été ma maison et ceux qui étaient devenus, l’espace d’un instant, ma famille, serait l’une des décisions les plus difficiles à accepter pour moi. De surcroît alors que nous tentions de promouvoir la paix, détruire Winterfell comme mon grand-père avait détruit Harrenhal, en faire un exemple pour tous ceux qui se risquaient à braver le dragon, n’était guère cohérent. Pourtant, s’il y avait une guerre nous ne pourrions laisser nos soldats risquer leurs vies sans avoir recours à notre arme la plus puissante.

Ce que ne voyait pas Robb, c’était bien les raisons qui poussaient Jorah à demander l’indépendance et à se comporter comme il le faisait. Sans doute cela n’expliquait pas tout de ses dernières incohérences et maladresses politiques cependant il ne fallait pas oublier le scandale qu’avait provoquer notre divorce au Nord. Sur les terres de l’honneur, le divorce du suzerain était une insulte. Et une insulte devait être lavée.

« C’est là l’homme que je vois à travers ses dernières actions, et cet homme là me semble plus que capable d’empoisonner ma femme et de tuer mes héritiers, s’il pense que ça peut lui donner un quelconque avantage. Mais Martyn Arryn pense qu’il peut raisonner son cousin, peut-être qu’il y arrivera… Ou peut-être que ce n’était qu’une façade pour repartir vivant après ses actions à ton mariage, même s’il a fini par corriger le tir à contre-coeur. »

Jorah n’avait pas empoisonné Rohanna et provoqué la perte des héritiers de l’Orage, je ne pouvais dériver de cette pensée. Le mestre avait été bien prompt à désigner le Nord sans prononcer le nom du poison, celui-ci était ainsi issu du Nord ? Mais duquel s’agissait-il au juste ? Je n’avais guère une connaissance étendue des poisons mais bon nombre de ceux-ci provenaient des terres de mes ancêtres et mon éducation m’avait ainsi enseigné quelques uns des poisons les plus dangereux. Je n’avais encore jamais, à ce jour, eu connaissance d’un poison extrait d’une plante ou d’un animal vivant au nord.



« Dorne paiera aussi pour ce qu’elle a fait, sois en assurée. Mais ils se contentent d’actions dissimulées et de menaces voilées pour le moment. Si Nymeria voulait une guerre, elle aurait affirmé qu’elle était bien derrières les attaques aux frontières de mes terres plutôt que d’envoyer son ambassadrice pour démentir les faits. Elle joue à l’enfant qui pique le dragon avec un bâton en voyant jusqu’où elle pourra aller avant de se faire dévorer, et un jour ou l’autre elle comprendra qu’elle est déjà allée trop loin. »

Nymeria Martell jouait un jeu dangereux et sans doute tentait-elle d’éprouver la célèbre impulsivité qui caractérisait les membres de ma famille. J’étais moi-même piquée au vif et résolue à enseigner une leçon aux dorniens. Pourtant, mon frère était d’une trempe tout à fait différente au grand dam de la Princesse. Jaehaerys n’était guère de ceux qui agissent sous le feu de l’impulsion ou se laissent dicter leur conduite par la colère. Il était de ces hommes sages et réfléchis dont les actes reflètent la pondération. Nymeria Martell et Dorne jouaient à un jeu dangereux car sans doute s’imaginait-elle que la célèbre fougue guerrière des dorniens les protégeait, que la défaite de Rhaenys Targaryen dans sa tentative de soumettre Dorne parlait pour leur puissance. Elle m’envoyait un message. Voilà ce qui arrivait à ceux qui tentaient de soumettre Dorne, tout dragons étaient-ils. Le message était parvenu à destination. Je ne comptais cependant pas le laisser sans réponse. Il était après tout fort impoli de ne pas répondre à un message.

« Mais comment aurait-elle pu se procurer un poison qui vient du Nord, et surtout pourquoi ? Si elle avait voulu faire accuser quelqu’un, n’aurait-elle pas eu plus d’intérêts à pointer les Lannister, pour briser l’alliance qui unit nos Maisons ? L’acte leur ressemble, oui, mais le motif me semble moins clair que celui des Stark. »

« Ne crois-tu pas justement que tout cela est trop bien ficelé ? »

Je vidais ma coupe avant de la posée sans ménagement sur la petite desserte.

« Robb, les Starks sont la seule famille manquant à l’appel lors du Couronnement, ils défient la Couronne et menacent de prendre leur indépendance, ils rejettent ta proposition d’unir vos familles… Le coupable parfait, n’est-ce pas ? A qui profite une guerre entre les Baratheon et les Stark au juste ? Au Nord ? A qui profite le trouble semé au sein de ta Maison ? A Jorah Stark ? N’est-ce pas justement parce que le motif semble bien trop clair qu’il nous faut nous méfier ici ? »

J’avais parlé vite, avec empressement, sans agressivité mais avec l’énergie du désespoir pour tenter d’amener Robb vers une vérité qu’il se refusait à voir. Une vérité qui était la mienne mais pour laquelle j’étais prête à parier ma vie.

« Qui est ce mestre si prompt à désigner un coupable ? A-t-il seulement étudié le poison de près ? A-t-il comparé les sources ? D’où vient-il pour être un si fin connaisseur des plantes et animaux du Nord desquels on peut extraire un poison ? »

Je m’étais mise à marcher en rond, les yeux fixés cette fois à l’horizon, parlant presque pour moi-même tant toutes les pensées se précipitaient pour sortir de ma bouche en un flot ininterrompu. Je m’arrêtais pour le fixer d’un air presque inquiet.

« Robb… J’ai une confiance aveugle en toi. Tu as été et reste mon seul allié, mon cousin, mon sang, l'un des rares être auxquels je confierais ma vie… Mais je ne peux pas suivre ton raisonnement. Pas là. Pas quand chacune des cellules de mon corps me crie que l’on nous tend un piège. Je ne connais pas de poison venant du Nord, la plupart des poisons viennent de Dorne ou d’Essos. S’il en existe alors il est de ces poisons rares dont bien peu connaissent les origines, ainsi comment un mestre pourrait-il le déceler sans une étude minutieuse ? C’est une chose envisageable avec des poisons tels que les larmes de Lys dont les effets sont bien connus et donc reconnaissables… »

Je reprenais ma respiration alors même que je sentais mes joues rougir sous l’effet de l’emportement.

« Peux-tu répondre du mestre ? As-tu une foi aveugle et inébranlable en lui et son jugement ? Ne crois-tu pas qu’il serait plus prudent de confronter son diagnostic et ses allégations à l’aide d’autres mestres, des mestres experts dans les poisons ? »



© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mar 12 Déc 2017 - 14:18

 We may stumble and fall but shall rise again
Robb aurait souri, devant la ténacité de la jeune Reine à défendre son point de vue, si son opposition n’avait pas aujourd’hui quelque chose de hérissant au plus au point. Elle questionnait chacune de ses actions, et une part de lui lui soufflait qu’elle avait raison, alors que l’autre criait au laxisme. En d’autres circonstances, il aurait apprécié cette conversation, mais les sujets abordés le touchaient désormais trop personnellement pour que la Main de Roi ne prenne un peu ombrage de tous ces questionnements auxquels il faisait face. Il lui fallait un coupable, il avait besoin d’un nom, d’un visage sur lequel canaliser sa rage et sa colère, et s’il s’agissait d’ennemis probables du royaume, ce n’était qu’encore plus idéal. Toutes ses questions ne faisaient que donner la possibilité qu’il doive porter son regard ailleurs, chercher un autre visage à sa vengeance, et il n’aimait pas cette possibilité, pas du tout.

« Robb… Dorne nous défie. Le Nord nous défie. Le Conflans est toujours en proie à cette guerre civile qui les a tant divisé et devra panser ses plaies encore longtemps. Les Îles de Fer sont des traîtres. Quant à Garett Lannister… Il a osé faire venir la Princesse dornienne à Port-réal sans en demander la permission préalable au Roi et à son conseil de Régence… Nous avons peu d’alliés. Le Val est une pièce clé. Il lui a fallu du temps, mais Martyn Arryn a choisi de rallier le Val à la Couronne, de nous remettre Freyja Stark en mesurant très précisément le courroux que cela soulèvera au Nord… Ce ne sont pas des petites avancées. C’est à toi que nous le devons. Et je sais que tu as conscience de l’importance pour nous de conserver le Val à nos côtés. Si nous manquons de respect, si nous punissons ou même insultons ceux qui nous ont prêté serment quand tant d’autres nous crachent au visage… Penses-tu que les serments se feront plus nombreux ?

Nous avons besoin du Val. Nous avons besoin de les traiter avec le respect qui leur est du, en tant que vassaux ayant prêté serment. Catelyn est la cousine de Martyn, elle ne parle pas au nom du Val mais elle en porte le nom. Je t’en prie laisse moi la prendre dans ma suite… Ainsi tu pourras la surveiller, renforce ma garde encore plus qu’elle ne l’est depuis le mariage, flanque deux gardes dédiés à sa seule surveillance, fait fermer ses appartements la nuit… Fais ce qui te semble être le plus raisonnable, mais ne la traite pas en criminelle… S'il te plait… »


Rhaenys s’était rapprochée de lui pour le fixer, attendant une réponse, mais elle n’aurait pas celle qu’elle désirait sur ce point, non. Evidemment, elle n’avait pas tort dans le fait que si le Val en venait à se joindre au Nord, la guerre à venir n’en serait que plus difficile, et pourtant la situation de Catelyn Arryn se devait d’être réglée avec sévérité, au moins pour un temps. Si Martyn se montrait coopératif, peut-être qu’alors la chose serait considérée autrement, mais elle ne voyait qu’une partie des faits, et de leurs conséquences. Robb passa sa main sur son visage avant de répondre à la Targaryen, aussi calmement qu’il le pouvait, ne comprenant pas qu’elle prenne ainsi la défense de quelqu’un qui ne la respectait visiblement pas autant qu’elle pouvait l’avoir un jour affirmé.

« Et pourtant, c’est ce qu’elle est. Qu’elle ait ou non aidé à empoisonner ma femme ne serait qu’une charge de plus, mais il est avéré qu’elle a appelé à la sédition. Ouvertement, et à ton propre mariage ! Tu me demandes si d’autres prêteront serment si nous traitons mal ceux qui l’ont fait, mais à mes yeux elle est loin de l’être. N’importe qui d’autre qui ne porterait pas son nom aurait déjà perdu la tête devant l’ampleur des faits, elle a appelé un seigneur suzerain, toute sa famille, en public qui plus est, au su de tous, à refuser une allégeance qui était due ! Martyn a eu le… Bon sens, disons, de ne pas l’écouter, mais les faits sont là. Et si Lord Tyvaros l’a entendue, qui d’autre a pu également le faire ?

