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 L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Lun 25 Déc 2017 - 22:49

L’Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.



















Le Roc respirait le neuf.

La formidable structure minéralogique s’élevait depuis des millénaires au-dessus de la baie de Port-Lannist, l’air indestructible. Peut-être l’était-il ? On le disait imprenable, et seul un seul être avait été capable d’en déloger ses occupants par la ruse : Lann le Futé, fondateur de la maison Lannister, des millénaires plus tôt, au cours de l’Âge des Héros. Westeros n’était alors pas le même continent. Peuplé par les Premiers Hommes arrivés deux millénaires plus tôt par le Bras de Dorne et les Enfants de la Forêts, les terres du continent de l’Ouest avaient vu nombre de grandes maisons émerger à cette époque : Stark, Lannister, Jardinier, Durrandon… Jusqu’à la terrible Longue Nuit où le monde avait failli disparaître. Et pourtant, déjà, le Roc avait traversé la tempête, avant les Andals, avant la Valyria, avant tout. Peu à peu, alors que l’Histoire suivait son court, de grandes puissances émergeaient en Westeros, laissant finalement le continent aux mains de puissants royaumes. Le Royaume du Roc, dont le domaine de Jure s’étendait sur les actuelles Terres de l’Ouest était l’un d’eux. Partis des environs de Castral Roc et Port-Lannist, les ancêtres de Garett avaient soumis uns à uns leurs voisins pour les intégrer à leur royaume en gestation. Et puis, lorsque les Terres de l’Ouest avaient été unifiées sous la bannière au lion d’or, le regard des Lannister s’était tourné vers d’autres terres plus vertes, plus fertiles : le Trident, au Nord, et le Bief, au Sud. Durant de nombreux siècles, les frontières avaient été poussées puis repoussées en fonction des aléas stratégiques et politiques. L’histoire de Lancel Ier Lannister, qui avait conquis une bonne partie du Bief, et de son fils, Loreon III qui avait perdu toutes les conquêtes de son père, illustrait bien ces complexes relations qu’entretenaient le Roc et ses voisins.

Malgré la Longue Nuit, malgré les Andals, malgré la Conquête par les Targaryen, le Roc et les Lannister étaient toujours présents. Cette pensée gonflait le cœur du jeune Garett d’un orgueil bienheureux à chaque fois qu’il prenait le temps de contempler son domaine. Aujourd’hui, le soleil était éclatant et quelques rares nuages blancs parcouraient lentement l’azur où scintillait l’astre solaire. La Mer du Crépuscule était d’un bleu éclatant, sa surface était striée de vagues régulières dont la crête d’écume blanche ponctuait l’étendue d’eau. Sur la Terrasse des Reines, un grand déjeuner se préparait. L’endroit était l’un des plus prisé du fief des Lions, et l’un des plus privés : c’était ici que se retrouvaient les Lannister lorsqu’ils souhaitaient pouvoir déjeuner ensemble à l’abri des regards. Bien entendu, le Roc regorgeait de pièces où manger au calme, mais à part la salle à manger de la famille suzeraine, aucune n’était aussi prestigieuse et agréable que la Terrasse. C’était une grande étendue plate qui s’étirait le long de la face Sud du Roc, où une grande pergola de glycine tenait lieu de toit alors qu’au-dessus, la façade de la forteresse s’élevait encore à plusieurs dizaines de mètres. On avait ainsi une vue sans égal sur Port-Lannist et ses approches, les champs au loin, et la ligne continue de falaises blanches qui descendait vers le Sud jusqu’à disparaître sous l’horizon. Au milieu de l’herbe fraîche et entretenue, une grande table de marbre blanc trônait là depuis des siècles. Le long de la paroi rocailleuse qui faisait face au vide, une série de statues d’or à l’échelle mettait à l’honneur les plus éminentes dames qui avaient contribué à la grandeur de la maison au Lion, telle Lelia Lannister, l’épouse du roi Harmund II Chenu, qui avait enfanté un autre roi Fer-Né et qui avait gagné le respect des Iles de Fer comme des Ouestriens. C’était un très grand honneur que d’être invité à visiter l’endroit, encore plus à y manger en compagnie de membres Lannister.

Or, aujourd’hui, Garett et Alerie organisaient un repas qui se voulait intime. Le couronnement et toutes ses péripéties était désormais derrière eux, et le pays ne vivait plus qu’au rythme des livraisons de céréales et de légumes de Dorne dont on voyait quotidiennement les navires aux voiles orange venir faire relâche dans les ports de l’Ouest. Ce midi, il s’agissait d’une réunion du cercle privé du couple suzerain. Bien entendu, ce n’était pas un repas officiel puisqu’aucun ordre du jour n’était prévu ni même évoqué. Il n’y avait aujourd’hui ni plus ni moins qu’un simple déjeuner des maîtres des lieux avec les deux dames de compagnie de Madame. Toutefois, était-ce possible d’imaginer un repas normal lorsque l’on parlait de personnages si éminents et si puissants ? Etait également exceptionnellement invité Ser Howland Reyne, promis à Allyria Tarbeck, l’amante de Garett Lannister, et la dame de compagnie de son épouse Alerie Piper.

Comme l’exigeait un protocole sophistiqué qui avait été parfait par des siècles et des siècles de royauté léonine, l’intendance du déjeuner avait été supervisée par la maîtresse de maison et rien ne filtrerait d’ici là. En sa qualité de « simple » chevalier d’une maison vassale, Howland Reyne avait été introduit en premier sur la Terrasse des Reines, où il était resté seul une dizaine de minutes. Garett avait fini par paraître, arrivant droit de la salle de son conseil où il avait réglé quelques questions de dernières minutes avec certains de ses conseillers.

« Ah, Ser Howland, je vois que vous êtes déjà là. Puis-je vous offrir à boire ? »

Après tout, les deux hommes étaient des frères d’armes. Et s’ils ne se connaissaient pas outre mesure, les fortunes de guerre créaient certains liens. Le jeune homme, frère de l’actuel seigneur de Castamere – le beau-père de Garett – était un beau jeune homme compétent qui s’était révélé durant la guerre civile, notamment la bataille de Port-Réal, où il dirigeait les troupes Reyne, alors que Byron avait préféré rester dans son château. Les deux hommes échangèrent paisiblement et sans surprise sur la guerre, leurs expériences et sur le couronnement de Jaehaerys et tout ce qui avait suivi. Si le Reyne était là, c’était avant tout parce qu’il était fiancé à Allyria mais également parce que le Lannister avait des plans pour lui. Une voix de serviteur les interrompit alors qu’ils étaient lancés dans une critique acerbe des Fer-Nés.

