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 We are half people, the two sides within us, human and crown.

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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Mar 2 Jan 2018 - 17:11


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.


Dans cette pièce, trop luxueuse pour être une cellule, trop étroite pour être une chambre de son rang, nulle autre distraction qu’un tambour et ses aiguilles. Malheureuse distraction pour qui le temps ne sait aller trop vite. Il stagne, il outrage sa vision de rayons solaires trop lumineux. La baie est petite, suffisamment grande cependant pour laisser voir l’horizon ondoyant de l’océan. La bercer de douces illusions. Il lui suffit de se tenir debout sur la banquette. Certains disent qu’il s’agit d’un confort, mais ce n’est que le résultat architectural de l’édifice. Une large terre taillée pour mieux assurée la fondation. Catelyn le sait et l’absence de toute commodité supplémentaire en est la preuve. Depuis une semaine qu’elle est enfermée ici -car, enfermée, certainement elle l’est-, elle ne compte plus le nombre de fois où elle a fait le tour de cette pièce. Exsangue de toute violence et amertume, elle ère tourmentée. Après son arrestation, quand les portes se sont refermées, son premier réflexe a été de s’adosser contre la pierre. Eteinte. Choquée. En proie à l’incompréhension terrible que de voir son monde basculer. A présent, pieds nus sur un fil invisible, elle déambule sachant que le seul faux mouvement la précipiterait dans le vide. Malgré ses convictions, malgré tout ce qu’elle avait pu clamer et défendre haut et fort, elle n’était pas si forte. La porte clause, gardée par une garde de confiance -désormais sa garde personnelle : personnage de premier choix qu’elle était !-, Catelyn Arryn n'était pas si inébranlable qu'elle savait le faire croire. La fille du grand Elbert, la cousine du Suzerain du Val, du Suzerain du Nord, de la Suzeraine consort du Bief, prisonnière. Traitresse aux Sept, à leur Roi et Reine, assassin présumée d’êtres innocents et conspiratrice de rébellion inexistante. Les titres pourraient être plus nombreux, ils pourraient être plus imaginatifs et certainement moins grossiers. Néanmoins, ils avaient fait leur travail insidieux.

La nuit avait été longue, les heures de sommeil inexistantes. Dans sa robe de Cour, d'un rose pourpre princier désormais froissé et hagard, sur la couche dure, elle s’était retournée de nombreuses fois. Venimeuses de pensées plus ténébreuses les unes que les autres. Elle répétait des paroles insensées, se parlant silencieusement à elle même. Auparavant, la Arryn s’était déjà cru seule, mais elle s’était trompée. Jamais elle ne l’avait été plus que dans cette pièce solitaire, au centre de ce château fourmillant d’invités et de réjouissances royales. Le premier soir, quand elle avait frappé doucement à la porte, demandant à l’homme de veille de l’accompagner aux latrines, elle avait voulu disparaître. Succomber à sa honte, se meurtrir de sa rage. Par chance, ou parce qu’elle avait encore assez de dignité pour avoir préféré le manteau des étoiles, le couloir était toujours vide. Elle n’avait jamais eu à affronter dans le regard d’autrui sa déchéance, la pitié ou la haine. Vain réconfort quand le tout Donjon-Rouge et Westeros devait connaitre son infortune...

Au matin, on lui avait apporté quelques frugales collations. Elle les avait mâchées lentement, comptant les secondes qui séparaient les bouchées. Ses serfs lui avaient rapporté qu’ils agissaient ainsi pour lutter contre la faim. D’après eux, l’estomac se remplissait d’air et l’appétit était déjoué. Un raisonnement simpliste, mais qui allait être mis à l’épreuve ces prochains jours. Bien sûr, elle n’avait pas peur qu’on l’oublie, sa disette ou sa mort aurait été bien trop périlleux pour la stabilité du royaume. Traitre ou pas, elle restait la fille d’un des chevaliers les plus adulés d’un temps passé, du reste toujours vénéré. Dans son malheur peut-être, Catelyn Arryn était plus dangereuse que jamais et sa vie pourrait être encore très longue ou extrêmement courte. La hache ne serait qu’un divertissement pour Port-Réal et ses habitants, et si les preuves accablantes étaient suffisantes, sa tête servirait à la consolidation du pouvoir de Jaehaerys. Des années durant, l’héritière des Faucons avait pensé que la fortune était inévitable. Jusqu’à son mariage avec le Rougefort. A l’heure d’hui, elle ne savait toujours pas si la destinée d’un homme pouvait être changée, mais elle était convaincue qu’il fallait essayer. Elle était déterminée à empêcher sa tête de rouler sur le billot, mais si le cas devait être... Elle appartiendrait toujours au Val, elle serait toujours avec lui.

La traitrise d’Etaine lui était douloureuse, insoupçonnée et pourtant si calculable. Elle savait sa cousine vouloir le trône de Barral, mais elle s’était aveuglée à croire que c’était pour le bien des Valois. De toute évidence, c’était pour son propre plaisir à elle. Un désir ardent aux motivations douteuses, résultant de sa propre soif et avidité. Autrement jamais elle ne les aurait poignardé de la sorte. Catelyn était ici, recluse comme une meurtrière, dangereuse conjurée, mais il lui semblait ne pas être la plus facétieuse de sa famille. Et si la Couronne n’était pas assez éclairée pour le voir, alors ce monde avait sombré dans la désespérance. Quant aux autres… qui sait ce qui se passerait? Elle ne doutait pas des forces cachées de son cousin, surtout si elles se combinaient à celles de Jace et Elbert… néanmoins, tout cela était précaire. Surtout, tout cela n’avait aucun sens. Sa région pouvait bien être protégée de l’extérieure par la passe et les portes les plus défensives de cette terre, rien ne la protégeait de ce qui la rongerait de l’intérieur. Maux vicieux et sanguinaires, volontaires à la souffrance et l’ignominie. Des tensions entre Martyn et Etaine, il ne resterait bientôt plus rien qu’une guerre fratricide. Son fils arpenterait ses premiers pas sur une terre nourrit de sang et de chair, orphelin. Noires étaient ses principales pensées, mais point les seules. A force de retourner la situation sous toutes ses coutures, les découdre et les recoudre, elle en finissait par se demander si le Nord était réellement innocent. Hier, elle n’avait pas voulu y croire mais à voir sa cousine dévoiler l’existence de cette lettre, tout était possible. Finalement, la vie était un infini de possible et il était enfantin que de l'oublier.



Dans le couloir, elle croit percevoir une certaine agitation. Assise à la confection minutieuse des monts enneigés du Val, elle tente de rester concentrée. Il était vain de croire que Martyn ou Jace viendrait jusqu’ici. Encore plus vain de croire qu’Etaine le pourrait… Son coeur manque un battement, pourtant elle est certaine qu’on vient par ici. Par habitude, son regard balaie la salle comme pour remarquer un quelconque désordre, quoiqu'impossible ici. Sa paume gauche passe sur ses cheveux lâchés, depuis hier les épingles ont eu le temps de tomber. Elle n'a pas pris le temps de s'apprêter, hagarde aux heures. Inspirant pour relever son buste de quelque fierté passée, elle souhaite se donner contenance. Et c’est ce qu’elle est quand le porte s’entrouvre, sans avertissement préalable. Elle s’inflige violence pour ne pas lever les yeux de son ouvrage, singeant la maitresse de sa demeure et de ses actions. 


« Sa Majesté Rhaenys. »



Un nouveau battement manqué. Une crampe aiguë en sa poitrine, la respiration douloureuse. Lâche, couarde si on le voulait, elle avait espéré ne pas avoir à lui faire face. Durant l’interrogatoire, elle avait tu son prénom, brulant l’envie de l’appeler et renvoyer à la face de Robart et Valyron cette information qu’ils ne possédaient pas. Elle s’en était pourtant défendue, trop fière ou trop respectueuse de cette amitié qui n’avait plus d'avenir possible. Son index droit pique la toile, elle continue son travail, retardant l’instant où elle devrait croiser son regard. Le bruit d’une étoffe royale embrasse du sol. Un parfum doux et reconnaissable parmi tous embaume les murs. Tout aussi vite qu’elle s’est ouverte, la porte se referme. Alors, seulement, elle accepte de poser l’objet de son attention sur la table. C’est un effort, il faut du courage pour affronter les prochains instants. Il lui faudrait à nouveau être inébranlable, forte de sa personnalité !



« Es-tu venue ici en tant que reine… Sous ses blanches paupières, ses yeux bleutés se relèvent vers les siens. Puis, doucement, c’est tout son port qui le suit. Elle offre son visage d’ivoire aux sens du dragon. L’espace d’un bref instant, ses mots restent en suspens. Somme toute, cette pièce est immense : elle possède en son sein une crevasse sans fond. … ou en tant qu’amie? »



Prononcer le mot cousine aurait été malvenu, si quelqu’un avait écouté cela l’aurait conforté dans son idée pernicieuse que Catelyn souhaitait venger Jorah. D’ailleurs, Rhaenys Targaryen n’était plus sa cousine. Si on en croyait les murs, elle serait l’aval de son exécution possible. Pourtant, à ces derniers mots, ses commissures esquissent un vague sourire. Triste, violemment inconsolable, mais un sourire quand même. De la même manière, son front s’incline imprévisible et imperceptible.

AVENGEDINCHAINS

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Lun 22 Jan 2018 - 21:15


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.



Le dragon qui me faisait face était moins farouche que la veille, lui aussi avait pu sentir ce lien qui nous avait uni lorsque nos regards s’étaient mêlés. Pourtant le temps où il accepterait se voler avec moi était encore loin, nous devions construire une confiance essentielle. N’était-ce pas là le cas de toute relation ? Ce n’était guère l’amour, le désir, l’amitié qui avaient le pouvoir de lier deux âmes pour la vie, seule la confiance était capable de cet exploit. Je n’étais guère un être habitué à la confiance, et il y avait bien peu d’êtres humains sur cette terre pouvant se vanter de disposer de ma confiance pleine entière. Ma jeunesse et les années qui la suivirent suffirent à me détourner de la confiance aveugle qu’offrent les jeunes filles au premier venu. J’avais eu trop tôt à faire face à la trahison d’une confiance que j’avais confiée à tort. Devenue par la suite Dame de Winterfell, puis Régente des Sept Couronnes, à présent Reine, je n’avais rien oublié des tourments que m’avaient causé la trahison de ceux qui m’avaient été les plus proches. Farring avait été un exemple des plus violents. Cet homme qui m’avait vu naître et s’était apparenté à un protecteur, n’avait su trouver en lui la force de renier l’usurpateur ni même le courage de me protéger de ses assauts. Il était resté là, silencieux, tout comme ma tante l’avait fait. Peut-être bien étais-je trop exigeante, finalement. Peut-être qu’exiger des autres un comportement égal au mien n’était-il pas juste après tout. Pourtant les souffrances ancrées dans mon cœur, dans mon âme et jusque dans ma chair, m’empêchaient de détourner le regard et d’oublier. J’apprenais, aux côtés de Jaehaerys, à pardonner, mais jamais je n’oublierais.

« Il est plus énergique que jamais, Vôtre Grâce ! »

C’était certain, Vif-Argent comme moi retrouvions cette énergie inhérente à nos conditions d’êtres de feu. Je n’avais pas eu conscience tout de suite de l’effet que la mort d’Ailes d’Argent avait eu sur moi. J’avais d’abord associé ma mélancolie à la fatigue, puis à la perte de mon enfant, puis à l’éreintant rythme de la Régence, et pourtant alors que quelques jours auparavant encore j’avais ressenti cette lassitude, ma rencontre avec Vif-Argent l’avait fait disparaître.

« C’est tout pour aujourd’hui, je reviendrai demain. »

J’avais parlé aux dragonniers, mais pas une seconde je n’avais quitté le regard du dragon qui, à la minute où je m’étais mise à parler, s’était envolé. Il avait senti que notre rencontre arrivait à sa fin, comme lisant dans mes pensées comme je pouvais lire l’impatience en lui. Il était encore sauvage, plein d’une énergie et d’une rage de vivre qui étaient vivifiantes. Alors que je quittais l’arène, son cri sonnait comme un au revoir joyeux, promesse d’une prochaine rencontre et d’un avenir conjoint.

***

Lorsque je pénétrais dans les appartements du Roi, il n’y était pas. Ce n’était guère surprenant, sans doute s’était-il enfermé avec Robb comme il le faisait régulièrement ces derniers temps. La régence toucherait bientôt à sa fin, et Jaehaerys deviendrait véritablement Roi… même s’il l’était déjà en réalité depuis son couronnement. Il n’avait guère était adepte du laisser faire et s’était astreint à apprendre sans relâche et à participer au gouvernement du Royaume. Cependant, il avait eu l’appui et le conseil de nombre d’entre nous, et bientôt il serait seul à la tête de ce Royaume. Il me semblait plus qu’évident que Robb continuerait à être sa Main, mais je craignais le désir de mon cousin de retrouver sa main et les siens, et surtout de faire face à ce qui semblait gronder en sa défaveur dans les terres de l’Orage. Qui alors, serait présent aux côtés de mon époux pour le conseiller au mieux ? Les candidats n’étaient pas aussi nombreux qu’on pouvait l’imaginer. Les Lannister de l’Ouest auraient été des candidats idéaux si Garett Lannister avait appris à rester à sa place, le Bief était un candidat intéressant, mais les liens de l’épouse du Suzerain avec le Val n’étaient-ils pas un biais à prendre en compte ? Le Val aurait pu être un choix intéressant. Je maintenais ma volonté de rapprocher nos deux familles, car les Arryn étaient des alliés importants. Certains d’entre eux étaient des amis… ou bien… avaient été ?

Je quittais les appartements du Roi pour rejoindre ceux de la Reine qui se trouvaient non loin, une porte dérobée, un couloir dissimulé, et je me trouvais finalement dans ces appartements que je n’utilisais que très peu de part ma proximité avec Jaehaerys en soirée et mon besoin d’air pur et d’activité en journée. J’y trouvais les demoiselles d’honneur qui m’accompagnaient quotidiennement, toutes concentrées sur leur broderie, sauf une…

« Alys. Mesdemoiselles. »

J’accordais un sourire chaleureux à la jeune fille qui avait délaissé sa broderie sans doute bien avant mon entrée dans la pièce. Toutes se prosternaient dans le plus grand respect et restaient interdites, attendant sans doute que je ne leur indique notre prochaine activité. La coutume aurait voulu que je m’asseye avec elles. Alinor jouerait alors de la harpe, ou bien du clavecin, nous bavarderions avec légèreté en dégustant quelques délicieuses pâtisseries, accompagnées d’une boisson chaude, puis peut-être nous adonnerions-nous à la danse quelques instants. Mon devoir était d’éduquer ces jeunes filles de grandes familles, d’en faire des jeunes femmes de la Cour dont tous les jeunes hommes du Royaume souhaiteraient demander la main.

Pourtant aujourd’hui j’avais bien d’autres projets, hautement plus importants que la danse. Je me contentais d’embrasser sur le front la jeune Manderly avant de signifier au petit groupe de vaquer à leurs occupations personnelles. M’échappant rapidement jusqu’à ma chambre, où seules ma dame d’Atour et Lady Alys étaient autorisées à entrer, je m’y enfermais. Le petit coffre que je sortais de l’endroit où je l’avais dissimulé était poussiéreux. Alors que je l’ouvrais, les petits parchemins repliés semblaient en déborder tant ils étaient nombreux. Les lettres que j’avais reçues à Winterfell s’y trouvaient, guère toutes cependant puisque de nombreuses correspondances relevant du sceau du secret avaient du être brûlées.

« Ma très aimée Rhaenys,

Me pardonnerez-vous de vous avoir délaissez seule, sans mots, dans vos froides contrées depuis de longues semaines? Me pardonnerez-vous ces longues semaines muettes? De grâce, je vous implore. Je ne sais pas, si moi, je serai me pardonner. Il me faut me laver et me purifier de tous ces espoirs que nous avions forgé… »


Je refermais la lettre, en proie à un trouble sincère. Catelyn Arryn. Catelyn Rougefort. Catelyn. Cette jeune femme qui avait été ma cousine un temps, mais mon amie bien encore au-delà de mon mariage nordien. Combien de lettres avions-nous échangées ? Combien de fois avions-nous comblé notre solitude et apaisé notre douleur à l’aide des mots de l’une et l’autre ? Il m’avait semblé que nous nous comprenions, et ce depuis la première minute où nous nous étions parlé. C’est pour cela que, malgré que nous ne nous soyons rencontrées qu’une fois, notre lien s’était fait si puissant. N’avais-je pas considéré cette jeune femme, pourtant quasi inconnue, comme l’une de mes plus fidèles amies ?

Je fermais les yeux et tentais de reprendre le dessus sur la tristesse qui teintait mes traits. Catelyn, mon amie, se trouvait en ce palais, tenue au secret dans la quiétude de ses appartements pour… trahison. Je n’avais pas voulu croire ceux qui s’étaient élevés pour rapporter ses paroles. J’avais rejeté tous ceux qui criaient à l’infamie. Et pourtant, à mesure que les jours passaient, nombreux étaient ceux qui rapportaient les mêmes dires, la même haine. Se pouvait-il seulement qu’il s’agisse de la même personne ? La jeune femme qui tant de fois avaient fait se tarir mes larmes pouvait-elle être celle qui avait prononcé ces paroles ? Sans doute n’était-ce pas son opposition à la couronne qui me blessait tant, mais bien cette haine qu’elle avait si fortement exprimée. Elle haïssait le dragon. Et n’étais-je pas ce dragon ? Elle honnissait le pouvoir royal, et j’en étais une composante. Dès lors, son amitié avait-elle était feinte depuis le début ? Une simple politesse que l’on devrait à une cousine lointaine ?

Malgré tous les cris, malgré la blessure de ses mots, je ne parvenais pas à la condamner. Pas ainsi. Pas si facilement. Je me rappelais avec douleur la rapidité avec laquelle je m’étais emportée contre Faust lorsqu’il avait été faussement accusé d’intelligence avec Maegor. J’avais eu si peur. Si habituée que j’étais à la trahison je n’avais pas pris le temps de jauger les faits et de lui parler, je m’étais contentée de rester silencieuse et de le condamner par mon silence. Il était mon ami le plus fidèle, cet être au monde qui me connaissait si bien et qui, je le savais, ne brisait jamais ma confiance. Pourtant, je l’avais condamné. S’il me fallait faire une chose pour expier cette erreur, c’était bien de ne pas la reproduire à ce jour. Je parlerais à Catelyn Arryn, et habituée que j’étais au visage de la trahison et de la haine, je saurais démêler le vrai du faux.

***



« Es-tu venue ici en tant que reine… … ou en tant qu’amie? »

La jeune femme qui me faisait face avait les traits tirés par le tourment. On ne pouvait douter que la captivité avait été respectueuse, mais éprouvante. Elle bénéficiait des meilleurs soins, pourtant le confinement au silence n’était guère un traitement enviable. Catelyn était seule, plus seule que jamais, et peut-être même étais-je le premier visage… ami qu’elle rencontrait depuis le début de sa captivité. Inclinant la tête en signe de respect, son visage laissant s’exprimer une infinie tristesse que son sourire ne parvient pas à masquer, Catelyn était telle que je l’avais laissée lors de notre dernière rencontre. Il y avait chez elle cette beauté altière qui la rendait sans doute formidable aux yeux du monde.

Je restais un instant silencieuse, la contemplant et tentant de rassembler mes forces pour cette entrevue qui me touchait bien plus que je ne me l’avouais.

« Puis-je seulement choisir d’être l’une ou l’autre, mon amie ? »

La vérité était brutale. Je ne pouvais être maitresse ni de mon destin, ni de l’affection que je lui portais encore. J’avais voulu être froide, cassante, l’interroger en me séparant de tout sentiment, être impartiale et trouver la vérité. Pourtant je ne pouvais retenir l’affection et la tendresse que sa vue m’inspirait. Alors que je plongeais mon regard dans le sien, seuls ses mots d’amitiés revenaient en moi, trouvant écho en mon cœur, me rappelant si bien comme ils avaient comblé ma solitude mortifère.

« Je suis heureuse de te voir, Catelyn… J’aurais pourtant aimé que les circonstances de nos retrouvailles soient moins funestes. »

Le destin avait toujours aimé jouer de ces tours malheureux. Alors qu’il exauce l’un de nos vœux, il l’enrobe de ce sentiment amer de perte. Alors que je retrouvais mon foyer, mon frère et ma patrie, j’en perdais mon dragon et mon enfant. Alors que je retrouvais en ce jour une amie chère à mon cœur, et que les douces paroles qu’elle m’avait jadis envoyées revenaient en mon cœur, l’amertume de sa haine déversée le jour de mon mariage revenait également au cœur de ces retrouvailles. Le silence était devenu maître des lieux, et je ne parvenais pas à trouver autre parole pour le chasser l’espace d’un instant. Je n’y parvenais pas, car un seul mot s’échappait de mon cœur.