Tu parles de ceux qui pourraient un jour prêter allégeance, mais que feront ceux qui l’ont déjà fait en voyant que nous ne punissons pas ceux qui s’affichent ouvertement comme des traitres ? Le Roi m’a demandé de protéger le Royaume, et je sais que faire montre de clémence quand les charges sont si graves, c’est se montrer faible. Si Catelyn Arryn n’est pas punie, nous montrons à tous les autres seigneurs qui, eux, nous sont fidèles, que ceux qui nous défient ne risquent en définitive pas grand-chose. Et cette possibilité, je la crains bien plus que l’attitude que pourrait avoir ceux qui n’ont pas encore ployé le genou et qui pourraient le faire. Crois-tu vraiment qu’ignorer cette insulte poussera le Nord à changer d’avis ? Les Îles de Fer a décider que nous sommes dignes de leur allégeance ? Dorne à renoncer à une indépendance pour laquelle elle se bat depuis l’arrivée même de nos ancêtres à Westeros ? Je suis désolé, Rhaenys, mais je ne peux pas permettre qu’elle soit affichée comme dame de compagnie, peu importe la garde qu’elle se verra attribuer.

Elle restera assignée à ses quartiers, ce qui est déjà bien mieux qu’une cellule à laquelle elle appartiendrait plutôt, dans l’attente d’un jugement. Et si Martyn se montre coopératif, si les Arryn prouvent qu’ils nous sont fidèles malgré ce que laisse penser l’attitude d’un de leur membre, alors il sera temps de faire preuve de clémence, mais pas parce qu’elle porte le nom de sa Maison, uniquement parce que la Maison en question a prouvé sa fidélité, et qu’elle mérite que l’on épargne leur parent. Ce message là, je peux l’accepter, mais je ne laisserai pas une indépendantiste de plus s’en tirer impunément alors qu’il nous faut nous préparer à en affronter d’autres. »


Robb s’était montré plus agressif qu’il ne l’aurait voulu, le souvenir de cette réunion avec les Arryn, de leur attitude si hautaine et orgueilleuse encore trop présent pour penser à l’un d’entre eux autrement que comme des futurs traitres en puissance. Seul Martyn avait trouvé une certaine grâce à ses yeux, malgré l’inimitié évidente qui existait entre eux, au moins jusqu’à présent s’était-il montré digne de confiance. C’était par respect pour lui plus que pour Catelyn qu’il avait placé celle-ci en résidence surveillée plutôt qu’au plus profond des cellules du Donjon Rouge, attendant de voir quelle serait sa prochaine action. Catelyn pourrait être sauvée, oui, mais uniquement si sa famille apprenait sa place, et s’y tenait.

Le sujet du Nord avait été abordé, et comme il s’y était attendu, Rhaenys ne croyait pas une seconde que Jorah Stark pouvait se cacher derrière l’acte infâme perpétré contre sa famille. Elle se mit à faire les cent pas dans la pièce, énonçant ce qui était certes une évidence, mais une évidence trop douloureuse et trop complexe pour que Robb décide de lui-même de la prendre en compte.

« Ne crois-tu pas justement que tout cela est trop bien ficelé ?

Robb, les Starks sont la seule famille manquant à l’appel lors du Couronnement, ils défient la Couronne et menacent de prendre leur indépendance, ils rejettent ta proposition d’unir vos familles… Le coupable parfait, n’est-ce pas ? A qui profite une guerre entre les Baratheon et les Stark au juste ? Au Nord ? A qui profite le trouble semé au sein de ta Maison ? A Jorah Stark ? N’est-ce pas justement parce que le motif semble bien trop clair qu’il nous faut nous méfier ici ?

Qui est ce mestre si prompt à désigner un coupable ? A-t-il seulement étudié le poison de près ? A-t-il comparé les sources ? D’où vient-il pour être un si fin connaisseur des plantes et animaux du Nord desquels on peut extraire un poison ?»


Imitant son interlocutrice et vidant son verre, Robb ne pouvait que reconnaître la véracité de ses paroles. Il avait accepté très vite cette révélation, en partie à cause du choc que lui avait causé la perte de ses enfants, ensuite parce que le coupable désigné était des plus probables. Après tout, les Mestres étaient sensés renoncer à toute allégeance au moment de prêter serment, pour ne servir que les seigneurs auxquels ils avaient été assignés, et il n’y avait aucune raison, officiellement, de penser que l’un d’eux pouvait ainsi couvrir une Maison en en exposant une autre. Mais comme souvent, la vérité était toute autre, surtout lorsque l’on se trouvait dans la Capitale des Sept Couronnes, surtout lorsque c’était le destin d’un peuple qui se trouvait entre les mains d’un seul homme.

Pour lui aussi, il serait si simple d’accuser les Stark, tôt ou tard ils seraient en guerre, et le Baratheon aurait ainsi pu se venger, avant de tenter d’oublier qu’une fois encore tout se liguait contre lui et sa famille, que même son propre sang n’était en partie plus digne de confiance. Accepter que les Stark n’étaient pas derrière l’empoisonnement de Rohanna, c’était revenir sur la possibilité d’un auteur qui pourrait lui être bien plus douloureux. Il avait appris les plans de sa mère, peut-être serait-elle allée jusqu’à commettre l’irréparable pour affaiblir définitivement la position de ce fils qu’elle semblait avoir renié. Peut-être qu’un affrontement direct avec Dorne était inévitable, et viendrait plus tôt que prévu, peut-être que ceux des seigneurs qui se disaient fidèles ne l’étaient pas réellement. Le Nord était un coupable idéal en bien des points, et aussi celui qui, tout compte fait, apporterait le moins de conséquences à la stabilité du Royaume, et à celle du Seigneur de l’Orage.

Ce fut sur un ton plus inquiet que la Targaryen continua son plaidoyer, comme si elle savait qu’elle avait touché un point sensible, et cherchait à le convaincre de faire ce pas vers la justice, mais tellement difficile à faire. Un pas hors de l’ombre dans laquelle il s’était enfoncé, celle qui changeait qui il était, qui niait une grande partie de l’éducation avec laquelle il avait grandi, qui jusqu’à il y a peu le définissait autant au moins que le titre qu’il portait.

«Robb… J’ai une confiance aveugle en toi. Tu as été et reste mon seul allié, mon cousin, mon sang, l'un des rares être auxquels je confierais ma vie… Mais je ne peux pas suivre ton raisonnement. Pas là. Pas quand chacune des cellules de mon corps me crie que l’on nous tend un piège. Je ne connais pas de poison venant du Nord, la plupart des poisons viennent de Dorne ou d’Essos. S’il en existe alors il est de ces poisons rares dont bien peu connaissent les origines, ainsi comment un mestre pourrait-il le déceler sans une étude minutieuse ? C’est une chose envisageable avec des poisons tels que les larmes de Lys dont les effets sont bien connus et donc reconnaissables… Peux-tu répondre du mestre ?

As-tu une foi aveugle et inébranlable en lui et son jugement ? Ne crois-tu pas qu’il serait plus prudent de confronter son diagnostic et ses allégations à l’aide d’autres mestres, des mestres experts dans les poisons ? »


Restant un moment silencieux, Robb contemplait les possibilités qui s’offraient à lui. Après tout, il était Régent, s’il décidait d’accuser officiellement le Nord, d’autant plus dans le contexte actuel, personne n’y trouverait à redire, et ses alliés seraient probablement plus que ravis de prendre les armes contre ce seigneur infanticide qui osait se croire meilleur qu’eux en déclarant son indépendance. Ce serait la chose la plus simple à faire, mais cela lui couterait probablement beaucoup, tant personnellement que dans ses relations, notamment avec Rhaenys, qui lui reprocherait certainement un tel entêtement devant si peu de preuves. Elle avait été comme une sœur ces derniers mois, et perdre leur relation, en plus de mettre un terme à un pouvoir uni à la tête du Royaume, aurait été une réelle perte pour le Baratheon, persuadé un peu plus chaque jour qu’il perdrait bientôt celle qui lui était la plus chère, alors qu’on venait de lui annoncer quelques jours plus tôt la traitrise d’autres membres de sa famille. Il ne voulait pas perdre en plus la seule personne dont il pouvait être assuré du soutien à Port-Réal, et pour cela, il ferait le sacrifice de la facilité, il ferait l’effort de vérifier que d’autres que le Nord pouvaient être à l’origine de son malheur.

Quittant son siège, Robb se dirigea vers la fenêtre, ne s’arrêtant qu’à hauteur de la Reine pour poser la main sur son épaule. Sans la regarder, alors, il lui répondit simplement, sur un ton plus apaisé, sa décision prise.

« Encore une fois, tu as raison. Je vais faire mener une enquête sur le mestre, voir s’il a un quelconque intérêt à couvrir quelqu’un, ou à faire accuser le Nord. Entre temps… Aucune accusation publique ne sera formulée. »

Continuant son chemin jusqu’à la fenêtre, il observa la cité qui reprenait peu à peu l’agitation du jour au fur et à mesure que le soleil s’élevait. Ils connaissaient une paix toute relative, uniquement troublée par la sécheresse et les reconstructions, mais ils n’avaient pas à se battre, au moins. Bientôt, pourtant, tout ça pourrait changer, que le Nord soit ou non responsable des événements du mariage. Ils n’en restaient pas moins des indépendantistes en puissance, et il faudrait régler ce problème.

« Pourtant, le Nord reste actuellement un ennemi présumé du Royaume. Les Stark n’ont pas encore prononcé l’indépendance, mais ils le feront bien assez tôt, après l’insulte de leur absence au mariage royal et leur refus de ma proposition, ils n’ont plus vraiment le choix. La guerre est proche, et il faut s’y préparer quoiqu’il arrive… A moins que tu ne me dises que le Roi est prêt à abandonner le Nord ? »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mar 26 Déc 2017 - 14:33


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




On pouvait lire la douleur et la colère dans le regard de Robart Baratheon alors qu’il me faisait face.



Le Nord et les intrigues qui concernaient de près ou de loin l’empoisonnement de Lady Rohanna étaient, à raison, des sujets sensibles pour la Main du Roi. Le Royaume sortait d’une période de violence et de trouble, et si notre devoir était à présent d’assurer le retour à une situation pacifique, il semblait de plus en plus évident qu’il nous faudrait nous battre pour cette même paix.

