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 [FB] Amour excessif, Amour coupable

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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mer 31 Jan 2018 - 23:08

Amour excessif, Amour coupable.









Terres de l’Ouest,
Castral Roc,
An 48, Lune 6, Jour 17


« Comment ça, fiancée ? »

Garett leva les yeux du petit parchemin que le mestre de Castral Roc venait de lui transmettre. La missive émanait de Castamere. Elle annonçait avec fierté les fiançailles et le mariage prochain entre deux enfants de grandes maisons de l’Ouest : les Tarbeck et les Reyne. La jeune Allyria Tarbeck, rentrée de Pentos peu avant la fin de la guerre, était désormais promise au cousin du seigneur Byron, Ser Howland Reyne, l’un des héros de la bataille de Port-Réal. Comme c’était de coutume lors des grandes unions de ce genre, le vassal transmettait l’information au suzerain tout en l’invitant d’ores et déjà à assister à la cérémonie qui se tiendrait dans le fief des Reyne.

Face à son seigneur et maître, le mestre bafouilla une vague excuse incompréhensible tout en trifouillant les maillons de sa chaîne. Garett le congédia d’un signe de tête impatient, et il ne se fit pas prier, laissant le jeune lion seul dans les Jardins de Pierre. Pratiquement personne ne visitait le bois sacré du Roc et son petit barral tordu. On disait l’arbre faisant à peine le dixième du barral qui faisait la fierté de la maison Nerbosc. Cela faisait des millénaires que les Ouestriens – et donc les Lannister – avaient abandonné les Anciens Dieux. Toutefois, à la différence de certains, on avait sauvegardé l’ancien lieu saint. Il était toujours entretenu par les jardiniers du Roc, bien que le lieu de prière soit totalement déserté. C’était un endroit qui attirait par son magnétisme. On disait que la plupart des Rois du Roc s’étaient recueillis ici, y compris après s’être convertis aux Sept. Il se murmurait que toutes les grandes décisions qui avaient fait l’histoire des Terres de l’Ouest avaient été prises ici même. Les Jardins de Pierre étaient depuis devenu la retraite de prédilection des dirigeants Lannister.

Garett ne dérogeait certainement pas à la règle. C’était ici même qu’il avait longuement mûri la décision de jeter l’Ouest dans la guerre civile aux côtés des Baratheon et de leurs vassaux. Le jeune aimait à marcher ici, seul. Il aimait arpenter les allées de gravier blanc qui serpentait entre les haies taillées et les arbustes rosiers qui embaumaient. Il aimait s’interrompre quelques instants pour fixer ce visage taillé dans l’écorce blanchâtre de cet arbre à la forme improbable, comme s’il avait grandi au sein d’une tornade, et dont les branches solides portaient ce feuillage rouge qui rappelait les couleurs du blason familial. Les sons qui résonnaient dans les Jardins étaient aussi différents que dans le reste du Roc. Ici, il n’était pas question des cris des mouettes, du grondement de la houle se fracassant sur les falaises en contrebas, des rafales sifflantes en altitude, ni de certaines notes de musique fugaces qui pouvaient s’échapper d’un balcon ou d’une fenêtre ouverte ; il n’était pas non plus question de discussions, de messes-basses, d’éclats de rire francs ou de salutations effusives. Les odeurs semblaient plus pures aussi : nul parfum de Dame, d’effluves de cuisines, d’air iodé ou de bougies parfumées. Rien d’autre que l’air frais de la Nature, l’odeur de l’herbe coupée semblait peser en permanence dans les Jardins de Pierre, parfois accompagnée des douces senteurs des quelques fleurs qui s’épanouissaient timidement dans l’ombre de l’immense arbre blanc. Même l’air semblait plus léger. En ces journées ensoleillées, les lieux étaient idylliques, alors que l’immense cathédrale de pierre qui s’élevait au-dessus comme une gigantesque pièce de dentelle rocheuse laissait filtrer le soleil et le ciel bleu tout en conférant à l’endroit cette atmosphère si particulière, presque… mystique ?

Cette fois-ci, la quiétude des lieux ne suffisait pas à calmer Garett Lannister. Un violent sentiment de rage sourde lui tiraillait le ventre. De la trahison. Encore. N’y avait-il donc personne pour ne pas le trahir ? N’y avait-il donc personne capable d’entretenir avec lui une relation saine et sans arrière-pensées ? Que pouvait être le plan d’Allyria, dans tout cela ? Ils avaient pourtant passés des derniers mois extrêmement intenses, alors qu’ils se voyaient en cachette, dans la chambre de Garett, une fois la nuit tombée et les dangers écartés. Ils n’étaient que deux jeunes gens profitant d’une vie dorée qui leur était offerte par les circonstances, par leurs sangs, par leurs héritages et leurs privilèges respectifs. Ils s’aimaient. Du moins, Garett voulait le croire. Leurs étreintes ne pouvaient pas être autrement que sincères, leurs rires étouffés – alors qu’ils discutaient, enlacés, nus et heureux – ne pouvaient être joués. Alors pourquoi ? Pourquoi ? Cette question obsédait le suzerain. Il ne pouvait s’empêcher d’y voir une certaine forme de malice de la part de la jeune femme. S’était-elle vraiment jouée de lui ? Ne l’avait-elle approché que pour obtenir une place de choix au sein de l’Ouest ? Avait-elle instrumentalisé leur relation d’enfance pour en faire une arme redoutable contre le jeune homme ? Il n’osait y croire, il ne voulait le concevoir.

Il n’était pas n’importe qui. Il était plus que le suzerain de l’Ouest, plus que le Sire de Castral Roc. Il était celui qui avait terminé cette guerre. Il avait été de ceux qui s’étaient soulevés contre la tyrannie du Cruel. On oubliait trop vite tout ce que coûtait la guerre. Mais Garett, lui, n’oubliait pas. Et il n’oubliait pas non plus tout ce que ce continent lui devait. On le surnommait le Jeune Lion, le Rugissant, ou le Faiseur de Roi, depuis la fin de la guerre et l’accession au trône de Jaehaerys. On ne se jouait plus de lui. On respectait la puissance de l’Ouest. Pas simplement l’étendue de ses troupes désormais aguerries, pas simplement les infinies quantités d’or extraites chaque jour des collines austères de la région, pas simplement les noms parfois glorieux qui résonnaient depuis l’Ouest. Non, on respectait cela, bien sûr, mais c’était une nouvelle forme de considération dont jouissait désormais les Lannister, celle du poids politique. Garett n’avait-il pas été celui qui avait réussi à faire mettre à une même table Nymeria Martell et Etaine Arryn, les deux femmes qui se détestaient le plus en tout Westeros ? Et le Conflans n’était-il pas actuellement gouverné par l’un des vassaux du Roc ? Le pouvoir Lannister était à son apogée, le Lion était implacable, le Lion était immanquable. Et une jeune femme d’une famille vassale se jouerait de tout cela ?

Il n’y tenait plus.

Il tourna les talons et quitta les Jardins de Pierre à grandes enjambées, sous le regard du barral. Allyria devait se trouver dans ses appartements, à l’heure qu’il était. Il emprunta l’une des multiples coursives élégamment décorées comme il en existait des centaines dans le Roc. Il descendit deux volées de marches qui avaient jadis été taillées dans la masse de l’énorme rocher qui abritait la dynastie Lannister, et qui étaient désormais construites en marbre. Il passa devant le couloir amenant aux bains du Roc, ce grand complexe qui comportaient plusieurs thermes permettant aux habitants du Roc de se prélasser dans des bains d’eau chaude, des bains d’eau froide, d’autres de vapeur ou même de lait d’amande, ce dernier étant réservé à l’usage exclusif de la suzeraine de l’Ouest. En théorie, le maître des lieux ne pouvait y avoir accès, et pas même le Conquérant n’aurait pu s’y rendre. Il emprunta une nouvelle coursive qui l’amenait directement à traverser des jardins intermédiaires, sur une terrasse extérieure donnant plein Est.

C’était un petit jardin élégant, de haies taillées, et de banc de marbre disposés un peu partout. Un grand balcon le terminait, laissant aux occupants des lieux le loisir d’admirer la ligne infinie de cet enchaînement de plages idylliques et de majestueuses falaises qui constituait les côtes des Terres de l’Ouest. Au loin, on pouvait même distinguer la distante et incroyablement petite silhouette du fief de la maison Prestre : Feux-de-Joie. Une nouvelle fois, Garett ne s’y arrêta pas, traversant le jardin sans le voir, sans un mot ou un regard pour les quelques courtisans présents, alors qu’il serrait dans son poing la missive de Castamere.

