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 Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit

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Menaka
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Dim 28 Jan 2018 - 22:08


Laoren & Menaka

Et le Soleil, sur les flots Redwyne,
s'endormit


« J’ai rarement vu un homme aussi beau que ton frère… » Cette phrase, je l’ai répétée des dizaines de fois dans ma tête. Autant de fois qu’il a fallu pour arriver à imiter les intonations dorniennes. Etrangère à ces terres, l’esprit trop dissipé par tout ce qu’elle se doit d’assimiler, je ne crains pas qu’elle remarque mon lointain accent. Laoren Redwyne. Celle dont il faudrait se méfier ; celle dont il faudrait lier le corps à Dorne. Coûte que coûte. Je regarde le dos de ce frère et j’offre mon sourire le plus connivent. Le Redwyne, ce dieu du vin, était dans la fleur de sa prime jeunesse. Respirant la richesse et l’assurance de son corps finement musclé. Dans les sillons de ses mains on pouvait lire un passé grave, marqué par la mort elle-même. Lorsqu’il s’était incliné devant la princesse, je l’avais remarqué. Depuis mon enfance on m’avait appris à lire dans les paumes des mains. Or, ce soir, ce passé semblait loin. « … il te faudra me le présenter. » J’accentue la pétulance de mon sourire, dévoilant une dentition parfaite. Un détail dont j’étais fière tant j’avais du embrasser des bouches aux dents noires. Sortant de ma pénombre, d’où je guète depuis de longues minutes, je lui fais signe de me laisser un peu de place. Assise sous un dais aux couleurs des Martell, ses nouveaux maitres incontestés, elle semble délaissée. Autour de nous, la fête a commencé et les gorges découvertes résonnent d’un vin englouti. Il coule à flots ce vin. Il inonde le sol d’une couleur rouge sang. Prenant place, j’absorbe le suc laissé sur mon pouce. Je n’ai pas touché à la nourriture. Car j’ai bien cru comprendre qu’il s’agissait d’une coutume émérite à Dorne, je crains trop le poison. Je ne mange que les fruits, ces fruits si exquis et qui m’étaient encore inconnus il y a quelques semaines. 


En silence, je défie son profil. Droit, digne et un quelque chose d’inapprivoisable. Une lueur absente, morne et entêtante. Il est clair que la jeune mariée aimerait être ailleurs, à des mille de sable d’ici. Je me désole de tant de simplicité. La pique chalande ne semble pas réveiller son corps froid. Alors, je fais comme elle. Je me moque de son replis et je mime son silence. Ce premier mariage n’est pas très réussi… la cérémonie a été mortellement ennuyante et ces festivités… si fausses. Il était fort à craindre que seul sur notre belle île de Lys on sache vouer un culte à la nuit. Non. Non, pas seulement à la nuit mais à la vie entière. Une vie de joies et de misères, mais célébrée à chaque instant. Un temps de fête où naitre et mourir était une célébration continue. Si je n’avais pas remarqué le sourire dissimulé de Nymeria, je serai tombée dans une lente agonie mortuaire. Me lassant de son visage triste, je reporte ma fausse attention sur ce Lyam. Mes cils lui batifolent un sourire enchanteur, au fond il n’était pas vilain. J’aurais pu en faire une distraction d’un soir, cet étranger devait bien avoir une faiblesse à exploiter. Tous les mâles étaient pareils, si influençables. Malheureusement, l’air coincé de la petite bieffoise me laissait peu d’espérances quant à ses compétences… Je viens choisir un grain dans ma grappe, le croque avec friandise. Cette peau qui se déchire directement pour offrir une chair tendre, je ne pouvais m’en lasser. « Silence. Silence. » Je croque un nouveau grain, quel ennui ! Je lui adresse un sourire en coin, mais mes yeux restent focalisés sur le Redwyne. Il a du sentir qu’il est l’objet de mes attentions et je me fais courtisane. Cet état de trouble chez autrui, il m’avait manqué. Etrangement, mon coeur se gonfle d’une nostalgie infertile. A cette Laoren, il était probable qu’on ne lui ait pas demandé sa bénédiction. Je connaissais les riches : ne se mariaient que leurs intérêts et leurs bourses bien trop lourdes. Pourtant, le Soleil de Dorne lui même semblait lui être offert et ce Dayne était beau, dans son genre. Elle aurait pu tomber sur un vieil homme, la peau flasque et le membre pendant. Mon énorme bague tourne autour de mon pouce, quels avilissements j’avais du faire pour la mériter ! Et si elle ne serait jamais aussi libre que moi, elle n’avait pas idée de la chance qu’elle possédait. Imitant à la perfection le même geste que je lui ai adressé plus tôt, je salue ce frère. Lui n’essaierait jamais de l’assassiner. « N’aie crainte, tout comme toi, mon père a d’autres projets. » Et c’était vrai. En un sens, ça l’était. Je pouvais encore me souvenir de sa lame sur ma gorge, son désir violent contre mon corps. Cette certitude qu’il avait devant lui sa propre mort, je pouvais encore la sentir. Je croque un nouveau grain. Je parle beaucoup, ce n’est pas mon genre. Je n’apprécie pas tous les efforts d’éloquence que je dois déployer pour la séduire. D’ailleurs, il est clair que je m’en sors très mal. 


Mon bras gauche lui tend le plateau de fruits qui ne me quitte pas, il lui intime d’y piocher quelques bonheur. Au manque de couleurs de ses joues, on pourrait croire qu’elle n’a rien avalée depuis des jours ! Ce n’est qu’à ce moment là que je remarque, sourde de colères endormies, cette veine bleutée qui lui barre le front. Mon bras se fait plus sérieux et plus obligeant. Elle ne pouvait refuser de manger. Une fois mes fonctions réussies, j’avais bien l’intention de profiter de mes atours et m’amuser. Il fallait réveiller ces festivités et mes hanches ne demandaient que cela. Je soupire et pose le plateau entre nous. « Je m’ennuie. » Dans mes yeux noirs, je sais briller une aura étrange : mi provocante, mi bienveillante. Je les sais grands de secrets gardés, sages de ténèbres voilées. Ce soir l’astre de Dorne m’avait donné l’image d’une princesse, mais mon âme entière ne serait jamais que Menaka. Cette déesse vénérée par ma mère et que j’avais pris soin de vénérer à mon tour, tout comme on le ferait pour un ancêtre. Les milliers de flammes que j’ai allumé pour elle brillent en mon coeur. J’étais tous les excès des Hommes, leur hybris incarné. Je jouissais de cette liberté qu’on m’avait enchainée, séduisant mes fers serviles pour mieux les détruire. « Je m’appelle Menaka… et toi? »

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Laoren Redwyne
DORNE
■ Localisation : La Treille
MessageSujet: Re: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Ven 2 Fév 2018 - 14:33

Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit

Etrangère. J’étais une étrangère à mon propre mariage. J’avais toujours aimé ce mot, promesse de découvertes et d’inconnu, que l’on m’appelle de la sorte ou que certains viennent en visite à La Treille. Aujourd’hui, pourtant, il me faisait froid dans le dos. Perdue dans un monde qui ne m’appartenait pas, pour la première fois je sentais, je savais que je ne reverrais probablement plus jamais ces endroits que j’avais appelé chez moi. Mon île, le château familial, nos champs de raisins, la bibliothèque du Mestre où j’avais passé tant d’années à souhaiter découvrir ce que le monde avait à offrir, plongée dans les récits des plus grands héros ayant jamais existé. Le destin était cruel de m’accorder mon plus grand désir, tout en le distordant suffisamment pour que je n’en tire aucun plaisir… Ce nouveau monde qui s’offrait à moi n’était qu’une prison, un univers entier où je serais toujours l’ennemie, et où le seul soutien sur lequel j’aurais pu m’appuyer était cet homme qui avait trahi ma sœur, qui avait trahi tout ce pour quoi je l’avais, dans un passé lointain, admiré. J’avais pris Vorian Dayne pour ce chevalier étranger plein d’honneur et de bons sentiments, incarnation de contes trop souvent lus et relus, j’avais même espéré un jour rencontrer moi-même quelqu’un de sa trempe, qui m’aimerait comme ce jeune homme des Météores avait aimé ma sœur… Le destin est un monstre cruel, un génie malfaisant, avec lui nos désirs se transforment en cauchemars.

« J’ai rarement vu un homme aussi beau que ton frère… Il te faudra me le présenter. »

Je ne reconnais pas sa voix, et pourtant instinctivement, je sais qui est cette femme qui m’intime d’un geste dans le coin de mon champ de vision de lui laisser une place à mes cotés. Son sourire meurtrier et sadique au septuaire, je m’en rappelle parfaitement, elle était le démon qui suivait sa maîtresse sanguinaire, toutes deux dissimulées derrière une apparence trop parfaite pour être réelle, pour être ce qui les définissait. L’une comme l’autre cachaient leur vraie nature ce soir, et l’une comme l’autre devaient être liées dans leur envie de sang, c’était certain. Les mots qu’elle prononçaient, lâchés sans aucune conséquences, me disaient que peut-être j’avais mal compris son geste tout à l’heure, que je n’étais pas celle qu’elle promettait d’éliminer, mais un avertissement qu’elle m’adressait. Elle voulait mon frère, et prendrait du plaisir à ce que je le sache, mais ne puisse rien faire pour l’en empêcher. Elle se glisserait dans sa chambre, succube nocturne et tentatrice, en ferait son jouet avant d’accomplir la volonté mortelle de sa maîtresse.

Je ne voulais pas qu’elle vienne, qu’elle s’asseye à mes côtés, et pourtant je m’écartai pour lui laisser une place qu’elle prit sans plus de cérémonie. Incapable de refuser, elle était sur ses terres, favorite de la maîtresse des lieux, et je n’étais qu’une étrangère qui ne demandait qu’un prétexte pour que toute cette assemblée se retourne contre elle. Je ne lui réponds pas, pourtant, je m’autorise cette tentative de lui montrer qu’elle ne parviendra pas à me tourmenter, un mensonge bien trop gros pour qu’il paraisse crédible, trahie que je suis encore et toujours par un visage bien trop révélateur de mon état d’esprit. Elle, elle se moque de mon silence en l’exprimant, souriant à nouveau sans quitter mon frère du regard. Et lui, cet idiot ! Quelques heures auparavant, il me rappelait encore que ces dorniens étaient des ennemis, et je voyais déjà à son regard qu’il ne faudrait que quelques mots, un geste à la démone pour qu’elle en fasse son dîner.

J’aurais pu, je suppose, me servir de la position que m’offrait mon mariage, de la place d’honneur que les apparences me conféraient ce soir pour tenter de l’intimider, pour sauver Lyam de ces projets macabres, j’aurais pu être de ces dames dont l’arrogance et la fierté étaient leur force, mais je n’avais jamais été l’une d’entre elle, et même si pour le bien de ma famille, j’aurais pu prétendre l’être, je n’en fis rien, seule dans ce monde que je ne comprenais pas, que je ne comprendrais sans doutes jamais. Chez moi, de telles paroles, de telles menaces n’auraient jamais existé, cantonnées aux pensées et non aux actes, je ne pouvais croire qu’on pouvait les formuler aussi librement. Alors impassible je restais, paralysée dans une mimique de dignité, jusqu’à ce que vienne la délivrance, peu importe le visage qu’elle prendrait.

« N’aie crainte, tout comme toi, mon père a d’autres projets. »

Pour la première fois, je tourne mon visage vers elle, lentement, pleine d’incompréhension. Quelle cruauté l’animait donc pour jouer ainsi avec mes craintes ? Je ne remarque même pas le plateau de fruits qu’elle me tend nonchalamment, pas avant qu’elle n’insiste d’un geste discret, m’intimant à partager son repas, ce que je fais presque naturellement. Avant cela, je n’avais presque pas touché à la nourriture, la première bouchée ayant manqué de m’étouffer tant elle était épicée. On ne reconnaissait même pas le goût des viandes servies, tant elle mettait la bouche en feu ! Interdite, je la fixe toujours cependant, attendant une explication, qui sans doute ne viendrait jamais.

« Je m’ennuie. »

Il me faut quelques secondes pour réagir, mais pour la première fois depuis mon départ, je ris. Nerveusement, parce qu’il me faut trouver un moyen d’évacuer la pression qu’elle exerce sur moi depuis que je l’ai croisée pour la première fois, et que fondre en larme, je ne me le permettrais pas, ils seraient trop ravis de voir qu’ils m’avaient brisée, et mon frère aurait trop honte, de lui-même et de moi. Je ris parce que ses mots sont tellement incongrus, tellement naturels qu’ils dénotent complètement avec ce qui se déroule ce soir, et que même venant de cette personne que j’imaginais si facilement avec un couteau sous ma gorge, je suis reconnaissante de cette bouffée d’air dans cette atmosphère par trop étouffante. Cette simple action semble me la rendre plus sympathique cette courtisane, et je crois même un instant voir autre chose dans ses yeux que l’envie de tuer, encore et encore. Peut-être, peut-être qu’elle n’était pas un démon, mais rien n’était sûr dans ce monde étranger.

« Je m’appelle Menaka… et toi? »

Mordant ma lèvre inférieure, j’hésite à lui répondre. Elle l’a déjà entendu mon nom, mais les légendes disent que l’offrir revient à donner du pouvoir sur sa personne quand l’on parle de ceux qui ne sont pas humains, et je n’étais toujours pas sûre qu’humaine, elle l’était. Mais que pouvait-elle bien m’enlever que je n’avais déjà perdu ? Courage ou lâcheté, je pensai même que ma mort ne serait qu’une délivrance, alors pourquoi ne pas m’abandonner à sa magie, si elle était bien venue d’un autre monde ?

« Laoren Redwyne. Mais tu le savais déjà, pourquoi le demander ? »


J’aurais pu dire Dayne, j’aurais du dire Dayne selon les convenances. Mariée à un seigneur important, sur des terres ou mon nom ne signifierait rien d’autre qu’ennemi pour ceux que je croisais, c’était la seule chose à faire, même si le choix du nom était la seule liberté que l’on laissait aux femmes lors de leur mariage. Mais je ne lui ferais pas ce plaisir, je ne leur ferais pas ce plaisir. Si porter le nom des miens était la seule rébellion qui m’était offerte, je l’embrasserais avec plaisir, et il y aurait désormais une Bieffoise à Dorne, peu m’importaient les conséquences, pour moi ou pour lui, surtout pour lui.