« Encore une fois, tu as raison. Je vais faire mener une enquête sur le mestre, voir s’il a un quelconque intérêt à couvrir quelqu’un, ou à faire accuser le Nord. Entre temps… Aucune accusation publique ne sera formulée. »

Malgré moi je soufflais de soulagement. Une accusation publique de la Couronne envers le Nord aurait eu des effets catastrophiques. Nous avions à cœur d’éviter la guerre, et malgré l’attitude du Nord nous avions une chance de sortir de cette crise par le volet diplomatique. Du moins je l’espérais.

« Pourtant, le Nord reste actuellement un ennemi présumé du Royaume. Les Stark n’ont pas encore prononcé l’indépendance, mais ils le feront bien assez tôt, après l’insulte de leur absence au mariage royal et leur refus de ma proposition, ils n’ont plus vraiment le choix. La guerre est proche, et il faut s’y préparer quoiqu’il arrive… A moins que tu ne me dises que le Roi est prêt à abandonner le Nord ? »

Abandonner le Nord… Ni le roi, ni moi-même n’étions prêts à le faire. Le Nord était de ces provinces historiques que notre grand-père avait ralliées au reste du continent sans verser de sang. Le dernier roi du Nord avait ployé le genou et avait accepté la domination du dragon sur le loup, en échange la couronne avait placé les Stark à la tête de cette vaste région. Les Stark étaient les dirigeants historiques du Nord et disposaient dès lors d’une loyauté souvent indéfectible de la part de leurs vassaux. Pourtant, le Nord comme le reste du Royaume n’était pas exempts de troubles et de tensions. Jorah n’était pas sans ignorer les velléités particulièrement de la famille Bolton et leur propension à agir contre l’intérêt de la famille régnante. Roderik Bolton voulait le pouvoir, et la situation actuelle, le chaos actuel, était l’occasion ou jamais pour lui de s’élever. Le Bolton ne manquerait pas de le percevoir, j’en étais persuadée, et sans doute Jorah se refuserait-il à accepter cette idée. Là serait sa perte.

« Comment pourrions-nous envisager de perdre le Nord ? Nous ne le pouvons, ni ne le devons. Pourtant il nous faut éviter la guerre, Robb. »



Je prenais à nouveau une longue respiration, soudainement prise d’un faible vertige.

« Jorah ne peut pas vouloir la guerre au point de détruire le Nord… Et s’il a tout à fait perdu la raison dès lors… il nous faudra envisager d’autres alternatives. »



© Belzébuth

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Mer 10 Jan 2018 - 20:13

 We may stumble and fall but shall rise again
Robb avait beau ne pas connaître tous les détails de la vie de sa cousine, il connaissait suffisamment l’environnement dans lequel elle avait évolué pour savoir que son existence n’avait pas été aussi facile que certains pouvaient l’imaginer. Dans ses paroles, même un idiot aurait pu comprendre la douleur cachée, la solitude, et la lumière qu’avait pu représenter Catelyn Arryn pour une âme aussi isolée. En d’autres temps, le récit aurait peut-être pu changer l’opinion qu’avait la Seigneur de l’Orage sur cet oiseau désormais en cage, mais trop de choses s’étaient déroulées, les Arryn avaient été trop loin pour s’attirer le bénéfice du doute, encore moins une certaine sympathie à son égard. Etaine restait encore un mystère pourtant, elle n’avait pas hésité à prendre le parti de la Couronne, et à proposer de rester à Port-Réal. Le futur seul dirait s’il s’agissait réellement d’une alliée, ou si ses actes n’étaient qu’un autre mouvement des Arryn. Concernant Catelyn Arryn pourtant, Robb ne parvenait qu’à voir dans ce soutien qu’elle avait un jour apporté à la Reine que deux possibilités : elle s’était servie de Rhaenys intentionnellement, ou elle avait simplement changé d’avis. Dans un cas comme dans l’autre, elle restait une traitresse, seule la duplicité de son âme restait en question.

Pourtant, on pouvait voir que la Targaryen n’aimait pas la décision qu’il avait prise. Sans doute était-ce pour cela que Jaehaerys avait préféré voir quelqu’un d’autre prendre la Régence… Catelyn serait-elle seulement aux arrêts si Rhaenys avait pris la décision à sa place ? Probablement pas, étant donné la requête qu’elle lui formula pour conclure le sujet.

« Je ne peux pas te forcer à m’écouter, et si tu estimes qu’il est nécessaire de la confiner au secret de ses appartements, alors mon devoir est de me plier à ton jugement. Pourrais-je seulement lui rendre visite ? »

Robb n’aimait pas savoir Rhaenys en désaccord avec lui sur ce point, pas plus qu’il ne pouvait s’empêcher de penser que sa relation avec Catelyn pourrait un jour poser un problème. Arriverait-elle seulement à la voir autrement que comme cette amie qu’elle avait semblé être ? La trahison de ceux qui avaient été les plus proches était quelque chose d’horrible, et surtout, de difficile à accepter, Robb ne l’avait appris que très récemment. Il semblait que tous ceux qui cotoyaient le pouvoir étaient condamnés à vivre les mêmes malheurs, la seule chose qu’il pouvait faire était de s’assurer que sa cousine dispose de tous les éléments pour se faire à la vraie nature de la Arryn. Se passant la main devant son visage, il finit par soupirer.

« Fais le discrètement, et sois rapide. On ne doit pas savoir que tu lui as rendu visite, personne ne doit pouvoir ne fut-ce qu’imaginer que ceux qui dirigent le Royaume sont en désaccord, pas maintenant. Elle est une ennemie de la Couronne, par ses actes et les accusations qui pèsent sur elle. »

Le Protecteur s’interrompit, posant un regard où une certaine compassion se mêlait à la fermeté de ses dernières paroles sur la souveraine. Il n’aimait pas savoir une amie devant l’épreuve qui s’annonçait à elle, pour autant il ne pouvait rien faire pour l’aider, c’était un chemin qu’elle devrait arpenter seule, quelle qu’en soit l’issue.

« Il y a peu de choses plus difficiles que de devoir accepter que ceux qui ont un jour été proches de toi sont aujourd’hui des ennemis. C’est le cas, pourtant, Rhaenys. Et même si Catelyn Arryn trouve toutes les excuses du monde, même si elle parvient à te convaincre de son soutien, tu es Reine, tu ne peux pas accepter, tu ne peux pas pardonner ce qui a été dit. Même si elle finit par survivre, par être libérée, tu ne pourras plus être amie avec elle. Pas publiquement, au moins. Quel que soit son sort, elle restera, au moins officieusement, une indésirable pour la Couronne. C’est un des prix du pouvoir, et je ne le sais que trop bien. »

Il voudrait pouvoir oublier, pardonner, lui aussi. Pas aux Arryn, mais aux siens, ceux dont la duplicité était maintenant dévoilée. Sa propre mère, son propre frère. Son sang, et chaque heure qui passait le rapprochait un peu plus du moment où Robb devrait les affronter. Sans compter Rohanna, dont il ne savait pas encore réellement si elle connaissait les intentions de Jasper et Kyra. Il voulait croire qu’elle ne savait rien, et pourtant… Peut-être faudrait-il mettre la Targaryen au courant, mais évoquer ces événements, les révélations d’Oriane avait quelque chose de trop personnel, de trop douloureux, peut-être honteux également, pour qu’il se laisse aller. Les affaires d’état passaient d’abord, à commencer par le Nord, l’autre sujet qui semblait diviser le guerrier et la Reine.



« Il y a des choses que tu dois savoir, pour comprendre à quel point l’union d’Edric et d’Ashara est importante, et pas seulement pour eux. Devant les Dieux, ils sont déjà mariés, en cachette certes, mais c’est fait, sans parler de ma nièce, que je n’ai pas réellement le droit d’appeler ainsi. Si Jorah devait s’entêter et refuser d’accepter cette union officiellement… Qui sait comment Edric réagirait. Et je n’ai pas besoin de voir un autre membre de ma famille se retourner contre moi, ou même agir imprudemment, pas maintenant. »

Prenant une grande inspiration, Robb fixa le verre entre ses mains. Il était allé trop loin pour cacher le reste à Rhaenys, et il aurait été fou de le faire. Plus qu’une affaire de famille, la trahison de sa mère pouvait détruire l’équilibre précaire du pouvoir, le soutien des Baratheon à la Couronne étant primordial pour que les dragons puissent régner en paix. Avouer avoir ainsi été trompé était trop destructeur pour sa fierté, ou même pour les valeurs dans lesquelles il avait grandi, beaucoup trop pour ne fut-ce que regarder sa cousine dans les yeux tandis qu’il avouait la trahison de son propre sang, sa voix trahissant les sentiments qui l’envahissaient.

« J’ai appris que ma propre mère et mon cadet cherchaient à m’évincer d’Accalmie, ils cherchent des soutiens parmi les seigneurs, et elle a fait l’erreur de croire que ma sœur la rejoindrait dans ses plans. Oriane m’a mis au courant, mais je n’ai aucune idée de l’ampleur de la chose. Pourtant… Mon propre sang m’a trahi, c’est une certitude, et je devrai agir bientôt. Edric et Oriane me sont fidèles, et je ne veux pas leur donner une raison, à l’un ou à l’autre, de changer cela. Alors ce mariage devra avoir lieu, que Jorah Stark choisisse de l’approuver ou non. Je ne le laisserai pas détruire un peu plus ma famille parce qu’il est trop fier pour admettre qu’il n’a pas d’autres choix que d’accepter un mariage déjà prononcé et consommé depuis longtemps. »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Dim 4 Fév 2018 - 13:28


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




« Fais le discrètement, et sois rapide. On ne doit pas savoir que tu lui as rendu visite, personne ne doit pouvoir ne fut-ce qu’imaginer que ceux qui dirigent le Royaume sont en désaccord, pas maintenant. Elle est une ennemie de la Couronne, par ses actes et les accusations qui pèsent sur elle. »

Je me contentais de hocher la tête légèrement afin de lui signifier mon assentiment. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de ressentir la plus grande des lassitudes alors que peu à peu nous déroulions ensemble les différents sujets d’inquiétude. Catelyn Arryn n’en était que le dernier maillon, et il me semblait que la paix durement gagnée se démantelait progressivement… à mesure que nous progressions.

