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 Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Ven 1 Déc 2017 - 22:34


Faust et Wendy

Not all those who wander are lost.




Vide. Atone.

Le temps n'était plus. Le monde avait disparu. Plus rien. Il ne restait plus qu'une seule réalité : celle de sa misérable existence qui la condamnait à un supplice éternel, celle de son souffle irritant ses poumons, de sa souffrance piquant les parois de son estomac, et de ses paupières asséchées, brûlées par des larmes qui ne voulaient plus couler.

Torpide.

Insidieuse, l'apathie la gagnait, rognant à chaque instant une parcelle supplémentaire, pour venir enrober tout son être d'un linceul bienfaiteur qui l'empêcherait de ressentir, qui l'épargnerait de devoir faire face à l'horreur dont elle avait été témoin, miroir effroyable la renvoyant dans les sombres méandres du passé. Quel péché avait-elle commis pour mériter de toujours souffrir un peu plus ? Combien de petites morts devrait-elle subir pour apaiser les Sept et enfin connaître une paix de l'âme à laquelle elle aspirait depuis toujours ?

Léthargique.

Elle n'était plus qu'un amas de chair moribond, engourdi par la déferlante de sentiments qu'elle avait dû affronter... à l'insu de son plein gré. Le choix était un privilège dont elle ne disposait plus et, assaillie par le drame et les ordres, elle s'était simplement résignée à se comporter comme il était attendu d'elle. Comme toujours. Sage Wendy. Obéissante Wendy. Dévouée Wendy. Pitoyable lady qui portait depuis longtemps un fardeau trop lourd pour ses frêles épaules. Un masque qui lui seyait, qu'elle s'était employée à peaufiner mais qui parfois s'accrochait à sa peau fragile, venant arracher des lambeaux de chair sans ménagement, lacérant un peu plus cette âme meurtrie qu'une impitoyable carapace ne parvenait pas à protéger complètement. Elle finirait par se détruire elle-même, ironie du sort... Alors, appuyée contre la paroi de pierre rouge, la mortifiée s'était comme précipitée dans un néant abyssale, pour expulser le venin venu empoisonner son sang, son cœur, son esprit, ce mal qui s'était immiscé en elle et qu'elle avait ardemment contenu, magistralement dompté pour ne pas faillir à la tâche qui lui avait été dévolue. Mais le poison avait fini par prendre le dessus et par réclamer son dû, demandant à se repaître de la souffrance qu'il avait voulu instiguer, et la réaction était d'autant plus violente que la jeune femme avait voulu le refouler. Wendy en payait le prix.

Prostrée dans un recoin obscur non loin des escaliers menant à la Tour de la Main, elle retrouva lentement la maîtrise de ses sens. La vue d'abord, qui tentait de reprendre ses droits, la faisant cligner des yeux à plusieurs reprises pour s'accoutumer à la pénombre ambiante. La nuit était tombée... Depuis combien de temps était-elle restée là, repliée sur elle-même et ses peines ? Alerie devait déjà s'inquiéter de son absence prolongée, se demandant sans doute si elle la reverrait au cours du banquet fêtant le couronnement... Alerie... Sa sœur était enceinte également, et de noires images s'imposaient à l'esprit de Wendy, substituant le visage de son aînée à celui de Rohanna Baratheon... Elle ferma brusquement les yeux, secouant sa tête comme pour chasser ces pensées toxiques et néfastes. Son goût ensuite se rappela à son bon souvenir, les relents bilieux la faisant grimacer. Les réminiscences de ses crampes d'estomac ne demandant qu'à cracher leur contenu lui arrachèrent un dernier haut le cœur. Combien elle avait lutté contre elle-même, contre son corps, contre ses soubresauts naturels auxquels d'autres, plus faibles, moins dévotes et hargneuses avaient succombé, rendant leur tripes, rendant les armes face à cette lutte perdue contre l’infamie faite à cette pauvre âme... Mais Wendy avait tenu bon, par la force de sa volonté, dictée par sa foi et le besoin profond de, malgré tout, faire ce qui était bien. Sentiment hérité de sa noble mère et qui brûlait de sa flamme aujourd'hui étouffée mais toujours volontaire, quand bien même son cœur s'était durci et noirci à mesure que la haine s'était immiscée en elle. Sa bouche était pâteuse, et ses muscles semblaient d'une lourdeur étrange, comme lorsque l'on sort lentement d'un profond sommeil. Il allait falloir qu'elle accepte de mouvoir ce corps qui lui paraissait étranger et qu'elle sorte de sa réclusion. Son toucher restait engourdi, presque insensible. Instinctivement, ses mains vinrent trouver son visage, tapotant ses joues comme pour s'assurer qu'elle était bel et bien là, vivante, vibrante... qu'elle n'était pas qu'un fantôme, un lointain souvenir. Un esprit décharné. Ses doigts touchèrent son front, dont la moiteur la fit tressaillir, se rendant compte que de la sueur avait perlé de ses cheveux... Continuant son inspection de plus en plus horrifiante, sa main rencontra des mèches rebelles qui s'étaient extirpées des griffes acérées des épingles fixant son diadème d'or fin et de perles, venant se coller contre la peau humide. Sans qu'elle puisse se raisonner, un profond sentiment scandalisé l'envahit : mais de quoi devait-elle avoir l'air ?? Les cheveux en bataille, le visage moite, les yeux rouges et gonflés par les pleurs, la peau de ses joues marquée par les sillons salés... Et son être tout entier recroquevillé dans un coin, comme un mendiant dans les rues cherchant à s'abriter des intempéries ou du soleil de plomb en attendant que la Mort ne vienne le prendre... Elle devait être dans un piètre état.

Jamais elle ne pourrait se présenter en public de cette manière ! Et personne ne devait la voir dans un pareil état, elle qui s'était acharnée depuis le début à créer cette image de perfection virginale, travaillant son style, son maintien, le dosage équilibré de ses parures et de ses faciès. Elle risquait de balayer tous ses efforts en se montrant ainsi. Et alors qu'elle songeait à rentrer le plus vite possible dans ses appartements, son ouïe encore engourdie ne réussit pas à l'avertir du danger s'approchant d'elle. Un danger s'avançant à pas lent, pesant, les talons résonnant dans le couloir étroit. Toute à ses pensées, elle n'aperçut la menace que trop tard, alors qu'une ombre mangeait déjà la faible lumière émanant de quelques torches accrochées aux parois ocres. Tel un animal apeuré, se voyant découvert dans sa cachette salutaire, Wendy se releva avec difficulté, le plus rapidement qu'elle le put, dans un froissement d'étoffes se frottant contre le mur. Le souffle court, les yeux écarquillés, toute défaite, elle paraissait presque démente. Et alors que l'ombre ne l'avait même pas aperçue jusqu'à l'entente de mouvements anormaux, ses yeux perçants se détournèrent de leur course pour se poser sur la pauvre fille inutilement affolée. Devenu serpent vénimeux, la Piper fronça les sourcils en plantant un regard mauvais dans celui du passant :

« Qu'est-ce que vous regardez ? » Elle l'observa quelques instants, ne sachant déterminer de qui il s'agissait. Sa mise était loin du faste des Lannister, elle était même aux antipodes : sombre, simple, sobre... Peut-être n'était-ce qu'un écuyer, ou un serviteur ? Ou un nobliaux de basse extraction... Elle n'aurait su le dire mais d'un instinct mauvais, elle l'assimila à la basse portion de la société. « N'avez-vous pas quelques œuvres à exécuter pour votre maître au lieu de me contempler de la sorte ? Cela vous amuse peut-être de trouver une noble dame dans cet état ? » Sa poitrine se soulevait et s'abaissait à une vitesse folle, inutilement folle, mais se voir ainsi surprise en état de faiblesse était loin de plaire à celle qui s'ingéniait à porter des masques de puissance tranquille. « Je... Vous... Je... » Sa voix se perdit dans sa panique, l'étranglant presque et elle porta une main à son estomac pour tenter d'en faire disparaître la boule douloureuse qui était venue s'y loger. Elle inspira profondément, à plusieurs reprises, des larmes lui montant de nouveau aux yeux. Et d'une petite voix, la Wendy d'antan refit surface. Pourquoi agressait-elle ce pauvre homme qui ne lui avait rien fait ? Pourquoi réagissait-elle avec haine là où seule la tristesse d'un événement l'avait conduit ? Qui pourrait lui en vouloir ? De quel masque avait-elle besoin en cet instant ? Aucun, lui murmura une petite voix.

« Je suis désolée, excusez mon impolitesse, je ne sais pas ce qui m'a pris... » La voix était fluette, à peine audible. Wendy avait fui le regard de l'homme, et elle porta une main à son front pendant que l'autre cherchait l'appui du mur derrière elle. Elle se sentait soudain vacillante... Soudain, elle perdait pied...

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Jeu 7 Déc 2017 - 20:24


Not all those who wander are lost
To the brave and the petrified - we all fall down.To the slave and the civilized- we all fall down. To the lovers we left behind, the bad days, the good nights. In the great shipwreck of life - we all fall down IAMX - Great Shipwreck of Life


Je n’étais rien. Une chimère venue secouer les simulacres - soulevant quelques expressions outrées. Un spasme soufflé dans une assistance désintéressé, dont l’attention négligée ne voulait souffrir des maladresses d’un homme sans nom. Ce symbole du nord venu balayer le sol dans un ultime aveu, se buta au silence. Les regards s’étaient détournés, le sien également. La passion avait rencontré le mépris. Tournant le dos au reflet de mes désirs, j’avais fuit. Frôlant les soieries s’agitant dans la foulé, jusqu’à m’éloigner de ce troupeau opportuniste, il me semblait manquer d’air. La cacophonie des voix bourdonnait dans mes oreilles, m’étourdissant de leur diction parfaite et mielleuse. Une symphonie distordue, contre laquelle j’avais voulu hurler de rage, car ceux-là ils avaient tout, alors que je n’avais rien. Et dans ce monde où le pouvoir était seule forme d’intérêt, j’étais hostile. Je fermais alors les yeux, me taraudant l’esprit de pensés macabres, dont la force lâche me poursuivait dès lors que mon genou s’était posé sur le sol. J’avais abandonné. Livrant mes sentiments dans l’attente de leurs fins abruptes. Devant la royauté imposant son supplice, j’avais envié le couperet qui glisserait sur ma nuque, m’épargnant le déni du cœur – car je savais que cette promesse dévote ne pouvait s’éteindre que dans la mort. Ainsi, j’étais condamné au malheur. Voulant me soustraire à cette mascarade, je fus bousculé – contraignant mon regard éteint à s’abaisser. La détresse venait de me happer sans ménagement, se plaquant à mes côtes meurtries. Un rictus douloureux, vint déformer mes traits. Le corps frêle venu trouver refuge s’agrippait avec angoisse, me forçant à écarter les bras. Alys Manderly avait quitté la tenu de son rang et une proximité qui ne m’était pas accordé, pour sombrer loin des regards. Elle m’offrait l’épanchement de ses malheurs, alors que je peinais à supporter les miens. Elle qui m’avait humilié devant une cour qui me dédaignait, réclamait égoïstement mon réconfort, mais je n’avais pourtant plus rien à offrir. Il me semblait légitime de la repousser, de rompre avec ce qui m’avait mené à ces fatalités...mais j’étais bien le seul coupable. J’avais caressé les flammes et je m’y étais brûlé. « Ne restons pas ici. » Lorsque j’eu fait la promesse de prémunir la jeune femme des infortunes, il ne m’avait pas effleuré qu’elles puissent provenir de celle que nous avions soutenue aveuglément. Ne leur donne pas l’occasion de t’évincer. Je glissais une main protectrice sur l’épaule qui tressaillait sous les sanglots. Avec douceur, je m’étais libéré de cette emprise venu brusquer les mœurs, forçant la petite sirène à soustraire ses faiblesses aux yeux de ceux qui la convoitait. L’espace d’un instant, j’omis mon propre chagrin. Il ne m’était pas permis de m’effondrer alors qu’on se cramponnait ainsi à moi. Mon bras guida sa marche, désertant les jardins avec soulagement pour en rejoindre les couloirs, libres de toute âme qui vive. J’étais resté muet, laissant les plaintes d’une peine intarissable se percuter dans l’écho. Rien que je n’aurais pu dire n’aurait su faire taire le chagrin dont je portais moi-même le fardeau. La porte céda, ouvrant sur les appartements de la jeune éplorée. Un refuge, une nécessité. Loin des gestes maniérés, du narcissisme et des valeurs troubles. Un réconfort bien maigre, qui pouvait accueillir les angoisses venue perler sur les joues rosies d’émotivité. Elle se laissait choir sur son lit, me laissant seul au centre de la pièce à ruminer le calvaire d’une journée s’achevant dans le drame. Cet endroit n’appartenait pas au Nord. Étais-ce cela, les mots qu’il me fallait prononcer? Invalider nos décisions alors que nous n’aurions pu nous résoudre à agir autrement - comme si les décisions enflammés par le cœur s’avouaient être les mauvaises. Ce n’était pas un discours que je pouvais tenir. Elle avait rompu ses liens avec le loup pour se glisser sous l’aile du dragon, elle subirait et il n’y avait rien que je puisse faire. Mes yeux azurés glissèrent sur la carafe d’eau posée sur une desserte, distraction à une initiative faiblarde. Occupant mes mains moites pour en verser un gobelet, j’offris l’attention à celle qui ridait les draps dans le repli de ses émotions vives. Mes jambes cédèrent, retrouvant le sol comme seule assise, butant mon dos contre le lit. Témoin silencieux de l’amertume, agonie interminable. Je n’avais su l’apaiser. Je n’avais même pas essayé de le faire. Ce jour resterait gravé dans nos mémoires comme l’affreux cauchemar pour lequel nous nous étions tristement engagés. Je ne voulais pas en parler. Je ne voulais pas assumé cette réalité. Alors je la laissais s’apitoyer. Elle se noya dans les larmes, succombant de fatigue et oubliant un instant la laideur de serments bafoués. Le regard vide s’usant sur le sol, je retrouvais le silence, cet ami traitre à celui ne pouvant s’assoupir.

Rôdeur dans la nuit, le cœur aussi lourd que mes pas. J’errais dans la pénombre, tel un spectre condamné à revivre sans cesse le déroulement tragique de sa damnation. Une flagellation mentale, irritant de spéculations une imagination trop fertile. J’avais quitté la proximité de l’endormie, m’aliénant inutilement de solitude. M’entendre penser, cette tenaille qui venait m’arracher ce besoin furieux d’être aimé. Et alors que les relents faussement festif m’appelaient, j’eu besoin de m’échapper...moi, l’animal docile ne pouvant se résoudre à réellement détaler. Quelle honte. Ma mâchoire se crispait. Que me restait-il, que me restait-il vraiment. Cette question tournait sans s’arrêter, comme cette progression folle ne menant nulle part. J’étais conquis, enivré et j’avais mal, mais j’étais un survivant revêche, passionné et brutal. Je vacillais entre ma fièvre irrationnelle et ma rustre volonté, comme si elles furent incompatibles. Dans ce nid de serpents où il était facile de m’avilir, je dérangeais. Incapable de m’envelopper de cette capiteuse perfidie comme ils le faisaient tous, sous le couvert de fausses politesses. Ce lieu était altéré par les façades rompant avec l’humanité. À quoi bon se féliciter des plus grands accomplissements, si on s’y perdait en cours de route. Oui, je l’avais perdue, sous les regards subjugués et en dépit des mauvais présages, mais je trouvais la force désespéré de lui tendre la main, alors qu’elle avait sciemment prise celle d’un autre. Je ne suffisais pas, dans une vie de pouvoir gourmand, mais cela ne devait pas être une fatalité. Non...il ne le fallait pas.

