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 Prayer in the Dark (Agnes & Andrew)

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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Prayer in the Dark (Agnes & Andrew)   Mar 16 Jan 2018 - 16:12




Prayer in the dark


Agnes Crane & Andrew Osgris

The altar burning as the demons rise. The world defied, the crucified. The sermon spoken on a bloodred night.

«Vous repartez déjà mon oncle?» La soie se froisse dans l’empressement d’une démarche légère. Je devinais la fébrilité qui me poursuivait telle une ombre, craignant que je ne l’esquive sans un mot. Ce départ exaltait plus qu’il n’inquiétait. La voix mélodieuse cherchant à ralentir ma démarche s’essoufflait rapidement, déçue que mon pas ne puisse se modérer. La détermination martelait la pierre à la recherche de l’issue qui m’offrirait les premières lueurs d’un soleil encore bas. Le temps pressait. Je laissais néanmoins ma langue se délier, alors qu’un dernier détour suffisait à nous séparer «Maudit soit devant le Père, celui qui omet d’accomplir l’œuvre des Dieux. Maudit soit l’homme qui baisse les armes et renonce...» «...Maudit soit-il. Car seul le sang versé de l’impie parviendra à étancher de vengeance la colère des tout-puissants.» Mes pieds vinrent glisser avec une soudaine lenteur, avant que mes genoux ne se bloquent. Devant moi, une cour noyée dans le tumulte des derniers préparatifs. Le hennissement des bêtes sellés et attelées, s’unissait au bruit mat de leurs sabots frappant la terre d’impatience. Les chevaux s’agitaient, réagissant à cette piquante énergie qui animait l’extérieur du château. Le tintement mélodieux du métal des armes qu’on affutait une dernière fois, rythmait le bruit des voix emportées par le sentiment grisant d’un combat à venir. Il me fallait partir, quitter de nouveau la demeure de mes ancêtres pour en assurer la pérennité, mais non pas sans me retourner une dernière fois. Cette riposte avait été claire et tranchante, usurpant les mots qui m’étaient cher pour s’en approprier le sens. J’hochais faiblement la tête pour en valider l’initiative venu me surprendre, posant un regard fier sur celle qui me renvoyait un sourire radieux. «Il y a une heure déjà, que nous aurions dû partir.» Vins-je préciser, en éclipsant cette lueur de ravissement qui ne pouvait s’éterniser sur un visage aussi soucieux. «Votre mère vous appellera à ses côtés, lorsque nous nous serons mis en route. J’aimerais que vous la rejoigniez.» «Mon rôle n’est-il pas de...» «Lord-Septon!» Les premiers mots d’une confrontation qui n’eut jamais lieu, venaient de se perdre dans l’exclamation d’un homme précipité. Mon attention se détournait vers celui qui accourait maladroitement au cœur du raffut, clopinant sur le sol inégal en faisant claquer les maillons de sa chaine. Je délaissais la présence d’une nièce que j’eus vite oublié, pour rejoindre le mestre qui craignait d’être arrivé trop tard. Le jeune quinquagénaire poursuivit avec hâte, percevant le départ imminent « Un corbeau vient tout juste de déposer ceci, à votre intention. » Le parchemin glissa entre mes doigts. Je l’examinais d’un côté puis de l’autre à la recherche d’un signe qui le distinguerait. Mais il n’y avait qu’un sceau plat, stérile, une plaque de cire rouge à la forme incongrue pour assurer la confidence. Mes sourcils se fronçaient devant la curieuse missive qui tombait entre mes mains à un bien mauvais moment. Cela pouvait bien attendre. Je rangeais simplement le fin document à l’intérieur de mon manteau. Il n’était plus question de retarder notre monté vers l’Est. Je vins prendre mon élan, me hissant sur le destrier dont la couleur encre ne faisait qu’enjoliver l’image sinistre de mes déplacements. « Mes prières n’auront de cesse que lorsque vous serez de retour au château...!» Vint crier avec enthousiasme, l’héritière désignée, lumineuse et déterminée. J’avais pourtant fait mine de ne pas entendre les bénédictions qui m’étaient adressées, amorçant une cavalcade furieuse. Aujourd’hui encore, je serais la mort.

