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 Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente   Mar 30 Jan 2018 - 0:06




Si je dois tomber de haut,
que ma chute soit lente



« En es-tu bien certaine? » Interdite, l’épouse du Protecteur du Royaume regarde sa suivante. Ses yeux sont durs, il ne croient pas réellement leur interlocutrice. Non d’un manque de confiance, mais parce qu’ils n’avaient pas pensé que les Dieux lui sourirait de si tôt. Quoique les Sept n’y étaient pour rien, seul Robart venait de changer son destin. Cette dernière, susurrant à son oreille, lui confirme ce qu’elle a vu. Depuis sa convalescence, les deux femmes étaient bien plus proches. Peut-être parce qu’auparavant Rohanna, égoïste de son amour et son bonheur, n’avait jamais réellement pris le temps de se pencher vers ses dames d’atours. Ou tout simplement parce qu’elle était plus fragile que jamais, émotionnellement comme physiquement. Ainsi poussée dans une retraite maladive, faible et sans appuis, elle se devait de se montrer plus forte qu’elle ne l’était réellement. Si elle voulait continuer à vivre, elle devrait arracher la vie à coup de dents acérées. Le bonheur ne serait plus jamais pour l’instant présent, mais pour plus tard. Toujours, il lui faudrait être prête à parer les coups mortels. Cette idée l’avait fatiguée et elle avait été prête à faire du silence sa condamnation. Mais depuis son altercation avec Eleneï, elle se surprenait. Rohanna ne désirait plus se flageller pour quelque chose qu’elle n’avait pas commis, au contraire, une colère furieuse grandissait en son coeur. C’était un pas immense et qu’on attendait plus. Aux rivages de la mélancolie, on avait déjà accepté de la laisser dériver lentement… « La rumeur a-t-elle déjà pris possession du palais? » « Non ma Dame, les gardes avaient pour ordre d’être discrets. Il n’y avait personne dans les couloirs. » Un vif instant, la Biche Pendue calcule le nombre de minutes écoulées. Assez peu pour qu’elle puisse en tirer avantage, c’était certain. Elle avait toujours su que le frère de Théodora lui serait utile, un pressentiment. « Dois-je le faire amener en vos appartements? » « Ce n’est pas nécessaire. Nous y allons de ce pas. » Et déjà, son corps maigre est débout. Affaiblie par des jours à errer entre la vie et la mort, indécise du courant auquel se confier, elle n’avait pas encore retrouver ses forces d’avant. Dix jours s’étaient écoulés après-tout. Si on l’acculait de sa faiblesse, c’est que personne n’avait eu à se relever d’une telle infamie. Déterminée, ses longues jambes se dirigent vers l’office du mestre Banneth. Les deux gardes que lui a assigné son époux l’accompagnent en cadence. Il faudrait encore des heures pour que la rumeur se répande et s’enflamme, l’échiquier était libre. Obligée par la Fortune même ; elle prendrait part aux manigances des autres. Personne ne lui avait laissé le choix, pas même Robb qui l’avait accusé de comploter avec Kyra contre sa destitution. Ici, dans cette forteresse, feu et pouvoir étaient à profusion. Il lui suffisait de refermer sa poigne, l’innocence perdue jamais.