Toujours furieux, Garett descendit un nouvel escalier circulaire qui l’amenait non loin du septuaire du Roc. Il ralentit un peu le pas, à l’approche du lieu saint du fief des Lannister. Les lieux avaient toujours eu une signification particulière pour le jeune homme. Il était respectueux des Sept, mais surtout, le septuaire était un lieu chargé en émotions et en souvenirs. Il arriva à la bifurcation qui l’amenait soit au septuaire, soit vers la suite du Roc, et notamment les appartements de la famille suzeraine. Ils étaient aisés à repérer. Les portes à double-battants étaient immenses, savamment décorées et quatre gardes d’honneur du Roc en gardait l’accès en permanence. Deux de ces derniers se raidirent alors qu’ils voyaient leur seigneur approcher à grands pas. Les deux autres s’occupèrent d’ouvrir chacun une porte, laissant le jeune homme blond faire une entrée toujours aussi majestueuse dans ce qui était son chez-lui. La décoration était toujours aussi fastueuse, peut-être même plus qu’ailleurs, alors qu’on retrouvait des tapisseries d’une finesse unique, et des lions héraldiques en or pur. A cette heure-ci, on était en fin de matinée, les lieux étaient vides. La plupart des occupants vaquaient à leurs activités au sein du Roc ou bien même ailleurs, à Port-Lannis, par exemple. Alerie elle-même était sans doute partie en ville, comme elle avait coutume de le faire en matinée pour ne rentrer parfois qu’en milieu d’après-midi. Aujourd’hui, Garett savait qu’Allyria était sur place, puisque c’était le jour où elle répétait ses mouvements à la harpe.

Comme pour confirmer sa conviction, quelques notes doucement pincées sur les cordes tendues d’une harpe coûteuse s’échappaient de la porte pourtant fermée de la chambre d’Allyria. Celle-ci se trouvait non loin de celle d’Alerie. Arrivant à proximité de ladite porte, Garett jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Il était seul, et la grande porte achevait d’être refermée par les gardes restés à l’extérieur. Il continua donc sa marche rapide et ouvrit la porte sans aucune retenue. Cette dernière alla percuter le mur en butée avant de rebondir vers son cadre qu’elle heurta en vibrant légèrement. Le jeune homme était déjà passé. Il referma la porte d’autorité et se retourna.

Allyria était assise à côté d’un splendide instrument qui devait bien faire plus que sa taille, même lorsqu’elle était debout. Il s’arrêta un bref instant, le souffle coupé par la scène de cette jeune femme assise là, au visage angélique, aux cheveux blonds si fins, qui le toisait avec surprise. C’était la première fois qu’il pénétrait dans la chambre d’Allyria. Les lieux étaient à son image. Tout n’était que raffinement et opulence. Une douce odeur sucrée de jasmin blanc flottait dans la pièce tandis que certaines couleurs rappelaient subtilement celles de la maison Tarbeck. Puis, il se souvint de ce qui l’amenait ici, et il rejoignit la jeune femme en quelques enjambées avant de lui brandir la missive sous le nez, l’air furieux, mais surtout réellement et visiblement blessé.

« Tu comptais me le dire un jour ? »



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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Sam 31 Mar 2018 - 11:59

Amour excessif, Amour coupable.









« Un banquet ? En quel honneur ? »

Mon regard trahissait l’incompréhension la plus parfaite. La missive que j’avais reçue au Roc mentionnait une nouvelle de la plus haute importante, réclamant par là même ma venue immédiate à Château-Tarbeck. Et voici que l’urgence se révélait n’être qu’un banquet ?

« Un banquet de fiançailles, Allyria. »

Le regard de Doran était fuyant, à l’opposé celui de ma mère me fixait avec intensité. Je m’étais levée d’un bond lorsque la voix apaisée de ma mère avait fini par exprimer la raison de ma venue à Château-Tarbeck. Il me semblait que tout avait été minutieusement prévu depuis de longues semaines, et voilà que je me retrouvais dos au mur. La nouvelle n’était pas anodine : après des semaines de tractations deux des plus grandes familles de l’Ouest avaient décidé de s’unir. Howland Reyne et sa famille seraient les invités de ma famille en cette soirée, et tout cela avait pour objectif d’officialiser ce qui avait été déjà négocié et signé. Aucun mot n’avait pu sortir de ma bouche tant le choc était rude. J’avais donc été invitée au banquet de mes propres fiançailles. Sans doute l’idée pouvait-elle apparaître comme relativement comique… Si comique que je ne pouvais davantage me retenir de rire. Je riais, sans pouvoir plus m’arrêter. Si ma mère pensait un instant qu’il s’agissait de joie, Doran me connaissait bien trop pour anticiper l’impact qu’une telle nouvelle pouvait avoir sur moi.

« Ally… »

Il s’était approché pour m’enlacer, je le repoussais violemment tout en cessant immédiatement de rire.

« Ne me touche pas ! »

La peine qui colorait ses traits était aussi douloureuse pour moi que celle qui me tordait le ventre à cet instant précis. Nous étions tous trois debout, silencieux, restant immobiles à nous dévisager alors que je ne pouvais trouver aucun mot pour exprimer ma colère. Comment pouvais-je bien expliquer ce qui me poussait à refuser une telle union ? Howland Reyne était un jeune homme brave, connaisseur d’Essos, plus riche que nécessaire et… certains même se hasardait à le trouver très bel homme. Quelle justification pouvais-je bien invoquer pour exprimer la catastrophe que ce mariage représentait pour moi ?

« Je suis demoiselle de compagnie de la suzeraine du Roc ! Je n’ai nul besoin de me marier si vite ! Je… »

« Cela fait bien des années que tu aurais du être mariée, Allyria. Tu es une jeune femme magnifique, de noble naissance, tu feras une épouse grandiose et les Reyne le savent. »

Mais je n’étais pas une épouse. Là était le problème. J’étais l’amante du suzerain de l’Ouest. J’étais amoureuse de Garett Lannister. Voilà ce que j’étais. Voilà la raison qui faisait de moi la pire des épouses pour cet homme. Jetant un regard implorant vers mon frère jumeau, je comprenais que rien d’autre que la vérité ne pourrait changer sa décision, et que cette même vérité détruirait notre famille.

« Doran… S’il te plait… »
« J’aimerais pouvoir t’aider Allyria… mais cet accord a été signé bien avant que je sois en mesure d’agir. »

Je fronçais les sourcils, clairement perdue. Ma mère qui reprenait place dans son fauteuil pris soin d’éclaircir la situation.

« Les négociations d’union ont été menées par Hadrian, Allyria. Il a engagé notre famille dans tout ceci. Il n’y a plus moyen de faire demi tour sans s’attirer les foudres des Reyne. De plus, ce mariage est une union plus que prestigieuse. »

Plus un mot ne pourrait changer les choses, je n’étais pas assez naïve pour me croire capable d’annuler ce mariage savamment orchestré par mon frère ainsi avant qu’il n’aille rejoindre les Sept. Comme une poupée désarticulée, je laissais ma gouvernante me vêtir d’une robe somptueuse préparée pour l’occasion, des joyaux de la famille Tarbeck. Je la laissais me coiffer, me transformer pour me donner l’allure de la fiancée parfaite. Pour la première fois, depuis mon retour de Pentos, je réalisais que plus rien n’était en mon pouvoir.

***


Le banquet s’était déroulé sans encombres. La politesse et la gentillesse de nos invités m’avaient poussé à être charmante et les fiançailles avaient été célébrées avec faste. Sans plus un mot pour mon frère ou ma mère, c’est à la hâte que j’avais fait mes bagages pour retourner au Roc dès le lendemain de la célébration. Le temps me semblait plus que jamais compté à présent. Alors que mon convoi passait les portes de la maison familiale, je m’autorisais pour la première fois à penser à celui que j’avais banni de mon esprit l’espace d’une soirée. Les yeux perdus à l’horizon, je ne voyais pas la campagne défiler… je ne voyais que lui.

