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 C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Lun 29 Jan 2018 - 13:40




C’est une bonne position ça, siéger au Conseil Restreint ?


Quel que soit le courtisan de la Cour, le noble de terres étrangères ou même l’homme du peuple à qui l’on demandait pù se situait le pouvoir de la Couronne, la réponse était invariablement la même : toutes les décisions importantes sont prises durant les séances plénières du Conseil Restreint. Seuls les initiés, ceux qui y avaient assisté, savaient qu’il ne s’agissait que d’un spectacle, une représentation tout au plus, où les sujets abordés, et la façon dont ils devaient être réglés, étaient bien souvent fixés à l’avance. La séance du jour ne ferait pas exception, c’était certain, sur la plupart des sujets abordés, Robb avait déjà un avis arrêté, une marche à suivre, et à moins qu’un des membres du Conseil ne lui propose une alternative de génie, il doutait fortement que cette rencontre aboutisse à quoique ce soit de constructif.

De la représentation, des apparences, nécessaires pour maintenir l’idée que tous pouvaient être écoutés parmi les grandes familles, du moins celles suffisamment en grâce pour siéger auprès du Roi. Baratheon, Lannister et Tyrell, principalement, les autres membres du Conseil ne venaient que de Maisons mineures, rattachées à la Couronne, et sans réelle influence hormis celle que l’on voulait leur donner, et le pouvoir de leurs connaissances dans leur domaine respectif. Les vraies décisions, les vraies négociations, celles qui comptaient avaient lieu en comité réduit, à l’abri de ceux qu’elles ne concernaient pas et des espions potentiels de tout un chacun. La séance d’aujourd’hui ne ferait pas exception, elle n’était là que pour le caractère officiel de ce qui avait déjà été décidé plus tôt, pour mettre les autres au courant, ou pour que les premières pierres d’une stratégie plus poussée puissent être posées.

Le Baratheon avait été nommé Protecteur du Royaume, et pour quelques mois, il en était le Régent, et même si le roi et la Reine étaient présents, ce serait lui qui, au final, aurait le dernier mot. De cela il était conscient, et si en d’autres circonstances il aurait pu se délecter d’un tel pouvoir, il ne lui semblait plus aujourd’hui qu’être une responsabilité de plus, de trop. Le Seigneur de l’Orage détestait, en cet instant, perdre son temps en inutiles palabres, quand la guerre menaçait, quand le seul sujet qui l’intéressait n’aurait probablement droit qu’à quelques paroles. On cherchait toujours l’auteur de l’empoisonnement, on cherchait toujours son commanditaire. Tyvaros s’excuserait probablement pour le délai, et lui-même n’aurait d’autre choix que de hôcher la tête et de rappeler l’urgence de trouver le coupable. Il misait bien plus sur son accord avec Elinor Piète, sa motivation à découvrir le fin mot de l’histoire était incomparable avec celle du Maître des Chuchoteurs. La première y voyait le seul moyen de récupérer son mari rapidement, là où le second ne faisait que son office.

Les autres points à aborder étaient certes importants, mais ils n’étaient que secondaires dans le coeur du Cerf. Pour la plupart, il avait déjà une idée précise, il convenait juste de s’assurer que les terres de l’Orage soient gagnantes dans chacune d’elles, ou du moins qu’elles n’y perdent rien, l’importance de montrer à ses vassaux qu’il ne les avait pas oubliés était encore plus grande, et ce d’autant plus, tant que Kyra et ses stratagèmes n’avaient pas été neutralisés. Sa mère, traitresse à son propre sang, il avait encore du mal à l’accepter, à l’imaginer même, et pourtant c’était avéré. Mais de cela, aucun mot ne sortirait devant les Grands du Royaume, il n’avait nul besoin que les Tyrell apprennent la situation de l’Orage, et si les Lannister étaient déjà au courant d’une certaine manière, mieux valait ne pas donner plus d’envergure à ce problème, ou risquer qu’un conseiller ne fasse passer l’information au Nord, ou au Val, volontairement ou non. Oui, le Conseil Restreint était une comédie, mais une comédie de précision, dans laquelle la moindre erreur pouvait avoir des conséquences majeures.

Avec cet avertissement à l’esprit, le Cerf fit son entrée dans la pièce où déjà les autres conseillers étaient assis, ainsi que le couple royal, assis au bout de la longue table, à l’opposé de son propre siège. Les conseillers se levèrent, et lui-même s’inclina devant Jaeharys et Rhaenys avant de prendre place, et d’indiquer aux autres qu’ils pouvaient s’asseoir. Devant lui, l’ordre du jour avait été posé, mais il n’eut pas besoin de le relire pour savoir exactement quels points devaient être abordés. Avant toute chose, des comptes se devaient d’être réglés.

Il posa son regard sur le Grand Mestre Lester, qui depuis un moment déjà évitait sa présence, et semblait particulièrement tendu. Il devait savoir ce qui allait arriver, depuis le lendemain du mariage royal il devait le savoir. Sans doute avait-il cru à un simple malaise de la part de Rohanna, et n’avait-il pas jugé utile de se déplacer en personne, plus intéressant de rester présent aux festivités, peu importaient ses excuses au Cerf, les faits étaient là, il s’était cru trop important pour s’occuper de son épouse, il apprendrait l’humilité, et au prix fort. Le ton grave, il s’adressa directement au vieil homme, ne prenant même pas la peine de lui sourire pour afficher sa victoire, ou sa fin :

« Grand Mestre Lester, je suis heureux de voir que vous vous rappelez de vos devoirs, quand vous en avez envie. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que vous devez avoir changé vos priorités, et que depuis le Couronnement de Sa Majesté, vous semblez bien plus intéressé par d’autres sujets que de vous assurer de la santé des plus éminents occupants du Donjon Rouge. Etant donné qu’il s’agit là d’une grande partie de ce qui constitue votre office, il m’est apparu qu’il valait mieux vous renvoyer à la Citadelle, où vous pourrez vous consacrer à d’autres choses qui vous intéressent. Sachez aussi que j’ai fait savoir à la Garde de Nuit que s’ils avaient besoin d’un mestre avec votre expérience, je serais plus que ravi d’appuyer leur demande auprès des autorités compétentes. Et avant que vous ne répondiez, je n’ai que faire de vos excuses, ou de vos justifications… Mes hommes vous escorteront à vos appartements, que vous viderez, et vous partirez immédiatement pour Villevieille. Vous pouvez disposer. »

Le visage fermé, Robb fit signe aux gardes en faction et les observa quitter la pièce avec le vieil homme, le visage fermé, les mains jointes sous son menton. Il n’avait eu que ce qu’il méritait, et accomplirait une dernière chose pour la Couronne : son renvoi envoyait un signe clair aux autres conseillers dans la pièce : quiconque n’accomplirait pas son devoir en paierait le prix, d’une façon ou d’une autre.

« Bien, ce problème étant réglé, Vos Majestés, Messeigneurs, je propose que nous commencions. Le problème le plus important à aborder aujourd’hui est, bien entendu, la question des velléités indépendantistes du Nord, qui continue sur cette voie malgré une tentative d’apaisement de ma part. Ils ne peuvent plus compter sur le soutien des Arryn, de cela nous sommes assurés, de par la parole du Suzerain du Val, ainsi que par la présence dans nos murs de sa sœur et de sa cousine, la première comme invitée, la seconde comme prisonnière accusée de sédition.

Sa Majesté la Reine a proposé récemment d’envoyer une missive à Jorah Stark, destinée à proposer une rencontre, je lui laisse en exposer les tenants et aboutissants, mais sachez déjà qu’à la condition que toutes les mesures de sécurités soient prises, et que le Stark donne son accord, je suis en faveur d’une telle proposition, même si elle est risquée.

Entre temps, les préparatifs de guerre continueront, au moment où nous parlons mes troupes sont presque entièrement mobilisées. Lord Velaryon, où en est la flotte ? Quand pouvons nous espérer qu’elle soit opérationnelle et prête à partir ? »


Terminant sa phrase, Robb laissa le temps aux intéressés de présenter leurs points de vue et progressions, avant de terminer :

« Y a-t-il des remarques ou des oppositions, avant que je ne valide ce premier point ? »

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mer 31 Jan 2018 - 19:31

C'est une bonne position ça,
de siéger au Conseil Restreint ?




Il me fallut un long instant pour réaliser que le soleil avait percé le lourd manteau de la nuit. Il me semblait que mes yeux s’étaient habitués à la nuit et à la lueur de la bougie, et la lumière de cette dernière, éteinte, avait été remplacée par celle de l’astre. Mes appartements étaient baignés d’une lumière chaude, celle d’une aube nouvelle annonçant un jour de plus. Cela faisait maintenant des heures que je tentais d’écrire la missive cruciale, pourtant rien ne venait. Enfermée dans mes appartements, j’avais voulu la finir avant la réunion du Conseil Restreint, pourtant alors que la plume s’ancrait dans le creux de ma main, laissant de petites marques sur le coin de mes doigts, aucun mot ne pouvait être tracé. Le parchemin restait désespérément vide.

Nombreux avaient été les Conseils Restreints depuis mon retour à Port-réal, et nombreux avaient été les enjeux. J’assistais, de plus, à ce conseil en tant qu’observatrice et rien ne m’obligeait à prendre part aux questions politiques de ce royaume. Sans doute pouvais-je aisément jouer mon rôle de Reine consort, dédiée aux charités et à la promotion des artistes. C’était un rôle qui ne me déplaisait pas, mais je n’oubliais pas la promesse faite quelques années auparavant ; cette promesse de me battre jusqu’à la mort pour ma Maison, mon frère-époux et son trône.

La missive qui devrait quitter ces appartements n’avait rien d’anodine, elle était mon ultime tentative de ramener Lord Stark à la raison et d’éviter la guerre. La tension au sein du royaume était à son paroxysme, et la monstrueuse attaque à l’encontre de Lady Baratheon avait été l’étincelle suffisante pour mettre le feu aux poudres. Etais-je seulement en mesure d’éteindre ce feu frémissant qui se répandait dans tout le royaume ? Je n’avais pu croire les murmures parlant des initiatives de Jorah, cela avait si peu à voir avec l’homme que j’avais connu… que nous avions tous connu. Jorah Stark était mort et à sa place était apparu un homme dénué de toute raison, prêt à sacrifier son peuple sur l’autel de son honneur écorché. Dès lors, était-il seulement possible de le ramener à la raison ? Et cette volonté méritait-elle vraiment de placer nos vies en danger ? Je n’avais plus aucune certitude, et cela expliquait sans doute le vide régnant sur la page que je couvais du regard.

Je déposais dès lors ma joue contre le parchemin rugueux, ne parvenant pas pour autant à fermer les yeux. Un observateur aurait pu penser que je dormais, que je m’étais assoupie durant mon labeur… Il n’en était rien, car mon esprit encombré ne me laissait guère le répit d’un sommeil paisible. Sur le lit avait été déposée ma toilette de la matinée, je la regardais un instant sans vraiment la voir. Les couleurs étaient celles de ma maison, et la coupe se faisait moins guerrière que les robes que j’avais pu arborer aux derniers Conseils Restreints. Je n’étais plus Régente, et je ne parvenais pas à savoir s’il s’agissait là d’une frustration ou d’un soulagement. Mon esprit, lui, n’en était gère plus léger.

***

La jeune femme qui tressait mes cheveux avec la plus grande concentration ne quittait pas ma chevelure du regard alors qu’autour d’elle tous s’affairaient. Le Conseil Restreint débuterait dans moins d’une heure, et tout devait être prêt alors. J’avais déjà revêtu ma tenue d’apparat, parfaite pour jouer le rôle qui m’était assigné. Mes cheveux seraient délicatement tressés, un fin diadème serait glissé au sommet de mon crâne, quelques bijoux viendraient compléter le costume parfait de la Reine idéale que je me devais être.

J’avais déjà longuement discuté avec Robb des sujets qui seraient abordés lors de ce Conseil, mais je savais également que mon cousin était à bout de nerfs. La situation s’était tendue et il était à présent menacé dans sa chair même. J’avais renouvelé ma confiance aveugle et entière en cet homme qui partageait mon sang et s’était révélé mon meilleur soutien, et pourtant je craignais son impulsivité nouvelle.

L’heure était venue, et je me levais sans faire attendre les gardes assignés à ma protection afin que nous nous dirigions ensemble vers la salle du Conseil Restreint. Jaehaerys était encore en entretien avec Robb dans le plus grand secret, et le protocole avait été clairement énoncé. Je devais rejoindre mon époux dans l’antichambre de la salle du conseil, là il laisserait Robb seul afin que nous pénétrions ensemble dans la salle du conseil où déjà les autres conseillers auraient pris place. Une fois que Jaehaerys et moi-même nous serions assis à l’endroit réservé, ce serait au tour de Robb de faire son entrée.

Alors qu’il baisait ma main, je pouvais sentir la tension qui régnait dans le corps tout entier de mon époux. Il n’en évoquait rien cependant et nous pénétrions dans la salle, faisant se lever les conseillers attablés. A présent debout, ils s’inclinaient sur notre passage et ne se relevaient que lorsque nous avions finalement pris place dans les lourds trônes disposés à une extrémité de la salle. Je prenais le temps de balayer les présents du regard, tentant d’identifier tout le monde avant que les conversations ne débutent. Il s’agissait là d’une représentation dans les règles de l’art, destinée à déployer la majesté du pouvoir Targaryen et la légitimité de la Régence du cerf, mais également à conserver un dialogue ouvert et nécessaire avec les autres Grands du Royaume.

Robb avait fait son entrée dans le silence général, et déjà tous reprenaient place alors que mon cousin s’asseyait face à nous.

« Grand Mestre Lester, je suis heureux de voir que vous vous rappelez de vos devoirs, quand vous en avez envie. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que vous devez avoir changé vos priorités, et que depuis le Couronnement de Sa Majesté, vous semblez bien plus intéressé par d’autres sujets que de vous assurer de la santé des plus éminents occupants du Donjon Rouge. Etant donné qu’il s’agit là d’une grande partie de ce qui constitue votre office, il m’est apparu qu’il valait mieux vous renvoyer à la Citadelle, où vous pourrez vous consacrer à d’autres choses qui vous intéressent. Sachez aussi que j’ai fait savoir à la Garde de Nuit que s’ils avaient besoin d’un mestre avec votre expérience, je serais plus que ravi d’appuyer leur demande auprès des autorités compétentes. Et avant que vous ne répondiez, je n’ai que faire de vos excuses, ou de vos justifications… Mes hommes vous escorteront à vos appartements, que vous viderez, et vous partirez immédiatement pour Villevieille. Vous pouvez disposer. »

Le défi de ce Conseil Restreint serait de ne pas exprimer la moindre émotion, et c’était là un défi de taille pour moi. J’avais eu l’habitude, tout au long de ces années, de tempêter de crier mon mécontentement aux yeux de monde. Or, là, il était question de soutenir les décisions de la Main du Roi, qui, je n’en doutais pas, avaient été prises après consultation du Roi. J’avais eu vent de la rancœur de Robb contre le Grand Mestre et nous avions tous partagé son effroi lorsque nous avions eu vent du refus de Mestre Lester de se rendre au chevet de Lady Baratheon. Sans doute s’était-il imaginé qu’il ne s’agissait pas là d’un sujet d’importance suffisante pour requérir sa présence, et là avait été son erreur.

Visiblement choqué de la déclaration cinglante de Lord Baratheon, l’homme s’était retourné vers nous. Peut-être s’était-il attendu à ce que nous agissions en sa faveur, pourtant il n’en serait rien. Je restais imperturbable, fixant le vieil homme avec un regard de marbre. Alors que les gardes se saisissaient de l’homme, je baissais finalement les yeux sur la table, profitant de cet instant de désordre et de distraction pour reprendre mes esprits. La décision de renvoyer le Grand Mestre aurait du être prononcée par mon époux, c’était une chose que je ne parvenais pas à m’ôter de l’esprit. Robb était le Régent de ce royaume, et à ce titre il lui revenait de diriger ce conseil restreint, et de prendre les décisions nécessaires. Pourtant, Robb n’était pas pour autant le roi. Jaehaerys serait bientôt majeur, il serait bientôt un roi en toute possession de ses pouvoirs, c’était une chose que les gens ne devaient pas oublier. Pourtant, je craignais que la toute puissance du seigneur Baratheon ne le fasse oublier, justement. Cela avait du être discuté entre eux, voilà tout ce que j’avais besoin de savoir… Voilà tout ce que je devais garder en tête afin de conserver une expression neutre. Là était mon rôle. Je n’étais guère autre chose qu’une statue à cet instant, un symbole.

« Bien, ce problème étant réglé, Vos Majestés, Messeigneurs, je propose que nous commencions. Le problème le plus important à aborder aujourd’hui est, bien entendu, la question des velléités indépendantistes du Nord, qui continue sur cette voie malgré une tentative d’apaisement de ma part. Ils ne peuvent plus compter sur le soutien des Arryn, de cela nous sommes assurés, de par la parole du Suzerain du Val, ainsi que par la présence dans nos murs de sa sœur et de sa cousine, la première comme invitée, la seconde comme prisonnière accusée de sédition.

Sa Majesté la Reine a proposé récemment d’envoyer une missive à Jorah Stark, destinée à proposer une rencontre, je lui laisse en exposer les tenants et aboutissants, mais sachez déjà qu’à la condition que toutes les mesures de sécurités soient prises, et que le Stark donne son accord, je suis en faveur d’une telle proposition, même si elle est risquée. »


Alors qu’il avait plongé son regard dans le mien, j’inclinais la tête, gratifiant la salle d’un sourire mesuré et poli alors que mon nom résonnait encore entre les murs de cette salle du Conseil. La proposition était en effet risquée, peut-être trop, mais je ne savais que trop ce que la guerre pouvait couter à notre famille et au peuple de notre royaume. A nouveau il nous faudrait sacrifier de jeunes hommes sur l’autel de l’ambition d’une poignée d’hommes. A nouveau le peuple de ce royaume se verrait harcelé, chassé, tué, au cœur d’une guerre qui se voudrait éclair. Le peuple du Nord serait bien évidemment le premier à souffrir de la folie de leur suzerain. Je ne voulais plus guère protéger les Stark, et je n’avais jamais eu l’ambition de sauver Jorah de ses paroles inconsidérées, mais je gardais en mon cœur l’espoir de sauver le peuple du Nord.

« Entre temps, les préparatifs de guerre continueront, au moment où nous parlons mes troupes sont presque entièrement mobilisées. Lord Velaryon, où en est la flotte ? Quand pouvons nous espérer qu’elle soit opérationnelle et prête à partir ? »

Ne pas flancher. Ne pas démontrer le moindre signe de désaccord ou d’inconfort. Je détestais ces paroles de guerre et ces ambitions sanguinaires. Il faudrait, bien évidemment, agir pour rappeler au Nord sa place au sein de notre royaume. Il faudrait agir également pour ramener Lord Stark et les siens à la raison. Mais je refusais d’accepter que la guerre doive être choisie au détriment de la diplomatie.

« Y a-t-il des remarques ou des oppositions, avant que je ne valide ce premier point ? »

« Monseigneur Main a bien résumé la situation, messires. Voilà de longues semaines que le Nord crie à l’indépendance et semble déterminé à quitter le giron du Royaume de Sa Majesté. Au même titre que bon nombre d’entre vous, j’ai plongé au cœur de la guerre et de la désolation afin de lutter contre l’Usurpateur. Comme vous tous, j’ai été le témoin de la détresse, de la désolation, de l’infinie douleur qui ont déchiré nos terres et nos peuples durant cette guerre pour le droit et la justice. C’est pour cela que j’appelle de mes vœux toute tentative pour résoudre ce conflit de manière… pacifique. »

Je marquais une pause un instant, insistant plus que jamais sur ce dernier mot.

« Nous ne gouvernons pas seulement pour la gloire de nos Maisons et la pérennité de l’héritage que nous ont laissé nos ancêtres. Nous gouvernons pour assurer prospérité et sécurité à nos peuples. C’est justement parce que j’ai à cœur de préserver le peuple d’un nouvel affrontement meurtrier que j’ai fait part à Sa Majesté le Roi, ainsi qu’à sa Seigneurie Main, de ma volonté d’écrire au Seigneur de Winterfell afin d’organiser une ultime rencontre destinée à envisager une sortie de crise sans effusion de sang.

J’aime à croire que Lord Stark sera aussi sensible que moi à la nécessité de protéger le peuple du Nord.

La parole est à vous, Messeigneurs. »


Je ne m’attendais pas à être entièrement soutenue par le Conseil restreint, notamment parce qu’il s’agissait de mettre le couple royal en danger. Pourtant toutes les mesures de sécurité seraient instaurées, et il s’agirait d’une rencontre diplomatique destinée à discuter des revendications des indépendantistes. C’était d’une importance capitale.


lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Sam 3 Fév 2018 - 0:43

C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?

ft.













Assis dans son bureau au milieu des reliques de la Valyria qu’il avait glané çà et là au cours de ses pérégrinations, Valyron Tyvaros terminait de classer quelques documents qu’il avait soigneusement rédigé. Le seigneur de Port-d’Epices ne fonctionnait qu’ainsi. Des notes, des fiches, sur à peu près tout et tout le monde. C’était la seule façon efficace de contrôler les informations sans oublier de détails. Dans la serviette de cuir coûteux qui ne le quittait jamais lorsqu’il se rendait en séance de conseil, les ordres du jour que Valyron souhaitait avoir en tête lorsque la session débuterait. Il avait lui-même plusieurs sujets à l’esprit qu’il souhait pouvoir soumettre aux sages.

