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 My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Mar 19 Déc 2017 - 17:20

my silver lining






Son front est dans sa paume, lourd de maux. Statue figée, fatiguée de prières non exaucées, Rohanna Baratheon se sent seule. Des étages plus hauts, tous s’affairent à célébrer la naissance de Boremund. Petit être, informe, fripé et trop rouge. Pour la naissance de cet héritier d’Accalmie, le cor de chasse a sonné. On a acclamé le labeur de la Dame, on l’a remercié d’avoir donné le fils que tout le peuple attendait. Les corbeaux ont volé à vive allure jusqu’aux champs de bataille et le brave et fier Theodan est rentré à brides abattues. Que n’aurait-on fait pour ce petit être, déjà tant aimé et tant chéri ! Lors de la délivrance, la Biche Pendue avait aidé sa belle-soeur, mettant sa rage et sa colère de coté, lui offrant sa force dument retrouvée. Elle l’avait encouragée, lui avait dit de continuer, ne pas laisser la douleur gagner ses déterminations. A tant l'encourager, à tant vivre l’instant, elle avait presque cru que ce serait son fils qui vagirait. Vain espoir, ses enfants étaient morts un an auparavant. Sa propre faute. Une faute que Kyra se faisait joie de lui rappeler un peu trop souvent. En tant que future Dame d’Accalmie, Rohanna avait eu le droit de recueillir l’enfant parmi les premières. Dans ses bras, on le lui avait confié sans aucun mot et elle avait sourit. Elle avait laissé son index errer sur ce doux visage, les doigts du nourrisson enlacés autour. Un moment partagé, intense, qui n’avait fait que lui renvoyer ses propres devoirs ratés. La vérité était que de longues heures s’étaient écoulées avant qu’elle ne retrouve force nécessaire pour se lever et reprendre ses devoirs. Malheureusement, la blessure intime était forte et demeurait pénible à supporter. Après sa fausse couche, l’organisation du mariage du prince à la lionne, l’extermination de la Maison Torth, le doux mariage d’Eleneï, le Jugement des Sept avaient réussi à lui occuper suffisamment ses journées pour qu’elle n'y pense plus. Cette récente naissance, néanmoins, avait le lourd poids de la mélancolie. 


A cette heure là, les cuisines sont pratiquement vides. Tantôt, en par le petit escalier de pierres, elle avait effrayé certains serviteurs qui croyaient voir arriver quelques remontrances, voire pire. Il n’en était rien. Tout comme sa mère, tout comme à Gallowsgrey sur les terres des Trant, les cuisines étaient le seul endroit où la Dame ressentait un peu de chaleur. Celle d’un foyer aimant. Pratiquement quatre années qu’elle était mariée à Ser Robart. Depuis son mariage, les choses étaient restées inchangées : la guerre ne savait pas faire autrement que d’offrir le même quotidien tourmenté, trop lent et trop rapide. Les bassesses de Kyra étaient plus ou moins vives selon les nouvelles du front ; les largesses de Tess toujours plus protectrices. Il était à se demander si, parfois, la véritable guerre de Westeros n’était pas entre la Lionne et la Biche. Leur haine, leur rancune et incompréhension respective semblaient sans limites. Evidemment, au retour des guerriers les masques étaient rayonnants et on ne laissait pas la moindre idée de cette atmosphère putride. Rohanna en était fatiguée et Robb lui manquait terriblement. Elle trouvait particulièrement injuste qu’il ne soit pas à ses côtés en cette épreuve. On pouvait bien saluer Theodan pour sa bravoure, sa droitesse et son bon coeur, mais elle ne pouvait s’empêcher de lui porter une vive rancoeur ! Pour leur perte, le héros n’avait eu aucun mot à son égard. A croire que désormais Jasper, le cadet, était le préféré et l’illustre membre de la Maison Baratheon ! Probablement peu objective, sa jalousie gonflait de jour en jour, d’heure en heure. Elle ne supportait plus l’attitude de Jasper et si elle l’avait pu elle lui aurait arraché cette crinière dorée peu saillante pour un cerf ! Fils de sa mère, il semblait être à la botte des lions. Fichtre, trop de Lannister avaient infesté ces terres !



Un long soupir sort de son corps frêle. Quand terminerait cette guerre fratricide? Cette guerre qui lui arrachait son seul réconfort, son seul amour, sa seule force. Il lui semblait n’avoir jamais connu que cette longue attente, morne et insidieuse. Attendre la mort qui viendrait ou ne viendrait pas. Et, comme si ce n’était pas suffisant, désormais il lui faudrait écouter les pleurs sans fin de ce nourrisson indésirable ! La nuit dernière, elle avait rêvé que les pleurs se taisaient… calmement la mort était venue, par piété à sa violente tristesse. Depuis, le songe ne voulait plus la quitter et cela l’effrayait. Meurtrière, elle ne l’était pas. Plus tôt dans l’après-midi quand les attentions autour de la nouvelle mère et du nourrisson étaient devenues trop vives, et son songe trop pressant, elle avait prétexté avoir reçu un corbeau de son époux et avait dévalé toutes les marches jusqu’ici. Dans sa course folle, elle avait cru qu’elle pourrait y trouver les siens en train de s’esclaffer de quelques âneries. C’était un leurre de sa conscience. Les salles étaient silencieuses. En la voyant s’assoir, le regard vide, la cuisinière lui avait apporté quelques mets et -surtout- un grand pichet de vin dans lequel elle avait essayé d'oublier ce désir impur. Habituée des lieux, Rohanna connaissait tout des histoires des bas-étages de la forteresse. Elle s’intéressait bien plus à cette vie qu’à celles des autres Dames qui léchaient les souliers mordorés de sa belle-mère, de sa bru désirée et de la Connington. Aussi, si on voulait la surprendre à rire et faire la pitre, il fallait désormais accepter de venir se perdre dans ces caves communes.



« Ser Edric… »



Derrière elle, le chuchotement d’une voix dont, aussitôt qu’elle en prend conscience, les mots se perdent. Recrachant sa gorgée, se redressant vivement, tapotant ses joues déjà rouges, elle se fige dans une grimace peu équivoque. C’était bien sa veine que le fils puiné de Theodan vienne troubler sa quiétude, ici dans cette cachette secrète ! Vifs et rapides, ses yeux se jètent sur son verre à moitié vide. Que dirait-il à Robb? Que sa femme était une soularde? Décidément, les Sept étaient bien durs à son égard. Prenant son courage à deux mains, il était inutile de croire qu’il n’avait pas pu remarquer sa présence, elle le regarde par dessus son épaule. 


« Edric? ! Hm. Le dîner n’est pas encore prêt, nous étions, justement, en train d'en superviser le menu… n’est-ce pas Brunelle? »



« Euuuh, mais oui ma Dame ! »




Pour couvrir son mensonge, la servante cache son visage dans son cou. Elle appréciait beaucoup la Biche Pendue, mais n’avait aucune envie de se trouver témoin d’une scène familiale houleuse. Rohanna essaie de soutenir le regard de ce frère qu’elle ne connait que peu, avec une certaine lumière faussement hautaine dans son regard. C’est comme un air de défi qui lui donne la contenance que même la vinasse n’a su lui donner. 




« Que voulez-vous mon frère? Nous sommes extrêmement occupées...  »




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Edric Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Mar 19 Déc 2017 - 22:34

Edric Baratheon ne prit pas la peine de frapper - pourquoi l'aurait-il fait ? Il était dans les cuisines et il était chez lui. Les cuisines avaient toujours été, avec la volerie, son endroit favori du château familial. De tout temps, les cuisinières l'avaient trouvé trop maigre, si bien qu'il pouvait y manger quelque chose de chaud, de croustillant ou de salé à n'importe quelle heure de la journée. C'était encore vrai aujourd'hui, plus que jamais peut-être ; la guerre avait rongé la viande sur l'os, et il ne restait que tendons et muscles sur son grand squelette de vieil adolescent.

