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 Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol   Dim 4 Fév 2018 - 23:44

Connais l'oiseau à la plume et le faucon au vol.

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Le soleil venait de franchir la ligne d’horizon, disparaissant au loin derrière les distantes collines arrondies qui marquaient les approches terrestres de Port-Réal vers les Terres de l’Ouest. Le ciel était une toile de peinture, tel un arc-en-ciel immense incomplet. La majeure partie des cieux étaient désormais sombres, d’un bleu sombre tirant sur le noir à mesure que la nuit avançait. Pourtant, l’horizon était d’un saisissant mélange de couleurs chaudes tirant presque sur le violet. La ligne s’embrasait de couleurs rouges éclatantes tandis qu’une longue bande orange mordorée faisait la transition entre la terre d’un noir d’encre et le ciel violet puis bleu. Dans cette toile aux couleurs rutilante, lumineuses, presque vivantes, quelques rares nuages trop hauts dans les cieux créaient de ponctuelles tâches d’obscurité qui rendaient ce ciel surréaliste un peu plus terrestre.

Posté sur les remparts de Port-Réal, Valyron Tyvaros ne regardait pas ce spectacle fantastique mais conservait le regard perdu sur l’obscurité rampante du jour qui déclinait toujours plus, inéluctablement. Accoudé à un créneau du chemin de garde principal, le Serpent de Mantarys réfléchissait en paix. Il se savait ici en parfaite et absolue tranquillité. Certains parvenaient à trouver son antre pour venir s’adresser à lui dans le but de lui soutirer ou vendre une information. Ici, il était seul pratiquement en tout temps. Il lui arrivait de croiser un ou deux hommes d’armes faisant leur patrouille ou allant rejoindre leurs postes, mais c’était bien les seules personnes qu’il pouvait croiser ici. Il aimait à venir méditer sur ces remparts. La pierre solidement taillée, les enivrantes hauteurs de la forteresse des Targaryen, les piaillements des mouettes auxquels s’adjoignaient les cris des goélands et ce petit supplément d’air frais, poussé par un vent plus fort qu’en contrebas : tout cela rendait l’endroit très agréable, parfaitement adapté pour venir faire un point intérieur sans subir les turpitudes de la vie de courtisan.

Les odeurs pestilentielles de la capitale n’atteignaient pas ces hauteurs fortifiées, et les senteurs nocturnes commençaient – elles – à se manifester. Les plantes assoiffées semblaient comme goûter de ce répit face à l’incessant et implacable disque solaire qui brillait toute la journée sans rivalité de la part d’une quelconque masse nuageuse. Les fleurs semblaient se ragaillardir dans la fraîcheur toute relative du soir. Bientôt, cette même fraîcheur viendrait picoter les peaux des habitants de Westeros, s’insinuant avec délectation parmi les fenêtres ouvertes et les ouvertures débarrassées des étoffes qui les encombraient en journée. Ce répit nocturne face à la sécheresse et la canicule, tous le partageaient sans considération de rang, de statut social ou d’origine. La douceur de l’air chassant les affres diurnes soulageait aussi bien le seigneur solitaire qui réfléchissait au devenir de sa lignée que les amants d’un soir qui s’allongeaient dans une chambre louée pour la nuit tout comme le mendiant qui regagnait désormais son antre obscur pour y compter le maigre butin de sa journée. Au loin, sur les flots de la Baie de la Néra, les navires qui avaient débuté leur approche en fin de journée avaient mis en panne, signalant leur présence au mouillage à l’aide d’une lanterne installée à la poupe.

Le maître-espion du Donjon Rouge prit le temps de profiter encore un bref instant de ce répit bienheureux. La matinée avait été rude en émotions. Sous la supervision de Robart Baratheon, ils avaient convoqué les Arryn à l’aube pour tirer au clair les agissements suspects des membres de la maison au Faucon et à la Lune. S’ils s’étaient révélés très peu coopératifs au début de la rencontre, la confrontation face à leurs agissements et au contexte difficile que connaissait Westeros avait eu raison de leur unité de façade. Les différents courants qui agitaient le Val et faisait la politique interne du Val avaient éclaté au grand jour. Et au terme d’une matinée riche en rebondissement, Etaine Arryn avait décidé de collaborer avec la Couronne tandis que sa cousine Catelyn était placée aux arrêts. Martyn Arryn devait quant à lui livrer Freyja Stark et était libre d’aller rencontrer son cousin pour essayer de négocier un accord de paix de la dernière chance au Nord. Une chose était certaine, l’ancienne maison royale avait été considérablement affaiblie, sa menace envers la Couronne cessant d’exister à l’instant près où les rangs avaient cédé face aux questions et aux accusations des deux serviteurs des Targaryen.

Un mystère restait toutefois à élucider : l’empoisonnement de Rohanna Baratheon. Tout le chambardement politique qui avait eu lieu ce matin avait pour origine cet attentat qui avait frappé les noces royales. Le désormais Protecteur du royaume avait vu rouge et avait exigé de Valyron qu’il se charge de l’enquête. Ce qu’il avait fait, indiquant les propos séditieux de Catelyn Arryn qui accréditaient selon lui une éventuelle complicité avec les Stark qui eux étaient absents. Désormais, il ne restait plus qu’à interroger plus en détails la jeune femme au regard céruléen qui avait tenu tête à l’homme le plus puissant du royaume. Tournant les talons pour s’arracher à la contemplation du paysage qui s’étalait devant lui, le Serpent prit la route des appartements du palais, et plus précisément de la petite chambre où était placée sous bonne garde la fille du dernier prince de la Montagne et du Val. Lorsqu’il parvint devant la porte, le garde le salua avant de le laisser entrer.

Se glissant dans l’embrasure avec souplesse et silence tel le serpent qu’il était, Valyron entra et referma lui-même la porte avec délicatesse. Rien ne bougeait dans la chambre désormais plongée dans une obscurité relative. Dehors, le ciel entre chien et loup était encore source d’une lumière éteinte, fade mais tout de même présente. Un bref soupir se fit entendre un peu plus loin, vers la couche sommaire mais solide qui ornait le fond de la pièce. Valyron resta là un instant, comprenant que Catelyn Arryn dormait encore, d’un sommeil sans doute difficile à trouver et enfin réparateur. Il avait été ému par lé défense de la jeune femme durant la matinée, et s’il la savait coupable et donc sujette à une sanction des plus sévères, il ne pouvait s’empêche de sympathiser malgré ce ton supérieur qu’elle avait adopté durant toute la discussion. Il fit un pas en avant, prudent, vigilant. La respiration calme de la jeune femme endormie évoquait les vaguelettes qui se brisaient à la nuit tombée sur les plages de sable blanc de la lointaine Lys, tel le ressac avançant dans un chant nocturne délicat avant de se retirer en un murmure. Bien qu’il compatît, certaines choses n’attendaient pas. Il n’avait de toute manière aucune espèce de pitié pour ceux qui trahissaient les Targaryen, maître absolus et légitimes de toute créature vivante sur ce continent.

« Vous êtes une personne vraiment surprenante, Catelyn Arryn. »

Il avait parlé avec une certaine douceur teintée de stupéfaction bienveillante. Comme il l’avait prévu, elle se réveilla avec un léger sursaut tandis que lui était penché vers elle, les coudes posés sur ses cuisses. Il attendit qu’elle fût un peu plus réveillée et redressée pour de nouveau prendre la parole. La jeune femme était intelligente, elle comprendrait vite pourquoi il était là. Un faucon, même en cage, restait avant tout sensible à son instinct. Restant tout à fait poli et respectueux sans une once d’égard à son rang, Valyron joignît les mains sous son nez alors que son menton venait trouver appui entre ses pouces. Le regard d’airain du Serpent de Mantarys transperçait Catelyn. Inquisiteurs, les deux disques de métal valyrien, gris comme l’argent sombre, toisaient la jeune femme. Ce regard du Chuchoteur avait vu tant de choses qu’il évoquait les lointaines ruines fumantes de la Valyria, et tous les trésors qui y résidaient encore.

« J’imagine que vous êtes consciente de la gravité de votre situation, aussi ne vais-je pas vous ennuyer avec ça. Gardez simplement à l’esprit que je suis ici pour vous aider à vous innocenter. Si vous n’avez pas commis ce crime terrifiant, j’espère que vous saurez me guider à la même conclusion. »

Bien entendu, Valyron était déjà pratiquement convaincu de cet état de fait. Une telle action ne correspondait en rien aux agissements et au caractère du Chaton. Restait désormais à monter un dossier permettant de la disculper, et surtout de trouver qui était à l’origine de tous ces troubles.



