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 Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Mer 7 Fév 2018 - 0:27

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon.

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La Fureur des Flots fendait les eaux sombres de la Baie des Crabes, se dirigeant plein nord après avoir cinglé bâbord amures durant plusieurs heures, profitant d’une bonne brise marine qui s’était levée après que la cogue eût dépassé les Murmures et le cap Celtigar. Les jambes légèrement écartée pour pouvoir contrôler son équilibre malgré la houle, les mains croisées dans le dos, Valyron Tyvaros, Maître des Chuchoteurs de Sa Majesté Jaehaerys premier du nom regardait avec une certaine fascination les hauts monts du Val déchirer l’horizon alors que le port de Goëville se faisait plus proche. Marchand de formation, Valyron avait toujours eu le pied marin. Son père, Vaekar de Mantarys, était l’un des négociants les plus en vue de la cité éponyme, ultime vestige de la grande métropole valyrienne qui avait été déchirée par le Fléau. De cette puissante et jadis prospère péninsule ne restaient désormais plus que trois anciennes villes de provinces de la région du Nord de la Valyria : Mantarys, la plus grande, sur la Route des Démons, le port dynamique de Tolos et enfin l’île fortifiée d’Ellyria. Toutes trois faisaient face aux mythiques cités d’or de Mereen, Astapor et Yunkaï. Elles étaient les ultimes gardiennes d’une Valyria défigurée par les volcans et la ruine, faisant face aux restes de l’Iles aux Cèdres, dont les villes ghiscaries avaient été englouties par le raz-de-marée qui avait suivi l’effondrement de la toute-puissante Valyria.

On avait toujours trouvé de tout chez les de Mantarys : épices, bijoux, esclaves, matériaux rares, nourriture, le vieux Vaekar ne faisait guère de difficultés. Alors, quand son fils unique avait été en âge d’apprendre le métier, il l’avait envoyé convoyer des marchandises aux quatre coins d’Essos. Rapidement, Valyron avait visité les Cités Libres et apprit le jargon de chacune d’entre elles : parlant couramment le Haut-Valyrien – langue sur laquelle étaient basés tous les idiomes locaux – cela ne lui avait guère posé de difficulté. Et à chaque fois qu’il approchait d’une nouvelle terre, ce même sentiment, cette même impatience de savoir à quoi ressemblerait ce nouveau monde, ces terres encore inconnues de sa personne.

Valyron avait abandonné depuis des années le pont des navires de commerce. La dernière fois qu’il avait pris un navire, c’était pour mener une patrouille punitive durant le siège de Port-Réal, cherchant des resquilleurs et des espions rebelles. Il était alors Maître des Lois du Cruel, une autre affectation, une autre époque… Un autre monde. Il avait vu l’équipage du navire sur lequel il avait embarqué capturer un navire marchand pentoshi qui s’était avéré convoyer deux jeunes demoiselles de l’Ouest rebelle, des familles Tarbeck et Drox, il s’en souvenait encore. La rencontre avait été particulièrement explosive.

Le Serpent de Mantarys n’était jamais allé au Val encore. Il avait rapidement entrevu les reliefs de la région dominée depuis plus de six millénaires par les honorables Arryn lors de son voyage vers le Nord, mais le navire n’avait pas fait d’escale, traçant sa route vers Blancport. Il était assez impatient de voir ce à quoi ressemblerait la fameuse Goëville, l’une des villes les plus dynamiques du continent. Bien entendu, il n’était pas ici pour faire du tourisme ou visiter la région. Il ne verrait pas les pics bleus mouchetés de leurs neiges éternelles, ni même les Portes Sanglantes ou les Eryé et leurs trois forts. Il n’était pas là pour rendre une visite de courtoisie. La Fureur des Flots convoyait un autre éminent personnage : Edric Baratheon, frère du Protecteur Robar et actuellement son héritier présomptif. Avec eux venaient plusieurs hommes d’armes et chevaliers de la maison Baratheon dont le rôle était clair : sécuriser à tout prix le navire. Ils venaient avec une mission qui semblerait funeste pour les habitants du Val : ils étaient là pour emmener Freyja Stark, pupille des Eryé et sœur de l’irréductible Jorah Stark, à Port-Réal sous la bienveillante protection de son hôte obligé, Robar Baratheon en personne.

Le voyage était périlleux malgré tout. Certes le suzerain du Val tiendrait sans doute parole – c’était inscrit dans ses gênes, après tout – mais le seigneur de Port-d’Epices restait méfiant, voire dubitatif. Curieusement, il ne voyait guère les Arryn ne rien faire contre cela. Aussi, il avait embarqué avec lui son âme damnée : un homme de haute taille et de forte stature, aux cheveux noirs comme la nuit et au teint pâle comme l’aube, Ser Arthus Bracken. L’homme était taciturne et ne parlait guère souvent en public mais il s’était toujours occupé de server Valyron avec une loyauté sans faille, ce que la Vipère de Port-Réal recherchait par-dessus tout. Loin dans l’azur où s’étiolaient quelques stratus blancs comme la neige, des goélands accompagnaient en piaillant le navire à la voile noire sur lequel était frappé un grand Cerf Couronné d’or. Le vent qui s’engouffrait dans les voiles faisant grincer la mâture, vibrer les cordages ainsi que la coque toute entière, alors que le tissu qui se tendait claquait selon le sens du vent, et que les poulies sonnaient telles des percussions lorsqu’elles cognaient contre le bois du navire. Dans les hauts, des marins s’appelaient, perchés à califourchon sur les haubans, certains chantant avec mélancolie alors qu’ils étaient à la manœuvre. Derrière, au niveau de la barre du gouvernail, le commandant et son pilote surveillaient la route, se préparant à la phase d’approche qui ne tarderait plus.

Alors que paraissait à la coupée Ser Edric Baratheon, une cloche tinta pour annoncer un nouveau quart et les équipes de marins qui étaient au repos vinrent prêter main forte à leurs camarades qui se préparaient désormais à l’approche. Pour des raisons pratiques, la Fureur des Flots allait s’amarrer à quai, un choix que Valyron n’approuvait pas nécessairement, considérant que le navire serait proprement immobilisé une fois à quai. Toutefois, le Serpent considérait que son statut de serviteur du roi en personne, membre de son conseil restreint, le protégeait au moins autant que le nom d’Edric. La Vipère avait croisé une fois auparavant le frère du Protecteur, lors de sa visite en 43 des Terres de l’Orage. Il avait été reçu à Accalmie par feu Theodan Baratheon, alors seigneur suzerain, et son cadet Edric qui avait été le premier à accueillir l’envoyé de Maegor. Leurs échanges n’avaient pas permis de présumer d’une quelconque amitié entre eux, mais il n’y avait pas non plus d’hostilité, quand bien même Valyron considérait Edric comme un jeune fainéant qui préférait déclamer des vers galants plutôt que de contribuer à la grandeur de ses illustres cousins. Avançant vers le jeune Cerf, Valyron le salua d’un signe de tête poli.

« Ser Edric, nous voici en vue de Goëville. Vos hommes ont fait un excellent travail. »

Il se garda de dire qu’avec des navires à la conception plus souple, comme l’on pouvait voir du côté d’Essos, ils auraient mis une journée de moins. Un sourire mesquin vint aux lèvres du Serpent. Il se pencha vers son compagnon de voyage.

« Vous pensez qu’ils nous la cèderont sous conditions ? »

Lorsque finalement arriva le navire dans le port, Valyron regarda autour de lui. La ville était assez grande, on y voyait du monde qui s’agitait sur les jetées, autour des entrepôts et des bureaux du port. Les odeurs de sel et de moisissure emplissaient l’air alors que les marins se hélaient. Au loin, un grand château était paré de bannières brunes. Pourtant, le quai duquel s’approchait la cogue n’était pas occupé par des hommes aux bannières brunes mais bien d’éminents personnages autour duquel flottaient plusieurs bannières bleues au Faucon et à la Lune. Une fois le navire à quai, Valyron en descendit pour saluer ceux qui lui faisaient face. Il s’inclina avec respect et roideur : il n’était pas là face à des amis des Targaryen et cela nécessitait un ajustement au niveau de son apparence. Parmi ces hommes une jeune femme à l’air profondément troublé, semblant acculée, apeurée. Son visage était délicat, mis en valeur par deux yeux clairs qui respiraient l’innocence à peine sortie de l’enfance. Elle était pourtant une Stark de Winterfell, et devenait – avec le contexte actuel – une pièce maîtresse de l’avenir de Westeros.

« Messires, ma Dame, je pense que vous savez pourquoi nous sommes ici. »

Il posa son regard inquisiteur sur la jeune femme. Ses deux pupilles avaient disséqué nombre d’âmes, pour y trouver les secrets, les motivations cachées et les désirs inavoués. Mais lorsqu’il regarda Freyja Stark, il ne vit que l’appréhension et la peur d’une enfant qu'elle s'évertuait à dissimuler sous une attitude digne et relativement calme. Il s’inclina devant elle, gageant qu’il s’agissait de la petite louve des montagnes.

« Dame Freyja, je suis Valyron Tyvaros, c’est un honneur de vous rencontrer. Voici Ser Edric Baratheon, frère de Son Excellence le Protecteur Robar. Nous sommes chargés de veiller à votre sécurité lors du trajet jusqu’à Port-Réal. »



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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Dim 11 Fév 2018 - 21:11

Edric Baratheon avait toujours aimé naviguer, mais son expérience se limitait aux eaux (certes trompeuses) de Torth. Aujourd'hui ces eaux étaient un tombeau, et ce voyage n'avait rien de plaisant. Les enchantements de la côte déchiquetée, des îles jamais foulées, des étoiles directrices ne parvenaient à lui faire oublier la raison de sa présence sur le pont. Il était là pour ramener Freyja Stark au Donjon-Rouge contre son gré.

Ashara comprendrait-elle ? Que la décision avait été prise entre Seigneurs, et qu'il était le mieux placé pour l'exécuter ? Nul autre que lui n'aurait plus à coeur la sécurité de sa belle-soeur. Cela, il ne pouvait lui écrire, ni grand chose d'autre ces derniers temps. Comprendrait-elle ? Après le déshonneur, le sang des siens sur son épée, sept ans d'abandon forcé, pourrait-elle encore lui pardonner ?

Edric ne faisait pas qu'obéir. Robb avait raison pour le Val et pour le Nord, il en était persuadé. Il fallait forcer la loyauté, pour le Royaume. Pour lui, pour Ashara et Cathan aussi, il fallait forcer Jorah. Puisque l'honneur et les alliances de papier ne lui suffisaient pas, les Cerfs sauraient "trouver des arguments plus convaincants". La ré-union du Royaume et celle de leur famille allaient de pair ; Edric oeuvrait à l'une pour oeuvrer à l'autre. Le Nord et Jorah devaient courber l'échine avant que les Dragons ne soient obligés de leur briser la nuque, avant qu'il ne soit trop tard et que le sang coule, encore... L'amour de la Louve et du Cerf ne survivrait pas à une nouvelle guerre.

Le sourire crispé qu'Edric adressa à Valyrion en réponse à son salut s'accompagna d'un haussement de sourcil. Les hommes de l'Orage s'étaient acquittés de leur tâche avec l'excellence coutumière. Le Valyrien en avait-il douté ?

Le Cerf tâchait de n'avoir sur le Maître des Chuchoteurs aucun a priori. Les ennemis étaient trop nombreux pour que l'on doute aussi des amis. Ami, vraiment ? Robb ne lui avait-il pas confié cette tâche cruciale ? Ça n'était pas par défiance qu'il avait demandé à son frère de l'accompagner, mais pour rendre le voyage plus "agréable" à leur "invitée". Ce voyage était sa responsabilité. Aussi, Edric n'appréciait pas les airs de maître que Tyvaros prenait sur ce navire. Les airs, le Valyrien s'en donnait beaucoup, et le Cerf ne savait auquel se fier. Le personnage était insaisissable et personnifiait l'Intrigue qu'Edric détestait.