☩☩☩

Le vent s’était levé, agitant capes et fanions dans l’avènement d’une pluie de sang. Chaud, il soulevait les couleurs venues menacer le châtelain qui observait du haut des remparts, les rangs devant lesquels il s’était lui-même dressé. Une armée de croyants, de lésés et d’esprits vengeurs dont le nombre s’était multiplié au cours de la dernière année. Crane et Cendregué assuraient également leurs positions sur les plaines. Leurs étendards levés bien hauts, érigeant leur force parmi celle de la foi. Immobiles, calmes et pourtant redoutables. Je resserrais la bride de l’animal que je surmontais, enfonçant mes talons dans ses flancs pour en provoquer la course solitaire, jusqu’aux portes de l’ennemis. Zélateur impérieux, émissaire ténébreux d’une proposition qui ne pouvait souffrir d’aucune contestation. Mon regard se leva vers les hauts murs, ne recherchant pas à établir le contact visuel avec le seigneur Lyberr. Cet homme ne méritait pas le respect et j’étais déterminé à le faire savoir. Mes traits étaient durs, féroces à l’endroit de chaque hommes s’étant engagé à protéger un être si peu vertueux. « Suppôts du démon! Vous avez pactisé avec le lion-fou et votre mésalliance fait de vous les complices de ses ignominies. Fratricide, infanticides, usurpation, outrage! Vous avez choisi d’injurier les lois divines et voilà que sonne le glas de votre châtiment. Je demande la reddition et l’abdication du seigneur Lyberr. Au terme d’aveux publics, il renoncera à ses droits souverains auxquels il ne peut prétendre. À l’aube, si ces portes restent closes, nous les briserons et les souvenirs glorieux de votre nom, vous seront retranchés. » La voix puissante dont l’inflexion s’emportait dans l’emphase des accusations, galvanisait par son assurance. Aucune demi-mesure, aucune négociation. La régression ou la mort. Tirant les rênes de l’animal qui s’ébrouait, je ne m’attardais pas pour entendre le retour d’arguments d’un lord écorché par le sort qui lui était réservé. Je fis demi-tour, retrouvant la distance, prêt à ordonner la coordination d’un nouveau siège. La prise récente de Lacfeuillu avait donné de l’aplomb aux téméraires dont les armes semblaient avoir été forgés par le Ferrant lui-même. Personne ne reculerait. Le soleil déclinait doucement, se décomposant en de vastes nuances colorées et vives. Le Campement se dressait rapidement, alors que les ordres étaient distribués pour en assurer le bon déroulement. Enfin j’abandonnais ma monture au bon soin d’un jeune homme prenant les armes pour la toute première fois, découvrant un chapiteau aux pans aussi noir que la nuit. Je fis quelques pas dans ce repère dont le privilège m’assurait un certain répit. Les nombreuses flammes assuraient une clarté suffisante, révélant le blason de l’ordre militant et le symbole de l’étoile à sept branches. Je vins me reposer sur le siège faisant face à une large table qui n’accueillait encore aucun marqueur de stratégie. Le dos bien enfoncé contre le dossier, mes doigts s’agrippaient à la missive que j’eus abandonné contre mon cœur. Je brisais le sceau sans ménagement, dépliais le mystérieux document et vint lire les mots qui ébranlèrent une moralité racolant avec mes sensibilités, rappelant amèrement des fautes passés. Le contenu de cette lettre me désignait héro, faisant naitre malgré moi une malencontreuse inquiétude à laquelle je n’étais pas préparé. Mon bras s’étirait, me servant machinalement un gobelet d’eau fraiche, alors que mes lèvres convoitaient le souvenir lointain du nectar fruité de la Treille. Je lu les mêmes phrases, une deuxième fois, puis une troisième. Je relevais les mêmes allégations qui me laissaient un goût râpeux dans la bouche, forcé de constater que quelque chose n’allait pas...

☩☩☩

Sa main vint glisser sur son crâne, dans un mouvement nerveux. Lissant vers l’avant ses cheveux courts qui furent déjà bien à plat sur sa tête. Son pas d’abord lent s’accéléra progressivement, alors qu’il forçait ses prunelles émeraudes à distinguer les ombres pour en découvrir le visage espéré. Le jeune homme svelte à l’allure patibulaire, contournait les hommes d’armes, ponctuant sa route d’une question simple, lui offrant les indices nécessaire pour accomplir sa quête. Une tâche qui s’avérait accomplit lorsqu’il pu distinguer l’azure pâle aux chevrons d’or et qu’il s’immiscait timidement devant la dame de Rougelac. Harlan pencha la tête brièvement en signe de respect, ne se formalisant pas des convenances, manifestement pressé d’annoncer les raison de ce vis-à-vis. «Ma dame, il vous fait mander. C’est important.» Sa voix était douce, agréable et forte de considération, mais l’inquiétude vint trahir la nature de cet entretien forcé. Il. Cette désinvolture avait un je-ne-sais-quoi d’agréable. Il ne semblait plus nécessaire de préciser les titres, ni même le nom. L’évidence couvrait toute les fautes ayant pu être commises. Ici en cet instant, tout cela n’importait plus. L’homme réputé pour être impitoyable réclamait la présence de cette femme ayant su se glisser confortablement dans ses bonnes grâces. Le messager releva son visage long et blafard, plongeant ses yeux saillant dans ceux de la jeune femme, s’assurant que sa demande avait été bien entendu. Il ne s’attarda pas, revenant sur les pas qui l’avaient conduit jusque-là, à grande enjambé. Arrivé sur place, il releva le pan de la tente, ouvrant la voie à la jeune lady.

