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 [FB] Amour excessif, Amour coupable

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mer 31 Jan 2018 - 23:08

Amour excessif, Amour coupable.









Terres de l’Ouest,
Castral Roc,
An 48, Lune 6, Jour 17


« Comment ça, fiancée ? »

Garett leva les yeux du petit parchemin que le mestre de Castral Roc venait de lui transmettre. La missive émanait de Castamere. Elle annonçait avec fierté les fiançailles et le mariage prochain entre deux enfants de grandes maisons de l’Ouest : les Tarbeck et les Reyne. La jeune Allyria Tarbeck, rentrée de Pentos peu avant la fin de la guerre, était désormais promise au cousin du seigneur Byron, Ser Howland Reyne, l’un des héros de la bataille de Port-Réal. Comme c’était de coutume lors des grandes unions de ce genre, le vassal transmettait l’information au suzerain tout en l’invitant d’ores et déjà à assister à la cérémonie qui se tiendrait dans le fief des Reyne.

Face à son seigneur et maître, le mestre bafouilla une vague excuse incompréhensible tout en trifouillant les maillons de sa chaîne. Garett le congédia d’un signe de tête impatient, et il ne se fit pas prier, laissant le jeune lion seul dans les Jardins de Pierre. Pratiquement personne ne visitait le bois sacré du Roc et son petit barral tordu. On disait l’arbre faisant à peine le dixième du barral qui faisait la fierté de la maison Nerbosc. Cela faisait des millénaires que les Ouestriens – et donc les Lannister – avaient abandonné les Anciens Dieux. Toutefois, à la différence de certains, on avait sauvegardé l’ancien lieu saint. Il était toujours entretenu par les jardiniers du Roc, bien que le lieu de prière soit totalement déserté. C’était un endroit qui attirait par son magnétisme. On disait que la plupart des Rois du Roc s’étaient recueillis ici, y compris après s’être convertis aux Sept. Il se murmurait que toutes les grandes décisions qui avaient fait l’histoire des Terres de l’Ouest avaient été prises ici même. Les Jardins de Pierre étaient depuis devenu la retraite de prédilection des dirigeants Lannister.

Garett ne dérogeait certainement pas à la règle. C’était ici même qu’il avait longuement mûri la décision de jeter l’Ouest dans la guerre civile aux côtés des Baratheon et de leurs vassaux. Le jeune aimait à marcher ici, seul. Il aimait arpenter les allées de gravier blanc qui serpentait entre les haies taillées et les arbustes rosiers qui embaumaient. Il aimait s’interrompre quelques instants pour fixer ce visage taillé dans l’écorce blanchâtre de cet arbre à la forme improbable, comme s’il avait grandi au sein d’une tornade, et dont les branches solides portaient ce feuillage rouge qui rappelait les couleurs du blason familial. Les sons qui résonnaient dans les Jardins étaient aussi différents que dans le reste du Roc. Ici, il n’était pas question des cris des mouettes, du grondement de la houle se fracassant sur les falaises en contrebas, des rafales sifflantes en altitude, ni de certaines notes de musique fugaces qui pouvaient s’échapper d’un balcon ou d’une fenêtre ouverte ; il n’était pas non plus question de discussions, de messes-basses, d’éclats de rire francs ou de salutations effusives. Les odeurs semblaient plus pures aussi : nul parfum de Dame, d’effluves de cuisines, d’air iodé ou de bougies parfumées. Rien d’autre que l’air frais de la Nature, l’odeur de l’herbe coupée semblait peser en permanence dans les Jardins de Pierre, parfois accompagnée des douces senteurs des quelques fleurs qui s’épanouissaient timidement dans l’ombre de l’immense arbre blanc. Même l’air semblait plus léger. En ces journées ensoleillées, les lieux étaient idylliques, alors que l’immense cathédrale de pierre qui s’élevait au-dessus comme une gigantesque pièce de dentelle rocheuse laissait filtrer le soleil et le ciel bleu tout en conférant à l’endroit cette atmosphère si particulière, presque… mystique ?

Cette fois-ci, la quiétude des lieux ne suffisait pas à calmer Garett Lannister. Un violent sentiment de rage sourde lui tiraillait le ventre. De la trahison. Encore. N’y avait-il donc personne pour ne pas le trahir ? N’y avait-il donc personne capable d’entretenir avec lui une relation saine et sans arrière-pensées ? Que pouvait être le plan d’Allyria, dans tout cela ? Ils avaient pourtant passés des derniers mois extrêmement intenses, alors qu’ils se voyaient en cachette, dans la chambre de Garett, une fois la nuit tombée et les dangers écartés. Ils n’étaient que deux jeunes gens profitant d’une vie dorée qui leur était offerte par les circonstances, par leurs sangs, par leurs héritages et leurs privilèges respectifs. Ils s’aimaient. Du moins, Garett voulait le croire. Leurs étreintes ne pouvaient pas être autrement que sincères, leurs rires étouffés – alors qu’ils discutaient, enlacés, nus et heureux – ne pouvaient être joués. Alors pourquoi ? Pourquoi ? Cette question obsédait le suzerain. Il ne pouvait s’empêcher d’y voir une certaine forme de malice de la part de la jeune femme. S’était-elle vraiment jouée de lui ? Ne l’avait-elle approché que pour obtenir une place de choix au sein de l’Ouest ? Avait-elle instrumentalisé leur relation d’enfance pour en faire une arme redoutable contre le jeune homme ? Il n’osait y croire, il ne voulait le concevoir.

Il n’était pas n’importe qui. Il était plus que le suzerain de l’Ouest, plus que le Sire de Castral Roc. Il était celui qui avait terminé cette guerre. Il avait été de ceux qui s’étaient soulevés contre la tyrannie du Cruel. On oubliait trop vite tout ce que coûtait la guerre. Mais Garett, lui, n’oubliait pas. Et il n’oubliait pas non plus tout ce que ce continent lui devait. On le surnommait le Jeune Lion, le Rugissant, ou le Faiseur de Roi, depuis la fin de la guerre et l’accession au trône de Jaehaerys. On ne se jouait plus de lui. On respectait la puissance de l’Ouest. Pas simplement l’étendue de ses troupes désormais aguerries, pas simplement les infinies quantités d’or extraites chaque jour des collines austères de la région, pas simplement les noms parfois glorieux qui résonnaient depuis l’Ouest. Non, on respectait cela, bien sûr, mais c’était une nouvelle forme de considération dont jouissait désormais les Lannister, celle du poids politique. Garett n’avait-il pas été celui qui avait réussi à faire mettre à une même table Nymeria Martell et Etaine Arryn, les deux femmes qui se détestaient le plus en tout Westeros ? Et le Conflans n’était-il pas actuellement gouverné par l’un des vassaux du Roc ? Le pouvoir Lannister était à son apogée, le Lion était implacable, le Lion était immanquable. Et une jeune femme d’une famille vassale se jouerait de tout cela ?

Il n’y tenait plus.

Il tourna les talons et quitta les Jardins de Pierre à grandes enjambées, sous le regard du barral. Allyria devait se trouver dans ses appartements, à l’heure qu’il était. Il emprunta l’une des multiples coursives élégamment décorées comme il en existait des centaines dans le Roc. Il descendit deux volées de marches qui avaient jadis été taillées dans la masse de l’énorme rocher qui abritait la dynastie Lannister, et qui étaient désormais construites en marbre. Il passa devant le couloir amenant aux bains du Roc, ce grand complexe qui comportaient plusieurs thermes permettant aux habitants du Roc de se prélasser dans des bains d’eau chaude, des bains d’eau froide, d’autres de vapeur ou même de lait d’amande, ce dernier étant réservé à l’usage exclusif de la suzeraine de l’Ouest. En théorie, le maître des lieux ne pouvait y avoir accès, et pas même le Conquérant n’aurait pu s’y rendre. Il emprunta une nouvelle coursive qui l’amenait directement à traverser des jardins intermédiaires, sur une terrasse extérieure donnant plein Est.

C’était un petit jardin élégant, de haies taillées, et de banc de marbre disposés un peu partout. Un grand balcon le terminait, laissant aux occupants des lieux le loisir d’admirer la ligne infinie de cet enchaînement de plages idylliques et de majestueuses falaises qui constituait les côtes des Terres de l’Ouest. Au loin, on pouvait même distinguer la distante et incroyablement petite silhouette du fief de la maison Prestre : Feux-de-Joie. Une nouvelle fois, Garett ne s’y arrêta pas, traversant le jardin sans le voir, sans un mot ou un regard pour les quelques courtisans présents, alors qu’il serrait dans son poing la missive de Castamere.

Toujours furieux, Garett descendit un nouvel escalier circulaire qui l’amenait non loin du septuaire du Roc. Il ralentit un peu le pas, à l’approche du lieu saint du fief des Lannister. Les lieux avaient toujours eu une signification particulière pour le jeune homme. Il était respectueux des Sept, mais surtout, le septuaire était un lieu chargé en émotions et en souvenirs. Il arriva à la bifurcation qui l’amenait soit au septuaire, soit vers la suite du Roc, et notamment les appartements de la famille suzeraine. Ils étaient aisés à repérer. Les portes à double-battants étaient immenses, savamment décorées et quatre gardes d’honneur du Roc en gardait l’accès en permanence. Deux de ces derniers se raidirent alors qu’ils voyaient leur seigneur approcher à grands pas. Les deux autres s’occupèrent d’ouvrir chacun une porte, laissant le jeune homme blond faire une entrée toujours aussi majestueuse dans ce qui était son chez-lui. La décoration était toujours aussi fastueuse, peut-être même plus qu’ailleurs, alors qu’on retrouvait des tapisseries d’une finesse unique, et des lions héraldiques en or pur. A cette heure-ci, on était en fin de matinée, les lieux étaient vides. La plupart des occupants vaquaient à leurs activités au sein du Roc ou bien même ailleurs, à Port-Lannis, par exemple. Alerie elle-même était sans doute partie en ville, comme elle avait coutume de le faire en matinée pour ne rentrer parfois qu’en milieu d’après-midi. Aujourd’hui, Garett savait qu’Allyria était sur place, puisque c’était le jour où elle répétait ses mouvements à la harpe.

Comme pour confirmer sa conviction, quelques notes doucement pincées sur les cordes tendues d’une harpe coûteuse s’échappaient de la porte pourtant fermée de la chambre d’Allyria. Celle-ci se trouvait non loin de celle d’Alerie. Arrivant à proximité de ladite porte, Garett jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Il était seul, et la grande porte achevait d’être refermée par les gardes restés à l’extérieur. Il continua donc sa marche rapide et ouvrit la porte sans aucune retenue. Cette dernière alla percuter le mur en butée avant de rebondir vers son cadre qu’elle heurta en vibrant légèrement. Le jeune homme était déjà passé. Il referma la porte d’autorité et se retourna.

Allyria était assise à côté d’un splendide instrument qui devait bien faire plus que sa taille, même lorsqu’elle était debout. Il s’arrêta un bref instant, le souffle coupé par la scène de cette jeune femme assise là, au visage angélique, aux cheveux blonds si fins, qui le toisait avec surprise. C’était la première fois qu’il pénétrait dans la chambre d’Allyria. Les lieux étaient à son image. Tout n’était que raffinement et opulence. Une douce odeur sucrée de jasmin blanc flottait dans la pièce tandis que certaines couleurs rappelaient subtilement celles de la maison Tarbeck. Puis, il se souvint de ce qui l’amenait ici, et il rejoignit la jeune femme en quelques enjambées avant de lui brandir la missive sous le nez, l’air furieux, mais surtout réellement et visiblement blessé.

« Tu comptais me le dire un jour ? »



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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Sam 31 Mar 2018 - 11:59

Amour excessif, Amour coupable.









« Un banquet ? En quel honneur ? »

Mon regard trahissait l’incompréhension la plus parfaite. La missive que j’avais reçue au Roc mentionnait une nouvelle de la plus haute importante, réclamant par là même ma venue immédiate à Château-Tarbeck. Et voici que l’urgence se révélait n’être qu’un banquet ?

« Un banquet de fiançailles, Allyria. »

Le regard de Doran était fuyant, à l’opposé celui de ma mère me fixait avec intensité. Je m’étais levée d’un bond lorsque la voix apaisée de ma mère avait fini par exprimer la raison de ma venue à Château-Tarbeck. Il me semblait que tout avait été minutieusement prévu depuis de longues semaines, et voilà que je me retrouvais dos au mur. La nouvelle n’était pas anodine : après des semaines de tractations deux des plus grandes familles de l’Ouest avaient décidé de s’unir. Howland Reyne et sa famille seraient les invités de ma famille en cette soirée, et tout cela avait pour objectif d’officialiser ce qui avait été déjà négocié et signé. Aucun mot n’avait pu sortir de ma bouche tant le choc était rude. J’avais donc été invitée au banquet de mes propres fiançailles. Sans doute l’idée pouvait-elle apparaître comme relativement comique… Si comique que je ne pouvais davantage me retenir de rire. Je riais, sans pouvoir plus m’arrêter. Si ma mère pensait un instant qu’il s’agissait de joie, Doran me connaissait bien trop pour anticiper l’impact qu’une telle nouvelle pouvait avoir sur moi.

« Ally… »

Il s’était approché pour m’enlacer, je le repoussais violemment tout en cessant immédiatement de rire.

« Ne me touche pas ! »

La peine qui colorait ses traits était aussi douloureuse pour moi que celle qui me tordait le ventre à cet instant précis. Nous étions tous trois debout, silencieux, restant immobiles à nous dévisager alors que je ne pouvais trouver aucun mot pour exprimer ma colère. Comment pouvais-je bien expliquer ce qui me poussait à refuser une telle union ? Howland Reyne était un jeune homme brave, connaisseur d’Essos, plus riche que nécessaire et… certains même se hasardait à le trouver très bel homme. Quelle justification pouvais-je bien invoquer pour exprimer la catastrophe que ce mariage représentait pour moi ?

« Je suis demoiselle de compagnie de la suzeraine du Roc ! Je n’ai nul besoin de me marier si vite ! Je… »

« Cela fait bien des années que tu aurais du être mariée, Allyria. Tu es une jeune femme magnifique, de noble naissance, tu feras une épouse grandiose et les Reyne le savent. »

Mais je n’étais pas une épouse. Là était le problème. J’étais l’amante du suzerain de l’Ouest. J’étais amoureuse de Garett Lannister. Voilà ce que j’étais. Voilà la raison qui faisait de moi la pire des épouses pour cet homme. Jetant un regard implorant vers mon frère jumeau, je comprenais que rien d’autre que la vérité ne pourrait changer sa décision, et que cette même vérité détruirait notre famille.

« Doran… S’il te plait… »
« J’aimerais pouvoir t’aider Allyria… mais cet accord a été signé bien avant que je sois en mesure d’agir. »

Je fronçais les sourcils, clairement perdue. Ma mère qui reprenait place dans son fauteuil pris soin d’éclaircir la situation.

« Les négociations d’union ont été menées par Hadrian, Allyria. Il a engagé notre famille dans tout ceci. Il n’y a plus moyen de faire demi tour sans s’attirer les foudres des Reyne. De plus, ce mariage est une union plus que prestigieuse. »

Plus un mot ne pourrait changer les choses, je n’étais pas assez naïve pour me croire capable d’annuler ce mariage savamment orchestré par mon frère ainsi avant qu’il n’aille rejoindre les Sept. Comme une poupée désarticulée, je laissais ma gouvernante me vêtir d’une robe somptueuse préparée pour l’occasion, des joyaux de la famille Tarbeck. Je la laissais me coiffer, me transformer pour me donner l’allure de la fiancée parfaite. Pour la première fois, depuis mon retour de Pentos, je réalisais que plus rien n’était en mon pouvoir.

***


Le banquet s’était déroulé sans encombres. La politesse et la gentillesse de nos invités m’avaient poussé à être charmante et les fiançailles avaient été célébrées avec faste. Sans plus un mot pour mon frère ou ma mère, c’est à la hâte que j’avais fait mes bagages pour retourner au Roc dès le lendemain de la célébration. Le temps me semblait plus que jamais compté à présent. Alors que mon convoi passait les portes de la maison familiale, je m’autorisais pour la première fois à penser à celui que j’avais banni de mon esprit l’espace d’une soirée. Les yeux perdus à l’horizon, je ne voyais pas la campagne défiler… je ne voyais que lui.

Il était évident que la nouvelle de mes fiançailles arriverait bientôt au Roc, et je ne connaissais Garett que trop bien pour ne pas m’attendre à une réaction impulsive. Cela faisait bientôt un an que Garett et moi nous étions retrouvés, d’amis d’enfance nous avions évolué vers une relation amoureuse sincère mais officieuse. Il y avait déjà tant d’obstacles entre nous, nous faisions déjà du tort à l’épouse de Garett… fallait-il vraiment rajouter un autre paramètre dans cette situation chaotique ?