« Pourquoi… ? »

Certains s’étaient attendus à ce que ma blessure vienne de son rejet du pouvoir royal. Beaucoup de courtisans, ignorant tout de mon amitié avec Catelyn, s’étaient amusés à imaginer ma fierté de Targaryen être heurtée. Ils avaient pensé que c’était le fait de voir mon autorité sapée, mon nom craché, ma famille honnie, qui m’avait frappé au cœur. Il n’en était rien, et ce simple mot qui s’était échappé de mes lèvres au cœur de silence en était lourd. J’avais voulu être Reine, apparaître dans la splendeur Targaryen, et la confronter en tant que celle qui avait rejeté le lien sacré unissant sa famille à leur roi et pourtant… Alors que je n’avais pu retenir plus longtemps ma question, j’étais plus que jamais Rhaenys. J’étais plus que jamais celle qu’elle avait connue au travers de ses mots, celle qui lui avait ouvert son cœur et s’était épanché de ses peurs et de ses douleurs encore adolescentes. Il n'y avait plus rien à nier, Catelyn ne nierait pas avoir prononcé les paroles tant rapportées, et je ne lui en demandais pas tant. Je voulais comprendre. Je voulais saisir ce qui se cachait derrière ce venin, derrière ce rejet si violent. Je voulais tant comprendre, car c'était à ce prix seulement, que s'ouvrait une chance de pardon.


AVENGEDINCHAINS

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Mar 23 Jan 2018 - 0:59


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.


« Puis-je seulement choisir d’être l’une ou l’autre, mon amie ? » La réponse elles la connaissent toutes les deux. Son apex vient se mordre, humectant le bout de ses lèvres. L’acier de ses pupilles tentent de rencontrer le céruléen des siens. Ils lui demeurent voilés. Sa question était aussi douce que torrentielle. Torrentielle, oui. « Mon amie ». Se pouvait-il qu’elle ait encore grâce à ses yeux? Catelyn n’avait osé y compter, et elle n’aurait osé le faire maintenant. Sa tête était sur un billot, n’attendant qu’une hache volontaire et placide. Il ne devait pas être facile de trouver le bourreau qui voudrait bien exécuter fille de prince ! Ce détail là, en revanche, elle osait y compter. « Je suis heureuse de te voir, Catelyn… J’aurais pourtant aimé que les circonstances de nos retrouvailles soient moins funestes. » Son apex s’enfonce un peu plus, bien qu’il ne puisse aller plus loin. Une pression de toute la mâchoire qui l’empêche de ciller. Face à Rhaenys, il était bien difficile de rester droite et fière. Les cils tremblants, il lui semblait qu’elle aurait pu implorer que le temps soit ravalé. Ravalé jusqu’à ce temps sanguinaire pourtant si doucereux. Ce temps où nulle autre lueur que le corbeau de Rhaenys ! Pourtant, il était vain que de vouloir revivre cette ballade au temps de jadis. Puéril. Infertile. Rien ne pourrait changer ce qu’elle avait fait. D’ailleurs, de ces « circonstances », elle ne cherchait pas à s’en dérober, assumant ses paroles et leurs gestes. Ce qu’elle ne supportait pas, c’était qu’on puisse la croire auteure de la tentative d’assassinat sur la Dame d’Accalmie. Un coup de glaive trop violent, qui l’affectait jour après jour sans qu’elle n’arrive à le parer. Chaque jour, elle devait faire face au regard haineux des hommes de l’Orage et, chaque jour, elle devait grandir un peu plus sa colonne pour ne pas se laisser accabler. L’idée que Rhaenys puisse le croire était terriblement douloureuse. Ah !, c’est que ce glaive savait comment et où s’enfoncer pour la torturer ! « Pourquoi… ? » A ce cri du coeur, cette émanation de l’âme, Catelyn repose son ouvrage. Depuis que la reine était rentrée, elle ne l’avait pas quitté. Force à des années de pratique, elle avait machinalement continué sa broderie. Continuer de mémoire à piquer les neiges éternelles des monts Arryn, des monts aimés. Elle serait bientôt terminée, ce soir probablement... Il lui faudrait penser à demander un carton plus grand et plus de fils pour qu’elle puisse faire une tenture. Elle y excellait et c’était une oeuvre si longue et si pointilleuse qu’elle aurait plus vite à lui faire oublier le temps. Dans cette cellule, le temps était long. Tout comme son soupir quand ses doigts gracieux viennent se poser sur le tissu. Que pouvait-elle bien répondre?

Fixant le mur, si froid, vierge de toute décoration, elle hausse les épaules. Le plus grand signe de faiblesse dont elle pouvait faire preuve, ne pas savoir quoi répondre. A une autre personne, un autre visiteur, elle aurait lancé une oeillade violente, mais à Rhaenys ce n’était pas nécessaire. Quand bien même elles ne s’étaient pas vues souvent, elle était la femme du royaume qui la connaissait le mieux. Avec elle, jamais elle n’avait mis de masque. Et les Sept et les Anciens Dieux savaient que longues avaient été les années où elle en avaient arboré ! Jamais cela n’avait été nécessaire avec la princesse, et cela ne le serait jamais. « Je ne sais pas. » Ses commissures se mordent violemment. Les pommettes saillantes, son visage se creuse d’une détermination dure. Elle ne savait pas quoi répondre, ni comment répondre. Glacée dans toute sa splendeur passée, prisonnière de soi-même, elle ne voulait aucune indulgence. En ce monde, seul une personne pourrait lui accorder rédemption et il s’agissait de son père. Ce père adulé qu’elle ne reverrait probablement plus jamais. Quel coup fatal elle lui porterait là ! Sa mâchoire se contracte un peu plus. Il était douloureux cet âge adulte, bien plus dur qu’elle ne l’aurait jamais pensé. Petite, elle regardait les Dames Valoises avec avidité. Construisant déjà son idéal de beauté et de noblesse, elle sélectionnait avec circonspection le meilleur de chacune. Alors, on disait que c'était une enfant bien trop clairvoyante. Vive, elle charmait tous ceux qu’elle croisait. Déjà très jeune, accrochée aux cuirasses paternelles, elle avait compris la faiblesse des Hommes et comment l’exploiter à ses dépens. Tout ça, pour s’assurer qu’elle serait elle-même adulée et respectée. Une Dame dont on chanterait les louanges et les vertus dans le tout Westeros… eh dire que, désormais, on ne chanterait que l’heure de sa mort. Dans quelle honte et tragédie mortifère devrait grandir son fils ! « J’aimerais avoir une réponse à te donner. »

Le mur pourrait être transparent, tant son regard est perdu dans ses jointures. Comment lui expliquer ce qu’elle n’arrivait toujours pas à expliquer? Un court instant, elle lui jète un regard en biais. Neutre, il se reporte tout aussi vite sur le mur. « J’aimerais tant te dire que c’est parce je savais que Martyn allait ployer sous allégeance ou bien qu’Etaine préparait quelque traitrise… » Avec âpreté, ses prémolaires mordent ses joues. Il lui était difficile de parler de sa cousine. Elle ne pouvait croire qu’elle souhaitait réellement destituer son frère du trône de Barral. En son fort intérieur, elle avait espéré qu’elle vienne la trouver ici -usant de sa nouvelle influence- pour lui expliquer, la rassurer. Cette cousine que le monde avait renié et qui avait été si importante pour elle. Etaine, autrefois Colombe, l’avait aidé à supporter le poids des années. Difficile de croire qu’Elbert avait raison quand il bougonnait que ce n’était qu’une harpie qui avait apporté et apporterait déshonneur, encore et toujours, sur les leurs. Ses sourcils se froncent, circonflexes de leurs pensées. « … mais cela serait mentir, et à moi même également. » Assise, offerte au courroux du dragon, elle déglutit avec difficulté. Jamais elle n’avait été dans cette position, si faible et tourmentée ! Hier encore, malgré les regards méfiants des autres nobles, elle avait le Donjon-Rouge à son petit doigt. Oui, hier encore, on pouvait la voir au bras du Faiseur de Roi, plaisantant et galéjant autour d’un vin luxuriant. Elle inspire longuement : il fallait qu’elle se concentre. Des plans, des échappatoires, elle en avait. Il suffisait qu’elle retrouve cette verve d’antan, cette force inébranlable. Cet idéal. Ses doigts dansent sur les monts enneigés des Arryn : elle le pouvait. Elle le pouvait, il suffisait seulement qu’elle retrouve cette source intarissable.

Inspirant avec plus de rigueur que de calme, dévoilant son buste longiligne, le profil noble, elle ferme ses yeux. Le noir est plus sûr, l’enveloppant de son manteau, il la réconforte. Il n’y a pas d’étoiles, mais elles reviendront… une Arryn seule serait comme une lueur unique dans les ténèbres. Impossible. « Le Nord ne venait pas, et si aujourd’hui je sais que mes cousins étaient au courant, moi je n’étais pas dans la confidence. Lyanna m’écrit, tu sais comment elle peut être maternelle, mais c’est surtout parce que ma mère lui a demandé de faire en sorte que je sois une bonne épouse. Bien que très heureuse de m’avoir dans les rangs de sa famille, Lady Rougefort perçoit très mal l’idée que je puisse… nourrir encore des sentiments pour mon cousin. » En avait-elle encore? Difficile à dire. Elle avait une telle colère contre lui et quelque part, elle aimait son époux. Quelque part, oui, il était le seul -tout en la comprenant intégralement- à ne pas la juger. Il lui avait donné un fils, le premier mâle des Eyrié né d’une union sacrée. Ils avaient reçu la même éducation et avait été moulé et pétris par une main identique. La colère rageuse et incendiaire qu’elle avait ressenti à l’annonce de leurs épousailles s’était résiliée. Eteinte même. « Le Nord ne venait pas, oui, et ployer face au Roi, face à ton époux, c’était accepter de décocher une flèche contre Winterfell. Je me faisais violence pour ne rien dire, pour réduire au silence ses émois qui me font souvent défaut… mais lorsque Dame Rohanna s’est effondrée... » L’air lui manque et elle porte sa main sur son plexus ; regardant de l’autre côté de la pièce, fuyant Rhaenys. Elle ne peut pas la regarder, elle ne pourrait supporter l’interrogation qu’elle y trouverait : « l’as-tu empoisonnée? ».

Ses yeux s’ouvrent, horrifiés, elle ne veut pas revoir l’image de sa tendre amie contre ce corps mort. Elle ne veut pas revoir les larmes de celle-ci et son impuissance face à ce garde qui ne voulait la laisser approcher. Si elle avait pu la serrer contre elle, baiser sa chevelure admirablement tressée, alors les choses auraient pu être différentes. Or, le garde l’avait repoussée avec tant de violence et d’acharnement qu’elle s’était vue païenne et indésirable ! Son sang n'avait fait qu’un tour, enfiévrée comme elle savait l’être. « Tu étais là et je n’avais pas le droit de t’approcher. Tu étais là à quelques centimètres de ma main tendue. Je me souviens de cet homme, celui qui a déposé une rose comme offrande… nous étions tous deux là, impuissants, intrus à ton monde. » Dans les paroles de Catelyn, sa confession douloureuse, il n’y avait nulle trace de colère ou autre sentiment. Etrangement calme, comme si acculée de toutes parts elle ne pouvait faire autrement que de parler. Son coeur était si lourd qu’il aurait pu l’étouffer. « J’y ai vu… interprété un signe des Sept et toutes mes passions et humeurs se sont mis en bataille. J’ai cru que c’était la seule solution viable pour le Val. Depuis Aegon, depuis que mon grand-père a ployé allégeance, nous n’avons fait que servir la Maison Targaryen. Nous n'avons jamais été autre que de loyaux seigneurs, hardis de concourir l’idée unificatrice de la Conquête, mais… avec les âges vous n'avez pas respecté nos traditions et nos coutumes. » Se penchant en avant, comme sous l’impact d’un coup mortel, elle tente de trouver son souffle. Elle aimerait vomir et ses amygdales viennent se serrer l’une contre l’autre. Elle voudrait s’étouffer pour ne pas infliger cette peine à celle qui se trouve derrière elle. Une grimace de douleur et elle reprend sa place.

Un peu moins droite, un peu moins noble, elle observe finalement la Reine des Sept Couronnes. « Je suis heureuse que tu aies enfin la place qui te revenait de droit, à toi et à Jaeherys. J’aimerais être cette femme qui t’écrivait avec ferveur et pleine de volontés pour le futur, mais… je n'avais jamais pensé qu’un Targaryen utiliserait ma famille ou que celle-ci serait considérée avec abjection. Je ne veux que protéger ma région, celle qui devait être mienne, m’assurer que le trône de Barral restera identique à celui qu’il fût. Or, ni Martyn, ni Etaine ne semblent être à la hauteur… L’espace d’un instant, j’ai été si faible, si humaine, que j’ai aveuglément cru que je pourrais sauver nos astres. Quelle piètre héroïne avons-nous là ! » Un sourire faible vient animer ses lèvres, une dernière lueur. Devoir sortir d’un monde où elle avait été femme, pour entrer dans un cauchemar où elle n'était qu'humiliation. « Je n'ai pas empoisonné ta cousine. Je ne suis pas une meurtrière. Et… je refuse de me mourir pour ce crime. »

AVENGEDINCHAINS

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Dim 4 Fév 2018 - 15:25


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.



« Je ne sais pas. »

Tant de choses dans ces quatre mots. L’aveu d’un vide, d’une souffrance, mais également celui d’une colère, d’une haine sourde qui me heurtaient en pleine poitrine. J’étais venue en amie, cherchant par tous les moyens à comprendre pour pardonner. Je ne faisais face pourtant qu’à une immense ignorance, alors que Catelyn n’avait daigné relâcher son ouvrage qu’au son de ma voix. J’avais pensé qu’il s’agissait d’une manière de se dissimuler, de se protéger un instant encore en se drapant dans une activité feinte et bien utile pour fuir ce qui se présentait devant elle. Pourtant, alors qu’elle n’osait pas me regarder et me répondait en étrangère alors que je m’étais adressée en amie, je commençais à croire qu’il y avait eu là une réelle intention de me défier, de me signifier que mon entrée ne méritait guère que l’on repose son ouvrage.

« J’aimerais avoir une réponse à te donner. »

Et j’avais espéré qu’elle en aurait une. J’avais prié les Sept pour qu’elle en ait une. Cette réponse était ce à quoi je m’étais raccroché pour entretenir en mon cœur une amitié malmenée par les murmures et les tumultes de ces derniers jours. Longuement j’avais pensé à ce qu’elle pourrait me dire, à ce qui pourrait justifier qu’elle s’élève publiquement contre ma famille et mon sang. Pourtant elle n’avait pas de réponse pour moi. Elle n’avait pas de mots. Après tout, comme aurait-elle pu en avoir, alors qu’elle n’avait pas même un regard à m’offrir.

« J’aimerais tant te dire que c’est parce je savais que Martyn allait ployer sous allégeance ou bien qu’Etaine préparait quelque traitrise… »

Je disais rien, car rien ne pouvait témoigner de ce qui habitait mon cœur et mon âme en cet instant. Alors je restais silencieuse, laissant à Catelyn une tribune toute dédiée, laissant à cette jeune femme, que mon cœur reconnaissait encore comme une amie, l’opportunité de s’exprimer alors que tous la réduisaient au silence.

« … mais cela serait mentir, et à moi même également. »

Etait-ce dès lors son excuse ? Etait-elle donc décidée à ne plus mentir, et ainsi à révéler ses sentiments réels à l’égard de ma famille, de moi-même ? Tentait-elle par là de me signifier que toutes ces années de correspondance et d’amitié n’avaient été que cela… un mensonge ? Un mensonge devenu intenable ?

« Le Nord ne venait pas, et si aujourd’hui je sais que mes cousins étaient au courant, moi je n’étais pas dans la confidence. Lyanna m’écrit, tu sais comment elle peut être maternelle, mais c’est surtout parce que ma mère lui a demandé de faire en sorte que je sois une bonne épouse. Bien que très heureuse de m’avoir dans les rangs de sa famille, Lady Rougefort perçoit très mal l’idée que je puisse… nourrir encore des sentiments pour mon cousin. Le Nord ne venait pas, oui, et ployer face au Roi, face à ton époux, c’était accepter de décocher une flèche contre Winterfell. »

Encore une fois, je restais silencieuse. Chacun de ses mots faisant émerger la compréhension de quelque chose que je ne voulais pas comprendre, que je m’étais refusée à comprendre depuis que l’on m’avait rapporté ses mots. Catelyn était une Arryn, animée par une loyauté visiblement sans borde à sa famille… dont faisaient partie les Stark. Ce n’était pas pour me braver qu’elle avait prononcé ces mots, c’était bien pour imposer au cœur de mon mariage le souvenir de celui qui avait été mon époux, c’était bien pour défendre l’honneur des Stark.

« Je me faisais violence pour ne rien dire, pour réduire au silence ses émois qui me font souvent défaut… mais lorsque Dame Rohanna s’est effondrée... »

Le sang, la douleur, la terreur, les cris… Le début d’un bouleversement sans retour.

« Tu étais là et je n’avais pas le droit de t’approcher. Tu étais là à quelques centimètres de ma main tendue. Je me souviens de cet homme, celui qui a déposé une rose comme offrande… nous étions tous deux là, impuissants, intrus à ton monde. »

Je fronçais les sourcils. Me reprochait-elle dès lors d’avoir porté mon attention sur cette femme en peine plutôt que sur elle ? Me reprochait-elle, mieux encore, d’être celle que j’étais ? Alors qu’elle construisait mot à mot cette barrière de glace entre nous, alors que ses yeux ne daignaient même pas rencontrer les miens, je ne pouvais repousser l’infinie tristesse qui s’emparait de moi. Je n’étais pas familière de ce genre de comportements, car j’étais de ceux qui tempêtent et accusent sous l’impulsion de l’insulte, et pourtant j’avais tenté, pour la première fois, d’aimer plutôt que de haïr, de tendre la main plutôt que de faire tomber le couperet, de pardonner plutôt que de punir… En vain.

« J’y ai vu… interprété un signe des Sept et toutes mes passions et humeurs se sont mis en bataille. J’ai cru que c’était la seule solution viable pour le Val. Depuis Aegon, depuis que mon grand-père a ployé allégeance, nous n’avons fait que servir la Maison Targaryen. Nous n'avons jamais été autre que de loyaux seigneurs, hardis de concourir l’idée unificatrice de la Conquête, mais… avec les âges vous n'avez pas respecté nos traditions et nos coutumes. »

Vous. Un signe des Sept. J’avais dès lors la confirmation de ce qu’elle avait laissé entendre depuis le début de cette tirade. Elle condamnait et conspuait tout ce que j’étais, tout ce que je représentais. Je n’avais pas espéré que quiconque puisse comprendre ou accepter ce mariage entre mon frère et moi. Je n’avais pas même pensé que quiconque pourrait le bénir de ses vœux de bonheur. Il y avait des traditions qui ne parvenaient pas à être comprise par l’Autre. Je ne pouvais cependant pas décemment accepter ces murmures qui parlaient de l’empoisonnement de Lady Baratheon comme du signe que les Dieux réprouvaient mon mariage. C’était une accusation qui me touchait plus que je ne le montrais. Cela faisait de mon mariage, mon union faite d’un respect incommensurable et d’une tendresse sincère, le déclencheur d’une furie divine destinée à déchirer les Sept Couronnes. Cela rendait nos traditions barbares et nos êtres indésirables. C’était là le terreau de la contestation de notre légitimité. C’était là même la remise en cause de nos combats. Il y avait dès lors une immense ironie à entendre Catelyn Arryn affirmer que les Targaryen avaient foulé aux pieds leurs coutumes et traditions, alors qu’elle insultait au même instant les nôtres.

Comment avions-nous pu arriver à cela ? J’avais longtemps considéré mon amitié avec Catelyn Arryn comme le symbole même d’une conciliation possible au sein du Royaume. Fille du Faucon, elle avait su gagner ma confiance ; fille du Dragon, j’avais su gagner son respect et son amitié. Laissant de côté les rancoeurs et les inimitiés historiques, nous avions tissé un lien défiant l’Histoire, ou bien même construisant cette histoire. Mon amitié avec Catelyn avait été pour moi le symbole optimiste d’un avenir possible, d’une conciliation envisageable après une guerre déchirante. Si deux filles élevées dans le respect de leurs Maisons, l’amour de leurs Héritages, étaient capables de s’unir, alors l’espoir était possible.

Finalement elle me regarde, et je ne sais que penser de l’expression qui anime ses yeux. Je ne sais que penser de cette entrevue et de la jeune femme qui me fait face.

« Je suis heureuse que tu aies enfin la place qui te revenait de droit, à toi et à Jaeherys. J’aimerais être cette femme qui t’écrivait avec ferveur et pleine de volontés pour le futur, mais… »

Par les Sept, si seulement elle pouvait comprendre à quel point j’aurais aimé qu’elle puisse demeurer cette femme… Sans doute ne mesurait-elle pas l’ampleur de la loyauté que je lui dévouais. Sans doute ne mesurait-elle pas que ses mots pouvaient amener à un point de non retour.

« … Je n'avais jamais pensé qu’un Targaryen utiliserait ma famille ou que celle-ci serait considérée avec abjection. Je ne veux que protéger ma région, celle qui devait être mienne, m’assurer que le trône de Barral restera identique à celui qu’il fût. Or, ni Martyn, ni Etaine ne semblent être à la hauteur… L’espace d’un instant, j’ai été si faible, si humaine, que j’ai aveuglément cru que je pourrais sauver nos astres. Quelle piètre héroïne avons-nous là ! »

Il ne s’agissait pas seulement de moi. Il ne s’agissait pas même là de ma famille uniquement. Catelyn Arryn luttait contre elle-même et contre sa propre famille. Celle qui avait aimé avec la plus grande ferveur son cousin, dévouait un amour bien plus grand à son identité et son foyer. Pouvais-je seulement blâmer celle qui se battait, au péril de sa vie, pour la grandeur de sa Maison ? N’en avais-je pas finalement fait autant ? Risquant l’opprobre et la condamnation générale, j’avais tout abandonné pour travailler à la grandeur de ma Maison.

