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 L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Lun 25 Déc 2017 - 22:49

L’Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.



















Le Roc respirait le neuf.

La formidable structure minéralogique s’élevait depuis des millénaires au-dessus de la baie de Port-Lannist, l’air indestructible. Peut-être l’était-il ? On le disait imprenable, et seul un seul être avait été capable d’en déloger ses occupants par la ruse : Lann le Futé, fondateur de la maison Lannister, des millénaires plus tôt, au cours de l’Âge des Héros. Westeros n’était alors pas le même continent. Peuplé par les Premiers Hommes arrivés deux millénaires plus tôt par le Bras de Dorne et les Enfants de la Forêts, les terres du continent de l’Ouest avaient vu nombre de grandes maisons émerger à cette époque : Stark, Lannister, Jardinier, Durrandon… Jusqu’à la terrible Longue Nuit où le monde avait failli disparaître. Et pourtant, déjà, le Roc avait traversé la tempête, avant les Andals, avant la Valyria, avant tout. Peu à peu, alors que l’Histoire suivait son court, de grandes puissances émergeaient en Westeros, laissant finalement le continent aux mains de puissants royaumes. Le Royaume du Roc, dont le domaine de Jure s’étendait sur les actuelles Terres de l’Ouest était l’un d’eux. Partis des environs de Castral Roc et Port-Lannist, les ancêtres de Garett avaient soumis uns à uns leurs voisins pour les intégrer à leur royaume en gestation. Et puis, lorsque les Terres de l’Ouest avaient été unifiées sous la bannière au lion d’or, le regard des Lannister s’était tourné vers d’autres terres plus vertes, plus fertiles : le Trident, au Nord, et le Bief, au Sud. Durant de nombreux siècles, les frontières avaient été poussées puis repoussées en fonction des aléas stratégiques et politiques. L’histoire de Lancel Ier Lannister, qui avait conquis une bonne partie du Bief, et de son fils, Loreon III qui avait perdu toutes les conquêtes de son père, illustrait bien ces complexes relations qu’entretenaient le Roc et ses voisins.

Malgré la Longue Nuit, malgré les Andals, malgré la Conquête par les Targaryen, le Roc et les Lannister étaient toujours présents. Cette pensée gonflait le cœur du jeune Garett d’un orgueil bienheureux à chaque fois qu’il prenait le temps de contempler son domaine. Aujourd’hui, le soleil était éclatant et quelques rares nuages blancs parcouraient lentement l’azur où scintillait l’astre solaire. La Mer du Crépuscule était d’un bleu éclatant, sa surface était striée de vagues régulières dont la crête d’écume blanche ponctuait l’étendue d’eau. Sur la Terrasse des Reines, un grand déjeuner se préparait. L’endroit était l’un des plus prisé du fief des Lions, et l’un des plus privés : c’était ici que se retrouvaient les Lannister lorsqu’ils souhaitaient pouvoir déjeuner ensemble à l’abri des regards. Bien entendu, le Roc regorgeait de pièces où manger au calme, mais à part la salle à manger de la famille suzeraine, aucune n’était aussi prestigieuse et agréable que la Terrasse. C’était une grande étendue plate qui s’étirait le long de la face Sud du Roc, où une grande pergola de glycine tenait lieu de toit alors qu’au-dessus, la façade de la forteresse s’élevait encore à plusieurs dizaines de mètres. On avait ainsi une vue sans égal sur Port-Lannist et ses approches, les champs au loin, et la ligne continue de falaises blanches qui descendait vers le Sud jusqu’à disparaître sous l’horizon. Au milieu de l’herbe fraîche et entretenue, une grande table de marbre blanc trônait là depuis des siècles. Le long de la paroi rocailleuse qui faisait face au vide, une série de statues d’or à l’échelle mettait à l’honneur les plus éminentes dames qui avaient contribué à la grandeur de la maison au Lion, telle Lelia Lannister, l’épouse du roi Harmund II Chenu, qui avait enfanté un autre roi Fer-Né et qui avait gagné le respect des Iles de Fer comme des Ouestriens. C’était un très grand honneur que d’être invité à visiter l’endroit, encore plus à y manger en compagnie de membres Lannister.

Or, aujourd’hui, Garett et Alerie organisaient un repas qui se voulait intime. Le couronnement et toutes ses péripéties était désormais derrière eux, et le pays ne vivait plus qu’au rythme des livraisons de céréales et de légumes de Dorne dont on voyait quotidiennement les navires aux voiles orange venir faire relâche dans les ports de l’Ouest. Ce midi, il s’agissait d’une réunion du cercle privé du couple suzerain. Bien entendu, ce n’était pas un repas officiel puisqu’aucun ordre du jour n’était prévu ni même évoqué. Il n’y avait aujourd’hui ni plus ni moins qu’un simple déjeuner des maîtres des lieux avec les deux dames de compagnie de Madame. Toutefois, était-ce possible d’imaginer un repas normal lorsque l’on parlait de personnages si éminents et si puissants ? Etait également exceptionnellement invité Ser Howland Reyne, promis à Allyria Tarbeck, l’amante de Garett Lannister, et la dame de compagnie de son épouse Alerie Piper.

Comme l’exigeait un protocole sophistiqué qui avait été parfait par des siècles et des siècles de royauté léonine, l’intendance du déjeuner avait été supervisée par la maîtresse de maison et rien ne filtrerait d’ici là. En sa qualité de « simple » chevalier d’une maison vassale, Howland Reyne avait été introduit en premier sur la Terrasse des Reines, où il était resté seul une dizaine de minutes. Garett avait fini par paraître, arrivant droit de la salle de son conseil où il avait réglé quelques questions de dernières minutes avec certains de ses conseillers.

« Ah, Ser Howland, je vois que vous êtes déjà là. Puis-je vous offrir à boire ? »

Après tout, les deux hommes étaient des frères d’armes. Et s’ils ne se connaissaient pas outre mesure, les fortunes de guerre créaient certains liens. Le jeune homme, frère de l’actuel seigneur de Castamere – le beau-père de Garett – était un beau jeune homme compétent qui s’était révélé durant la guerre civile, notamment la bataille de Port-Réal, où il dirigeait les troupes Reyne, alors que Byron avait préféré rester dans son château. Les deux hommes échangèrent paisiblement et sans surprise sur la guerre, leurs expériences et sur le couronnement de Jaehaerys et tout ce qui avait suivi. Si le Reyne était là, c’était avant tout parce qu’il était fiancé à Allyria mais également parce que le Lannister avait des plans pour lui. Une voix de serviteur les interrompit alors qu’ils étaient lancés dans une critique acerbe des Fer-Nés.

« Sa Seigneurie, Dame Alerie Lannister accompagnée des Dames Wendy Piper et Allyria Tarbeck. »

Le trio de têtes blondes fit son entrée sur la pelouse épaisse dans un éblouissant déploiement de tissus nobles et aux couleurs vives mais élégantes. Alerie semblait toujours autant apprécier son rôle de suzeraine qu’elle prenait à cœur, tout comme celui de maîtresse de maison du Roc, où l’on sentait là toute l’influence de sa rencontre avec Rohanna Baratheon lors du dîner dans la Tour de la Main quelques jours avant la tragédie qui avait frappé les Baratheon. Wendy Piper, à son habitude, semblait être la Jouvencelle en personne, dans une robe qui se voulait bien plus chaste que celle de sa camarade Allyria qui, elle, était vêtue à la mode essosie, avec un tissu moins outrageant que ce qu’elle aurait pu porter. La grossesse n’était pas très loin, et la jeune femme avait tout un rôle à tenir. Enfin, Alerie semblait finalement être la synthèse de ses deux dames de compagnies, portant un mélange majestueux qui laissait voir sa piété mais dévoilait également une poitrine qui – de l’avis de Garett – semblait déjà avoir gagné en masse alors que les premières courbes de la grossesse ne tarderaient plus à se manifester. Les deux hommes hochèrent la tête pour saluer les Dames alors que celles-ci faisaient une très brève révérence devant le suzerain : il était important de montrer au Reyne que le protocole était une chose sérieuse, ici. Garett alla naturellement saluer son épouse en essayant de faire abstraction d’Allyria. Il était toujours très difficile pour le jeune homme de se comporter normalement face à Alerie lorsque son amante était là. Il ne voulait pas manquer de respect à la Dame Tarbeck, mais ils savaient tous deux qu’il n’était pas question de blesser la Piper ou de déroger à leurs devoirs. De plus, depuis le retour de Port-Réal, Garett s’était montré aussi attentionné envers l’une que l’autre puisqu’Allyria avait enfin accouché et qu’Alerie portait en elle un futur Lion légitime. Un sourire assez sincère sur le visage, Garett s’approcha de son épouse pour lui prendre les mains dans un geste tendre.

« Nous commencions à désespérer ! Allez-vous enfin nous nourrir, femme ? » demanda-t-il sur un ton badin.

Il se tourna vers les deux jeunes dames d'atour et de compagnie.

« Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. »

Il désigna la grande table de marbre recouverte d’une simple nappe blanche sur laquelle reposaient plusieurs carafes de verre de vin, jus de fruits et eau cristalline.

« Si nous passions à table ? Je meurs de faim. »






HRP:
 

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Castral-Roc, en Terres de l'Ouest
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 26 Déc 2017 - 11:59




L'Eau, Goutte A Goutte, Creuse Le Roc
« Milady Lannister ? Ser Howland Reyne est arrivé ! » Occupée à se faire coiffer et parer, Alerie sourit à son miroir, que le page pouvait voir dans le reflet. « Merci, Gendry. Faites venir Lady Wendy et Lady Allyria, nous descendrons ensembles. » Le serviteur s'inclina respectueusement, avant de quitter la pièce en prenant bien soin de ne pas tourner le dos à sa suzeraine mais non sans laisser échapper un soupir bienheureux.

A ses côtés, ses deux femmes de chambres se mirent alors à pouffer. Aussi brune que l'autre était rousse, aussi menue que l'autre était ronde, les jumelles Asha et Lana étaient entrées à son service peu de temps après son retour de Port-Real. Elle les avaient tout de suite appréciées : pas plus vieilles que quinze ans, elles riaient d'un rien, pleuraient de tout, et lui étaient d'un dévouement qui lui réchauffait le cœur. Il avait fallu changer toute sa maisonnée, et remplacer les anciennes mains par celles avec d'avantage d'expérience. La seule qui comptait : celle d'avoir accompagné une grossesse, un accouchement et enfin, l'éducation d'un enfant. Car le temps passait : depuis quelque jours, le ventre d'Alerie s'arrondissait de plus en plus, et à présent, plus personne dans le pays ne doutait de son état. Et comme on avait acclamé son retour à Castral-Roc ! Le long de la Route d'Or, et les derniers kilomètres menant à la forteresse, on avait accroché fagnons et rubans à tout ce qui pouvait les supporter, jeté des fleurs sur le cortège et crié des « Viva ! » sur son passage. La suzeraine bien-aimée, la future mère de l'Ouest était de retour !

« Qu'est-ce qui vous fait tant rire ? » demanda-a-t-elle aux deux sœurs, qui continuaient de ricaner alors que l'une agrafait une broche de rubis à sa chevelure à demi relevée, et que l'autre terminait de lui attacher à un bracelet en or. « C'est Gendry, ma Dame » fit Lana, dont les joues devinrent rouge pivoine. « Il... Il... » « Il te plaît ? » fit Alerie, malicieuse, se permettant même de pincer sa servante dans une de ses hanches moileuse. « N..non » « Menteuse ! Votre Seigneurie a raison : depuis qu'elle l'a vu, elle ne pense qu'à lui ! Du matin jusqu'au soir ! "Ô mon gendre, ô mon amour !" » la singea Asha, joignant les mains en prière et papillonnant des cils à l'intention du miroir. « Tais-toi, c'est faux ! » « C'est toi qui dois te taire, j'ai raison ! » « Ça suffit ! Par les Dieux, je n'ai pas hérité de deux servantes, mais d'un poulailler ! » Faussement sévère, elle les avait fait taire d'un seul regard. Et pourtant, intérieurement, elle aussitôt vautours noie de rire aux éclats. Par les fenêtres, le soleil éclairait la pièce et le jeu de ses rayons faisait étinceler sa robe kimono de soie pourpre et or. Ceinturée sous les seins, elle s'élargissait en deux larges volants varie le bas pour ne pas gêner l'arrondis de son ventre. Éclatante de santé, elle entendait partout que la maternité lui seyait. Elle était heureuse.

Mais lorsque la porte de ses appartements s'ouvrit pour laisser la place à celles qu'elle avait fait appeler, son sourire se crispa. Si elle s'était de nouveau rapprochée de sa sœur, ses relations avec Allyria Tarbeck - pourtant sa favorite, son amie, sa confidente durant cette année passée - avaient drastiquement changée. Elle l'avait quittée ronde, elle l'avait retrouvée brisée. Comme trop de femmes avant elle, Alyria venait de connaître le malheur de perdre son enfant à la naissance. Les Dieux avaient été cruels avec elle, et ce d'autant plus qu'avec sa fille, Alyria semblait avoir perdu sa joie de vivre. A bien des égards, Alerie se sentait coupable : coupable de n'avoir pas été à ses côtés durant l'accouchement, et coupable de parad aujourd'hui sa grossesse devant elle. Coupable, surtout, de ne pas pouvoir lui donner le repos qu'elle méritait. Car Allyria n'était pas mariée, pire encore : elle était fiancée. Fiancée à ce même Howland Reyne qu'ils recevaient et qui, de toute évidence, n'était pas le père de cette pauvre créature morte-née. Elle n'en avait jamais su d'avantage, et tout ce qu'elle avait pu faire, de concert avec Lady Serra, la mère de la jeune femme, monter un stratagème pour ne pas éveiller les soupçons de la famille Reyne, et en particulier ceux de Johanna, qui rodait encore et toujours dans les couloirs de Castral-Roc. On avait d'abord prétexté que le mariage d'Allyria avec Howland serait retardé, du fait de la longue période de deuil que serait celle des Tarbeck. La famille avait été rudement touchée pendant la guerre, et il ne restait désormaisque Doran, jumeau d'Allyria, pour reprendre les affaires de la famille. Ensuite, pour cacher son Etat, on avait prétexté une maladie inconnue et contagieuse, obligeant Allyria de rester à Castral-Roc, confinée dans une chambre dont seules quelques personnes, dans la confidence, avaient accès.

A son entrée, elle lui adressa un sourire. Parle-moi, mon amie ! semblait-elle crier, cependant qu'elle saluait plus chaleureusement Wendy en lui prenant les mains et en l'embrassant fraternellement. « Tu as bonne mine, ma sœur ! Et quelle jolie toilette ! Une vraie rose de printemps ! » Après quoi, elle s'approcha d'Allyria. « J'espère que vous vous sentez mieux, mon amie. Il me peine de devoir vous infliger ce déjeuner. Il est intime, certes, mais... » Sa voix se brisa. Elle ne savait comment expliquer la situation, trouver les mots justes qui ne la blesseraient pas, et qui lui donneraient pour autant le courage nécessaire à la circonstance. Revoir son fiancé après cette épreuve, en faisant comme si de rien n'était... Jusqu'alors, c'était elle qui devait user de faux-semblants. Les Dieux adorent leurs jeux stupides se dit-elle, avant de prendre la direction de la salle à manger, ses deux dames sur les talons.

« Sa Seigneurerie, Lady Alerie Lannister ! Lady Wendy Piper, et Lady Allyria Tarbeck » les annonca-t-on en grande pompe, alors qu'elles pénétraient toutes trois sur la terrasse où l'on les servirait. Garett et Howland les attendaient déjà. « Nous commencions à désespérer ! Allez-vous enfin nous nourrir, femme ? » lança son époux d'un ton badin' avant de s'avancer vers elle et de baiser sa main. Amusée, Alerie secoua quelque peu la tête. « Je vois que vous êtes d'humeur irrésistible, Monseigneur époux ! Ser Reyne, c'est un plaisir de vous accueillir au Roc ! Je vois que vous avez déjà fait un sort à la liqueur... Ah les hommes ! » Elle s'efforçait d'être la plus mondaine possible mais intérieurement, elle tremblait. Pourvu qu'il ne remarque rien...! « Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. » Garett recevait ses dames avec la plus pure des galanteries. Alerie sourit. Elle avait peur que les relations entre lui et Allyria se dégradent, du fait de sa disgrâce. Si elle l'en trouvait bien moins jovial à son égard, il n'en devenait pas pour autant désagréable. Quant à Wendy... « Ser Reyne, il ne me semble pas que vous connaissiez ma sœur, et Dame d'Atour, Lady Wendy Piper ? » les présenta-elle, avant d'ajouter : « Et voici votre fiancée. Lady Allyria Tarbeck. Prenez soin d'elle, chevalier : elle m'est aussi chère que mon propre sang ! »

Un instant de silence. Puis : « Si nous passions à table ? Je meurs de faim. » Alerie se mit à rire. « Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. » Elle avait placé les convives de sorte qu'Allrya soit installée entre elle et son époux. Pour la rassurer. Prenant soin de protéger son ventre en s'asseyant, elle actionna une cloche et un groupe de serviteurs apportaient des bassines d'eau pour s'y laver les mains. Après quoi, on servait le premier plat : une soupe de poisson tiède - par ce temps de sécheresse, manger chaud devenait insupportable ! - accompagné de lard sèché aux épices.