« Il y a peu de choses plus difficiles que de devoir accepter que ceux qui ont un jour été proches de toi sont aujourd’hui des ennemis. C’est le cas, pourtant, Rhaenys. Et même si Catelyn Arryn trouve toutes les excuses du monde, même si elle parvient à te convaincre de son soutien, tu es Reine, tu ne peux pas accepter, tu ne peux pas pardonner ce qui a été dit. Même si elle finit par survivre, par être libérée, tu ne pourras plus être amie avec elle. Pas publiquement, au moins. Quel que soit son sort, elle restera, au moins officieusement, une indésirable pour la Couronne. C’est un des prix du pouvoir, et je ne le sais que trop bien. »

Robb pouvait-il seulement imaginer à quel point j’étais familière de la trahison par ceux qui étaient les plus proches ? Mon cousin avait eu vent de beaucoup de choses, l’attitude de ma tante Daenys, de mon oncle Maegor, la trahison de Rodrik Farring, de Valyron de Mantarys… Pourtant il n’en avait jamais entendu les détails. Les souvenirs avaient été étouffés et ceux qui en avaient connaissance n’osaient plus révéler au grand jour les crimes d’hier. Les mots prononcés par Catelyn Arryn, aussi menaçants qu’ils puissent être, ne pouvaient égaler les trahisons et les souffrances enfouis dans mon passé. Effleurant mes lèvres dans un geste machinal, je pouvais presque à nouveau sentir le contact des lèvres calcinées de la dépouille d’Aegon, l’odeur de la mort me revenait déjà en mémoire et je n’avais aucun mal à rappeler en mon cœur la douleur qui m’avait paralysée en cet instant. Je revoyais avec une exactitude déconcertante le visage triomphal d’un Maegor couronné Roi alors que Valyron de Mantarys, devenu Tyvaros, avait empêché ma fuite et celle de Jaehaerys, faisant de nous les prisonniers d’un monstre. Je pouvais me remémorer le visage honteux de Lord Farring, alors qu’il prenait place aux côtés de Maegor, face à moi, contre moi. Mais c’était le silence glaçant, général, de tous les autres, qui était le plus facile à se remémorer. Un sentiment diffus de solitude, d’évoluer en terrain ennemi au sein de son propre foyer. J’avais vu les amis d’antan se détourner de moi comme un seul homme, courbant l’échine devant la tyrannie. J’avais vu mon propre sang garder le silence, offrant un écho creux au martellement des coups et des menaces, offrant une résonnance vide au son de mes sanglots.

Etait-il alors si criminel de pardonner ? Sans doute aurais-je pu en rire si cela n’était pas si tragique. Je n’étais pas un être de pardon. Je ne l’avais jamais été. Mon tempérament me rendait impulsive et ma loyauté, intransigeante. J’avais dédié ma vie au service de ma famille, et de mon frère-époux, j’avais enduré la souffrance au nom de cette mission, j’avais perdu une vie et un mariage en ce nom, j’acceptais l’insulte et la haine pour servir. La loyauté coute que coute. Alors, pardonner la trahison… C’était une chose qui me serrait la gorge, m’empêchait de respirer, me donnait la nausée, des vertiges, faisait monter en moi la rage la plus destructrice, la plus sourde et violente. En ces moments-là, je m’effrayais presque. Il y avait en moi une noirceur inquiétante que peu étaient amenés à constater. L’Homme n’est guère tout blanc ou tout noir, j’en avais conscience, et je m’appuyais d’ailleurs sur ce savoir pour encourager ma magnanimité. Pourtant, cette noirceur, cette… rage dévorante, avait quelque chose de dangereux, je pouvais le sentir. Elle avait motivé mes bravades, mes rebellions, elle m’avait mené au combat et pourrais me conduire jusqu’à des actes que je reconnaissais volontiers comme répréhensible. Alors pardonner… l’idée du pardon… J’aurais pu en vomir tant cela me révulsait. Ainsi les actes du passé devraient être effacés, et la trahison pardonnée ? Longtemps, je m’étais jurée de faire payer ceux qui m’avaient trahie, qui avait trahi Jaehaerys et avaient mis notre vie en péril. Maegor, Valyron de Mantarys, Rodrik Farring, Daenys… Autant de nom allongeant une liste qui tournait, encore et encore dans mon esprit, me tenant éveillée la nuit, me tenaillant au corps à chaque minute, chaque seconde de mon existence.

Alors que le froid, la neige du Nord, parvenaient peu à peu à éteindre le feu qui coulait dans mes veines et faisaient battre mon cœur. Alors qu’un mariage malheureux brisait l’innocence et la joie d’un cœur trop jeune. Alors que l’exil tuait l’enfant trop gâtée et l’esprit naïf. C’était bien la perspective de cette vengeance, de cette justice que je me ferai, qui m’avait permis de me tenir droite et debout. Lorsque le désespoir pointait et que je me sentais flancher, je me répétais cette promesse sacrée… Ils paieraient pour cette trahison. Cette idée avait renforcé la noirceur qui habitait un coin reclus et minuscule de mon cœur, lui donnait de l’envergure, l’encourageait et la nourrissait. La simple pensée, la simple évocation de leurs noms, le souvenir de leurs visages, étaient suffisant pour déclencher cette haine enfouie en moi.

Et pourtant.

Mon retour à Port-réal avait changé la donne. Sauvée de mon exil, de retour dans mon foyer, la vue du corps sanguinolent et sans vie de mon oncle avait eu l’effet d’un électrochoc. Les retrouvailles avec Jaehaerys en avaient été un autre. A son contact, alors que je retrouvais une certaine douceur, j’apprenais à maitriser cette noirceur. J’apprenais à l’accepter tout en écoutant les murmures de la raison.

Pardonner était possible. C’était difficile. Mais possible. Alors qu’une guerre prenait fin et que nous devions tous ensemble compter nos pertes, seul le pardon permettrait d’atteindre une paix durable. C’était à ce prix là que nous parviendrions à faire du Royaume un lieu sur et prospère. La vengeance appelait la vengeance. La haine nourrissait la violence. Le pardon, lui, permettait d’offrir un futur à nos enfants. Un futur où la guerre n’emporterait pas leurs pères et les frères, un futur où la prospérité et l’amitié souderaient nos Maisons. C’était un idéal, une utopie peut-être, mais n’était-il dès lors pas mieux de se battre pour une utopie, un idéal, que pour la noirceur ?

J’avais décidé de pardonner.

Pourtant, jamais je ne pourrai oublier.

Les souvenirs qui me hantaient me défendaient tout oubli. Oublier aurait été souiller la mémoire de Rhaena, d’Aegon, d’Aenys. Cela signifiait se moquer du sang versé, le réduire à la condition d’anecdote. Non. Je ne pouvais oublier. En moi étaient gravés les visages et les pleurs, le sang et la trahison. Mes yeux fermés laissaient la place aux souvenirs d’un monde perdu et souillé, d’une guerre dévorante et d’hommes sacrifiés.

S’il fallait qu’il n’en reste qu’une. Une personne pour porter le souvenir des outrages. Alors ce serait moi.

« Je connais mon devoir, mon cousin, et j’en connais le prix. »

Un jour, peut-être, connaitrait-il l’ampleur de ce prix pour moi. Robb avait, cependant, déjà gouté à l’amertume de ce prix. Il avait, comme moi, senti dans sa chair le poids du pouvoir, du devoir. En cela, il était sans doute celui qui se trouvait le plus proche de me comprendre.

« Tu me proposes de mettre ceux que j’ai fait le serment de protéger dans un danger sans précédents, pour éviter une guerre qui serait gagnée quoiqu’il arrive... »

Et j’exigeais de ma personne de retourner dans un Nord plus hostile que jamais, dans un foyer abandonné, auprès d’un ancien époux devenu convaincu que le sang pourrait laver son honneur entaché.

« Si le Roi est aussi convaincu que toi, envoie un courrier aux Stark. En admettant qu’ils acceptent, il faudra des garanties que rien ne sera fait pour attenter à ta personne, ou à celle du Roi. Aemon restera evidemment à Port-Réal, et les préparatifs en cas d’échec des pourparlers continueront. Je ne veux pas qu’ils aient plus de temps pour se préparer, et… Honnêtement, je doute qu’il accepte autre chose que la guerre ou l’indépendance, après être allé aussi loin. Mais j’imagine que la paix doit être défendue, alors essaie, si vraiment tu y crois. »

Pouvais-je vraiment y croire ? Jorah Stark tel que je l’avais connu n’était plus. L’homme avisé et sage que j’avais connu aurait sans doute profité de cette proposition pour négocier un acheminement de vivres pour son peuple, une place au Conseil Restreint, un appui contre ses ennemis de l’intérieur qui grondaient déjà bien avant mon départ… L’homme qu’il était devenu ne semblait voir que la guerre comme force unificatrice du Nord, sans même s’apercevoir qu’elle précipiterait sa perte. Je doutais même qu’il puisse considérer ma détermination à entretenir la paix comme ce qu’elle était : une manière de le sauver. S’il refusait cette main tendue, s’il crachait sur celle-ci, s’il laissait la noirceur en son cœur l’emporter sur la raison et le pardon… alors plus rien ne pourrait le sauver de son hybris.

« Jaehaerys souhaite maintenir la paix, mais pas à n’importe quel prix ne te méprends pas. J’enverrai cette missive au seigneur de Winterfell à la suite du prochain Conseil Restreint, il me semble qu’il nous faudra en informer les autres seigneurs. »

Une dernière main tendue, et s’il l’a refusait, rien ne pourrait plus le protéger du feu et du sang. Je protègerai alors de ma vie le peuple du Nord, mais je ne pourrais plus rien faire pour sauver leur seigneur… et peut-être même ne le voudrais-je pas.

« Il y a des choses que tu dois savoir, pour comprendre à quel point l’union d’Edric et d’Ashara est importante, et pas seulement pour eux. Devant les Dieux, ils sont déjà mariés, en cachette certes, mais c’est fait, sans parler de ma nièce, que je n’ai pas réellement le droit d’appeler ainsi. Si Jorah devait s’entêter et refuser d’accepter cette union officiellement… Qui sait comment Edric réagirait. Et je n’ai pas besoin de voir un autre membre de ma famille se retourner contre moi, ou même agir imprudemment, pas maintenant. »

Je comprenais son inquiétude, et sans doute aurait-elle du être partagée par Jorah Stark. Sa sœur était fidèle, fidèle à son ainé et à sa famille, mais elle avait un enfant de ce mariage secret. Tout comme la réaction d’Edric pouvait être une menace pour Robb, celle d’Ashara ne devait pas être méprisée.