« Je n'ai pas empoisonné ta cousine. Je ne suis pas une meurtrière. Et… je refuse de me mourir pour ce crime. »

Cette fois elle me prenait par surprise. Alors elle poussait l’insulte jusqu’à s’imaginer que j’avais pu envisager cette possibilité. Notre amitié représentait-elle donc si peu à ses yeux pour qu’elle puisse me croire capable d’une telle chose. Non, je ne pensais pas Catelyn responsable de l’empoisonnement de Rohanna, et même si beaucoup avaient tenté de m’en convaincre, je m’étais promis de ne plus faire la même erreur que celle faite avec Faust. Il me fallait croire mon instinct avant de confier les rennes de ma conscience aux paroles d’autrui. Mon instinct et mon cœur me hurlaient son innocence, et je les croyais avec une ferveur presque ridicule aux vues de l’attitude de Catelyn à mon égard. Alors même qu’elle me rejetait, foulait aux pieds cette amitié que je lui avais volontiers accordée, je conservais cette loyauté que je lui avais promise.

J’avais fait tombé le masque l’espace d’un instant, pensant pouvoir être avec elle comme je l’étais avec mes amis proches… moi-même. Pourtant alors qu’elle avait conservé le sien, adoptant la posture de la grande dame du Val, elle ne semblait pas même avoir pris la mesure de mon action. Ainsi, alors qu’elle me regardait finalement, je replaçais le masque de marbre qui habitait mes traits. Mon visage perdait son émotion, mes yeux dissimulaient leur trouble, ma tête reprenait son port royal et mes épaules se raidissaient à nouveau. Le changement était imperceptible, pourtant tout en était modifié. Personne n’aurait pu déceler mon changement de posture, ou en tout cas n’aurait su l’expliquer, mais ce qui se dégageait de mon être n’avait plus rien à voir avec la vulnérabilité que j’avais offert à la vue de Catelyn Arryn. J’avais baissé la garde, et elle en avait tiré partie.

« Ainsi, voilà que tu pousses l’insulte jusqu’à son extrême. »

Ma voix était douce mais ferme. Elle était de ces voix qui rendent impossibles toute interprétation émotionnelle. Il aurait été bien difficile dès lors de mesurer la douleur qui se cachait derrière chacun de ces mots. La déception. L’humiliation d’avoir été rejeté, méprisée peut-être même, au moins haïe, par un être devant lequel on s’était présenté sans armes, ni bouclier.

« Je ne t’ai jamais pensée responsable. Je comprends de plus, en ce jour, que ton arme n’est point le poison, mais bien les mots. »

Pourrait-elle déceler alors que j’avais tenté de sauver notre amitié ? De passer par delà les rumeurs et les accusations pour ne laisser parler que la tendresse que j’avais à son endroit ? Ou serait-elle encore trop aveuglée par sa colère, trop étouffée dans sa fierté, pour accepter qu’une Targaryen puisse ne pas être destiné à la piétiner ?

« Avant même cette entrevue, j’ai entretenu la Main du Roi à ton sujet, tentant de plaider ta cause, balayant d’un revers de la main les murmures qui voulaient te condamner. N’écoutant que la foi que j’avais en toi, en notre amitié… N’écoutant que mes convictions les plus pures, j’ai demandé à pouvoir te rendre visite, et seule ma qualité de souveraine m’a permis d’obtenir ce droit refusé à tout autre. »

Alors qu’elle avait évité mon regard, qu’elle avait tenté de se distancier de moi afin, sans doute, d’être capable de prononcer les mots qu’elle avait dirigé à mon encontre, je n’en faisais rien. Je la regardais, comme jamais. Je fixais son regard, parlant tant avec les mots que par ce lien encore plus puissant. Il y avait tant dans mon regard que les mots ne pouvaient expliquer.

« Me voilà face à toi, et tu ne daignes me regarder alors que tu m’accuses de tant de maux… Il aurait été hors de ma portée d’imaginer de toi tant de ressentiment à mon égard, si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux. »

Déterminée à partir sur ces mots, je me détournais et faisais un pas vers la porte. Qu’y avait-il de plus à dire après un tel affrontement ? Que pouvais-je ajouter qui puisse rendre tout cela moins tragique ? Je restais un instant silencieuse, suspendue entre l’intérieur et l’extérieur, à la fois partie et pourtant encore retenue par quelque chose d’invisible.

« La paix. »

Je me retournais, ce mot encore en suspens dans l’air, comme voletant entre nous, dans cet espace irréel où tout semblait suffoquer. Il y avait presque quelque chose de poétique, dans cette manière qu’avait-eu ce mot de flotter dans l’air, de s’élever à l’image d’une plume, porté par le seul souffle. Il me semblait que ce mot unifiait nos souffles, alors que ceux-ci se coupaient, happés par un silence malmené, un silence rendu écrasant justement par l’interruption de ce mot, et son suspens dans l’air. Le silence se faisait lourd, car lui-même sentait qu’il était éphémère et voué à sombrer sous le poids des maux.

« Je veux, la paix. »

J’avais plongé mon regard dans celui de Catelyn, avec un intensité inédite. Le masque était là, tout comme le silence, tapis quelque part dans un coin de la pièce, suspendus entre existence et absence. Cette tension était palpable car nous savions tous que l’un comme l’autre devraient réapparaître, être à nouveau au monde.

« Je veux un monde où une amitié entre les fils et filles du Faucon et du Dragon, soient possibles, enviables, admirées. Je veux un monde où le peuple vivrait d’une prospérité nouvelle, et aurait foi en un avenir pour leurs enfants. Je veux un monde où traditions et croyances cohabiteraient en harmonie, où les hommes seraient libres d’en disposer. Un monde où être ‘humaine’, comme tu le dis, ne serait pas être ‘faible’… où être humain serait simplement la définition de ce que nous sommes. Des siècles à nous affubler d’images animalières fières et guerrières… Le Dragon, le Faucon, le Lion, le Cerf, le Loup… Nous avons fini par oublier que derrière ces symboles, se cachent des Hommes, des peuples, des âmes et des cœurs. »

Je laissais un instant le silence retrouver ses quartiers, il était presque possible de le voir éteindre ses membres d’un coin de la pièce jusqu’aux trois autres, se lovant contre chaque mur, chaque aspérité de ce qui nous entourait. Il y avait ce que je disais, et il y avait tant de choses derrière. Un idéal. Naïf sans doute. Risible pour beaucoup. Illusion ou bêtise pour d’autres. C’était pourtant un idéal comme paradigme plus grand, dépassant la réalité et la tristesse de nos sorts, pour faire croire à un futur possible, enviable. Alors que les Hommes avaient cessés de se battre pour un idéal, que restait-il ? La haine et le ressentiment, la punition, la vengeance, l’ambition et la folie. Nous vivions dans un monde, où la mort pour l’ambition était la norme, tandis que la mort pour un idéal était ridicule. Ainsi, peut-être Catelyn Arryn rirait-elle, comme d’autres l’auraient fait à sa place. Pourtant, je croyais, au fond de mon cœur, qu’elle était de ceux qui se battent pour un idéal. Je croyais, en mon âme, qu’elle souffrait justement de ce combat, incompris de tous, tourné en ridicule, mésestimé. Malgré l’insulte, malgré la distance et le mépris, je commençais à croire que Catelyn Arryn et moi-même nous battions pour une seule et même cause aux infinis visages : l’Idéal.

« Penses ce que tu veux de mon mariage, de mon départ du Nord, des motivations qui m’ont poussé à choisir Jaehaerys. Crois-tu être la seule à avoir un avis sur tout cela ? Un mariage maudit, une punition divine, une abomination… Je serais dévorée par l’ambition, la volonté ultime d’être Reine, je me moquerais des conséquences de mes actes. Crois-moi, Catelyn Arryn, ces conséquences coulent dans mes veines. L’eau et le vin que je bois, ont le goût du sang des hommes sacrifiés, le pain que je mange de la chair de ceux que j’ai vu périr au nom de ma Maison, le lit dans lequel je couche est hanté par les cris et les suppliques. Mes pas sont suivis de la calomnie, des murmures qui me qualifient de traitresse, de monstre, de tyran sanguinaire, d’étrangère… »

Je me rapprochais à mesure que je parlais, pensant m’arrêter à une distance raisonnable, mais poussée à détruire ce vide physique qui permettait à Catelyn Arryn de se protéger d’une réalité qu’elle refusait de voir. Cette réalité, qui faisait qu’elle était moi, que j’étais elle, et que de sa haine transparaissait la peur.

« Fi de tout cela ! »

J’avais haussé la voix, pour la première fois, chassant le silence avec une détermination déconcertante. Il devrait le comprendre, comme d’autres avaient du l’accepter, je n’étais pas de celles que l’on confine au silence.

« Que le Royaume tout entier crache sur mon passage s’il le souhaite, ma récompense sera la paix. La paix au prix de mon honneur. La paix au prix de ma vie, s’il le faut. La paix au prix de ma fierté, alors que je continue à me battre en coulisses pour sauver le Nord de sa propre folie et protéger le sang du peuple nordien quand Jorah Stark s’apprête à le sacrifier sur l’autel de son honneur bafoué. Car le peuple n’est pour rien dans nos querelles. Le peuple vit de la terre, survit à peine en cet été dévastateur. Le peuple, le premier, a tant perdu durant ces années de guerre. Je n’ai aucune raison d’être Reine, si ce n’est pour protéger ceux qui sont les plus vulnérables. Tu veux protéger le Val, protéger ta famille… Je veux protéger ce peuple, qu’il cultive mes terres ou celles du Val. Ce Royaume tout entier. »

J’étais à présent si proche de Catelyn que je pouvais sentir son souffle se répandre autour de moi.

« J’ai plongé au cœur de la bataille, risquant ma vie pour respecter ma parole, celle que j’ai couché sur un papier qui t’était destiné. Je le referai si je le dois. »

Je me reculais finalement, nous laissant un air nouveau à respirer, alors que je constatais être presque à bout de souffle.

« J’ai eu foi entre notre amitié, en notre capacité à dépasser l’aveuglement de nos pères, de nos frères, et voir en l’une et l’autre autre chose que le blason. J'ai cru, et peut-être crois-je encore, que nous menions un seul et même combat. Sans doute ai-je voulu être trop ‘humaine’ en ce sens… »

Cette fois je m’éloignais, me rapprochant de la porte, car il me semblait avoir tout dit. Catelyn Arryn pouvait dès lors penser de moi ce qu’elle souhaitait, cultiver en son cœur cette haine née d’une guerre sanglante et d’un honneur bafoué. Je ne pouvais plus rien dire, ou faire de plus, pour sauver ce qu’elle ne voudrait pas sauver.

« Parce que ma loyauté ne saurait être conditionnelle, je continuerai à parler à Lord Baratheon pour le convaincre de ton innocence quant à l’empoisonnement de son épouse... Que les Sept te gardent. »

Je me retournais cette fois avec la détermination de sortir, car je ne pouvais supporter une minute de plus cet affrontement insensé.


AVENGEDINCHAINS

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Lun 5 Fév 2018 - 23:45


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.


« Ainsi, voilà que tu pousses l’insulte jusqu’à son extrême. » Et ce sourire grandit encore. Encore, juste un peu pour effacer la lueur d’espoir qui l’animait. Les lèvres de la Arryn se meuvent, mais rien ne les animent qu’un glas d’effroi. Froidure incroyable que le nouveau masque de Rhaenys. Est-elle reine, soeur, amie, bourreau? Le sait-elle seulement qui elle est en cet instant ! Si un ébranlement certain vient se jouer en la Targaryen, elle n’en perçoit pas grand chose. Ce regard, qu’elle a finalement osé poser sur elle, lui fait mal. « Je ne t’ai jamais pensée responsable. Je comprends de plus, en ce jour, que ton arme n’est point le poison, mais bien les mots. » Ses narines s’humidifient, elles tentent d’inspirer avec force. Une force digne, mais une force de femme acculée qui ne sait plus quel mouvement faire. Piégée. Catelyn secoue la tête. Faux. Son arme c’était elle-même. Et son interlocutrice ne le savait que trop bien. Elle aimerait pouvoir se dresser : clamer que l’offense c’est elle qui la lui inflige. Si insulte il n’y avait pas eu, jamais elle ne serait trouvée ici. Oui, elle aurait aimé avoir le cran de le clamer, puis de continuer sur le fait qu’à ce jour il était permis de douter de ses amitiés. Soupçonnée de meurtre par le Maitre des Chuchoteurs et le Régent du Royaume, trahie par son propre sang… il était permis de croire que la Reine des Sept Couronnes partagerait cette croyance. Or, les forces lui manquent. Les forces ou la détermination, pourtant caractéristique à son coeur. La Valoise reste assise à secouer méthodiquement la tête. Quelques instants, et, déjà, elle aurait préféré que son ancienne cousine ne vienne pas. Elle aurait préféré être laissée seule à ses idées maussades. « Avant même cette entrevue, j’ai entretenu la Main du Roi à ton sujet, tentant de plaider ta cause, balayant d’un revers de la main les murmures qui voulaient te condamner. N’écoutant que la foi que j’avais en toi, en notre amitié… N’écoutant que mes convictions les plus pures, j’ai demandé à pouvoir te rendre visite, et seule ma qualité de souveraine m’a permis d’obtenir ce droit refusé à tout autre. » Ses mains se serrent. Elles s’écrasent sous le poids de tous ces mots qu’elle contient avec difficulté. Et elle? Bien sûr, elle n’avait pas eu d’entretien avec Sa Grâce le Protecteur du Royaume, quoique, mais elle avait tu le lien qui les unissait. Des jours avant, elle aurait pu faire jouer cette carte… mais cet amour qu’elle portait pour Rhaenys le lui avait interdit. La foi que j’avais en toi, en notre amitié… Sa paume vient s’écraser sur la table. Le regard fixe et hanté. « Me voilà face à toi, et tu ne daignes me regarder alors que tu m’accuses de tant de maux… Il aurait été hors de ma portée d’imaginer de toi tant de ressentiment à mon égard, si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux. » Ses propres yeux. Ceux-là même qui ne veulent pas la regarder. Sa paume continue de repousser le bois, comme si c’était réellement possible. Elle voudrait ouvrir un monde par lequel s’échapper. Un sortilège pour la faire évader.



Rhaenys n’avait pas voulu la comprendre ou elle n’avait pas voulu le lui montrer. Catelyn, elle, était trop fière pour piailler et exiger plus d’attentions. Il était hors de question qu’elle demande pardon. D’ailleurs, elle n’en voyait pas l’utilité, ni ce qu’il y avait à pardonner. Son coeur était droit pour se faire défaut. Tant pis, si les dégâts étaient grands. Trop grands. « La paix. » Elle le savait. En cet instant précis, peut-être qu’il aurait suffit de lever les yeux pour tout effacer. Pour tout recommencer. La paix. Tant de fatigue en ce mot. Tant de petites morts et de souffrances qu’exaltent le souffle brûlant de Rhaenys. « Je veux la paix. » Et, le Faucon n’a autre choix que de rencontrer le regard du Dragon. Un brasier de désirs et de volontés pures, mais ô utopiques ! « Je veux un monde où une amitié entre les fils et filles du Faucon et du Dragon, soit possible, enviable, admirée. Je veux un monde où le peuple vivrait d’une prospérité nouvelle, et aurait foi en un avenir pour leurs enfants. Je veux un monde où traditions et croyances cohabiteraient en harmonie, où les hommes seraient libres d’en disposer. Un monde où être ‘humaine’, comme tu le dis, ne serait pas être ‘faible’… où être humain serait simplement la définition de ce que nous sommes. Des siècles à nous affubler d’images animalières fières et guerrières… Le Dragon, le Faucon, le Lion, le Cerf, le Loup… Nous avons fini par oublier que derrière ces symboles, se cachent des Hommes, des peuples, des âmes et des cœurs. » Une rêveuse. Une idéaliste. Une humaniste. Rhaenys l’avait toujours été. Catelyn dès le premier instant où elle avait posé le regard sur elle l’avait compris. Elle l’avait compris car elle était faite de cette même fièvre intarissable, celle qui ne s’éteint jamais. En cette tirade, elle était la tremblante héritière du Conquérant… et Catelyn ne pouvait que sentir lors de son nez la picoter. Elle était tombée pour cet Idéal. Cette volonté de Fer, quelque part, elle la voulait encore. Mais la vouloir c’était accepter que des coutumes et des moeurs disparaissent dans les limbes. A jamais et pour toujours. Le Dragon avait tord, ces symboles ne cachaient pas des Hommes, des peuples, des âmes ou des coeurs mais des entités singulières. Il y avait quelque chose de beau à se dire que tous pourraient cohabiter, mais terrible était cette pensée. Meurtrière. Pour quelle raison devait-on jurer allégeance aux Targaryen? Ils gouvernaient les Ciels, mais point la Terre. Point la Terre. Cette terre qu’ils voulaient fouler avec arrogance, s‘abrogeant comme leurs des régions qui n’avaient pas attendues leur venue pour prospérer. Dieux, six mille ans que le Val existait ! De ses traditions et us, ceux-ci ne pouvaient être balayés en un serment d’allégeance ! Quelle était la folie des Hommes pour ne pas le comprendre? 


« Penses ce que tu veux de mon mariage, de mon départ du Nord, des motivations qui m’ont poussées à choisir Jaehaerys. Crois-tu être la seule à avoir un avis sur tout cela? Un mariage maudit, une punition divine, une abomination… Je serais dévorée par l’ambition, la volonté ultime d’être Reine, je me moquerais des conséquences de mes actes. Crois-moi, Catelyn Arryn, ces conséquences coulent dans mes veines. L’eau et le vin que je bois, ont le goût du sang des hommes sacrifiés, le pain que je mange de la chair de ceux que j’ai vu périr au nom de ma Maison, le lit dans lequel je couche est hanté par les cris et les suppliques. Mes pas sont suivis de la calomnie, des murmures qui me qualifient de traitresse, de monstre, de tyran sanguinaire, d’étrangère… » Catelyn Arryn. Catelyn. Arryn. Dans un son sourd et brutal, sa mâchoire craque brutalement. Le visage de Rhaenys est dévoré par le feu du dragon. Elle peut voir ses joues se déformer de chair et de sang. « Fi de tout cela ! » La blonde sursaute. Jusque là, la voix royale avait été glacialement basse. Elle s’emportait, s’alimentant et de consumant seule. Bientôt, elle partirait et toutes chances de ne pas mourir avec elle. Amer est le goût de la mort qui danse devant soi. Les inspirations de la fille du prince sont violentes, profondes et déchirées. « Que le Royaume tout entier crache sur mon passage s’il le souhaite, ma récompense sera la paix. La paix au prix de mon honneur. La paix au prix de ma vie, s’il le faut. La paix au prix de ma fierté, alors que je continue à me battre en coulisses pour sauver le Nord de sa propre folie et protéger le sang du peuple nordien quand Jorah Stark s’apprête à le sacrifier sur l’autel de son honneur bafoué. Car le peuple n’est pour rien dans nos querelles. Le peuple vit de la terre, survit à peine en cet été dévastateur. Le peuple, le premier, a tant perdu durant ces années de guerre. Je n’ai aucune raison d’être Reine, si ce n’est pour protéger ceux qui sont les plus vulnérables. Tu veux protéger le Val, protéger ta famille… Je veux protéger ce peuple, qu’il cultive mes terres ou celles du Val. Ce Royaume tout entier. » Ses yeux, sous ses paupières baissées, roulent. Allons, elle ne pouvait lui faire l’affront de lui dire qu’elle n’avait aucune raison d’être reine. Pas à elle, pas à celle qui avait été sa confidente pendant des années. Rhaenys était née pour le pouvoir, tout comme elle, elle ne vivait que par lui. Sans le pouvoir, elles n’étaient rien. Ni l’une. Ni l’autre. Elle voulait protéger le peuple? C’était risible et Catelyn secoue encore la tête. Machinalement. Non, les Targaryen avaient de plus grands desseins et il était heureux qu’ils en aient. Autrement, rien ne justifiait l'invasion de leurs terres. La reine est jeune pense la traitresse, elle a beaucoup à apprendre pense-t-elle encore. 