« Lady Crane, Septon. » Annonça-t-il, prêt à s’éclipser. Je quittais mon siège poliment et le remerciait de sa diligence. Le visage fermé, évitant jusque là le regard de celle venue à ma rencontre. Le silence venait de retomber rudement. Je cherchais les mots justes, mais les idées se bousculaient vers des directions contraires. J’hésitais, pensif, les yeux rivés vers le courrier abandonné sur la table. «Que savez-vous de lady Rohanna Baratheon?» Tout cela m’apparaissait hors de propos, mais je ne savais comment aborder les choses autrement. Que pouvait bien savoir la jeune dévote sur cette femme, que je ne puisse connaitre déjà? Les rumeurs avaient fait leur chemin jusqu’ici, apportant avec elles leurs lots de satisfaction. Le peuple avait obtenu les premiers signes d’un bien triste présage. Un empoisonnement qui ne l’avait pas emporté, mais qui avait couté la vie à deux âmes innocentes. J’inspirais bruyamment, souffrant de ne pouvoir gorger mes poumons d’air. Il me semblait suffoquer. Ma main gauche effleurait le papier, traçant les plis ayant usés sa surface, avant de riper le document sur le meuble – en sa direction. Je lui offrais librement la confidence de son contenu, l’observant avec insistance. «Lisez!» Ordonnais-je, gravement. Il n’était pas question de prolonger le supplice. J’étais un homme de vérité et en cet instant, il m’était crucial de la partager avec celle qui avait gagné ma pleine confiance. Je guettais sa réaction, dont les réflexes pouvaient m’offrir une opinion franche et spontanée. Lorsque je pu deviner le point final venu clore les incriminantes révélations, je vins rompre le malaise. « Le cerf couronné s’est vu arraché l’héritage de sa maison pour avoir osé poser le genou au sol. Cet hérétique. Je n’éprouve aucune sympathie pour cet homme et j’ose croire qu’il en va de même pour vous. Il a abjuré les Sept dès l’instant où il a fermé les yeux sur cette union contre-nature. En éveillant la colère des Dieux, il a entrainé son propre malheur, celui de sa femme et de ses deux enfants...» J’avais marqué une courte pause, toisant la demoiselle, avant de poursuivre suspicieux «...N’est-ce pas?» La question laissait planer un doute là où il ne devait y en avoir aucun. Cet état de fait justifiait tout acte à l’encontre de la famille Baratheon, mais je ne semblais pourtant pas entièrement convaincu. Pensif, je contournais la table pour m’en éloigner. Agité, je m’accaparais l’espace en faisant les cents pas. J’avais repoussé les âmes frelatées de tout les maux et condamné les enfants de la calomnie. Il ne servait à rien de couper un arbre malade si on ne préservait pas la terre saine de ses fruits, car celui qui profanait soulevait inévitablement la dissidence. Le suzerain de l’Orage était opportuniste, mais je ne pouvais véritablement affirmer que la mort de ces deux enfants à naître était justifiée...mais je ne pouvais pas non-plus l’infirmer. Pourquoi donc? Ma mâchoire se crispait, je m’arrêtais net. «N’avez-vous pas remarquée quelque chose d’étrange dans votre lecture?» Voilà, nous y étions. Ce détail innocent chambardant la vraisemblance de ce récit. Un mot, une marque de politesse, une faute importante. Il ne m’avait rien fallut de plus pour émettre mes réserves. «Monseigneur. C’est ainsi qu’ils s’adressent à moi. Mais je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi de fervents défenseurs de la foi omettraient ma vocation.» Ceux qui se risquaient à ces marques de respect, pour lesquelles je n’étais pas familier, ignoraient forcément de quoi il en retournait vraiment. Eux qui déclaraient être mes soutiens savaient-ils à qui il s’adressait véritablement? C’était intolérable. Outrepasser mon rang de Septon par un titre aussi réducteur, c’était une insulte. Mes yeux trouvèrent l'appuit de l’héritière de Rougelac. Elle-même s’était accordée à m’offrir le seul titre de valeur, lors de notre premier entretien, renforçant cette impression désagréable d’être au cœur de frauduleuses manigances. « Je crains que l’on cherche à semer la confusion, je crains que tout cela ne soit pas l’œuvre des dieux... » J’accusais le secret d’un acte pour lequel j’étais d’apparence responsable, mais je n’étais pas encore prêt à en porter le blâme. Pas sans être certain qu’il s’agissait bel et bien d’un acte de foi.

...Et si c’était bien vrai?

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Agnes Crane
BIEF
■ Localisation : Froide Douvre, avec Andrew Osgris
MessageSujet: Re: Prayer in the Dark (Agnes & Andrew)   Lun 23 Avr 2018 - 1:03




Prayer in the Dark
Les mots du Lord-Septon la fit sourire. Relevant le menton, elle se tenait devant ses hommes avec une fierté qui lui offrait une nouvelle aura. Evidemment, les forces Crane ne s’étaient guère toutes rendues sur place. Le conflit familial qui opposait le père à sa fille aînée avait partagé les hommes et elle n’avait avec elle qu’un quart de ce que la maison pouvait offrir en tant normal. Mais n’était-ce pas ainsi que les choses se faisaient dans d’autres maisons ? Ne laissait-on pas l’héritier faire ses preuves en lui accordant le bénéfice du doute ? En lui offrant la possibilité de diriger pour démontrer qu’il était apte à cela ? Agnes ne différait pas d’un homme sur ce point et méritait autant sa chance que l’un d’eux, quand bien même son père désapprouvait toute la situation.