« Sa Seigneurie, Dame Alerie Lannister accompagnée des Dames Wendy Piper et Allyria Tarbeck. »

Le trio de têtes blondes fit son entrée sur la pelouse épaisse dans un éblouissant déploiement de tissus nobles et aux couleurs vives mais élégantes. Alerie semblait toujours autant apprécier son rôle de suzeraine qu’elle prenait à cœur, tout comme celui de maîtresse de maison du Roc, où l’on sentait là toute l’influence de sa rencontre avec Rohanna Baratheon lors du dîner dans la Tour de la Main quelques jours avant la tragédie qui avait frappé les Baratheon. Wendy Piper, à son habitude, semblait être la Jouvencelle en personne, dans une robe qui se voulait bien plus chaste que celle de sa camarade Allyria qui, elle, était vêtue à la mode essosie, avec un tissu moins outrageant que ce qu’elle aurait pu porter. La grossesse n’était pas très loin, et la jeune femme avait tout un rôle à tenir. Enfin, Alerie semblait finalement être la synthèse de ses deux dames de compagnies, portant un mélange majestueux qui laissait voir sa piété mais dévoilait également une poitrine qui – de l’avis de Garett – semblait déjà avoir gagné en masse alors que les premières courbes de la grossesse ne tarderaient plus à se manifester. Les deux hommes hochèrent la tête pour saluer les Dames alors que celles-ci faisaient une très brève révérence devant le suzerain : il était important de montrer au Reyne que le protocole était une chose sérieuse, ici. Garett alla naturellement saluer son épouse en essayant de faire abstraction d’Allyria. Il était toujours très difficile pour le jeune homme de se comporter normalement face à Alerie lorsque son amante était là. Il ne voulait pas manquer de respect à la Dame Tarbeck, mais ils savaient tous deux qu’il n’était pas question de blesser la Piper ou de déroger à leurs devoirs. De plus, depuis le retour de Port-Réal, Garett s’était montré aussi attentionné envers l’une que l’autre puisqu’Allyria avait enfin accouché et qu’Alerie portait en elle un futur Lion légitime. Un sourire assez sincère sur le visage, Garett s’approcha de son épouse pour lui prendre les mains dans un geste tendre.

« Nous commencions à désespérer ! Allez-vous enfin nous nourrir, femme ? » demanda-t-il sur un ton badin.

Il se tourna vers les deux jeunes dames d'atour et de compagnie.

« Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. »

Il désigna la grande table de marbre recouverte d’une simple nappe blanche sur laquelle reposaient plusieurs carafes de verre de vin, jus de fruits et eau cristalline.

« Si nous passions à table ? Je meurs de faim. »






HRP:
 

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Alerie Lannister
OUEST
■ Localisation : à Port-Réal, en Terres de la Couronne, pour le couronnement et le mariage du Roi Jaehaerys Targaryen
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 26 Déc 2017 - 11:59




L'Eau, Goutte A Goutte, Creuse Le Roc
« Milady Lannister ? Ser Howland Reyne est arrivé ! » Occupée à se faire coiffer et parer, Alerie sourit à son miroir, que le page pouvait voir dans le reflet. « Merci, Gendry. Faites venir Lady Wendy et Lady Allyria, nous descendrons ensembles. » Le serviteur s'inclina respectueusement, avant de quitter la pièce en prenant bien soin de ne pas tourner le dos à sa suzeraine mais non sans laisser échapper un soupir bienheureux.

A ses côtés, ses deux femmes de chambres se mirent alors à pouffer. Aussi brune que l'autre était rousse, aussi menue que l'autre était ronde, les jumelles Asha et Lana étaient entrées à son service peu de temps après son retour de Port-Real. Elle les avaient tout de suite appréciées : pas plus vieilles que quinze ans, elles riaient d'un rien, pleuraient de tout, et lui étaient d'un dévouement qui lui réchauffait le cœur. Il avait fallu changer toute sa maisonnée, et remplacer les anciennes mains par celles avec d'avantage d'expérience. La seule qui comptait : celle d'avoir accompagné une grossesse, un accouchement et enfin, l'éducation d'un enfant. Car le temps passait : depuis quelque jours, le ventre d'Alerie s'arrondissait de plus en plus, et à présent, plus personne dans le pays ne doutait de son état. Et comme on avait acclamé son retour à Castral-Roc ! Le long de la Route d'Or, et les derniers kilomètres menant à la forteresse, on avait accroché fagnons et rubans à tout ce qui pouvait les supporter, jeté des fleurs sur le cortège et crié des « Viva ! » sur son passage. La suzeraine bien-aimée, la future mère de l'Ouest était de retour !

« Qu'est-ce qui vous fait tant rire ? » demanda-a-t-elle aux deux sœurs, qui continuaient de ricaner alors que l'une agrafait une broche de rubis à sa chevelure à demi relevée, et que l'autre terminait de lui attacher à un bracelet en or. « C'est Gendry, ma Dame » fit Lana, dont les joues devinrent rouge pivoine. « Il... Il... » « Il te plaît ? » fit Alerie, malicieuse, se permettant même de pincer sa servante dans une de ses hanches moileuse. « N..non » « Menteuse ! Votre Seigneurie a raison : depuis qu'elle l'a vu, elle ne pense qu'à lui ! Du matin jusqu'au soir ! "Ô mon gendre, ô mon amour !" » la singea Asha, joignant les mains en prière et papillonnant des cils à l'intention du miroir. « Tais-toi, c'est faux ! » « C'est toi qui dois te taire, j'ai raison ! » « Ça suffit ! Par les Dieux, je n'ai pas hérité de deux servantes, mais d'un poulailler ! » Faussement sévère, elle les avait fait taire d'un seul regard. Et pourtant, intérieurement, elle aussitôt vautours noie de rire aux éclats. Par les fenêtres, le soleil éclairait la pièce et le jeu de ses rayons faisait étinceler sa robe kimono de soie pourpre et or. Ceinturée sous les seins, elle s'élargissait en deux larges volants varie le bas pour ne pas gêner l'arrondis de son ventre. Éclatante de santé, elle entendait partout que la maternité lui seyait. Elle était heureuse.