« Mestre Banneth? » Sa voix est calme, empreinte d’une douceur rare en ce monde. La porte était entrouverte, elle n’a fait que la pousser. Dans l’embrasure, les deux hommes ferment l’accès. Procédure habituelle. Son sourire est rassurant. Tout comme la tête de la dame d’atour, légèrement inclinée. L’épouse du Seigneur Régent n’est jamais descendue ici. Depuis qu’elle a fait sa rencontre, malheureuse, il s’est toujours déplacé dans la Tour. L’endroit y était plus intime, plus approprié aux visites médicales. Un long instant elle observe le lieu étrange, des bocaux et des parchemins par centaines. Les bougies, pour la plupart, n’étaient qu’amas de cire fondue. Preuve du travail infatigable qui était ici fait. Plaçant sa main sur son ventre, une habitude à la vie dure, elle feint une somnolence. C’était facile, cette course pour venir ici avait rogné toutes ses provisions. Elle était lasse, seul son esprit veillé. « Je donnais visite à Dame Alérie et je me suis trouvée mal… » Elle prend appui sur le premier objet qu’elle trouve, une vaste table aux instruments inconnus. « Dame Rohanna? » les sens en alertes, Théodora tend une main amicale. Elle n’était que trop habituée aux absences de sa suzeraine, ils venaient à tous moments et sans avertissements. Or, d’un geste qui l’oblige à reculer, elle ne regarde que le mestre. Seul cet homme pouvait réellement l’aider. Ils étaient liés l’un à l’autre désormais. « Puis-je? » Simple politesse car la mère endeuillée, déjà, s’assied sur la première chaise qu’elle trouve. La main droite toujours sur son ventre creux. Tous les quatre, ils avaient vécu bien des choses, bien d’affreuses choses. Si sa cicatrice pouvait encore la tirailler de temps à autre, dans un mouvement trop brusque ou trop empressé, désormais petit à petit, s’endormait avec elle la douleur passée. Une douleur si trucidante qu’elle avait cru en mourir, mais des jours après… qu’en restait-il? L’épreuve était passée, tout s’oublierait. Le temps, laissait au temps, ferait son travail de suppôt. « Je ne saigne plus… , les saignements c’est ce qui avait été le plus difficile. Accepter de se relever, les mains dans celles de la vie, pour voir ses linges tâchés jour après jours. Continuellement. C’était comme ne jamais cesser de perdre ce qu’elle avait déjà perdue. Une fin sans fin. Ses chambrières avaient essayé de lui cacher les affreuses marques, mais, dans une grimace de révulsion, elle les voyait toujours. Plus tôt dans la semaine, elle avait confié au mestre que c’était ce qui était le plus émotionnellement déprimant, comme une flèche qui ne voulait pas être retirée. Heureusement, c’était terminé. Son corps intime avait accepté la perte, l’écorchure, l’excoriation. … mais je suis encore si lasse. » Le timbre est bas, mis à mal. A son plus grand dam, elle embrassait le rôle le plus facile de sa vie. Aimer le Cerf d’Accalmie lui avait été bien plus périlleux. Grandement plus périlleux ! Elle soupire, mais cette lassitude n’est pas feinte. Parfois, il lui semblait qu’elle ne retrouverait jamais sa vigueur d’antan. Jamais. C’était cette brume épaisse qui venait nourrir ses maux, une rêverie ombragée… Las, aucun Dieu ne pouvait plus l’écouter : tous les sept lui avaient accablé cette peine. « Un verre d’eau serait le bienvenue mestre. » Un sourire attentionné lui demande s’il vous plait. Non, elle ne retrouverait jamais sa vigueur d’antan. Celle-ci était morte et, à son égard, il n’y aurait aucune pitance. Enterrée, sans aucun deuil. Lui succédait une volonté féroce et sombre, nouvelle et acérée. Le mestre l’ignorait encore, mais dans son apothicaire venait d’entrer l’Orage. 





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Banneth Dayne
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente   Sam 17 Fév 2018 - 17:25






D’un coup sec je ferme la lourde porte de la « Tour des mestre », pas suffisamment rapidement, cependant pour entendre le Grand Mestre me lâcher agressivement :

« Vous me le paierez Banneth ! Si je tombe, vous tombez ! Pour ça, je vous en fais la promesse. »

La gigantesque porte étouffe les derniers mots du Grand Mestre. Je me tourne, m’adossant au mur, jetant un œil à la lugubre pièce qui me fait face. L’angoisse me prend à la gorge. Mais comment me suis-je retrouvé dans pareille situation ? Il est temps pour moi de faire le bilan. Je m’avance vers la table du laboratoire de la tour des mestres, je m’installe, allume une bougie, l’obscurité ayant déjà succédé à la journée ensoleillée. J’ai bien choisi la pièce de mon exil, le laboratoire, aucun de mes compagnons mestre ne viendra perturber mes réflexions à une heure si tardive, aucun d’entre nous ne cherchant à nous attarder dans un tel lieu. L’un des nombreux avantages d’être affecté au Donjon Rouge est qu’il y a toujours quelque chose de mieux à faire que de passer la journée dans de savants ouvrages… ça c’était bon pour notre formation à la Citadelle.