© Belzébuth

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i will fight them within my marriage
you know what "legacy" means? it's what you pass down to your children, and your children's children. it's what remains of you when you're gone. it's the family name that lives on ▬ but your legacy is a lie. and soon, your name will turn ashes in your mouth
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 26 Déc 2017 - 16:41

L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc



L’image que me renvoyait le miroir n’avait rien de familier. L’accouchement n’avait laissé que très peu de traces sur mon visage, et celles sur mon corps disparaissaient progressivement. Pourtant il me semblait ne plus reconnaître celle qui me faisait face alors que l’on démêlait mes cheveux. La nuit était tombée sur le Roc, et j’avais passé une nouvelle journée aux côtés d’Alerie. Si j’avais longuement été celle qui lui apportait joie et distraction, ces dernières semaines s’étaient révélées bien plus difficiles. J’avais essayé de reprendre nos vieilles habitudes, et pourtant rien ne le permettait. Il me fallait le temps d’accepter la séparation, et il me fallait de plus feindre le deuil aux yeux de notre maisonnée. Il y avait tant de choses à garder en tête, tant de secret à conserver qu’il me semblait à présent impossible d’être moi-même aux côtés de celle qui était devenue une amie… une confidente… Du moins des secrets que j’étais en mesure de lui confier.

La jeune fille qui s’était occupée de m’aider à me préparer pour la nuit refermait la porte derrière elle, et je me retrouvais seule. Le silence était presque pesant. La fatigue de ces dernières semaines commençait à disparaître, ne restait plus que la lassitude d’une situation devenue plus compliquée que jamais. Déposant mes coudes contre la coiffeuse, je plongeais mon visage au cœur de mes mains et je fermais les yeux avec force, si fort que bientôt le noir se ponctuait de petites lumières dansantes. Le fruit de mes entrailles était loin à présent, et si j’avais ressenti un attachement extraordinaire à la minute où il avait quitté mon ventre, je ne ressentais pas ce manque que la Septa avait évoqué du bout des lèvres. Ma propre mère avait été si inquiète de me savoir dévastée à l’idée d’être séparée de ma progéniture. Pourtant, je n’étais guère dévastée, je ne ressentais pas ce manque, je n’arrivais plus à ressentir quoique ce soit.

« Ally… »

Je sursautais alors que la peau fraîche de deux mains se déposait sur mes épaules. Alors que je me retournais je rencontrais le regard inquiet de Garett. L’accouchement avait été difficile, les suites de celui-ci encore plus, et le suzerain de l’Ouest s’était montré plus prévenant que jamais. Je pouvais lire encore ce soir l’inquiétude dans son regard alors qu’il me dévisageait dans la pénombre de mes appartements. La nuit était déjà bien avancée, et je me demandais bien ce qu’il faisait ici alors que nous n’avions pas prévu de nous voir. Il avait été en colère. Très en colère. Il n’avait au départ pas accepté l’idée de recevoir à sa table celui qui deviendrait dans peu de temps mon époux. Et pourtant, l’idée de Lady Alerie nous aiderait à compenser les longs mois d’attente insultants pour la famille Reyne.

J’avais eu peur que l’accouchement et la période qui s’en suivrait mettent à mal ma relation avec Garett. J’avais eu peur qu’il ne souhaite plus me voir, qu’il ne parvienne plus à aimer mon corps changé par la maternité. Il n’avait pourtant pas tant changé que cela en réalité, mais je ne me sentais définitivement plus la même. J’avais peur également être celle qui le rejette, ne plus être capable de l’aimer comme je l’avais fait auparavant. Il n’en était rien pourtant. Il avait là, faisant fi des injonctions des septas il était resté à mes côtés alors que je me croyais sur le point de mourir tant la douleur était cuisante. J’avais tenu sa main, écrasant sans doute ses doigts, tout au long de ce qui m’avait semblé durer des heures. Sa main caressant mon front avait été la dernière chose que j’avais senti avant de perdre connaissance, et son regard aimant avait été la première chose que j’avais vue en ouvrant les yeux. Aurais-je seulement pu moins l’aimer après tout cela ? Sans doute pas.

Alors qu’il déposait un baiser sur le haut de mon crâne, j’élevais une de mes mains pour la déposer sur l’une des siennes, et je fermais les yeux. Il restait ainsi un long instant, la joue déposée sur le haut de mon crâne alors que je m’accrochais à sa main comme à la vie. Je me levais finalement, et le laissais me guider vers mon lit. La nuit serait courte et pourtant le lendemain était une journée importante. Je revoyais Howland Reyne après de long mois. A ma grande surprise, nous avions entretenu une correspondance abondante et ouverte, nous confiant l’un à l’autre, comptant nos journées, prenant le temps de nous connaître avant le jour de nos noces. Je m’étais attendue à l’apprécier après notre première rencontre, mais je ne m’étais pas attendue à retrouver tant de moi en lui. Il était un grand amoureux d’Essos et y avait passé de longues années, à Pentos plus précisément, c’est là-bas qu’il avait connu son premier amour. Il avait ramené de Pentos une petite fille qu’il avait refusé d’abandonner sous le prétexte du protocole. Howland Reyne avait décidé de rejeter les règles de notre société et il avait pu le faire, en partie, car il était un homme. Pourtant il semblait apprécier ma propre propension à fixer mes propres règles et mon éducation partiellement Pentoshi.

Je m’allongeais dans les draps de soie, rapidement rejoint par Garett, qui m’entourait de ses bras pour me serrer contre lui. J’avais été longuement en incapacité de reprendre nos activités nocturnes, je m’étais ainsi imaginée qu’il ne prendrait pas la peine de me visiter la nuit. Il n’en fut rien encore une fois, et nous avions finalement pris l’habitude de nous endormir dans les bras l’un de l’autre. Je redoutais sincèrement le déjeuner qui aurait lieu le lendemain, car je craignais que les deux hommes ne se lancent dans une joute inutile. Je connaissais bien assez Garett pour le savoir prudent et intelligent, pourtant je connaissais également son caractère emporté, une caractéristique que nous partagions. Je me retournais au creux de ses bras pour déposer un baiser sur ses lèvres avant de replonger mon regard dans le sien, mon visage à quelques centimètres seulement du sien sur l’oreiller. Nous restions un moment ainsi, à le regarder, lui à me regarder. Nous étions liés par quelque chose d’invisible, quelque chose d’éternel, qui à présent dépassait le simple besoin de la chair ou même l’amour mortel. Nous avions créé quelque chose. Notre amour avait porté ses fruits et ceux-ci avaient noué un lien nous rapprochant plus que jamais. Après de longues minutes à échanger sans un mot, Garett me repoussait afin que je m’allonge sur le dos, et laissait sa main vagabonder le long de mon corps jusqu’à attraper le bas de ma chemise afin de la remonter. Lorsqu’il arrivait à mon ventre je sursautais. Il était presque redevenu normal et pourtant il était légèrement plus rond, il était devenu le ventre d’une femme et non plus celle d’une jeune fille. Je n’avais jamais eu de problème avec la nudité, Essos m’avait enseigné l’amour du corps et la désacralisation de la nudité, et pourtant alors qu’il me fallait du temps pour me réapproprier ce corps à peine changé aux yeux du monde mais si différent à mes yeux, je craignais toujours qu’il ne fasse l’objet d’un rejet. Il n’en était rien. Déposant sa main à plat contre mon ventre, Garett semblait perdu dans la contemplation de celui ci. Bientôt il promenait ses doigts le long de ma peau, comme à la découverte ou redécouverte de ce corps qu’il avait pourtant connu tant de fois. C’était la première fois qu’il me touchait ainsi depuis l’accouchement, la première fois qu’il regardait à nouveau ma poitrine, mon ventre, mes cuisses, et la première fois que j’étais à nouveau dénudée devant lui. Je ne pouvais m’empêcher d’être tendue alors qu’il restait si silencieux et que son regard restait fixé loin du mien. Et s’il réalisait finalement que je ne lui plaisais plus ? Et s’il ressentait ce dégout que je craignais tant ? Ma respiration avait été profonde et régulière, elle était à présent saccadée et superficielle tant mon appréhension me nouait la gorge. Il déposait un baiser sur mon nombril, remontant ensuite sur le haut de mon ventre, ma gorge, avant d’embrasser mes lèvres avec une douceur infinie et de mêler enfin son regard au mien. Cela se produisait très rarement, mais j’étais soudainement incapable de lire les émotions habitant son regard. Il restait longtemps ainsi, son visage au-dessus du mien, sa main parcourant mon ventre, mes cuisses, mes seins.

« Tu es si belle… à couper le souffle. »

Malgré moi, j’en eu le souffle coupé. J’avais crains le rejet, anticipé qu’il lui faudrait du temps pour me voir à nouveau comme il me voyait auparavant, jamais je ne m’étais attendue à ce qu’il me démontre un tel désir, une telle admiration en ce soir-là. C’était pourtant une véritable dévotion qui se lisait à présent sur son visage. Pour la première fois depuis des semaines nous corps se retrouvaient, pour la première fois nous redevenions ces amants terribles accablés de passion que nous avions toujours été. Il n’avait fallu que son regard pour que je me sente à nouveau moi, il n’avait fallu que son amour pour me réapproprier ce corps changé par la maternité.

***


Nous avions évoqué dans nos lettres l’envie de nous retrouver en tête à tête avant le déjeuner, afin de retrouver cette complicité que nous avions noué lors de notre première entrevue. Pourtant le protocole du Roc en avait décidé autrement, et ce serait bien en présence du couple suzerain et de Lady Wendy que je retrouverai Ser Howland.

Seule dans mes appartements après le départ de Garett, je laissais la jeune femme dédiée à mon service arranger mes cheveux que j’avais décidé de laisser en cascade, retenant seulement quelques mèches autour de mon visage à l’aide d’un mince diadème de la famille Tarbeck. La tenue avait été sujet de débat, il me fallait porter du noir pour continuer à entretenir une illusion de deuil aux yeux d’Alerie et Wendy, pourtant Howland ignorait tout de ce deuil feint et peut-être ne comprendrait-il pas que j’exhibe une couleur si différente de celles que j’avais l’habitude de porter. La robe choisie mêlait le noir et l’argent, une des couleurs de ma famille. Elle était certainement indécente aux yeux de tout Westerosi mais Howland avait vécu à Pentos et apprécierait sans doute de retrouver la mode orientale au cœur de cet occident puritain.

« Beaucoup prétendent que Ser Howland est un très bel homme, ma Lady, et courageux de surcroît comme il l’a démontré au cours de la guerre. »

Je souriais alors que ma dame de chambre risquait un brun de conversation malgré mon air anxieux. A peine plus âgée que moi, elle s’était révélée être une jeune femme à l’écoute et sincèrement dévouée à mon bien-être.

« Ils sont dans le vrai, Ser Howland est un chevalier digne de ce nom. »

Je ne voulais pas m’étendre d’avantage car je savais le sujet épineux. Garett n’avait accepté cette union que parce qu’il en était contraint, et il avait accepté de recevoir Howland seulement car ce déjeuner était à l’initiative de Lady Alerie, et qu’il ne pouvait guère le refuser sans une excuse valable. Or, il n’avait pas d’excuse valable.

« Lady Allyria, Lady Lannister souhaite que vous la rejoignez dans ses appartements. »

Je congédiais le messager d’un sourire poli après l’avoir remercié, et ajustais une dernière fois le haut de ma robe. Je souhaitais plus que tout que ce déjeuner se déroule de manière paisible. Il serait agréable de revoir Howland, de pouvoir échanger de vive voix après des mois à se parler au travers de missives écrites. Pourtant je ne pouvais nier qu’il me serait difficile de le voir en présence de Garett, car celui-ci avait l’art et la manière de retenir mon attention, parfois malgré moi.

J’entrais dans les appartements de Lady Alerie aux côtés de sa sœur après l’avoir salué le plus chaleureusement possible. Je n’étais guère assez naïve pour m’imaginer que Lady Wendy me portait dans son cœur. La jeune femme était magnifique, vêtue d’une robe parfaitement convenable pour une demoiselle de son rang, aux couleurs printanière. Nous n’aurions pu être plus différentes. Pourtant si la couleur de ma robe n’était guère printanière, les marques de la fatigue post-accouchement avaient laissé place à un teint lumineux. Bien affuté aurait été celui capable de deviner les épreuves physiques par lesquelles j’étais passée quelques semaines auparavant.

« Tu as bonne mine, ma sœur ! Et quelle jolie toilette ! Une vraie rose de printemps ! J'espère que vous vous sentez mieux, mon amie. Il me peine de devoir vous infliger ce déjeuner. Il est intime, certes, mais... »

Prenant sa main, je lui adressais un sourire sincère et chaleureux avant de la gratifier d’une révérence toute protocolaire suivi d’une embrassade seulement autorisée par notre amitié.

« Vous ne m’infligez rien, ma Lady, toute distraction est la bienvenue. Et je sais que vous serez à mes côtés. »

Qu’il était difficile de maintenir cette illusion de deuil à présent que la fatigue et la lassitude avaient quitté mon corps et mon esprit.

***


« Sa Seigneurerie, Lady Alerie Lannister ! Lady Wendy Piper, et Lady Allyria Tarbeck »

Nous pénétrions sur la terrasse, et alors que le soleil aurait pu être éblouissant, je captais l’espace d’une seconde le regard de Garett avant de le quitter pour adresser un sourire à Howland Reyne qui se trouvait à ses côtés. Les deux hommes étaient tous deux d’une beauté à couper le souffle, pourtant l’un et l’autre n’auraient guère pu être plus différent. Howland avait un aspect plus brut que Garett, brun et plus guerrier sans doute. Garett, lui, disposait de l’aura presque royale que son titre et son rôle lui conféraient. J’avais crains un instant qu’Howland ne s’apperçoive que quelque chose avait changé chez moi, qu’il ne soit déçu de la femme qu’il retrouvait, et pourtant s’il ressentait ces sentiments là il n’en laissait rien percevoir alors qu’il m’accordait un sourire radieux.

« Nous commencions à désespérer ! Allez-vous enfin nous nourrir, femme ? »
« Je vois que vous êtes d'humeur irrésistible, Monseigneur époux ! Ser Reyne, c'est un plaisir de vous accueillir au Roc ! Je vois que vous avez déjà fait un sort à la liqueur... Ah les hommes ! »

Je conservais un sourire de façade des plus convainquant, mais intérieurement je bouillonnais. Sans doute aurais-je du être habituée à voir ainsi le couple suzerain, et pourtant cela me faisait toujours aussi mal d’être le témoin des attentions tendres de Garett envers son épouse. C’était presque devenu insupportable après l’annonce de la grossesse d’Alerie. Elle était enceinte, et l’enfant qu’elle lui donnerait serait légitime… Il rayonnait de bonheur à l’idée de voir un nouvel enfant Lannister venir au monde. Sans doute l’aurais-je giflé si nous n’étions pas en public. La colère ne parvint pas à faire disparaître le sourire mondain que je m’étais efforcé de conserver, mais elle avait rougit mes joues.

« Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. »

Va au diable ! Je le gratifiais d’une révérence mais perdait imperceptiblement mon sourire alors que nos yeux se croisaient. Il n’y était pour rien, la situation était telle qu’elle était, et pourtant je ne pouvais m’empêcher d’être en colère contre lui. Je ne pouvais m’empêcher de lui en vouloir d’être si prévenant, si… aimant avec une autre que moi.

« Ser Reyne, il ne me semble pas que vous connaissiez ma sœur, et Dame d'Atour, Lady Wendy Piper ? »

Howland s’était finalement avancé après être resté quelque peu en retrait, puis il gratifiait lady Alerie d’une révérence respectueuse et gracieuse.

« Lady Lannister, Lady Wendy, c’est en vous voyant que je comprends le sourire de votre seigneur, comment ne pas être enchanté par tant de grâce ? »

« Et voici votre fiancée. Lady Allyria Tarbeck. Prenez soin d'elle, chevalier : elle m'est aussi chère que mon propre sang ! »

Il se tournait finalement vers moi, et s’approchait davantage afin de saisir ma main et d’y déposer un chaste baiser.

« Lady Allyria. »

Tenant toujours ma main, il se tournait vers la suzeraine de l’ouest.
« N’ayez crainte, Lady Lannister, je ferais du bien-être de Lady Allyria une véritable mission. »

Il souriait, et je me rappelais alors de ces petites choses qui l’avaient rendu si agréable lors de cette soirée. Ser Howland était un jeune homme à l’éducation irréprochable, et son sourire avait tout d’enivrant.

« Si nous passions à table ? Je meurs de faim. »
« Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. »

Nous nous laissions tous aller à rire après la petite joute légère du couple suzerain, et alors que j’allais me diriger vers la table, je constatais qu’Howland, qui tenait toujours ma main, n’avait pas bougé. Pivotant légèrement, il déposait ma main sur son bras afin que nous avancions tous deux vers la table magnifiquement dressée.

« Lady Allyria, sans doute me trouverez–vous cavalier, et pourtant j’ai l’impression d’y être autorisé après ces mois de correspondance… Vous êtes d’une beauté à couper le souffle, mes souvenirs ne vous rendaient pas justice. »
« Je me souvenais d’un chevalier courtois, mais prenez garde, Ser Howland, vous risqueriez de tomber dans la flagornerie. »

Un éclat de rire nous échappait au même instant alors que nous parvenions à la table. Assise entre Garett et Alerie, je faisais face à Howland. Celui-ci ne me lâchait pas du regard alors que je tentais un instant d’échapper à son attention. J’étais nerveuse, plus que nerveuse. Il s’était montré charmant, comme il l’avait toujours été, mais je n’oubliais guère que lui comme moi étions contraints à ce mariage par nos familles respectives. J’aimais un autre homme, et celui-ci se trouvait à nos côtés justement. La situation aurait-elle pu être plus épineuse ?

Alors que la cloche résonnait, les serviteurs s’affairaient soudain afin de nous servir le premier met. L’odeur délicieuse qui s’élevait laissait entrevoir la qualité exceptionnelle du repas qui nous serait servi.

« Lady Alerie, quel délice… Vous nous gâtez. »

Je lançais un sourire complice à mon amie, attrapant sa main discrètement sous la table pour la serrer l’espace d’une seconde et lui montrer ma reconnaissance. Je m’étais montrée taciturne et quelque peu distante avec elle, et je pouvais voir le trouble que cela avait provoqué chez la jeune femme. Elle avait mis en place le plus délicieux des repas afin de faciliter les relations entre mon futur époux et moi-même, et je ne doutais pas qu’elle avait mobilisé beaucoup d’énergie pour cela.

lumos maxima


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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 16 Jan 2018 - 12:40


Déjeuner familial

L'eau, goutte à goutte, creuse le roc.