« Nous arrivons bientôt au Roc, ma Lady. »

Le Roc. Sans doute aurais-je pu être très heureuse au Roc si tout n’avait pas été si compliqué. La décision de Garett de me nommer comme demoiselle de compagnie aux côtés de son épouse n’avait été motivée que par la simple envie que je puisse rester à ses côtés, mais elle avait eu de multiples conséquences. Nous avions passé une année à nous cacher, à nous aimer en secret, à redoubler de ruse et d’ingéniosité pour parvenir à nous aimer en toute liberté. Et pourtant nous n’étions pas libres, loin de là. J’avais appris à connaître la suzeraine de l’Ouest, et Alerie était devenue une véritable amie. Jamais jusqu’alors aurais-je pu imaginer trouver en cette jeune femme un esprit aussi indépendant que le mien, et pourtant… Elle me comprenait, je voyais ses blessures et ses combats, les respectait, tout comme elle respectait les miens. Cela aurait été si simple que je puisse trouver en elle une femme odieuse, un être méprisable, peut-être ainsi aurais-je réussi à justifier ma conduire félonne… Rien de tout cela. Je devais trahir pour aimer, et rien ne pouvait plus être simple à présent.

J’avais envisagé de partir, à maintes reprises. Mon départ du Roc était la seule issue possible dans tout cela. Des nuits entières j’avais rempli mes malles, plié bagage… pour finalement tout défaire et me perdre dans les bras de celui qui m’habitait entièrement. Il y avait dans cette relation qui m’unissait à Garett quelque chose d’intangible, une force puissante que nous poussait l’un à l’autre irrémédiablement. Peut-être était-ce parce que nous nous connaissions mieux que quiconque ? Peut-être s’agissait-il là de confiance ? Nous n’avions rien d’un couple apaisé, nombreux étaient les disputes et les emportements. L’amour qui nous unissait était de ceux qui consument, qui détruisent, de ceux dont on ne peut se défaire que par la mort. Pourtant étions-nous prêts à tout risquer pour cet amour ? Sans doute Garett ne l’était-il pas. Je ne l’étais pas non plus, sinon sans nul doute aurais-je annulé coute que coute mes fiançailles avec Howland Reyne. Malgré ce lien indestructible qui faisait de nos deux êtres un tout, une force contraire empêchait nos destins d’être véritablement liés au grand jour. Garett était Suzerain, Garett était marié. A mesure que le Roc se dévoilait dans sa majesté la plus totale, je réalisais que Garett ne serait jamais mien que dans l’obscurité de notre amour secret. J’étais sienne, il était mien, mais cela n’avait aucune valeur aux yeux du monde. Cela ne prévaudrait jamais sur tout le reste. Comment était-il possible que deux êtres soient à ce point destinés l’un à l’autre, et pourtant à ce point incapables de s’appartenir à jamais ?

Lorsque le convoi s’immobilisait, j’essuyais les larmes que je n’avais pu retenir. Rabattant la capuche de mon manteau afin de dissimuler les traits peinés de mon visage, je me hâtais de joindre mes appartements. Il était tard, et il me faudrait être prête pour accompagner Alerie au cours de sa promenade matinale dans les jardins. Je me réjouissais de la revoir, peut-être parviendrais-je alors à oublier les tourments qui m’avaient étouffée durant ce voyage.

***

Une semaine s’était écoulée. Sept journées de culpabilité. J’avais accompagné Alerie, nous avions ri et dansé, nous nous étions promenées pour profiter du soleil et nous avions joué de la musique… Sept nuits de traitrise, à enlacer celui que j’aimais sans jamais trouver le courage de lui avouer ce qu’il allait finir par apprendre d’une autre bouche que la mienne. Comment seulement lui annoncer ce qui m’avait déjà tant désarçonnée ? Je n’avais rien choisi de ce mariage, et pourtant il me revenait de lui annoncer. Il me revenait d’affronter ses foudres. Pourtant je n’avais pas réussi à le faire. Les nuits que nous avions passées ensemble s’étaient révélées idylliques. Sans même le vouloir, Garett avait eu les gestes et les mots adéquats pour apaiser la douleur qui me hantait. Il avait été si doux, si présent, si amoureux, que jamais encore je n’avais trouvé la force de gâcher l’instant pour lui annoncer mes fiançailles. J’étais égoïste et effrayée. Je savais que la nouvelle changerait tout, qu’elle bouleverserait le petit paradis que nous nous étions construit, et j’avais voulu préserver ce paradis jusqu’au dernier moment.
La porte qui s’ouvrait à la volée jusqu’à aller heurter le mur avec une violence inouïe me fit sursauter, mais je ne criais pas. Délaissant l’instrument sur lequel je m’acharnais depuis des heures, je faisais volte face et tombait sur Garett…

Il y avait sur son visage une expression de profonde colère, de déception, sans doute même de douleur. Le parchemin qu’il tenait était comme chiffonné dans son poing serré, mais je n’avais aucun doute sur la teneur des propos qu’il avait apporté.

    Il savait.


Je me levais, sans hâte, tentant de lutter contre la paralysie qui s’était emparée de moi. La fenêtre s’était ouverte en même temps que la porte, laissant un vent tiède s’engouffrer dans la pièce, faisant par là même se mélanger nos parfums respectifs. Tout son corps semblait tendu par la colère, et alors qu’il s’approchait, je ne prenais pas la peine de reculer car la proximité de nos deux corps était sans doute la seule chose capable de me rassurer.

« Tu comptais me le dire un jour ? »

Evidemment. J’avais voulu lui dire chaque jour, chaque nuit. Chaque baiser semblait comme un aveu de ma part, j’avais voulu lui dire… tant de fois.

Ma rencontre avec Howland n’avait pas été le drame auquel je m’étais attendue. Le plan de table convenu nous avait évidemment placé l’un à côté de l’autre et si le début de la soirée s’était déroulé principalement dans le silence et l’embarras, nous avions rapidement trouvé des intérêts communs.

Je m’en voulais d’avoir apprécié Howland, d’avoir apprécié ce moment à ses côtés, d’avoir fait en sorte de sortir Garett de mon esprit. Cela avait été un mécanisme de défense comme il y en avait tant, après tout que pouvais-je bien faire d’autre ?

Je m’approchais de lui mais ne le touchais pas, je connaissais Garett et je le savais aussi impulsif que je l’étais. Alors que le silence commençait à devenir pesant.

« Garett… »

Je m’arrêtais un instant, dévisageant celui qui partageait officieusement ma vie depuis près d’un an à présent. Le dépassant rapidement, j’attrapais la porte afin de la refermer sur ce qui s’annonçait comme une tempête. Je ne savais pas même s’il me restait suffisamment de forces pour affronter le courroux de mon amant… il me semblait qu’à mesure que les jours s’écoulaient je perdais de mes forces et m’enfonçais dans une fatigue immobilisante. Me replaçant face à lui, je plongeais mon regard dans le sien.

« Bien-sûr que j’allais t’en parler… Je n’ai jamais trouvé le moment adéquat, s’il en est un. »

Je prenais le temps de respirer profondément, comme pour repousser le vertige qui menaçait mon équilibre.

« Te souviens-tu de la missive de Château-Tarbeck requérant ma présence la semaine dernière ? C’était de cela dont il s’agissait. Les fiançailles auraient été signées par mon frère Hadrian, et n’ont refait surface qu’aujourd’hui… »


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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Lun 16 Avr 2018 - 22:44

Amour excessif, Amour coupable.









    Par les Sept, qu’elle était belle.


Allyria Tarbeck avait toujours porté en elle une élégance innée. Garett avait toujours été stupéfait par cet état de fait, alors qu’il était bien incapable, après des années passées à se côtoyer, par pouvoir identifier ce qui rendait la jeune femme si attractive. C’était quelque chose qui dépassait les robes élégantes et aux décolletés si savamment travaillés. C’était quelque chose qui dépassait le maintien aristocratique qui laissait ses épaules droites et son dos légèrement cambré. C’était quelque chose qui dépassait cet air mutin, cette fierté insolente qui irradiait de son regard et de son attitude. Elle était une fille de la Tour Tarbeck, comme certains surnommaient parfois le fief de sa maison. L’une des plus riches et l’une des plus influentes de l’Ouest. Les Tarbeck avaient cette réputation de chevaliers pieux, et elle n’était pas usurpée. Ils avaient dans leur histoire de nombreux grands guerriers de l’Ouest, et de nombreux protecteurs de lieux saints. On murmurait que plusieurs Tarbeck étaient même devenus Grand Septon au cours de l’Histoire.

Si la beauté d’Allyria était l’une de ses grandes forces et indéniables qualités, elle n’en était certainement pas la seule. La jeune femme avait toujours eu un esprit indépendant. Peut-être même un peu trop, au vu des convenances et des coutumes en Westeros. Cela l’avait conduite à devoir s’exiler à Pentos. Son caractère était digne d’un volcan. D’une minute à l’autre, elle pouvait exploser et tout ravager sur son passage, parfois de manière définitive. Garett se rappelait encore de leur altercation – violente – quelques instants après leurs retrouvailles. Ils étaient tous les deux heureux de se retrouver, et pourtant, tout avait explosé en quelques instants. Le lendemain, des dizaines de cavaliers étaient en campagne pour retrouver la jeune femme de Château Tarbeck qui avait fui le convoi sensé la ramener en Terres de l’Ouest.

Garett savait donc à quoi il avait à faire en cette belle journée d’Eté au Roc. Il savait qu’il risquait de provoquer la fureur de la jeune femme, mais il n’en avait cure. Comment pouvait-il se préoccuper de cela quand elle s’était jouée ainsi de lui ? Quelle trahison. N’y avait-il donc rien sur cette terre pour alléger son fardeau de suzerain ? Furieux, rugissant, il la regarda approcher calmement, elle était tel un roc au milieu des flots déchainés. Elle avait compris, instantanément. Elle n’avait pas eu besoin de lire le petit parchemin. Elle se tenait désormais devant lui dans un silence assourdissant. Seul Garett était animé d’un mouvement, alors que son poitrail se soulevait rapidement et irrégulièrement, mû par le souffle aigre du fauve blessé.

« Garett… »

Une sueur froide coula dans le dos du jeune homme lorsqu’elle prononça son prénom. Il n’arrivait toujours pas à se faire au fait qu’elle le disait avec autant d’affection, comme s’il s’agissait d’un trésor unique, qu’elle chérissait de tout son cœur et qu’elle savait uniquement sien. Il plongea son regard dans le sien. Ses yeux étaient semblables à l’azur du ciel, d’une pureté presque absolue, alors que quelques iridescences noisette vers le bord de sa pupille. Le même bleu que le blason des Tarbeck. Il décida, malgré tout, de rester le plus impassible soutenant son regard.

« Bien-sûr que j’allais t’en parler… Je n’ai jamais trouvé le moment adéquat, s’il en est un. »

Un sourire nerveux s’afficha sur le visage de Garett avec une expiration de dédain désarçonnée. Il ne savait plus quoi penser tant le calme d’Allyria le stupéfiait.

« Te souviens-tu de la missive de Château-Tarbeck requérant ma présence la semaine dernière ? C’était de cela dont il s’agissait. Les fiançailles auraient été signées par mon frère Hadrian, et n’ont refait surface qu’aujourd’hui… »

C’était plus qu’il ne pouvait en supporter. Il se détourna d’elle en faisant les cent pas dans la chambre de la jeune femme. Sa fureur remontait de nouveau. Tout le monde s’était joué de lui. Le projet était visiblement plus ancien que prévu. Et personne ne lui en avait soufflé mot ? Ni les Tarbeck, ni les Reyne. Hadrian avait toujours été d’une stupidité péremptoire unique dans les Sept Couronnes, mais Garett aurait espéré mieux de la part de son beau-père Byron Reyne. Il faudrait qu’il s’occupe de son cas, un jour. Il était grand temps de rappeler aux Reyne de Castamere quelle était leur place. Et cet incompétent de Talbott qui n’avait pas même été fichu de trouver l’information. Ce n’avait pourtant pas dû être dissimulé de manière excessive, cela n’avait rien de secret : en témoignait cette invitation officielle. Furieux, tournant comme un lion en cage, Garett maugréait le nom du frère désormais décédé d’Allyria.

« Hadrian, Hadrian, Hadrian… »

Sous le coup de la rage, il envoya au sol un élégant vase de porcelaine.

« Il a bon dos, cet abruti d’Hadrian ! »

Il pointa un index accusateur sous le nez d’Allyria.

« Personne ne m’a tenu au courant de cette histoire, Ally. Personne. Je l’apprends aujourd’hui, comme le dernier des idiots. »

Ses épaules s’affaissèrent soudain alors qu’il réalisait qu’il allait peut-être perdre la femme qu’il aimait, avec laquelle il pouvait vivre tel qu’il le souhaitait. Il n’y avait qu’avec elle, au creux de son épaule, la tête enfouie dans ses cheveux blonds, qu’il pouvait être lui-même, et redevenir, pour quelques instants rares et précieux, celui qu’il était vraiment : Garett Lannister, et seulement Garett Lannister. Pas le suzerain, pas le seigneur du Roc, pas le chef de la maison Lannister, pas le Faiseur de Roi. Rien d’autre que Garett. Il se tourna soudainement vers Allyria, l’air soudainement inquiet.

« Dis-moi… Tu ne songes quand même pas à vraiment l’épouser ? Tu ne vas quand même pas faire ça ? Tu ne vas pas nous infliger ça ? Ally ? Dis-moi que tu ne vas pas faire ça. Promets-le moi ; tu ne peux pas faire ça… »



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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Jeu 10 Mai 2018 - 17:48

Amour excessif, Amour coupable.









« Hadrian, Hadrian, Hadrian… »

Le fracas de la porcelaine se brisant contre le mur était presque assourdissant. Garett, qui faisait les cent pas, ne s’en était sans doute pas rendu compte, mais jusqu’au moment de l’impact le silence avait été assourdissant. Le seul bruit des pas du jeune homme raisonnait dans la pièce comme dans un cathédrale, quant à moi je ne pouvais que rester silencieuse.

« Il a bon dos, cet abruti d’Hadrian ! Personne ne m’a tenu au courant de cette histoire, Ally. Personne. Je l’apprends aujourd’hui, comme le dernier des idiots. »

Je pouvais comprendre sa colère, sans doute était-elle méritée. J’avais partagé cette rage et avais fini par me rendre à l’évidence : nous devions accepter ce que nous ne pouvions plus empêcher. Sans doute Garett ne réalisait-il pas la véritable portée de la décision d’Hadrian. Il ne s’agissait pas simplement d’un mariage organisé entre deux grandes familles de l’Ouest… il s’agissait de me faire souffrir jusqu’au bout. Howland Reyne était un preux chevalier, un jeune homme charmant… il n’en était pas moins le père d’une batarde, enfantée par delà les mers dans la ville de Pentos. Howland Reyne conservait comme un trésor le souvenir de cette femme qui lui avait donné un enfant. Hadrian m’avait promise à un homme qui ne pourrait jamais me voir qu’au travers de ce qu’il avait pu vivre avec une autre femme. Voilà donc ce qui m’attendait : un mariage, avec un homme qui aimait une autre femme. Et après tout, n’était-ce pas que justice, puisque je l’épousais en aimant un autre homme ?

« Je sais… »

Je déposais délicatement ma main sur son omoplate, l’effleurant à peine de peur que ce contact ne fasse qu’amplifier sa colère. Pourtant il me semblait que cette colère avait disparue d’un seul coup. Les épaules affaissées de Garett laissaient transparaître une peine incommensurable, perçant mon cœur tant il m’était douloureux de le voir souffrir. Lorsqu’il se retournait, son regard trouvait instinctivement le mien, et nous restions un instant silencieux, nous regardant simplement. Il n’y avait plus de colère dans ses yeux, mais quelque chose de bien différent. De… l’inquiétude ? Instinctivement je déposais ma main sur sa joue fraîche, le contraste de ma peau contre la sienne provoquait une salve de frisson le long de mon dos, et je ne pouvais nier que le simple fait d’établir un contact physique avec lui suffisait à m’apaiser.

« Dis-moi… Tu ne songes quand même pas à vraiment l’épouser ? Tu ne vas quand même pas faire ça ? Tu ne vas pas nous infliger ça ? Ally ? Dis-moi que tu ne vas pas faire ça. Promets-le moi ; tu ne peux pas faire ça… »

« … Pardon ? »

C’est bien malgré moi que je lui coupais la parole. Les mots semblaient s’être échappés de ma bouche à mesure que je prenais la mesure de ce qu’il me disait. Je retirais ma main instinctivement, comme l’on fuit une braise incandescente pour éviter la brûlure. Je me reculais d’un pas, puis d’un autre, mon regard toujours fixé dans le sien. Il n’y avait plus de tristesse ou de compassion dans le regard que je lui adressais, mais bien une colère couvée, menaçant d’exploser à chaque instant.

