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 Le coeur d'une femme est un océan de secrets

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Le coeur d'une femme est un océan de secrets   Mer 22 Nov 2017 - 23:24

le coeur d'une femme
est un océan de secrets




Sa main passe sur sa peau livide. Inspection d’une étrangère qui observe un reflet inconnu. La psyché lui montre un corps fatigué, étrange, et dont la jouvence ne sera plus jamais la même. Ses seins ne seront plus jamais aussi fermes. Leur taille serait bientôt habituelle, presque insoupçonnée. Encore quelques jours et son corps sec et garçonnier retrouverait sa juste place... Bien sûr, elle, la cicatrice, resterait gravée sur ce ventre assoupli où quelques malheureuses rides sillonnaient les endroits de l’absence. Meurtris et indicibles. Elle se demandait si elle était encore désirable. Oui, secrètement, elle se demandait ce que ferait Robb si il rentrait maintenant. Aurait-il encore quelques désirs pour elle? Ses grands yeux se questionnent et restent silencieux. A quoi bon ces mots quand il ne reviendrait plus jamais en sa couche. Elle n’avait pas voulu, mais elle n’avait pu résister à chercher sa présence dans la Tour. En vain. Il n’était pas là. Elle avait détesté les regards et les distances des serviteurs qui, dans leurs tristes apparats, n’avaient pas su si il fallait parler. Sa paume s’arrête entre ses seins, ça la brule. A chaque fois qu’elle inspire, ça la brule. Ils disent que c’est les effluves du poison qui s’éteignent. Ils disent que c’est parce qu’elle n’a pas mangé assez ces derniers jours. Ils disent que c’est l’air trop chaud qui n’est pas bon pour sa convalescence. Il ne savent pas vraiment. Ils ne savent pas vraiment et elle se tait parce qu’elle non plus ne sait pas. Ses pupilles brunes continuent de l’inspecter, sans égards aucun pour son âme encore fragile et triste. Elles dressent un inventaire sombre, endeuillé.



De chaque côté on lui tend une robe de soie noire. Elle l’avait demandé, elle avait voulu marquer le deuil pour ce fils qui avait respiré quelques instants. Elle ne demandait pas qu’on la comprenne, elle ne demandait pas qu’on la suive. Il n’y avait aucune réelle piété dans ce geste. Un réconfort, une façon de se dire : il était là. Tu étais là et je me souviendrai de toi. Une protection pour la famille dont elle portait le nom, elle était capable de porter des enfants à terme. Des mâles, des héritiers qui auraient du vivre et embrasser le destin de leurs aïeuls héroïques ! Ses doigts se referment sur la plus sobre, la plus silencieuse. On lui fait tendre ses bras, on la fait se lever et on s’active autour d’elle. Elle n’est pas sortie depuis le couronnement. Evidemment, il ne s’agissait pas d’une sortie officielle. Elle n’avait pas encore la force de marcher devant un parterre de nobles aux abois et s’agenouiller devant le Roi et la Reine des Sept Couronnes. Ce ne serait d’ailleurs peut-être jamais plus nécessaire… ces prochains jours décideraient si elle resterait Suzeraine ou non. L’éloignement de Robb était un prétexte parfait à son manque de courage. Retranchée dans les limbes de sa tristesse, de sa douleur, leur dispute était encore vibrante. Elle pouvait encore sentir toute la colère et la fureur de son royal époux… si elle y pensait, son corps aurait les même soubresauts et les mêmes élans de protection. Oui, le fait qu’il ait pris une chambre loin de la sienne était un prétexte pour ne plus l’affronter, se conforter dans ses idées pernicieuses et fuir.



« As-tu bien demandé à des hommes d’escorter dame Wendy? »


« Oui ma Lady, nous avons fait comme vous nous l’avez demandé. »


Le regard de la camériste était courroucé, tout comme ses gestes. Tous auraient préféré que leur maitresse ne s’aventure pas dans les jardins : on craignait pour sa vie, encore fragile, on craignait que les jardins du crime ne réveillent quelques souffrances intarissable. Bref, on craignait beaucoup et très différemment. On oubliait presque que la Biche pouvait et surtout aimait penser par elle-même. On voulait la protéger, oubliant qu’elle avait assez de rage et de haine pour contrer n’importe qui qui se serait mis sur son chemin, à commencer par son propre époux. Leur maitre à tous. Sur cette dispute, on pensait tout bas. On ne sait pas se décider. Dans la nuit noire, on ne sait pas si on comprend le retranchement du Lord ou de sa douce épouse. Le regard sur l'épaule, dans l'espoir de ne pas se faire entendre, on chuchotait, on débattait.