D'une main nonchalante, elle cache le cercle d'or pour protéger ses prunelles sombres des rayons implacables du roi des astres, déterminée à prolonger sa contemplation rêveuse en défiant le soleil de la faire ployer. Mais elle ne romprait pas. Fugace, un petit sourire étire le coin de sa bouche alors qu'une pensée ironique traverse son esprit éveillé : elle vivait là une parfaite métaphore de sa vie actuelle, prête à s'exposer et à affronter la brillance et le faste néfaste des Lions du Roc, quoi qu'il lui en coûte. Rien ne la ferait reculer, ni la chaleur brûlante, ni la douleur dans sa rétine, ni l'aveuglement partiel... Seule comptait la capacité à savoir s'en protéger suffisamment pour ne pas se laisser consumer ; seule comptait la faculté de rester en vie suffisamment longtemps pour voir ses projets menés à bien. Du haut de son petit balcon, Wendy Piper embrassait d'un regard sinistre la baie de Port-Lannis s'étalant en contrebas, noyant ses pensées dans le ressac de la mer du Crépuscule venant lécher les fondations de la formidable forteresse de Castral Roc. Par les Sept, qu'elle exécrait cet endroit ! Que ne donnerait-elle pas pour quitter ces lieux honnis et retrouver la douceur de ses terres natales ! Contrairement à sa sœur, Wendy n'avait pu développer le moindre attachement à ces terres arides et rocailleuses, pourtant d'une beauté sèche saisissante et peuplées d'habitants persévérants et volontaires. L'ancienne appartenance de leur noble génitrice à cette région ne pouvait, aux yeux de la cadette, racheter tout le mal que les suzerains de cette contrée avaient fait à sa famille. A jamais, les Terres de l'Ouest seraient synonymes de sang, de souffrance, de cruauté... A jamais elle vouerait à cette terre la même haine qu'elle vouait à la famille qui la contrôlait depuis des millénaires. N'en déplaise à Alerie qui s'acharnait à faire de cette demeure la sienne, de ce trône le sien, de ce nom terrifiant le leur, à elle et le futur fruit de ses entrailles... Elle ne pouvait l'en blâmer, elle s'était fait le serment de ne plus le faire, cette nuit hors du temps, juste avant le couronnement du nouveau souverain. Et elle avait été témoin du bonheur empreint de fierté irradiant de tous les pores de sa peau, lorsque, rentrant de Port-Real, les Ouestiens l'avaient acclamée avec une chaleur et une sincérité indéniables. Non, elle ne pouvait pas lui en vouloir... mais elle ne partagerait jamais ce sentiment et s'évertuerait à le dissiper ne serait-ce qu'un peu dans le cœur d'Alerie.

Un soupir s'échappe de ses lèvres figées par le plâtre séché de son masque lui collant l'âme et la peau. La Conflanaise se prenait à se languir de la capitale, cette ruche bourdonnant de mille et unes intrigues, de murmures interdits mais délicieux, et de ce beau monde qui faisait et défaisait le royaume en un claquement de doigts. Elle avait eu hâte de s'y rendre, de se mêler à cette foule prête à servir ses prochaines actions, mais les événements tragiques s'y étant déroulés avaient fini par l'asphyxier ; alors elle avait eu hâte de la quitter, sentant que le nœud du problème, la clef de ses plans ne pourrait être trouvée que dans l'antre même du lion, et n'était-ce pas là ce qu'elle désirait, d'enfin trouver un levier à actionner pour mettre en branle ses projets ? Et pourtant, Wendy soupirait en posant ses yeux sur la mer du Crépuscule, cette magnifique étendue d'eau aux reflets irisés, en regrettant presque les effluves nauséabondes de la baie de la Néra, et ses constellations scintillant sur l'eau noire comme autant de lucioles au bord d'un étang. Le Roc manquait cruellement d'action. Il n'était qu'attente, œillades, soupçons, vigilance, là où Port Real grouillait de possibilités, de nouvelles rencontres, de joutes verbales savamment menées. Par le Père, qu'elle avait apprécié la Cour et ses circonvolutions, ses enjeux, et ses risques grisants. Elle avait au moins eu l'impression de pouvoir agir. Ici, ses mains étaient liées et il n'était plus question de laisser glisser quelques indices sur ses réels sentiments à l'égard de sa belle-famille. La jouvencelle fronça le nez à l'unique pensée d'appeler les Lannister sa famille. Elle en était malade. Elle le serait du premier jour jusqu'au dernier.

Et ce n'était pas la perspective de ce déjeuner de parodie, auquel elle était conviée avec Allyria Tarbeck et Howland Reyne, qui égaillait son cœur frustré et rempli d'ennui. La catin avait accouché d'une fille morte-née, punition divine pour accabler la dévergondée. Mais le cœur revanchard de Wendy, loin de compatir à cette perte, aurait préféré que l'enfant survive pour mieux jeter la honte et le déshonneur sur cette Tarbeck qui se croyait tout permis et au-dessus de tous ! Cette bâtarde aurait été le rappel nécessaire de la souillure indélébile, et la Vierge n'aurait pas hésité à injecter sans cesse le fluide perfide destiné à lui remémorer la bassesse de ses principes et le mensonge, tapi dans l'ombre et menaçant, dans lequel Allyria avait décidé de vivre. Car toujours la Vérité finit par éclater, et c'est avec délectation que la Piper aurait goûté à cette disgrâce longtemps attendue et amplement méritée. Mais les Sept en avaient cependant décidé autrement... Bien que, parfois, Wendy et sa nature suspicieuse se laissent aller à des divagations de l'esprit, et s'interrogent sur la réalité de cette mort. Comme c'était pratique que le fruit du péché ait simplement disparu sans jamais laisser de trace, n'est-il pas ?... Quelques coups toqués à la porte la sortirent de ses pérégrinations spirituelles, et bientôt, la douce voix de Meera, sa femme de chambre, s'éleva derrière elle, la rappelant à ses obligations et lui signifiant que sa sœur et suzeraine la faisait mander. Nouveau soupir. Wendy ferme les yeux un instant. Cette mascarade inutile commençait à lui peser. Quand, par les Sept, pourrait-elle enfin avancer ses pions pour ne plus avoir la sensation de stagner ? Chaque minute en présence de Garett était une torture, elle qui ne rêvait que de serrer ses mains autour de son cou si fort que sa tête arrogante en sauterait comme un bouchon s'échappe du goulot d'une bouteille. Ses paupières se rouvrent, souffrant de la flèche décochée par le soleil. Mais elle refuse de plisser les yeux. Elle refuse de plier. Toujours. La grandeur de sa tâche la dépasse. Fixant l'horizon sans ciller, elle pare son visage du doux sourire discret qui la caractérise en ces murs avant de se retourner vers la jeune servante, à sa disposition pour terminer sa toilette. Sans un frémissement, Wendy se glisse dans la peau du rôle de sa vie comme une main délicate dans un gant de soie.

***

« Vous êtes également ravissante, lady Allyria, et je soupçonne votre femme de chambre d'être magicienne... Le regard de Wendy se fait perçant et un demi sourire flotte insolemment sur ses lèvres fines... bien malin serait celui qui percerait aujourd'hui votre condamnable secret, estimez-vous incroyablement chanceuse... » La porte s'ouvrant sur les appartements d'Alerie avorte une éventuelle réponse de l'accusée, et c'est avec un sourire radieux et innocent que la Dame d'Atour pénètre la pièce, le cœur jubilant de sa perfidie. Si elle devait juguler tous ses autres sentiments de haine vengeresse, son désamour pour Allyria, lui, n'avait pas à être dissimulé. Tout le monde pourrait comprendre, avec indulgence, la jalousie d'une sœur pour la favorite de son aînée, sans pour autant la cautionner. Voilà au moins un sentiment qu'elle pouvait assumer avec art tout en restant parfaitement polie. Alerie était resplendissante dans sa robe kimono, choix habile pour ne pas contraindre son ventre et ne pas trop dévoilé sa forme s'arrondissant de jour en jour. Il émanait d'elle une sorte d'auréole divine, sans doute due à la maternité et c'est avec un profond bonheur que Wendy s'empressa de saisir les mains tendues de sa sœur et d'accepter son doux baiser fraternel. Si ses plans stagnaient, sa relation avec Alerie s'améliorait, elle, de jour en jour, victoire déjà suffisante en ces temps troublés, et elle remerciait chaque soir les Sept de lui avoir rendue son alliée. « Tu as bonne mine, ma sœur ! Et quelle jolie toilette ! Une vraie rose de printemps ! » Wendy serre chaleureusement les mains de son aînée, un sourire sincère parant son visage. « Et que dire de la tienne ! La maternité te glorifie littéralement, tu es l'incarnation de la Mère, nul doute que ton enfant sera robuste ! » La Piper était sincère dans ses éloges, mais c'était un soupçon de malignité qui lui avait fait enfoncer le clou sur la bonne maternité d'Alerie et la future force de son enfant. En toute discrétion, alors qu'elle se reculait pour céder sa place, elle décocha un regard en coin à Allyria Tarbeck, la mère malheureuse qui ne méritait guère tous les soins que la suzeraine du Roc lui prodiguait.

Tu ne perds rien pour attendre, douce illusion, semblait lui faire comprendre Wendy. Elle ne savait ni quand, ni comment, mais la Pieuse la ferait tomber du piédestal sur lequel l'avait placée Alerie. Quelque chose clochait, et elle trouverait quoi, elle s'en faisait le serment.

***

« Sa Seigneurerie, Lady Alerie Lannister ! Lady Wendy Piper, et Lady Allyria Tarbeck » Les trois dames pénétrèrent sur la Terrasse des Reines, endroit privilégié entre tous et même le dégoût de Wendy pour cette forteresse ne pouvait gagner contre la beauté indéniable de cet espace aux allures royales. La vue était imprenable, et la douceur octroyée par l'ombre de la pergola inestimable en ce temps de sécheresse. Une joute conjugale des plus ridicules s'ensuivit... Alerie jouait parfaitement les mondaines, Garett jouait le gentil goujat, et tous deux interprétaient à merveille le couple idéal nageant dans le bonheur. Que tout ceci était pathétique, songeait Wendy. Cependant, elle n'oubliait pas son rôle et accueillait cette scène avec un chaste sourire, le rose aux joues et le regard empreint d'humilité, laissant échapper ça et là quelques rires timides. « Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. » Et c'est mon déplaisir... A l'inverse de ses pensées, la belle fond en une révérence distinguée, sourire aux lèvres et regard pétillant de joie. Feindre l'amour et l'honneur pour masquer la haine dévastatrice. « Ser Reyne, il ne me semble pas que vous connaissiez ma sœur, et Dame d'Atour, Lady Wendy Piper ? » Le voilà, l'homme à qui on s'est acharné de dissimuler la vérité. Howland Reyne était bel homme, à n'en pas douter, avec une prestance propre aux Reyne qui n'était pas pour déplaire à Wendy, et une gentillesse semblait émaner de sa personne. Oui, Allyria avait bien trop de chance pour mériter son sort, et elle n'en avait même pas conscience. Cette garce dévergondée ne méritait pas un tel homme et Wendy le plaignait déjà, avant même les épousailles.

Alors que le Reyne s'approche, galant, Wendy s'incline légèrement, modeste, douce, en parfaite lady. « Lady Lannister, Lady Wendy, c’est en vous voyant que je comprends le sourire de votre seigneur, comment ne pas être enchanté par tant de grâce ? » Elle contient un rire railleur pour ne pas se départir de son rôle, et Howland est sincère dans ses propos, comment pourrait-il en être autrement ? « Monseigneur est trop aimable. Je suis enchantée de faire votre connaissance. » « Et voici votre fiancée. Lady Allyria Tarbeck. Prenez soin d'elle, chevalier : elle m'est aussi chère que mon propre sang ! » Son sang se glace et se fige, sa respiration se bloque et, imperceptiblement, ses doigts se resserrent sur eux-mêmes. Mais son visage, lui, ne bouge pas, ses yeux arborent la même expression douce et aimable, sa bouche ne se tord pas et garde son sourire insolent et si chaste. Aussi chère que mon propre sang... Une boule se forme dans son estomac. Combien de temps devrait-elle supporter cette traîtrise ? Pourquoi Allyria méritait-elle cet amour ? Qu'avait-elle fait à part se pavaner dans des tenues indécentes et cancaner sur les moindres événements, amusant Alerie ? Wendy vivait cette comparaison comme le plus insultant des affronts. Mais elle ne devait rien dire, elle se devait de paraître calme et digne, gentille. Elle pourrait se permettre de lancer quelques piques à Allyria, mais jamais elle ne devrait contredire sa sœur en publique, la placer en défaut et la mettre mal à l'aise. Se garder de la contrarier, également.

« Si nous passions à table ? Je meurs de faim. »
« Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. »
La petite assemblée se laisse aller à rire, avec complaisance et Wendy joue son rôle à merveille. Elle se laisse placer à table, prenant chaise aux côtés de sa sœur. Son oreille est soudain attirée par un éclat de rire discret... Allyria et Howland semblent déjà en parfaite harmonie, et la conflanaise observe ce nouveau couple avec un regard sombre, anticipant déjà ses manœuvres pour jeter le malaise sur Allyria. Tout vient à point à qui sait attendre. En un battement de cils, le regard de Wendy retrouve sa grâce innocente, alors que Alerie sonne la cloche pour lancer le repas. Les serviteurs affluent, apportant avec eux une soupe de poisson tiède, véritable régal pour les papilles. « Lady Alerie, quel délice… Vous nous gâtez. » La mâchoire de la cadette des Piper se serre subitement quand elle surprend le sourire et le regard complice échangés entre Allyria et sa sœur. La jalousie distille toujours son venin, malgré leur meilleure relation. C'est que la Tarbeck ne mérite pas cette affection démesurée, et Wendy en est malade ! « Je partage pour une fois l'opinion de lady Allyria, ma sœur, tes dons de maîtresse de maison surpassent nos attentes ! Et je vous remercie, monseigneur frère pour l'initiative de ce repas et le délicieux choix de cette magnifique terrasse... Wendy parle d'une voix douce, le regard chaleureux dirigé vers Alerie, puis Garett. Une seconde, le temps se suspend, mais la Vierge reprend sur le même ton doux, la même chaleur dans le regard, avec même une pointe concernée dans la voix, alors que son regard se visse sur Allyria Tarbeck... Je suis heureuse de vous voir ainsi manger avec appétit, lady Allyria, nous étions tous inquiets. N'a t-elle pas repris toutes ses forces et toute sa splendeur, Ser Howland ? Pouvez-vous croire qu'il y a quelques jours encore la... maladie sévissait chez cette jeune femme radieuse ? »

Rien ne transparaît, mais la sournoiserie de Wendy rampe lentement sur cette table magnifiquement dressée.

AVENGEDINCHAINS



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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Dim 21 Jan 2018 - 22:46

L’Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.


















Si la sècheresse avait frappé durement les Terres de l’Ouest, laissant les champs pratiquement secs et le peuple en plein désarroi, ce n’était pas la seule difficulté que traversaient ces riches terres aurifères qui tiraient leur puissance de celle de l’or. Plus que toute autre région rebelle, l’Ouest avait payé un lourd tribut à la guerre. Les habitants n’étaient pas aussi rudes que ceux de l’Orage, et en ratio, les pertes ouestriennes avaient été bien supérieures à celles des armées Baratheon. Seuls les seigneurs du Conflans avaient peut-être constaté encore plus de disparitions. Les conséquences étaient directes. La plupart des conscrits étaient des paysans, et ceux qui n’étaient pas revenus des campagnes loin par-delà les collines d’Est manquaient cruellement aujourd’hui pour entretenir les quelques étendues agricoles de la région.

Malgré ce sombre tableau, la situation des Terres de l’Ouest restait pour le moment relativement stable. En cause, les nombreux échanges commerciaux entre notamment Dorne et les Lannister. Les Cités Libres d’Essos participaient également activement à nourrir la région. Les seigneurs avaient reçu la consigne de ne pas regarder à la dépense, achetant à tour de bras, captant ainsi une partie significative du commerce de denrées. Blé, orge, légumes ou encore viande séchée et salée. Seul le poisson se trouvait en abondance le long des côtes, mais il fallait toujours se méfier des Fer-Nés, et tous les pêcheurs de l’Ouest n’auraient pas suffi à nourrir toute la population de l’intérieur des terres. Jamais Port-Lannis, centre névralgique de l’Ouest n’avait connu une telle activité. Les quais étaient surchargés, on embauchait chaque jour de nouveaux débardeurs et de nouveaux entrepôts en dur s’élevaient parfois jusque sur les larges jetées le long desquelles étaient rangés de nombreux navires, parfois amarrés à couple à trois ou quatre. Si importer toutes ces denrées avait son coût - rien que les fortunes ouestriennes ne pouvaient amortir – les bénéfices étaient également là. Les droits de douane avaient été abaissées, mais restaient ceux d’amarrages. De plus, tous ces marins venus des quatre coins du monde dépensaient chaque nuit des fortunes en nourriture, boissons et femmes. Et finalement, la prospérité de la troisième ville du continent s’en trouvait décuplée, amortissant encore un peu la dépense initiale d’achat de ces denrées vitales pour la population.

Toutes ces considérations matérielles n’arrivaient évidemment pas à la table suzeraine.

Le Roc était tel un mont mythologique, ces derniers temps. Les problèmes quotidiens n’arrivaient aux Lions que parce qu’ils le décidaient, alors qu’ils continuaient à vivre comme auparavant. Quelques efforts avaient été fait pour éviter de froisser la population, mais en l’état actuel des choses, rien n’avait véritablement changé, preuve en était aujourd’hui.

« Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. »

Tout le monde partagea le rire, par sincérité ou par comédie, mais tout le monde le partagea. Alors que tous se dirigeaient vers la table, un double éclat de rire se fit entendre : Allyria et Howland plaisantaient visiblement sur leur relation. Cela n’avait guère d’intérêt, selon le Lannister. Guère plus qu’un peu de badinage forcé pour maintenir les illusions et les apparences. En sa qualité de chef de la maison Lannister, Garett s’installa en tête de table, faisant face à Alerie tandis qu’Howland Reyne, en sa qualité d’invité, prenait place à sa droite, aux côtés de Wendy Piper. Allyria, elle, s’était installée de l’autre côté, face à son promis. Un tintement de cloche d’argent plus tard, et le premier plat fit son apparition, succédant à des bassines d’eau. Les vapeurs de la soupe de poisson laissaient présager un beau moment gastronomique.

« Lady Alerie, quel délice… Vous nous gâtez. »

Garett regarda son amante attraper la main de son épouse. Il n’était jamais vraiment aisé d’appréhender ces moments où ils étaient tous les trois ensembles. Il lui semblait alors qu’Allyria et lui jouaient une pièce de théâtre dont Alerie était la troisième malheureusement involontaire actrice. Il les regarda tout en buvant un trait de vin. La journée était paisible, elle était agréable, reposante. Tout ce dont avait besoin le Faiseur de Roi pour oublier ces quelques semaines courtes et trépidantes à la Cour.

« Je partage pour une fois l'opinion de lady Allyria, ma sœur, tes dons de maîtresse de maison surpassent nos attentes ! Et je vous remercie, monseigneur frère pour l'initiative de ce repas et le délicieux choix de cette magnifique terrasse... Je suis heureuse de vous voir ainsi manger avec appétit, lady Allyria, nous étions tous inquiets. N'a t-elle pas repris toutes ses forces et toute sa splendeur, Ser Howland ? Pouvez-vous croire qu'il y a quelques jours encore la... maladie sévissait chez cette jeune femme radieuse ? »

Son regard allant à sa sœur puis à Garett, Wendy termina avec un ton véritablement compatissant, regardant Allyria droit dans les yeux. Le Jeune Lion manqua de s’étouffer avec son vin, et haussa les sourcils d’un air qui se voulait peu concerné, laissant le soin à Allyria ou Alerie de répondre. Ce n’étaient pas là les préoccupations d’un suzerain. Un ange passa. La soupe était bonne, les morceaux de lard séché, agrémenté d’épices, apportaient une touche salée assez délicate. S’il ne laissait rien paraître, montrant volontairement qu’il ne considérait pas ces discussions d’un grand intérêt, guère plus que des babillages de bonnes femmes, Garett se faisait violence. Son rythme cardiaque, après avoir manqué un battement, avait soudainement accéléré, alors qu’il attendait la suite avec une certaine appréhension. Il n’écouta même pas ce qui se dit après, se concentrant pour trouver une diversion suffisante. Finalement, il releva la tête vers son épouse.

« Je crois que nos cuisines ont encore fait une merveille, cette soupe est un délice. »

Un pâle sourire vint perler sur ses lèvres alors qu’il s’adressait directement à sa femme.

« Cela nous change de ces festins sans fin à la table des Targaryen. » enchaîna-t-il en tournant la tête vers Wendy, pour y chercher son acquiescement à elle aussi.

Il se tourna vers Howland d’un air léger tout en adressant aussi un regard à Allyria. Il n’était nul besoin de rappeler à celle qu’il aimait qu’elle n’avait pu les accompagner justement à cause de cet enfant qu’elle portait alors.

« Ne vous y trompez pas, Ser Howland : la table du Roi est la plus merveilleuse des Sept Couronnes… Mais par les dieux – si vous me passez l’expression – ça n’arrête pas. Deux, trois… parfois quatre plats ! Sans compter les innombrables amuses bouches et autres entrées. »

Une nouvelle rasade de vin et Garett revint à son épouse d’un air plus sérieux. C’était avant tout un déjeuner suzerain : la Dame du Roc avait amené ses suivantes, et un invité. Le repas était intime, rien n’était prévu autre que de discuter posément de ce qu’auraient à l’esprit ceux qui régnaient en maîtres absolus de Crakehall à Fléaufort, et de Feux-de-Joie à Puysaigues. Garett essaya de détendre l’atmosphère. Il était au fait des dissensions entre les deux suivantes d’Alerie. Il n’y voyait là que des bisbilles, des disputes de jeunes vierges effarouchées, rien de sérieux. Toutefois, il était plus prudent de botter en touche. De toute manière, personne n’était venu ici pour accabler Allyria de sa maladie fictive.

« Je suis heureux de voir que le peuple semble tenir le choc face à la sécheresse. Tout va bien à Castamere, Ser ? Comment se porte votre cousin ? »

Après tout, tout valait mieux que de rester sur un sujet aussi bancal… et si ennuyeux en apparence. Mieux valait ne pas penser à ce que serait la fin de la journée si trop de questions venaient à fuser comme précédemment.





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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Castral-Roc, en Terres de l'Ouest
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 6 Fév 2018 - 15:27




L'Eau, Goutte A Goutte, Creuse Le Roc
Ce dîner intime, réunissant le cercle très privé du couple suzerain, avait tout du vaudeville. Tandis que l'on dégustait l'entrée, et que les convives se succédaient de compliments sur son choix, judicieux et succulent à la fois, Alerie ressentait plus que jamais l'omniprésente tension. La tension de paraitre impeccables, pour elle et pour Garett, la tension de sa sœur à l'égard de son beau-frère et d'Allyria, elle-même perturbée par la présence de son fiancé. Elle pesait sur eux tous comme un poids, constant et familier. Chaque bouchée avait un arrière goût de secret, chaque sourire prenait des airs de masque. C'était la seule chose à faire. Et c'était épuisant. Depuis un an, elle avait compris que c'était l'apanage de son rang, qu'il le toujours et que désormais, plus rien de ce qu'elle pouvait faire ne lui était laissé libre de ses convictions profondes. Faire avec. Par tout moyen, et pour le bien de tous. Et surtout, de cet enfant qu'elle portait, qui grandissait au creux de son ventre et pour lequel elle espérait un avenir meilleur.

« Je suis heureuse de vous voir ainsi manger avec appétit, lady Allyria, nous étions tous inquiets. N'a t-elle pas repris toutes ses forces et toute sa splendeur, Ser Howland ? Pouvez-vous croire qu'il y a quelques jours encore la... maladie sévissait chez cette jeune femme radieuse ? » La voix douce et le regard compatissant de Wendy ne les tromperaient pas, elle, Garett et Allyria. La question que l'on était en droit de se poser était de savoir si Ser Reyne remarquerait le venin que sa cadette distillait avec autant de facilité. Elle le fait pour me protéger. Pour protéger mon enfant. La petite voix intérieure avait toutes les peines du monde à se faire entendre, bien qu'elle répétait les mots inlassablement, comme pour laver les présents du poison du sous-entendu. Elle ne pouvait non plus lacer un regard, à l'égard d'Allyria comme de sa sœur, c'eut été souffler de la vie dans ce qui se devait de rester étouffé. Elle se contenta donc d'imiter son époux, en avalant une grande cuillerée de soupe, essuyant un coin de sa bouche avec un napperon qu'on lui apporta puis, elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise, en passant une main réconfortante sur son ventre. Une façon comme une autre de demander à chacun de calmer ses ardeurs. Quelles qu'elles soient.

Finalement, après un long moment de silence, ce fut Garett qui brisa net et, se tournant vers elle, de commenter. « Je crois que nos cuisines ont encore fait une merveille, cette soupe est un délice. Cela nous change de ces festins sans fin à la table des Targaryen. » Alerie lui adressa un sourire à la fois remerciant, et salutaire. Qu'il prenne les rennes de cette conversation, ou du moins, qu'il en change l'atmosphère pesante qu'elle soupçonnait qu'à défaut, ses deux dames, ses deux piliers féminins dans une existence faite de si peu de choses vraies, ne manqueraient pas de tourner en dérision. Elles se ressemblaient autant qu'elles pouvaient se détester, si seulement elles pouvaient enfin l'accepter et ne plus se comporter comme des enfants ! « Ne vous y trompez pas, Ser Howland : la table du Roi est la plus merveilleuse des Sept Couronnes… Mais par les Dieux – si vous me passez l’expression – ça n’arrête pas. Deux, trois… parfois quatre plats ! Sans compter les innombrables amuses bouches et autres entrées. » « Qu'est-ce à dire ? Que la mode, à table, est à la frugalité ? Ne vous y trompez pas, Monseigneur époux, ceci n'était qu'un avant goût. » Elle n'avait pas besoin d'en dire d'avantage que déjà, des mains habiles débarrassaient pour servir un assortiment de fruits frais puis, un plateau de morceaux fins et délicats de blanc de volaille. « Il n'empêche que je partage l'ennui des habitudes de la Cour... Le ballet de grands gestes et autres déférences pompeuses est vraiment ridicule ! »

Elle prit une gorgée d'eau puis, piqua d'une fourche un morceau de volaille qu'elle laissa goulument fondre sur sa langue. La maternité creusait son appétit, rosissait ses joues gourmandes, et faisait briller son alliance avec laquelle elle jouait de temps à autre. « Je suis heureux de voir que le peuple semble tenir le choc face à la sécheresse. Tout va bien à Castamere, Ser ? Comment se porte votre cousin ? » Son regard glissa vers leur invité, lui adressant un sourire courtois. Il était temps qu'elle en apprenne davantage sur ce jeune lion rouge.


© Belzébuth

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i will fight them within my marriage
you know what "legacy" means? it's what you pass down to your children, and your children's children. it's what remains of you when you're gone. it's the family name that lives on ▬ but your legacy is a lie. and soon, your name will turn ashes in your mouth
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Allyria Tarbeck
OUEST
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MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mer 7 Fév 2018 - 22:25

L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc



« Je suis heureuse de vous voir ainsi manger avec appétit, lady Allyria, nous étions tous inquiets. N'a t-elle pas repris toutes ses forces et toute sa splendeur, Ser Howland ? Pouvez-vous croire qu'il y a quelques jours encore la... maladie sévissait chez cette jeune femme radieuse ? »

Je relève les yeux d’un seul coup, interpelée par cette attaque frontale à laquelle je ne m’étais pas attendue. Il n’était plus un secret pour qui que ce soit habitant le Roc que Wendy Piper ne me portait pas dans son cœur. La jeune femme me reprochait amèrement la proximité entretenue entre sa sœur et moi-même… Sans doute s’imaginait-elle que je cherchais à dérober celle avec qui elle partageait le sang. S’il ne faisait aucun doute que Wendy n’était guère réjouie de me voir fiancée à Howland Reyne, je n’avais pas imaginé que sa mesquinerie puisse atteindre ces sommets. Je la regardais un instant, silencieuse, étudiant les traits de son visage pour me rappeler de l’aspect que prenait la mesquinerie dans ses traits. Finalement, je retournais mon regard vers celui qui me faisait face, et qui, lui, ne m’avait pas lâché du regard. S’il paraissait toujours aussi cordial, il ne fallait pas être omniscient pour comprendre qu’il était interpelé comme nous l’étions tous. Wendy avait ce don incroyable de pouvoir dissimuler ses sombres desseins sous des dehors angéliques, mais elle avait sans doute mésestimé l’impact du moment choisi. Et sa phrase, bien que prononcée d’une voix charmante, tombait immédiatement comme offensive.

« J’ai partagé votre inquiétude, Lady Wendy… Quant à la splendeur, je ne peux qu’être ébloui par celle qui m’entoure à cette heure, grâce à vous toutes, mesdames. »

La voix de Howland se faisait douce, cordiale, il s’était tourné vers la jeune femme et lui avait adressé un sourire chaleureux… Comme s’il n’avait pas saisi l’insinuation de la demoiselle, ou plutôt comme s’il avait choisi de l’ignorer. Durant de longs mois, j’avais entretenu une correspondance fournie avec le jeune homme, l’entretenant de mes maux et de la langueur du temps lorsque l’on était tenue à ses appartements. Cette correspondance aurait pu n’être qu’une façade destinée à faire patienter les Reyne, elle avait été au contraire un moyen formidable de nous livrer l’un à l’autre. Le papier nous délivrait des regards extérieurs et des a prioris. Howland avait été au départ très cordial, formel, ne faisant que son devoir, et j’avais été concentrée sur ma mission première : le convaincre de ma maladie. A mesure que les lettres se succédaient, alors que nous avions épuisé les banalités polies, nous commencions à évoquer des sujets plus sensibles. J’avais évoqué la mort d’Alyn à l’occasion de l’anniversaire de celle-ci, évoquant par là-même la douleur que le souvenir de ce frère tant aimé soulevait en mon cœur. Il avait évoqué avec douceur la tendresse qu’il portait à sa sœur, June, mais il avait également parlé de la guerre, des atrocités au cœur desquelles il avait été plongé. Enfin, nous avions trouvé ce sujet qui nous avait définitivement rapproché… Pentos. La douceur de son air, l’odeur des fleurs écloses au petit matin, l’activité incessante de son port, le sucre de ses fruits… Après de longs mois, il avait fini par me parler de sa petite fille, la bâtarde qu’il avait ramenée avec lui de ces contrées lointaines. Il avait craint que cela ne me repousse, et lorsqu’il constatait qu’il n’en était rien, il semblait que quelque chose de nouveau avait vu le jour entre nous. Nous nous étions déjà rencontrés par le passé, mais jamais encore nous avions pris conscience de tout ce qui pouvait tisser une grande amitié entre nous.

J’avais gardé le regard fixé sur Howland, refusant de baisser les yeux comme pour lutter silencieusement contre les insinuations qu’avait pu faire Wendy. Baisser les yeux, fuir le regard de Howland, c’était admettre qu’il y avait du vrai. Oh, il y en avait, du vrai. Il était cependant hors de question que qui que ce soit, surtout pas Wendy Piper, ne mette son nez dans mes affaires.

« Je crois que nos cuisines ont encore fait une merveille, cette soupe est un délice. »

La voix de Garett intervenait comme un véritable miracle alors que le silence s’était fait plus que pesant à la suite de la brève réponse de Howland.

« Cela nous change de ces festins sans fin à la table des Targaryen. »

Comment aurais-je pu le savoir après tout, moi qui avait du conserver la chambre pour cacher ce que nous avions fait à deux. Je ne conservais pas de colère ou de ressentiment particuliers envers Garett pour ne pas avoir pu assister au mariage royal pourtant. La fête avait tourné court, et Port-réal n’avait pas su me charmer lors de ma première visite. Il m’était pourtant douloureux d’imaginer Garett et Alerie, unis dans le bonheur de leur futur enfant à naître, reconnus comme unis justement par le monde entier, tandis que j’avais été cachée, laissée seule dans mon cachot doré jusqu’à l’accouchement. Dans un monde idéal, j’aurais été au bras du seigneur de l’Ouest, arborant fièrement ce ventre comme le symbole de la continuité de sa lignée. Pourtant, le monde n’avait plus rien d’idéal, et ce qui avait eu lieu avait changé à jamais celle que j’étais.

« Ne vous y trompez pas, Ser Howland : la table du Roi est la plus merveilleuse des Sept Couronnes… Mais par les dieux – si vous me passez l’expression – ça n’arrête pas. Deux, trois… parfois quatre plats ! Sans compter les innombrables amuses bouches et autres entrées. »
« Il n'empêche que je partage l'ennui des habitudes de la Cour... Le ballet de grands gestes et autres déférences pompeuses est vraiment ridicule ! »

Le couple suzerain déployait des trésors de courtoisie et de mondanité, comme pour combler un silence qui aurait pu donner l’occasion à Wendy de réitérer ses attaques ciblées. J’étais reconnaissante envers Garett et Alerie pour leurs efforts, pour leur soutien, et je ne manquais pas de remarquer les regards appuyés et les sourires de Howland, auxquels je répondais bien volontiers. Wendy avait les moyens de nuire, et l’envie, c’était à n’en pas douter, mais je n’étais pas de celles que l’on abat. Je n’étais pas, comme elle, le baton de bois qui se brise plutôt que plier. Je pliais. Une fois. Deux fois. Puis je revenais à ma position naturelle : droite et fière. J’avais plié de nombreuses fois sous le poids de mes erreurs, de celles des autres, ou bien des hasards de la vie. Pourtant je me tenais là, droite, et ce n’était pas Wendy Piper, sa jalousie et son amertume, qui réussirait là où tant d’autres avaient échoué.

« Je suis heureux de voir que le peuple semble tenir le choc face à la sécheresse. Tout va bien à Castamere, Ser ? Comment se porte votre cousin ? »

Son regard avait été bien ancré dans le mien durant de longues minutes, alors que je me demandais ce à quoi pensait le jeune chevalier. Il y avait une grande douceur dans son regard, et pourtant je sentais que lui aussi tentait de percer l’opacité de mes pensées au travers de ce regard. Il détournait les yeux alors que Garett prenait la parole, me permettant de reprendre mon souffle tant j’avais cru devoir m’immobiliser pour ne rien laisser entrevoir de mon trouble.

« Lord Reyne se porte bien, Monseigneur. Nous subissons tous la lourde chaleur de cet été, et ses conséquences sur les récoltes. Après ces années de guerre, il est bon de retrouver son foyer, de panser ses plaies. »

S’il s’était montré badin avec moi, cordial avec Wendy, c’était un nouveau visage de Howland Reyne que je découvrais. Il s’était exprimé avec la plus grande clarté et le plus grand sérieux, comme un général en guerre.

