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 Les raisins de la colère

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Vorian Dayne
DORNE
■ Localisation : Les Météores
MessageSujet: Les raisins de la colère   Mer 3 Jan 2018 - 15:22

Les raisins de la colère

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Tu as fière allure Vorian, Père aurait été fier de te voir ainsi.

Un sourire fit son chemin sur le visage barbu du seigneur des Météores. Il avait revêtu une ample toge dornienne aux couleurs des Dayne, d’un violet pâle rappelant la lueur laiteuse qui imprégnait Aube. Sa barbe avait été taillée de près pour lui donner un air respectable et ses cheveux avaient été lavés deux fois, afin de les laisser respirer et montrer leur couleur claire. Située au-dessus de son cœur, un unique bijou apportait un peu d’opulence à la tenue simple mais de belle facture : une broche en améthyste représentant une étoile. Seul dans les appartements qu’on lui avait fournis, Vorian répétait encore une fois le protocole qu’il allait devoir suivre avant de réaliser sa destinée : il serait le premier des Dayne à épouser une Redwyne, et il faisait cela pour la grandeur de sa maison, et la stabilité de Dorne. Les prédécesseurs du Sire au Météore avaient débuté un rapprochement avec la grande maison bieffoise dans le but de dépasser les différences frontalières, pour créer une zone sûre, une zone stable et finalement une zone prospère.

Plusieurs notables étaient arrivés à Lancehélion une fois que le mariage avait été accepté par la Princesse et qu’elle avait invitée Vorian à le célébrer à la capitale de Dorne. Le jeune homme en avait été légèrement destabilisé : il ne s’était pas attendu à cela, lui qui avait toujours évité de se retrouver en pleine lumière. Il avait toutefois plié tout de suite, on ne refusait pas pareil honneur, surtout lorsque la dirigeante était d’un naturel assez volcanique. Il avait ainsi fallu prendre de nombreuses dispositions. La plupart de la cour des Météores avait rallié Lancehélion par voie navale, leur permettant d’être sur place en quelques jours. La totalité des notables du fief des Dayne étaient présents, tout comme une bonne partie des Dayne de Haut-Ermitage, ainsi que plusieurs familles alliées ou proches du pouvoir central.

Des Météores était surtout venue Nellia Vaith, la mère de Vorian, mais aussi de son frère exilé Banneth et de leur sœur Livia. La vénérable Dame des Météores, épouse de feu Gerold Dayne, avait cinquante-quatre ans et conservait un port-altier impressionnant. Si le frère était évidemment absent – il n’avait même pas été invité – la petite dernière de la fratrie était bel et bien là. Livia avait vingt-sept ans et était resplendissante dans une robe de couleur sable qu’elle avait choisie pour honorer les Martell. Du fait des liens de sang avec les Dayne, la maison Vaith était elle aussi présente. De la même façon, certains Allyrion étaient présents. Vorian avait noté que certains représentants des Ferboys et des Noirmont s’étaient également déplacés. Après tout, une cérémonie de mariage au cœur battant du pouvoir de Dorne attirait forcément les curieux et ceux qui souhaitaient tisser des relations. Quant aux hôtes eux-mêmes, il semblait qu’une bonne partie de la famille régnante serait également présente. Vorian ignorait encore si la Princesse elle-même se montrerait, mais il avait acquis la certitude que Manfrey Martell et son épouse, Arianna Lannister, seraient là. Quentyn Martell serait peut-être aussi là, mais comme son illustre nièce, il n’était pas aisé d’avoir une confirmation de sa part. Certains courtisans profiteraient ans doute également de l’occasion pour essayer de briller un peu plus ou d’approcher l’un des descendants de Nymeria.

La journée avait commencé comme d’ordinaire, sous un soleil de plomb auquel ils étaient tous habitués. La cérémonie aurait lieu une fois qu’arriverait la promise de Vorian : la jeune Laoren. Ils avaient brièvement échangé par corbeaux, alors que la native de La Treille l’avait enjoint à renoncer à cette union en souvenir de sa sœur Jessamine. Vorian avait refusé tout net, arguant qu’il n’était pas question de compromettre l’alliance entre Dayne et Redwyne parce que ce mariage n’était pas le bon. La réponse avait été incendiaire, et le seigneur n’avait pas jugé utile d’y répondre. Il se souvenait vaguement de la petite Laoren, bavarde, avide de questions et de connaissances, la figure ravagée par les affres de l’aube de l’âge adulte. Il était évident que le Dayne n’avait pas eu mot à dire là-dessus, et qu’il aurait largement préféré épouser la sœur ainée de Laoren. Les facéties des Sept lui échappaient, même s’il n’avait à redire sur les desseins divins.

En attendant que se montre au loin la voile sur laquelle serait fièrement représenté le raisin source de richesse et de prestige des Redwyne, une collation avait été organisée par les Martell sur l’une des terrasses du palais de Lancehélion. La plupart de ceux qui assisteraient au mariage seraient ainsi présents.

Il est peut-être temps de les rejoindre, Vorian.

Myria avait raison. Il n’avait que trop attendu. La plupart des invités devaient déjà discuter en sirotant des liqueurs sucrées ou en dégustant des pâtisseries collantes et luisantes. Il quitta ses appartements, ces mêmes lieux où le mariage s’achèverait pour laisser place à leur vie commune bénie par les Sept. Lorsqu’il arriva sur la terrasse, il y avait effectivement du monde. Ce n’était pas précisément une foule compacte, mais Vorian jugea qu’il n’y aurait jamais eu autant de monde – de beau monde – aux Météores. De toute manière, il n’était pas certain qu’il aurait pu loger tout le monde. Il salua quelques têtes familières, serra quelques mains, et s’arrêta un instant pour bavarder avec sa mère et sa sœur qui centralisaient une bonne partie des attentions en son absence. Vorian reconnut l’élégance ferme de la Dame de Ferboys, la Gardienne de la Voie de Pierre, Myriah Ferboys, que les Martell avaient envoyé en ambassade dans la cité des Dragons lors du mariage du roi-enfant. Vorian la salua comme ce qu’elle était : une égale, mais avec bien plus d’influence que lui sur Dorne. Après tout, elle était la conseillère de la Princesse elle-même.