Il tenait du miracle qu'il n'ait jamais croisé Rohanna ici. Car elle semblait y avoir ses aises, attablée le plus naturellement du monde, pas franchement comme une dame, jusqu'à ce qu'elle l'aperçoive et que la raideur revienne - mais à ces joues roses et à ces yeux brillants, elle ne pouvait rien faire. Malgré ses simagrées, elle ne faisait même pas semblant d'avoir l'air contente de le voir, à l'inverse de toutes ces fois où il était allé la visiter et qu'elle l'avait accueilli avec une politesse ennuyée. La Biche portait encore le deuil de ses enfants, et chez n'importe quelle autre l'ivresse lui eut paru charmante. Bien que leurs situations se soient pas comparables, Edric ne savait que trop bien quelle absence elle noyait dans ce verre.

Pour autant il ne la prit pas en pitié.
- Je viens superviser aussi. J'adore la supervision de ces derniers étés. Voyons boire...
Il alla se chercher un verre. Il aurait pu se faire servir, lui aussi, mais il voulait qu'elle voie, puisqu'elle le traitait comme un invité en ces lieux, qu'il savait où tout était rangé. Au passage il demanda à Brunelle comment allait sa sœur et ils échangèrent quelques paroles bas, ignorant Rohanna. Les nouvelles n'étaient pas de la première fraîcheur (Edric n'était plus si souvent à demeure), mais cela ferait l'affaire.

Il s'assit juste à côté de la Dame d'Accalmie, rognant un peu sur sa zone de confort, et se servit au pichet.
- Hum... Supervision été 46... Un arôme de sang de dragon... Fameux... pas aussi bon cru que l'été 44, évidemment, sourit-il entre deux bruits de bouche, faisant allusion au mariage de Robb et Rohanna.
Ou de Jasper et Allya. A vrai dire, l'un avait été plus fructueux que l'autre, et il avait mieux vécu l'un que l'autre. Dans les premiers temps, il n'avait guère été avec la Trant aussi accort qu'avec le reste du monde. Sans parler du fait qu'à son mariage précisément, il s'était soûlé comme un cochon. Peut-être cette lamentable première impression était-elle responsable de la distance que la Biche Pendue maintenait entre eux malgré ses tentatives facétieuses.

Facétieux, il brûlait d'envie de l'interroger sur le menu (dont, il en aurait mis sa main d'épée à couper, elle ne savait rien) mais s'abstint. Il n'avait pas pour but de tourner la Dame d'Accalmie en dérision dans ces moments qu'il savait pour elle difficile - mais quels moments n'étaient pas difficiles depuis le début des hostilités ? Les batailles se succédaient comme autant d'épreuves. Les eaux de Torth étaient rouges comme l'avaient été les draps de Rohanna, et bientôt viendrait le bain de sang final qu'Edric redoutait et désirait à la fois. Pourtant la plus dure épreuve était peut-être, pour la Biche, une bonne nouvelle, un rayon de soleil, l'héritier d'une autre. Edric se dorait à ce rare rayon de soleil, pourtant il comprenait. Il avait appelé l’Étranger lorsqu'il avait vu, ce fameux été 44, ses deux frères se marier tandis que lui, son cœur et son honneur, restaient prisonnier d'une forteresse de glace, là-haut dans le Nord.

Il leva son verre vers le sien. Le verre le plus mal dépoli et la pire des vinasses auraient suffi pour trinquer à l'alliance qu'il appelait de ses vœux.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Ven 22 Déc 2017 - 22:53

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La même lueur de défi dans les yeux, Rohanna observe Edric s’emparer de la pièce. Seigneur des lieux, il lui adresse à peine un regard qu’il échange déjà avec Brunelle. Leurs chuchotements et leurs rires semblent ignorer la présence de la Dame. Seule, isolée en plein tourment, il lui faut bien du courage pour ne pas se déchiqueter la lèvre inférieure. Ses mots ne semblent avoir aucun effet sur son frère. D'ailleurs, pourquoi en auraient-ils eu? Il n’était certainement pas descendu ici pour s’inquiéter du dîner de ce soir, ni de l’état de l’épouse de son frère… 


« Je viens superviser aussi. J'adore la supervision de ces derniers étés. Voyons boire… »



Haussant un sourcil, renfrognant une moue dubitative devant son jeu d’esprit, elle continue de l’observer. Hypnotisés, ses yeux font des vas-et-viens à l’instar de ses gestes. Evidemment, en grand habitué, il connait par coeur où sont les choses. Alors qu’il s’empare d’un verre, bien décidé à rester ici bas, la Biche Pendue lance un regard implorant à la servante. Qu’elle le chasse ! A la place, elle ne reçoit qu’un hasardeux mouvement d’épaules, amusées, celui qui se dédouane de toutes charges. C’était bien sa veine ! Allons, il fallait savoir composer. 


« Hum... Supervision été 46... Un arôme de sang de dragon... Fameux... pas aussi bon cru que l'été 44, évidemment. »



Assis à son aise, la mine facétieuse, goutant quelques bouteilles bien gardées. Cette phrase aurait pu résumer le Cerf, du moins l’image qu’il se donnait toujours en public. De longues heures Robb lui avait parlé de ses frères, mais elle devait avouer n’avoir jamais voulu les connaitre plus que ça. D’aucun aurait dit que c’était timidité face à ces colosses loués, ne rentrant que trop rarement en leur forteresse, mais c’était violemment plus complexe. Ils étaient les fils de Kyra, ils étaient les hommes les plus puissants de la région -et si les Sept le voulaient, bientôt du Royaume tout entier- et ils demeuraient des inconnus. Les descriptions de son époux n’y pourraient rien, quand il rentrait elle n’était qu’à lui. Elle s’oubliait, dévorant précieusement tout ce temps partagé, prenant des forces pour les longs mois de solitudes à venir. Edric, Jasper… longtemps ils avaient été des noms dont il était plus simple de se protéger. C’était peu réfléchi, probablement un peu enfantin… mais pour trop d’entre eux, ici encore, elle demeurait une Trant égarée. Ses appuis étaient minces, sa position fragile. Elle avait peu de souvenirs de la première fois qu’elle avait vu ou parlé à Edric. Probablement à son mariage, quatre années plus tôt. On disait que toutes les bru se souvenaient de leurs épousailles, parce que plus tard il était de bon ton d’en faire part à ses propres filles et à ses pupilles, mais Rohanna n’en avait que peu. Ils étaient flous, rapides, des sensations, des émotions, des bruits… un coeur battant. Elle avait probablement un peu trop bu de ce fameux cru… Oui, il était bien étrange de se retrouver à quelques mètres de cet homme qui ressemblait tant à Robb, dont elle connaissait tant mais … qui lui demeurait étranger. 


Noires et profondes sont ses iris quand il lève son verre vers le sien. Abandonnant son air de grande châtelaine qu’elle ne serait jamais, soufflant cette journée trop longue et ennuyante, elle l’imite. Un instant durant, leurs verres à la même hauteur, elle le regarde dans les yeux. Puis, termine son fond de verre. Aujourd’hui, il n’aurait pas de fond, même pas pour le pathétisme. Doucement, du bout de ses doigts, elle glisse la coupe vide vers Edric. Elle aussi avait le droit de superviser les précieux crus, après tout n'était-elle pas la future châtelaine des lieux?