« J’ai plongé au cœur de la bataille, risquant ma vie pour respecter ma parole, celle que j’ai couché sur un papier qui t’était destiné. Je le referai si je le dois. » Le souffle cerbère est sur elle. Fumant. Dans quel rôle glorieux espérait-elle se mettre? Oui. Oui, elle avait risqué sa vie mais c’était son devoir envers son frère. Le sang du dragon coulait en elle, c’était son devoir que de se dresser devant la folie du Cruel. Elle pouvait cracher du feu autant qu'elle le désirait, Catelyn y répondrait par l’eau. « J’ai eu foi entre notre amitié, en notre capacité à dépasser l’aveuglement de nos pères, de nos frères, et voir en l’une et l’autre autre chose que le blason. J'ai cru, et peut-être crois-je encore, que nous menions un seul et même combat. Sans doute ai-je voulu être trop ‘humaine’ en ce sens… » Le combat a changé. Tout comme la femme, cette inconnue, qui s’approche dangereusement de la porte. Qu’elle la passe et personne ne viendrait plus la sauver ! Bornée dans son nouveau rôle, grand et éloquent, la fière avait refusé d’écouter ses faiblesses. Pourtant, il était rare que Catelyn Arryn accepte de s’y livrer. Avouer ses fautes et ses erreurs, n'étaient pas dans ses cordes. Qu’aurait du-t-elle faire de plus? S’agenouiller, prosternée et supplier? Non. Jamais ! « Parce que ma loyauté ne saurait être conditionnelle, je continuerai à parler à Lord Baratheon pour le convaincre de ton innocence quant à l’empoisonnement de son épouse... Que les Sept te gardent. »



« Tu resteras. » Sa voix est neutre, mais son échine tremble de peur. Elle était en train de donner un ordre à la femme la plus puissante de Westeros. Non qu’elle l’avait désirée… mais la certitude que cette porte serait franchie d'un moment à l’autre ne lui laissait pas le choix. La gorge rauque, utilisant la surprise de la Targaryen, elle se lève. Avec beaucoup de douceur elle recule sa chaise. Le temps est long, très long. Elle peut entendre les battements de son coeur, le sang qui y afflue en grande quantité. Sa main s’avance la première, en signe d’apaisement, puis son corps tout entier. Chaque pas qui la rapproche d’elle est un mouvement lent. Tant articulé qu’on pourrait croire que le Faucon craint d’être réduit à cendres. Ses doigts s’allongent vers l’armure que s’est créée Rhaenys. Arrivée près d’elle, seul les silence les sépare. « Reste. S'il te plait. » C’est un murmure sans intonation, soufflé des trépas. Attendant encore un instant, ils se tournent pour chercher ceux de leur amie. Ils tremblent, ils tremblent de tant de non-retour. Avec délicatesse infime ils s’y accrochent. La jeune mère soupire. « Rhaenys… j’ai besoin de toi. » Et, pour ne pas laisser l’instant s’échapper, elle l’entraine vers elle. Elle l'oblige à se rapprocher de son corps, leurs souffles proches et mêlés. Tout en reculant, elle l’amène vers le centre de la pièce. Longues seraient les prochaines heures. Une bataille commençait et l’issue était incertaine. 


Les mains sur ses épaules, avec grande réserve, elle la fait assoir sur la seule chaise de la cellule. Bien. Cherchant à tâtons le bout de sa literie, elle prend siège. Légèrement plus basse que la Reine, la plaçant dans une position de supériorité. Au loin, les cris stridents des goélands se font entendre. Ils piquent vers leurs proies, déjà condamnées. Les deux femmes appartenaient aux hauteurs du ciel et c’est ici qu’elles livreraient leurs pourparlers. Loin des affres puantes de Port-Réal et de cette mort qui hante chaque ciment de cette pièce. A croire que mortier n'a été fait que sur des os calcinés. Son souffle émet un son étrange, le sifflement d'une peur profonde. « Je t’en prie, nous avons besoin l'une de l’autre. » Ses lèvres se mordent, disparaissants dans sa bouche. Ses pensées étaient nombreuses et difficiles à mettre dans un ordre précis. Il lui semblait qu'il lui faudrait tout reprendre depuis le début, mais qu’il n’y en avait aucun de préférable. « Je n’ai jamais murmuré que tu étais traitresse, monstre, tyran sanguinaire ou étrangère… et je sais que ton courage et ta passion sont plus grands que bien des hommes ici. Tu es née pour être Reine et pas seulement pour protéger ceux qui sont vulnérables. » Et Catelyn ne savait pas si, en cet instant, elle était la plus vulnérable de tous ses sujets ou non. « Les idées que tu portes en ton sein sont louables. Cette paix que tu veux, je la veux aussi. Tu le sais. Au fond de toi, tu sais que rien n’a changé. » Et comment cela aurait pu-t-il être? A son éréthisme d’idéal, elle était son pendant. Elle le serait toujours, quand bien même ses ailes pouvaient être arrachées et dépouillées. « Tu dois accepter de m’écouter. Tu dois accepter de comprendre. Tu n’es plus la Dame de Winterfell, tu n'es plus princesse de Westeros, tu en es la tiare même. Aussi, tu te dois t’écouter tes sujets. Moi. » Car c’est ce qu'elle était, un Faucon assujettie à la patte du Dragon. Rhaenys pouvait tenter de fuir et crier à leur amitié, mais elle était secondaire désormais. Après-tout ne lui demandait-elle pas soumission?


Ses coudes se posent sur ses genoux, incertains. « Je ne regrette pas ce que j’ai fait, ni ce que j’ai dit. Je ne voulais pas que Martyn prête à allégeance à la Couronne et une part de moi… Ses yeux se contractent, ils refoulent des larmes abondantes et secrètes, une part de moi ne le veut toujours pas. » Une tonalité plus grave émane de sa voix. Bien sûr, elle avait peur mais il était trop tard pour reculer. Demain, après-demain, ou dans les Sept savent combien de jours, son jugement aurait lieu. Personne ne viendrait la voir d’ici là, elle devait confier son testament. L’oeuvre d’une vie, courte mais émérite. « Une seule fois je n’ai pas été juste envers mon coeur et mon âme. Une seule fois. » Difficile il lui est de ne pas regarder au loin, par la baie, et d’espérer y perdre son regard. Sept longues années à mentir et se cacher. Sept longues années qui lui avait ravi bien que sa prime jeunesse, mais une partie de la vie elle-même. Il était inutile de le rappeler à voix haute, toutes deux le savait pertinemment. « Je me suis promis de ne jamais plus le faire. Ainsi, dis-je la vérité quand bien même cela doit me coûter la vie. » Elle aurait pu avancer la peur de ne plus jamais voir Jon, mais une partie d’elle-même s’y était résignée. Si une part féroce et sanguine aurait tout fait pour pouvoir le serrer une fois de plus dans ses bras, la majorité des autres parts étaient bien plus placides. Les enjeux de Westeros et leurs héritages étaient plus grands, plus importants. Quel gâchis qu’elle n’eut été homme, sa parole de chevalier aurait été reconnue là où femme on la lui reprochait ! Car, et c’était un fait, Catelyn ne pourrait jamais avoir la chance dont disposait Rhaenys. Par exemple, celle de se battre réellement pour ses idées et quand elle se moquait du fait que son arme était les mots… elle n’avait pas idée de la douleur que c’était. Une douleur terrible qui pénétrait une chair à vif et bouillonnante. « Et je vais le faire maintenant. Ensuite, tu seras libre de passer cette porte et de ne jamais revenir. Tu seras libre de mettre notre amitié au conditionnel et de ne plus prier les Sept pour moi. » Comme tant de cristaux des montagnes lunaires, dans ses yeux pleurent des milliers de larmes. Elles ne débordent pas, ne coulent pas et ne creusent aucun sillon. De leurs maux, elles taisent les arcanes houleuses. L’inspiration est longue, infinie et l’expiration bien plus encore.



« La paix que tu désires est une noble cause, plus qu’une cause une nécessité. Si les plus grands Rois se sont inclinés pour elle et pour sa prospérité, je ne peux que faire de même. Elle est simplement impossible actuellement. Maegor ou Jaehearys, les Hommes s’inclinent parce qu’ils ont peur. Ils ont peur des ombres venues du Ciel, celles qui par un seul mot les réduirait à néant. Ils s’inclinent envers une puissance écrasante qu’ils n’auront jamais. Le travail d’unification n’a pas encore été fait et les Sept savent combien d’années ils prendront? Tu invoques nos blasons, mais ils ont leur importance. Ils ne seront effacés et conserveront toujours leurs identités. Il le faut et il faudra toujours. C’est nos différences qui doivent nous rendre plus fort. Non l’inverse. Certainement pas notre condition humaine. La terre que nous foulons, nos serfs qui la travaillent n’ont que faire du nom que tu portes. Targaryen ne signifie rien pour eux, ils ne sont pas attachés à la Couronne et ils n’ont cure que tu te préoccupes de leur vulnérabilité. » Catelyn avait conscience de la dureté de ses paroles, mais elle était animée par ce besoin de le faire comprendre à Rhaenys. Née princesse d’un royaume récent, insuffisamment consolidé, élevée dans l’indolence voluptueuse du Donjon-Rouge. Suzeraine d’une région lointaine pendant un temps n’avait pas suffit à lui faire comprendre les racines de ces maux, ou alors elle le cachait avec habilité. « Crois-tu vraiment que les familles du Nord se rallieront derrières les idées de Jorah pour laver sa virilité blessée? Ne crois-tu pas qu’ils lèveront leurs épées et leurs coeurs pour le spectre d’un Roi encore frémissant? » De l’annulation de l’union de son cousin à Rhaenys, Catelyn s’était sentie blessée. Tout comme les autres membres de sa famille. Le plus bel exemple était son père, Ser Elbert, qui jusqu’alors avait été le fervent défenseur des Targaryen et de leur Conquête. L’enfant qui était monté sur Vhagar après avoir demandé avec admiration la permission de Visenya. Ainsi, alors que volait son fils dans les airs, le dernier Roi de la Lune et de la Montagne mit un genou à terre. On dit que les rires de l'enfant étaient éclatants d’une jouvence nouvelle. Le temps des Faucons était révolu. Oui, même cet enfant-prince avait perdu foi. Il avait déconseillé à sa fille de se rendre sur les terres rouges, mais elle ne l’avait pas écouté. Et désormais, elle portait à bout de bras ses convictions et ses peurs vers la gueule du Dragon même. « Longues sont les années et les décennies avant que cet idéal pour lequel tu te bats se réalise. Peut-être que tu n'en verras jamais la réalisation, ni les enfants que tu offriras à la vie. Ne te méprends pas : je désire que nos fils et filles soient unis par des liens forts et puissants. Faucon et Dragon unifiés dans les cieux étoilés ou rayonnants. »



Catelyn déglutit. Sa gorge s’assèche à mesure qu’elle se livre, sans être certaine que le fil de sa pensée soit le meilleur. Si les mots étaient son arme, ils étaient déposés entres les mains royales. Nulle volonté impérialiste, seule une femme haute et brave. « J’ai été élevée avec la même éducation que mon père, fils de Roi, héritier d’une lignée directe de six mille ans. Cette hoirie, il me l’a transmise. Bien que lourde et contraignante, j’en ai fait mon âme et ma raison de vivre. D’aucuns diront que c'était parce que je désirais ardemment être suzeraine, imbue d’un pouvoir qui ne m’était pas destiné. Captieuse aberrante ! Mon poids, tout comme celui de Martyn, était de ne jamais laisser mourir la lueur des Eyrié. » Elle renifle comme pour chasser quelques peines qui viendraient se mettre sur son chemin, puis chasse d’une main toutes faiblesses. Humaine ou pas, elle ne les aimait pas. « Tu as fait la même chose quand tu as marché dans cette allée… pour épouser ton frère. Tu aurais pu rester Dame de Winterfell, mais il te fallait embrasser des traditions plus grandes que nous tous réunis. Je le comprends et arrive à le respecter, contrairement à plus de la majorité des habitants de cette forteresse. » Après tout, Martyn et elle avaient été élevé comme un frère et une soeur et il partageait le même sang. Oui, elle s’était sentie blessée par la fuite de Rhaenys mais seulement par piété filiale. « Ce jour là, j’ai imploré mon cousin de ne pas ployer le genou. J’aurais aimé que nous puissions avoir ce dialogue, mais il est bien trop sibyllin pour ce combat. J’ai vu dans ses yeux qu’il souhaitait la même chose que moi, non l’indépendance d’un Royaume mais un monde ancien préservé. Les différences Rhaenys, c’est ce que tu dois arriver à valoriser et à unifier. Il te faut trouver un moyen pour que nous ployons par fierté et par volonté et non pas parce que nous sommes dans une position de faiblesse. Actuellement, ma famille est perçue comme paria. Il était hors de question qu'un serment d’allégeance soit réalisé dans ces conditions déplorables. Toi, la seule entre tous, sait que je n’ai jamais été pour suivre Maegor. Jamais. Néanmoins, ma famille n’a jamais trahi le nom que tu portes. Notre parole est pure, limpide et la mort ne serait pas assez douce si nous nous en dérobions. »



Il lui restait beaucoup à dire, mais elle s’accorde le temps de sonder les grands yeux bleus de sa compagne. Toutes deux étaient au bord d’un abysse noir et ténébreux et cette main qu’elle lui tendait était bien étrange. Dangereuse, mais elle souhaitait y croire. Ardemment. Elles étaient des êtres blessés, abîmés par l’héritage de leurs ancêtres, sans autre choix que de le porter. Continuer toujours, jusqu’à leur dernier souffle. C’était leur douaire, magnifique et funèbre. « Pourquoi sommes nous là? Te l’es-tu déjà demandée, je me le demande souvent… Nous sommes les images de deux dynasties, bien disjointes et inassimilables. A mes yeux, Aegon n’a jamais désiré que la puissance et le pouvoir. C'était un homme arrogant et expansionniste. Il n’en avait aucun droit, et pourtant n’a eu aucun remords à déposséder les autres familles. Ma famille. Maintenant que reste-t-il de nous et que reste-t-il des autres? J’ai l’impression d’être une princesse des temps anciens, tout droit sortie des missels de nos contes et légendes. Trop vieille pour ce monde et trop jeune pour appartenir à l’ancien. Notre génération navigue entre des eaux troubles. Sur cette balance que m'impose mon coeur, jamais je ne trouverai équilibre. Moi et mes désirs tellement humains contre mon héritage ancestral et ses obligations. A jamais, je serai la fille unique du dernier Prince de la Montagne et de la Lune, une princesse sans titre. Nous sommes les mêmes ; cette acmé du coeur, tu la possèdes aussi. La terrible farce est que je n’ai aucune couronne. Toi, tu en as une. » Sans trembler, ses mains se joignent sur les siennes. Rhaenys n'était pas Aegon, son coeur était plus enclin à l’humanisme et la prospérité. Catelyn l’avait toujours su… seulement, elle devait en avoir la certitude pour accepter de voir sa Maison, et ses aïeux, ployer avec elle. « Tu n'es pas ton grand-père, montre-le à tous. Montre-le moi. » Et ses yeux lui demandent de rester encore un peu avec elle.

AVENGEDINCHAINS

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as High as Honor
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Lun 12 Fév 2018 - 14:02


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.



« Tu resteras. »

Je m’immobilisais bien malgré moi. C’était bien la surprise qui venait d’interrompre ma course et me laissait telle une figure de marbre, faisant face à la porte tandis que j’entendais déjà Catelyn se lever dans mon dos. Il eut été difficile à quiconque d’appréhender ma réaction. Etais-je choquée, outrée, seulement surprise ? Et bien clairvoyant aurait été celui qui aurait pu deviner ma réaction face à l’injonction de Catelyn. J’étais moi-même bien incapable de savoir ce qu’il me fallait faire. Il était évidemment assez peu fréquent qu’une personne ose s’adresser à moi d’un ton si impérieux. Je n’étais pas étrangère aux ordres et aux obligations, j’étais femme après tout. Pourtant je ne savais guère que répondre à cette exigence impérative. Devais-je me présenter en Reine, lui rappeler sa place, ou bien en amie, et essayer de comprendre ce qui avait pu motiver une telle réaction ?

Je me retournais et regardais le chaton du Val s’approcher de moi lentement. Pour la première fois depuis le début de notre entrevue, je pouvais sentir la crainte qui la tiraillait. Une main se tendait, la vulnérabilité perçait finalement le masque qui finirait peut-être par tomber, et bientôt il me semblait retrouver celle que je n’avais connue qu’au travers de ses mots.

« Reste. S'il te plait. »

La voix se faisait plus douce, réduite au murmure elle était à peine audible et sans doute se serait-elle perdue au cœur du silence si Catelyn ne s’était pas trouvée si proche.

« Rhaenys… j’ai besoin de toi. »

Je ne disais toujours rien, peut-être par manque de mots, peut-être parce qu’il n’y avait rien à dire. Il me semblait que rien de plus ne pourrait être exprimé par les mots car déjà l’intensité qui s’était élevée entre nous menait un dialogue inaudible mais sincère. Il y avait dans le regard de Catelyn, dans ses gestes, une telle intensité qu’il eut été difficile de ne pas en être affectée. Elle s’était présentée en dame lorsque j’avais voulue être seulement femme, amie, pourtant à présent les rôles s’étaient inversés, et je ne parvenais pas à ignorer les signes que son corps tout entier envoyait au mien. Elle était sincère. D’une sincérité douloureuse. Il y avait en Catelyn Arryn une souffrance pareil à aucune autre, de ces souffrances qui ne se verbalisent pas, de ces souffrances que l’on voit au travers d’un regard, l’espace d’une seconde, puis qui disparaît à nouveau, maintenue au secret dans les recoins les plus profonds d’un cœur emmuré.

« Je t’en prie, nous avons besoin l'une de l’autre. »

Elle me guidait au travers de gestes délicats, osant à peine initier ce contact physique qui pourtant nous liait encore davantage. Alors que je ne pouvais rien ignorer de sa fébrilité, je la laissais me guider jusqu’à une chaise, sur laquelle j’acceptais de prendre place. J’étais venue pour écouter Catelyn, et alors qu’elle avait voulu se murer dans le silence au départ, elle semblait prête à parler. Je ne disais rien, là encore les mots me semblaient si triviaux, parler aurait été pervertir ce qui se jouait en cet instant.

« Je n’ai jamais murmuré que tu étais traitresse, monstre, tyran sanguinaire ou étrangère… et je sais que ton courage et ta passion sont plus grands que bien des hommes ici. Tu es née pour être Reine et pas seulement pour protéger ceux qui sont vulnérables. »

Je la croyais sincère là encore, pourtant nombreux avaient été ceux qui s’étaient indignés des choix que nous avions fait.

« Les idées que tu portes en ton sein sont louables. Cette paix que tu veux, je la veux aussi. Tu le sais. Au fond de toi, tu sais que rien n’a changé. »

Je le savais. Au plus profond de mon être, je le savais. C’était bien la raison qui m’avait poussée à rendre visite à celle que tous appelaient déjà traîtresse, la jugeant coupable avant que la sentence légitime ne tombe. Je me rappelais de ce temps où nous échangions, alors qu’elle me confiait ne pas être en accord avec son cousin dans son choix de suivre Maegor, alors que nous nous confions nos peurs et nos doutes, nos épreuves de femmes. Ce temps n’était guère lointain, et pourtant tant de choses s’étaient produites et tant de changements étaient venus bouleverser le cours de nos vies. Etions-nous seulement toujours les mêmes ? Etais-je toujours cette jeune femme tempétueuse que l’on avait mariée à un homme du Nord, cette femme qui s’élevait contre l’injustice au péril de sa vie ? Catelyn, elle-même, était-elle toujours la jeune femme dont les mots avaient su toucher mon cœur comme nul autre ? Alors que nous nous reconnaissions comme égales, comme semblables, un lien invisible s’était noué entre le Dragon et le Faucon. Un lien qui aujourd’hui, me poussait à rester assise, plongeant mon regard dans celui de la jeune femme, qui me poussait à espérer que tout était encore possible pour elle et moi.

« Tu dois accepter de m’écouter. Tu dois accepter de comprendre. Tu n’es plus la Dame de Winterfell, tu n'es plus princesse de Westeros, tu en es la tiare même. Aussi, tu te dois t’écouter tes sujets. Moi. »

« Je t’écoutes, Catelyn. »

C’était la première fois que ma voix perçait à son tour le silence dans lequel je m’étais drapée. Je devais l’écouter, en cela elle avait raison, et je me promettais de l’écouter jusqu’au bout. Je saisissais l’importance de ce moment, alors que sa vie était menacée et que tout le royaume oscillait au-dessus d’un précipice sans retour que l’on nommait guerre ici bas.

« Je ne regrette pas ce que j’ai fait, ni ce que j’ai dit. Je ne voulais pas que Martyn prête à allégeance à la Couronne et une part de moi… une part de moi ne le veut toujours pas. »

Elle ne mentait pas, ne tentait de maquiller ses attitudes sous des dehors plus avenants comme beaucoup l’avaient fait avant elle. Il y avait, chez Catelyn Arryn, cette conscience terrible d’un fardeau à porter. Ce fardeau s’accompagnait d’une conscience accrue de son héritage, de ce qu’elle aurait pu représenter et de ce qu’elle se devait de défendre. C’était sans doute cela qui, aujourd’hui, pourrait causer sa perte. Moi, Jaehaerys, Catelyn Arryn, Martyn Arryn, Robart Baratheon, Garett Lannister, et même Jorah Stark, nous étions tous les héritiers de cette conquête qui avait balayé sur son passage une réalité qui n’appartenait pas encore au passé. Nous marchions sur le fil tendu séparant deux mondes, sans cesse tiraillés entre ceux-ci, jamais vraiment convaincus par le futur, jamais vraiment capables de défendre le passé. La génération perdue. Une génération vouée à se battre pour les idéaux de grands-parents à peine disparus, écrasés par l’histoire déjà devenue légende de ceux qui avaient réalisé l’impossible ou l’impensable. Nous étions double. Tous autant que nous étions. Il y avait en nous cette envie d’un avenir différent, ce besoin impérieux de laisser notre empreinte sur le monde ; mais existait aussi cet héritage inconciliable avec le présent, l’ordre impérieux de conserver à cœur le souvenir d’une gloire arrachée au prix du sang. Une partie de nos êtres ne pouvaient que se rejoindre, travailler main dans la main à la construction d’un royaume de paix et de prospérité. L’autre partie ne pouvait que se rejeter, car l’une représentait la défaite de l’autre, car l’une avait écrasé les idéaux de l’autre.