« Dame Myriah ! Il est bon de voir des visages amicaux dans un moment si important. Je vous remercie d’être venue. J’espère que votre voyage chez nos voisins au Nord s’est bien passé. »

Ensuite, il avança rapidement pour croiser Manfrey Martell et son épouse. Il connaissait un peu l’héritier pour être celui que Nymeria avait chargé de le former à l’épée. Si le garçon n’était pas complètement incapable, il était criant qu’il n’avait aucun talent et ferait plus tard un piètre duelliste. Il ne connaissait par contre guère la Lannister, aux traits nobles, au regard d’émeraude et à la petite mine satisfaite en permanence. Il était difficile de ne pas sentir toute la richesse et la noblesse de son sang derrière son masque de jeune épouse comblée.

« Mon prince, c’est un honneur et un plaisir de vous voir ici. »

Vorian s’inclina légèrement avant de saluer la Lionne.

« Dame Arianna, nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire connaissance. Je vous remercie d’être présente, vous aussi. »

Après l’avoir saluée selon le protocole, Vorian se retourna vers l’héritier de Dorne.

« Avez-vous des nouvelles de votre père ou de votre tante, mon prince ? Viendront-ils ? »




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Myriah Ferboys
DORNE
■ Localisation : Auprès de Nymeria Martell
MessageSujet: Re: Les raisins de la colère   Dim 7 Jan 2018 - 11:36

Les raisins de la colèreCe jour était un jour spécial et Myriah pouvait le ressentir dans l'atmosphère qui régnait autours d'elle tandis qu'elle déambulait dans les jardins du palais, d'ors et déjà apprêtée pour l'événement. Pour cette occasion si particulière elle revêtait une robe longue mêlant le gris et le noir au jaune, couleurs caractéristiques des Ferboys, avec des fleurs finement brodées sur les manches et les pans de la robe. En cette journée chaude se profilait le mariage d'une des familles les plus puissantes de Dorne, après les Martell : lord Vorian Dayne, épée du Matin. Elle ne connaissait pas la fiancée du Dayne mais elle savait que la famille Redwyne pouvait constituer un atout majeur, eux qui possédaient la plus puissante flotte de Westeros. Il s'agissait de la probable raison pour laquelle le mariage se tenait à Lancehélion et non aux Météores.
Tout au palais était en effervescence. Les hommes et les femmes préparaient les lieux pour accueillir le mariage et les invités, pour préparer la cérémonie et le banquet. Certains avaient les mains encombrées par des plantes, d'autres transportaient des décoration pour embellir les salles du palais concernées par le mariage.

Myriah se doutait que les Dayne viendraient en nombre au Palais Vieux pour assister au mariage de l’Épée du Matin tout comme les Redwyne mais elle ignorait cependant quelles familles nobles se joindraient à la cérémonie. Alors pour vérifier qui était présent elle prit le chemin de la terrasse où allait se tenir une collation organisée par la famille régente en attendant l'arrivée de la future dame des Météores.

Une fois arrivée sur place, la conseillère eut l'agréable plaisir d'apercevoir le visage de son frère vers qui elle se dirigea avec un grand sourire aux lèvre. Elle avait beau communiquer avec lui par le biais de lettres pour prendre des nouvelles de leur mère et des Osseux, elle ne l'avait pas vu depuis des lunes et sa présence à Lancehélion la mettait en joie. Elle l'avait alors prit dans ses bras, profitant de ce moment comme elle pu. Après cet instant intime avec les membres de sa famille elle se prit une coupe de vin et se posta dans un coin pour observer les visages présents. Comme elle avait pu s'en douter les Dayne étaient au grand complet, les Météores et Haut-Ermitage, mais des représentants des Vaith, Noirmont et Allyrion honoraient le lord Dayne de leur présence.

Une partie des invités présents sur la terrasse lorsque arriva un homme de haute stature, les cheveux blond, les yeux d'un bleu inimitable et une toge dornienne d'un violet pâle. Il ne pouvait que s'agit de lord Vorian Dayne. Sirotant sa coupe de vin, Myriah regarda celui qui faisait l'objet de toutes les attentions en ce jour si particulier tandis qu'il serait des mains, saluait et bavardait avec les siens. Au bout d'un moment ils se captèrent du regard et l'Epée du Matin vint la saluer avec respect et la Ferboys fit de même.

- Je vous en pries, lord Vorian, je ne manquerais pour rien au monde votre mariage sachant que ce soir de nombreuses jeunes femmes de Dorne vont regretter votre engagement, répondit-elle avec un grand sourire. Mon voyage chez nos voisins s'est révélé très mouvementé mais je ne vais pas aborder ce sujet alors qu'en ce jour vous allez vous marier, l'heure est à la fête !

Myriah laissa réagir le dornien avant de le laisser s'éloigner vers le Prince Manfrey et elle alla retrouver sa famille.
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Nous gardons la voie
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Manfrey Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion, à Dorne
MessageSujet: Re: Les raisins de la colère   Ven 12 Jan 2018 - 11:00




Les Raisins De La Colère
Le soleil brillait haut dans le ciel lorsque Manfrey et Arianna passèrent la double porte vitrée qui menait à la terrasse princière. Surplombant la baie de la Mer d'Ete, elle accueillait en ce jour un cercle restreint, mais néanmoins prestigieux, la fine fleur de la noblesse dornienne. Préparés à leur attention, plusieurs cépages de Rouge Dornien et des corbeilles de fruits frais, tandis que dans la légère brise flottaient de toute part des bannières aux déclinaisons améthystes et émeraudes. Chacun scrutait l'horizon, tentant le premier de déceler le point scintillant qui annoncerait l'arrivée de l'invitée d'honneur. Un décors de rêve, une splendeur pour les yeux. De toute évidence, Nymeria avait mis les petits plats dans les grands. Le mariage de Vorian Dayne et de Laoren Redwyne avait fait le tour de la Principauté, et elle comptait bien faire de ce jour un évènements national !