« Arôme de sang de dragon, vraiment? »



Elle ne le regarde pas vraiment. En fait, elle se demande pourquoi elle ne part pas, elle n’a aucun compte à lui rendre. Elle pourrait reculer sa chaise, relever sa traine avec le peu de dignité qui lui reste encore, s'en draper, et s’enfuir par ces escaliers. Ils n’auraient jamais à parler. Ils n’auraient jamais à prétendre. Pourtant, elle reste fermement campée sur sa chaise. Elle veut goûter le sang du dragon, elle a entendu mille fables sur eux, mille magies et sortilèges anciens. Plus jeune, à l'aide d'une torche et d'ombres, elle avait prit l’habitude de raconter ces histoires entendues -parfois effrayantes-, ses soeurs en étaient toujours effrayées. Boire du sang de dragon... oui, un jour, elle pourrait ajouter cette anecdote… Ce serait une incroyable histoire, une fantastique épopée ! Quoique Eléana ne serait plus là pour l’entendre. Où filait donc les années de sa jeunesse? Il était injuste de la confiner en cette forteresse, de devoir simplement attendre ces hommes qui ne reviendraient probablement jamais. Aujourd’hui, avec les cris persistants de cet enfant dans sa tête, elle trouvait ça particulièrement morne… et triste. Ces jours-là, Accalmie était une prison et à ses yeux, toutes les femmes mentaient en disant qu’elles acceptaient leur condition. Un bruit sourd aurait aimé crier et chevaucher très loin, là où on ne la retrouverait jamais. 


« Je ne me souviens plus du goût du vin de quarante-quatre… »



Son buste perd de sa rigidité, il accepte de s’affaisser un peu à cette table. Sous ses cils, elles observent à nouveau Edric. Elle se souvenait de lui, elle se souvenait de ces trois frères, ces trois Cerfs. Ils étaient magnifiques. Leurs visages étaient fermés comme la plupart des invités, à part Theodan. Ils semblaient faire partie de ce monde d’or et de soieries, de richesses et gloires inassouvies. Elle revoyait le visage mordant de Jasper et les rires perdus d’Edric. Elle se souvenait de lui et de son aura si fraternelle. Autrefois, il lui avait suffit l’apercevoir pour accepter de se plier aux exigences de sa nouvelle mère deçue. 


« … gardons-le pour ce soir, Jasper et Allya en seront ravis. »



Triturant ses doigts, chassants des pensées jalouses et maudites, elle cache son visage derrière ses cheveux mal attachés. Une tavernière plus qu’une Dame, heureusement que ses vêtements étaient luxueux ! Affublée de toute part, un sourire étrange vient calmer ces ardeurs.



« Alors, Ser, que voulez-vous pour dîner ce soir? C’est qu’avec l’arôme du dragon, nous pouvons tout inventer !»




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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Mar 2 Jan 2018 - 21:28

Rohanna le regarda sans détours. Ses yeux étaient trop profonds, sa gorge l'était aussi. Elle était plus soûle qu'il ne le pensait. Mais Edric ne lui fit pas l'insulte de ne pas la resservir. Ni celle à son intelligence, d'expliquer la référence au sang de dragon. En 46, Theodan était entré dans la légende en tuant "un gros lézard", comme son fils se plaisait à décrire l'exploit. La Biche pendue, il en était certain, maîtrisait sur le bout des doigts l'histoire familiale. Mais ce soir, ses doigts tremblaient un peu.

- Juste une touche. Les raisins de la bravoure, murmura-t-il en regardant le liquide rouge sang remplir la coupe de sa sœur et souveraine.
Il l'observa "goûter" le breuvage. Le vin était-il aussi amer que ses paroles ?

Ironie du sort : c'était avec Robb qu'il buvait d'habitude. Peut-être pas de son frère, qui semblait n'avoir jamais besoin de personne ; mais de manière générale, Edric attirait la confidence. C'était un genre de malédiction. Les gens aimaient s'épancher auprès de lui sans qu'il les ait sollicités. Peut-être parce qu'il suscitait naturellement la sympathie, ou par quelque autre alchimie. La sympathie de Rohanna ? Il ne l'avait jamais eue, et ne pouvait comparer ce moment aux épanchements de comptoir. Ça n'était pas un boulet, plutôt une fêlure précieuse, une faille qu'il avait cessé d'espérer.

- L'Orage est une terre fertile. Il y aura du vin pour tout le monde, sourit-il quand elle mentionna Jasper et Allya.
Le bonheur des uns n'enlevait rien au bonheur des autres. Du moins Edric le croyait-il, peu porté sur la compétition. Rohanna enfanterait à nouveau. Il en était persuadé. Il avait foi.
- Si la Mère le veut, ajouta-t-il avec humilité.

Il mettait dans ses mots la tendresse que ne pouvaient avoir ses mains. Il avait envie de ranger derrière l'oreille de la biche ces mèches désordonnées ; mais il ne s'autorisait pas une telle familiarité. Soudain Oriane lui manqua.

La Biche eut un éclat. Le sourire lui revint. Amical ? Moqueur ? Edric n'était certain que d'une chose : il ne pouvait pas la laisser dîner en société dans cet état.
- Je prendrais des patates et du gibier, répondit-il avec entrain.
Tout haut :
- Brunelle ! Des patates et du gibier. Et du vin de l'été 44 !
Tout bas :
- Dînez ici avec moi, Rohanna.
Tout haut :
- Janice ! Prévenez ma mère que son fils préféré est indisposé.
Tout bas :
- Et pour vous, Rohanna ?
Elle devait se prononcer sur son plat et son excuse. Il ne lui laissait qu'à moitié le choix.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Mar 16 Jan 2018 - 14:31

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« Je prendrais des patates et du gibier. » A son sourire, il lui répond. Un enjouement nouveau comme si le cerf avait pu comprendre sa souffrance, comme si le cerf -d’ordinaire si distant avec elle- avait voulu lui dire ‘‘enlevons-nous ce poids du monde’’. Et, c’est la simple chose dont elle avait envie. Une chose simple : qu’une personne lui hôte cette lourdeur écrasante amassée sur ses épaules. Un index qui lui relèverait le menton vers la lumière et qui mettrait fin à ces sentiments déchirants. Notamment, la rivalité, la rancoeur et la convoitise… Cette convoitise qui lui donne des envies meurtrières et si peu nobles. Cette convoitise qu’il est tant difficile de ne pas réduire au silence, de ne pas réduire à des cendres volatiles. 



« Brunelle ! Des patates et du gibier. Et du vin de l’été 44 ! » Ses doigts se joignent pour former un claustra. Derrière, ses yeux sauvages se dissimulent mi-audacieux, mi-honteux. Ils coulent lentement, presque au ralenti, vers la pièce attenante d’où la servante de la forteresse a haussé ses sourcils fournis. Plantureuse, les yeux verts hilares, elle a croisé ses bras sur sa poitrine. On dirait une matrone qui doit prendre soin de sa marmaille, mais qui ne peut s’empêcher de tout céder. On dirait sa propre mère qui ne savait que prétendre être en colère, se donner des airs bravaches sans arriver à en exulter une vraie fureur. 