Le bruissement inélégant de riches tissus venu s’user sur la pierre n’avait rien d’ordinaire. Dans un couloir sombre que j’eus cru abandonné à l’avantage du déploiement festif, la dérive attira un regard spontané. Mes iris brillants à la lueur des flammes rencontraient l’effroi. Je fronçais le regard devant cette aliénation croupissant dans un coin. Était-elle complètement ivre? Cette sorcière dont les riches apparats ne suffisaient plus à couvrir d’illusions, me crachait au visage. Je n’avais pas arrêté mon pas, esquivant la honte qui râlait son arrogance. Je ne fus pas même étonné d’entendre ces mots se percuter contre les murs. Elle n’était pas la première à jouer de quelques impudences. Ce soir ces mots étaient néanmoins plus foudroyants, exprimant avec virulence ce qui me faisait tant défaut. J’étais un roturier se gavant aux meilleurs tablées et se couvrant de tissages sobres, mais hors de prix. Tout l’or du monde ne pouvait masquer mes failles. Je pouvais en dire tout autant de ce visage paniqué et en sueur que je dévisageais avec aigreur. « Ce monde est fou... » Soufflais-je pour moi-même, alors que j’en distinguais les traits de la noblesse qui se confondait maintenant en excuses. Cette femme je l’avais vu se faufiler aux meilleurs rangs de ce couronnement éhonté. À proximité du ouestrien qui rôdait constamment en périphérie de ce prétendu roi. Cet homme se glorifiant d’une victoire qui pourtant n’avait pas reposer sur ses seules épaules. Pas un n’avait contredit cet égo, se cambrant en de nombreuses révérences. Entre autre, devant cette diablesse qui n’impressionnait plus. Les compliments et les sourires...elle ne les attirait plus. Tremblante, furieuse et tournant de l’œil. J’avais souhaité qu’une foule vienne dévisager ce minois dérangé. Qu’ils soient horrifié et qu’ils critiquent ce qu’eux tous représentaient. J’étais capable de méchanceté...L’étais-je vraiment? Alors que le sol se dérobait sous ses pieds, je vins lui épargner une chute disgracieuse. Retenant ce corps lâche un instant, la forçant à se poser sur le sol avec délicatesse. « M’lady! M’lady! » D’un calme effarant, plus ennuyé qu’inquiet, je vins tenir ce visage blême qui se fermait à la conscience. Je cherchais à la garder éveillée, sollicitant une attention qui tardait à se manifester. Je soupirais. Le destin cherchait à faire de moi un brave en se jouant de l’anti-héro. Il ponctuait ma route de misère, me couvrant de larmes, de sueurs et de malheurs. Sauver l’intrépide jeunesse et la noblesse échevelée. Je n’avais rien à envier à tout ces Ser qui avaient jurés d’en faire autant et qui ne s’étaient manifestés que pour s’emparer de vinasse. J’avais les emmerdes, sans attendre la moindre rétribution - la définition exacte d’être au mauvais endroit au mauvais moment. « Souhaitez-vous que j’aille quérir votre seigneur Lion? » Dis-je, non sans mesquinerie à l’endroit de cette remarque qui me fut tantôt offerte. Il fallait néanmoins envisager une solution et celle-ci n’était certainement pas la meilleure – sauf si je voulais saisir l’occasion qu’on puisse me faire de nouveaux reproches. Déranger un suzerain que craignait de froisser la plupart des hôtes, tout en laissant derrière moi la détresse - c’était de s’offrir des ennuis bien plus grands. D’un battement de cils s’accrochant à la réalité, elle m’offrirait peut-être d’elle-même la réponse à ce casse-tête.

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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Ven 15 Déc 2017 - 19:15


Faust et Wendy

Not all those who wander are lost.


Elle tombait. Son corps n'avait plus ni poids ni consistance, et elle tombait comme une plume prête à s'écraser au sol, tanguant, rebondissant sur la paroi de pierre derrière elle comme au gré d'un vent impalpable, suivant une drôle de course sur laquelle l'Impitoyable Vierge n'avait aucun contrôle. Sa perte de maîtrise participait à la naissance de cet étrange sentiment qui enveloppait tout son corps, tout son être, un sentiment qu'elle ne connaissait pas et qu'elle se refusait à connaître... elle n'avait pas fait tout ce chemin pour terminer ainsi, seule, échevelée, brisée... faible. Mais quand bien même Wendy luttait contre elle-même, elle n'avait aucune chance de gagner ce combat tant les événements des derniers jours et sa mascarade des dernières années réclamaient leur dû en brisant les derniers remparts de sa volonté. Oui, Wendy se rendait compte pour la première fois qu'il était impossible de réellement tout maîtriser, quoi qu'elle en pense, et son orgueil se craquelait sous cette vérité implacable. Sourde, elle n'entendit pas les mots de l'homme qui l'avait surprise, et au bord de l'inconscience, elle ne sentit pas non plus ses mains d'une puissance insoupçonnée venir la retenir pour lui épargner une chute fracassante. Perdue dans les abysses de ses pensées intérieures, la conflanaise peinait à refaire surface, se laissant avaler par les profondeurs ténébreuses qui habitaient aujourd'hui son âme autrefois si pure. Qu'était-elle devenue ? Que faisait-elle donc là? Sa place n'était pas au Donjon Rouge, elle n'appartenait pas réellement à ces jeux de cours, à ces intrigues, à ce monde pernicieux et corrompu capable de broyer les meilleures âmes. Preuve en était de Rohanna Baratheon et de son funeste sort. Elle n'appartenait pas non plus au monde des grands du royaume, tel n'avait jamais été son destin et que n'aurait-elle donné à cet instant pour retrouver sa douceur d'antan, sa vie bienveillante et facile, celle d'une petite lady campagnarde qui n'avait de préoccupation que celle du choix de sa toilette ou d'un livre à lire... Ô sainte mère, protège-moi de moi-même...

Elle sombre, la belle, elle sombre dans les méandres obscurs de son âme tourmentée... Peut-être ne devrait-elle jamais revenir, après tout, ne serait-il pas plus doux et plus apaisant de ne plus rien ressentir et de simplement se laisser aller ? Lasse, elle en a assez de lutter. Dans son léger délire, elle croit voir sa mère et son père lui tendre les bras. Mais des mains sur son visage la titillent, quelques tapes gentilles sur sa joue la picotent et l'obligent à remonter vers la faible clarté de quelques torches allumées. Wendy Piper cligne des yeux rapidement, reprenant ses esprits, pour s'ouvrir sur le visage de cet inconnu. Quelques instants, le temps s'arrête. Elle plonge ses yeux sombres dans ceux de l'homme. Il arborait un air contrarié mais on ne pouvait lui retirer le mérite de ne pas l'avoir abandonnée à son triste sort, elle qui s'était de surcroît montrée si désagréable à son égard. L'espace d'une seconde, elle crut deviner en lui les mêmes sentiments dévastateurs dévorant son cœur. Qui que c'était, sa vie à lui n'était pas non plus facile et elle avait été façonnée par un milliers de petites déceptions, de désillusions ou de frustrations désenchantées... Mais le moment de reconnaissance mourut aussi vite qu'il était né lorsqu'il prononça l'impensable. « Souhaitez-vous que j’aille quérir votre seigneur Lion? » Sans le savoir, il venait de mettre le feu aux poudres.

Telle une vipère outragée, Wendy se redresse, prête à bondir sur le pauvre hère osant la défier, et une flamme dangereuse s'empare de son regard tout à l'heure si perdu. Ses yeux s'agrandissent comme choqués par l'insulte contenue dans ces quelques mots et ses sourcils se froncent par l'affront qui lui est fait. « Il n'est pas mon seigneur, il ne le sera jamais, les Sept m'en sont témoins !... La vierge se fait tigresse et feule tout bas sa haine, ses yeux devenant phosphorescents de cruauté... Et du lion, il n'en a que la parure... C'est de la hyène qu'il a l'essence, ne vous y trompez pas. » Incandescent, son regard transperce son interlocuteur, hanté par un cauchemar éternel dont elle ne parvient pas à se débarrasser. Garett Lannister. Plutôt mourir que de plier sous son joug et chaque bouffée d'air qu'elle inspirait était vouée à vivre assez longtemps pour le faire tomber, lui et sa satanée famille. C'est un brasier que l'étranger venait d'allumer, un feu grondant d'autant plus fort que son esprit fatigué et affaibli fournissait à la fournaise un bois particulièrement inflammable. Wendy s'oubliait, se laissant dévorer par ses sentiments trop puissants pour elle, qu'elle avait contenu depuis si longtemps en public pour jouer un jeu dangereux mais habile. Sa prudence habituelle et si parfaitement maîtrisée avait fui dans les tréfonds de son cœur pour permettre enfin à sa haine d'exploser en plein jour. Il était la cause de tous ses malheurs, de la déchéance de sa famille à cet instant précis où la pauvre jouvencelle s'était faite témoin de l'atrocité des jeux de cours, s'incarnant dans les maux de l'épouse de la Main du Roi. Elle se détruisait elle-même, se consumant à petit feu jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des cendres rougeoyantes et tout ça pour quoi ? Pour rendre la monnaie de sa pièce à ce diable manipulateur et sanguinaire. Ô que sa vie aurait été différente sans lui, et cette simple idée faisait bouillir son sang dans ses veines fines.

Mais alors que Wendy dévisage méchamment l'homme qui lui fait face, pour bien lui montrer son dégoût d'être si facilement assimilée à ce Lannister, la réalisation glisse en elle et un frisson remonte son échine, lui faisant un instant fermer les yeux. Tiens donc ta langue Wendy... Elle ne savait pas même qui était cet inconnu qui lui avait, malgré lui, porté secours, et c'était stupidité que d'ainsi se dévoiler. Elle devait reprendre le contrôle sur elle-même ou les conséquences seraient sans nom. Il était trop tôt pour se laisser démasquer. Lentement, elle inspire, détendant ses muscles et c'est une nouvelle personnalité, calme et composée, qu'elle offre à son sauveur lorsqu'elle rouvre ses paupières. « Pardonnez ma colère subite, mon beau-frère et moi avons quelques différends en ce moment et je crains que mes nerfs ne me jouent des tours en cette soirée par trop mouvementée... » Un pâle sourire étire ses lèvres, et elle baisse son regard timidement et coupablement... Mais qu'il est difficile pour elle, à cet instant, de revêtir ses masques et parures. « Avez-vous déjà été éreinté par le devoir qui vous incombait de jouer constamment un rôle ?... Son regard se perd et se durcit, mais aussi vite les mots prononcés, elle les regrette. Que lui prenait-il d'ainsi se livrer à un parfait inconnu ?... Excusez-moi, je m'égare. » Un bref sourire. Elle craint que la flamme dans ses yeux ne la trahisse, quand bien même s'acharne t-elle à détourner l'attention sur son sourire et son maintien empreints d'humilité. Alors vite, elle cherche encore à esquiver. Péniblement, la damoiselle essaie de se remettre sur ses pieds, dans un froufrou d'étoffes. « Je crains que l'horreur de l'événement subi par Dame Baratheon ne m'ait ébranlée plus que de raison, et je vous sais gré, monsieur, de l'aide que vous avez voulu m'apporter et je me confonds en excuse pour vous avoir si mal parlé... Enfin redressée, elle défroisse vainement sa robe du plat de la main, avant de planter un regard assuré dans celui de l'inconnu... Qui dois-je remercier ? Et à quelle maisonnée appartenez-vous, que j'aille transmettre un mot courtois à votre maître, toute bonne action mérite récompense. »

AVENGEDINCHAINS

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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Mar 26 Déc 2017 - 13:57


Not all those who wander are lost
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Mon genou rencontrait la pierre, m’inclinant au dessus de ce corps molasse que j’avais porté avec une surprenante bienveillance. J’avais imploré froidement l’inamicale, attentif à la moindre réaction qui me libèrerait de ce fardeau. La lividité d’un visage désormais placide, s’abandonnait à l’obscurité. Elle avait renoncée, cédant dans mes bras pour s’envelopper de silence. Je me tus. Je laissais mourir les efforts infructueux, inspirant d’agacement. Je tournais la tête à droite, puis à gauche, espérant y apercevoir quelqu’un fendre les ombres, mais j’étais seul pour supporter cette femme caustique et lui porter une assistance à laquelle je voulu me dérober. Mes mains froides se plaquaient sur le visage brûlant et moite, jouant de gifles fragiles poissant mes paumes de sa transpiration, jusqu’à ce que la harpie ne s’éveille, mortifiée. Démente. Furieuse. De ma provocation facile vint naitre la frénésie. De nouveau elle s’agitait. Cette flèche décoché pour en diminuer le rang de l’échevelée, s’était logé au creux de sensibilités beaucoup plus vives. Mes innocentes railleries avaient inspirées des affirmations franches dont le reflet me renvoyait à ma propre rage. Cette colère voilant le regard de la noblesse, je l’avais vu naitre dans les prunelles paniquées de la jeune sirène, souffrante d’abandon. Une colère qui était également mienne. Non pas envers la vanité du lion, mais envers le dragon illégitime. Ce sourire vil qui avait voulu poindre à la commissure de mes lèvres mua en un trait médiocre et maussade. Me dégageant d’une proximité qui m’effleurait de son emportement, je me trainais d’un mouvement de recul. « D’accord... » Dis-je d’une voix faible, capitulant à l’envie de brusquer l’égarée qui soulevait l’expression de ma propre rancœur. Excédé par l’imprévisible, je repris ma hauteur. Qu’elle lève les yeux sur plus insignifiant et qu’elle blesse cet orgueil ayant fait d’elle l’incarnation de la condescendance. Les rôles apparaissaient vouloir s’inverser. Toisant rapidement la ruine jonchant le sol, je ne parvenais pourtant pas à me réjouir de ce malheur souillant les apparences parfaites d’une cour malade. Jamais cette image, m’offrant une impression de vengeance, ne pourrait apaiser cette peine qui me tailladait les entrailles. J’étais mourant d’agressivité, à défaut de ne pouvoir verser de larmes comme le faisait les âmes en perditions qui se livraient sur ma route, comme des bêtes souhaitant qu’on les achève. Stoïque et si éreinté qu’on aurait pu confondre anéantissement et indulgence. J’étais tremblant et vulnérable. J’attendais, comme si j’y étais astreint, lié par les principes ou les habitudes. On disait de l’homme noble qu’il était galant et du serviteur qu’il était redevable. Que pouvait-on dire de moi? Scrutant les ombres, je ne faisais qu’écouter l’articulation de nouvelles excuses. Elle évoquait des querelles de famille, des nerfs à vif... N’avait-elle pas remarquée mon regard éteint, mon manque de sollicitude? Les raisons débitées pour s’offrir le pardon, pour les écarts de son inconduite m’importait si peu. Elle n’observerait aucune mimique choquée s’emparer de mes traits. Garett Lannister pouvait être lion, hyène ou poulain aux yeux de cette rageuse repentante – elle ne tirerait de moi qu’un haussement d’épaules. Puis cette question...Mon dos se redresse, conquis de fierté de ne pas être sujet à ces mascarades, mais ce fut de courte durée. Je ne pu m’empêcher de me demander si il n’était pas finalement de la volonté de celle qui déchainait les passions, de me faire succomber à cet art de faux semblant. Peut-être était-il déjà trop tard. Trop tard. Oui. Mes dents se serrent, mon cœur se tord, mon visage se détourne. Je fuis l’indiscrétion. Je revois cette main sur la sienne, les regards qu’ils s’échangent. Je me sens mourir.