« Lady Rohanna, les jardins sont prêts. »



Derrière le semblant de sourire qu’elle avait logé dans ses lèvres, il était dur pour elle de sortir. Il était douloureux de descendre ces marches, la cicatrice encore tirante et le corps trop lasse. Une angoisse terrible tiraille chaque seconde : la peur de s’effondrer à nouveau devant tous. La peur de ne pas réussir à ne pas pleurer, à ne pas contrôler ses émotions… de ne pas se montrer aussi forte qu’elle le voulait. Pourtant, il lui fallait remercier Wendy qui repartirait bientôt avec le convoi des Lannister. Il lui fallait aussi voir Oriane et tâcher d’en apprendre plus… si cela était possible. Savait-elle seulement quelque chose? Le mieux aurait été de trouver Edric, ce frère si aimant, mais elle n’en avait pas la fermeté. Ni le vouloir suffisant. Voir Edric s’était s’abandonner à quelques mélancolies du passé et avouer qu’elle voulait rentrer chez elle, à Gallowgrey. C’était le regarder dans les yeux et lui dire : je t’abandonne et je vais jeter un voile de scandale sur tous les tiens. Rien qu’à y penser, l’horizon tangua comme hostile et incertain. Non, il y a des choses pour laquelle elle n’avait pas le courage. 


« Faites venir la chaise à porteur. Je descends dans quelques instants. »




***





Sa poigne est osseuse, sèche, mais elle a conservé quelque chose d’avenant. Peut-être est-ce sa fragilité ou peut-être est-ce la délicatesse. Quoiqu’il en soi, elle est posée sur son poignet avec amitié. Un instant long, elle demeure sans parler à regarder le doux visage de la jouvencelle. Elle se demande comment Garett et Robb ont pu exiger qu’elle l’accompagne dans sa souffrance. Elle se demande pourquoi… sa jeunesse a du être sacrifiée pour son malheur. Elle la savait libre de tout union maritale, encore loin de tous les sacrifices qu’il incombe aux femmes. A tord probablement, Rohanna se souvenait de sa figure au-même âge : farouche et rebelle aux lois de ce monde, persuadée que la vie lui appartenait. A elle seule. Etrangère aux maux d’une femme, refusant de faire face à son devoir. Alors, elle ne savait pas les souffrances auxquelles sont corps serait forcé. Il lui semblait cruel de montrer ces images à une jeune femme qui ne savait peut-être pas même que l’amour était possible. Du moins… Impassible, ravalant ses pensées noires, elle secoue la tête. Jusque dans le bas de son dos, ses cheveux détachés ondulent. 


« Dame Wendy, voulez-vous bien m’accompagner? »



C’était plus un ordre dissimulé qu’une question, déjà son bras s’appuyait sur ce corps robuste. L’allée allant à sa terrasse lui semblait longue et dangereuse. Elle avait entendu parler des gitans qui pouvaient marcher dans le vide, leurs pieds sur un seul fil tendu, c'était l'impression que la même épreuve l’attendait. Derrière elles, les gardes de la maison Baratheon interdisent l’accès aux badauds. Ils pourront bien tenter d’apercevoir la femme du Régent, la Suzeraine empoisonnée et endeuillée : la vue leur sera lointaine et secrètement gardée. Lente est la marche, à chaque enjambée il lui semble que ses muscles redécouvrent tout leurs mécanismes. Il lui semble que tous ses os craquent de tant de sollicitation ! Ses doigts enserrent l’avant-bras de la jeune Piper, elle n’avait cure de lui montrer sa faiblesse. Elle était là, debout, marchant sous le soleil, reprenant le cour de sa vie et c’était le principal. Ombre noire dans ses jardins luxuriant, son corps sculpté dans une hostie indicible, elle respire avec force. Le vrai air lui avait tant manqué ! Ils avaient tord ceux qui voulaient que son confinement dure un peu plus. Il n’y a qu’au grand air que la Biche Pendue retrouverait toutes ses forces perdues, qu’elle en puiserait de nouvelles. 