« J’ai appris que ma propre mère et mon cadet cherchaient à m’évincer d’Accalmie… »

Je me levais d’un bond, plongeant mon regard dans celui de Robb. Je ne pouvais pas avoir compris correctement…

« Comment ça ? »

« … Ils cherchent des soutiens parmi les seigneurs, et elle a fait l’erreur de croire que ma sœur la rejoindrait dans ses plans. Oriane m’a mis au courant, mais je n’ai aucune idée de l’ampleur de la chose. Pourtant… Mon propre sang m’a trahi, c’est une certitude, et je devrai agir bientôt. »

Je restais silencieuse et ne pouvais que constater l’impact que cette nouvelle avait eu sur Robb. Ainsi, nous étions définitivement plus liés que jamais. La mort et la trahison semblaient nous suivre à la trace, comme deux fidèles amies…

« … Edric et Oriane me sont fidèles, et je ne veux pas leur donner une raison, à l’un ou à l’autre, de changer cela. Alors ce mariage devra avoir lieu, que Jorah Stark choisisse de l’approuver ou non. Je ne le laisserai pas détruire un peu plus ma famille parce qu’il est trop fier pour admettre qu’il n’a pas d’autres choix que d’accepter un mariage déjà prononcé et consommé depuis longtemps. »

Il y avait dans sa voix une vulnérabilité que je n’avais jamais encore réellement entendue chez lui, s’y mêlait la douleur d’avoir perdu son sang et celle de le voir le trahir. Cette douleur dépassait tout ce qui existait. La douleur physique n’était rien, la douleur personnelle faisait bien pâle figure, face à cette souffrance. Sans un mot, je m’approchais de lui lentement, ne lâchant pas son regard, puis toujours silencieuse je prenais sa main avec une infinie tendresse.

« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour permettre ce mariage. Pour Ashara, pour Edric, pour Cathan, et pour toi. »

J’embrassais sa main, pas en signe de déférence comme cela était le cas d’ordinaire, mais en signe d’une tendresse infinie, alors qu’en ce jour je prenais conscience de ce qui nous unissait. Il avait été mon cousin, puis mon allié et mon ami, en ce jour je comprenais enfin qu’il avait connu cette douleur qui m’étouffait depuis des années, et que peu étaient en mesure de comprendre. Relevant finalement les yeux, je gardais sa main dans la mienne, et élevait l’autre à sa joue.

« Je connais la douleur de perdre ceux de son sang. J’ai embrassé la dépouille calcinée et putréfiée de mon frère ainé sous les yeux hilares d’un oncle avide. »

Je marquais une pause, laissant l’intensité de mes paroles retomber un instant au cœur d’un silence nouveau.

« Je connais la douleur de se voir trahir par ceux de son sang. Le silence de ma tante Daenys, de celle qui avait été telle une mère pour moi, face aux menaces et aux violences exercées contre moi, puis son ingéniosité mise au service d’un nouvel exil après que j’ai risqué ma vie contre Maegor alors qu’elle était cachée à Peyredragon. »

Je n’avais pu empêcher la colère de teinter ma voix alors que j’évoquais les agissements de ma tante. C’était une plaie béante en mon cœur que je ne parvenais guère à refermer, et malgré mes efforts répétés, le pardon semblait plus difficile que jamais à accorder.

« Mon cousin, mon ami… Il n’y a pas d’explications rationnelles pour justifier la trahison d’une mère. L’ambition dévore les âmes et les êtres. »

Je déposais finalement un baiser fraternel sur sa joue, avant de m’éloigner à nouveau, ne relâchant pas sa main pour autant.

« Kyra et Jasper Baratheon n’ont aucune idée de ce à quoi ils s’exposent. »

Mes traits redevenaient durs, contrastant terriblement avec la douceur et la tendresse que mes yeux avaient témoignées à l’homme qui me faisait face.

« Nous ferons en sorte de les remettre à la place qui est la leur… Quelle qu’elle soit, à l’avenir. »

L'union du Cerf et du Dragon avait été scellée il y a déjà bien longtemps, mais par cette dernière phrase, je manifestais à Robb toute l'ampleur de ce qui nous unissait, lui, et moi, au-delà de la simple politique. Unis dans l'adversité, la douleur et l'intrigue, face à la guerre et à la trahison. Unis par l'amitié, la confiance et le sang. Il était presque impossible de gagner ma confiance, Robb avait réussi là où peu avaient vaincu par le passé. Et ma confiance, si elle n'était brisée, était inconditionnelle.

© Belzébuth

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Robb Baratheon
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MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Lun 12 Fév 2018 - 19:58

 We may stumble and fall but shall rise again
La réaction de Rhaenys à ses révélations n’avaient rien d’étonnant, et ce n’en était que plus douloureux. De toutes les grandes familles de Westeros, les Baratheon comptaient parmi les plus soudées, du moins du temps de Theodan. Robb lui-même n’avait jamais connu qu’un véritable sujet de discorde familial, son propre mariage avec Rohanna. Comment imaginer alors, qu’à peine un an après la mort du plus grand héros de son temps, son propre sang s’entredéchirerait ? Il ne l’avait pas fait, persuadé qu’il pouvait, au moins, compter sur ceux qui étaient les plus proches de lui pour l’appuyer, ou au moins pour être suffisamment droits pour qu’il n’aie pas à s’en préoccuper. Erreur fatale, le coup était arrivé de sa propre mère, celle qui l’avait élevé et qui l’avait vu grandir, consciente plus que les autres du destin que le Seigneur de l’Orage avait pour son aîné. Ce destin aujourd’hui, elle voulait lui prendre, au moment où d’autres l’avaient déjà blessé, profitant du malheur de son couple pour l’achever en lui retirant ce qui faisait de lui ce qu’il était.

Dans un sens, la Targaryen comprenait sa situation, elle aussi trahie par son sang quand elle avait besoin d’eux, que l’on parle du Cruel ou de Daenys, la Reine n’avait pas été épargnée par ceux qui auraient du la protéger. Aujourd’hui, même, ceux dont elle avait été proche se retournaient contre elle, les Stark, Catelyn. De ses attentions, de sa proximité, Robb tirait un certain réconfort, et pourtant… Pourtant, il était seul. Depuis l’instant où il avait quitté la Tour de la Main pour cette chambre solitaire, depuis le moment où Oriane lui avait révélé que même la notion de famille n’assurait plus aucune loyauté. C’était un monde déjà fissuré qui s’était brisé quand la notion de traitre était venue se greffer à l’image de sa mère. Kyra n’avait jamais été une mère des plus expressives, mais elle aimait ses enfants, de cela le Protecteur avait toujours été certain, pas une seconde de toute sa vie il n’en avait douté. Le destin semblait s’acharner à détruire tout ce sur quoi sa vie avait été bâtie, épreuve cruelle, dont il n’avait d’autre choix que d’affronter les conséquences pour ne pas avoir à les subir. Il les avait vu, ces regards, ceux des moins puissants qui attendaient avec délectation le moment où il verraient tomber l’héritier de Theodan Baratheon, il ne doutait pas des espoirs des Stark et des Arryn de voir celui qui s’opposait à eux maté par un autre pour ne pas avoir à l’affronter. Mais pire que ceux là, c’était le regard de ses proches, ceux qui restaient du moins, de tous ceux qui doutaient en silence de sa capacité à se remettre des coups qu’on lui avait infligé, qui voulaient l’aider mais qui ne pouvaient rien faire, rien d’autre que de l’observer se débattre avec ces problèmes et ses principes en espérant qu’il saurait s’en tirer, mais avec l’incertitude de sa réussite. Lui-même n’était même pas certain que la chose en vaille la peine, pas si Rohanna décidait de partir. Non, si le prix de son pouvoir était de détruire sa famille, il n’était pas certain de vouloir le payer.

« Kyra et Jasper Baratheon n’ont aucune idée de ce à quoi ils s’exposent. »

Et à quoi s’exposaient-ils, au juste ? L’un comme l’autre n’étaient pas au courant qu’il connaissait leurs plans, s’il l’avait voulu Robb aurait pu prendre ses hommes, chevaucher jusqu’à Accalmie et mettre un terme à cette comédie avant qu’elle ne commence vraiment. Il savait à quels seigneurs il pouvait demander de l’aide, des compagnons d’arme dont la loyauté à son égard n’était pas à prouver. Ils auraient pu servir de témoin, lui apporter les renforts nécessaires à sécuriser les lieux si Kyra avait déjà tourné la garnison du château contre lui, et pourtant, il n’avait rien fait. Rien, parce qu’il n’était pas eux, parce qu’il ne pouvait pas se résoudre à les confronter, ce serait ne plus pouvoir reculer, devoir les châtier. Des traitres, tout les deux, et le Seigneur de l’Orage ne connaissait que trop bien le châtiment réservé aux traitres, il l’avait suffisamment répété ces derniers jours. Avancer, c’était presque comme s’il se condamnait déjà lui même à devenir matricide, fratricide. Car il s’agissait bien de ce qu’il deviendrait, peu importeraient les excuses que d’autres lui trouveraient, la justesse de son action, à qui incombait la première faute, et de cela il n’était pas capable. Peut-être alors valait-il mieux renoncer, laisser ceux de son sang qui étaient prêts à mettre à mort un des leurs diriger leurs terres, peut-être était-ce désormais un mal nécessaire dans un monde où l’honneur n’avait plus de valeur que dans les paroles. Theodan avait élevé son aîné à son image, mais peut-être que cette image n’était plus suffisante, plus adéquate pour cette époque.

Dans ses doutes, dans sa lassitude, dans sa honte, il ne regardait pas la Reine Dragon dans les yeux, il ne le pouvait pas, pas quand il envisageait d’abandonner. Parce qu’abandonner, c’était l’abandonner elle aussi, la laisser seule dans un monde qui lui était par bien des manières hostile, c’était la priver du bouclier qu’il avait pu être ces derniers mois contre les complots à son encontre, du bourreau qu’il deviendrait s’il fallait punir les traitres qui s’élevaient au Nord. Jasper était un garçon intelligent, un excellent gérant et un habile intrigant, oui, mais il n’était pas la moitié du stratège et du guerrier qu’était son frère, il n’avait pas les mêmes liens avec la Couronne non plus. Non, sans Robb à sa tête, l’Orage ne serait pas la garantie d’une réponse forte à quiconque se dresserait contre les Dragons qu’elle était avec lui à sa tête, c’était une certitude.

« Nous ferons en sorte de les remettre à la place qui est la leur… Quelle qu’elle soit, à l’avenir. »

Robb serra un peu plus la main de sa cousine alors qu’elle achevait sa phrase, laissant s’échapper un long soupir, avant de lui répondre sur un ton las, toujours sans la regarder, il ne le pouvait pas.