Sollicitant de nouveau mon indulgence, je n’y réponds que d’un hochement de tête, tolérant, hagard. Ce calme apparent n’était que l’emprise lourde de la fatalité et bientôt il cédait. Maitre. Je fulminais. J’étais confus. J’offris la haine, faisant face à celle qui se relevait avec difficulté. Son teint cadavérique s’était empourpré, sans doute à la suite de ce ton criard venu se heurter à mes tympans – lui redonnant quelques couleurs. Je ne su quoi répondre. Je fus tenté de répliquer que j’appartenais au symbole fort du dragon tricéphale, comme si cette faveur me valait un meilleur sort, mais il n’en était rien. Ce blason n’était pas le mien. Il ne le serait sans doute jamais. Ce réflexe n’était que le spasme virulent de cette envie d’être auprès d’elle. Cela même ne m’était pas permis. On ne m’accorda pas de place auprès de la reine, celle que j’avais menée jusqu’ici dans l’espoir de la voir couronnée. Alors qu’elle, cette ombre se courbant derrière les Lannister, avait eu ce privilège. Je me renfrognais. Je ne méritais pas ce ton supérieur, ni ces gratifications toutes bêtes que l’on réservait aux chiens obéissants. Comme je les détestais, eux et leur élite. «Ainsi, ce que l’on raconte est vrai. L’Ouest est à ce point gavé d’or qu’il en oubli son discernement. Regardez-vous. Votre fortune, votre nom, votre rang. Rien de tout ca ne peut masquer votre misère. Mais demain, vous vous jetterez un peu d’eau au visage, livrant votre corps maculé aux soins de mains dévouées. Elles vous draperont de beaux atours et glisseront dans votre cou, quelques goutes d’huile au parfum de rose ou de lys, pour en couvrir l’odeur vicié de vos suées. Et alors qu’on vous servira à boire vous vous offrirez le droit d’oublier cette nuit. Inutile de me regarder de cette façon. J’aurais pu en dire autant de tout ceux ayant défilé pour acclamer un mariage entre même sang. Ce jeu des apparences vous anime tous. Ce jeu, je n’y prends pas part...» Mon timbre n’était pas agressif, simplement éprouvé. Je rejetais ce portrait cynique, à défaut de pouvoir l’accepter, incapable de taire les supplices de la cour que je ne cherchais pas à m’approprier. J’avais alors brusqué la jeune femme qui s’offrait à des intentions meilleures, mais qui personnifiait de ce malaise. Comme il m’aurait plu qu’elle se choque. Qu’elle piaille outrée de mes propos et qu’elle étouffe dans ce scandale, mes propres violences. Justifier un peu plus mes sentiments irascibles. Faire mal. Partager cette agonie que les mots seuls ne pouvaient véhiculer, faire entendre raison à une vie de paraitre et de mensonges. Je voulais que les choses puissent changer, trop conscient qu’il me faudrait me conformer pour plaire à cet engagement venu se perdre dans la cohue. «Vous ne transmettrez aucun mot courtois, ni ne ferez mention de quoique ce soit, car sachez ma dame que le lion est votre maitre au même titre que le roi est le mien. Personne ne sera présent pour accueillir votre témoignage...»Dis-je posément, revendiquant une indépendance qui s’altérait sous le regard d’une femme. Je n’appartenais à rien ni à personne, mais tout hurlait du contraire. «Ma seule récompense sera de vous savoir intacte.» Mon manque d’enthousiasme gâchait la déclaration qui se prêtait à celle d’un parfait gentilhomme. J’avais employé les mots qu’elle souhaitait entendre – tout pour convaincre de taire cet évènement fâcheux. L’idée que cette journée me soit rappelée sous des prétextes aussi insignifiants, ne me plaisait pas et j’étais convaincu qu’elle n’insisterait pas, pour les mêmes raisons. Un souffle pénible forçait mon regard à se soumettre l’espace de quelques secondes. Je soupire et relève mes saphirs, résigné. «Je m'prénomme Faust... Ma voix était plus agréable, moins tranchante. ...Protecteur du sang du dragon, Épée-lige de sa majesté la reine Rhaenys Targaryen.» J’avais hésité, comme si j’avais dû mal à saisir la porté de ce rang facilement négligé. Il n’était que la justification d’une présence contesté, car il me semblait avoir beaucoup plus à offrir. Mais avais-je seulement la force de me prouver au monde, moi qui ne voulait impressionner qu’elle. Celle qui s’était détournée vers un autre. «Souhaitez-vous être raccompagnée à vos appartements? À moins que vous ne vouliez retrouver la compagnie votre...soeur?» Ma voix s’enroue, je détourne l’attention rapidement, car je regrette cette déclaration m’ayant fait prononcer le nom de celle qui me faisait souffrance. Ainsi je me retrouvais à spéculer sur ce lien unissant la demoiselle et les suzerains au blason brodé de rouge et d’or, comme si soudainement j’affirmais y trouver un quelconque intérêt. Peut-être étais-ce le cas. Peut-être voulais-je seulement effacer le visage de l’aimée de mon esprit. Me distraire de banalités dont ils aimaient tous s’abreuver à défaut de se noyer autrement – de vin ou de sang. Ma main se portait vers elle dans une invitation aimable se prêtant au jeu du devoir, car je craignais soudainement de me retrouver seul – préférant la haine et le mépris d’une inconnue à l’aliénation d’un rejet me forçant à communier avec le tragique.


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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Lun 22 Jan 2018 - 16:16


Faust et Wendy

Not all those who wander are lost.


Alors que sa conscience se tranquillisait lentement, présentant des excuses et des mots gentils à celui qui lui avait prêté une main secoureuse, sans même réellement prêter attention à ce qu'elle disait, Wendy fut un brin ébranlée par la vision qui lui était offerte. Relevant un regard où l'égarement pointait encore mais où l'assurance arrogante gagnait du terrain, elle fut surprise de voir l'homme se crisper de façon inattendue. Il ressemblait à ces statues de marbre ornant les jardins des grandes maisons, figées dans une attitude vindicative, presque guerrière et surtout inquiétante... En lui paraissaient bouillir des sentiments aussi violents qu'avaient été les siens quelques minutes auparavant, et sa volonté de ne pas céder à la haine semblait le déchirer en deux, tiraillement destructeur qu'elle ne connaissait que trop bien. Oh oui, devant elle se jouait une pièce qu'elle connaissait par cœur mais qu'elle savait, assurément, mieux interpréter, et en lui, elle pouvait entrapercevoir le miroitant reflet de sa propre personnalité. Une fois encore, la reconnaissance mutuelle d'une âme tourmentée lui titilla les entrailles... De ce combat intérieur résultait cette incarnation de la colère froide et intériorisée dont elle était témoin, une flamme dangereuse dansant dans les prunelles sombres de l'étranger. Qu'avait-elle dit pour provoquer ce revirement imprévisible ? Etait-il finalement plus touché par ses reproches injustifiés qu'il ne l'avait laissé paraître ? La rancune s'était-elle invitée entre eux, alors que tout ceci n'était qu'un simple incident ? Désarçonnée, la Vierge du Conflans observait avec une minutie empreinte d'une perplexité croissante le moindre frémissement sur le visage de l'inconnu, la moindre variation dans son regard fermé, retrouvant ses réflexes aiguisés réveillés par la scène insolite se déroulant sous ses yeux et attendant un coup qu'elle savait imminent. Qu'il était étrange, cet homme, finalement, bien loin de ce qu'il paraissait être de prime abord... Le couperet de la hargne qui l'animait tomba finalement, prenant la forme d'un monologue calme mais déterminé à se faire comprendre et accepter pour ce qu'il était : la Vérité, simple, nue, non viciée par les intérêts personnels ou les enjeux politiques.

D'un ton las mais sans appel, il clouait au pilori tout ce qui incarnait la noblesse et ses faux semblants, ses jeux de courbettes inventés uniquement pour plaire à celui qui avait le pouvoir à ce moment-là, peu important les principes moraux ou l'application de la justice. Tout n'était qu'intérêt, et l'on n'hésitait jamais à piétiner ce en quoi l'on croyait pour rester dans les bonnes grâces et en retirer quelques avantages, et le pire était que personne ne semblait jamais en éprouver le moindre remord. Une conscience tranquille après les pires atrocités morales... L'hypocrisie mondaine, nauséabonde, faite pour survivre, l'hypocrisie qu'un homme comme lui ne pouvait sans doute pas comprendre. Hypocrisie quoi qu'il arrive et méprisable en tout temps et en tout lieu. Le regard de Wendy se durcit lentement, s'assombrissant d'un voile que l'homme interpréta de la mauvaise façon. Car si la belle se raidissait à son tour, relevant sans le vouloir son menton, ce n'était guère pour s'offusquer de ses propos que pour sentir les lanières de ses propres flagellations quotidiennes lui entailler la peau. Les condamnations qu'il assénait implacablement étaient les mêmes qu'elle s'infligeait à elle-même, le soir, dans l'intimité de ses prières, fouettant son âme comme l'on martyrisait les corps dans les cellules obscures. Combien de fois s'était-elle méprisée elle-même pour être entrée sans mal aucun dans cette ritournelle infernale et abjecte ? S'y trouvant même étonnamment à son aise alors qu'elle foulait constamment du pied ses idéaux pieux, ses règles divines qui avaient fait d'elle, il fut un temps, un être certes trop sérieux, mais droit et juste, sans tache, sans reproche... Elle était devenue aujourd'hui tout ce qu'elle avait réprouvé auparavant. Combien de fois avait-elle senti le regard désillusionné de sa défunte mère lui brûler la nuque ? Chaque mot de cet homme faisait écho à ses propres fustigations intérieures et Wendy se trouvait incapable de détourner ses yeux pétrifiés par une douleur sans nom qu'elle seule pouvait ressentir.

Remise à une place qu'elle savait la sienne, la conflanaise ne pipa mot, laissant le temps apaiser les réactions premières, souvent trop violentes pour être exactes. Elle devait digérer ce laïus et avancer avec prudence, pour ne pas trop en dire, ou pour d'abord savoir où elle mettait les pieds avec un homme de sa stature. Il s'exprimait bien, peut-être trop bien pour être le laquais qu'elle avait d'abord cru qu'il était. Et elle fit bien de contenir ses mots car, la voyant muette, il reprit la parole, lui permettant d'en apprendre davantage sur lui : «Vous ne transmettrez aucun mot courtois, ni ne ferez mention de quoique ce soit, car sachez ma dame que le lion est votre maître au même titre que le roi est le mien. Personne ne sera présent pour accueillir votre témoignage... Ma seule récompense sera de vous savoir intacte.» Elle eut un rictus et comprima un pouffement. Tu parles d'une récompense, j'ai l'impression que cela t'arrache la langue plus qu'autre chose..., songea t-elle avec malice. Longuement, la Piper le dévisagea... Il n'avait donc pas d'attache ? Alors que faisait-il là ? Qui pouvait-il bien être ? Imperceptiblement, elle plissa les yeux, comme pour mieux voir les tréfonds de l'âme de cet homme étrange. Il condamnait les jeux de cours, il condamnait le mariage contre-nature tout comme elle, et pourtant il revendiquait une indépendance de chevalier errant ou de grand seigneur, et non de petites gens qui pouvaient se permettre ce type de discours au grand jour... Oui, elle était intriguée... Suspicieuse, la jouvencelle s'employa à garder un ton neutre et aimable. « Alors qui dois-je remercier pour m'avoir apporter une aide précieuse ?... Qui êtes-vous ? » Ses yeux sombres rivés sur lui, Wendy le dévisageait, impatiente d'entendre la réponse.

«Je m'prénomme Faust... Dans ses iris tout à l'heure si guerrières se lisait à présent la résignation. Il s'était délesté de sa colère, prêt à jouer finalement le jeu que lui imposait de se trouver entre ces murs royaux. L'on ne peut lutter sans cesse contre des codes ancestraux, nager à contre-courant éreinte plus qu'il n'apporte de satisfaction, n'est-il pas, Faust ?... Le regard de la belle se teinta d'un air complaisant, invisible pour un œil non averti. La voix du dénommé Faust avait pris des tonalités plus douces, et monocordes. Protecteur du sang du dragon, Épée-lige de sa majesté la reine Rhaenys Targaryen.» Elle dut rassembler toute sa volonté et mettre en œuvre tout son art de la dissimulation pour masquer la surprise qui s'était soudain emparée d'elle. Épée-lige de la reine... Ces simples mots résonnaient en millier d'échos dans son esprit subitement très intéressé... Comme un ouragan, cette information dévastait tout sur son passage dans son cerveau en ébullition. C'était vraiment très intéressant... Maintenant qu'il lui avait révélé ce fait, Wendy Piper se souvenait de cette ombre insignifiante qui avait pourtant eu son instant de gloire lorsqu'elle s'était faite sans ménagement déloger des premiers rangs lors de la cérémonie du couronnement. Il était donc là, le moralisateur, bel et bien là, dans la foule, comme les autres, pendant ce mariage incestueux qu'il réprouvait ardemment un peu plus tôt... Il avait, lui aussi, pris part à la mascarade... Qu'il était beau, son sermon, à la lueur de cette indication ! «Souhaitez-vous être raccompagnée à vos appartements? À moins que vous ne vouliez retrouver la compagnie votre...soeur?»

Elle observe la main tendue courtoisement, à peine quelques secondes, le temps de déterminer la conduite à adopter pour la suite des événements. Il y avait peut-être quelque chose à tirer d'un rapprochement avec cette épée-lige... D'un autre côté, ses paroles l'avaient frappée en plein cœur... Sa compagnie méritait peut-être le détour, au-delà de tout autre stratagème... Oui... Profite d'abord de sa compagnie, et la fin de cette entrevue me donnera la réponse que j'attends... Je déciderai à ce moment de l'intérêt d'une alliance... En un éclair, elle se fait docile et fragile, acceptant la main tendue pour glisser son bras dans celui de Faust, le regard bas et modeste et un sourire frêle flottant sur ses lèvres. Que le jeu commence ! Qu'il était presque dégradant de voir à quelle vitesse elle avait pu laisser glisser sur elle son traumatisme pour s'adonner au jeu des apparences... Et pourtant... Une petite voix dans sa tête lui disait surtout que cet être partageait sa solitude, son désarroi et sa rage de vivre pour ce qu'il croyait être juste... Elle n'était pas vraiment sûre, finalement, de ce qui la poussait à accepter la compagnie de Faust, et le contact rassurant de ce bras contre le sien l'apaisait d'une façon déconcertante... Lentement, Wendy emboîte le pas, vers une destination incertaine. « Il s'agit bien en effet de ma chère et tendre sœur... elle parlait faiblement, un sourire triste dans la voix... vous avez bien deviné ce qui me lie au seigneur Lannister... Bien contre mon gré, hélas... elle décoche un regard perçant à son compagnon d'un soir, sachant d'avance qu'elle avait vu juste... mais je gage que vous comprenez parfaitement la douleur de voir un être aimé et respecté se lier à jamais à celui qu'il ne fallait pas, et que même la nature et le bon sens rejettent à corps et à cri, sans que personne ne hausse cependant le ton... »

Les paroles de l'épée-lige contre le mariage incestueux avaient pris un sens nouveau à ses oreilles lorsqu'il lui avait révélé son identité. Wendy ne pouvait savoir quelle était exactement la nature de cet attachement, mais qu'il y avait un lien au moins de profond respect et d'amitié hautement honorable était certain vu le rang de Faust. Il avait juré allégeance à Rhaenys, fait le serment de donner sa vie pour elle, quoi qu'il arrive. Voilà qui n'étaient pas des mots à prendre à la légère. « Je préfère que vous m'escortiez jusqu'à mes appartements, Faust, après l'épreuve que je viens de subir au chevet de Dame Baratheon, je n'ai guère l'esprit aux frivolités de cour... cela me paraît même fortement déplacé d'aller m'amuser quand je sais qu'une femme agonise de corps et d'esprit dans sa tour d'ivoire... » Son souffle se brisa et sa voix se fit murmure amer. Des mots sincères, des mots douloureux, lui rappelant le prône de Faust. « Vous m'avez crue contrariée et touchée dans mon orgueil, tout à l'heure, le moment est venu de vous détromper... brusquement, la native de Château-Rosières s'arrête pour tourner la tête et vissé son regard dans celui de son escorte... flamboyants, ses yeux criaient leur ardente détermination... je partage pleinement votre avis et votre jugement implacable contre la noblesse, contre nos jeux malsains et inhumains, contre notre hypocrisie manifeste qui ne trompe personne mais arrange tout le monde. Et je suis triste, profondément triste, de vous avouer faire partie de ces gens, aujourd'hui... Lentement, ses yeux se baissent, échappant au regard qu'elle imaginait impitoyable de l'homme qui l'accompagne... Mais je n'étais pas destinée à cette mascarade. La vie nous joue des tours, Faust, et il est parfois impossible d'échapper à l'ironie du sort qui nous est réservé... »