« Je ne sais comment vous remercier… il me semble que je serai toujours à votre dette. » Elle ne la regarde pas, elle fixe la mer qui miroite au loin. Sous de longs dais de toiles, la table a été dressée. De ce cocon dissimulé, les rayons solaires trop chauds, trop brulants, ont été savamment chassés. A profusion, luxuriance de gâteaux, de fruits et de boissons fraiches. A son arrivée à la capitale, Rohanna avait interdit à sa table autant de profusion de mets et de saveurs. Elle ne voulait pas se gaver quand le peuple se mourrait, maintenant c’était différent. Le temps de sa convalescence ce serait différent. A leur approche, les servantes se retranchent en silence.

« Aucun joyau ne me semblait pouvoir rendre hommage à la main que vous m’avez tendue. » Pieusement, elle lui intime de s’assoir sur l’une des trois chaises présentes. Se plaçant au milieu, présidant ces hôtes -dont l’un n’était pas encore arrivé- : elle attire à nouveau la main de Wendy à elle. Non, aucun joyau ne pourrait signifier ce que la Conflanaise avait fait pour elle. De plus, les caisses de sa soeur devaient en être débordantes ! On pouvait compter sur les Lannister pour exulter leur richesse avec or et pierreries. A l’Orage on était bien plus humble, bien plus terrestre… « J’ai bien pensé à faire de vous une damoiselle de ma maisonnée, mais j’aurais été bien égoïste de vous arracher aux bras de votre soeur. Elle aura besoin de vous ces prochains mois… » La condition d’Alérie ne lui avait pas échappé et c’est avec un pincement amer qu’elle laisse sa phrase en suspens. Oui, elle avait ardemment envie que Wendy reste à ses côtés. Elle était persuadée qu’elle aurait su lui insuffler une nouvelle joie de vivre et surtout égayer son quotidien. Lui rendre un peu de jeunesse et d’allégresse. Elle effleure sa peau, un triste élan maternel ou fraternel. « … sachez qu’il y aura toujours une place pour vous dans la suite du Régent. » Comme il lui était difficile de prononcer le nom de Robart ! Comme il lui était soudain difficile de continuer ces paroles en se disant qu’elle ne serait bientôt plus qu’un vague souvenir dans cette Cour. Pourtant, même si elle partait rejoindre sa famille, dans la honte et la disgrâce, elle s’assurait que Robb garde une place pour Wendy. Une place privilégiée pour qu’elle puisse avoir un avenir radieux, si tel était son désir.



Au loin, Oriane s’approche déjà. Son ventre proéminent comme un bouclier de bonheur et de gloire certaine. Un nouveau filet amer brûle son oesophage. Une jalousie terrible terrasse tout son être et ses jambes bourdonnent. Soudain, elle aurait aimé ne plus jamais poser son regard sur une femme enceinte ou sur un nouveau né. Cette idée la révulsait et lui donnait envie de crier comme une hystérique. Marteler les murs jusqu’à s’en déchiqueter l’épiderme. « Oui Wendy, je ne savais comment vous remercier alors j’espère que ces instants que je vous offre seront ravir la soeur que vous êtes. Je sais votre cadette loin et au service de ma soeur, aussi ai-je demandé à Lady Oriane de se joindre à nous. Rien ne devrait être plus important que la famille. Que ces instants partagés soient apaisement et joie, ma chère enfant ! »

A l'arrivée de la fille de Theodan, elle avait souhaité se lever pour l'embrasser comme il se devait, mais ses jambes avaient refusé tout effort. Après quelques flexions malheureuses elle se décida à rester assise. Un pale sourire mourut aux coins de ses commissures. Au fond d’elle, elle était certaine que c’était l’idée de toucher ce ventre qui la révulsait. D’un geste elle s’excusa, bien qu’elle n’en avait pas réellement le besoin. Officiellement, elle était encore une des femmes les plus puissante des Sept Couronnes. Oui, n'importe quel prétexte serait bon pour ne pas s'infliger cette douleur. « Veuillez me pardonner ma soeur, j’ai bien peur de ne pas avoir retrouvé toutes mes forces. Je suis heureuse de vous voir. Laissez-moi vous présenter Lady Wendy de la Maison Piper. Elle m’a été d’un grand secours et il me tenait à coeur de vous l’introduire. »

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: Le coeur d'une femme est un océan de secrets   Lun 11 Déc 2017 - 14:22