« Il n'y avait pas tout cela pour mon mariage. » A ses côtés, la voix de son épouse était douce et chantante. Mais il n'avait pas besoin de se tourner vers elle pour savoir que les beaux yeux verts brillaient d'une lueur électrique. Un mince sourire étira alors ses lèvres, cependant qu'il se pencha légèrement vers elle pour murmurer à son oreille. « Allons, mon chaton, ne miaule pas si fort, on pourrait croire que tu le penses ! » D'un geste sec, elle se détourna de lui, ses longues boucles blondes semblant faites d'or dans la lueur du soleil. « Je n'avais pas de banquet d'accueil. Je n'avais pas de bateau. Je n'avais pas le Vieux Palais décoré de mes couleurs... Je continue ? » Pour toute réponse, Manfrey secoua légèrement la tête, et se retint de rire. Arianna était incapable d'apprécier l'évènement pour ce qu'il était, n'y voyant que le déploiement d'un faste qui à ses yeux, ne se méritait que pour une seule personne : elle-même. Un trait de caractère dont il ne savait que trop s'il lui déplaisait, ou si au contraire, il ne la lui faisait qu'aimer davantage ! Pourtant, cette union n'avait rien de semblable à la leur. Là où les noces d'un Martell avec une Lannister signaient une alliance, celle d'un dornien avec une biefoise s'annonçait d'avantage comme un noeud diplomatique... Il prit alors sa main, et embrassa délicatement ses doigts. « Je te promets que je ferai organiser une fête en ton honneur, avec un banquet encore plus beau et encore plus grand, et que le Lion doré rugira à chaque recoin du palais. Et je te ferai construire une galère somptueuse, qui partira au large de la Mer d'Ete pour ne revenir que par le détroit de la Mer de Dorne... ! » Il voulu l'attirer à lui, mais elle se dégagea rudement, croisant les bras sur sa poitrine. Moulée dans une robe écarlate qui semblait peinte sur son corps, elle ressemblait à une flamme incandescente. Les milliers de rubis qui scintillaient sur le tissu se réflétaient dans l'argenterie, et ses longs cheveux blonds négligemment détachés n'étaient retenues de son visage que par une fine broche du même rouge que sa robe. « Cette robe... » murmura-t-il, presque à lui-même. Elle n'avait rien laissé au hasard, et comptait bien faire comprendre à celle pour laquelle on avait organisé tout cela qu'elle ne se laisserait pas aussi facilement éclipser.

En comparaison, il était d'une tenue résolument plus sobre. Si son pourpoint blanc arborait la lance ensoleillée des Martell, la longue tunique qu'il avait revêtue par dessus était d'un violet pâle. Une manière pour lui d'honorer leur hôte, qui, déjà s'avançait vers eux. Après avoir salué Myriah Ferboys - que Manfrey salua d'un signe de tête - Vorian s'inclina respectueusement devant le couple princier. « Mon Prince ! C'est un honneur, et un plaisir de vous voir ici ! » Il lui rendit son salut par un sourire, et posa amicalement sa main sur son épaule. « Maître Dayne, tout l'honneur et le plaisir est pour moi ! D'autant que les Dieux Rhoynars semblent tout enclins à bénir cette journée, avec ce temps splendide ! » Par dessus son épaule, il pouvait sentir Arianna s'impatienter, et pour un peu, elle aurait levé les yeux au ciel. Arrête de l'appeler Maître ! semblait-elle vouloir lui dire. Pourtant, tel le voulait l'usage. En devenant son maître d'armes par ordres de la Princesse Régente, Vorian Dayne était entré dans le cercle privé de la famille princière, et en ce jour d'honneur pour lui, Manfrey tenait à le faire savoir. Quand bien même leurs entraînements quotidiens ne montraient aucun progrès, et qu'il en ressortait à chaque fois plus amoché : en l'espace d'un mois, il s'était brisé deux côtes, écopé de plusieurs ématomes aux avant bras et ressentait une douleur de plus en plus lancinante dans la cuisse gauche. D'ailleurs, s'il s'efforçait de ne pas le montrer, il commençait à boiter. Et si le ridicule ne tuait pas, le jeune homme se demandait pendant combien de temps encore Nymeria le laisserait dans cet état...

Ce fut alors que tout sourire, Vorian se tourna alors vers son épouse. « Dame Arianna, nous n'avons pas encore eu l'occasion de faire connaissance. Je vous remercie d'être présente, vous aussi ! Avez-vous des nouvelles de votre père ou de votre tante, mon Prince ? Viendront-ils ? » Manfrey n'eut pas le temps de répondre. Le regard qu'Arianna venait de jeter à Vorian en disait long, et pour un court instant, il cru qu'elle allait le gifler. Puis... « Et pourtant, Messire, vous prenez des airs bien familiers... J'aurais juré qu'on ne s'adresse pas à moi comme à une "Dame", mais comme à une Princesse ! » La première pique siffla comme un coup de fouet, quand bien même le sourire d'Arianna révélait une rangée de dents aussi blanches que des perles. « Mais soit, je ne suis pas femme à tenir rigueur des fébrilités d'un homme sur point de convoler... Considérez donc cet écart au protocole comme un cadeau de mariage... ! » ajouta-t-elle, en lui offrant sa main à baiser. Typique Arianna. Sur ce chapitre, elle ressemblait trop à sa mère pour prendre à la légère une faute d'étiquette. Elle qui déjà ne semblait pas voir l'arrivée de la fiancée, Laoren Redwyne, d'un bon œil, prendrait sans doute un malin plaisir à torturer le futur marié qui, du reste, manquait de lui tuer son époux... ! Pour dissiper le froid, Manfrey enchaîna rapidement, sur un ton badin. « Je puis vous assurer que ma cousine sera présente ! Mon père, en revanche, vous prie de l'excuser.. » fit-il prudemment. Quentyn serait absent, et ce pour une raison que son propre fils ignorait. Depuis l'annonce de ce mariage, et plus encore depuis ce regain d'accord entre Dorne et l'un de ses plus mortels ennemis, le Bief, il se montrait plus taciturne. Tout comme son fils, il voyait ce mariage avec un mélange d'intérêt et de profonde méfiance...