« Les bardes se font déjà l’écho de votre bravoure au combat, et de vos exploits, Ser Howland. Après toutes ces années, après vous être habitué au rythme des combats, j’imagine que la vie en temps de paix doit vous sembler bien plus… »

Il avait toujours très peu parlé de la guerre dans nos lettres, l’évoquant à demi mots alors qu’il rassemblait quelques souvenirs. Il était pourtant vrai que Lord Byron Reyne et son cousin avaient été deux chevaliers bien valeureux des troupes de l’Ouest.

« … Sereine ? »

Je souriais un instant, avant de prendre une gorgée de vin et de rétorquer après quelques secondes.

« J’allais dire morne… Mais sereine me semble plus à propos, en effet. »

Je replongeais mes lèvres dans le nectar frais qui emplissait ma coupe, avec un sourire large alors que celui de Howland y faisait écho. J’avais conscience que nous nous donnions en spectacle, ces sourires et ces attitudes n’avaient pas lieu d’être en présence du souverain. Pourtant, il aurait été impossible de rester impassible face à la bonne humeur a priori indestructible du jeune Reyne. Il semblait ignorer volontairement les piques, la tension, et même la tentative plus que visible des souverains de meubler une discussion qui risquait de virer au règlement de comptes. Sans doute voyait-il cela. Sans doute prenait-il même note de ce qui se passait autour de cette table. Pourtant, je soupçonnais Howland Reyne d’être un homme intelligent, conscient qu’il était là, certes, en qualité de fiancé, mais qu’il se trouvait également à la table de son suzerain.

« Je suis un soldat, lady Allyria, j’ai été élevé pour servir mon suzerain au travers de mon épée… »

Il inclinait la tête en direction de Garett, avant de reprendre la parole, en portant son regard alternativement sur Alerie, Wendy et moi-même.

« … Pourtant, tout comme Lord Lannister au Roc, Lord Reyne a bien des affaires à régenter, et je l’aide autant que faire se peut. Castamere est plus prospère que jamais. »

Il avait prononcé ces mots sur le ton de la conversation mondaine, presque comme l’on aurait parlé du temps qu’il faisait. Pourtant, la mention n’était pas anodine. Les Reyne étaient riches. Très riches. A un temps jadis, leur fortune avait de loin dépassé celles des Lannister, et si cela n’était probablement plus le cas à ce jour, ils conservaient une influence non négligeable au sein de l’Ouest. Une influence que mon mariage avec Howland, renforçait encore davantage. J’étais, encore à ce jour, l’héritière présomptive de la famille Tarbeck, s’il devait arriver malheur à mon frère. Howland n’était pas l’héritier de Byron Reyne, mais le véritable héritier n’était encore qu’un très jeune enfant, et le chevalier se plaçait en bonne position pour faire office de Régent si le seigneur de Castamere venait à disparaître. Et héritier, si le fils de Byron et Johanna Reyne venait à périr. La manœuvre était habile, il fallait bien reconnaître cela à Hadrian. L’union d’enfants cadets, ou d’enfants de branches cadettes, de grandes familles, n’éveillait que très peu souvent le soupçon. Pourtant, l’union de nos deux familles était réelle, et politique. Cette union était d’autant plus importante à ce jour, depuis que le seigneur Lannister était devenu ‘le faiseur de Roi’, car le pouvoir des Lannister prenait de l’ampleur sur les terres de l’Ouest. Sans doute était-ce pour cela, que les Reyne n’avaient pas montré ouvertement le signe de leur impatience, lorsque nous avions prétexté une maladie soudaine afin de retarder le mariage. Et c’était pour cela, également, que malgré tout son amour pour moi, Doran n’avait pas cherché à me libérer de cette parole scellée il y a des années.

« Pour tous, il fut salvateur de voir les hommes de l’Ouest regagner leurs foyers… Retrouver votre époux, Lady Lannister, a sans doute été un grand soulagement. Nous pensions tous que le Roi nous priverait encore quelques temps de sa présence sur ces terres… »


lumos maxima

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 13 Fév 2018 - 23:05


Déjeuner familial

L'eau, goutte à goutte, creuse le roc.


Un silence tomba comme un morceau de calcaire se désolidarisant de sa falaise originelle, dans le même fracas imprévu et tout à fait inattendu, égratignant la face de la roche que l'on croyait éternelle et tranquille. Elle avait parlé avec une innocence feinte à la perfection, d'un ton compatissant pour masquer le bruit du pavé dans la marre qu'elle avait jeté allègrement. Et à la manière des Ouestiens habitués à ce genre d'événements dramatiques mais inéluctables, chaque être respirant autour de cette table somptueusement mise fit mine de ne rien entendre, se rendant sourd à la perfidie pointant dans le cœur de la jeune Vierge. Agir comme si tout était normal, ne pas souffler trop fort sa sidération, ne surtout pas lancer des œillades inquiètes et craintives ou des regards réprobateurs... Wendy savourait le combat intérieur qui se jouait dans le cœur des convives, dissimulant sa jubilation frémissante en engloutissant goulûment un morceau de pain délicatement parfumé à l'huile d'olive et aux herbes aromatiques.  « Que cela vous apprenne à mentir et trahir l'honnêteté d'un homme de bien... Que cela vous apprenne à cautionner le péché de luxure... C'est le jugement divin qui s'exprime par ma petite bouche ! » Garett manqua se s'étouffer avec la gorgée de vin qu'il était en train d'avaler, réagissant avec la rapidité de l'éclair pour faire passer sa surprise pour simple maladresse. Alerie se raidit imperceptiblement, luttant contre elle-même pour ne pas se cabrer et réprimander sa sœur tout en réconfortant son amie. Allyria, quant à elle, se contenta de dévisager son attaquante telle la proie intelligente jaugeant son prédateur fourbe. La pique avait fait mouche et le maintien de la Tarbeck lui criait qu'elle n'oublierait pas... Cependant, elle reporta son attention sur son fiancé, feignant l'indifférence.


« J’ai partagé votre inquiétude, Lady Wendy… Quant à la splendeur, je ne peux qu’être ébloui par celle qui m’entoure à cette heure, grâce à vous toutes, mesdames. »
Howland Reyne, en parfait gentilhomme, avait répondu d'une voix aimable, un sourire ornant ses lèvres alors qu'il s'était senti obligé de rendre le compliment de beauté à toutes les femmes de la maisonnée. Oh oui, ce jeune chevalier n'était pas un novice et savait se conduire savamment en présence de ses suzerains. En réponse, la Piper inclina la tête avec un sourire humble, le remerciant muettement de sa flatterie avant de retourner à sa soupe de poisson et de lard séché.

Un ange passa, où seul le son des cuillers heurtant la vaisselle raffinée s'élevait, mélopée un brin gênée et guindée de laquelle se repaissait la sournoise conflanaise. Le Reyne avait choisi de ne pas relever la pique dissimulée, de ne pas céder à la curiosité naturelle qui aurait voulu qu'il demande quelques explications... Soit. Alors que son beau-frère se lançait dans une banale discussion de cuisine, détournant l'attention pour revenir à des choses plus futiles et plus adaptées à un repas familiale, Wendy prit la décision de laisser le temps faire son œuvre pour le moment, optant pour la prudence qui lui dictait de ne pas s'acharner trop ostensiblement sur Allyria. La Jouvencelle revêtit alors son habit de politesse modeste, choisissant de parler peu et de ne plus montrer de mesquinerie envers la catin Tarbeck... pour l'instant. Son heure viendrait. Tout vient à point à qui sait attendre..., la dévote le savait mieux que quiconque, et sa discussion avec Valyron Tyvaros la confortait dans ses idées.

La discussion dériva sur les repas plus que copieux et horriblement longs de la cour, Garett souhaitant mêler à la conversation son épouse et sa belle-sœur pour se remémorer les fastes des festins de Port-Réal et pour mieux vanter la simplicité des cuisines de Castral-Roc... Chose qu'Alerie, en bonne maîtresse de maison suzeraine, s'empressa de démentir, lui annonçant que le repas qu'elle leur avait fait préparer n'aurait rien à envier à la table des Targaryen. Comme pour illustrer son propos, une brigade de serviteurs fit son entrée, entamant une danse savante et complexe à la chorégraphie bien huilée : pendant qu'une moitié desservait, l'autre changeait les assiettes et apportait les nouveaux plats. « Il n'empêche que je partage l'ennui des habitudes de la Cour... Le ballet de grands gestes et autres déférences pompeuses est vraiment ridicule ! » « Et pourtant, il ne me semble pas que cela soit si différent ici, la foule est simplement moins nombreuse et tous les visages nous sont familiers contrairement à la cour... » Son ton n'était ni mauvais ni insinuatif, Wendy se contentait de faire un simple constat, n'offrant de regards à personne d'autre qu'à la pêche juteuse qu'elle croqua bien vite. L'on retrouvait la Pieuse des Eaux et son air sérieux et sermonneur, celle qui prônait la simplicité et l'humilité devant les Sept, et désapprouvait l'hypocrisie des cours, qu'elles soient royales ou suzeraines. Il était prétentieux de croire que les murs du Roc étaient vierges d'emphases et autres grandiloquences grotesques et elle tenait à ce qu'ils regardent la réalité en face.

Elle se tut, dégustant son fruit gorgé de soleil, portant sa tête haute et son maintien droit comme un piquet, persuadée de détenir la Vérité Divine. Elle était parée de son austérité rigoriste, incarnation de la Jouvencelle. Il ne lui manquait plus que son exemplaire de l'Etoile à Sept Branches pour parfaire son allure de Septa dévote. « Je suis heureux de voir que le peuple semble tenir le choc face à la sécheresse. Tout va bien à Castamere, Ser ? Comment se porte votre cousin ? » De nouveau, on l'ignora. Un sourire candide et déférent étira ses lèvres roses à l'entente des paroles de Garett, pour dissimuler celui, noir et satisfait, qu'elle affichait dans son esprit. Comme il ne vous plaît guère que je vous mette face à vos réalités, mon seigneur... Docile, Wendy écouta attentivement le discours de Howland Reyne sur l'état des Terres de l'Ouest et plus précisément sur celles de Castamere, tolérant sans broncher les petites œillades et les petits sourires niais entre le chevalier et Allyria Tarbeck... Howland était un homme charmant, et c'était par égard pour lui qu'elle se garda de faire la moindre remarque sarcastique sur la parade amoureuse se déroulant sous leurs yeux. Mais elle n'en pensait pas moins. Cet homme recelait décidément de mille et uns trésors : courtois, chaleureux, brave et éminemment sérieux et assuré lorsqu'il parlait des affaires de sa famille. Il n'était pas lord de la maison Reyne et ne le serait peut-être jamais, mais tout en lui rappelait l'importance de sa maison et la dextérité de ses dirigeants. Un homme très intéressant à n'en pas douter.

« … Pourtant, tout comme Lord Lannister au Roc, Lord Reyne a bien des affaires à régenter, et je l’aide autant que faire se peut. Castamere est plus prospère que jamais. » Wendy décocha un regard rapide à Garett, gardant profondément caché son sourire amusé face à l'insinuation très fine du Reyne. S'il devait réagir, ne serait-ce que fugacement froncer les sourcils ou raidir sa mâchoire, elle désirait ardemment en être témoin : tout ce qui pouvait remettre un tant soit peu Garett à sa place était un spectacle qu'elle ne voulait pas manquer. La rivalité entre les Lannister et les Reyne était de notoriété publique malgré le respect et la profonde loyauté de Byron Reyne aujourd'hui à la maison du Lion, et malgré les multiples tentatives de faire taire l'ambition des lions rouges en les noyant sous les alliances -n'avait-il pas donné sa propre mère en épousailles au seigneur Reyne?-. Et qu'il était doux de voir Howland lui offrir une petite piqûre de rappel à ce sujet... Satisfaite, elle lança un regard à sa sœur, partageant avec elle la complicité d'un sourire entendu, avant de reporter son attention sur leur invité et de lui offrir son plus aimable sourire.

« Pour tous, il fut salvateur de voir les hommes de l’Ouest regagner leurs foyers… Retrouver votre époux, Lady Lannister, a sans doute été un grand soulagement. Nous pensions tous que le Roi nous priverait encore quelques temps de sa présence sur ces terres… » Wendy serra les dents, sans se départir de son sourire charmant et humble, et ses doigts, cachés sous la table et protégés des regards, refermèrent leur étreinte violente sur ses paumes, ses ongles s'enfonçant dans sa chair. Un soulagement... Garett aurait pu avoir la décence de mourir lors de cette guerre qui a vu tant d'hommes trépasser. Les dieux sont parfois injustes, mais au moins lui permettaient-ils d'être la main qui lui serait fatale, assouvissant ainsi sa soif de vengeance. Discrètement, la cadette Piper regarda sa sœur, une foultitude de pensées bataillant dans son esprit. Mais... le Reyne avait soulevé une question intéressante mettant en branle le cerveau hyperactif de la jeune femme. Une idée germa dans son esprit. Choisissant la conduite à adopter, Wendy fondit en un sourire rempli d'amour, teinté de mélancolie, alors qu'elle posait une main consolatrice et aimante sur celle d'Alerie, reposant sur son ventre rebondi.

« Ce retour de la guerre fut un soulagement pour nous tous, n'est-il pas ma sœur ?... que les Sept s'empressèrent de bénir de la promesse d'un enfant, un héritier pour le Roc... » Elle enveloppe son aînée d'un regard maternel, prolongeant l'instant pour lui montrer son soutien et son amour, au-delà de la mission qu'elles s'étaient toutes deux dévolue. Puis elle s'arracha à sa contemplation pour cette fois planter son regard dans celui de Garett, son beau-frère honni, se parant d'une fierté auréolée de respect qu'il prendrait pour sa gloire alors que celle-ci n'était issue que de la profonde satisfaction d'avoir un atout dans la simple existence de son futur neveu. Il la croira honorée, pleine de l'orgueil de faire partie de la famille Lannister, alors qu'elle ne voyait l'enfant que comme un puissant moyen de pression, un futur petit Piper qui achèvera d'anéantir la maison du Lion pour la gloire de Château-Rosières. Sa fourberie lui fait glisser une œillade rapide et discrète à Allyria, mais son intelligence prudente lui ordonne de ne pas s'attarder. A l'instant présent, la catin n'était plus sa cible... « Je gage que votre famille a partagé ce soulagement en vous voyant revenir, ainsi que le lord Byron, Ser Howland. Quant au retour définitif de notre suzerain sur ses terres, j'avoue partager votre étonnement, Ser... Wendy offrit un sourire virginal à Howland avant de river de nouveau son regard dans celui du seigneur de Castral-Roc... Quelle affaire urgente vous à contraint à quitter les festivités royales si vite, mon cher Garett ?... ses prunelles brillantes, retorses, se dissimulent à la perfection pour ne laisser transparaître que la candeur légitime, l'ingénuité la plus pure alors que son ton ondule de la curiosité la plus naturelle, intacte d'arrière-pensées... Vous êtes parti plus d'une demi-lune avant la date prévue pour notre convoi, rien de grave, j'ose espérer, mon beau-frère ?... » Habile comédienne, la Jouvencelle se mord la lèvre inférieure en signe de remords, baissant ses iris sombres habitées soudain par une honte coupable et ses mains se joignent sur son giron. Parfaite incarnation de la rédemption la plus humble. « A moins qu'il s'agisse d'une affaire placée sous le sceau du secret et du danger, qui ne nous concerne guère... Veuillez pardonner mon impudence, mon seigneur... »

Cela dit, la question était posée et planait tel un spectre au-dessus de la tablée et peut-être assouvirait-il enfin la curiosité des sœurs Piper qui n'avaient pu que s'étonner de se voir si promptement abandonner par le Lion, alors que le couronnement et ses festivités étaient synonymes de Triomphe et de Gloire pour lui... Son départ précipité était plus qu'étrange aux yeux de Wendy, bien qu'aucune réelle malice ne perce plus avant son cœur hormis la perplexité.


AVENGEDINCHAINS



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Little sweet poison
“We are what we pretend to be, so we must be careful about what we pretend to be.”
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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mer 21 Fév 2018 - 8:10

L’Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.
















La situation semblait être revenue sous contrôle. Alerie avait magistralement détourné l’attention en faisant avancer le plat suivant. Les Sept pouvaient être remerciés du cadre magistral dans lequel se déroulait le repas. Il était difficile de rester concentrer sur quelque chose de négatif. Les fruits frais semblaient gorgés de soleil et de sucre. Pourtant, avec la sécheresse, il était désormais difficile d’en trouver dans les terres des Lannister. Ceux-ci devaient venir d’Essos, achetés à prix d’or par les intendants conseillés par Alerie elle-même. Il y avait là des oranges grosses comme des poings, gorgées d’eau et de sucre, venant sans doute des grands vergers qui se situaient au Nord de Volantis, le long de la Rhoyne. Les blancs de poulets semblaient avoir été cuits avec un peu de miel et luisait d’une teinte qui annonçait bien des plaisirs gustatifs.

« Il n'empêche que je partage l'ennui des habitudes de la Cour... Le ballet de grands gestes et autres déférences pompeuses est vraiment ridicule ! »

Garett était partagé sur cela. Après tout, le protocole du Roc était également assez technique. Après tout, les traditions royales des Lions de l’Ouest remontaient à des siècles et des siècles d’évolution et de domination du pouvoir Lannister sur la région. Mais il était vrai que le défilé avait été incessant, notamment au moment des présentations des cadeaux de mariage. Le Donjon-Rouge avait le principal défaut d’être tout neuf et de n’avoir aucun cachet, aucune fondation vénérable, rien d’autre que des briques et une véritable ruche bourdonnante. Le Lion n’aimait ni la ville ni la citadelle et se trouvait bienheureux d’être enfin retourné chez lui. Se détendant, Garett étendit les jambes sous la table pour profiter de la paix qui l’entourait. Wendy Piper et Allyria Tarbeck pouvaient bien se déchirer sur qui avait la place de favorite de la suzeraine, il n’en restait pas moins un homme comblé à cet instant, appréciant la quiétude d’un fief en paix.