Rohanna & Orianne & Wendy

Le coeur d'une femme est un océan de secrets


De ses deux mains d'une poigne insoupçonnée, elle s'accroche et serre la colonne de bois du lit à baldaquin, pressant ses lèvres fines l'une contre l'autre pour retenir le moindre son qui oserait prendre le pouvoir sur elle et s'échapper de sa gorge. Le seul écho toléré n'est autre que celui des lacets se frottant contre le tissu de son léger corset, destiné à donner l'apparence d'un parfait maintien, digne de son rang et de celui auquel elle aspire. Çà et là, des murmures d'étoffes s'élèvent, et des pas plus légers que des plumes balayent la chambre aussi discrètement qu'une douce brise d'été soufflerait sur les arbustes en fleurs des jardins luxuriants du Donjon Rouge. Le silence est maître en cette pièce d'un luxe sobre mais bien présent. Il s'est installé depuis quelques jours, prenant une place de choix, se faisant tacitement proclamé roi par sa propriétaire éphémère le même jour que Jaehaerys Targaryen se voyait coiffé de sa couronne royale... Une couronne d'épines, tel était le premier message des Sept-Qui-Ne-Font-Qu'Un, jetant leur mauvais présage sur l'avènement d'un nouveau pouvoir, d'un nouveau souverain qui n'avait pas cru bon de ménager leurs principes et leurs susceptibilités. Jaehaerys avait bafoué dès la première heure de son règne les règles de la religion des Sept, de la même façon qu'il avait balayé d'un revers de main la morale naturelle de tout être doué d'intelligence et de principes sains. Le nouveau roi avait bravé cette loi morale en épousant sa propre sœur sous les regards parfois consentants, souvent ardents, des plus grandes familles du royaume. Et dès le début des prestations d'allégeance, le Roi Dragon avait reçu ses premières punitions du Destin. Et c'était bien fait pour lui, pensait Wendy sans aucune honte.

Elle réprime un soupir, s'interdisant la moindre émotion pour conserver son masque placide et assuré, mais instantanément et en silence, ses mains quittent le bois pour venir se poser sur le corset galbant sa taille : elle étouffe. Elle étouffe sous cette pression bien visible tout comme elle étouffe dans cette vie, elle étouffe sous le poids des récents événements tout comme elle suffoque de voir ses grands projets de vengeance traîner en longueur et passer en arrière-plan à cause du funeste sort de Rohanna Baratheon. Elle s'étrangle de parfois détester cette pauvre femme qui ne lui avait rien fait mais qui était venue jeter un obstacle inattendu sur son chemin. Elle s'asphyxie à l'anticipation du départ de Port-Réal, cette cité promesse de tout un tas de nouvelles possibilités, alors même qu'une part d'elle est soulagée de bientôt quitter ce nid de serpents... Mais ce n'est que pour en retrouver un autre, là-bas, entre les murs épais du Roc. Tout avait été gâché. Tous ses efforts, ou presque, s'étaient vus anéantis par une bourrasque aussi brusque qu'elle avait été inattendue. Toutes ses manœuvres, ses ensorcellements indiscernables étaient presque obsolètes. Seule subsistait sa secrète et étrange alliance avec le Maître des Chuchoteurs, et qui n'était certes pas négligeable, mais tout de même... Elle était aujourd'hui rongée par le plus singulier des sentiments, mêlé de tristesse, de pitié, d'horreur et de culpabilité. Car comment, à l'heure où la suzeraine de l'Orage, épouse de la Main du roi, était endeuillée de ses enfants, pouvait-on continuer de s'adonner aux jeux retors de la Cour en se servant d'elle ? Comment, alors qu'elle avait été témoin de ses abominables souffrances, Wendy pouvait-elle se regarder dans le miroir, elle qui s'était ingéniée à la charmer sans en avoir l'air pour obtenir de puissantes faveurs et s'approcher du vrai cœur du pouvoir ? Comment pourrait-elle renier la pitié qui s'était logée dans son cœur à l'égard de cette pauvre âme qui avait tant souffert ? C'était la Mort qu'elle avait côtoyé dans cette chambre moite, c'était le Supplice de l'âme qu'elle avait vu de ses propres yeux... et c'était son propre déchirement qu'elle avait ressenti, celui-là même qui lui avait arraché sa mère de la plus impitoyable des manières, qui lui avait enlevé un frère, qui avait tué son père et qui avait détruit sa famille pour en rejeter quelques lambeaux ensanglantés sur les chemins poussiéreux du royaume. Quatre âmes esseulées, errantes, qui ne vivaient plus que pour la vengeance... La Biche Pendue était-elle, elle aussi, sur le point de s'embraser de la flamme ronflante de Némésis ?