Le silence s'impose et plane. A s'entendre ainsi parler, Wendy se demande si elle joue réellement, ou si, enfin, elle laisse libre court à ses tourments intérieurs et à la vérité qu'elle est contrainte d'accepter. Elle avait renoncé à tous ses principes à cause d'un seul et unique événement. Mais cet événement avait entraîné une cascade de conséquences, la première étant de voir la mort de la véritable Wendy Piper, la douce, aimable, pieuse et profondément droite et gentille Wendy Piper, qui jamais n'avait souhaité ne serait-ce que la mort du plus misérable insecte rampant sur cette terre. Elle avait été corrompue. Souillée par la haine, salie par un entourage fait de mensonges, de grands airs injustifiés et de mépris exacerbé pour autrui. « Cependant... la Vierge relève ses yeux brillants vers son interlocuteur, un sourire malicieux sur les lèvres... vous savez aussi bien que moi qu'il est difficile d'échapper à cette comédie, quand bien même l'on ne rêve que de s'y opposer... Je vous ai vu, Faust, au couronnement, et au mariage. Vous étiez mêlé à la foule haïssable, vous aussi, et je ne me rappelle pas vous avoir entendu vous élever contre cette union, contre cette infamie, contre cette alliance incestueuse... Que vous le vouliez ou non, vous avez vous aussi participer à cet acte contre-nature, vous avez cédé aux jeux des apparences. » La conflanaise prolongea son regard pétillant, avant de baisser de nouveau ses prunelles et de se pincer les lèvres. « Ne vous méprenez pas, Faust, je ne vous blâme pas. Je suis, encore une fois, en parfait accord avec vous, je désirais simplement vous montrer que, parfois, nous sommes obligés de céder, obligés de taire nos remontrances et nos idéaux. En général pour ne pas attirer inutilement l'attention, et souvent, pour simplement survivre dans ce nid de serpents. »

Elle se tait, plongeant dans son for intérieur. Elle ne jouait pas cette comédie pour le simple plaisir, mais parce qu'il en allait de sa vie, de son avenir, et de celui de sa maison toute entière. Elle s'était jurée de protéger ses frères et sœurs et de leur rendre ce qui leur revenait de droit. De nouveau, elle tire sur le bras de Faust pour relancer leur marche lente. « D'où venez-vous, Faust, vous n'avez guère l'allure d'un guerrier valyrien ni d'un sudiste... Comment êtes-vous arrivé à Port-Réal ? » Wendy reporte un regard franc et sincère sur son accompagnateur, se rendant soudain compte de quelque chose. « Je ne me suis pas excusée de vous avoir pris pour un quelconque domestique, mais sachez que je reconnais platement mon erreur arrogante. Je suis impardonnable et vous avez bien fait de tenir les propos que vous avez tenus. D'ailleurs, je ne me suis pas présentée... Je suis Wendy Piper, Dame d'Atour d'Alerie Lannister, ma sœur... et surtout simple conflanaise qui n'aspire qu'à retrouver sa tranquillité perdue... » Apaisement qu'elle ne trouverait que dans le sang et la souffrance.

AVENGEDINCHAINS

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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Dim 28 Jan 2018 - 15:41


Not all those who wander are lost
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Ne représentait-elle pas tout ce que je détestais? Un vautour de l’opulence, une pimbêche se hissant au-dessus des petites gens. Foudroyant les-uns et séduisant les-autres. Voilà qui était le propre de ces femmes capricieuses que même les tourments de la vie ne pouvaient pas rendre sympathique. J’avais ainsi anticipé les soubresauts de la furie, mais elle ne m’offrit que le Silence . La prédatrice se faisait soudainement victime. Comme si il fallait élever la voix pour qu’elle n’engage aucune réplique cinglante. Adosser contre les ombres, les traits balayés par les flammes; qu’il était beau ce visage gracieux, levant le nez au ciel pour parer les reproches qui se fracassaient sans ménagement sur son profil de porcelaine. Tendue, se dressant fièrement en arborant une moue vexée, ce corps réagissait d’instinct à la menace d’une tirade émoussée par le renoncement. Après tout cela, derrière les mèches folles et les vêtements souillés par la haine, elle réchappait sa dignité. Aucun cri ne vint racler une gorge secouée par les sanglots, aucune menace, aucun sursaut outré. Le spectacle de l’égo se jouait dans une valse trop sage, sans doute convaincue de se montrer plus amicale si ses lèvres restaient scellées. Elle m’avait privé de sa hargne. Elle s’était muselée. Elle ne cherchait plus la confrontation abrupte, ne cédant pas aux pulsions furieuses qui assombrissait ses iris. Elle hésite , regardant mes doigts venus tout près de se replier contre ma paume, présumant un refus. Mais sa main se glisse contre la mienne dans un contact fin et délicat, avant de s’emparer de mon bras, acceptant de prolonger le supplice. Cette invitation en était une bien peu ordinaire. Sous le couvert de l’affabilité, elle s’abreuvait au désir irrationnel de l’affrontement. C’était osé, inconvenant. Je m’offrais, en martyr. Je me laissais le droit d’être la proie consentante qui transigerait avec une singulière inconnue. Je me cramponnais à cette fougue, cette fureur détestable qui fut prête à sortir les crocs et à recevoir la gifle. Ce minois ravagé qui succombait maintenant aux charmes d’un sourire aimable, cachait peut-être trop tardivement son mépris...et cela me convenait. Je baissais les yeux. Une fraction de seconde; c’était déjà trop long. Je m’étais laissé surprendre par l’étreinte aimable entre deux âmes dévastés, soulagé de ne plus errer seul. Le pas trainant, nous laissions derrière nous le prélude d’une rencontre grotesque, mais salvatrice. Cette compagnie en était une désespérée. Il ne m’importait pas de savoir si elle allait être agréable ou si elle serait douloureuse. Arrivé à destination, il ne nous resterait plus qu’à nous séparer, refermant la parenthèse à une histoire qui ne saurait être raconté.

La jeune femme vint prendre le temps de valider mes hypothèses, soufflant sans trop d’hésitation les regrets de cette fatalité. Une opinion timide qui attestait de la mauvaise entente entre un suzerain et sa belle-sœur. Cette rage qui avait initié la mention du seigneur lion n’avait semblait-il jamais quitté le cœur de cette imprévisible. Ces soi-disant désaccords relevaient plus d’une agonie, un regret viscéral de voir sa famille, sa sœur, ce lier avec un homme que beaucoup s’amusaient à envier. Pourquoi? Je n’avais pas même entamé la réflexion qu’elle revint à la charge : « (...) mais je gage que vous comprenez parfaitement la douleur de voir un être aimé et respecté se lier à jamais à celui qu'il ne fallait pas, et que même la nature et le bon sens rejettent à corps et à cri, sans que personne ne hausse cependant le ton... » J’inspirais comme si l’air venait à me manquer, retenant ce souffle profond plus que nécessaire. Mon regard échappa au sien, s’attardant aux détails des arches de pierre sur lesquels mes yeux roulèrent nerveusement. Je comprenais trop bien, mais elle-même n’aurait pu imaginer à quel point cela me détruisait à petit feu. Cette affirmation était le fer brûlant tournant dans une plaie béante. Ce mariage était le coup de grâce. Je rejetais l’image de ce couple mal assorti qui se riait de tous et qu’aucun argument n’aurait su justifier. Jamais il ne me serait possible de comprendre cette décision et cet enchantement de s’unir à son sang. Elle avait raison, cette situation était un non-sens. Et ce non-sens m’avait entrainé aux portes d’un gouffre duquel je ne pouvais réchapper. L’attrait du pouvoir ne pouvait pas rendre moins abjecte une pareille décision. Et que dire de cet enfant pour roi. Comment pouvais-je encore m’étonner de voir la détresse se recroqueviller en hurlant sa colère, alors que je portais cette même violence en moi. Il n’y avait que les hommes censés pour se débattre dans un monde où l’intolérable devenait acceptable. Peut-être m’étais-je montré injuste. Je lorgnais vers la demoiselle qui couvrait ses failles par une tenue dont elle désirait reprendre le plein contrôle, mais les sourires âpres et les souffles court n’avaient su laisser leur place. Je n’étais pourtant pas prêt à me laisser toucher.

Ainsi c’était donc elle qui s’était faite volontaire pour suivre l’agonie jusqu’à ses derniers instants. L’idée de me quérir des nouvelles d’une femme ne connaissant pas ma petite existence me paraissait aussi déplacée que superficielle. Son sort ne m’intriguait, pas plus qu’il m’inquiétait et même si je n’espérais pas son malheur, je ne m’en ferais pas de mauvais sang. Ce qui m’intéressait était la décision offrant un sens à cette marche que nous venions d’amorcer. Elle indiqua son intention de rejoindre ses appartements et j’en fut soulager. Je n’aurais pu supporter de revoir tout ces visages. Sans doute venait-elle aussi de s’épargner la honte d’être escorté par un homme insignifiant, auprès de la plus grande fortune de Westeros. « Ce banquet n’a rien d’amusant, croyez-moi. Vous ne manquerez rien de ne pas y assister. » Vins-je répondre platement, consentant à ce choix raisonné. Une destination qui n’engendra que quelques pas. Elle tire sur mon bras, insistant pour mettre un terme à cette flânerie, elle cherche mon regard cynique pour le dévisager avec une assurance presque autoritaire, puis elle ose revenir sur cette tirade venu dénoncer un monde artificieux. Elle se dévoilait, fragile et honteuse. Elle s’apitoyait, de telle sorte que j’eu voulu la croire sincère, mais lorsqu’elle releva ses mirettes papillonnantes, je n’en discernais que la moquerie. Elle avait bien cherché à me rassurer et sans doute que si elle n’avait pas fait preuve d’autant de maladresse, son discours m’aurait paru censé. Or le mal était fait et les conclusions hâtives avaient été l’erreur fatale. Elle avait préférée les insinuations effrontées, justifiant ses faiblesses en m’en rejetant aussi la faute. Elle avait cru bien faire en m’incluant à cette définition, sur la base de ma présence lors de ces interminables cérémonies. Son arrogance l’avait compromise. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se taire et abandonné cette morale qui s’éternisait. Elle baissa la tête et je me détournais à mon tour, me lestant de tout intérêt à ce qu’elle avait à dire de plus. Mon visage venait de se fermer, protestant en silence, secouant doucement la tête dans un refus discret mais mordant.


Je me laissais guider par la poigne de celle qui relançait une conversation, cette fois plus légère. Elle se fait curieuse et exprime une nouvelle fois ses regrets. Encore . J’étais las, si bien qu’un bruyant soupire se mêla à sa présentation, en grande impolitesse. Je me dévoilais grognon, revanchard et agacé, mais pour rien au monde je ne voulais rompre ce lien avec la lady conflanaise. « Alors Wendy de la maison Piper, vous serez certainement d’avis que la tranquillité ne se trouve pas entre ces murs. Votre quête vous torturera au moins le temps de votre séjour. Il n’y a qu’à vous entendre formuler toutes ces excuses. J’en ai perdu le compte... À croire que cet endroit instille la colère. Je vous jure que si vous me demandez encore de vous pardonner, je vous abandonne sur le champ. » Le faciès était terne, maussade, mais cette note menaçante avait ce timbre taquin si peu assumé. Il était entendu que je ne délaisserais pas ce bras et qu’importe si ses ongles me percent la peau ou que mon épaule se disloque. Il n’était pas question d’amitié ou de haine, mais de l’irrépressible besoin de compagnie. Non, je n’avais rien de ces gentilshommes auquel une jeune dame aurait pu être accoutumée. Je n’étais qu’une étrange copie, plagiée sur des coutumes qui ne m’étaient pas familières. Je n’avais pas la délicatesse, les intentions charmantes et l’allure distingué. Elle n’avait pas été dupe...personne ne l’était assez pour se méprendre. « J’ai quitté le Nord, avant que la guerre s’achève. J’accompagnais la reine, ainsi que lady Alys Manderly. Un voyage de plusieurs semaines s’achevant sur le récit héroïque d’une femme et son dragon. Vous avez sans doute entendu parler de ce combat mené du haut des airs, aux dernières heures du siège. Mais d’aucun ne vous racontera ce qui a mené à cet accomplissement. Sans doute par manque d’intérêt. Ce n’est pas un récit heureux... » Brillant par leur absence lors du couronnement, les gens ne se lasseraient pas de considérer les nordiens au même titre que ces sauvages vivant au-delà du mur. Je me plaisais à croire que j’effleurais la vérité. Le Nord avait fait de moi un serviteur, puis un ennemi, mais j’avais bien plus en commun avec eux qu’avec ces gens du sud. Cela, dame Wendy n’avait pas tardée à le deviner. Je n’avais pour autant l’intention de dévoiler les origines ingrates qui rebutaient déjà les membres du conseil, mit dans la confidence. Sans doute se serait-elle mise à hurler, agressée par l’image sordide d’avoir effleurée une bête féroce et sans scrupule. Des années plus tard elle vanterait cette histoire faisant d’elle la survivante d’un récit troublant. Oui, cette femme en était bien capable. « Lorsque nous avons quittés Winterfell, des hommes ont joint notre maigre cortège. J’ignore où se trouve Braavos, mais je vous conseil d’éviter la région. Ce qui m’en console, c’est qu’à vos yeux je n’ai rien en commun avec ces hommes du sud. » Encore une fois, le ton vint s’adoucir, mais aucun sourire ne glissait sur ce trait cafardeux. Le souvenir de ce voyage était le présage de l’effondrement; le mien. J’avais eu les mains liées, j’avais été rué de coup et j’avais assisté impuissant à l’infortune de celle qui n’était pas encore souveraine. Une année s’était écoulée et je me retrouvais aussi misérable. Avoir tant fait, tant sacrifier...j’avais été trahi. « J’ignorais que les choses seraient ainsi. Si j’avais su peut-être que... » Un murmure penaud, confessant à demi-voix ma confusion. Je n’aurais rien fait de différent. Entendre ma voix exprimer des regrets qui n’en étaient pas véritablement, affermissait ce sens de l’honneur que je n’offrais pas aisément. Ces mots marmonnés m’étaient étrangers. Je ne regrettais pas d’avoir fait ce que j’avais fais, je regrettais seulement son dénouement pitoyable. Fielleux, je me laissais envahir par la riposte de cet esprit fin, s’étant avoué vulnérable au jeu des apparences, comme si sa vie en dépendait. « J’ai rejeté cette décision alors qu’elle n’était encore qu’une rumeur flottant à demi-mot sur les lèvres des courtisans. Vous n’êtes pas sans savoir que l’opinion des gens de mon rang, ne sera jamais prise en compte. Lorsque je m’oppose, je ne fais que m’essouffler. Et pourtant je l’ai fais. Je me suis insurger jusqu’à être hors d’haleine. Savez-vous seulement combien il est douloureux d’être ignoré? Vous, une femme de bonne famille cherchant à se fondre dans la foule. Qu’il est injuste de se sentir abandonner, alors que nous n’hésitons pas à porter allégeance . Je n’ai jamais voulu assister à ce fléau. Je croyais qu’il me serait impossible de le supporter et j’avais bien raison de le penser. Elle a insistée. Elle me voulait témoin. C’était égoïste. Je ne sais où j’ai puisé la force de m’y présenter, mais j’étais bien là quelques part dans cette foule. Tout cela sans même pouvoir me tenir près d’elle. » À mon tour je m’arrêtais, provocant l’audace par une agressivité qui se distinguait dans un regard rongé par la tristesse. Je la forçais à se reculer, jouant de force plus que de délicatesse. Comme je détestais cette main contrôlant le rythme de notre démarche, s’amusant à en dicter les ordres comme si elle dressait un chien . Le plus étrange c’est que je chérissais aussi ce geste doux qui prévalait sur le mien. Aussi, lorsque ma main vint surprendre son touché pour qu’il ne puisse se rompre, ce n’était pas l’ire qui s’en saisit, mais une surprenante tendresse. Comme il était décontenançant de voir ces sentiments se faire bataille. « Je n’étais pas présent pour être le simple spectateur de cette folie. Je l’ai fait parce que je me suis voué. J’ai promis de la mener jusqu’à son règne et je l’ai fait, en dépit des horreurs qui se sont produites. Je suis coupable de cela, oui. Mais je ne vous permettrez pas de m’accuser de ramper parmi la foule hypocrite en me prêtant les mêmes intentions. » Mes prunelles esquivèrent les siennes, capitulant. Qu’étais-je donc en train de faire? Me justifier à cette femme que je noyais sous mes épanchements virulents...cela ne rimait à rien. Me restait-il seulement ma réputation à protéger de son manteau d’orgueil? J’inspirais, calmant ce caractère bouillant. Les tensions se mouraient et je délaissais cette main agréable. Le silence tomba lourdement, mais dans cette danse où j’imposais mon ascendance, il n’était pas question de me laisser trainer. Je relançais alors la conversation – dissipé et gauche. « Je me demande...Dame d’atour, n’est-ce pas un rang à peine plus élevé que celui de femme de chambre? Dans les faits, vous n’êtes pas beaucoup plus que ces domestiques que vous traitez de haut. Ce qui vous distingue n’est qu’un nom, mais soyons honnête, vous êtes tout autant servante. Je ne peux croire que vous vouliez vous engager à servir votre sœur, sans bonne raisons. Cela me semble si...ennuyant. » Maladroit. Cela avait l’adresse d’une mesquinerie, mais aussi la lourdeur de l’ignorance à l’état le plus pur. Un constat naïf, un brin railleur, qui avait tout d’un compliment lorsqu’on y réfléchissait bien. Que pouvait-il bien y avoir de revalorisant à choisir les soieries d’une autre femme? Avait-elle si peu de potentiel et d’ambition pour se satisfaire de cela? Derrière la brusquerie de mes propos, je soulevais néanmoins une question de taille. « Est-ce lui qui vous en empêche? Le faiseur de roi ... En voilà un qui a bien choisi celui qu’il voulait se faire.* » La blague était osée, si bien qu’un sourire maigre effleurait mon visage. Quel insolent celui qui dénigrait un homme respecté, devant un membre de sa cour. Même si la discorde les liait de façon évidente, rien ne pouvait indiquer que cette remarque ne puisse choquer. Retrouverait-elle sa naturelle causticité ou se laisserait-elle aller à se besoin de délaisser les jeux de façades? Qu’elle importance. Elle était là, la beauté d’être libre de toute infection facétieuse et j’en profitais avant qu’elle ne m’empoisonne à mon tour. Je me promis alors de transmettre la plaisanterie à Alys. À défaut de savoir la consoler, peut-être parviendrais-je à lui soutirer un rire.