Plus d’un an s’était écoulé depuis sa première rencontre avec Andrew Osgris. Le Lord-Septon avait marqué sa mémoire autant que son corps, la fouettant pour expier ses fautes, pour purifier son âme, meurtrissant son corps au plus profond de sa chair. De longues semaines avaient été nécessaires pour qu’Agnes ne puisse porter une robe sans qu’elle ne lui soit douloureuse. Le contact du tissu avec son dos à vif avait été une torture et Ida avait été celle qui avait pris soin d’elle, tant physiquement que psychiquement. Les allers-retours des sœurs Crane au septuaire s’étaient multipliés et aujourd’hui, plus un instant passait sans que la Crane ne se tourne vers les Dieux, leur offrant ses prières, espérant des réponses. En parallèle de cela, elle plongeait parfois dans des rêves bien étranges durant lesquels il lui semblait être un oiseau. D’ailleurs, la fois où elle s’était réveillée en sursaut, une grue du lac Rouge se trouvant sur le bord de sa fenêtre l’avait poussée à s’interroger sur le sujet. Bien des légendes arpentaient le Bief et les descendantes de Rose de Lac-Rouge n’y échappaient guère… Mais pour Agnes, ce don était celui de la clairvoyance, offert par l’Aïeule pour avoir su se faire pardonner, pour être revenue auprès des Sept et leur confiant une dévotion inégalée.

Traitres. les Lyberr n’étaient rien de plus que cela, eux qui avaient soutenu l’Usurpateur, le fratricide. Les secrets d’Alester Osgris n’étaient plus de simples rumeurs que l’on répand dans des soirées mondaines mais bien l’objet de chefs d’accusation pour lesquelles elle avait choisi de se battre. Les Sept la protégeaient. Les Sept la guidaient. Les Sept sauraient punir les monstres qui se dressaient sur leur route, lui mettant l’épée en main si tel devait être leur dessein. Le manque de Foi s’était transformé en une adoration grande, presque fanatique de ces Dieux qui, elle avait fini parle comprendre, auraient le dernier mot quant à son existence. Au loin, elle discerna le paria, celui dont la tête tomberait ou bien celles de tous les siens le suivrait. Le sang et la barbarie ne l’enchantait guère mais Agnes avait fini par comprendre qu’il s’agissait d’un mal nécessaire. Que parfois, une main douce se doit de porter un gant de fer pour assurer sa prise. Alors, aux côtés du Osgris, elle avait condamné, accusé, mis à exécution ceux qui prêchaient une paroisse corrompue à ses oreilles, préférant leur offrir l’ultime absolution où les Sept les jugeraient avant de les envoyer aux Sept Enfers.

L’ordre fut donné de dresser le siège et Agnes, du haut de sa monture, commanda à ses hommes pour leur dire quoi faire. Elle mit pied-à-terre, le regard tourné vers la forteresse. Au fond d’elle, elle espérait que le seigneur ne se rende. Qu’il pense à son futur, à celui de sa maison et qu’il ne prenne la responsabilité de ses actes, seul, sans entraîner ses fils dans sa chute. La sagesse de l’Aïeule saurait-elle revenir dans son esprit pour lui faire entendre raison ? Le temps le leur dirait. Laissant sa monture à un écuyer, elle donna les directives alors que les soldats montaient sa tente. Beaucoup diraient qu’une lady n’avait guère sa place sur ce genre de camp, mais c’était parce qu’Agnes avait fini par gagner le respect et le mérite de ces hommes qu’elle pouvait maintenant dormir parmi eux sans craindre la moindre chose. Elle orchestra tout ce beau monde pendant une heure, environ, avant qu’un homme ne vienne se planter devant elle, attirant son attention pour mieux lui délivrer un message. Il. L’homme n’avait nul besoin de préciser de qui il s’agissait. Le Lord-Septon réclamait sa présence. Hochant la tête, elle se mit à suivre le messager, rejoignant la tente dans laquelle Andrew Osgris s’était retranché.

Relevant le pan de la tente, il l’annonça avant de lui laisser le passage. Droite, fière, Agnes pénétra dans l’antre de son bourreau. De son libérateur. « Lord-Septon… » Elle avait pris cette habitude de ne le saluer que par son titre afin de ne pas se tromper dans la manière de l’aborder. Il évita son regard, la poussant à froncer les sourcils. Quelle était donc la raison de sa venue ? La mine soucieuse qu’il portait n’annonçait rien de bon et, pourtant, Agnes demeura patiente, s’adressant silencieusement au Dieu à Sept Visages pour qu’ils ne lui viennent en aide. Et finalement, une question finit par passer le seuil de ses lèvres. La brune haussa les sourcils, soudainement prise de court par une telle interrogation. « Lady Rohanna Baratheon ? Je crains d’ignorer de qui il s’agit, ne l’ayant jamais rencontrée. N’est-elle pas l’épouse du Seigneur de l’Orage ? Celle qui a été frappée par les Dieux au moment même où le jeune Jaehaerys montait sur le trône ? » Question rhétorique plus que véritablement interrogative. En revanche, elle ne comprenait pas ce que cette dame, aussi riche et puissante pouvait-elle être, venait faire dans leur échange.