Il était évident que la nouvelle de mes fiançailles arriverait bientôt au Roc, et je ne connaissais Garett que trop bien pour ne pas m’attendre à une réaction impulsive. Cela faisait bientôt un an que Garett et moi nous étions retrouvés, d’amis d’enfance nous avions évolué vers une relation amoureuse sincère mais officieuse. Il y avait déjà tant d’obstacles entre nous, nous faisions déjà du tort à l’épouse de Garett… fallait-il vraiment rajouter un autre paramètre dans cette situation chaotique ?

« Nous arrivons bientôt au Roc, ma Lady. »

Le Roc. Sans doute aurais-je pu être très heureuse au Roc si tout n’avait pas été si compliqué. La décision de Garett de me nommer comme demoiselle de compagnie aux côtés de son épouse n’avait été motivée que par la simple envie que je puisse rester à ses côtés, mais elle avait eu de multiples conséquences. Nous avions passé une année à nous cacher, à nous aimer en secret, à redoubler de ruse et d’ingéniosité pour parvenir à nous aimer en toute liberté. Et pourtant nous n’étions pas libres, loin de là. J’avais appris à connaître la suzeraine de l’Ouest, et Alerie était devenue une véritable amie. Jamais jusqu’alors aurais-je pu imaginer trouver en cette jeune femme un esprit aussi indépendant que le mien, et pourtant… Elle me comprenait, je voyais ses blessures et ses combats, les respectait, tout comme elle respectait les miens. Cela aurait été si simple que je puisse trouver en elle une femme odieuse, un être méprisable, peut-être ainsi aurais-je réussi à justifier ma conduire félonne… Rien de tout cela. Je devais trahir pour aimer, et rien ne pouvait plus être simple à présent.

J’avais envisagé de partir, à maintes reprises. Mon départ du Roc était la seule issue possible dans tout cela. Des nuits entières j’avais rempli mes malles, plié bagage… pour finalement tout défaire et me perdre dans les bras de celui qui m’habitait entièrement. Il y avait dans cette relation qui m’unissait à Garett quelque chose d’intangible, une force puissante que nous poussait l’un à l’autre irrémédiablement. Peut-être était-ce parce que nous nous connaissions mieux que quiconque ? Peut-être s’agissait-il là de confiance ? Nous n’avions rien d’un couple apaisé, nombreux étaient les disputes et les emportements. L’amour qui nous unissait était de ceux qui consument, qui détruisent, de ceux dont on ne peut se défaire que par la mort. Pourtant étions-nous prêts à tout risquer pour cet amour ? Sans doute Garett ne l’était-il pas. Je ne l’étais pas non plus, sinon sans nul doute aurais-je annulé coute que coute mes fiançailles avec Howland Reyne. Malgré ce lien indestructible qui faisait de nos deux êtres un tout, une force contraire empêchait nos destins d’être véritablement liés au grand jour. Garett était Suzerain, Garett était marié. A mesure que le Roc se dévoilait dans sa majesté la plus totale, je réalisais que Garett ne serait jamais mien que dans l’obscurité de notre amour secret. J’étais sienne, il était mien, mais cela n’avait aucune valeur aux yeux du monde. Cela ne prévaudrait jamais sur tout le reste. Comment était-il possible que deux êtres soient à ce point destinés l’un à l’autre, et pourtant à ce point incapables de s’appartenir à jamais ?

Lorsque le convoi s’immobilisait, j’essuyais les larmes que je n’avais pu retenir. Rabattant la capuche de mon manteau afin de dissimuler les traits peinés de mon visage, je me hâtais de joindre mes appartements. Il était tard, et il me faudrait être prête pour accompagner Alerie au cours de sa promenade matinale dans les jardins. Je me réjouissais de la revoir, peut-être parviendrais-je alors à oublier les tourments qui m’avaient étouffée durant ce voyage.

***

Une semaine s’était écoulée. Sept journées de culpabilité. J’avais accompagné Alerie, nous avions ri et dansé, nous nous étions promenées pour profiter du soleil et nous avions joué de la musique… Sept nuits de traitrise, à enlacer celui que j’aimais sans jamais trouver le courage de lui avouer ce qu’il allait finir par apprendre d’une autre bouche que la mienne. Comment seulement lui annoncer ce qui m’avait déjà tant désarçonnée ? Je n’avais rien choisi de ce mariage, et pourtant il me revenait de lui annoncer. Il me revenait d’affronter ses foudres. Pourtant je n’avais pas réussi à le faire. Les nuits que nous avions passées ensemble s’étaient révélées idylliques. Sans même le vouloir, Garett avait eu les gestes et les mots adéquats pour apaiser la douleur qui me hantait. Il avait été si doux, si présent, si amoureux, que jamais encore je n’avais trouvé la force de gâcher l’instant pour lui annoncer mes fiançailles. J’étais égoïste et effrayée. Je savais que la nouvelle changerait tout, qu’elle bouleverserait le petit paradis que nous nous étions construit, et j’avais voulu préserver ce paradis jusqu’au dernier moment.
La porte qui s’ouvrait à la volée jusqu’à aller heurter le mur avec une violence inouïe me fit sursauter, mais je ne criais pas. Délaissant l’instrument sur lequel je m’acharnais depuis des heures, je faisais volte face et tombait sur Garett…

Il y avait sur son visage une expression de profonde colère, de déception, sans doute même de douleur. Le parchemin qu’il tenait était comme chiffonné dans son poing serré, mais je n’avais aucun doute sur la teneur des propos qu’il avait apporté.

    Il savait.


Je me levais, sans hâte, tentant de lutter contre la paralysie qui s’était emparée de moi. La fenêtre s’était ouverte en même temps que la porte, laissant un vent tiède s’engouffrer dans la pièce, faisant par là même se mélanger nos parfums respectifs. Tout son corps semblait tendu par la colère, et alors qu’il s’approchait, je ne prenais pas la peine de reculer car la proximité de nos deux corps était sans doute la seule chose capable de me rassurer.

« Tu comptais me le dire un jour ? »

Evidemment. J’avais voulu lui dire chaque jour, chaque nuit. Chaque baiser semblait comme un aveu de ma part, j’avais voulu lui dire… tant de fois.

Ma rencontre avec Howland n’avait pas été le drame auquel je m’étais attendue. Le plan de table convenu nous avait évidemment placé l’un à côté de l’autre et si le début de la soirée s’était déroulé principalement dans le silence et l’embarras, nous avions rapidement trouvé des intérêts communs.

Je m’en voulais d’avoir apprécié Howland, d’avoir apprécié ce moment à ses côtés, d’avoir fait en sorte de sortir Garett de mon esprit. Cela avait été un mécanisme de défense comme il y en avait tant, après tout que pouvais-je bien faire d’autre ?

Je m’approchais de lui mais ne le touchais pas, je connaissais Garett et je le savais aussi impulsif que je l’étais. Alors que le silence commençait à devenir pesant.

« Garett… »

Je m’arrêtais un instant, dévisageant celui qui partageait officieusement ma vie depuis près d’un an à présent. Le dépassant rapidement, j’attrapais la porte afin de la refermer sur ce qui s’annonçait comme une tempête. Je ne savais pas même s’il me restait suffisamment de forces pour affronter le courroux de mon amant… il me semblait qu’à mesure que les jours s’écoulaient je perdais de mes forces et m’enfonçais dans une fatigue immobilisante. Me replaçant face à lui, je plongeais mon regard dans le sien.

« Bien-sûr que j’allais t’en parler… Je n’ai jamais trouvé le moment adéquat, s’il en est un. »

Je prenais le temps de respirer profondément, comme pour repousser le vertige qui menaçait mon équilibre.

« Te souviens-tu de la missive de Château-Tarbeck requérant ma présence la semaine dernière ? C’était de cela dont il s’agissait. Les fiançailles auraient été signées par mon frère Hadrian, et n’ont refait surface qu’aujourd’hui… »


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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Lun 16 Avr 2018 - 22:44

Amour excessif, Amour coupable.









    Par les Sept, qu’elle était belle.


Allyria Tarbeck avait toujours porté en elle une élégance innée. Garett avait toujours été stupéfait par cet état de fait, alors qu’il était bien incapable, après des années passées à se côtoyer, par pouvoir identifier ce qui rendait la jeune femme si attractive. C’était quelque chose qui dépassait les robes élégantes et aux décolletés si savamment travaillés. C’était quelque chose qui dépassait le maintien aristocratique qui laissait ses épaules droites et son dos légèrement cambré. C’était quelque chose qui dépassait cet air mutin, cette fierté insolente qui irradiait de son regard et de son attitude. Elle était une fille de la Tour Tarbeck, comme certains surnommaient parfois le fief de sa maison. L’une des plus riches et l’une des plus influentes de l’Ouest. Les Tarbeck avaient cette réputation de chevaliers pieux, et elle n’était pas usurpée. Ils avaient dans leur histoire de nombreux grands guerriers de l’Ouest, et de nombreux protecteurs de lieux saints. On murmurait que plusieurs Tarbeck étaient même devenus Grand Septon au cours de l’Histoire.