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol   Mar 6 Fév 2018 - 16:07


Valyron & Catelyn

Connais l'Oiseau à la plume
et le Faucon au Vol


Dans le crépuscule noir, sa robe d’apparat vibre doucement. La chaleur est étouffante. Si le mur de pierres appareillées a apporté quelque fraicheur, son corps endormi l’a avalée depuis longtemps. La soie rose relevée sur ses jambes dénudées, l’aune de sa traine tombe sur le sol. Sans aucune grâce, loin de toute la noblesse de son sang éteint. En deuil d’espoir, l’astre solaire vient de disparaître. Aujourd’hui, aucune justice ne serait rendue sur cette terre sèche. Et, sur son poignet, chatouillé par une respiration mesurée, brillent des veines bleutées. Coulent en elles autant de rêves brisés qu’il ne sert plus à rien de retenir. Ainsi endormie, légèrement recroquevillée sur soi, sa main gauche posée sur son ventre féminin et l’autre effleurant son visage, Catelyn Arryn semble paisible. On aurait du mal à croire que, quelques heures auparavant, elle venait d’être condamnée à une mort probable. Quelle faiblesse humaine que celle de dormir ! Pourtant, un détail permettait de l’apercevoir. Le frémissement de ses paupières. Trop lourdement fermées pour être paisibles. Perdue dans les limbes de ses maux secrets, elle n’entend pas la petite porte grincer sur ses gongs. Elle n’entend pas non plus le sifflement de la vipère qui, déjà, l’observe de ses yeux injectés d’un venin jaune. Elle s’est oubliée de ce monde et, pour encore quelques instants, elle y demeure. Il prend le temps de choisir la position la plus stratégique, celle qui la conditionnera dans sa position inférieure. Glissé dans son vil personnage, il s’assied et fixe un oeil unique vers la dormeuse. Sifflement strident du danger… « Vous êtes une personne vraiment surprenante, Catelyn Arryn. »



A cette première morsure, son corps entier sursaute. Nébuleuse, long est l’instant pour ouvrir les yeux. Sa paume de main, creuse, est endolorie d’une position trop longtemps infligée. Elle bouge ses doigts, une douceur infantile. Sa joue est lourdement appuyée sur son bras, combien de temps s’est-elle assoupie? Elle referme les yeux, le temps est plus rapide quand on ne le vit pas. Pourtant, une démangeaison parcoure sa peau et vient se loger dans son cou. Il y a quelqu’un dans la pièce. Elle sursaute à nouveau et relève son corps, sans aucune manière que la surprise n’en laisse le choix. De longs instants supplémentaires lui sont nécessaires pour voir l’homme qui se tarie en face d’elle. Inquisiteur, son regard ne lui offre aucune possibilité de replis. Une moue de révulsion vient marquer son visage, quel affront était-ce ! Collée contre le mur, elle observe ses chevilles dénudées offerte au serpent. Cette nudité trop intime fait bouillir en son coeur quelques colères grondeuses. Se retenant de les cacher avec précipitation, elle tente de maintenir son corps tout entier. Elle voudrait fuir ou mieux lui lacérer son visage de bellâtre arrogant. « J’imagine que vous êtes consciente de la gravité de votre situation, aussi ne vais-je pas vous ennuyer avec ça. Gardez simplement à l’esprit que je suis ici pour vous aider à vous innocenter. Si vous n’avez pas commis ce crime terrifiant, j’espère que vous saurez me guider à la même conclusion. » Interdite, elle soutient la terreur que lui inflige l’homme. Si Lord Robart était le Régent, lui pouvait fomenter des preuves de toutes parts. Si il voulait sa tête sur une pique, il l’aurait. En vrai, et Catelyn en était certaine, peu lui importait son sort tant que les Targaryen étaient protégés. Valyron de Tyvaros, le serviteur esclave.



Méditant les paroles de l’homme, hagarde de ce sommeil qui la hante encore, elle s’assied. Prenant à garde à réfugier la nudité de ses jambes sous sa robe somptueuse. Se faisant, les pinces qui retenaient ses cheveux se dispersent et une cascade d’ondulations lumineuses s’échoue jusque dans le creux de ses reins. Ses narines soufflent un soupçon d’énervement. Jamais aucun étranger ne l’avait vu dans cet affublement. Etouffant un bâillement involontaire, elle masse sa mâchoire crispée. Elle ne pouvait croire qu’on la surprenne de la sorte, cela la révoltait. Elle aurait pu appeler à la garde et clamer qu’elle ne veut pas répondre au Chuchoteur. Et cette pensée reste longtemps en elle,a assez pour lui couler un regard blanc. Pour autant, là n’était pas son avantage. Au contraire, elle avait tout intérêt à écouter les paroles pernicieuses de cet homme, quitte à le renvoyer plus tard. Personne ne pourrait la forcer à parler, prisonnière peut-être, mais elle n’oubliait pas sa position. Eux non plus. Tout mal qu’ils porteraient à sa personne, serait décuplé par la fureur de son peuple. Martyre, elle était bien plus dangereuse que libre avec des idées revêches. Une arme ultime qu’elle utiliserait si besoin est, personne ne peut lutter contre les fantômes. « Entends-je une pointe d’affabilité en vos mots? » Neutre est sa voix, surprise est son arcade sourcilière qui se hausse de quelques millimètres. Elle l’aurait juré, le Chuchoteur n’avait pas cherché à l’intimider par son intonation. Son arrivée sépulcrale, sa position supérieure, certainement. Si elle s’était sentie en danger, qu’elle en avait sursauté et frémis, la sensation était en train de disparaître. Elle était déjà en train de chuter et rien n’aurait pu venir amoindrir ou accroitre l’impact qui se profilait. Lissant la soierie, comme si cela avait encore de l’importance ici cloitrée, elle observe les heureux motifs de ses vêtements. Un simulacre. Tout comme sa commissure qui dessine un rictus incompréhensible. Il devait avoir bien besoin d’elle pour venir la trouver jusqu’ici, dans le manteau secret de la presque nuit, à l’heure où les couloirs du Donjon-Rouge sont déserts et inoccupés.



Silencieusement, le rictus envolé, elle acquiesce. Un geste du menton, presque inapparent. Insondables sont ses attentes, mais elle l’écoutera. Mourir, elle y était préparée. Après-tout nombreuses étaient les petites morts qu’elle portait en elle, secrètes et tuent. En revanche, mourir pour un crime qu’elle n’avait pas commis… elle n’y était pas préparée. A cette idée une nouvelle question s’imposait à elle : aurait-elle seulement été capable de tuer quelqu’un? Des années auparavant, il aurait été si facile d’assassiner la Rose Sans Epines, personne ne l’aurait jamais soupçonnée. Une mort bénéfique pour le Val tout entier et le mal du passé restauré. Elle serait l’épouse de Martyn, Suzeraine consort du trône de Barral. Un doux rêve, un glorieux rêve mais qui n’était pas. Non, elle aurait été incapable de commanditer la mort de quelqu’un, pas même sa nemesis. « Je n’ai aucune sympathie pour vous monseigneur, aussi ne me demandez pas de la feindre. » Elle ne l’avait pas même regardé, au feu de ses iris aurait répondu les glaciers éternels des monts Arryn. Il ne l’aurait pas supporté, tout comme ce matin. Se levant pour faire circuler le sang dans ses jambes alourdies, elle s’avance vers lui. Ils parleraient face à face car elle en était certaine, il avait tout autant besoin d’elle que elle de lui. « Apprenez aussi que je n’ai jamais pu souffrir les faux-semblants, alors acceptons de parler comme des plébéiens. Pourquoi avez-vous besoin de moi Lord de Tyvaros? »

AVENGEDINCHAINS

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol   Mar 13 Fév 2018 - 0:51

Connais l'oiseau à la plume et le faucon au vol.

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« Entends-je une pointe d’affabilité en vos mots? »

A peine réveillée, à peine tirée des limbes du sommeil, Catelyn Arryn laissait déjà apparaître le fil aiguisé de la roche dont elle était issue. Elle venait d’un pays où ses ancêtres avaient nommé les montagnes anonymes, où les Andals avaient bâti un nid pour les Faucons : les Eryé. Le Serpent de Mantarys ne connaissait pas encore le Val mais y poserait bientôt pied pour la toute première fois, lorsqu’il irait chercher la future otage des Baratheon, Freyja Stark, cédée par Martyn Arryn en guise de bonne volonté. Oh, il n’avait guère de sens poétique, et les symboles héraldiques signifiaient peu pour lui, même anobli. Par contre, il savait pour y avoir été confronté lui-même que les Arryn avaient une propension toute particulière à se vanter de leur pureté d’âme. Il souillerait donc de sa présence, et ce avec une certaine satisfaction, les terres inviolées des Faucons du Val.

Les pupilles vipérines du seigneur de Port-d’Epices ne lâchaient pas d’un iota la jeune femme qui s’était désormais redressée devant lui sur sa couche, détachant ses cheveux qui avaient alors ruisseler en une cascade de fils blonds, jaunes comme l’or des blés prêts à être récoltés. Elle avait de véritables traits aristocratiques, porteurs d’une noblesse éteinte, mais toujours présente dans la finesse des traits et la fierté du regard : des caractéristiques andales. Les natifs de la péninsule de Valyria et leurs descendants avaient des traits plus orientaux, avec des yeux très légèrement plus fins, presque un rien bridés, une peau plus bronzée, héritage du soleil écrasant du Sud d’Essos, et surtout, surtout, une physionomie qui approchait de la perfection, là où celle du Faucon en cage qui lui faisait face évoquait la rudesse des montagnes. Les Valyriens, eux, n’étaient que perfection, et cela se voyait jusqu’à leur apparence physique.