Dans les faits, le Conseil Restreint de sa Majesté le roi Jaehaerys ne prenait que rarement de décision sur le moment. La plupart des actes issus de réunions de ces éminents serviteurs des Targaryen étaient négociés à l’avance. Les divers salons, jardins et balcons du Donjon Rouge avaient vu plus de négociations stratégiques pour l’avenir du royaume que la seule salle du conseil restreint, pourtant dédiée à cet usage. Les sessions les plus importantes étaient souvent de véritables pièces de théâtre, durement répétées à l’avance où chacun tenait son rôle. Toutefois, aujourd’hui, les choses risquaient fort d’être différentes. L’empoisonnement de Rohanna Baratheon était encore dans tous les esprits. Il fallait des réponses, des pistes, des coupables. Sauf que Valyron n’était pas un justicier dans l’âme. Pour lui, sa mission première était de protéger les Targaryen et de veiller à la sûreté du royaume. Si trouver celui qui avait voulu attenter à la vie de l’épouse du désormais Protecteur rentrait dans cette attribution, ses réseaux n’étaient pas exactement calibrés pour ce genre de mission. Toutefois, il y avait plusieurs choses intéressantes à noter. Aucun des nobles sous surveillance n’avait eu de contact particulier. Aucun arrivage de poison n’avait été noté à la Cour ces derniers temps. Aucun personnage surveillé n’avait eu de contact suspect lui avait-on rapporté. Ce qui voulait dire que soit l’on avait à faire à un nouveau joueur dans la partie d’échecs qui régentait la vie des ombres de la capitale, soit que le joueur était déjà connu et avait admirablement bien camouflé son coup.

Dans tous les cas, cette situation était plus qu’inquiétante. Un nouvel arrivant ne pouvait mettre en œuvre une telle logistique. Quelqu’un de Port-Réal était forcément mouillé. Pour le moment, rien ne permettait encore de déterminer avec précision et certitude d’où était parti le coup. C’était le plus préoccupant. Comment un tel coup avait pu échapper à tout le monde ? Personne n’avait eu vent de menaces. Le coup était venu de nulle part, ne laissant aucune trace autre que le témoignage du mestre qui accusait le Nord. Les Stark faisaient effectivement figure de coupables idéaux. Ils fomentaient une rébellion ouverte, ils avaient insulté le roi et la reine en ne venant pas aux cérémonies de leur mariage, et leurs cousins Arryn – complices tous désignés – avaient eu un comportement plus que tangent durant les célébrations. Entre la prestation d’allégeance sous condition de Martyn Arryn, l’indigne et inopportune intervention de sa sœur Etaine et enfin l’appel à la sédition ouvertement lancé par sa cousine Catelyn, il ne restait plus que l’épouse du suzerain du Val pour maintenir un semblant de sérieux au sein de la maisonnée Arryn. Malgré tout, en raison de son travail, Valyron ne pouvait rester uniquement concentré sur l’empoisonnement. D’autres dangers menaçaient le royaume, et le monde continuait de tourner. C’était sans doute pour cela que l’enquête avançait moins vite qu’elle n’aurait pu.

Lorsque Valyron prit place à la table du conseil, il déposa sa serviette de cuir devant lui et prit le temps de regarder autour de lui. Il était arrivé parmi les derniers, ce qui était suffisamment rare pour être noté. Seul manquait le trio qui représentait le pouvoir politique absolu en Westeros : le roi, la reine son épouse, et le Protecteur. Le Serpent de Mantarys étira ses longues jambes sous l’épaisse table autour de laquelle siégeaient ces hommes, tributaires d’une influence et d’une autorité sans commune mesure sur le continent. Valyron ne parlait que rarement avec ses pairs avant une séance. Il utilisait ces quelques instants de paix relative pour en tirer une concentration profonde avant le grand bal. Le seul avec lequel il échangeait plus que quelques banales circonvolutions était le jeune et fringant Rhaegar Velaryon, rescapé miraculeux de la bataille de Port-Réal. Il avait écopé d’un poste prestigieux, celui de Maître des Navires. Après la guerre, toutefois, pratiquement l’intégralité de la flotte royale avait été détruite et il s’était retrouvé là, sur le rivage, amiral d’une flotte sans navires, à la tête d’une armée de marins démobilisés. Le regard du Mantaryen glissa vers la lourde porte à double battants qui s’ouvrirait sur le couple royal et leur cousin. Elle était encadrée de deux imposants sphynx valyriens en ébonite noire comme la nuit, dont les yeux de rubis rouge comme le sang surveillaient de près les conseillers.

Debout devant l’ouverture qui donnait sur la Baie de la Néra, les deux chevaliers de l’assistance, les Ser Godric Lannister et Harys Tyrell discutaient à voix basse d’un air entendu. Bien qu’inférieurs en rang aux autres conseillers, ils étaient de loin les plus influents. Harys était le frère du seigneur du Bief, qui régnait sur d’innombrables vassaux et sur des terres considérables : Oberyn Tyrell commandait à la plus imposante armée de Westeros, pratiquement deux fois plus nombreuse que celle d’autres régions comme l’Orage ou les Terres de l’Ouest. Il avait joué un rôle important – quoique flou – dans le dénouement de la crise au Bief lors de la conquête d’Hautjardin par les Hightower. Et plus important que tout, il était garant de l’union sacrée entre l’Ouest et le Bief au travers de son mariage avec la sœur du richissime Garett Lannister : Eresys, petite-fille de son interlocuteur.

L’interlocuteur en question dominait Harys Tyrell d’une bonne tête, et était assurément le plus grand homme de la pièce. Les traits taillés à la serpe, le regard céruléen, l’attitude digne, richement vêtu et sûr de lui, Godric Lannister en imposait. Le vieil homme était le dernier prince du Roc, né avant la Conquête et l’un des derniers survivants du Champ de Feu à encore respirer. On lui prêtait une influence sans bornes à l’Ouest, il était le patriarche de la maison au Lion d’or et n’avait guère besoin de le dire pour le rappeler. Il était la véritable éminence grise du Roc, et bien que son départ ait sans doute diminué son emprise sur son petit-fils, Valyron savait avec exactitude combien de corbeaux s’échangeaient chaque semaine entre Port-Réal et Castral-Roc.

La présence respective d’un Tyrell et d’un Lannister n’avait ceci dit rien d’anodin au conseil restreint. Ces deux familles avaient ainsi un accès privilégié au roi et au Protecteur, et c’était bien normal étant donné que les armées du Lion et du Cerf avaient été le fer de lance de la révolte contre Maegor. Seul le Bief avait légèrement tardé à annoncer son soutien, arrivant trop tard pour changer la donne. Toutefois, Baratheon, Lannister et Tyrell représentaient les nouveaux dominants de la politique intérieure : les trois piliers sur lesquels reposait le pouvoir Targaryen.

« Eh bien messire serpent, où en est-on dans l’enquête ? »

Valyron leva les yeux de son dossier. Le vieux lion le toisait d’un regard légèrement condescendant. Les intrigues dont le Mantaryen avait la charge dégoutaient sans doute le vieil homme. Les complots et les paroles murmurées dans le creux de l’obscurité n’étaient pas vraiment l’idéal de vie du prince déchu, façonné toute sa vie par les idéaux de royauté et de chevalerie. Valyron lui adressa un sourire aussi faux que possible. Il n’aimait pas Godric Lannister, il n’aimait pas les Lannister en général : leur air supérieur, leur or, et leur influence retorse… Sa première rencontre avec le vieil homme remontait à des années auparavant, en l’an 43, sous les remparts de Port-Lannist. Valyron avait alors entrepris une tournée de l’Ouest et de l’Orage de la dernière chance, pour essayer de convaincre – ou d’intimider – le plus grand nombre de vassaux à ne pas prendre les armes contre le roi Maegor alors que la situation interne était explosive. Les Baratheon l’avait reçu avec bonhommie mais les Lannister s’étaient montrés froids, le vieux Godric se contentant de le recevoir devant les remparts, en contrebas du Roc. Il n’était même pas rentré, rencontrant les Lannister au milieu d’une armée qui se préparait à marcher. Le message était limpide, ce jour-là. Valyron allait répondre une remarque acide et subtile mais les portes s’ouvrirent et tous les conseillers se levèrent et courbèrent l’échine.

Le roi Jaehaerys et la reine Rhaenys venaient de faire leur entrée et le silence se fit dans la déférence du respect de l’autorité royale. Qu’ils étaient beaux, songea Valyron en les voyant avancer calmement, dépositaire de toute la grâce dont seuls les souverains irradiaient. Jaehaerys avait considérablement grandi au cours de l’année qui s’était écoulée, et s’il restait encore assez fin de stature, il avait presque atteint sa taille d’adulte désormais. Ses traits fins, ses yeux d’un violent profond et ses fins cheveux d’argent parsemés de reflets d’or en faisant l’archétype du jeune valyrien. Le jeune souverain était vêtu d’une tunique confectionnée dans un coûteux tissu, bien que relativement simple d’apparence, où l’on devinait le blason familial en filigrane.

Rhaenys était plus belle que jamais dans une robe bien plus aérée, plus ouverte et plus féminine que ce qu’elle portait jadis, lorsqu’elle était princesse et régente. Elle devait désormais se conformer à son rôle de femme la plus puissante et la plus majestueuse des Sept Couronnes. Elle devait être l’incarnation de la Femme en Westeros, destinée à faire rêver les petites filles et les jeunes femmes de toutes origines et de toutes conditions. Elle arborait un petit diadème discret qui semblait se fondre dans la continuité de ses fins cheveux opalins et ses yeux, plus clairs que ceux de son frère, respiraient une intelligence et une certaine forme d’expérience qu’elle avait acquise au contact de cette cour qui était désormais sienne. A peine s’étaient-ils installés que le Protecteur fit à son tour son apparition, le protocole était maintenu à la perfection approuva le Serpent avec un hochement de tête infime. Le protocole était important, c’était le ciment qui permettait à l’Ordre de tenir la société. L’Ordre était la chose la plus fondamentale de la société. C’était ce qui avait dicté la conduite des Valyriens durant leur expansion, ils devaient structurer l’ensemble du monde, imposer leur conception de la vie aux peuplades inférieures. Chaque chose, chaque personne devait connaître et garder sa place en ce bas monde. C’était là la conviction intime de Valyron Tyvaros : l’Ordre devait prévaloir, toujours.

Une fois que Robart Baratheon fut installé en bout de table, on put commencer la séance. Valyron dégrafa l’attache métallique qui refermait sa chemise et regarda le premier document qui résumait ce qu’il avait apporté aujourd’hui et les points qu’il souhaitait, lui, aborder. Toutefois, le couperet de l’autorité du Cerf couronné ne tarda pas à tomber sur le vieil homme grisonnant qui occupait la charge de Grand Mestre. Lester fut congédié sans aucune pitié.

« Grand Mestre Lester, je suis heureux de voir que vous vous rappelez de vos devoirs, quand vous en avez envie. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que vous devez avoir changé vos priorités, et que depuis le Couronnement de Sa Majesté, vous semblez bien plus intéressé par d’autres sujets que de vous assurer de la santé des plus éminents occupants du Donjon Rouge. Etant donné qu’il s’agit là d’une grande partie de ce qui constitue votre office, il m’est apparu qu’il valait mieux vous renvoyer à la Citadelle, où vous pourrez vous consacrer à d’autres choses qui vous intéressent. Sachez aussi que j’ai fait savoir à la Garde de Nuit que s’ils avaient besoin d’un mestre avec votre expérience, je serais plus que ravi d’appuyer leur demande auprès des autorités compétentes. Et avant que vous ne répondiez, je n’ai que faire de vos excuses, ou de vos justifications… Mes hommes vous escorteront à vos appartements, que vous viderez, et vous partirez immédiatement pour Villevieille. Vous pouvez disposer. »

Valyron regarda d’un air oblique les gardes escorter le vieil homme en dehors de la salle. Une boule se forma quelques instants au fond de l’estomac du Serpent. Le Protecteur ne pardonnerait pas la moindre incompétence : il voulait des résultats. Cela, le Tyvaros pouvait le comprendre puisqu’il était fait du même bois… C’était justement cela qui ne le rassurait pas.

« Bien, ce problème étant réglé, Vos Majestés, Messeigneurs, je propose que nous commencions. Le problème le plus important à aborder aujourd’hui est, bien entendu, la question des velléités indépendantistes du Nord, qui continue sur cette voie malgré une tentative d’apaisement de ma part. Ils ne peuvent plus compter sur le soutien des Arryn, de cela nous sommes assurés, de par la parole du Suzerain du Val, ainsi que par la présence dans nos murs de sa sœur et de sa cousine, la première comme invitée, la seconde comme prisonnière accusée de sédition.

Sa Majesté la Reine a proposé récemment d’envoyer une missive à Jorah Stark, destinée à proposer une rencontre, je lui laisse en exposer les tenants et aboutissants, mais sachez déjà qu’à la condition que toutes les mesures de sécurités soient prises, et que le Stark donne son accord, je suis en faveur d’une telle proposition, même si elle est risquée.

Entre temps, les préparatifs de guerre continueront, au moment où nous parlons mes troupes sont presque entièrement mobilisées. Lord Velaryon, où en est la flotte ? Quand pouvons-nous espérer qu’elle soit opérationnelle et prête à partir ?
»

Tout cela avait d’ores et déjà mainte fois discuter. Valyron connaissait les tenants et les aboutissants de ces discussions. Sa position était claire. Le Nord souhaitait mettre à mal l’œuvre du Conquérant après avoir insulté ses descendants. Il devait être châtié, et les Stark devaient en faire les frais : eux, et tous ceux qui les soutiendraient. Personne ne défiait le roi sans conséquence. Personne ne réveillait le dragon sans en pâtir.

« Y a-t-il des remarques ou des oppositions, avant que je ne valide ce premier point ? »

Valyron n’ayant pas grand-chose à dire pour le moment, il se contenta de garder le silence. Robart Baratheon semblait profondément déterminé à accomplir son devoir et aller porter le fer au Nord. C’était sans doute lié à leur échange épistolaire. Valyron avait discuté avec celui qui présidait le conseil restreint : Jorah Stark avait refusé une proposition d’apaisement visiblement très généreuse de la part du Sire d’Accalmie. Ce dernier n’était depuis que plus déterminé à lui faire payer l’affront, quel qu’il ait pu être. Très bien, c’était ce qu’il fallait au royaume, un homme à poigne, capable de mobiliser autour de lui et de faire appliquer les lois du Trône. Ces paysans incultes du Nord n’avaient que trop fanfaronné. La voix douce et décidée de Rhaenys se fit entendre.

« Monseigneur Main a bien résumé la situation, messires. Voilà de longues semaines que le Nord crie à l’indépendance et semble déterminé à quitter le giron du Royaume de Sa Majesté. Au même titre que bon nombre d’entre vous, j’ai plongé au cœur de la guerre et de la désolation afin de lutter contre l’Usurpateur. Comme vous tous, j’ai été le témoin de la détresse, de la désolation, de l’infinie douleur qui ont déchiré nos terres et nos peuples durant cette guerre pour le droit et la justice. C’est pour cela que j’appelle de mes vœux toute tentative pour résoudre ce conflit de manière… pacifique. »

Valyron hocha la tête avec approbation. Résoudre un conflit de manière pacifique… L’idée était effectivement la meilleure pour régler toute cette histoire avec rapidité et bienveillance. S’il fallait amener feu et sang jusqu’à Winterfell, il faudrait mobiliser une armée, marcher jusqu’au Nord et ensuite batailler jusqu’au siège des Stark… Des milliers de kilomètres à parcourir, des mois et des mois de campagne lointaine en perspective, et des milliers de cerfs d’argent à dépenser pour entretenir l’armée au loin. Oh oui, Rhaenys avait changé depuis les années qu’il la connaissait. Elle avait longtemps été cette petite princesse, puis cette jeune femme au tempérament de feu, à ne jamais dévier de sa ligne de conduite, à faire imposer ses choix avec force et sans forcément grande subtilité. Combien de fois avait-elle défié son oncle Maegor, le poussant dans les retranchements de sa folie ? Combien de fois en avait-elle fait les frais ? Désormais femme, elle avait pris un peu plus de hauteur, acquérant en prudence et en sagesse aux côtés de son frère, de son cousin et de ses conseillers. Il était fier de la voir être devenue cette reine digne de sa grand-mère éponyme. Le Conquérant lui-même aurait eu un sourire à voir ses petits-fils aussi majestueux aussi impériaux.

« Nous ne gouvernons pas seulement pour la gloire de nos Maisons et la pérennité de l’héritage que nous ont laissé nos ancêtres. Nous gouvernons pour assurer prospérité et sécurité à nos peuples. C’est justement parce que j’ai à cœur de préserver le peuple d’un nouvel affrontement meurtrier que j’ai fait part à Sa Majesté le Roi, ainsi qu’à sa Seigneurie Main, de ma volonté d’écrire au Seigneur de Winterfell afin d’organiser une ultime rencontre destinée à envisager une sortie de crise sans effusion de sang.

J’aime à croire que Lord Stark sera aussi sensible que moi à la nécessité de protéger le peuple du Nord.

La parole est à vous, Messeigneurs.
»

Valyron tiqua légèrement. Il toussota avec la discrétion qui était la sienne.

« Si je peux me permettre, Vos Majestés, Protecteur, messeigneurs… »

Il vit qu’on l’écoutait sans l’interrompre et il prit cela pour un assentiment.

« Votre démarche bienveillante envers le Nord vous honore, Majesté. Elle montre à tous la bonté d’âme qui est celle des Targaryen et de leur cousin Baratheon… Toutefois, le Trône doit-il vraiment faire preuve de bonté envers ceux qui ont possiblement conspiré contre les innocents et qui ont insulté votre maison en n’envoyant pas même un émissaire les représenter ? Le royaume aurait sans doute grand besoin d’un exemple fort, frappant, pour rappeler la préséance du Dragon. »

Il baissa rapidement les notes sur ses feuilles, s’humectant les lèvres brièvement. Il était toujours difficile de prendre la parole en conseil restreint, surtout lorsque les séances accueillaient le roi et la reine.

« Il est également possible que le Stark cherche à temporiser. Certes, le Val est neutralisé, mais il reste plusieurs territoires qui échappent à l’autorité de la Couronne. Les Iles de Fer sont toujours en révolte ouverte, et Dorne reste fidèle à sa farouche indépendance… Une rencontre pourrait être un prétexte pour donner plus de temps à de secrètes négociations. Je ne suis que maître des chuchoteurs de Sa Majesté, mais je préconise tout de même une action forte et rapide afin de renvoyer les Loups dans leur tanière. »




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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mar 6 Fév 2018 - 12:53




  Le Conseil Restreint
  « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

 

Le silence le plus complet avait suivi la déclaration de la Main du Roi, et l’éviction du Grand Mestre Lester. Le vieil homme avait protesté, tenté de s’attirer une grâce royale, mais ni Jaehaerys ni Rhaenys n’avaient tenté quoi que ce soit pour le sauver. Le message était clair, même au Conseil Restreint, rien ne serait acquis pour qui déplairait au nouveau Régent, et mieux valait prouver que l’on était efficace si l’on ne voulait pas subir le même sort que l’infortuné Lester. Jusqu’à présent, tous les conseillers se sentaient protégés par leur nom, ou par leurs relations, mais l’empoisonnement de son épouse avait changé quelque chose chez le Baratheon, et à présent tous doutaient, montraient des signes de nervosité. Seul Godric avait gardé un masque impassible, sans doute certain de ses capacités et de ses liens avec le Protecteur, suffisamment pour ne pas s’attirer ses foudres à tout le moins.

Le premier point à l’ordre du jour, sans surprise, fut les vélléités nordiennes, et leur déclaration plus que probable d’indépendance. La proposition de Rhaenys, par contre, surprit les conseillers au plus haut point. Mettre la famille royale en danger en l’envoyant chez l’ennemi potentiel ? Ils savaient tous ce que pensait Robart Baratheon de l’attitude à adopter, il suffisait de voir les préparatifs qui étaient faits à la Capitale et à l’Orage depuis déjà plus d’une semaine pour comprendre qu’il comptait faire déferler sur les traitres toute sa colère, encore plus depuis le mariage royal. Il se murmurait même que les Stark ne seraient pas les seuls à essuyer les envies de sang du Régent, que peut-être le Val pourrait également en faire les frais. Pourquoi alors, approuvait-il les demandes diplomatiques de la Reine ?

Ce fut le Maître des navires qui prit la parole le premier, visiblement désireux de montrer à son supérieur qu’il méritait sa place :

« Votre proposition vous honore Majesté, mais je doute qu’une approche diplomatique ait encore la moindre chance de réussir. Jorah Stark me semble tout prêt à faire la guerre pour obtenir ce qu’il veut, et il veut se faire appeler Roi. Je suis en faveur, tout comme Lord Tyvaros, d’une réponse forte et rapide, pour que personne n’aie la même idée folle et ne rende toute gouvernance impossible.