Si la beauté d’Allyria était l’une de ses grandes forces et indéniables qualités, elle n’en était certainement pas la seule. La jeune femme avait toujours eu un esprit indépendant. Peut-être même un peu trop, au vu des convenances et des coutumes en Westeros. Cela l’avait conduite à devoir s’exiler à Pentos. Son caractère était digne d’un volcan. D’une minute à l’autre, elle pouvait exploser et tout ravager sur son passage, parfois de manière définitive. Garett se rappelait encore de leur altercation – violente – quelques instants après leurs retrouvailles. Ils étaient tous les deux heureux de se retrouver, et pourtant, tout avait explosé en quelques instants. Le lendemain, des dizaines de cavaliers étaient en campagne pour retrouver la jeune femme de Château Tarbeck qui avait fui le convoi sensé la ramener en Terres de l’Ouest.

Garett savait donc à quoi il avait à faire en cette belle journée d’Eté au Roc. Il savait qu’il risquait de provoquer la fureur de la jeune femme, mais il n’en avait cure. Comment pouvait-il se préoccuper de cela quand elle s’était jouée ainsi de lui ? Quelle trahison. N’y avait-il donc rien sur cette terre pour alléger son fardeau de suzerain ? Furieux, rugissant, il la regarda approcher calmement, elle était tel un roc au milieu des flots déchainés. Elle avait compris, instantanément. Elle n’avait pas eu besoin de lire le petit parchemin. Elle se tenait désormais devant lui dans un silence assourdissant. Seul Garett était animé d’un mouvement, alors que son poitrail se soulevait rapidement et irrégulièrement, mû par le souffle aigre du fauve blessé.

« Garett… »

Une sueur froide coula dans le dos du jeune homme lorsqu’elle prononça son prénom. Il n’arrivait toujours pas à se faire au fait qu’elle le disait avec autant d’affection, comme s’il s’agissait d’un trésor unique, qu’elle chérissait de tout son cœur et qu’elle savait uniquement sien. Il plongea son regard dans le sien. Ses yeux étaient semblables à l’azur du ciel, d’une pureté presque absolue, alors que quelques iridescences noisette vers le bord de sa pupille. Le même bleu que le blason des Tarbeck. Il décida, malgré tout, de rester le plus impassible soutenant son regard.

« Bien-sûr que j’allais t’en parler… Je n’ai jamais trouvé le moment adéquat, s’il en est un. »

Un sourire nerveux s’afficha sur le visage de Garett avec une expiration de dédain désarçonnée. Il ne savait plus quoi penser tant le calme d’Allyria le stupéfiait.

« Te souviens-tu de la missive de Château-Tarbeck requérant ma présence la semaine dernière ? C’était de cela dont il s’agissait. Les fiançailles auraient été signées par mon frère Hadrian, et n’ont refait surface qu’aujourd’hui… »

C’était plus qu’il ne pouvait en supporter. Il se détourna d’elle en faisant les cent pas dans la chambre de la jeune femme. Sa fureur remontait de nouveau. Tout le monde s’était joué de lui. Le projet était visiblement plus ancien que prévu. Et personne ne lui en avait soufflé mot ? Ni les Tarbeck, ni les Reyne. Hadrian avait toujours été d’une stupidité péremptoire unique dans les Sept Couronnes, mais Garett aurait espéré mieux de la part de son beau-père Byron Reyne. Il faudrait qu’il s’occupe de son cas, un jour. Il était grand temps de rappeler aux Reyne de Castamere quelle était leur place. Et cet incompétent de Talbott qui n’avait pas même été fichu de trouver l’information. Ce n’avait pourtant pas dû être dissimulé de manière excessive, cela n’avait rien de secret : en témoignait cette invitation officielle. Furieux, tournant comme un lion en cage, Garett maugréait le nom du frère désormais décédé d’Allyria.

« Hadrian, Hadrian, Hadrian… »

Sous le coup de la rage, il envoya au sol un élégant vase de porcelaine.

« Il a bon dos, cet abruti d’Hadrian ! »

Il pointa un index accusateur sous le nez d’Allyria.

« Personne ne m’a tenu au courant de cette histoire, Ally. Personne. Je l’apprends aujourd’hui, comme le dernier des idiots. »

Ses épaules s’affaissèrent soudain alors qu’il réalisait qu’il allait peut-être perdre la femme qu’il aimait, avec laquelle il pouvait vivre tel qu’il le souhaitait. Il n’y avait qu’avec elle, au creux de son épaule, la tête enfouie dans ses cheveux blonds, qu’il pouvait être lui-même, et redevenir, pour quelques instants rares et précieux, celui qu’il était vraiment : Garett Lannister, et seulement Garett Lannister. Pas le suzerain, pas le seigneur du Roc, pas le chef de la maison Lannister, pas le Faiseur de Roi. Rien d’autre que Garett. Il se tourna soudainement vers Allyria, l’air soudainement inquiet.

« Dis-moi… Tu ne songes quand même pas à vraiment l’épouser ? Tu ne vas quand même pas faire ça ? Tu ne vas pas nous infliger ça ? Ally ? Dis-moi que tu ne vas pas faire ça. Promets-le moi ; tu ne peux pas faire ça… »



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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Jeu 10 Mai 2018 - 17:48

Amour excessif, Amour coupable.









« Hadrian, Hadrian, Hadrian… »

Le fracas de la porcelaine se brisant contre le mur était presque assourdissant. Garett, qui faisait les cent pas, ne s’en était sans doute pas rendu compte, mais jusqu’au moment de l’impact le silence avait été assourdissant. Le seul bruit des pas du jeune homme raisonnait dans la pièce comme dans un cathédrale, quant à moi je ne pouvais que rester silencieuse.

« Il a bon dos, cet abruti d’Hadrian ! Personne ne m’a tenu au courant de cette histoire, Ally. Personne. Je l’apprends aujourd’hui, comme le dernier des idiots. »

Je pouvais comprendre sa colère, sans doute était-elle méritée. J’avais partagé cette rage et avais fini par me rendre à l’évidence : nous devions accepter ce que nous ne pouvions plus empêcher. Sans doute Garett ne réalisait-il pas la véritable portée de la décision d’Hadrian. Il ne s’agissait pas simplement d’un mariage organisé entre deux grandes familles de l’Ouest… il s’agissait de me faire souffrir jusqu’au bout. Howland Reyne était un preux chevalier, un jeune homme charmant… il n’en était pas moins le père d’une batarde, enfantée par delà les mers dans la ville de Pentos. Howland Reyne conservait comme un trésor le souvenir de cette femme qui lui avait donné un enfant. Hadrian m’avait promise à un homme qui ne pourrait jamais me voir qu’au travers de ce qu’il avait pu vivre avec une autre femme. Voilà donc ce qui m’attendait : un mariage, avec un homme qui aimait une autre femme. Et après tout, n’était-ce pas que justice, puisque je l’épousais en aimant un autre homme ?

« Je sais… »

Je déposais délicatement ma main sur son omoplate, l’effleurant à peine de peur que ce contact ne fasse qu’amplifier sa colère. Pourtant il me semblait que cette colère avait disparue d’un seul coup. Les épaules affaissées de Garett laissaient transparaître une peine incommensurable, perçant mon cœur tant il m’était douloureux de le voir souffrir. Lorsqu’il se retournait, son regard trouvait instinctivement le mien, et nous restions un instant silencieux, nous regardant simplement. Il n’y avait plus de colère dans ses yeux, mais quelque chose de bien différent. De… l’inquiétude ? Instinctivement je déposais ma main sur sa joue fraîche, le contraste de ma peau contre la sienne provoquait une salve de frisson le long de mon dos, et je ne pouvais nier que le simple fait d’établir un contact physique avec lui suffisait à m’apaiser.