« Je n’ai aucune sympathie pour vous monseigneur, aussi ne me demandez pas de la feindre. »

Elle n’avait même pas daigné poser son regard sur lui, et pourtant, Valyron n’en tira aucune insulte. Les vexations étaient tout ce qu’il restait à la jeune femme prisonnière. De tous ceux qu’il avait pu interroger durant sa carrière au service des Targaryen, Catelyn Arryn comportait sans doute parmi les plus revêches qu’il avait croisé. Toutefois, si la froideur de son regard et de tout son être l’avait déstabilisé à leur première rencontre, le Serpent avait été témoin du déchirement entre les Faucons. Il avait vu l’armure de glace pure se fissurer pour laisser apparaître la fragile Dame. L’acier valyrien au fond des yeux du Mantaryen était encore plus coupant que Feunoyr. Désormais préparé au gel, il aurait découpé d’un seul geste net le plus épais des glaciers qui se terrait au creux des vals. Ces yeux qui scrutaient, inquisiteurs, Catelyn Arryn avaient affronté bien des noms, et bien des circonstances.

Il avait vu Maegor prendre le pouvoir, il avait vu le monarque dément jurer devant ses dragons qu’il réduirait la ville à néant plutôt que de perdre la guerre. Il avait vu l’armée rebelle se jeter sur les remparts de Port-Réal. Il avait vu Rhaenys Targaryen rallier la capitale durant la bataille, chevauchant Vif-Argent, affrontant la Terreur Noire. Il avait vu Accalmie, Winterfell, Castral Roc, Blancport, la Griffonière, le Fénil, La Dent d’Or, Castamere et bien d’autres lieux iconiques tels Fort-Terreur, Castel-Cerwyn, ou même le Mur. Il avait vu des hommes être massacrés en plein banquet à la Cour de Maegor. Il avait vu son compte de bûchers, d’exécutions plus ou moins sommaires. Il avait vu les terribles tempêtes autour de la péninsule brisée de la Valyria. Il avait vu les pyramides des cités d’or ghiscaries, et même les restes arides de leur défunte capitale, l’Ancienne Ghis. Il avait vu le Mur Noir de Volantis, et le Titan de Braavos. Il avait promené son regard sur les lagons de Lys, sur les falaises de Myr et sur l’anse du port de Pentos. Il avait vu de loin les ruines de la Rhoyne, de Ny Sar et d’Ar Noy. Il avait lui-même exploré les ruines maudites de la Valyria plusieurs fois. Il avait vu les dépouilles calcinées des dragons géants, et les spectres de la cité déchirée : les veurs de feu. Il avait entendu toutes les légendes sur les Chagrins, l’ancienne Chroyane, la capitale morte des Rhoynars , notamment celle qui lui prêtait un souverain immortel régnant depuis le Palais des Chagrins, le seigneur au linceul, une victime immortelle de la léprose, soupçonné d’être le dernier des rois rhoynars revenu d’entre les morts.

Il avait parlé avec des dizaines de personnes à Port-Réal. Il avait échafaudé des plans pour assurer la sauvegarde du royaume à son sens. Avec Elinor Piète, avec Rodrick Farring, avec Rhaegar Velaryon, avec Ondrew Piète, avec Hollister Tarly, avec bien d’autres. Catelyn Arryn n’était qu’un nom de plus, certes prestigieux, mais un nom de plus. Il avait passé vingt ans au Donjon Rouge, les hommes et les femmes n’avaient plus de secret pour le fielleux Serpent. On ne mentait pas à Valyron Tyvaros. Lui par contre, avait appris à contrôler ses moindres émotions, pouvant passer d’une discussion à l’autre sans se préoccuper de laisser filtrer le moindre indice. Certains le jugeraient peut-être sorcier, voire ensorcelé, mais c’était ainsi qu’il était, façonné par des années d’intrigues. Catelyn Arryn ne l’impressionnait plus.

« Apprenez aussi que je n’ai jamais pu souffrir les faux-semblants, alors acceptons de parler comme des plébéiens. Pourquoi avez-vous besoin de moi Lord de Tyvaros? »

Sans doute était-ce une nouvelle pique de la part de la prisonnière, rappelant à l’envi son statut désormais abandonné d’homme du peuple. Valyron en avait tiré sa force durant des années. Ce n’était pas une noble frigide et arrogante qui le ferait se sentir mal. Il était un étranger. Il n’était pas né ici, n’avait aucun parent qui avait accompagné le Conquérant et nul lien avec Westeros. Il était – à sa connaissance – le premier des de Mantarys, désormais Tyvaros, à mettre le pied sur Westeros. On lui avait rappelé avec force et insistante qu’il n’était ni noble ni westerosi durant ses années à la Cour, jusqu’à Maegor lui-même qui l’appelait par le sobriquet raccourci de « Mantarys ». Son origine, il s’en était fait une armure. Il parlait toujours avec un léger accent chantant évoquant les montagnes grises aux reflets violets de la Valyria. Il exhalait une odeur de lavande et de cendres, et s’était toujours habillé comme un seigneur d’Essos, portant d’amples vêtements coûteux, savamment travaillés et rappelant les couleurs de son allégeance. Malheureusement pour elle, Valyron n’avait pas directement besoin de Catelyn. Aussi, il répondit très courtoisement, très calmement.

« La négociation est indigne de vous, Dame Catelyn. Tout comme l’est le parjure. C’est pour cela que vous avez assumé vos propos tenus lors du couronnement, je ne me trompe pas ? »

La question était purement rhétorique. Malgré l’absence de contact visuel, il ne l’avait pas lâche des yeux. Au loin, une cloche tinta dans la nuit, sous la coupole d’un septuaire de Port-Réal, la vibration de cuivre montant jusqu’à la colline d’Aegon à laquelle s’accrochait le flamboyant Donjon-Rouge. Tournant la tête à son tour pour tendre l’oreille et compter les tintements, le Serpent reprit d’un ton calme, incisif mais déterminé, comme si son exposé ne souffrait d’aucune contestation possible. A vrai dire, il ne s’était pas attendu à être si détaché.

« Je n’ai pas besoin de vous, Catelyn Arryn. Vous êtes une traîtresse, une contestataire, un embarras pour la Couronne comme pour votre Maison. »

Il n’y avait là aucune volonté d’insulter la jeune femme, le Serpent n’avait nul besoin d’utiliser le tact avec quelqu’un qui considérait que les faux-semblants n’étaient pas utiles. Il se demanda si on lui avait déjà parlé comme il le faisait, n’exposant pourtant que des faits qui lui semblaient être implacables.

« Vous êtes la coupable parfaite, Catelyn. Vous vous en rendez compte. Si je considérais qu’il était dans l’intérêt du royaume de trouver rapidement un coupable à cet attentat, il suffirait d’aider un peu la vérité, de monter un scénario où le Nord cherche vengeance pour l’affront du divorce de Rhaenys Targaryen, et trouve en vous les parfaits exécutants. Les Sept Couronnes adhèreraient à cette vision du monde, parfaitement manichéenne, si simple, si… tentante. Le monde s’unirait contre vos terres, et renversaient Arryn et Stark pour laisser prospérer sur les ruines de ces deux augustes noms le terreau nourricier de l’unité future du royaume tout entier, rassemblé sous la bannière royale. »

Il se leva d’un air lassé, tournant ostensiblement le dos à son interlocutrice pour regarder par la petite ouverture pratiquée dans l’épaisse roche qui constituait la forteresse des Targaryen. Les mains croisées dans le dos, il terminait son exposé, l’air rêveur. Tout cela, il l’avait mûrement réfléchi, voulant à tout prix choisir la meilleure voie pour le royaume. Et c’était encore possible, techniquement, en fonction de comment avancerait le destin.

« Ma position et mon expérience me crient que le Nord est un bouc-émissaire. C’est trop évident. On me parle de plusieurs poisons utilisés conjointement, ou que sais-je. Le Nord a peut-être trempé dans cette affaire mais je pense surtout que l’on veut dresser les sujets de Jaehaerys contre lui et inversement. »

Lorsqu’il se retourna pour dévisager Catelyn Arryn, il n’y avait aucune trace de supériorité, aucune posture. Valyron avait plongé un regard préoccupé, soucieux, tourmenté sur celle qui lui faisait face.

« Ce que je m’apprête à vous dire n’est qu’une théorie, mais pour le moment, vous êtes la seule à pouvoir l’accepter. »

Il s’approcha, baissant la voix, adoptant ce ton conspirateur qu’il avait abandonné depuis la chute de Maegor.