* Blague salace: Faiseur de roi / Se faire le roi

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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Wendy Piper
OUEST
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MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Ven 2 Mar 2018 - 21:28


Faust et Wendy

Not all those who wander are lost.


« Alors Wendy de la maison Piper, vous serez certainement d’avis que la tranquillité ne se trouve pas entre ces murs. Votre quête vous torturera au moins le temps de votre séjour. Il n’y a qu’à vous entendre formuler toutes ces excuses. J’en ai perdu le compte... À croire que cet endroit instille la colère. Je vous jure que si vous me demandez encore de vous pardonner, je vous abandonne sur le champ. » Il avait poussé un profond soupir, de celui qui cherche à témoigner fortement de son agacement et de sa lassitude. Ses yeux s'étaient faits d'acier, ses muscles s'étaient tendus, elle avait pu le sentir alors que son bras était emprisonné dans le sien. Son laïus ne lui avait visiblement pas plu et nul doute qu'une rétorque cinglante ne tarderait pas à voir le jour. En attendant, il avait enrobé son irritation d'un manteau de fadeur froide, malgré la menace pointant dans ses mots, avertissement qui n'en avait que la parure car l'éclat ironique dans sa voix malgré lui révélait pleinement qu'il ne comptait pas mettre paroles à exécution. Wendy laissa s'envoler un léger rire sarcastique aux teintes amusées. « La colère qui m'habite m'occupe contre mon gré depuis bien plus longtemps que je ne foule les dalles froides du Donjon Rouge... Ma quête me torturera tant qu'elle n'aura pas trouvé son accomplissement, le lieu n'a rien à voir avec cela. Et ma tranquillité se trouve dans la moindre parcelle de pays, de région, de château ou... de personne pouvant m'apporter ne serait-ce qu'un petit caillou à mon grand édifice personnel... Ne parlez pas de ce que vous ignorez, mon cher. » La conflanaise avait fixé ses yeux sombres droit devant elle, son visage n'ayant rien perdu de son affabilité de convenance mais son regard ayant revêtu le tranchant de l'épée du bourreau. Il ne comprenait rien, il ne pouvait pas comprendre... De quoi se mêlait-il ? Mais aussi vite que le voile noir l'avait enveloppée, la Piper se détendit, élargissant ses lèvres en un sourire radieux, lançant une oeillade confuse à Faust, véritable incarnation de la modestie pudique. « Mais je fais le serment de cesser de réclamer votre pardon, vous avez raison Faust, c'est ridicule... »

L'épée-lige de la reine se lança alors dans le récit détaillé du périple qui l'avait conduit jusqu'entre les murs de la cité royale. Un nordien... position intéressante quand on savait que Jorah Stark et tous ses bannerets avaient insulté la famille royale et la défiaient en refusant de prêter allégeance. Un fidèle que Rhaenys avait rallié à elle lors de son exil forcé, celui qui l'avait vu mariée à un être en tout son opposé, dans le seul but de l'éloigner du pouvoir central et de s'assurer l'allégeance des Stark dans le conflit qui déchirait les Sept Couronnes. Wendy n'avait pu que ressentir de la compassion pour cette femme ballottée par les intérêts politiques, admirant sa force, son courage, elle qui avait bravé l'opprobre en demandant le divorce et en quittant les terres de son époux pour venir défendre sa famille, son foyer, son héritage... Rhaenys était un modèle de femme forte et indépendante, un exemple pour la jeune Jouvencelle qui s'identifiait facilement aux motivations qui avaient poussée la Targaryen à braver l'interdit et tout balayer d'un revers de main. Une héroïne... oui, Faust avait raison, on la voyait comme telle et à raison. C'était ce que le Stark et ses acolytes n'avaient pas compris... Que pouvait-on attendre de rustres bien plus accoutumés à affronter la rudesse de la vie du Nord qu'à côtoyer le raffinement des nobles du sud ? Ils étaient bien trop sérieux et facilement ombrageux. Preuve en était de l'exemple que la Pieuse avait sous les yeux en la personne de Faust...

« Lorsque nous avons quittés Winterfell, des hommes ont joint notre maigre cortège. J’ignore où se trouve Braavos, mais je vous conseil d’éviter la région. Ce qui m’en console, c’est qu’à vos yeux je n’ai rien en commun avec ces hommes du sud. » Il parlait d'un ton monocorde, la boutade de la fin de sa phrase n'avait pas suffi à masquer l'amertume et la douleur transparaissant de ses réminiscences... « J’ignorais que les choses seraient ainsi. Si j’avais su peut-être que... » L'homme laissa sa phrase en suspend, murmure indéchiffrable, imprononçable... Avait-il peur de la réalité de sa confession, ou au contraire du mensonge qu'il avait failli proférer, du mensonge qu'il se faisait à lui-même aussi bien qu'à sa compagne ? Wendy lui décocha un regard en coin, scrutateur, curieux, désireux de percer les mystères de cet inconnu à la vie sortant des sentiers battus. Mais loin de se laisser aller à la confession amorcée à demi-mot, Faust se redresse soudain, son regard brûlant d'un sentiment d'injustice qu'elle n'avait que trop connu, et son ton se fait acrimonieux.

« J’ai rejeté cette décision alors qu’elle n’était encore qu’une rumeur flottant à demi-mot sur les lèvres des courtisans. Vous n’êtes pas sans savoir que l’opinion des gens de mon rang, ne sera jamais prise en compte. Lorsque je m’oppose, je ne fais que m’essouffler. Et pourtant je l’ai fais. Je me suis insurger jusqu’à être hors d’haleine. Savez-vous seulement combien il est douloureux d’être ignoré? Vous, une femme de bonne famille cherchant à se fondre dans la foule. Qu’il est injuste de se sentir abandonner, alors que nous n’hésitons pas à porter allégeance . Je n’ai jamais voulu assister à ce fléau. Je croyais qu’il me serait impossible de le supporter et j’avais bien raison de le penser. Elle a insistée. Elle me voulait témoin. C’était égoïste. Je ne sais où j’ai puisé la force de m’y présenter, mais j’étais bien là quelques part dans cette foule. Tout cela sans même pouvoir me tenir près d’elle. »

Avec une ardeur flamboyante il tentait de défendre sa position, son honneur, intacte des insinuations faites par la Dame d'Atour d'Alerie Lannister. Interdite, Wendy se figea alors qu'il arrêtait le cour de leur marche avec une certaine violence, se plaçant insidieusement devant elle jusqu'à la faire reculer. Un pas, deux pas... Le fragment d'un instant, son cœur manqua un battement alors que la peur se mit à lui tenailler les entrailles. Une peur subite, irrationnelle... Mais légitime quand, dans ses iris étincelante, c'était la souffrance la plus lancinante qu'elle pouvait lire. Il n'y avait rien de plus dangereux qu'une personne désespérée, un être profondément blessé, peu important la raison. Et elle était bien placée pour le savoir... Pourtant, ce sentiment alarmant s'atténua lorsque, contre toute attente, Faust déposa une main presque affectueuse sur celle de la Piper, provocant l'incompréhension la plus totale dans le cœur de la belle. Les yeux écarquillés, elle ne laissa cependant rien transparaître de son trouble réel, préférant jouer la mauvaise surprise que la décontenance. Cet animal était difficile à cerner... sans doute à cause de la tempête d'émotions sévissant dans son âme. Jouant son rôle, Wendy relève le menton et ses prunelles brillent d'une défiante arrogance. « Je n’étais pas présent pour être le simple spectateur de cette folie. Je l’ai fait parce que je me suis voué. J’ai promis de la mener jusqu’à son règne et je l’ai fait, en dépit des horreurs qui se sont produites. Je suis coupable de cela, oui. Mais je ne vous permettrez pas de m’accuser de ramper parmi la foule hypocrite en me prêtant les mêmes intentions. » Elle hausse un sourcil, foncièrement surprise de l'outrecuidance de cet homme de peu de chose. Était-ce le courage d'arborer fièrement ses opinions ou l'inconscience de se laisser ainsi happer par ses puissantes émotions ? La conflanaise n'aurait su le dire mais à l'instant, elle était partagée entre la sidération offensée et l'admiration amusée. Ce qu'elle savait pour acquis, par contre, était que peu importe vers quel sentiment la balance pencherait, Faust en prendrait ombrage...

Mais sa rage subite, virulente, s'apaise légèrement, son regard fuyant celui de Wendy, sans aucun doute conscient d'avoir été trop loin. Trop loin dans l'étiquette, mais surtout trop loin dans son implication. Lui qui avait ostensiblement démontré l'indifférence agacée depuis le début de leur conciliabule se trouvait à présent en train de prendre fait et cause pour se justifier... Un éclat singulier traversa le regard de la lady Piper. Elle commençait à le percer à jour, lentement, très lentement et cette personnalité l'intriguait au plus haut point. La Vierge l'observa en silence, le détaillant, le voyant lutter contre lui même et lui laissant le temps de se reprendre et de relancer la discussion de façon plus calme et détachée... D'un léger a-coup, le Nordien relance leur marche, imposant étrangement sa cadence tant dans l'allure que dans la conversation. D'un sourire en coin, elle comprend que le serviteur de le plus dévoué de la reine n'a plus l'intention de se laisser mener à la baguette par cette jeune donzelle hypocrite. Lui aussi commençait peut-être à entrevoir le véritable visage de sa nouvelle connaissance. Soit, elle se laisserait guider le temps d'un instant.

« Je me demande...Dame d’atour, n’est-ce pas un rang à peine plus élevé que celui de femme de chambre? Dans les faits, vous n’êtes pas beaucoup plus que ces domestiques que vous traitez de haut. Ce qui vous distingue n’est qu’un nom, mais soyons honnête, vous êtes tout autant servante. Je ne peux croire que vous vouliez vous engager à servir votre sœur, sans bonne raisons. Cela me semble si...ennuyant. » Wendy s'arrête, net. Parée de sa dignité la plus resplendissante, elle tient sa tête haute et ses yeux lancent des éclairs foudroyants. Osait-il la comparer à une simple servante ? Elle, fille de seigneur, sœur de seigneur et un jour prochain épouse de seigneur ? Le timbre railleur de sa voix ne lui plaisait guère, car si elle avait admis être contrainte de céder au jeu malsain des apparences, cela ne faisait pas d'elle l'égal de cet homme qui commençait à prendre trop de libertés avec elle. Elle se raidit, devenant aussi redoutable que la Némésis qu'elle était devenue, mais Faust ne semblait pas avoir mesuré l'étendue de son faux pas, continuant d'un même ton défiant et moqueur : « Est-ce lui qui vous en empêche? Le faiseur de roi ... En voilà un qui a bien choisi celui qu’il voulait se faire. » Alors qu'elle était déjà prête à lui flanquer une gifle pour sa grossièreté et son insolence, Wendy avorta son geste, sa main restant suspendue dans les airs pendant qu'elle dévisageait l'épée-lige, paraissant peiner à comprendre ce qu'il venait de dire...

Elle qui s'était figée par l'outrage ressenti, ses prunelles sombres luisant d'une lueur mauvaise et pleine de superbe, détendit soudain ses traits, ses sourcils se haussant, la ride du lion se formant au milieu de son front et ses lèvres fines esquissant un sourire incrédule. Elle pouffa, ricana une fraction de seconde face à cette blague totalement déplacée et obscène... Elle était après tout une jeune jouvencelle, vierge, pure, et dévote, à qui l'on n'avait guère appris les grivoiseries. L'aplomb de l'homme la déstabilisa pour de bon, s'autorisant pour la première fois une réaction sincère et non calculée. Sa voix se fit murmure, et son sourire mutin en coin lui donnait cet air adorablement irrésistible : « Attention à vos paroles, chevalier, ne vous a t-on jamais appris qu'il fallait tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de proférer des sentences douteuses ?... » Elle le regarde une seconde d'un air de connivence avant de reprendre une allure plus sérieuse, se raclant la gorge pour se donner contenance. « Vous pourriez être mis une semaine aux cachots pour avoir oser prononcer ces mots, vous l'homme de peu, contre l'un des hommes les plus puissants du royaume. » La Piper baisse soudain la voix. « Entre vous et moi, il a peut-être bien choisi, mais le couple souverain ne sera pas dupe très longtemps, faites-moi confiance... Le faiseur de roi... Quel surnom ridicule... il ne l'a pas plus mis sur le trône qu'aucun autre seigneur rebelle, son arrogance entraînera sa chute. Il devrait même avoir honte d'arborer fièrement un nom qu'il ne mérite pas, les Sept se chargeront de lui faire payer sa morgue déplacée. » A mesure qu'elle avançait dans son discours, son ton se faisait persifleur et fielleux. Elle serait le bras armé des dieux qui mettrait fin au règne de sang de Garett Lannister.