Je ne pouvais pas nous infliger ça ?

La scène avait quelque chose de bien trop ridicule pour que je puisse retenir le rictus qui s’échappait immédiatement de mes lèvres.

« Je ne peux pas nous faire ça ? »

J’étais comme à bout de souffle. Ma voix laissait transparaître une froideur olympienne mais la teinte rosée qui teintait à présent mes joues trahissait ce qui me tordait l’estomac. Fidèle à ses pires instincts, Garett se laissait aller à l’égoïsme le plus vil. J’avais du mal à croire même qu’il avait pu oser me rendre potentiellement responsable de la situation vers laquelle nous nous dirigions.

« Est-ce que tu t’entends ? »

Jetant un coup d’œil aux débris de porcelaine qui ornaient le sol non loin de nous, je dus me faire violence pour retenir la pulsion qui me hurlait de lui lancer à la figure vases, verres, chaises et tout autre objet se trouvant à proximité.

« Evidemment que je vais me plier à ce mariage, Garett ! As-tu la moindre idée de ce qui se joue ici ? »

C’était à présent à moi de faire les cents pas. Il me forçait à parler de ce mariage comme une idée que je pourrais approuver. Je n’avais rien demandé de tout cela. Pas une seconde avais-je été consultée pour les négociations, et pour cause je n’étais pas même à Westeros. Pas une seule seconde m’avait-on donné le choix. Ma famille, mon propre jumeau avait accepté de me vendre à la famille Reyne sans se préoccuper de ce que j’avais à dire. A présent, il me fallait en plus défendre cette idée comme la mienne face à celui que j’aimais ?

« L’honneur de ma famille ! L’honneur de mon nom ! La réputation de Doran ! Ne crois-tu pas que ma famille a bien assez perdu ces dernières années ? »

Je m’arrêtais de marcher, à bout de souffle et à deux doigts de m’évanouir tant l’émotion qui obstruait ma gorge et me tordait l’estomac semblait s’intensifier. Prenant un instant appui contre la desserte contenant les boissons, je fermais les yeux comme pour tenter de m’ancrer, m’empêcher de me laisser emporter trop loin. Cette fois je ne pouvais plus empêcher les larmes de couler. La colère n’avait jamais été le principal motif de mon emportement. J’étais malheureuse. Malheureuse et inquiète. Je ne pouvais tourner le dos à ma famille en refusant ce mariage, et pourtant je ne parvenais pas à me résoudre à l’accepter. L’accepter, c’était renoncer à ma liberté d’aimer. L’accepter, c’était signer la fin de cette période heureuse et innocente où j’avais été aimée et avais aimé en retour.

« Je n’ai pas demandé ce mariage, Garett… Jamais je n’aurais appelé de mes vœux un mariage avec Howland Reyne. Il n’y a qu’une seule personne que je veux dans ma vie et dans mon lit… »

Je relevais les yeux, essuyant rageusement les larmes qui s’en écoulaient pour fixer mon amant avec un air plus dur que jamais. Il me voulait pour lui seul, il voulait me posséder quand je n'avais aucune chance d'obtenir le même privilège sur lui. S'en était trop.

« … Cependant il s’avère qu’il a choisi d’épouser une fille cadette de la famille Piper. Contre l’avis de tous. Pour des terres. »

Je m’approchais à présent, dépourvue de larmes, simplement blessée et déterminée à quitter cette pièce et la présence du suzerain au plus vite.

« Je n’ai pas de place dans ton avenir, la seule place que tu me réserves est dans ton lit. Comme ta place est difficile, Garett. Une épouse à honorer et une maîtresse pour te réchauffer. C’est ça, n’est-ce pas ? »

Je m’approchais toujours plus de lui, le corps tendu, les poings serrés, comme habitée par une rage que je n’arrivais plus à contrôler.

« Tu n’aimes pas l’idée qu’un autre homme me touche, c’est ça ? Tu n’aimes pas l’idée de me voir porter le nom de Reyne ? Et si tu m’enfermais dans cette chambre ! Toi seul en aurais la clé ! Et tu pourrais venir me prendre à ta guise ! C’est donc ça que vous voulez, monseigneur Suzerain ? »

Je ne contrôlais plus rien. J’avais hurlé de toutes mes forces, lançant une coupe de cristal en direction de Garett et le loupant largement. Je ne pensais pas un traitre mot de ce qui sortait de ma bouche. Garett m’aimait. Je le savais. Je ne pouvais pas en douter, pas maintenant. Je semblais incapable de maitriser mes émotions, complètement ravagée par l’idée de devoir épouser un autre homme, ravagée par la jalousie de voir Garett marié à une autre, de la savoir capable de l’aimer au grand jour, en droit de porter son nom, de le toucher aux yeux de tous, lorsque mon territoire était celui de l’obscurité et du secret. Cela faisait trop. S’en était trop pour moi. Je savais que nous nous dirigions vers des eaux troubles où tout ne pouvait que menacer notre amour et notre équilibre. Je savais que mon attitude hystérique ne pouvait que faire s’empirer les choses. Et pourtant… ainsi allait notre amour.

Il fallait que je sorte. La pièce semblait rapetisser à mesure que le temps s'écoulait et je manquais d'air. Passant aux côtés d'un Garett immobile, je me dirigeais vers la porte. Rien au monde ne pouvait sauver ce que nous étions en train de détruire, et je ne voulais qu'une chose : échapper à ce tourbillon de catastrophe par lequel ma vie semblait être avalée



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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Dim 22 Juil 2018 - 19:24

Amour excessif, Amour coupable.









« … Pardon ? »

Ce simple mot déclencha en Garett une violente et irrépressible envie de se fortifier alors qu’il sentait qu’il avait déchaîné une lame de fond qui approchait lentement, dont la menace, invisible mais aisément pressentie par le Jeune Lion, semblait planait au loin. Rien ne permettait encore de véritablement savoir ce qui allait se passer, mais le jeune homme connaissait trop bien son amie d’enfance et amante d’aujourd’hui pour ne pas savoir anticiper les signes avant-coureurs d’un de ces moments difficiles où la jeune femme perdait tout contrôle sur elle-même.

Elle retira subitement sa main, comme horrifiée par une quelconque découverte. Dans son mouvement, elle recula de quelques pas, ses yeux restants accrochés à ceux de Garett. Il connaissait bien assez le regard d’Allyria pour y déceler toutes les émotions qu’elle ressentait : regret, déception, et surtout, surtout de la colère. Ce n’était pas une simple colère passagère comme tout le monde pouvait en avoir, non. C’était une colère des plus profondes, des plus viscérales, des plus noires. C’était une fureur de vivre, une rage qui allait tout embraser et qui laisserait forcément des traces. Sa bouche se tordit en une grimace alors qu’elle s’exclamait avec autant d’indignation que d’incrédulité.

« Je ne peux pas nous faire ça ? »

La voix était glaciale. Elle tentait de se maîtriser. C’était évident. Elle tremblait légèrement alors que même son visage si élégant s’empourprait lentement. Garett, lui, ne disait plus rien, se préparant à encaisser le choc. Il viendrait, il en était convaincu. L’eau se retirait, symbole immanquable et absolu de la venue du raz-de-marée qui emporterait tout.

« Est-ce que tu t’entends ? »

Ce fut au seigneur du Roc de lancer un regard mauvais à la demoiselle de Château Tarbeck. Bien entendu qu’il s’entendait, et à quoi diable s’était-elle attendue ? Il n’avait pas été mis au courant, il apprenait cela comme le dernier des paysans, et pas même de sa bouche. Il n’allait tout de même pas lui porter un bouquet de fleurs pour la féliciter ?!

« Evidemment que je vais me plier à ce mariage, Garett ! As-tu la moindre idée de ce qui se joue ici ? »

Oh que oui. Il en avait parfaitement conscience. Et son regard devint plus sombre alors que le suzerain faisait son entrée dans la pièce où seuls Garett et Allyria avaient été. Et le suzerain en Garett, lui, ne pouvait que voir ça d’un œil très modestement enthousiaste. Les Reyne et les Tarbeck comptaient parmi les plus puissantes familles de l’Ouest. Une alliance à un niveau aussi élevé dans leurs rangs avait de bonnes chances de les rapprocher durablement. Politiquement, le coup était de maître. Hadrian Tarbeck avait beau avoir été un immonde personnage, il avait visiblement toujours eu le sens de la politique. C’était désormais Allyria qui faisait les cent pas dans la pièce, gesticulant légèrement, ses cheveux blonds tressautant à chaque fois qu’elle prenait la parole.

« L’honneur de ma famille ! L’honneur de mon nom ! La réputation de Doran ! Ne crois-tu pas que ma famille a bien assez perdu ces dernières années ? »

Garett se retint de lever les yeux au ciel. Sa famille, son honneur. Il avait envie de lui jeter à la face qu’elle aurait pu y réfléchir avant de perdre sa vertu, avant de se faire exiler en Essos. Cela n’aurait cependant servi à rien dans la résolution de la crise qui les opposait, et il garda son calme. Allyria avait toujours été obsédée par sa famille, comme si elle voulait tout faire pour réparer les torts qu’elle avait pu causer auparavant. Essoufflée, la jeune femme s’arrêta, regardant brièvement dans le vide, prenant appui sur la petite desserte élégante qui se trouvait à ses côtés. Durant un instant, Garett faillit s’avancer pour la rattraper alors qu’elle semblait sur le point de s’évanouir. Les larmes commençaient à couler sur ses joues enrougies, mais le jeune homme ne bougeait pas, comme tétanisé.

« Je n’ai pas demandé ce mariage, Garett… Jamais je n’aurais appelé de mes vœux un mariage avec Howland Reyne. Il n’y a qu’une seule personne que je veux dans ma vie et dans mon lit… »

Elle fixa son regard dans le sien, une nouvelle fois. Cette fois, ce n’était plus le désespoir qui habitait ces yeux bleus. Elle le jugeait, elle le jugeait avec toute la violence que cela supposait.

« … Cependant il s’avère qu’il a choisi d’épouser une fille cadette de la famille Piper. Contre l’avis de tous. Pour des terres. »

Ce coup-là, Garett ne l’avait pas vu venir. On y était, la lame de fond avait surgie, d’un coup, renversant tout sur son passage, terrassant toutes les fondations possibles et imaginables alors qu’elle était mue par une force incommensurable. Le Jeune Lion faisait les yeux ronds, regardant la jeune femme qui s’approchait désormais de lui, l’air furieuse, l’air blessée. Voilà ce qui n’allait pas entre eux. Elle était son amante et ne l’acceptait pas. Alerie était au cœur de toute cette histoire, et visiblement, Allyria avait du mal à en faire abstraction. Comme pouvait-elle ? Ni elle, ni lui, ne pouvait oublier cette jeune femme dont ils bafouaient l’existence même à chaque fois qu’ils se retrouvaient. Elle n’avait rien demandé. Leur relation avait été idyllique, durant quelques semaines, jusqu’à ce terrible repas, peu avant le départ de Garett pour les Terres de la Couronne et la bataille de Port-Réal. Plusieurs mois où il avait ruminé cette dispute violente, à côté de laquelle l’altercation avec Allyria passait pour un simple désaccord.

« Je n’ai pas de place dans ton avenir, la seule place que tu me réserves est dans ton lit. Comme ta place est difficile, Garett. Une épouse à honorer et une maîtresse pour te réchauffer. C’est ça, n’est-ce pas ? »

Garett serra fortement la mâchoire alors qu’elle se rapprochait toujours de lui. Elle était profondément injuste. Il l’aimait. Il avait aimé Alerie, un temps. Depuis, ils travaillaient ensemble à donner la meilleure image d’eux-mêmes à tous pour que l’Ouest ne se doute de rien, mais en coulisse, il n’y avait ni amour, ni tendresse. Et cela n’était pas près d’arriver alors que les pensées de Garett revenaient sans cesse à cette jeune fille de la maison Tarbeck qu’il ne pouvait pas posséder autrement que dans la clandestinité.

« Tu n’aimes pas l’idée qu’un autre homme me touche, c’est ça ? Tu n’aimes pas l’idée de me voir porter le nom de Reyne ? Et si tu m’enfermais dans cette chambre ! Toi seul en aurais la clé ! Et tu pourrais venir me prendre à ta guise ! C’est donc ça que vous voulez, monseigneur Suzerain ? »

Elle avait terminé sa dernière phrase en hurlant, attrapant une coupe de cristal pour la lancer dans sa direction. Le projectile manqua complètement Garett et alla se fracasser dans un crissement de verre pilé sur le mur plus loin. Le Lannister lui jeta un regard courroucé, mi-surpris, mi-outré qu’elle ait pu faire cela. La relation entre Garett et Allyria n’était pas celle qu’on comptait dans les balades et les comptines. Rien n’était calme. Leur relation était extrême à tout point de vue. Lorsqu’ils se retrouvaient, ils étaient capables de s’aimer avec passion durant des heures entières, vivant une espèce de lune de miel perpétuelle, où chaque soir était un éternel recommencement, chaque minute passée dans les bras de l’autre était une délectation. Et parfois, leurs tempéraments se retrouvaient en opposition, et les deux fiers représentants de leurs culture ouestirenne se disputaient fort, mais cela ne durait pas, et les mots prononcés étaient toujours mesurés pour ne pas blesser l’autre en son for intérieur. Désormais, Allyria se dirigeait vers la sortie, ayant craché tout son venin et cherchant à s’enfuir avant le retour de feu. Il n’en était pas question et le suzerain l’attrapa par le bras, sans vraiment la regarder, il n’avait pas bougé, se contentant de tendre la main au dernier moment pour attraper Allyria.

« Allyria. »

Il ne prononçait pas souvent son prénom complet. Sa voix était d’un calme olympien. Il ne semblait ne pas avoir pris ombrage de tout ce qui avait pu être dit quelques instants plus tôt. C’était évidemment faux. Garett était blessé par les propos qu’Allyria venait de tenir, mais il n’en manquait rien. Il se retourna lentement, sa main exerçant une poigne ferme mais douce sur l’avant-bras de la demoiselle, et plongea son regard dans ces deux turquoises qui le dévisageaient.

« Arrête. »

Une immense lassitude émanait de la voix du suzerain. Il n’avait pas envie de se battre, quand bien même une fureur sourde lui contractait l’estomac et lui brûlait les poumons. Ils étaient tous les deux de nouveau très proches. Il sentait le parfum de jasmin d’Allyria qui embaumait plus fort maintenant qu’elle était toute proche. Le contact de sa peau sous sa main l’électrisait. Pour autant, il n’oubliait rien.

« Tu as déversé tout ton venin, c’est très bien. Tu vas désormais t’enfuir en rase campagne ? »

Il la toisait aussi durement qu’il pouvait. Par les Sept qu’il l’aimait. Comment ne pas céder à une personne aussi incroyable ? Non seulement elle était l’une des plus belles femmes de l’Ouest, mais en plus elle avait un caractère si particulier : très difficile, certes, mais cela changeait tellement de toutes les femmes transparentes que l’on pouvait croiser. Il était impossible de ne pas remarquer Allyria Tarbeck, et encore moins de ne pas la convoiter.

« Tu ignores encore bien des choses, Ally. Notamment sur celle qui est, effectivement, pour notre plus grand malheur à tous les deux, ma femme. »

Cette fois, les traits de Garett se durcirent alors qu’il la regardait en se remémorant les dernières paroles de la jeune femme.

« Ce que tu n’ignores pas, c’est que je t’aime. Je t’aime à en mourir, Allyria Tarbeck. Je ne désire que toi, et je conquerrai le monde en ton nom. »

Il se sentait de nouveau transporté par la beauté hypnotique de son amante. Il ne pouvait pas résister à son attraction magnétique, à ses yeux bleu clair si profonds, à cette bouche si souvent avide d’amour, et cette personnalité si brûlante. Il se pencha lentement pour l’embrasser sur la clavicule, avec douceur mais autorité, ne sachant plus si c’était la colère contenue ou son amour pour elle qui parlait.

« Si je le pouvais, j’abandonnerais tout pour toi, pour pouvoir vivre à tes côtés : mon or, mon titre, mon fief, mon nom. »

Il déposa ses mains sur sa taille et un baiser sur ses lèvres charnues. Puis, sans douceur ni violence, il la repoussa contre le mur, le regard dur.