A peine posé sur ma chaise, mes paupières se font déjà lourdes. Il faut dire que je n’ai guère dormi ces derniers jours, les évènements s’étant enchainé à une telle vitesse ? En a peine 9 jours j’ai vu défiler dans cette tour de mestres plus de gens sains que de malades ou de souffrants. Les grands de ce Royaume corrompu ayan décidé, chacun à leurs tours d’intervenir dans la grande intrigue du moment.


« Raaah, Banneth, calmes-toi, détends-toi, il faut que tu y vois clair, au plus vite !! »


Ces quelques mots, que je m’adresse à moi-même ont pour objectif de me recadrer et de me forcer à prendre de la hauteur. Je m’empare d’une plume, d’un encrier et d’une liasse de vieux papiers jaunis par le temps. J’ai besoin d’écrire :

« Il y a quelques mois déjà, moi, Banneth, de la maison Dayne, a terminé et accompli la formation de mestre à la Citadelle de Villevieille. Ce passage, forcé, dans ce haut lieu de connaissances a été le début de ma nouvelle vie. De mes ambitions, ou traitrises c’est selon, passées, il ne reste rien. J’ai pu tout recommencer d’une page blanche. Mon arrivée à Port-Réal et mon affectation au Donjon Rouge n’est guère ce que j’espérais pour mon nouveau moi. Les intrigues, les complots et leurs commanditaires étant bien plus doués que moi. Il est vrai que j’ai toujours cherché la simplicité pour gravir au plus vite les échelons de notre monde et de notre histoire. Je ne suis guère taillé pour me faire une place dans le Port-Réal du Roi Jaehaerys Ier. C’est ainsi que pendant plusieurs semaines j’ai évolué dans l’ombre. En effet, être l’un des seconds du Grand Mestre Lester m’a permis de me faire discret et de regarder la Grande Partie du Destin se jouer devant moi. Petit à petit, au travers de mes récentes rencontres avec les grands de ce Royaumes tels que ce tordu de Valyron, cette frêle et étrange Elinor ou encore cette indomptable mais magnifique Myriah, j’ai pu saisir quelles étaient mes chances, mes opportunités et le pouvoir que la position de Mestre me conférait. Il est évident que tout ces personnages sont dupes, ils ne me voient que comme un homme de sciences, austère et œuvrant pour le bien des Hommes et de la maison que je me dois de servir. Pourtant ils oublient qu’un mestre à voix au chapitre dans les affaires du Royaume de cet enfant-suzerain. Ils savent seulement que le bougre actuel est faible, influençable, trop vieux et dépourvu de l’énergie nécessaire pour peser dans la balance… Mais ils ignorent, qu’à pas feutrés, maitrisés, j’avance dans l’ombre. Dans mes premiers jours à la capitale, j’ai un instant pensé que la nouvelle page de mon histoire qui s’écrivait, serait celle d’un mestre parmi les mestres de Port-Réal. Pour sûr, cela aurait été un changement drastique comparé à ma vie d’avant. Mais le destin, les dieux, les astres ou que sais-je encore, ne l’ont pas entendu de cette oreille. Je suis né à Dorne, tel les Montagnes Rouge, je suis taillé dans un roc dur, imposant et éclatant, tel la Torrentine, je suis fort et puissant. Au bout de quelques jours, un nouveau soleil, une nouvelle histoire bien plus réussie se profilait à mon horizon. Ma montée ne serait guère fulgurante, mais tapi dans l’ombre, année après année, attendant la mort du Grand Mestre, j’allais me positionner comme le favori. Par la force des choses, j’allais devenir Grand Mestre à mon tour. Mais ce n’était pas sans compter la fable de « La biche et du serpent gris ». Une sacrée histoire, un sacré évènement, mais un épisode qui avait fait tout vaciller. Cette affaire de poison dont j’avais été le seul, à cet instant, à le déceler faisait de moi le parfait serpent mais un sauveur pour Rohanna, cette biche meurtrie. En une dizaine de jours, à force de travail auprès de la biche, nous avons créé un lien particulier, mais les confrontations face au Régent, ou au Grand Mestre, furieux que je ne le tienne guère au courant, ont ébranlés les fondations de mon histoire, obscurcis mon horizon. Que dois-je faire ? Céder le passage, m’écarter et sortir de cette histoire ou accepter le changement de trame et être obligé de sortir de l’ombre, de dévoiler, trop tôt, mon jeu ? »