« Il y a autre chose. Quiconque a commandité cet assassinat n’a laissé aucune trace, aucun signal préliminaire, rien. Personne n’a rien vu venir, ni mes agents, ni ceux du Protecteur, ni aucun autre. Nous faisons face à un complot bien plus sombre qu’une simple sanglante querelle entre deux grandes familles de Westeros, Catelyn Arryn. Votre maison en a été la première victime. »

Le regard toujours concentré, le visage impassible, le Serpent abattait ses conjectures une à une, lisant au travers des vitraux azurés qui couvraient la rétine de la jeune Arryn qu’elle n’avait rien à faire avec cette potentielle conjuration.

« D’autres viendront. Quelqu’un agit dans l’ombre la plus totale, échappant à tous. Je n’ai pas encore réussi à relier tous les fils d’argent qui agitent les pantins de ce plan qui s’est mis en branle, mais je peux vous garantir que je sais reconnaître un danger dans les méandres des intrigues quand j’en croise un. Vous devez me fournir tous les éléments susceptibles de pouvoir m’aider à vous faire innocenter pour de bon. Non pas pour vous, non pas pour moi, ou pour le royaume. J’ose espérer que vous saisissez que celui ou celle qui cherche à frapper Westeros va d’abord affaiblir chaque pilier de la stabilité de la société westerosie. D’abord le Nord et le Val. Puis quoi ? Le Conflans est déjà mûr, resteront les Terres de l’Ouest, le Bief et l’Orage. Si ce trio s’effondre, si une seule de ces régions tombe dans l’abîme, elle entraînera tout le monde. Et cette fois, il n’y aura pas de gagnant. »





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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol   Sam 17 Fév 2018 - 23:13


Valyron & Catelyn

Connais l'Oiseau à la plume
et le Faucon au Vol


« La négociation est indigne de vous, Dame Catelyn. Tout comme l’est le parjure. C’est pour cela que vous avez assumé vos propos tenus lors du couronnement, je ne me trompe pas ? » Au loin, une cloche teinte. On dirait qu’elle sonne la dernière course de l’Astre solaire. On dirait qu’elle dit que rien ne sera plus jamais pareil. Tout homme doit mourir. Toujours aussi droite, le profil rougeoyant, Catelyn fait face au mur. Elle soutient la pierre avec tout l’arrogance qui lui interdit de croiser le regard du Chuchoteur. Ce Chuchoteur qui, dans le manteau doucereux de la nuit à venir, est venu la sortir de sa sieste séculaire. « Je n’ai pas besoin de vous, Catelyn Arryn. Vous êtes une traîtresse, une contestataire, un embarras pour la Couronne comme pour votre Maison. » Elle cille. Traitresse. Contestataire. Embarras. Un souffle rauque, se souhaitant comme le cristallin d’un rire, émane des profondeurs de sa gorge. Ô énième trépas du coeur ! Ces dénominateurs l’avaient toujours suivis, pour des raisons différentes. Malheureusement, dans la bouche venimeuse du Lord ils n’étaient pas aussi mélodieux que d’ordinaire. Empreints d’une offense grave, violente. Il pouvait bien susurrer comme un serpent, la lèvre longue et avide entre ses crocs acérés, oui, il pouvait bien la conditionner à sa placide damnation : elle restait sur sa position. Il avait besoin d’elle. Pourquoi un homme de sa stature, de son importance, de son mépris, viendrait la trouver autrement? Un sourire se meurt. « Vous êtes la coupable parfaite, Catelyn. Vous vous en rendez compte. Si je considérais qu’il était dans l’intérêt du royaume de trouver rapidement un coupable à cet attentat, il suffirait d’aider un peu la vérité, de monter un scénario où le Nord cherche vengeance pour l’affront du divorce de Rhaenys Targaryen, et trouve en vous les parfaits exécutants. Les Sept Couronnes adhèreraient à cette vision du monde, parfaitement manichéenne, si simple, si… tentante. Le monde s’unirait contre vos terres, et renversait Arryn et Stark pour laisser prospérer sur les ruines de ces deux augustes noms le terreau nourricier de l’unité future du royaume tout entier, rassemblé sous la bannière royale. » Il avait la théâtralité du langage, on pouvait aisément le lui concéder. Pourtant, ces artefacts ornementaux ne pouvaient dissimuler la maigre teneur des propos. L’hommage était grand, presque trop grand même ! Une coupable parfaite, elle aurait pu se lever et s’oublier dans une pirouette maligne. Glisser lentement dans la folie de ce monde, sa grâce pour seul vestige de ce monde qui s’engouffre. Oui, Catelyn Arryn avait proféré des mots allant contre le pouvoir établi et son âme lourde en portait désormais le poids. Des stigmates bientôt marqués par le fer rouge de la vengeance du Baratheon. Or, ce jour là, elle n’avait pas été la seule à agir de façon coupable. La Ferboys, la fougueuse dornienne, n’avait-elle pas offert un cadeau mortuaire? Comment pouvait-on expliquer qu’elle ait pu repartir vers les terres du Soleil? Le sacrilège était plus grave, il avait été commis aux yeux et sus de tous les invités. Son buste soupire, s’affaissant invisiblement, ces saletés de hyènes comment pouvait-on espérer qu’elles restent sagement dans leurs déserts arides ! Qu’un vénérable membre de la Maison de la Montagne et de la Lune puisse être plus en mesure qu’elle d’être suspectée, lui meurtrissait le coeur. On disait leur princesse folle de rage de ne pas avoir pu tuer la Ergeton par sa propre justice… pour le Chaton du Val il était clair qu’elle aurait bien pu manigancer toute cette situation. Elle devait d’ailleurs se délecter de savoir un Faucon à nouveau souillé et la Couronne affaibli. « Ma position et mon expérience me crient que le Nord est un bouc-émissaire. C’est trop évident. On me parle de plusieurs poisons utilisés conjointement, ou que sais-je. Le Nord a peut-être trempé dans cette affaire mais je pense surtout que l’on veut dresser les sujets de Jaehaerys contre lui et inversement. » Ses paupières se ferment. Quelques heures plus tard, seulement quelques heures, lui confiait-il qu’il avait s’agit d’une mascarade? Tantôt était-il au courant que « plusieurs poisons utilisés conjointement »? En l’obscurité de sa vision, une rage boue. Tous deux, le Régent et lui, s’étaient bien gardés de leur donner cette information. Elle pouvait encore entendre leurs paroles sans doute possible… sans doute ACCEPTABLE ! « Ce que je m’apprête à vous dire n’est qu’une théorie, mais pour le moment, vous êtes la seule à pouvoir l’accepter. » A pouvoir accepter quoi : la figure de faire-valoir? Aux yeux jaunâtres du Seigneur de Tyvaros, globuleux de secrets mensongers, les siens azurés font face. Pleine de colère et de rancoeur, sous son épiderme tremble des milliers envies de meurtre. Ne sait-il donc pas que jamais la vipère n’a chassé l’oiseau Falconiforme… ne sait-il donc pas que le venin de son espère ne parvient jamais qu’à se disperser dans la terre et ses entrailles, mais ne vient jamais pourrir le Ciel… « Il y a autre chose. Quiconque a commandité cet assassinat n’a laissé aucune trace, aucun signal préliminaire, rien. Personne n’a rien vu venir, ni mes agents, ni ceux du Protecteur, ni aucun autre. Nous faisons face à un complot bien plus sombre qu’une simple sanglante querelle entre deux grandes familles de Westeros, Catelyn Arryn. Votre maison en a été la première victime. » Non. Sa maison n’avait pas été la première victime. Les Baratheon avait été la première maison à être éclopée de son aura. Avec eux les Targaryen, puisque par un sang obscur et bâtard ils en partageaient le noir sang, avaient perdu de leur superbe. Après les Targaryen… qui pouvait se targuer de savoir? Les Montagnes aux pics argentés éternels du Val étaient bien loin, trop oubliées pour être menacées. Volatiles, ses mains se suspendent un instant dans l’air trop tiède du crépuscule. Ses phalanges semblent jouer quelques son d’une harpe antique, un instant pour la bêtise humaine avant de se poser sur la soierie allègre de sa robe. « D’autres viendront. Quelqu’un agit dans l’ombre la plus totale, échappant à tous. Je n’ai pas encore réussi à relier tous les fils d’argent qui agitent les pantins de ce plan qui s’est mis en branle, mais je peux vous garantir que je sais reconnaître un danger dans les méandres des intrigues quand j’en croise un. Vous devez me fournir tous les éléments susceptibles de pouvoir m’aider à vous faire innocenter pour de bon. Non pas pour vous, non pas pour moi, ou pour le royaume. J’ose espérer que vous saisissez que celui ou celle qui cherche à frapper Westeros va d’abord affaiblir chaque pilier de la stabilité de la société westerosie. D’abord le Nord et le Val. Puis quoi? Le Conflans est déjà mûr, resteront les Terres de l’Ouest, le Bief et l’Orage. Si ce trio s’effondre, si une seule de ces régions tombe dans l’abîme, elle entraînera tout le monde. Et cette fois, il n’y aura pas de gagnant. » Il semble lire en elle et Catelyn frissonne. Cet homme était impressionnant. Le chaos de ses paroles était dans la pièce comme une prophétie trop réelle. Il lui est difficile de ne pas baisser le regard, le visage tout entier, pour échapper à l’inquisition du bilieux de ses iris. Une ombre invisible se mouvait donc parmi eux… décidée à les anéantir tous. L’apocalypse d’un monde venue des tréfonds de la terre… des tentacules mortelles qui les dévoreraient. Las, ils n’étaient plus des enfants. Catelyn ne croyait plus à ces fables de fin du monde. Le götterdamnerung de son monde, elle le voyait jour après jour… et l’ombre qui la lui imposait était en face d’elle. Le serviteur qui aurait aimé se voir pousser des ailes de dragons, la mue larvée dans la pénombre rougeoyante de l’antique cité de Valyria. Son monde était mort et c’est ce spectre sépulcral qui faisait peur à la Arryn. En soi, dans leurs valeurs, ils n’étaient pas si différents mais cette idée ne devait jamais lui traverser l’esprit. Oui, le crépuscule des dieux ils y viendraient… mais pas par cette ombre meurtrière. Une autre, bien plus terrible, que tous ensemble avaient forgé. Leur propre hybris.