« Il serait temps que tu t’en aperçoives pour de bon. »

Ce faisant, il l’embrassa avec fougue, ses mains glissant lentement le long de son corps, alors qu’il sentait sa tête tanguer sous le geyser d’émotions qui s’était ouvert en lui. Douleur, colère, honte, amour, envie, déception, tristesse, jalousie, trahison, confiance… Tout se mélangeait en un capharnaüm silencieux de couleurs, de senteurs et de sons inaudibles. Seule certitude, le sang battait violemment à ses tempes alors qu’il se laissait guider par son instinct et les réactions d’Allyria.



    Ils allaient sombrer. Encore.

      Un nouveau moment d’éternité.






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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mer 29 Aoû 2018 - 15:46

Amour excessif, Amour coupable.









« Allyria. »

La main qui entourait à présent mon bras n’était pas ce qui m’avait empêchait de quitter la salle à toute hâte. Mon prénom prononcé par la voix presque brisé de Garett avait eu l’effet d’une porte qui se claque. Arrêtée en plein mouvement, je restais un instant  à fixer la porte qui se trouvait à quelques mètres de nous. Le regarder signifiait rendre tout cela réel. Sans doute avais-je perdu la raison et sans doute les choses qui s’étaient échappées de ma bouche avaient été d’une violence démesurée, mais n’en étaient-elles pas moins partiellement vraies ?

Je n’étais pas de celles qui réclamaient le mariage, les honneurs et la gloire. Je voulais aimer et être aimée, je voulais vivre avant qu’il ne soit trop tard. Personne ne vivait réellement dans notre monde, il était coutume de se battre pour des causes qui ne sont pas les nôtres, de perdre la vie au nom d’un roi ou d’un autre, de délaisser les élans de nos cœurs pour honorer une promesse d’un ancien temps. Je m’étais promis d’être de celles capables de combattre cet ordre millénaire qui voulait que les êtres nés femmes soient porteuses d’une certaine responsabilité. Je m’étais promis de ne jamais rien attendre de Garett, de faire de notre relation cet ilot d’insouciance et de bonheur dont nous avions tous deux besoin. Pourtant était-ce réellement possible ? J’avais engagé mon cœur, mon corps, mon âme, tout ce que je possédais même dans cette relation qui comblait tous mes désirs et mes besoins. J’avais tenté d’ignorer la réalité, de la repousser toujours plus loin pour obtenir un jour, une semaine, un mois de plus dans cette illusion d’un amour sans tâches.

« Arrête. Tu as déversé tout ton venin, c’est très bien. Tu vas désormais t’enfuir en rase campagne ? »

La réalité était toute autre, et elle venait de me heurter en plein visage. Garett Lannister et Allyria Tarbeck n’avaient aucun avenir ensemble. Aucun. Nous avions beau nous évertuer à ignorer ce fait, mais il était irréfutable. Garett était marié, à une femme incroyable que je respectais et que j’aimais bien plus que je ne pouvais l’avouer. Il était marié et ce vœu noué devant les Sept n’était pas de ceux dont on se libère aisément. Rien d’autre ne me serait accordé que le secret et un amour étouffé par l’obscurité. Nous nous aimions plus que de raison, mais il n’y avait pas d’avenir entre nous. Quelle issue nous attendait alors ? Nous pourrions continuer à nous aimer en secret, à laisser libre cours à cette attraction qui nous dévorait. Puis nous détruirions tout sur notre passage. L’un et l’autre finiraient par en attendre tellement de l’autre que le bonheur n’aurait plus sa place dans notre couple. Ce que nous avions était précieux, c’était un morceau de bonheur à l’état pur, mais étouffé comme il l’était ce bonheur ne pouvait espérer autre destin que l’amertume et la haine.

Je finirais par le haïr de ne pouvoir me donner plus, il finirait par me haïr d’en vouloir autant. Et comment ne pourrais-je pas me haïr d’en attendre autant de lui lorsque je m’étais fait cette promesse solennelle de ne jamais dépendre de qui que ce soit ? Je bafouais mes principes, je foulais aux pieds une amitié précieuse et mettait en jeu la dignité d’une femme admirable.

« Tu ignores encore bien des choses, Ally. Notamment sur celle qui est, effectivement, pour notre plus grand malheur à tous les deux, ma femme. »

Je n’ignorais plus rien. Pour la première fois en plus d’un an j’avais ouvert les yeux sur le chaos qui nous étions doucement entrain de créer, tous les deux. Nos regards se mêlaient, il n’y avait que Garett pour accrocher mon regard de cette manière hypnotique. J’avais voulu détourner les yeux, laisser libre chemin aux larmes qui menaçaient de se déverser depuis de longues minutes. Je n’y parvenais pas.

« Ce que tu n’ignores pas, c’est que je t’aime. Je t’aime à en mourir, Allyria Tarbeck. Je ne désire que toi, et je conquerrai le monde en ton nom. »

Alors que ses lèvres se déposaient tendrement à la base de mon cou, je détournais finalement le regard, et ne pouvais plus avant retenir mes larmes. Il m’aimait, je l’aimais, et pourtant il me fallait partir, pour de bon cette fois. Rester après tout cela signifiait abandonner toute raison.

« Si je le pouvais, j’abandonnerais tout pour toi, pour pouvoir vivre à tes côtés : mon or, mon titre, mon fief, mon nom. »

Ses mots ne faisaient que confirmer l’intuition que j’avais eue plus tôt, nous nous dirigions vers l’autodestruction, vers le chaos.

« Garett… »

C’est sans douceur qu’il déposait ses lèvres contre les miennes, presque impérieux, prenant ce que je n’étais pas sûre d’être en mesure de lui donner à cet instant. Il y avait quelque chose d’enivrant dans chacune de nos étreintes. Là était le plus grand des dangers. Nous pouvions nous déchirer, nous haïr même, ou nous aimer de la manière la plus pure qui soit, rien ne survivait au contact de nos deux peaux. La contradiction la plus réelle ne pouvait survivre à un baiser. Sans doute était-ce là notre problème majeur.

Mos dos heurtait brusquement le mur et je me retrouvais coincée entre celui-ci et mon amant. J’étouffais littéralement. La chaleur accablante qui brouillait jusqu’à ma vision me semblait délirante. J’avais envie de repousser Garett, pour reprendre mon souffle, pour retrouver mes esprits, ou même simplement parce que le sentiment d’emprisonnement que notre position m’inspirait devenait insupportable. Il fallait qu’il parte, ou bien que je parte.

« Il serait temps que tu t’en aperçoives pour de bon. »

Il ne semblait donc pas décidé à quitter la pièce. Ses mains qui glissaient le long de mon corps n’avaient pas l’effet escompté cette fois, et les baisers qu’il m’offrait ne faisaient qu’augmenter mon malaise.

« Garett… S’il te plait… »

Je parvenais à peine à prononcer une phrase cohérente, suspendue entre l’envie de céder à cet instant entre les bras du jeune homme et la menace de défaillir d’un instant à l’autre. Ma voix n’étant qu’un souffle, presque un soupir, Garett du prendre mon imploration comme une invitation à intensifier ses assauts. Cependant, je pouvais le sentir à présent, la rougeur de mes joues n’avait rien à voir avec celle qui les teintait lors de nos étreintes, le vertige qui me faisait vaciller n’était en rien provoqué par le contact de nos deux corps. Rien de tout cela n’était normal. Je murmurais plusieurs fois des implorations afin que Garett fasse cesser cette étreinte qui ne faisait qu’amplifier le mal. Cependant rien ne semblait capable de l’arrêter. Le repoussant cette fois avec plus de force, à bout de souffle et clairement à bout de forces, je criais :

« Non ! »

Je voyais à peine le regard interloqué du seigneur de l’Ouest tant mon regard était concentré sur la carafe d’eau qui se trouvait sur une petite desserte près de la fenêtre. De l’eau fraîche et de l’air, voilà bien les deux seules choses que je désirais à cet instant. Il ne comprenait pas, sans doute était blessé de me voir le rejeter ainsi, avec une exclamation si brutale. Je ne lui adressais pas un regard alors que je tentais tant bien que mal d’avancer vers l’eau fraîche, vers mon salut. Je devais être déshydratée, voilà la seule explication que je trouvais au malaise qui menaçait de me faire perdre la tête. Je pouvais sentir la fièvre brouiller mon esprit, la sueur froide poindre sur mon front, la douleur qui me tordait le ventre et me donnait envie de mourir. Rien de tout cela ne pouvait être normal.

J’étais littéralement à bout de forces lorsque j’atteignais finalement la desserte, et ne pus faire autrement que de m’y appuyer de tout mon poids pour retrouver l’équilibre. Je me servais une coupe d’eau à la hâte, tremblant plus encore qu’avant et renversant la moitié du liquide au sol.

Le monde s’était mis à tourner, de la pire des manières qui soient.

« Je… Garett… pars… »

Puis plus rien. Tout était noir à présent. J’avais senti une surface dure heurter mon crâne, et entendu le fracas bien lointain d’un objet se brisant au sol. Pourtant rien de tout cela n’avait eu de réalité propre, tout cela n’avait été qu’une lointaine impression dans un univers si obscur que rien ne s’offrait plus à ma vue. J’étais seule, plus seule que jamais, et rien dans ce monde n’était confortable ou agréable.

Les voix que j’entendais au loin étaient comme dépersonnifiées. J’entendais bien le son de voix s’adressant à moi, mais rien ne pouvait m’atteindre, car aucun mot n’avait plus de sens.

D’un seul coup, une lumière aveuglante me ranimait, et je réalisais que j’étais étendue sur l’herbe encore haute des terres entourant Château-Tarbeck. Comment avais-je pu me retrouver là si rapidement ? La rivière qui coulait en contre bas était la même que celle dans laquelle j’avais joué étant enfant. Le soleil brillait, le ciel était d’un bleu irréel.

« Et bien ? Alors ? »

Je sursautais et tombais nez à nez avec un Alyn Tarbeck. Alyn était mort. Cela signifiait-il que j’étais morte également ?

« Tu ne réussiras pas à éviter la question, Ally. »

Il ne pouvait pas y avoir de regard plus atterré que celui que je lui retournais alors qu’il continuait à m’adresser ce sourire bienveillant et malicieux qu’il arborait à chaque fois que nous passions du temps ensemble. Il n’avait pas vieillit, il ressemblait parfaitement au frère ainé que j’avais vu partir à la guerre. De mon côté, j’avais bien vieillit, et je n’étais pas la jeune enfant qu’il avait quitté. Comment ne pouvait-il pas être surpris de me voir ainsi ?

« Je… »
« Très bien, je commence alors. Douze. »
« Douze ? »
« L’âge auquel j’ai aimé pour la première fois. Syril, la fille de Ser Fryman. »

Le rire qui s’échappait de sa gorge était magnifique. Je me rappelais avec exactitude de la paix que pouvait m’apporter le rire d’Alyn. Il avait beau être mon frère le plus âgé, nous avions beau être si éloigné en âge que la logique aurait été que nous ne nous fréquentions jamais… nous étions inséparable. J’avais conscience que rien de tout ce que je vivais n’était réel, et pourtant Syria avait existé, et je ne doutais pas que mon frère ait pu succomber à la beauté de celle qui n’était cependant pas digne d’épouser l’ainé de la famille Tarbeck.

« A toi. »

Il se rallongeait dans l’herbe, le sourire aux lèvres, la peau légèrement rougie par le soleil. Assise, recroquevillée sur moi-même, je le fixais d’un air idiot. Il était si beau. Il y avait tant de bonté qui émanait de son être, s’en était presque douloureux lorsque je me remémorais le fait qu’il nous avait quitté… que tout cela n’était rien de réel, quoi que cela puisse être.

« Dix-huit… »
« Tu ne me feras pas croire que ton premier amour fut Ryman Crakehall ! »

Il s’était exclamé de manière si naturelle que j’aurais pu le penser vivant. Son rire à nouveau s’élevait, comme coupant au couteau l’atmosphère lourde qui nous entourait.

« Je n’ai que deux mots : Garett Lannister. »

Cette fois je sursautais presque, le fixant d’un œil effrayé. Attrapant mon bras, il me forçait à m’allonger à ses côtés, et le contact de l’herbe étonnamment douce sur ma peau et mes cheveux m’apaisait immédiatement. La main qu’il entremêlait à la mienne était la chose la plus réconfortante au monde.

« L’amour est une chose précieuse, Ally. Mais il ne doit pas te faire oublier celle que tu es, celle que tu veux être. L’amour est si puissant que le plus valeureux des soldats peut s’y perdre aisément. Ne te perds pas, ma douce. »

Nos regards ne se quittaient pas alors que sa main caressait mes cheveux avec tendresse. Je fermais les yeux un instant, prenant la mesure de ce qui se passait.

« Si seulement les choses avaient été différentes… »
« Elles ne le sont pas. Parfois, la décision la plus déchirante se révèle être la meilleure. »

Pourquoi ne pouvais-je faire autrement que penser que tout cela était réel ? Il était si réel. Sa peau qui touchait la mienne, sa voix, son regard, tout ce que je voyais était mon frère en chair et en os.

« Quelque chose ne va pas, je le sens, et j’ai peur Alyn… J’ai l’impression de me tenir au bord d’un précipice, d’y danser insouciamment tout en risquant de basculer à chaque instant. Mon cœur, mon âme, tout en moi me crie de continuer à danser, que rien ne peut m’arriver… et pourtant je sens cette force qui me hurle de reculer, de renoncer à cette légèreté pour me sauver, nous sauver de la chute. »

« Dans la tempête, le marin rentre au port. »

Je me relevais, à présent tout à fait convaincue que je ne comprenais rien à ce qui se passait. Mon frère se levait à son tour et les voix lointaines reprenaient de plus belles, remplissant à présent tout l’espace, ne laissant plus aucune place à l’environnement serein et ensoleillé. Alors qu’Alyn lâchait ma main, il se commençait à s’éloigner, marchant en direction du château sans plus un regard en ma direction. Je l’appelais, du moins j’avais l’impression de l’appeler, de crier son nom en boucle, mais bientôt ma voix n’avait plus de portée et tout ce qui m’entourait redevint noir.

J’ouvrais un œil, à peine assez pour être aveuglée par la lumière pourtant tamisée. Le regard brouillé, je distinguais deux silhouettes, deux voix.

« Monseigneur, apaisez-vous. Lady Allyria n’est pas mourante, cependant monseigneur… »

Je ne parvenais pas à reconnaître les voix, rien ne me semblait familier et je finissais par fermer à nouveau l’œil, accablée par la fatigue la plus intense. Ce retour à l’obscurité ne faisait pas taire les voix pour autant.

« Je ne sais comment annoncer cela à Monseigneur… »

La voix de l’autre silhouette s’éleva comme un cri, bien trop fortement pour que mon esprit à présent accoutumé au silence ne puisse comprendre les mots qu’il avait adressés à la voix hésitante.

« Lady Allyria est… enceinte, monseigneur. »

Il avait chuchoté les derniers mots, comme l’on avoue un secret honteux. Il me fallut de longues secondes avant de réaliser ce que la voix venait d’annoncer. Le chaos. La destruction. J’ouvrais les yeux d’un coup, tout à fait aveuglée pendant les premières secondes, mais à présent complètement éveillée. Les deux silhouettes se tournaient vers moi d’un air presque paniqué, et je pus enfin reconnaître le mestre du Roc et son suzerain.

Je ne pouvais réellement comprendre ce qui se passait dans ma tête, tout allait bien trop vite. Enceinte. Un enfant. Moi. C’était impossible. Nous avions pris toutes les précautions possibles. Je ne pouvais pas être enceinte.

« Non… Non, non, non, non, non, non… »

Les yeux dans le vide, je ne pouvais plus rien faire d’autre que répéter ce petit mot insignifiant et pourtant bien lourd de sens.

J’étais détruite. Je pouvais le sentir à présent, plus physiquement que jamais. Le précipice s’était ouvert sous mes pieds.


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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mar 30 Oct 2018 - 15:13

Amour excessif, Amour coupable.









Pour la toute première fois, les caresses que prodiguaient Garett ne semblaient pas avoir l’effet escompté. D’ordinaire brûlante de désir, Allyria semblait cette fois incapable de profiter de l’instant présent. Elle bafouillait, semblait sur la défensive et comme étrangère. Persuadé que tout cela était dû à leur brève mais intense dispute, le suzerain continuait sa besogne porté par ses instincts primaires, espérant, supputant que tout rentrerait dans l’ordre une fois qu’ils auraient commis l’adultère une fois de plus. Rien ne semblait pourtant venir de la jeune femme, et le Lion lui-même sentait son désir s’éteindre alors qu’elle murmurait des prières à peine audibles. Puis, sans crier gare, elle fit preuve de volonté, et le repoussa brutalement, le forçant à reculer d’un pas, joignant la parole au geste.

« Non ! » avait-elle crié.