©️ Belzébuth

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    I Don't Want The Crown, I Only Want You
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Vorian Dayne
DORNE
■ Localisation : Les Météores
MessageSujet: Re: Les raisins de la colère   Mar 16 Jan 2018 - 18:49

Les raisins de la colère

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Si échanger brièvement avec Myriah Ferboys avait été un plaisir, il était difficile de dire que la rencontre avec la femme de son écuyer était du même acabit. Le Dayne et la Ferboys s’étaient rencontrés une seule et unique fois, de longues années auparavant. Un tournois dans l’Est du pays avait rassemblé une partie de la noblesse dornienne pour assister à l’événement. Vorian et Banneth accompagnaient alors leur grand frère Mance, déjà chevalier, qui joutait pour les Dayne ce jour-là. Une autre époque, où les deux frères cadets n’aspiraient qu’à profiter de la vie privilégiée que leur offrait leur statut de fils d’une grande maison, sans se tracasser de l’image qu’ils laissaient vu qu’ils n’étaient pas héritiers. Mance semblait indestructible, qui aurait pu penser, que quelques années plus tard, il serait tué pour défendre l’honneur de Dorne… Son frère aîné manquait à Vorian, mais pas autant que sa sœur, qui portait le même prénom que la Dame de Ferboys, à l’exception d’une orthographe légèrement différente. Cela leur avait peut-être permis de se rapprocher, le jour de ce tournois. Le souvenir de la jeune demoiselle disparue avait longuement hanté les Dayne, et en particulier Vorian, dont c’était la jumelle. Et encore aujourd’hui, le spectre de sa sœur le suivait partout.

Le face-à-face avec Arianna Lannister lui appris deux choses. Premièrement que la Lionne était insupportable : Banneth l’aurait sans doute catégorisée comme chiante pisseuse frigide. Mais après tout, le dernier frère qu’il lui restait avait souvent la langue bien peu pendue. Il lui arrivait de se demander où il en était, ce qu’il faisait, ce qu’il était devenu depuis son départ forcé pour la Citadelle. Peut-être était-il devenu archimestre et dispensait-il des cours, ou conseiller précieux dans un château où le seigneur et ses proches écoutaient son avis avec attention ? A la vérité, Vorian n’en savait rien. Les mestres abandonnaient leur nom une fois entré dans l’ordre de la Connaissance, et Banneth n’avait jamais envoyé la moindre lettre à cette famille qui l’avait banni pour ne pas avoir à le raccourcir d’une tête. Banneth l’avait-il un jour compris ? Vorian aurait pourtant aimé qu’il soit là, avec eux.

La deuxième chose que le Sire des Météores avait appris face à la Lannister, c’était qu’elle n’était visiblement pas bien disposée à son égard. Il se fit la promesse d’y remédier : Arianna était une personne puissante, dont l’influence dépassait de loin les frontières dorniennes, mieux valait l’avoir avec soi que contre. Tandis qu’il se pliait bon gré mal gré à la coutume du baisemain, Vorian se rendit compte que son interlocutrice portait une robe absolument somptueuse, bien plus opulente que tout ce qui se faisait à Lancehélion… On disait beaucoup de choses sur les Lions du Roc et leur attrait pour la richesse et tout ce qui permettait de jeter à la face du monde leur pouvoir, et le Dayne ne pouvait qu’admettre que ces bruits étaient visiblement fondés. Toutefois, Vorian n’était pas du genre à se laisser complètement démonter. Il prit un air contrit et plongea son regard calme dans les yeux de la féline.

« Veuillez me pardonner, princesse. Les subtilités du protocole m’échappent encore quelque peu. Mais je vous remercie pour la grâce de votre présent de mariage » acheva-t-il avec un fin sourire avant de se retourner vers son apprenti qui essayait de désamorcer la situation.

« Je puis vous assurer que ma cousine sera présente ! Mon père, en revanche, vous prie de l'excuser.. »

Vorian hocha du chef pour accuser réception du message. La Princesse elle-même serait là… C’était une information à prendre en considération. C’était un grand honneur qui était fait à la maison Dayne, et une marque de confiance publique. Vorian se demandait comment ceci serait à rembourser aux Martell… Il n’eut pas le temps d’y réfléchir plus longtemps que l’un des invités s’exclamait sur ce qu’il voyait au loin.

« Tiens, je crois que voici l’épouse de monseigneur ! »

Vorian se détourna de Manfrey et Arianna dans une petite courbette polie et navrée avant de se rendre aux côtés de sa mère et sa sœur. Apparaissant de derrière un pic rocheux au loin, deux navires de facture bieffoise louvoyaient pour se rapprocher désormais de la Ville Ombreuse et de son port. Sur leurs voiles blanches figuraient le raisin bordeaux et ces feuilles émeraudes que le seigneur des Météores ne connaissait que trop bien : les armoiries Redwyne, blason de la famille de Jessamyne… et de Laoren. Les deux navires tiraient bien leurs bords et avaient fière allure, avançant à leur rythme, semblant au loin comme posés sur leurs reflets de cette mer relativement calme, poussés par une brise de demoiselle venue du Sud. Sa sœur attrapa le bras de Vorian.

« J’ai hâte de voir à quoi elle ressemble, tu ne nous en as rien dit… Ou si peu ! »

Vorian haussa les épaules d’un air gêné, sincèrement touché par l’enthousiasme de sa sœur. Si Laoren n’avait pas voulu de ce mariage, au moins serait-elle bien accueillie par Livia qui était une étincelle de bonne humeur et de joie de vivre dans la forteresse ocre des Dayne, encore plus depuis la disparition de Myria. A leurs côtés, leur mère Nellia regardait avec un œil attentif ces deux navires qui amenaient celle qui serait désormais la femme de la vie de son dernier fils. Mance tué, Banneth comme mort, et Myria assassinée, il ne lui restait plus que ses deux derniers enfants, Vorian et Livia, qui entretenaient une complicité solide du fait de leur proximité d’âge. Ils restèrent là un moment, à regarder les navires approcher sans rien dire, chacun emmuré dans ses pensées, avant que finalement, Vorian ne se décide à se mettre en route pour le port.