Ses mains allongées sur ses jambes, elle y prend délicatement appui pour se relever. Ses pieds nus sur la dalle, elle s’avance vers la baie ténébreuse. Lente et étrange procession de ce corps qui se réveille et son âme qui s’endort sans paisibilité aucune. Sous chacun de ses pas elle croit entendre les os de leurs pairs qui ont péri ces six dernières années. Brûlants d’une mort sacrifiée, sans repos possible, il craquèlent de leurs souffrances béatifiées. « Comme vous le dites, monseigneur, ce n’est qu’une théorie. » Statue ancienne, corps figé en des runes mystérieuses aux clés perdues, elle se laisse couler dans la dure pierre. Si ses yeux cherchent ceux du Lord, son visage, lui, est tourné droit vers l’horizon. On le perçoit encore, les rayons le transpercent encore un peu… Un spectacle silencieux qui ne demandait rien de plus, certainement pas des mots. Des mots qui n’auraient pu que déprécier le moment présent, la puissance de cette percée sanguinaire dans la ligne de fuite du royaume des dragons. Un triste présage…. Construits sur des ruines fumantes, ce monde n’était pas fait pour la pérennité. Elle aurait pu aller dans le sens du corps reptile, se glisser tout contre sa peau lisse et accepter tous les mots qu’il voudrait entendre, sans catharsis. Elle aurait pu accepter de croire qu’elle ferait ça pour le Val… et sur cet horizon des passions, le doute ondoie lentement. L’homme n'était pas à tomber pour un boniment. Trop intelligent, trop dangereux. Et puis elle… elle, du haut de cette tour bien basse, elle ne pouvait pas se corrompre au point de lier ses terres à cette terre. « Pardonnez-moi si je la réfute, mais elle me semble trop complexe. » Elle lui sourit, mais pas d’un de ces sourires heureux qui rendent les gens rêveurs et légers. Un assombrissement. Un taedium vitae pour ces complots trop grands, trop sombres, trop lugubres. « Vous me voyez étonnée que, finalement et si rapidement, le Nord ne soit plus la main coupable. Et moi qui commençais à entrevoir cette possibilité… Quelle était cette lettre que ma cousine a évoqué? Avez-vous pu la lire? » Catelyn ne pouvait croire qu’Etaine la lui ai cachée. Sa traitrise avait donc commencée bien plus tôt… à quel sorcier avait-elle vendu son âme pour assouvir ses besoins? Une larme unique vient jouer sur son occulus qu’elle chasse d’un râle fatigué. « Si je vous rejoins sur le fait que l’épouse de notre Régent, et les Sept aient pitié d’elle, n’est que la première pièce : je ne crois cependant pas que cet assassin, ou plus précisément le commanditaire de cet événement, souhaite voir le tout Westeros tomber. La sécheresse nous rattrapera assez tôt… Non, il n’a attaqué que la Couronne le jour où elle se devait de briller le plus. » Les rayons rougeoyants ont disparus et elle se penche vers la Lune. Elle aimait sa quiétude et ses enchantements étoilés. Plus tard, quand les rayons lumineux viendraient baigner sa chambre elle serait comme aux Eyrié. Bien sûr, la lumière serait moins pure, moins noble et moins puissante. La terre était bien trop basse à Port-Réal. « Ma famille n’est pas la première victime et je vous prierai de ne plus me le faire croire. Je n'ai ni votre habilité, ni vôtre savoir en la politique seigneur de Tyvaros, mais mon oeil sait être perçant. » Et que pouvait-elle ajouter de plus? Retrouvant un silence corrosif, elle déambule à nouveau vers les niches du mur. Comme la plus simple des matrone du petit peuple, elle frotte le briquet à silex contre les chénevottes. Dans un geste lent allume les bougies malheureuses. Le geste est mécanique pourtant rares ont été les fois où elle a du le faire. Elle pouvait presque les énumérer, tant ils étaient peu, elle se souvenait de tous. « Ne vous méprenez pas, si je décide de vous aider ce n’est pas pour le bien Val ou des autres régions. Les terres de mes pères ont tenues plus de six mille ans, ce n’est pas une jeune femme de vingt-six ans qui les fera disparaître. A la lumière de la bougie, un sourire malicieux vient berner la nuit. Que je meure et les Faucons géants voleront toujours, que je meure et les Lions majestueux des Lannister rugiront encore… Je vous aiderai car je veux voir Dame Freyja quand elle arrivera ici, qu’importe que ce soit sous garde surveillée tant que je m’assure que sa vie est sauve. Ma cousine est une âme rare en ce monde, j’ai crainte que les agissements de mon cousin, et les miens, ne l’aie que trop ternie. » Mourir, elle y était résignée. Finalement, dans l’assassinat du Baratheon elle aurait peut-être la vie légendaire dont elle avait toujours rêvé… Aux Eyrié, elle serait une statue de marbre bleu vénérée et priée. Mais Freyja… la douce et rêveuse Louve n’était pour rien dans les agissements de ses frères.



La pièce flamboyant des dizaines de bougies allumées, elle reprend place face au Chuchoteur. Position d’une témoin qui vient coucher sur papier ses aveux. Elle en remettait à lui, pas sa vie, mais l'honneur de la parole d’un homme. Il avait besoin d’elle, autrement il ne serait pas là. Il pouvait ne pas l'avouer et le nier jusqu'à la fin de ses jours, au fond de lui il devait bien en avoir conscience. « Quel ménestrel inspiré a un jour écrit : ‘‘toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon’’? J’ai conté sept années durant des histoires à Dame Roslinn et voilà que mon esprit me fait défaut… » Ses lèvres se pincent, feignant de réfléchir au nom qu’elle ne pourrait jamais oublier. « Tantôt, vous avez assisté à une réelle… exhibition. Preuve irréversible que les piles de Westeros sont déjà affaiblies, pour reprendre vos mots. Vos agents ont déjà du vous dire que mon unique dame d’atour était une présumée Jorelle, la bâtarde de Sieur Bryen. Je l'ai prise en ma maisonnée pour garder un oeil sur son père. Les idées rebelles, indépendantistes : la tante de mon cousin, Dame Maria, avait été réduite au silence par Aegon. Aujourd'hui encore, elle aussi, une traîtresse, une contestataire, un embarras. Les Sunderland sont… inconstants, trop proches du Nord, trop isolés ; on ne sait jamais quand ils prendront goût à la marée. L’enfant ne connait pas sa famille et elle ne le sait pas, mais son père l’aime énormément. Elle est une élève louable et servante loyale. A Port-Réal, elle ne m'a jamais quittée d'un seul instant, demandez à mon époux de vous la remettre. Elle ne vous cachera rien, malgré toutes les leçons possibles la pauvre enfant restera à jamais fille du peuple. Elle est incapable de mentir quand elle est devant plus puissant qu’elle. » C'était vrai, Jorelle pourrait témoigner de son emploi du temps. Le fait qu'elle n'avait parlé à personne de tout son séjour, sauf Sa Seigneurie de l’Ouest, autre que son entourage -soit Jace, Etaine et elle-même. Aucune autre servante car la future dame de Rougefort avait cru que la famine soit trop répandue en la capitale. Elle avait souhaité protéger les autres dames de sa cour. Une maigre preuve, le Serpent pourrait toujours décider d’accuser la petite d’avoir vidé un poison dans une coupe. Enfin, il fallait voir Jorelle pour comprendre qu’elle en était incapable. Elle aspirait bien plus à imiter Catelyn dans ses manières et valeurs qu'autre chose. Elle n'avait pas une once d'ambition qu’autre que d'épouser un fils de guilde sûre et prospère. « Le plus intéressant est que Sieur Bryen est… l’investigateur des troubles dans le Val. On dit qu'il épousera bientôt Dame Etaine, il s’est battu en duel pour sa vertu il y a quelques mois. Depuis sa victoire contre l’autorité de Barral, le Val est partagé entre les bannerêts aux diverses allégeances, Sa Seigneurie mon cousin, Dame ma cousine et Sieur mon père. Quoique la seule chose à laquelle il compte réellement se trouve devant vous. C’est amusant comme les choses sont faites… des heures plus tôt je bataillai avec verve et coeur pour défendre des cousins que je n’ai vu que quelques fois, moins de trois, portée par des valeurs que nous partageons dans nos racines et âmes. Persuadée, convaincue, qu’ils ne pouvaient être investigateur d'une telle ignominie. Maintenant, vous me dîtes que vous n'y croyez plus et moi je commence à y croire. Je commence à y croire car dans mes songes les pièces de l'échiquier ont bougé d'une manière bien étrange. Une cousine qui en poignarde une autre, ses aveux déjà fait, élevée dans à la Cour de Jorah Stark et qui ne prends même pas la peine de dire un mot pour lui. Une louve qui trahie les siens, car ne vous y trompez pas autant puis-je aimer ma cousine elle n'est pas un Faucon dans l’âme, et qui se trouve liée au Seigneur de nos terres le plus dangereux, à la frontière du Nord… Vos méandres sont bien incertaines monseigneur, et je vous plains du poids que vous avez sur vos épaules. Alors, dites-moi, avez-vous lu cette lettre? »
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol   Sam 24 Fév 2018 - 17:15