Le Cerf n'était pas doué pour ça, il s'en rendait compte à présent qu'il se retrouvait mêlé malgré lui aux affaires d'Etat. En changeant pour Robb, les choses avaient aussi changé pour lui. Mais il n'était pas Robb. Il n'avait pas fui les responsabilités, mais il ne les avait jamais provoquées. Edric s'imaginait parfaitement couler des jours paisibles à Accalmie. Accalmie. Robb avait-il cherché à l'en éloigner ? Edric voulait la paix à tout prix. Robb le soupçonnait-il d'avoir pris part à la félonie ? Cela semblait si absurde ! Mais pas plus qu'une mère trahissant le fils, pas plus qu'un frère trahissant le frère, pas plus que le poison dans le sang d'une mère, qu'un époux répudiant son épousée...

Edric devait taire ses doutes et prouver sa loyauté. Dans la guerre, il avait déjà prouvé sa loyauté et sa valeur ; pourtant aujourd'hui à nouveau, il craignait de n'être pas à la hauteur. Mais il n'en montrerait rien au Chuchoteur. En un sens, lui aussi était passé maître dans l'art de la dissimulation - son désespoir derrière sa facétie, sa haine derrière ses sourires, son esprit derrière ses plaisanteries.

- Vous pensez qu’ils nous la cèderont sous conditions ?
Edric dissimula donc la répugnance qu'il éprouva en croyant déceler derrière le sourire du Serpent l'excitation du joueur. La vie en jeu était trop précieuse pour lui.
- Si la parole du premier des Valois n'a plus de valeur, alors... reste-t-il en ce monde quelque honneur ? philosopha le Cerf avant de poursuivre, plus terre à terre :
- J'attends que leurs conditions soient les mêmes que les nôtres : que Freyja Stark voyage jusqu'à Port-Réal en toute sécurité, et que là-bas elle soit traitée avec tous les honneurs qui reviennent à la seconde Dame de Winterfell.
Il était là pour y veiller.

Noires voiles, noires nouvelles. La Fureur des Flots : le nom était mal choisi, n'inspirant guère la confiance ; ou bien choisie au contraire, rappelant la colère des Cerfs, car, bien qu'Edric cherche à s'en persuader, leur ambassade n'était pas messagère de paix. Sur le quai déjà, ils étaient attendus, comme si les Valois avaient hâte d'honorer leur promesse. A moins qu'ils ne daignent pas les recevoir au château ? Edric ne pensait pas rencontrer Freyja dans ces conditions. Car c'était elle, Freyja, sans hésitation. La Louve Délicate portait bien son nom au milieu des hommes en bleu.

Trop occupé à la regarder, le Cerf laissa Valyrion le devancer, déclinant son identité puis la sienne. Edric eut préféré le faire lui-même, mais il lui fut reconnaissant d'aller à l'essentiel sans dérouler la longue liste de leurs titres, acquis de naissance ou gagnés par leurs talents respectifs, certainement très différents. Peut-être l'eut-il mieux valu, pour impressionner les Valois, pour leur rappeler l'autorité que les deux émissaires incarnaient ; mais pas pour Freyja. Or Freyja était sa priorité.

- Freyja... Stark, se rattrapa-t-il, en s'inclinant peut-être plus souplement que l'homme de la Couronne.
Bien qu'il ne la connaisse pas, il ne pouvait s'empêcher d'aimer la jeune Louve. Et ces hommes, il les respectait bien que les sachant ennemis. N'essayaient-ils pas de prouver le contraire ? Ou du moins l'homme auquel allait leur loyauté.
- C'est un plaisir et un honneur de vous rencontrer enfin, dit-il, et bien que reprenant presque mot pour mot les paroles de son compère, il espérait que le coeur ferait la différence.
- Nous ferons tout pour rendre votre voyage et votre séjour aussi agréables que le permettent les circonstances.
Freyja n'était pas stupide. Elle connaissait les circonstances, ou ce que les Arryn avaient bien voulu lui en dire, et la nature de ce séjour. Ni otage, ni invitée, avait dit Robb. Mais plus otage qu'invitée. Une invitée aurait pu refuser de monter sur la Fureur. Freyja ne le pouvait pas ; même son beau-frère ne la laisserait pas faire.
- Vous avez ma parole, promit-il à défaut du reste.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Dans le Nord.
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Dim 11 Fév 2018 - 22:07

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon
Valyron, Edric&
Freyja


Du vent qui portait l’iode, le sel et la vase, elle ne le sentait pas. De l’astre incandescent qui inondait la terre de lumière et de chaleur lors de ce long été, elle ne le percevait pas. Des regards graves et pudiques qui lui étaient destiné, elle ne les voyait pas. Des paroles grimées d’empathie et de bienveillance, elle ne les entendait pas. Plus d’odorat, d’ouïe, de toucher, de parole ou de vue. Dépourvue du moindre de ses sens, Freyja n’était plus gouvernée que par une peur souveraine qui se déversait dans chaque parcelle de son être, tel un poison insidieux. Son âme était déchirée entre de nombreux tourments qui la renvoyaient à des vives douleurs. La terreur ; celle que la vie des siens ne soit comprise, que le Nord se lance dans une nouvelle guerre, que Catelyn devienne une martyre par une exécution arbitraire, que la brise calme de son existence ne se transforme en une tempête infernale. La souffrance ; celle de l’incertitude, de l’absence de Catelyn, d’être projetée si loin des siens, d’avoir vu la parole de Martyn faillir. La colère ; celle de la trahison impardonnable d’Etaine, de voir sa famille accusée d’une telle ignominie, de n’être qu’une vulgaire pièce dans des jeux politiques qui la dépassaient en tous points. L’avenir se dessinait sous un jour sombre pour le Val et le Nord, comme lorsqu’elle contemplait autrefois les paysages s’écoulant vers le Château Noir où l’air se saturait d’un orage de glace. Cette période lui apparaissait plus dangereuse encore que les temps troublés de la guerre qui avait sévi ces dernières années. Westeros était plus déchiré qu’avant. Un tas de cendres où chacun se disputait sa part. Et au milieu des rouages infernaux de la politique, elle était là, elle, pauvre âme égarée. Que pouvait-elle y comprendre ?

« Dame Freyja, le navire est en vue. » Assurée. Rocailleuse. Teintée d’une douceur modulée. La voix qui venait de vibrer tout près de l’oreille de la louve appartenait à l’un des nombreux chevaliers du Val qui lui avaient fait escorte jusqu’à Goëville, arborant fièrement les couleurs bleues des Arryn. Nombreuses étaient les maisons prestigieuses ralliées aux Eyrié qui avaient répondu à l’appel de leur Seigneur. Avant son départ pour le Nord, Martyn avait convoqué les maisons du Val pour un discours fédérateur. Déterminer les membres du convoi pour la ville portuaire du territoire des montagnes en faisait partie. Jamais escorte ne fut plus imposante pour la guider vers une destination ; mais au lieu d’en éprouver un sentiment de sécurité, Freyja se sentait plus démunie et vulnérable que jamais. Cette protection était en train de prendre fin et le navire qui s’approchait des côtes en était la preuve terrible. Détournant ses prunelles opalines de l’horizon qui s’évaporait vers le Nord, elle fixa la robe bleutée tachetés de diamants de lumière de la baie des Crabes. Étoffe immuable et effrayante qui la dirigeait tout droit vers l’antre des dragons. Un frisson imperceptible ébranla ses frêles épaules. Elle s’avança plus en avant vers le bord de la crique, comme pour s’assurer que les voiles gonflées de la brise marine étaient bien frappées du sceau de la couronne. Ses pupilles ne purent la trahir aussi aisément que son cœur.

Une colère sourde ourdit ses entrailles, dirigée pleinement contre elle-même. Ne pouvait-elle faire taire cette frayeur qui bourdonnait à ses tempes ? Ne pouvait-elle réprimer ce hurlement qui lacérait son âme ? Ses désirs de protéger les siens n’étaient destinés qu’au tombeau ? Sa condition de femme et ses années d’impuissance avaient –pour toujours– torturé son être. Combien de fois avait-elle rêvé d’être née homme pour prendre l’épée et défendre les siens ? Combien de fois s’était-elle révoltée contre elle-même de ses silences apeurés ? Sa terreur, à l’heure où son rôle pouvait être crucial, la plongeait dans la haine irrépressible de sa nature servile. Son esprit fut brusquement frappé du visage des siens, qu’ils soient du Nord ou du Val. Faiblissaient-ils ? Courbaient-ils l’échine ? Ô grand jamais. Depuis les murs de sa cellule, Catelyn endurait les turpitudes d’un avenir incertain auréolé du voile de mort, avec –elle n’en doutait pas un seul instant– force et honneur. Les faiblesses de Freyja nourrissaient son parjure aux terres qui l’avaient accueillie, l’une de naissance, l’autre d’adoption. La honte l’emprisonna de sa poigne brusque et ses yeux embrumés de larmes s’écrasèrent sur la pierre chaude et humide sous ses pieds. Le courage n’était pas une vertu innée. Il s’acquérait et trouvait sa valeur dans la force déployée pour protéger ceux qui nous sont précieux. En Dame de Winterfell et pupille des Eyrié, elle saurait affronter son destin sans l’ombrage de ses faiblesses. A l’image de ses ancêtres, elle releva un front volontaire que l’innocence vulnérable de ses yeux trahissait. Elle ne ploierait pas.

Pourfendant la dernière distance qui le séparait de Goëville, le navire arriva à quai, bien trop vite au goût de la louve. Tumultueux, son cœur s’agita tel un démon dans sa poitrine sans qu’elle ne laisse rien paraître. Du fier bâtiment en descendit un premier passager. Un homme de haute stature, à la silhouette mince et élancée qui s’avança d’une démarche assurée et droite. Appliquant le protocole, elle inclina respectueusement la tête. Ce fut quand ses prunelles rencontrèrent les siennes, inquisitrices et inébranlables, qu’une partie de son courage s’envola avec la brise qui souleva la brièvement crique. La louve s’abîma dans la contemplation mi-fascinée, mi-effrayée de ce personnage étrange, dont l’aspect glabre de ce visage anguleux n’était pas sans lui rappeler celui d’un serpent. Elle ne put détourner le regard que lorsque sa voix grave claqua dans la chaleur du port. « Messires, ma Dame, je pense que vous savez pourquoi nous sommes ici. » Nul ne l’ignorait. L’avenir des terres du Nord étaient en jeu, ainsi que la vie de Catelyn Arryn. Son cœur se tordit à cette pensée douloureuse. A la souffrance s’ajouta le dégoût d’être scrutée de la sorte par des yeux aussi implacables. A chaque seconde, il lui semblait qu’il disséquait un peu plus son âme, dévoilant ses secrets les plus intimes, ses peurs et ses tourments. Voyait-il la terreur qui enflait dans sa poitrine ? Des mots qui lui furent adressés, elle ne voulut retenir que la présence de Ser Edric Baratheon. Une onde de soulagement parcourut son être dans un sentiment salvateur. Elle ne put détacher ses prunelles abreuvées d’espoir de celui qui était lié par l’amour et le mariage à sa sœur Ashara. Bien que cette union ne soit acceptée, elle demeurait immuable dans le cœur de la louve. Mainte fois, son aînée à la chevelure de feu lui avait décrit cet homme qui était le père de son tendre fils. Freyja s’était nourrie de ses paroles qu’elles avaient fait siennes dans ses secrètes fantaisies, espérant trouver un amour si puissant et pur dans l’avenir. Pour la première fois, un visage venait illustrer ses récits. Ashara n’avait pas menti sur sa beauté, pas plus que sur la présence de son port altier, ou même de la douceur de ses iris sombres. Pourrait-il être un frère dans cet avenir trouble ?