Pour répondre à votre question, monseigneur Baratheon, la flotte est encore loin de ce qu’elle était avant la guerre, mais les efforts déployés permettront de faire embarquer tout l’Ost de l’Orage jusqu’au Nord d’ici deux à trois semaines, tout au plus. Vous serez ravi de constater que nous sommes entièrement à temps dans les délais que je vous avais annoncé. »


Ponctuant son intervention d’un sourire satisfait à l’attention du Régent, il laissa la parole aux autres membres du Conseil. Hollister Tarly était également contre le départ du couple royal, arguant qu’il s’agissait là d’un grand risque pour leur sécurité, mais il assura que ses hommes et lui feraient tout pour leur protection si le couple devait quand même partir. Le vieux Lion, maître des Lois, se rangea sans surprise aux cotés des Baratheon, soutenant la proposition de Rhaenys comme son allié. Seul Harys Tyrell, visiblement soucieux, garda le silence, ce que le Roi mit à profit pour se lever et prendre la parole :

« Messeigneurs, je suis reconnaissant pour vos avis éclairés, et pour votre attachement à ma sécurité. Mais mon épouse à raison de croire en la diplomatie, la guerre nous a suffisamment pris ces dernières années pour que nous considérions toutes les autres options avant de nous y résoudre. Une indépendance du Nord est intolérable, je vous l’accorde, mais la guerre l’est tout autant. Aussi, même si c’est un risque, et même si la décision ne me revient pas encore, je tiens à vous faire part ouvertement de mon soutien à la proposition de rendre une visite au nord pour tenter de mettre fin à leurs ambitions.

C’est le devoir d’un roi de faire ce qui est le mieux pour son peuple, et si je dois prendre ce risque, je le ferai avec joie. Je compte evidemment sur monseigneur Main et Régent pour prendre la bonne décision, et pour s’assurer que le moins de dangers marqueront cette rencontre future. »


Le jeune Dragon se rassit alors, l’air solennel, attendant la suite des événements. Face aux mots de son souverain, le Tyrell s’éclaircit la gorge avant de prendre la parole, plus terre à terre :

« Je suis également en faveur de cette manœuvre, mon office étant de gérer les finances du Royaume, je ne peux que l’être. Messeigneurs ne sont pas sans ignorer que feu Maegor avait emprunté de grosses sommes à la Banque de Fer, que nous devons aujourd’hui rembourser. Une guerre coûte cher, et je préconise que nous nous acquittions de ce que nous devons au plus vite, d’autant que d’autres éléments me sont récemment parvenus... »

Tirant un parchemin au cachet brisé de sa pile de dossier, le Grand Argentier le déplia, avant d’énoncer brièvement ce qu’elle contenait.

« Il s’agit d’un courrier de la Banque de Fer, qui nous rappelle la dette que le Royaume a à son égard, mais il y a autre chose. Il semblerait que Maegor ait en secret employé des agents de celle-ci, et son argent, pour commanditer un assassinat, ce qui ne fait qu’alourdir ce que nous leur devons. Si nous devions refuser de les rembourser dans les plus brefs délais, la Banque de Fer nous assure que la confidentialité de l’assassinat en question ne serait plus garantie, ce qui serait des plus dangereux... »

Le Tyrell marqua une pause, visiblement tendu face à la révélation qu’il s’apprêtait à faire. Le ton grave, il annonça :

« Maegor a personnellement commandité l’assassinat de la Princesse Régente Myrcella Martell, et ce dans le plus grand secret. Si sa fille devait l’apprendre… Le Nord serait loin d’être notre seule préoccupation guerrière, je le crains. Je sais que ce point n’était pas à l’ordre du jour, mais je vous le demande, mes seigneurs, vos Majestés : comment devons nous gérer cette nouvelle information ? »

 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Jeu 15 Fév 2018 - 12:21




C’est une bonne position ça, siéger au Conseil Restreint ?


Les choses ne pouvaient jamais être simples. Pas quand l’on était au plus haut du pouvoir, pas quand il fallait sans cesse que l’on rappelle que ce nouveau règne n’était là que parce qu’il en avait remplacé un autre. Un règne de cruauté, mais également d’aveuglement. Robb avait parcouru les listes des emprunts de Maegor et de son gouvernement, et la somme en devenait presque insurmontable. Le Baratheon en était venu à l’idée que le Cruel n’avait jamais prévu de gagner sa guerre, qu’il s’était simplement contenté de s’assurer que son successeur ne pourrait jamais se relever du coup qu’il lui avait porté. Et pourtant… Les possibilités de remboursement étaient variées, même s’il n’en appréciait aucune. Certaines des grandes familles de Westeros, les plus riches, seraient plus qu’heureuse de racheter une partie de la dette pour s’assurer que la Couronne les regarderait positivement, endettée qu’elle serait auprès d’eux. Mais ce n’était là qu’une solution temporaire, qui viendrait encore perturber l’équilibre des choses dans le Royaume, le temps que l’or nécessaire au remboursement soit trouvé ailleurs. Une autre solution aurait été d’imposer les Maisons qui avaient soutenu Maegor, après tout c’était pour elles que cet argent avait été emprunté, pour soutenir leur effort à se battre contre son père, contre les justes. Robb n’avait que faire de ces gens, ceux qui soutenaient à présent avoir soutenu le Roi comme leur serment leur imposait. Ce serment ne les avait pas empêché de retirer leurs troupes pour se terrer dans leurs régions du Val et du Nord quand ils avaient senti la victoire des forces Lannister et Baratheon certaine, pour ensuite jouer aux innocents quelques mois plus tard. Les vainqueurs n’avaient rien dit à l’époque, trop occupés à la reconstruction, et le résultat était là aujourd’hui : un Nord indépendantiste, et un Val ingrat et trop peu conscient de sa place, empli de ses illusions de grandeur passée et de supériorité.

Le Cerf n’aurait eu aucun mal, aucun remords à imposer ces gens pour qui il n’avait que peu d’estime, pourtant la Reine avait su l’en dissuader, arguant que ce ne serait là qu’un prétexte de plus pour ces parias de se retourner contre le Royaume le moment venu. Il ne pouvait pas l’admettre publiquement, mais il espérait que les dernières tentatives de paix échoueraient, Robb avait besoin d’un moyen de canaliser la rage qui bouillonnait en lui depuis les événements du mariage, et quoi de mieux que cet imbécile de Jorah Stark, qui avait osé l’insulter, lui et sa famille, en refusant sa main tendue ? Mettre fin à la soit-disant indépendance du Nord serait son devoir, mais il y trouverait également un exutoire, un répit à cette politique et ces bassesses de Cour, pour retrouver le champ de bataille, où il pourrait donner libre cours à ses besoins de violence sans entâcher sa réputation, bien au contraire. Et les Arryn… Ils avaient laissé derrière eux un moyen des plus simples pour leur faire payer leur arrogance au prix fort, sans doute pourrait-il l’utiliser également.

La révélation du Grand Argentier quant au meurtre de la Princesse Régente Myrcella, en revanche, était un vrai problème. De ceux qui pouvaient changer le cours d’une guerre, Nymeria pourrait très bien décider de soutenir le Nord pour se venger, et le seigneur de l’Orage ne pourrait alors pas envoyer autant d’hommes au Nord et risquer une attaque de sa frontière sud entre temps. La chose était risquée, et payer la Banque de Fer pouvait s’avérer tout aussi dangereux que ne pas le faire. S’il payait, et que Dorne apprenait plus tard qu’ils l’avaient fait, la Régente s’empresserait de crier qu’ils avaient caché les crimes de Maegor, pire, qu’ils les avaient entérinés en acceptant de régler la facture… Et s’ils ne le faisaient pas, la Banque de Fer lui apprendrait bien plus tôt. En tant que Protecteur, la responsabilité de la décision était la sienne, surtout pour une affaire aussi tendue, et quoiqu’il se passe, les conséquences seraient portées sur lui le moment venu.

Il y avait une carte, cependant, qu’il pouvait encore jouer. La dernière chose à laquelle tant la Banque de Fer que Nymeria pouvaient s’attendre de sa part. Et jouer sur cet étonnement pour se voir accorder le temps nécessaire à préparer ce qui ne manquerait pas de venir, d’une façon ou d’une autre. S’il devait y avoir une guerre avec le Nord, Robb avait bon espoir qu’elle se terminerait vite, l’affaire de quelques mois, un an au plus, avec les soutiens qu’il attendait. Et si la guerre ne venait pas… Il aurait tout le temps de préparer sa frontière à une éventuelle invasion sudiste. Après tout, si Oberyn Tyrell avait pu les repousser si facilement, il n’y avait aucune raison qu’il n’y parvienne pas au moins aussi bien. Poussant un long soupir, il brisa le silence qui s’était installé en attendant sa réponse :

« Informez la Banque de Fer que la dette du Royaume sera remboursée dans l’année, d’une manière ou d’une autre. Concernant cette histoire d’assassinat…

Payer serait admettre que les actes de Maegor sont notre responsabilité, et si Dorne apprenait que nous lui avons caché l’information, d’une manière ou d’une autre, nous aurions effectivement l’assurance d’une guerre, que nous ne pouvons pas nous permettre tant que le Royaume n’est pas entièrement pacifié. Signifiez à la Banque de Fer que nous refusons de payer pour un acte uniquement sanctionné par un criminel, sans l’accord de ses conseillers. Et qu’ils soient rassurés, je compte informer moi-même la Princesse Régente de l’identité de celui qui a commandité l’assassinat de sa mère, ainsi que de l’implication des tierces personnes qui ont facilité cet attentat. Je suis certain qu’elle sera tout aussi ravie d’apprendre que c’est leur or qui a servi à interférer dans les affaires de ses terres.

Concernant le Nord, vous avez donc mon autorisation pour faire une demande au Seigneur Stark, votre Majesté. Espérons qu’il y soit réceptif cette fois. »

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Dim 18 Fév 2018 - 14:15

C'est une bonne position ça,
de siéger au Conseil Restreint ?




« Je suis également en faveur de cette manœuvre, mon office étant de gérer les finances du Royaume, je ne peux que l’être. Messeigneurs ne sont pas sans ignorer que feu Maegor avait emprunté de grosses sommes à la Banque de Fer, que nous devons aujourd’hui rembourser. Une guerre coûte cher, et je préconise que nous nous acquittions de ce que nous devons au plus vite, d’autant que d’autres éléments me sont récemment parvenus... »

Je n’ignorais rien des sommes que Maegor avait emprunté à la Banque de Fer, ni de celles que mon père avait emprunté avant lui. C’était cette même Banque de Fer qui m’avait servi d’escorte et avait rendu possible mon départ pacifique de Winterfell. Les sommes étaient conséquentes, et l’état des finances de la Couronne ne permettrait en aucune manière de nous acquitter de la dette et de mener une nouvelle guerre dans le même temps. La fin de la phrase de Harys Tyrell attirait mon attention, et alors que mon regard s’était perdu, un instant, dans la contemplation de mes doigts, ne les voyant pas vraiment, je le reportais sur le jeune homme. D’autres éléments ? Son visage était grave, rien dans cette conversation ne permettait d’espérer un retournement de situation qui nous serait favorable. Il sortait un petit parchemin, encore roulé, mais dont le sceaux avait été brisé. Je reconnaissais le motif sans grande peine, il était celui que Cosimo, l’envoyé de la Banque de Fer avec lequel je m’étais entretenue, avait porté en médaillon autour de son cou.

« Il s’agit d’un courrier de la Banque de Fer, qui nous rappelle la dette que le Royaume a à son égard, mais il y a autre chose. Il semblerait que Maegor ait en secret employé des agents de celle-ci, et son argent, pour commanditer un assassinat, ce qui ne fait qu’alourdir ce que nous leur devons. Si nous devions refuser de les rembourser dans les plus brefs délais, la Banque de Fer nous assure que la confidentialité de l’assassinat en question ne serait plus garantie, ce qui serait des plus dangereux... »

Cette fois, mon corps entier se tendait et je me surélevais sur mon siège, presque prête à bondir pour me saisir du parchemin et en vérifier le contenu. Pour quelle raison obscure pouvais-je encore être surprise d’entendre de telles choses ? Maegor et un assassinat, deux choses qui semblaient aller de paire. Deux choses naturellement associées. Mon oncle avait la mort de milliers de personne sur la conscience, et celle ci avait toujours été plutôt silencieuse. La situation était claire, nous devions encore une fois faire les frais de la cruauté et du manque de discernement de cet oncle qui s’était rêvé roi, et n’avait été que boucher. Nous subissions la menace d’une sédition nordienne, et alors même que nous devions prendre une décision censée pour l’avenir du Royaume, une nouvelle menace se formait au dessus de nos têtes, comme autant de nuages noirs, présages d’une tempête mortelle.

« Maegor a personnellement commandité l’assassinat de la Princesse Régente Myrcella Martell, et ce dans le plus grand secret. Si sa fille devait l’apprendre… Le Nord serait loin d’être notre seule préoccupation guerrière, je le crains. »

D’un geste instinctif, je portais mon regard sur Jaehaerys, celui-ci était resté silencieux, d’un visage imperceptible. Que l’étranger t’emporte, Maegor. Je ne savais dans lequel des Sept Enfers l’Usurpateur avait été envoyé, mais il ne faisait aucun doute, à mesure que nous découvrions l’ampleur de sa noirceur, qu’il avait échoué dans l’un des plus profonds. J’avais longtemps porté une haine et une peur féroce de cet homme, celui qui avait détruit tant de choses et provoqué tant de morts. Alors que je me trouvais autour de cette table, la peur avait disparue, mais je constatais que la haine que je croyais avoir étouffée en mon cœur, n’était que plus vive. Je serrais les poings, les dissimulant sous la table pour ne rien démontrer de ce qui m’animait. Une colère noire. Une colère vive et destructrice. Alors que mon visage ne démontrait qu’une colère légitime, et une inquiétude dévorante, mon corps tout entier combattait cette vague de furie qui menaçait de prendre le contrôle. Elle me rappelait cette noirceur qui m’avait longtemps habitée et que mon retour à Port-réal et la mort de Maegor avaient fait taire. Cette noirceur qui m’avait poussée si longtemps à m’élever contre Maegor, à m’élever envers et contre tous, à tempêter et me battre pour ce que j’estimais juste. Je la voyais de retour en mon cœur, car Harys Tyrell venait tout simplement de nous annoncer le dernier présent de Maegor Targaryen : la guerre. Mes poings serrés, mes ongles s’enfonçaient dans la chair de mes mains tant je tentais de contrôler ce qui brouillait mes sens et faisait bouillir mon sang. Par les Sept Enfers, qu’il souffre pour l’Eternité !

Si cela venait à être ébruité, alors rien n’empêcherait plus Dorne de s’élever contre nous. Rien n’empêcherait le Royaume de brûler à feu et à sang, et le chaos redeviendrait maître de ces terres.

« Je sais que ce point n’était pas à l’ordre du jour, mais je vous le demande, mes seigneurs, vos Majestés : comment devons nous gérer cette nouvelle information ? »

Que faire. Excellente question. Nous n’avions pas l’argent réclamé, et ce n’était à présent plus une seule guerre qui couvait, mais bien deux. Nous devions gagner du temps, là était la seule manière pour se montrer inventifs.

« Informez la Banque de Fer que la dette du Royaume sera remboursée dans l’année, d’une manière ou d’une autre. Concernant cette histoire d’assassinat… »

Les solutions étaient nombreuses, mais toutes représentaient un désavantage, un potentiel danger. Il nous faudrait les examiner avec minutie et décider de la marche à suivre. Et il faudrait le faire vite.

« Payer serait admettre que les actes de Maegor sont notre responsabilité, et si Dorne apprenait que nous lui avons caché l’information, d’une manière ou d’une autre, nous aurions effectivement l’assurance d’une guerre, que nous ne pouvons pas nous permettre tant que le Royaume n’est pas entièrement pacifié. Signifiez à la Banque de Fer que nous refusons de payer pour un acte uniquement sanctionné par un criminel, sans l’accord de ses conseillers. Et qu’ils soient rassurés, je compte informer moi-même la Princesse Régente de l’identité de celui qui a commandité l’assassinat de sa mère, ainsi que de l’implication des tierces personnes qui ont facilité cet attentat. Je suis certain qu’elle sera tout aussi ravie d’apprendre que c’est leur or qui a servi à interférer dans les affaires de ses terres. »

Mes poings se déserraient, et comme à son habitude Robb parvenait à apaiser le feu qui couvait en moi, peut-être même bien malgré lui. La solution qu’il envisageait était intelligente, mais risquée. Il était évident que payer ne nous assurait en rien du silence de la Banque de Fer. Nous pouvions payer, et pourtant ils pourraient décider un jour de ce servir de leurs preuves afin de déclencher cette guerre… si elle les arrangeait. Dès lors, il serait révélé au grand jour, que la Couronne actuelle avait payé pour le silence, et donc cautionné des actes répréhensibles. Nous pouvions devancer la Banque de Fer, condamner cet assassinat, condamner la Banque de Fer pour son implication, et tenter d’apaiser la colère Dornienne. Pourtant, le risque était grand. Je l’avais constaté depuis bien longtemps, peu nombreux étaient ceux qui faisaient la distinction entre Maegor et le reste de notre famille. Nous portions le même non, ce nom qui avait signifié tant de choses et continuait d’imposer le respect, avait été souillé. Je décidais de faire en sorte que Maegor ne soit plus associé au nom Targaryen dans les livres d’Histoire, il serait connu à jamais comme Maegor Le Cruel. Notre devoir à présent, était de rétablir la gloire du nom Targaryen, et l’associer à nouveau à la prospérité. Notre devoir était à présent de faire en sorte que dans les siècles à venir, l’on puisse dire que Maegor avait été traitre à son sang, à son nom, à sa maison, et non pas un être à son image. Pourtant, si nous pouvions tenter de faire cela pour les siècles à venir, il nous faudrait accepter cet amalgame dangereux entre les agissements de Maegor, la Conquête, et le nouveau règne qui s’ouvrait.

« Je suis d’accord avec monseigneur Main. J’ai moi-même personnellement eu affaire aux agents de la Banque de Fer, il me semble que vous aussi, Seigneur Tyvaros… »

Je tournais mon regard un instant vers Valyron. Lors de mon cheminement depuis Winterfell, j’avais été accompagnée par les hommes de la Banque de Fer, et ceux-ci s’étaient laissés allés à quelques confidences. Deux émissaires importants avaient été envoyés. Un avait pris la route du Nord, Cosimo. L’autre, la route de Port-réal, un certain Ternesio. Leur mission avait été simple, faire en sorte de permettre la destitution du Roi Maegor, et l’installation sur le trône d’un monarque plus favorable à la Banque de Fer et qui serait capable de les payer. Ils avaient tenté de travailler en la faveur de ma tante, afin que celle-ci ne devienne Régente, et pourtant, il avait semblé que leurs efforts s’étaient arrêtés nets après la fin de la bataille, car nulle influence n’avait été effectuée afin de me retirer la Régence. Alors que mon regard se posait sur le nouveau seigneur de Port-épices, je me demandais s'il avait été mis dans la confidence de cet assassinat. Beaucoup le croiraient c'était certain. Valyron avait été Maître des Lois de Maegor, membre du Conseil Restreint. Sans doute Maegor avait-il orchestré cet assassinat dans le plus grand secret, ne confiant à personne ses intentions tant on le savait paranoïaque. Pourtant, dès lors que cela se saurait, les doutes viendraient à naître. Et si la princesse Nymeria demandait alors qu'on lui livre les responsables... Valyron Tyvaros serait au premier des quelques têtes proches de Maegor qui avaient été sauvées.

« … Rien, dans les manières des émissaires de la Banque de Fer, ne nous assure son silence après paiement de notre dette. Si nous payons pour maintenir le secret, alors nous cautionnons cet acte vil. Cependant… »

Et la mon regard se tournait à nouveau vers Robb. Je ne dirais pas le fond de ma pensée, car là n’était pas mon rôle en Conseil Restreint, mais la réalité ne devrait pas être oubliée.

« … Nous ne pouvons ignorer le risque que notre famille toute entière, que la Couronne actuelle, ne soit associée aux agissements du Cruel. Et dès lors, la guerre serait inévitable. Je préconise donc la plus grande prudence. »

Je fixais Robb d’un air entendu, il comprendrait, je le savais. Il saurait que je m’inquiétais de cette guerre potentielle et que, si j’approuvais son plan, je ne le trouvais pas dénué de risque.

« Comme toujours, Seigneur Main, vous avez notre entière confiance. »

Je lui accordais un sourire discret et poli.

« Concernant le Nord, vous avez donc mon autorisation pour faire une demande au Seigneur Stark, votre Majesté. Espérons qu’il y soit réceptif cette fois. »

Je ne disais rien, me contentant de hocher la tête. Ma proposition était risquée, et il était évident qu’il nous faudrait nous assurer à l’avance de la disposition de Jorah Stark à nous recevoir de manière civilisée. J’attendais, incessamment sous peu, sa réponse à ma dernière missive. Je l’avais écrite dans un espoir, sans doute vain, de lui exposer le risque qu’il prenait avec son peuple et son destin. Sa réponse serait déterminante. S’il se montrait coopératif et prêt à discuter, nous pourrions ainsi lui proposer notre visite. Si Jorah Stark s’obstinait à nous défier et présentait un risque potentiel pour notre sécurité, alors… Alors il n’y aurait d’issue que la guerre.


lumos maxima

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mar 20 Fév 2018 - 0:46

C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?

ft.