Cette pensée me rendit un peu de forces, fière que j’étais de pouvoir ainsi défier tout ces gens qui me croyaient déjà vaincue, et presque par défi, je repris un grain de raisin du plateau, observant mon frère au loin. Il agissait comme s’il n’avait rien vu, mais je connaissais trop son attitude, il avait du noter l’intérêt de Menaka pour lui, il se tenait plus droit, jetait des oeillades dans notre direction de temps en temps pensant qu’on ne le remarquerait pas. Je soupirai légèrement, passant une main dans mes cheveux pour replacer quelques mèches derrière mes oreilles, puis j’ajoutai le plus simplement du monde, mensonge éhonté prononcé comme une vérité établie, puisqu’il fallait bien que quelqu’un protège mon frère de lui-même et des projets de ma compagne de table :

« Mon frère est plus malin que les gens d’ici, ne crois pas qu’il se laisserait avoir aussi facilement… Et puis, de quelle Maison viens-tu pour parler ainsi sans que ton père n’y trouve à redire ? »

Si j’avais prononcé les mots autrement, ils auraient pu être un reproche, mais c’était là une remarque faite à demi-mot, sur un ton amusé et presque souriant. D’ailleurs, je la tutoyais. Pourquoi ? C’était une chose venue naturellement, sans doute parce qu’elle l’avait fait elle-même, et pourtant je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’autre chose était à l’oeuvre, un sortilège propre à ces terres dont je ne connaissais rien.



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Menaka
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Dim 4 Fév 2018 - 18:25


Laoren & Menaka

Et le Soleil, sur les flots Redwyne,
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« Laoren Redwyne. Mais tu le savais déjà, pourquoi le demander ? » « Curiosité. » Elle se pince ses lèvres vierges comme pour déjouer un mal imaginaire. Quelle étrange femme se trouve en face de moi ! Non pas une femme, mais, tout simplement, un être trop âgé pour être appelé enfant. Une lueur bravade sa réponse tremblante. Le réveil d’une force que je comprends sans mal, bien que loin de ma culture. Redwyne. Le nom de son père, non celui de l'époux. Or, chez eux, les femmes ne s’appartiennent jamais. Si Nymeria ne se marie pas, c’est bien pour cette raison. J’en suis persuadée. Princesse régente, peut-être, mais sur ces terres le pouvoir d’un mâle est supérieur. Malheureusement, si elle croit m’impressionner par cette rébellion infantile : elle se trompe. Qu’elle se reconnaisse comme Bieffoise ou Dornienne était pure fantaisie à mes yeux. « Tu aurais pu dire, Laoren. Simplement. » Musclés, la stature de mon visage restant face aux festivités, mes yeux coulent vers elle. Je n’avais fait que dire mon prénom, sans avancer le nom de ma lignée. Inexistante, mais que pouvait-elle en savoir? Un instant, long et soutenu, mes yeux restent ainsi à la scruter. Dire son seul prénom aurait été sa plus grande arme, mais les chances étaient grandes pour qu’elle n’ait jamais pris conscience de ce fait. Une pointe de déception doit passer dans mes iris, mais ça ne l’empêche pas de resserrer sa poigne autour de cette nouvelle confiance. Elle grignote un nouveau grain, son geste se veut noble, mais il cache bien des peurs et des questions. 


« Mon frère est plus malin que les gens d’ici, ne crois pas qu’il se laisserait avoir aussi facilement… » Alors, mes yeux, se laissent retomber vers la ligne d’horizon. Liam Redwyne nous observe, peu habile de cette soudaine attention portée sur lui. Dans son cou, je perçois sa veine jugulaire battre avec plus de frénésie. Un véritable appel. Oh, il se laisserait avoir tout aussi facilement que les autres. Seulement, et heureusement pour elle probablement, la Redwyne -puisqu’elle le veut- ne connait pas mes compétences. Aiguisées, années après années. Bien avant mes premiers sangs, j’avais été modelée pour apprendre à être succube. Un rictus pandémoniaque frétille un instant mes papilles. Par leurs dieux, si le chevalier avait eu connaissance de mon vrai visage, il aurait déjà secouru sa soeur chérie ! Il fallait le voir si protecteur avec elle ! Si aimant que toutes ses attentions n’étaient vouées qu’à s’assurer de son confort ! Baissant la tête, feignant une gêne émue pour ce bellâtre, je susurre à sa soeur « Le crois-tu vraiment? » « Et puis, de quelle Maison viens-tu pour parler ainsi sans que ton père n’y trouve à redire ? » et sans crier garde je ris. Je rejète ma tête en arrière, mes lourds pendants d’oreilles produisant une agréable incantation. Derrière son air détaché, d’animal apeuré et esseulé, la jeune mariée cachait un tempérament vif et intelligent. Des traits qui n’étaient que pour me déplaire, du moins me rendre cette entrevue plus agréable. Ainsi, j’observe les étoiles. Je doute que l’âme de mon père les ai retrouvées, mais je me plais à croire que celle de ma mère oui. A l’orée du désert, elles brillent intensément et les milliers de torches des jardins ne parviennent pas à chasser leur lumière magique. « Tu ne sais pas qui je suis? »



Un jeu. Un jeu car je ne suis personne. Tout au plus l’ombre d’une majesté. Une ombre qui disparaitrait dès le Soleil voilé. J’étais une humaine vouée à disparaitre, un plus rapidement que les autres. Fille de la terre, de ses entrailles rougeoyantes, je retournerai en son lie bien assez tôt. Asphalteuse, je ne m’étais jamais demandée d’où je venais. J’étais née. A leurs yeux, j’étais une bâtarde, sans légitimité, sans nom et sans visage. Or, les lignes de ma main disaient tout autre. Recelantes de secrets et dédales furtives, elles écrivaient sur mon corps des runes mythiques. J’étais fille de l’acte d’amour, enfantée pour le répandre et le reprendre. Oui, un torrent bien étrange affluait en mes veines. Je pouvais ressentir la même satisfaction à aimer et à tuer. Juge de la luxure des autres, seule maitre de ma vie. Ma seule fierté, celle que mon frère m’avait arrachée. Ma tête revient dans son axe, un sourire logé dans le bas de mon visage. « J’espère pour toi que personne ne lui rapportera… il sait être très colérique. » Je souris un peu plus et croque un nouveau grain. Nulle chance que le macchabée l’apprenne un jour. De son corps fort et imposant, il ne devait rester qu’un coeur embaumé dans une urne. J’avais imaginé mille fois Rustom le lui prendre, encore tiède, le lui arracher avec un sourire triomphant. Désormais, maitre et seigneur de notre antre. Une fureur douce se libère en moi et il me faut bien de la concentration pour la canaliser. « Un nom n’est rien. Il n’est pas toi. » Et toi, belle poupée craintive ces rêves que tu as tissé de fils en aiguilles auraient été les mêmes. Notre passion était plus grande, plus ravageuse que la couleur qu’on nous imposait à la naissance. Je le croyais, peut-être parce que je n’avais jamais eu le choix que de m’imposer dans ce monde cruel. Ce n’était pas son cas. D’ailleurs, il m’était impossible d’imaginer l’oisiveté indolente dans laquelle elle avait été élevée. Mon imaginaire n’avait pas été façonné pour en créer les contours et les espaces. J’hausse les épaules, désinvolte ; « ici, à Dorne, tout est différent. Tu l’apprendras. » Un avertissement, pour la Redwyne une nouvelle vie commençait. 