Mais lorsque la porte de ses appartements s'ouvrit pour laisser la place à celles qu'elle avait fait appeler, son sourire se crispa. Si elle s'était de nouveau rapprochée de sa sœur, ses relations avec Allyria Tarbeck - pourtant sa favorite, son amie, sa confidente durant cette année passée - avaient drastiquement changée. Elle l'avait quittée ronde, elle l'avait retrouvée brisée. Comme trop de femmes avant elle, Alyria venait de connaître le malheur de perdre son enfant à la naissance. Les Dieux avaient été cruels avec elle, et ce d'autant plus qu'avec sa fille, Alyria semblait avoir perdu sa joie de vivre. A bien des égards, Alerie se sentait coupable : coupable de n'avoir pas été à ses côtés durant l'accouchement, et coupable de parad aujourd'hui sa grossesse devant elle. Coupable, surtout, de ne pas pouvoir lui donner le repos qu'elle méritait. Car Allyria n'était pas mariée, pire encore : elle était fiancée. Fiancée à ce même Howland Reyne qu'ils recevaient et qui, de toute évidence, n'était pas le père de cette pauvre créature morte-née. Elle n'en avait jamais su d'avantage, et tout ce qu'elle avait pu faire, de concert avec Lady Serra, la mère de la jeune femme, monter un stratagème pour ne pas éveiller les soupçons de la famille Reyne, et en particulier ceux de Johanna, qui rodait encore et toujours dans les couloirs de Castral-Roc. On avait d'abord prétexté que le mariage d'Allyria avec Howland serait retardé, du fait de la longue période de deuil que serait celle des Tarbeck. La famille avait été rudement touchée pendant la guerre, et il ne restait désormaisque Doran, jumeau d'Allyria, pour reprendre les affaires de la famille. Ensuite, pour cacher son Etat, on avait prétexté une maladie inconnue et contagieuse, obligeant Allyria de rester à Castral-Roc, confinée dans une chambre dont seules quelques personnes, dans la confidence, avaient accès.

A son entrée, elle lui adressa un sourire. Parle-moi, mon amie ! semblait-elle crier, cependant qu'elle saluait plus chaleureusement Wendy en lui prenant les mains et en l'embrassant fraternellement. « Tu as bonne mine, ma sœur ! Et quelle jolie toilette ! Une vraie rose de printemps ! » Après quoi, elle s'approcha d'Allyria. « J'espère que vous vous sentez mieux, mon amie. Il me peine de devoir vous infliger ce déjeuner. Il est intime, certes, mais... » Sa voix se brisa. Elle ne savait comment expliquer la situation, trouver les mots justes qui ne la blesseraient pas, et qui lui donneraient pour autant le courage nécessaire à la circonstance. Revoir son fiancé après cette épreuve, en faisant comme si de rien n'était... Jusqu'alors, c'était elle qui devait user de faux-semblants. Les Dieux adorent leurs jeux stupides se dit-elle, avant de prendre la direction de la salle à manger, ses deux dames sur les talons.

« Sa Seigneurerie, Lady Alerie Lannister ! Lady Wendy Piper, et Lady Allyria Tarbeck » les annonca-t-on en grande pompe, alors qu'elles pénétraient toutes trois sur la terrasse où l'on les servirait. Garett et Howland les attendaient déjà. « Nous commencions à désespérer ! Allez-vous enfin nous nourrir, femme ? » lança son époux d'un ton badin' avant de s'avancer vers elle et de baiser sa main. Amusée, Alerie secoua quelque peu la tête. « Je vois que vous êtes d'humeur irrésistible, Monseigneur époux ! Ser Reyne, c'est un plaisir de vous accueillir au Roc ! Je vois que vous avez déjà fait un sort à la liqueur... Ah les hommes ! » Elle s'efforçait d'être la plus mondaine possible mais intérieurement, elle tremblait. Pourvu qu'il ne remarque rien...! « Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. » Garett recevait ses dames avec la plus pure des galanteries. Alerie sourit. Elle avait peur que les relations entre lui et Allyria se dégradent, du fait de sa disgrâce. Si elle l'en trouvait bien moins jovial à son égard, il n'en devenait pas pour autant désagréable. Quant à Wendy... « Ser Reyne, il ne me semble pas que vous connaissiez ma sœur, et Dame d'Atour, Lady Wendy Piper ? » les présenta-elle, avant d'ajouter : « Et voici votre fiancée. Lady Allyria Tarbeck. Prenez soin d'elle, chevalier : elle m'est aussi chère que mon propre sang ! »

Un instant de silence. Puis : « Si nous passions à table ? Je meurs de faim. » Alerie se mit à rire. « Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. » Elle avait placé les convives de sorte qu'Allrya soit installée entre elle et son époux. Pour la rassurer. Prenant soin de protéger son ventre en s'asseyant, elle actionna une cloche et un groupe de serviteurs apportaient des bassines d'eau pour s'y laver les mains. Après quoi, on servait le premier plat : une soupe de poisson tiède - par ce temps de sécheresse, manger chaud devenait insupportable ! - accompagné de lard sèché aux épices.


© Belzébuth

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    I Will Fight Them Within My Marriage
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 26 Déc 2017 - 16:41

L'Eau, Goute à Goute, creuse le Roc



L’image que me renvoyait le miroir n’avait rien de familier. L’accouchement n’avait laissé que très peu de traces sur mon visage, et celles sur mon corps disparaissaient progressivement. Pourtant il me semblait ne plus reconnaître celle qui me faisait face alors que l’on démêlait mes cheveux. La nuit était tombée sur le Roc, et j’avais passé une nouvelle journée aux côtés d’Alerie. Si j’avais longuement été celle qui lui apportait joie et distraction, ces dernières semaines s’étaient révélées bien plus difficiles. J’avais essayé de reprendre nos vieilles habitudes, et pourtant rien ne le permettait. Il me fallait le temps d’accepter la séparation, et il me fallait de plus feindre le deuil aux yeux de notre maisonnée. Il y avait tant de choses à garder en tête, tant de secret à conserver qu’il me semblait à présent impossible d’être moi-même aux côtés de celle qui était devenue une amie… une confidente… Du moins des secrets que j’étais en mesure de lui confier.

La jeune fille qui s’était occupée de m’aider à me préparer pour la nuit refermait la porte derrière elle, et je me retrouvais seule. Le silence était presque pesant. La fatigue de ces dernières semaines commençait à disparaître, ne restait plus que la lassitude d’une situation devenue plus compliquée que jamais. Déposant mes coudes contre la coiffeuse, je plongeais mon visage au cœur de mes mains et je fermais les yeux avec force, si fort que bientôt le noir se ponctuait de petites lumières dansantes. Le fruit de mes entrailles était loin à présent, et si j’avais ressenti un attachement extraordinaire à la minute où il avait quitté mon ventre, je ne ressentais pas ce manque que la Septa avait évoqué du bout des lèvres. Ma propre mère avait été si inquiète de me savoir dévastée à l’idée d’être séparée de ma progéniture. Pourtant, je n’étais guère dévastée, je ne ressentais pas ce manque, je n’arrivais plus à ressentir quoique ce soit.