Lorsque la voix de Rhaegar Velaryon s’éleva dans le silence qui avait suivi la brève intervention de Valyron, ce dernier fut projeté plusieurs années en arrière. Il se souvenait encore avec netteté des nombreuses discussions qu’il avait eu avec le seigneur de Lamarck. Véritable valyrien de pure souche à l’instar des Targaryen que sa famille avait toujours servi, le jeune homme avait les traits fins et le regard mauve clair des enfants de Valyria. Il avait donc toujours eu droit à une espèce de considération bienveillante de la part du Serpent qui le considérait comme l’un de ces êtres supérieurs qui peuplaient Westeros. Les véritables descendants de Valyriens étaient rares et se trouvaient essentiellement dans les maisons Velaryon, Celtigar ou Vyrwel. Quelques autres étaient soupçonnés d’avoir une lointaine ascendance valyrienne mais rien de concret. Les véritables decendants de valyriens étaient rares et se devaient donc d’être choyés. Avec eux, le Serpent de Mantarys était presque comme chez lui, alors qu’il était lui-même – par ses manières et ses traditions – plus valyriens qu’eux, se confortant dans un anachronisme auquel lui seul peut-être s’accrochait avec autant de vigueur.

« Votre proposition vous honore Majesté, mais je doute qu’une approche diplomatique ait encore la moindre chance de réussir. Jorah Stark me semble tout prêt à faire la guerre pour obtenir ce qu’il veut, et il veut se faire appeler Roi. Je suis en faveur, tout comme Lord Tyvaros, d’une réponse forte et rapide, pour que personne n’aie la même idée folle et ne rende toute gouvernance impossible.

Pour répondre à votre question, monseigneur Baratheon, la flotte est encore loin de ce qu’elle était avant la guerre, mais les efforts déployés permettront de faire embarquer tout l’Ost de l’Orage jusqu’au Nord d’ici deux à trois semaines, tout au plus. Vous serez ravi de constater que nous sommes entièrement à temps dans les délais que je vous avais annoncé.
»

Valyron se souvenait qu’il ne restait pratiquement plus rien de la flotte royale après la guerre civile. Les charpentiers de marine avaient bien travaillé. Le maître des Marées cessa là son intervention avec un fin sourire. Ce même sourire qu’il arborait lorsqu’ils discutaient tous deux de comment procéder durant la fin de la guerre civile qui avait opposé Maegor et ses soutiens aux rebelles menés par Theodan Baratheon et Garett Lannister. Valyron avait alors mis sur pieds un plan audacieux qui aurait dû permettre d’éviter la boucherie qu’avait été la prise de Port-Réal par les rebelles. Hélas, malgré sa qualité d’amiral de la flotte loyaliste et son hostilité croissante envers le souverain usurpateur, Rhaegar Velaryon avait pris peur, préférant s’en tenir à ses vœux de loyauté. La prise du Donjon-Rouge par des éléments renégats à l’armée loyaliste et la mise aux arrêts de Maegor aurait dû permettre cela. Valyron avait en partie réussi, faisant arrêter tous les membres du conseil restreint qui n’étaient alors pas impliqués dans les opérations martiales. Il n’avait pas eu assez d’hommes pour faire mieux, alors qu’il comptait sur les marins de la flotte Velaryon pour l’aider à sécuriser le Donjon-Rouge. De l’indécision du jeune homme, des milliers d’hommes et de femmes avaient été tués. Sur ce, les autres conseillers intervinrent pour marquer leur position dans ce qui était le premier ordre du jour de cette séance du conseil restreint. Le Lord Commandant de la Blanche Epée se rangea aux arguments de la sécurité : il était hors de question de faire partir le couple royal. Godric Lannister, lui, assura de son soutien le cousin de son petit-fils, comme toujours. Le seul à rester coi fut le frère du seigneur d’Hautjardin, laissant ainsi le jeune roi s’exprimer, écouté dans un silence religieux et attentif. Valyron fut très satisfait de cette vision, voyant d’éminents représentants des trois plus puissantes familles suzeraines poliment écouter leur souverain absolu.

« Messeigneurs, je suis reconnaissant pour vos avis éclairés, et pour votre attachement à ma sécurité. Mais mon épouse à raison de croire en la diplomatie, la guerre nous a suffisamment pris ces dernières années pour que nous considérions toutes les autres options avant de nous y résoudre. Une indépendance du Nord est intolérable, je vous l’accorde, mais la guerre l’est tout autant. Aussi, même si c’est un risque, et même si la décision ne me revient pas encore, je tiens à vous faire part ouvertement de mon soutien à la proposition de rendre une visite au nord pour tenter de mettre fin à leurs ambitions.

C’est le devoir d’un roi de faire ce qui est le mieux pour son peuple, et si je dois prendre ce risque, je le ferai avec joie. Je compte évidemment sur monseigneur Main et Régent pour prendre la bonne décision, et pour s’assurer que le moins de dangers marqueront cette rencontre future.
»

Son intervention terminée, le jeune souverain reprit sa place, l’air sérieux, peut-être même un peu trop, comme s’il s’efforçait de tenir son rôle dans cette pièce de théâtre aux proportions incalculables. Brièvement, le regard d’améthyste de Jaehaerys croisa celui de son Maître des Chuchoteurs. Valyron hocha imperceptiblement la tête pour le féliciter et l’encourager à reprendre la parole au besoin. Le pauvre enfant avait perdu son père jeune et n’avait pas vraiment été choyé par son oncle usurpateur. La moindre des choses était de le soutenir en ces moments cruciaux pour le royaume et pour son roi. Et finalement, le Tyrell de l’assemblée toussota pour s’éclaircir la gorge et prit à son tour la parole, de manière bien plus terrestre.

« Je suis également en faveur de cette manœuvre, mon office étant de gérer les finances du Royaume, je ne peux que l’être. Messeigneurs ne sont pas sans ignorer que feu Maegor avait emprunté de grosses sommes à la Banque de Fer, que nous devons aujourd’hui rembourser. Une guerre coûte cher, et je préconise que nous nous acquittions de ce que nous devons au plus vite, d’autant que d’autres éléments me sont récemment parvenus... »

Le maître des finances du royaume dévoila un parchemin auquel s’accrochait un reliquat de sceau de cire noire. Il le déplia et en résuma le contenu.

« Il s’agit d’un courrier de la Banque de Fer, qui nous rappelle la dette que le Royaume a à son égard, mais il y a autre chose. Il semblerait que Maegor ait en secret employé des agents de celle-ci, et son argent, pour commanditer un assassinat, ce qui ne fait qu’alourdir ce que nous leur devons. Si nous devions refuser de les rembourser dans les plus brefs délais, la Banque de Fer nous assure que la confidentialité de l’assassinat en question ne serait plus garantie, ce qui serait des plus dangereux... »

Alors que le Grand Argentier faisait une pause, scrutant les réactions, Valyron ne dissimulait même pas le rictus dégoûté qu’il affichait à chaque fois qu’on lui parlait des Braavosis. Seule cité libre à ne pas avoir été fondée par les Valyriens, Braavos et son Titan avaient toujours été des symboles de résistance pour les esclaves. Valyron haïssait cette cité et tous ceux qu’elle abritait. Le Tyrell se remit à parler, et son ton interpela immédiatement le Serpent.

« Maegor a personnellement commandité l’assassinat de la Princesse Régente Myrcella Martell, et ce dans le plus grand secret. Si sa fille devait l’apprendre… Le Nord serait loin d’être notre seule préoccupation guerrière, je le crains. Je sais que ce point n’était pas à l’ordre du jour, mais je vous le demande, mes seigneurs, vos Majestés : comment devons nous gérer cette nouvelle information ? »

Valyron fronça cette fois les sourcils. Cet abruti de Cruel n’en aurait donc jamais fini de ruiner leurs efforts ? Même depuis la tombe, il continuait à nuire au royaume. Quel être méprisable, pensa Valyron en lui adressant intérieurement une brève malédiction en haut-valyrien. Il espérait qu’il se tordait à jamais dans les flammes des enfers qui le retenaient. Jamais Valyron n’avait entendu parler de cela. Encore une fois, comme pour Tristam Martell, l’opération avait menée en toute discrétion, puisque le réseau de Valyron n’avait alors rien su. En tout cas, aucun des conseillers avec lesquels Valyron disutait n’avait été au courant. Alors que le silence se fit, tout le monde se tourna vers celui qui avait pour rôle d’administrer le royaume en attendant que Jaehaerys soit en mesure de le faire. Robb Baratheon poussa un soupir infini de lassitude avant de répondre avec pédagogie.

« Informez la Banque de Fer que la dette du Royaume sera remboursée dans l’année, d’une manière ou d’une autre. Concernant cette histoire d’assassinat…

Payer serait admettre que les actes de Maegor sont notre responsabilité, et si Dorne apprenait que nous lui avons caché l’information, d’une manière ou d’une autre, nous aurions effectivement l’assurance d’une guerre, que nous ne pouvons pas nous permettre tant que le Royaume n’est pas entièrement pacifié. Signifiez à la Banque de Fer que nous refusons de payer pour un acte uniquement sanctionné par un criminel, sans l’accord de ses conseillers. Et qu’ils soient rassurés, je compte informer moi-même la Princesse Régente de l’identité de celui qui a commandité l’assassinat de sa mère, ainsi que de l’implication des tierces personnes qui ont facilité cet attentat. Je suis certain qu’elle sera tout aussi ravie d’apprendre que c’est leur or qui a servi à interférer dans les affaires de ses terres.

Concernant le Nord, vous avez donc mon autorisation pour faire une demande au Seigneur Stark, votre Majesté. Espérons qu’il y soit réceptif cette fois.
»

Ce fut au tour de Rhaenys de rebondir sur cette nouvelle désastreuse. La potentielle expédition au Nord risquait d’être longuement retardée, et surtout, si elle partait quand même pour porter le châtiment chez les Stark, elle laisserait tout le Sud en danger face aux maraudeurs dorniens. N’avaient-ils pas jadis incendié Villevieille ?


« Je suis d’accord avec monseigneur Main. J’ai moi-même personnellement eu affaire aux agents de la Banque de Fer, il me semble que vous aussi, Seigneur Tyvaros… »

Valyron jeta un regard légèrement surpris à la jeune reine alors qu’elle mentionnait son nom. C’était vrai. Ternersio Nestoris, tel était son nom dans le souvenir de Valyron, était venu le rencontrer au cours d’une soirée, lui proposant un marché des plus odieux auquel le Serpent avait coupé court en exigeant des dédommagements délirants. Il hocha sobrement la tête pour confirmer cet état de fait : oui, il avait bien été en contact avec les agents de la Banque de Fer.

« … Rien, dans les manières des émissaires de la Banque de Fer, ne nous assure son silence après paiement de notre dette. Si nous payons pour maintenir le secret, alors nous cautionnons cet acte vil. Cependant… »

Le regard violet de la jeune femme se déposa sur son cousin, celui qui gérait son royaume.

« … Nous ne pouvons ignorer le risque que notre famille toute entière, que la Couronne actuelle, ne soit associée aux agissements du Cruel. Et dès lors, la guerre serait inévitable. Je préconise donc la plus grande prudence. »

Alors que le contact visuel se maintenait entre les deux, Valyron réfléchissait à la suite. Il était évident qu’il faudrait trouver une sortie de crise rapide et durable pour le royaume ou il faut franchir les Marches et aller incendier quelques villes et fiefs frontaliers pour rappeler aux Dorniens leur véritable place.

« Comme toujours, Seigneur Main, vous avez notre entière confiance. »

Bien entendu qu’il avait leur confiance. Sinon il n’aurait pas été ici, mais c’était une façon assez franche de rappeler à tous qu’il restait celui qui dirigeait de facto le royaume le temps que Jaehaerys soit prêt à prendre les choses en main.

« Pour le moment, rien ne me permet de présager d’une mobilisation des forces dorniennes. J’ai un excellent contact sur place qui saura nous avertir le moment venu. Non seulement cette jeune femme nous renseigne, mais elle pourrait également jouer un sérieux rôle de contrepoids si la Martell venait à se montrer belliqueuse. Après vérification sur place, mon contact à Dorne n’est autre que le seul enfant connu de Tristam Martell : Elia Sand, une bâtarde dornienne qui, en vertu de leurs lois dégénérées, a tous les droits de clamer le trône de son père. »

Le regard glacial du Serpent se posa tour à tour sur le roi, la reine et leur régent.

« Si cela vous agrée, je pense qu’il serait de bon ton d’organiser une rencontre discrète afin que vous puissiez juger de son potentiel et d’une éventuelle façon de l’aider à récupérer Dorne, ce qui nous ferait une voisine amicale et reconnaissante en lieu et place de la furieuse actuelle. »

Continuant son exposé, Valyron se redressa sur son siège, joignant les mains sur la table devant lui. Il scrutait chacun des membres du conseil de son regard vipérin, cherchant à savoir lequel comprendrait en premier où il voulait en venir.

« Concernant la Banque de Fer, pour avoir – comme l’a soulevé Sa Grâce la reine – eu à faire avec elle par le passé, j’ai deux solutions à proposer à cette assemblée. J’ai de nombreux contacts en Essos, et notamment à Volantis du fait de sa proximité avec ma cité natale de Mantarys. »

C’était la première fois qu’il évoquait en session ses origines étrangères. Curieusement, il n’en avait cure, se contentant de fixer Robb Baratheon droit dans les yeux, exposant son idée.

« Avec votre permission, je peux entrer en contact de manière officieuse avec les entourages des triarques. S’ils refusent une quelconque aide aux derniers seigneurs dragons de ce monde, au moins le gouvernement de Votre Majesté ne sera pas embarrassé d’une telle réponse publique et connue de tous. Sans aller à une alliance militaire de pure forme, ils pourraient accepter de faire pression sur Braavos pour nous accorder du temps, et notamment les empêcher de divulguer les informations concernant l’assassinat de Myrcella Martell. Nous devrions pouvoir les convaincre en échange d’un monopole ou d’une exemption de taxes dans certains ports. »

Ce n’était pas terminé. Valyron avait réfléchi longuement à ce problème de Dorne, et il venait de trouver ce qui lui semblait être la manière des solutions. Continuant de regarder Robb directement dans les yeux, il exposait son idée avec méthode et d’une voix posée, légèrement chantante où perçait son accent mantaryen.

« Je pense que nous savons tous autour de cette table que de simples excuses de notre part ne suffiront pas à calmer la fureur de Dorne qui y verra peut-être une réponse à sa provocation du mariage royal. »

Puis, il se tourna cette fois vers la seule qui pourrait comprendre la suite de son raisonnement, puisqu’elle avait été confrontée à ce qui suivrait : la reine Rhaenys.

« Si Votre Majesté se souvient de la prise de Port-Réal dans ses détails, plusieurs membres du conseil restreint de Maegor ont été retrouvés en cellules à la fin des combats : le grand mestre Lester, le Grand Argentier de l’époque, Méléagant Darry et… »

Il vit dans les yeux de la valyrienne qu’elle avait compris. L’éclat mauve du regard royal s’assombrit au souvenir de la personne que n’avait pas encore mentionnée Valyron. Rien qu’à cet instant précis, son dos se mit à le lancer de nouveau, comme si la brûlure qui lui défigurait la peau datait de la veille.

« Lord Sighild, maître espion de Maegor. Il a plus ou moins été oublié dans sa cellule, mais il est toujours vivant. Rien ne me permet de savoir aujourd’hui s’il était ou non au courant de ce plan, mais il était en tout cas l’élément dédié pour planifier l’assassinat. Ce dont je peux vous assurer, c’est que cette affaire n’a jamais été discutée en session plénière du conseil restreint sous Maegor. Si cela sert les intérêts du royaume, je me porte garant de le faire avouer et signer un acte de confession reconnaissant son implication dans tout cela. »

Il eu une brève pensée pour Elinor, celle qui l’avait tant aidé et qui l’avait un jour trahi, rachetant son acte par une intercession auprès de Daenys qui lui avait permis de revenir à la cour et d’éviter la déchéance. Les compteurs étaient de nouveau à zéro, et pour cela, il prit soin d’ajouter une précision, cadeau dont elle ne connaîtrait jamais rien, mais un témoignage muet de l’affection qu’il avait pour elle.

« Toutefois, il serait prudent de procéder avec intelligence. Je vous rappelle qu’Ondrew Piète, ancienne Main du Roi, est à Dorne pour son exil. Si l’ancien Maître des Chuchoteurs avoue son implication, les Dorniens se tourneront directement vers le seul qui peut être tenu pour responsable des agissements de Maegor, son ancienne Main. Et il connaît beaucoup de données sensibles. S’il se décidait à parler sous la torture ou pire, à collaborer, il nous serait difficile de pouvoir régler rapidement le problème dornien. Je préconise donc une réflexion aboutie sur les conséquences qu’auraient la confession de Sighild. Cela prendra toutefois du temps, et avec votre accord, je me mettrai au travail dès ce soir afin de solliciter les meilleurs bourreaux pour le soumettre à la question en bonne et due forme. »









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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mar 20 Fév 2018 - 21:32




  Le Conseil Restreint
  « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

 

Si la déclaration du Lord Régent aurait pu causer des protestations, elles furent vite tues quand la Reine prit la parole, apportant son soutien à son cousin quant à la décision qu’il fallait prendre. Tenir tête à un dirigeant était une chose, mais même pour un membre du Conseil Restreint, il fallait savoir se taire quand tous ceux qui étaient à la tête du pouvoir étaient d’accord, sous peine de terminer comme le Grand Mestre. Pour ceux qui n’étaient pas d’accord avec la décision du seigneur de l’Orage, il serait très vite temps de profiter de son erreur s’il s’avérait que l’honnêteté envers Dorne était une erreur.

Les propositions du Maître des Chuchoteurs, en revanche, pouvaient être discutées plus librement, du moins tant que les dirigeants n’auraient pas pris position. Et ses idées, justement, portaient à nombre de débat.

Contrairement à l’accoutumée, ce fut Godric Lannister qui parla le premier, sur un ton calme et posé, mais avec ce ton légèrement hautain qui laissait suffisamment entrevoir ce qu’il pensait des plans du Mantaryen.

« Comme vous le dites si bien, Lord Tyvaros, Dorne risque déjà de voir dans l’aveu du meurtre de sa Régente précédente une provocation, et vous voudriez en plus ajouter la question d’une succession contestée ? Inviter Elia Sand à Port-Réal, c’est déclarer la guerre à Nymeria Martell, par les Dieux !

Vous n’êtes pas sans savoir que le suzerain de l’Ouest a un accord commercial avec la Principauté, qui lui fournit la nourriture nécessaire à la survie de son peuple en ces temps difficiles. Mais cela nous offre également une certaine vue de la manière dont les choses se passent là-bas. La Princesse Régente connaît un âge d’or, elle est incontestée et incontestable, pas pour le moment. Et faut-il vous rappeler que son héritier, légitime lui, est marié à une Lannister ? Tout rapprochement futur avec Dorne serait bien plus facilité avec un Prince qui possède des liens avec un seigneur vassalisé à vos Majestés que par une bâtarde que nos lois ne nous permettent même pas de reconnaître, contrairement aux leurs. Lord Baratheon, si vous tenez absolument à révéler le crime de Maegor, je propose que nous demandions au suzerain de l’Ouest de s’en charger, ses bonnes relations avec la Princesse Régente permettront peut-être d’éviter un conflit ouvert, ou d’ouvrir une voie de négociation pour un éventuel dédommagement. Mieux vaudra attendre ce que donnera ce premier contact avant de prendre une décision concernant votre prédecesseur, ou l’ancienne Main du Roi.

Quant à Volantis… Je ne suis pas maître en économie, mais il me semble qu’on ne relève pas de fonds en proposant des monopoles à une entité qu’on ne contrôle pas au moins en partie. Je connais votre attachement à vos terres natales, Lord Tyvaros, mais n’oubliez pas que ce sont les Sept Couronnes que vous servez. Si Lord Baratheon et Leur Majestés veulent le soutien de Volantis, je préconise la plus grande prudence à ce sujet. »


A sa suite, les avis commencèrent à fuser, certains plus véhéments que d’autres. Harys Tyrell profita de l’occasion pour pester contre cette alliance que Godric mettait en avant, arguant que Dorne n’était pas fiable et qu’il était plus que douteux de coopérer avec une nation qui passait son temps à provoquer la Couronne. Lord Velaryon avança que le Royaume n’avait pas besoin de gens qui se prenaient pour l’héritage de Valyria, alors que cet héritage était assis dans cette pièce même.

Bien vite, le débat tourna au règlement de compte, les tons haussant en même temps que les conseillers se levaient pour donner leur point de vue plus fort que les autres. Jaehaerys, lui, restait silencieux, les bras croisés, il écoutait. Et surtout, il observait celui qu’il avait nommé à la tête du Royaume, pour un temps, curieux de voir comment il gérerait cette situation. Car après tout, il était également là pour apprendre...

 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mer 21 Fév 2018 - 12:34




C’est une bonne position ça, siéger au Conseil Restreint ?


Comme toujours, à chaque fois qu’un sujet n’était pas prévu, à chaque fois que les avis divergeaient, les conseillers en profitaient pour tenter d’avancer leur cause. Ce n’était que cela, après tout : Godric Lannister tentait de faire reconnaître le mari de sa petite fille comme l’héritier légitime de Dorne au détriment de celle proposée par Tyvaros, Harys Tyrell voulait s’assurer que les accords entre les Lions et les Martell ne soient pas un frein à ceux que le Bief ne pouvaient plus honorer en ce moment, mais qu’ils voudraient voir reprendre. Et Rhaegar Velaryon voulait préserver son statut prodigué par ses ascendances valyriennes, en s’assurant que la chose ne devienne pas plus courante dans le Royaume à travers des liens avec Volantis.