Ne pouvant m’empêcher de ne pas scruter la foule, compacte et éméchée, mon attention se concentre sur les invités. Mes iris se meuvent rapidement. Les festivités s'accéléraient, bientôt il faudrait envoyer l’enfant trop âgée au lit. Je ne me souviens plus vraiment de la première fois qu’un homme m’a pénétrée. Je crois que j’ai voulu mourir, mais de ce sentiment il ne reste rien. Il est très probable que j’avais du vite le dissimuler pour ne pas risquer la place de Mâa. Il y avait eu cette lourdeur du corps et cette difficulté à danser le lendemain. Oui... En me concentrant, je peux revoir la vieille Abha espiègle me faire des blagues grasses sur ma nuit agitée. Sentir sa canne sur mon dos qui m’intime de me redresser et continuer la leçon. Assise en tailleur, cette seule pensée suffit pour me redresser. Il est difficile de taire ses souvenirs quand ils veulent remonter à la surface avec tant de vigueur. Pourtant, je ne le dois pas. Cette page de mon histoire est close. J’ai survécu et c’est tout ce qui compte. Le reste n’est que détails et fioritures. « Je te parlerai de ma glorieuse Maison et mon illustre père un autre jour, la veillée de ce soir t’est dédiée. Alors, parle-moi de l’Epée du Matin. Mes lèvres s’écrasent pour taire une moquerie. Ce titre me semblait bien incongru sur les lèvres d’une femme, mais il est trop probable que la jeune mariée ne l’aurait pas comprise. Elle n’en avait pas encore fait l’expérience. Il ne vient pas souvent à Lancéhélion, mais notre Princesse l’estime… ça ne semble pas ton cas. »

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Laoren Redwyne
DORNE
■ Localisation : La Treille
MessageSujet: Re: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Mer 14 Fév 2018 - 20:15

Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit

« Un nom n’est rien. Il n’est pas toi. »

Elle disait cela comme une évidence, comme si c’était à ses yeux la plus pure vérité. De quelle Maison pouvait-elle venir pour penser une telle chose ? Les dorniens avaient beau être des étrangers à mes yeux, je savais que leurs noms valaient tout autant pour eux que pour nous. Bénédiction un temps, malédiction un autre, j’avais toujours porté le mien avec une certaine fierté, dire qu’il n’était pas moi relevait d’une hérésie ou d’une naïveté trop avouée. Si je n’avais pas été Redwyne, je n’aurais pas eu à me trouver ici, prisonnière d’étrangers au nom d’une alliance bancale que je me devais de tenter de maintenir, même si je la méprisais au plus haut point. J’aurais aimé à cet instant que mon être ne soit pas défini par mon ascendance, mais c’était le cas, pourtant. Fallait-il le regretter ? Sans mon nom, je n’aurais jamais connu mes sœurs, je n’aurais peut-être pas appris à lire ou à écrire, je n’aurais été qu’une inconnue de plus, condamnée à la félicité et au malheur de l’anonymat des petites gens. Peut-être serais-je encore aux champs de notre île, à aider un père tout autant anonyme à récolter le raisin pour son seigneur, espérant que l’Eté ne durerait pas suffisamment pour voir ma famille décimée par le manque de nourriture… Je ne savais quel sort je préfererais, en cet instant il me semblait que choisir était une chose impossible.

Mon nom était ce que j’étais, il représentait la seule chose que les Dayne ne pourraient me prendre, mon identité. Le dernier bastion d’une résistance futile contre la volonté supérieure d’un père trop distant, contre la lâcheté de cet homme que l’on m’avait forcée à épouser. J’étais née Redwyne, et je me le promis une fois de plus en cet instant, jamais, je ne deviendrais une Dayne. Qu’ils crient au scandale, que mon nom soit une marque qui me désignerait comme une étrangère sur ces terres, peu m’importait, je ne leur accorderais pas cette satisfaction, ni à Vorian, ni à mon père. Et la courtisane était là, si sûre d’elle, à affirmer le contraire, indifférente à tout cela… Elle ne comprenait peut-être pas toute la valeur d’un nom, peut-être qu’elle n’était pas ce qu’elle prétendait, après tout. J’aurais pu le faire remarquer, mais mon interrogation mourut dans son haussement d’épaule inconséquent, suivi de ce qui sonnait comme un avertissement plus que comme un simple point de conversation.

« Ici, à Dorne, tout est différent. Tu l’apprendras. »

Tu l’apprendras, ou tu mourras. Menaka n’avaient pas prononcé ces mots, mais ils étaient ceux que j’avais compris, sans aucun doute. Un frisson parcourut ma colonne vertébrale, preuve de cette menace cachée que j’avais ressentie mais pas entendue. Voulait-elle simplement me prévenir, ou m’énoncer ce qu’on lui avait demandé de faire ? S’assurer que je deviendrais une femme exemplaire, entièrement dévouée à son mari et à sa nouvelle patrie, quitte à oublier celle qui l’avait vue naître ? Que je ne ferais pas cas de ces guerres qui avaient marqué nos régions, pire, que je blâmerais les miens pour un conflit provoqué par ce pays que l’on voulait me forcer à adopter ? La fidélité et la loyauté n’étaient rien d’autre qu’une notion purement masculine, les femmes n’avaient pas cette possibilité, on attendait de nous que nous n’ayons pour seule loyauté que celle que l’on nous imposait, peu importait ce que nous pensions. Je leur ferais croire que c’était le cas, s’ils le voulaient vraiment, mais je ne trahirais pas ma famille, ni mon foyer. J’étais une fille du Bief, de La Treille, et des terres aussi sablonneuses et inhospitalières ne pourraient pas devenir ce que les forêts, les champs et la mer de mon enfance avaient toujours représenté pour moi.

Docilement, je hôchais la tête pour signifier à ma compagne que j’avais compris son message, les yeux focalisés sur le grain de raisin que je faisais rouler entre mes doigts pour ne pas avoir à croiser mon regard. Elle saurait alors, j’en étais certaine, toutes les pensées qui me traversaient l’esprit. Ce devait être son don, la raison pour laquelle elle était là, celle pour laquelle elle parlait avec si peu de cas pour les manières de Cour. Elle était mortelle, perspicace, et elle n’avait que faire du nom qu’elle portait réellement… Elle tentait de ne rien m’en dire, mais plus elle parlait, plus j’avais l’impression de la connaître, de la comprendre, en surface du moins. Menaka avait son utilité pour la Régente de Dorne, c’était un fait, elle était trop différente des autres suivantes pour n’être que l’une d’entre elles, et Nymeria trop guerrière pour supporter très longtemps un monde qu’elle devait trouver trop fade à son goût. Il y avait autre chose, oui, quelque chose qu’elle ne voulait pas me dire, quelque chose que je n’étais pas sûre de vouloir savoir.