Alors face à ses dilemmes, à ses paradoxes qu'elle ne parvenait à résoudre, Wendy avait répondu par le silence implacable et le masque de froideur. Sa chambre était devenu un sanctuaire qu'aucun son n'avait le droit de profaner, et son corps tout entier s'était nimbé d'un mutisme profond, se contentant du strict nécessaire que la bienséance lui imposait. Alerie elle-même s'était inquiétée de cet état étrange, tentant de soutenir sa sœur sans réellement la comprendre ni savoir comment briser sa nouvelle carapace. La cadette lui offrait sourires et caresses réconfortantes pour l'apaiser, mais ce dont Wendy avait réellement besoin en ces sombres heures, c'était de prier. Prier ardemment pour que l'Aïeule la remette sur le bon chemin, pour que la Mère éteigne le brasier dérangeant que l'empoisonnement de Rohanna avait allumé en son cœur, et pour que l'Etranger ne l'abandonne pas et continue de lui donner la force de garder ses masques insaisissables pour tromper le monde qui l'entourait jusqu'au moment fatidique. La Piper avait besoin de se retrouver, et de se fixer de nouveaux objectifs, ici, au Donjon Rouge. Cette fois, ils ne pourraient être dirigés sur l'épouse de la Main... Elle ne s'en sentait plus le cran, plus le cœur, et les rumeurs allaient bon train dans les couloirs du palais... Peut-être serait-elle bientôt redevenue qu'une lady insignifiante d'une petite famille des Terres de l'Orage, disait-on... Dans le silence le plus parfait, elle étend les bras pour que sa femme de chambre lui enfile une robe de mousseline d'une teinte bleu sombre, habillée de quelques volutes argentées pour rehausser l'ensemble, et dont les manches en voile vaporeux s'évasaient à n'en plus finir sur ses poignets. Sa camériste porte le regard bas, ne croisant jamais celui de sa maîtresse, remplissant son œuvre en respectant les lois nouvelles et discrètes imposées par la noble damoiselle. Et ce fut lorsque la jeune Meera leva un regard entendu vers une autre jeune servante que Wendy daigna faire attention à ce qu'il se passait dans sa chambre.

Une ruche, telle fut l'image qui s'imposa à son esprit. Quatre servantes allaient et venaient, portant robes, chemises, souliers, pliant les étoffes précieuses avec soin pour les installer dans les grandes malles, ou en emportant d'autres dans de grands seaux en bois pour les faire nettoyer par les lavandières. On rangeait les grandes tenues d'apparat définitivement -ordre de Wendy en respect du deuil de Rohanna-, parées pour le départ dans une quinzaine de jours, et on mettait de l'ordre dans le reste des vêtements d'allure plus simple, pour être prêts à servir à tout moment. Toutes, sans exception, affichaient des mines fermées, s'affairant sans enthousiasme et ne pipant mots. Cette ambiance, inhabituelle, les gênait visiblement, au vu de leurs œillades échangées où planaient l'incertitude et le malaise. Mais Wendy savait que leur retour à Castral Roc leur ferait oublier ces mauvais jours... de la même façon qu'elle-même parviendrait à les occulter en se focalisant de nouveau sur une cible toute trouvée : Allyria Tarbeck et ses indicibles secrets. La volonté de les percer lui rendrait sa flamme impitoyable et bientôt elle balaierait de son esprit la Baratheon, ses souffrances et les remords qu'elle avait su éveiller dans le cœur de la jeune conflanaise. Bientôt. D'ici quinze jours, elle aurait quitté Port-Réal pour embrasser de nouveau les pernicieuses Terre de l'Ouest.

Des coups secs contre le bois de la porte de sa chambre arrêtent la main sûre de Meera, arrangeant la tignasse mordorée de sa maîtresse dans un enchevêtrement des plus sophistiqués où quelques aigues-marines perçaient ça et là dans l'océan de cheveux. D'un œil impassible voilé de méfiance, Wendy observe dans le reflet du miroir une autre servante ouvrir à l'intrus : un jeune page murmure quelques mots à l'oreille de la domestique, lançant quelques regards curieux à la noble lady attablée à sa coiffeuse. Les sourcils relevés si haut qu'ils se perdaient dans la naissance de sa frange, la jeune servante s'approche alors de sa maîtresse d'un pas empressé, un sourire presque ébahi ornant ses lèvres. « Ma Dame, sa seigneurie Rohanna Baratheon vous invite à la rejoindre dans les jardins pour une promenade et quelques rafraîchissements. Des gardes vous attendent à l'extérieur pour assurer votre escorte. » Son regard noir se fige dans la glace polie, comme si un spectre venait de la traverser de part en part, et son cœur manque un battement.