« Et qu’est-ce que cette place qu’ils veulent a déjà couté, Rhaenys ? Qu’est-ce qu’elle coutera encore ? Ce pouvoir qu’ils veulent m’a déjà pris mes enfants, il risque de me couter ma femme, je devrais verser le sang des miens pour le conserver, et tout ça pour quoi ? Plus de sang, plus de malheurs. Je ne sais pas si je suis prêt à un énième sacrifice qui ne finira que par en engendrer d’autres, juste pour le sentiment de posséder ce qui me revient de droit. A quoi bon, vraiment ? »

Terminant de prononcer ses mots, il lâcha la main de la dragonne, gardant le silence pendant quelques secondes, répit entièrement consacré à sa réflexion. Au fond de lui, il savait qu’il ne pourrait pas abandonner, peu importait combien il aurait voulu la simplicité de ne plus avoir à décider. Il aimait trop le devant de la scène, il ne supporterait pas de ne plus être qu’un spectateur et avoir à subir ce que d’autres lui imposeraient. La tentation était là pourtant, celle de prendre Rohanna et de quitter à jamais ces lieux où tout s’évertuait à le détruire un peu plus. Secouant la tête, la Main se pinça l’arête du nez. Non, il ne pouvait pas renoncer, il avait déjà trop failli, trop jeté la honte sur l’ombre de son père et de tout ce qu’il était. Si un jour il devait le revoir, s’il voulait pouvoir le regarder en face à cet instant, Robb se devait de tout faire pour que ses souhaits soient préservés. Il faudrait trouver un moyen. Alors seulement, le Cerf posa son regard dans celui de son amie, sa confidente. Elle non plus, il ne pouvait pas la décevoir.

« Je te remercie pour ton soutien, c’est une chose trop rare en ce moment de savoir qu’il y a quelqu’un sur qui je peux compter. Mais si cette affaire doit être réglée, je devrai le faire seul. Les seigneurs de l’Orage ne me respecteront plus jamais si j’ai besoin de l’aide des Dragons pour assurer ma place. Quoique je décide… Je devrai le faire seul, et à moi seul les conséquences. Mais, tu dois savoir… Même si les Stark renoncent à l’indépendance, si Jorah venait à refuser encore de confier sa sœur à mon frère, j’irai la chercher moi-même, et j’aurai une armée avec moi. Parce que je ne perdrai pas un frère de plus pour la petitesse politique d’un fou.»

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Dim 18 Fév 2018 - 15:21


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again




« Et qu’est-ce que cette place qu’ils veulent a déjà couté, Rhaenys ? Qu’est-ce qu’elle coutera encore ? Ce pouvoir qu’ils veulent m’a déjà pris mes enfants, il risque de me couter ma femme, je devrais verser le sang des miens pour le conserver, et tout ça pour quoi ? Plus de sang, plus de malheurs. Je ne sais pas si je suis prêt à un énième sacrifice qui ne finira que par en engendrer d’autres, juste pour le sentiment de posséder ce qui me revient de droit. A quoi bon, vraiment ? »

Non.

Je sentais dans le regard de mon cousin, dans l’expression de son visage, cette manière qu’il avait d’éviter mon regard, que ce qu’il cherchait à me faire comprendre était bien ce qui ressortait de ces paroles découragées.

Pouvais-je sincèrement en vouloir à l’homme qui se trouvait face à moi ? Pouvais-je lui reprocher de chercher une vie plus simple, faite de bonheurs quotidiens, d’une innocence propre à ceux qui n’ont à gouverner qu’eux-mêmes ? Combien cette place avait-elle coûté ? Elle lui avait coûté beaucoup. A moi, également. Là était le lot de ceux qui avaient choisi le chemin du pouvoir contre celui du cœur. Je ne me plaindrais certainement jamais de la place qui était la mienne, cela aurait été indécent. J’étais à l’abri du besoin, respectée, j’avais un pouvoir tout relatif mais ma voix était écoutée. Combien de femmes, à Westeros, pouvaient en dire autant ? Combien de femmes étaient mariées de force, comme je l’avais été, mais n’avaient eu la chance de se défaire de ce mariage ? Combien d’entre elles n’avaient pas de voix, n’ayant aucun pouvoir de décision sur leur propre corps, sur leur propre vie ? Non, je n’avais pas le droit de me plaindre, d’énumérer les choses, pourtant très nombreuses, que j’avais du sacrifier pour être là où j’étais aujourd’hui.

Alors qu’il me lâchait la main, Robb s’éloignait légèrement, comme déjà prisonnier de ses pensées. J’avais eu peur durant les premiers instants où il avait pris la parole, car j’avais senti une lassitude réelle. Cette lassitude était une réalité. Il semblait certains jours que ce pouvoir politique n’avait aucun intérêt réel. Les acquis du jour pouvaient être balayés d’un revers de la main le jour suivant, et il fallait à nouveau tout recommencer. Le danger n’était pas maigre : trahison, souffrance, mort. Nous pouvions tout perdre, comme nous pouvions tout gagner. Là était notre destin, et le chemin que nous avions choisi. Je connais à présent Robb bien trop pour le croire capable de partir, d’abandonner maintenant. Il savait mieux que quiconque les sacrifices nécessaires à l’exercice du pouvoir, et je doutais qu’il soit prêt à le quitter avant d’avoir accompli ce qu’il voyait comme sa mission : assurer la stabilité du royaume, résoudre la crise nordienne, et trouver l’assassin de sa descendance.

« Le sang et le malheur s’abattent de manière aveugle, sur les faibles comme sur les puissants. Des familles ont perdu des fils, des pères, des frères. Des innocents ont périt dans les ruines de Port-réal durant les dernières heures de la guerre. Tu as perdu deux enfants, et voilà ta vie entière qui se retrouve menacée. Je ne connais que trop bien ce sentiment, Robb. Notre devoir est justement de faire en sorte que nul malheur ne s’abatte à nouveau sur les familles du royaume. C’est pour cela, que nous sommes là. »

… C’était pour cela, que nous mettions en danger tout ce que nous étions, tout ceux que nous aimions.

« Je te remercie pour ton soutien, c’est une chose trop rare en ce moment de savoir qu’il y a quelqu’un sur qui je peux compter. »

Je souriais tristement à celui qui venait de reposer le regard sur moi, plus déboussolé et peiné que jamais.

« Je te l’ai dit. Tu as ma confiance et mon soutien. Tu les as toujours eu, et les aura toujours. »

Il était devenu un confident, un ami, un des seuls qui avaient su gagner ma confiance aveugle. Nous pouvions parler à cœur ouvert, et contester les idées et décisions de l’un et de l’autre. Le pouvoir était une chose bien lourde à porter, et nous avions longtemps partagé ce fardeau. Nous avions constitué une équipe soudée, et je m’étais promis de soutenir envers et contre tous celui qui m’avait soutenu quand beaucoup avaient été tentés de se retourner contre moi.

« … Mais si cette affaire doit être réglée, je devrai le faire seul. Les seigneurs de l’Orage ne me respecteront plus jamais si j’ai besoin de l’aide des Dragons pour assurer ma place. Quoique je décide… Je devrai le faire seul, et à moi seul les conséquences. »

D’un signe de tête, j’acquiésais. Il était certain que cette histoire devrait être réglée entre les cerfs. Pourtant, il y avait bien des moyens pour le Dragon d’agir dans l’ombre et protéger le cerf visé par ses congénères. Robb voulait régler cette histoire seul, ainsi je respecterai son choix… Jusqu’à ce que les agissements des traitres Baratheon ne commencent à menacer les intérêts du Dragon. Dès lors, personne ne pourrait attendre de moi que je ne fasse rien.

« … Mais, tu dois savoir… Même si les Stark renoncent à l’indépendance, si Jorah venait à refuser encore de confier sa sœur à mon frère, j’irai la chercher moi-même, et j’aurai une armée avec moi. Parce que je ne perdrai pas un frère de plus pour la petitesse politique d’un fou.»

Je restais interdite. Un long instant, je ne su que penser de la déclaration de Robb. Si le Nord renonçait à l’indépendance, alors l’arrivée du Régent à la tête d’une armée reviendrait à déclarer la guerre. J’avais déjà perçu les élans impulsifs de mon cousin depuis l’attaque vile contre son épouse, mais je réalisais pour la première fois qu’il me faudrait agir également afin de l’empêcher d’aller trop loin. Robb était un guerrier, un homme brillant élevé à la politique par son père, un héros… Mais il était un guerrier à qui l’on avait ôté une raison de vivre. Un guerrier blessé en son âme. Un guerrier qui estimait ne plus rien avoir à perdre. Alors pour la première fois, je réalisais que Robb pouvait être un danger. Un danger pour lui-même, pour la Couronne et ma famille… Un danger pour la paix.

Que pouvais-je dire ? Je comprenais sa douleur, je la partageais. Je comprenais sa colère et son impulsivité, n’étais-je pas du même genre ? Pourtant, je ne pouvais étouffer l’inquiétude qui s’était ancrée en moi alors qu’il avait prononcé ces mots avec une détermination froide. Robb était trop intelligent pour croire que ses actions concernant le mariage d’Edric et Ashara n’engagerait que lui. Il savait qu’en tant que Régent, il engageait de facto la Couronne. Or, si elle pouvait les faciliter, les encourager, les initier… la Couronne ne pouvait provoquer de force l’union de deux maisons. Du moins, si elle le pouvait en temps de paix, par l’intrigue, elle ne devait s’y risquer en temps de guerre, par la force.

Tiraillée entre la volonté de croire à une impulsion passagère de la part du Régent, et la détermination sanglante d’un homme qui nous mènerait à la guerre, je rompais le lien visuel qui nous unissait pour remplir une coupe de vin. De profil à Robb, j’avalais le nectar lentement, les yeux perdus dans le vague. Il aurait été inutile de lui dire que je m’opposais à sa volonté d’agir militairement pour confirmer le mariage d’Ashara et Edric. Tout cela relevait encore de l’imaginaire, de l’expectative. Pourtant, il me faudrait faire en sorte d’éviter la guerre, si par chance le Nord acceptait de renoncer à l’indépendance. Si la sédition était évitée sans guerre, alors je ne pourrais permettre à la Couronne d’être menée de force dans une guerre d’union entre le Cerf et le Loup.

« … La petitesse politique d’un fou… »

Les yeux dans le vague, je répétais ces mots sans même m’en apercevoir. Un fou. Voilà ce qu’était devenu Jorah Stark. D’homme honorable, fier, respecté et fin stratège, il était devenu fou avide d’un rang royal auquel ses ancêtres avaient renoncé pour protéger leur peuple. Il avait pu réclamer réparation, une présence nordienne au Conseil, un mariage royal pour sa sœur en compensation… Il aurait pu réclamer tant de choses pour le Nord, pour son peuple, pour ses seigneurs. Il avait choisi la manière forte pour rétablir son honneur aux yeux de tous. Il avait choisi le quitte ou double. La mort ou la gloire. Il tirait le royaume tout entier dans le trouble par son entêtement.

« … Il avait accepté le divorce. »

J’avais parlé doucement, comme me parlant à moi-même.

« Il lui avait fallu du temps. Mais lorsqu’il… lorsqu’il a su… Lorsqu’il a vu… »

Robb n’avait jamais su les vraies raisons poussant Jorah Stark à accepter à la hâte un divorce qu’il avait craint et à quitter la capitale. Il n’y avait eu aucune menace, aucune violence. Il avait comme fui la capitale.