Connais l'oiseau à la plume et le faucon au vol.

ft.








D’une impulsion pleine de grâce, Catelyn Arryn s’était relevée, quittant la couche dans laquelle elle s’était réfugiée après son réveil. Alors qu’elle se dirigeait vers l’ouverture qui laissait entrer la lumière du jour, Valyron se fit la réflexion qu’elle n’était plus que l’ombre que ce qu’elle avait sans doute toujours rêvé d’être. La royauté Arryn était partie trop tôt, avant sa naissance. A moins qu’il ne se fut agi de l’inverse, de Catelyn étant arrivée trop tard ? Plus que tout autres, les Arryn ressemblaient à âmes en peine, errant à la surface d’un monde où leur royaume de pierre et d’argent avait été dispersé aux quatre vents dans le tourbillon des cendres de l’Histoire. Accrochés à leurs rêves de gloire et de grandeur passés, ils n’étaient plus que le soupir du temps. Bientôt, la tombe se refermerait sur eux, et enfin, les Faucons du Val cesserait de piailler après la place qui avait jadis été la leur. Alors, le cri des rapaces cesserait, et le dernier des oiseaux bleus serait en cage, laissant le plaisir de tout un continent de les admirer dressés.

« Comme vous le dites, monseigneur, ce n’est qu’une théorie. »

Alors qu’elle le regardait depuis son point de vue, Valyron fronça les sourcils d’agacement. Une théorie, c’était, et une théorie elle resterait. Si le Serpent avait des preuves concrètes de ce qu’il avait avancé là, il n’aurait été là en train de converser avec une traîtresse mais bien en train de présenter le fruit de son travail au Protecteur et au Roi lui-même. Le sourire qui vint perler aux lèvres de la jeune femme n’avait rien de gai, le Serpent lui trouvait même un présage funeste.

« Vous me voyez étonnée que, finalement et si rapidement, le Nord ne soit plus la main coupable. Et moi qui commençais à entrevoir cette possibilité… Quelle était cette lettre que ma cousine a évoquée ? Avez-vous pu la lire ? »

Il se retint de lever les yeux au ciel. La lettre, quoi qu’elle puisse renfermer n’était rien d’autre que l’attestation de la trahison de Jorah Stark dans toute cette histoire, il n’y avait rien de plus, il en était convaincu. Etaine Arryn l’avait elle-même dit : la lettre était une preuve de plus que le Nord allait déclarer son indépendance et qu’il appelait le Val à le rejoindre dans sa croisade insensée. Il ne répondit toutefois pas, constatant avec surprise qu’une larme solitaire roula le long de la joue de la jeune femme pour finalement s’écraser au sol.

« Si je vous rejoins sur le fait que l’épouse de notre Régent, et les Sept aient pitié d’elle, n’est que la première pièce : je ne crois cependant pas que cet assassin, ou plus précisément le commanditaire de cet événement, souhaite voir le tout Westeros tomber. La sécheresse nous rattrapera assez tôt… Non, il n’a attaqué que la Couronne le jour où elle se devait de briller le plus. »

Valyron ne croyait guère que les Sept dont se pâmaient tant les habitants de Westeros avaient quelque chose à voir avec cela. Il remerciait toutefois lui-même le panthéon antique de Valyria dans son intégralité pour avoir préservé la famille royale. Pourquoi diantre avoir frappé Rohanna ? N’aurait-il pas mieux fallu frapper directement le Protecteur son époux ? Quiconque était parvenu à empoisonner son épouse avait possibilité de cibler directement l’homme fort de Westeros ? Quel pouvait-être le but de le laisser en vie, lui ? S’attaquer à sa progéniture, conserver le statuquo dans la ligne d’héritage semblait assez évident. Mais alors qui ? Un frère Baratheon : Edric ou Jasper ? Une épouse ambitieuse : Allya Baratheon ? Une mère hégémonique : Kyra Lannister ? Le complot venait-il seulement d’Accalmie ?

« Ma famille n’est pas la première victime et je vous prierai de ne plus me le faire croire. Je n'ai ni votre habilité, ni vôtre savoir en la politique seigneur de Tyvaros, mais mon oeil sait être perçant. »

Une formulation malheureuse de sa part lui avait amené cette réplique piquante. Il s’en accommoderait. Il la regarda allumer les quelques bougies de la pièce sans bouger d’un iota, la laissant faire avec des gestes maladroits trahissant une éducation noble où une armée de serviteurs réalisait ce genre de gestes banals pour la plupart de ceux de ce monde.

« Ne vous méprenez pas, si je décide de vous aider ce n’est pas pour le bien Val ou des autres régions. Les terres de mes pères ont tenu plus de six mille ans, ce n’est pas une jeune femme de vingt-six ans qui les fera disparaître. »

Valyron ravala une réplique cinglante sur le fait qu’il n’avait fallu qu’une journée pour que tombent ces six mille ans d’indépendance, mais il resta coi, dévisageant la jeune femme et le sourire plein de malice qui venait d’apparaître sur son visage.

« Que je meure et les Faucons géants voleront toujours, que je meure et les Lions majestueux des Lannister rugiront encore… Je vous aiderai car je veux voir Dame Freyja quand elle arrivera ici, qu’importe que ce soit sous garde surveillée tant que je m’assure que sa vie est sauve. Ma cousine est une âme rare en ce monde, j’ai crainte que les agissements de mon cousin, et les miens, ne l’aie que trop ternie. »

Les yeux du Serpent s’allumèrent d’une lueur nouvelle. Freyja Stark, qu’il partait chercher très bientôt, était la pierre angulaire de tout cela. Elle était la clé de voûte de l’arche que composaient Stark et Arryn. Si on la retirait, l’édifice déjà branlant ne manquerait pas de s’écrouler. Déjà levier de pression auprès de son frère Jorah, voici qu’elle deviendrait un atout contre Catelyn Arryn. Valyron ne connaissait guère cette jeune femme mais lui faisait d’ores et déjà l’effet d’une pièce maîtresse dans la partie d’échecs du jeu des trônes. Elle vint reprendre place face à lui, dans une pièce qui était désormais brillamment éclairée.

« Quel ménestrel inspiré a un jour écrit : ‘‘toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon’’? J’ai conté sept années durant des histoires à Dame Roslinn et voilà que mon esprit me fait défaut… »

Le nom n’évoqua rien au Serpent, mais il estimait qu’il n’était de toute manière guère important de se préoccuper de l’identité d’un pauvre ménestrel, quel qu’il soit, dû-t-il venir du grand Nord.

« Tantôt, vous avez assisté à une réelle… exhibition. Preuve irréversible que les piles de Westeros sont déjà affaiblies, pour reprendre vos mots. Vos agents ont déjà du vous dire que mon unique dame d’atour était une présumée Jorelle, la bâtarde de Sieur Bryen. Je l'ai prise en ma maisonnée pour garder un oeil sur son père. Les idées rebelles, indépendantistes : la tante de mon cousin, Dame Maria, avait été réduite au silence par Aegon. Aujourd'hui encore, elle aussi, une traîtresse, une contestataire, un embarras. Les Sunderland sont… inconstants, trop proches du Nord, trop isolés ; on ne sait jamais quand ils prendront goût à la marée. L’enfant ne connait pas sa famille et elle ne le sait pas, mais son père l’aime énormément. Elle est une élève louable et servante loyale. A Port-Réal, elle ne m'a jamais quittée d'un seul instant, demandez à mon époux de vous la remettre. Elle ne vous cachera rien, malgré toutes les leçons possibles la pauvre enfant restera à jamais fille du peuple. Elle est incapable de mentir quand elle est devant plus puissant qu’elle. »

La bâtarde d’un seigneur du Val, voilà qui était un personnage toujours intéressant à avoir sous la main. Comme le précisait la jeune femme, il avait effectivement entendu des rumeurs et des projections de la part de certains qui surveillaient les Arryn. Une confirmation de la bouche même de la personne qui employait la bâtarde Jorelle était une solide preuve de son identité, comme le fait qu’elle l’invitait à interroger la jeune femme. Valyron n’y manquerait pas.