Interloqué, Garett resta interdit, coi devant la soudaineté et la violence du refus d’Allyria. Le rejet semblait l’avoir percuté comme un bélier, lui ôtant la respiration un court instant. Etait-ce là la fin de leur relation ? De ce qu’ils avaient conjointement bien que naïvement décidé d’appeler leur amour ? Etait-ce ainsi que leur lien était destiné à se déliter ? Désarçonné, il n’osait pas réagir, tant il se rendait soudainement compte de la pâleur de son amante. Celle-ci l’ignorait, peut-être de dépit, peut-être de colère ; toujours était-il qu’elle ne le regardait même pas, se contenant de fixer un point derrière l’épaule du seigneur suzerain. Jamais encore elle ne l’avait ainsi rejeté. Peut-être était-ce bel et bien le terme de leurs aventures ?

Sans même lui jeter un coup d’œil, elle le contourna et se dirigea vers le fond de la chambre. Garett, la boule au ventre de l’appréhension de ce que seraient les prochaines paroles de son âme sœur se retourna doucement pour la suivre du regard. Un insidieux doute assombri son cœur alors qu’il la voyait se déplacer avec difficulté, avancement lentement, un pas après l’autre, vers la petite desserte sur laquelle trônait plusieurs carafes et quelques gobelets argentés. Il la regardait se servir un verre d’eau avec difficulté, les tremblements de la jeune femme continuant d’alimenter les craintes du suzerain qui n’osait toujours rien dire. Etait-il possible que l’on ait empoisonné Allyria ? Il commençait à s’approcher lorsqu’elle lui parla de nouveau d’une voix immensément faible.

« Je… Garett… pars… »

Il balançait entre le fait de s’insurger, de faire entendre raison à son aimée et le fait de sagement battre en retraite pour laisser la jeune femme à sa solitude et sa dissimulation aux yeux du monde. Il n’eût toutefois aucune décision à prendre alors qu’il voyait devant ses yeux Allyria s’effondrer brutalement, renversant le plateau doré de la desserte en le percutant avec son front. Les élégants flacons de verre s’envolèrent pour se briser au sol dans un fracas terrible que reprirent en chœur les quelques gobelets métalliques qui rebondirent plusieurs fois au sol dans un grand bruit. Garett se précipita sur la jeune femme pour passer ses bras sous son dos et la soulever en dehors du vin, de l’eau et du lait qui se répandaient sur le sol de la chambre d’Allyria charriant des dizaines d’éclisses de verre brisé.

« Ally ?! » souffla Garett la voix aigüe, implorante, déformée par l’inquiétude atroce de voir un pan de sa vie se répéter.

La dernière fois qu’il avait ainsi saisi la femme qu’il aimait, c’était sur les quais de Port-Lannis, alors que sonnaient les cloches à toute volée, alors que le feu consumait la ville, alors que les voiles noires faseyaient au-dessus des flots souillés. Il n’avait pas fallu moins d’une guerre civile, d’un assaut sur les Iles de Fer et la chute d’un Targaryen pour calmer le feu de la colère et de la dévastation qui avait alors empli le cœur du Lion.

Il regarda la jeune femme, dégageant son visage des quelques mèches blondes qui l’enserraient. Elle semblait respirer encore très légèrement. Il déposa une main sur le front d’Allyria, il était gelé. Sans attendre, se résignant à l’abandonner quelques instants, Garett se rua vers la sortie des appartements suzerains, là où il savait que se trouvaient toujours deux gardes du Roc pour surveiller les allées et venues dans le saint du saint de la demeure millénaire des Lannister. Il ouvrit les portes sans même laisser le temps aux deux hommes en armure de le faire, il se jeta sur le premier en lui agrippant la cuirasse de son avant-bras. L’autre, la visière de son casque léonin relevée, le regarda avec un mélange de crainte et de réelle surprise.

C’était un vétéran, à n’en point douter. L’homme devait bien avoir dépassé la quarantaine et son visage n’avait que les traits exigés par sa mission de garde d’honneur du Roc. Et pourtant, malgré la mine absolument impassible qu’il était sensé afficher la grande majorité du temps, il ne parvenait pas à détacher son regard de combattant expérimenté de ce jeune homme qu’il avait sans doute vu grandir au sein des Terres de l’Ouest, mais qui était investi d’un tel pouvoir qu’il était pour ainsi dire son roi. Depuis la guerre, Garett avait commencé à acquérir un statut semi-légendaire chez le petit peuple et ceux qui le servaient régulièrement sans pour autant le voir très souvent, toutes ces petites mains invisibles qui faisaient pourtant vivre la plus formidable des forteresses des Sept Couronnes : gardes, cuisiniers, serviteurs de tous poils, palefreniers, fauconniers, maîtres-chiens, et autres jardiniers et maçons… Une très brève réflexion, rapidement tuée par l’urgence de la situation, lui traversa l’esprit : il lui faudrait s’adresser à tout ceux qui travaillaient au Roc.

« Allez chercher le mestre au plus vite, et ramenez-le dans la chambre de Dame Tarbeck, c’est une question de vie ou de mort. ALLEZ ! »

Le vieux vétéran détala en quatrième vitesse tandis que son compagnon, lui, restait complètement interdit par la situation de voir leur seigneur et maître apparaître ainsi. Il jetait un regard effrayé à Garett, ne sachant que faire. Sans doute n’avait-il pas été préparé à gérer pareille situation. Le regard moucheté d’or tomba sur ce jeune homme blond en armure rouge et or, ses traits étaient plutôt fins pour un simple soldat, il était possible qu’il ait une ascendance noble. Le mestre n’était pas très loin, mais il n’arriverait pas immédiatement, il n’y avait rien à faire d’autre que d’attendre pour le moment. Garett aurait voulu essayer de se montrer humain, de se changer les idées en discutant avec le jeune garde. Il lui aurait demandé si cela faisait longtemps qu’il servait dans la garde, s’il avait été à la guerre, où il s’était battu… Mais l’angoisse sourde lui broyait l’estomac et le terrifiait. Il devait retourner au plus vite auprès d’Allyria. Il fit donc la seule chose qu’il savait faire dans ce genre de situation : donner des ordres.

« Surveille bien la porte, personne d’autre que le mestre n’entre ici avant que je ne l’aie décrété. »

Il appuya son ordre d’un regard implacable, un regard de suzerain, du genre de ceux qui signifiaient qu’il n’y aura qu’une sanction à l’échec de cette mission : la mort. Une fois les portes refermées derrière lui, Garett se précipita de nouveau dans la chambre. Là, il resta un moment interdit, scrutant la scène terrible qui s’offrait à ses yeux depuis le cadre de la porte. Les liquides s’étaient plus ou moins mêlés en un magma rose sombre parsemé de brisures de verre qui s’insinuait profondément dans les rainures des dalles de marbre orange. Sur le lit, la figure blafarde, Allyria semblait comme morte alors que sa poitrine se soulevait pourtant toujours aussi difficilement. On aurait pu croire qu’elle avait sombré dans un sommeil presque éternel. Garett priait les Sept en boucle pour les supplier de ne pas la prendre elle aussi.

Le mestre arriva au bout de ce qui sembla avoir été une éternité. Volior était un homme relativement âgé, qui trimbalait sa lourde chaîne avec difficulté et qui arriva avec un épais volume sous le bras, et un petit coffret qui contenait sans nul doute onguents et potions. Il était accompagné du garde qui resta devant la porte, montant une veille supplémentaire dans ce qui se passait là. Durant un moment qui parut durer des heures, le vieil homme ausculta le corps frêle déposé dans le lit. L’air soucieux du mestre, le front barré par une ride dubitative n’était pas Garett à se calmer, alors qu’il faisait les cent pas dans la chambre, tel un lion en cage. Après quelques palpations, une prise de pouls et avoir consulté son ouvrage, le vieil homme se retourna tranquillement pour revenir vers son seigneur qui s’arrêta net, posant son regard impérial sur ce petit bout d’homme rabougri enveloppé dans une coûteuse toge en laine blanche.

« Monseigneur, apaisez-vous. Lady Allyria n’est pas mourante, cependant monseigneur… »

Malgré son âge avancé, les yeux du mestre semblaient encore tout à fait éveillés et percèrent le suzerain d’un regard pénétrant. Garett croisa les bras, sur la défensive, essayant de masquer son trouble par une attitude implacable.

« Eh bien, parle, mestre, c’est là ton travail. »

Le vieil homme fit une moue dubitative, comme s’il hésitait sur la conduite à tenir. Visiblement, il pesait le pour et le contre de dire ce qu’il avait en tête à son seigneur. La fureur avait beau être l’apanage de la maison Baratheon, Garett était connu pour ses accès de colère lorsque les choses ne se passaient pas comme elles le devaient. Le Faiseur de Roi n’était pas connu pour sa tendresse envers ceux qui échouaient, et encore pis, envers ceux qui le décevaient. On ne servait pas les Lannister de Castral Roc sans risque, par les Sept !

« Je ne sais comment annoncer cela à Monseigneur… »

Cette fois, Garett serra les dents si fort qu’il s’en fit mal. Ce vieillard avait le don de l’agacer, aujourd’hui. Que diable voulait-il donc lui dire de si contraignant ? Elle était fiancée, il le savait déjà, enfin ! Comment cela pouvait-il être pire ? Il n’y tint plus, haussant sensiblement la voix, qui résonna dans la petite pièce comme le rugissement d’un lion.

« Par les Sept, mestre ! Tu en as trop dit pour te taire, désormais ! Parle ! Parle, je te l’ordonne ! »

Loin de se laisser impressionner, le mestre Volior ayant servi sous Loren l’Ultime, le docte personnage se tourna vers le garde qui se trouvait devant la porte et lui fit un signe qui laissait peu de doute à l’interprétation. L’homme d’armes hocha du chef en guise d’accusé réception et sortit avant de fermer la porte derrière eux. Une fois qu’il fut seul avec son seigneur et maître, il entreprit de dire enfin à voix basse ce qu’il avait sur le cœur.

« Lady Allyria est… enceinte, monseigneur. »

La nouvelle coupa littéralement la respiration de Garett.



    Enceinte.

      Allyria était enceinte.

        De lui.





Mesurant encore mal les implications de ce que cette révélation sous-entendait, complètement sonné par la nouvelle qui lui arrachait bien malgré lui un sourire béat de pur bonheur, il prit appuis sur le meuble à ses côtés pour digérer la nouvelle. Une inspiration complètement paniquée – comme quelqu’un que l’on sort de l’eau après avoir frôlé la noyade – fit tourner la tête du mestre et du seigneur droit vers le lit où Allyria se tenait désormais les yeux grands ouverts, le teint revenant à une couleur plus vivante. Garett fut plus prompt que le vieil homme, tombant à genou devant la tête du lit et passant une main apaisante dans l’abondant cuir chevelu d’or de son amante.

« Non… Non, non, non, non, non, non… »

Il était évident que la nouvelle la paniquait. C’était amplement normal, à plus d’un titre. En dehors de l’angoisse de la maternité en elle-même s’ajoutait celle de la découverte et du déshonneur potentiel. Un bâtard n’était pas chose aisée à cacher, encore moins lorsque l’on était une jeune femme aussi puissante et désirable qu’Allyria. Garett jeta un coup d’œil au mestre qui le jaugeait d’un œil torve, sans vraiment savoir quoi en penser. Finalement, il haussa très légèrement les épaules, ramassa ses affaires et se dirigea vers la porte après une petite courbette. Arrivé à la hauteur de la sortie, il se retourna vers Garett, toujours au chevet d’Allyria.

« Que Monseigneur soit assuré de ma complète discrétion et de ma parfaite loyauté. »

Garett ne le regarda même pas, se contentant d’hocher la tête pour lui confirmer qu’il l’avait entendu. La porte se referma sur les deux tourtereaux du Roc et Garett se pencha en avant pour déposer un doux baiser sur le front d’Allyria, apparaissant dans son champ de vision, utilisant son autre main pour saisir celles de son aimée, continuant avec la première à effleurer les longs fils d’or soyeux de la chevelure de la jeune Tarbeck.

« Ally, Ally, Ally… Ma douce Ally. Calme-toi. Je suis là. Je ne t’abandonne pas. Fais-moi un petit peu de place, veux-tu ? »

Passant ses bras sous le corps léger et encore faible de la jeune noble, il la décala légèrement vers le fond du lit pour pouvoir s’allonger à ses côtés tout en la gardant contre lui, la berçant avec douceur. Allyria portait son enfant. Il aurait dû être terrifié à l’idée des conséquences que pouvaient avoir la révélation d’un tel adultère. Les Tarbeck s’en offusqueraient, et les Reyne hurleraient à la trahison. Il ferait voler en éclat tout ce qu’il avait construit comme paix relativement durable avec Alerie ces derniers mois. Ses vassaux les plus pieux risquaient de lui en tenir rigueur. Il ne fallait pas que ce soit découvert. Toutefois, la seule pensée d’avoir un enfant avec Allyria, un enfant conçu par l’amour et la passion la plus ardente qui soit le transportait de bonheur. Il embrassa tendrement la jeune femme, la serrant un peu plus contre lui.

« Ally… Respire. Je suis là. Je te promets que tout ira bien. Je t’aime. »



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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mar 4 Déc 2018 - 21:22

Amour excessif, Amour coupable.









Le monde semblait s’être écroulé en l’espace d’un instant. Cet amour que nous avions vécu ces derniers mois dans l’insouciance du secret, venait finalement de nous détruire. L’esprit encore embrumé, le corps endoloris, je ne pouvais rien d’autre que tenter de nier ce que mon esprit avait tant de mal à accepter. Le mestre devait se tromper, car je ne pouvais pas avoir été assez stupide pour mettre à ce point en péril tout ce que nous avions construit. Je ne parvenais plus à fixer autre chose que le bout du lit qui me faisait face, alors que je m’étais relevée pour rapprocher mes genoux de ma poitrine. Cette position prostrée avait quelque chose d’enfantin, peut-être même était-ce la réaction puérile de celle qui refusait de faire face à la réalité. Je pouvais sentir l’agitation qui avait lieu autour de moi, le départ du mestre, le signe qu’il avait compris ce dont il s’agissait, le rapprochement de Garett. Je n’avais aucun mal à sentir la présence du seigneur de l’Ouest à mes côtés sans même avoir besoin de le voir. Il en avait toujours été ainsi.

Lorsque ses lèvres touchaient mon front, je sursautais malgré moi, tentée de fuir ce contact qui avait été à l’origine du chaos. Alors que sa main se saisissait de la mienne, alors qu’il caressait mes cheveux, je voulais lui hurler de partir. Sa présence rendait les choses tellement plus compliquées, sans doute, s’il n’avait pas été là, aurais-je mis fin à une vie qui semblait n’être vouée qu’à la honte et la disgrâce. Pourtant il restait là, imposant son image à mes yeux quand je ne voulais plus voir que l’obscurité qui nous avalait.

« Ally, Ally, Ally… Ma douce Ally. Calme-toi. Je suis là. Je ne t’abandonne pas. Fais-moi un petit peu de place, veux-tu ? »

Je ne voulais pas. Je ne voulais plus qu’une chose, la solitude et le silence. La fatigue n’aidait sans doute pas à accepter ce qui venait de me frapper à l’estomac. La nausée était de retour, plus violente et impérieuse que jamais, sans doute due au choc et au déni. Alors que les bras puissants de Garett se chargeaient de m’étreindre, repoussant mon corps afin de dégager une place supplémentaire, je restais toujours silencieuse, ne pouvant même pas soutenir la vue de celui que j’aimais. Que j’aimais. S’il y avait bien une constante dans le chaos, c’était bien cela. J’avais voulu qu’il parte, qu’il disparaisse de ma vie et me laisse finalement à ma honte personnelle, mais je n’avais pu le chasser, et je constatais cette attraction qui me liait à lui avec la même force qu’auparavant. Etait-ce donc cela que l’on appelait malédiction ?

La sensation d’étouffement était à nouveau harassante. Alors qu’il resserrait son étreinte, sans doute pour me prouver son amour et son soutien, je sentais une chaleur insupportable me monter à la tête, brouillant mes sens et figeant presque mon esprit. Alors qu’il m’embrassait, je restais comme inerte, le laissant tenter à nouveau de me rassurer, de transformer le chaos en bonheur.

« Ally… Respire. Je suis là. Je te promets que tout ira bien. Je t’aime. »

Tout n’irait pas bien.