* * * * *

La descente jusqu’aux quais avait été rapide, et seule une petite partie de ceux qui assistaient aux festivités d’avant la célébration étaient venus jusqu’ici. La famille de Vorian et les Dayne de Haut-Ermitage avaient bien entendu fait le déplacement mais le jeune homme ne s’était guère retourné pour voir qui d’autre était venu. Les deux navires étaient désormais amarrés à couple, le premier étant soigneusement apprêté au quai. Ils étaient impressionnants, de par leur taille, la rondeur de leurs flancs qui laissait entendre une utilisation mercantile en temps normal, et aussi par la maîtrise de leurs équipages. Les Bieffois à l’accent si chantant se hélaient depuis les haubans et les mâts alors que les officiers donnaient les ordres depuis le pont. Les grandes voiles se ferlèrent comme par magie en un rien de temps telles de grandes ailes, laissant le soleil envahir la coupée. Alors qu’on avait installé une grande et solide planche de bois qui ferait office de passerelle, plusieurs hommes d’armes aux armes des Dayne prirent place de part et d’autre en présentant des lances à la pointe d’argent autour desquelles étaient enroulé un cordon de velours violet. A l’avant du premier navire, une splendide figure de proue peinte représentait un cheval ailé blanc comme la neige battant furieusement des sabots, comme s’il avait été sculpté ainsi pour tenir en respect les flots.

Et puis, elle apparut enfin. Au bras de son unique frère, l’héritier de la maison Redwyne, elle descendait la passerelle avec une élégance légèrement roide, enveloppée dans une robe bleu nuit splendide recouverte de décorations d’or qui donnèrent un coup de fierté au Dayne en les distinguant. Le haut de la robe était ponctué de soleils d’or, hommage appuyé et évident aux Martell qui étaient les hôtes de ce mariage peu conventionnel, mais qui pouvait aussi être un signe clair envers l’étoile des Dayne tandis que le bas était couvert de feuilles qui rappelaient la vigne Redwyne. Qu’elle avait changé depuis le dernier passage de Vorian à La Treille. Il l’avait quittée jeune femme en devenir, le visage ravagé, la voix légèrement éraillée. Elle était désormais plus grande, ses traits étaient fins et aristocratiques, tandis que son corps était devenu celui d’une femme accomplie. Son frère, à ses côtés, émanait l’importance qui était la sienne : héritier de l’une des plus riches maisons de Westeros, préparé à cela toute sa vie, alors que son père n’avait pas pu se rendre disponible, alors que sa présence était requise au mariage du Roi Jaehaerys. Leurs visages fermés tranchaient amplement avec l’enthousiasme de Livia, et Vorian prit sur lui d’aller à leur devant au milieu de la haie d’honneur. Il les salua avec une révérence fluide tout en posant son regard sur Laoren.

« Ser Lyam, Dame Laoren. C’est un plaisir de vous revoir. Soyez les bienvenus à Dorne, et à Lancehélion. J’espère que votre voyage s’est déroulé sans inconvenances. Une collation nous attend dans le palais, si vous voulez bien me suivre, je vais vous y mener et vous présenter à Dame ma mère et à ma sœur qui n’attendent que d’enfin pouvoir vous saluer par elles-mêmes. »





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Laoren Redwyne
BIEF
■ Localisation : La Treille
MessageSujet: Re: Les raisins de la colère   Mar 16 Jan 2018 - 22:33

Les Raisins de la Colère



Il te suffit de t’enfuir, de trouver un navire pour quitter l’île, et tout sera réglé

Et pourtant, je ne l’avais pas fait. Les semaines étaient passées, chaque jour je me promettais que le lendemain, je disparaîtrais pour de bon, je laisserais derrière moi mon nom et ma famille pour éviter de blesser cette sœur qui avait tout été pour moi, qui était toujours tout pour moi. Et pourtant j’étais là quand mon frère était venu me chercher pour m’emmener aux navires affrétés spécialement, et à sa destination. Lancehélion, dernière capitale indépendante de Westeros, berceau de tant de légendes exotiques que j’avais longtemps rêvé de pouvoir m’y perdre, de découvrir ce peuple si différent du nôtre. Aujourd’hui, il n’y avait pas d’autre endroit que je redoutais plus en ce monde, sauf peut-être les Météores. Partout on décrivait Dorne comme le pays des libertés, qu’elles soient charnelles ou de pensée, les terres où les femmes avaient autant de pouvoir que les hommes, et pourtant c’était les déserts que je ne pouvais m’empêcher d’imaginer, ces immenses étendues de vide qui seraient ma prison pour le restant de mes jours, si je ne faisais rien.

Convaincs-le, et peut-être qu’il désobéira à Père, qu’il te ramènera à la maison, et que tout cela n’aura été qu’un mauvais rêve. 


La désapprobation se lisait sur le visage de Lyam, dans son attitude, sa manière de donner des ordres. Peut-être qu’au final, il tenait trop à moi pour m’offrir en cadeau à ces gens qui de tout temps avaient été les ennemis de nos terres et de nos rois, puis de nos suzerains. J’aimais cette idée, même si je savais qu’il était plus probable qu’il ne veuille simplement pas hériter de cette alliance. Père et lui avaient toujours eu des points de vue différent sur les rapports à entretenir avec les dorniens, et Lyam avait eu la naïveté de croire que peut-être, il aurait eu son mot à dire à l’aube de reprendre les rênes de la famille. Sans doute aurais-je pu appuyer sur sa fierté, sur son accession prochaine à la tête des Redwyne, j’aurais pu lui promettre de le soutenir face à Père, et cela aurait peut-être suffi pour qu’il accepte de braver ce seigneur qui se faisait vieux, l’ultime bravade de la jeunesse qui s’apprêtait à lever le voile d’un règne pour en commencer un autre. Là encore, cependant, je n’avais rien dit, ultime sursaut de fidélité, lâcheté dissimulée, ou simplement l’envie de contrarier ce père qui devait être certain que sa fille ingrate ferait tout pour gâcher ses plans. Mes dernières soirées avec Lyam, mais dernières soirées en tant que sœur, et seulement sœur, je les avais passées à discuter de ces temps où nous jouions tous sur la plage, ces époques heureuses où nous n’avions que l’innocence pour nous servir de limite à ne pas franchir.