Un instant je repose ma plume, de la hauteur, je n’en prends guère, les mêmes questions s’imposent à mon esprit dans tous les cas. Il faut dire que ma situation est plus que délicate, des alliés, je n’en compte guère pour l’instant, mais aux vues de la réaction du Grand Mestre, il m’est évident que des ennemis, j’en ai désormais. Je ne peux même pas compter sur ma relation avec cet étrange Tyvaros, le contrat implicite qui nous lie est plus que clair : Je suis en cet instant une paire d’yeux pour lui… une paire parmi tant d’autres qu’il ne craint donc pas de perdre.

Je repense un instant à la conversation que j’ai eu avec ce vieux Lester, en ne l’impliquant pas dès le début dans mon intervention sur Rohanna, je l’ai mis en difficulté et il s’apprête à tout pour me faire porter le chapeau. Le haut de forme de son désintérêt et de son incompétence. Je rage intérieurement. Mais cela est loin d’être le pire… Dans cette fable de « La biche et du serpent gris », j’ai dû, dans le feu de l’action, donner un avis sur l’origine du poison… A cet instant-là, cela m’était apparu comme n’étant qu’une information parmi d’autres. Mais maintenant, je redoute les conséquences de mes paroles, j’ai encore du mal à comprendre la roue du destin que j’ai mise en mouvement. N’aurait-il pas été préférable pour moi, de feindre ignorer d’où cette substance provenait ? Encore une fois, n’aurait-il pas valu pour moi que je fasse un pas de côté ?

Dans quelques heures le Conseil Restreint va avoir lieu… La conclusion est évidente, j’ai quelques heures pour planifier une éventuelle fuite car, que je le veuille ou non, j’ai attiré trop près de moi, l’attentions d’hommes et de femmes possédant de bien trop grands pouvoirs.

***

Il ne me reste que quelques heures avant que l’astre solaire ne se décide à pointer son nez à l’horizon. J’ai passé la majeure partie de la nuit à arpenter discrètement les couloirs du Donjon Rouge à la recherche de vivres et d’autres affaires me permettant d’entamer dans les plus brefs délais un nouvel exil, un nouveau voyage. Si je sens que Lester est prêt à me vendre, je ne chercherais pas à me justifier et je serais le passager du premier bateau faisant voile vers Essos. Je ne me fais pas de soucis pour mon avenir, j’ai beau détester la Citadelle, elle m’a armé de connaissances et de savoirs que le premier seigneur qui croisera ma route cherchera à posséder.

Toute cette préparation me ramène au point de départ, le laboratoire du la « Tour des mestre ». La pièce est toujours aussi lugubre, sur la petite table où je me suis installé quelques heures plus tôt, se trouve encore mes quelques confessions. En partant il ne faut pas que j’oublie d’effacer mes traces et de bruler cette liasse de papier au contenu bien trop sensible. Mais avant d’effacer mon apssé, j’aimerai assurer mon avenir en préparant quelques onguents et cataplasme qui augmenteront grandement mes chances de survies sur les routes dangereuses et mal famée d’Essos.

Sans plus tarder, je me mets à l’ouvrage, écrasant plantes, faisant bouillir diverses solutions. En quelques minutes, mon esprit oublie tous les soucis des récents évènements et se concentre uniquement sur la délicate tâche qui se dresse devant moi. Je ne remarque pas que les secondes, les heures défilent et que rapidement le soleil se retrouve déjà bien haut dans le ciel.