C’était également le cas de la sœur d’Alerie qui semblait ne pas goûter de la compairson.

« Et pourtant, il ne me semble pas que cela soit si différent ici, la foule est simplement moins nombreuse et tous les visages nous sont familiers contrairement à la cour... »

Garett coula un regard calme vers la jeune fille qui s’occupait de déguster une pêche à la peau tendre et à la chair jaune. Wendy Piper était en forme, aujourd’hui. Peut-être souhaitait-elle attirer l’attention du Reyne. On disait partout qu’en dépit de son passé difficile à suivre, Howland Reyne représentait un parti plus qu’acceptable. Si la jeune femme parvenait à ravir le cœur du chevalier, grand bien lui en fasse, songea le suzerain.

« Lord Reyne se porte bien, Monseigneur. Nous subissons tous la lourde chaleur de cet été, et ses conséquences sur les récoltes. Après ces années de guerre, il est bon de retrouver son foyer, de panser ses plaies. »

Plus question de badiner, le visage et le ton du Reyne étaient emplis de sérieux alors qu’il répondait à son suzerain et maître. L’air tout aussi concerné, Garett hocha lentement la tête, attentif à la réponse de l’un des chevaliers les plus connus de l’Ouest.

« Les bardes se font déjà l’écho de votre bravoure au combat, et de vos exploits, Ser Howland. Après toutes ces années, après vous être habitué au rythme des combats, j’imagine que la vie en temps de paix doit vous sembler bien plus…

- … Sereine ? »

Garett prit un bout de poulet qu’il dégusta tranquillement en regardant les deux promis discuter. Qu’il lui était étrange d’assister à une telle scène. Ce pauvre Reyne de Castamere n’avait rien à faire ici, il était le dindon d’une farce orchestrée par Allyria et son amant. Howland, chevalier normal, voilà ce qu’il était.

« J’allais dire morne… Mais sereine me semble plus à propos, en effet. »

Ils avaient déjà eu ces discussions de nombreuses fois, généralement après leurs ébats, lorsqu’ils somnolaient à moitié, nus et enlacés dans un lit, le regard rivé vers le plafond. Ils avaient parlé de la guerre, de leur perception du conflit et de leur vécu commun.

« Je suis un soldat, lady Allyria, j’ai été élevé pour servir mon suzerain au travers de mon épée… »

C’était là des paroles qui agréaient à Garett qui hocha imperceptiblement la tête d’un signe satisfait. Evidemment, le Reyne ne pouvait guère dévier de cette ligne de parole alors qu’il était à la table dudit suzerain et que tous ceux autour étaient ses proches.

« … Pourtant, tout comme Lord Lannister au Roc, Lord Reyne a bien des affaires à régenter, et je l’aide autant que faire se peut. Castamere est plus prospère que jamais. »

Le seigneur Byron Reyne avait eu tellement d’affaires à régenter qu’il avait rallié Castamere avant le début de l’attaque contre Port-Réal, honorant une promesse ridicule fait à son épouse, la mère de Garett. Au moins étaient-ils fidèles et loyaux, malgré leur immense fortune. Les mines de Castral Roc passaient pour être les plus riches au monde, mais Castamere était également fondée sur un gros gisement et la maison au Lion Rouge pouvait s’enorgueillir d’appartenir à certaines des maisons non suzeraines les plus riches du continent à l’instar des Frey des Jumeaux, ou encore des Redwyne de La Treille. En règle générale, les vassaux des Lannister étaient tous immensément plus riches que la moyenne de leurs homologues des autres régions du royaume des Targaryen.

« Pour tous, il fut salvateur de voir les hommes de l’Ouest regagner leurs foyers… Retrouver votre époux, Lady Lannister, a sans doute été un grand soulagement. Nous pensions tous que le Roi nous priverait encore quelques temps de sa présence sur ces terres… »

Tandis que son épouse répondait à l’aimable attention du Reyne, Garett prit une gorgée de vin tout en lançant un regard discret à Allyria, lui transmettant du courage pour la suite sans que personne ne l’aperçoive. Toutefois, Alerie n’en eu pas l’occasion de développer longuement que déjà sa sœur embrayait, monopolisant la parole d’une façon bien cavalière pour une simple dame de compagnie invitée à la table suzeraine, quand bien même elle était la belle-sœur du suzerain. Un regard intense se frappa dans les yeux léonins de Garett qui scruta ces deux petits yeux où flamboyait une fierté sans équivoque. Un grand sourire emplit de tendresse s’afficha sur son visage alors que la Pieuse saisissait la main de sa sœur.

« Ce retour de la guerre fut un soulagement pour nous tous, n'est-il pas ma sœur ?... que les Sept s'empressèrent de bénir de la promesse d'un enfant, un héritier pour le Roc... »

Garett lui-même se tourna vers son épouse pour lui glisser un sourire complice, espérant que la jeune Tarbeck un peu plus loin n’en prendrait pas trop ombrage. A vrai dire, la venue d’un nouvel enfant légitime serait un grand moment de gloire pour la maison Lannister, et Garett ferait en sorte de rappeler à tous la puissance de son nom à l’occasion. Garett prit de nouveau son gobelet en main, lui faisant effectuer un petit mouvement circulaire destiné à remuer le vin s’y trouvant.

« Je gage que votre famille a partagé ce soulagement en vous voyant revenir, ainsi que le lord Byron, Ser Howland. Quant au retour définitif de notre suzerain sur ses terres, j'avoue partager votre étonnement, Ser... »

Alors qu’elle adressait un grand sourire à leur invité, le regard du suzerain en question se plissa imperceptiblement alors que son cœur lui disait que la suite de la phrase ne lui plairait pas.

« Quelle affaire urgente vous a contraint à quitter les festivités royales si vite, mon cher Garett ? »

Mon cher Garett? Pour qui se prenait-elle ? L’air de la jeune femme était tout ce qu’il y avait de plus innocent, son ton était celui d’une jeune ingénue cherchant à faire la conversation, quitte à en oublier les convenances. Continuant de faire tourner verre doucement dans sa paume, le jeune Lion continuait de regarder la jeune femme d’un air attentif, la tête désormais légèrement penchée en avant pour marquer son écoute.

« Vous êtes parti plus d'une demi-lune avant la date prévue pour notre convoi, rien de grave, j'ose espérer, mon beau-frère ?... »

Cette fois, le Faiseur de Roi fronça légèrement les sourcils, suffisamment pour que soit vu son indignation de se voir interrogé de la sorte par une simple dame de compagnie, surtout devant un invité extérieur. La jeune femme pouvait se mordre la lèvre en montrant son remord évident d’aller si loin et baisser les yeux pour devenir une véritable copie de certaines sculptures de la Jouvencelle que l’on trouvait dans certains septuaires. Toutefois, cette fois, la question se révélait être insistante, et le Faiseur de Roi avait vu quelques instants plus tôt que malgré ses devants de pieuse demoiselle, Wendy Piper pouvait se révéler être d’une fourberie méchante assez inconséquente. Etait-ce toutefois vraiment une attaque ou simplement une réflexion maladroite ? Il n’aurait su dire mais la sortie de la jeune femme quelques instants plus tôt avait eu pour effet d’instiller le doute : le ver était dans la pomme.

« A moins qu'il s'agisse d'une affaire placée sous le sceau du secret et du danger, qui ne nous concerne guère... Veuillez pardonner mon impudence, mon seigneur... »

Une nouvelle fois, elle insistait sur ce qui l’avait amené à quitter Port-Réal plus tôt. Il s’agissait bien entendu d’arriver à temps pour Allyria qui était alors proche du terme. Et quel bonheur avait-ce été pour le jeune homme que d’arriver avant l’accouchement de son aimée. Toutefois, il avait fallu trouver une excuse pour cela. Il avait pensé à prétexter qu’il devait préparer l’expédition punitive contre les Fer-Nés qui verrait la libération définitive de Tommen, mais il avait trouvé mieux, recevant la veille un corbeau des plus étranges. Le seigneur du Vieux Wyk, Moredo Timbal, demandait à le rencontrer. Une phrase avait attiré l’attention du suzerain : je dispose de la possibilité de vous ramener votre enfant, avait alors écrit le Fer-Né. Garett avait prévu de répondre dans la journée, après ce déjeuner, mais cela lui fournissait un prétexte tout trouvé. Ce qui permettait au Jeune Lion d’écarter les soupçons, mais il devait avant tout faire un exemple. Il ne serait pas dit que le seigneur Lannister se laissait interroger devant un invité de marque par une petite paysanne aux racines boueuses perdues au Conflans. Il cessa de faire tourner le vin dans son gobelet et le porta à ses lèvres, laissant un moment de silence durant lequel il dévisagea la jeune femme d’un regard impérial à peine courroucé, comme si elle n’était finalement pas digne de sa colère explosive. Lorsqu’il termina son verre, il le reposa avec un bruit mat sur la table qui envahit le silence ambiant. La parole tomba comme un couperet, la voix rauque du jeune homme trahissait sa colère, maquillant ainsi son embarras.

« N’oublie pas ta place, Wendy Piper. »

Ce n’était pas le jeune homme qui parlait mais bel et bien le seigneur suzerain, maître du Roc, gardien de l’Ouest de Westeros : l’incarnation même de la maison Lannister, héritière d’une dynastie plurimillénaire. L’ambiance plombée, Garett jugea bon d’avancer encore un peu sa mise au point, quitte à outrer son épouse, parfois prompte à défendre ses origines.

« Mes motivations et mes occupations ne regardent que moi, tâche de t’en souvenir à l’avenir. »

Cassant à souhait, Garett posait un regard pourtant très calme sur la jeune femme. Il ne servait à rien de s’énerver, il fallait simplement faire montre d’autorité et rappeler à tous qui dirigeait ici. Son regard léonin balaya lentement l’assemblée, s’arrêtant un soupçon d’éternité plus longtemps au creux des yeux d’Allyria avant de s’adresser d’un air plus désolé à son épouse vers laquelle il se tourna finalement.

« Toutefois, malgré sa maladresse frisant la grossièreté, votre sœur a raison, ma chère épouse. J’aurais dû vous prévenir… J’ai reçu des nouvelles de Tommen. Il est en vie. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais nous éclaircirons tout cela le moment venu. »

Aucune excuse, bien entendu. On était en public et il n’était pas habituel de voir un Lannister présenter des excuses pour ses actes. Tapant dans ses mains, le seigneur au Lion fit signe à ses serviteurs de faire entrer quelques bardes afin de laisser quelques notes de musiques réchauffer l’atmosphère qui s’était soudainement refroidie. Dégustant l’un des agrumes provenant d’Essos, le seigneur suzerain laissa un instant son imagination glisser vers les contrées mélancoliques qu’évoquait les musiciens qui accompagnait une jeune femme à la crinière blonde ébouriffante qui chantait une ballade typique des Terres de l'Ouest avant d’enchaîner sur un répertoire tout aussi reposant, se prêtant parfaitement à un repas entre intimes. Il y eu un moment de silence où tout le monde écouta la barde chanter de sa voix douce, alors que certains devaient certainement chercher un moyen de relancer la discussion. Garett, lui, ne semblait guère préoccupé, dégustant un morceau de poulet, le regard rivé sur son assiette. Et puis, aussi soudainement qu’il avait replacé Wendy, il lança sur un ton qui se voulait à la cantonade, malgré son regard dirigé vers son vassal.

« J’ai décidé de réformer notre modèle martial. Nous allons assembler une armée permanente de cinq mille hommes. La dernière guerre a montré nos limites en termes d’organisation et le tribut prélevé parmi nos paysans a été bien trop important, notre puissance agricole en a souffert. »

Tendant son verre à son échanson, Garett patienta qu’il fut empli. Il en vida une courte rasade avant de reprendre, détaillant son idée.

« Chaque domaine des Terres de l’Ouest enverra un certain nombre d’hommes d’au moins vingt ans, en fonction de la population et de la richesse de ses terres. Les hommes serviront vingt ans dans l’armée de l’Ouest. Ils seront équipés, payés et stationnés à proximité de Port-Lannist. Il faudra sans doute construire des bâtiments dédiés. Ils seront mobilisés en permanence, bien sûr et pourront ainsi réagir très rapidement en cas de danger menaçant nos terres. Entrainée en permanence et convenablement payée – j’y tiens – cette force sera en mesure de démettre la plupart des forces que nous pourrons affronter à l’avenir. Ser Howland, je pense qu’un homme de votre expérience serait un officier de très grande valeur pour cette future organisation. J’aimerais vous confier un rôle en son sein, si cela vous agrée. »

Il était toujours difficile de refuser ce genre de proposition de la part d'un suzerain.

« Bien entendu, cela demandera de considérables investissements initiaux. Je n'ai nul doute que le dynamisme de nos mines permettra d'en couvrir une bonne partie, si ce n'est même la totalité. »





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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Castral-Roc, en Terres de l'Ouest
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mer 21 Fév 2018 - 12:18




L'Eau, Goutte A Goutte, Creuse Le Roc
Les Reyne de Castamere. Une famille qu'on ne pouvait ignorer tant elle était omniprésente. A sa table, dans sa parentèle et jusqu'au plus hauts commandements des armées - donc du pouvoir - durant la Guerre. Prononcé avec respect et dévotion, le nom de Byron Reyne résonnait comme une promesse de gloire, de richesse et de puissance, et ce jusqu'à l'emblème de sa maison, ce Lion Rouge calqué sur celui, doré, des Lannister. Si ce n'était pour la profonde dévotion que l'on connaissait du Vieux Lion pour son jeune suzerain, on pouvait presque se demander s'il n'y avait pas là matière à faire attention... Surtout avec lady Johanna comme Dame à ses côtés ! Dans le fond, si sa belle-mère n'avait pas épouse le seigneur de Castamere, Alerie aurait eu sans doute davantage de sympathie pour cette famille, à l'image des Tarbeck qu'elle favorisait ouvertement au vue de son amitié avec lady Allyria. Mais à la seule pensée, paranoïaque, sans doute, que ser Howland ne soit qu'un pion de plus dans les vaines tentatives de Johanna de récupérer son influence sur le Roc... !

« Lord Reyne se porte bien, Monseigneur. Nous subissons tous la lourde chaleur de cet été, et ses conséquences sur les récoltes... » L'évocation incessante et toujours plus préoccupante de la Sècheresse, qui sévissait dans tout le royaume, lui arracha un premier froncement de sourcils. Son état lui commandait de restreindre ses activités de charité à Port-Lannis, et avec cette restriction, s'accompagnait une connaissance moins actuelle des déboires de chacun, non seulement du petit peuple mais aussi de ses vassaux. Or, elle avait fait de cette présence indéfectible auprès de toutes les tranches de la société, sa signature toute personnelle. Elle était connue et, elle l'espérait, appréciée et respectée pour le souci constant de savoir la suzeraineté proche du quotidien de ses sujets. Et si déjà, les Reyne peinaient à s'en sortir... « Les bardes se font déjà l’écho de votre bravoure au combat, et de vos exploits, Ser Howland. Après toutes ces années, après vous être habitué au rythme des combats, j’imagine que la vie en temps de paix doit vous sembler bien... » « ... Sereine ? » « J'allais dire "morne", mais sereine me semble plus à propos, en effet. » La petite joute verbale qui suivit manqua de la faire éclater de rire. Le naturel piquant d'Allyria refaisait surface comme un chaton en colère mordant après un importun, ce qui eu don de la rassurer. A retrouver ses couleurs, elle gageait que son amie ne tarderait pas à faire le deuil, nécessaire certes, mais néanmoins salvateur qui lui redonnerait toute la joie de vivre qu'elle aimait tant chez elle. Et peut-être qu'alors, avec beaucoup de douceur et d'affection, Alerie et elle se retrouveraient, elles-aussi...

« Pour tous, il fut salvateur de voir les hommes de l’Ouest regagner leurs foyers… Retrouver votre époux, Lady Lannister, a sans doute été un grand soulagement. Nous pensions tous que le Roi nous priverait encore quelques temps de sa présence sur ces terres… » Ses lèvres, qui trempaient dans la boisson fraiche, s'étirerent en un sourire charmant au bord de sa coupe. « Si fait, chevalier ! Surtout que Sa Seigneurerie m'a devancée en quittant la Capitale le premier, sur le confort d'un cheval lancé à grand galop alors que j'étais contrainte de voyager, moi, en apparat de cortège, comme une vieille relique ! Rien que pour cela, j'ai hâte que cet enfant vienne à naitre ! » fit-elle, en caressant l'arrondis de son ventre. « Il nous faudrait sérieusement songer à des travaux de voirie, mon ami ! La Route d'Or sera impraticable d'ici deux Lunes à ce rythme ! » La rénovation du chemin qui reliait en droite ligne Castral-Roc de Port-Real faisait partie des grands projets de la jeune femme, qui par deux fois déjà, avait manqué de se rompre le cou, et celui de sa suite, en empruntant ce qui n'était ni plus ni moins qu'un tas de cailloux affreusement pointus macérés dans la terre asséchée, et qui formaient, le long de la Route, une successions de bosses et de crevasses des plus dangereuses.