Le voyage avait été court, bien trop court à mon goût. Le navire qui nous transportait avait à sa proue un cheval ailé, issu d’un conte que je n’avais jamais lu et pourtant chaque nuit je rêvais qu’il prenait vie et m’emmenait au loin, voir cet homme au visage inconnu, ce prince que j’avais imaginé beau et brave, celui que durant toute mon enfance j’avais appelé Père, quand le véritable détenteur de ce titre m’accusait d’être une bâtarde. Aurait-il continué s’il avait su qu’il m’offrait là un cadeau inestimable ? Celui de croire que je pouvais être plus que ce que j’étais réellement, que peut-être un jour ce serait à lui d’incliner la tête devant cette fillette trop curieuse dont il ne voulait pas vraiment. Et pourtant, à l’aube du cinquième jour, la cité du soleil était en vue, et les suivantes avaient envahi ma chambre alors que je dormais encore pour m’apprêter pour ce jour qu’elles appelaient le plus beau de ma vie. N’avaient-elles donc aucun coeur ?

Ne te laisse pas faire, débats-toi. Si tu n’es pas présentable, tu ne sortiras pas de ce navire.


Réminiscence d’une époque passée, je revoyais Jessamyne, droite, fière, immobile tandis qu’on la destinait à cet autel maudit auquel on voulait aujourd’hui me sacrifier. Comment aurais-je pu lui faire honte en me comportant moins dignement qu’elle… Alors, immobile je restai, le visage perdu dans le reflet déformé de mes traits qu’offrait le miroir tandis qu’elles me peignaient le contour des yeux après m’avoir fait enfiler ma robe. Curieusement, le souvenir de ma mère, morte, et de ces mains qui avaient apprêté son corps me revint à l’esprit, aujourd’hui j’étais celle que l’on envoyait aux Dieux, s’ils existaient vraiment, j’étais le sacrifice à la vanité de l’homme, à son envie de briller peu importaient les conséquences. D’un geste, l’une des femmes autour de moi essuie une larme sur ses joues, avant de s’exclamer :

« Vous êtes encore plus belle que votre sœur le jour de son mariage, ma Dame ! Je suis sûre qu’elle serait fière de voir ce que vous êtes devenue. »

Vraiment ? Serait-elle fière de me voir occuper la place qu’elle avait si longtemps désirée, de me voir me soumettre à ce choix que d’autres avaient fait ? N’espérait-elle pas mieux pour moi ? Elle m’avait fait promettre de vivre pour nous deux, et c’était bien vers ma fin que je faisais voile à présent. Elles ne connaissaient pas Jessamyne comme je la connaissais, elle aurait tout fait pour me tirer de ce sort dont je ne voulais pas, j’en étais certaine, je voulais en être certaine. Elle ne m’avait pas répondu pourtant, quand je lui avais écrit pour me donner du courage, quand je lui avais annoncé la décision de Père de m’unir aux Dayne. Il m’aurait suffi d’un mot, d’un ordre de sa part pour avoir le courage de fuir, mais rien n’était venu, ni sa réponse, ni le courage. Mon regard, pourtant, se durcit face à cette remarque indigne. Personne ne rivalisait avec Jessamyne Redwyne, la fleur la plus délicate du Bief, en matière de grâce et de beauté, comment cette idiote qui l’avait cotoyée pouvait-elle l’ignorer ? Je n’eus pas le temps de la remettre à sa place qu’une voix masculine emplit la petite pièce qui me servait de chambre.

« Ma sœur a toujours été la plus belle, et aujourd’hui, elle éclipsera même les Princesses dorniennes qui se croient sans égales ailleurs. De cela, à présent, je suis certain. »

A lui, je ne pouvais rien dire, même si j’en avais envie. Depuis son départ, les hommes de ma famille oubliaient trop rapidement, trop facilement ma sœur, ils agissaient comme si j’avais toujours été seule, comme si Dyanne et Jessamyne n’avaient jamais vraiment été là. Sa présence, pourtant, ne voulait dire qu’une chose : les navires arrivaient près des quais du port de Lancehélion, et il était temps d’entamer la marche mortuaire jusqu’à cet autel que j’aurais maudit mille fois, si je connaissais les mots. Lentement, je quittai mon siège pour me diriger vers lui, les yeux baissés, un léger sourire satisfait, malgré mes efforts pour ne pas l’être, du compliment de celui qui des années plus tôt s’était moqué de mon manque de grâce.

Accrochée à son bras, nous quittâmes la cabine, parcourant le couloir qui nous mènerait vers le pont supérieur quand, pour la première fois depuis des années, mon frère me surprit. D’un geste rapide, mais doux, il s’arrêta pour m’attirer à lui, me serrant de toute la force de ses bras, comme incapable de me laisser faire un pas de plus. Je me souvenais clairement de la dernière fois où nous avions été si proches, je n’étais qu’une enfant, et je m’étais foulé une cheville en voulant le suivre dans les bois pendant qu’il cherchait à nous prouver qu’il était un bon chasseur. Incapable de bouger, j’avais cru qu’un prédateur viendrait me dévorer, et que j’allais mourir sur le champ, mais il avait entendu mes pleurs, et il était venu. Premières évocations du seigneur qu’il était alors, il avait ordonné à ses deux compagnons d’aller chercher de l’aide, et il avait passé une heure assis sur cette racine, à me tenir dans ses bras pour que je n’aie pas peur. C’était la même détresse que je ressentais aujourd’hui, mais elle émanait autant de lui que de moi, je pouvais sentir qu’il ne voulait pas plus de cette union que moi, sans doute pour des raisons différentes. Il m’offrait e dont j’avais besoin, cet amour inconditionnel de ma fratrie, longtemps dispensé par mon aînée, ce devoir tacite qui incombait aujourd’hui à Lyam. Alors, sans plus de cérémonie, je me lovais contre son épaule, l’entourant de mes bras autant que je le pouvais. Nous vivions nos derniers moments ensemble, et pourtant je ne m’étais jamais sentie aussi proche de ce frère trop souvent lointain.