Les mots étaient détournés, prononcés forts pour qu’on ne mette pas en doute un point de vue qui se voulait ouvertement tourné vers la prospérité des Targaryen, sans parler de ces mêmes intérêts personnels, mais la substance était là. La Main ne leur en voulait pas vraiment, lui-même savait placer ses intérêts quand la chose en valait la peine, mais… Aucune des Maisons qui existaient déjà avant la Conquête n’était entièrement dévouée à la Couronne, c’était certain. Leurs intérêts avant ceux du Royaume entier, peu importaient les conséquences. Les Baratheon n’étaient pas comme ça, leur pouvoir, ils le tenaient directement des Targaryen, sans les Dragons le Cerf ne serait pas ce qu’il était aujourd’hui, Theodan le savait, et il l’avait longtemps répété à son fils. Les souverains de Port-Réal étaient leurs suzerains, oui, mais ils étaient avant tout leur famille, et en cela ils méritaient d’être traités comme tels. Pour cette raison, Robb ne faisait pas payer la nourriture qu’il acheminait à Port-Réal, pas plus qu’il ne profiterait d’une occasion supplémentaire de mettre ses terres un peu plus en avant par rapport aux autres.

La tête posée sur son poing fermé, il observait les simagrées de ceux qui devaient aider à diriger le Royaume, ils n’étaient au final que des enfants cherchant à obtenir plus de friandises que leurs camarades. Captant le regard du Roi, qui semblait attendre une réaction de sa part, il lui offrit un sourire en coin, avant de se lever lentement, accentuant à dessein le râclement de sa chaise contre la pierre tandis qu’il la repoussait en arrière. Godric, le premier, cessa de parler en remarquant le mouvement initié par leur supérieur, assez vite suivi par les autres, qui se rassirent en silence.

« Merci pour vos opinions, messeigneurs, néanmoins je pense que nous ne parviendrons pas à un accord concernant une affaire qui nous préoccupe tous de manière différente, et comme la décision finale me revient… »

Il s’interrompit, avant de fixer le Serpent du regard. De leur groupe, il était celui dont il était le plus difficile de différencier les intérêts personnels de ceux de la Couronne. Un naïf aurait pu dire que c’était parce qu’ils étaient les mêmes, mais on ne s’élevait pas si haut sans ambition personnelle, on ne devenait pas Lord en étant parti de rien sans avoir mis en place des stratagèmes pour y parvenir. Oui, le Maître des Chuchoteurs était un bon élément, efficace, mais il était dangereux, même pour ses alliés.

« Lord Tyvaros, vous avez mon autorisation pour prendre renseignement auprès de Volantis de ce qu’ils seraient disposés à faire pour notre cause, et à quel prix. Toutefois, aucun accord ne sera scellé sans mon consentement, et si leur proposition présente un intérêt, nous recevrons un de leurs envoyés ici pour pouvoir négocier directement. »

L’art de la politique, c’était de faire croire à tous qu’ils avaient gagné, en s’assurant que tous avaient perdu au profit de la cause générale. Le problème dornien n’était pas différent, tout le monde devait y trouver une victoire, sans quoi les dissensions ne cesseraient jamais. Et il y avait également le problème d’Ondrew Piète, sa vie ne pouvait pas être menacée, sans nuire à l’accord qu’il avait avec Elinor. La situation était complexe, mais pas insurmontable, mieux valait procéder avec prudence.

« Concernant l’assassinat de Myrcella Martell, vos opinions sont dûment notées, mais je maintiens qu’il vaut mieux se montrer honnête, et ne pas risquer de perdre la face ultérieurement. Ser Godric, votre proposition de mêler mon cousin à cette affaire est tentante, mais il s’agit d’une affaire concernant directement la famille royale, aussi écrirai-je moi-même le courrier destiné à informer la Princesse Régente. En revanche, son aide pour tenter d’apaiser sa probable rage est plus que bienvenue, et s’il désire s’assurer du maintien de… Bonnes relations entre la Principauté et les Sept Couronnes, je ne peux que l’encourager à le faire.

Comme vous l’avez si bien souligné, une guerre avec Dorne est inimaginable, pas quand nous devons rester prêts à en subir une autre. Qui plus est, je partage votre avis sur la dangerosité de soutenir une potentielle concurrente pour un trône qui se veut encore indépendant. J’ai moi-même déjà pu croiser Manfrey Martell, et il est loin d’être aussi opiniâtre que sa cousine, si vous dites qu’il peut être un soutien à la Couronne, je vous crois. Pourtant, inviter Elia Sand à Port-Réal peut présenter son lot d’opportunités, sans aller jusqu’à lui proposer de soutenir sa cause, nous devrions au moins entendre ce qu’elle a à proposer. Lord Tyvaros, invitez-là donc à me rencontrer ici même.

Quant à Lord Sighil… Vous étiez vous même au Conseil Restreint de Maegor, Lord Tyvaros, et j’imagine que vous ne saviez rien de cette histoire avant qu’elle ne vous soit présentée ? A moins que vous ne m’apportiez des faits prouvant qu’il pouvait savoir quelque chose, je doute qu’il nous apporte plus d’éléments que ce que nous savons déjà. Et Ondrew Piète, tout banni qu’il soit, reste encore un vassal de vos Majestés, qu’il convient de protéger au mieux, inutile de mettre sa vie plus en danger qu’elle ne le sera déjà.»

Au moment où le Maître des Chuchoteurs avait parlé de l’héritière présomptive du Trône de Dorne, Robb avait su qu’il tenait là une occasion de maintenir Nymeria loin de l’idée d’une guerre, au moins le temps de s’assurer que le Nord ne poserait plus de problèmes. Restait à concrétiser la chose, les détails viendraient plus tard, il lui faudrait probablement la coopération de Tyvaros sur cette affaire. La chose devenait presque une habitude… Un peu trop au goût du Cerf.Il se rassit, visiblement satisfait de la décision qui venait d’être prise. L’heure était maintenant venue de se lancer dans un autre jeu, l’un de ceux auquel personne ne pouvait s’attendre. Une pointe d’appréhension se logea dans le ventre du Protecteur, qu’il fit taire bien vite. Il s’était préparé à l’exercice, tout serait parfait. Aujourd’hui marquerait le début d’un jour nouveau, c’était certain, il fallait juste que les autres ne fassent pas trop de vagues. Sur un ton des plus sérieux, il annonça le prochain point à l’ordre du jour :

« A présent que nous avons une ligne de conduite, nous allons recevoir Lord Garett Lannister, qui a demandé à être reçu par ce Conseil pour lui soumettre une demande. »

Se redressant sur sa chaise, Robb fit un geste aux gardes royaux postés devant l’entrée de la salle. Ceux-ci ouvrirent les deux battants, et annoncèrent le Suzerain de l’Ouest.

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Jeu 22 Fév 2018 - 9:49

C'est une bonne situation ça, de siéger au conseil restreint?

ft.










« Garett Lannister, seigneur de Castral-Roc, bouclier de Port-Lannis, suzerain et gouverneur des Terres de l’Ouest. »

Alors que l’on énumérait ses titres ronflants d’honneur, parés de pourpre et de dorures, Garett fit son entrée dans la salle du conseil restreint d’un pas déterminé, ses cheveux blonds tressautant à chaque pas. Paré d’une coûteuse tunique bordeaux où apparaissaient quelques fils d’or pour rehausser certains détails, il avait tout de même choisi une certaine forme de simplicité et d’humilité en venant se présenter devant le conseil restreint de Jaehaerys, alors que son audience serait pour lui l’occasion de formuler très officiellement une demande qui lui rongeait les entrailles depuis des lustres.

La salle du conseil restreint était plus petite que dans ses souvenirs. Alors qu’il traversait la courte distance qui lui permettait de se présenter debout devant les puissants de ce monde rassemblés là en conciliabule, il jaugea l’assistance. Il les connaissait tous, n’en appréciait que certains. Il y avait tout d’abord Jaehaerys, le roi, le souverain promis à Westeros durant ces longues années de guerre. Le Jeune Dragon jouissait de la considération du seigneur du Roc qui voyait en lui un esprit éclairé et déjà bien plus fin que la plupart des habitants de ce continent. Son épouse, la ravissante Rhaenys, elle, connaissait mieux Garett quand bien même leurs contacts étaient restés strictement formels. Le Faiseur de Roi estimait tout de même grandement la jeune femme qui n’avait pas hésité à venir aider les rebelles durant la bataille de Port-Réal. Venait ensuite le président du conseil restreint, le Protecteur du Royaume, Robart Baratheon, son cousin en qui il avait confiance pour l’aider à défendre son projet à la suite du dîner qu’ils avaient eu ensemble.

Après tout, une certaine partie du conseil restreint lui était d’ores et déjà rallié. Godric Lannister, son grand-père, irait dans son sens sans aucune once de surprise, tout cela avait été discuté en amont de cette rencontre. Harrys Tyrell, le frère d’Oberyn et de l’épouse défunte de Garett, n’avait pas non plus de raison de s’opposer à cette requête, de surcroît proposé par son beau-frère et allié léonin : après tout, l’épouse d’Harrys n’était autre qu’Eresys, la plus jeune des sœurs du Lannister. Il savait que le Grand Mestre ne se prononcerait pas. Pas que son avis intéresse grand-monde autour de cette table concernant le sujet que Garett allait porter devant les puissants du royaume, mais il l’avait vu sortir la mine défaite, escorté vers ce qui semblait être la sortie du Donjon-Rouge, et donc de sa vie de courtisan. Le Serpent des Targaryen, par contre, n’inspirait aucune confiance à Garett quand bien même il avait transmis les informations cruciales qui avaient décidées de l’assaut le jour J. En aucun cas, cet homme n’irait dans le sens de Garett si celui-ci devait ne faire qu’ombrage à ses maîtres draconiques. Au moins était-il constant dans cela… Restait les derniers membres du conseil, deux loyaux soutiens de la Couronne, rescapés de l’ère Maegor, à l’instar de Tyvaros : le commandant de la garde royale Hollister Tarly et Rhaegar Velaryon, que Garett surnommait le Repêché du fait de sa défaite sur les flots de la Néra durant la bataille de Port-Réal et son accession au conseil restreint par la suite, comme par défaut.

Il s’arrêta à un bon mètre de la table, se tourna vers le couple royal et s’inclina avec une certaine élégance, selon la révérence ouestrienne qu’il avait toujours appris.

« Vos Grâces. »

Lorsqu’il releva la tête, il croisa le regard de son grand-père qui le toisait d’un regard fort, comme à son habitude depuis ces vingt dernières années. Le suzerain Lannsiter se tourna ensuite vers son cousin Robb, qui était le seul à véritablement décider autour de cette table tant que le jeune Targaryen n’aurait pas récupéré le pouvoir.

« Majestés, Excellence, messeigneurs, je vous suis gré de me recevoir pour me permettre d’évoquer avec vous une requête que je souhaitais porter à votre attention. »

Il se tut un bref instant, parcourant l’assemblée du regard, s’arrêtant plus longtemps, sur le couple royal. Leur soutien serait déterminant, il le saurait. La voix forte et déterminée, Garett reprit.

« Il y a de cela bientôt deux ans, la cité voisine de Castral Roc, Port-Lannis, a été mise à sac par une flotte assemblée sous la bannière des Wynch de Holt de Fer, sur les Iles de Fer. Certains, autour de cette table, l’ont vu de leurs yeux. »

Son regard se posa sur Godric, ancien suzerain de la cité, qui était là ce jour où tout avait changé. La voix du Lion, bien que maîtrisée, laissait encore entrevoir l’émotion qui avait été sienne depuis tout ce temps.

« Parmi les nombreuses victimes de ce jour d’infamie, il se trouvait Lorelei, mon épouse, née à Hautjardin. »

Sa mâchoire se serrait alors qu’il échangeait un bref coup d’œil avec Harrys Tyrell. Oberyn était venu en urgence au Roc, et le Lannister savait la détresse qui avait été celle de la maison à la Rose Dorée lorsque la nouvelle de l’assassinat de la jeune femme avait été connue.

« Comme si cela ne suffisait pas, ils ont enlevé ma tante Elenei et mon fils unique de quatre ans, Tommen. Afin de réagir rapidement, nous avons monté une entreprise commune avec la maison Tyrell pour venger nos morts et récupérer les nôtres, mais nous n’y sommes parvenus qu’en partie puisque seule Elenei a pu être sauvée. Aujourd’hui, alors que je me présente devant vous, Tommen est toujours retenu captif sur les Iles de Fer : des terres qui échappent encore à ce jour à tout contrôle, et donc le chef Hotho Greyjoy porte le titre pompeux de Roi du Sel et du Roc. Il a pris pour épouse une Wynch de ce que l’on sait, ce qui le fait ainsi cautionner l’attaque proférée contre mes terres. Aucune communication n’a été engagée dans l’optique de libérer mon fils et nos tentatives de discussion sont restées lettre morte. D’ici quelques lunes, Tommen passera son deuxième anniversaire en captivité… »

Il se tourna volontairement vers le couple royal, bien décidé à remporter leur soutien dans cette bataille.

« Nous n’avons pas été en mesure de renouveler l’attaque car nous étions profondément investis dans le conflit contre Maegor qui – les Sept en soient remerciés – s’est terminé sur une victoire et le retour du roi légitime sur le Trône de Fer. Aujourd’hui, je viens vous demander, Majestés, Excellence, messeigneurs, de me donner l’autorisation de mettre sur pieds une expédition punitive à l’encontre des Iles de Fer pour sauver Tommen et rappeler à ces immondes Fer-Nés leur devoir de soumission à l’encontre du Trône. »

Ses yeux se firent suppliants. Ce n’était pas simplement le seigneur venant demander la caution royale d’une invasion en bonne et due forme des Iles de Fer pour sauver son héritier : c’était un père consumé par le remord et l’angoisse de voir son fils mourir.

« Accorderez-vous à l’Ouest le droit de retrouver son héritier ? Accorderez-vous à un père l’autorisation d’aller sauver son enfant ? »






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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mar 13 Mar 2018 - 12:36

C'est une bonne position ça,
de siéger au Conseil Restreint ?



« Merci pour vos opinions, messeigneurs, néanmoins je pense que nous ne parviendrons pas à un accord concernant une affaire qui nous préoccupe tous de manière différente, et comme la décision finale me revient… »

Les propositions de Lord Tyvaros avaient eu le mérite de susciter un débat sans précédent depuis le début de ce Conseil Restreint. Il y avait de nombreuses pistes dans ce qu’évoquait Valyron, de nouvelles alliances à nouer, d’anciennes à détruire et autant d’idées pour nous sortir du danger dans lequel nous étions. Il nous faudrait bien plus de temps et d’étude que nous en avions en ce jour pour décider du bien fondé de ses propositions. Alors que les seigneurs autour de moi s’animaient, je perdais peu à peu intérêt pour leurs réclamations emportées et le gonflement de leur torse accompagnant leur proposition propre qui se voulait meilleure que celle du Maître des chuchoteurs. Je perdais mon regard dans la contemplation de la table magnifique qui hébergeait nos conversations. D’un bois noble et solide, elle était bordée de cuir de la plus haute qualité et un grand dragon tricéphale avait été gravé en son centre. Le Conseil Restreint était un moment important, à la fois pour les sujets qu’il permettait d’aborder, les décisions qu’il permettait de prendre, et surtout les apparences qu’il permettait de propager. Une apparence était plus importante que les autres : le Roi, la Reine, et le Régent. Tels le dragon tricéphale, ces trois têtes ne pouvaient regarder que vers une seule et même direction. S’il en était autrement, alors chacune des trois têtes était en danger. Alors il n’y avait finalement pour moi que deux actions possibles : le silence, car qui ne dit mot, consent ; et la parole vide de toute autre chose qu’un complet assentiment envers ce que déclarait mon cousin, Robb.

« Lord Tyvaros, vous avez mon autorisation pour prendre renseignement auprès de Volantis de ce qu’ils seraient disposés à faire pour notre cause, et à quel prix. Toutefois, aucun accord ne sera scellé sans mon consentement, et si leur proposition présente un intérêt, nous recevrons un de leurs envoyés ici pour pouvoir négocier directement. »

La décision était intelligente, il fallait prendre le temps de calculer, réfléchir, étudier toutes les potentielles alliances avec Volantis. S’engager en ce jour devant le Conseil Restreint aurait été précipité et dangereux. Je comptais m’assurer, auprès de Lord Tyvaros, que toutes les précautions seraient prises pour ne pas exposer Westeros en cas d’échec des négociations. Pourtant, il y avait encore quelque chose dans le discours de Robb qui me touchait, me dérangeait. Aucun accord ne serait scellé sans son consentement… Il était Régent. Lord Baratheon était dépositaire du pouvoir royal, et c’était une chose que je ne pouvais qu’applaudir, car il était mon plus fidèle ami et soutien. Et pourtant, je ne pouvais m’empêcher de regretter le choix de ses mots… Son consentement devait refléter le consentement du Roi. En sa qualité de Régent, pour encore quelques petits mois, il disposait d’un pouvoir grandiose, un pouvoir que le Roi lui avait confié. Il me semblait alors que la personne du roi ne transparaissait que bien trop rarement dans les paroles de mon cousin. Je faisais bien trop confiance à Robb pour en prendre un véritable ombrage, et pourtant s’il s’était agit d’un autre homme… sans doute aurais-je commencé à imaginer que cet homme oeuvrait pour ses intérêts propres au delà de ceux du Roi… Mais comment pouvais-je seulement imaginer une telle infamie de la part de Robb ?

« Concernant l’assassinat de Myrcella Martell, vos opinions sont dûment notées, mais je maintiens qu’il vaut mieux se montrer honnête, et ne pas risquer de perdre la face ultérieurement. Ser Godric, votre proposition de mêler mon cousin à cette affaire est tentante, mais il s’agit d’une affaire concernant directement la famille royale, aussi écrirai-je moi-même le courrier destiné à informer la Princesse Régente. En revanche, son aide pour tenter d’apaiser sa probable rage est plus que bienvenue, et s’il désire s’assurer du maintien de… Bonnes relations entre la Principauté et les Sept Couronnes, je ne peux que l’encourager à le faire.

Comme vous l’avez si bien souligné, une guerre avec Dorne est inimaginable, pas quand nous devons rester prêts à en subir une autre. Qui plus est, je partage votre avis sur la dangerosité de soutenir une potentielle concurrente pour un trône qui se veut encore indépendant. J’ai moi-même déjà pu croiser Manfrey Martell, et il est loin d’être aussi opiniâtre que sa cousine, si vous dites qu’il peut être un soutien à la Couronne, je vous crois. Pourtant, inviter Elia Sand à Port-Réal peut présenter son lot d’opportunités, sans aller jusqu’à lui proposer de soutenir sa cause, nous devrions au moins entendre ce qu’elle a à proposer. Lord Tyvaros, invitez-là donc à me rencontrer ici même. »


Déstabilisée depuis le début de la prise de parole de mon cousin, j’avais fait signe à un serviteur afin qu’il ne m’apporte une coupe de vin. Le geste permettait de faire diversion et ne pas focaliser les regards sur l’expression de mon visage définitivement tendue, et la coupe par la suite permettait de dissimuler mon étonnement. Les décisions de Robb n’étaient pas mauvaises, il y avait en effet, comme je l’avais mentionné plus tôt, une véritable vertu dans le fait de dire la vérité aux Martell et de ne pas endosser la responsabilité d’un crime qui n’était point nôtre. Pourtant, inviter Elia Sand à Port-Réal, envoyer une missive reconnaissant la responsabilité des Targaryen pour la mort de l’ancienne Princesse de Dorne… une missive écrite de la main, non pas du Roi, non pas d’un homme portant le nom Targaryen, mais bien du cerf Régent… C’était une chose qui me mettait profondément mal à l’aise. Alors que Robb terminait son discours, je reposais ma coupe quelque peu bruyamment, fixant du regard mon cousin afin de lui montrer, sans un mot, que quelque chose n’allait pas. Je ne dirais rien, ne montrerais rien, mais il nous faudrait en parler, ou bien même d’y réfléchir plus avant... J’avais essayé de garder la même ligne de conduite qu’auparavant, ne rien dire, et lancer un mot pour confirmer mon accord avec les décisions du Régent, mais je n’y étais pas parvenue. Robb venait de prendre des décisions lourdes de sens et potentiellement de conséquences, sans même juger bon d’en discuter auparavant avec Jaehaerys. Si c’était une chose qui avait été entendue entre eux, cela me dérangeait profondément.

« Quant à Lord Sighil… Vous étiez vous même au Conseil Restreint de Maegor, Lord Tyvaros, et j’imagine que vous ne saviez rien de cette histoire avant qu’elle ne vous soit présentée ? A moins que vous ne m’apportiez des faits prouvant qu’il pouvait savoir quelque chose, je doute qu’il nous apporte plus d’éléments que ce que nous savons déjà. Et Ondrew Piète, tout banni qu’il soit, reste encore un vassal de vos Majestés, qu’il convient de protéger au mieux, inutile de mettre sa vie plus en danger qu’elle ne le sera déjà. »

« Je crois, mon cousin, que Lord Tyvaros sait pertinemment que Sighild n’était probablement au courant de rien… Sighild ne serait guère pourvoyeur d’éléments, mais d’une tête coupable toute désignée et bienvenue… Suis-je dans le vrai, Lord Tyvaros ? »

Je délaissais la coupe des mains pour reposer ma main gauche sur la droite et maintenir un port de tête droit, alors que mon regard s’était fixé dans celui de Tyvaros. Sighild… Un nom qui me ramenait à des souvenirs bien plus sombres que je ne l’aurais souhaité. Maître des chuchoteurs, homme d’ombre et de vices, il avait été de ceux – peu nombreux – qui aimaient s’aventurer à me rendre visite sous le règne de Maegor. Ses visites, jamais annoncées, ses regards lascifs, ses propositions indécentes, tout cela n’était pas nouveau et ne datait pas seulement d’un temps où mon âge permettait de me méprendre pour une femme. Sighild était un homme mauvais, et s’il pouvait nous servir – pour une fois – peut-être la proposition de Valyron méritait-elle réflexion.