« Une seule fois je n’ai pas été juste envers mon coeur et mon âme. Une seule fois. Je me suis promis de ne jamais plus le faire. Ainsi, dis-je la vérité quand bien même cela doit me coûter la vie. Et je vais le faire maintenant. Ensuite, tu seras libre de passer cette porte et de ne jamais revenir. Tu seras libre de mettre notre amitié au conditionnel et de ne plus prier les Sept pour moi. »

Elle reprenait son souffle, luttant contre l’asphyxie causée par le poids de ses mots, par le poids de nos devoirs et de ce qui nous opposait comme ce qui nous unissait. Je n’avais pu quitter son regard une seule seconde, m’accrochant à celui-ci pour comprendre ce qui se cachait derrière les mots, ce qu’elle ne disait pas mais laissait voir. D’un signe de tête discret, je lui indiquais que j’acceptais cet accord que nous passions à présent. L’heure était à la vérité, et je ne doutais pas qu’elle puisse être difficile à entendre, mais je décidais d’accepter d’en partager le poids.

« La paix que tu désires est une noble cause, plus qu’une cause une nécessité. Si les plus grands Rois se sont inclinés pour elle et pour sa prospérité, je ne peux que faire de même. Elle est simplement impossible actuellement. Maegor ou Jaehearys, les Hommes s’inclinent parce qu’ils ont peur. Ils ont peur des ombres venues du Ciel, celles qui par un seul mot les réduirait à néant. Ils s’inclinent envers une puissance écrasante qu’ils n’auront jamais. Le travail d’unification n’a pas encore été fait et les Sept savent combien d’années ils prendront? »

Des siècles. Il faudrait des siècles pour panser les plaies de la Conquête et celles de la guerre contre Maegor. Mon oncle avait versé le sang pour sa propre ambition, mon grand-père avait fait bien plus… il avait fait ployer le genou à des Rois qui avaient régné en maitres sur leurs terres des siècles durant. Il avait conquis, royaume après royaume, des terres hostiles. Il ne l’avait pas fait en s’armant de diplomatie, en s’alliant, et discutant. Il n’avait guère eu d’usage de troupes et d’armes. Mon grand-père avait eu une arme dont nous disposions toujours aujourd’hui : les dragons. Le feu, les dragons, là était notre identité et ce qui nous habitait, mais surtout là résidait notre puissance. Les Targaryen avaient fait ployé un continent tout entier en l’accablant du feu dragon. Survolant les forteresses les plus imprenables, réduisant à néant ceux qui, comme les Chenus de Harrenhal, avaient osé se croire intouchables. Beaucoup avaient ployé le genou, pour éviter à leurs peuples et leurs Maisons de subir le même destin funeste. Et c’était à l’aide de ces dragons seulement, que Aegon Le Conquérant avait placé notre famille sur le trône de fer. Ce trône même qui représentait la victoire du dragon sur tous ceux qu’il avait voulu faire fléchir.

Le souvenir du chaos était encore présent au cœur de tous ceux qui vivaient. Les anciens Rois étaient morts, mais restaient leurs fils, leurs filles, et nous étions leurs petits-enfants. A l’instar de nombreux petits enfants de familles suzeraines, j’avais connu mon grand-père et ma grand-mère. J’avais écouté les récits de la Conquête, assise sur ses genoux, alors qu’Aegon, mon frère, se rêvait en conquérant à l’image de ce grand-père idéalisé. J’avais huit ans, lorsque la reine Rhaenys Targaryen avait disparu dans le désert Dornien, j’en avais treize lorsque le roi Aegon, au beau milieu d’un récit, s’était effondré. Sa mort représentait la fin d’une ère, et une menace, car à présent une page se tournait et la succession serait lourde. Nous devions porter son héritage à bout de bras, et être dignes du nom que Le Conquérant nous avait légué.

« Tu invoques nos blasons, mais ils ont leur importance. Ils ne seront effacés et conserveront toujours leurs identités. Il le faut et il faudra toujours. C’est nos différences qui doivent nous rendre plus fort. Non l’inverse. Certainement pas notre condition humaine. La terre que nous foulons, nos serfs qui la travaillent n’ont que faire du nom que tu portes. Targaryen ne signifie rien pour eux, ils ne sont pas attachés à la Couronne et ils n’ont cure que tu te préoccupes de leur vulnérabilité. »

Catelyn avait à la fois raison et tort dans ce qu’elle disait. Je ne voulais pas effacer les blasons, ils étaient au cœur même de l’identité de chacun. J’étais le dragon, elle était le faucon, et c’était ainsi que nous avions été élevés. Plus encore que des blasons, ces animaux représentaient notre force. Le Dragon était la raison même de ma présence en ce palais. Pourtant, s’ils devaient demeurer le symbole même de nos identités, devaient-ils pour autant être la pierre de discorde ? Devions-nous nécessairement nous haïr au travers d’une colère dictée par un blason ? C’étaient bien nos différences qui nous rendaient plus forts. C’étaient bien nos blasons qui, tels une chandelle au cœur de l’obscurité, éclairaient notre chemin et guidaient nos pas. Mais c’était notre nature humaine qui permettait de nous unir malgré nos différences. C’était cette même appartenance, cette mortalité, qui seule pourrait fortifier nos différences sans que celles-ci ne nous mettent à la guerre… la destruction et au sang versé au nom d’un blason, d’une différence que l’on s’imagine indépassable. S’il n’y avait rien pour nous unir au-dessus de nos différences, alors comment expliquer cette entrevue ? Comment expliquer cette amitié secrète du Faucon et du Dragon ?

La deuxième erreur de Catelyn était de croire que je fantasmais un peuple attaché à la Couronne, au nom qui était le mien. Là n’était pas ma croyance, et je n’étais pas assez naïve pour m’imaginer que ce n’était pas le feu dragon qui faisait plier le peuple. Pourtant, j’avais cotoyé ce peuple. J’avais marché en son sein chaque jour de mon séjour à Winterfell, j’avais parlé aux mères et joué un temps avec les enfants. A mon retour de Port-réal, je m’étais assignée la mission de rendre à la Couronne un visage pour le peuple de la ville. J’avais commandité la construction d’orphelinats, organisés la prise en charge des blessés, rencontré les familles et aidé à la distribution de vivres. Peut-être n’était-ce pas une tâche importante aux yeux de Catelyn Arryn, peut-être le peuple n’était-il pour elle qu’une immensité de bouches à nourrir et de bras pour cultiver les terres. Il n’en était rien pour moi. Les Targaryen ne représentaient rien pour le peuple, car leur impératif était de survivre. Qu’importait le nom de celui qui apportait le pain, car ce n’était pas son nom qui leur assurerait de vivre un jour de plus, c’était le pain. Au Nord, dans le Val, dans le Conflans, sur les terres de l’Orage, dans les Biefs… Nous n’étions rien de plus que la menace du feu. Là était la réalité. Le véritable monarque était celui qui les protégeait, les nourrissait, et leur fournissait du travail. Le véritable monarque était le suzerain dont la famille avait régit ces terres depuis les temps immémoriaux. Pourtant, il était de mon devoir de porter l’intérêt du peuple en mon cœur alors que les suzerains eux-mêmes se faisaient la guerre. C’était mon rôle de rappeler aux suzerains leur devoir de protection envers le peuple. Si mon nom ne devait jamais être associé à cela, alors c’était un sacrifice bien maigre que j’étais prête à accepter.

« Crois-tu vraiment que les familles du Nord se rallieront derrières les idées de Jorah pour laver sa virilité blessée? Ne crois-tu pas qu’ils lèveront leurs épées et leurs coeurs pour le spectre d’un Roi encore frémissant? »

Le peuple du Nord se levait sous les ordres de son suzerain. Quelle qu’en soit la raison. C’était bien là ma préoccupation. Le peuple ne disposait pas de sa vie, il l’offrait à son seigneur en tous temps. C’était la raison pour laquelle il était entre les mains du suzerain de mesurer avec prudence et intelligence les menaces auxquelles il exposait ses sujets. Suzerain, Roi… Autant de titres que beaucoup vivaient comme un droit, un héritage mérité par la naissance. Peut-être l’était-ce en partie. C’était pourtant avant tout un devoir. Le devoir de faire passer le bien commun avant son propre confort. Le devoir de protéger l’intégrité de son territoire et de son peuple, avant son propre honneur. Jorah Stark pourrait disposer des épées du Nord à la suite d’un simple appel. Jorah Stark pouvait envoyer son peuple sur le front de manière inconséquente. C’était à Jorah Stark d’appréhender le danger d’une guerre, de faire tout ce qui était en son pouvoir pour l’empêcher, et de protéger ce peuple dont il était le père. C’était là ce que je croyais. C’était au nom de cette croyance que je me battais pour la paix. Au nom de cette croyance que je tentais de tempérer le Conseil Restreint dans ses velléités belliqueuses. C’était au nom de cette croyance, enfin, qu’aucun dragon ne survolait encore les terres fragiles d’un Nord ébranlé par l’été. Je voulais choisir la voie difficile de la conciliation, non pas au nom d’une quelconque affection pour Jorah Stark, mais bien pour protéger le peuple du Nord et la famille Stark de la folie guerrière de leur ainé.

« Longues sont les années et les décennies avant que cet idéal pour lequel tu te bats se réalise. Peut-être que tu n'en verras jamais la réalisation, ni les enfants que tu offriras à la vie. Ne te méprends pas : je désire que nos fils et filles soient unis par des liens forts et puissants. Faucon et Dragon unifiés dans les cieux étoilés ou rayonnants. »

S’il me fallait périr sans voir la paix, s’il fallait que mes enfants aient à perpétuer cet héritage au nom de cet idéal, alors j’acceptais le prix de l’attente. Idéaliste, je l’étais. Mon idéalisme me poussait à viser quelque chose qui me dépassait, quelque chose que je ne réalisais pas pour moi-même mais pour un futur possible. Je posais les fondations d’une idéal que j’enseignerai à mes enfants, et si je parvenais à communiquer cet idéal à ceux dont les enfants seraient un jour suzerains, alors peut-être ces fondations donneraient-elles, un jour, naissance à ce royaume d’idéal que Catelyn Arryn, fille du Faucon et moi-même, fille du Dragon, appelions de nos vœux.

« J’ai été élevée avec la même éducation que mon père, fils de Roi, héritier d’une lignée directe de six mille ans. Cette hoirie, il me l’a transmise. Bien que lourde et contraignante, j’en ai fait mon âme et ma raison de vivre. D’aucuns diront que c'était parce que je désirais ardemment être suzeraine, imbue d’un pouvoir qui ne m’était pas destiné. Captieuse aberrante ! Mon poids, tout comme celui de Martyn, était de ne jamais laisser mourir la lueur des Eyrié. Tu as fait la même chose quand tu as marché dans cette allée… pour épouser ton frère. Tu aurais pu rester Dame de Winterfell, mais il te fallait embrasser des traditions plus grandes que nous tous réunis. Je le comprends et arrive à le respecter, contrairement à plus de la majorité des habitants de cette forteresse. »

J’aurais pu rester Dame de Winterfell. J’aurais pu ne pas quitter la forteresse d’Hiver pour rejoindre le Siège de Port-réal et risquer ma vie pour une cause qui me dépassait. J’aurais pu mettre au monde cet enfant et donner un héritier au Loup. J’aurais pu accepter ce destin scellé par l’Usurpateur, et encore une fois choisir la voie de la facilité. J’aurais pu choisir de me protéger de l’oprobe, du danger de me voir rejetée de la Cour par la Régence de ma tante, de me voir tuée par le feu de la Terreur Noire. Autant de choix que j’aurais pu faire au nom d’une vie de liberté. Pourtant, j’avais compris très jeune que le choix n’était, et ne serait jamais, mien. Tout comme le destin de Catelyn était lié aux Arryn et aux Eyriés, mon destin était à jamais mêlé à celui du Dragon et de mon frère. La tradition et l’héritage nous avaient unis en dépit des cris et des dangers, car là était notre seule chance de survie. Catelyn disait vrai, si nous perdions nos traditions, si nous foulions au pied l’héritage de nos ancêtres, alors bientôt nos forteresses tomberaient en ruine, et il ne resterait plus rien de la gloire de nos familles. Il ne resterait plus rien de ce que nous avions été. Plus de certitude, plus de croyances, plus de respect pour ceux qui avaient construit, pierre par pierre, le monde dans lequel nous existions. Il ne resterait plus rien.

« Ce jour là, j’ai imploré mon cousin de ne pas ployer le genou. J’aurais aimé que nous puissions avoir ce dialogue, mais il est bien trop sibyllin pour ce combat. J’ai vu dans ses yeux qu’il souhaitait la même chose que moi, non l’indépendance d’un Royaume mais un monde ancien préservé. Les différences Rhaenys, c’est ce que tu dois arriver à valoriser et à unifier. Il te faut trouver un moyen pour que nous ployons par fierté et par volonté et non pas parce que nous sommes dans une position de faiblesse. Actuellement, ma famille est perçue comme paria. Il était hors de question qu'un serment d’allégeance soit réalisé dans ces conditions déplorables. Toi, la seule entre tous, sait que je n’ai jamais été pour suivre Maegor. Jamais. Néanmoins, ma famille n’a jamais trahi le nom que tu portes. Notre parole est pure, limpide et la mort ne serait pas assez douce si nous nous en dérobions. »

Les Arryn ne voulaient pas rejeter le Dragon, ils ne souhaitaient que ce protéger de son ambition. Sans doute s’imaginaient-ils que bientôt nous travaillerions à la destruction des anciennes familles, leur sacrifice sur l’autel de nos propres ambitions. Il n’en était rien. Jaehaerys, tout comme moi, étions respectueux des traditions et conscients de leur importance. Notre famille avait embrassé la religion des Sept au nom de cette religion, et nous continuerions à les préserver. C’était une chose qui n’avait pas été dite. Lord Arryn, Lord Stark, ceux qui s’étaient battus aux côtés de Maegor, craignaient de subir le même sort que les Chenu, craignaient de voir leurs familles, foyers, terres et traditions foulées au pieds et annihilés sous le coup du feu. Il n’en serait rien, jamais je ne le permettrais. Ce n’était pas le rôle de Robb d’apporter cette garantie aux Arryn. C’était mon rôle. Il me faudrait agir, je ne pouvais plus me contenter de ces entrevues privées avec Robb, il me fallait à présent porter cette parole qui était celle de Jaehaerys et la mienne. Il me fallait agir pour la conciliation et la paix.

« Pourquoi sommes nous là? Te l’es-tu déjà demandée, je me le demande souvent… Nous sommes les images de deux dynasties, bien disjointes et inassimilables. A mes yeux, Aegon n’a jamais désiré que la puissance et le pouvoir. C'était un homme arrogant et expansionniste. Il n’en avait aucun droit, et pourtant n’a eu aucun remords à déposséder les autres familles. Ma famille. Maintenant que reste-t-il de nous et que reste-t-il des autres? J’ai l’impression d’être une princesse des temps anciens, tout droit sortie des missels de nos contes et légendes. Trop vieille pour ce monde et trop jeune pour appartenir à l’ancien. Notre génération navigue entre des eaux troubles. Sur cette balance que m'impose mon coeur, jamais je ne trouverai équilibre. Moi et mes désirs tellement humains contre mon héritage ancestral et ses obligations. A jamais, je serai la fille unique du dernier Prince de la Montagne et de la Lune, une princesse sans titre. Nous sommes les mêmes ; cette acmé du coeur, tu la possèdes aussi. La terrible farce est que je n’ai aucune couronne. Toi, tu en as une. »

Je souriais intérieurement. Elle n’en vit rien, mais par ses mots elle confirmait ce que j’avais pensé auparavant. Nos esprits et nos pensées étaient plus que jamais semblables, sœurs presque, alors qu’elle avait su mettre des mots sur ce mal qui me tiraillait. Ce mal qui tiraillait notre génération toute entière. Déjà trop vieux, et pourtant encore trop jeunes. Nous étions déjà et pas encore. Trop et pas assez. Nous étions et n’étions pas. Doubles, il n’existait pas paix dans cette dualité, seulement un combat intérieur insoluble encore ce qui n’était plus et ce qui n’était pas encore. Elle ne trouvait pas d’équilibre, car il n’y en avait pas. Nous nous battions les uns contre les autres, mais le combat le plus important se menait au sein même de chacun de ces cœurs guerriers. Combattre la rancœur pour laisser place à l’amitié ? Ou bien étouffer la fraternité pour laver l’affront ?

« Tu n'es pas ton grand-père, montre-le à tous. Montre-le moi. »

Alors que j’avais relaché son regard un instant, bien trop absorbée par la pensée que nous partagions le même combat, les mêmes hésitations et les mêmes peurs, je mêlaient à nouveau nos yeux soudainement. Je ne saurais dire que j’étais surprise, ou simplement touchée de ce que Catelyn Arryn venait de dire.

Je n’étais pas mon grand-père.

Qui étais-je au juste ?

J’étais l’héritage de mon grand-père, dont je portais la marque et la gloire, qui faisait de moi la cible d’une peur et d’une rancœur ancestrales. J’étais son nom. Je portais le prénom de ma grand-mère, cette reine guerrière qui avait toujours été un véritable modèle dans notre famille. J’étais ce patchwork complexe unissant des personnages à présents disparus, desquels j’avais du être la porte parole. Mais qui étais-je vraiment ? Question insoluble s’il en était une. Etais-je cette femme tempétueuse, impulsive et rancunière qui avait quitté le Donjon Rouge pour rejoindre un époux imposé ? Etais-je la suzeraine du Nord, attachée au peuple, le devoir cramponné au corps ? Etais-je la princesse guerrière, la libératrice à dos de dragon qui avait suscité autant de peur que d’admiration au cœur de la bataille ? Etais-je cette Régente au visage de marbre, insaisissable et distante, cette femme apprenant à survivre au sein d’une Cour faite d’intrigue ? Etais-je encore cette jeune femme, le visage rougi par des larmes retenues depuis trop d’années, prostrée, recroquevillée au sol dans un coin de ses immenses appartements. Etais-je cette figure du désespoir se cramponnant de manière insensée à un linge dégoulinant de son propre sang, serrant dans ses bras ce linge qui, elle le savait, renfermait la vie éphémère qu’elle avait su porter en elle, mais qu’elle avait sacrifié sur l’autel d’un devoir trop grand et dévorant pour être oublié. Cette femme qui, malgré la douleur la plus profonde, la plus marquante, avait pleuré en silence, tout d’abord seule, puis dans les bras d’une petite silhouette que l’on aurait mépris pour sa sœur. Cette femme qui, souffrant le martyr alors qu’elle assistait à la fin d’un rêve, avait gardé le silence. Le devoir avant tout. L’honneur avant tout. Personne ne devrait savoir. Personne ne pouvait savoir. Ce serait à jamais de ces secrets qui vous enserrent le cœur et vous étouffent. Finalement, étais-je cette reine qui avait su conquérir l’amour du peuple et le respect des seigneurs par sa dévotion pour la Couronne ?

Peut-être n’étais-je rien de tout cela. Peut-être étais-je un mélange savant de tous ces personnages.

Je n’étais pas mon grand-père.

Je n’étais pas le Conquérant, c’était un fait. Et aurais-je voulu l’être ? Etais-je de ceux qui conquièrent au prix du sang ? Ceux dont la gloire auréolée subsiste au travers des siècles mais se mêle à jamais au goût amère des cendres à peine retombées…

La déclaration de Catelyn aurait pu être perçue comme une insulte. Je n’étais donc pas ce fier Conquérant, celui qui avait réussi là où personne encore n’avait conquis. Je n’étais donc pas celui que l’on craignait, dont la puissance avait mis à genoux les plus fiers monarques du continent. Je n’étais pas cela. Pourtant, j’étais du sang du Dragon, voilà ce que j’aurais du être ! Qui était-elle pour m’ôter ce droit ? Qui était-elle pour prétendre me déposséder de mon droit naturel à être la digne héritière du Conquérant ?! Voilà autant de questions qui auraient pu effleurer mon esprit, si j’avais été autre. Autant de questions que Maegor aurait hurlé à la face du monde. Autant de questions qui auraient affaiblit mon père, écrasé par le poids d’un héritage trop frais et trop lourd.

Moi, je n’y voyais aucune insulte. J’y voyais là quelque chose de plus important, de plus grand, de plus beau : Catelyn Arryn avait vu. Elle avait vu quelque chose d’essentiel. Elle avait vu cette chose qui, elle seule, pourrait garantir la paix. Oui, Catelyn Arryn avait vu que je n’étais pas mon grand-père. Je ne pousserais pas plus loin son œuvre, je la ferais perdurer, et là était la nuance. Je n’étais pas celle qui viderait le royaume de la diversité de ses croyances et traditions. J’étais celle qui devrait les protéger. Je n’étais pas celle qui écraserait les Anciens Dieux ou les Sept, mais bien celle qui les respecterait. Je ne serais pas celle qui lâcherait le feu dragon sur les Eyriés ou Winterfell ; celle qui annihilerait les Arryn et les Stark. J’étais celle qui devait les protéger pour ce qu’ils représentaient. Là était mon devoir souverain. Là était ma mission : tourner la page de la Conquête, et écrire celle à venir.