« Dis-moi… Tu ne songes quand même pas à vraiment l’épouser ? Tu ne vas quand même pas faire ça ? Tu ne vas pas nous infliger ça ? Ally ? Dis-moi que tu ne vas pas faire ça. Promets-le moi ; tu ne peux pas faire ça… »

« … Pardon ? »

C’est bien malgré moi que je lui coupais la parole. Les mots semblaient s’être échappés de ma bouche à mesure que je prenais la mesure de ce qu’il me disait. Je retirais ma main instinctivement, comme l’on fuit une braise incandescente pour éviter la brûlure. Je me reculais d’un pas, puis d’un autre, mon regard toujours fixé dans le sien. Il n’y avait plus de tristesse ou de compassion dans le regard que je lui adressais, mais bien une colère couvée, menaçant d’exploser à chaque instant.

Je ne pouvais pas nous infliger ça ?

La scène avait quelque chose de bien trop ridicule pour que je puisse retenir le rictus qui s’échappait immédiatement de mes lèvres.

« Je ne peux pas nous faire ça ? »

J’étais comme à bout de souffle. Ma voix laissait transparaître une froideur olympienne mais la teinte rosée qui teintait à présent mes joues trahissait ce qui me tordait l’estomac. Fidèle à ses pires instincts, Garett se laissait aller à l’égoïsme le plus vil. J’avais du mal à croire même qu’il avait pu oser me rendre potentiellement responsable de la situation vers laquelle nous nous dirigions.

« Est-ce que tu t’entends ? »

Jetant un coup d’œil aux débris de porcelaine qui ornaient le sol non loin de nous, je dus me faire violence pour retenir la pulsion qui me hurlait de lui lancer à la figure vases, verres, chaises et tout autre objet se trouvant à proximité.

« Evidemment que je vais me plier à ce mariage, Garett ! As-tu la moindre idée de ce qui se joue ici ? »

C’était à présent à moi de faire les cents pas. Il me forçait à parler de ce mariage comme une idée que je pourrais approuver. Je n’avais rien demandé de tout cela. Pas une seconde avais-je été consultée pour les négociations, et pour cause je n’étais pas même à Westeros. Pas une seule seconde m’avait-on donné le choix. Ma famille, mon propre jumeau avait accepté de me vendre à la famille Reyne sans se préoccuper de ce que j’avais à dire. A présent, il me fallait en plus défendre cette idée comme la mienne face à celui que j’aimais ?

« L’honneur de ma famille ! L’honneur de mon nom ! La réputation de Doran ! Ne crois-tu pas que ma famille a bien assez perdu ces dernières années ? »

Je m’arrêtais de marcher, à bout de souffle et à deux doigts de m’évanouir tant l’émotion qui obstruait ma gorge et me tordait l’estomac semblait s’intensifier. Prenant un instant appui contre la desserte contenant les boissons, je fermais les yeux comme pour tenter de m’ancrer, m’empêcher de me laisser emporter trop loin. Cette fois je ne pouvais plus empêcher les larmes de couler. La colère n’avait jamais été le principal motif de mon emportement. J’étais malheureuse. Malheureuse et inquiète. Je ne pouvais tourner le dos à ma famille en refusant ce mariage, et pourtant je ne parvenais pas à me résoudre à l’accepter. L’accepter, c’était renoncer à ma liberté d’aimer. L’accepter, c’était signer la fin de cette période heureuse et innocente où j’avais été aimée et avais aimé en retour.

« Je n’ai pas demandé ce mariage, Garett… Jamais je n’aurais appelé de mes vœux un mariage avec Howland Reyne. Il n’y a qu’une seule personne que je veux dans ma vie et dans mon lit… »

Je relevais les yeux, essuyant rageusement les larmes qui s’en écoulaient pour fixer mon amant avec un air plus dur que jamais. Il me voulait pour lui seul, il voulait me posséder quand je n'avais aucune chance d'obtenir le même privilège sur lui. S'en était trop.

« … Cependant il s’avère qu’il a choisi d’épouser une fille cadette de la famille Piper. Contre l’avis de tous. Pour des terres. »

Je m’approchais à présent, dépourvue de larmes, simplement blessée et déterminée à quitter cette pièce et la présence du suzerain au plus vite.

« Je n’ai pas de place dans ton avenir, la seule place que tu me réserves est dans ton lit. Comme ta place est difficile, Garett. Une épouse à honorer et une maîtresse pour te réchauffer. C’est ça, n’est-ce pas ? »

Je m’approchais toujours plus de lui, le corps tendu, les poings serrés, comme habitée par une rage que je n’arrivais plus à contrôler.

« Tu n’aimes pas l’idée qu’un autre homme me touche, c’est ça ? Tu n’aimes pas l’idée de me voir porter le nom de Reyne ? Et si tu m’enfermais dans cette chambre ! Toi seul en aurais la clé ! Et tu pourrais venir me prendre à ta guise ! C’est donc ça que vous voulez, monseigneur Suzerain ? »

Je ne contrôlais plus rien. J’avais hurlé de toutes mes forces, lançant une coupe de cristal en direction de Garett et le loupant largement. Je ne pensais pas un traitre mot de ce qui sortait de ma bouche. Garett m’aimait. Je le savais. Je ne pouvais pas en douter, pas maintenant. Je semblais incapable de maitriser mes émotions, complètement ravagée par l’idée de devoir épouser un autre homme, ravagée par la jalousie de voir Garett marié à une autre, de la savoir capable de l’aimer au grand jour, en droit de porter son nom, de le toucher aux yeux de tous, lorsque mon territoire était celui de l’obscurité et du secret. Cela faisait trop. S’en était trop pour moi. Je savais que nous nous dirigions vers des eaux troubles où tout ne pouvait que menacer notre amour et notre équilibre. Je savais que mon attitude hystérique ne pouvait que faire s’empirer les choses. Et pourtant… ainsi allait notre amour.

Il fallait que je sorte. La pièce semblait rapetisser à mesure que le temps s'écoulait et je manquais d'air. Passant aux côtés d'un Garett immobile, je me dirigeais vers la porte. Rien au monde ne pouvait sauver ce que nous étions en train de détruire, et je ne voulais qu'une chose : échapper à ce tourbillon de catastrophe par lequel ma vie semblait être avalée



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Garett Lannister
OUEST
■ Localisation : Près de Port-Réal
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Dim 22 Juil 2018 - 19:24

Amour excessif, Amour coupable.









« … Pardon ? »

Ce simple mot déclencha en Garett une violente et irrépressible envie de se fortifier alors qu’il sentait qu’il avait déchaîné une lame de fond qui approchait lentement, dont la menace, invisible mais aisément pressentie par le Jeune Lion, semblait planait au loin. Rien ne permettait encore de véritablement savoir ce qui allait se passer, mais le jeune homme connaissait trop bien son amie d’enfance et amante d’aujourd’hui pour ne pas savoir anticiper les signes avant-coureurs d’un de ces moments difficiles où la jeune femme perdait tout contrôle sur elle-même.

Elle retira subitement sa main, comme horrifiée par une quelconque découverte. Dans son mouvement, elle recula de quelques pas, ses yeux restants accrochés à ceux de Garett. Il connaissait bien assez le regard d’Allyria pour y déceler toutes les émotions qu’elle ressentait : regret, déception, et surtout, surtout de la colère. Ce n’était pas une simple colère passagère comme tout le monde pouvait en avoir, non. C’était une colère des plus profondes, des plus viscérales, des plus noires. C’était une fureur de vivre, une rage qui allait tout embraser et qui laisserait forcément des traces. Sa bouche se tordit en une grimace alors qu’elle s’exclamait avec autant d’indignation que d’incrédulité.

« Je ne peux pas nous faire ça ? »

La voix était glaciale. Elle tentait de se maîtriser. C’était évident. Elle tremblait légèrement alors que même son visage si élégant s’empourprait lentement. Garett, lui, ne disait plus rien, se préparant à encaisser le choc. Il viendrait, il en était convaincu. L’eau se retirait, symbole immanquable et absolu de la venue du raz-de-marée qui emporterait tout.

« Est-ce que tu t’entends ? »

Ce fut au seigneur du Roc de lancer un regard mauvais à la demoiselle de Château Tarbeck. Bien entendu qu’il s’entendait, et à quoi diable s’était-elle attendue ? Il n’avait pas été mis au courant, il apprenait cela comme le dernier des paysans, et pas même de sa bouche. Il n’allait tout de même pas lui porter un bouquet de fleurs pour la féliciter ?!