Le poids de la réalité la transperça brusquement. Elle inclina à son tour la tête, mimant l’attitude digne que les Dames qu’elle respectait tant savaient si bien maîtriser. Sa voix ondula dans l’air saturé de sel et d’embruns, gracieuse et délicate. « L’honneur est partagé, Lors Tyvaros. » Ne pas avoir peur… faire honneur… Elle se tourna vers le frère le frère de son Excellence. « Ser Edric Baratheon… » Elle renouvela un geste de respect tandis qu’il s’adressait à elle pour la première fois. Les paroles du Cerf furent apaisantes pour l’âme apeurée de la louve. « Je vous remercie, Ser Baratheon. Votre promesse est d’un grand réconfort et vous honore. » Lui-même semblait tendre vers une relation fraternelle. Auraient-ils l’occasion d’échanger intimement avant que l’air de Port-Réal ne la happe ? Parleraient-ils d’Ashara ? Pétrie d’appréhension à l’idée de formuler la moindre parole malheureuse, elle conserva un bref silence. Elle choisit consciencieusement ses mots. Elle aurait tant souhaité que l'un des siens soit avec elle... « Ma présence sans compromis gage de la volonté du Val et de son Seigneur à coopérer dans cette terrible affaire qui ébranle le royaume de la couronne. » Un crime odieux dont les seuls accusés pointés du doigt étaient les terres allant vers le nord. La rancœur la rongeait, mais Martyn lui avait donné des instructions. « J'ai espoir que ce geste œuvrera dans le sens d’une paix durable entre nos royaumes. » acheva-t-elle d’une voix que la confiance abandonnait. Car cette paix dépendait principalement de la volonté de son frère d’accepter la nouvelle régence et de se plier au choix de la couronne d’allier deux Targaryen entre eux. Freyja n’était pas si prompte à songer que Jorah plierait en apprenant la séquestration de Catelyn Arryn et la demeure de sa sœur à Port-Réal en qualité d’otage. Sa nature était trop têtue, trop fière, trop absolue… La paix était un fil fragile qui n’attendait que d’être rompu. En quittant la protection des montagnes du Val pour les territoires de la couronne, Freyja ne pouvait s’empêcher de se demander si cela demeurerait son dernier voyage…


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Mar 20 Fév 2018 - 11:22

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon.

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La petite brise qui battait les quais de Goëville était plus fraîche que celle qui se frayait un chemin entre les bâtiments aux tuiles ocres de Port-Réal. Ce vent descendait des monts bleus du Val, de leurs glaciers et des sommets parsemés de neiges éternelles. Derrière les envoyés de la Couronne, les cordages du navire et ses voiles désormais ferlées vibraient sous les sautes d’humeur de ce vent presque froid. On sentait sans mal l’hostilité ambiante envers les hommes qui venaient prendre livraison de la petite louve perdue dans ces montagnes d’honneur. Valyron n’était pas à l’aise avec autant de personnes le fusillant du regard. Il n’en avait cure, pourtant. Ils n’étaient que les descendants d’esclaves en puissance qui avaient préféré fuir en Westeros plutôt que d’attendre leurs futurs maîtres valyriens. Valyron ne savait pas encore ceux qu’il méprisait le plus entre les Andals et les Rhoynars. Les premiers n’avaient pas attendu l’avancée irrésistible des seigneurs dragons pour plier bagages, alors que les autres avaient refusé leur défaite certaine et s’étaient en partie enfuis en Westeros, à Dorne.

Les seuls à trouver une certaine forme de grâce à ses yeux étaient les Premiers Hommes. Peuplade primitive et hérétique de par ses liens absolument pas naturels avec les créatures qui peuplaient jadis ces terres, ils étaient arrivés en Westeros avant même l’éveil de Valyria et – à ce titre uniquement – ils ne bénéficiaient pas du statut d’esclave potentiel en fuite que Valyron appliquait à la quasi-totalité de ce monde. Il se souvenait encore du Nord, seule terre inviolée par les Andals. Il se souvenait de son peuple rustique, préférant des habits pratiques pour lutter contre le froid de leur pays à l’élégance insouciante du Sud. Lorsque la Vipère s’y était rendue, le monde était alors bien différent. Les Lannister et les Baratheon venaient de se déclarer en guerre ouverte contre le Trône de Fer et Valyron, alors Maître des Lois de Maegor, avait été chargé d’amener jusqu’à Winterfell une missive du Cruel enjoignant Jorah Stark à honorer ses vœux de vassalité et d’alliance envers les Targaryen. Il se souvenait encore de l’imposante voiture qu’on lui avait fourni pour traverser l’immense pays froid et que recouvrait une fine pellicule de neige de temps à autre, malgré le plein Eté qui faisait fleurir les arbres fruitiers dans les vergers au Sud du Neck. Il avait apprécié ce carrosse, doté d’un petit fourneau sécurisé permettant de chauffer l’habitacle dans lequel travail Valyron, installé sur quantité de coussins et de fourrures, assis en tailleurs pour travailler sur un petit bureau. Le voyage avait été rendu supportable grâce à cela, notamment lorsqu’il avait fallu aller jusqu’au Mur.

De la maison au Loup, Valyron avait rencontré tous les membres lors de son arrivée à Winterfell, porteur de la missive maudite qui avait précipité le Nord dans la guerre. Il se souvenait sans peine du regard froid du suzerain, rappelant les immenses étendues gelées sur lesquelles il régnait. Jorah Stark était la personnification des clichés que les courtisans avaient des Nordiens. Austère, dur à la tâche, il ne s’était pas dérobé malgré le déplaisir évident qu’il affichait alors. Valyron avait gardé un souvenir plus ténu des deux autres membres de sa famille, son frère et sa sœur : Theon et Ashara Stark. Freyja était la dernière qu’il avait à rencontrer. C’était désormais chose faite. Un bref instant, Valyron se surprit à penser à tous ces suzerains et ceux de leur sang qu’il avait rencontré au cours des années passées. Il avait vu l’entièreté des familles Stark, Lannister, Tyrell et Baratheon. Des Arryn ne manquait plus que le pugnace Elbert dont on disait qu’il ne quittait jamais ses douces montagnes. Les Tully, par contre, demeuraient aux abonnés absents. Il avait peut-être croisé une fois ou deux la Belle-Dame-Sans-Merci, Solveig Tully, régente du Conflans, mais elle ne lui avait guère laissé une forte impression.

« L’honneur est partagé, Lors Tyvaros. »

La voix douce et pleine de grâce de la petite louve des montagnes tira le Chuchoteur de ses réflexions. Elle était un joyau de pureté et accomplissait son devoir avec ce petit air contrit, cet air d’enfant qui jouait un rôle dans un jeu qui la dépassait complètement. Valyron était rompu aux arts du protocole de Cour et il s’inclina presque par réflexe pour accueillir les salutations de la jeune femme tandis qu’elle inclinait une nouvelle fois la tête pour saluer Edric Baratheon.

« Ser Edric Baratheon… »

La parole digne, le ton honorable, Edric se chargea de la saluer à son tour avec un ton qui se voulait visiblement rassurant pour une raison qui échappait à Valyron. Peut-être n’était-il pas indifférent à la jeune femme. Après tout, elle était d’une beauté rare, même selon les exigeants critères de la Cour. De ce qu’il savait, Edric Baratheon était célibataire, ce qui pouvait expliquer son attention poussée envers la jeune femme. D’autant plus que si conflit avec le Nord il devait y avoir, un mariage avec elle serait une bonne façon de sécuriser une alliance future.

« Nous ferons tout pour rendre votre voyage et votre séjour aussi agréables que le permettent les circonstances. Vous avez ma parole. »

Valyron se retint de faire une moue quelconque, restant de marbre quand bien même il trouvait pareille promesse légèrement hâtive. Avait-on déjà tendance à oublier que la jeune femme était livrée aux Baratheon par les Arryn en guise de dédommagement et qu’elle servirait au mieux de monnaie d’échange. Quant au pire, il valait mieux ne pas y penser. Le Protecteur ne réfléchissait guère lorsqu’il était en colère…

« Je vous remercie, Ser Baratheon. Votre promesse est d’un grand réconfort et vous honore. »

Au moins la jeune femme semblait apprécier l’attention, c’était toujours cela de fait.

« Ma présence sans compromis gage de la volonté du Val et de son Seigneur à coopérer dans cette terrible affaire qui ébranle le royaume de la couronne. »

Toujours impassible, Valyron Tyvaros dévisagea la jeune femme. Il n’était pas étonnant que l’empoisonnement de Rohanna Baratheon ai fait le tour du continent, restait à savoir quelle version était arrivée aux oreilles de la jeune louve. Les vipères du Chuchoteur lui avaient déjà susurré quarante-trois variations de ce qui c’était passé au mariage royal, toutes différentes, toutes fausses. Quant à la présence sans compromis, c’était la meilleure chose à faire, ce qui était attendu, vu la prestation des Arryn durant les festivités.

« J'ai espoir que ce geste œuvrera dans le sens d’une paix durable entre nos royaumes. »

L’assurance abandonna la jeune femme et sa dernière phrase se termina dans un murmure emporté par la brise des monts séculaires du Val. Le silence revint sur le quai, chacun se regardant, ignorant ce qui suivrait. C’était pourtant simple, il était temps de repartir. Valyron claqua dans ses mains d’un air tranquille.

« Bien, si vous êtes prête, je vous propose de monter à bord, ma Dame. Nous pourrons ainsi profiter de la marée. »

* * * * *

La Fureur des Flots laissait derrière elle Goëville et ses paysages minéraux pour se diriger vers le grand large. Alors les deux mâchoires de la Baie des Crabes s’éloignaient derrière la poupe élevée du navire orageois, trois dromons battant pavillon Baratheon se montrèrent à l’horizon, chargés d’escorter le navire transportant l’otage de valeur tout comme d’éviter une tentative stupide des Arryyn ou de pirates de récupérer la jeune femme. Poussée par un bon vent d’Ouest, le navire s’éloignait toute voile dehors du Val, fonçant plein Est pour contourner le cap des Murmures. Les instructions avaient été de rester le plus possible hors de vue des côtes et les marins de l’Orage s’y employaient, rallongeant le trajet malgré tout.

Le matin du deuxième jour, alors qu’ils étaient en haute mer, quelque part au milieu du Détroit, redescendant vers le Sud et Port-Réal, Valyron quitta sa cabine pour monter prendre son inspiration matinale d’air frais et iodé. Toutefois, à l’instant où il arriva sur le pont, il sentit que la journée serait différente. Il n’y avait pas de chant, ni personne qui s’interpelait. La luminosité n’était pas la même qu’à l’aller et les mouvements du navire étaient plus amples. Emergeant de la coursive par l’échelle de coupée, il se rendit compte que le ciel c’était subitement chargé durant la nuit, et qu’un gris sombre avait remplacé l’azur éclatant. Le vent était plus fort, aussi, plus indomptable que jamais, soulevant des embruns par-dessus la proue du navire. La mer du Détroit, d’ordinaire calme et d’un bleu serein, avait pris une teinte d’acier, avec de grands creux de plusieurs mètres dans lesquels s’enfonçait la solide structure de bois de la Fureur des Flots. Plusieurs mètres sur tribord, les trois dromons, avec leur structure plus fine, peinaient à lutter contre les aléas climatiques. Ils semblaient comme des bouchons de liège, malmenés par les flots.