C’était une chose que je savais. Une identité que Jaehaerys partageait. C’était à présent un savoir que partageait Catelyn Arryn. Il était pourtant peu aisé de faire la démonstration de cette vérité aux yeux du monde, alors qu’une nouvelle guerre germait, et que bientôt peut-être le claquement du fer contre le fer assourdirait un continent tout entier.

« Oui. »

Ma voix était presque rauque tant le silence et ma gorge nouée l’avaient contrait au retrait. Elle même avait été surprise de devoir reprendre son activité si soudainement. Ma voix n’avait pourtant été qu’un souffle, passant avec difficulté la barrière de mes lèvres alors que mes yeux se perdaient dans un lien invisible, à la frontière entre l’extérieur et l’intérieur, entre le réel et le songe.

« Oui. »

J’avais refixé mes yeux dans ceux de Catelyn, et ma voix s’était faite plus assurée, elle avait retrouvé son timbre naturel et semblait couper le silence d’un geste net et brutal.

« Tu as raison. »

Je serrais un peu plus ses mains, sans même m’en rendre compte vraiment, comme un geste réflexe d’une enfant s’accrochant à la main de sa mère pour échapper à la peur et faire face. Je me penchais en avant, très légèrement, c’était à peine visible, mais déjà nos souffles semblaient ne faire qu’un, alors que nos regards avaient tissé une toile solide qui les emprisonnait l’un à l’autre.

« Je ne suis pas mon grand-père. »

Le souffle coupé, je prenais un instant pour laisser mon cœur s’apaiser tant ses battements me rendaient sourde et saoule.

« Je n’ai pas sa soif de Conquête. Je n’ai pas son ambition guerrière. »

J’étais pourtant capable de guerroyer, et le faisais volontiers lorsque la nécessité se présentait. Pourtant, je ne voyais en la guerre qu’un dernier recours pour atteindre cet idéal de paix, je ne parvenais à y voir quelque chose de plus grand.

« Je ne renie pas l’héritage qu’il nous a laissé, cependant. Je ne renie pas, et ne renierait jamais, la Conquête. »

C’était un point à clarifier. Je n’étais pas mon grand-père, mais ma vie était le fruit de la sienne, mon devoir, le fruit de sa Conquête.

« Mais si son ambition avait été de faire ployer les six royaumes, celui de Jaehaerys, le mien, est de les protéger et de les unifier. »

Je prenais une longue respiration, prête, à mon tour, à ouvrir mon cœur à Catelyn, comme elle venait de le faire avec la force du désespoir.

« Le Val, les Arryn, le Faucon. Winterfell, les Stark, le Loup. Des destins, des lieux, des familles, des croyances et des traditions. Autant de choses que je respecte, au plus profond de mon cœur, Catelyn. »

J’avais à nouveau serré ses mains, et avais tenté de faire passer le message de ma sincérité la plus pure à celle qui partageait cet instant suspendu dans le temps.

« Le Val n’existerait pas sans le Faucon. Le Nord ne pourra demeurer le Nord sans l’égide du Loup et sans le patronage des Anciens Dieux. Voilà ce que je crois. Voilà une croyance que peut-être certains des conseillers de Jaehaerys ne veulent pas voir. J’ai vécu dans la tanière du loup durant quatre années. J’ai partagé sa table et son lit. Je me suis liée d’amitié avec ses filles et ses fils. C’est avec méfiance tout d’abord, puis humilité, que j’ai respecté sans pour autant révérer ces Dieux Anciens. C’est avec curiosité que j’ai observé les traditions de ce Nord qui n’aurait pu être plus différent de ma terre natale. Comme j’ai souffert, Catelyn, d’avoir été envoyée sur ces terres de glace alors que dans mon sang coulait le feu. Comme j’ai pleuré, d’être éloignée des miens, jetée dans un monde qui m’était étranger. Pourtant, aujourd’hui, je pense que là était une condition nécessaire à ce que je cherche à accomplir, ce que Jaehaerys ambitionne pour le Royaume. Au travers de cet exil nordien, j’ai appris à respecter sinon comprendre ces traditions qui m’étaient étrangères. J’ai vu les rancoeurs et les souvenirs d’un passé glorieux et pas si lointain. J’ai vu planer l’ombre du dernier Roi de l’Hiver sur la forteresse, et les terres alentours, tout comme celle du dernier Roi Faucon vole au-dessus des Eyriés et de la tête de chacun de ses enfants. Je ne l’ai pas seulement appris dans les lignes d’un livre d’histoire, Cat', je l’ai vécu. J’ai vécu l’animosité d’un Nord encore trop en prise avec sa rancœur pour accepter une Dame de Winterfell du sang du dragon. Mais j’ai vu ce Nord m’accepter, peu à peu, jour après jour, à mesure que je l’acceptais, à mesure que nous apprenions à nous connaître. Eux, comme moi, avions vite appréhendé que nous ne nous comprendrions peut-être jamais… Mais nous pouvions nous accepter, nous respecter, vivre les uns avec les autres au nom de quelque chose qui était capable de mettre de côté les rancoeurs du passé : l’espoir de l’avenir. J’étais Targaryen, de la foi des Sept, d’une espèce même si différente qu’elle se distingue physiquement, et pourtant je représentais la chance d’une descendance, au travers de mon corps pourrait être perpétuée la lignée du Loup. En mon cœur était né un impératif de tolérance. C’est ainsi, au travers de mon union, et de cette tolérance que je tentais de communiquer au peuple comme aux seigneurs, que le Nord avait fini par accepter que loup puisse épouser le dragon. »

Mes joues avaient rougi, bien malgré moi, tant les paroles qui se précipitaient hors de ma bouche me tenaillaient le cœur. Et je réalisais que ma main tremblait, que de mon visage avait glissé le masque, que dans mes yeux brillaient des larmes que je ne m’autorisais jamais à verser et qui me rendaient malade.

« C’est ce que je veux, Catelyn… Je ne veux pas que le Dragon écrase le Faucon. Je me refuse à accepter une guerre opposant le Dragon et le Loup, pas si elle est évitable. Et je ne veux pas, être mon grand-père. »

La confession était de taille. Aucun autre n’aurait pu obtenir de tels mots de ma part.

« Tu as raison. J’ai besoin de ton aide, comme tu as besoin de la mienne. Nos familles peuvent choisir de se haïr des siècles encore, de se méfier, ou elles peuvent faire comme nous… »

Je serrais sa main à propos.

« Tu souhaitais que je t’écoutes, c’est ce que j’ai fait, et j’aimerais continuer à le faire. Dis moi, Catelyn… Que puis-je faire ? Que puis-je faire pour apaiser les craintes de ta famille, que puis-je faire pour empêcher cette guerre contre le Nord ? C’est une question que l’amie te pose, mais surtout, c’est un avis que la reine te demande, à toi, comme sujet, certes, mais surtout en tant que dame de la famille Arryn, en tant que fille du Faucon et du Val. Cet avis, reine ou amie, je suis prête à l’écouter. »

AVENGEDINCHAINS

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Mar 20 Fév 2018 - 20:16


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.


« A jamais, je serai la fille unique du dernier Prince de la Montagne et de la Lune, une princesse sans titre. Nous sommes les mêmes ; cette acmé du coeur, tu la possèdes aussi. La terrible farce est que je n’ai aucune couronne. Toi, tu en as une. » Ces mots, si calmes en apparence, étaient les plus terribles qu’elle avait du prononcer depuis bien des années. Brûlants d’une vérité mortelle : cette différence qui faisait qu’elle appartenait au passé et, elle, Rhaenys de la Maison Targaryen, au futur. Spectres sur deux rives, les mains tendues, se frôlants, dansants ensembles même, mais ne se touchant jamais véritablement. L’air se parfume de lys sauvages, immaculés ils couronnent ce moment de grâce. La rose des Grandes Mères mythiques. Catelyn Arryn ferme les yeux, entre ses mains fébriles elle recueille le silence pieux de la visiteuse. En son sein coule un lait fécond et royal. Tant elle a mis de coeur en ses dernières paroles, sa respiration est lourde. Prosternés ainsi, leurs corps si proches, on pourrait croire à des madones anciennes. « Oui. » Un rauque succinct. Déchiffrable seulement par le silence pesant de la pièce. « Oui. » La voix est plus assurée comme si elle embrasse, secrètement, des pensées tues. Un souffle de chaleur émane des naseaux du dragon et le faucon laisse ses yeux perçants se rouvrir. Ils viennent trouver le bleu Valyrien, se noient dedans un instant long. « Tu as raison. » Peau contre peau se réchauffent, trouvent un rythme binaire bienheureux. Serres magistrales, elles s’accrochent à celles de leur amie. Elle s’accrochent comme on s’accroche au roc de l’existence, pardonnant tous les défauts téméraires. « Je ne suis pas mon grand-père. » La prisonnière enserre un peu plus cette chaleur nouvelle, ce brasier qui ne demande qu’à brûler, l’encourageant à parler. Ici serait la pagode de leurs songes. Personne ne viendrait les leur arracher pour les détruire, au contraire, ici elles pouvaient faire que tout soit meilleur. « Je n’ai pas soif de Conquête. Je n’ai pas son ambition guerrière. Je ne renie pas l’héritage qu’il nous a laissé, cependant. Je ne renie pas, et ne renierait jamais, la Conquête. » Et comment aurait-elle pu le faire? Désormais, le goût de cet exploit, de cette consécration, était en ses veines comme en les siennes demeuraient celle de ses ancêtres. Le sang conquérant d’Artys Arryn, le Chevalier Faucon, premier roi des Montagnes et du Val, battait en elle. Pis, il la définissait. Malgré les six millénaires qui la séparait de lui, il avait laissé sur son front la marque argentée de leur illustre diadème. La descendance d’Aegon était encore frêle et jeune, mais elle connaitrait le même sort. Aucun héritage ne serait renié et aucun des habitants de Westeros n’aurait été en mesure de le demander. Tous étaient issus de la même souche farouche d’un conquérant. Du moins, les plus royaux d’entre-eux et, à bien compter, ils n’étaient pas si nombreux. « Mais si son ambition avait été de faire ployer les six royaumes, celui de Jaehaerys, le mien, est de les protéger et de les unifier. » Elle aurait pu l’arrêter et clamer avec ardeur qu’ils n’avaient aucun besoin de protection, mais cette phrase était un élan. Un élan ancré directement dans la foi que Rhaenys portait en son amie, aussi ses lèvres se turent. Elle ne devrait retenir que l’idée d’unification. « Le Val, les Arryn, le Faucon. Winterfell, les Stark, le Loup. Des destins, des lieux, des familles, des croyances et des traditions. Autant de choses que je respecte, au plus profond de mon cœur, Catelyn. » Dans une inspiration, son souffle se suspens et se laisse enlacer dans les confidences noires du dragon. « Le Val n’existerait pas sans le Faucon. Le Nord ne pourra demeurer le Nord sans l’égide du Loup et sans le patronage des Anciens Dieux. Voilà ce que je crois. Voilà une croyance que peut-être certains des conseillers de Jaehaerys ne veulent pas voir. J’ai vécu dans la tanière du loup durant quatre années. J’ai partagé sa table et son lit. Je me suis liée d’amitié avec ses filles et ses fils. C’est avec méfiance tout d’abord, puis humilité, que j’ai respecté sans pour autant révérer ces Dieux Anciens. » Expiration glacée. Glacée comme ce temps qui n’appartient qu’aux légendes du passé. Celles où le feu et la glace auraient pu apprendre à se dompter… Celles où deux jeunes femmes, trop ingénues des années qui les détruiraient, s’étaient promis une alliance secrète et infaillible. Un passé devenu cendres, larmes et sang mais dont la promesse étincelait encore. Peu lumineuse et vacillante, mais elle était là, flottante sur les marécages sombres de leurs désillusions. Il suffisait seulement de réunir ces mains, ces deux rivages. « C’est avec curiosité que j’ai observé les traditions de ce Nord qui n’aurait pu être plus différent de ma terre natale. Comme j’ai souffert, Catelyn, d’avoir été envoyée sur ces terres de glace alors que dans mon sang coulait le feu. Comme j’ai pleuré, d’être éloignée des miens, jetée dans un monde qui m’était étranger. Pourtant, aujourd’hui, je pense que là était une condition nécessaire à ce que je cherche à accomplir, ce que Jaehaerys ambitionne pour le Royaume. Au travers de cet exil nordien, j’ai appris à respecter sinon comprendre ces traditions qui m’étaient étrangères. J’ai vu les rancoeurs et les souvenirs d’un passé glorieux et pas si lointain. J’ai vu planer l’ombre du dernier Roi de l’Hiver sur la forteresse, et les terres alentours, tout comme celle du dernier Roi Faucon vole au-dessus des Eyriés et de la tête de chacun de ses enfants. » Catelyn pouvait comprendre, plus qu’elle ne l’avouerait jamais à elle-même. Fille des Montagnes et du Val, elle avait été élevée en tant que tel. S’abrogeant des droits primitifs de ses ancêtres, dénigrants les autres contrées qui ne pouvaient rivaliser en savoir, beauté et richesse. Elle s’était faite prêtresse de ces paysages, devenant leur plus parfaite image féminine vivante. Si elle avait jalousé Leandra de connaitre les onctueuses terres bieffoises et Etaine pour aller vivre avec leurs nombreux cousins… elle avait vite compris que sa force résiderait là. Là, où aucune Arryn n’était plus. Quand il était devenu clair qu’elle n’épouserait jamais Martyn, sa plus grande angoisse avait été de se voir exiler des terres bleutées. Passer les Portes Sanglantes, perdre cette prérogative du sang et des honneurs, flagellée de la disgrâce des pics enneigés. Si brumeuse avait été sa colère lors de son union avec le Rougefort, au moins restait elle en le Val. Elle n’était pas souillée de devoir s’abaisser à une autre région et à leurs coutumes, forcément, barbares. En ce sens, elle avait toujours admiré la princesse venue du Donjon-Rouge. La jeune fille qu’elle avait pu être ressentait encore la joie et la fierté de voir une des descendante du Conquérant rejoindre sa famille. C’était la consolidation de deux entités fortes et prestigieuses. Rhaenys n'aurait pu rêver mariage plus prestigieux que se voir donner en épousailles un descendant du Roi du Nord -Martyn, alors, n’étant plus un choix possible. « Je ne l’ai pas seulement appris dans les lignes d’un livre d’histoire, Cat', je l’ai vécu. J’ai vécu l’animosité d’un Nord encore trop en prise avec sa rancœur pour accepter une Dame de Winterfell du sang du dragon. Mais j’ai vu ce Nord m’accepter, peu à peu, jour après jour, à mesure que je l’acceptais, à mesure que nous apprenions à nous connaître. Eux, comme moi, avions vite appréhendé que nous ne nous comprendrions peut-être jamais… Mais nous pouvions nous accepter, nous respecter, vivre les uns avec les autres au nom de quelque chose qui était capable de mettre de côté les rancoeurs du passé : l’espoir de l’avenir. J’étais Targaryen, de la foi des Sept, d’une espèce même si différente qu’elle se distingue physiquement, et pourtant je représentais la chance d’une descendance, au travers de mon corps pourrait être perpétuée la lignée du Loup. En mon cœur était né un impératif de tolérance. C’est ainsi, au travers de mon union, et de cette tolérance que je tentais de communiquer au peuple comme aux seigneurs, que le Nord avait fini par accepter que loup puisse épouser le dragon. » Son front acquiesce, elle ne veut pas parler. Briser cette harmonie qui se forge doucement. L’encourageant à continuer elle recueille entre ses paumes la main tremblante de Rhaenys. Ses yeux brillent comme des joyaux blancs, durs et inflexibles. « C’est ce que je veux, Catelyn… Je ne veux pas que le Dragon écrase le Faucon. Je me refuse à accepter une guerre opposant le Dragon et le Loup, pas si elle est évitable. Et je ne veux pas, être mon grand-père. » Son front acquiesce encore, elle entend ses mots, les médite et les scelle dans un de ces puits de mémoires secrets. Personne, personne, ne les connaitrait jamais. « Tu as raison. J’ai besoin de ton aide, comme tu as besoin de la mienne. Nos familles peuvent choisir de se haïr des siècles encore, de se méfier, ou elles peuvent faire comme nous… » Et dans cette suspension des mots, les rivages se rapprochent lentement. Les doigts s’entremêlent comme autant de rubans soyeux, ils appellent à la renaissance du printemps. Entre leurs doigts heureux coulent un lait de roses nouvelles. Il vient pénétrer la terre sèche de nouvelles promesses. Amour, pureté et martyr. Alors, dans les yeux de Catelyn naissent les même gouttes durs et inflexibles. Elles irradient d’une candeur absente, abrupte du danger. « Tu souhaitais que je t’écoutes, c’est ce que j’ai fait, et j’aimerais continuer à le faire. Dis moi, Catelyn… Que puis-je faire? Que puis-je faire pour apaiser les craintes de ta famille, que puis-je faire pour empêcher cette guerre contre le Nord? C’est une question que l’amie te pose, mais surtout, c’est un avis que la reine te demande, à toi, comme sujet, certes, mais surtout en tant que dame de la famille Arryn, en tant que fille du Faucon et du Val. Cet avis, reine ou amie, je suis prête à l’écouter. »



De tout ce qu’elle avait pu imaginer, jamais elle n’en était venu à cette image. Celle de la femme la plus puissante du Royaume penchée délicatement vers elle, dans le feu de sa Passion, les mains jointes dans les siennes, demandant conseils et admonitions. Ses lèvres s’entrouvrent, sèches. L’anatomie de ses yeux se plisse, est-ce réel? Elle, la prisonnière, acculée par le Régent lui-même, pouvait-elle, de cette position précaire, insuffler sur le destin de Westeros? Rhaenys pouvait-elle encore tant croire en elle pour lui s'aveugler de cette confiance? Son esprit tourne à toute allure, cherchant des mots, cherchant des idées… Soudain, c’est tout le poids du monde qui s'abat sur elle. Une boussole qui tourne, sans trouver ses antipodes. « Tu ne devrais pas me demander cela Rhaenys… » Un murmure qui traverse les particules et vient résonner dans la pièce dans un écho incessant. Blanche est sa voix, neutre comme une neige de l’aurore. Que pouvait-elle dire? Elle ne connaissait rien de la politique de la guerre, ni ses rouages, ni sa stratégie. Les jours enfermés ici lui avaient amèrement fait comprendre qu'elle ne connaissait pas Jorah Stark. Elle aimait l’idée du cousin noble et honorable, adulait le sang partagé des Premiers Hommes et des Andale qui parcouraient leurs veines, mais rien de plus. L’homme était un inconnu. Un inconnu dont Etaine s’était détournée sans remords. « … j'ai bien peur que plus rien ne puisse empêcher une guerre contre le Nord. » Ses mains à elle aussi tremblent soudainement. Elles se contrefichent de montrer leurs faiblesses et tremblent de concert avec leurs amies. Il était humain de craindre l’indéterminé. « J’imagine que tu as du essayer de le faire changer d’avis… C’était une question qui ne demandait aucune réponse, une phrase de l'esprit laissait à l'abandon. Suite à ces confessions, il était peu probable que Rhaenys ait accepté de voir disparaître les Loups sans aucune intervention. … Si ton cousin souhaite voir le Nord ratifié : tu devras user de toutes tes forces et de toute ta hargne pour que les Stark en restent souverains. C’est un équilibre primordial. » Froide, qui pourrait croire que l’illustre Arryn vient d’accepter la mise à mort de l’un des siens? « Un équilibre qui n’est pas seulement nécessaire pour ma famille, mais pour le tout Westeros. Ne fais pas l’erreur de croire nous sommes les seuls à montrer quelques virulence… Peu de temps avant le Couronnement, quelques jours avant, le Seigneur de Castral-Roc m’a confié dans le creux de l’oreille ‘‘ployer maintenant, c’est vivre demain’’. » Triste remembrance de ses paroles. Un instant, long, elle craint que de ne raviver cette flamme soit néfaste au climat paisible instauré. Il n’en est rien pourtant. Les secrets et faux-semblants doivent être détruits, elle n’avait rien à perdre. Elle avait tout à gagner. Elles avaient tout à gagner. Anticipant la question de Rhaenys, sentant encore la main de Lord Garett sur son épaule, elle continue : « nous nous sommes rencontrés dans les jardins. Le Faiseur de Roi… tu devrais te méfier de lui et de ce nom qu’il galvaude avec orgueil. » Une expression étrange, peu singulière, passe sur le visage du Chaton. Elle ne remettait pas en question l'allégeance et la bravoure chevaleresque de cet homme. Quelque part en lui, elle avait vu chez lui des faiblesses qu’elle aurait désiré exploiter. Des faiblesses qui faisaient parties de ceux, justement, qui ne s'étaient agenouillés que devant plus puissant que soi, les dragons tricéphales, mais qui n'avaient rien oublié de la royauté d’antan. Elle en était certaine, cette même fièvre coulait en eux. Inspirant avec force, dans ses dernières ressources, elle sourit à Rhaenys. Son amie, finalement et pour toujours. Elle parlerait à celle qui était prête à écouter. « Les Hommes… Les Hommes n’agissent pas comme ils le pensent. Longtemps, j'ai cru que je réfléchissais de moi seule mais c’est faux. J’appartiens à la lignée des Faucons et comme eux je suis façonnée. Chaque ancienne maison royale de Westeros, leurs grands vassaux procèdent de la même manière. Nous pensons agir de notre libre arbitre, mais nous ne répondons que de nos coutumes. Nous ne sommes pas des individus disparates, mais un groupe. C’est amusant à penser, mais observe la manière dont j'ai défendu Jorah… ! La plus grande erreur de la Couronne serait, en voulant trouver sa place, de détruire cette harmonie. » Habitée par un feu nouveau, vive d'un esprit libre pensant, elle parlait en réfléchissant en même temps. Ses iris faisaient des vas-et-viens dans celles de la dragonne sans réellement attendre réponse. Une certaine libération. Un temps de parole qu'elle avait toujours désiré, mais qu'il n'était pas opportun d’avoir. Pas passez féminin, pas assez prosaïque pour une femme. « Nous vivons ensemble depuis des millénaires, nous en avons établi des racines profondes liées entre elles des mètres sous terre. Si l'un d'entre nous se sent menacé, c'est tous ses pairs qui le sont, malgré les inimitiés ou le manque d’accointance. » C’était pour cette raison, peut-être évidente, qu’elle avait pu partager un instant privilégié avec le Seigneur de Castral-Roc. Ni plus, ni moins. Elle aurait pu dire que c’était son charme, son charisme ou n'importe quel autre atout qu'une femme bien née pouvait se targuer d’avoir... mais ce n'était pas ça. C'était ces liens anciens, légendaires, qui malgré les morts qui les séparaient ne pouvaient que les rapprocher. Eux, les Dieux d'hier devant s'abaisser pour les démons du Ciel. Une triste mélodie… « Jaehearys, malgré que petit-fils du Conquérant, à ce jour, n'est pas aussi connu qu'un Lyam Hightower, un Aglahad Swann ou… moi. Et ces paysans dont tu parles, savent seulement que c'est un garçon pour lequel ils ont sacrifié beaucoup trop. Targaryen n'est qu'un nom, prestigieux, angoissant, chimérique mais il n'a aucune représentation. Je ne suis pas comme toi, je ne connais rien de la guerre. A défaut, je connais les grandes Cour de Westeros et leurs moeurs. Si tu veux faire quelque chose, laisse Jorah mourir. Prépare toi à quelque chose de plus grand, quelque chose ton grand-père n'a jamais pensé. Cultive l'image. Face à nos légendes ancestrales et leurs spectres : invente le mythe des Targaryen. Soit le premier ménestrel des tiens Rhaenys et paies-en d'autres d'assez illustres pour narrer ces aventures dans les différentes régions. Prends garde à ne mépriser aucune Maison, Loyalistes ou Rebelles, puisqu'aucune n’a jamais trahi le nom Targaryen. Montre aux générations futures que, de cette guerre doublement fratricide, intervient Jaehaerys, le Conciliateur. Commande des codex illustrés que les ménestrels pourront montrer aux illettrés. Les troubadours et bardes des différentes Cour westerosies les copieront, aussi bien qu’ils le pourront certes, mais ils les copieront. Les légendes et histoires se propageront bien plus vite que tu ne le crois. » Prononcer ces paroles c’était accepter la fin de l'âge des Andals. Accepter la prédominance des Dragons. A l’idée qu'un jour ses serfs rêvent plus d'un nom Targaryen qu’Arryn, une larme épaisse coule sur sa joue. « Ne nous oublie pas. Ne nous oublie pas et n'oublie pas nos coutumes fortes de leurs différences. Cultive-les, montre la richesse que nous avons à créer d'un savoir vivre ensemble. Ne demande jamais aux Lions, aux Loups ou aux Faucons de s’incliner plus bas qu'ils ne le peuvent ou d'altérer à leurs modes de vie et de pensée. »