« Evidemment que je vais me plier à ce mariage, Garett ! As-tu la moindre idée de ce qui se joue ici ? »

Oh que oui. Il en avait parfaitement conscience. Et son regard devint plus sombre alors que le suzerain faisait son entrée dans la pièce où seuls Garett et Allyria avaient été. Et le suzerain en Garett, lui, ne pouvait que voir ça d’un œil très modestement enthousiaste. Les Reyne et les Tarbeck comptaient parmi les plus puissantes familles de l’Ouest. Une alliance à un niveau aussi élevé dans leurs rangs avait de bonnes chances de les rapprocher durablement. Politiquement, le coup était de maître. Hadrian Tarbeck avait beau avoir été un immonde personnage, il avait visiblement toujours eu le sens de la politique. C’était désormais Allyria qui faisait les cent pas dans la pièce, gesticulant légèrement, ses cheveux blonds tressautant à chaque fois qu’elle prenait la parole.

« L’honneur de ma famille ! L’honneur de mon nom ! La réputation de Doran ! Ne crois-tu pas que ma famille a bien assez perdu ces dernières années ? »

Garett se retint de lever les yeux au ciel. Sa famille, son honneur. Il avait envie de lui jeter à la face qu’elle aurait pu y réfléchir avant de perdre sa vertu, avant de se faire exiler en Essos. Cela n’aurait cependant servi à rien dans la résolution de la crise qui les opposait, et il garda son calme. Allyria avait toujours été obsédée par sa famille, comme si elle voulait tout faire pour réparer les torts qu’elle avait pu causer auparavant. Essoufflée, la jeune femme s’arrêta, regardant brièvement dans le vide, prenant appui sur la petite desserte élégante qui se trouvait à ses côtés. Durant un instant, Garett faillit s’avancer pour la rattraper alors qu’elle semblait sur le point de s’évanouir. Les larmes commençaient à couler sur ses joues enrougies, mais le jeune homme ne bougeait pas, comme tétanisé.

« Je n’ai pas demandé ce mariage, Garett… Jamais je n’aurais appelé de mes vœux un mariage avec Howland Reyne. Il n’y a qu’une seule personne que je veux dans ma vie et dans mon lit… »

Elle fixa son regard dans le sien, une nouvelle fois. Cette fois, ce n’était plus le désespoir qui habitait ces yeux bleus. Elle le jugeait, elle le jugeait avec toute la violence que cela supposait.

« … Cependant il s’avère qu’il a choisi d’épouser une fille cadette de la famille Piper. Contre l’avis de tous. Pour des terres. »

Ce coup-là, Garett ne l’avait pas vu venir. On y était, la lame de fond avait surgie, d’un coup, renversant tout sur son passage, terrassant toutes les fondations possibles et imaginables alors qu’elle était mue par une force incommensurable. Le Jeune Lion faisait les yeux ronds, regardant la jeune femme qui s’approchait désormais de lui, l’air furieuse, l’air blessée. Voilà ce qui n’allait pas entre eux. Elle était son amante et ne l’acceptait pas. Alerie était au cœur de toute cette histoire, et visiblement, Allyria avait du mal à en faire abstraction. Comme pouvait-elle ? Ni elle, ni lui, ne pouvait oublier cette jeune femme dont ils bafouaient l’existence même à chaque fois qu’ils se retrouvaient. Elle n’avait rien demandé. Leur relation avait été idyllique, durant quelques semaines, jusqu’à ce terrible repas, peu avant le départ de Garett pour les Terres de la Couronne et la bataille de Port-Réal. Plusieurs mois où il avait ruminé cette dispute violente, à côté de laquelle l’altercation avec Allyria passait pour un simple désaccord.

« Je n’ai pas de place dans ton avenir, la seule place que tu me réserves est dans ton lit. Comme ta place est difficile, Garett. Une épouse à honorer et une maîtresse pour te réchauffer. C’est ça, n’est-ce pas ? »

Garett serra fortement la mâchoire alors qu’elle se rapprochait toujours de lui. Elle était profondément injuste. Il l’aimait. Il avait aimé Alerie, un temps. Depuis, ils travaillaient ensemble à donner la meilleure image d’eux-mêmes à tous pour que l’Ouest ne se doute de rien, mais en coulisse, il n’y avait ni amour, ni tendresse. Et cela n’était pas près d’arriver alors que les pensées de Garett revenaient sans cesse à cette jeune fille de la maison Tarbeck qu’il ne pouvait pas posséder autrement que dans la clandestinité.

« Tu n’aimes pas l’idée qu’un autre homme me touche, c’est ça ? Tu n’aimes pas l’idée de me voir porter le nom de Reyne ? Et si tu m’enfermais dans cette chambre ! Toi seul en aurais la clé ! Et tu pourrais venir me prendre à ta guise ! C’est donc ça que vous voulez, monseigneur Suzerain ? »

Elle avait terminé sa dernière phrase en hurlant, attrapant une coupe de cristal pour la lancer dans sa direction. Le projectile manqua complètement Garett et alla se fracasser dans un crissement de verre pilé sur le mur plus loin. Le Lannister lui jeta un regard courroucé, mi-surpris, mi-outré qu’elle ait pu faire cela. La relation entre Garett et Allyria n’était pas celle qu’on comptait dans les balades et les comptines. Rien n’était calme. Leur relation était extrême à tout point de vue. Lorsqu’ils se retrouvaient, ils étaient capables de s’aimer avec passion durant des heures entières, vivant une espèce de lune de miel perpétuelle, où chaque soir était un éternel recommencement, chaque minute passée dans les bras de l’autre était une délectation. Et parfois, leurs tempéraments se retrouvaient en opposition, et les deux fiers représentants de leurs culture ouestirenne se disputaient fort, mais cela ne durait pas, et les mots prononcés étaient toujours mesurés pour ne pas blesser l’autre en son for intérieur. Désormais, Allyria se dirigeait vers la sortie, ayant craché tout son venin et cherchant à s’enfuir avant le retour de feu. Il n’en était pas question et le suzerain l’attrapa par le bras, sans vraiment la regarder, il n’avait pas bougé, se contentant de tendre la main au dernier moment pour attraper Allyria.

« Allyria. »

Il ne prononçait pas souvent son prénom complet. Sa voix était d’un calme olympien. Il ne semblait ne pas avoir pris ombrage de tout ce qui avait pu être dit quelques instants plus tôt. C’était évidemment faux. Garett était blessé par les propos qu’Allyria venait de tenir, mais il n’en manquait rien. Il se retourna lentement, sa main exerçant une poigne ferme mais douce sur l’avant-bras de la demoiselle, et plongea son regard dans ces deux turquoises qui le dévisageaient.

« Arrête. »

Une immense lassitude émanait de la voix du suzerain. Il n’avait pas envie de se battre, quand bien même une fureur sourde lui contractait l’estomac et lui brûlait les poumons. Ils étaient tous les deux de nouveau très proches. Il sentait le parfum de jasmin d’Allyria qui embaumait plus fort maintenant qu’elle était toute proche. Le contact de sa peau sous sa main l’électrisait. Pour autant, il n’oubliait rien.

« Tu as déversé tout ton venin, c’est très bien. Tu vas désormais t’enfuir en rase campagne ? »

Il la toisait aussi durement qu’il pouvait. Par les Sept qu’il l’aimait. Comment ne pas céder à une personne aussi incroyable ? Non seulement elle était l’une des plus belles femmes de l’Ouest, mais en plus elle avait un caractère si particulier : très difficile, certes, mais cela changeait tellement de toutes les femmes transparentes que l’on pouvait croiser. Il était impossible de ne pas remarquer Allyria Tarbeck, et encore moins de ne pas la convoiter.

« Tu ignores encore bien des choses, Ally. Notamment sur celle qui est, effectivement, pour notre plus grand malheur à tous les deux, ma femme. »

Cette fois, les traits de Garett se durcirent alors qu’il la regardait en se remémorant les dernières paroles de la jeune femme.

« Ce que tu n’ignores pas, c’est que je t’aime. Je t’aime à en mourir, Allyria Tarbeck. Je ne désire que toi, et je conquerrai le monde en ton nom. »

Il se sentait de nouveau transporté par la beauté hypnotique de son amante. Il ne pouvait pas résister à son attraction magnétique, à ses yeux bleu clair si profonds, à cette bouche si souvent avide d’amour, et cette personnalité si brûlante. Il se pencha lentement pour l’embrasser sur la clavicule, avec douceur mais autorité, ne sachant plus si c’était la colère contenue ou son amour pour elle qui parlait.