« Je suis désolé, Laoren. J’aurais du défier Père, empêcher ce mariage… Mais je n’ai rien fait, et c’est toi qui va devoir vivre avec ces sauvages. Pardonne-moi, je t’en prie. »

Je manquai une respiration, et mes doigts se serrèrent dans son col. N’avait-il pas compris que ce n’était pas l’endroit, ni le peuple, mais l’homme, ce qu’il représentait qui me dérangeait ? J’aurais épousé n’importe quel dornien, si mon père me l’avait ordonné, mais pas lui. Et pourtant, c’était ainsi que les choses avaient été fixées, ainsi que l’on avait fixé mon destin. Ma voix n’était pas assurée, mon timbre tremblait presque, mais je n’avais pas le coeur à le laisser dans cette détresse. Je devais être forte, pour ma famille, une dernière fois.

« Il n’y a rien à pardonner, mon frère… Rien n’était de ton fait, et nous devons tous affronter notre destin un jour. Affronte le tien quand il viendra, et rends nous toutes fières d’être tes sœurs, c’est tout ce que je te demande. »

Comme il était venu, ce bref moment disparut, il me sembla n’avoir cligné les yeux qu’un instant, et je me trouvais sur le ponton du navire, fermement accrochée au bras de mon frère. En contrebas, un cordon d’hommes aux couleurs des Dayne formait une haie d’honneur, et derrière eux, un attroupement de nobles sur le même ton semblait les attendre. Pour la première fois depuis le début du voyage, je sentis mes jambes se dérober à leur devoir, et seul mon frère et sa présence me permirent d’éviter le ridicule d’une chute. Dans un murmure, il prononça les mots qui, je n’en doutais pas, devraient marquer ma future existence.

« N’oublie pas que tu es une Redwyne, fille des terres les plus fertiles de tout Westeros. Qu’il soit paysan, noble, ou Prince, aucun dornien n’est autorisé à te regarder de haut. Sois fière de qui tu es, et impose cette fierté aux autres. »

J’acquiescai, et m’accrochai un peu plus à son bras pendant que nous descendions à quai, quand je l’aperçus qui remontait la colonne de soldat pour venir à notre rencontre. Elégant, il l’était, et sans doute que n’importe quelle autre jeune femme aurait pu tomber sous son charme, mais je ne voyais que cette aura traitresse, celle de celui qui était trop lâche pour dire non à mon père, trop lâche pour aller chercher celle qui aurait du se tenir à ma place. Sur le côté, un cheval hennit, attirant brièvement mon regard. Il suffirait que tu coures jusqu’à lui, qu’il déploie ses ailes, et tu pourrais partir loin avant qu’ils ne s’en rendent compte. Mais je savais que je n’en ferais rien.

A sa révérence, mon frère répondit bon gré mal gré, lâchant mon bras tandis que je ne fus capable que d’esquisser une brève révérence. La chaleur était à peine supportable, ma robe n’avait pas été pensée dans le style dornien. D’un bleu légèrement plus foncé que les couleurs de la Maison Redwyne, c’était le fruit d’un travail acharné pendant des semaines, né de la nécessité de paraître resplendissants même quand la sécheresse frappait. Ceinte des feuilles de vignes si chères à notre famille, on y avait ajouté l’astre du jour, comme pour signifier aux Martell qu’on ne les avait pas oubliés, même dans les atours la politique devait transparaître. C’était tout ce qu’était cette union, de la politique, un affront au concept même de mariage, à sa signification réelle, celle que l’on ne lisait guère plus que dans les livres, et que de trop rares chanceux pouvaient vivre.

J’aurais voulu pouvoir avoir l’aplomb que j’avais eu dans nos échanges, lancer au visage de ce chevalier devenu seigneur ce que je pensais de son attitude, peut-être l’insulte aurait-elle été trop grande pour célébrer un mariage, peut-être aurions nous du rentrer à la Treille sur le champ, mais je n’avais pas cette force de caractère, pas quand tant de personnes me dévisageaient, tout ces visages étrangers, si différents de ceux que je connaissais tout en leur ressemblant étrangement. Poli, sobre, Vorian prit la parole, les accueillant officiellement sur ces terres qui n’étaient pas les siennes.

« Ser Lyam, Dame Laoren. C’est un plaisir de vous revoir. Soyez les bienvenus à Dorne, et à Lancehélion. J’espère que votre voyage s’est déroulé sans inconvenances. Une collation nous attend dans le palais, si vous voulez bien me suivre, je vais vous y mener et vous présenter à Dame ma mère et à ma sœur qui n’attendent que d’enfin pouvoir vous saluer par elles-mêmes. »

« Le voyage s’est bien passé, nous vous en remercions. Mes hommes auront besoin d’aide pour décharger les effets personnels de ma sœur, ainsi que les tonneaux convenus pour sa dot. Mais je vous en prie, ouvrez la marche. »

J’aurais pu l’embrasser, mon bien aimé frère, de reconnaissance de ne pas avoir à dire un mot tandis que nous suivions le seigneur des Météores jusqu’au palais des Martell. Une joie certaine, compagne obligatoire des mariages, régnait dans les rues, mais j’y étais aveugle et sourde, trop concentrée sur chaque pas que j’avais à faire, sur le soleil qui à travers ces tissus trop épais chauffait ma peau à vif. Je vivais les derniers instants de cette liberté toute relative, où les femmes pouvaient encore dire n’appartenir à personne. Dans ce silence relatif, un malaise aurait pu s’installer, mais Lyam le brisa, trop longtemps formé à éviter ce genre de dérapage diplomatique.