Alors qu'elle s'attendait à une réponse de son époux, ce fut Wendy qui prit la parole. Remerciant d'abord les Cieux pour cet enfant qui grandissait au creux du ventre fraternel, elle se tournant ensuite vers son beau-frère. « Quelle affaire urgente vous à contraint à quitter les festivités royales si vite, mon cher Garett ?... » Elle sentait déjà la catastrophe. C'était une chose que de lancer quelques piques à Allyria, une toute autre que de questionner Garett. Si elle avait pu voler au secours de sa soeur dans la seconde, elle l'aurait fait. Mais Wendy semblait vouloir pousser la provocation plus loin encore. « Vous êtes parti plus d'une demi-lune avant la date prévue pour notre convoi, rien de grave, j'ose espérer, mon beau-frère ?... A moins qu'il s'agisse d'une affaire placée sous le sceau du secret et du danger, qui ne nous concerne guère... Veuillez pardonner mon impudence, mon seigneur... » Wendy. Mais qu'est-ce qui te prends ?! Le froid silence de Garett ne dura que le temps d'une gorgée de vin. Puis. « N’oublie pas ta place, Wendy Piper. » C'était un savant mélange d'autorité, de menace et de tempérance. Elle eut un frisson, le même qui l'avait parcouru un an auparavant, quand elle-même avait "oublié sa place." « Mes motivations et mes occupations ne regardent que moi, tâche de t’en souvenir à l’avenir. »

Tournant son regard vers elle pas avoir balayé le reste des convives de ses yeux brillants, il devait être aveugle pour ne pas voir combien elle était devenue livide. Elle essayait de garder un minimum de constance, mais elle sentait déjà le début d'un craquement de nerfs. « Toutefois, malgré sa maladresse frisant la grossièreté, votre sœur a raison, ma chère épouse. J’aurais dû vous prévenir… J’ai reçu des nouvelles de Tommen. Il est en vie. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais nous éclaircirons tout cela le moment venu. » « Ah. » fut sa première réaction, encore crispée du couperet tombé sur sa cadett. Il avait le chic pour lâcher des informations d'une importance capitale, cruciale, et surtout, intimes, et de ne plus s'arrêter au risque d'enterrer son monde dans un silence de plomb. « J’ai décidé de réformer notre modèle martial. Nous allons assembler une armée permanente de cinq mille hommes. La dernière guerre a montré nos limites en termes d’organisation et le tribut prélevé parmi nos paysans a été bien trop important, notre puissance agricole en a souffert. » Limites. Tribut. Puissance agricole. Modèle martial. Les mots s'enchaînaient dans sa tête, tourbillonnaient à lui donner une terrible impression de devoir vomir. « Bien entendu, cela demandera de considérables investissements initiaux. Je n'ai nul doute que le dynamisme de nos mines permettra d'en couvrir une bonne partie, si ce n'est même la totalité. »

« Veuillezm'excuser mais je ne me sens pas bien... ! » finit-elle par lâcher, sa bouche se convulsant, ses doigts agrippant fermement son ventre, avant de lâcher un cri strident qui résonna contre les hauts murs de la salle de déjeuner. Instinctivement, elle tendit la main en direction de sa soeur qu'elle enveloppa d'un regard suppliant. « À moi, ma soeur, à moi ! » avant que son regard ne se voile, que de sa bouche ne s'échappe un nouveau cri et qu'elle se sente tomber à la renverse.

Elle ne sut exactement combien de temps elle resta inconsciente. Ce qu'elle su, c'est qu'à son éveil, elle était installée sur une méridienne, et qu'elle respirait une odeur âcre et poivrée. De toute évidence, on lui avait faut purger des sels. Autour d'elle, Garett, Wendy, Allyria et Reyne, qui la regardaient comme si elle venait d'échapper à la mort. « Faites moi la grâce de chasser ces mines consternées ! Mais voilà ce qui arrive quand on hausse la voix autour d'une table préparée par une grosse femme ! » Son rire etait timide, mais franc. Elle ajouta alors en direction de Garett et Wendy. « Ne lui tenez pas rigueur, Garett... Wendy sait combien cette grossesse porte sur mes nerfs, et votre départ précipité à réveillé chez moi des angoisses prénatales. » Un gros mensonge. Mais elle avait juré qu'elle protégerait Wendy. Et quelque part, elle n'avait pas été sans se questionner elle-même sur ce calendrier pressé. « Et quand cesserez-vous de lancer pareille sur nouvelles sans ménager votre auditoire ? Que votre enfant à naitre entende que son frère est sauf et en voie d'enfin nous rejoindre passe encore, mais songez que ma dame de compagnie sort d'une periode de convalescence et que notre invité vient à peine de nous entretenir des difficultés climatiques qui menacent Castamere ! Vous êtes seigneur en ces lieux, il est vrai, mais de grâce : allez doucement... » Elle se sentait à nouveau défaillir mais garda contenance en se cramponnant à une main salutaire. Wendy.

« Et qu'on me ramène à table, je ne suis pas infirme ! Quant à nos mines... » ajouta-t-elle soudain, se souvenant des dires de son époux, « Encore nous faut-il des mineurs pour les faire vivre, et des artisans pour en faire une monnaie d'échange. Et à en juger par la dernière délégation que j'ai reçue en audience il y a quelques jours... La Sécheresse les épuise. Sans compter qu'il n'y a pas une famille qui ne pleure un père, un frère ou même un fils ! La Guerre les a touchés eux aussi, et à exiger d'eux un surplus de travail pour préparer la prochaine... Pardonnez-moi, Garett, mais avant de réorganiser notre modèle martial, vous devriez d'abord réorganiser votre modèle social. Il vous le rendra au centuple : un peuple considèré est un peuple aimant. » En citant son père, les grands yeux bleus de la jeune femme s'allumèrent d'un pétillement nouveau.


© Belzébuth

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i will fight them within my marriage
you know what "legacy" means? it's what you pass down to your children, and your children's children. it's what remains of you when you're gone. it's the family name that lives on ▬ but your legacy is a lie. and soon, your name will turn ashes in your mouth
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Sam 21 Avr 2018 - 21:27

L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc



« Si fait, chevalier ! Surtout que Sa Seigneurerie m'a devancée en quittant la Capitale le premier, sur le confort d'un cheval lancé à grand galop alors que j'étais contrainte de voyager, moi, en apparat de cortège, comme une vieille relique ! Rien que pour cela, j'ai hâte que cet enfant vienne à naitre Il nous faudrait sérieusement songer à des travaux de voirie, mon ami ! La Route d'Or sera impraticable d'ici deux Lunes à ce rythme ! »

« Quelle affaire urgente vous à contraint à quitter les festivités royales si vite, mon cher Garett ?... Vous êtes parti plus d'une demi-lune avant la date prévue pour notre convoi, rien de grave, j'ose espérer, mon beau-frère ?... A moins qu'il s'agisse d'une affaire placée sous le sceau du secret et du danger, qui ne nous concerne guère... Veuillez pardonner mon impudence, mon seigneur... »

Ce déjeuner buccolique avait pris un tournant auquel Howland Reyne ne s’était guère attendu. Il s’était bien douté qu’être invité dans le repaire du Lion n’était pas annodin, mais pas qu’il assisterait à une joute familiale en bonne et due forme ! Le seigneur de l’Ouest avait donc quitté les festivités royales pour une raison que même son épouse ignorait et, plus surprenant encore, la jeune Wendy Piper défiait avec détermination celui qui était devenu son seigneur par la force des choses. Howland n’était pas à sa place au cœur de la tempête Lannister, et il se gardait bien d’attirer l’attention sur lui. Sa position était bien plus confortable, car de là où il se trouvait, il pouvait observer.

Le visage de Wendy Piper était un objet d’étude plus qu’intéressant, car il semblait tout à fait serein. L’expression de son visage ne reflétait que la curiosité la plus pure, alors que tous avaient pu prendre la mesure de ses paroles. Il suffisait d’observer les autres visages pour s’apercevoir qu’il n’y avait là rien d’anodin.

Garett Lannister, le grand seigneur de l’Ouest, petit-fils du dernier roi du Roc, semblait être prêt à bondir. Son visage, déjà fort tendu et concentré, était devenu mur de glace. Son regard ne semblait plus capable de considérer autre chose que le petit être qui avait osé le défier, et il semblait en prise avec une fureur dévastatrice.

Alerie Lannister, avait été celle dont le visage s’était dévoilé le plus vite, le plus clairement. La future mère n’avait pu empêcher sa bouche de s’entrouvrir, ses yeux de s’arrondir et de fixer sa jeune sœur d’un air inquiet. Inquiète, elle l’était, c’était une certitude. Pourtant il y avait autre chose. Elle aurait pu s’élever immédiatement pour remettre sa jeune sœur à sa place, et se ranger du côté de son époux. Elle aurait pu agir. Cependant, son corps tout entier semblait figé. Le silence de son époux avait été bref, mais lourd. Le regard d’Alerie Lannister ne s’était pas retourné vers son époux, il était resté ancré sur sa sœur, et il ne lui adressait en rien la colère qu’elle méritait… il lui adressait une inquiétude tendre, l’angoisse d’une sœur prête à tout pour protéger celle qui était de son sang.

Allyria Tarbeck avait été plus instinctive. Son visage avait exprimé une multitude d’émotions, certaines très claires, d’autres indéchiffrables. Le choc, l’incrédulité, l’inquiétude, la… culpabilité ? Il avait fallu à Howland Reyne toute la concentration du monde pour saisir ces émotions tant elles s’étaient succédées et entremêlées à une vitesse incroyable. Il n’avait fallu que trente secondes pour que le visage d’Allyria reprenne sa neutralité naturelle. Elle avait jeté un regard instinctif à Wendy, puis s’était hasardée à jeter un regard timide vers le seigneur du Roc. Sans doute pour mesurer l’impact de l’attaque sur celui qui était son ami… C’était du moins ce que s’était imaginé Howland. Comment aurait-il pu deviner tout ce qui s’était déroulé dans la tête et l’estomac de la jeune Tarbeck ? Comment aurait-il pu imaginer que Wendy Piper, dans sa verve toute assumée, avait appuyé là où ça faisait mal ? Comment aurait-il même pu imaginer que ce qu’il prenait pour une chaste culpabilité était en fait la culpabilité d’une femme disposant d’un secret trop grand… trop destructeur ? Il ne pouvait pas le savoir. C’était certain. Mais il pouvait voir. Il voyait les rôles de chacun, et il voyait déjà les clans se dessiner.

Il se murmurait que Lady Alerie s’était fortement éprise de la jeune Tarbeck, et pourtant, alors que ce déjeuner se déroulait de manière déroutante, le clan qui se dessinait était celui des Piper… contre Garett… et Allyria. Alors que le corps d’Alerie s’était entièrement tourné vers celui de Wendy, que tout en elle tendait avec une force déconcertante vers sa jeune sœur… Le corps et l’attention d’Allyria Tarbeck s’étaient tournés vers l’autre côté de la table. Howland avait pris cela comme une preuve que l’amitié d’enfance avait su traverser les années, car l’Ouest tout entier n’ignorait pas qu’Allyria Tarbeck avait eu le privilège d’être l’une des amis intimes du seigneur du Roc… Howland Reyne était un homme profondément bon, qui s’était ainsi évertué à ne voir que la bonté chez ceux qui se disaient ses amis, et au fond… peut-être finalement Howland Reyne ne voulait-il pas voir autre chose que la bonté chez Allyria.

« N’oublie pas ta place, Wendy Piper. »

La voix était glaciale. Le regard, tout aussi tranchant. Il ne faisait aucun doute que Garett Lannister avait été atteint par la petite attaque de sa jeune belle-sœur, et cette façon de l’humilier paraissait légèrement démesurée aux yeux du Reyne. Peut-être Wendy Piper avait-elle pour habitude de dépasser les bornes, elle semblait tout à fait à l’aise avec l’idée de contredire son seigneur après tout. Le visage d’Howland n’en démontrait rien, mais il souriait intérieurement. Non pas que la situation ne le mette particulièrement à l’aise, mais il était quelque peu amusant, pour un Reyne, de voir qu’une petite Piper était capable de faire sortir le Lion de sa torpeur.

« Mes motivations et mes occupations ne regardent que moi, tâche de t’en souvenir à l’avenir. »

D’un geste léger, gracieux, discret surtout, Lady Allyria apportait son soutien, non pas à Wendy Piper qui subissait l’assaut, mais à sa sœur ainée qui en serait peut-être une victime collatérale tant la colère du seigneur de l’Ouest semblait grande. Howland voyait alors l’affection que la jeune femme portait à sa Dame, et il ne faisait aucun doute que ces deux femmes possédaient un lien fort.

« Toutefois, malgré sa maladresse frisant la grossièreté, votre sœur a raison, ma chère épouse. J’aurais dû vous prévenir… J’ai reçu des nouvelles de Tommen. Il est en vie. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais nous éclaircirons tout cela le moment venu… J’ai décidé de réformer notre modèle martial. »

Cette fois il s’agissait de ne pas perdre une miette de ce qui sortirait de la bouche de Garett Lannister. Les nouvelles s’enchaînaient. Ainsi il avait eu des nouvelles de son fils, retenu depuis de longs mois par les Fer-nés, et il semblait vouloir garder les modalités de ces nouvelles plutôt secrètes. Pourtant, il continuait, et si Howland Reyne comprenait la douleur d’un père séparé de son enfant et ne pouvait que compatir, son attention fut davantage retenue par les paroles guerrières du seigneur de l’Ouest. Une guerre lancée contre les Fer-nés ne manquerait pas d’impliquer Castamere, et il faudrait dès lors agir avec doigté.

« Nous allons assembler une armée permanente de cinq mille hommes. La dernière guerre a montré nos limites en termes d’organisation et le tribut prélevé parmi nos paysans a été bien trop important, notre puissance agricole en a souffert. Bien entendu, cela demandera de considérables investissements initiaux. Je n'ai nul doute que le dynamisme de nos mines permettra d'en couvrir une bonne partie, si ce n'est même la totalité. »

Cinq mille hommes mobilisés de manière permanente pour l’armée de l’Ouest. C’était une nouvelle aussi fracassante qu’attendue. La paysannerie de l’Ouest avait souffert de la guerre, et les répercussions s’étaient propagées jusqu’aux tables de la noblesse lorsque, l’été n’aidant pas, les vivres se firent plus rares. Si Garett ne précisait que les investissements pécuniaires, qu’il envisageait de payer à l’aide des mines Lannister, il n’évoquait pas le tribut que les maisons telles que celle de Howland devraient payer. Cinq mille hommes… cela signifiait un effort considérable de mobilisation au sein des armées privées des maisons vassales. Les Reyne en première ligne. La protection de l’Ouest était une chose, et la guerre avait prouvé que le chaos ne se trouvait jamais loin. Pourtant, Howland pouvait d’ors et déjà prédire que cette décision ne plairait pas totalement au seigneur de Castamere, qui tenait à ses hommes et à sa défense. Alors que la guerre prenait fin, les préoccupations anciennes refaisaient surface… et l’attention belliqueuse se tournait à nouveau vers l’intérieur… vers la protection de sa propre Maison.

« Veuillez m'excuser mais je ne me sens pas bien... ! »

Les pensées de Howland furent bien vite interrompues par le malaise de Lady Alerie. Celle-ci se mit à se tordre de douleur, criant son désarroi. Immédiatement, tous s’étaient levés comme un seul homme pour venir en aide à la future mère.

« À moi, ma soeur, à moi ! »

Allyria s’était précipitée vers la Dame de l’Ouest, mais alors que celle-ci appelait désespérément de ses vœux la présence de sa sœur, la jeune Tarbeck s’était reculée. Poliment elle avait laissé le champ libre à l’époux et la sœur de Lady Alerie, qui s’empressaient de l’entourer, la soutenir et la diriger vers une méridienne qui se trouvait non loin d’eux. La jeune femme avait perdu connaissance, et l’inquiétude la plus féroce se lisait sur tous les visages. Howland lui-même avait eu le réflexe de se précipiter pour éviter que la jeune femme ne heurte le sol, mais les bras du seigneur de l’Ouest avaient été plus proches, plus réactifs. Ainsi, alors qu’à quelques mètres Garett et Wendy, accompagnés d’un mestre appelé à l’instant, s’affairaient à prendre soin de Lady Alerie, Howland Reyne était resté en retrait, au même titre qu’une Lady Allyria dévorée par l’inquiétude.

La jeune femme n’avait adressé aucun regard au jeune Reyne lorsqu’il s’était approché d’elle, et toute son attention semblait happée par le corps inconscient de la dame de l’Ouest. Les bras croisés, les sourcils froncés, les yeux humides d’une inquiétude incapable à contenir, Lady Allyria semblait même souffrir d’être tenue à l’écart. Elle qui avait été la plus chère amie du seigneur de l’Ouest, la plus amie de son épouse par la suite, en cette minute elle n’était qu’une étrangère… comme l’était Howland. Le jeune homme ne le savait pas, mais la jeune Tarbeck était rongée par des maux bien contraires… L’inquiétude la plus sincère et la jalousie la plus dévorante. Inavouable sans doute, et difficile à déceler sur un visage où ces deux sentiments se mêlaient à merveille.

A ses côtés, mais assez loin pour l’observer, Howland s’autorisait, l’espace d’un bref instant, à détailler les traits de celle qui était sa promise. Elle était belle, c’était un fait établi qu’il ne pouvait remettre en question. Il y avait une certaine poésie dans les traits torturés d’une femme si jeune et pourtant de laquelle émanait une certaine expérience. Sa bouche pincée, la ligne de ses sourcils inquiets qui surlignait ses yeux brillants. De grands yeux, d’un bleu étonnant, que les larmes rendaient encore plus touchants. Pour la première fois, Howland Reyne voyait quelque chose qu’Allyria Tarbeck ne s’était jamais autorisé à lui dévoiler : sa vulnérabilité. Debout, refermée sur elle-même, elle apparaissait plus que jamais comme une enfant. Howland aurait pu rire de son malaise… Comment une enfant pouvait-elle être désirable ? Comment une femme en proie à une telle détresse, si fermée, si distante, pouvait-elle être aussi intrigante ? S’il ne voyait rien de la vérité qu’Allyria Tarbeck renfermait en son cœur, Howland voyait avec précision la complexité de cette jeune femme.

Il s’approchait encore, acceptant de délaisser son observation minutieuse pour un contact physique chaste, presque fortuit. Alors qu’il s’arrêtait à ses côtés, les bras croisés également, il laissait le tissu de sa chemise, et sa peau en dessous, s’appuyer contre la peau délicate de la jeune femme. Personne n’aurait pu croire à un contact volontaire. Ils se tenaient là, côte côte, voilà tout… Et pourtant, ce contact, Howland l’avait attendu, l’avait provoqué avec envie, aussi chaste était-il.