« Dînez avec moi Rohanna. » Son ton est bas, mâle et chuchoté. Tant Baratheon qu’elle pourrait presque croire que c’est Robb qui est dans la pièce. Or, il est loin. Il se bat pour sa vie : toutes leurs armées, toutes ses vies, en sa seule responsabilité. Brave, fougueux et certainement loin de se lamenter comme elle le fait. Pourquoi est-elle si faible? Pourquoi laisse-t-elle ce vers venir la ronger un peu plus chaque jour? Son visage se réfugie derrière cette palissade qu’elle s’est créée. Elle est une femme peu digne et les Sept sont bien aigres que de lui faire jouer ces tours de passe-passe. Silencieuse, recluse, ses épaules acceptent pour elle. Elles se lèvent dans un assentiment positif. Le haut de son crâne se secoue hoche lentement, lui aussi. Sa langue se gonfle et l’empêche de parler. Elle voudrait avoir la force de se pavaner et de le faire chanter : lui promettre de taire ces instants à son frère. Nul doute que s’il l’apprenait, il en serait meurtri. Pourtant, quelque part… elle n’avait pas envie de penser à Robart. Une furieuse partie d’elle, une partie qui pulse, tape et réclame. Oui, cette partie frondeuse ne veut penser qu’à elle, s’accorder cette grâce de n’exister que pour elle. Quelques heures seulement… « Janice ! Prévenez ma mère que son fils préféré est indisposé. »

Son visage se contracte en une grimace, se recroquevillant en l’espoir de se rendre invisible. Impossible. Elle sent le regard amusé de la vieille femme, obéissante à la Lionne, mais fidèle aux Cerfs. Un instant se tait. Un instant se passe encore. Dans leur tristesse, ces moments radient de complicité. Rohanna inspire avec un calme théâtralisé, elle sent ses joues rosies des terres orageuses. A devoir interagir avec les autres, prendre des décisions, elle devait bien s’avouer qu’elle avait probablement un peu trop bu.. Ses doigts, enfin, acceptent de s’écarter. Ils se rendent, il ne servait plus à rien de cacher son trouble. Prenant son air le plus distingué, s’accordant une oeillade en biais à la servante, un menton relevé ; « Janice, veux-tu prévenir mère que sa fille préférée est également indisposée… Conservant encore un temps cette attitude surjouée, devant la bouche entrouverte de la servante, béate de cette missive dangereuse. … je suis si fatiguée, si lasse, je prendrais mon repas en ma chambre et… je ne paraitrais que demain matin. » Etrangement, elle ne prenait pas souvent cette excuse -dont pourtant elle s’était longtemps excusée. Quand les hommes n’étaient pas là, le dîner devait rester équilibré entre les forces concentriques de la Lionne et de la Biche, Kyra et Tess face à face. Or, ce soir, les choses étaient différentes et ladite mère serait sans aucun doute soulagée de ne pas avoir à subir son visage ingrat. Elle en était certaine. « Et pour vous, Rohanna? »



Elle le regarde, fixement. La servante, déjà, s’éclipse dans le colimaçon des escaliers. Les chausses de bois résonnent sur la vieille pierre, polis par les âges des anciens. C’est étrange de se retrouver devant ce frère, si étranger et si connu. Il était le petit frère aux mérites et histoires enfantines racontées dans le silence de l’alcôve, mais il était cet homme aux secrets bien gardés. Sauf un… et elle n’avait besoin que de celui-ci pour savoir qu’il était différent de sa mère. Elle n’avait besoin que de ce secret pour comprendre que cet homme avait bien plus en commun avec celui qu’elle aimait que celle qu’elle haïssait. « Pareil… » Brunelle avait entendu, elle connaissait Rohanna depuis les années et savait tendre l’oreille quand il le fallait. De toute manière, elle n’avait pas vraiment faim. Toute cette histoire, cette apothéose d’événements enchainés c’était un coup du sort. Rien n’avait été prémédité, et à y penser une nouvelle grimace prit son visage dans une torsion cocasse. Heureusement, qu’elle ne s’était pas montrée éméché et défaite à la table de ce soir. Tess aurait rattrapé sa nièce, comme toujours, l'aidant ou la protégeant d’un mensonge de la même teneur que celui qu’elle venait elle-même de transmettre à Kyra.



« Merci… Edric. » Elle l’était sincèrement, parce que ce soir elle avait sourit et qu’elle avait même envie de rire. Elle n’avait plus envie de penser à la douleur, aux vagissements de cette source inépuisable de jalousie et tristesse… A part prier pour sa petite mort, ou être administrateur de cette sentence, il n’avait rien à faire. Cet enfant vivrait et il serait pour toujours la marque au fer rouge de sa honte et de son incapacité. « Je suis très triste parfois. Une immense mélancolie qui se déverse et je ne sais pas comment l’arrêter. La Mère ne me vient pas en aide, malgré mes offrandes et libations. Et quand je pense à Robb… Sa voix s’arrête, elle ne devait pas lui parler de ces choses. Elle ne devait pas lui dévoiler toutes ces faiblesses, elle serait une proie trop facile à éliminer -quoiqu’il y avait peu d’espoir que ce soir elle montre le contraire- … a-t-il de la rancoeur envers moi? » Il lui avait dit que non, il lui avait dit que sa vie était plus importante. Des mots consolateurs, fiévreux de ferveurs amourachée, mais seulement des mots. Les mots étaient des menteurs, des tueurs et des assassins. Loin d’elle, Robart avait du bien plus montrer sa déception et sa colère à l’idée de la perte de ses héritiers. Ravivée avec la naissance de celui du cadet, celui qui faisait tout pour rester dans les jupes de sa mère… Jasper. Les lèvres se pressent, elle aimerait taire cette prochaine question… mais elle ne le peut pas. Elle vient la tourmenter, elle la tourmente depuis trop longtemps. « Comment fais-tu pour supporter d’être séparé d’elles? »


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Edric Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Mar 16 Jan 2018 - 22:39

Que cachait Rohanna derrière ses doigts ? Sa honte ? Ses larmes ? Son sourire peut-être ? Son trait d'esprit le laissa espérer à Edric. Sa demi-audace : elle se déclarait la fille préférée de Kyra (elle l'était encore moins que lui, son fils favori !) ; pourtant, elle prit la peine de s'excuser. La Suzeraine d'Accalmie n'avait pas à se justifier. Lui-même s'en dédouanait. Lorsqu'il était mécontent, Edric avait gardé cette mauvaise manie de partir sans préavis. Caprices qu'il devait modérer en ces temps troublés.

Rohanna elle, devait s'affirmer, ne plus se cacher derrière ses doigts, ne plus s'excuser, ne plus douter d'elle - de sa force, de ses entrailles - ni de son propre époux. Mais Edric n'était pas là pour la chapitrer. Ce soir, il lui permettait d'être faible et il était heureux de partager cette faiblesse avec elle. Il fut touché par ses assentiments, ses remerciements murmurés, par l'aveu de cette tristesse qu'il avait forcément remarquée. Il ne pouvait pas davantage l'épauler ; Robb le pouvait.

- Que vous dit votre cœur ? répondit-il, cherchant dans les yeux de Rohanna la vérité qu'il connaissait déjà.
Robb n'était pas furieux, en tout cas, pas envers elle. Au plus profond, il partageait sa peine, peut-être sa convoitise. Mais son regard sur son épouse n'avait pas changé, de cela, Edric pouvait témoigner.

De cela seulement, car Robb ne lui avait pas parlé. Ils ne faisaient que se croiser ces dernières années. Pourquoi Rohanna le questionnait-elle, lui ? Ne voyait-elle pas qu'elle était plus proche de son frère que lui-même ne l'était, ne l'avait peut-être jamais été ? Les deux frères partageaient souvenirs et attachements communs, convictions plutôt que conversations intimes. Jamais Robb ne lui avait posé la question qu'elle venait de souffler.
- Comment fais-tu pour supporter d’être séparé d’elles ?

Edric faillait lâcher son verre. Bien qu'aucun nom n'eut été prononcé, il n'y avait d'ordinaire que Kyra pour oser mettre les pieds dans le plat.