« Mestre Banneth? »


C’est une douce voix, mais néanmoins une voix emplie d’autorité. Elle vient de s’élever dans cette pièce que j’occupe maintenant depuis presque une journée, sans interruption. Une voix qui d’ordinaire m’aurait fait sourire, mais qui, là, tombe au plus mal. Pourquoi diable Rohanna a-t-elle choisi ce jour pour descendre ici. D’habitude, c’est moi qui monte la voir, m’assurer de son prompt rétablissement. Il est plus qu’étrange qu’elle ait choisie de venir ici. A moins que je n’ai déjà trop tarder et que le Grand Mestre Lester a réussi à convaincre Rohanna qu’il aurait pu faire mieux que moi et sauver ces deux petits bébés. Fébrilement, je me tourne vers mon interlocutrices. Par-dessus son épaule, je peux aperçevoir deux chevaliers, en armures, occuper l’embrasure de la porte. Mes doutes se confirment. L’angoisse monte


« Je donnais visite à Dame Alérie et je me suis trouvée mal… »


La panique monte d’un cran. Alors que la biche semble prête à s’écrouler devant moi, elle s’appuie sur la table au pied de laquelle git mon sac de voyage et surtout sur laquelle se trouve mes écrits. Je sens que le pire est occupé à se profiler devant moi. Pendant un instant, je vois distinctement la biche eventrée poser son regard sur mes papiers. Je me fige d’autant plus.

« Puis-je? »

Ne me laissant guère le temps de dire quoi que ce soit, de lui proposer un fauteuil plus approprié pour sa condition et surtout éloigné de cette table, Rohanna s’installe sur la chaise dont j’ai usé l’assise quelques temps auparavant tentant de démêler l’imbroglio dans lequel je me suis fourré. Celui de la fable de « la biche et du seprent gris » dont elle est moi sommes les principaux acteurs.


« Je ne saigne plus…… mais je suis encore si lasse. »


Un instant, mes doutes vacillent. Rohanna semble revenir sur la discussion que nous avons eu quelques jours auparavant. En tant que Mestre, au-delà de la charge de soigneur, j’ai aussi la responsabilité de m’assurer de l’équilibre mental de mes patients. De plus, étant donné les épreuves que nous avons traversé ensemble, Rohanna semble avoir facile à se confier à moi. Tout s’éclaire dans mon esprit ; Comment ai-je pu, un instant, penser que la pauvre biche était là pour me mettre en défaut. Bien sûr que non. Toute la pression des heures précédentes semble quitter mes épaules. Certes la jeune femme me surprend au milieu de ma fuite, tout du moins de la préparation de celle-ci, mais je n’ai aucune crainte à avoir. Elle est surement, juste là pour discuter, pour se changer les esprits. Probablement pour mieux évacuer les démons qui doivent désormais la hanter, celle de ces deux êtres en devenir qui ont brutalement disparu. Honnêtement, je dois reconnaitre que ces récents évènements m’ont bien plus affecté que ce qu’il n’y parait. Mais je me dois d’oublier et pour moi ce sera nettement plus simple que pour Rohanna.


« Un verre d’eau serait le bienvenue mestre. »


L’esprit sensiblement plus léger, je me permets de décocher un doux sourire en direction de la jeune femme. Je m’empare d’une cruche d’eau et verse le liquide cristallin dans un gobelet. Rohanna a de la chance, l’eau est encore fraiche. Je m’approche de ma jeune patiente et lui tend le verre. Pendant qu’elle se désaltère, j’en profite pour ranger et surtout faire en sorte d’éloigner mes papiers du regard de la jeune Biche et de sa suivante.

« Veuillez m’excuser pour la propreté de ces lieux, je ne m’attendais pas à avoir de la visite. Les autres mestres en seconds ne sont pas encore venus aujourd’hui et je me suis un peu laissé aller. Comme vous pouvez le voir, parchemins, bougies et grimoires sont la base de la journée d’un mestre. »

Je me permets de lâcher un petit rire. Il me vient plus naturellement que ce à quoi je m’attendais, probablement toute la nervosité qui s’évacue, le danger semblant s’être éloigné. Je m’approche de l’âtre présent dans la pièce, j’y jette ma liasse de papier, cette fois je n’oublierai pas de réduire mes secrets en fumées.