« Ally… »

Je sursautais alors que la peau fraîche de deux mains se déposait sur mes épaules. Alors que je me retournais je rencontrais le regard inquiet de Garett. L’accouchement avait été difficile, les suites de celui-ci encore plus, et le suzerain de l’Ouest s’était montré plus prévenant que jamais. Je pouvais lire encore ce soir l’inquiétude dans son regard alors qu’il me dévisageait dans la pénombre de mes appartements. La nuit était déjà bien avancée, et je me demandais bien ce qu’il faisait ici alors que nous n’avions pas prévu de nous voir. Il avait été en colère. Très en colère. Il n’avait au départ pas accepté l’idée de recevoir à sa table celui qui deviendrait dans peu de temps mon époux. Et pourtant, l’idée de Lady Alerie nous aiderait à compenser les longs mois d’attente insultants pour la famille Reyne.

J’avais eu peur que l’accouchement et la période qui s’en suivrait mettent à mal ma relation avec Garett. J’avais eu peur qu’il ne souhaite plus me voir, qu’il ne parvienne plus à aimer mon corps changé par la maternité. Il n’avait pourtant pas tant changé que cela en réalité, mais je ne me sentais définitivement plus la même. J’avais peur également être celle qui le rejette, ne plus être capable de l’aimer comme je l’avais fait auparavant. Il n’en était rien pourtant. Il avait là, faisant fi des injonctions des septas il était resté à mes côtés alors que je me croyais sur le point de mourir tant la douleur était cuisante. J’avais tenu sa main, écrasant sans doute ses doigts, tout au long de ce qui m’avait semblé durer des heures. Sa main caressant mon front avait été la dernière chose que j’avais senti avant de perdre connaissance, et son regard aimant avait été la première chose que j’avais vue en ouvrant les yeux. Aurais-je seulement pu moins l’aimer après tout cela ? Sans doute pas.

Alors qu’il déposait un baiser sur le haut de mon crâne, j’élevais une de mes mains pour la déposer sur l’une des siennes, et je fermais les yeux. Il restait ainsi un long instant, la joue déposée sur le haut de mon crâne alors que je m’accrochais à sa main comme à la vie. Je me levais finalement, et le laissais me guider vers mon lit. La nuit serait courte et pourtant le lendemain était une journée importante. Je revoyais Howland Reyne après de long mois. A ma grande surprise, nous avions entretenu une correspondance abondante et ouverte, nous confiant l’un à l’autre, comptant nos journées, prenant le temps de nous connaître avant le jour de nos noces. Je m’étais attendue à l’apprécier après notre première rencontre, mais je ne m’étais pas attendue à retrouver tant de moi en lui. Il était un grand amoureux d’Essos et y avait passé de longues années, à Pentos plus précisément, c’est là-bas qu’il avait connu son premier amour. Il avait ramené de Pentos une petite fille qu’il avait refusé d’abandonner sous le prétexte du protocole. Howland Reyne avait décidé de rejeter les règles de notre société et il avait pu le faire, en partie, car il était un homme. Pourtant il semblait apprécier ma propre propension à fixer mes propres règles et mon éducation partiellement Pentoshi.

Je m’allongeais dans les draps de soie, rapidement rejoint par Garett, qui m’entourait de ses bras pour me serrer contre lui. J’avais été longuement en incapacité de reprendre nos activités nocturnes, je m’étais ainsi imaginée qu’il ne prendrait pas la peine de me visiter la nuit. Il n’en fut rien encore une fois, et nous avions finalement pris l’habitude de nous endormir dans les bras l’un de l’autre. Je redoutais sincèrement le déjeuner qui aurait lieu le lendemain, car je craignais que les deux hommes ne se lancent dans une joute inutile. Je connaissais bien assez Garett pour le savoir prudent et intelligent, pourtant je connaissais également son caractère emporté, une caractéristique que nous partagions. Je me retournais au creux de ses bras pour déposer un baiser sur ses lèvres avant de replonger mon regard dans le sien, mon visage à quelques centimètres seulement du sien sur l’oreiller. Nous restions un moment ainsi, à le regarder, lui à me regarder. Nous étions liés par quelque chose d’invisible, quelque chose d’éternel, qui à présent dépassait le simple besoin de la chair ou même l’amour mortel. Nous avions créé quelque chose. Notre amour avait porté ses fruits et ceux-ci avaient noué un lien nous rapprochant plus que jamais. Après de longues minutes à échanger sans un mot, Garett me repoussait afin que je m’allonge sur le dos, et laissait sa main vagabonder le long de mon corps jusqu’à attraper le bas de ma chemise afin de la remonter. Lorsqu’il arrivait à mon ventre je sursautais. Il était presque redevenu normal et pourtant il était légèrement plus rond, il était devenu le ventre d’une femme et non plus celle d’une jeune fille. Je n’avais jamais eu de problème avec la nudité, Essos m’avait enseigné l’amour du corps et la désacralisation de la nudité, et pourtant alors qu’il me fallait du temps pour me réapproprier ce corps à peine changé aux yeux du monde mais si différent à mes yeux, je craignais toujours qu’il ne fasse l’objet d’un rejet. Il n’en était rien. Déposant sa main à plat contre mon ventre, Garett semblait perdu dans la contemplation de celui ci. Bientôt il promenait ses doigts le long de ma peau, comme à la découverte ou redécouverte de ce corps qu’il avait pourtant connu tant de fois. C’était la première fois qu’il me touchait ainsi depuis l’accouchement, la première fois qu’il regardait à nouveau ma poitrine, mon ventre, mes cuisses, et la première fois que j’étais à nouveau dénudée devant lui. Je ne pouvais m’empêcher d’être tendue alors qu’il restait si silencieux et que son regard restait fixé loin du mien. Et s’il réalisait finalement que je ne lui plaisais plus ? Et s’il ressentait ce dégout que je craignais tant ? Ma respiration avait été profonde et régulière, elle était à présent saccadée et superficielle tant mon appréhension me nouait la gorge. Il déposait un baiser sur mon nombril, remontant ensuite sur le haut de mon ventre, ma gorge, avant d’embrasser mes lèvres avec une douceur infinie et de mêler enfin son regard au mien. Cela se produisait très rarement, mais j’étais soudainement incapable de lire les émotions habitant son regard. Il restait longtemps ainsi, son visage au-dessus du mien, sa main parcourant mon ventre, mes cuisses, mes seins.