En réalité il ne le supportait pas. Mais il était là, pas vrai ? avec son sourire tordu et ses épaules droites. La mélancolie qu'évoquait Rohanna ne l'avait pas emporté. Elle le noyait moins que la culpabilité, voire les regrets. S'ils avaient pu revenir en arrière, peut-être que lui aussi aurait choisi de ne pas chevaucher, ce jour-là. Alors oui, Edric supportait, il supportait plutôt bien, du moins en apparence, et il se détestait pour ça. Il s'en tirait à bon compte. De lui, le clown de la famille, celui qui n'en faisait toujours qu'à sa tête, celui qui n'avait pas corrigé ses immaturités, on n'avait pas sans doute attendu beaucoup mieux - même s'il avait lu la déception dans leurs yeux. Qu'en était-il pour la première Dame de Winterfell ?

L'arrivée des deux gigantesques écuelles lui permit de garder toute sa contenance. Edric ne se laissait pas fissurer si facilement que Rohanna, peut-être parce qu'il avait moins bu, ou que sa perte était moins définitive (il l'espérait) que celle de la Suzeraine.

Au "comment" il répondit prosaïquement, sincèrement, avec faiblesse. Peut-être Rohanna avait-elle plus besoin de sa faiblesse que de la force de Robb, à cet instant.
- Je leur écris des lettres, et puis je les brûle.
Il leur servit un verre de vin de l'été 44. Fidèle à sa nature ou à son masque, il ne put s'empêcher de plaisanter.
- Ne le dites pas au Mestre ; tant de bon papier parti en fumée, cela le rendrait plus triste que moi !

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Rohanna Baratheon
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Lun 22 Jan 2018 - 0:38

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Edric était troublé. Tant troublé qu’il n’avait pas eu le temps de le dissimuler sous l’un de ses sourire caractéristique. A ce trouble, Rohanna ne s’eut détacher ses yeux. C’était comme voir le Cerf pour la première fois. Une lutte semblait quereller en lui. Réfléchissait-il à lui répondre? Après-tout, quelle mouche avait bien pu la piquer pour poser une telle question ! Une profanation à son intimité. Intimité dans laquelle elle n’avait pas le droit de pénétrer ainsi. Incapable de réagir, le temps serait resté suspendu encore longtemps si Brunelle n’était pas arrivée les bras chargés de leurs victuailles. Cette entrée gourmande fit disparaitre la moindre agitation qu’elle avait cru apercevoir. En effet, le corps de la servante lui obstruant la vue, un instant avait suffit pour qu’il chasse toute pensée. Le statu quo était rétabli, le repas terminerait silencieusement. Comment aurait-elle pu le blâmer pour cela? Fichtre. Elle s’étonnait elle-même de son audace ! Or, il était trop tard. Trop tard pour ravaler ses mots. « Je leur écris des lettres, et puis je les brûle. » Sa poigne habile leur sert du vin. Machinalement, pantoise de cet aveu, elle laisse quelques gorgées rassasier son silence. Il devient de plus en plus sucré, ce vin. Une véritable douceur. Une douceur terrible qui anime ses papilles de quelques ardeurs nouvelles. Elle avait usé du même stratège, quelques années auparavant : écrire pour mieux se mentir. Croire que tout était possible, que tout pouvait être différent. Les mots aidaient, aah ils aidaient ! Malheureusement, quand il était heure de les accrocher à la patte du volatile noir, tout revenait. Une avalanche de sentiments et de pressions diverses. C’était bien impossible, finalement, que d’envoyer ces lettres ! Alors, il suffisait de faire le chemin inverse, les précieux mots cachés dans la paume. Allumer une bougie et les brûler soi même. De sa candeur, la flamme venait détruire pour toujours ces instants de faiblesses. Un réconfort certain, voilà une confidente qui ne parlerait jamais. Pourtant, dans la bouche du frère tout sonne différemment. Une fausse résilience. Que faire de cette révélation à l’accent bien grave? Les yeux ronds, bloqués sur le profil du Baratheon, elle continue de boire à grandes gorgées. Seule l’ivresse semblait pouvoir apaiser son long corps. « Ne le dites pas au mestre ; tant de bon papier parti en fumée, cela le rendrait plus triste que moi ! » Au même moment qu’elle lève les yeux à la voute, son godet s’entrechoque sur le bois. Des dizaines de perles rouges viennent tacher ses manches évasées. C’était bien sa veine. Un instant, feignant de faire disparaitre son crime, elle hésite à quoi lui répondre. Elle pourrait continuer sur les confidences et lui dire… moi aussi, j’ai longtemps brûlé mes lettres. Celles pour ma famille, par ce fait avouer qu’elle avait tenté d’entraver les règles de Kyra, et celles à Robb. Aux premières semaines de leur union quand elle ne comprenait pas pourquoi elle devait répondre ou écrire à cet homme qu’elle ne connaissait pas. Plus tard aussi, quand elle avait voulu lui confier des sentiments, des angoisses féminines… mais elle ne le fera pas. C’est au tour du cerf de se dévoiler, son esprit n’est pas assez embrumé pour l’oublier. « Allons ! je ne peux décemment rien cacher au mestre ! » Elle ne le regarde pas, feintant tout son sérieux. Sous la table, ses genoux se pressent l’un contre l’autre, elle se veut rester sérieuse. Sans préambule, elle commence à manger. Dévorer. Oui, dévorer serait plus exact. Svelte, un peu trop au goût de sa Lionne, son appétit était pourtant tenace. Longtemps, elle s’était attendue à grossir comme les gorets des porcheries, mais les années l’avaient laissé avec le même tour de taille. Infantile. Ses hanches ne s’étaient jamais réellement épanouies, obligeant les couturières à user de ruse pour lui offrir une allure souhaitable. Mâchant bruyamment, jouant avec aise de l’inconfort de la situation, Rohanna lui jète quelques coup d’oeil furtif. Elle avait parfaitement compris sa plaisanterie, mais elle voulait retrouver cette faille. Ce détail qui rendait plus aimable sa présence… qui le replaçait sur l’autel des mortels de ce monde. Cette faiblesse dévoilée rendait ennuyeuse son ton frivole. « Non. C’est certain. Désormais, je ne pourrais plus jamais regarder notre très estimé mestre sans penser à ce qu’on lui dissimule… » Elle continue de manger. Si son être tout entier semblait étanche à sa soif, son estomac lui réclamait ! Elle pouvait le sentir gronder et quêter bouchées supplémentaires ! Ses genoux continuent leur pression, elle va jouer un peu plus. Après-tout, il n’y avait pas qu’Edric qui pouvait se montrer facétieux. Combien de dermes avait-elle réduit à néant? Elle ne les comptait plus. Tant de petites morts pour d’autres encore plus petites. Singeant une désolation supplémentaire à sa vie, déjà tant remplies, elle lui fait comprendre que ce manque d’honnêteté lui pèse. Elle lui intime de boire avec elle, d’un geste du poignet. Un geste qu’elle ne connait pas, mais qui lui rappelle la gestuelle édulcorée du Roc. La nuit serait paisible, mais par la Jouvencelle le réveil douloureux ! « Penses-tu que tu pourras … » Bruns, questionneurs, ses yeux brillent d’un malice silencieux. Puisqu’il ne semblait pas supporter les questions directes et incisives, la méthode serait tout autre. « … pourrais envoyer les futures lettres? » Pour le bien de notre très estimé mestre, évidemment.


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Edric Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Jeu 25 Jan 2018 - 20:52

La confidence n'inspira à Rohanna qu'une rasade supplémentaire. Dans un geste maladroit, la Suzeraine de l'Orage s'éclaboussa. Edric commença à se dire que la supervision avait assez duré. Il voulait être proche de la Biche, mais pas trop. Il n'avait pas envie de lui tenir les cheveux. En quoi lui profiterait cet instant de proximité si le lendemain, elle ne pouvait plus le regarder ?