« Lady Rohanna, tout d’abord, je tiens à vous dire que je suis content. Content de voir que jour après jour vous semblez vous renforcer. Rien que le fait d’être venue jusqu’ici, prouve mes dires. Comme nous en avons déjà discuté, les 7 dieux nous ont fait l’offrande d’un objet magnifique. Notre corps est capable d’endurer les pires souffrances et pourtant est capable de se relever. Ce qui me parait évident aujourd’hui, c’est que le temps apposera ses soins sur votre corps, ne plus avoir de saignement apparaît comme un signe plus que positif. Votre corps se répare. Ce qui m’inquiète, c’est votre esprit, les dieux dans leur dualité, dans leur cruauté, ont pourvu notre corps mortel de bien des moyens de guérison, mais très peu pour notre esprit. Au son de votre voix, je peux déjà sentir les milles éclats de votre âme. »

Tout en parlant, je me suis rapproché de la jeune femme, m’installant devant elle, le long de cette table. Je m’étais surtout mis de façon à cacher mon sac de la vue de Rohanna.

Libéré de toute crainte, j’y avais été de mon diagnostique, sans grande conviction à vrai dire. Je sentais que la conversation allait tourner autour des craintes de la jeune biche, face à la vie. Cela pouvait être une simple et honnête conversation, je tenais vraiment à l’aider. Mais je ne pouvais m’empêcher d’espérer que cette discussion ne s’éterniserait pas, il fallait encore que je termine mes préparatifs. Le Grand Mestre Lester tenait, d’une façon, mon avenir en main… Et sa vieille main, aigrie pas les âges, je ne lui faisais guère confiance.



   


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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente   Mer 28 Fév 2018 - 0:14




Si je dois tomber de haut,
que ma chute soit lente



Il ne sait pas encore. Il ne sait pas encore et il est tout disposé à lui répondre avec douceur. Alors que leurs sourires s’entrechoquent, faussement candides, son coeur se serre. Le mestre avait été important pour elle, sans lui… sans lui les choses n’auraient pas été pareilles. Ensembles ils avaient beaucoup parlé. Quand bien même ils avaient tous deux gardés leurs secrets, il avait accepter de recueillir un peu de son désespoir. Se faisant, il l’avait soulagé de maux considérables. Aussi, malgré l’affaire qui l’amenait jusqu’ici, Rohanna était entièrement disposée à l’homme de sciences. C’est peut-être pour cette raison, alors qu’elle le regarde lui servir avec bonté un grand verre, qu’elle ne voit pas l’agitation animant la pièce. Des yeux aux commandes du Chuchoteur n’auraient pas manqués de voir toutes ces petites choses qui lui échappent. Mais, elle, calmement, elle se désaltère. « Veuillez m’excuser pour la propreté de ces lieux, je ne m’attendais pas à avoir de la visite. » Sous sa main résiste une liasse de parchemins. Noircis d'encre noire, ils semblent avoir été écrit rapidement. Semblant désireux de faire bonne impression à l’épouse du Régent, l’homme s’entreprend à ranger. Légèrement, sa paume endeuillée se soulève pour laisser les vélins glisser vers leur étrange propriétaire. « Les autres mestres en seconds ne sont pas encore venus aujourd’hui et je me suis un peu laissé aller. Comme vous pouvez le voir, parchemins, bougies et grimoires sont la base de la journée d’un mestre. » La Biche fait mine de regarder la pièce et sourit un peu plus. Celui-ci est tout aussi forcé qu’effacé. Règne dans l’antre du mestre une atmosphère curieuse. Jamais elle ne l’a vu s’agiter de la sorte. D’ordinaire, il est si calme, si disposé à s’assoir et discuter. Il devait bien se douter qu’elle n’avait que peu à faire d’un bazar ambiant. Tous deux avaient partagé des moments bien plus complices, ceux qui permettaient de faire fis de ce genre de … détails. A son rire, petit et sournois, son regard se plisse. Ce n’est qu’à ce moment là qu’elle remarque la large cheminée crépitante. Un feu… en pleine sécheresse? Sans aucune hésitation, le mestre y jète toutes les couteuses peaux. A ce spectacle, ses yeux se plissent un peu plus. Si elle n’avait pas pu faire d’études à la Citadelle, elle savait que les peaux pouvaient être réutilisées plusieurs fois. D'ailleurs, elle avait vu le mestre d’Accalmie en effacer à l’aide d’un chiffon de peau et de chaux l’encre. Oui, une chose couteuse que le parchemin. Encore plus couteuse en période de sécheresse, alors que le bétail se faisait mourant et forcément plus rare. Plus qu’inconsidéré, ce geste était suspicieux. Précieux et chers, les codex se valaient à prix d’or. Enfant, elle avait vu son oncle vendre une cosmographie ancienne pour le prix de huit propriétés de familles bourgeoises. C’était peu de temps avant son mariage avec Tess, le livre lui avait permis de dépenser grandement pour le mariage et pour accueillir l’épouse princière en sa nouvelle demeure. Oui, la peau pour les écritures coutait horriblement chère. Si chère que ce cher mestre d’Accalmie, au cours de ces derniers mois, avait pris pour habitude de réutiliser les peaux trop anciennes ou celles qui ne servaient plus à grand chose. Il avait aussi inventé une nouvelle écriture, plus petite, afin d’économiser de la place. Depuis que Robb était Main, et plus encore maintenant, la moitié des vivres de l’Orage allait à la Couronne. Si les Baratheon n’avaient jamais fait leurs richesses sur l’exportation de leur denrées, ils n’avaient désormais plus aucune rentrée. Seul le bois leur restait en quantité, mais plus personne n’avait assez d’argent pour le leur acheter. L’économie du continent étant réservée à l'acquisition vivres pour protéger les populations, les reconstructions étaient faites sur les ruines, avec des matériaux retrouvés ou de première main. Pendant sa régence, Rohanna s’était fortement intéressée à la construction de navires à exporter. Là pourrait résider une économie sérieuse et hautement rentable. Enfin, il n’était pas l’heure d’y penser ou de développer l'économie de l'Orage. Le fait était qu’elle pressentait que le mestre souhaitait dissimuler quelque chose. Au jour d’hui, on ne brulait plus le parchemin. Parce qu'on n'avait plus le choix, on les gardait précieusement.