« Quatre années de mariage, un mariage stérile. Je n’ignore rien de la douleur de perdre un enfant. Lorsqu’il a su… vu… que cet enfant qui aurait du naître, avait perdu la vie, à cause de moi… A cause de la bataille… Je crois que s’en était trop pour lui. Notre mariage était maudit. »

C’était ce qu’avait pensé Jorah. C’était le premier enfant que je perdais. Et alors même qu’il avait espéré pouvoir me forcer à revenir au Nord, reprendre ma place d’épouse, mon rang, il avait réalisé que cette union ne serait pas bénie d’un enfant… Que cette union ne lui apporterait pas ce dont il avait besoin. Il s’était cru incapable d’avoir un enfant, durant ces longues années, et alors qu’il avait touché du doigt sa descendance, les Dieux avaient été assez cruels pour la lui arracher.

« Ca l’a changé. Le Jorah Stark que j’ai connu est mort avec cet enfant, ce divorce… Je suis responsable de sa folie… Voilà la seule explication. »

Je vidais la coupe et essuyais à la hâte une larme qui s’était échappée. Me retournant vers Robb, je tentais de dissimuler les autres larmes qui rendaient mes yeux brillants et menaçaient de me faire m’effondrer, d’une minute à l’autre.

« S’il y a une guerre, ce sera à cause de moi. Voilà pourquoi je me bats pour sauver le Nord, Robb… Parce que je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec la mort de mon enfant, et celle de milliers d’hommes, sur la conscience. »


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Lun 5 Mar 2018 - 17:08

 We may stumble and fall but shall rise again
S’il y a une guerre, ce sera à cause de moi. Voilà pourquoi je me bats pour sauver le Nord, Robb… Parce que je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec la mort de mon enfant, et celle de milliers d’hommes, sur la conscience. »

Depuis qu’elle était revenue à Port-Réal, depuis qu’elle était devenue Régente, puis Reine consort, Rhaenys avait traversé nombre d’épreuves, qui lui avaient souvent laissé l’amertume de la culpabilité comme seule récompense. C’était une idéaliste dans l’âme, qui espérait pouvoir rendre chaque partie, sinon heureuse, au moins gagnante dans toutes les décisions qu’elle avait du prendre. Mais l’art politique, et certainement plus encore à un niveau aussi haut que celui qu’ils connaissaient, n’avaient rien d’idéal, et il se trouverait toujours quelqu’un pour être insatisfait, à tort ou à raison, il y aurait toujours une personne lésée pour le bien d’autres. C’était une vérité difficile, à laquelle Robb avait été préparé dès l’enfance : contenter tout le monde était impossible, il fallait faire au mieux, et garder un cercle d’alliés suffisamment puissants pour se protéger des mécontents.

Depuis la Conquête, les Targaryen étaient la garantie de la mainmise des Baratheon sur les Terres de l’Orage, et de leur position dans la politique westerosi, et en échange les Suzerains de l’Orage et leurs forces armées sans pareille étaient les garants de la tranquillité des dragons face aux ambitions trop grandes de certaines autres Maisons. Rares étaient ceux qui pouvaient être assez braves, ou assez fous pour affronter le Dragon et le Cerf ensemble, et les liens des deux Maisons offraient au Royaume une stabilité tacite, que certains autre seigneurs ne percevaient même pas. Témoignages vivants de cette alliance, Robb et Rhaenys avaient ensemble réussi à redresser, au moins en partie, un Royaume mis en ruine par des années de guerre civile, par les agissements du Cruel et de ses alliés. Malgré cela, la jeune femme voulait toujours en faire plus, faire mieux, attitude louable digne d’une dirigeante, mais qui venait avec son prix, comme pour lui. Si Robb supportait de moins en moins l’attitude de ceux qui réclamaient sans cesse plus, qui prenaient pour acquis ce qu’on leur accordait, Rhaenys elle ne parvenait pas à ignorer certains dommages collatéraux inhérents à toute amélioration, les Stark en tête. Jamais, en revanche, elle ne lui avait confié jusqu’à aujourd’hui les raisons qui avaient décidé le seigneur du Nord à quitter la capitale, à renoncer à son mariage. Elle aussi avait perdu un enfant, dans des circonstances bien différentes evidemment, mais les circonstances ne voulaient rien dire quand on parlait d’un sacrifice aussi grand.

Il aurait pu lui dire que ses actions avaient été héroïques, nécessaires à une époque où il fallait montrer au peuple que Maegor n’était pas les Targaryen, que certains d’entre eux étaient prêts à s’élever contre sa tyrannie alors que Daenys s’était murée dans l’inaction, qu’Aemon et Jaehaerys étaient trop jeunes ou trop faibles pour faire quoique ce soit. Que son enfant était mort sur l’autel d’un idéal qu’elle avait incarné, qu’elle n’avait pas à avoir honte ou à culpabiliser d’avoir fait ce qu’il fallait faire au moment où elle devait le faire. Mais aucun mot, aucune parole ne pourrait lui enlever l’idée que par ses actions elle avait perdu une partie d’elle-même, que pour une guerre dont elle n’avait pas voulu, qui n’était le fait que de l’inaptitude d’un tyran elle avait donné la mort à l’innocence d’une âme qui n’était pas encore née. Il connaissait trop bien cette impuissance, cette culpabilité que pour tenter de l’enlever à qui que ce soit, elle était nécessaire au deuil, au moins autant que le temps lui-même.

« Nous avons tous perdu beaucoup dans cette guerre, tu me l’as dit toi-même quand tu m’as offert de devenir Main du Roi, Rhaenys. Aujourd’hui, je comprends que tu étais loin d’être en reste parmi les endeuillés, même si tu ne le montrais pas. Je ne tenterai pas de te faire comprendre que tu n’étais pas à blâmer pour ce que tu as sacrifié, je ne sais que trop que ce serait peine perdue, et que je ne ferais que retourner la lame dans la plaie de tes regrets. Mais... »

Laissant sa phrase en suspens, le Suzerain de l’Orage quitta à nouveau son siège pour rejoindre la Targaryen, la fixant d’un regard grave tout en posant une main rassurante sur son avant-bras. Il ne pouvait pas ignorer les larmes qu’elle retenait, mais il lui ferait au moins la grâce de prétendre qu’il ne les avait pas remarquées, pas trop au moins.

« Regarde tout ce que nous avons accompli, tout ce que tu as accompli en moins d’un an. Ta place a toujours été ici, ton destin était de devenir Reine parce que personne d’autre ne pourrait mieux incarner ce qu’une souveraine doit être pour son peuple que toi. Tu as payé un prix terrible, un prix que tu n’aurais probablement jamais accepté de payer si tu l’avais connu avant de te rendre à la bataille, mais tu as fait en sorte que ce ne soit pas en vain, et c’est là tout ce que les autres retiendront.

Quant au seigneur du Nord, il avait accepté le divorce, cela nous le savons tous, et peu importe ce qu’il cherche à faire maintenant, ce n’est pas de ton fait, ou parce que tu as fait un choix que tu n’aurais pas du faire ou qui t’a été imposé. Ses actions sont les siennes, et les siennes seulement. C’est un fou dévoré par l’ambition et les rêves d’une grandeur qu’il n’atteindra jamais, il n’a pas les épaules pour ça, pas plus qu’il n’est suffisamment intelligent pour comprendre qu’il ne peut que perdre la guerre vers laquelle il veut tant se précipiter. Et malgré tout ça, malgré son attitude, tu cherches la paix, parce que tu veux ce qu’il y a de meilleur pour le peuple qui vit sous son joug, c’est louable. Mais il faut que tu comprennes que s’il faut prendre les armes contre le Nord, ce ne sera pas parce que tu as perdu ton enfant, ou parce que tu as refusé de rester mariée à un homme qui aurait voulu te refuser ton destin. Si la guerre devait revenir contre le Nord, peu importe les excuses qu’il trouvera et qu’il n’hésitera pas à crier une fois à genou, ce sera parce que Jorah Stark s’est cru suffisamment fort pour asseoir des ambitions qu’il ne devrait pas avoir, peu importe les torts dont il estime avoir été victime. Ce n’est qu’un prétexte pour lui, et que tu le croies ne fait que servir ses desseins. Il est seul à blâmer pour ce qui arrivera à sa famille et à ses terres si je dois me rendre là-bas avec une armée. »

Attirant la jeune femme contre lui, le Cerf l’enserra dans une étreinte toute fraternelle, de la même manière qu’il avait dû un jour consoler Oriane quand elle avait quitté Accalmie pour Vivesaigues, de la même manière que les siens avaient été là pour lui dans les heures qui avaient suivi l’empoisonnement de Rohanna. Rhaenys était de sa famille au même titre que ceux qui portaient son nom, plus même que certains d’entre eux, et à ce titre elle avait mérité sa protection autant que son respect. Et aucun homme, fut-il seigneur qui se prenait pour un Roi, ne pourrait ternir son nom et sa réputation, ou l’enfoncer dans les ténèbres de la culpabilité par ses actions sans avoir à en répondre devant lui. Il semblait que chaque nouvelle journée amenait à Robb de nouvelles raisons de haïr le seigneur du Nord, de lui faire subir les pires traitements pour ses décisions égoïstes. Ne relâchant pas son étreinte, il murmura simplement à la Reine :

« Tu as déjà tellement fait pour une terre qui t’es bien trop ingrate, ce que tu feras encore, fais le parce que tu en as besoin pour toi-même. Le reste, le sang, la mort, s’ils doivent venir, seront sur mes mains, pas les tiennes. »
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We may stumble and fall but shall rise again   Sam 31 Mar 2018 - 11:25


Robb & Rhaenys

We may stumble and fall but shall rise again



« Nous avons tous perdu beaucoup dans cette guerre, tu me l’as dit toi-même quand tu m’as offert de devenir Main du Roi, Rhaenys. Aujourd’hui, je comprends que tu étais loin d’être en reste parmi les endeuillés, même si tu ne le montrais pas. Je ne tenterai pas de te faire comprendre que tu n’étais pas à blâmer pour ce que tu as sacrifié, je ne sais que trop que ce serait peine perdue, et que je ne ferais que retourner la lame dans la plaie de tes regrets. »

Bien peu nombreux étaient ceux qui avaient été mis dans la confidence de ce qui s’était réellement produit à la suite du siège. Beaucoup n’avaient vu que la bataille, le sang et les sacrifices sur le champ. D’autres encore avaient du panser les plaies sanguinolentes de pertes trop douloureuses alors que la terre fumait encore d’un combat acharné. Pourtant la mort n’avait guère arrêté son chemin tortueux aux terres gorgées de sang et aux quartiers en ruines de la capitale… Elle avait pénétré au cœur de la forteresse des rois de Westeros. Sans le savoir, j’avais guidé ses pas en son sein, alors qu’elle me suivait pas à pas, attendant l’heure propice pour réclamer son dû. Alors que les premiers jours de deuil laissaient finalement place à la liesse d’une paix enfin restaurée, une femme voyait en elle se répéter les horreurs d’un combat qu’elle aurait souhaité ne pas faire sien.