« Le plus intéressant est que Sieur Bryen est… l’investigateur des troubles dans le Val. On dit qu'il épousera bientôt Dame Etaine, il s’est battu en duel pour sa vertu il y a quelques mois. Depuis sa victoire contre l’autorité de Barral, le Val est partagé entre les bannerets aux diverses allégeances, Sa Seigneurie mon cousin, Dame ma cousine et Sieur mon père. Quoique la seule chose à laquelle il compte réellement se trouve devant vous. C’est amusant comme les choses sont faites… des heures plus tôt je bataillai avec verve et coeur pour défendre des cousins que je n’ai vu que quelques fois, moins de trois, portée par des valeurs que nous partageons dans nos racines et âmes. Persuadée, convaincue, qu’ils ne pouvaient être investigateur d'une telle ignominie. Maintenant, vous me dîtes que vous n'y croyez plus et moi je commence à y croire. Je commence à y croire car dans mes songes les pièces de l'échiquier ont bougé d'une manière bien étrange. Une cousine qui en poignarde une autre, ses aveux déjà fait, élevée dans à la Cour de Jorah Stark et qui ne prends même pas la peine de dire un mot pour lui. Une louve qui trahie les siens, car ne vous y trompez pas autant puis-je aimer ma cousine elle n'est pas un Faucon dans l’âme, et qui se trouve liée au Seigneur de nos terres le plus dangereux, à la frontière du Nord… Vos méandres sont bien incertaines monseigneur, et je vous plains du poids que vous avez sur vos épaules. Alors, dites-moi, avez-vous lu cette lettre? »

Catelyn Arryn était un puis sans fond d’informations sur la politique valoise. Valyron ne songea pas un instant à la recruter à son service, il se doutait qu’elle serait trop revêche pour cela, trop attachée à son prestige déclinant pour seulement accepter le principe de collaborer avec la Couronne. Toutefois, le coup de théâtre provoqué par Etaine Arryn durant leurs discussions précédentes avait eu le mérite d’ouvrir la jeune femme à accepter la discussion, ce qui était toujours appréciable. Il prit le temps de lui répondre avec flegme, sans un mot plus haut que l’autre, s’adressant à elle comme si elle était la personne la plus intelligente qu’il n’eut rencontré.

« Je n’ai pas lu cette lettre pour la simple et bonne raison qu’il n’y a rien de plus que ce qu’a dit votre cousine. Il s’agit de la confirmation que Jorah Stark cherche l’indépendance et qu’il a essayé de rallier le Val à sa cause. S’il y avait eu quelconque indice d’une tentative d’empoisonnement, elle l'aurait forcément mentionné, c'est évident. Encore faudrait-il être véritablement stupide pour consigner pareille chose par écrit. La seule preuve que cette lettre ait été amenée ici démontre qu'elle comptait confesser ce qu'il y avait dedans. »

Il se gratta le sommet du crâne, réfléchissant à la manière de formuler ce qui suivait. Il risquait fort de choquer la Dame de Rougefort et ce n’était pas son but alors qu’elle venait de s’ouvrir à lui. L’amour entre Etaine Arryn et Bryen Sunderland n’était peut-être qu’à sens unique, mais il pouvait sans nul doute être exploité via la jeune bâtarde Jorelle. Là n’était cependant pas le propos. Le regard inflexible, Valyron détailla d’une voix claire ce que lui semblait inéluctable.

« Jorah Stark est condamné. On ne peut provoquer le courroux du Trône sans conséquences, et cette lettre est une preuve formelle de trahison. Le Loup y perdra sa tête, au mieux. »

Le regard d’airain assumait complètement ces propos. Valyron avait beau retourner le problème dans tous les sens, il ne voyait pas comment le suzerain du Nord pouvait s’en tirer s’il s’entêtait dans le chemin de l’indépendance. Provoquer l’ire des Targaryen était rarement une bonne idée, encore moins après cet empoisonnement qui avait mis en lumière le besoin pour la monarchie de faire un geste fort pour rappeler qui détenait les rênes du pouvoir en Westeros.

« Concernant vos dires, je vais m’arranger pour que nous ayons quelqu’un chez monseigneur Sunderland afin de nous tenir informés de ce qu’il s’y passe. Le temps que notre réseau soit actif sur place, j’aimerais que vous me disiez en quoi vous considérez cet homme comme dangereux. Pardonnez-moi, mais n’est-il pas un vassal des Eryé et l’un des seigneurs du Val ? »

Il ne la laissa même pas répondre, se contentant d’enchaîner sur la suite qui occupait son esprit. Catelyn Arryn avait forcément plus à lui apprendre, il fallait en savoir davantage sur le reste. Beaucoup de choses dépendaient de cet entretien nocturne impromptu, il en était certain.

« Il me semble que vous avez mentionné que les Faucons voleraient toujours, tout à l’heure. Ce n’est pas surprenant, cet oiseau est l’emblème de votre maison… »

Il laissa sa phrase en suspens, laissant son regard vipérin jauger la jeune femme. Avait-elle seulement idée dans quoi elle s’était fourrée ?

« Par contre, vous avez également mentionné le Lion des Lannister. C’est surprenant, le Loup des Stark est tout aussi ancien et vous est plus proches par les liens du sang. Je vous aurais alors demandé ce que pourrait faire Jorah Stark comme prochain coup, vous semblez si peu le connaître…. Mais non, vous avez mentionné les Ouestriens, au cœur d’or, semble-t-il. Quels sont vos liens exacts avec la maison Lannister, ou en tout cas avec leur suzerain ? »




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Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
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MessageSujet: Re: Connais l'Oiseau à la Plume et le Faucon au Vol   Mer 21 Mar 2018 - 1:01


Valyron & Catelyn

Connais l'Oiseau à la plume
et le Faucon au Vol


« Je n’ai pas lu cette lettre pour la simple et bonne raison qu’il n’y a rien de plus que ce qu’a dit votre cousine. Il s’agit de la confirmation que Jorah Stark cherche l’indépendance et qu’il a essayé de rallier le Val à sa cause. S’il y avait eu quelconque indice d’une tentative d’empoisonnement, elle l'aurait forcément mentionné, c'est évident. Encore faudrait-il être véritablement stupide pour consigner pareille chose par écrit. La seule preuve que cette lettre ait été amenée ici démontre qu'elle comptait confesser ce qu'il y avait dedans. » Catelyn n’en était pas si sûre, à nouveau elle pince ses lèvres. Dans un silence feint, elle scelle son mécontentement. Bien évidemment, il avait juste… jamais tentative d’empoisonnement n’aurait été consignée par corbeau. Encore moins, apportée jusqu'ici. Pourtant, cette lettre n’était certainement pas preuve d’une confesse. Tout cela devait être arrivée après. C’est ce qu’elle croyait, c’est qu’elle devait croire. Autrement, Etaine lui en aurait parlé. Ce qu’elle n’avait pas fait. Ce qu’elle n’avait pas fait. Là où Valyron percevait la bonté d’une belle et plantureuse femme, elle ne voyait que la félonie d’une soeur conspiratrice. Son coeur s’ouvre, comme une fissure dure et sombre, n’avait-elle pas alimenté la folie de sa cousine? Aveuglée, de sa rancoeur et sa jalousie, bafouée d’un avenir médiocre : n’était-elle pas fautive d’avoir poussé sa cousine dans les flammes de la concupiscence? Oui. Soudain bien silencieuses, elles se scellent un peu plus ces lèvres. Il n’y avait rien à ajouter. « Jorah Stark est condamné. On ne peut provoquer le courroux du Trône sans conséquences, et cette lettre est une preuve formelle de trahison. Le Loup y perdra sa tête, au mieux. » Fait d’airain, tortueux, son regard la pénètre sans lui laisser la possibilité de s’en échapper. La poussant ainsi dans ses retranchements, détruisant ses défenses enfouies, désirait-il voir une réaction paraître? Et la Dame n’aurait pu dire qu’elle expression venait animer son visage. Une glace bleutée et coupante entoure son corps, ses pensées. Son cousin se mourrait, certes, mais une fois -une fois encore- le Lord jouait ses lacunes. Un Loup n’était jamais seul ; qu’il coupe une tête et une meute hurlerait à la Lune. De cette tête qu’il fasse un trophée royal et il comprendrait que ses cauchemars pouvaient être prémonitoires. « Une preuve formelle de trahison… » A tous les degrés. A croire que les trahisons de ce nouveau monde n’était pas payée de la même rançon. Et, elle? Inconsciente, ses mains s’enlacent autour de son cou. Long et gracile, si fin que ses pouces se chevauchent sans besoin de serrer. Ha, il serait si facile de séparer son corps félin en deux parties ! Quand les adultes possédaient encore ce regard dédaigneux de l’amusement, de la moquerie, elle avait ardemment défendu un sang argenté, à l’instar des rayons lunaires. L’enfant avait du attendre de s’écorcher les mains pour comprendre la tragique vérité. Cette vue encore, des décennies après, elle ne pouvait pas la supporter. Ce collier de chair pressant sur sa pomme, elle halète à l’idée que la populace puisse l’observer repaître dans une flaque sans fin. Une couleur rouge, sans pourpre, qui ne ferait que la renvoyer au commun trop humain des autres mortels. Lui, cet intrus du crépuscule, lui il ne pouvait pas le comprendre ça. Il devait probablement imaginer la monde comme un schéma ordonné, parfaitement ordonné selon ses idéaux grands et nobles. Petits et roturiers. Ces forces ne seraient pas pour tenter de réfuter sa pensée, elle devait les conserver pour les longues semaines à venir.