« Je te parlerai de ma glorieuse Maison et mon illustre père un autre jour, la veillée de ce soir t’est dédiée. Alors, parle-moi de l’Epée du Matin. Il ne vient pas souvent à Lancéhélion, mais notre Princesse l’estime… ça ne semble pas ton cas. »

Les lèvres pincées, je ne réponds pas à sa question, pas tout de suite, reportant mon attention sur mon frère, trop occupé à discuter avec les quelques chevaliers bieffois qui nous ont accompagnés jusqu’ici. Je ne savais pas si je pouvais être honnête avec la jeune femme, lui confier tout le mépris que j’avais pour cet homme qu’un jour j’avais pourtant admiré, dans toute la naïveté de ma jeunesse. Comprendrait-elle seulement les raisons qui me poussaient à le voir ainsi, ou s’en moquerait-elle ? Pire, ne serait-ce pas là un signal qui signerait la fin de la politesse, le début d’un massacre en bonne et due forme ? Menaka l’avait dit elle-même, tout était différent à Dorne, et si chez moi mettre des invités à mort était quelque chose d’interdit, de proscrit à la fois par notre culture et la religion, ici il était fort possible que ce respect n’existe pas. Cette désagréable impression que chaque mot échangé avec cette étrange jeune femme pouvait me coûter bien plus qu’une réprimande ne me quittait pas, mais elle avait également ce coté plus sombre, plus honnête aussi, ce murmure qui me disait qu’au moins, de mes mots j’étais maîtresse. Aussi mortel qu’il puisse être, je contrôlais mon destin, peut-être même celui de mon frère, et personne d’autre ne pouvait le faire à ma place. Je relâchai ma bouche dans un sourire poli, adoptant une assurance toute feinte avant de lui répondre :

« Tu me dis que cette soirée m’est dédiée, mais c’est de Vorian Dayne que tu veux que je te parle… Pourquoi serais-je plus définie par lui que par mon nom ? Des deux, il est celui qui m’a le moins marquée, pourtant. »

Je profitais du moment pour marquer une pause, gobant d’un coup un autre grain de raisin, observant la suivante avec un air entendu. Elle n’obtiendrait pas de moi des aveux de mésentente, encore moins de haine qui pourraient risquer ma vie ou celle de mon frère, pas tant que je douterais de ce qu’elle était, pas tant qu’il serait entre ces murs. Ensuite… Ensuite, peut-être. Peut-être que je verrais que vivre une vie de mensonge ne me convenait pas, qu’il n’y avait plus rien de beau pour moi en ce monde. Alors, peut-être que je lui confierais ces secrets, pour qu’elle fasse ce que je n’aurais jamais le courage de faire moi-même. Mais elle ne se contenterait pas d’une réponse aussi nébuleuse, j’en étais certaine. Et puis, nous pouvions être deux à jouer à ce jeu, peut-être parviendrais-je à savoir qui elle était vraiment.

« J’étais une petite fille quand il courtisait déjà ma sœur, et à l’époque je ne le voyais que comme le chevalier sincère et pur que je lisais dans tous les contes et les légendes du continent. Il l’aimait, elle l’aimait aussi, et pourtant c’est moi qui me trouve à la place qu’elle devrait occuper, et contre cela il n’a rien fait. Je suppose que la Princesse Régente le connaît bien mieux que moi, d’où son estime, mais je ne suis pas celle à qui tu dois t’adresser pour le connaître. »


Parler du Dayne m’avait également rappelé qu’il n’était probablement pas loin. Instinctivement, je le cherchai du regard, sans pouvoir le trouver pour autant. Sans doute était-il parti s’adonner à je ne savais quelle activité dornienne typique des mariages, ou bien était-il simplement parti se saouler dans les caves du Palais… Peu m’importait, au final, et je reportais mon attention sur la jeune femme. Je lui adressai un dernier sourire en coin avant de lui poser ma question, celle qui me brûlait les lèvres depuis un moment déjà :

« Tu n’es pas d’ici non plus, je me trompe ? De Dorne, je veux dire. »

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Menaka
DORNE
■ Localisation : Lancehélion
MessageSujet: Re: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Mer 21 Fév 2018 - 18:10


Laoren & Menaka

Et le Soleil, sur les flots Redwyne,
s'endormit


« Tu me dis que cette soirée m’est dédiée, mais c’est de Vorian Dayne que tu veux que je te parle… Pourquoi serais-je plus définie par lui que par mon nom? Des deux, il est celui qui m’a le moins marquée, pourtant. » Je ris, à nouveau, sans me foutre que les invités puissent se retourner vers nous. Ma paume vient sur mon coeur qui s’emballe d’une humeur bonne et joviale. Ainsi, dans ce geste théâtral, je me laisse aux soubresauts de ma poitrine qui balance d’un même concert. Son esprit était aiguisé. Inutile de dire que la princesse du désert en serait étonnée ! La petite Redwyne, cette étrangère frêle et innocente, avait une langue bien pensante. Finalement, malgré ses doutes, elle se ferait rapidement à la vie Dornienne -qui, apparemment, laissait bien plus de liberté à la femme que les contrées des Dragons. Intelligente et vive, je devais lui reconnaître ces deux traits de caractères. De ses grands yeux verts d’eau, elle m'épie et je la laisse faire. On dirait qu’elle cherche des réponses, mais mon corps était un océan de secrets multiples, gardés par moi seule. Une clef difficile à appréhender, j’en avais bien peur. « J’étais une petite fille quand il courtisait déjà ma sœur, et à l’époque je ne le voyais que comme le chevalier sincère et pur que je lisais dans tous les contes et les légendes du continent. Il l’aimait, elle l’aimait aussi, et pourtant c’est moi qui me trouve à la place qu’elle devrait occuper, et contre cela il n’a rien fait. Je suppose que la Princesse Régente le connaît bien mieux que moi, d’où son estime, mais je ne suis pas celle à qui tu dois t’adresser pour le connaître. » Dans un écho monstrueux, mon rire continue de se décimer dans l’air festif. Lui seul car ma gorge s’est tue avec soudaineté. Je plisse mes sourcils. C’est à mon tour de tenter de la déchiffrer. Je ne comprends pas bien encore ces idéaux chevaleresques, quant aux contes et légendes du continent ils me sont étrangers. Ce monde dont elle parle où une petite fille regarde un homme beau et chaste courtiser sa soeur, je ne le connais pas. Je connais l’écho de la fraternité, mais l’enfance, à nous, nous avait été arrachée trop rapidement pour laisser place aux rêves. Avancer ou mourir, c’était notre lot à tous. Je n’ai aucune envie de recueillir sa confession et j’aimerais pouvoir me lever et ne pas écouter les lassitudes brisées d’une jeune vierge. Pourtant, bien malgré moi, les mots restent entre nous comme un lien invisible. Un lien invisible dont je ne sais que faire, complètement incapable d’apporter du réconfort à un autre être humain. Prisonnière de cet aveu, les poings liés à la bieffoise, je reste muette. Les histoires d’amour n’étaient pas pour moi. Ne seraient jamais pour moi. Un jour, jeune et adolescente, j’avais cru qu’un client pourrait m’offrir cette osmose des sens et des plaisirs. Ambitieux, doux et instruit : chaque fois, je l’avais recueilli en mes bras comme si cela ne pouvait être la dernière. Pour lui, j’avais donné bien plus que mon corps, une partie des mes désirs jusqu’alors inconnus. Il m’avait transmis des savoirs et des connaissances, ses propres rêves que j’avais fait miens. Douces journées, douces semaines que celles passées avec cet homme dont le nom était scellé derrière mon coeur comme un secret trop destructeur. Quand bien même, il n’avait pas s’agit d’amour. L’amour m’était interdit, Mâa l’avait dit : les apsaras terrestres de mon espèce ne savaient qu’offrir la tentation maléfique des excès. Sur cette terre, il n’y avait rien pour nous. « Je ne cherche pas à le connaître. Je me moque d’un chevalier sincère et pur, quand bien même il pourrait être sorti d’un conte du continent. »