« Lady Rohanna, tout d’abord, je tiens à vous dire que je suis content. Content de voir que jour après jour vous semblez vous renforcer. Rien que le fait d’être venue jusqu’ici, prouve mes dires. Comme nous en avons déjà discuté, les Sept dieux nous ont fait l’offrande d’un objet magnifique. » Elle place le verre sur ses jambes, les mains pieusement jointes autour. Un dernier coup d’oeil dans les flammes et il se rapproche d’elle. Il s’avance lentement et, tout en parlant, adopte ce ton intelligent qu’elle connaissait désormais si bien. Sur le mur l’ombre de Théodora se faufile, elle n’a pas perdu un instant des agissements de l’homme. Difficile est pour la mère endeuillée de ne pas fixer sa compagne qui furète accroupie. Il lui faut inspirer calmement et ne pas le quitter, lui, du regard. Alors, elle s’oblige à acquiescer. C’était vrai, elle allait mieux. Evidemment, elle n’avait pas retrouvé ses forces d'antan. Probablement pas avant de longues semaines de convalescence, mais elle pouvait arpenter les jardins et descendre les marches sans souffrir ou pleurer silencieusement. La douleur était moindre, elle s’évanouissait… bientôt, elle ne serait qu’un mauvais souvenir. « Notre corps est capable d’endurer les pires souffrances et pourtant est capable de se relever. Ce qui me parait évident aujourd’hui, c’est que le temps apposera ses soins sur votre corps, ne plus avoir de saignement apparaît comme un signe plus que positif. Votre corps se répare. » Son corps était en train de se réparer, bien. Oui, voilà qui était parfait. C’est ce qu’elle était venue entendre, bien plus même, s’assurer. A présent, le mestre est installé en face d’elle, de l’autre côté de la table. Elle est peu large si bien qu’elle peut humer son parfum habituel. Une odeur reconnaissable entre toutes, une senteur singulière. Derrière lui, l’Orageoise s’est emparée de quelques pages brûlées. De dos, elle semble particulièrement concentrée à sa lecture. Rohanna rajuste sa position pour se donner un peu de contenance. Elle n’aimait rien de tout cela. Non, elle n’aimait pas ce soupçon étrange sur cet homme qui pourtant lui avait sauvé la vie -ou d’autres l’auraient laissé à sa lente agonie tant l’opération était délicate et dangereuse. Lui n’avait pas hésité. Opportuniste ou pas le fait est qu’il lui avait sauvé la vie. « Ce qui m’inquiète, c’est votre esprit, les dieux dans leur dualité, dans leur cruauté, ont pourvu notre corps mortel de bien des moyens de guérison, mais très peu pour notre esprit. Au son de votre voix, je peux déjà sentir les milles éclats de votre âme. » Théodora a tourné la tête et son visage est livide. Les mots du mestre parviennent difficilement à capter son attention, elle voudrait se lever et se précipiter vers l’objet de sa curiosité. Son esprit. Il avait répété ce mot plusieurs fois, elle devait s’y raccrocher. « Mon esprit? Oui… oui… vous avez raison mestre Banneth. Mon esprit ! Mon esprit est affreusement dissipé. Je n’arrive pas à me concentrer bien longtemps. Observez de vous-même, vous m’offrez, avec beaucoup de bonté, vos sages paroles et me voilà ailleurs. Je me perds dans mes pensées. » Théodora ne la regarde plus, silencieuse elle s’est relevée et continue de lire. Ses yeux sont grands écarquillés, son esprit semble pris dans un tourment malheureux. « Mes pensées? Elles ne sont pas très belles mes pensées… je… je… enfin… oui, mon âme est brisée. »