***

Wendy avance d'un pas impérial, le cœur battant et les mains jointes sur son giron. Ses doigts, comme à leur habitude lorsque l'émotion menace de la submerger, sont entrelacés avec une puissance invisible à l’œil nu, et elle inspire profondément pour se gorger du parfum délicieux des fleurs exotiques habitant les jardins du Donjon Rouge. Elle cherche dans la fragrance épicée l'apaisement qui lui permettrait d'endosser son rôle une fois de plus. Mais pour une fois, Wendy Piper n'est pas certaine du personnage à incarner, elle n'est pas certaine non plus d'avoir envie de jouer... La Pieuse se noie dans un océan de confusion, incapable de démêler les sentiments qui la traversent et ne sachant comment elle allait réagir au revoir de la Suzeraine de l'Orage. Alors elle marche, de son pas royal, suivie par quelques hommes chargés d'assurer la sécurité de sa réputation, pour arriver au pied d'un escalier où l'attend Rohanna Baratheon. Son cœur se serre, une boule se forme dans sa gorge... Rohanna n'est plus qu'une ombre, noire et vacillante sous la lumière du soleil qui ne fait que lui montrer la fragilité de sa position : un éclat un peu trop fort la ferait disparaître, engloutie par la clarté triomphante. Et pourtant, le doux sourire qu'arbore la biche touche le cœur de la jeune conflanaise, sous cette vulnérabilité apparente se tapit la force tranquille que lui procure la bonté infinie parant son être. Et la main qu'elle pose sur son délicat poignet la fait frissonner, et fait couler en elle un profond sentiment d'amour pour celle dont elle a voulu se jouer. Wendy baisse les yeux alors que l'Endeuillée la scrute avec amitié, se détestant intérieurement pour ses sournois stratagèmes : une femme comme Rohanna ne méritait pas d'être trahie, et elle se sent sale, la petite vierge, sale de ses noirs sentiments haineux qui la conduisent sur le chemin dangereux de la destruction des collatéraux. Aux prises avec sa conscience, la jeune fille sursaute presque à l'entente de la voix blanche de la Baratheon : « Dame Wendy, voulez-vous bien m’accompagner? »

Les mots lui manquent, mais avec un sourire chaleureux et une main venant se poser sur celle de la Dame d'Accalmie, la Piper s'exécute aimablement, guidant son hôtesse du mieux qu'elle le put sur une petite terrasse à l'abri des regards. Elle est faible, la Biche, mais Wendy s'efforce de lui apporter le soutien nécessaire et avance lentement mais sûrement. Au débouché de l'allée, s'offre à sa vue une table garnie des mets les plus délicieux, table disposée sous un dais destiné à les protéger des rayons ardents de l'astre solaire. 

« Je ne sais comment vous remercier… il me semble que je serai toujours à votre dette. » Wendy ferme les yeux, aspirant l'air et se pinçant les lèvres. Encore une fois, sa parole semble l'avoir abandonnée. Mais avant même qu'elle tente de se ressaisir pour offrir quelques mots courtois, Rohanna s'arrête devant des chaises installées à la tablée. Trois. La Dame d'Atour fronce les sourcils, se demandant quelques secondes la raison de la présence de cette chaise supplémentaire. « Aucun joyau ne me semblait pouvoir rendre hommage à la main que vous m’avez tendue. » Wendy lève un regard ému vers son hôtesse, ne se sentant pas digne de cette marque de reconnaissance profonde. « Ma Dame... Je n'ai rien fait que d'autres n'auraient accompli... Et je n'ai surtout pas fait cela pour en attendre une quelconque récompense... » Mais déjà l'épouse de la Main la fait taire en lui demandant de s'asseoir à ses côtés, avant de s'emparer impérieusement de sa main, que la Biche vient serrer chaleureusement contre son giron. « J’ai bien pensé à faire de vous une damoiselle de ma maisonnée, mais j’aurais été bien égoïste de vous arracher aux bras de votre soeur. Elle aura besoin de vous ces prochains mois… »