Finalement, il lui tendit un parchemin dont elle se saisit. Obéissant à sa demande, ses yeux noirs se posèrent sur le papier, décryptant les mots avec difficulté. Et pourtant, le sens ne tarda pas à faire son chemin dans l’esprit d’Agnes qui écarquilla doucement les yeux. « Oh… » Etait-ce là tout ce dont elle était capable ? Mais la nouvelle aurait jeté à terre le meilleur cavalier du royaume. Agnes pinça les lèvres lisant à nouveau la missive, interrompue dans sa troisième lecture par la prise de parole de son compagnon de Foi. Elle l’écouta parler, gardant le silence, ne répondant pas à ses questions qui n’en étaient pas vraiment. L’héritière des Crane songeait à vive allure. Sa tête lui tournait tant elle peinait à comprendre tout ceci. Mais, alors que le Septon en venait à mentionner les Dieux, ses sourcils se froncèrent à nouveau. « Les Dieux, parfois, nous utilisent pour mieux parvenir à leurs fins… Ils sont derrière chacun de nos actes et c’est la Foi de ces gens qui les ont poussés à agir. Ils ne mesurent pas les conséquences de tout ceci, bien au contraire. Mais le châtiment imposé au seigneur Baratheon est forcément divin. Son allégeance et sa dévotion pour ce couple incestueux ne saurait être pardonnée des Sept. » Reposant le parchemin sur la table, elle poussa un long soupir. « Que voulez-vous faire, lord-Septon Osgris ? Allez-vous les dénoncer ? »


© Belzébuth

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The Cursed Girl
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Andrew Osgris
BIEF
■ Localisation : Froide-Douve | Bief
MessageSujet: Re: Prayer in the Dark (Agnes & Andrew)   Mar 1 Mai 2018 - 22:52




Prayer in the dark


Agnes Crane & Andrew Osgris

The altar burning as the demons rise. The world defied, the crucified. The sermon spoken on a bloodred night.

J’entendais, mais je n’écoutais pas. La voix déterminée, un brin étourdie par le soulèvement d’une telle question, Agnes Crane ignorait vraisemblablement quoi dire. Elle cafouillait, soulevant les dernières rumeurs venues enchanter les critiques de ce nouveau règne. Rohanna Baratheon n’était qu’un visage flou, une femme dépouillée du fruit de ses entrailles, un exemple attrayant pour l’ordre puritain. Elle n’était qu’une femme dont la personnalité ne se résumerait toujours qu’à l’ambition d’un homme amoral - persécutée par la loi divine. Cela, l’héritière de Rougelac ne manqua pas de le souligner, glissant l’emphase sur l’unique information à retenir de l’orageoise, qui était venue s’imposer en tête de la conversation. Bien, voilà tout ce qui importait, en définitive . Dès que ses noirs iris glissèrent sur l’écriture fragile et difficile du parchemin froissé par de nouvelles mains, la grue noire était devenue complice. L’incriminant document conservé entre les doigts délicats de la jeune femme était gage d’un témoignage silencieux et touchant d’une confiance parfaite. Plus encore. Le souhait honteux d’être supporté dans l’adversité. J’étais le protecteur des âmes peinées, gardant sous scellé les blessures du monde pour en alléger les cœurs trop lourd. Moi je n’avais que les dieux pour m’épancher et l’idée à peine murmuré d’offrir mes pensées à cette femme dont j’imposais l’audience m’apparaissait aussi indécente que tentante. Je me drapais alors de silence, observant ses yeux arrondis, l’expression toute en retenue néanmoins choquée, la grimace embêtée venu gâcher toute son assurance. Une simple interjection étonnée, puis elle devint à son tour muette. Je m’étais attendu à plus, j’espérais mieux. J’avais sollicité un avis, une approbation, un raisonnement quel qu’il soit, mais je n’eu en retour que l’écho de ma propre voix. Inapaisé, l’esprit agité par le manque de rigueur d’un courrier teinté d’une inconvenance qui choquait dans sa crédibilité, je répétais machinalement dans mon esprit cette marque polie venue me hérisser. Les bras croisés contre mon torse, marchant de long en large, le regard rivé vers le sol, je me tourmentais. Sur mon flanc vint battre lourdement l’épée d’acier, au pommeau frappé de l’étoile sainte, comme le rappel incessant d’une guerre interminable. Ce n’est qu’à cet instant qu’elle soulevait ses réflexions aveugles à mon propre scepticisme, se vouant à la réflexion facile de l’effort divin. En reconnaissant la toute puissance des Sept, elle en oubliait l’existence de ses détracteurs, de ceux que nous affrontions sans relâche et qui aujourd’hui se terrait derrière leurs murs. Peut-être avais-je tord de me montrer aussi méfiant, mais mon instinct me dictait la prudence. Quelque chose sonnait faux.