Rassemblant mes dernières forces je me détachais de lui pour me lever de ce lit devenu soudainement bien trop petit. Lorsque je posais le pieds au sol, il me fallut un instant pour me stabiliser, m’accrochant tant bien que mal aux piliers du baldaquin pour éviter une chute fort probable. Je n’avais pas encore pleuré, et pourtant le torrant de larmes que je tentais de contenir était sur le point de venir à bout de toutes mes résolutions, à bout du choc qui m’avait paralysée. Ce choc qui avait engourdi mon esprit, rendu mon visage stoïque et inexpressif, mes membres si peu assurés. Cet enfant était le fruit de l’amour le plus pur, le plus passionné, le plus sincère, le plus beau, le plus immortel qui puisse unir deux êtres. Sans doute dans un autre monde, dans un autre temps, aurait-il été le symbole le plus magnifique du lien unissant deux êtres humains si différents, deux êtres humains qui avaient choisi de s’aimer contre vents et marées, de faire fi de toute convenance et des obstacles pour mener leurs vies ensemble. Pourtant nous n’étions pas dans un autre monde, ni dans un autre temps, et cet enfant ne serait jamais ce si beau symbole de la relation unique qui me liait à jamais au seigneur de l’Ouest. Cet enfant serait un bâtard. Une honte. Un poids. Cet enfant serait à jamais inférieur aux autres enfants de Garett, tout comme je serais à jamais inférieure aux autres femmes qui partageaient sa vie. Cet enfant était un révélateur de vérité, il mettait finalement en lumière ce que le monde faisait de nous. Un couple secret, unissant un seigneur tout puissant et une jeune femme de bonne famille. Un couple qui marquerait le déshonneur de tous.

Non, cet enfant ne serait jamais le symbole de l’amour. Il ne serait symbole de rien du tout, puisqu’il devait être dissimulé, caché, nié, oublié.

Je voulais crier, pleurer, non pas seulement pour moi ou pour Garett, non pas seulement à cause du danger que tout cela représentait pour nos vies, mais bien pour ce petit être qui serait à jamais marqué par le sceau de la honte.

Garett me disait de respirer, et je pouvais sentir son regard déposé sur moi alors que je m’obstinais à lui tourner le dos. Il avait quitté le lit et s’était rapproché de moi, sans un mot, sans pour autant renouer ce contact physique qui était si puissant. Je le remerciais secrètement de me laisser cet espace. Je n’avais pas été capable de lui demander de partir, je n’avais pas pu me résoudre à rester seule à cet instant, et pourtant j’avais vitalement besoin d’espace, d’air, de silence.

Cela faisait sans doute de très longues minutes que j’avais cessé de bouger, et que nous étions restés disposés ainsi dans cette pièce embrumée de silence. Debout et droite, je fixais la fenêtre lointaine qui laissait pénétrer un air doux et marin. Il ne suffisait que de quelques secondes pour rejoindre le rebord de la fenêtre, puis il me faudrait sauter immédiatement car la poigne de Garett m’empêcherait de mener à bien ce qu’il considèrerait comme une folie. Sans doute quelques secondes seraient nécessaires avant que je ne heurte les rochers en contrebas. Silencieuse et perdue dans ma contemplation, je me demandais si la mort était si douloureuse que tous le prétendaient. N’y avait-il pas un quelconque soulagement dans l’action d’être maître de sa mort ? Lorsque la vie est devenue ce torrent déchaîné qui emporte tout sur son passage, la mort ne serait-elle pas la solution viable pour endiguer le massacre ? Garett serait sans doute malheureux, mais il serait préservé de l’épée de Damoclès du scandale qui flotterait à jamais au dessus de sa tête si cet enfant venait à naître. L’enfant lui-même n’aurait alors jamais à subir une vie de bâtard, ou bien une vie d’ignorance sur celui qu’il était réellement. Quant à moi… N’avais-je pas déjà causé suffisamment de scandale ?

La mort était une option. Le départ en était une autre. L’expérience et la douceur de l’exil à Pentos restaiten un souvenir crucial en mon cœur. Nombreux étaient les bateaux qui quittaient Port-Lannis en direction de Pentos, il me faudrait quelques jours pour rejoindre Port-Lannis sans escorte, puis sans doute parviendrais-je à convaincre un marchand d’accepter une femme à son bord si celle-ci payait généreusement sa traversée. Cette pensée me tordait l’estomac presque instantanément. Partir pour Pentos représentait un choix que je pensais être incapable de faire, et pourtant il aurait été si facile de le faire. Pentos était symbole d’une liberté retrouvée, fuir les carcans de cette société à laquelle je n’avais jamais réussi à m’adapter, retrouver la douceur d’une terre où les femmes peuvent être guerrières… Pentos c’était aussi Daario. Il avait été un amant, un ami, il avait été si important à mes yeux que sans doute aurais-je pu l’aimer pour toujours s’il n’y avait pas eu cet autre. Garett. Etais-je réellement capable d’aimer Daario après avoir aimé Garett ?

Il y avait quelque chose de si puissant, si brûlant et destructeur dans la passion qui m’unissait au seigneur de l’Ouest, que tout autre sentiment avait commencé à me paraître fade. L’amitié, l’amour familial, la fierté, la joie, tout n’était que couleur pastel lorsque notre amour était plus vif que le plus ardant des feux. Car oui, partir pour Pentos c’était accepter d’aimer Daario, mais c’était surtout accepter de vivre sans Garett. Une perspective que je m’étais refusée à considérer, même lorsque l’optique d’un mariage forcé avec la famille Reyne m’avait prise au piège. Malgré le courroux de mon amant, j’avais accepté ce mariage avec Howland Reyne, car la seule autre alternative signifiait ma séparation éternelle de celui qui me tenait en vie. J’avais accepté une vie maritale dénuée d’amour, pour assurer à ma vie que ce feu, que ce goût pour la vie, ne quitterait pas mon existence.

Alors que je tentais de parcourir toutes les options qui se présentaient à moi, toutes me paraissaient plus déchirantes les unes que les autres. Partir, mourir, accepter. N’y avait-il pas d’échappatoire au malheur ?

Puis d’un coup, d’autres considérations se mirent à éclore devant moi. Il n’y avait pas seulement la question de la place de cet enfant, il me faudrait dissimuler la grossesse, retarder le mariage sous peine de subir les foudres des Reyne et de plonger ma famille dans la disgrâce. Il me faudrait… survivre à l’accouchement, quand tant de femmes y perdaient la vie.

S’en était trop.

Toujours dos à Garett, depuis une éternité sans doute, je laissais couler mes larmes en silence. Aucun sanglot n’était assez puissant pour briser la carapace qui s’était formée sur ma peau. Aucun sursaut n’était capable d’ébranler l’enracinement qui m’empêchait à présent de faire le moindre mouvement. Les larmes se contentaient de quitter mes yeux hagards, parcourant à une vitesse incroyable mes joues pour s’écraser sur ma poitrine ou, pour les plus téméraires, sur le sol.

Il y avait quelque chose d’inquiétant dans mon incapacité à verbaliser quoique ce soit. J’étais tempête et feu dévorant, je n’avais rien de ces femmes discrètes qui encaissent et acceptent leur destin, sans doute même était-ce cela qui avait précipité ma chute. J’avais toujours été incapable de la moindre mesure, de ne pas exprimer ce qui enserrait mon cœur et soulevait mes tripes. Pourtant, pour la première fois, je laissais le feu me consumer de l’intérieur. Seules ces larmes silencieuses et invisibles au regard de Garett étaient là pour témoigner de la douleur sincère qui me coupait le souffle.

Il ne pouvait y avoir d’issue que malheureuse.

« Parfois, je me demande ce qu’aurait été ma vie si je m’étais contentée d’être celle que l’on voulait que je sois. »

Ma voix me paraissait étrangère. Elle était plate et blanche, dénuée de la passion qui l’animait sans cesse, le grain de voix lui-même était presque celui d’une autre. Aucun tremblement ne venait en perturber le cours, aucun sursaut n’était là pour laisser voir à Garett le tourment qui défigurait mon visage et me dévorait les entrailles. Rien, simplement cette voix dangereusement dénuée de tout sentiment, de toute couleur. Simplement cette voix vide de vie.

« Mère souhaitait que mon attitude reflète mon apparence. Père souhaitait que ma piété soit un exemple pour toutes les jeunes filles de l’Ouest. Hadrian souhaitait que je sois sienne. Il n’y a peut-être que Doran pour souhaiter que je sois celle que je voulais être. Avant. Avant tout ça. »

J’aurais pu me saisir du coupe-papier qui se trouvait sur le bureau, à quelques mètres de moi, il me faudrait à peine une seconde pour l’enfoncer dans mes entrailles. Je clignais des yeux, surprise moi-même de voir apparaître de telles pensées dans mon esprit. Ces idées noires, ces idées dangereuses et inquiétantes, semblaient plus que jamais libres d’entrer dans ma tête, de prendre possession de ce corps rendu pétrifié par le choc.

« Je voulais être libre. Li-bre. Sans doute est-ce la seule chose que l’on refuse à une jeune femme, sa liberté. Une liberté d’aimer, d’être, de vivre, de penser, d’agir. Je n’avais de cesse de rejeter ceux qui tentaient de m’enfermer, ceux qui voulaient faire de moi une autre. J’ai quitté ma famille pour être libre. »

Si Garett s’était sans doute déjà approché, je n’en avais rien entendu, si perdue dans mes pensées et dans la contemplation de ce qui m’entourait. Il n’avait pas renoué de contact, je priais pour qu’il ne le fasse pas car j’étais incapable de prédire ma réaction alors que sa peau toucherait la mienne. Ce contact me brûlerait-il au sang ? Déclencherait-il la décision irrévocable de courir jusqu’à la fenêtre ? De me saisir du coupe-papier ? Diluerait-il ce poison qui faisait bouillir mon sang et se contracter mes organes ? Rien n’était sur, plus rien n’était sûr et rien ne le serait plus jamais. Tout avait changé, et tout resterait changé à jamais. Peut-être ne pourrais-je plus jamais poser les yeux sur Garett Lannister. Peut-être même sa présence serait-elle l’insupportable rappel de ce jour où le chaos avait avalé nos vies.

« Je me rappelle avec tant de précision ce que m’avait prédit un jour Hadrian. Il avait dit : ‘je n’ai guère besoin de travailler avec acharnement à ta perte, petite sœur. Tu t’en chargeras toi-même avec talent.’ Tant de clairvoyance accordée à un être si mauvais, que les Sept peuvent être cruels… »

J’étais à présent face au secrétaire où avait été déposé le coupe-papier. Je n’avais pas pris conscience que mon corps s’était mis en mouvement avant que mon regard ne soit attiré par le reflet sur soleil sur l’argent de l’arme déposée devant moi. Je laissais ma main caresser distraitement le manche ouvragé de l’objet. Il était si froid, plus glacial que la mort elle-même aurait-on dit.

« Mon frère ainé savait que j’ignorais une chose essentielle… que je n’avais pas compris, que la liberté avait un prix. »


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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mer 5 Déc 2018 - 18:42

Amour excessif, Amour coupable.










Lorsqu’Allyria Tarbeck quitta sa couche pour faire quelques pas maladroits, le jeune Lion la regarda avancer avec crainte. Elle avait manqué de s’effondrer quand elle s’était mise debout, se rattrapant de justesse aux colonnes de bois du baldaquin. Lui restait silencieux. Il voyait le choc que cela avait provoqué chez celle qu’il connaissait depuis toujours, celle qui était sa plus proche amie, son amante et sa confidente. Ils avaient traversé bien des périodes ensemble. Qu’il était loin le temps des jeux dans les cours et terrasses du Roc. Viens-dans-mon-château, attrape-moi-si-tu-peux, et tant d’autres. Ils étaient loin, ces après-midis ensoleillés où ils couraient en hurlant dans toute la forteresse. Garett, Arianna, et Eresys Lannister, mais aussi Ryman Crakehall, parfois Artos Prestre, dont la famille résidait à Feux-de-Joie, proche du Roc, et bien entendu Allyria Tarbeck jouaient ensemble pour des heures.

Par moment, les garçons et les filles se séparaient. Cela était parfois à cause d’une dispute entre les deux groupes. Un garçon tirait un peu trop fort les cheveux blonds de l’une des jeunes demoiselles, ou une gifle était envoyée un peu trop fort pour ne pas être prise à la rigolade, et tout devenait hors de contrôle. Parfois, c’était l’emploi du temps des précepteurs de Castral Roc qui leur ordonnait des activités bien distinctes : aux filles la couture et la musique, aux garçons l’héraldisme et le maniement des armes.

Et puis Garett était devenu seigneur suzerain, maître de Castral Roc, gouverneur et dirigeant des Terres de l’Ouest, à huit ans. Et bientôt, cette douce existence insouciante avait disparu. Il avait alors dû se retrouver plongé au contact brut de la gestion et de la politique. Il avait fallu rencontrer les seigneurs vassaux et prétendre comprendre leurs revendications alors qu’il ne savait même pas qui étaient ces personnes qui lui faisaient face. Les Sept pouvaient être remerciés : Johanna et Godric Lannister s’étaient occupés de régenter avec une efficacité redoutable le domaine de leur petit protégé.


    Les rires d’enfant avaient depuis longtemps déserté Castral Roc.



Il s’était levé, puis, s’était doucement approché de la femme qu’il aimait, sans oser la toucher. Elle n’avait pas bougé, se contentant de lui tourner le dos, en proie à ses propres pensées qui devait lui perforer le cœur et lui broyer toute raison subsistante. Garett Lannister ne se sentait pas particulièrement bien non plus.

Comment aurait-il pu ? Il avait trahi son épouse, celle qu’il avait légitimement épousé devant les Sept. Il avait souillé leur trêve, leur fragile espace de paix et d’équilibre. Il avait pris l’honneur de la femme qu’il aimait dans le plus grand secret depuis plus d’un an. Et il avait ainsi détruit sa vie. Que dirait Alerie lorsqu’elle l’apprendrait ? Et si elle découvrait un jour qu’il était le père ? Mais comment faire ? Même si l’affaire éclatait au grand jour, il ne pouvait pas admettre de garder son propre enfant bâtard au Roc. Jamais cela ne serait accepté par le clan Piper.

Et quelle vie attendait dès lors l’enfant ? Une vie de paria, une vie où l’on lui ferait sentir chaque jour quelle était sa place. Il ne grandirait que dans l’ombre d’un père trop peu honorable, d’une gigantesque forteresse pleine d’or et de frères et sœurs plus légitimes que lui. Et quel serait l’impact de tout cela sur Allyria ? Parviendrait-elle seulement à construire sa vie après pareil écart ? Il était impossible de pouvoir déterminer avec précision quel allait être l’avenir. On ne pouvait cependant pas abandonner ainsi. Il fallait trouver une solution. Mais pour le moment, il était trop tôt pour y penser.

Ils étaient à Castral Roc, dans la forteresse des Lions. Là, les ombres ne pouvaient les atteindre. Ni maintenant, ni jamais. Et intimement, le Faiseur de Roi se fit la promesse que cela vaudrait aussi pour ses enfants, tous ses enfants. Il était suzerain, et il entendait bien élever sa famille comme lui l’entendait. Au diable les conventions sociales, au diable le regard des autres. Le Faiseur de Roi ne se laisserait pas arrêter.

Pourtant, au fur et à mesure que les instants s’égrenaient dans le sablier du temps, Garett commençait à s’inquiéter, son regard se perdant peu à peu dans le vide. D’ordinaire si démonstrative dans toutes ses façons de s’exprimer et de vivre, Allyria était étrangement calme. Ils étaient liés par quelque chose de surnaturel. Leur attraction semblait tout détruire sur son passage, et pourtant, ils ne parvenaient pas à se défaire l’un de l’autre. Ils se connaissaient depuis des années, et malgré cela, ils ne savaient pas se décrypter l’un et l’autre. Il était bien difficile pour lui de pouvoir dire ce qui se passait à cet instant dans le crâne de son aimée. Elle avait toujours été si anxieuse…

« Parfois, je me demande ce qu’aurait été ma vie si je m’étais contentée d’être celle que l’on voulait que je sois. »

Garett recentra ses deux yeux directement sur le dos d’Allyria, stupéfait. Sa voix semblait comme provenir d’outre-tombe, comme si l’Etranger était déjà venu la cueillir. Il n’y avait rien dans ces paroles qui ressemblaient à l’Allyria que connaissait Garett. La voix de son amante était à son image : pleine de chaleur, de vie et de promesses.

« Mère souhaitait que mon attitude reflète mon apparence. Père souhaitait que ma piété soit un exemple pour toutes les jeunes filles de l’Ouest. Hadrian souhaitait que je sois sienne. Il n’y a peut-être que Doran pour souhaiter que je sois celle que je voulais être. Avant. Avant tout ça. »

Il était au désespoir de ne pas savoir quoi lui répondre. Il connaissait les difficultés qu’avait eu Allyria à se trouver une place au sein de sa famille, à se faire reconnaître le droit d’exister selon ce qu’elle jugeait le mieux pour elle. Garett n’avait pas eu cette question à se poser : il avait été jeté dans le moule suzerain bien avant qu’il n’ait pu découvrir la vie dans son intégralité, et il avait dû s’y adapter, tant bien que mal. Sa première nuit avec une femme n'avait pas été la nuit de noces avec sa première épouse, Lorelei. Là où de nombreux héritiers de petites et grandes maisons avaient le temps de faire des virées dans des maisons closes ou de gagner de l’expérience avec des femmes ayant déjà perdu leur vertu, Garett était sagement resté cantonné à son rôle. Pourtant, il avait fini par trouver le temps de s'allonger auprès de l'une d'entre elle. Quel était son nom, déjà? Larryn? Loryn? Il ne se souvenait même plus.