Secouant légèrement sa tête pour remettre sa longue chevelure mordorée en place, elle reprend sa marche, délaissant le bras de Faust. « Garett Lannister, tout aussi puissant qu'il pense être, ne m'empêche de rien et ne m'oblige à rien. Mes contraintes, je me les suis imposée moi-même, pour une bonne raison, que je ne cherche guère à vous faire comprendre. Il est clair, très cher Faust, que vous n'y entendez rien aux rangs de cours et aux avantages qu'ils procurent, sans quoi, vous n'auriez pas eu la maladresse et l'outrecuidance de me comparer à une simple domestique. » Elle se tourne, rivant son regard dans celui de son compagnon insolite, continuant à marcher à reculons, ses yeux l'enveloppant de tout son dédain. « Une Dame d'Atour est bien plus qu'une femme de chambre choisissant les toilettes de sa seigneurie, et ma sœur l'a bien compris, luttant bec et ongle avec son époux pour m'obtenir ce rang. D'abord, il s'agit d'un honneur incommensurable, mais ensuite, il s'agit surtout d'une énorme opportunité. Voyez-vous, il permet à une jeune fille non mariée de pouvoir voir le monde, côtoyer les cours, faire des rencontres qu'elle n'aurait pu faire en restant simple jeune noble dépendante de ses parents et de sa vie familiale terne. Il ne m'aurait pas été permis de mettre le pied à Port-Real, à ses fêtes, à ses cérémonies, si je n'avais pas été Dame d'Atour, mon cher. Dans ce monde impitoyable, avoir une fonction a beaucoup plus de poids que d'avoir une parenté. Les rencontres que j'ai pu faire en ces murs d'enceinte m'auraient été déniées. Et... » Alors que son regard se fait perçant, sa voix se fait comploteuse... « Croyez-moi, mon ambition a besoin de ces alliances tissées dans les banquets ou les insipides promenades de jardin... Mais qu'est-ce qu'un exécutant comme vous peut entendre à ces choses là, quand bien même votre dévotion et vos principes vous honorent ?...Cela vous intéresse t-il seulement, je me le demande, vous qui vous acharnez à m'insulter moi et mes semblables depuis le début de cette conversation. »

La pique était là, et elle espérait qu'il la prendrait comme telle et non pas comme un énième reproche qu'il s'évertuerait à rectifier, s'offusquant plus encore qu'une adolescente effarouchée...

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Faust
COURONNE
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MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Lun 12 Mar 2018 - 13:19


Not all those who wander are lost
To the brave and the petrified - we all fall down.To the slave and the civilized- we all fall down. To the lovers we left behind, the bad days, the good nights. In the great shipwreck of life - we all fall down IAMX - Great Shipwreck of Life


Les ornements railleurs de son éclat de rire, s’étaient déployés pour ouvrir la parenthèse de précisions ne servant que son amour-propre. Ce besoin de rigueur faisait d’un échange anodin et poli, l’opportunité facile de me remettre à ma place. Elle fit taire toute supposition, même celles prenant la forme de propos amicaux. Il n’y avait pas de place à l’interprétation, quelle qu’elle soit. Elle avait préférée s’épancher là où rien ne l’exigeait, renouvelant son accord avec une colère contagieuse. Elle s’exposait, ne manquant pas de me diminuer en éraflant ma crédulité, car même dans la confession, elle se voulait dominante. Étais-je injuste ou perspicace? À mon contraire, elle arborait la délicatesse amène, ponctuant son allocution d’un sourire splendide et d’un regard délicat, me contraignant à esquiver mes iris cobalts. La sorcière hurlant son mauvais sort, avait été exorcisée, faisant de moi le dernier monstre de légende à fouler le sol de ces dédales silencieux. Mes maxillaires virent se contracter d’un spasme empêtré dans une morosité inapproprié, presque gênante. Elle venait de m’accorder sa considération, offrant conciliation à mon ton acariâtre. Je m’étais attendu à tout autre chose. J’avais espéré trouver en sa compagnie une âpreté, un prétexte à la déraison. Ce duel orageux, je le menais seul. La jeune noble s’était finalement refusée à ce jeu crasse, se dévoilant plus vertueuse que revancharde. Elle me laissait sciemment seul dans mon inconfort, désorienté. Wendy Piper n’était pas la bête féroce dont je prêtais les intentions les plus malignes, mais elle ne se prétendait pas victime facile. Elle n’était pas inoffensive. Si tel avait été le cas, c’est avec dédain qu’elle aurait détalée devant mon comportement bouillant et abusif. Mais elle avait acceptée cette danse fulminante, comme une faille imparable, sans conséquence. Elle était étonnée, mais pas bousculée. Elle confrontait la menace, refusant de baisser la tête. Sans doute n’avais-je pas été le premier à agir comme tel auprès d’elle. Elle-même ne s’était pas retenue d’en exprimer le caractère viscéral, communiant avec mes sentiments exprimés avec passion. La conflanaise était restée silencieuse, attentive et indulgente. La colère ne pouvait pas ébranler sa gardienne. L’orgueil en revanche l’avait piqué vicieusement.

Mes muscles s’étaient détendus et j’expirais mes rancunes pour délaisser ces mots trop personnels ayant flirtés avec la commissure de mes lèvres. Le sang chaud ruisselant dans mes veines devait se tempérer, au risque d’échapper une affirmation trop généreuse pouvant me compromettre d’avantage. J’avais cru être parvenu à me défaire de cette charge, osant une franchise trop précoce à une rencontre beaucoup trop jeune. Je n’avais pas mesuré la portée de mes réflexions. Sa main vint se crisper sur mon bras, tirant contre lui, imposant l’arrêt d’un élan venant tout juste d’être relancé sous de meilleures intentions. Je ne compris pas sur l’instant que nos valeurs contraires venaient d’entrer en collision. Je m’étais simplement tourné vers elle, confrontant mon visage ingénu au sien – ridé par la contrariété. Nous avions tout deux une fierté à sauvegarder, mais elle n’était pas faite des mêmes priorités. Notre désir de la préserver était néanmoins très vif. Mon regard se porta d’abord sur le minois effarouché, puis sur cette main venu fendre les airs, menaçant de se plaquer violemment contre ma joue. Je n’eu aucun réflexe. J’attendais simplement que la gifle s’élance contre mon profil que je livrais sans opposition. Mais le bras s’attardait dans son élan et je compris qu’il ne s’abattrait pas. Sur la moue mécontente de la lady conflanaise se glissait un sourire fin, s’entrouvrant pour s’esclaffer. Je fus rassuré, craignant que le point de non-retour vienne d’être atteint. Ma blague de mauvais goût avait trouvé bon public en la personne de Wendy Piper, chose que je n’eu pas l’audace d’espérer. D’emblé, mon rictus maigre vint s’élargir un peu plus, répondant à ce contraste avec soulagement. La barrière des mésententes venait de se fissurer par la réflexion la plus juvénile, abandonnant le ton querelleur, pour un instant au moins. Son enthousiasme était celui d’une prude jouvencelle, choquée par la dévergonde des propos, mais dont l’indécence interdite faisait éclore l’amusement osé. Renchérissant d’espiègleries l’insinuation graveleuse, la chaste demoiselle riva ses prunelles complices. Tantôt lasse, les plis de ses faiblesses s’étaient presque évaporés, pour ne laisser que le voile délicat et radieux faire opposition aux misères de son accoutrement. Elle m’oint à ses dieux, emportée par la bêtise, m’offrant un rang auquel je n’avais jamais prétendu, mais qui trouvait naissance dans notre désinvolture. Aussi, je ne me formalisais pas de ses mises en gardes, en grand effronté qui ne craignait pas de retrouver les tréfonds pour pareils raisons. L’excès de la sentence me paraissait si déraisonné, que je n’avais pas considéré son sérieux. Les tonalités de sa voix s’atténuèrent soudainement, articulant acrimonieusement les esquisses d’une déclaration secrète. Forcée de côtoyé la victime de nos moqueries, elle en avait forcément long à dire et son dégoût qu’elle ne cachait plus, était le plus parlant témoignage. La déclaration de la nymphe des eaux, m’avait laissé un étrange pressentiment. Inévitablement, elle avait vu le véritable visage de celui qui se prétendait héro et sans mentionner ses tords, elle en avait énoncée la couleur. Le lion était maudit par la dame revancharde qui ne cachait plus son mépris, ni même son souhait de le voir puni par une quelconque main divine. Je me gardai de commenter. Il me semblait en savoir suffisamment pour en comprendre les travers de l’Ouest.

Elle me délaisse, rompant le contact de ses doigts contre mon bras. Notre proximité ne se trouvait plus que dans nos échanges et il me semblait le regretter. Comme si ce poids pendant à mon bras était nécessaire pour me rappeler son intérêt. En revanche, elle retrouvait de son aplomb. J’en étais certain, cette blague de mauvais goût avait été bienfaiteurs de son leste. La marche fut relancer et je suivis ses pas, alors que l’un n’était plus soumis à la volonté de l’autre. Le silence venu marquer cet interlude licencieux, fut bref, brisé par le nom de son suzerain - se percutant dans la pénombre, pour mieux être balayé du revers. Elle ne dépendait pas plus de mon appui que du seigneur léonin. Ces femmes du Sud. Toutes fiévreuses d’indépendance. Pourtant elles se trouvaient toutes à ramper dans les ombres. N’était-ce pas le cas de notre reine, ayant cédée sa place à un jeune fadasse sur des principes qu’elle-même n’avait jamais approuvée? Si même celle ayant bravée la terreur noire ne pouvait prétendre au trône à titre d’unique souveraine, que pouvait donc espérer la jeune Piper? Tant qu’elle-même y croyais, rien ne la perdrait – Encore fallait-il m’en persuader. Malgré ces allégations familières, d’autres furent plus convaincantes. Entre affranchissement et vanité, il y avait bien une chose que je ne pouvais pas nier; j’avais peu de considération pour tous ces rangs. Et alors qu’elle s’afférait à me fournir la définition de ses fonctions et de ses avantages, je ne retins qu’une chose «Dans ce monde impitoyable, avoir une fonction a beaucoup plus de poids que d'avoir une parenté. » Peut-être que cela n’était pas dans son intention, peut-être que je ne comprenais là que ce que je voulais bien comprendre. Mais cette unique phrase validait l’intérêt d’un homme sans nom, pour autant que son rang le justifie. Être dame d’atours était son prétexte, sa clé de sortie. Tout comme être l’épée lige de la reine préservait ma place dans l’enceinte de ce château. S’attaquer naïvement à sa servitude, c’était s’en prendre à ses efforts à prendre part aux grandes choses de ce monde artificieux. Le prestige ne survivait que par la définition de sa fonction. En revanche le nom, aussi grand fut-il, était une responsabilité pouvant être couvert d’opprobre. Mon regard brillant de réflexions quitte celui de celle qui s’évertue à me faire comprendre les nuances de sa vision. Une vision me relançant d’une évidence qui me hantait depuis bien trop longtemps et ce soir encore plus : Je ne suffisais pas. Avais-je seulement ce talent pour survivre à ce monde de damnés comme cette femme respirant de malice? Celle dont la remarque aigre n’avait provoqué que le prolongement de mon silence. « Vous avez raison. Je suis ignorant. » Je ne m’étais pas excusé de mon faux pas, j’avais néanmoins reconnu mes faiblesses en lui accordant déférence pour son discernement trop véridique. Ce constat soupiré de manière résigné, blessait plus que toutes les excuses pouvant être formulées. Voilà pourquoi je ne précipitais pas la suite de mon phrasé. « Je suis un fils de l’hiver, venu s’emplir les yeux d’illusions trop grossières, sans pouvoir me saisir d’une part de ce festin indécent. Je suis projeté là où les paroles prévalent sur les actions. Là où une langue acérée est plus mortelle que la plus tranchante des lames. Tout cela est si...différent. Le Nord n’apprend pas le badinage de façade. Il ne se gave pas de sourires niais et d’élégance brodé d’or. Il est intègre et robuste – mais tout n’est toujours qu’une question de survie. Voilà précisément pourquoi je montre les crocs à vous et vos mœurs. Contrairement à vous, je sais ce qu’est d’être libre et il me fait mal de me savoir enchainé comme vous l’êtes. » Je ne m’étais pas retourné vers mon interlocutrice, les yeux rivés droits devant. Je ne voulais pas soutenir son regard radiant de toute sa prépondérance. Je prenais mes distances avec mes émotions que je savais promptes, exprimant un point de vu détaché et rationnel. Nous étions terriblement différents. Noble ou parvenu - Dans ce vaste jeu, les règles étaient les mêmes pour tous. Un univers étriqué par le pouvoir prenait naissance en deçà du grand mur de glace et en y accédant je ne pouvais plus me défiler. J’étais pris dans ses filets. « Vous verrez toujours en moi la naïveté d’un homme peu éduqué et vous auriez raison. Tout comme j’aurais raison de croire en la bêtise d’une femme s’accrochant à un titre qui ne la définie pas. Vous avez une facilité avec les mots ma dame, contrairement à moi. Sans doute qu’il me plairait de passer la nuit à écouter votre parfaite diction s’emporter dans de nouveaux propos, mais un simple « Vous avez raison » aurait suffit. Si ce n’est l’audace de comparer votre sainteté avec une femme de basse naissance, il me semble avoir eu des propos similaires aux vôtres. Ce rang n’est qu’un prétexte, tout comme ces parades dans les jardins. Vous n’avez pas l’intention d’en rester là. Oui, je suis un innocent effronté, mais je suis observateur. » Quelques choses dans ma voix portait à l’insinuation. Un éclat dans le ton, une sombre espièglerie. Je m’étais avoué inculte, mais pas idiot. J’avais voulu le faire remarquer, mais je n’avais pas su le faire sans écorcher – cette fois avec plus de retenue - la dame d’Atour. Je vins alors lorgner vers elle une insistance toute particulière. Le sang-bleu avait plus d’un tour d’avance sur moi, mais j’avais l’impression de comprendre l’essentiel de cette personnalité en dents de scie, sans savoir que j’en effleurais à peine sa surface. « Ne craignez rien, je n’ai pas l’intention de percer à jour vos mystérieuses ambitions. Cela ne regarde que vous et quand bien même je serais intéressé de comprendre ce que cache la lueur malicieuse de votre regard, il n’est pas dans votre intérêt d’assouvir les curiosités d’un homme. » Un clin d’œil complice – intrépide - provocateur. Ce battement mal venu, si spontané, allait de paire avec l’enchantement narquois étirant la commissure de ma lippe. Je laissais ses secrets intacts. Leurs confessions ne me seraient jamais accordés et je n’étais pas suffisamment habile, ni même intéressé, pour les lui arracher. Ce n’était pas le genre de conversation que je voulais avoir. Néanmoins, je voulais mentionner l’existence de ces intrigues qui ne suscitaient aucune curiosité. La lourdeur de ce qu’elles impliquaient n’était rien pour me donner meilleure humeur, mais tout cela existait – ruinant mes idylles à grands coups opportunistes. « N’est-ce pas agréable? D’être en la compagnie de la plus insignifiante personnalité du Donjon-rouge. Une épée-lige ne se souciant que des intérêts de la reine, peinant à survivre aux délices de la cour, entêté et maladroit... Ma dérision ramène à l’essentiel. J’inspire pour me défaire du poids de ces malheurs venus brouiller mon esprit surmené d’une douleur inextinguible. Je marque une courte pause avant de reprendre sur un ton sincère... Si j’avais eu l’audace de venir à votre rencontre lors de ce banquet, il est probable que vous auriez déclinée. Je ne suis certainement pas celui que vous auriez privilégié. Je ne suis pas assez inf...Important. Et maintenant, ces yeux que vous auriez aimée retrouver, étaient-ils les mêmes lorsque vous vous êtes effondrée? Les serres d’un faucon, tirant vers les cieux une pauvre dame prostrée dans un coin sombre ou la rose d’or étirant ses ronces pour vous envelopper. Vous craignez leur jugement. C’est ainsi, ce sont les jeux de cours. Tout le monde est ennemi et complices. Mais qui reste-t-il lorsque vous tombez? L’homme de peu. Le serviteur. L’exécuteur. Celui que l’on nargue parce qu’il n’accorde pas d’importance au protocole. Et je suis là pourtant, à vous offrir ce que l’or ne peut acheter, une chose qui ne peut être acquise facilement dans ce monde mondain. L’insouciance. Pas celle qui fait de nous des victimes faciles, mais celle qui nous allège. Vous tous l’avez sacrifié en le jugeant grossier. Comme votre rire. Il était tout aussi déplacé que ma remarque sur le lion arrogant. Vous n’avez pas été foudroyée pour autant. Oserais-je ajouter que cela fut votre plus beau trait.» Elle s’était laissée tentée une fois, mais cette invitation à embrasser l’imperfection - rappelant le pacte d’un petit diable tentateur - pouvait s’avérer aussi agréable que risquée. En mettant l’emphase sur son laisser-aller, rappelant ce moment hilare trop important pour qu’il soit passé sous silence, je n’espérais pas la voir succomber à ce jeu d’équilibriste. Je voulais simplement lui rappeler que tout n’était pas toujours une question de rangs et de titres, que certaines choses étaient plus précieuses, mais qu’elles étaient souvent les plus négligées. « Ce monde cherche à taire ce que nous somme, lady Piper. » Et il y parviendrait surement...