De nouveau, son regard se perd dans celui de la Baratheon. Ainsi elle savait. Et son cœur sombre dans des abysses incompréhensibles, alors que Wendy ne sait si se réjouir du noble sentiment de Rohanna ou se briser en se rendant compte de l'épouvantable souffrance que cela devait réveiller chez celle qui avait perdu ses enfants... Oui Alerie allait avoir besoin d'elle... Mais Rohanna aussi. Comment refuser l'appel de détresse ? Et pourtant, Rohanna est prête, une nouvelle fois, à se sacrifier. La Dame d'Accalmie avait cette noblesse d'âme qui faisait défaut à tant d'hommes en ces murs... « … sachez qu’il y aura toujours une place pour vous dans la suite du Régent. » Un souffle presque douloureux. Et Wendy ne sait quoi faire d'une telle affirmation. Il y avait encore quelques jours, la Némésis aurait jubilé intérieurement de se voir parvenir à ses fins, d'enfin toucher du doigt le genre de position qu'elle convoitait et qui la rapprocherait lentement des plus puissants de ce monde... mais aujourd'hui ? Aujourd'hui ne restait qu'un goût amer dans sa bouche. Comment oserait-elle profiter du malheur d'une telle femme pour atteindre ses objectifs ?

La conflanaise ouvre et ferme la bouche, étreignant avec émotion la main de Rohanna sans savoir quoi répondre à ce flot de mots si généreux à son égard. Mais le regard de la Baratheon se détourne pour se poser sur l'allée, et Wendy la suit pour trouver l'origine de ce geste. Au loin, quelqu'un arrive, escorté de quelques hommes. Une femme. Ce devait être la troisième convive et la curiosité pointait déjà dans l'estomac de la Piper. « Oui Wendy, je ne savais comment vous remercier alors j’espère que ces instants que je vous offre seront ravir la soeur que vous êtes. Je sais votre cadette loin et au service de ma soeur, aussi ai-je demandé à Lady Oriane de se joindre à nous. Rien ne devrait être plus important que la famille. Que ces instants partagés soient apaisement et joie, ma chère enfant ! » Lentement, la réalisation coule en elle. Oriane Tully s'avance noblement, son lourd ventre la précédant. Et son sang se glace, son cœur s'accélère et ses yeux s'écarquillent. L'image d'Alysanne s'impose à son esprit et elle l'imagine, malheureuse et véhémente, au service de cette suzeraine au nom de qui sa famille avait été décimée. « Dame Rohanna... Je... C'est trop... »

Oriane approche, rayonnante d'une gloire intérieure presque fascinante. Elle l'avait croisée. Elle avait même échangé quelques mots avec elle. Elles avaient partagés le moment de l'inquiétude, le moment de la détresse et de l'urgence, les aidant à balayer tout éventuel ressentiment que chacune pouvait ressentir à l'égard de l'autre. Elles n'avaient été que deux femmes ne souhaitant que le bien-être d'une autre. D'une sœur, en ce qui concernait Oriane Tully. Une sœur... Alysanne... « Veuillez me pardonner ma soeur, j’ai bien peur de ne pas avoir retrouvé toutes mes forces. Je suis heureuse de vous voir. Laissez-moi vous présenter Lady Wendy de la Maison Piper. Elle m’a été d’un grand secours et il me tenait à coeur de vous l’introduire. » Wendy reste pétrifiée quelques instants, son regard hébété planté dans celui de la Truite Argentée. Trop de sentiments parcouraient sans répit son âme depuis quelques jours. C'en était trop pour son cœur et la paralysie la gagnait. Après quelques secondes, elle se lève élégamment de sa chaise, reprenant ses esprits et fondit en une révérence distinguée. « Ma Dame, c'est un honneur de vous être présentée dans les règles en ce jour... Wendy lance une oeillade à leur hôtesse, un sourire timide sur les lèvres, et ses joues rosissant quelques peu... Mais si je puis me permettre, Dame Baratheon, votre sœur fut à son tour d'un grand secours à mon égard alors qu'elle m'accompagnait jusqu'à votre chambre, m'insufflant un courage qui me faisait défaut. Et je sais que Dame Tully aurait tout donné pour prendre ma place à votre chevet. » Les yeux bas, sa voix n'était que murmure réservé, ressentant une soudaine petitesse prise en étau entre deux suzeraines.

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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