« Quant au seigneur Piète, aucun mal ne doit lui être fait, en cela nous nous accordons mon cousin. Comme toujours. »

« A présent que nous avons une ligne de conduite, nous allons recevoir Lord Garett Lannister, qui a demandé à être reçu par ce Conseil pour lui soumettre une demande. »

Tous les regards se tournaient vers la porte qui laissait entrer le seigneur de l’Ouest. Garett Lannister dans toute sa splendeur, n’avait guère lésiné sur les moyens afin d’apparaître au sommet de la richesse de sa famille et de ses terres. Pourtant, l’air arrogant qu’on lui connaissait avait disparu de ses traits, et c’est avec un visage plus grave et sérieux que jamais qu’il avait pénétré dans la salle du Conseil Restreint.

« Vos Grâces. Majestés, Excellence, messeigneurs, je vous suis gré de me recevoir pour me permettre d’évoquer avec vous une requête que je souhaitais porter à votre attention. »

« Lord Lannister, vous avez notre attention. »

« Il y a de cela bientôt deux ans, la cité voisine de Castral Roc, Port-Lannis, a été mise à sac par une flotte assemblée sous la bannière des Wynch de Holt de Fer, sur les Iles de Fer. Certains, autour de cette table, l’ont vu de leurs yeux. Parmi les nombreuses victimes de ce jour d’infamie, il se trouvait Lorelei, mon épouse, née à Hautjardin. Comme si cela ne suffisait pas, ils ont enlevé ma tante Elenei et mon fils unique de quatre ans, Tommen. Afin de réagir rapidement, nous avons monté une entreprise commune avec la maison Tyrell pour venger nos morts et récupérer les nôtres, mais nous n’y sommes parvenus qu’en partie puisque seule Elenei a pu être sauvée. Aujourd’hui, alors que je me présente devant vous, Tommen est toujours retenu captif sur les Iles de Fer : des terres qui échappent encore à ce jour à tout contrôle, et donc le chef Hotho Greyjoy porte le titre pompeux de Roi du Sel et du Roc. Il a pris pour épouse une Wynch de ce que l’on sait, ce qui le fait ainsi cautionner l’attaque proférée contre mes terres. Aucune communication n’a été engagée dans l’optique de libérer mon fils et nos tentatives de discussion sont restées lettre morte. D’ici quelques lunes, Tommen passera son deuxième anniversaire en captivité… »

L’affaire était sérieuse et dramatique. Je ne pouvais pas même imaginer la douleur que pouvait être celle d’un père qui avait perdu son épouse et son fils au cœur de l’horreur. Je ne pouvais pas même toucher du doigt la douleur de se lever, chaque matin, en sachant que son fils, sa chair, son héritier, est retenu prisonnier par des êtres dépourvus de ce que nous considérons comme les bases de la vie civilisée.

« Nous n’avons pas été en mesure de renouveler l’attaque car nous étions profondément investis dans le conflit contre Maegor qui – les Sept en soient remerciés – s’est terminé sur une victoire et le retour du roi légitime sur le Trône de Fer. Aujourd’hui, je viens vous demander, Majestés, Excellence, messeigneurs, de me donner l’autorisation de mettre sur pieds une expédition punitive à l’encontre des Iles de Fer pour sauver Tommen et rappeler à ces immondes Fer-Nés leur devoir de soumission à l’encontre du Trône. Accorderez-vous à l’Ouest le droit de retrouver son héritier ? Accorderez-vous à un père l’autorisation d’aller sauver son enfant ? »

Pour moi, le calcul était simple. Je n’avais aucune confiance envers Garett Lannister, ses actions précédentes et le ridicule surnom de faiseur de roi, qu’il s’était lui-même assigné, ne laissait entrevoir qu’une ambition démesurée et un faible respect pour l’institution qu’était la Couronne. Prétentieux, il l’était. Peut-être même s’imaginait-il que ses actions n’auraient aucune conséquences tant il était puissant. C’était faux. Illusoire et faux. Pourtant, cela devait-il constituer une raison valable pour empêcher l’Ouest de récupérer son fils ? Je connaissais assez Garett Lannister pour le savoir capable de récupérer son fils des mains des fer nés, et ces sauvages méritaient de toute manière d’être châtiés. Les Fer nés n’avaient aucun honneur, aucune loyauté. Le fils du Lion ne pourrait être récupérer que de la manière que les Fer nés connaissaient : la force. Garett Lannister devait pouvoir récupérer son fils, et punir les Fer nés.

Plongeant mon regard dans celui de Robb, je restais silencieuse, l’interrogeant sans un mot sur ce qu’il comptait faire. J’espérais, au fond de moi, qu’il prendrait la peine de consulter le Roi, qu’il mettrait Jaehaerys au cœur de ces manœuvres, qu’il ne se comporterait pas en Roi mais bien en Régent d’un roi bientôt en âge de tenir le pouvoir de ses propres mains… J’espérais que mon silence ne serait pas le symbole d’un assentiment pour des décisions qui me dérangeaient. J’espérais, enfin, que rien ne viendrait plus instaurer même le plus infime des doutes sur la loyauté de Robb envers notre Maison, et la Couronne.

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mar 20 Mar 2018 - 17:39




C’est une bonne position ça, siéger au Conseil Restreint ?


Haussant un sourcil, Robb écoutait le Seigneur de l’Ouest évoquer sa demande, pour la première fois sans doute aussi humble quand il s’agissait de faire une requête. A quoi jouait-il ? S’il se posait intérieurement la question, le Protecteur n’en connaissait pas moins la réponse, ce qui ne manqua pas de l’agacer au plus haut point. Garett et lui avaient un accord, mais il semblait qu’il avait décidé qu’il serait le seul à avoir le beau rôle dans cette scène, et qu’en aucune manière il ne voulait partager le blâme de ce qui allait se jouer… Cela n’avait rien d’étonnant, quand on connaissait le personnage, néanmoins le Cerf avait pensé que peut-être, leur alliance aurait pu jouer dans la balance, et Garett ne pas tenter de s’arroger les feux de la rampe et l’opinion publique au détriment de celui qui jouait gros pour l’aider. Cela mériterait des éclaircissements, un jour, probablement était-ce même en cet instant que Robb compris qu’avec les Lannister, il n’était pas possible d’être allié d’égal à égal, que toujours ils tenteraient de tirer la couverture à eux, de se tailler la part du Lion dans un accord.

Il était trop tard, pourtant, pour revenir en arrière, et arrêter tout ce qui avait été prévu uniquement parce que l’égo d’une des parties se devait d’être satisfait, aussi Robb garda quelques secondes le silence, semblant réfléchir à la demande faite par le Lion, comme si c’était là la première fois qu’elle lui avait été faite. Machinalement, il se frotta le menton en jetant un coup d’oeil à Jaehaerys, qui attendait toujours aussi patiemment la décision de celui qu’il avait nommé pour tenir les rênes du Royaume jusqu’à sa majorité effective. Le Roi ne connaissait pas le détail de l’affaire, pas plus qu’il ne lui avait encore révélé les tenants et aboutissants de la réponse qui serait bientôt faite, Robb ne lui avait dit qu’une chose, parce qu’il fallait que la réaction de tous soit spontanée : le seigneur de l’Ouest viendrait faire une demane au Conseil Restreint, somme toute des plus raisonnable, et le Baratheon, pourtant allié de longue date, la refuserait. Fermement. Robb avait simplement annoncé au Roi que tout cela était partie d’un stratagème plus grand, dont il l’informerait, lui et la Reine, une fois le Conseil terminé, mais que pour l’instant il ne pouvait en dire plus, pour éviter que la connaissance ne fausse les réactions, et ne mette tout en péril. Tout devait avoir l’air réaliste, jusqu’à ce que sa réponse soit actée, et qu’alors il puisse mettre les Targaryen au courant.

« Vous avez toute ma sympathie sur le sujet, monseigneur. »

Posant les yeux sur Garett, il était d’autant plus simple de faire passer la désapprobation dans son regard avec l’attitude qu’il avait adoptée, au moins en cela Garett l’avait aidé à paraître plus convaincant dans ce qui allait suivre.

« Cependant. »

Il lui fallait ménager son effet, instiller suffisamment d’hostilité dans sa réponse pour qu’il soit aisé de comprendre que l’on assistait là à la fin de la toute puissante coopération entre le Cerf et le Lion, tout en ne rendant pas la chose trop grosse et la rendre suspecte. L’exercice était difficile, il aurait pu être impossible pour le seigneur de l’Orage s’il n’avait pas passé une année entière dans les faux semblants de Port-Réal, s’il n’avait pas appris des meilleurs dans leur domaine l’art du coup bas et de la pique cachée. C’était une compétence bien ingrate, indigne de lui, mais qui pouvait trouver son utilité dans un monde où le mensonge régnait comme le meilleur moyen d’arriver à ses fins.

« L’heure n’est plus aux intérêts personnels, pas plus pour vous que pour quiconque d’autre en ce Royaume. En tant que Protecteur du Royaume, mon devoir est également de m’assurer que les objectifs de la Maison Lannister, aussi importants qu’ils puissent paraître à vos yeux, comme vous l’avez déjà démontré, ne contreviennent à ceux autrement plus prioritaires du Royaume tout entier.

La Couronne ne peut permettre un affrontement avec les Fer-Nés, même mineur, quand d’autres attaques menacent de surgir de la part d’adversaires autrement plus dangereux. De plus, si la vie de votre héritier est importante, elle n’est plus primordiale étant donné que votre épouse attend un autre enfant. Si les Greyjoy devaient décider de mettre votre fils à mort, l’avenir de votre Maison serait encore assuré, et il sera encore temps de parler de justice et de vengeance quand les éléments politiques prioritaires le permettront. Entre temps... »


Robb se leva pour toiser Garett de toute sa hauteur. Dans sa voix, il y avait tout autant l’autorité de son rang qu’un défi à peine voilé, présent à dessein. Pour tout autre, il serait clair que le Protecteur incitait presque le Lannister à essayer de contredire sa décision, ne fut-ce que pour avoir un élément contre lui.

« Au nom de Sa Majesté Jaehaerys Targaryen, je vous interdis formellement d’entreprendre la moindre action militaire envers la Maison Greyjoy ou ses vassaux. Si vous deviez contrevenir à mes instructions, vous vous exposeriez à bien plus qu’à quelques barbares païens, soyez-en assuré. Comme toutes les autres Maisons de Westeros, vous attendrez le bon vouloir de la Couronne pour agir, ou vous en paierez le prix. Ai-je été suffisamment clair, Lord Lannister ?»

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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Jeu 29 Mar 2018 - 17:22




Le Conseil Restreint
« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

La surprise qui put se lire sur les visages des membres du Conseil Restreint ne s’interrompit qu’une fois que le Protecteur du Royaume eut terminé de parler, laissant place à un long silence, qui laissait déjà entrevoir les conséquences des paroles d’un homme à celui qui était pourtant, quelques secondes plus tôt, supposé être son allié. Tous les hommes présents dans la salle étaient versés dans l’art de la politique, et aucun n’ignorait les conséquences de la réaction du Cerf face à la demande du Lion. Car cette déclaration était bien plus qu’un simple refus, ou une interdiction passagère. C’était la fin.

La guerre avait mis fin aux affrontements directs, mais seule la perpétuation de l’alliance entre les vainqueurs principaux de l’affrontement, Lannister et Baratheon, avait permis d’apporter l’équilibre nécessaire pour éviter le chaos qui suit inévitablement la fin d’un règne, aussi indigne soit-il. La plus grande puissance militaire du Royaume, unie à la suprématie financière des Lannister, avait empêché les autres familles de tenter de profiter de la situation, leur présence conjointe aux côtés du nouveau Roi avait assuré le soutien des autres Suzerains, et seigneurs mineurs de Westeros. Et maintenant, avec ce refus, c’était cette alliance même qui venait de voler en éclats. Le Suzerain de l’Ouest avait-il offensé la Main lors d’un entretien précédent ? Ou bien le Seigneur Baratheon avait-il décidé qu’il était temps pour sa Maison de se passer du soutien des autres, et d’être la seule à régner aux côtés des Targaryen ? Aucun d’entre eux n’avait de réponse à cette question, ils n’avaient devant eux que le résultat.

Les conséquences de la fin de cette entente pouvaient être énormes. Déjà, même si son visage restait de marbre, Harys Tyrell se demandait comment il pourrait faire en sorte que sa Maison prenne la place de celle du Cerf auprès des Lions. Rhaegar Velaryon y voyait quant à lui l’occasion de supplanter Godric en tant que second du Régent du Royaume, et se voyait déjà féliciter, en privé bien sûr, le seigneur Baratheon pour avoir su tenir tête à une famille qui se croyait au dessus de la Couronne. Le Seigneur Tyvaros semblait aussi troublé que les autres, mais il était toujours aussi impossible de deviner ce à quoi il pouvait bien penser… Quant au Maître des Lois, il semblait qu’en quelques secondes, les années avaient prélevé leur dû sur son visage, qui était devenu des plus pâles. Peut-être était-il le seul à réellement comprendre les conséquences de la fin de la coopération qui avait remporté le trône pour Jaehaerys.

Le Roi restait silencieux, de la même manière, il s’était contenté de lancer une œillade inquiète à son Régent. Certes, il lui avait parlé d’une décision qui semblerait douteuse, illogique, dangereuse même, d’un refus, mais il ne s’était pas attendu à ça. Les rumeurs au sujet du Suzerain de l’Orage étaient-elles fondées, au final ? Etait-il réellement aveuglé par l’empoisonnement de sa femme, au point de refuser à un allié, un cousin, le droit de récupérer son enfant ? Peut-être avait-il décidé qu’il ne serait pas le seul à perdre ses héritiers… Pour la première fois depuis qu’il avait nommé Robart pour être Régent, Jaehaerys doutait du bien fondé de ses actions, et, pire, des intentions de celui-ci.

Le silence se prolongeait, cependant, et tous attendaient de voir la tempête éclater, parce qu’il était impensable qu’un être aussi fier que le Lion du Roc ne se laisse ainsi moucher.

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
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MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Mar 3 Avr 2018 - 22:05

C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?

ft.













Alors que le conseil restreint poursuivait son avancée, Valyron prenait mentalement des notes de ce qui se disait. Au moins pouvait-il lancer les concertations pour contacter Volantis, quand bien même tout accord serait validé par le seigneur au Cerf. Cela semblait par ailleurs assez normal et le Serpent se contenta d’hocher la tête pour accuser réception du message. Comme prévu, les Lannister avaient gesticulés par la voix de leur vieil épouvantail qui les représentaient au conseil restreint, mais finalement rien de surprenant. L’invitation d’Elia Sand semblait pourtant avoir fait son bout de chemin dans l’esprit du Protecteur. L’affaire semblait entendue, et finalement, le Protecteur se prépara à clore ce chapitre de la réunion.

« Quant à Lord Sighil… Vous étiez vous même au Conseil Restreint de Maegor, Lord Tyvaros, et j’imagine que vous ne saviez rien de cette histoire avant qu’elle ne vous soit présentée ? A moins que vous ne m’apportiez des faits prouvant qu’il pouvait savoir quelque chose, je doute qu’il nous apporte plus d’éléments que ce que nous savons déjà. Et Ondrew Piète, tout banni qu’il soit, reste encore un vassal de vos Majestés, qu’il convient de protéger au mieux, inutile de mettre sa vie plus en danger qu’elle ne le sera déjà. »

Valyron jeta un regard oblique au seigneur de l’Orage. Il savait que le jeune Cerf n’était pas forcément un modèle de finesse mais il semblait là plutôt balourd, montrant les limites de sa courte expérience d’une année à la Cour. Le sous-entendu du Serpent était tout sauf difficile à saisir. Preuve en était que ce fut la jeune souveraine consort qui prit la parole.

« Je crois, mon cousin, que Lord Tyvaros sait pertinemment que Sighild n’était probablement au courant de rien… Sighild ne serait guère pourvoyeur d’éléments, mais d’une tête coupable toute désignée et bienvenue… Suis-je dans le vrai, Lord Tyvaros ? »

Par les Sept qu’elle était bien formée. Valyron aimait à croire que les multiples heures à apprendre l’Histoire de ses ancêtres à la petite Rhaenys avait contribué à lui aiguiser l’esprit. Un pâle sourire revêtant l’éclat de la fierté presque paternelle vint s’afficher sur le visage du Serpent pour disparaître aussitôt, remplacé par une moue légèrement coupable, comme s’il aurait voulu éviter de formuler cela à haute voix, toutefois, il se lança à l’eau, quitte à choquer les nobles personnages autour de la table. Les intrigues et les noirceurs de la Cour étaient salissantes, et qui voulait s’y plonger devait le faire sans avoir peur de retrousser ses manches.

« Exactement, votre Grâce. Avec la discussion appropriée, il dira ce que nous voulons lui faire dire. Si certains devaient avoir des remords, je rappelle à vos Seigneuries et vos Majestés que Sighild a commis nombre d’atrocités et s’est rendu complice d’encore plus. Les Sept Enfers ne sauraient suffire à accueillir une âme aussi noire. »

Ceci ayant été dit, la discussion s’orienta vers l’arrivée prochaine de Garett Lannister qui souhaitait présenter une requête au conseil restreint. Valyron se demanda ce que ce pouvait être. Le conseil était extrêmement favorable au Lion, entre le vieux Godric encore Lannister, Harrys Tyrell et surtout Robb Baratheon, il devait vouloir porter une affaire de manière publique. Le jeune homme entra en portant en étendard sa fierté et ses cheveux blonds d’or. Il y avait toujours eu quelque chose qui avait dérangé Valyron dans l’attitude des Lannister, sans jamais réussir à mettre le nez dessus. Le seigneur du Roc était vêtu avec richesse mais simplicité, ce qui tranchait redoutablement avec ce qui était l’ordinaire ouestrien. Valyron se renfonça dans son fauteuil, le pouce soutenant son menton et un index posé sur sa tempe, tandis qu’il regardait approcher le jeune Lion plein d’assurance.

« Vos Grâces. Majestés, Excellence, messeigneurs, je vous suis gré de me recevoir pour me permettre d’évoquer avec vous une requête que je souhaitais porter à votre attention. »

« Lord Lannister, vous avez notre attention. »

« Il y a de cela bientôt deux ans, la cité voisine de Castral Roc, Port-Lannis, a été mise à sac par une flotte assemblée sous la bannière des Wynch de Holt de Fer, sur les Iles de Fer. Certains, autour de cette table, l’ont vu de leurs yeux. Parmi les nombreuses victimes de ce jour d’infamie, il se trouvait Lorelei, mon épouse, née à Hautjardin. Comme si cela ne suffisait pas, ils ont enlevé ma tante Elenei et mon fils unique de quatre ans, Tommen. Afin de réagir rapidement, nous avons monté une entreprise commune avec la maison Tyrell pour venger nos morts et récupérer les nôtres, mais nous n’y sommes parvenus qu’en partie puisque seule Elenei a pu être sauvée. Aujourd’hui, alors que je me présente devant vous, Tommen est toujours retenu captif sur les Iles de Fer : des terres qui échappent encore à ce jour à tout contrôle, et donc le chef Hotho Greyjoy porte le titre pompeux de Roi du Sel et du Roc. Il a pris pour épouse une Wynch de ce que l’on sait, ce qui le fait ainsi cautionner l’attaque proférée contre mes terres. Aucune communication n’a été engagée dans l’optique de libérer mon fils et nos tentatives de discussion sont restées lettre morte. D’ici quelques lunes, Tommen passera son deuxième anniversaire en captivité… Nous n’avons pas été en mesure de renouveler l’attaque car nous étions profondément investis dans le conflit contre Maegor qui – les Sept en soient remerciés – s’est terminé sur une victoire et le retour du roi légitime sur le Trône de Fer. Aujourd’hui, je viens vous demander, Majestés, Excellence, messeigneurs, de me donner l’autorisation de mettre sur pieds une expédition punitive à l’encontre des Iles de Fer pour sauver Tommen et rappeler à ces immondes Fer-Nés leur devoir de soumission à l’encontre du Trône. Accorderez-vous à l’Ouest le droit de retrouver son héritier ? Accorderez-vous à un père l’autorisation d’aller sauver son enfant ? »

Effectivement, la demande avait besoin d’être officielle, et la présence de Garett Lannister prenait tout son sens. Ce n’était pas une question qui intéressait le Serpent. Quand bien même l’héritier de l’Ouest mourrait, il avait une jeune épouse tout à fait disposée à mettre bas une tripotée de petits lionceaux. Rien de grave. Châtier les Iles de Fer par un vassal pouvait être une bonne façon de rappeler à tous ce qu’il en coûtait de se soulever contre le Trône. L’affaire avait le soutien silencieux de Valyron. Il ne se prononcerait pas sur cela. Une fois que le Lion se fut tût, le Cerf prit un instant pour consulter du regard le souverain et finalement, se lança dans sa réponse.

« Vous avez toute ma sympathie sur le sujet, monseigneur. »

Toutefois, lorsque le Protecteur posa son regard sur le Lion, la chaleur qui aurait dû caractériser leur alliance politique et familiale n’était guère au rendez-vous.

« Cependant. »

Le mot tomba seul, comme un couperet suspendant d’un bref coup toute la salle aux lèvres de ce que le Protecteur allait dire. Valyron n’attendait rien de bon de ce mot, qu’il utilisait lui-même pour amener des paroles généralement désagréables.