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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Jeu 22 Mar 2018 - 23:05


Faust et Wendy

Not all those who wander are lost.


« Vous avez raison. Je suis ignorant. » Lentement, son sourire narquois se pare des couleurs de la satisfaction alors que l'homme, tout à l'heure si hardi et habité de défiance, baisse son regard enflammé, vaincu par le discours plein de morgue de sa jeune accompagnatrice. Mais il n'est guère abattu, Wendy le voit, discernant dans l'inclinaison de sa tête, dans l'éclat de son regard et dans ses traits toujours fermes la simple prise de conscience d'un monde qui le dépasse. Faust ne s'offusque pas de cette tirade piquante destinée à le secouer et le réveiller, destinée à savoir de quel bois il était fait. Il ne se repent pas non plus, sans doute trop fier pour le formuler clairement, un acquiescement suffisant amplement à transmettre l'essentiel de sa pensée. Et la Pieuse s'en sent gonflée d'un contentement insolite, qu'elle n'avait guère anticipé. Une part d'elle lui murmurait la joie d'avoir trouvé un homme non dénué d'intelligence et pétri d'une intégrité orgueilleuse sans faille, propre aux petites gens, qui aujourd'hui lui faisait défaut. Peut-être était-ce là simplement ce qu'elle cherchait à retrouver ? Ces qualités autrefois intrinsèquement liées à sa personnalité qu'elle avait été contrainte de trahir, peu à peu, au profit de l'assouvissement d'une vengeance lentement mijotée. Satisfaite, la conflanaise se replace aux côtés du nordien, reprenant le sens de la marche et écoutant avec attention la suite du laïus de Faust, justifiant ses maladresses et ignorances par le pays qui l'avait vu naître. « [...]Voilà précisément pourquoi je montre les crocs à vous et vos mœurs. Contrairement à vous, je sais ce qu’est d’être libre et il me fait mal de me savoir enchaîné comme vous l’êtes. »

Une douleur fulgurante étreint soudain son cœur, et la pointe d'une lance semble s'enfoncer dans son estomac. Faust ne lui accordait pas le moindre regard, trop préoccupé de garder son propre cap sans se laisser influencer par le regard arrogant de la noble jeune fille... Et c'était là une bonne chose aux yeux de Wendy qui ne put réprimer le chagrin remontant des tréfonds de son âme à la simple réminiscence d'un passé au goût de liberté. Ses yeux se voilent d'une tristesse profonde et son visage s'assombrit, uniquement sculpté par les lueurs faiblardes des torches suspendues aux murs. Libre, elle l'avait été. Toute sa courte vie, toute sa jeunesse dans un tout petit château perdu sur les rives de la Ruffurque, entourée de sa fratrie turbulente et de ses parents aimants. Les Piper n'entretenaient que peu de relations diplomatiques ou protocolaires, se contentant d'assurer leur loyauté aux Tully sans se mêler aux intrigues de cours... Leur vie était douce, campagnarde, sans contrainte... La petite Wendy d'antan se contentait de prier les Sept, de lire et de s'amuser avec ses frères et sœurs, sans jamais penser à ce qui se passait dans les coulisses des grands de ce monde... Rêver de terres lointaines, se gorger de contes lui suffisait et jamais on ne lui avait demandé autre chose que de vivre pleinement en respectant les lois des Sept et en se montrant tempérée. Elle savait seulement qu'un jour son père la marierait, à un bon parti certes, mais un parti raisonnable, elle n'était pas destinée à faire partie d'un plateau plus grand que celui d'une petite maison s'unissant à une autre petite maison pour assurer une descendance et continuer de vivre une petite vie tranquille... Même son goût pour le faste ne lui avait pas fait aspirer à quelque chose de plus somptueux, elle était simplement sûre de pouvoir faire le mieux avec le peu qu'on lui donnerait... Mais jamais, jamais elle n'avait imaginé se retrouver partie intégrante d'une famille suzeraine, arpentant les couloirs de la forteresse royale, en se mêlant aux plus grands Hommes de Westeros, là où le jeu de pouvoir était une question de survie et où il n'était plus question de se contenter de vivre avec indolence. Sa liberté... Voilà une autre chose que Garett Lannister lui avait volé. Enchaînée, oui, elle l'était, prisonnière de son ardent désir de vengeance. Prison de laquelle elle ne pouvait se libérer avant d'avoir accompli sa mission divine.

Perdue dans les sombres abysses de ses souvenances, la Pieuse des Eaux n'écoutait plus que d'une oreille les palabres de l'épée-lige, ne s'offensant nullement des remarques cavalières qu'il lui faisait car c'était la vérité qui suintait de ces mots prononcés sans détour. Oui, son titre de Dame d'Atour ne la définissait pas et n'était que la partie émergée d'un iceberg cent fois plus grand et effrayant. Le discernement de cet homme lui faisait honneur et ne faisait que confirmer l'instinct qui l'avait poussée à rester en sa compagnie. « Ce rang n’est qu’un prétexte, tout comme ces parades dans les jardins. Vous n’avez pas l’intention d’en rester là. Oui, je suis un innocent effronté, mais je suis observateur. » La pique insinuante arracha Wendy aux fantômes d'une vie qui n'existerait jamais plus, lui faisant reporter son attention et ses yeux perçants sur le nordien. Il était railleur, et l'aspect revanchard de son ton ne lui échappa guère. Elle en aurait habituellement ri de bonne grâce, agrémentant le tout d'une rétorque cinglante et cynique dont elle avait à présent percé le secret. Cependant, c'est un pauvre sourire qui vint étirer les lèvres de la Jouvencelle, l'ombre de ses souvenirs flottant toujours au-dessus de sa tête et entravant les mouvements de son esprit malicieux. En cet instant, elle n'était plus que la petite fille profondément blessée par la vie. « Ne craignez rien, je n’ai pas l’intention de percer à jour vos mystérieuses ambitions. Cela ne regarde que vous et quand bien même je serais intéressé de comprendre ce que cache la lueur malicieuse de votre regard, il n’est pas dans votre intérêt d’assouvir les curiosités d’un homme. » Ses prunelles sombres retrouvent une parcelle de leur éclat alors que Faust s'offre le luxe de lui faire un clin d’œil, comme s'ils étaient déjà proches amis pouvant se permettre ce genre de licence familière. Cette simple idée lui réchauffa étrangement le cœur... Un ami, elle ne savait plus ce que c'était... En écho au sourire provocateur, Wendy délaisse sa tristesse pour s'autoriser un franc sourire accompagné d'un très léger rire goguenard, retrouvant le temps d'un instant son espièglerie éblouissante. « Vous êtes bel et bien observateur, Faust, voilà une qualité importante que je vous accorde sans mal et qui me fait comprendre votre place auprès de la reine. Vous ne pourriez obtenir de réponse de ma part même en m'infligeant la pire des tortures. Je suis bien trop habituée et habile pour masquer mes réelles pensées. Et vous l'avez bien compris. »

Wendy l'enveloppe un fragment de seconde d'un regard étincelant de superbe et de mutinerie, avant de fixer son regard droit devant elle et de retrouver la mine affable qui lui seyait tant mais ne la caractérisait en rien. L'atmosphère pouvait retrouver ses teintes légères et frivoles, Wendy se sentait prête à de nouveau faire taire son mal-être persistant pour s'enfuir vers les contrées plus douces que Faust lui proposait.

« N’est-ce pas agréable? D’être en la compagnie de la plus insignifiante personnalité du Donjon-rouge. Une épée-lige ne se souciant que des intérêts de la reine, peinant à survivre aux délices de la cour, entêté et maladroit... » La belle esquisse un sourire amusé, lâchant un soupir rieur. Il n'avait pas tort, avec lui, elle était libérée des faux semblants et autres jeux d'apparence, elle pouvait s'offrir le luxe d'être moins vigilante tout en ne se laissant pas aller à des confidences trop dangereuses, et elle ne craignait pas le jugement implacable sur son allure et qui était susceptible de lui fermer des portes. Mais son sourire se tarit alors que Faust entame une suite à ce préambule léger, une suite aux tonalités sincères et vibrantes où la vérité de ses dires n'étaient que renforcée par la triste résignation qui accompagnait chacun de ses gestes. « Si j’avais eu l’audace de venir à votre rencontre lors de ce banquet, il est probable que vous auriez déclinée... » Cruelle réalité. Qu'aurait-on pensé d'elle si elle s'était abaissée à adresser la parole à cette épée-lige venue de loin, que l'on avait même reléguée au fond du grand hall, indigne de l'honneur de siéger au premier rang pour admirer celle qu'il servait pourtant avec dévotion ? Qu'aurait-elle bien pu retirer, à cet instant, de cette rencontre, alors que devant elle s'étalait un parterre des plus grands seigneurs de Westeros ? L'évidence brutale voulait qu'il ait entièrement raison et qu'elle n'aurait pas même accordé un regard condescendant à cet homme de rien qui ne lui apporterait rien d'autre que des regards curieux, elle qui aurait tout donné pour qu'un quelconque seigneur la remarque.

« Mais qui reste-t-il lorsque vous tombez ? »

Une bombe muette semble éclater tout près de la conque de son oreille, un fracas assourdissant provoqué par son sang qui n'avait fait qu'un tour pour exploser dans ses tempes. Ses yeux s'écarquillent et son regard se fait subitement lointain, laissant s'immiscer en elle la vérité qui lui était dite sans ménagement. Aucune véhémence, pourtant, ne pointait dans le timbre de cette voix masculine. Mais la vérité crue et cruelle égratignait lentement la carapace qu'elle s'était forgée. Qui restait-il ? Personne... Cette simple phrase de Faust, destinée pourtant à lui montrer sa valeur, lui renvoyait sa solitude à la figure. Elle avait sa sœur..., lui murmura sa petite voix intérieure... Seulement, Wendy ne vivait que pour la protéger et lui dissimulait ses pensées les plus sombres, et ses actions les plus secrètes. Elle était bel et bien seule dans cette partie trop grande pour elle, car ce n'était pas ceux qu'elle convoitait qui lui tendraient la main si elle venait à s'effondrer. Et surtout, surtout, il était hors de question qu'ils puissent ne serait-ce qu'entrapercevoir la plus petite faiblesse chez elle, c'était les armer pour la détruire et anéantir ses plans. Oui, quand tout s'écroulait autour d'elle, ce n'était pas les Grands dont elle avait besoin. Mais bien l'homme humble, l'homme insignifiant, celui qui ne la jugerait pas ou dont le jugement, du moins, ne pouvait pas la toucher ou contrecarrer ses projets. Cette présence nécessaire pour lutter contre le destructeur sentiment de solitude, cette main secoureuse... « Et je suis là pourtant, à vous offrir ce que l’or ne peut acheter, une chose qui ne peut être acquise facilement dans ce monde mondain. L’insouciance. Pas celle qui fait de nous des victimes faciles, mais celle qui nous allège. Vous tous l’avez sacrifié en le jugeant grossier. Comme votre rire. Il était tout aussi déplacé que ma remarque sur le lion arrogant. Vous n’avez pas été foudroyée pour autant. Oserais-je ajouter que cela fut votre plus beau trait.»

Elle rive son regard dans celui du Nordien, troublé, déboussolé, ses iris cherchant désespérément un appui qui lui permettrait de ne pas sombrer. Mais le socle qu'elle recherche lui est dénié, et elle sent une vague d'émotions grandir en elle, prête à briser les derniers remparts de sa résistance. « Ce monde cherche à taire ce que nous somme, lady Piper. » Une pellicule aqueuse se forme sur ses prunelles brunes alors que remontent à la surface toutes ses souffrances, toute sa solitude, tout ce qu'elle avait dû abandonner derrière elle à cause de ces jeux de cours qu'elle n'avait pas désiré et pour lesquelles elle n'avait pas été éduquée. Alors qu'elle était parvenue à enfermer dans une boite, le temps de cette rencontre, le récent drame qu'avait subi Rohanna Baratheon, conséquence directe de ce nouveau monde dans lequel elle était projetée, l'écrin explose sous la force des sentiments, lui renvoyant à la figure le prix incommensurable à payer pour faire partie de ce monde hypocrite et délétère qu'elle s'était acharné à expliquer et justifier à cet homme simple mais bien plus pragmatique et clairvoyant. Et profondément honnête... C'était lui... C'était lui la présence nécessaire et discrète, lui l'âme gentille qui donnait sans rien attendre en retour, pendant qu'elle était dispensable et monstrueuse, elle la noble capable de se couvrir d'un manteau honteux qu'elle aurait maquillé pour le rendre moins abject.

Wendy se perd dans le regard de l'homme, ses traits habillés d'une souffrance indicible mais bien palpable. Les mots lui manquent... Elle ravale sa salive avec difficulté, papillonnant des paupières pour tenter d'effacer les larmes naissantes essayant de faire leur chemin sur ses joues. Elle inspire profondément pour retrouver la maîtrise de ses sens, mais elle sent son âme comme convoquée par un sortilège plus puissant, incantation vouée à faire resurgir la Wendy d'antan, celle-là même qu'elle avait cru morte et qu'elle avait ensevelie sous une montagne de cynisme revanchard et de haine féroce. Mais peut-être n'était-elle pas si loin, cette petite fille s'amusant sur les bords de la Ruffurque, couvée par le regard de sa noble mère... Son index délicat vient prestement essuyer le coin de son œil, et c'est un sourire tristesse qui s'affiche sur son visage de porcelaine, un sourire se donnant pourtant l'allure d'amusé, pour masquer légèrement une faiblesse qu'elle ne saurait cautionner.

« Mon cher Faust... » La conflanaise glisse de nouveau son bras dans celui de l'épée-lige, mais cette fois un bras plus chaleureux, qu'elle presse contre elle, son autre main venant se poser sur le biceps de l'homme... Par cet acte, elle se rapproche de lui, lui signifie qu'elle a baissé les barrières et lui murmure sans dire un mot sa reconnaissance, sincère et pure. Ce geste, spontané et affectueux, valait tous les remerciements du monde. « Votre parole est d'or et le monde serait bien meilleur s'il se laissait guider par des hommes tels que vous, et s'il ne laissait pas corrompre à la première occasion pour un titre ou un bout de terre... » Elle ne le regarde plus, marchant à ses côtés en en oubliant la destination, d'un pas lent et mélancolique. Deux pauvres hères errant dans les couloirs du Donjon-Rouge... Sa voix avait perdu de son éclat supérieur pour se parer de notes plus douces et authentiques. Il avait gagné, et le temps d'un instant, Wendy délaisserait le jeu des apparences pour s'autoriser une fois, une heure, une simple minute, à être elle-même... Elle lui devait bien ça, lui son sauveur désintéressé... « Ce monde cherche à taire ce que nous sommes..., je vous cite, mais comme cette sentence est vraie mon ami ! Il y parvient d'ailleurs sans trop de mal, j'en suis la preuve vivante, peu importe les bonnes justifications que je m'octroie... J'ai étouffé mon âme pour nager dans ces eaux noires... ou plutôt, ce monde m'a forcé à assassiner celle que je suis vraiment, car les gentils, en ce monde délétère, ne survivent pas longtemps quand les Grands Opportunistes décident de se faire la part du Lion... »

Imperceptiblement, ses doigts resserrent leur étreinte sur le bras de Faust, alors que l'image de sa mère s'impose à sa vue, pauvre victime innocente des ambitions démesurées d'un Autre à la tête couronnée... Wendy ravale une montée de larmes. « Je ne vous aurais pas même accordé un regard, vous avez raison... Vous le savez, vous en avez parfaitement conscience, et pourtant... Vous êtes là, présence salvatrice et bienfaitrice, alors que mon cœur tanguait sur des eaux tumultueuses, noyées d'amertume, de tristesse et de dégoût pour moi-même... » Cette fois, le portrait outragé de Rohanna s'imprime sur sa rétine... Cependant, un sourire tendre étire ses lèvres après une fraction de seconde... « Et vous avez su, en quelques phrases, faire resurgir une part de moi que je m'évertue à garder cachée, cette part sincère et spontanée que j'ai appris à juguler et dompter pour en faire ce que je souhaitais. Vous m'avez fait rire, là où une heure encore c'était les pleurs incontrôlables qui secouaient mon corps tout entier... »

Elle s'arrête subitement, faisant face à Faust, la sincérité pure irradiant de son visage aux traits fatigués. « Vous n'y croyez pas sans doute pas, vous le nordien aux anciennes croyances, mais permettez-moi de penser que ce sont les Sept qui vous envoie à moi, mes dieux qui ont jugé bon de mettre sur mon chemin celui qui saurait me faire garder le bon cap, qui saurait me rappeler qui je suis, qui j'ai été et qui je dois être. La vie a ses détours et chemins de traverse, véritable labyrinthe dans lequel il est si aisé de se perdre... et peut-être étais-je en train de me perdre, lorsque vous m'avez trouvée. » Son sourire tranquille ne la quitte pas. « Je ne vous mérite pas, Faust, et si vous me permettez cette confidence effrontée, je crois que la Reine elle-même ne vous mérite pas, et qu'elle ne voit pas le don du ciel qui lui a été fait... » Elle le contemple quelques instants, insistante, sans honte, sincère... avant de soudain briser l'instant pour reprendre leur pérégrination, changeant le ton de la conversation du tout au tout. « Avez-vous encore de la famille dans le Nord ? N'est-ce pas trop difficile de quitter les terres qui vous ont vu naître et grandir ? » Elle se sentait soulagée, comme libérée d'un poids invisible, mais point trop fallait s'épancher sur ce qui se cachait dans les tréfonds de son âme et mieux valait revenir à un sujet moins dangereux. Trop en dire pouvait coûter trop cher entre ces murs, l'on ne savait jamais qui vous espionnait.