« Tu es si belle… à couper le souffle. »

Malgré moi, j’en eu le souffle coupé. J’avais crains le rejet, anticipé qu’il lui faudrait du temps pour me voir à nouveau comme il me voyait auparavant, jamais je ne m’étais attendue à ce qu’il me démontre un tel désir, une telle admiration en ce soir-là. C’était pourtant une véritable dévotion qui se lisait à présent sur son visage. Pour la première fois depuis des semaines nous corps se retrouvaient, pour la première fois nous redevenions ces amants terribles accablés de passion que nous avions toujours été. Il n’avait fallu que son regard pour que je me sente à nouveau moi, il n’avait fallu que son amour pour me réapproprier ce corps changé par la maternité.

***


Nous avions évoqué dans nos lettres l’envie de nous retrouver en tête à tête avant le déjeuner, afin de retrouver cette complicité que nous avions noué lors de notre première entrevue. Pourtant le protocole du Roc en avait décidé autrement, et ce serait bien en présence du couple suzerain et de Lady Wendy que je retrouverai Ser Howland.

Seule dans mes appartements après le départ de Garett, je laissais la jeune femme dédiée à mon service arranger mes cheveux que j’avais décidé de laisser en cascade, retenant seulement quelques mèches autour de mon visage à l’aide d’un mince diadème de la famille Tarbeck. La tenue avait été sujet de débat, il me fallait porter du noir pour continuer à entretenir une illusion de deuil aux yeux d’Alerie et Wendy, pourtant Howland ignorait tout de ce deuil feint et peut-être ne comprendrait-il pas que j’exhibe une couleur si différente de celles que j’avais l’habitude de porter. La robe choisie mêlait le noir et l’argent, une des couleurs de ma famille. Elle était certainement indécente aux yeux de tout Westerosi mais Howland avait vécu à Pentos et apprécierait sans doute de retrouver la mode orientale au cœur de cet occident puritain.

« Beaucoup prétendent que Ser Howland est un très bel homme, ma Lady, et courageux de surcroît comme il l’a démontré au cours de la guerre. »

Je souriais alors que ma dame de chambre risquait un brun de conversation malgré mon air anxieux. A peine plus âgée que moi, elle s’était révélée être une jeune femme à l’écoute et sincèrement dévouée à mon bien-être.

« Ils sont dans le vrai, Ser Howland est un chevalier digne de ce nom. »

Je ne voulais pas m’étendre d’avantage car je savais le sujet épineux. Garett n’avait accepté cette union que parce qu’il en était contraint, et il avait accepté de recevoir Howland seulement car ce déjeuner était à l’initiative de Lady Alerie, et qu’il ne pouvait guère le refuser sans une excuse valable. Or, il n’avait pas d’excuse valable.

« Lady Allyria, Lady Lannister souhaite que vous la rejoignez dans ses appartements. »

Je congédiais le messager d’un sourire poli après l’avoir remercié, et ajustais une dernière fois le haut de ma robe. Je souhaitais plus que tout que ce déjeuner se déroule de manière paisible. Il serait agréable de revoir Howland, de pouvoir échanger de vive voix après des mois à se parler au travers de missives écrites. Pourtant je ne pouvais nier qu’il me serait difficile de le voir en présence de Garett, car celui-ci avait l’art et la manière de retenir mon attention, parfois malgré moi.

J’entrais dans les appartements de Lady Alerie aux côtés de sa sœur après l’avoir salué le plus chaleureusement possible. Je n’étais guère assez naïve pour m’imaginer que Lady Wendy me portait dans son cœur. La jeune femme était magnifique, vêtue d’une robe parfaitement convenable pour une demoiselle de son rang, aux couleurs printanière. Nous n’aurions pu être plus différentes. Pourtant si la couleur de ma robe n’était guère printanière, les marques de la fatigue post-accouchement avaient laissé place à un teint lumineux. Bien affuté aurait été celui capable de deviner les épreuves physiques par lesquelles j’étais passée quelques semaines auparavant.

« Tu as bonne mine, ma sœur ! Et quelle jolie toilette ! Une vraie rose de printemps ! J'espère que vous vous sentez mieux, mon amie. Il me peine de devoir vous infliger ce déjeuner. Il est intime, certes, mais... »

Prenant sa main, je lui adressais un sourire sincère et chaleureux avant de la gratifier d’une révérence toute protocolaire suivi d’une embrassade seulement autorisée par notre amitié.

« Vous ne m’infligez rien, ma Lady, toute distraction est la bienvenue. Et je sais que vous serez à mes côtés. »

Qu’il était difficile de maintenir cette illusion de deuil à présent que la fatigue et la lassitude avaient quitté mon corps et mon esprit.

***


« Sa Seigneurerie, Lady Alerie Lannister ! Lady Wendy Piper, et Lady Allyria Tarbeck »

Nous pénétrions sur la terrasse, et alors que le soleil aurait pu être éblouissant, je captais l’espace d’une seconde le regard de Garett avant de le quitter pour adresser un sourire à Howland Reyne qui se trouvait à ses côtés. Les deux hommes étaient tous deux d’une beauté à couper le souffle, pourtant l’un et l’autre n’auraient guère pu être plus différent. Howland avait un aspect plus brut que Garett, brun et plus guerrier sans doute. Garett, lui, disposait de l’aura presque royale que son titre et son rôle lui conféraient. J’avais crains un instant qu’Howland ne s’apperçoive que quelque chose avait changé chez moi, qu’il ne soit déçu de la femme qu’il retrouvait, et pourtant s’il ressentait ces sentiments là il n’en laissait rien percevoir alors qu’il m’accordait un sourire radieux.

« Nous commencions à désespérer ! Allez-vous enfin nous nourrir, femme ? »
« Je vois que vous êtes d'humeur irrésistible, Monseigneur époux ! Ser Reyne, c'est un plaisir de vous accueillir au Roc ! Je vois que vous avez déjà fait un sort à la liqueur... Ah les hommes ! »

Je conservais un sourire de façade des plus convainquant, mais intérieurement je bouillonnais. Sans doute aurais-je du être habituée à voir ainsi le couple suzerain, et pourtant cela me faisait toujours aussi mal d’être le témoin des attentions tendres de Garett envers son épouse. C’était presque devenu insupportable après l’annonce de la grossesse d’Alerie. Elle était enceinte, et l’enfant qu’elle lui donnerait serait légitime… Il rayonnait de bonheur à l’idée de voir un nouvel enfant Lannister venir au monde. Sans doute l’aurais-je giflé si nous n’étions pas en public. La colère ne parvint pas à faire disparaître le sourire mondain que je m’étais efforcé de conserver, mais elle avait rougit mes joues.

« Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. »

Va au diable ! Je le gratifiais d’une révérence mais perdait imperceptiblement mon sourire alors que nos yeux se croisaient. Il n’y était pour rien, la situation était telle qu’elle était, et pourtant je ne pouvais m’empêcher d’être en colère contre lui. Je ne pouvais m’empêcher de lui en vouloir d’être si prévenant, si… aimant avec une autre que moi.

« Ser Reyne, il ne me semble pas que vous connaissiez ma sœur, et Dame d'Atour, Lady Wendy Piper ? »

Howland s’était finalement avancé après être resté quelque peu en retrait, puis il gratifiait lady Alerie d’une révérence respectueuse et gracieuse.

« Lady Lannister, Lady Wendy, c’est en vous voyant que je comprends le sourire de votre seigneur, comment ne pas être enchanté par tant de grâce ? »

« Et voici votre fiancée. Lady Allyria Tarbeck. Prenez soin d'elle, chevalier : elle m'est aussi chère que mon propre sang ! »

Il se tournait finalement vers moi, et s’approchait davantage afin de saisir ma main et d’y déposer un chaste baiser.

« Lady Allyria. »

Tenant toujours ma main, il se tournait vers la suzeraine de l’ouest.
« N’ayez crainte, Lady Lannister, je ferais du bien-être de Lady Allyria une véritable mission. »

Il souriait, et je me rappelais alors de ces petites choses qui l’avaient rendu si agréable lors de cette soirée. Ser Howland était un jeune homme à l’éducation irréprochable, et son sourire avait tout d’enivrant.

« Si nous passions à table ? Je meurs de faim. »
« Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. »

Nous nous laissions tous aller à rire après la petite joute légère du couple suzerain, et alors que j’allais me diriger vers la table, je constatais qu’Howland, qui tenait toujours ma main, n’avait pas bougé. Pivotant légèrement, il déposait ma main sur son bras afin que nous avancions tous deux vers la table magnifiquement dressée.

« Lady Allyria, sans doute me trouverez–vous cavalier, et pourtant j’ai l’impression d’y être autorisé après ces mois de correspondance… Vous êtes d’une beauté à couper le souffle, mes souvenirs ne vous rendaient pas justice. »
« Je me souvenais d’un chevalier courtois, mais prenez garde, Ser Howland, vous risqueriez de tomber dans la flagornerie. »

Un éclat de rire nous échappait au même instant alors que nous parvenions à la table. Assise entre Garett et Alerie, je faisais face à Howland. Celui-ci ne me lâchait pas du regard alors que je tentais un instant d’échapper à son attention. J’étais nerveuse, plus que nerveuse. Il s’était montré charmant, comme il l’avait toujours été, mais je n’oubliais guère que lui comme moi étions contraints à ce mariage par nos familles respectives. J’aimais un autre homme, et celui-ci se trouvait à nos côtés justement. La situation aurait-elle pu être plus épineuse ?

Alors que la cloche résonnait, les serviteurs s’affairaient soudain afin de nous servir le premier met. L’odeur délicieuse qui s’élevait laissait entrevoir la qualité exceptionnelle du repas qui nous serait servi.

« Lady Alerie, quel délice… Vous nous gâtez. »

Je lançais un sourire complice à mon amie, attrapant sa main discrètement sous la table pour la serrer l’espace d’une seconde et lui montrer ma reconnaissance. Je m’étais montrée taciturne et quelque peu distante avec elle, et je pouvais voir le trouble que cela avait provoqué chez la jeune femme. Elle avait mis en place le plus délicieux des repas afin de faciliter les relations entre mon futur époux et moi-même, et je ne doutais pas qu’elle avait mobilisé beaucoup d’énergie pour cela.

lumos maxima


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Wendy Piper
OUEST
■ Localisation : A Port Réal, auprès de sa soeur
MessageSujet: Re: L'Eau, Goutte à Goutte, creuse le Roc.   Mar 16 Jan 2018 - 12:40


Déjeuner familial

L'eau, goutte à goutte, creuse le roc.


D'une main nonchalante, elle cache le cercle d'or pour protéger ses prunelles sombres des rayons implacables du roi des astres, déterminée à prolonger sa contemplation rêveuse en défiant le soleil de la faire ployer. Mais elle ne romprait pas. Fugace, un petit sourire étire le coin de sa bouche alors qu'une pensée ironique traverse son esprit éveillé : elle vivait là une parfaite métaphore de sa vie actuelle, prête à s'exposer et à affronter la brillance et le faste néfaste des Lions du Roc, quoi qu'il lui en coûte. Rien ne la ferait reculer, ni la chaleur brûlante, ni la douleur dans sa rétine, ni l'aveuglement partiel... Seule comptait la capacité à savoir s'en protéger suffisamment pour ne pas se laisser consumer ; seule comptait la faculté de rester en vie suffisamment longtemps pour voir ses projets menés à bien. Du haut de son petit balcon, Wendy Piper embrassait d'un regard sinistre la baie de Port-Lannis s'étalant en contrebas, noyant ses pensées dans le ressac de la mer du Crépuscule venant lécher les fondations de la formidable forteresse de Castral Roc. Par les Sept, qu'elle exécrait cet endroit ! Que ne donnerait-elle pas pour quitter ces lieux honnis et retrouver la douceur de ses terres natales ! Contrairement à sa sœur, Wendy n'avait pu développer le moindre attachement à ces terres arides et rocailleuses, pourtant d'une beauté sèche saisissante et peuplées d'habitants persévérants et volontaires. L'ancienne appartenance de leur noble génitrice à cette région ne pouvait, aux yeux de la cadette, racheter tout le mal que les suzerains de cette contrée avaient fait à sa famille. A jamais, les Terres de l'Ouest seraient synonymes de sang, de souffrance, de cruauté... A jamais elle vouerait à cette terre la même haine qu'elle vouait à la famille qui la contrôlait depuis des millénaires. N'en déplaise à Alerie qui s'acharnait à faire de cette demeure la sienne, de ce trône le sien, de ce nom terrifiant le leur, à elle et le futur fruit de ses entrailles... Elle ne pouvait l'en blâmer, elle s'était fait le serment de ne plus le faire, cette nuit hors du temps, juste avant le couronnement du nouveau souverain. Et elle avait été témoin du bonheur empreint de fierté irradiant de tous les pores de sa peau, lorsque, rentrant de Port-Real, les Ouestiens l'avaient acclamée avec une chaleur et une sincérité indéniables. Non, elle ne pouvait pas lui en vouloir... mais elle ne partagerait jamais ce sentiment et s'évertuerait à le dissiper ne serait-ce qu'un peu dans le cœur d'Alerie.