« L’heure n’est plus aux intérêts personnels, pas plus pour vous que pour quiconque d’autre en ce Royaume. En tant que Protecteur du Royaume, mon devoir est également de m’assurer que les objectifs de la Maison Lannister, aussi importants qu’ils puissent paraître à vos yeux, comme vous l’avez déjà démontré, ne contreviennent à ceux autrement plus prioritaires du Royaume tout entier.

La Couronne ne peut permettre un affrontement avec les Fer-Nés, même mineur, quand d’autres attaques menacent de surgir de la part d’adversaires autrement plus dangereux. De plus, si la vie de votre héritier est importante, elle n’est plus primordiale étant donné que votre épouse attend un autre enfant. Si les Greyjoy devaient décider de mettre votre fils à mort, l’avenir de votre Maison serait encore assuré, et il sera encore temps de parler de justice et de vengeance quand les éléments politiques prioritaires le permettront. Entre temps...
»

La voix était sèche, le ton autoritaire, il n’était pas permis de douter : la charge était violente et définitive. Encore une fois, c’était une faute de débutant. Qu’espérait donc le Protecteur en contredisant ainsi son allié le plus proche devant tous les puissants du royaume ? Cela n’avait aucun sens. Et pourtant, c’était en train d’arriver devant ses yeux. Valyron remarqua que le jeune seigneur au Lion restait de marbre, mais ses sourcils s’étaient froncés et son poing droit s’était serré jusqu’à en faire blanchir les phalanges, on le voyait de la table. Le Baratheon repoussa son siège et déclama d’une gravité extrême qui fit s’entrouvrir très légèrement la bouche du Mantaryen dans un « o » de stupéfaction.

« Au nom de Sa Majesté Jaehaerys Targaryen, je vous interdis formellement d’entreprendre la moindre action militaire envers la Maison Greyjoy ou ses vassaux. Si vous deviez contrevenir à mes instructions, vous vous exposeriez à bien plus qu’à quelques barbares païens, soyez-en assuré. Comme toutes les autres Maisons de Westeros, vous attendrez le bon vouloir de la Couronne pour agir, ou vous en paierez le prix. Ai-je été suffisamment clair, Lord Lannister ? »

La menace était explicite : que les Lannister mettent sur pieds une attaquer contre les Iles de Fer et le reste des Sept Couronnes se déchainerait contre Castral Roc. Reprenant rapidement le contrôle, Valyron afficha une mine neutre, jaugeant avec intérêt ce qu’il se passait, sans pouvoir vraiment masquer le trouble qui l’habitait. On allait vers la fin de l’alliance entre Accalmie et le Roc, les pires craintes du Serpent se manifestaient, celles qu’il avait expliqué à la captive Arryn, Catelyn. Le plus spectaculaire était le visage de Godric Lannister : le Vieux Lion avait pâli et avait désormais un teint proche du cadavre. Valyron se prit à espérer qu’il n’allait pas s’effondrer en plein conseil mais le vieux chevalier tint bon et sembla reprendre contenance après une gorgée de vin. Lorsque la réunion se terminerait, le royaume saurait bien vite ce qu’il s’était passé ici. En était-ce déjà terminé de la paix ? Il en aurait hurlé : pas déjà ! Non ! C’était trop tôt ! Un long soupir provenu des tréfonds de l’âme du seigneur suzerain des Terres de l’Ouest envahit la pièce dans laquelle résonnait un profond silence.

« Ainsi donc, voici la récompense pour ceux qui servent fidèlement la Couronne. »

Garett Lannister secouait la tête d’un air de dégoût affiché qu’il ne cherchait nullement à masquer. On aurait même dit qu’il voulait que tous voient les sentiments que lui inspiraient les actes et les paroles de son cousin.

« Pour qui me prenez-vous ? »

Personne ne répondit, outre un silence assourdissant.

« Qui croyez-vous que je sois ? » répéta-il en rugissant.

Garett Lannister se détourna de son roi, de sa reine et de leur régent pour dévisager chacun des membres du conseil restreint. Lorsque ses pupilles vertes se posèrent sur Valyron, ce dernier ne lut que la fureur la plus froide, de celle qui consumait ceux qui la portaient en eux trop longtemps. Pour la première fois depuis longtemps, Valyron prit peur pour l’avenir du rêve d’Aegon. Il finit par poser un regard de pierre sur celui qui était son allié et son cousin.

« Quant à toi, je te vouerais bien aux Sept Enfers pour ta trahison, mais je crois que les Sept savaient ce que tu ferais et qu’ils t’ont puni en conséquence avant même que tu ne fasses cela. »

Se détournant brusquement avec un dédain qui semblait millénaire, sans nul doute façonné par des siècles de protocole ouestrien, le Lion sembla soudainement oublier la présence de son cousin pour s’adresser directement au roi avec un ton empli de fureur où transparaissait une certaine révérence. Bien, au moins cela était respecté, se dit Valyron.

« Majesté, tant que la maison suzeraine de l’Orage administrera votre royaume, je vous prie de bien vouloir oublier toute coopération de la part de l’Ouest et des maisons qui en dépendent. Dès que ce ne sera plus le cas, vous pourrez compter sur la loyauté du Roc. »

Sur ces entrefaites, il s’inclina brièvement, tout juste assez pour que ce soit respectueux et quitta la pièce sans un mot de plus. Valyron, lui, resta un bref moment à cligner des yeux ébahis. Et puis, le silence emplit de nouveau la pièce alors que les portes se refermaient sur la fureur de l’Ouest. Tout le monde se regarda sans savoir trop quoi dire. Ils avaient tous l’air bêtes, ne sachant que dire, regardant le seigneur de l’Orage toujours debout, fixant la porte d’un air indéchiffrable. Valyron, encore légèrement groggy, contemplait ses papiers d’un air légèrement perdu. Le Serpent essaya de relancer la réunion et de remettre les esprits sur le chemin du travail. L’affect ne devait pas prendre le pas sur la dédication au service du royaume.

« Bien bien bien… J’imagine que nous compterons donc pas sur les troupes ouestriennes pour cette expédition au Nord. Le point soulevé par le seigneur Lannister mérite toutefois réflexion. Que faisons-nous des Fer-Nés et de cet énergumène d’Hotho Greyjoy qui s’est couronné roi du sel et du roc ? »



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Lun 9 Avr 2018 - 20:03

C'est une bonne position ça,
de siéger au Conseil Restreint ?



« Vous avez toute ma sympathie sur le sujet, monseigneur. »

Et qui ne l’aurait pas… Garett Lannister avait bien des défauts, et sa pretention était sans doute le pire d’entre tous. Pourtant, le seigneur de l’Ouest ne s’était pas présenté comme le faiseur de Roi comme il aimait le faire si souvent… L’homme qui se trouvait devant nous se présentait en tant que le père d’un enfant retenu en otage par des sauvages depuis déjà trop longtemps. Il ne faisait pas preuve de son arrogance habituelle, il venait implorer l’aide de la Couronne pour sauver la vie d’un enfant… son enfant.

La distance et le protocole qui se dégageaient des propos de Robb m’avaient paru en décalage avec la réaction naturelle de tout être humain face à une telle situation. Je ne me formalisais pas pour autant, il me paraissait à présent évident que la Couronne accorderait ce droit naturel à un homme prêt à tout pour préserver la vie de son enfant… Dernier souvenir vivant de son épouse perdue, et héritier de son nom.

« Cependant. »

Alors que je m’étais perdue dans l’observation du seigneur de l’Ouest, un instant distraite, je précipitais mon regard vers Robart Baratheon, Main du Roi. J’avais été comme frappée tant le mot avait tranché l’air avec une puissance presque physique. Alors que tous s’étaient sans doute imaginé que la réponse logique serait un oui, il semblait à présent que le Seigneur de l’Orage avait tout autre chose en tête, et cela me semblait aussi improbable qu’insupportable.

« L’heure n’est plus aux intérêts personnels, pas plus pour vous que pour quiconque d’autre en ce Royaume. En tant que Protecteur du Royaume, mon devoir est également de m’assurer que les objectifs de la Maison Lannister, aussi importants qu’ils puissent paraître à vos yeux, comme vous l’avez déjà démontré, ne contreviennent à ceux autrement plus prioritaires du Royaume tout entier.

La Couronne ne peut permettre un affrontement avec les Fer-Nés, même mineur, quand d’autres attaques menacent de surgir de la part d’adversaires autrement plus dangereux. De plus, si la vie de votre héritier est importante, elle n’est plus primordiale étant donné que votre épouse attend un autre enfant. Si les Greyjoy devaient décider de mettre votre fils à mort, l’avenir de votre Maison serait encore assuré, et il sera encore temps de parler de justice et de vengeance quand les éléments politiques prioritaires le permettront. Entre temps... »


Ne fais pas cela…

J’observais, médusée, choquée, outrée, mon cousin se lever pour faire face au seigneur de l’Ouest et le toiser de toute la hauteur que lui offrait le pouvoir.

« Au nom de Sa Majesté Jaehaerys Targaryen, je vous interdis formellement d’entreprendre la moindre action militaire envers la Maison Greyjoy ou ses vassaux. Si vous deviez contrevenir à mes instructions, vous vous exposeriez à bien plus qu’à quelques barbares païens, soyez-en assuré. Comme toutes les autres Maisons de Westeros, vous attendrez le bon vouloir de la Couronne pour agir, ou vous en paierez le prix. Ai-je été suffisamment clair, Lord Lannister ? »

Pour la toute première fois depuis le début de ce Conseil Restreint, rien n’était plus capable de faire tenir le masque de neutralité derrière lequel j’avais dissimulé mon visage. J’en avais le souffle coupé. Mon visage, déjà pâle d’ordinaire, était aussi blanc que celui d’un mort. Mes yeux, écarquillés, ne pouvaient plus que fixer d’un air indéchiffrable la silhouette de Lord Baratheon. Mes mains, elles, avaient été occupées par la coupe d’argent qui renfermait encore une petite quantité de vin précieux. Elles étaient à présent crispées, resserrées autour de l’objet ouvragé avec une force que seule la fureur la plus sourde peut convoquer. Si la coupe avait été en verre, peut-être même aurais-je été en mesure de la briser. Mon corps tout entier s’était tendu. Une tension impossible à maîtriser. De ces tensions qui finissent par faire souffrir vos muscles, engourdir vos membres, qui tend jusqu’à explosion la moindre parcelle du corps, à présent victime d’un esprit en effervescence.

J’avais essayé. J’avais exercé la plus grande des maîtrises sur moi-même pour ne pas réagir et ne pas donner l’impression que j’étais en désaccord avec le Régent. Je n’étais certes que la Reine Consort, mais tous connaissaient mon influence auprès du Roi, ma position auprès du Régent et personne n’avait oublié que j’étais moi-même Régente quelques mois auparavant. Tout cela exigeait de montrer un front commun, uni, un pouvoir en accord et trois têtes pensantes regardant dans la même direction.

Pourtant, l’une des têtes semblaient s’être perdue, et alors que les secondes s’égrainaient, que le seigneur de l’Ouest restait silencieux, je sombrais progressivement. Cela faisait bien longtemps qu’une telle sensation n’était pas née en mon sein. La sensation d’une fureur noire, destructrice, qui avait le pouvoir de me tuer tant elle s’infiltrait au plus profond de mon âme. C’était bien cette fureur qui m’avait empêché de me taire face à la menace de Maegor. C’était cette fureur qui, malgré les risques, avait fait de moi un élément perturbateur. C’était cette fureur, encore, qui m’avait poussée à prendre tous les risques pour tenter de rejoindre Aegon avec Jaehaerys. Cette fureur aurait pu me pousser à défier jusqu’à la mort, à crier et me battre pour la justice au péril de mon existence. Elle était impossible à maîtriser, douloureuse, impérieuse et surtout… impossible à dissimuler.

« Ainsi donc, voici la récompense pour ceux qui servent fidèlement la Couronne. »

Je me mordais la lèvre inférieure, tentant de conserver un silence devenu insupportable. Une de mes mains délaissant la coupe, je la dissimulais sous la table et elle se transformait en un poing de fer. Enfonçant mes ongles dans la paume de ma main, j’usais de tous les stratagèmes possibles et imaginables pour garder le silence… pour ne pas jeter ma coupe d’un air rageur, et quitter la pièce en hurlant ma rage. Pis encore… je me savais capable de contredire Robb. Le contredire devant le Conseil Restreint, devant même le seigneur de l’Ouest, prenant partie pour la cause de ce dernier. Dans l’alcove de nos appartements, lors de l’une de nos rencontres, sans doute aurais-je pu me laisser aller à le contredire, à m’agacer, à tempêter… Mais le faire en public, c’était ouvrir une brèche et mettre en péril toute la monarchie à ce jour. C’était menacer la vie et le règne de Jaehaerys. C’était mettre en péril le monde que nous souhaitions construire et l’héritage que nous voulions laisser à nos enfants.

« Pour qui me prenez-vous ? »

Les actions de Robb en ce conseil importaient peu, ses paroles, ses décisions, rien de tout cela ne pouvait changer un fait établi : mon rôle était silencieux. Voilà ce qui devait occuper mon esprit tout entier. Voilà ce qui d’ailleurs l’accaparait, car j’étais à présent toute entière concentrée pour apaiser la tempête qui menaçait de me faire perdre pieds. Tant concentrée que je n’entendais pas les paroles du Lannister, cette fureur sourde que nous partagions étrangement et que lui, privilège de l’outragé, pouvait laisser éclater au grand jour.


« Qui croyez-vous que je sois ? »

Son cri faisait écho à celui que je poussais en silence, celui qui envahissait mon esprit, mon cœur, mon corps tout entier. Ce cri sourd et rageur, qui m’assourdissait et me donnait le vertige. La colère du Lannister semblait encore affirmer la mienne, comme si elle s’y ajoutait… Comme si en ce lieu nous étions dans le même camp, dévisageant un même cousin que l’on ne reconnaissait plus. Garett Lannister venait d’être humilié, rabaissé, trahi même par son propre sang… Et je ne pouvais ôter de mon esprit l’impression de subir le même sort. Robb jouait avec le pouvoir que Jaehaerys avait remis en ses mains, il jouait comme on pari sur l’issu d’un combat de chiens… misant au petit bonheur la chance avec la sensation de ne pouvoir perdre… de ne pouvoir rien perdre d’important, de précieux. Robb misait pourtant tout ce que j’avais de plus cher. La paix, la famille, mon nom, mon héritage et celui de Jaehaerys… il misait avec notre trône, notre pouvoir, notre avenir… notre tête.

Dans une autre situation, peut-être aurais-je pu relativiser, prendre le temps de fermer les yeux et respirer… Mais ce camouflet infligé au seigneur de l’Ouest venait couronner des heures de discussions qui n’avaient fait que construire, brique par brique, le rampart de la fureur qui me séparait à présent de toute pensée émue et affectueuse envers Robart Baratheon.

« Quant à toi, je te vouerais bien aux Sept Enfers pour ta trahison, mais je crois que les Sept savaient ce que tu ferais et qu’ils t’ont puni en conséquence avant même que tu ne fasses cela. »

Même si j’avais voulu réagir je ne l’aurais pu. Toute à ma colère je constatais avec un petit retard que le regard du Lannister s’était tourné vers nous, pour fixer mon époux, son roi. Un instant, je m’inquiétais de le voir s’en prendre à son roi. Sans doute aurait-ce été la dernière attaque que j’aurais été capable d’encaisser, et sans doute n’aurais-je pu me retenir d’exploser en plein vol…

« Majesté, tant que la maison suzeraine de l’Orage administrera votre royaume, je vous prie de bien vouloir oublier toute coopération de la part de l’Ouest et des maisons qui en dépendent. Dès que ce ne sera plus le cas, vous pourrez compter sur la loyauté du Roc. »

… Mais Garett Lannister s’adressait à son roi avec la déférence nécessaire. Le ton était respectueux. Les paroles, terribles. Il me fallut un long moment pour prendre la mesure de celles-ci car le choc était de taille. Si longtemps, que je vis à peine la révérence du Lannister, et n’entendais même pas le bruit de la porte qui s’ouvrait puis se refermait derrière lui. Je ne voyais pas les visages paniqués, les expressions abasourdies de ceux qui venaient de plonger, malgré eux, dans l’œil du cyclone. Je ne voyais pas les doutes, les inquiétudes, le choc, dans les yeux de ceux qui entouraient la table. Je ne me préoccupais pas même de savoir s’ils étaient témoin de l’expression de mon visage. Rien d’autre ne pouvait attirer mon attention que celui qui se trouvait face à moi, de l’autre côté de l’immense table. Cette expression du choc le plus pur se muait progressivement, et alors que mes yeux avaient été écarquillés, mes sourcils légèrement élevés, ma bouche entrouverte… Peu à peu mes traits étaient devenus durs, froids, tranchants. La dernière phrase du seigneur de l’Ouest avait mis fin à tous mes espoirs de paix intérieure… et de paix du Royaume.

Robart Baratheon, Main du Roi, Régent et Protecteur du Royaume, mon cousin, mon sang, mon ami, mon confident… venait de me faire perdre toute potentielle guerre contre le Nord. Il venait de diminuer nos chances de ne pas recourir aux dragons pour prévaloir sur les forces du Nord. Il venait de piétiner tous les espoirs nés en mon cœur.

Je n’étais guère un être tiède. J’avais toujours été un être de passion, trop souvent emporté par celle-ci et délaissant parfois la très nécessaire force de la raison. L’âge et l’influence de mon époux avaient aidé à forger de nombreuses digues capables de retenir cette passion lorsqu’il le fallait. Alors que je restais toujours silencieuse, je me sentais presque au bord de l’évanouissement tant contenir ma rage était devenu une épreuve.

Pourquoi… Pourquoi avait-il fallu que Robb réagisse ainsi ? Pourquoi ne m’en avait-il pas parlé ? Avait-il seulement évoqué la chose avec Jaehaerys ? Se préoccupait-il même de ce que nous pouvions penser ?

« Bien bien bien… J’imagine que nous ne compterons donc pas sur les troupes ouestriennes pour cette expédition au Nord. Le point soulevé par le seigneur Lannister mérite toutefois réflexion. Que faisons-nous des Fer-Nés et de cet énergumène d’Hotho Greyjoy qui s’est couronné roi du sel et du roc ? »

Je n’aurais pu expliquer pourquoi ce fut la phrase du seigneur Tyvaros qui avait eu pour effet de laisser exploser toutes mes barrières. Pourtant, alors même que le dernier mot prononcé flottait encore dans la salle, je me levais d’un bond. Je me levais comme un prédateur bondirait pour se lancer à la poursuite de sa proie. Je me levais d’un geste instinctif, d’un geste impossible à retenir. Je me levais en tapant d’un geste rageur, blessant la paume de ma main, déjà bien malmenée par le poing rageur qui n’avait pu me sauver. Le vacarme avait été bref, mais assourdissant. Le bruit relativement discret de ma paume heurtant le bois avait été un bruit sourd, accompagnant l’explosion métallique du pied de la coupe qui heurtait au même instant le même bois. Résonnait encore dans la pièce le grincement de ce trône que l'on projette, grinçant contre le sol de pierre, basculant un instant et menaçant de se renverser. Il n'en fut rien. Aucun autre bruit ne vint fait écho à ceux de ma colère libérée, l'espace d'un instant bref.

Je restais ainsi, debout, ne regardant personne d’autre que mon cousin. Je savais que ma réaction avait été une erreur. Je savais que j’avais perdu le contrôle et laissé mon être tout entier se faire dévorer. Je savais que rien ne pourrait apaiser ma colère, et qu’il me faudrait la laisser exploser, la laisser quitter mon corps et me vider de toute énergie.

Je ne disais rien. J’aurais voulu crier. J’aurais voulu attaquer Robb, comme le dragon attaque son ennemi. C’était idiot… démesuré ; c’était avant tout incontrôlable.

Je respirais profondément, toujours debout, en appui sur la table, alors que tous les regards s’étaient évidemment tournés vers moi.

Il fallait que je parte.

Il ne faisait plus aucun doute que rester dans cette salle, assise comme la dernière des idiotes sur ce trône, était impossible. Assise sur ce trône trop grand, trop dur, trop droit. Dans cette salle devenue étouffante et exiguë. Entourée de ces hommes, dont la simple vue m’était devenue insupportable. Aux côtés de cet époux, duquel je ne pouvais pardonner le silence. Face à ce cousin, dont je ne reconnaissais plus les traits.

Les secondes s’égrainaient, il me semblait que celles-ci se transformaient en minutes… en heures… en d’interminables heures. Pourtant, sans doute cela faisait-il à peine une dizaine de seconde que j’avais laissé exploser ma rage. Déjà, je pouvais sentir la main délicate de mon époux se hasarder sur celle que j’avais écrasée contre la table. J’avais voulu repousser sa main, d’un geste rageur et quitter la pièce… Mais si m’élever ainsi contre Robb était une chose, repousser publiquement le contact de mon époux en était une autre. Si être en désaccord avec mon cousin déstabilisait l’ordre établi, humilier publiquement le Roi en refusant son contact, détruisait à jamais cet équilibre.

Ainsi je laissais sa main sur la mienne. Je ne le regardais pas. Je n’en avais pas besoin. Je savais très bien ce qu’il tentait de me dire. Je devais rester, m’asseoir, et attendre. Je devais ravaler ma bile et tenter bien que mal de retrouver cette place que j’avais si violemment quittée. La douceur de son geste, la manière qu’il avait eu de ne pas m’imposer son contact, de me toucher sans le faire, de nouer un contact sans me brusquer… Tout cela avait eu pour effet de me ramener à la raison. J’étais furieuse, tendue, remplie d’une rage dévorante, mais je n’étais plus possédée par celle-ci.