Elle me relançait de questions, rejetant toutes responsabilités sur un corps fatigué qui n’en démontrait pourtant rien. Je m’arrêtais net. Mon regard se relevait, étouffant l’agacement dans un rictus bref où se glissait le mécontentement. Mes attentes de sollicitude étaient vaines. « Les dénoncer? De qui parlons-nous exactement?» M’étais-je exclamé, cassant. Ma langue avait claquée, telle une gifle venue fendre l’air. Cette signature en bas de marge était mienne, tout comme elle était sienne. Le geste prévalait sur celui qui l’eu posé, car plus que des individus, nous étions légion. Un essaim fort qui ne pouvait souffrir d’aucune rupture. Dénoncer ses paires, c’était se dénoncer soi-même. Cela, elle le savait. Tout comme elle n’ignorait pas ma détermination à me porter garant de toute œuvre divine. Mais... « S’agit-il seulement d’un acte de foi... » Sifflais-je entre mes dents, d’une voix basse et décontenancée. Rongé par le doute, je revins me glisser derrière la large table, faisant de nouveau face à lady Crane qui venait tout juste de repousser le parchemin sur lequel mon œil s’attardait avec dépit. Ma main s’était levée, menaçant d’écraser ses jointures en un poing rageur sur le bois, mais elle s’y déposait sans fracas. Doucement, calmement. La tempête n’eu jamais eu lieu. Je faisais résistance, maitrisant une colère ne se manifestant que dans le timbre d’une voix sévère, mais étonnement posée. « Je m’attendais à plus de lucidité de votre part, mais vous voilà si pressée de croire les versets d’une conquête menée dans les ombres. J’en suis contrarié. Comment pouvez-vous vous laisser convaincre aussi aisément par les traits gorgés d’encre, dès qu’ils osent mentionner l’exaltation de nos batailles? N’avez-vous pas levée les yeux vers ces remparts derrière lesquels l’ennemi s’est retranché? Il suffit pourtant d’un regard pour reconnaitre que tout n’est pas l’œuvre des dieux.» Il m’aurait été facile d’enrichir mon plaidoyer d’exemples, mais celui du cerf couronné suffisait à nous rappeler que l’ambition de l’homme écrasait trop souvent l’éthique enseigné par les saintes écritures. Cette disciple dévouée portait des œillères qu’elle devait rapidement retirer, car il n’y avait de pensée miraculeuse tant que nous devions lever les armes. Et bien que j’étais le premier à glorifier l’omnipotence du père et de son jugement implacable, le visage du félon m’attirait au cœur de réflexions que je ne m’aurais permis en d’autre temps. Tout cela pourquoi? Pour un rang méprisé? Était-ce de l’orgueil ou une mise en garde de l’Aïeul?

Tout convergeait vers lui. Ce démon. Le fantassin du sir des sept enfers s’était rendu sur les terres d’une couronne flétrie par les déviations et les scandales. « Alester. » Soufflais-je à demi-voix, la mâchoire crispée, rageur. Mon regard anthracite vint confronter celui de la martyre devenue prêcheuse guerrière. « Mon frère était présent au couronnement et je ne doute pas qu’il ait pu orchestrer tout cela.» C’était lui, c’était forcément lui. L’esprit tordu derrière ce message livré pour me pousser à la dérive. Mon regard se porterait vers l’est et il n’aurait plus qu’à cueillir mes acquis. Il me savait prompt à prendre les armes contre la couronne, à regagner cette bataille qui m’opposait au dragon tricéphale et leurs alliés. . Il se jouait de mes principes. Il me savait incapable d’hypocrisie, prêt à scander tout haut les efforts de la foi armée et me faire responsable de tout attentat susceptible de faire tomber mes adversaires et cela au prix de toute entreprise dans le Bief. J’étais perdant, je le savais et le coupable facile ne pouvait être qu’Alester Osgris. Mon raisonnement paraissait frôler l’aliénation, mais il fallait connaitre le lion fou pour comprendre le cheminement logique venu m’embrouiller l’esprit. J’inspirais, cherchant à remettre de l’ordre dans mes idées, prêt à mettre cartes sur table et évoquer ma riposte. « J’envisage le départ de frère Harlan vers Port-Réal, dès ce soir. J’ai besoin de lever le voile sur cette affaire, sans compromettre ce qui se joue ici. J’ai pleinement confiance à ce qu’il puisse parvenir à élucider les aboutissants de cette action intrépide. S’il s’avère qu’il s’agit bel et bien d’un acte de foi, alors je le revendiquerais, mais pas avant d’en être assuré. » J’avais du caractère et l’arrogance d’endosser la responsabilité d’initiative ne relevant d’aucun ordre direct. J’avais l’étoffe d’un grand meneur, mais jamais je n’avais été versé dans l’art de la politique et ce comportement honorable relevait de la pire des stratégies. Proclamer, plus que dénoncer. Mes mains quittèrent le plat du meuble faisant frontière entre moi et celle que j’avais su rallier à cette guerre. Tel un roc, je me redressais, masquant toute émotivité sous les rides de l’expérience. Je me fermais. Une habitude pour préserver cette image immaculée de l’homme rigoriste. Au fond de moi j’appréhendais. L’évidence se percevait à mille lieux; je dédaignais l’entreprise venu me glisser entre les doigts...ou plutôt la manière dont les choses avaient été exécutées. Du poison. Quel avilissement! « En revanche, si ce venin est l’œuvre du perfide... » Je tiquais, courroucé, laissant ma phrase suspendu dans une menace silencieuse. Je n’étais pas prêt à collaborer avec un renégat pour foudroyer la bête, mais je me faisais la promesse de sévir. Le Damné souffrirait et si le cerf faisait l’erreur de se joindre à la mêlée c’est par ses propres bois qu’il serait encorné.