En un regard, Valyron comprit que la journée allait être difficile. Plus loin devant eux, un front nuageux encore plus sombre approchait, et l’horizon semblait comme barré par un rideau gris. De la pluie, beaucoup. La toile des voiles était tendue à l’extrême, et les cordages vibraient à peine, comme s’ils étaient déjà étirés à leur maximum. La plupart des membres de l’équipage étaient d’ores et déjà sur le pont à vérifier les nœuds et le rangement du navire. Deux d’entre eux étaient assis à califourchon sur le bastingage, vérifiant l’amarrage de l’ancre de plomb qui se trouvait à l’avant du navire. Le Serpent comprit qu’il ne servait à rien de rester sur le pont à gêner les manœuvres qui allaient suivre. La journée serait longue et il valait mieux éviter de passer trop de temps là-haut.

Il redescendit donc vers la grande cabine qui occupait l’espace sous le chapiteau arrière de la Fureur des Flots. Servant d’ordinaire à transporter une seule personne, la cabine en accueillait trois, les trois nobles du bord. De minuscules réduits avec une couchette avaient été aménagés dans les attenantes, laissant la grande cabine comme espace de vie. Lorsqu’il y arriva, il posa son regard sur les deux jeunes gens en épousant les mouvements du navire pour conforter son équilibre. Il avait toujours eu le pied marin, mais la tempête qui approchait ne lui disait rien de bon. Il serait stupide de mourir en mer pour si peu alors que tant de choses l’attendaient encore. D’une voix toutefois calme et maîtrisée, il annonça ce qui se passait.

« Nous allons devoir affronter une tempête. A titre personnel, je vous conseille d’éviter d’aller sur le pont. »

Il posa un regard inquisiteur sur la jeune femme. Ce conseil avait pour elle valeur d’ordre. Il était hors de question de risquer sa vie bêtement sur le pont d’un navire en pleine tempête. Qu’elle passe par-dessus le bord ou qu’elle soit tuée net par la chute d’une poulie et ils auraient tout à refaire. Ce faisant, il alla s’installer dans l’un des fauteuils vissés au plancher de bois et regarda la jeune femme d’un air énigmatique, tel un reptile venimeux jaugeant s’il avait bel et bien une proie face à lui.

« Martyn Arryn vous a-t-il expliqué les raisons de votre présence avec nous aujourd’hui, Dame Freyja ? Le pourquoi du comment. »

Il jeta un regard posé vers Edric. Après tout, c’était son frère qui avait tout manigancé et il était possible que le premier archer de l’Orage ignore certains points de ce qui s’était passé durant ces quelques jours qui avaient marqué les festivités royales. Loin au-dessus d’eux, alors que le navire et ses membrures grognaient, le grondement d’un coup de tonnerre roula dans le ciel, coup de semonce annonciateur de la tempête qui s’avançait pour les engloutir.




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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Dans le Nord.
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Mar 13 Mar 2018 - 0:18

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon
Valyron, Edric&
Freyja


Les contreforts de la baie de Goëville narguaient déjà la louve dans la distance. Elle les observait s’éloigner avec la désagréable sensation qu’elle ne les reverrait plus jamais. Cette simple idée lui déchirait les entrailles. Freyja abandonnait son cœur aux pics enneigés des montagnes des Eyriés. De cette région qui était devenue son tendre foyer, elle quittait ceux que son âme chérissait. En Roslinn, elle avait trouvé une sœur à aimer, une confidente et une protectrice. De ce doux visage de porcelaine, elle craignait que la distance lui en fasse oublier les contours. Quand ses insouciantes passions pour Martyn furent usées par la sagesse des années, elle vit en lui ce cousin bien-aimé et protecteur. Elle admira ce mari si fidèle et dévoué à son épouse ; ce frère moins entêté que la sien ; cet homme loin de la froideur et de l’austérité de Jorah. Le cours des choses modulait cette dévotion qu’elle vouait inconditionnellement aux siens. Cependant, son esprit rejetait avec force les griefs qui menaçaient d’émerger de son inconscient. Freyja n’ignorait pas les enjeux que sa captivité représentait. Son honneur lui ordonnait d’obéir dès qu’il en allait de l’intérêt du sang et des siens. En Elbert, ce fut ce père dont elle manqua cruellement qu’elle découvrit. De cette figure sévère qu’il servait aux autres, elle n’en connaissait que la douceur et l’affection. Lors de son départ, refoulant cette colère qu’elle sentait irriguer chaque fibre de son vieux corps, son oncle l’abreuva de mille conseils. La jeune louve aurait tant souhaité qu’il l’accompagne jusqu’à Goëville et qu’il soit ce dernier visage rassurant qui apaiserait la tempête de son âme. Les hauteurs de la demeure du Val furent le berceau de ses plus beaux souvenirs. En voyant les montagnes s’effacer dans l’horizon, elle sentait tout son être s’arracher violement de sa poitrine.

Plus loin encore, là où son regard ne pouvait se poser, elle adressait ses adieux silencieux aux plaines enneigées de sa terre natale. Des murailles grises et froides de Winterfell, elle n’espérait même plus en revoir l’esquisse. Les contrées du Nord appartenaient à une enfance fanée par la mort de ses parents et la dure sévérité de son frère. Toutes ces années, il avait fait figure de ce père qu’elle n’avait pu avoir. Elle l’avait aimé, adulé, défendu. Hélas, à force de décisions qui avaient révolté son âme, son jugement s’était métamorphosé, comme le ressac des vagues polit lentement les roches abruptes. L’orgueil célèbre au Stark devenait une arme entre les mains de son frère qui se retournait contre eux. Freyja craignait le pire pour la suite. Guère pour elle-même, mais pour Catelyn et pour les espoirs d’Ashara de retrouver un père pour Cathan, et un époux auprès d’Edric. La louve ne se sentait plus sûre de défendre les convictions de Jorah avec autant de ferveur. Si la guerre ne lui avait ôté aucun être cher, les intrigues politiques pourraient bien la confronter à de prochains deuils. Son cœur se tordit dans sa poitrine de douleur. L’avenir s’annonçait terrible, comme les sombres nuages qui chassaient le tendre azur du ciel. « Aussi haute qu’honneur… » souffla Freyja pour elle-même, s’octroyant quelques soupçon de courage par ces mots perdus dans le vent.

***

« Ashara m’a déjà tant parlé de vous… » osa Freyja une fois qu’elle fut assurée que seul le Cerf l’avait rejointe en ces lieux. Elle s’était réfugiée naturellement vers les cabines, demeurant dans l’espace de vie. Ce voyage était son premier à bord d’un navire et les remous de la mer n’étaient pas pour la mettre à l’aise. L’air frais de l’extérieur aurait été des plus salvateurs, mais le ciel chargé de nuages menaçants l’avait dissuadée de poser le pied sur le pont. De plus, la présence du Seigneur Baratheon lui épargnait une éventuelle rencontre avec Lord Tyvaros. Son être le craignait sans que ses angoisses soient tangibles. L’intensité de ce regard sombre lui conférait une beauté redoutable et dangereuse dont elle ne sollicitait point l’intérêt. A cela, elle préférait la douceur des traits délicats d’Edric. Nombre de fois, son aînée lui avait décrit avec force détails les atours de son époux du sud. A cette rencontre qui se produisait enfin, Freyja comprenait que sa sœur n’avait en rien exagéré. Dans le chaos de son avenir, elle souhaitait voir chez lui un frère et un ami. Elle lui adressa un sourire doux qu’elle n’accordait qu’à de rares personnes en ce monde. « Il m’a semblé vous connaître avant même que nos routes ne se croisent. » Elle aurait juste préféré que cela se produise dans des circonstances autres. La louve se garda de le mentionner. Elle ne désirait pas pointer du doigt l’ordre de la main du roi ; car envers et contre tout, celui qui réclamait la captivité de la louve demeurait le frère d’Edric. Elle ne savait guère ce qu’il l’attendrait une fois que ses pieds fouleraient les terres de la Couronne. Le discours de son cousin avait été clair et sans artifice. Ni les Stark, ni les Arryn ne possédaient une place privilégiée à la cour du roi. Il ne faisait pas bon venir du Nord en ces temps troublés. Qu’en était-il d’une Stark, pupille des Eyriés ? Freyja n’en dormait presque plus. Pourtant, elle nourrissait le véritable espoir que ce geste de sédition amorcerait des échanges dépouillés d'intentions belliqueuses et apaiserait les tensions. Mais qui, du Cerf et du Loup, plierait le premier ? A chacune de ces interrogations qui venaient heurter la conscience de Freyja et aviver ses angoisses, le visage fin de Catelyn s’inscrivait sur sa rétine. D’une prochaine mésentente, elle serait la première à payer.

La louve sursauta quand elle entendit la porte de la cabine s’ouvrir. Elle n’eut pas besoin de discerner sa silhouette pour que son être frémisse. Lord Tyvaros vint les rejoindre, affichant l’assurance d’un homme de politique, de sagesse, et avec une certaine expérience de la mer –découvrit-elle en l'observant. Elle se retint difficilement de relever ses pâles pupilles vers son aura étrange. « Nous allons devoir affronter une tempête. A titre personnel, je vous conseille d’éviter d’aller sur le pont. » Cette fois-ci, elle ne put empêcher son regard d’aller à la rencontre du sien, insistant. L’ordre lui était tout directement adressé. Elle ne sut s’il la prenait pour une sotte, ou qu’il ne la soupçonne d’avoir quelques idées rebelles en tête. Rien qui ne correspondait au caractère de la louve. Elle inclina légèrement la tête, gageant qu’elle avait compris la sommation bien que son cœur hurle à la révolte. Ses prunelles s’abimèrent dans la contemplation perdue des rainures de bois qui striaient les rebords de son fauteuil, comme s’ils recelaient soudain tous les mystères du monde. Elle ne cherchait qu’à se soustraire à l’emprise du regard dont le noble la couvrait. Sans pudeur. Calculateur. Son malaise fut entier jusqu’à ce qu’il ne prenne la parole, la libérant presque de cette emprise terrible. « Martyn Arryn vous a-t-il expliqué les raisons de votre présence avec nous aujourd’hui, Dame Freyja ? Le pourquoi du comment. » L’orgueil de la louve fut brutalement piqué. Non pas pour elle-même, mais pour son cousin. Pouvait-il seulement croire que Martyn l’avait jetée en pâture aux Dragons et aux Cerfs sans lui offrir la moindre explication ? Ce fut à son tour de le dévisager bien qu’aucune animosité ne parvienne à transparaître de ses traits d’ingénue. « L’honneur du Seigneur Arryn demeure aussi haut que les montagnes qui l’entourent. Ce même honneur qui lui confère un respect profond et une estime certaine pour chacun des membres de sa famille. Il ne m’aurait laissée partir sans que je sache. » Freyja se surprit à entendre cette voix qui ne trahissait pas la peur qui tordait ses entrailles. Elle qui ne haussait jamais le ton, sa voix était douce, mais ferme. La ferveur de ses propos paraissait cependant bien maigre face à la tempête qui faisait rage au-dehors et qui commençait à l'inquiéter. La Dame du Nord baissa les yeux, rompant ce bref instant de courage qui l’avait animée. « Je ne suis plus une enfant qui mérite les cachotteries. Je n’ignore rien de ce que je dois savoir. Et de la situation qui… » De Catelyn qui se trouvait toujours enfermée à la capitale, au lendemain incertain, auréolé du spectre de la mort. Comment pouvait-on l’accuser d’un tel crime ? La louve ne parvenait à formuler les élans qui frappaient son cœur. Elle poursuivit, d’une voix plus basse encore. Ses émotions étaient comme les éclairs qui transperçaient le ciel à cet instant, mais qui s’éteignaient aussitôt sous le regard du serpent. Son cœur battait comme le grondement de l'orage. « Je sais ce qu’il en est de ma présence. De ce qu’il en coûte à chacun… je déplore uniquement ce qui l’a motivée. » Non pas les querelles d’orgueil des Seigneurs du Sud et du Nord. Meurtrie par cette pensée, la louve songeait à la cruauté que de telles intrigues soulevaient. Elle songeait à l’épouse de la Main et ses enfants, tristes victimes d’un jeu qui les dépassait tous. Et face à l’abomination qui semblait transpirer entre les murs de la capitale, Freyja se demandait si les années auraient le temps d'abîmer son visage...