« Si je le pouvais, j’abandonnerais tout pour toi, pour pouvoir vivre à tes côtés : mon or, mon titre, mon fief, mon nom. »

Il déposa ses mains sur sa taille et un baiser sur ses lèvres charnues. Puis, sans douceur ni violence, il la repoussa contre le mur, le regard dur.

« Il serait temps que tu t’en aperçoives pour de bon. »

Ce faisant, il l’embrassa avec fougue, ses mains glissant lentement le long de son corps, alors qu’il sentait sa tête tanguer sous le geyser d’émotions qui s’était ouvert en lui. Douleur, colère, honte, amour, envie, déception, tristesse, jalousie, trahison, confiance… Tout se mélangeait en un capharnaüm silencieux de couleurs, de senteurs et de sons inaudibles. Seule certitude, le sang battait violemment à ses tempes alors qu’il se laissait guider par son instinct et les réactions d’Allyria.



    Ils allaient sombrer. Encore.

      Un nouveau moment d’éternité.






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Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: Re: [FB] Amour excessif, Amour coupable   Mer 29 Aoû 2018 - 15:46

Amour excessif, Amour coupable.









« Allyria. »

La main qui entourait à présent mon bras n’était pas ce qui m’avait empêchait de quitter la salle à toute hâte. Mon prénom prononcé par la voix presque brisé de Garett avait eu l’effet d’une porte qui se claque. Arrêtée en plein mouvement, je restais un instant  à fixer la porte qui se trouvait à quelques mètres de nous. Le regarder signifiait rendre tout cela réel. Sans doute avais-je perdu la raison et sans doute les choses qui s’étaient échappées de ma bouche avaient été d’une violence démesurée, mais n’en étaient-elles pas moins partiellement vraies ?

Je n’étais pas de celles qui réclamaient le mariage, les honneurs et la gloire. Je voulais aimer et être aimée, je voulais vivre avant qu’il ne soit trop tard. Personne ne vivait réellement dans notre monde, il était coutume de se battre pour des causes qui ne sont pas les nôtres, de perdre la vie au nom d’un roi ou d’un autre, de délaisser les élans de nos cœurs pour honorer une promesse d’un ancien temps. Je m’étais promis d’être de celles capables de combattre cet ordre millénaire qui voulait que les êtres nés femmes soient porteuses d’une certaine responsabilité. Je m’étais promis de ne jamais rien attendre de Garett, de faire de notre relation cet ilot d’insouciance et de bonheur dont nous avions tous deux besoin. Pourtant était-ce réellement possible ? J’avais engagé mon cœur, mon corps, mon âme, tout ce que je possédais même dans cette relation qui comblait tous mes désirs et mes besoins. J’avais tenté d’ignorer la réalité, de la repousser toujours plus loin pour obtenir un jour, une semaine, un mois de plus dans cette illusion d’un amour sans tâches.

« Arrête. Tu as déversé tout ton venin, c’est très bien. Tu vas désormais t’enfuir en rase campagne ? »

La réalité était toute autre, et elle venait de me heurter en plein visage. Garett Lannister et Allyria Tarbeck n’avaient aucun avenir ensemble. Aucun. Nous avions beau nous évertuer à ignorer ce fait, mais il était irréfutable. Garett était marié, à une femme incroyable que je respectais et que j’aimais bien plus que je ne pouvais l’avouer. Il était marié et ce vœu noué devant les Sept n’était pas de ceux dont on se libère aisément. Rien d’autre ne me serait accordé que le secret et un amour étouffé par l’obscurité. Nous nous aimions plus que de raison, mais il n’y avait pas d’avenir entre nous. Quelle issue nous attendait alors ? Nous pourrions continuer à nous aimer en secret, à laisser libre cours à cette attraction qui nous dévorait. Puis nous détruirions tout sur notre passage. L’un et l’autre finiraient par en attendre tellement de l’autre que le bonheur n’aurait plus sa place dans notre couple. Ce que nous avions était précieux, c’était un morceau de bonheur à l’état pur, mais étouffé comme il l’était ce bonheur ne pouvait espérer autre destin que l’amertume et la haine.

Je finirais par le haïr de ne pouvoir me donner plus, il finirait par me haïr d’en vouloir autant. Et comment ne pourrais-je pas me haïr d’en attendre autant de lui lorsque je m’étais fait cette promesse solennelle de ne jamais dépendre de qui que ce soit ? Je bafouais mes principes, je foulais aux pieds une amitié précieuse et mettait en jeu la dignité d’une femme admirable.

« Tu ignores encore bien des choses, Ally. Notamment sur celle qui est, effectivement, pour notre plus grand malheur à tous les deux, ma femme. »

Je n’ignorais plus rien. Pour la première fois en plus d’un an j’avais ouvert les yeux sur le chaos qui nous étions doucement entrain de créer, tous les deux. Nos regards se mêlaient, il n’y avait que Garett pour accrocher mon regard de cette manière hypnotique. J’avais voulu détourner les yeux, laisser libre chemin aux larmes qui menaçaient de se déverser depuis de longues minutes. Je n’y parvenais pas.

« Ce que tu n’ignores pas, c’est que je t’aime. Je t’aime à en mourir, Allyria Tarbeck. Je ne désire que toi, et je conquerrai le monde en ton nom. »

Alors que ses lèvres se déposaient tendrement à la base de mon cou, je détournais finalement le regard, et ne pouvais plus avant retenir mes larmes. Il m’aimait, je l’aimais, et pourtant il me fallait partir, pour de bon cette fois. Rester après tout cela signifiait abandonner toute raison.

« Si je le pouvais, j’abandonnerais tout pour toi, pour pouvoir vivre à tes côtés : mon or, mon titre, mon fief, mon nom. »

Ses mots ne faisaient que confirmer l’intuition que j’avais eue plus tôt, nous nous dirigions vers l’autodestruction, vers le chaos.

« Garett… »

C’est sans douceur qu’il déposait ses lèvres contre les miennes, presque impérieux, prenant ce que je n’étais pas sûre d’être en mesure de lui donner à cet instant. Il y avait quelque chose d’enivrant dans chacune de nos étreintes. Là était le plus grand des dangers. Nous pouvions nous déchirer, nous haïr même, ou nous aimer de la manière la plus pure qui soit, rien ne survivait au contact de nos deux peaux. La contradiction la plus réelle ne pouvait survivre à un baiser. Sans doute était-ce là notre problème majeur.

Mos dos heurtait brusquement le mur et je me retrouvais coincée entre celui-ci et mon amant. J’étouffais littéralement. La chaleur accablante qui brouillait jusqu’à ma vision me semblait délirante. J’avais envie de repousser Garett, pour reprendre mon souffle, pour retrouver mes esprits, ou même simplement parce que le sentiment d’emprisonnement que notre position m’inspirait devenait insupportable. Il fallait qu’il parte, ou bien que je parte.

« Il serait temps que tu t’en aperçoives pour de bon. »

Il ne semblait donc pas décidé à quitter la pièce. Ses mains qui glissaient le long de mon corps n’avaient pas l’effet escompté cette fois, et les baisers qu’il m’offrait ne faisaient qu’augmenter mon malaise.

« Garett… S’il te plait… »

Je parvenais à peine à prononcer une phrase cohérente, suspendue entre l’envie de céder à cet instant entre les bras du jeune homme et la menace de défaillir d’un instant à l’autre. Ma voix n’étant qu’un souffle, presque un soupir, Garett du prendre mon imploration comme une invitation à intensifier ses assauts. Cependant, je pouvais le sentir à présent, la rougeur de mes joues n’avait rien à voir avec celle qui les teintait lors de nos étreintes, le vertige qui me faisait vaciller n’était en rien provoqué par le contact de nos deux corps. Rien de tout cela n’était normal. Je murmurais plusieurs fois des implorations afin que Garett fasse cesser cette étreinte qui ne faisait qu’amplifier le mal. Cependant rien ne semblait capable de l’arrêter. Le repoussant cette fois avec plus de force, à bout de souffle et clairement à bout de forces, je criais :

« Non ! »

Je voyais à peine le regard interloqué du seigneur de l’Ouest tant mon regard était concentré sur la carafe d’eau qui se trouvait sur une petite desserte près de la fenêtre. De l’eau fraîche et de l’air, voilà bien les deux seules choses que je désirais à cet instant. Il ne comprenait pas, sans doute était blessé de me voir le rejeter ainsi, avec une exclamation si brutale. Je ne lui adressais pas un regard alors que je tentais tant bien que mal d’avancer vers l’eau fraîche, vers mon salut. Je devais être déshydratée, voilà la seule explication que je trouvais au malaise qui menaçait de me faire perdre la tête. Je pouvais sentir la fièvre brouiller mon esprit, la sueur froide poindre sur mon front, la douleur qui me tordait le ventre et me donnait envie de mourir. Rien de tout cela ne pouvait être normal.