L'humour de Rohanna chassa ses inquiétudes. C'était un trait qu'il ne lui connaissait pas. Elle se voulait pince sans rire, mais Edric ne marcha pas : il rit aussitôt, voire trop vite. Et elle en rajoutait ! Et elle mangeait, buvait, et elle s'agitait ! Malgré la mélancolie dont elle parlait, ou peut-être pour la conjurer, la Biche vibrait de vitalité. Elle était comme une petite fille qui pigne, qui obtient tout ce qu'elle veut, sucreries et attentions. Edric s'exécuta, savourant sa coupe, mangeant ses patates, essayant de tenir le rythme. Edric s'exécuta, entrant dans son jeu.

Passé la surprise première, il n'était plus gêné. Il n'avait pas honte d'Ashara ni de Cathan, pas cette honte là. C'était la femme que les hommes et les Dieux lui avaient donnée, la fille que les Dieux lui avaient donnée. Il l'avait épousée devant les Sept et ça n'était qu'à cause de la guerre que la petite louve ne portait pas le nom du Cerf.

- Si la Mère le veut, répéta-t-il, mastiquant ses patates.
Puis il s'en voulut de marier la Mère avec ses pommes de terres, déglutit et reprit :
- En temps de paix, les corbeaux volent plus vite.

Si seulement la paix pouvait tout arranger ! Pourquoi ne l'eut-elle pas pu ? L'aube serait claire après le crépuscule sanglant. Pure, ou du moins purifiée. Le blé repousserait sur les champs de bataille. La neige étincellerait au pied de Winterfell. La pluie luirait sur les terres de l'Orage. Le château serait plus beau que lors du mariage du Martell, pourtant sans or et sans bannière, avec seulement les cris des petits Cerfs - Cathan rousse comme il se l'imaginait, Boremund et sa mini-crinière de lion, et le petit de Robb et de Rohanna, avec ces yeux-là.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Sam 27 Jan 2018 - 15:52

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« Si la Mère le veut. » « Ah ! et de quelle mère parlons-nous exactement? », ils continuent de briller de malice ces grands yeux bruns. Une audace portée par les efflures du vin, certainement. A vrai dire, Rohanna avait du mal à comprendre comment « la force des femmes » pouvait venir en aide à Edric. Envoyer une lettre ne nécessitait aucune miséricorde que la propre sienne. Quant à l'autre mère... La rivalité, ou du moins la querelle, entre Kyra et sa bru n’était pas de vertu commune. Evidemment, les habitants de la forteresse connaissaient la guerre impossible que se livrait les deux aînées, la Lionne de l’Orage et la Biche Noire, et leurs épées-lice, la Biche Pourpre et la Biche Pendue. Un vrai conte pour veillées nocturnes, il fallait l’avouer. Pourtant, quand les hommes rentraient en leurs demeures, toutes essayaient de cacher leurs petites inimitiés. D’une volonté partagée, on offrait la meilleure force possible. Une Maison soudée. A l’annonce de sa grossesse, Rohanna avait vu la mère s’adoucir et l’entourer de bienveillances, jusqu’alors inconnues. Lors de sa fausse couche, la vieille lionne avait même accepter de taire la perte à son fils aîné. Une sorte de fraternisation féminine… mais qui s’était évanouie. Rapidement. Elle n’avait jamais abordé le sujet d’Ashara Stark avec Kyra, d’ailleurs, à bien y penser, c’était un sujet dont on ne parlait pas. Un sujet si honteusement ignoré qu’on avait terminé par l’oublier, tout aussi honteusement. Le fait qu’elle ait une nièce, égarée à des semaines de voyage, même Rohanna ne souvenait pas assez souvent. Finalement, avec un égoïsme humain et déconcertant, elle avait tôt fait de ne se préoccuper que de Robb, Tess et elle-même. Son coeur pansait les blessures de sa famille, mais toutes communications étant interdites, ce n’était qu’un silence. Un silence de plus. Et Edric mâche ses patates, tranquillement. En apparence. Pétillants, malicieux, ses yeux se plissent. Ils le sondent. « En temps de paix, les corbeaux volent plus vite. » Il continue de mâcher, avec le même mécanisme déconcertant. C’était donc tout? Face à son grand jeu de comédienne, aucune promesse de lettre envoyée? Un instant, elle se demande ce qu’elle va bien pouvoir dire au mestre avant de reposer sa fourchette. Tout cela n’était pas un jeu. Le corps d’Edric n’était qu’un lourd secret de désirs renfermés et tus. « Ne dit-on pas que la guerre exalte la hardiesse? » Sa gorge se serre car elle se souvient des peurs et des angoisses de son époux. Elle peut encore sentir la palpitation de son coeur quand il voulait lui taire quelques scènes trop répugnantes. Alors, elle n’avait aucune autre force que celle de prendre sa tête contre sa poitrine et le bercer lentement. Imperceptiblement. Elle ne les avait pas vu ces horreurs, mais, à chaque retour du fils du Cerf, elle les recueillait en elle. A leurs effets, elle avait conçu une place à part : un coffre scellé qu’elle ne laissait jamais se réouvrir. La souffrance qu’elle pouvait lui ôter et qu’elle enterrait en elle. Des petites morts qu’elle acceptait sans ciller. Et soudainement, elle pense aux femmes d’Edric. Quel traitement leur réservait-on? Quelle ignominie que d’appeler le fruit de leurs amours une bâtarde ! Cathan, née d’un amour sincère, était un joyau.



Finalement, laissant sa phrase en suspens, elle continue de manger. Distraction frugale et combien mortelle. Perdue dans ses pensées, le vin tourmenteur, elle engloutit son assiette. Il lui semble qu’aucun repas n’a été aussi bon depuis des années. Son frère était un inconnu, mais un inconnu un peu plus appréciable. Derrière sa façade facétieuse, contenue et franche, se trouvait un homme plus secret. En cet instant, de la peine, de la colère ou de la tristesse, elle n’aurait su réellement dire ce qui émanait de lui. Elle n’était pas non plus certaine d’avoir le droit de le pousser dans ses retranchements, plus qu’elle ne l’avait déjà fait. Il lui faudrait, déjà, remercier les Sept pour sa bonté de ce soir. Il aurait bien pu rapporter son état à la matrone, et, ou, la rabaisser par quelques réflexions condescendante. Pourtant, elle était trop franche ou trop spontanée pour refouler toutes les questions qui l’assaillaient ! Elle ne pouvait se résilier à comprendre l’attitude faussement détachée de ce frère : elle aurait aimé qu’il s’emporte et qu’il arrache aux murs quelques paroles grondeuses ! « Et que diront-elles, ces merveilles du Nord, si elles ne reçoivent plus de tes nouvelles? Demain, la guerre ne sera plus une excuse. » Ils gagneraient cette guerre. Ils vaincraient cet imposteur et, vainqueurs, Westeros serait à eux. Edric retrouverait sa belle, mais… qui sait ce que le Seigneur de Winterfell, ce Jorah, était capable de faire pour contrer leurs désirs? A ses yeux de femmes, c’était clair, malgré les difficultés, Edric ne devait jamais perdre espoir. Il ne devait jamais cesser d’écrire à la louve, pour qu’à son tour elle puisse nourrir cet espoir de retrouvailles. « Je veux connaitre ma nièce. Non. J’ai même expectance de vivre avec elle… alors tu enverras ces lettres et moi je tairais au mestre tes méfaits. » Caché sous un amusement, ces propos étaient fermes. Déterminés. Le pointant de sa fourchette, peu diplomate, elle ajoute d’un ton perçant : « Soyez bien averti, Ser, je ne vous recevrai jamais plus à ma tablée si, d’aventures, vous deviez baisser les bras. » Et quelle noble tablée avions nous là ! « Ces jours-ci, rares sont les mères qui ont miséricordes... »
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Edric Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Dim 4 Fév 2018 - 12:55

Edric ne comprenait pas bien où Rohanna voulait en venir. De quelle autre Mère aurait-il voulu parler ? D'Ashara ? Pourquoi Ashara n'eut-elle pas voulu qu'il lui écrive ? Il espérait que la louve recevait ses missives avec bonheur, même si celles-ci, et les réponses d'Ashara plus encore, étaient rares - la guerre encore, il n'en doutait pas. Rohanna voulait-elle qu'il doute ? Ou qu'il ne doute plus et écrive davantage ? Mais Edric ne le pouvait, lorsqu'il était en campagne, ou n'osait, leurs échanges clandestins devant rester modérés. Il manquait de "hardiesse" ? Merci, il avait été suffisamment hardi pour toute une vie ! Voilà où sa "hardiesse" les avait menés, la louve et lui.