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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Ven 16 Mar 2018 - 18:16

La réponse Freyja fut parfaite. Presque trop.
Trop parfaite, comme si la Louve l'avait écrite à l'avance, ce qu'elle avait fait sans doute, lorsque les Faucons lui avaient appris que le Cerf affrétait pour l'emporter ; comme si la Louve pouvait réduire, par ces premiers mots prononcés, l'inconnu total dans lequel elle plongeait.
Trop parfaite, pour un visage aussi jeune, et pourtant Freyja n'était plus une si jeune fille ; elle était plus âgée qu'Ashara quand il l'avait rencontrée, calcula Edric, et les paroles d'Ashara étaient alors bien moins léchées, elles sortaient de ses lèvres comme des diamants bruts aux bords tranchants.
Trop parfaite, par ses euphémismes polis, qu'Edric aurait vomi dans n'importe quelle autre bouche ; "cette terrible affaire", c'était le poison dans le sang Baratheon, les enfants assassinés, la mère éventrée, sa famille, détruite. Edric voulait que les choses soient dites, que les mots soient prononcés, infanticide, empoisonnement, alors la captivité de Catelyn Arryn et le rapt de Freyja Stark devenaient de timides châtiments. Châtiments, il n'en était même pas question : pour l'instant, il ne s'agissait que de précautions. Comme l'avait dit Freyja, ils œuvraient pour la paix. Edric voulait croire que la Louve n'avait rien à craindre ; dans le doute, il y veillerait.

Les adieux furent brefs. Edric nota avec compassion qu'aucun Faucon de l'escorte ne semblait véritablement proche de la jeune Louve. Mais sans doute devaient-ils se réjouir d'éviter les effusions. A bord et malgré son désir de l'accompagner, le Cerf laissa à Freyja son intimité, voyant comme elle regardait la côte s'éloigner avec l'air désespéré des adieux. Elle n'espérait sans doute pas de jours meilleurs, et lui-même ignorait quel serait son quotidien à la capitale. Rohanna l'accueillerait-elle ? La détesterait-elle ? La Biche semblait à peine capable de veiller sur elle-même. Edric n'entendit pas la devise que la Louve chuchota. De l'autre bord, il fixait un autre horizon, peu à peu effacé par l'obscurité.

L'obscurité se renforça, le roulis se renforça. Au matin, il n'y eut que la lumière des paroles de Freyja. Valyron était sorti de la cabine, donnant à la Louve et au Cerf l'occasion d'échanger davantage que des amabilités. A ces mots qui portaient la tendresse d'une autre, Edric fut heureux comme un gosse, et un sourire s'épanouit sur son visage. Fleur trop vite fanée quand il dût réfléchir à quelle réponse lui apporter, avec la même sincérité.
En vérité, Ashara ne lui avait pas tant parlé de Freyja. Freyja restait la petite sœur à chérir, à protéger ; la complice de ces jeux d'enfants que l'aînée des Louves avait jugés indignes de lui raconter. Ashara lui avait surtout parlé de Theon. Même de Jorah, Edric ne savait pas grand chose. Dans ses lettres, Ashara ne le blâmait jamais, usant de mots mesurés - "honneur" plutôt qu'obstination, "droiture" plutôt que rigidité. Les cruautés que son frère avait eu pour elle, lorsqu'elle avait enfanté, Edric n'avait pu que les deviner. Il savait que Freyja était restée ses côtés, et ses paroles amies le lui confirmaient. La Louve délicate semblait voir en lui l'époux de sa sœur, pas le Cerf qui avait piétiné son honneur. Il ignorait que cette loyauté lui avait valu l'exil aux Eyriés, et que par voie de conséquence, il était responsable de sa présence ici.

- C'est pour elle, comme pour vous, que je suis venu. La paix doit advenir par tous les moyens, pour le Royaume comme pour notre famille, répondit-il avec intensité.
Le Cerf considérait vraiment Freyja comme sa belle-sœur ; pourtant, il devait l'utiliser, l'utiliser pour faire ployer le frère afin qu'enfin, sa femme et sa fille lui fussent rendues. Cette situation ne le satisfaisait pas, pourtant elle était son espoir.
- Je crains qu'Ashara ne le comprenne pas, avoua-t-il, torturé qu'il était de ne pouvoir lui expliquer, torturé qu'il était par la possible culpabilité des Stark dans l'infanticide et l'empoisonnement.

Le retour de Valyron mit fin à leur brève conversation. Porteur de mauvaises nouvelles, Tyvaros leur conseilla - ou ordonna, c'est selon - de ne pas aller sur le pont ; et Edric, fils de l'orage et éternel sale gosse, eut très envie d'aller y voir par lui-même. Mais il resta aux côtés de Freyja, que les œillades du Serpent semblaient mettre sur des charbons ardents. Se découvrant des instincts protecteurs, le Cerf fronça les sourcils : Tyvaros devait surveiller ses manières, était-il obligé de détailler ainsi la deuxième Dame de Winterfell ?! Il pouvait bien nourrir ses calculs fielleux en regardant ailleurs. Mais Freyja, digne fille Stark, n'avait pas besoin d'être protégée. Elle tordit la langue du Serpent avec force et subtilité - car sous couvert d'indignation, elle n'avait pas répondu à la question de Valyron. Le Cerf et le Serpent ignoraient toujours ce que la Louve savait.
Quand les émotions semblèrent prendre le dessus, Edric s'apprêta à intervenir, en faveur de Freyja et de Valyron à la fois (qui n'avait pas voulu insulter l'intelligence de la Louve, certainement pas !), habitué qu'il était à ménager la chèvre et le chou, pour plaire à tous et réconcilier tout le monde. Mais alors que sa bouche s'ouvrait et que sa main se tendait vers Freyja, le navire plongea, et les habitants de la cabine cédèrent au déséquilibre.


Spoiler:
 

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Dim 18 Mar 2018 - 21:36




La Tempête frappe quand elle le désire

D’un œil songeur, le capitaine de la Fureur des Flots observait l’horizon, qui s’assombrissait un peu plus à chaque minute. Il connaissait bien ces signes, ceux qui annonçaient une tempête de la pire espèce, de celles qui pouvaient briser les navires en deux. Il était natif de l’Orage, tout comme ses hommes, mais pourtant il ne put s’empêcher de frissonner à la vue de ces nuages noirs.

Nous étions en été pourtant, et la sécheresse battait son plein, il était presque impossible de voir une telle tempête si près des côtes en temps normal, alors quand la pluie se faisait rare… Il n’en fallait pas plus pour que l’homme se signe rapidement, cherchant à éloigner quelque sorcellerie, car cela ne pouvait être que cela. A moins que les Dieux eux-même ne cherchent à les empêcher de rejoindre Port-Réal… Mais il était un vétéran des mers, et entièrement dévoué à son seigneur, Lord Baratheon, commandant le fleuron de la flotte orageoise, et ni la superstition, ni une tempête, ne l’empêcheraient d’accomplir son devoir. D’une voix forte, il intima aux marins d’attacher caisses et provisions, et de se préparer à devoir affronter les éléments qui se déchaîneraient bientôt. Il ne restait plus qu’à attendre, fébrilement, que vienne la colère de la nature…

A peine une heure plus tard, le navire n’était plus que cris à peine audibles, couverts par les rafales de vent, et les torrents de pluie qui frappaient les visages plus sûrement que le fouet d’un bourreau trop enthousiaste. Des chants marins, il ne restait rien, pas plus que de la relative bonne humeur qui régnait sur le navire. Les passagers avaient été cloîtrés dans leur quartier, avec pour instruction de ne pas en sortir. Que feraient une dame et un politique maigrelet sur le pont d’un navire en proie à pareille météo ? Edric Baratheon aurait pu être utile, oui, mais à cause de l’attentat contre la suzeraine de l’Orage, il était désormais à nouveau l’héritier de son frère, et on ne pouvait décemment pas risquer sa vie en lui demandant de prendre le poste d’un marin.

Autour du navire, tout était noir, la seule lumière venait des éclairs qui fracturaient les nuages noirs, révélant les autres navires qui faisaient partie de l’escorte donnée par le Protecteur du Royaume, esquifs bien plus modestes que la Fureur, ballottés sans rien pouvoir faire par les vagues déchainées. Un autre éclair, et on pouvait voir les marins peiner à s’accrocher aux cordes, tenter de retenir les voiles pendant que les rames étaient emportées par la marée sauvage. La Fureur tenait bon, pourtant, jusqu’à ce qu’un nouvel éclair révèle l’une des barges alliées, totalement en perdition, qui se dirigeait droit sur elle…

« Préparez-vous au choc ! »
fut la dernière chose que le capitaine eut le temps de crier, avant d’être emporté par les flots.

Dans la petite cabine occupée par les trois passagers, la tension se faisait ressentir au fur et à mesure que les cris se faisaient plus pressants au dessus, que l’eau pénétrait à travers les planches du plafond pour couler sur les meubles et sur les corps, mais à part quelques mouvements violents, rien ne venait les mettre en danger. Ensuite, il y eut un craquement sec, et tout le batiment trembla de plus belle, envoyant les passager droit sur le sol détrempé. Et même si la chute fut douloureuse, elle fut également heureuse : à la place de la paroi extérieure trônait désormais un énorme trou, transpercé par une blanche brisée, dont la pointe se trouvait exactement à l’endroit où la jeune Stark se tenait quelques secondes plus tôt… Le trio était en vie, et à peine secoué, pour le moment, mais il devenait clair que la cabine n’était plus sûre, il fallait agir, ou au moins, trouver un autre endroit où se cacher...

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Mar 3 Avr 2018 - 0:23

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon.

ft.












« L’honneur du Seigneur Arryn demeure aussi haut que les montagnes qui l’entourent. Ce même honneur qui lui confère un respect profond et une estime certaine pour chacun des membres de sa famille. Il ne m’aurait laissée partir sans que je sache. »

La question était éludée mais au moins, la jeune femme montrait qu’elle était une véritable dame de haute naissance, répondait avec le flegme caractéristique de ceux qui étaient nés privilégiés, destinés à régner sur les inférieurs. Valyron avait fait partie de cette caste dont l’existence était dévolue à servir les grands noms. En un sens, il le faisait toujours, œuvrant parmi les ombres noirâtres de la Cour de Port-Réal à la gloire des Targaryen ainsi qu’à la stabilité de l’héritage du Conquérant. Pourtant, depuis son anoblissement, le natif de Mantarys ne considérait plus qu’il devait forcément se montrer obséquieux avec les puissantes maisons de Westeros. Il n’était pas dépositaire de l’autorité directe des souverains, il était leur maître-espion, et il se considérait comme jouissant d’une situation suffisamment assurée pour se permettre quelques libertés. En l’occurrence, questionner Freyja Stark frontalement. Après tout, il n’était pas question d’imaginer qu’elle avait quitté le Val sans explications, mais plutôt de savoir ce qu’elle emportait dans son crâne si bien sculpté. Restant de marbre, le Serpent se contentait de la dévisager, les mains posées sur les accoudoirs, les jambes croisées, alors qu’il était confortablement installé dans le fauteuil où il avait pris place. Nul réponse ne vint du Mantaryen alors que son seul regard d’airain faisait plier la jeune louve qui avait un bref moment montré les crocs.