J’étais littéralement à bout de forces lorsque j’atteignais finalement la desserte, et ne pus faire autrement que de m’y appuyer de tout mon poids pour retrouver l’équilibre. Je me servais une coupe d’eau à la hâte, tremblant plus encore qu’avant et renversant la moitié du liquide au sol.

Le monde s’était mis à tourner, de la pire des manières qui soient.

« Je… Garett… pars… »

Puis plus rien. Tout était noir à présent. J’avais senti une surface dure heurter mon crâne, et entendu le fracas bien lointain d’un objet se brisant au sol. Pourtant rien de tout cela n’avait eu de réalité propre, tout cela n’avait été qu’une lointaine impression dans un univers si obscur que rien ne s’offrait plus à ma vue. J’étais seule, plus seule que jamais, et rien dans ce monde n’était confortable ou agréable.

Les voix que j’entendais au loin étaient comme dépersonnifiées. J’entendais bien le son de voix s’adressant à moi, mais rien ne pouvait m’atteindre, car aucun mot n’avait plus de sens.

D’un seul coup, une lumière aveuglante me ranimait, et je réalisais que j’étais étendue sur l’herbe encore haute des terres entourant Château-Tarbeck. Comment avais-je pu me retrouver là si rapidement ? La rivière qui coulait en contre bas était la même que celle dans laquelle j’avais joué étant enfant. Le soleil brillait, le ciel était d’un bleu irréel.

« Et bien ? Alors ? »

Je sursautais et tombais nez à nez avec un Alyn Tarbeck. Alyn était mort. Cela signifiait-il que j’étais morte également ?

« Tu ne réussiras pas à éviter la question, Ally. »

Il ne pouvait pas y avoir de regard plus atterré que celui que je lui retournais alors qu’il continuait à m’adresser ce sourire bienveillant et malicieux qu’il arborait à chaque fois que nous passions du temps ensemble. Il n’avait pas vieillit, il ressemblait parfaitement au frère ainé que j’avais vu partir à la guerre. De mon côté, j’avais bien vieillit, et je n’étais pas la jeune enfant qu’il avait quitté. Comment ne pouvait-il pas être surpris de me voir ainsi ?

« Je… »
« Très bien, je commence alors. Douze. »
« Douze ? »
« L’âge auquel j’ai aimé pour la première fois. Syril, la fille de Ser Fryman. »

Le rire qui s’échappait de sa gorge était magnifique. Je me rappelais avec exactitude de la paix que pouvait m’apporter le rire d’Alyn. Il avait beau être mon frère le plus âgé, nous avions beau être si éloigné en âge que la logique aurait été que nous ne nous fréquentions jamais… nous étions inséparable. J’avais conscience que rien de tout ce que je vivais n’était réel, et pourtant Syria avait existé, et je ne doutais pas que mon frère ait pu succomber à la beauté de celle qui n’était cependant pas digne d’épouser l’ainé de la famille Tarbeck.

« A toi. »

Il se rallongeait dans l’herbe, le sourire aux lèvres, la peau légèrement rougie par le soleil. Assise, recroquevillée sur moi-même, je le fixais d’un air idiot. Il était si beau. Il y avait tant de bonté qui émanait de son être, s’en était presque douloureux lorsque je me remémorais le fait qu’il nous avait quitté… que tout cela n’était rien de réel, quoi que cela puisse être.

« Dix-huit… »
« Tu ne me feras pas croire que ton premier amour fut Ryman Crakehall ! »

Il s’était exclamé de manière si naturelle que j’aurais pu le penser vivant. Son rire à nouveau s’élevait, comme coupant au couteau l’atmosphère lourde qui nous entourait.

« Je n’ai que deux mots : Garett Lannister. »

Cette fois je sursautais presque, le fixant d’un œil effrayé. Attrapant mon bras, il me forçait à m’allonger à ses côtés, et le contact de l’herbe étonnamment douce sur ma peau et mes cheveux m’apaisait immédiatement. La main qu’il entremêlait à la mienne était la chose la plus réconfortante au monde.

« L’amour est une chose précieuse, Ally. Mais il ne doit pas te faire oublier celle que tu es, celle que tu veux être. L’amour est si puissant que le plus valeureux des soldats peut s’y perdre aisément. Ne te perds pas, ma douce. »

Nos regards ne se quittaient pas alors que sa main caressait mes cheveux avec tendresse. Je fermais les yeux un instant, prenant la mesure de ce qui se passait.

« Si seulement les choses avaient été différentes… »
« Elles ne le sont pas. Parfois, la décision la plus déchirante se révèle être la meilleure. »

Pourquoi ne pouvais-je faire autrement que penser que tout cela était réel ? Il était si réel. Sa peau qui touchait la mienne, sa voix, son regard, tout ce que je voyais était mon frère en chair et en os.

« Quelque chose ne va pas, je le sens, et j’ai peur Alyn… J’ai l’impression de me tenir au bord d’un précipice, d’y danser insouciamment tout en risquant de basculer à chaque instant. Mon cœur, mon âme, tout en moi me crie de continuer à danser, que rien ne peut m’arriver… et pourtant je sens cette force qui me hurle de reculer, de renoncer à cette légèreté pour me sauver, nous sauver de la chute. »

« Dans la tempête, le marin rentre au port. »

Je me relevais, à présent tout à fait convaincue que je ne comprenais rien à ce qui se passait. Mon frère se levait à son tour et les voix lointaines reprenaient de plus belles, remplissant à présent tout l’espace, ne laissant plus aucune place à l’environnement serein et ensoleillé. Alors qu’Alyn lâchait ma main, il se commençait à s’éloigner, marchant en direction du château sans plus un regard en ma direction. Je l’appelais, du moins j’avais l’impression de l’appeler, de crier son nom en boucle, mais bientôt ma voix n’avait plus de portée et tout ce qui m’entourait redevint noir.

J’ouvrais un œil, à peine assez pour être aveuglée par la lumière pourtant tamisée. Le regard brouillé, je distinguais deux silhouettes, deux voix.

« Monseigneur, apaisez-vous. Lady Allyria n’est pas mourante, cependant monseigneur… »

Je ne parvenais pas à reconnaître les voix, rien ne me semblait familier et je finissais par fermer à nouveau l’œil, accablée par la fatigue la plus intense. Ce retour à l’obscurité ne faisait pas taire les voix pour autant.

« Je ne sais comment annoncer cela à Monseigneur… »

La voix de l’autre silhouette s’éleva comme un cri, bien trop fortement pour que mon esprit à présent accoutumé au silence ne puisse comprendre les mots qu’il avait adressés à la voix hésitante.

« Lady Allyria est… enceinte, monseigneur. »

Il avait chuchoté les derniers mots, comme l’on avoue un secret honteux. Il me fallut de longues secondes avant de réaliser ce que la voix venait d’annoncer. Le chaos. La destruction. J’ouvrais les yeux d’un coup, tout à fait aveuglée pendant les premières secondes, mais à présent complètement éveillée. Les deux silhouettes se tournaient vers moi d’un air presque paniqué, et je pus enfin reconnaître le mestre du Roc et son suzerain.

Je ne pouvais réellement comprendre ce qui se passait dans ma tête, tout allait bien trop vite. Enceinte. Un enfant. Moi. C’était impossible. Nous avions pris toutes les précautions possibles. Je ne pouvais pas être enceinte.

« Non… Non, non, non, non, non, non… »

Les yeux dans le vide, je ne pouvais plus rien faire d’autre que répéter ce petit mot insignifiant et pourtant bien lourd de sens.

J’étais détruite. Je pouvais le sentir à présent, plus physiquement que jamais. Le précipice s’était ouvert sous mes pieds.


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[FB] Amour excessif, Amour coupable

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