« Je voulais être libre. Li-bre. Sans doute est-ce la seule chose que l’on refuse à une jeune femme, sa liberté. Une liberté d’aimer, d’être, de vivre, de penser, d’agir. Je n’avais de cesse de rejeter ceux qui tentaient de m’enfermer, ceux qui voulaient faire de moi une autre. J’ai quitté ma famille pour être libre. »

Il n’avait pas bougé d’un iota, ne sachant que faire, tétanisé par la force de cette confession. Il voulait lui crier qu’elle l’avait, cette liberté. Ils étaient libres : libres de faire ce qu’ils voulaient, de s’aimer, de parler et de passer du temps ensemble. C’était évidemment faux. Les obligations de Garett prendraient toujours le dessus, ils en avaient tous deux conscience. C’était là où il se détestait le plus. Il ne pouvait agir selon son bon vouloir car il était lié à sa destinée comme il était lié à Allyria. De ses actes, hélas, dépendaient le sort de millions de personnes, de dizaines de seigneurs, et surtout – surtout – des millénaires de règne Lannister, et de toute sa famille. Il ne pouvait faire défaut à sa famille. Il ne pouvait mettre en danger Eresys, Arianna, Johanna ou Godric. C’était impossible. On attendait de lui trop de choses pour qu’il se perde. Il se haïssait pour cela. Il haïssait ce titre de suzerain.

« Je me rappelle avec tant de précision ce que m’avait prédit un jour Hadrian. Il avait dit : ‘je n’ai guère besoin de travailler avec acharnement à ta perte, petite sœur. Tu t’en chargeras toi-même avec talent.’ Tant de clairvoyance accordée à un être si mauvais, que les Sept peuvent être cruels… »

Elle s’avançait vers le meuble de bois sur lequel trônait un élégant coupe-papier en argent affûté. Ce mouvement attrapa le regard du Lion qui la regarda avancer sans comprendre ce qu’elle souhaitait faire. Puis, soudainement, il comprit en la voyant attraper l’objet devant elle. Un frisson glacial lui descendit l’échine d’un mauvais présentiment. Voulait-elle mettre fin à ses jours ? Voulait-elle le tuer, lui ? Le menacer de partir ? Elle se mit à caresser distraitement le manche de l’arme qui luisait dans les pâles rayons du soleil.

« Mon frère ainé savait que j’ignorais une chose essentielle… que je n’avais pas compris, que la liberté avait un prix. »

Garett s’était approché suffisamment près d’Allyria pour sentir son odeur enivrante, toujours présente, toujours là à appeler le Lion, qui ne demandait qu’à s’y perdre de nouveau. Le parfum de son amante éveillait toujours des sensations puissantes chez le suzerain de l’Ouest. Il s’était trop perdu dans ces boucles blondes parfumées d’une légère odeur de jasmin pour pouvoir simplement rester concentré. Il se fit violence pour ne pas agir avec précipitation. Il sentait Allyria à fleur de peau, et il ne voulait pas la brusquer.

« Ton frère aîné était une ordure, Ally. Tu le sais. »

Il lui avait murmuré ces paroles, les premières qu’il prononçait depuis un long moment. Avançant lentement, il vint se placer à ses côtés. Il tendit une main tendre, douce, apaisante au-dessus de celle d’Allyria qu’il recouvrit de la sienne lentement. Une fois qu’il eut couvé la main d’Allyria, il vint se placer légèrement devant elle. Il vit qu’elle pleurait : de froides larmes contenues depuis trop longtemps, qui avaient cascadé sur ses joues de porcelaine sans même qu’il ne s’en rende compte. Il se fit violence pour ne pas y réagir.

« Ecoute-moi, s’il te plaît. La vie n’est pas une fatalité, Allyria Tarbeck. Je te protégerai, quoi qu’il advienne. Nous sommes liés, nous l’étions déjà, et nous le sommes d’autant plus maintenant. Je ne t’abandonnerai pas. Jamais. »

Il acheva de la faire pivoter très lentement, et puis, rompit le contact corporel, se plaçant de nouveau devant elle. Il était au désespoir de la voir si profondément torturée, il voulait l’aider, mais comment faire alors que lui-même était complètement perdu, encore sous le coup de la stupéfaction. Impulsivement, il tendit une main suppliante.

« Viens avec moi, s’il te plaît. Ne restons pas là. »

Il voulait surtout l’emmener loin de cette salle terrible où la nouvelle était tombée. Il voulait lui montrer un endroit bien particulier, un témoignage de son affection, de son amour. Une violente crampe à l’estomac le tiraillait alors qu’il gardait le bras tendu, espérant qu’enfin, elle se déciderait à l’accompagner. Il vit une succession de sentiments et de résolutions passer dans le regard de son amante, avant qu’elle ne finisse enfin par déposer une man hésitante dans la sienne. Il l’attrapa légèrement vers lui pour lui déposer un baiser sur le front avant de se mettre en marche, ne la lâchant pas une seconde. Sa pression était à peine présente, il guidait Allyria plus qu’il ne la traînait.

Ils traversèrent le couloir des appartements Lannister pour arpenter les couloirs vides du Roc. Ils passaient sous d’immenses arches de pierre blanche, sous de grands plafonds peints par de talentueux artistes mettant en scène les gloires des Lannister au fil des âges, ainsi que sous le regard de maints et maints d’austères glorieux anciens fils du Roc : tous des rois, des princes et des chevaliers de renom. Tous regardaient passer ce jeune couple inattendu, perdu, jeté sur les routes du monde adulte sans sommation. Garett prit une porte dérobée, dissimulée derrière une lourde tapisserie, et ils se retrouvèrent dans un couloir taillé à même la roche claire dans laquelle était taillé le corps du Roc depuis des millénaires. Là, ils arrivèrent bien vite à une nouvelle porte de bois simplement fermée par un loquet. Il s’arrêta devant celle-ci, et se retourna vers Allyria, avec un sourire qui se voulait conspirateur mais qui était déformé par l’angoisse de voir la femme de sa vie dans un état pareil.

« Pratiquement personne n’est autorisé à voir ce qui se trouve derrière, mis à part ma famille. »


    Il poussa le loquet et ouvrit la porte.



Ils étaient dans une immense salle qui devait bien faire la taille de la salle des banquets du Roc. Elle était bien plus haute de plafond, d’immenses voûtes de pierre taillée s’élançaient au-dessus d’eux, dans l’obscurité régnante, on n’en distinguait à peine le faîte. Partout, des lampes à huiles brûlaient paisiblement depuis des jours sans avoir été changées. Le réservoir leur permettait de tenir des lustres durant. Une espèce de passerelle de pierre traversait la salle d’un bout à l’autre. De part et d’autre, c’était le spectacle le plus incroyable qu’il était donné à voir à ceux qui résidaient au Roc. A la lueur des lanternes, des milliers de sombres éclats dorés luisaient doucement. Il y avait des tas entiers de pièces d’or pur, les dragons d’or frappés pour les Targaryen, mais ce n’était pas tout. Dans la semi-pénombre qui régnait en maîtresse absolue, on distinguait aussi des armures, des épées, des boucliers de cérémonie, des calices finement ouvragés, des diadèmes richement parés, des colliers de perles noires, des joyaux gros comme un poing, et de toutes couleurs, des statuettes d’or semblaient éparpillées partout, on y trouvait aussi nombre de bijoux en tous genre, des boucles d’oreilles, des bagues, des sautoirs, mais également des chandeliers d’or massif, des harpes aux cordes d’argent. Le métal jaune si précieux des Lannister se retrouvait partout : des lingots, des assiettes, des couverts, des lanternes, des tapis entiers où luisait le noble fil, des objets de culte dédiés aux Sept. Ensevelis sous des monceaux d’objets précieux, leur puissant museau et le sommet de leur crâne émergeant, deux gigantesques lions semblaient attendre ici un meilleur usage de leur existence. Et partout, grimpant contre les murs, se glissant de le moindre interstice entre les dalles du sol ou les objets jetés partout avec une négligence stupéfiante, semblant avoir été éparpillées par une grande bourrasque : des milliers et des milliers – des millions ? – de pièces d’or. Le magot des Lannister.

Garett ressentait toujours une chaleur coupable à venir ici. La puissance de sa famille était précisément tirée de cette pièce. Tant que les salles du Roc seraient pleines à craquer d’or, les Lannister domineraient ; ou à défaut, auraient toujours une longueur d’avance, car tel était leur destin. Il resta un moment silencieux, contemplant ce spectacle unique au monde aux côtés de celle qu’il aimait. Il ne lui avait toujours pas lâché la main, bien qu’il ne la tenait pas non plus vraiment. Il se contentait de conserver le contact physique.

« Tu dois te demander pourquoi je t’ai amenée ici… »

Il se tourna vers elle, plongeant ses yeux dans le regard d’Allyria. Il tenait à lui dire de face.

« Tu sais, comme tous, que ma famille est riche, Ally. Je te montre cela, parce que je veux que tu voies. Je veux que tu voies que notre enfant ne manquera jamais de rien : quoi qu’il advienne, je serai là pour vous deux. Je t’en fais le serment. Dehors, ils disent tous la même chose, Ally. C’est le règne de l’acier : à qui aura la plus grande armée, à qui aura les meilleures armes et les plus solides armures. C’est faux. Ce qui gouverne Westeros, c’est ça, lâcha-t-il en désignant de sa main libre les monceaux d’or. C’est cet or que je compte utiliser pour amener ma famille à la place qui est la sienne. Et aucun de mes enfants ne sera oublié en chemin, pas même le nôtre. Certainement pas le nôtre.. »

Ce faisant, il caressa tendrement la joue d’Allyria avant de rompre le contact physique entre leurs mains liées depuis qu’ils avaient quitté la chambre de la dame de compagnie d’Alerie. Il lui restait une dernière chose à faire. Il lui jeta un regard d’une intensité rare.

« Viens avec moi. » lui demanda-t-il, soudainement apaisé.

Ils descendirent au milieu des tas de richesses où serpentaient des allées plus ou moins encombrées par les trésors. Par moment, le dallage original de la salle disparaissait même complètement sous de vieilles pièces en or datant d’avant la Conquête, frappé d’un lion rugissant laissant peu de place au doute sur le royaume qui les utilisait auparavant. Enfin, après quelques pérégrinations aurifères, ils arrivèrent devant un énième tumulus luisant au bas duquel trônait un coffret loin d’être immense. Garett fit la moue devant. C’était bien celui qu’on lui avait montré à ses huit ans. Il était frappé de bas-reliefs léonins discrets. Le bois avait vieilli durant toutes ces années. Il n’avait pas pensé revenir un jour ici. Et pourtant… Il y était.

« Tu veux bien fermer les yeux, s’il te plait ? »

Il la regarda obtempérer, se demandant sans doute ce qu’il prenait à son idiot d’amant. Puis, il ouvrit le coffret. Dedans, luisaient les deux plus précieux biens que renfermaient le Roc. Des vestiges d’un temps ancien, symbole d’une époque aujourd’hui disparue. Des objets qui avaient échappé à la Conquête, à la soumission et finalement au déshonneur. Il souleva le plus petit des deux de son couffin de velours rouge légèrement empoussiéré et l’amena à la lumière pour la première fois depuis dix-neuf ans. L’or semblait comme poli tant il était âgé, la tête de lionne qui semblait émerger de la ceinture de métal précieux était comme neuve, tandis que les rubis qui ponctuaient la courbe parfaite jetaient des reflets vifs sur le sol tout comme les deux émeraudes qui constituaient les yeux de la lionne. Il s’agissait de l’artefact-frère de celui qui reposait dans le coffret et que Garett n’avait jamais osé toucher ni sortir : il s’agissait de la couronne des Reines du Roc. Un objet façonné à une époque oubliée, dont personne n’aurait pu dire qui en avait été le commanditaire, qui en avait été l’artisan et quelle avait été la première reine à la porter. Aujourd’hui, Garett Lannister en couronnait une nouvelle.

Il déposa la couronne avec une douceur toute cérémonielle, toute respectueuse, sur le sommet du crâne d’Allyria. Elle rouvrit les yeux sans doute sous le coup de la surprise, ou de l’incompréhension, et tomba nez à nez avec l’homme qui ne pouvait vivre sans elle. Il la regardait intensément, d’une manière complètement inédite, alors qu’ils avaient pourtant vécu tant de choses ensemble.

« Allyria Tarbeck, je ne suis pas en droit de te proclamer Reine du Roc, mais je te proclame reine de mon cœur, reine de ma vie, et reine de mon amour. Tu es ma reine, et je ne veux pas d’autre vie qu’une à tes côtés. »




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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Jeu 13 Déc 2018 - 9:53

Amour excessif, Amour coupable.









« Ton frère aîné était une ordure, Ally. Tu le sais. »

Je sursautais lorsque la main de Garett se déposait sur la mienne, malgré toute la tendresse qu’il avait insufflé à son geste cela me semblait être une attaque véritable. Il était entré dans ce que j’avais construit comme un espace de protection contre le monde extérieur, et je n’étais pas prête. J‘avais voulu retirer ma main à la hâte, presque violemment mais je la laissais sous la sienne, plus crispée que jamais alors qu’il se mettait cependant toujours face à moi. A présent il pouvait tout voir de la détresse qui s’était emparée de moi, et je priais les Sept pour qu’il ne retente pas un contact physique, qu’il ne tente pas de me toucher, d’effacer ces larmes qui signaient mon naufrage. Je fermais le poing alors qu’il maintenait ce contact physique, je serrais le poing avec une telle force que je pouvais sentir mes ongles parfaitement entretenus s’enfoncer dans le creux de ma main. Rien n’aurait pu apaiser la terreur et la noirceur qui prenait peu à peu place en mon cœur. Rien n’aurait pu faire renaître un sourire sur mes lèvres. Rien ne pourrait plus jamais me rendre l’innocent espoir d’un avenir meilleur, car je le savais dans tous les cas détruit.

Hadrian Tarbeck était une ordure. C’était un fait irréfutable, et pourtant j’avais voulu hurler à Garett qu’il n’en savait rien. J’aurais sans doute hurlé avec la force du désespoir, hurler à m’en briser la voix. Garett avait été témoin de certaines des remarques d’Hadrian, et pourtant il n’avait jamais pris conscience de la moitié des choses que mon frère avait entreprit pour me briser. Il plongeait son regard dans celui de Lorelei Tyrell, partait en guerre, régentait les terres de l’Ouest… Garett était devenu Lannister et la petite Allyria n’avait plus sa place au sein du cercle très fermé des proches du seigneur du Roc. Sans doute cela avait-il été le début de notre éloignement, ce même instant où j’avais débuté mon histoire d’amour avec Ryman Crakehall, ce même instant où Hadrian Tarbeck avait redoublé d’efforts pour me blesser. Garett n’avait pas vu les regards qu’Hadrian avait portés sur moi, la violence de ses mots, ses actes toujours plus menaçants. Comment pouvait-il seulement mesurer ce qu’avait été Hadrian Tarbeck pour sa jeune sœur ?

« Ecoute-moi, s’il te plaît. La vie n’est pas une fatalité, Allyria Tarbeck. Je te protégerai, quoi qu’il advienne. Nous sommes liés, nous l’étions déjà, et nous le sommes d’autant plus maintenant. Je ne t’abandonnerai pas. Jamais. »

Tu m’abandonneras. Ils le font tous.