« Je ne suis plus une enfant qui mérite les cachotteries. Je n’ignore rien de ce que je dois savoir. Et de la situation qui… »

La jeune femme perdit ses mots en même temps que le fil de ses pensées, songea le maître-espion. Aussi surprenant que cela pouvait paraître, Valyron compatissait au sort de la louve, il était même touché de la voir ainsi vulnérable, pauvre louveteau exilé à des milliers de lieues de chez elle, utilisée pour parvenir à des desseins politiques qui les dépassaient tous. La situation était plutôt simple, son frère s’apprêtait à trahir la paix du roi pour essayer d’accomplir une indépendance qui n’était rien de plus qu’une chimère lointaine et inaccessible. Le dénouement semblait écrit d’avance.

« Je sais ce qu’il en est de ma présence. De ce qu’il en coûte à chacun… je déplore uniquement ce qui l’a motivée. »

Ô mon enfant, je crains que sous peu, nous ne soyons encore plus nombreux à déplorer cela.

Un sourire silencieux et compatissant apparut sur le visage aux trais fins de Valyron, la discussion n’allait pas très loin. A défaut de savoir masquer ses émotions, la jeune femme pratiquait l’art de l’esquive avec un certain degré de compétence. Sans doute cela aurait-il constitué un simple délai de l’aveu de ce que savait la jeune femme si l’on avait été dans le cadre d’une discussion normale. Hélas, ce n’était pas le cas, et soudain, le navire tout entier s’inclina brusquement vers l’avant, glissant dans un creux immense qui envoya tout ce qui n’était pas fixé au sol. Quelques documents, gobelets de métal et autres coussins s’envolèrent pour aller percuter une cloison de bois dans un grand bruit. Au-dessus d’eux, un grand grondement se fit entendre alors que le tonnerre rugissait dans le ciel noir chargé de pluie. Toutefois, le navire tenait bon. Ses membrures solides gémissaient sous l’effort mais encaissaient sans faille. L’isolation n’était pas parfaite, de l’eau suintait du plafond pour venir lentement tremper toute la cabine, mais au moins ils n’étaient pas dehors à affronter les éléments. La violence de la tempête surprenait Valyron. On était loin des côtes d’Accalmie, réputées pour être les pires du Détroit, de plus, le Long Été était relativement calme. Ceci étant, Valyron se souvenait avoir lu des tomes de navigation rédigés par des mestres et des commandants instruits. Il pouvait arriver qu’une période de calme prolongée ne soit suivie de violentes tempêtes. Ils furent ballotés une bonne heure, cherchant en vain à trouver un rythme aux secousses qui animaient le navire, avec pour seuls sons le rugissement du vent, le claquement de la pluie sur le pont, le grondement de la houle, le fracas du tonnerre et les cris de l’équipage. Les quelques fanaux qui prodiguaient de la lumière s’étaient tous éteint et ils étaient plongés dans une pénombre assez prononcée, rendant le tout assez angoissant. Valyron avait repéré le chemin le plus rapide pour sortir au cas où le navire se mettrait à prendre l’eau. Il était aisé de repérer le moment où un navire sombrait, les mouvements devenaient soudainement beaucoup plus lourd et plus lents, alors que la masse de la coque entrait sous l’eau.

« Préparez-vous au choc ! »

Le beuglement de la voix du commandant de la Fureur claqua juste au-dessus de leurs têtes, alors qu’un violent craquement bref fit trembler tout le navire jusqu’à la dernière fibre de la dernière planche. La cogue freina brusquement et sembla s’enfoncer pesamment dans un creux. Son accélération cassée, les trois nobles furent projetés vers l’avant où Valyron rencontra le premier la paroi de bois contre laquelle il arriva avec vitesse et douleur avant de retomber lourdement au sol. Hébété, le Serpent se releva en faisant attention de ne pas bousculer ses deux compagnons. Lorsqu’il parvint à se redresser en prenant appui contre la paroi, il fit les yeux ronds en constatant qu’une partie de la coque avait disparue pour laisser place à un grand trou laissant apparaître un gigantesque épieu qui se dressait à mi-hauteur de la cabine, tel un poignard enfoncé dans les cotes d’une victime malheureuse. Lâchant quelques insanités en Haut Valyrien – généralement signe de son anxiété – le Mantaryen s’approcha du trou tout en gardant une distance respectueuse pour observer. Le navire était haut mais les vagues l’étaient encore plus et un paquet d’écume blanche s’engouffra en un rien de temps alors qu’une première vague s’écrasait contre la coque. L’eau déferla dans la cabine, jetant plusieurs centimètres de liquide qui envahir immédiatement l’espacer avant d’en partie quitter le navire par le même trou qui l’avait fait entrer. Une autre partie, toutefois, se répartir dans la cabine, disparaissant en partie entre les planches pour descendre au niveau inférieur.

Le navire fit soudain une brusque embardée à bâbord, s’inclinant avec un angle qui était tout sauf naturel au vu de la situation. Réprimant un nouveau juron, Valyron défit sa veste de velours qu’il envoya sur Freyja, vêtue moins pratiquement, et il leur jeta un regard préoccupé.

« Quittez immédiatement cet endroit, restez au pont inférieur mais près d’une sortie. Je monte voir ce qu’il se passe. »

Sans un regard de plus, il se dirigea en chemise vers la coursive qui lui permettrait d’accéder au pont supérieur. Lorsqu’il y parvint, le spectacle qu’il contempla lui glaça les sangs. L’un des dromons avait percuté de trois quarts la Fureur des Flots et son éperon était resté vissé dans le flanc du lourd navire. Au premier regard, Valyron comprit pourquoi leur navire à eux embarquait plein bâbord. Le dromon était perdu, d’ores et déjà à moitié chaviré, avec son mât cassé net qui avait écrasé une partie des rameurs : il agissait comme une gigantesque ancre flottante. Par miracle, le mât de la Fureur tenait bon, mais la voile faseyait dangereusement, claquant de protestation alors que la toile quittait le lit du vent, poussant le navire sur son flanc opposé. Cela leur évitait de trop se coucher sur le flanc bâbord mais le mât n’était guère fait pour supporter une telle pression. Il fallait faire vite.

Se retournant vers le chapiteau arrière, Valyron constata avec terreur que le commandant du navire avait disparu. Si quelqu’un s’en était aperçu, il n’avait pas jugé bon d’en informer les autres ou avait été lui-même emporté par une vague. Il y avait sans doute un second, ou quelque chose comme ça. Un officier quelconque. L’anarchie semblait pourtant régner sur l’équipage alors que chacun essayait de vaquer à sa tâche sans regarder autour de lui. Un homme chuta du hauban pour venir s’écraser avec un bruit mat sur le sol. Le navire bascula encore et son cadavre brisé vint rouler jusque contre le plat-bord. Valyron arrêta un solide gaillard torse nu au teint basané qui lui jeta un regard courroucé de surprise.

« Rassemble une équipe et descends à la cabine rompre ce foutu éperon qui va tous nous tuer. Grouille-toi abruti ! » lui beugla-t-il avec une assurance qu’il était loin d’éprouver.

Ses réflexes basiques appris durant sa formation lui revenaient, il puisait dans les souvenirs qu’il avait gardé après ses innombrables voyages vers les Cités Libres. Il n’avait cependant jamais affronté pareil cyclone. La foudre déchira le ciel et jeta une lueur fantomatique sur le navire et ses alentours. Au loin, un deuxième dromon chavirait misérablement, ses avirons battant dans les airs comme des ailes brisées, sa voile se déchirant sous la puissance du vent. Tout autour d’eux, ce n’était qu’une succession interrompue de rouleaux gris d’écume jusqu’à l’horizon. Valyron hurla à un groupe de marins qui se précipitaient pour récupérer un cordage qui avait rompu.

« Laissez ça de côté bande de crétins, foutez-vous là-haut et ferlez la voile de moitié. De moitié, pas plus ! » répéta-il pour bien se faire comprendre.

Ils ne réagirent pas immédiatement, interloqués de voir cet énergumène inconnu leur beugler des ordres à la place d’un des leurs. Toutefois, il était urgent de retrouver de la discipline et ils semblèrent finalement bien heureux d’avoir quelqu’un à écouter. Valyron n’était sans doute pas le candidat le plus naturel à ce qu’il faisait, mais personne ne sembla trouver à y redire. Il fallait impérativement réduire la surface de voile offerte au vent, faute de quoi, le mât finirait par casser net et ce serait alors la fin. Il était déjà trempé par les embruns et la pluie qui ruisselait à grosses gouttes mais cela lui avait tant manqué ces derniers temps de canicule qu’il en était presque heureux, oubliant un bref instant le danger de mort qui les guettait tous. Le plus important était fait. Le navire était grand et solide, il pouvait supporter un peu d’eau dans ses fonds. Leur prochaine étape serait de calfeutrer la voie d’eau et de s’assurer d’écoper régulièrement pour ne pas trop alourdir le navire. Prenant bien soin de rester au centre, à proximité d’une prise suffisante pour s’y retenir, Valyron scrutait le navire et la ligne d’horizon en espérant qu’ils vivraient encore pour se préoccuper de quoi faire ensuite.

Leurs destins reposaient entre les mains des dieux, quels qu’ils soient.



HRP:
 

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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Dans le Nord.
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Ven 6 Avr 2018 - 20:16

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon
Valyron, Edric&
Freyja


Son cœur chantait une mélodie toute particulière tandis que ses prunelles détaillaient discrètement Edric Baratheon. En lui, elle ne voulait pas voir l’un des hauts membres de cette maison ennemie ; ni même celui qui la ramenait, enchaînée et captive, aux royaumes de la Couronne en gage d’une paix tenant à un fil aussi fin que sa propre vie ; ni même le complice du parjure d’Ashara et son déshonneur au regard implacable de Jorah. A ce crime, elle ne trouvait qu’un seul coupable dans ses silencieuses révoltes. Si son frère s’était ouvert à cette union entre la Louve et le Cerf, sûrement les querelles entre le Nord et les Couronne seraient autres, sûrement la suzeraine de l’Orage et ses enfants n’auraient pas été la tristes victimes d’un attentat abominable, sûrement Freyja n’aurait pas été envoyée aux Eyriés en s’opposant à son frère et elle n’aurait pas été embarquée sur ce bateau qui l’escortait jusqu’à sa prochaine prison. Secrètement, elle en voulait à ce frère tant aimé qui nouait leur relation autour d’amères déceptions. Ainsi, la figure d’Edric se dessinait en celle d’un ami et d’un frère. La jeune femme n’ignorait pas qu’elle pêchait par naïveté et ce qui restait en elle de foi en la nature de l’homme ; toutefois, elle tissait son affection aux couleurs des confessions amoureuses de son aînée. Leurs routes ne s’étaient pas encore croisées qu’il lui semblait le connaître. Elle discernait cette posture altière et fière caractéristique des Cerfs des terres de l’Orage, ce front volontaire et ce regard qui ne savait que scruter vers l’horizon, le tout, adouci par la tendresse du regard qu’il lui adressait quand ils se savaient à l’abri des indiscrétions. Ce fut assurée que le sifflement du Serpent demeurait loin, que la deuxième Dame de Winterfell osa entretenir cette conversation qui lui brûlait tant les lèvres depuis leur rencontre. Elle prononçait ses mots avec la tendresse des premiers jours de beau temps qui voyaient renaître la nature sous la neige épaisse de ses terres. Son instinct était trop fin pour ne pas discerner la joie sincère qu’elle lui apportait. Aurait-elle eu le droit de le traiter autrement ? Pas celui qui était l’homme que le cœur de sa sœur avait choisi. Pas celui qui était le père de la merveilleuse Cathan. Pas celui qui promettait de rendre son voyage meilleur en dépit des circonstances qui pesaient sur eux. Les paroles du Cerf lui apprirent qu’elle ne s’était pas trompée.