Sa paume vient trouver la joue brulante de Rhaenys. Le sang du dragon était certainement plus dynamique que celui des Arryn. Ce dernier, habitué à couler lentement, au son de ses ruisseaux, au rythme de ses altitudes hautes et imprenables. Si elle ne sourit pas, ses paroles, son geste, ses yeux brillants, essaient de le faire pour elle. « Il y a autre chose… une chose qu'une noble dame, fille et épouse ne devrait pas penser. Or, elle me hante et je crois que… je crois qu'elle pourrait t’être très utile. Où vont tous les voyageurs? Où vont tous les hommes qu'ils soient pauvres ou riches, malades ou bien portants? Les lupanar. Ils sont les seuls endroits capables d'équilibrer les puissances et effacer les frontières. Inspire-t-en. Inspire-t-en pour créer quelque chose d'audacieux. Port-Réal, Villevieille, Goëville, Port-Lannis commence par ces points d’ancrage. Trouve une personne de confiance, une âme qui ne te trahira jamais, pour décider des … artistes qui y officieront. Du parfum, des parures, de la manière de relever les cheveux, de chanter une poésie… ; qu'elle en fasse des lieux où les charmes de la Couronne seront réputés et qu'on viendra rechercher. Des endroits d’humanisme où la parole est officiellement libre : une image de Port-Réal qui doit faire rêver l’homme. Crée dans ces maisons sans noms un idéal de vie, un idéal de Cour que représente le pouvoir Targaryen. Un endroit fantasmé de l'Idée que permet le règne de ce nouveau monarque. Un pouvoir monétaire immense qui te permettra de fructifier l'argent pour construire à Port-Réal de nouveaux édifices. Des édifices à la gloire des heureux époux que vous êtes. Ne plus dépendre de l'Orage pour les denrées. » Avec soudaineté, elle se tait. Peut-être se rend-t-elle compte du danger de ses paroles ou, peut-être, simplement du pas qu'elle vient de franchir. Y avait-il aucun honneur dans ces paroles? Certainement que peu, très peu. « Puisqu'il t’appartient, Rhaenys, invente et façonne le monde de demain. Tu as plus de six mille années à rattraper, alors les manières importent peu tant qu'à la fin le peuple et les Maisons soient unifiées. Si mon châtiment n'est pas trop mortel, je t’aiderai. Un rire vide émane de ses lèvres blanches, sans réel espoir. Bien sûr, je serai jusqu'à ma dernière heure nostalgique d'un temps que je n'ai pas connu, mais si je t'aide, dans l’ombre, le Val, pour Jon, pour Loreleï, sera un endroit sauf. Je pourrais m'en assurer. »

AVENGEDINCHAINS

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Jeu 15 Mar 2018 - 13:52


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.



« Tu ne devrais pas me demander cela Rhaenys … j'ai bien peur que plus rien ne puisse empêcher une guerre contre le Nord. »

La guerre. Etait-ce dès lors inéluctable qu’il nous faudrait nous battre pour maintenir l’unité du Royaume ? Combien de nuits sans sommeil, d’innombrables élucubrations et autres angoisses s’étaient emparées de moi au cours de ces dernières semaines ? Combien de scénariis avais-je tenté d’élaborer pour éviter cette guerre ? Peut-être même étais-je dès lors la dernière de tout le royaume à ne plus souhaiter la guerre. Lord Stark était allé loin, il avait repoussé les mains tendues, s’était aliéné le soutien de nombreux grands seigneurs, pourtant intrinsèquement inclinés à son endroit, par son emportement et son entêtement. Pourtant, je tenterai une dernière main tendue, il le fallait. Le Nord ne pouvait exister sans les Stark, et la guerre épargnerait bien difficilement une Maison bientôt accusée de haute trahison.

« J’imagine que tu as du essayer de le faire changer d’avis… Si ton cousin souhaite voir le Nord ratifié : tu devras user de toutes tes forces et de toute ta hargne pour que les Stark en restent souverains. C’est un équilibre primordial. »

Je ne le savais que trop. Nombreux étaient ceux à la cour qui considéraient les Stark comme trop rigides, symboles poussiéreux d’un temps ancien, ou encore même une famille à remplacer quand tant d’autres pouvaient prendre sa place. A la différence de ceux-là, j’avais épousé les Stark, vécu en leur sein, évolué au cœur de l’Hiver et j’avais vu l’essentiel : le Nord était entièrement acquis aux Stark. Il ne s’agissait pas là seulement d’une allégeance de convenances, mais bien d’une loyauté qui coulait dans les veines de chaque nordien depuis son premier souffle… jusqu’au dernier. Robb, tout guerrier qu’il était, négligeait bien trop cette loyauté, car imaginer le Nord sans un Stark à sa tête c’était prendre le risque de le souiller. Or, un Nord souillé, était la promesse d’une guerre prochaine plus sanglante encore que tout ce que nous avions pu connaître. Mais dès lors comment m’y prendre ? S’il fallait ma force et ma hargne pour défendre les Stark, il était évident que je me jetterais à corps perdu dans cette bataille, mais de quel pouvoir disposais-je alors que Robb était devenu sourd à mes conseils à ce propos ? Mon cousin était devenu aveugle à tout raisonnement qui ne soit pas motivé par la colère et la douleur. Il n’y avait qu’une évidence pour lui : les Stark devraient payer, un lourd, très lourd, tribut. Ce qu’il ne mesurait peut-être pas, c’était l’identité même du Nord…

***

« Je ne compte plus les fois où je te trouve ici, seule et pensive… »

Je me retournais, et le visage serein de Theon m’adressait un sourire discret. Le Nord n’était guère le lieu de toutes les extravagances, et les sentiments n’échappaient pas à la règle. Pourtant, Theon Stark avait démontré plus de douceur et d’empathie à mon égard que tout autre dans cette forteresse. Le jeune frère du seigneur du Nord était différent de tous les autres nordiens, car il avait connu des territoires par delà les terres glacées de son enfance. Theon avait voyagé, rompu le pain avec d’autres personnes que ceux de sa cour, appris à appréhender et respecter des coutumes qui auraient pu lui paraître barbares. Il y avait appris à écouter, à respecter et accepter la différence. Il était devenu plus souple, plus… ouvert que ne pourrait jamais l’être son frère. Peut-être était-ce la raison qui nous avait poussé à nous entendre, à chercher la présence de l’autre, ses conseils.

La relation explose que Jorah Stark et moi-même entretenions n’avait rien de secret pour personne, et les murs résonnaient encore de notre dernière dispute. Je pouvais le voir dans chacun des regards alors que je quittais la pièce en furie. Il y avait ceux qui fuyaient et tenter de ne pas montrer qu’ils avaient entendu. Il y avait ceux qui, au contraire, soutenaient mon regard pour signifier qu’ils étaient de mon côté, ou du côté de mon époux – cette dernière option était bien plus récurrente.

« Cela ne te manque-t-il jamais, voyager, découvrir… Sortir de cette… prison ? »

Assise sur une souche énorme à l’orée du bois sacré, j’avais tenté de ravaler mes larmes sans grand succès et remerciais les Sept de m’offrir un sanctuaire pour les laisser couler sans être exposée aux regards de ceux qui ne me comprendraient jamais.

« Cette ‘prison’ est ma maison, Rhaenys. Et la tienne. »
« La mienne ? Comment cela pourrait-il devenir un jour ma maison… Regarde moi ! Je suis tout ce qu’ils détestent… Un dragon prisonnier de la tanière du loup. Un loup aveugle et sourd à toute mise en garde ! »
« Rhaenys… Mon frère est un homme du Nord, un Stark… Lui demander d’écouter son épouse est une chose, remettre en cause ses décisions avec tant de véhémence en est une autre… »

Il prenait place à mes côtés sur la souche, l’air sérieux.

« Il y a seulement quelques années, nous autres, Stark, étions Rois de l’Hiver et du Nord. Durant des siècles nous avons construit la légende de ceux qui nous ont précédé, ces glorieux Rois dont la dynastie remontait aux Premiers Hommes. Nous avons gagné le respect et la loyauté de nos vassaux. Nous ne sommes plus rois, mais cette loyauté est restée intacte. Ce que nous sommes, ce que nous faisons, l’air que nous respirons, tout cela repose sur ce concept de loyauté. Le peuple du Nord est loyal envers ses seigneurs, ces mêmes seigneurs qui vouent une loyauté aveugle à leur suzerain, qui lui-même leur accorde la sienne en retour. Si tu veux comprendre le Nord, alors comprends seulement cela. »
« Et lorsque votre loyauté vous amène à vous engager sur un chemin dangereux ? Un chemin mortel ? »

Mon ton avait été défiant, presque ironique tant cela me semblait être une idiotie. La loyauté était une belle chose, et mon idéal avait été d’y croire, mais j’avais bien trop vécu pour ne pas croire que la loyauté existait encore en toutes les âmes.

« C’est un risque à prendre. Un risque bien moins couteux que celui de perdre son honneur au cœur de la trahison. »

***


« Un équilibre qui n’est pas seulement nécessaire pour ma famille, mais pour le tout Westeros. Ne fais pas l’erreur de croire nous sommes les seuls à montrer quelques virulence… Peu de temps avant le Couronnement, quelques jours avant, le Seigneur de Castral-Roc m’a confié dans le creux de l’oreille ‘‘ployer maintenant, c’est vivre demain’’. »

Lannister. Je relevais les yeux, chassant de mon esprit l’image d’un Theon bienveillant et souriant, de l’orée de ce bois enneigé… Ployer maintenant, c’est vivre demain. Une manœuvre intelligente de la part d’un seigneur indéfiniment ambitieux. Lord Garett Lannister aurait pu être un allié de choix dans la période de Régence pour moi, il était jeune, combatif, et nous avions tous deux un esprit emporté. Il y avait pourtant des choses que je ne pouvais oublier. Garett Lannister s’était affublé du surnom ridicule de Faiseur de Roi, il avait tenté, à maintes reprises, de tirer à lui la couverture de gloire qu’avait représenté la défaite de Maegor. Pire encore, il avait pris des libertés avec la diplomatie du Royaume, invitant la princesse dornienne à le rejoindre sur les cendres encore fumantes de notre victoire. Il agissait en roi. Il agissait en être plus puissant encore que le Roi. Là était sa plus grave erreur. Si j’avais pu pardonner une mauvaise décision, un emportement comme j’en avais tant, je ne pouvais pardonner ce que tout cela dissimulait réellement : l’ambition de Garett Lannister de dépasser en gloire Jaehaerys, de faire effacer de l’Histoire le nom du Roi au profit du sien.

« Nous nous sommes rencontrés dans les jardins. Le Faiseur de Roi… tu devrais te méfier de lui et de ce nom qu’il galvaude avec orgueil. »

Je serrais malgré moi les poings. Oh je ne pouvais que m’en méfier. Garett Lannister était riche, puissant, et bien trop orgueilleux pour ne pas être dangereux. Alors qu’il avait quitté Port-réal à la suite de son erreur dramatique avec Dorne, je l’avais regardé quitter la ville, glorieux et acclamé, auréolé de gloire et d’or… Le regardant partir dans toute sa prétention, je m’étais promis de ne plus jamais baisser ma garde en ce qui concernait les Lannister. Et sans doute Robb n’était-il pas capable de le voir en cette heure, mais le péril Lannister était plus grand que celui que les Arryn faisaient plâner au-dessus de nos têtes.

« Les Hommes… Les Hommes n’agissent pas comme ils le pensent. Longtemps, j'ai cru que je réfléchissais de moi seule mais c’est faux. J’appartiens à la lignée des Faucons et comme eux je suis façonnée. Chaque ancienne maison royale de Westeros, leurs grands vassaux procèdent de la même manière. Nous pensons agir de notre libre arbitre, mais nous ne répondons que de nos coutumes. Nous ne sommes pas des individus disparates, mais un groupe. C’est amusant à penser, mais observe la manière dont j'ai défendu Jorah… ! La plus grande erreur de la Couronne serait, en voulant trouver sa place, de détruire cette harmonie. Nous vivons ensemble depuis des millénaires, nous en avons établi des racines profondes liées entre elles des mètres sous terre. Si l'un d'entre nous se sent menacé, c'est tous ses pairs qui le sont, malgré les inimitiés ou le manque d’accointance. »

Des racines profondes liées entre elles depuis des millénaires… Je n’en montrais rien, mais intérieurement je ne pouvais que sourire car Catelyn venait de mettre le doigt sur ce qui entretenait l’espoir en mon cœur. Rares étaient ceux qui, aujourd’hui, croyaient en ce lien unissant les familles de Westeros. Comment l’auraient-ils pu après tout ? La guerre avait brisé les alliances d’hier, brisé des familles et des êtres. Alors que le pays se remettait encore difficilement des affres de l’affrontement, il eut été facile de croire que le Royaume était plus divisé que jamais, et que toute conciliation était impossible. Pourtant, ce qui entretenait la flamme de l’espoir en mon cœur était justement la conscience vive que par-delà les divisions affichées quelque chose de plus fort existait. Arryn, Stark, Tully, Baratheon, Tyrell, Targaryen… Autant de familles aux coutumes différentes et parfois opposées, aux valeurs différentes, mais également autant de familles cohabitant sur un même territoire depuis des temps immémoriaux. La Conquête avait ébranlé un équilibre ancestral, mais elle n’avait pu briser les liens qui s’étaient construits à travers les alliances, les mariages, les liens d’un sang noble et révéré. Ces liens étaient les fondations même d’un futur que je voulais construire. Un futur où le sang continuerait à se mêler et lier les familles entre elles à mesure qu’une rose pourrait devenir cerf, une louvre dragon, que le lion pourrait épouser le faucon et leur enfant s’unir au dragon. Les liens du sang était la clé de voûte de notre héritage, de notre société, et c’était en continuant à les exploiter que l’on pourrait un jour oublier les divisions superficielles d’un temps belliqueux. Là était ce que je croyais.

« Jaehearys, malgré que petit-fils du Conquérant, à ce jour, n'est pas aussi connu qu'un Lyam Hightower, un Aglahad Swann ou… moi. Et ces paysans dont tu parles, savent seulement que c'est un garçon pour lequel ils ont sacrifié beaucoup trop. Targaryen n'est qu'un nom, prestigieux, angoissant, chimérique mais il n'a aucune représentation. Je ne suis pas comme toi, je ne connais rien de la guerre. A défaut, je connais les grandes Cour de Westeros et leurs moeurs. Si tu veux faire quelque chose, laisse Jorah mourir. Prépare toi à quelque chose de plus grand, quelque chose ton grand-père n'a jamais pensé. Cultive l'image. »

Je me redressais, interpelée par les paroles de Catelyn Arryn. Elles faisaient échos à celles qu’avait prononcé Theon quelques années auparavant. Ils avaient construit le mythe des rois de l’Hiver, tout comme Garett Lannister créait le mythe du Faiseur de Rois au dépends de mon époux. Mes grand-parents avaient créé le mythe de la Conquête. Les hommes d’aujourd’hui créaient de toutes pièces le mythe de leurs ancêtres disparus avec pour objectif d’ajouter encore à leur gloire personnelle. Les Rois disparus n’étaient autre que des constructions… oui… Ils étaient les pièces maîtresses d’une Histoire construite. Une intensité sans pareille traversait mon corps alors que toutes les pièces du puzzle s’assemblaient progressivement dans mon esprit. Je laissais mon regard se perdre dans le vide alors que je prenais la mesure de ce que Catelyn me révélait. Tout prenait sens. L’Histoire n’était guère le témoignage fidèle d’un passé glorieux, il ne s’agissait jamais de raconter les faits comme ils s’étaient produits… L’histoire était une construction, un objet malléable que tous avaient modelé selon ce qu’ils souhaitaient laisser voir.

« Face à nos légendes ancestrales et leurs spectres : invente le mythe des Targaryen. Soit le premier ménestrel des tiens Rhaenys et paies-en d'autres d'assez illustres pour narrer ces aventures dans les différentes régions. Prends garde à ne mépriser aucune Maison, Loyalistes ou Rebelles, puisqu'aucune n’a jamais trahi le nom Targaryen. Montre aux générations futures que, de cette guerre doublement fratricide, intervient Jaehaerys, le Conciliateur. Commande des codex illustrés que les ménestrels pourront montrer aux illettrés. Les troubadours et bardes des différentes Cour westerosies les copieront, aussi bien qu’ils le pourront certes, mais ils les copieront. Les légendes et histoires se propageront bien plus vite que tu ne le crois. »

J’avais construit un masque de cour pour moi-même, pour me protéger, pour raconter une histoire différente de la réalité… Et il me fallait à présent construire un masque glorieux pour l’histoire du règne de Jaehaerys. Se pouvait-il que cela soit si facile ? Se pouvait-il que modeler l’histoire à la gloire de ma Maison, de mon époux, soit la solution pour que, des siècles plus tard, l’on pense au règne de Jaehaerys comme celui de la conciliation ? De la paix ?

Nous ne sommes rien d’autre que le fruit de notre histoire. Enfant, adultes, vieillards, il n’y a pas une étape de notre vie qui ne fasse pas la part belle aux histoires. Les histoires et légendes que l’on écoute avant de s’endormir, celles que l’on raconte au crépuscule de nos vies, et celles que l’on construit pour présenter celui que nous pensons être. Personne ne sait rien de personne, nous ne savons que ce que les autres nous laissent entendre. Que savait donc Catelyn de moi ? Seulement ce que je lui avais conté, ce que j’avais accepté de lui délivrer comme histoire. Oh il n’y avait une seule histoire, mais autant d’histoires que d’oreilles pour écouter. Et pourtant, il s’agissait là toujours… d’histoires. La princesse gâtée et insouciante que dépeignaient les bardes de mon enfance avait laissé place à la dragonne enneigée dont l’exil avait ému durant des années, puis la Régente guerrière, celle dont l’arrivée au siège de Port-réal avait été contée à travers le royaume, et enfin la bonne reine… La reine dont les œuvres charitables trouvaient échos dans les ballades actuelles.