« N’ayez crainte, Lady Alerie et son enfant se portent bien, j’en suis persuadé. »

Il avait tenté de lui parler, malgré le choc, malgré l’intensité du moment, car les moments en privé seraient rares… et donc précieux. Pourtant elle restait silencieuse, un long instant. Elle restait silencieuse si longtemps que Howland avait fini par s’imaginer qu’elle refusait de lui parler, que le moment était trop intense et qu’elle était offensée qu’il souhaite faire la conversation alors que la Dame du Roc ne reprenait toujours pas connaissance.

« Vous êtes de nature optimiste, seigneur Reyne. »

Sa voix avait été un souffle, mais elle avait répondu. Le regard perçant d’Allyria s’était tourné vers Howland, et leurs regards ne pouvaient que se mêler l’un à l’autre.

« Pas vous ? »
« Sans doute, si. Je ne devrais pas céder à une telle inquiétude. Lady Alerie est une femme d’une force incroyable. »
« Vous semblez très proches… »

Il s’était attendu à ce que la conversation ne continue sur ce ton léger, avec des paroles d’importance mineure, mondaine même. Pourtant, le regard d’Allyria se voilait instantanément, et il se replongeait dans la scène qui se déroulait devant eux. Le mestre semblait conclure à un malaise mineur, provoqué par la chaleur et la nervosité.

« Je n’ai eu que des frères, la plupart plus âgés que moi, et une sœur qui quitta notre maison bien tôt. S’il m’avait été donné de choisir une sœur pour accompagner mon enfance, j’aurais appelé Lady Alerie de mes vœux. »

« Allyria… je… »

Howland Reyne avait voulu être romanesque. Il était ainsi, un jeune homme passionné, sans doute trop, et il avait voulu couronner cette passion nouvelle et inexplicable par des belles paroles dont il avait le secret. Il n’en eut pas le temps. A peine avait-il esquissé sa phrase que les yeux de Lady Alerie s’étaient entrouverts, et déjà Allyria Tarbeck rompait le maigre contact qu’il avait instauré entre eux. Elle se précipitait à son chevet, et Howland lui emboitait le pas, restant toujours légèrement en retrait pour ne pas faire intrusion dans ce qui ressemblait de plus en plus à un drame familial.

« Faites moi la grâce de chasser ces mines consternées ! Mais voilà ce qui arrive quand on hausse la voix autour d'une table préparée par une grosse femme ! Ne lui tenez pas rigueur, Garett... Wendy sait combien cette grossesse porte sur mes nerfs, et votre départ précipité à réveillé chez moi des angoisses prénatales. Et quand cesserez-vous de lancer pareille sur nouvelles sans ménager votre auditoire ? Que votre enfant à naitre entende que son frère est sauf et en voie d'enfin nous rejoindre passe encore, mais songez que ma dame de compagnie sort d'une période de convalescence et que notre invité vient à peine de nous entretenir des difficultés climatiques qui menacent Castamere ! Vous êtes seigneur en ces lieux, il est vrai, mais de grâce : allez doucement... »

Howland adressa un sourire poli à la dame du Roc, qui déjà retrouvait sa répartie gracieuse.

« Et qu'on me ramène à table, je ne suis pas infirme ! Quant à nos mines... Encore nous faut-il des mineurs pour les faire vivre, et des artisans pour en faire une monnaie d'échange. Et à en juger par la dernière délégation que j'ai reçue en audience il y a quelques jours... La Sécheresse les épuise. Sans compter qu'il n'y a pas une famille qui ne pleure un père, un frère ou même un fils ! La Guerre les a touchés eux aussi, et à exiger d'eux un surplus de travail pour préparer la prochaine... Pardonnez-moi, Garett, mais avant de réorganiser notre modèle martial, vous devriez d'abord réorganiser votre modèle social. Il vous le rendra au centuple : un peuple considéré est un peuple aimant. »

Lady Alerie était une suzeraine sage, et Howland espérait qu’elle obtenait de son époux l’écoute et la considération nécessaire. Il ne pu s’empêcher de relever les quelques doutes émis sur l’état et l’exploitation des mines Lannister. C’était une chose importante, car l’état et l’exploitation des mines Reyne avaient demandé un effort considérable à la famille. Un effort qui porterait ses fruits. L’or des Reyne était une monnaie d’échange, mais il était surtout le symbole de leur pouvoir sur les terres de l’Ouest. Les augures étaient bons. Les mines Reyne seraient bientôt opérationnelles. La famille, elle-même, signait un accord puissant avec la troisième famille de l’Ouest au travers du mariage de Howland et Allyria. Le pouvoir des Reyne, leur richesse, et le prestige de la famille Tarbeck seraient définitivement un objet d’inquiétude pour les Lannister. Une armée pouvait défendre des terres, mais ce qu’offrait le mariage de Howland à sa famille était bien plus important encore.

« Vous avez le sens de la formule, Lady Alerie, et le peuple de l’Ouest ne peut qu’être reconnaissant d’être soutenu par une femme si sage. »

Il inclinait la tête, et alors que Garett tendait une main inquiète à sa femme pour l’escorter jusqu’à la table, aidé de Lady Wendy, Howland en fit de même pour Lady Allyria. Alors que tous reprenaient place, Howland s’attardait un instant, assez longtemps pour déposer un baiser chaste sur la main encore tremblante de la jeune femme. Une peau douce, exhalant un parfum doux, lui rappelant immédiatement les orangers de Pentos. Ne souhaitant guère attirer l’attention sur une Lady Allyria déjà ébranlé, Howland reprenait sa place rapidement.

« Notre peuple réclame la paix. Mais sommes nous seulement en capacité de la lui offrir… Quelles nouvelles avez-vous de la situation à Port-réal et au Nord, monseigneur ? Il se murmure que la situation est plus que tendue. »

lumos maxima

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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Ven 7 Sep 2018 - 20:43


 Déjeuner familial

 L'eau, goutte à goutte, creuse le roc.

 

 « N’oublie pas ta place, Wendy Piper. »

Implacable, la sentence vint frapper la tendre peau de Wendy tel le fouet le plus cinglant, la faisant tressaillir intérieurement et accélérant la cadence de ses battements de coeur. La morsure fut éminemment douloureuse tant le ton, savamment contenu tout en laissant entrevoir la colère bouillonnante, avait été dangereux, et la conflanaise avait dû invoquer toutes ses forces pour se dominer et ne pas trahir la véritable peur qui l'avait faite trembler. Le seigneur de Castral Roc laissa son aura formidable planer quelques instants sur l'assemblée, sirotant son vin d'un air presque désintéressé, lui signifiant ingénieusement qu'elle ne représentait rien pour lui et que l'écraser ne l'empêcherait pas de trouver le sommeil. Instinctivement, les doigts de Wendy s'étaient resserrés sur l'étoffe précieuse de ses jupes, mais quand bien même la crainte l'avait étreinte par surprise, la Vierge ne pouvait éteindre le sentiment de jubilation qui avait pris naissance au plus profond de son être. Une telle réaction, presque disproportionnée, ne pouvait signifier qu'une seule chose : qu'elle avait vu juste et que le lord Lannister avait bien quelque chose à cacher.

« Mes motivations et mes occupations ne regardent que moi, tâche de t’en souvenir à l’avenir. » Honteuse et repentante, la sournoise coupable endossait son rôle à la perfection, baissant les yeux et la tête, recevant ses châtiments avec une docilité résignée. Elle pouvait sentir le Lion menaçant la dévisager, ses iris pleines de suffisance lui brûlant la peau, et elle savait que tout se jouerait sur sa réaction à cet instant : pour ne pas se trahir, elle devait jouer les idiotes à la langue trop pendue et accepter d'être réprimandée pour excès de familiarité. L'humiliation était le prix à payer pour ne pas se dévoiler. Car toute nouvelle bravade, même habillée d'innocence et de regards chastes, serait entendue comme telle, et non comme une maladresse de jeune fille à l'assurance frisant l'insolence.  

« Toutefois, malgré sa maladresse frisant la grossièreté, votre sœur a raison, ma chère épouse. J’aurais dû vous prévenir… J’ai reçu des nouvelles de Tommen. Il est en vie. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais nous éclaircirons tout cela le moment venu. » Wendy décocha un regard discret en direction de sa sœur qu'elle fut inquiète de découvrir d'une pâleur alarmante... L'avenir de Tommen Lannister était en effet un sujet qui tenait à cœur à la suzeraine de l'Ouest. Gardant un regard empreint d'humilité coupable, la jeune Piper commença cependant à froncer légèrement les sourcils, à mesure qu'elle épiait Alerie du coin de l'oeil, et les vexations répétées de Garett semblaient à présent couler sur elle sans plus la heurter. De toute manière il mentait, Wendy en était intimement persuadée, sa réaction antérieure l'avait trahi et elle savait qu'elle avait appuyé là où cela faisait mal. Et ce n'était certainement pas l'annonce de cette bonne nouvelle tant attendue qui avait justifié une telle riposte de sa part. La vérité était ailleurs et elle se ferait un devoir de la déterrer.

Mais la Pieuse des Eaux relégua pour l'heure en arrière plan ses desseins et stratagèmes, scrutant les traits livides de son aînée, n'écoutant plus que d'une oreille les discours pompeux du lord Lannister, qui ne semblait plus savoir stopper son flot de paroles impérieuses. Toute son attention était portée sur sa sœur qu'elle devinait crispée et nerveuse, et si elle avait pu écouter son élan fraternel, Wendy se serait jetée sur elle pour l'envelopper de ses bras et la réconforter en lui présentant mille et unes excuses pour son comportement audacieux et inconvenant. Car si les camouflets et menaces de son beau-frère ne l'atteignaient que peu, elle savait qu'il en allait autrement d'Alerie qui était mortifiée de voir sa cadette ainsi en danger, elle qui avait fait son sacerdoce de protéger les siens. Coupable, Wendy l'était, d'avoir plongée sa sœur dans une angoisse qui n'était pas sans lui rappeler quelques mauvais souvenirs... Malheureusement aucun faux pas dans le protocole ne lui était permis à cet instant, elle devait conserver son rôle de repentir et ne plus attirer l'attention sur elle en méprisant l'étiquette. Les circonstances ne la laissèrent cependant plus se torturer, car d'une voix blanche, Alerie annonça qu'elle se sentait mal avant de s'agripper à son ventre rebondi en lâchant un cri d'outre-tombe.

Le temps s'arrêta. Une éternité sembla passer alors qu'Alerie connectait son regard dans celui de sa sœur, un regard implorant et pétri d'une peur épouvantée. Avant sa bouche, ses yeux appelaient au secours celle qui était tout pour elle, celle qui pouvait tout pour elle, celle qui ne la trahirait jamais : son propre sang, sa sœur. Et Wendy sentit son cœur mourir dans sa poitrine alors qu'elle imaginait déjà le pire. « À moi, ma soeur, à moi ! » Sans attendre, Wendy saisit les mains tendues de son aînée avant de se lever pour tenter d'amortir sa chute inévitable tandis que la future mère sombrait dans l'inconscience. Plus rien n'importait, les dissensions précédentes s'effaçaient pour laisser place à l'urgence de la situation. Un hurlement avait fait mandé le mestre, pendant que Garett s'était précipité sur son épouse pour l'empêcher de tomber par terre, la portant jusqu'à une méridienne située à quelques mètres, suivi de près par Wendy qui ne lâchait pas la main d'Alerie. La Dame du Roc était livide et avec une piété fébrile, sa Dame d'Atour implorait la miséricorde des Sept, les priant avec ferveur tandis que quelques larmes frayaient leur chemin salé le long de ses joues.

Wendy tenait fermement la main de sa sœur, déposant de légers baisers sur sa peau en marmonnant quelques paroles consolatrices, lui promettant que tout irait bien. Quand le mestre arriva pour l'ausculter, ce fut avec déchirement qu'elle fut contrainte de desserrer son étreinte pour donner l'espace nécessaire à l'homme de science, contemplant avec une angoisse dévorante chaque trait du visage de sa sœur. Son cœur emballé dans une course frénétique rendait sa respiration difficile, mais lorsque le diagnostique du mestre tomba, la conflanaise joignit les mains en signe de prière, remerciant les Dieux d'avoir épargné sa chère sœur. « La mère et l'enfant à naître se portent bien, rassurez-vous mon seigneur ! » La fatigue, combinée à la chaleur et aux angoisses de femme enceinte étaient les seuls coupables de cet évanouissement et l'homme lui fit respirer quelques sels pour lentement lui faire reprendre connaissance. La jeune fille se sentit tressaillir lorsque son aînée sortit enfin de son inconscience, étreignant encore un peu plus sa main et lui offrant un sourire soulagée.

« Faites moi la grâce de chasser ces mines consternées ! Mais voilà ce qui arrive quand on hausse la voix autour d'une table préparée par une grosse femme ! » Alerie riait, mais Wendy se mordit la lèvre, se flagellant intérieurement pour son petit jeu dangereux. Mais elle n'eut pas le temps de s’appesantir sur ses tourments, tandis que la suzeraine de l'Ouest revenait précisément sur le sujet qui fâche... « Ne lui tenez pas rigueur, Garett... Wendy sait combien cette grossesse porte sur mes nerfs, et votre départ précipité à réveillé chez moi des angoisses prénatales. » Elle tentait de sauver sa sœur du courroux de son époux. Elle voulait la protéger... Mais Wendy ne la laisserait pas endosser la faute sans prendre sa part de responsabilité. « Non non, ma sœur, tu es bien trop indulgente, lord Garett a tous les droits de m'en vouloir et je lui sais gré de ne m'avoir pas laissée outrepasser davantage mon statut. » Un sourire tendre flottait sur ses lèvres alors qu'elle observait sa sœur avec un amour indéfectible. Sa décision était prise et ce qu'elle envisageait de faire ne pouvait mieux tomber : l'instant était propice à la repentance sincère. La jeune vierge se releva et s'inclina face à Garett : « Je vous demande humblement pardon, mon seigneur, je ne pensais pas à mal, mais je crains que mon séjour à la cour de Port-Réal n'ait perverti quelque peu mes manières, et je me suis habituée à l'insolence sournoise qui règne en ces murs, où les langues sont plus déliées et les questions plus pressantes... Naviguer en ces eaux troubles était compliqué pour ma jeune personne et j'en ai oublié mon statut et ma place. »

Wendy resta soumise quelques secondes, le temps que l'arrogant lion se repaisse de cet instant. Tout dans sa voix sonnait juste, de son timbre voilé à son flot de paroles débité avec lenteur. Elle paraissait réellement contrite, cause en était de l'état d'inquiétude dans lequel l'avait plongé l'évanouissement d'Alerie. Quoi de plus facile pour elle que de se servir de sa culpabilité envers sa sœur pour la détourner au profit de celle, feinte, destinée à Garett. Et il était fréquent de voir de jeunes personnalités innocentes se transformer après quelques mois de contact avec la cour royale et ses jeux politiques de haut vol. Sa défense se tenait, elle le savait. Son ton était juste, elle le savait. Et elle comptait bien faire profil bas pendant quelques temps, elle saurait découvrir la vérité par d'autres biais, surtout à présent que Valyron Tyvaros lui en avait donné les moyens... Sa couverture ne devrait pas en pâtir, pour peu que le Lion morde à l'hameçon de sa contrition aux nuances de sincérité profonde.


« Et quand cesserez-vous de lancer pareille sur nouvelles sans ménager votre auditoire ? Que votre enfant à naitre entende que son frère est sauf et en voie d'enfin nous rejoindre passe encore, mais songez que ma dame de compagnie sort d'une periode de convalescence et que notre invité vient à peine de nous entretenir des difficultés climatiques qui menacent Castamere ! Vous êtes seigneur en ces lieux, il est vrai, mais de grâce : allez doucement... » Alerie avait repris la parole, tentant de rétablir une atmosphère légère et de bon ton. Mais elle se sentait encore faible, preuve en était de l'étreinte franche que Wendy ressenti sur sa main. Elle était son soutien. Elles étaient chacun le soutien de l'autre, le pilier indéfectible, qui ne ploierait pas. « Et qu'on me ramène à table, je ne suis pas infirme ! » Le visage de la Conflanaise se fendit d'un sourire, lâchant même un petit rire alors qu'elle aidait sa sœur à se lever et à retourner à table. Avant de relâcher la main d'Alerie, Wendy exerça une petite pression pour la remercier silencieusement, échangeant avec elle un regard empreint de tendresse et de reconnaissance.

La suite du repas sembla passer dans le calme, Wendy s'en tenant à son rôle et ne décrochant plus la moindre parole sans qu'elle ne soit concernée par la conversation. Cependant, elle écoutait. Attentivement. Et elle salua la jugeote de son aînée, avant de sourire avec une certaine mélancolie en l'entendant citer les mots de leur père. Alerie semblait née pour être suzeraine, et Wendy en éprouvait une fierté sans pareille. Même Ser Howland vantait la sagesse de sa suzeraine, il ne restait plus qu'à espérer que son tempétueux époux l'écoute, au nom du peuple de l'Ouest.

« Notre peuple réclame la paix. Mais sommes nous seulement en capacité de la lui offrir… Quelles nouvelles avez-vous de la situation à Port-réal et au Nord, monseigneur ? Il se murmure que la situation est plus que tendue. »

Toute à ses fruits et fromages frais, Wendy faisait mine de ne pas s'intéresser à la conversation, mais le Reyne prononçait des paroles fort intéressante et la curiosité de la jeune fille était piquée au vif. Que pourrait bien répondre Garett à tout ceci ? La vérité ? Une semi vérité ? Voudrait-il seulement aborder ces sujets au cours de ce repas qui s'était voulu de prime abord gentillet et léger ?


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