« C’est pour elle, comme pour vous, que je suis venu. La paix doit advenir par tous les moyens, pour le Royaume comme pour notre famille. » Le regard de Freyja se drapa d’un voile de tristesse. Cette déclaration ne lui rappelait que trop que l’amour était un sentiment si fragile face à la machine politique où l’honneur se disputait à la couardise. Sa présence à Port-Réal gageait d’une volonté de paix que personne ne semblait désirer véritablement. A croire que guerroyer et envoyer ses fils sur le champ de bataille étaient des situations plus confortables. Quel poids aurait-elle dans ce destin incertain ? De même, il lui semblait que l’avenir de sa sœur et d’Edric reposait entre ses doigts fragiles. Si paix devait advenir, elle serait principalement consolidée par l’officialisation de l’union entre la Louve et le Cerf. Dans ses naïves fantaisies, la Dame de Winterfell croyait que ces si longues années de séparation arriveraient prochainement à leur terme. Mais cette prise d’otage ne viendrait-elle pas ternir leur relation si profonde ? Freyja lut cette angoisse dans le regard d’Edric. Cela au-delà du tort qui était fait à la louve délicate et du symbole de paix qu’elle incarnait. Sa présence présumait tacitement des soupçons qui pesaient sur la famille régente du Nord dans la culpabilité de l’empoisonnement. Si Freyja demeurait convaincue que son frère ne pourrait s’abaisser à un acte aussi abominable, elle savait qu’il n’était pas défenseur de paix. Qu’en était-il de la première Dame du Nord ? « Ashara connaît la valeur de votre honneur et de votre affection pour elle… Son cœur n’ignore pas que vous n’aviez pas le choix et que nul ne peut vous opposer à votre frère. Tout comme son âme s’apaisera sûrement de vous savoir à mes côtés à la capitale. » Dans ces contrées que la louve jugeait hostiles. En arrivant à Port-Réal, il lui semblait qu’elle était jetée dans la gueule gigantesque du dragon, dont les crocs se refermeraient lentement et douloureusement sur elle. Son courage la ramena à la raison. « Je ne lui cacherai rien… je lui dirai combien vous avez été bon. Je… » Le son distinct de pas s’approchant la coupa dans ses propos. Le serpent venait troubler cette étrange conversation d’affection couvée par le spectre des guerres et des complots. Freyja fut arrachée à ce voile de quiétude qui se posait sur elle quand elle demeurait auprès d’Edric. Lord Tyvaros, à l’inverse, lui provoquait des frissons glacés et accélérait considérablement les battements de son cœur ; si bien qu’elle crut qu’il s’échappait de sa poitrine quand il posa ses prunelles acérées sur elle.

Droite. Fière. Elégante. Loyale. Autant d’attitudes qu’elle se devait d’adopter. En quittant les Eyriés, ses oreilles bourdonnaient encore des milles recommandations qui lui avaient été fournies comme ses meilleures armes. Elle ne devait pas se dévoiler, ni dévoiler ce qu’il en était de ces deux maisons qu’elle côtoyait si intimement, Stark et Arryn. Elle s’en fit son crédo pour répondre au Seigneur qui la scrutait avec autant d’aplomb. Mais à ses mots pouvaient déguiser la vérité, il n’en était rien de ses sentiments. Entre courage, crainte, douleur, impuissance, et, peut-être alors, sûrement un peu d’amertume. Si la Louve était troublée par les regards insistants du Serpent, elle le fut d’autant plus par le sourire qui naquit sur les lèvres fines de l’homme. Surprenant et inattendu. Freyja ne parlait guère, mais elle avait appris à observer, à lire et à décrypter ce qu’elle voyait autour d’elle. Pourtant, de cette expression, elle ne sut comment l’interpréter. Ce sentiment compatissant qui semblait percer demeurait-il sincère ? Ou bien n’était-ce que pitié ? Ou moquerie ? L’émotion lui noua la gorge, déjà effrayée de cette lutte quotidienne qui l’attendrait à la capitale de devoir reconnaître l’ennemi de l’ami. Elle craignait que sa jeunesse et son manque d’expérience ne l’égarent…

La secousse qui ébranla violement le bateau lui rappela que la menace la plus importante à cet instant était la tempête qui ne cessait de mugir au-dehors. Freyja accrocha ses doigts avec force aux accoudoirs de son fauteuil, plantés comme des serres dans le bois. Ce voyage en mer demeurait son premier et les éléments n’étaient pas pour la rassurer. Trouver un quelconque réconfort dans le regard rassurant d’Edric l’aurait aidée, mais elle ne souhaitait que cet attachement soudain puisse être mal interprété au regard des ignorants du véritable lien qui les unissait. Aussi resta-t-elle aussi stoïque qu’elle le pouvait sur son fauteuil, conserva le silence et pria intérieurement les Dieux de leur venir en aide. A ses yeux, cette brusque humeur de la nature illustrait le mécontentement des Sept. Par chance, et malgré une piètre isolation, le navire semblait tenir bon. Freyja s’accrochait désespéramment à cette pensée quand un hurlement, comme un grondement atroce, leur arriva du pont. Ce fut rapide, violent, assourdissant. La Louve eut à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait. Elle fut projetée durement contre le sol, glissant sur le plancher imbibée d’eau. Sonnée pour quelques secondes, elle se redressa ensuite sur ses coudes afin de constater qu’un immense épieu venait de transpercer un pan de la cabine à l’endroit même où elle se postait précédemment. Cette fois, elle ne put faire taire son choc, et son regard convergea instinctivement vers Edric, ce dernier étant parvenu à se relever comme le Mantaryen. A la nature qui reprenait ses droits, l’eau se mit à envahir la cabine par toutes les brèches qui s’étaient formées. L’ordre fut sans appel : il fallait partir au plus vite. Tandis qu’elle était elle-même en train de se hisser sur ses deux jambes en dépit des violents ressacs, la Dame de Winterfell réceptionna la veste que Lord Tyvaros lui jeta. Elle ne chercha guère plus à comprendre et s’en vêtit aussi rapidement qu’elle l’avait reçue. Son mouvement de bras lui éveilla une douleur que l’adrénaline avait laissée muette jusqu’alors. Sûrement le fameux épieu avait dû la percuter légèrement avant qu’elle ne s’écrase complètement au sol, car des perles de sang coulaient le long de son bras. Mais un bref coup d’œil et l’urgence de la situation la forcèrent à admettre qu’il ne s’agissait que d’une vilaine éraflure. Son regard s’accrocha à la silhouette du Mantaryen qui s’élançait vers le pont. Elle ressentit un soulagement coupable à ce que ce soit lui qui se jette au-devant du risque, et non Edric. Son attention se reporta d’ailleurs sur ce dernier. « Edric ! Êtes-vous blessé ?... » Il avait été secoué de la même manière que les autres protagonistes de la cabine. En apparence, il ne semblait pas porter de quelconque séquelle. Freyja n’eut rien besoin de dire de plus pour que le Prince de l’Orage prenne leur survie en main. Ensembles, ils s’empressèrent de s’échapper de ce lieu devenu dangereux. La louve rassemblait tous ses efforts pour tenir l’allure avec sa robe gorgée d’eau salée, le ressac des vagues qui les projetait contre les parois du bâtiment et menaçait leur équilibre précaire.

« Que les Dieux nous protègent… » Paroles bien malheureuses face un Baratheon. Mais à ses côtés, nul ennemi n’était posté. Et la situation ne se prêtait guère à quelque remontrance à ce sujet. Edric venait de les conduire dans une partie plus sûre du navire. Pour combien de temps, hélas ? Les planches de bois grinçaient, craquaient, hurlaient sous les assauts de la tempête. Les orages grondaient dans le ciel, triste augure des événements à venir. Freyja songea brusquement qu’ils pourraient bien ne jamais en réchapper, qu’elle ne verrait jamais les rivages de Port-Réal et que la situation à Westeros les condamnerait tous à la nuit. Elle songea à Catelyn, à Jorah, à Theon, à Ashara, à Cathan, à Martyn et à Roslinn dont elle ne pourrait plus voir les visages. Elle songea à Edric qui ne connaîtrait jamais son enfant et Ashara qui ne reverrait jamais son aimé. Et silencieusement, tandis qu’elle s’accrochait de toutes ses forces pour tenir bon, une larme perla sur sa joue. Invisible et muette. Noyée dans la fureur des flots.




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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Jeu 12 Avr 2018 - 22:01

Rincé, bousculé, le Cerf en venait presque à regretter les mots vifs entre Tyvaros et Freyja. L'orage s'appréciait au grand air, ou à l'abri, et ils n'étaient ni à l'un ni à l'autre, terrés comme des rats. Edric n'était pas supersticieux, et les Orageois ne pouvaient l'être à chaque tempête, sous peine de passer pour des illuminés ; mais quand il vit, encore à moitié assommé, l'épieu qui perçait la coque là où s'était tenue Freyja, Edric songea que la Jouvencelle et l'Etranger s'en mêlaient ; et il pria le Ferrant pour que le navire tienne bon. Très vite, car l'eau entrait en trombes. Le Cerf n'eut que des gestes et un mot pour Freyja : "non", il n'était pas blessé, mais elle, était-ce du sang qu'il voyait sur son bras ?! Avec l'impudeur de l'urgence, Edric écarta la veste de Valyron qu'avait revêtue Freyja ; il vit que ça n'était qu'une éraflure et garda le bras de la Louve pour quitter la cabine, comme quiconque de sensé l'aurait fait sans les précieux conseils de Tyvaros.

Ils se réfugièrent donc, au sec ou presque, mais le chaos filtrait mieux que l'eau. Les secousses, les ténèbres entrecoupées d'éclairs, les bruits - cris et grincements non identifiés. Edric servit à Freyja quelques paroles rassurantes, auxquelles personne ne crut, fit même une plaisanterie sur l'Orage, à laquelle personne ne rit. Puis le silence l’engloutit et avec lui, la sensation d'impuissance. Allait-il rester là à "protéger" Freyja tandis que son navire chavirait ? Même s'il avait pleine confiance en son capitaine, Edric ne supportait pas d'ignorer ce qui se passait. Les Cerfs étaient faits pour agir, et les Louves ? les Louves savaient veiller sur elle-même. Freyja comprendrait. Edric s'excusa auprès d'elle ; lui demanda, lui ordonna de rester ici, et de s'accrocher ; il reviendrait bientôt.

Le Cerf sortit. La première chose qu'il vit, à travers les rafales, fut le dromon qui les empalait ; les hommes en déroute sur son pont mais sur le leur aussi, et le mât de la Fureur sous tension. Et puis, avant qu'il ait pu faire trois pas, le bois hurla, l'épieu se détacha ou plutôt, fut détaché ; et la Fureur retrouva sa gîte, libérée, violente. Edric vola cul par dessus tête, et lorsqu'il se releva, il vit le dromon dériver, mais son capitaine, il ne le vit pas.
- Que faites vous ! hurla le Cerf pour couvrir la tempête.
Ces hommes étaient perdus s'ils ne leur portaient pas secours ; le dromon allait couler comme l'autre qu'Edric n'avait pas vu disparaître dans les flots déchaînés, mais qu'il ne voyait plus.
- Abordez-le ! hurla-t-il, commanda-t-il.