Ce n’était pas mes actes en eux-mêmes qui m’avaient apporté le soutien du peuple… Mais bien la manière dont ils avaient été rapportés. Sans même en avoir conscience, je construisais ma propre gloire, ma propre histoire.

J’étais à bout de souffle, ne sachant où fixer mon regard dans mon esprit semblait bouillonner devant une vérité révélée. La solution s’était trouvée sous mes yeux, entre mes mains, pendant si longtemps, et pourtant je m’étais refusée à la voir telle qu’elle était. Je devais vaincre le feu par le feu, et créer la légende Targaryen de toutes pièces. Il y avait tant de choses a exploiter. La Conquête divisait, elle avait meurtri le royaume tout entier, et pourtant elle pourrait devenir symbole de puissance, de toute puissance pour ma famille… Symbole d’unité pour le Royaume… Symbole de prospérité. Elever Aegon et Jaehaerys… diaboliser Maegor plus encore qu’il ne l’était déjà, et créer ce qui devait être créé : une Maison Targaryen se distinguant des crimes du Cruel. Si je voulais que le monde cesse d’associer Maegor à Jaehaerys… alors je devais raconter l’Histoire.

« Ne nous oublie pas. Ne nous oublie pas et n'oublie pas nos coutumes fortes de leurs différences. Cultive-les, montre la richesse que nous avons à créer d'un savoir vivre ensemble. Ne demande jamais aux Lions, aux Loups ou aux Faucons de s’incliner plus bas qu'ils ne le peuvent ou d'altérer à leurs modes de vie et de pensée. »

Trop absorbée par des milliers de pensées qui se précipitaient et m’obnubilaient, je délaissais Catelyn du regard un long instant. Dès lors que je reposais le regard sur le doux visage de mon amie, je ne pouvais ignorer ce que déjà sa voix laissait entendre… Et les larmes qui accompagnaient ses paroles heurtaient mon cœur davantage que toutes les lames les plus acérées. Elles me heurtaient car elles étaient le symbole d’un renoncement douloureux, et encore inimaginable quelques heures auparavant. Elles étaient le symbole le plus pur d’une amitié immaculée et précieuse, d’une loyauté à toute épreuve. Mêlant ses doigts aux miens, j’élevais une main afin d’effacer en une caresse le chagrin de Catelyn. Laissant un instant ma main sur sa joue, je plongeais mon regard dans le sien.

« Je te le promets. »

Je restais ainsi un long moment, ne brisant en aucune manière les liens visuel et physique qui nous unissaient plus que jamais. Je tentais, par delà les mots, de lui communiquer mon infinie reconnaissance car Catelyn Arryn venait de faire bien plus encore que ce que je lui avais demandé. Elle m’avait demandé d’écouter et en retour je lui avais demandé de parler, de me conseiller. Sans doute cela avait-il été perturbant, car les rois et les reines ne sont guère connus pour leur écoute et leur envie de conseils. Pourtant, il y avait bien plus que de simples conseils dans les paroles de Catelyn… bien plus. Un observateur extérieur aurait sans doute pu méprendre cette scène comme les simples retrouvailles sincères de deux amies qui avaient su dépasser leurs différences et retrouver un lien pur. En mon cœur, je savais que l’ampleur de ce moment qui nous unissait nous dépassait, et ses larmes me prouvaient que Catelyn en avait conscience également. Nous cessions d’être nous pour endosser le rôle écrasant de nos représentations. Deux mondes qui se faisaient face et avaient tenté de lutter l’un contre l’autre avant de comprendre qu’ils pouvaient œuvrer main dans la main. Ces mains entrelacées, ces regards embrassés, représentaient la réconciliation de nos dualités. Il fallait accepter de laisser quelque chose partir, et Catelyn l’avait fait. Elle avait relâché son étreinte et accepté de laisser une partie d’elle disparaître… pour la promesse d’un monde meilleur… d’un futur. Ce présent qu’elle me faisait était d’une intensité rare et s’accompagnait d’un devoir écrasant, car elle remettait entre mes mains la responsabilité de faire vivre cette partie d’elle-même à laquelle elle renonçait difficilement.

« Il y a autre chose… une chose qu'une noble dame, fille et épouse ne devrait pas penser. Or, elle me hante et je crois que… je crois qu'elle pourrait t’être très utile. Où vont tous les voyageurs? Où vont tous les hommes qu'ils soient pauvres ou riches, malades ou bien portants? Les lupanar. Ils sont les seuls endroits capables d'équilibrer les puissances et effacer les frontières. Inspire-t-en. Inspire-t-en pour créer quelque chose d'audacieux. Port-Réal, Villevieille, Goëville, Port-Lannis commence par ces points d’ancrage. Trouve une personne de confiance, une âme qui ne te trahira jamais, pour décider des … artistes qui y officieront. Du parfum, des parures, de la manière de relever les cheveux, de chanter une poésie… ; qu'elle en fasse des lieux où les charmes de la Couronne seront réputés et qu'on viendra rechercher. Des endroits d’humanisme où la parole est officiellement libre : une image de Port-Réal qui doit faire rêver l’homme. Crée dans ces maisons sans noms un idéal de vie, un idéal de Cour que représente le pouvoir Targaryen. Un endroit fantasmé de l'Idée que permet le règne de ce nouveau monarque. Un pouvoir monétaire immense qui te permettra de fructifier l'argent pour construire à Port-Réal de nouveaux édifices. Des édifices à la gloire des heureux époux que vous êtes. Ne plus dépendre de l'Orage pour les denrées. »

Respirais-je encore ? Sans doute, et pourtant il me semblait que tout autre son que celui de la voix de Catelyn avait disparu. J’écoutais avec attention, j’absorbais avec passion chacun de ses mots car ils étaient cruciaux. Les rôles devraient être distribués, et j’allais faire de le Cour de Port-réal l’endroit le plus magique, envié, de l’Histoire. Alors que j’écoutais avec attention, je me faisais la promesse de tourner la page de cette histoire qui me hantait. Je n’étais guère une reine sans pouvoir sous prétexte que les décisions étaient entre les mains de mon cousin Baratheon. Je disposais d’un pouvoir bien plus grand car générateur d’éternité. Il me fallait placer Port-réal au centre de tout. Longtemps j’avais dédaigné le rôle de mécène des arts et de la fête car il m’avait semblé que le véritable pouvoir était celui de la guerre… Comment aurais-je pu penser autrement alors que ma vie s’y était résumée durant de si longues années ? Mais il n’y avait pas eu que la guerre. Mon enfance avait été faite de célébrations, de fêtes glorieuses organisées par ma grand-mère. En ces heures glorieuses, Port-réal attirait les bardes et poètes, les peintres et sculpteurs, tous se bousculant aux portes du palais pour honorer la reine Rhaenys qui, à la différence de sa sœur, avait compris que là où les armes ne pouvaient plus rien… les violons et les plumes avaient un pouvoir incroyable.

A l’image de ma grand-mère éponyme, il était temps que je délaisse les armes pour me faire chef d’orchestre d’une symphonie à la gloire de mon nom. Il faudrait des fêtes régulières et magnifiques, des bardes parcourant le royaume pour porter haut le nom Targaryen, des lieux de débauche où cette gloire trouverait échos… Oui, il me fallait aujourd’hui commencer une autre guerre… Et battre Lannister, Arryn, Stark ou Baratheon sur le terrain de la légende.

« Puisqu'il t’appartient, Rhaenys, invente et façonne le monde de demain. Tu as plus de six mille années à rattraper, alors les manières importent peu tant qu'à la fin le peuple et les Maisons soient unifiées. Si mon châtiment n'est pas trop mortel, je t’aiderai. Bien sûr, je serai jusqu'à ma dernière heure nostalgique d'un temps que je n'ai pas connu, mais si je t'aide, dans l’ombre, le Val, pour Jon, pour Loreleï, sera un endroit sauf. Je pourrais m'en assurer. »

Pendant un long moment je restais silencieuse, le regard perdu à l’horizon, ne démontrant aucun signe d’assentiment ou de désaccord. Trop de choses me venaient en tête, trop d’idées et d’initiatives qu’il me faudrait mettre en place à l’avenir. Catelyn venait d’ouvrir un horizon de possibilités et de stimuler mon esprit autrefois englué dans la simple stratégie martiale.

« Non. »

Il y avait bien peu de sens à mon non, peut-être même Catelyn penserait-elle un instant que je refusais son aide. Il était pourtant la réponse à de nouvelles pensées qui immobilisaient mon esprit. Un châtiment… Catelyn était retenue prisonnière et son châtiment devrait être prononcé par Robb. Je connaissais les velléités de mon cousin et doutais fort qu’elles soient en accord avec mes projets d’alliance avec le Chaton du Val. Soudainement agitée, je me levais et commençais à faire les cents pas sans m’expliquer davantage.

« Robb est déterminé à te traiter en traître. Il a la confiance du roi… son pouvoir… »

Je m’arrêtais finalement pour replonger mon regard dans celui de Catelyn.

« Catelyn Arryn, tu as mon amitié. Et s’il veut te châtier alors Robb devra d’abord m’affronter. »

Je ne savais encore comment m’y prendre, ni comment concilier mes amitiés sincères envers deux personnes antagonistes, mais je voyais avec une clarté incroyable la situation. Robb était mon cousin, et ma confiance en lui-même était sincère. Pourtant, Catelyn venait de faire ce qu’il n’avait encore jamais fait, elle venait de placer mes intérêts au-dessus des siens. Elle venait de cautionner la guerre contre le Nord pour le bien du Royaume alors que son être tout entier la décriait, elle venait de m’encourager à créer l’hégémonie des Targaryen à travers l’Histoire, sachant que cela signifiait une gloire royale abandonnée pour les Faucons… Catelyn Arryn venait de prouver bien plus qu’il n’en fallait pour gagner mon respect et ma loyauté. Je me précipitais pour reprendre ma place et ses mains entre les miennes.

« Je ne sais guère comment, mais je trouverai une solution pour te sortir d’ici et te protéger de l’ire Baratheon. »

Un instant, je prenais la mesure de ce qui m’attendait car rien de tout cela n’était simple. Un air infiniment triste naquit sur mon visage, car pour la première fois je voyais les choses sous un angle nouveau. Robart Baratheon était mon cousin, mon ami, mon confident, celui a qui j’avais confié ma confiance et mon cœur… Il était mon meilleur ami… Mais Robart Baratheon pourrait rapidement devenir le pire ennemi de la Couronne. Accepter cette dualité, c’était accepter de ne plus regarder chacune de ses décisions comme indiscutable, et peut-être même était-ce accepter qu’un jour… il me faille agir contre celles-ci. Robart Baratheon avait changé, la perte de ses héritiers, le drame qui s’était abattu sur lui, l’avait changé. C’était une chose que j’avais refusé de voir jusqu’à présent. Un danger, que j’avais voulu ignorer…

J’avais voulu rester impassible, mais la réalisation me frappait. J’étais seule. Je m’étais apaisée au cœur d’une illusion… l’illusion que Robb était un soutien duquel je pourrais ne jamais douter… Il partageait le sang des Targaryen, il s’était montré fidèle et loyal… Comme il était doux de m’imaginer n’avoir jamais à douter de lui et de ses décisions… Une douceur qui venait de me quitter et d’être remplacée par une amertume dévorante.

« Tu m’as mise en garde contre le seigneur de l’Ouest… Je n’ai aucune confiance envers Lord Lannister. Sa prétention et son ambition en font un bien piètre allié pour la Couronne. Je ne devrais, finalement, avoir confiance en personne… Mais j’ai confiance en toi. J’ai demandé tes conseils, et tu m’as offert bien plus, Catelyn. Mon histoire ne me conditionne pas à confier ma loyauté et ma confiance aisément, tu les as gagné. J’espère en faire autant avec toi, et faire honneur à tes sages paroles. »

AVENGEDINCHAINS

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: We are half people, the two sides within us, human and crown.    Ven 6 Avr 2018 - 15:29


Rhaenys & Catelyn

We are half people, the two sides within in,
human and crown.


« Non. » Non? Catelyn se surprend à sursauter. C’est infime, mais ses épaules se creusent comme si elle pouvait s’y enfoncer. Y trouver refuge, telle une carapace, et échapper à la fureur royale. C’était une faiblesse, elle était allée trop loin. L’hypnose évaporée, la promesse de Rhaenys serait vite reprise. Elle partirait et sa prochaine visite serait celle de son bourreau. Lui offrirait-on une exécution princière, à l’épée et non à la hache? Déjà, elle se promettait de ne pas se courber sur le billot, mais de rester droite à la ligne d’horizon, affronter l’ardeur haineuse du plébéien et de la racaille les bras écartés. Loin d’avoir été désirée ou attendue, la mort serait accueilli comme une amie. Alors que le Dragon fier se relève pour arpenter la geôle d’un pas mal assuré et anxieux, ses épaules se creusent encore. « Robb est déterminé à te traiter en traître. Il a la confiance du roi… son pouvoir… » Lourdes, ses paupières se ferment. La nouvelle fébrilité de Rhaenys lui était acquise, toutes les ondes de la pièce étaient pour le lui dire. Dangereuse était son agitation, car Rhaenys n’était plus qu’une épouse et Robart Baratheon avait tous les pouvoirs du Royaume. De la pluie ou du beau temps, il en était l’unique dieu. Dans une mise en abîme miniature, entre ses mains dansait Westeros. « Rhae… » « Catelyn Arryn, tu as mon amitié. Et s’il veut te châtier alors Robb devra d’abord m’affronter. » Ses yeux sont sur elle comme deux diamants de feu, durs et violents. Elle ne peut que rouvrir les siens, plonger dans les braises et faire un signe du menton. La Arryn entendait le serment et n’avait pas les mots pour remercier un tel geste. Un geste qui couterait à la stabilité de la Couronne et qu’elle n’était pas certaine de mériter. Son discours avait été passionnel, mais ne l’était-elle pas pour tout ce qu’elle entreprenait? Chacun de ses geste était inscrit dans sa chair, dicté par l’invisible présence de ses ancêtres. Une puissance ancestrale qu’elle percevait comme un rayonnement autour d’elle. Précipitamment, elle est à nouveau à ses côtés prenant ses mains dans les siennes. La sueur moite de ces derniers instants, le Faucon déchu se lasse d’un sourire. La confiance de la Reine lui était acquise et rien ne reviendrait sur cela, aucun acte futur, aucune médisance de la Cour à son sujet. C’était un grand pas, une force secrète inespérée. Courber le col, encore un peu, et peut-être qu’un jour prochain les Arryn seraient à nouveau regardés avec respect et honneurs. Dans cette chaleur inconfortable, c’était une réelle brise, une douceur que de croire à cette possibilité. « Je ne sais guère comment, mais je trouverai une solution pour te sortir d’ici et te protéger de l’ire Baratheon. » Autour d’elle, une cascade dorée fait vibrer la pièce. Il ne fallait pas que le Dragon affronte le Cerf, pas encore. Rhaenys devait la sauver, lui permettre de ne pas mourir, mais Catelyn devrait payer un dû pour ses paroles. Ces dernières n’allaient pas à l’encontre du pouvoir Baratheon, mais bien en celui de la Couronne. Un jugement, fatiguant et incertain, était inévitable. Nécessaire même. Humaine, trop à son goût, un long instant la prisonnière observe les mains amies dans les siennes. Elle les presse et se dit qu’il serait si facile, à ce moment, de pousser Rhaenys dans ses doutes. Il serait si simple de la manipuler pour qu’elle se retourne contre le Cerf, après-tout ne disait-on pas que ce « Robb » était le digne fils de son père? Et qui pouvait connaitre quels avaient été les véritables desseins du grand et bienheureux Théodan? Personne. Personne, à part lui. Les hommes étaient vils, motivés par le pouvoir et la fortune, désireux de graver leur nom dans les constellations : il ne devait pas être différent. C’était un malheur que sa position se soit affaiblie par la perte de ses deux héritiers, cela retarderait ses machinations. Plus tôt qu’on ne le pensait, il éclipserait le début du règne de Jaehaerys, ce prince-roi inconnu. La Grande Guerre avait en son nom, mais qui pouvait mettre un visage sur son prénom? Il n’y avait pas de visage, autre que celui du fils du Héros, Robart. En effet, cela fut simple et rapide qu’en cet instant de pousser Rhaenys dans la méfiance grandissante de son cousin. Catelyn avait entre ses mains des fils malins, mais elle les lâcha. Là, n’était pas son rôle. Là, ne serait pas le rôle du Val. « Tu m’as mise en garde contre le seigneur de l’Ouest… Je n’ai aucune confiance envers Lord Lannister. Sa prétention et son ambition en font un bien piètre allié pour la Couronne. Je ne devrais, finalement, avoir confiance en personne… Mais j’ai confiance en toi. J’ai demandé tes conseils, et tu m’as offert bien plus, Catelyn. Mon histoire ne me conditionne pas à confier ma loyauté et ma confiance aisément, tu les as gagné. J’espère en faire autant avec toi, et faire honneur à tes sages paroles. »



Et, la gloire était totale… Finalement, par ses malheureuses paroles de parjure, Catelyn venait de faire bien plus pour les siens qu’ils n’avaient jamais fait pour elle. Jace, un matin glacé d’été, l’avait appelé « la Mère du Val », mais elle était bien plus. Elle en était la gardienne : la clé était derrière son coeur, protégée par des battements défensifs. Tant qu’elle vivrait, tant que personne ne viendrait le lui arracher de sa poitrine, elle en ferait sa cause. Depuis son premier vagissement on l’avait conditionné pour, il était trop tard pour reculer. « Tu ne peux pas… » Ses doits s’accrochent aux siens, elles étaient bien plus qu’amies. Un lien intrinsèque définissait leur relation et quoiqu’elles puissent faire souhaitait ardemment qu’elles demeurent l’une pour l’autre un renfort. « … en moi tu as tout gagné, il y a des années de cela. Je m’étais perdue, et je le comprends désormais. C’est moi qui espère que je te ferai honneur. » Un souffle lent, expiration d’un coeur lourd et secret, et elle continue. Elle devrait affronter les événements à venir, pour cela il lui faudrait chaque jour se dire que c’était une amnistie offerte aux Sept. Une purification. L’avenir ne pourrait être que plus acceptable, moins blessant sous cet angle… « C’est pour cela que je te dois, à toi, d’être jugée. Notre amitié doit rester secrète, de tous, et je te demande de n’intervenir qu’à la seule condition où ma vie serait condamnée. Demande grâce, tu es la Reine, elle te sera accordée. Personne n’a besoin de savoir plus, certainement pas ton cousin qui trouverait un moyen de nous retourner l’une contre l’autre. Encore. » Qu’elle interfère en sa faveur avant le jugement et la fureur du Cerf serait sans précédant, c’était certain. Il ne devait pas apprendre que Catelyn pouvait avoir quelconque influence envers sa cousine, jamais. Autrement, elle mourrait dans sa geôle avant même d’avoir pu en ressortir. Non, elle devait attendre, patiemment, que la situation soit en leur faveur. Cela pourrait prendre des années, mais des années n’étaient rien pour une descendante des Andals et des Premiers Hommes. Une poussière dans la trame de l’Histoire millénaire de leur race. « Parce que la Couronne a besoin de lui, qu’il est ton statu quo, Robart ne doit rien savoir de ce qui s’est dit ici. Promets-le moi Rhaenys, après tout son ire est pour ta protection. Et le crime que j’ai commis ne serait rester impuni. » Un jour elle lui reviendrait, elles se retrouveraient et il serait temps que Westeros comprenne ce qui s’était joué. Demander grâce pour sa vie, implorer ainsi, n’était pas pour lui plaire ou la rassurer. Il n’y aurait pas plus. « Quand il sera temps, je me rachèterai auprès de vous. Laisse moi être tes oreilles et tes yeux sur les terres de l’arrogant, trouve une façon officielle de m’y envoyer. » Cela signifiait ne pas voir son fils pour encore de longs mois, ni son père… et Jace, et Martyn… mais il n’était plus temps de penser à eux. Il fallait penser plus grand, plus loin, plus fort. Et comme toujours, il lui faudrait continuer à arracher la vie à coup de serres, pour savourer plus tard. Un jour, mais pas maintenant, jamais dans l’instant. « Prends soin de Freyja, j’aurais tant aimé pourvoir la voir à son arrivée… si je sais que tu veilleras sur elle, me voilà plus sereine. Et… avant que je ne m’avance devant tous, pourras-tu me faire parvenir une robe, appropriée pour l’occasion? » Soudain, elle avait honte de son accoutrement et de cette robe de soie rose, froissée et saumâtre, qu’elle portait jour et nuit depuis son arrestation. Ses bras tremblent et elle lâche les mains de son ancienne cousine, sa fierté allait être mise à rude épreuve. Jamais elle n’avait du faire preuve d’autant de détermination pour ne pas flancher, ne pas montrer son grand désarroi.

AVENGEDINCHAINS

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We are half people, the two sides within us, human and crown.

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