 « Concernant vos dires, je vais m’arranger pour que nous ayons quelqu’un chez monseigneur Sunderland afin de nous tenir informés de ce qu’il s’y passe. Le temps que notre réseau soit actif sur place, j’aimerais que vous me disiez en quoi vous considérez cet homme comme dangereux. Pardonnez-moi, mais n’est-il pas un vassal des Eyrié et l’un des seigneurs du Val? » Un instant supplémentaire, ses mains restent volontaires autour de sa nuque. Un noeud au fond de la gorge, un goût de mort. Elle ne pouvait pas laisser le Seigneur de Tyvaros envoyer ses sbires salir ses terres. A l’alliage de ses yeux, réponds une pureté d’argent. Une crainte affreuse qui se transforme en un bouclier d’offensive. « Ne suis-je pas un vassal de la Couronne? » Or, il continue. Il ne lui laisse pas le temps de rebondir comme si, finalement, cette information était insignifiante. Tout comme son interlocutrice, dont il s’amuse à jouer des sens en panique. Elle ne savait toujours pas ce qu’il était vraiment venu trouver ici.

« Il me semble que vous avez mentionné que les Faucons voleraient toujours, tout à l’heure. Ce n’est pas surprenant, cet oiseau est l’emblème de votre maison… » Si son éducation lui avait permis cette frasque, elle aurait roulé ses yeux. Cette phrase en suspens, lourde dans l’atmosphère de la nuit, était pour l’ennuyer. Elle l’ennuyait comme elle lui faisait peur, un coeur inconnu battant la chamade dans sa poitrine. Pourquoi s’était-il glissé jusque dans cette cellule? Elle n’arrivait pas non plus, comme avec les autres hommes, à tirer un fil de soie pour l’amener à elle. D’ordinaire, briser les faiblesses des hommes était pourtant sa spécialité. Son don de clairvoyance. Prise au piège, une goutte longe son échine. Les crocs venimeux de la vipère allaient venir la croquer. « Par contre, vous avez également mentionné le Lion des Lannister. C’est surprenant, le Loup des Stark est tout aussi ancien et vous est plus proche par les liens du sang. Je vous aurais alors demandé ce que pourrait faire Jorah Stark comme prochain coup, vous semblez si peu le connaître…. Mais non, vous avez mentionné les Ouestriens, au cœur d’or, semble-t-il. Quels sont vos liens exacts avec la maison Lannister, ou en tout cas avec leur suzerain? » Un peu trop longtemps pour la bienséance, si toujours elle existait dans ce bas fond, elle lorgne le serpent. Rarement elle avait vu un homme ainsi, aussi effrayant. On aurait dit que toute sa méchanceté était offerte sur son visage anguleux. Quant à ses yeux aux poches saillantes… nul repos pour leur suppôt. Laisserait-il sa mue hanter les murs? « Seigneur, votre question est offensante. Les liens que la Maison Lannister et la Maison Arryn entretiennent sont connus de tous, quant à demander à une épouse et mère quels liens elle est susceptible d’entretenir avec un étranger… quoiqu’il soit aisé d’imaginer un homme s’introduisant dans la chambre d’une dormeuse puisse porter le vice plus loin. » Catelyn Arryn n’était plus une enfant, elle n’était pas non plus une demoiselle qui laisserait l’angoisse de ce moment la submerger. Elle était l’aïeule de Rois légendaires, et certains n’avaient pas attendu qu’on les pousse dans le vide pour se jeter de l’oeil des Eyrié. Elle n’attendrait pas non plus que son venin vienne prendre son dernier souffle. « Il n’y a rien de surprenant, vous l’avez dit vous-même : ‘‘Jorah Stark est condamné. On ne peut provoquer le courroux du Trône sans conséquences, le Loup y perdra sa tête.’’ Seule l’ancienne couronne des Rois du Roc restera à nos côtés. » Encore, il ne devait pas comprendre cette énergie insufflée par les siècles passé. Comment l’aurait-il pu cet homme qui s’était vu anoblir de son vivant? Ce parvenu des mers encore sans lignage sur cette terre, le pacte du sang impayé, n’y verrait qu’offense aux suprême Targaryen. Elle pourrait ne rien ajouter, ne plus parler pour se murer dans le manteau de la nuit. Pourtant, à l’idée de cacher ou d’esquisser un mensonge à l’affreux personnage une angoisse immense l’enserre. Il devait savoir qu’elle avait rencontré le Seigneur de l’Ouest dans les jardins, c’était un fait public. D’ailleurs, sa remarque de tantôt ne faisait que lui souligner qu’il aurait pu lui poser la question directement. Dans ce trou béant, il ne servait à rien d’essayer de l’épargner. « Le Sire de l’Ouest m’a offert la présence de sa compagnie, quelques instants. Je crois qu’il essayait de savoir si le Nord viendrait aux festivités, mais je n’en savais rien et quand il l’a compris il a tôt fait de prendre congé. » Le Faiseur de Rois… représentait tout ce que sa famille n’avait pas su faire dans ce nouveau monde. Une place royale. Ce qu’elle disait, quelque part était une vérité. Or, comme toute vérité, cela dépendait comme on acceptait de la recevoir et percevoir. Et Catelyn, la prisonnière du Donjon-Rouge, décidait de la voir comme ça : les moments enclins qu’ils avaient pu partager étaient aujourd’hui morts. A l’instar des autres, le Sieur devait la mépriser. Il l’avait mis en garde, s’il s’en souvenait. Ce qui, à cause des événements du Couronnement, était peu certain. Cette vérité était ainsi : elle avait malencontreusement trébuché sur lui, honteuse des regards importuns, par noble courtoisie il lui avait offert un rafraichissement. Loin des regards scrutateurs des nobles impérieux de leurs nouveaux statuts victorieux. Ils avaient parlé, un peu, de tout et de rien, de la vue et de la sécheresse, de la guerre inévitablement, des festivités et …, à l’amorce de ce sujet, avait essayé de savoir pour le Nord. Aucune trace de sa manipulation, aucune trace de ses pions envoyés sur l'échiquier des grands. Puisque tout avenir était mort, il n’y avait rien.

« Concernant mon cousin Lord Bryen, sauf votre respect, vous ne pourrez jamais espérer approcher des hommes de son île. Encore moins les fondre dans le paysage aussi hostile que sont les Trois Soeurs. » Hostile, seulement pour les étrangers. « Le bâtard de Dame Etaine, Abbel, a été placé sous sa protection. Après ce qu'il s’est passé aujourd’hui, sa méfiance envers les Eyrié sera décuplée. » Pire, à nouveau les Trois Soeurs se retrouveraient dans une position bien délicate… Jamais Martyn, ni son père, ou les autres nobles, ne pourraient pardonner au Lord d’avoir tué Eoden. Que les nobles apprennent ce qu’il s’était joué ici et bientôt ce serait son corps qui serait jeté du haut de la salle de Barral. « Pour revenir à votre question, cela dépend de la définition que vous avez d’une personne dangereuse. C’est vous qui utilisez ce mot après-tout… En tant qu’Arryn il est impossible de faire complètement confiance à la Maison Sunderland, je laisse les mestres de la Citadelle vous écrire sur ce passionnant sujet. Récemment, je dirais simplement quelques mots : en confrontant le fiancé de Dame Etaine, Ser Eoden Veneur, Bryen a porter outrage à l’autorité de Barral. Les maisons se sont rangées derrière lui, Rougefort comprise. Il est le protecteur d’un fils de Dorne que ma cousine tente désespérément de faire légitimer. Insulaire, frontalier d’une région en crise, les gênes d’indépendance féroce… si les Eyrié même se méfient de lui, la Couronne le devrait. » Inhalant profondément, elle marque un silence. « Quoique… les exemples de Ser Bryen, Dame Etaine, Lord Martyn ou moi-même devraient nous rappeler une chose essentielle en cette période noire : les coups félons viennent toujours des plus intimes. »
AVENGEDINCHAINS

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