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Agnes Crane
BIEF
■ Localisation : Froide Douvre, avec Andrew Osgris
MessageSujet: Re: Prayer in the Dark (Agnes & Andrew)   Dim 3 Juin 2018 - 23:31




Prayer in the Dark

Quelque chose lui retournait les entrailles. Force était de constater qu’Agnes n’avait toujours pris l’habitude de se retrouver en compagnie du lion Déchu même s’ils se côtoyaient depuis une longue année désormais. Il y avait, dans l’attitude de l’homme, quelque chose qui inspirait le respect mais aussi la terreur et l’angoisse. L’héritière de la maison Crane souffrait de cela dès lors que les gardes et les serviteurs détalaient, les laissant converser de ces choses à la fois politiques et divines dont ils avaient le secret et qui forçaient les autres à croire en nouveau aux Sept ou à périr. Chaque mot, chaque parole était mesurée, les cicatrices de son dos lui rappelant bien trop vite ce qu’il pouvait arriver lorsque l’on entrait en désaccord avec le Septon, très ferme sur ses positions. Alors, bien qu’elle dût l’épauler, prendre même les rênes dans certaines circonstances, il était important de mesurer les choses et c’était pour cette raison que la Grue de Lac-Rouge semblait perchée sur un fil dans un équilibre précaire.

Pourtant, elle sut que ses mots, quoique tempérés, furent insuffisants, décevants, voire même faux pour celui qui menait la Foi vers quelque chose de plus pur, de plus juste. Instantanément, elle baissa le chef, sentant le rouge monter à ses joues, telle une enfant que l’on venait punir pour avoir prononcé quelques blasphèmes. Dénoncer qui, oui, il avait raison. Dénoncer ceux qui avaient agi au nom des Dieux à ceux qui réclamaient une autorité certaine de part la couronne qu’ils portaient sur la tête ? Ou bien dénoncer le manque de Foi des pêcheurs, hurler leurs noms en les pointant du doigt avant de leur faire entendre qu’ils n’avaient fait que mériter leur sort ? Déglutissant avec difficulté, la jeune fille réfléchissait, laissant son mentor, celui qui la guidait vers la lumière et la Foi reprendre la parole. Il doutait. Pour la première fois depuis qu’Agnes avait rencontré ce sinistre personnage, elle vit le doute en lui, en ressentant les effets et les vibrations dans sa voix. Pourtant, de son côté, elle était persuadée que celui qui fut le bras de ce geste, que ceux qui avaient orchestré ce meurtre, ce assassinat d’enfants encore cachés dans le ventre de leur mère n’avaient agi que parce que les Sept le leur avait murmuré. Comment autrement cela serait-il possible ?

Il fit le tour, lui faisant de nouveau face depuis l’autre côté de la table tandis qu’elle rejetait l’information, posant le parchemin sur la surface, attendant d’entendre ce que le Sage aurait à dire. La tempête menaçait, pourtant, ce fut avec un contrôle certain qu’il déposa le poing contre le plateau de bois avant de briser le silence. Les premières phrases forcèrent Agnes a relever le regard vers lui, allant même jusqu’à plisser les yeux devant les piques qu’il lui adressa. Lucidité. Elle essayait vainement d’en avoir, c’est pour cela qu’elle gardait une certaine réserve, qu’elle essayait d’abord de savoir ce que pensait le Septon-Régent de Froide-Douve plutôt que de se lancer dans un discours sans queue ni tête qu’il n’approuverait guère et qu’il contrerait en l’espace de quelques secondes. Fronçant les sourcils, elle l’écouta pourtant avancer ses propres doutes devant cette affaire. Non, tout ne pouvait être l’œuvre des Dieux… Ou bien il se trompait ? Comment pouvait-il perdre la Foi quand une mascarade ne serait pas tant sanglante, tant divine ? Elle garda le silence, debout, aussi droite que son corps lui permettait de se tenir.