Un soupir s'échappe de ses lèvres figées par le plâtre séché de son masque lui collant l'âme et la peau. La Conflanaise se prenait à se languir de la capitale, cette ruche bourdonnant de mille et unes intrigues, de murmures interdits mais délicieux, et de ce beau monde qui faisait et défaisait le royaume en un claquement de doigts. Elle avait eu hâte de s'y rendre, de se mêler à cette foule prête à servir ses prochaines actions, mais les événements tragiques s'y étant déroulés avaient fini par l'asphyxier ; alors elle avait eu hâte de la quitter, sentant que le nœud du problème, la clef de ses plans ne pourrait être trouvée que dans l'antre même du lion, et n'était-ce pas là ce qu'elle désirait, d'enfin trouver un levier à actionner pour mettre en branle ses projets ? Et pourtant, Wendy soupirait en posant ses yeux sur la mer du Crépuscule, cette magnifique étendue d'eau aux reflets irisés, en regrettant presque les effluves nauséabondes de la baie de la Néra, et ses constellations scintillant sur l'eau noire comme autant de lucioles au bord d'un étang. Le Roc manquait cruellement d'action. Il n'était qu'attente, œillades, soupçons, vigilance, là où Port Real grouillait de possibilités, de nouvelles rencontres, de joutes verbales savamment menées. Par le Père, qu'elle avait apprécié la Cour et ses circonvolutions, ses enjeux, et ses risques grisants. Elle avait au moins eu l'impression de pouvoir agir. Ici, ses mains étaient liées et il n'était plus question de laisser glisser quelques indices sur ses réels sentiments à l'égard de sa belle-famille. La jouvencelle fronça le nez à l'unique pensée d'appeler les Lannister sa famille. Elle en était malade. Elle le serait du premier jour jusqu'au dernier.

Et ce n'était pas la perspective de ce déjeuner de parodie, auquel elle était conviée avec Allyria Tarbeck et Howland Reyne, qui égaillait son cœur frustré et rempli d'ennui. La catin avait accouché d'une fille morte-née, punition divine pour accabler la dévergondée. Mais le cœur revanchard de Wendy, loin de compatir à cette perte, aurait préféré que l'enfant survive pour mieux jeter la honte et le déshonneur sur cette Tarbeck qui se croyait tout permis et au-dessus de tous ! Cette bâtarde aurait été le rappel nécessaire de la souillure indélébile, et la Vierge n'aurait pas hésité à injecter sans cesse le fluide perfide destiné à lui remémorer la bassesse de ses principes et le mensonge, tapi dans l'ombre et menaçant, dans lequel Allyria avait décidé de vivre. Car toujours la Vérité finit par éclater, et c'est avec délectation que la Piper aurait goûté à cette disgrâce longtemps attendue et amplement méritée. Mais les Sept en avaient cependant décidé autrement... Bien que, parfois, Wendy et sa nature suspicieuse se laissent aller à des divagations de l'esprit, et s'interrogent sur la réalité de cette mort. Comme c'était pratique que le fruit du péché ait simplement disparu sans jamais laisser de trace, n'est-il pas ?... Quelques coups toqués à la porte la sortirent de ses pérégrinations spirituelles, et bientôt, la douce voix de Meera, sa femme de chambre, s'éleva derrière elle, la rappelant à ses obligations et lui signifiant que sa sœur et suzeraine la faisait mander. Nouveau soupir. Wendy ferme les yeux un instant. Cette mascarade inutile commençait à lui peser. Quand, par les Sept, pourrait-elle enfin avancer ses pions pour ne plus avoir la sensation de stagner ? Chaque minute en présence de Garett était une torture, elle qui ne rêvait que de serrer ses mains autour de son cou si fort que sa tête arrogante en sauterait comme un bouchon s'échappe du goulot d'une bouteille. Ses paupières se rouvrent, souffrant de la flèche décochée par le soleil. Mais elle refuse de plisser les yeux. Elle refuse de plier. Toujours. La grandeur de sa tâche la dépasse. Fixant l'horizon sans ciller, elle pare son visage du doux sourire discret qui la caractérise en ces murs avant de se retourner vers la jeune servante, à sa disposition pour terminer sa toilette. Sans un frémissement, Wendy se glisse dans la peau du rôle de sa vie comme une main délicate dans un gant de soie.

***

« Vous êtes également ravissante, lady Allyria, et je soupçonne votre femme de chambre d'être magicienne... Le regard de Wendy se fait perçant et un demi sourire flotte insolemment sur ses lèvres fines... bien malin serait celui qui percerait aujourd'hui votre condamnable secret, estimez-vous incroyablement chanceuse... » La porte s'ouvrant sur les appartements d'Alerie avorte une éventuelle réponse de l'accusée, et c'est avec un sourire radieux et innocent que la Dame d'Atour pénètre la pièce, le cœur jubilant de sa perfidie. Si elle devait juguler tous ses autres sentiments de haine vengeresse, son désamour pour Allyria, lui, n'avait pas à être dissimulé. Tout le monde pourrait comprendre, avec indulgence, la jalousie d'une sœur pour la favorite de son aînée, sans pour autant la cautionner. Voilà au moins un sentiment qu'elle pouvait assumer avec art tout en restant parfaitement polie. Alerie était resplendissante dans sa robe kimono, choix habile pour ne pas contraindre son ventre et ne pas trop dévoilé sa forme s'arrondissant de jour en jour. Il émanait d'elle une sorte d'auréole divine, sans doute due à la maternité et c'est avec un profond bonheur que Wendy s'empressa de saisir les mains tendues de sa sœur et d'accepter son doux baiser fraternel. Si ses plans stagnaient, sa relation avec Alerie s'améliorait, elle, de jour en jour, victoire déjà suffisante en ces temps troublés, et elle remerciait chaque soir les Sept de lui avoir rendue son alliée. « Tu as bonne mine, ma sœur ! Et quelle jolie toilette ! Une vraie rose de printemps ! » Wendy serre chaleureusement les mains de son aînée, un sourire sincère parant son visage. « Et que dire de la tienne ! La maternité te glorifie littéralement, tu es l'incarnation de la Mère, nul doute que ton enfant sera robuste ! » La Piper était sincère dans ses éloges, mais c'était un soupçon de malignité qui lui avait fait enfoncer le clou sur la bonne maternité d'Alerie et la future force de son enfant. En toute discrétion, alors qu'elle se reculait pour céder sa place, elle décocha un regard en coin à Allyria Tarbeck, la mère malheureuse qui ne méritait guère tous les soins que la suzeraine du Roc lui prodiguait.