Je devais me concentrer pour parler, rares étaient les fois où je parlais autant. D’ordinaire j’étais réservée. Réservée ou peu affectée par ce qui se passait autour de moi. Je ne m’étais encore fait aucune connaissance sur laquelle compter, j’effrayais tout le monde. Ca m’allait, je n’avais jamais aimé l’art de la conversation. Mes émotions je préférai les danser dans le tourbillon d’un chant ou d’une lame assoiffée. « Tu n’es pas d’ici non plus, je me trompe? De Dorne, je veux dire. » Elle sourit, satisfaite de sa question. Perspicace. Il ne serait pas aisé de savoir, rapidement, quelles étaient les intentions de la Redwyne à l’égard de sa nouvelle terre d’accueil. Il faudrait de nombreuses heures supplémentaires et un avenir clément à nos rencontres. Si j’avais été quelque peu déçue et peu volontaire de jouer avec cette enfant livide, je commençai à l’apprécier. Je la trouve intéressante. Pas aussi formelle et blafarde qu’on avait pu me la décrire. A son sourire je réponds, de mes dents alignées et acérées. L’ingénue qu’elle est ne peut être prête pour le récit de mes origines. Elle en serait outrée, prendrait peur ou s’étoufferait avec ces pépins qu’elle adore, désormais, faire craquer entre ses dents. « Non, je ne suis pas d’ici. » Je pourrais lui répondre seulement ces quelques mots. Cruels pour tout esprit curieux d’en apprendre plus. Longuement, je me délecte de ce que je lis en ses yeux. J’hypnose son imaginaire, succube tordu de ses peurs et fantasmes. Etrange enfin modulée dans des fièvres de légendes enfantines. « Il y a quelques mois, mon frère m’a envoyée ici. Nyke vēdros zirȳla. Byka orvorta… kesan kim zirȳla mēre tubis » Haineuse, venimeuse, je n’avais pas réellement fait attention que ma langue natale m’était revenue. Heureusement… probablement. Si elle avait su ce que je venais de dire, la belle Laoren serait partie se réfugier dans les bras de son frère. Elle lui aurait demandé de reprendre les voiles pour rentrer chez eux… Ces contrées verdoyantes que je n’arrivais pas à me représenter. Alors, à défaut de pouvoir mordre le visage de mon frère, je souris. Calmement. Terriblement. « J’étais la préférée de mon père. Il avait peur que je lui succède. » Pour pouvoir mieux arriver à mes fins, je devais accepter de baisser quelques vérités sur mon passé. Bien sûr, il était un peu trop tôt pour lui dire que j’étais une prostituée reconnue et une assassin encore plus aguerrie. Légèrement trop tôt. De mes paroles, dans cet accoutrement, j’aurais pu être fille d’un noble ou d’un riche marchand d’Essos. Après-tout pour quelle autre raison serai-je à la Cour des Martell autrement? Aucune. « Des fois, je me sens seule. Nymeria est une bonne amie, mais je ne veux pas qu’un jour ce soit mon mariage qu’on fête. » Une lubie, j’avais déjà été mariée des milliers de fois. Plus, une courtisane de mon espèce n’aurait jamais droit à autant d’attentions… et c’était tant mieux. Cette mascarade me laissait indifférente.



Je continue de piocher dans le plateau qui sépare nos deux corps. La musique est plus rapide, plus forte, plus enivrante qu’avant… alors, relevant doucement ses cheveux pour laisser passer mes lèvres susurrantes, je me penche vers elle : « es-tu prête pour ce soir? »

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Laoren Redwyne
DORNE
■ Localisation : La Treille
MessageSujet: Re: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Dim 18 Mar 2018 - 14:45

Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit

Silencieuse, je l’écoutais résumer sa vie en quelques mots, les raisons de sa présence à Lancehélion en à peine deux phrases. Loin d’être idiote, il ne m’aurait pas fallu être intelligente pour comprendre qu’elle éludait, qu’elle n’offrait qu’une demi vérité pour éviter les questions trop pressantes. Que cela devait-il m’importer, au fond ? A ma place, une autre ne se serait pas formalisée de ce silence à peine caché, de ces non dits, trop occupée à tenter de capter l’attention sur elle. Jessamyne l’avait fait, quand bien même elle n’avait pas aimé l’homme qu’elle épousait. Elle l’avait dit à l’époque, le mariage est la dernière tribune d’une jeune femme, avant l’indifférence du monde. Le dernier moment où on la regarderait encore comme on l’avait toujours regardée, comme une alliance glorieuse possible, comme une proie qu’il fallait chasser. Après cela, après la nuit, l’on n’était plus rien d’autre que l’ombre d’un homme. Adieu, les regards envieux, les attentions galantes, les compliments incessants. Je n’avais jamais revu ma sœur après son mariage, nous n’avions échangé que des lettres que je supposais vides de sens, où elle me racontait une vie si peu mouvementée que j’aurais pu croire qu’elle s’était faite fantôme de ce qu’elle avait été. Couture, lecture, nourriture, fêtes, chacune de ses confessions ressemblait à la précédente. Evidemment, elle n’avait jamais été des plus aventureuses, mais nous avions exploré notre île ensemble, nous allions jouer à la rivière ou sur la plage, nous ne restions pas toujours enfermées entre les murs d’une pièce qui nous avait été accordée ! Cet enfer de routine, je le craignais sans doute autant que sa réaction, que ce qu’elle devait penser de moi, qui était ici, à sa place.