Attendant une explication, prête à lui énoncer bien des principes que lui-même lui avait lu de l’étoile à Sept branches, elle ouvrit la bouche, s’interrompant quand il murmura un prénom qu’elle ne connaissait trop bien. Alester. Il ne lui fallut guère longtemps pour comprendre où il voulait en venir, même si elle pensait bien ne pas avoir eu toutes les informations jusque-là. Comment le Bieffois pourrait-il être derrière cela ? Même en se trouvant à Port-Réal, aurait-il pu trouver suffisamment de soutiens pour le suivre dans une telle démarche qui, par la suite, aurait été suivie à la lettre par… Des gens du bas peuple ? Agnes avait bien du mal à y croire, connaissant suffisamment les manières de faire du lion échiqueté pour s’abaisser à cela… A moins qu’elle ne le sous-estimât, de nouveau. Les lèvres pincées, son regard noir errait dans le vague, cherchant les réponses exactes et universelles à toutes ces interrogations.

Andrew reprit la parole, annonçant le départ d’un de ses pairs dévoué à la Foi pour la capitale afin de s’assurer de la véracité des propos tenus dans cette lettre. Elle ne pouvait qu’approuver, hochant la tête avec assurance, lui faisant ainsi part de son soutien dans ce choix. Si les fait étaient avérés, alors le Osgris déchu était prêt à en prendre la responsabilité même si Agnes savait qu’il était aussi blanc qu’elle dans cet acte. Mais la Foi était une cause pour laquelle tous les actes devaient être recentrés sur une même cause. Se redressant, l’homme reprit de la hauteur, intimidant un peu plus la jeune file de Lac Rouge avant d’énoncer une menace à demi-mot qu’elle choisit pour rebondir. « Alors il en répondra devant les Sept avec un châtiment qui sera à la hauteur de son méfait. » La voix d’Agnes était étonnante de calme et de sureté. Levant une main, elle joua de ses doigts avec l’une de ses mèches de cheveux corbeaux. « Mon Seigneur… Qu’importe si les Dieux ont commandé la main du coupable, ils ont malgré tout enlevé la vie à ces deux êtres encore vierges de tout pêchés, manquant d’emporter l’épouse d’un traitre. L’acte peut être félonie, la conséquence demeure divine car la Mère, dans sa grande miséricorde, aurait su épargner ces âmes si elles avaient dû être sauvées. »

Ses yeux noirs cherchèrent ceux du Septon, conservant la distance entre eux malgré tout, ne souhaitant nullement être à portée du courroux de l’Homme s’il devait tomber. « Je veux croire en cela, lord-septon Osgris. Vous m’avez démontré à quel point les Dieux sont miséricordieux mais aussi capable de punir ceux qui ne sont plus dignes de se dire dévoués à eux. Ceux qui nous ont écrit ressentent, en leur cœur, ce besoin de justice. J’en suis persuadée. » Naïve, peut-être l’était-elle. Mais pas aveugle. Et encore moins sotte. Agnes était née pour devenir celle qui dirigerait Lac-Rouge à la mort de son père. Même s’il avait longtemps préféré éviter de la laisser baigner dans la sphère politique, d’autres s’en étaient chargés, à l’instar de Mathis Florent, Alvyn du Rouvre ou même Alester Osgris. Il y avait alors deux façons d’accueillir cette nouvelle. La revendiquer comme étant leur œuvre, les plaçant tous deux en grand danger mais portant plus loin leur cause… Ou bien transformer cela en orchestration purement politique qui leur serait pourtant avantageuse. « Cependant… Même si Alester s’avérerait innocent dans cette affaire, la situation pourrait peut-être nous être bénéfique. Peut-être pourrions-nous nous servir de cela pour accompagner sa chute. Sa présence à Port-Réal, ces événements qui finiront par remonter, que nous le souhaitons ou non, jusqu’à nous… Si nous prenons les devants, aujourd’hui, en présentant ce complot mené par votre frère au-devant de qui veut l’entendre, alors peut être les armées ne se soulèveront pas contre nous… Mais avec nous, contre votre aîné. Manipuler la vérité. Leur cause serait entendue, qui plus est deviendrait celle qui a déjoué un complot des plus sinistres, même s’il était inventé de toutes pièces. Et qu’aurait Alester à dire pour se défendre ? Appellerait-il les responsables véritables afin de les faire entendre ?

Ses yeux noirs se posèrent de nouveau sur le parchemin. « Nous devons réfléchir sagement à ce que nous allons faire, dans n’importe qu’elle situation. Si votre frère est celui qui a orchestré tout ceci, il sera jugé pour son crime. Si non, nous pouvons malgré tout rediriger les tirs contre lui et vous deviendrez le héros de cette histoire, défenseur de la Foi qui aura su mettre en lumière une vérité certes arrangée mais qui saura convaincre tous ceux qui veulent l’entendre que notre cause est juste et pure. »


© Belzébuth

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