J’avais eu envie de lui faire entendre raison, de lui faire entrevoir ce que l’avenir nous réservait, et pourtant je connaissais bien assez Garett pour savoir que l’homme était incapable d’accepter l’aspect inévitable du destin. Il était voué à m’abandonner. J’avais été une distraction, une douceur de vivre, peut-être même étais-je parvenue à faire battre son cœur, mais ce jour changeait tout. Ce jour me changeait en situation, en problème, en paramètre perturbateur. Sans doute ne m’abandonnerait-il pas encore, en l’honneur de notre relation, par respect pour moi, peut-être même par amour pur et sincère. Pourtant l’amour était une chose qui ne régnait pas en maître dans ce monde, et il n’avait jamais été assez fort pour déjouer les attaques tortueuses des enjeux politiques et militaires. Le temps y ferait. Il ne le savait pas encore, mais il finirait par ne plus voir que cette complication que notre relation était devenue. Bientôt, alors qu’il n’aurait plus l’occasion de toucher mon corps et que nos étreintes ne pourraient plus lui apporter le bonheur dont il était devenu un habitué, alors il s’éloignerait. Je le savais. Peut-être même tiendrait-il encore quelques années. Pourtant, les mariages, les intrigues, les rivalités jouant leurs jeux macabres, nous finirions pas nous réveiller un matin et constater que plus rien n’était capable de nous relier l’un à l’autre. Peut-être même n’était-ce en rien la faute de cet enfant… Peut-être n’était-ce là que le cours normal pour l’histoire d’amour cachée d’un suzerain et d’une jeune femme promise à son vassal le plus puissant. Je restais silencieuse, et alors qu’il retirait finalement sa main, j’ouvrais la mienne pour constater le sang qui avait perlé et les petites cicatrices de la forme de mes ongles. Serait-ce toujours ainsi dès à présent ? Redouterais-je alors pour toujours le contact de nos deux peaux ?

« Viens avec moi, s’il te plaît. Ne restons pas là. »

Il me tendait la main, et je pouvais lire au fond de son regard la peur la plus terrible. Celui qui me faisait face et me tendait la main ressemblait à un petit garçon vulnérable et effrayé. En réalité, pour la première fois il me semblait retrouver le petit Garett Lannister, celui avec qui j’avais tant joué, celui qui craignait les réprimandes de son grand-père et la froideur de sa propre mère. Je ne voulais pas le toucher. Je ne voulais pas lui donner ma main. Je ne voulais pas le suivre. Ne le comprenait-il donc pas ? Ne comprenait-il pas que je ne souhaitais qu’être seule avec ma peine et ma honte ? Ne comprenait-il pas que sa présence rendait les choses encore plus difficiles ? Pourtant, alors que les secondes s’égrenaient et que l’homme, le suzerain, disparaissait définitivement pour laisser place au petit garçon, je ne pouvais m’empêcher de me détester de le rendre ainsi. C’était ma froideur, ma distance, qui le blessaient et le rendaient à ce point vulnérable. Alors, surmontant toutes mes réticences, je déposais ma main dans la sienne alors que mon autre main reformait un poing destructeur, ravageant à nouveau la peau délicate de sa paume pour combattre mon envie de le fuir. Je ne faisais cela que pour lui.

Il n’avait pas besoin de me traîner à sa suite, je le suivais machinalement, un pied devant l’autre alors que les larmes séchaient doucement sur mes joues et que plus aucune autre ne restait pour humidifier à nouveau ma peau. Je ne regardais pas ce que nous traversions, je ne faisais que fixer l’horizon sans véritablement le voir, concentrée sur le bruit de mes pas claquant contre le marbre du sol. Tout autour n’était que le décor décadent d’une pièce tragique dont je n’avais jamais voulu être l’héroïne. Bientôt nous nous retrouvions dans un couloir plus étroit, et l’horizon flou que je suivais du regard se heurtait à l’obscurité. Il n’y avait plus de lumière ou de couleur pour m’aveugler, simplement l’obscurité pour m’absorber. 

« Pratiquement personne n’est autorisé à voir ce qui est derrière en dehors de la famille. »

Il s’était tourné vers moi pour me parler, je ne l’avais pas regardé pour autant, le regard toujours perdu dans le vide. Bientôt il aurait obtenu la satisfaction de me montrer ce qu’il souhaitait me montrer, et je pourrais partir. Je connaissais bien trop Garett pour m’imaginer qu’il pourrait me laisser seule à ma simple demande, il bataillerait, argumenterait, tempêterait, caresserait, et je n’avais ni l’envie ni la force de repousser chacune de ces étapes. Je n’avais plus de forces du tout. Ainsi j’avais décidé de le suivre, en silence, machinalement, comme une poupée que l’on déplace selon son bon vouloir. Nous pénétrions rapidement dans une salle grandiose, immense. Je réalisais sa taille par le fait que l’horizon auquel mon regard s’était accroché semblait plus lointain et était éblouissant. Je ne détaillais pas la salle du regard, je ne montrais aucun signe d’intérêt ou même d’éblouissement. La salle était donc bien secrète et sans doute était-ce un honneur incroyable d’y être conviée, n’étant pas de la famille après tout. Je connaissais bien assez Garett pour saisir l’importance de ce symbole et le message qu’il tentait de me faire passer. Sans doute en aurais-je été touchée dans une autre circonstance, mais mon esprit n’était plus guère présent, et je n’avais plus rien de la Allyria qu’il aimait. Je ne le pouvais pas. Pas maintenant.

« Tu dois te demander pourquoi je t’ai amenée ici… »

Il se tournait vers moi et alors que je fixais toujours l’horizon, le regard d’or du seigneur de l’Ouest s’y imposait.

« Tu sais, comme tous, que ma famille est riche, Ally. Je te montre cela, parce que je veux que tu voies. Je veux que tu voies que notre enfant ne manquera jamais de rien : quoi qu’il advienne, je serai là pour vous deux. Je t’en fais le serment. Dehors, ils disent tous la même chose, Ally. C’est le règne de l’acier : à qui aura la plus grande armée, à qui aura les meilleures armes et les plus solides armures. C’est faux. Ce qui gouverne Westeros, c’est ça. C’est cet or que je compte utiliser pour amener ma famille à la place qui est la sienne. Et aucun de mes enfants ne sera oublié en chemin, pas même le nôtre. Certainement pas le nôtre… »

Je le laissais me toucher, encore une fois. Je criais intérieurement. Ne me touche pas. Laisse moi en paix, enfin en paix. Tout et n’importe quoi me passait par la tête. Je me moquais de la fortune de sa famille, je ne voulais pas de son armée ou de son or. Je ne voulais pas de nôtre enfant. Ma décision était prise et il me faudrait m’y tenir. A la minute où Garett accepterait enfin de me laisser seule, alors je partirais pour Château-Tarbeck. Confier mon état à Doran n’était sans doute pas la meilleure des stratégies, mais il saurait m’aider. Il accepterait ma décision. Cet enfant ne pouvait naître, et j’avais pris la décision de ne pas même le laisser grandir en mon sein, même si cela devait me coûter la vie. Après tout, un thé de lune permettrait de réparer cette erreur impardonnable. Dès lors il me faudrait rester à Château-Tarbeck jusqu’aux célébrations de mon mariage, et Castamere deviendrait ma nouvelle maison. Je m’en faisais la promesse, je ne devrais plus jamais remettre les pieds au Roc. Je ne devrais plus jamais laisser mon amour incommensurable pour Garett Lannister guider mes pensées. Il était temps que cela cesse. Il était temps que je devienne celle que l’on avait tant tenté de me faire devenir. Je serais une jeune femme de bonne famille exemplaire, une épouse aimante et docile, je serais de celles que l’on admire pour leur modestie et leur grâce. Je ne serais plus jamais cette enfant idiote qui rejette les lois des hommes et des dieux. Je ne pouvais plus l’être. Plus après ça.

Il fallait que cette mascarade s’arrête. Comment pouvais-je seulement rester là, avec Garett, le confortant dans l’idée que tout s’arrangerait ? Lui laissant imaginer que mes pensées n’étaient guère sombres et destructrices pour notre relation.

« Viens avec moi. »

« Garett… »

Il ne m’avait pas écouté et avait repris ma main comme une chose naturelle, comme une chose à laquelle on fait sans y penser. J’étais faible. Trop faible pour affirmer à haute voix ce qui tournait en boucle dans ma tête. La colère laissait tant place à la douleur, au déchirement. Je voyais tant les efforts qu’il déployait pour tenter de me prouver contre tout autre chose que rien ne pourrait nous atteindre. Malgré ma distance, malgré l’absence total de sensations et sentiments, je sentais poindre en mon cœur une douleur toute particulière. Je le regardais, je voyais la terreur qui animait ses gestes, la peur de me perdre, de perdre ce que nous avions construit à deux dans le secret de ses appartements.

« Tu veux bien fermer les yeux, s’il te plait ? »

Alors que je fermais les yeux, presque machinalement, je tentais de ne pas pleurer. Je ne comprenais pas ce qu’il cherchait à prouver, ce qu’il faisait, mais je comprenais par la gravité de son air qu’il y avait là un geste hautement symbolique. Il tentait par tous les moyens de me ramener à lui, de briser ce mur que j’avais instantané construit entre nous et qui menaçait à chaque instant un peu plus notre amour et sa survie.

Alors que je sentais soudainement un poids inhabituel sur mes épaules et le haut de ma tête, j’ouvrais les yeux. Je les ouvrais violemment, fixant Garett dans le blanc des yeux pour la première fois depuis qu’il avait entrepris cette démonstration. Pour la première fois je le regardais vraiment, je le regardais et le voyait. Il y avait tellement de sentiments pour animer son regard que ce contact en était presque troublant. En un instant il mettait à mal toutes les résolutions prises dans le silence de ces dernières minutes. J’avais envie qu’il me prenne dans ses bras, qu’il me sert contre lui, j’avais tant envie de croire à ses paroles et accepter de laisser vivre cet enfant.

« Allyria Tarbeck, je ne suis pas en droit de te proclamer Reine du Roc, mais je te proclame reine de mon cœur, reine de ma vie, et reine de mon amour. Tu es ma reine, et je ne veux pas d’autre vie qu’une à tes côtés. »

Je restais silencieuse, mon regard toujours ancré dans le sien, presque incapable de masquer le trouble qui était le mien. Garett me déclarait son amour de la manière la plus Lannister qui soit, et je voyais dans son regard la sincérité inébranlable de ses sentiments. Je voyais à quel point il parvenait à verbaliser ce qui habitait son cœur. Il n’y avait guère de sentiment plus fort, plus doux, plus déstabilisant que de comprendre la puissance de l’amour d’un homme. Encore plus lorsqu’il s’agissait de l’homme capable d’habiter chaque recoin de mon esprit, de mon cœur, chacune de cellules de mon corps.

J’élevais les mains et touchais la couronne qu’il avait déposée sur le sommet de mon crâne. Elle était d’une beauté à couper le souffle je pouvais le sentir. L’ouvrage des sertisseurs et les circonvolutions d’or qui la composaient avaient tout de magique. Pour la première fois depuis de longues minutes j’avais envie de ce contact physique. Ce contact qui m’avait poussé à me blesser tant il m’avait été insupportable quelques minutes auparavant. Ma bouche avait envie de la sienne, mes mains voulaient caresser la douceur de ses cheveux, explorer les aspérités de son dos, de son torse. Alors que je parcourais la couronne des doigts, j’imaginais un instant qu’il s’agissait de Garett, et j’imaginais que nous puissions retrouver tout cela. Retrouver le bonheur simple de sa peau contre la mienne et de nos regards entrelacés. Je m’approchais machinalement, murmurant son prénom du bout des lèvres sans que cela ne soit plus qu’un simple souffle. Je voulais imaginer et me convaincre que tout ceci avait une issue positive, qu’il disait vrai et qu’il pourrait me protéger de tout cela, qu’il pourrait protéger cet enfant à naître et notre amour par la même occasion. La couronne qui ornait mon front ne m’était pas étrangère, et alors que j’en effleurais une des pierres je pouvais la voir comme si elle se trouvait face à moi. Elle se tenait droite se mêlant à une chevelure blonde parfaite, ornant le front d’une femme à la beauté indiscutable.

Je n’étais pas cette femme.

La couronne qui ornait mon front avait orné celui des Reines du Roc.. C’était accompagné de ce bijou d’une beauté inégalable qu’elles s’étaient présentées aux yeux des nobles et des modestes. C’était devant la majesté de leur maintien et la beauté de leur parure que tous s’étaient inclinés. Je n’étais pas la digne héritière des reines du Roc, car jamais je ne pourrais être considérée comme l’égale de celles qui avaient partagé la couche officielle du suzerain. Je pouvais sentir autour de nous la présence étouffante d’Alerie Piper et Lorelei Tyrell, devenues toutes deux Lannister. Toutes deux reines légitimes s’il en était.

Je ne pourrais jamais être reine de son cœur, de sa vie, de son amour. Il y avait bien trop de femmes pour se les partager. Et nos enfants ne seraient jamais que bons seconds dans l’attention du suzerain de l’Ouest, malgré tout l’amour que pourrait leur porter Garett.

Frappée par l’image de ces deux femmes qui me fixaient d’un air froid, je reculais soudainement, attrapant la couronne de mes deux mains pour la tenir devant moi. Je la regardais un instant en silence, décrochant mon regard de celui de Garett pour la première fois.

J’avais voulu faire preuve de dignité et de décence, lui remettre la couronne avant de partir. J’avais voulu maintenir élevé le mur de froideur qui m’avait empêchée de ressentir la moindre émotion. Ce fut bien le contraire, et c’était un flot d’émotion qui venait me submerger. Je me noyais dans la douleur et la peur. Malgré moi, je délaissais tous mes rêves de dignité pour m’effondrer en pleurs. Sans un regard pour Garett je déposais la couronne sur le coussin auquel elle me semblait appartenir. 

« Je ne peux pas. »

Je relevais les yeux pour rencontrer ceux de Garett, le regard embrumé par les larmes qui me brulaient à présent. Je reculais pour instaurer une distance obligatoire entre nous. Je ne pouvais pas penser lorsqu’il était là. Je ne pouvais pas être raisonnable lorsqu’il était près de moi.

« Cet enfant… ne peut pas vivre Garett… »

Je laissais échapper un nouveau sanglot alors que je manquais presque de m’étouffer tant les paroles que je venais de prononcer me heurtaient.

« Tu ne sais pas… Tu crois savoir maintenant… Tu penses pouvoir le protéger, me protéger, protéger ça… »

Je nous montrais de la main, incapable de mettre les mots sur ce lien incroyable qui nous unissait.

« Mais tu ne peux pas… Ce que veut Garett n’a pas de poids contre ce que doit Lord Lannister… »

Je sombrais et la passion qui m’animait semblait plus que jamais de retour, manquait de m’étouffer par la puissance de sa frappe.

« Tu m’abandonneras… Tu m’abandonneras malgré toi… Tu me haïras pour avoir porté cet enfant… Je te haïrais de l’avoir fait naître en mon sein… Tu refuses de le voir aujourd’hui car tu es un homme bon, car tu m’aimes, car tu veux croire que c’est possible… Mais ce n’est pas possible… »

Je couvrais mon visage de mes mains, tentant un instant de me soustraire à la peine naissante que je pouvais lire dans le regard de Garett.

« Je t’aime… J’aime cet enfant... J’aime ce que nous avons… Mais je ne peux pas… Je ne peux pas porter cet enfant en mon sein et faire de lui un bâtard… je ne peux pas voir le fruit de notre amour être un symbole de honte… Un autre temps, une autre terre auraient peut-être rendu ça possible, mais pas ici, pas au Roc, pas avec nos familles, pas avec Alerie… »

Je reculais encore, me rapprochant de la sortie de cette petite pièce. J’essuyais mes larmes du revers de la main, d’un geste furieux et violent, ravalant ma bile alors que je m’apprêtais à prononcer des paroles que je regrettais déjà, mais que je savais être la bonne solution pour nous deux.

« Je vais rentrer à Château-Tarbeck, Garett. Je vais y rentrer et faire en sorte de régler cette situation. Je vais épouser Howland Reyne et rejoindre Castamere. Tu vas retrouver ton épouse et faire ton devoir de suzerain. Tu sais que c’est la seule chose à faire à présent… Je suis désolée, Garett… Je suis tellement désolée… Je ne peux pas… On ne peut pas… »

J’avais voulu en dire plus, lui expliquer, lui faire toucher du doigt la blessure béante qui venait de se créer en mon cœur alors que je lui annonçais mon départ. Pourtant aucun mot ne serait assez fort, aucune parole ne pourrait lui faire comprendre ce que je ressentais à la perspective de ne plus pouvoir l’aimer. Alors je tournais les talons et me dirigeais vers la sortir. Je courrais presque tant les larmes menaçaient de me faire m’effondrer. Je traversais la salle du trône et retournais dans le couloir dissimulé. Je tournais à gauche, à droite, il me semblait ne plus jamais finir. Je me perdais dans les méandres secrets du Roc et devais me tenir aux murs pour ne pas m’effondrer. Un dernier virage et il en était fini de moi. Je m’écroulais au sol, dos au mur, ramenant mes genoux contre mon corps afin d’apaiser la douleur de mon cœur dont on venait de me priver. Le couloir était étroit et sombre, aucun bruit ne venait faire échos à mes sanglots. Garett était là, quelque part, dans la forteresse, loin et pourtant si près.

Faire ce qui était juste pouvait-il s’avérer être la plus grande erreur d’une vie ?


 

 
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[FB] Amour excessif, Amour coupable

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