AVENGEDINCHAINS

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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy   Mer 11 Juil 2018 - 21:03


Not all those who wander are lost
To the brave and the petrified - we all fall down.To the slave and the civilized- we all fall down. To the lovers we left behind, the bad days, the good nights. In the great shipwreck of life - we all fall down IAMX - Great Shipwreck of Life


La noblesse venait de s’acquitter de sa pudeur, laissant les torrents de chagrin emporter l’image trop rigide de son rang. Percevant les ornements de ses larmes perlant aux coins de ses yeux, soutenant son regard noisette brillant de son éclat fragile et profondément touché – j’étais témoin silencieux de sa capitulation. Elle cédait. Pas comme on le fait avec honte ou dépit, mais avec une délivrance sincère, non pas moins déchirante. Elle dépouillait son corps autrefois tendu, de cette armure inhibant son authenticité, s’octroyant le droit d’expirer la vérité qui sommeillait en elle sous le masque indélicat de l’effarouchée. Elle s’offre délicate et blessée par le blâme. Ce désarroi me donnait raison, mais cette victoire de principe résonnait comme une défaite. Comme si à mon tour, j’étais inévitablement condamné à souffrir de ce revers. Ses doigts fins virent essuyer ce débordement d’émotions, puis elle me concédait un sourire trouble, goutant à la gêne de se dévoiler aussi simplement. Mes iris esquivèrent, ne supportant pas le reflet de l’abattement. Mon cynisme pourtant empreint d’une  bonhomie un peu morose, n’était pas le prétexte aux larmes. Ce souhait crédule d’offrir une perspective ramenant à l’essentiel, en écorchant les valeurs discutables de la cour avait pourtant fait mouche. J’étais cependant très  loin d’anticiper l’impact qui ébranlait la jeune femme. Celle qui ne se tarissait pas de réparties mordantes et vicieuses se trouvait à soupirer sa souffrance silencieuse. Muette et vulnérable, elle m’arracha une grimace contrariée, dont le trait agacé était empreint d’une compréhension entendue. Ce plaidoyer, j’avais voulu l’adresser à une autre. Celle dont je cherchais à taire le nom, même en pensé. Aurais-je décelé dans son regard améthyste la même vulnérabilité, instinctive et pure? Mon palpitant se crispe. À mon tour, je me laissais prendre au jeu du silence. Mon prénom s’articule cependant avec tendresse. Sa main cajoleuse glisse contre mon bras, dont elle reprend possession d’un geste affectueux. La courtoisie ne se formalisait plus des distances, s’offrant l’audace encore polie de rompre avec la froideur. La jeune conflanaise venait de se plaquer contre mon flanc, m’étreignant d’une chaleur nouvelle. L’acte peu banal dans son délibéré irréfléchi, m’avait surpris. Elle s’accordait à cette invitation, se lestant de ses apparats sévères et refermant sa poigne dans l’avidité d’un rapprochement gratifiant. Malgré l’apaisement acquis par l’intérêt de la demoiselle, ce corps contre le mien n’était pas celui que j’espérais. De ce substitut imprévisible, je ne pouvais chérir que la douceur chaste et superficielle. Celle trop rare pour ne pas être considérée. Celle qui faisait plus de mal que de bien. L’échevelée n’avait pourtant pas finie de me surprendre, manœuvrant dans les déclarations contradictoires. Ma caste défavorable et mes ambitions hasardeuses savamment critiquées et tenues en dédain, venaient de ce faire attribuer les plus grands mérites. Les jugements incisifs avaient mués en éloges. J’étais sceptique, craignant l’arrivé de prochains sarcasmes. Mais les secondes s’écoulaient et le discours restait frappé du même éclat de conscience, frais et léger. Elle me cite comme on évoque les paroles d’un érudit ou les déclarations d’un meneur de guerre, avant la bataille. Je ne suis pourtant ni l’un, ni l’autre. Je la voyais, néanmoins, secouée d’émotions au rappel de ces mots si simples. Ébranlée au point de laisser s’échapper le sobriquet faisant de moi son complice familier et de me concéder la vérité par la démonstration de son propre calvaire. Étais-je condamné à cela ou est-ce que l’œil avisé de la demoiselle avait raison de me désigner parmi les gentils, s’offrant en victime pour le plaisir de ce peuple manipulateur? Dans un cas comme dans l’autre, le scénario n’avait rien d’alléchant.

Son contact domine, raffermissant son emprise sur mon bras dévoué. Elle s’amarre à l’appui qu’elle sollicite sans demander, insistant un peu plus à chaque relent de pensée, comme si elle craignait que je m’écarte à tout moment ou que ma présence singulière ne soit qu’un ridicule mirage. Je ne dis rien. Elle s’emportait dans l’élan de ses humeurs et faisait de moi le héro généreux, un portrait auquel je ne m’accordais pas. J’étais un imposteur. Un énergumène égoïste, trainant les pieds auprès d’une femme par crainte de l’abandon. Cela pouvait-il tout de même faire de moi le brave de bonnes intentions dont elle flattait l’égo? Mon rictus est amer. La modestie est inconfortable. Celle qui se confessait sans détour, s’immobilisait soudainement pour appesantir chacune de ses réflexions. Je restais incrédule devant ce visage placide, illuminé par des croyances s’offrant le luxe de conclusions déraisonnables. Mes sourcils se froncèrent, méfiant et contrarié d’être reconnu comme le messager de dieux m’ayant condamné à la tourmente, à l’envie et la colère – en scellant un mariage pour lequel ma présence était révoquée. J’hochais la tête faiblement, étourdit par l’excès de considération, déniant ce lien absurde. Elle avait anticipé mon incroyance envers ces Sept dont elle faisait ses idoles, ne faisant aucun cas de tout ce que j’aurais pu dire pour la dissuader de tenir pareils propos. Elle n’avait de considération que pour ce signe divin venant alléger son fardeau, ponctuant ses spéculations d’un sourire radieux. « Je ne vous mérite pas, Faust, et si vous me permettez cette confidence effrontée, je crois que la Reine elle-même ne vous mérite pas, et qu'elle ne voit pas le don du ciel qui lui a été fait... » Stoïque, la bouche s’entrouvrant sans qu’un son ne s’en extirpe, le cœur cognant contre mes tempes. J’inspire jusqu’à ce que ma respiration se bloque. Rhaenys Targaryen avait retrouvée sa famille et son royaume. Au terme d’années d’essais à la résilience à faire du Nord sa nouvelle patrie, elle regagnait des acquis pour lesquels je m’étais moi-même battu. Aujourd’hui, elle ne me remarquait plus. Wendy Piper avait perçue la distance entre la souveraine et le suppôt du dragon. Elle avait été témoin de ma chute d’orgueil, alors qu’on m’écartait sans ménagement. J’étais l’épée lige dont on se dispensait trop aisément, dont la valeur n’était reconnue que par une dame d’atours reconnaissante que nous ne soyons plus inconnus l’un a l’autre. Le gardien bienfaiteur – chevaleresque, mais toujours insuffisant. Ainsi, je ne méritais la présence d’aucun et aucun ne méritait la présence d’un sauvageon.

Le ton changea drastiquement, laissant les compliments malheureux derrière nous. La jeune femme avait voulu bien faire, se montrant charmante dans un élan de franchise spontanée, mais cette mention m’avait certainement heurté. Elle s’était parée d’un enchantement apaisé, s’offrant la chance d’exaucer ce besoin de légèreté que la noblesse ne lui permettait pas. Elle me ramenait à elle, proposant silencieusement la poursuite de notre marche, se prélassant à mes côtés, gracile. Ma surprenante compagne ne se faisait plus prier de faire tomber les simulacres, se dégageant de ses nombreux tracas. Sa curiosité se portait  vers moi, ma famille, ma région. Les propos sans conséquences furent bien accueillit. La distraction était nécessaire, malgré mon humeur terne. «Ce qui est difficile, ce n’est pas la distance creusée par le chemin parcouru, c’est d’oser porter le regard là d’où nous venons et nous assurer que nous avons prit la bonne décision. Et pour la plupart, nous en douterons toujours. L’homme aime se couvrir de souvenirs banals que le temps parvient à rendre meilleurs. Mais d’aussi loin qu’il m’est possible de me rappeler, j’ai toujours su que je traverserais les frontières. Et lorsqu’on voit le jour dans le Nord, il n’y a qu’une seule direction possible à nos rêves d’aventures. S’étale alors sous nos pieds un univers tout entier. Le sol que j’ai foulé n’était rien de plus qu’une route et il y a longtemps que le givre s’est chargé d’en couvrir le sang. Là d’où je viens, personne ne m’attend... » Les aléas terribles de la vie. Voilà ce dont il était finalement question dans cet abrégé finement effleuré. La manœuvre était sinistre, mais le résultat n’avait rien de plaintif. J’étais résigné, observant le passé avec la distance des années et la maturité qu’on acquiert à force d’épreuves. Il y avait longtemps que je n’avais pas eu de pensés pour eux, cette famille décimée par la rage et le fer. Pas plus que je m’étais accordé de temps pour la nostalgie d’une autre époque. J’aimais croire que rien de l’éternel hiver ne pouvait me manquer. Tout ce qui m’importait, était de prendre part à ce futur dont les pages blanches des grands manuscrits s’abreuveraient. Le passé lui, ne pouvait être réécrit. « C’est dans la vallée de chênaie, près des gorges gelées, que la morsure de l’hiver s’est refermée sur moi comme une bête affamée, mais c’est le feu qui m’a vu naitre...et je ne l’ai jamais quitté. »  Le prince damné, dont l’âme troqué par le maléfice, se consume pour servir celle dont il croit partager le même héritage. La légende prémonitoire d’un destin embrasé par la passion. Ma genèse se trouvait dans le Nord, mais mon cœur m’appelait auprès du dragon. En dépit des souffrances, elle était ce que j’avais de plus précieux. Elle était ma famille, mon sang, mon adorée. Dans cette leçon de loyauté, je vins lorgner vers celle dont j’avais capté toute l’attention.   « Je veux croire que certaines choses se destinent à d’autres sans qu’elles ne soient invoquées par la puissance d’un être divin. Que nos décisions ne souffrent d’aucune influence et qu’elles ne soient que la réponse naturelle de nos propres désirs. Je ne saurais pourtant pas expliquer le fruit de hasards trop parfaits et bien que je préfère poser mes croyances sur ce qui m’est familier, je ne peux ignorer cette force trop grande, comme celle qui me lie au dragon. À vos yeux, notre reine ne mérite pas tant de dévotion et au miens, personne ne saurait en être plus digne. Qu’elle ignore ce qui fait d’elle un être unique ou qu’elle n’accorde pas le moindre regard à celui qui se promet à elle, cela ne devrait souffrir d’aucun démérite. Je ne suis pas celui qui fera d’elle une meilleure personne. Je ne suis qu’un homme. Un homme animé par le même feu. Un homme dont la place n’est nul autre qu’auprès de ceux qui lui sont cher. » Une colère sourde s’émancipait de paire, avec tout l’amour que j’éprouvais. Rhaenys. Son évitement m’avait été fatal. Son silence, insupportable. Ses décisions, un châtiment violent. Et après tout cela encore, je ne pouvais m’empêcher de prendre sa défense. Au nom de ce lien inconditionnel vivement malmené, je m’étais incliné. J’étais aveuglé par des sentiments exprimés par la légende, choisissant l’ivresse du soupirant à la haine du paria. Aurais-je seulement pu faire autrement. De cette apologie, la conclusion ne pouvait être plus claire : J’avais besoin d’elle plus qu’elle n’avait besoin de moi. « Certaines personnes valent chaque sacrifice qu’on leur accorde. » Vins-je conclure avec l’aplomb de celui qui se dévoue avec infinie tendresse. Mes yeux se lèvent vers ce dernier couloir emprunté, je suis mortifié. Une fois de plus, je m’étais laissé guider par l’avidité de mes désirs. La nymphe des eaux pouvait sans doute comprendre les enjeux du cœur, elle qui s’était mise au service de son ainée, posant le pied dans la tanière d’un lion malcommode. Cependant son absolu était tourné vers elle-même, plus qu’envers quiconque. Elle avait apposé des limites là où je n’en avais aucune. Mon visage blafard portant les marques de la rudesse, vestiges d’un banquet chaotique, vint se tourner vers elle. J’appréhendais le déchirement de notre contiguïté. Ce corps se calant contre le mien s’éclipserait derrière l’une de ces portes et l’insupportable solitude m’envelopperait de son infâme manteau. Je soupirais, délaissant le ton vénérable, y préférant l’amicalité complice. Doux et posé. « Je ne suis pas votre sauveur, dame Wendy. Et si vos Sept osent faire de moi votre guide, c’est qu’ils sont bien moqueurs. Mais, je veux bien me laisser convaincre à l’idée que notre rencontre n’est pas entièrement qu’un aléa stérile. Je n’ignore pas que tout ceci sera probablement notre unique chapitre et que lorsque vous direz adieu à ce courtisant vertueux à qui vous prêtez les intentions pures d’un serviteur de bien, il n’en restera plus que la mémoire de nos échanges dont vous serez libre de disposer. Mais... J’hésite. La pause fut de courte durée. Tout juste le temps de peser chacun de mes mots... s’il s’avère que vos dieux n’en aient pas fini avec nous, j’espère que le regard que vous me porterez au terme de cette journée terrifiante, sera celui de votre ravissement et que votre compagnie me sera accordée en dépit du peu que je représente. Et là seulement peut-être, je dis bien peut-être, qu’il me plaira de répondre aux souhaits de vos croyances en vous évitant d’oublier celle que vous êtes réellement. » Un sourire assumant un peu plus son espièglerie vint ponctuer ma volonté. La grisaille n’avait su quitter les tréfonds de mon âme blessé, mais dans mes iris azurés brillaient l’envie d’en omettre l’existence. L’espoir. Cette fois tiraillée entre la fatalité d’une rencontre peut-être veine et l’expectative de sa pertinence. Je voulais croire, mais j’avais peu de foi. Au lendemain de cette nuit terrible, Wendy Piper retrouverait l’inconfort des faux-semblants. Elle plongerait dans la foule armée des mêmes intentions néfastes et poursuivrait sa quête secrète. Je ne comptais pas l’en dissuader, ni même venir m’imposer dans ce destin incompatible. Je voulais tout simplement qu’elle ne puisse oublier.  


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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Not all those who wander are lost ¤ Faust&Wendy

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