Fébriles, ses doigts reposent le verre. Il oscille un instant, puis s’immobilise. Soudainement, elle avait chaud. Elle pouvait sentir une vague brulante et détestable s’emparer de tout son corps. Pourtant, elle était venue ici avec une intention précise. Elle ne devait pas la perdre de vue. Voilà, elle devait respirer, oublier la cheminée et le vélin brûlé, et se concentrer sur ce qu’elle voulait. Son plan était simple, facile, pour une débutante, il fonctionnerait. Il fonctionnerait si elle n’était pas dans cet état alarmé. Retenant son attention, elle pose une main amicale sur celle du mestre. « Pardonnez-moi mestre, je ne veux pas vous faire perdre votre temps si précieux. J’ai entendu que le Grand Mestre Lester sait être exigeant, est-ce vrai? A l’avenir, pour vous éviter toute réprimande, je devrais peut-être me confier à lui et non à vous. Vous êtes très généreux…. très généreux. » Tout aussi rapidement qu’elle s’y était égarée, sa main quitte celle du mestre. Malgré le fait que l’homme qui se trouvait devant elle ait touché son corps nu, se permettant de mettre ses mains jusque dans ses entrailles, ce geste demeurait bien trop intime. « Nous avons déjà parlé du fait que ma bile noire est trop haute… Désormais, et quand bien même nous sommes en été, j’ai bien peur que la pituite la rattrape également. Ah ! mes humeurs ne sont pas équilibrées, mais puisque le corps répare tout… je veux croire que tout s’arrangera. » La Biche Noire était un être atrabilaire, et elle n’avait pas attendu le médecin du Donjon-Rouge pour l’apprendre. Son entourage était largement au fait de ce caractère peut recommandable chez une femme. Depuis sa naissance, elle avait toujours été attachée au tempérament de la terre. Avec les années, le mestre de Gallowsgrey avait tout essayé : cholagogue, purgatif, saignée. Les trois affreux procédés arrivaient toujours après qu'il ait méticuleusement observé ses expectorations, son urine voire ses défécations. Malgré tous les traitements, la mélancolie avait toujours été en elle. Personne n'avait rien pu y faire. Son interlocuteur, grand homme de lettres et de sciences, n’avait certainement pas besoin de connaitre ce long passé pour le comprendre. Un instant, elle hésite. Elle pourrait rester là, boire doucement cette eau fraiche et discuter avec lui. Ils trouveraient les mots, il le faisait toujours. Puis, elle repartirait et tout serait oublié. Ou... elle pouvait continuer de boire doucement cette eau fraiche et s’aventurer dangereusement sur un chemin incertain. « Ce que je veux savoir, moi, c’est si je pourrais à nouveau engendrer des enfants. Vous avez toujours soigneusement évité ce sujet, mais j’aimerais qu’on en parle. Voyez-vous… mon âme me le réclame. »

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Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente

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