Alors que la main de Robb venait se déposer avec délicatesse sur mon bras, je laissais mon regard divaguer dans le lointain. Il y a de ces douleurs qui vous marquent, et dont le souvenir physique ne vous laisse jamais. Sans doute avais-je laissé la fantaisie d’une vie de famille s’installer plus profondément dans mon cœur et mon âme que je ne l’avais pensé. Sans doute avais-je fantasmé une vie simple, un mariage où l’amour avait pu naître avec le temps et qui ne serait que renforcé par la venue de cet enfant. Peut-être même m’étais-je laissée aller à imaginer son visage, la couleur argenté de ses cheveux, la force qui se serait dégagé de ses traits, et la douceur de son regard… Pour la première fois, j’envisageais que ma vie ne se limite plus à moi, à mon destin et ma mission, mais qu’elle puisse être dédiée à un être fragile… un être qu’il me faudrait éduquer, aimer, protéger. Qu’il était risible de constater que je n’avais pu déposer de masque de froideur sur mon cœur, comme j’avais pu le faire sur mon visage. J’avais cru être capable de me protéger de ces sentiments nouveaux pour accomplir mon destin, et je réalisais mon échec à la vue de ce sang, messager de mort et de la perte.

« Mais... Regarde tout ce que nous avons accompli, tout ce que tu as accompli en moins d’un an. Ta place a toujours été ici, ton destin était de devenir Reine parce que personne d’autre ne pourrait mieux incarner ce qu’une souveraine doit être pour son peuple que toi. Tu as payé un prix terrible, un prix que tu n’aurais probablement jamais accepté de payer si tu l’avais connu avant de te rendre à la bataille, mais tu as fait en sorte que ce ne soit pas en vain, et c’est là tout ce que les autres retiendront. »

Robb avait toujours su trouver les mots, il avait toujours su se poser en rempart entre moi et le monde. Il y avait de ces personnages qui, intervenant dans nos vies, les bouleversent par bien des manières ; Robart Baratheon était de ces personnages pour moi. Il y avait bien des doutes depuis peu, bien des contestations qui prenaient naissance en mon esprit alors que je ne pouvais qu’être spectatrice de son évolution. Pourtant, alors qu’il me regardait avec une tendresse toute fraternelle, je retrouvais mon ami, mon allié, mon confident… Je me rappelais, avec une vigueur nouvelle, les raisons de nos liens si puissants.

La politique était ce qu’elle était. Les événements ne pouvaient être changés. Et je ne pouvais plus m’empêcher de reconnaître que Robb et moi n’étions plus toujours aussi en accord que par le passé. Cependant, une chose ne changeait pas, ne changerait jamais : il était de mon sang, il était tel un frère, et la politique ne pouvait changer cela. La vie créait de ces liens qui ne pouvaient être menacés par les affres du pouvoir, et je me promettais que, quoiqu’il puisse arriver, je me rappellerais à jamais de ce lien qui nous unissait.

« Quant au seigneur du Nord, il avait accepté le divorce, cela nous le savons tous, et peu importe ce qu’il cherche à faire maintenant, ce n’est pas de ton fait, ou parce que tu as fait un choix que tu n’aurais pas du faire ou qui t’a été imposé. Ses actions sont les siennes, et les siennes seulement. C’est un fou dévoré par l’ambition et les rêves d’une grandeur qu’il n’atteindra jamais, il n’a pas les épaules pour ça, pas plus qu’il n’est suffisamment intelligent pour comprendre qu’il ne peut que perdre la guerre vers laquelle il veut tant se précipiter. Et malgré tout ça, malgré son attitude, tu cherches la paix, parce que tu veux ce qu’il y a de meilleur pour le peuple qui vit sous son joug, c’est louable. Mais il faut que tu comprennes que s’il faut prendre les armes contre le Nord, ce ne sera pas parce que tu as perdu ton enfant, ou parce que tu as refusé de rester mariée à un homme qui aurait voulu te refuser ton destin. Si la guerre devait revenir contre le Nord, peu importe les excuses qu’il trouvera et qu’il n’hésitera pas à crier une fois à genou, ce sera parce que Jorah Stark s’est cru suffisamment fort pour asseoir des ambitions qu’il ne devrait pas avoir, peu importe les torts dont il estime avoir été victime. Ce n’est qu’un prétexte pour lui, et que tu le croies ne fait que servir ses desseins. Il est seul à blâmer pour ce qui arrivera à sa famille et à ses terres si je dois me rendre là-bas avec une armée. »

Je m’autorisais le luxe de cacher dans les bras de Robb alors que ses bras m’attiraient à lui dans une étreinte tendre et fraternelle. L’espace d’un instant, je quittais mon rôle et délaissais les apparences pour enfouir mon visage contre la poitrine du jeune homme. Je ne fermais pas les yeux pour autant, et comment l’aurais-je pu alors que les larmes que je retenais depuis de si longues minutes pressaient pour s’échapper ? Dissimulée aux yeux du monde, aux yeux même de celui qui m’offrait ce rempart, je laissais mes larmes se déverser. Qu’il était étrange que des pleurs, considérés comme la preuve ultime de la faiblesse d’un être, puissent-être si libérateurs. Alors que les larmes qui coulaient le long de mes joues se faisaient discrètes, silencieuses ; alors qu’aucun sanglot ne venait trahir mon état véritable, je sentais ma gorge se dénouer, délestée du poids de ces larmes.

Comme il aurait été doux de croire à la véracité des paroles de Robb… il aurait été si facile de me délester de ce poids sur ma conscience. Jorah serait alors seul coupable, et je n’aurais plus à porter le fardeau de ma propre culpabilité. Pourtant, si j’avais bien des défauts, l’absence de lucidité n’en était pas un. Jorah avait perdu la raison, c’était un fait. Pourtant, il n’était guère le seul fautif dans l’escalade de violence et de défiance qui opposaient nos deux camps. Le Nord avait été blessé de mon choix, saigné à blanc par un Maegor avide de pouvoir. Le souvenir de la Conquête, lui-même, attisait les flammes indépendantistes. Tout ne pouvait être blanc ou noir. Il ne pouvait y avoir de fautif unique dans une histoires faite de rivalité, d’honneur et de guerre. La volonté d’indépendance du Nord était le fruit de notre histoire, et les velléités avaient été encouragées par les récents événements.

« Tu as déjà tellement fait pour une terre qui t’es bien trop ingrate, ce que tu feras encore, fais le parce que tu en as besoin pour toi-même. Le reste, le sang, la mort, s’ils doivent venir, seront sur mes mains, pas les tiennes. »

Non… Le sang serait sur toutes nos mains. Je restais silencieuse un instant, envisageant de confronter le regard de Robb et lui révéler mes larmes. Durant de longs instants je tentais de combattre ma réticence à révéler une nouvelle fois ma vulnérabilité, et je restais ainsi immobile, respirant à peine entre ses bras.

Que le sang soit sur ses mains, sur les miennes, sur celles de Jorah… Tout cela me ramenait à une seule pensée : le sang serait versé. Un sang innocent pour la grande majorité.

« Je suis fatiguée, Robb… Si fatiguée de tout cela… »

Je prenais une longue respiration, et osais resserrer davantage l’étreinte qui nous unissait. Une telle étreinte avait déjà eu lieu, dans un endroit non loin de celui où Robb et moi nous tenions à cet instant. L’homme qui avait fait office de rempart n’avait pas la chevelure foncée de mon cousin, bien au contraire ses cheveux s’étaient mêlés aux miens pour ne faire qu’un. Aegon Targaryen, fils d’Aenys, nommé après son très célèbre grand-père… mon frère ainé… Les bras qui m’enserraient était légèrement plus fins, mais non moins puissants. J’étais bien plus petite que je ne l’étais à présent, et je me rappelais avoir presque disparu, entièrement dissimulée sous la cape de celui qui m’offrait une dernière étreinte… ce que j’ignorais, à l’époque, être notre dernière étreinte.

Ma douce sœur, que sont donc ces larmes…

J’avais serré sa taille… je l’avais serrée avec la force du désespoir, si fort que je m’étais imaginée le blesser. Sa douce étreinte était celle d’un homme confiant, apaisé ; la mienne, celle d’une enfant apeurée, triste de voir son frère ainé l’abandonner seule. L’enfant de l’époque ne savait pourtant rien des épreuves qui l’attendaient.

Alors que je serrais la taille de Robb avait cette même force, l’espace d’un instant je pouvais sentir à nouveau le parfum d’Aegon, entendre son rire, la chaleur de son sourire alors qu’il réagissait à la tristesse démesurée de sa sœur devant ce qu’il pensait n’être qu’un au revoir.

« Merci... pour tout, Robb... Je… J’ai besoin de me reposer… Et tu dois avoir beaucoup à faire... Voyons-nous demain, si tu le veux bien… »

D’un geste rapide, que j’espérais discret, j’essuyais l’humidité des larmes qui maculait mes joues. Je ne pleurais plus, mais mon visage trahissait la lassitude et la douleur des souvenirs qui s’étaient emparés de moi. Sans oser vraiment mêler mon regard au sien, je déposais un baiser sur la joue de Robb, comme l’aurait fait une sœur, une confidente.

Prenant sa main un instant, je tentais de le remercier, silencieusement, sans regard franc, tentant toujours de cacher ma vulnérabilité aux yeux du monde… même aux yeux de ceux qui m’étaient les plus chers.

Refusant de passer la porte d’entrée officielle, je choisissais la porte dérobée qui menait aux entrailles de la forteresse. J’en connaissais les recoins et ils me mèneraient en secret jusqu’à mes appartements. Mon visage trahissait encore bien trop mes émotions, et les témoins de ma sortie n’auraient pu que colporter les pires rumeurs sur l’entrevue de la Main et de la Reine, qui s’était soldée par la sortie d’une reine ébranlée. C’était le genre de rumeurs que nous ne pouvions nous permettre de laisser se propager. Un front uni contre l’adversité. Une famille solide et unie. Une confiance inébranlable. Voilà les seuls visages que nous pouvions montrer à présent.



© Belzébuth

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We may stumble and fall but shall rise again

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