Je n’avais que faire de ces derniers instants de gloire, moi. Le devant de la scène n’avait jamais été mien, et je n’en avais jamais voulu. Je connaissais ces jeunes filles qui auraient voulu être un homme pour succéder à leur père, pour ne pas avoir à un jour n’être qu’un bijou d’apparat de plus dans la collection d’un autre. Mais moi, si j’avais été un homme… J’aurais envoyé ces responsabilités paître aussi vite. Je me serais faite Mestre, avide de connaissance, ou chevalier errant, toujours en quête d’aventures et de nouvelles contrées à découvrir. J’aurais appris, j’aurais voyagé, j’aurais conté mes aventures et celles des autres, j’aurais rapporté ces haut-faits qui avaient bercé mon enfance, j’aurais laissé mon âme dans des écrits qui survivraient bien plus longtemps que moi. Je n’avais que faire de ces derniers instants sensés m’appartenir alors, et je me battrais pour ne pas tomber dans l’oubli, mais pas parce que j’étais une femme, parce que je voulais encore tant de la vie. Si devenir aventurier m’était depuis toujours impossible, comprendre le monde, en revanche, restait à ma portée, la nature n’avait que faire du sexe de celui qui cherchait à la comprendre, il n’y avait que les hommes pour s’en inquiéter. Et pour comprendre ce qui m’entourait, peu m’importait l’attention générale, mais les mots de mon acolyte, en revanche, avaient toute leur importance.

Elle venait d’Essos, Menaka avait bien caché son accent, si bien que je n’y avais pas porté attention, mais quand elle avait utilisé sa langue, elle m’avait rappelé les marins qui venaient régulièrement jusqu’à notre île, pour y charger du vin, ou y décharger de l’or et autres richesses. D’où exactement, c’était difficile à dire, mais c’était une part du mystère qui entourait sa personne que je pourrais découvrir. Gravant les mots qu’elle avait prononcé dans ma mémoire, je me promis de trouver la réponse, si elle ne voulait pas me le dire, je le découvrirais. Elle avait parlé d’hériter également, mais il me semblait que même là-bas, les fils avaient toujours la préséance sur leur sœurs en matière d’héritage, du moins dans les Cités Libres… Un autre élément, encore, qui me permettrait peut-être de découvrir les secrets qu’elle cachait si bien. La courtisane parlait de Nymeria comme d’une amie, amie susceptible de la marier un jour, peut-être était-ce une façon de parler, mais après tout les Dames de Westeros, si elles étaient suffisamment haut placées, décidaient souvent d’un parti intéressant pour leurs dames de compagnie, et il n’y avait aucune autre femme plus puissante que Nymeria Martell sur le continent, la seule à détenir le pouvoir sans être assujettie à un homme, par le mariage ou l’allégeance à un souverain. Peut-être était-elle la fille d’un riche marchand, ou d’un homme politique… Mais aucune des deux possibilités n’expliquait la mort que l’on pouvait lire dans son regard, dans son sourire, ou ses manières que beaucoup ici auraient trouvé inconvenantes.

« Le mariage est souvent le seul destin possible pour une femme en Westeros, peu importent ce qu’elles désirent… Mais je te souhaite, sincèrement, d’en être l’exception. »

Il n’y avait rien de plus à dire, pas pour le moment. J’aurais pu lui poser plus de questions, lui demander de préciser son passé, mais il était clair qu’elle ne voulait pas le partager. Il me faudrait attendre, ou le découvrir par moi-même, les deux sûrement, mais Menaka était probablement la seule question d’intérêt que j’avais trouvée ici jusqu’à présent, la plus évidente, et donc la plus digne de ma curiosité. Je ne la brusquerais pas, non, ce n’était pas dans mes habitudes, pas avec les étrangers en tout cas. Mais ce qu’elle cachait, je finirais par le savoir. Détournant mon attention d’elle un moment, je me pris à prendre une gorgée de vin, comme il pouvait être étonnant qu’une simple conversation, que la perspective d’une histoire à découvrir pouvait me rendre certaines envies, même dans les pires moments. Si je n’avais pas déjà eu la preuve qu’ils n’étaient rien d’autre que des idées créées pour nous faire tenir notre place, j’aurais cru que c’était là un don des Sept. Mais à peine avais-je porté la coupe à mes lèvres que je sentis ma voisine s’approcher un peu plus de moi, dégageant mes cheveux pour pouvoir murmurer au plus près de mon oreille :

« Es-tu prête pour ce soir? »

Sous la surprise de sa question, inconvenance atteignant des sommets, je manquai de m’étouffer avec le vin que je venais d’avaler, qui m’arracha une quinte de toux cinglante, me faisant me replier sur moi-même pour calmer mon œsophage. Tant le fait qu’on formule pareille interrogation, que l’idée que je n’y avais aucune réponse me déstabilisaient au moment même ou je commençais à prendre un peu de confiance. J’avais bien une idée de ce dont elle parlait, et en même temps je n’en avais aucune. Fille de seigneur, ce n’était pas vraiment le genre de chose dont on nous parlait, pas plus que l’on ne nous les enseignait, ce que je connaissais des choses qui se déroulaient dans un lit conjugal, ce n’étaient que des conversations espionnées, des rumeurs que l’on m’avait racontées pour m’effrayer ou pour tenter de me donner envie, des échos d’une chambre voisine, des racontars de paysans. Une seule chose était certaine, pourtant, rien cette nuit ne se passerait, absolument rien. Si j’en avais la possibilité, je n’irais même pas dormir aux cotés d’un homme qui trahissait ma sœur, je préférerais me réfugier ailleurs, oublier cette soirée, ces moments, ces tortures. J’espérais qu’il reste suffisamment d’honneur chez cet homme pour ne pas tenter de forcer les choses, et s’il le faisait… Lyam le tuerait, j’en étais certaine. Il ne pourrait pas supporter que l’on violente sa cadette, pas après ce qu’il m’avait dit quand nous étions arrivés. La mine déconfite, je tentai de reprendre un peu de constance, de ne pas avoir l’air d’un animal apeuré que l’on aurait acculé. Menaka était peut-être l’amie de sa souveraine, mais la mienne, elle ne l’était certainement pas.

« Ce soir, il ne se passera rien. Je mourrai pour m’en assurer, si c’est nécessaire. »

Illusions de jeune fille, témérité rêvée.
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Menaka
DORNE
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MessageSujet: Re: Et le Soleil, sur les flots Redwyne, s'endormit   Sam 7 Avr 2018 - 19:37


Laoren & Menaka

Et le Soleil, sur les flots Redwyne,
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Elle tousse, embarrassée jusque dans les racines de ses brun cheveux. Moi, pour mieux la contempler, je recule mon visage. La petite était ingénue, peu préparée aux vertiges des jeux de la nuit. Au jeu de la génisse et du taureau comme j’aurais dit enfant. La regardant tousser, s’étouffer de cette simple question, je ne peux m’empêcher de me dire que ce monde est bien étrange. Sa mère ne l’avait pas préparée à être une femme, ni sa soeur. Ce n’était pas un cadeau qu’on lui avait fait, bien une réelle injustice. J’étais issue des entrailles assassines de la terre, mais les miens n’avaient jamais été aussi mauvais envers moi. Longtemps on m’avait préparé, expliqué et fait répéter les enseignements. Les yeux de mes professeurs étaient aguerris, vifs et ne toléraient aucun oubli, aucune faute. Le corps était un labyrinthe modelé pour ne pas m’appartenir. Pourtant, malgré cet apprentissage fastifieux, j’avais été surprise par la violence lubrique de l’instant. Pour me moquer de cette Laoren, les années ont du rendre mon coeur bien terne... Or, ce n’était pas moi qui était méchante avec elle, mais bien les femmes de son monde. Ce soir, combien étaient-elles à avoir pitié pour elle? Peu, et certainement pas la princesse de ces lieux. Elle aussi était vierge et ne connaissait donc rien du va-et-viens sec d’un corps étranger en soi. Ma bague, sur mon pouce, est lourde. Je la baise sans chaleur, sans la regarder, un geste qui apaise la tension du moment. Les joyaux se souviennent, ils me demandent d’aider cette petite bieffoise apeurée. Un sourire charnu perle mes lèvres, cette bague je l’ai gagnée par mon premier client. Selon la tradition des miens, il a du payer son poids en or, et Mâa s’en faisait gorge chaude tant il était gras ! Une chance.