Le Cerf finit par poser sa fourchette. Rohanna, elle, continuait de manger et surtout, de parler, à tord et à travers. Ses mots lui faisaient tord. Edric sentait la chair de la pomme de terre se figer dans sa bouche, et sa chair à lui, sa chair qu'Accalmie apaisait, fourmiller de colère. Il déglutit, la boule tomba dans son estomac. Pesant, il se força à demeurer sur ce banc plutôt que de fuir comme il en avait l'habitude lorsqu'il était contrarié. Il ne voulait pas se brouiller avec cette belle-sœur qu'au contraire il avait voulu apprivoiser, mais il ne pouvait laisser passer l'insulte. Il n'avait plus envie de jouer.

Edric s'empara du verre de Rohanna et le vida, comme pour signifier à la Biche qu'elle avait assez bu, et du même coup, calmer ses nerfs.
- Crois-tu que je sois lâche ? dit-il en reposant la coupe d'un geste plus maîtrisé que sa voix, qui voulait rester calme mais malgré tout, vibrait.
Les familiarités de la Biche entraînaient les siennes ; sans s'en rendre compte, le Cerf s'était mis à la tutoyer.
- Crois-tu que j'abandonne femme et enfant ? Nul ne souhaite plus que moi que nous soyons réunis. Pour ça il faudra plus que du papier.

Qu'elle cesse donc de le sermonner avec cette fourchette, comme si elle avait la moindre idée de ce dont elle parlait ! Comment le pouvait-elle, ici, dans le confort d'Accalmie, à livrer avec Kyra ses combats de chats ? Dans le confort d'un mariage légitime, dont elle n'avait même pas la décence de jouir ?
- As-tu seulement conscience qu'il y a quelques mois, je versais son propre sang?
A Harrenhal, les Baratheon avaient défait les hommes du Nord. Il y avait trempé son épée. Robb avait croisé le fer avec Jorah Stark. Le fer et le sang. Ils étaient ennemis, politiquement, viscéralement. Il n'y avait pas que les lieues qui les séparaient. Sa plume n'était pas aussi efficace que son épée.

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Rohanna Baratheon
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Mer 7 Fév 2018 - 0:29

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Edric est vif. Trop vif, pour elle. D’un mouvement rageant, il s’empare de son verre et en vide le contenu. Ses doigts étouffent un cri de surprise ; jamais elle ne lui a vu cette fureur bestiale. « Crois-tu que je sois lâche? » Son timbre vibre. Et s’il repose le verre avec une lenteur, sa question peine à cacher une colère bouillonnante. Au sol, sur les larges dalles, la flaque se répand avec lenteur. Un hoquet, suite à sa trop soudaine peur, rompt le silence furibond et Rohanna cache ses lèvres à nouveau. « Crois-tu que j'abandonne femme et enfant ? Nul ne souhaite plus que moi que nous soyons réunis. Pour ça il faudra plus que du papier. » Blessée, la Biche Pendue se recule sur sa chaise. Aussi vite qu’elle avait laissé le Baratheon entrer dans son intimité, elle se recroqueville. La mine boudeuse, comme une enfant qu’on gronde trop fortement, elle croise ses bras sur sa poitrine. Peu adroite dans ses mots, certainement, elle était pourtant certaine d’avoir essayé d’être aimable. Qu’il s’emporte donc ce fils de l’Orage, elle n’avait pas besoin de lui ! Elle n’avait jamais sous-entendu qu’il abandonnait son aimée et leur fille ou qu’il ne faudrait que du papier pour les réunir. Alors qu’elle entend son souffle de mâle courroucé, elle lui lance un regard noir. Qu’il prenne garde, il n’était pas le seul à avoir de la colère en lui ! « As-tu seulement conscience qu'il y a quelques mois, je versais son propre sang? » Sa bouche s’ouvre puis se referme, sans un mot. Dans la pièce d’à côté, elle peut sentir Brunelle immobile. Nul doute que la servante du château craint que cette petite réunion se transforme en tempête tonitruante. Et bien qu’elle craigne donc ! Qu’elle craigne donc ! Quelle injustice venait donc de piquer le cerf? « Ashara, elle, ne t’a pas attendu pour verser le sien. » Sans attendre une réaction, elle repousse brutalement son assiette. Tant pis. Elle n’avait plus faim. Elle n’avait plus faim du tout. 


Feignant une dignité qu’elle n’avait plus la force de soutenir, Rohanna se drape dans le parfum de son ivresse. Tout était en train de s’écrouler, il était temps de s’échapper. Inspirer longuement jusqu’à sa chambre, en condamner l’entrée et rester seule jusqu’au lendemain. Pleurer, verser son amertume envers elle-même et les autres. Une bonne soirée en perspective. Excellente soirée, oui. Elle se lève, ses jambes tremblent mais elle s’avance jusqu’à l’escalier en colimaçon. Tout comme les vagues qui incessantes qui viennent se fracasser contre le ressac, son corps ’est que tourment. Une fièvre qui monte et qui descends. Alors qu’elle pose son premier pied sur la marche, elle s’arrête. La tête lui tourne. Elle lui tourne énormément. Et c’est toujours ainsi, on est toujours plus saoul quand on est debout. Apposant sa main contre le mur, cherchant un équilibre que sa vision étoilée ne lui donne pas, elle chuchote : « qui es-tu, Edric Baratheon, pour oser me demander si j’ai conscience de la guerre? » Sa paume vient claquer l’ardoise polie. Un courant déferle en elle et elle ne peut l’arrêter. Dans sa gorge, un noyau acide l’étouffe… elle aimerait hurler. Crier fort, comme les fils de Theodan savent si bien le faire ! « Quel grossier personnage espères-tu imiter en faisant cela? Lequel? » La peau de son cou se tend à force d’articuler chaque syllabe, on peut en voir toute l'anatomie. Ses yeux sont clos. Elle était bien idiote de ne pas laisser les choses là. Partir, gravir en courant, ou presque, cet escalier. Se réfugier dans les draps de sa chambre. Oui, se noyer dans l’odeur de Robb jusqu’à être ivre, plus qu’elle ne l’est déjà. D’une jambe, elle claque la porte qui les sépare de Brunelle. La servante n’avait pas à écouter la conversation qui allait suivre. Que l'Orage lui soit clément, elle ne pouvait plus s'arrêter !