Il lui sembla que Valyron protesta, du moins ce que dans le vent et la pluie, Edric percevait de lui.
- Taisez-vous Tyvaros ! aboya-t-il sans plus de certitude d'être entendu.
Il ne pouvait souffrir de querelle d'autorité sur le navire du Cerf, et le Cerf frappait sa poitrine. Ces hommes n'allaient pas mourir comme son capitaine. Ces hommes ne seraient pas laissés à la mer. Le dromon était encore proche. Tout était encore possible à la faveur des éléments, ou des dieux.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Dim 15 Avr 2018 - 16:50




La Tempête frappe quand elle le désire

Le chaos. Il n’y avait pas d’autres mots pour qualifier l’état dans lequel le navire était plongé sans capitaine, le bois autant que les marins livrés en pâture aux éléments. Les marins restants n’étaient pas habitués à n’avoir personne pour leur donner des ordres, et leurs instincts les poussaient à la survie individuelle, inconscients des actions des autres, il tentaient de faire au mieux selon leur expérience. Alors, d’une certaine manière, ils furent rassurés de voir le maigre Maître des Chuchoteurs débarquer sur le pont, et se mettre à brailler des ordres. En temps normal, ils se seraient probablement moqués de cet homme qui se permettait de les insulter sans concession, l’un d’eux l’aurait probablement même fait taire à la manière des vrais hommes. Il n’était pas à la Couronne, pas dans son petit bureau, il était sur un navire de l’Orage, qui ne répondait qu’à son capitaine, ou aux Baratheon ! Mais le capitaine était mort, et les ordres donnés avaient au moins la vertu de rendre un peu de cohésion à la bande de marins qui se voyaient déjà sombrer dans la mer obscure qui se déchaînait tout autour d’eux. Après un flottement durant lequel l’homme massif invectivé par le Serpent le toisa du regard, celui-ci fit un signe à deux autres marins et ils s’engouffrèrent dans les entrailles du navire, une hache à la main.

Il ne fallut que quelques minutes pour qu’un nouveau choc vienne ébranler le navire, et que sur le pont on pouvait voir le dromon encastré dans la Fureur des Flots s’éloigner, avec à son bord les quelques marins encore en vie qui s’agrippaient avec la force qui leur restait aux ruines de leur bâtiment. Le navire orageois, lui commençait à se redresser, les craquements se faisaient moins nombreux, une fois la voile ramenée selon les instructions du Serpent. Alors, un cri se fit entendre, retenant l’attention des marins mis à la tâche. l’héritier de leur terre avait décidé de sortir de sa cachette, et leur aboyait à nouveau des ordres sans aucun sens. Il voulait qu’ils aillent sauver ceux des marins qui s’éloignaient rapidement sur les restes du dromon, portés par le courant ? C’était folie, n’importe quel marin le savait, et d’après ses gesticulations, le Serpent aussi semblait protester… Jusqu’à ce que le plus imposant des marins se poste aux côtés d’Edric, et n’annonce d’une voix ferme :

« Ce navire arbore les couleurs de l’Orage, et il obéit aux commandements des Baratheon. Si vous ne voulez pas aider, monseigneur, je vous suggère d’aller vous cacher dans la cale avec les femmes. »

N’écoutant pas la réponse du Mantaryen, l’homme se tourna vers ses compagnons, avant d’annoncer dans un cri :

« Vous avez entendu monseigneur Baratheon ! Préparez-vous à aborder le navire de la Couronne ! »


Tandis que le timonier tentait tant bien que mal d’imposer sa volonté aux flots, et de diriger le navire vers celui qui les avait quitté quelques instants plus tôt, d’autres marins s’emparaient des grappins fixés au pont, s’apprêtant à les lancer quand le moment serait propice… Il fallut plusieurs essais, mais l’un d’eux finit par accrocher la coque du dromon en perdition, puis un autre… Lentement, la Fureur se rapprochait de son objectif, et bientôt les marins de la future épave retrouvèrent pied sur le navire de l’Orage, n’ayant pas le temps de remercier leurs sauveurs, on les mettait immédiatement à la tâche. Ce surplus de mains, quoique fatiguées, aurait pu permettre de maintenir le navire jusqu’à la fin de la tempête, il aurait pu les sauver, et il aurait pu valoir l’admiration de l’équipage envers l’héritier de leurs terres… Si les grappins avaient été relâchés quelques secondes plus tôt.

Une vague aussi haute que la voile de la Fureur souleva d’un coup le dromon toujours attaché, créant un nouveau choc violent avec son sauveur qui aurait autrement pu la passer sans grande difficulté, mais cette fois le mât entier fut arraché, des éclats de bois volèrent partout sur le pont blessant et mutilant de nombreux marins, et l’un de ces éclats se logea directement dans l’épaule du jeune Cerf. Pas bien grand, il promettait tout de fois une belle saignée si l’on venait à le retirer sans garrotter la plaie. Sans mât, le navire ne pouvait plus avancer, ils étaient condamnés à tenter d’attendre que la tempête se calme, et alors il faudrait espérer que les courants porteraient le navire jusqu’à la côte… La situation ne pouvait pas être pire. Le pouvait-elle ?

Dans la cale, on ne pouvait entendre que les hurlements, qui avaient suivi les cris de victoire pourtant rassurants pour une jeune fille laissée seule dans les ténèbres et l’incertitude. Elle seule, pourtant, put voir la nouvelle brèche créée à son niveau, mais elle vit également autre chose, quand l’horizon la laissa voir plus loin que les vagues qui remplissaient tour à tour sa cabine. Trois navires, différents de ceux qu’elle avait déjà vus, au Nord, au Val, différents de la Fureur. Et qui semblaient se diriger droit sur eux. Une chance ? La suite de leurs malheurs ? Difficile à dire, mais ce qui était certain, c’est qu’elle était probablement la seule à les avoir vus, le chaos au dessus d’elle était, encore une fois, total.

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon   Jeu 19 Avr 2018 - 15:55

Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon.

ft.












« Que faites vous ! »

Le hurlement d’Edric Baratheon emplit un court instant l’espace sonore, recouvrant la fureur des éléments. La foudre s’abattit un peu plus loin dans l’océan, jetant une lumière blanche sur les vagues en furie, éclairant les visages crispés des membres d’équipage. Valyron lui jeta un regard mauvais. Que diable foutait-il ici ? Ne pouvait-il donc pas rester sagement en bas, à surveiller la jeune femme et éviter de venir les gêner. La suite était hélas prévisible. Comme ceux qui aimaient à vivre au travers de stupides valeurs de chevalerie, le jeune homme allait vouloir prendre des décisions motivées par l’affect et non pas par le pragmatisme qui devait être celui de tout marin au cœur de l’ouragan.

Dans un grand craquement, le dromon s’était libéré de son étreinte mortelle avec le navire Baratheon. Déjà, laFureur semblait reprendre une route convenable, plus naturelle, et surtout moins dangereuse. Le mouvement avait été brusque et Valyron reprenait encore son équilibre que le jeune Cerf hurlait à tue-tête.

« Abordez-le ! »

Valyron ne put s’empêcher de réagir. Il se précipita vers Edric en balayant d’un geste son ordre. Il allait tous les faire tuer. Le dromon qui était encore à proximité avait déjà commencé à s’alourdir, et les vagues lui passaient désormais dessus, comme s’il n’était qu’un rocher qui bientôt rejoindrait l’abysse. Et s’ils s’entêtaient à vouloir s’arrimer à un navire sur le point de couler, ils iraient tous le rejoindre par le fond.

« Non ! » cria Valyron avec autorité, essayant de rassembler son calme pour ne pas exploser de fureur.

« Taisez-vous Tyvaros ! »

Ayant développé un don inné pour ressentir le danger, Valyron fit encore un pas avant de s’arrêter, dévisageant avec stupéfaction l’héritier de l’Orage. Médusé, il assista au revirement de l’équipage qui s’empressa d’abandonner ses tâches vitales à la sauvegarde du navire pour se rapprocher du bord le long duquel le dromon s’éloignait. Toutefois, l’un des plus grands marins du navire s’avança aux côtés du Baratheon pour le soutenir.

« Ce navire arbore les couleurs de l’Orage, et il obéit aux commandements des Baratheon. Si vous ne voulez pas aider, monseigneur, je vous suggère d’aller vous cacher dans la cale avec les femmes. »

Une lueur assassine passa dans les yeux vipérins du natif de Mantarys qui resta silencieux, s’accrochant tant bien que mal à un hauban tendu à en frémir au moindre souffle de vent.

« Vous avez entendu monseigneur Baratheon ! Préparez-vous à aborder le navire de la Couronne ! »

Consterné, Valyron vit les hommes se jeter à la manœuvre dans une volonté de sauver leurs compères d’un autre navire. Tandis qu’à la barre on s’échinait à conserver un cap qui permettait de rester à proximité, plusieurs marins lancèrent des grappins vers le navire en perdition jusqu’à ce que plusieurs parviennent à crocher. Impuissant, le Mantaryen assista au sauvetage des marins qui montaient à bord un par un, hébétés, hagards mais visiblement conscients d’être encore en vie. La pluie continuait de battre drue, rendant le pont détrempé, mouillant les hommes jusqu’aux os.

Soudain, un choc violent jeta tout le monde à terre. Le navire sembla bondir comme s’il avait buté sur un récif. Ce fut d’ailleurs la crainte du Serpent qui sentit une panique grandissante lui envahir l’estomac, s’imaginant déjà le navire broyé par des roches noires et assassines surgies des flots déchainés. D’immenses paquets d’eau s’effondrèrent sur le pont, noyant les hommes, s’engouffrant par vagues entières vers les entrailles de la Fureur qui luttait toujours vaillamment. Un bruit de fin du monde retentit alors, comme une immense plainte qui semblait durer une éternité. Et soudain, comme un coup de grâce, un claquement sec fit frémir toute la coque tandis que le mât s’effondrait sur les hommes qui se trouvait en dessous. Une tornade d’éclisses ravagea l’équipage, se fichant jusque dans le pont. Valyron se releva avec précaution. Son biceps droit était légèrement entaillé et laissait suinter un peu de sang. Il constata avec soulagement qu’il n’y avait rien d’autres qu’une petite coupure sans gravité. Du mât de la Fureur, il ne restait plus que la base, tel un épieu géant qui aurait empalé le fier navire avant de rester là, fièrement dressé vers les cieux.

Hagards, les hommes se relevaient un à un, regardant autour d’eux, étonnés d’être encore en vie, constatant les dégâts, découvrant que certains avaient été moins chanceux que d’autres. La tempête semblait leur accorder un moment de répit bienheureux, alors que l’amplitude des vagues diminuait. Valyron remercia ses multiples dieux valyriens en pensant qu’avec un tel roulis, un navire immobile aurait purement et simplement chaviré. Lorsque Valyron reprit ses esprits, il se tourna vers l’endroit où se trouvait Edric Baratheon. Le jeune homme avait beau être d’un idéalisme profondément stupide, il n’en restait pas moins l’héritier de l’une des plus importantes maisons de Westeros et sa survie était indispensable à la stabilité des Sept Couronnes. Enjambant le bois et les corps brisés, Valyron chercha le jeune chevalier avant de le trouver avec un éclat de bois fiché dans l’épaule. L’éclisse n’était pas très grosse mais il s’était visiblement installé suffisamment profondément. Une sombre pensée s’insinua dans l’esprit du Mantaryen. Le bois de mer était sale, plein de sel coagulé, de saleté ramassée au fil des années. Et il avait sans doute amené quelques morceaux de tissus de la tunique du Baratheon jusque dans son épaule. Le ramener à terre vers un mestre compétent était désormais une urgence si l’on voulait éviter l’infection, quand bien même le jeune homme pouvait y couper vue sa solide carrure. Il se tût toutefois et l’aida à se relever avec une pointe de sarcasme dont il ne put s’empêcher.

« Vous avez sauvé ces hommes, Ser. Des félicitations s’imposent. Quel dommage que nous ne puissions plus rentrer rapidement pour expliquer cela à Sa Seigneurie votre frère. »




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Des Monts du Faucon à la Cité du Dragon

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