« J’imagine que la Princesse Régente ne prête pas souvent son palais pour le mariage d’un vassal, monseigneur. Vous devez être dans ses bonnes grâces. »

Mais je me moquais bien de la Princesse Régente, de ses bonnes grâces, je n’avais que faire de Lancehélion et de Dorne, des Martell ou des Dayne. Je ne voulais qu’une chose, la seule chose que je n’avais jamais désiré de ma vie. Je voulais rentrer à la maison.
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Manfrey Martell
DORNE
■ Localisation : Lancehélion, à Dorne
MessageSujet: Re: Les raisins de la colère   Hier à 17:11




Les Raisins De La Colère
« Veuillez me pardonner, Princesse. Les subtilités du protocole m’échappent encore quelque peu. Mais je vous remercie pour la grâce de votre présent de mariage. » Tout sourire, Arianna avait le don de jeter le plus glacé des froids sur l'assistance, et Manfrey avait toutes les peines du monde à ne pas paraître ridicule. Une fois de plus, il avait l'impression d'être complètement perdu, entre le tempérament de feu de sa femme, et la droiture de fer de son maître d'armes. Flamboyante, Arianna s'apprêtait déjà à répondre, mais le son soudain d'un double cor annonça brisa net son élan. Vorian s'inclina respectueusement pour rejoindre sa famille, faisant l'économie d'un regard profondément dédaigneux de la jeune femme. Manfra passa alors un bras autour de la taille de son épouse pour l'attirer plus près de lui. « C'était vraiment nécessaire ? » fit-il, quelque peu contrarié. Il était incapable de lui en vouloir jamais complètement, mais ce n'était ni le lieu ni le moment pour elle de jouer de ses caprices. « Il prend trop ses aises. Il oublie qu'il est un vassal, et qu'il nous doit le respect ! Je l'ai remis à sa place, voilà tout ! » siffla-t-elle contre son oreille, cherchant à se détacher. Mais mine de rien, les entraînements forcés commençaient lentement mais sûrement à renforcer ses muscles, et il la maintenait suffisamment contre lui pour l'obliger à ne pas se dérober. « Fais un effort, s'il te plait... Fais le pour moi, et pour celle qui arrive. Souviens-toi de ta propre arrivée à Dorne. Elle est certainement tout aussi peur... » « Je n'avais pas peur ! Et je te prierai de ne pas me comparer à cette fille, cette seconde main qui remplie un contrat qui ne lui était pas destiné, cette Bieffoise enfarinée qui... » D'un geste rapide, il lui ferma la bouche d'un long baiser, coupant court au flot d'injures gratuites. Après quoi, il lui prit la main et tous deux se joignirent au flot d'invités qui se pressaient vers la berge pour accueillir la nouvelle venue.

***

Lyam et Laoren Redwyne ressemblaient en tout point à l'image que Manfrey s'était faite de l'aristocratie bieffoise. Très élégants, très droits dans leurs habits sophistiqués - quoique peu adaptés au climat dornien - le regard fier, et un sourire courtisan aux lèvres. Du moins, en ce qui concernait le frère de la mariée. Cette dernière, essayait par tout moyen de ne pas montrer qu'elle avait l'impression d'être amenée à l'échafaud. Manfrey eut immédiatement une poussée d'empathie pour la jeune fille, que l'on traînait ainsi hors du réconfort familial pour aller honorer une parole donnée, puis reprise pour des considérations qui lui échappaient. Elle faisait preuve d'un sens du devoir exemplaire, et ce fut de l'admiration qui s'ajouta à son ressenti. « Une rachitique... Je savais que la Sècheresse touchait le Bief de plein fouet, mais tout de même. Les Dieux devraient avoir pitié de cette pauvre fille, je préfèrerais être morte plutôt que de me présenter comme ça le jour de mon mariage ! » Visiblement, Arianna n'était pas calmée. Sa main sur son bras, elle chuchotait dans son oreille tout en scandant la mariée d'un regard amusé, presque goguenard. Un regard qui faisait briller comme deux émeraudes ses grands yeux verts. « Arrête. Tu n'es pas belle quand tu es méchante ! » rétorqua-t-il sur le même souffle, en embrassant délicatement la couronne de ses cheveux blonds.

« Ser Lyam, Dame Laoren. C’est un plaisir de vous revoir. Soyez les bienvenus à Dorne, et à Lancehélion. J’espère que votre voyage s’est déroulé sans inconvenances. Une collation nous attend dans le palais, si vous voulez bien me suivre, je vais vous y mener et vous présenter à Dame ma mère et à ma sœur qui n’attendent que d’enfin pouvoir vous saluer par elles-mêmes. » « Le voyage s’est bien passé, nous vous en remercions. Mes hommes auront besoin d’aide pour décharger les effets personnels de ma sœur, ainsi que les tonneaux convenus pour sa dot. Mais je vous en prie, ouvrez la marche. » Il avait tout naturellement laissé la primauté de l'accueil au marié et à sa famille, qui s'avançait en tête de cortège pour former, autour d'eux, un cercle de bienvenue. « J’imagine que la Princesse Régente ne prête pas souvent son palais pour le mariage d’un vassal, Monseigneur. Vous devez être dans ses bonnes grâces. » « Son Altesse Sérénissime sait recevoir, Seigneur Lyam. A Dorne, chaque jour est une fête, et j'espère que Dame votre sœur saura, à juste titre, se sentir comme la Reine de celle-ci ! » Aux côtés d'Arianna, Manfrey était arrivé à leur rencontre, un sourire aux lèvres, et les mains ouvertes. « Au nom de la famille princière Martell, soyez les bienvenus en notre beau pays ! »

Arrivé à leur hauteur, il s'inclina légèrement devant la jeune fille. Elle n'avait pas dit un mot. De son pourpoint, il tira alors délicatement une minuscule fleur blanche et la lui tendit. « Ce sont les premières de cette année. La légende raconte que lors des premières floraisons, les Dieux Rhoynars nous envoient des anges pour nous apporter le bonheur. Soyez notre ange, ma Dame, et soyez heureuse parmi nous ! » Manfrey n'était pas le plus enthousiaste à l'idée de cette union, car il ne suffirait pas à enterrer la hache de guerre qui depuis des millénaires, sévissait entre la Principauté et le Bief. Pour autant, Laoren Redwyne n'y était pour rien. Elle n'avait pas à subir les réticences ambiantes, et elle devait pouvoir savourer le jour de son mariage, fut-il arrangé. Les fleurs avaient le pouvoir incomparable de la douceur, et c'était bien de douceur dont elle aurait le plus besoin.


©️ Belzébuth

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    I Don't Want The Crown, I Only Want You
    it was a big big world, but we thought we were bigger, pushing each other to the limits, we were learning quicker by eleven, smoking herb and drinking burning liquor. never rich, so we were out to make that steady figure ⠇7 YEARS, LUKAS GRAHAM
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Les raisins de la colère

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