« Je te croyais différent, mais tu es comme les autres. Tu ne me vois que comme une petite Trant. Alors laisse la parvenue t’expliquer quelque chose, ô mon noble frère ! Tu crois que je ne connais rien de la guerre et des combats que tu livres? Mon père et mon jumeau se battent tous les jours dans l’Ost et je n’ai le droit à aucun corbeau. Pour la misérable fille des Pendus, aucune nouvelle ! Un jour, j’apprendrais qu’ils sont morts et je n’aurais pas le droit d'en porter leur deuil. Une nouvelle fois, cela me sera défendu. A Harrenhal, mon père a tué celui de ma mère. » Sa main claque encore sur le mur, ça elle l’avait appris et un sourire carnassier chasse une tristesse trop grande. « Le seul crime de mon grand-père était d’être dans l’Ost de Lord Arryn. Un traitre de Valois. Alors, ne crois pas que je n’ai pas conscience de ce qu’il se joue là-bas. » Prenant son courage à deux mains elle se repousse vers le centre de la modeste salle. Elle ferme les yeux, il est plus facile de se concentrer ainsi. Grande, furieuse, les poings serrés contre son corps maigre, elle avance doucement. Qui était-il pour l’acculer de ne pas comprendre? Un dieu? Non. C’était un fauteur et comme elle… un simple humain meurtri. « Ne crois-tu pas qu’à chaque fois que ton frère me revient entre les bras, à l’instar d’une madone hargneuse elle avance ses bras vers l’avant et on pourrait croire qu’y est recueilli l’héritier de Theodan, il est un peu plus distant et un peu plus détruit? » Une larme évadée coule sur sa joue gauche, grosse et laide. Robb et elle s’étaient promis de toujours trouver solution à ses peurs, mais qui sait si cette guerre fratricide n’en viendrait pas à bout? Qui sait si son amant ne s’y perdrait pas dans ce sang et cette boucherie quotidienne? Emportée dans les tourments de son propre désespoir, elle pose les mains sur la large tablée. Elle ouvre enfin ses yeux, plus que colériques ils sont révoltés de l'affront. Elle était descendue ici pour échapper au poids de tous ces maux et voilà qu’il la prenait pour cible. Une vulgaire étrangère, après trois années l’était-elle encore? Sans préavis, et parce qu’elle voudrait pouvoir crier et lacérer l’air, elle s’empare de l’assiette qu’elle a rejetée tantôt. S’emparant de tout ce qu’il y reste elle vise le mur derrière Edric. Et les larmes coulent, encore un peu plus. Qu’il la prenne pour une folle, elle se foutait de ses nobles pensées ! Les savoureuses patates s'écrasent autour de lui, auréolant son noble port d'une gloire nouvelle. A défaut de pouvoir se jeter sur lui et lui infliger une bonne raclée, elle refoule toute la haine que contient son corps. 

Un roc salé aux vents contraires.

Puis, sans force, la rage exultée, elle se laisse choir au sol. La Biche a du mal à respirer. Elle voudrait qu’on l’emporte sur les remparts, respirer le vent foudroyant. Séchant du revers de sa main l’humeur de ses narines, elle souffle longuement. Elle était ridicule. Des milliers de lancettes viennent se resserrer autour de son coeur, elle halète. Oppressé son corps entier tremble de froid. « Je suis la seule ici à considérer ton épouse comme ma soeur, ta fille comme ma nièce. Ta mère n’en a cure. Ne te méprends pas quand tu verses tes frustrations sur les autres. Tu n’es pas un lâche, mais un idiot. Elle rit comme elle pleure. Nous sommes tous les deux des idiots. » Un nouvel hoquet lui donne un haut le coeur et elle pose une main tragique contre sa poitrine. Elle allait vomir. « Je crois ne pas avoir autant bu depuis mon mariage… ou avec Eliott quand nous avions fait cet affreux concours. Tu l'apprécierais beaucoup... tu sais... » Sa tête est lourde. « Edric… le papier ne peut pas vous réunir, mais il peut entretenir l’espoir de te revoir. Ce n’est pas facile d’être une femme quand le monde entier nous accuse. Je le sais, tu sais que je le sais. Alors, n’abandonne jamais. » Sa tête est si lourde qu’elle la sent partir. « Fais le et j’abandonnerai moi aussi. » Perdue, son coeur se soulève dans des soubresauts. Repliant ses jambes, elle pose son front sur ses genoux. Parfois, elle voulait mourir. Et ce soir, elle voulait simplement dormir. Oublier. Longtemps. « Par la barbe du vieillard, je ne pourrais jamais me relever... »
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Edric Baratheon
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MessageSujet: Re: My Silver Lining (ft. l'Archer et la Biche) - FLASHBACK   Sam 17 Fév 2018 - 12:11

- Ashara, elle, ne t’a pas attendu pour verser le sien.
Rohanna repoussa son assiette et le repoussa, lui, avec ces paroles cruelles.

La fureur d'Edric s'enflamma mais presque aussitôt, flancha quand il vit la Biche se lever et tituber comme si elle allait s'écrouler. Il avait peur qu'elle se fasse du mal. Ne lui avait-il pas fait du mal, lui aussi, en l'incitant à boire encore ? Il avait voulu fraterniser, mais il n'était pas prêt à entendre les reproches de sa belle-soeur au sujet d'Ashara, comme celles de sa vraie famille. Pourtant il ne la considérait plus comme une traître Trant. Pourquoi disait-elle cela ?

Le reste de ses reproches, Edric le comprenait trop bien, et il eut honte d'avoir taxé la Biche d'inconscience. Dans sa fureur, il n'avait pensé qu'à lui. Mais comme les autres, la Biche avait souffert et perdu. La Biche n'était pas épargnée par la guerre fratricide, et craignait pour son frère - à lui, à elle. Sa position de femme ne lui rendait pas la vie plus facile, au contraire. Il comprit à quel point elle se sentait seule ici. Au point de venir boire le soir dans les cuisines. Au point de jeter la vaisselle contre les murs.

Par réflexe, le Cerf se recroquevilla. La sauce du gibier lui gicla à l'arrière du crâne. Incrédule, Edric regarda le jus couler sur le mur, et les larmes couler sur les joues de Rohanna. Rohanna qui s'affaissa sur le sol. Ses paroles le touchèrent autant que son état.

Repoussant à son tour son assiette, le Cerf quitta son siège pour s'agenouiller à ses côtés. Il hésita avant de poser sa main sur les épaules de Rohanna, mais n'hésita plus lorsqu'il sentit ses tremblements sous ses doigts. Par le geste, il tenta de réparer ce que ses mots avaient provoqué.

- Pardonne-moi, murmura-t-il, plus par égards pour Rohanna que pour les oreilles indiscrètes.
- Tu as raison. Ça n'est pas contre toi que je suis en colère. Tout comme tu n'es pas en colère contre moi.
Bien qu'elle l'eusse pu. Mais le cadet des Cerfs n'était pas la raison première pour laquelle elle avait cédé à sa mélancolie.
- Nous sommes tous les deux des idiots, répéta-t-il. Peut-être devrions-nous commencer par nous pardonner à nous-mêmes.
Ils avaient tous deux péché par insouciance. Ça n'était pas un péché si dur à pardonner ; mais leur nom Baratheon ne leur passait pas cette inconséquence. Un nom qu'ils partageaient.

- Je ne te vois pas comme une Trant. Tu es ma soeur désormais.
Il aurait voulu lui dire de ne pas s'inquiéter pour Robb, que Robb ne craignait rien, mais tous deux savaient que ça n'était pas vrai. Robb était en première ligne, Robb se mettait en première ligne, voulant toujours trop bien faire. Il ne faudrait pas ce deuil pour les rapprocher.
- Tu es ma soeur et je t'aime comme tu promets d'aimer ma fille et ma femme. Je garde espoir que la victoire nous réunisse bientôt ici. Les Cerfs n'abandonnent pas.
Il prit sa main et la serra avec exigence. Les Cerfs n'abandonnaient pas. Elle était Cerf et il ne lui permettrait pas d'abandonner.
- Laisse-moi t'aider.
Et il ne parlait pas seulement de la relever.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
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