Mes yeux noirs fixent les siens, ils cherchent une réponse à ce qui se bouscule en moi. A travers sa gêne, je me revois frêle, attendre sur un large lit de fleurs d’Essos. Dans la pièce d’à côté les musiciens jouent et les rires fusent, et moi j’attends. J’ai mis mes mains autour de mes jambes, elles tremblent beaucoup trop. D’ordinaire quand je suis avec les femmes, quand j’apprends, ça ne fait pas ça. Je n’aime pas toutes ces fleurs, elles me donnent l’impression qu’à moi aussi, un jour, quelqu’un arrachera la vie et que je fanerai dans que personne se préoccupe de moi. Je n’aime pas ça, et je n’aime pas attendre cet homme. Il chuchote que je suis comme ces fleurs, mais que moi je possède la plus belle. Et, je le crois. Je ne sais pas encore que ce n’est qu’un morceau, infime et minuscule, qu’il espère sentir. Nombreuses ont été les années pour que mon entrejambe accepte de s’offrir aux plaisirs de la chair. Ce n’est pas grâce à la graisse que j’avais appris à appliquer, mais parce que j’avais compris que de ces hommes, riches, ivrognes, saouls, beaux, laids, je pouvais faire ce que j'en voulais. J’étais un sanctuaire que leurs épouses ne leur donnaient pas, et pour cela je les contrôlais. Pour moi le désir était une création, un rôle facile, le plaisir une réalité. Oui. Une partie lointaine -et que je croyais endormie pour toujours- de mon être voudrait pouvoir la réconforter. Elle voudrait pouvoir renaître et prendre sa main, chanter cette chanson que sa Mâa chantait pour elle. Pehle Pehel. Mes lèvres s’écrasent sur le joyau, cette partie n’existe plus. Une putain. Une putain ne pouvait pas avoir de coeur, et je l’avais appris quand cet homme avait pris les voiles pour Westeros. Une putain était un acte, sans aucune faille. « Ce soir, il ne se passera rien. Je mourrai pour m’en assurer, si c’est nécessaire. » Noble est sa détermination, mais bien vaine. Vorian était un homme fort, il la prendrait de force et elle pourrait se débattre, et griffer, et mordre, et espérer que le monde s’effondre, il continuerait. Gardienne des amours nocturnes, je sais qu’avec un apprentissage adéquat l’homme aurait oublié sa première aimée en quelques heures. Le Dayne était un bel homme, selon leurs critères, elle aurait pu y trouver plaisir nouveau. Il aurait suffit qu’elle accepte de lui offrir une endroit qu’il n’avait jamais connu, l’y asservir pour que jamais il ne le quitte. Calcul froid, simple, parfaitement réalisable. « Tu ne sais pas ce que tu rates petite sotte… » Enigmatique, ma phrase reste en suspens. Mes mots sont tranchants, mais mes yeux se sont fait plus doux. Je me demande si elle pourrait vraiment le faire : se donner la mort. Si elle le fait, Nymeria me tomberait dessus. Un risque que je ne pouvais pas courir. Aussi, ce soir, les choses ne se passeraient pas ainsi : la mariée s’allongerait dans la chambre nuptiale, son époux à ses côtés. J’allais m’en assurer personnellement. Cette enfant ne viendrait pas contrecarrer mes plans. J’avais besoin d’elle, autant qu’elle de moi. Langoureux, mon pouce vient caresser sa joue. Un duvet enfantin la recouvre, peau de pêche qui serait bientôt brûlée par le Soleil. L’anneau de mon lourd bijou, acquis au prix du sang, vient s’enfoncer dans sa peau. Je ne lui veux aucun mal, mais je ne veux pas qu'elle m’échappe. Je veux qu’elle écoute et qu’elle soit bien attentive. « Tu ne sais pas quel pouvoir à ton entrejambe. Si tu acceptais de faire le sacrifice de quelques minutes, tu pourrais contrôler les Dayne… mais tu n’es qu’une petite fille, capricieuse, et entêtée. »

Elle et moi, nous allions faire un pacte, un échange. Un service pour une faveur. Dans l’air festif, j'hume l’angoisse que je lui inspire. Elle ne sait pas si elle peut me faire confiance ou si elle doit fuir. Et, cependant, elle reste là. La force lui manque pour me chasser, me renvoyer dans l’ombre à laquelle j’appartiens ou peut-être que je l’hypnotise. Charmeuse de serpent, je peux bien charmer cette enfant ! « Je vais t’aider. » Je ne sais pas pourquoi moi non plus je ne pars pas, c’est la petite fille de onze années que j’ai été qui exige que je lui tende cette main. Une putain, finalement avait peut-être du coeur. « Ce soir et pour les autres, je pourrais te donner quelque chose qui empêcherait ton époux de t’anoblir… » Les vertus des plantes et leurs fonctions, je les connaissais. Ceux qui appelaient ça magie étaient idiots, peu observateurs de ce que la nature leur avait donnée. Partout autour de nous, les herbes existaient pour empêcher les enfantements, les érections ou, au contraire, offrir jouissance et aphrodisiaque. Il suffisait seulement de quelques années de pratique pour apprendre. Dans une maison comme Abilash, un tel savoir était obligatoire. Poisons, simples et peu couteux, et leurs anti-poisons. Les semences, autres que celles de nos frères, n’étaient pas tolérables. Nous connaissions les rudiments pour nous protéger et pour nuire. C’était simple. Je pourrais donner quelques-uns de ces précieux conseils à la jeune Lady, un jour… « Bien sûr, tu me devras un service. Sur cette terre, tout à un prix. » Je me suis à nouveau penchée vers elle. Nous sommes que toutes les deux, loin de la fête qui bat son plein et de ses flambeaux qui dessinent des ombres monstrueuses dans les étoiles. Amusées de ce petit jeu, mes lèvres frôlent le lobe de son oreille et descendent lentement le long de sa mâchoire. Mon souffle est carnassier, brûlant. « Et, je pourrais te le réclamer n’importe quand » … mais tu ne mourras pas. Tu resteras libre de tes nuits, sans crainte qu’il ne vienne t’offenser de sa verge dure et détestable. Dans le corps de cette enfant du Bief je ressens une liberté brimée. Je le sens au rythme de sa jugulaire, la façon dont elle vibre et me réponds. Si elle le voulait, cette sauvagerie je la lui ferai embrasser. « Souris, ton frère nous regarde et je le veux ce soir dans ma couche. » Lui aussi aurait le droit à quelques heureux mélanges, trop longtemps j’avais été seule. Et, les lunes seraient encore nombreuses avant que la porte nocturne de Nymeria me soit ouverte.
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