Mon regard, invariablement plongé dans celui de Robb, exprimait à lui seul tant de sentiments que s’en était épuisant… La colère, bien sûr, mais la déception, surtout. La déception de me voir peut-être trahie par celui aux pieds duquel j’avais déposé mon cœur et ma confiance. Je décidais de faire confiance à Jaehaerys, lui qui ne m’avait jamais donné de raison de douter. S’il considérait que ma place était ici, que nous devions rester à nouveau silencieux face aux décisions de Robb, alors il me fallait suivre ces directives. Il me faudrait parler à mon cousin, et il était peu probable que je parvienne à ne pas laisser exploser mon ressentiment. Cependant, ressentiment ou non, il avait gagné une place telle à mes côtés que je ne pouvais faire autrement que lui accorder le bénéfice du doute… la présomption de bonne intention. Il me faudrait, pour cela, toute la force dont je disposais encore.

« Veuillez m’excuser, Messeigneurs, nous savons à présent qu'il n’y a d’échos tels que celui d’une coupe vide. »

La phrase se voulait humoristique, légère, mais ma voix n'avait pu être maîtrisée pour être autrement que monocorde, basse, froide, et surtout dénuée de tout sentiment tant je méfiais de moi-même. Je parvenais à m'extorquer un sourire de convenances, qui indiquerait à tous l'humour feint qui n'avait pu habiller ma voix. Repoussant encore légèrement le trône, j’exécutais avec difficulté les trois pas qui me séparaient de la petite desserte sur laquelle avait été déposée une carafe de cristal, emplie d’un vin âpre et fort en tanin. J’emplissais tout d’abord légèrement la coupe, et en vidait le contenu pour me donner le courage de retrouver la table et un calme qui me semblait n’être qu’un lointain, et vague, souvenir. D’un second geste, plus assuré, je remplissais cette fois la coupe généreusement, avant de me retourner et refaire les trois pas qui me ramèneraient jusqu’à la table.


Je reprenais la place qui était mienne, m’installant le dos bien droit contre le dossier rigide du trône. Je ne quittais toujours pas Robb des yeux, comme si la rage m’avait immobilisée. D’une main, j’agrippais l’accoudoir du trône, de l’autre je portais à mes lèvres la coupe.
Je me concentrais avant tout sur ma respiration, car elle seule serait capable de me faire tenir. L’envie furieuse de lancer contre les murs tout ce qui me tombait sous la main se faisait pressente, et je me tenais justement à l’accoudoir pour la réfréner. Après avoir bu une gorgée généreuse de nectar, je maintenais la coupe contre ma poitrine, la main solidement serrée tout autour du gobelet.

J’en aurais pleuré. De rage, oui. De déception, certainement. De la plus immense des frustrations également. Partir aurait été plus facile. Une fois la porte passée j’aurais pu laisser libre court à ma fureur, j’aurais pu quitter les murs étouffants de la forteresse pour me perdre dans les jardins… dans la contemplation de la mer calme.

Un instant, je fermais les yeux, une fraction de seconde… a peine assez longtemps pour faire disparaître la lumière.

J’avais tant sacrifié. J’avais tant perdu. Mon existence toute entière n’avait été dédiée qu’à la cause de mon frère, de ma famille. Ma famille. Ce sang auquel appartenait Robb. Auquel avait appartenu Aegon. Je revoyais le visage excité de ce frère que j’avais regardé quitter notre foyer pour les terres de l’Ouest. Ce visage excité qui aurait pu rester le dernier souvenir que j’avais de lui… si Maegor n’avait pas jugé bon de me présenter sa carcasse.

Aegon était mort pour un idéal. Aegon, Le Petit, l’héritier légitime, le Roi légitime, avait été tué dans sa lutte contre l’usurpation et la duplicité. Il avait jeté ses dernières forces dans la bataille contre Maegor, et avait sacrifié sa vie sur l’autel de notre héritage. Enfin, nous avions rendu sa mort utile. Enfin, nous avions rétabli la justice et la vérité dans le Royaume. Les bras armés de l’Ouest et de l’Orage s’étaient unis pour nous aider dans cette quête de la justice, et voilà à présent que l’un de ces bras se retournait contre l’autre… et que nous, Jaehaerys et moi, nous retrouvions dans le rôle des victimes collatérales de ce bras de fer vain.

La main de Jaehaerys qui se posait à nouveau sur la mienne, pour l’aider à se desserrer, à se détendre, ainsi que l’effet du vin, aidaient à présent à m’apaiser. Je restais un instant immobile, le regard perdu dans le vide, combattant les démons que cette altercation avait fait renaître.

Jaehaerys avait été parfaitement calme, habité par son rôle et accroché à son propre masque. Tout emportement de sa part aurait été catastrophique. Le mien l’était moins. N’étais-je pas, après tout, femme ? N’étais-je pas, aux yeux des hommes de ce monde, un être faible, proie de ses basses passions, incapable de comprendre la profondeur des décisions masculines… Parler pour tenter de justifier mon emportement m’avait déjà trop coûté, et il ne m’était plus possible d’ouvrir la bouche sans risquer de commettre une erreur, cette fois fatale. Je restais ainsi, statue parmi les hommes, attendant l’heure de la délivrance que serait la fin de ce Conseil infernal.

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Sam 14 Avr 2018 - 18:27




C’est une bonne position ça, siéger au Conseil Restreint ?


Les yeux fixés dans ceux du Seigneur de l’Ouest, Robb l’affrontait du regard, comme il l’aurait fait si tout cela avait été autre chose qu’une mascarade destinée à tromper le reste du Royaume. Il n’était pas question de ciller, ou de montrer la moindre trace de regrets, en cet instant il était le Suzerain de l’Orage, le Protecteur du Royaume, celui dont on devait croire qu’il avait trop bu à la coupe du pouvoir, au point de désormais croire qu’il n’avait plus besoin d’alliés pour renforcer sa position. S’il avait voulu jouer à l’humble et à la victime dans un premier temps, les mots de Garett se firent rapidement plus lourds, plus forts une fois sa demande rejetée. Dans un sens, c’était une bonne chose, plus personne ne pourrait croire à une mascarade, pas après qu’il ait ainsi parlé de l’empoisonnement de Rohanna en public. Il fallut au Cerf lui-même, malgré sa connaissance du jeu auxquels ils s’adonnaient en ce moment, déployer des efforts de contrôle presque surhumains pour un homme qui n’avait pas pour habitude qu’on l’insulte de la sorte afin d’éviter de parcourir les quelques mètres qui le séparaient de son alliés pour lui envoyer son poing sur le visage. Bien sûr, l’image aurait complété à merveille le tableau qu’ils avaient peint, mais certains gestes, même si commis pour garantir une illusions, n’étaient pas facilement pardonnés, et lui ne commettrait pas cette erreur. Quant à savoir s’il pourrait pardonner ces mots prononcés par le Lion, c’était autre chose… Non qu’il ne sache pas que Garett n’en croyait rien, mais ils se faisaient par trop échos à ses propres spectres, et l’entendre déclaré ouvertement n’avait rien d’agréable.

Il laissa au Lannister le soin de poursuivre son rôle, et n’esquissa pas un geste avant qu’il ne soit sorti, s’autorisant alors à s’asseoir, jetant un regard au couple royal. Si Jaehaerys était resté calme, il n’était pas difficile de déceler sur son visage l’interrogation de ce qui venait d’avoir lieu sous ses yeux, ainsi probablement qu’une confiance ébranlée dans l’homme qu’il avait désigné pour tenir les rênes du Royaume jusqu’à sa majorité. Réaction normale, saine pour un souverain même, cependant Robb ne put s’empêcher d’en prendre ombrage, ce n’était là qu’un signe de plus que les gens d’ici ne voyaient en lui qu’un guerrier avide de sang, et ivre de pouvoir. En tant et en heure, il lui expliquerait la manœuvre, et alors le jeune Roi comprendrait sans doute que tout cela n’avait pour but que d’unifier le Royaume en deux frappes distinctes, le moyen le plus sûr, le plus efficace pour le Cerf de laisser au souverain des terres unifiées, sans aucune velléités d’indépendances. Le reste n’aurait pas d’importance, ce serait là son ultime cadeau aux Targaryen, avant de se tourner définitivement vers l’Orage.

Rhaenys, elle, avait parfaitement joué le rôle qui lui avait été confié malgré elle. Tant le Roi que la Main avaient convenu qu’elle ne devait pas avoir la moindre idée de ce qui se passerait, et ainsi assurer une réaction des plus authentiques de la part de la Reine, et elle ne les avait pas déçu. Autant les autres membres du Conseil avaient pu garder une certaine contenance malgré le choc de la décision de leur leader, autant le caractère de feu de la Targaryen l’avait poussée dans ses retranchements, et si elle avait réussi à ne pas hurler sa frustration, elle avait en revanche été bien visible pour tous. Savoir que le couple royal n’approuvait pas l’interdiction prononcée par le Régent encouragerait les Fer-Nés à agir de concert avec le Nord indépendantiste, espérant déstabiliser suffisamment le Royaume pour assurer leur survie une fois que cette protection inespérée sauterait avec la fin de la Régence. Ils n’hésiteraient pas longtemps à envoyer leur flotte dans ces circonstances, et alors… Prendre Pyke serait une formalité, et ce seraient des alliés qui arriveraient au Nord, pas des renforts ennemis. Ce n’était plus qu’une question de temps, mais les engrenages étaient en marche, et le piège se refermait doucement sur les Stark et les Greyjoy, sans même qu’ils ne s’en rendent compte. Une fois de plus, les Baratheon et les Lannister sauveraient le Royaume de sa perte, et assoiraient un peu plus leur place privilégiée par rapport aux autres Maisons, et les Targaryen n’auraient même pas à affronter une résistance à leur règne. Restait Dorne, bien entendu, mais la Principauté n’était pas une partie du Royaume, pas encore du moins.

Tyvaros reprit la parole en premier, avec toute l’ironie qu’il pouvait sans doute mettre dans sa phrase. Avait-il noté l’énervement de la Reine, et tentait ainsi de gagner les faveurs du couple royal au détriment de la Main ? Fort probable, connaissant l’opportunisme quasi légendaire du Serpent. Tandis que Valyron parlait, Robb joignit ses mains devant son visage, cachant ainsi un sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Tu ne pourrais pas être plus dans le faux. L’Ouest apporterait son soutien, la flotte construite par Garett attendrait son signal pour lancer l’ire du Lion sur les Îles de Fer, et elle lui apporterait un renforts de guerriers qui ne rechigneraient pas à l’idée de mettre le Nord à genou et de le saigner à blanc, une fois leur seigneur remplacé, et son allégeance à la Couronne claire. Ce faisant, les Îles mettraient fin à toute possibilité d’alliance future avec la seule contrée qui partageait leur soif d’indépendance, et le Nord n’aurait plus les ressources nécessaires ne fut-ce que pour penser à se soulever à nouveau avant au moins un demi siècle. Diviser, pour régner. Des anciens partisans de Maegor, il ne resterait que l’ombre de ce qu’ils étaient, aux indépendantistes il ne resterait que les cendres de ce qu’ils avaient un jour possédé, et leurs larmes pour pleurer leur stupidité.

Un claquement sec se fit brusquement entendre, qui redirigea le regard de Robb vers Rhaenys, désormais debout, qui le dévisageait, une colère indicible dans les yeux. Toi aussi, alors… Tous semblaient avoir parfaitement gobé la nouvelle rivalité annoncée entre le Cerf et le Lion. Robb avait compté sur la réaction de la dragonne pour assurer les autres de l’authenticité de l’action, il avait néanmoins espéré qu’elle comprendrait assez rapidement que son cousin ne pouvait pas être stupide à ce point. Une erreur, visiblement, et pourtant une information d’une valeur inestimable. Hormis ses propres vassaux, les plus fidèles uniquement, et peut-être Garett, pourtant publiquement désormais son ennemi, il n’y avait plus au Donjon Rouge une âme qui ne croyait pas que l’attentat contre son épouse avait obscurci son jugement, qu’il était incapable de diriger le Royaume, si pas ses propres terres. Peu importait, après tout, ils pouvaient tous le sous estimer, croire qu’il n’était qu’un barbare avide de sang et de vengeance, tenter même de le renverser, ils comprendraient alors bien vite leur erreur. Ce manque de confiance, pourtant, venant de celle qui avait une année durant régné avec son appui, de celle qui avait été son amie, sa confidente, était encore plus blessant que les autres. Les mains toujours liées, Robb soutint cependant sans peine le regard de la souveraine qu’elle était, lui connaissait les tenants et aboutissants de la scène, lui savait ce qu’il se préparait à offrir au Roi avant même que son règne commence. Que les autres doutent, que les autres l’insultent, le maudissent, lui, il aurait fait son devoir.

La Dragonne alla remplir sa coupe, avant de reprendre place, s’excusant avec une pointe d’humour. A sa phrase, Robb ne répondit que d’un sourire en coin, que beaucoup auraient pu prendre comme une provocation. Ils voulaient le croire fou, autant leur offrir le spectacle qu’ils attendaient jusqu’à la fin, après tout… Sur un ton calme, il se tourna alors vers Valyron, répondant à son interrogation.

« L’interdiction d’attaquer les Îles de Fer dont fait l’objet le suzerain de l’Ouest n’a pour but que d’entraîner les Greyjoy à observer une trêve. Qu’ils restent sur leurs Îles, et ils seront à l’abri pour l’instant. Nous devons faire face aux Stark qui crient à l’indépendance, à Dorne qui retrouve son agressivité sous le règne de Nymeria Martell. Je ne mènerai pas une guerre sur trois fronts, ce serait du suicide. Aussi, tant que les Fers-Nés restent tranquilles, ils auront la paix, au moins jusqu’à ce que Jorah Stark soit à genoux, et Nymeria Martell contenue, soumise, ou morte. Ils ne sont pas une priorité, comme je l’ai dit au Seigneur Lannister. 

Maintenant… Je pense que nous avons abordé tous les points que nous devions réviser aujourd’hui, et que nous avons tous du travail. Vous pouvez disposer.»


Alors seulement, une fois les autres conseillers congédiés, Robb pourrait expliquer les choses clairement au Roi, et à la Reine.

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?   Jeu 19 Avr 2018 - 16:50

C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?

ft.













La seule réponse à la dernière question de Valyron fut un bruit mat : celui du poing de la reine rencontrant la table du conseil, faisant trembler celle-ci. Furieuse, majestueuse, la femme du souverain de Westeros s’était levée dans une colère mal contenue. Pas un bruit ne résonnait dans la salle où tous regardaient Rhaenys de la maison Targaryen fixer avec une fureur mal dissimulée. Impérieuse, la descendante du Conquérant rappelait à tous que si la fureur ne figurait pas dans sa devise familiale, il ne fallait surtout pas sous-estimer la colère d’un Dragon de Port-Réal.

Après un moment de flottement où tout le monde se demanda ce qui adviendrait du royaume à la suite de cette réunion du conseil restreint, une main apaisante vint se poser sur celle, crispée, de la reine. Jaehaerys essayait de rependre le contrôle de cette réunion forte en rebondissements. Valyron, lui, essayait tant bien que mal de noter en son for intérieur tout ce qu’il se passait, afin qu’il puisse tisser une nouvelle carte des influences au sein du royaume. La fracture consommée entre Baratheon et Lannister se prolongerait-elle jusqu’à séparer les dynasties cousines ? Si c’était le cas, ce serait le signe que toute entente serait à jamais brisée. Rhaenys, comme Valyron, n’aimait pas les Lanister, ou en tout cas pas leur seigneur suzerain. Si la reine prenait son parti, ce serait une preuve assez stupéfiante de sa fureur. Le Serpent espérait ne pas voir cela un jour. Si l’entente entre le Roc et Accalmie était nécessaire à la paix du royaume, celle entre l’Orage et la Couronne était condition absolue à la survie de la dynastie royale.

« Veuillez m’excuser, Messeigneurs, nous savons à présent qu'il n’y a d’échos tels que celui d’une coupe vide. »

D’une voix blanche, la reine avait brisé le silence qu’elle avait instauré. Elle se dirigea vers la desserte pour se servir un verre de vin avant de s’installer de nouveau. Le Protecteur répondit à l’explication par un sourire que Valyron jugea avec réprobation. N’en finirait-il donc jamais ? Toutefois, il n’eu pas le temps d’en penser plus que le jeune suzerain, comme si rien ne s’était passé, continua la réunion.

« L’interdiction d’attaquer les Îles de Fer dont fait l’objet le suzerain de l’Ouest n’a pour but que d’entraîner les Greyjoy à observer une trêve. Qu’ils restent sur leurs Îles, et ils seront à l’abri pour l’instant. Nous devons faire face aux Stark qui crient à l’indépendance, à Dorne qui retrouve son agressivité sous le règne de Nymeria Martell. Je ne mènerai pas une guerre sur trois fronts, ce serait du suicide. Aussi, tant que les Fers-Nés restent tranquilles, ils auront la paix, au moins jusqu’à ce que Jorah Stark soit à genoux, et Nymeria Martell contenue, soumise, ou morte. Ils ne sont pas une priorité, comme je l’ai dit au Seigneur Lannister.

Maintenant… Je pense que nous avons abordé tous les points que nous devions réviser aujourd’hui, et que nous avons tous du travail. Vous pouvez disposer.
»

Au vu de la tension qui régnait dans la pièce, la plupart de l’assistance s’était levée pratiquement dès l’instant où le Protecteur avait conclu sa dernière intervention. Déjà, on voyait les petits groupes habituels se former en vue de la sortie. Godric Lannister, visiblement chamboulé, marchait lentement, accompagné rapidement par son allié Tyrell avec lequel il conversait à voix basse. Les autres avançait sans vraiment discuter, perdus dans leurs pensées. Seuls restaient assis les trois têtes du dragon qui dirigeait le royaume, qui visiblement allaient continuer à discuter. Valyron, également, était resté assis. Il éleva la voix pour capter l’attention de tout le monde.

« A vrai dire, Majestés, messeigneurs, il reste un point que je souhaiterais voir aborder par cette auguste assemblée. D’autant plus après une telle après une telle journée. » conclut-il en déposant un regard prédateur sur le Cerf.

Les conseillers stoppèrent leur marche et se retournèrent, attendant d’en savoir plus. Valyron reprit alors devant les grands du royaume le début du raisonnement qu’il avait tenu face à Catelyn Arryn dans sa geôle.

« J’ai de bonnes raisons de croire que l’on travaille à saper les fondations de notre royaume dans un but qui m’échappe encore. Il ne fait aucun doute que parmi ces fondations, vous êtes, monseigneur Baratheon, sans doute l’une des plus solides dont peut s’enorgueillir le Trône, si vous me permettez de parlez ainsi, votre Majesté. »

N’en venant pas directement au fait, Valyron avait toujours pour politique d’aborder son sujet peu à peu, surtout en présence du Roi en présence duquel il respectait toujours avec un attachement borné le plus rigide des protocoles. Jaehaerys était le souverain Targaryen, il était le sang du Dragon, son règne devait être honoré et son existence glorifiée.

« Il est parvenu à mon attention que de biens noirs desseins grouillaient dans les ombres de votre région. Ces mêmes terres qui manquent toujours plus de stabilité à chaque drame qui frappe votre famille. »

Il faisait évidemment mention des fausses couches à répétition de Rohanna, de cet espoir déçu à chaque fois.

« En votre qualité de cousin de leurs Grâces, en votre qualité de Protecteur du Royaume, et en votre qualité de seigneur suzerain des Terres de l’Orage, monseigneur Baratheon, vous conviendrez que votre assise doit être des plus solides pour apporter stabilité et paix à tout le domaine royal. »

Valyron puisait le courage de défier ouvertement celui qui régentait le royaume avec une autorité absolue dans la fureur d’avoir été mis au défi de résoudre l’enquête avec une autre qui avait été placée comme son égale. Il puisait la volonté de continuer à déclarer ses mots dans sa certitude qu’il voyait juste, et que les derniers actes du Protecteur à l’encontre des Lannister allaient en ce sens.

« Je crois que personne ne pourrait douter de votre sens du devoir, monseigneur, et de votre engagement dans les affaires du royaume. Nous l’avons vu durant le mariage de leurs Majestés. Toutefois, il me semble évident que votre situation restera précaire tant qu’un héritier de votre chair ne sera pas présent pour assurer la pérennité de la branche principale de votre maison. Du fait de votre position au sein de l’appareil de Sa Majesté le roi, il me semble important d’examiner votre situation matrimoniale du point de vue de la raison supérieure du Royaume. J’aimerais donc interroger le conseil de Sa Majesté sur cette situation qui ronge notre pays. »

Il haussa les épaules, ne sachant pas vraiment comment amener cela après une telle introduction. Il se contenta de fixer le Baratheon d’un air résigné, comme s’il savait déjà ce qu’il allait advenir. Au moins, il aurait dit le fond de sa pensée, et il aurait montré à cet arrogant Protecteur ce qu’il en coûtait de ne pas lui accorder le respect et l’attention qui allait avec sa fonction.

« Ma recommandation irait à la promulgation d’un acte de répudiation, afin de permettre d’assurer la continuité de la dynastie Baratheon et surtout la stabilité du royaume dans cette période troublée. »



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C'est une bonne position ça, de siéger au Conseil restreint?

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