Tu ne perds rien pour attendre, douce illusion, semblait lui faire comprendre Wendy. Elle ne savait ni quand, ni comment, mais la Pieuse la ferait tomber du piédestal sur lequel l'avait placée Alerie. Quelque chose clochait, et elle trouverait quoi, elle s'en faisait le serment.

***

« Sa Seigneurerie, Lady Alerie Lannister ! Lady Wendy Piper, et Lady Allyria Tarbeck » Les trois dames pénétrèrent sur la Terrasse des Reines, endroit privilégié entre tous et même le dégoût de Wendy pour cette forteresse ne pouvait gagner contre la beauté indéniable de cet espace aux allures royales. La vue était imprenable, et la douceur octroyée par l'ombre de la pergola inestimable en ce temps de sécheresse. Une joute conjugale des plus ridicules s'ensuivit... Alerie jouait parfaitement les mondaines, Garett jouait le gentil goujat, et tous deux interprétaient à merveille le couple idéal nageant dans le bonheur. Que tout ceci était pathétique, songeait Wendy. Cependant, elle n'oubliait pas son rôle et accueillait cette scène avec un chaste sourire, le rose aux joues et le regard empreint d'humilité, laissant échapper ça et là quelques rires timides. « Dame Wendy, Dame Allyria. C’est un plaisir de vous voir. » Et c'est mon déplaisir... A l'inverse de ses pensées, la belle fond en une révérence distinguée, sourire aux lèvres et regard pétillant de joie. Feindre l'amour et l'honneur pour masquer la haine dévastatrice. « Ser Reyne, il ne me semble pas que vous connaissiez ma sœur, et Dame d'Atour, Lady Wendy Piper ? » Le voilà, l'homme à qui on s'est acharné de dissimuler la vérité. Howland Reyne était bel homme, à n'en pas douter, avec une prestance propre aux Reyne qui n'était pas pour déplaire à Wendy, et une gentillesse semblait émaner de sa personne. Oui, Allyria avait bien trop de chance pour mériter son sort, et elle n'en avait même pas conscience. Cette garce dévergondée ne méritait pas un tel homme et Wendy le plaignait déjà, avant même les épousailles.

Alors que le Reyne s'approche, galant, Wendy s'incline légèrement, modeste, douce, en parfaite lady. « Lady Lannister, Lady Wendy, c’est en vous voyant que je comprends le sourire de votre seigneur, comment ne pas être enchanté par tant de grâce ? » Elle contient un rire railleur pour ne pas se départir de son rôle, et Howland est sincère dans ses propos, comment pourrait-il en être autrement ? « Monseigneur est trop aimable. Je suis enchantée de faire votre connaissance. » « Et voici votre fiancée. Lady Allyria Tarbeck. Prenez soin d'elle, chevalier : elle m'est aussi chère que mon propre sang ! » Son sang se glace et se fige, sa respiration se bloque et, imperceptiblement, ses doigts se resserrent sur eux-mêmes. Mais son visage, lui, ne bouge pas, ses yeux arborent la même expression douce et aimable, sa bouche ne se tord pas et garde son sourire insolent et si chaste. Aussi chère que mon propre sang... Une boule se forme dans son estomac. Combien de temps devrait-elle supporter cette traîtrise ? Pourquoi Allyria méritait-elle cet amour ? Qu'avait-elle fait à part se pavaner dans des tenues indécentes et cancaner sur les moindres événements, amusant Alerie ? Wendy vivait cette comparaison comme le plus insultant des affronts. Mais elle ne devait rien dire, elle se devait de paraître calme et digne, gentille. Elle pourrait se permettre de lancer quelques piques à Allyria, mais jamais elle ne devrait contredire sa sœur en publique, la placer en défaut et la mettre mal à l'aise. Se garder de la contrarier, également.

« Si nous passions à table ? Je meurs de faim. »
« Ce n'est pas un époux, mais un ventre que j'ai ! Et bien ! Allons ! Ser Reyne, à la droite de mon époux, lady Allyria vous fera face. Ma sœur, à ma droite. Quant à nous, Monseigneur nous nous ferons face. »
La petite assemblée se laisse aller à rire, avec complaisance et Wendy joue son rôle à merveille. Elle se laisse placer à table, prenant chaise aux côtés de sa sœur. Son oreille est soudain attirée par un éclat de rire discret... Allyria et Howland semblent déjà en parfaite harmonie, et la conflanaise observe ce nouveau couple avec un regard sombre, anticipant déjà ses manœuvres pour jeter le malaise sur Allyria. Tout vient à point à qui sait attendre. En un battement de cils, le regard de Wendy retrouve sa grâce innocente, alors que Alerie sonne la cloche pour lancer le repas. Les serviteurs affluent, apportant avec eux une soupe de poisson tiède, véritable régal pour les papilles. « Lady Alerie, quel délice… Vous nous gâtez. » La mâchoire de la cadette des Piper se serre subitement quand elle surprend le sourire et le regard complice échangés entre Allyria et sa sœur. La jalousie distille toujours son venin, malgré leur meilleure relation. C'est que la Tarbeck ne mérite pas cette affection démesurée, et Wendy en est malade ! « Je partage pour une fois l'opinion de lady Allyria, ma sœur, tes dons de maîtresse de maison surpassent nos attentes ! Et je vous remercie, monseigneur frère pour l'initiative de ce repas et le délicieux choix de cette magnifique terrasse... Wendy parle d'une voix douce, le regard chaleureux dirigé vers Alerie, puis Garett. Une seconde, le temps se suspend, mais la Vierge reprend sur le même ton doux, la même chaleur dans le regard, avec même une pointe concernée dans la voix, alors que son regard se visse sur Allyria Tarbeck... Je suis heureuse de vous voir ainsi manger avec appétit, lady Allyria, nous étions tous inquiets. N'a t-elle pas repris toutes ses forces et toute sa splendeur, lord Reyne ? Pouvez-vous croire qu'il y a quelques jours encore la... maladie sévissait chez cette jeune femme radieuse ? »

Rien ne transparaît, mais la sournoiserie de Wendy rampe lentement sur cette table magnifiquement dressée.

AVENGEDINCHAINS



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Little sweet poison
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