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 A cold bad dream ❧

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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : En route pour Port-Réal.
MessageSujet: A cold bad dream ❧   Mer 7 Fév 2018 - 19:12

A cold bad dream
Martyn, Roslinn &
Freyja

Une brise légère et glacée s’engouffra au travers des vêtements de la louve et gonfla impudiquement ses épais jupons. La clarté de son étoffe, témoin discret de son âge juvénile, était recouverte par l’épais manteau de fourrure qu’elle avait jeté sur ses épaules afin d’affronter la fraîcheur de l’air du soir. Du haut des remparts de la cité des Eyrié, elle jetait un regard inquiet sur l’horizon butant contre les pics séculaires et saillants des impérieuses montagnes de la Lune. Voilà près de trois jours que ses pieds foulaient à nouveau la terre brumeuse et humide du Val, suivant scrupuleusement les directives de son cousin, Martyn Arryn. Dès lors, tel un soldat attaché à son poste, elle tenait ses positions au-dessus des contreforts de la citadelle, guettant le retour des membres si chers de sa famille. Chaque jour, depuis l’aube jusqu’aux dernières iridescences froides du crépuscule. Rengaine inquiète d’un cœur dans la plus vive des détresses. L’incertitude emprisonnait Freyja entre ses bras puissants, l’étreignant dans des liens d’impuissance. Trop de fois, son être s’était animé d’un vent de révolte qui ne franchissait jamais la barrière de ses lèvres et qu’aucune parole rassurante de son oncle Elbert n’avait su calmer. Ô comme elle détestait être une femme. Ô comme elle détestait que sa condition la contraigne à une attente intolérable. Mais son incapacité à déterminer quelles seraient ses actions si le destin venait à la faire homme la résignait à la patience.

Trop de semaines s’étaient écoulées depuis que le reflet des membres de la famille Arryn ne s’inscrivait plus sur les iris opalins de la belle Freyja. Son inquiétude faisait danser leurs silhouettes tels des fantômes lugubres dans son esprit ; miroitement d’une destinée funeste qu’elle n’aurait su accepter. Son âme se lacérait, hurlait, se révoltait d’un sort si hasardeux qui était aux mains d’une région si lointaine et méconnue. De quelques-uns qui détenaient le pouvoir par un habile jeu de politique ; par ceux qui avaient réussi à être les plus cruels pour asseoir leur régence. Et quel soulagement –ô combien libérateur– de recevoir, depuis son exil de Forchant chez les Belmore, une lettre de ta tendre cousine, Roslinn. Ils vivaient ! Son apaisement fut, hélas, aussi bref que l’ultime soupir abandonné d’un mourant. La Dame du Val se montrait affreusement concise dans ses informations, enjoignant sommairement la pupille des Eyrié de reprendre la route de la cité suzeraine. Nulles informations supplémentaires sur le drame qui s’était déroulé au jour du couronnement. Nuls détails rassurants sur le sort du Nord dans cette nouvelle intrigue qui le plaçait dans une position fort inconfortable. Pourraient-ils être soupçonnés d’une telle infamie à l’encontre de la régence ? Son unique consolation fut d’apprendre qu’ils seraient prochainement de retour dans les terres du Val. Ainsi, Freyja Stark, suivant scrupuleusement les directives de ses cousins, fit son adieu aux Belmore et quitta le Forchant pour les Eyriés.

Un frisson ébranla la frêle silhouette de la louve délicate. Ses doigts, engourdis d’être demeurés si longtemps poings fermés, resserrèrent les pans de sa cape autour de ses épaules. Le jour déclinant déposait progressivement un voile diaphane sur la région, tel un fin linceul de soie. Le temps qui la séparait du moment où le Seigneur Elbert viendrait la rejoindre pour l’enjoindre à retrouver la chaleur d’un bon feu approchait. Plusieurs fois, il avait tenté de la convaincre qu’il était vain de s’habiller du rôle de guetteur en scrutant si longtemps les étendues verdoyantes du Val. Nulle parole ne parvenait à atteindre sa raison. Inlassablement. Désespéramment. Elle passait presque tout le jour à ce poste bien précis.

Les lèvres délicates de la jeune fille se murent imperceptiblement, laissant tout juste deviner qu’elle était à l’origine du chant qui ondula dans le vent du soir ; une mélodie douce et mélancolique dont les intonations étaient aux couleurs des tourments de son âme. La musique glissait depuis toujours dans sa vie comme un refuge rassurant. Elle ne la quittait jamais, elle ne la décevait jamais, nourrissant son univers tendre et rêveur. La Dame de Winterfell se plaisait à entonner des chants de sa terre natale, nostalgie de cette enfance récemment quittée. En fermant les yeux, elle pouvait voir les visages de ses frères, d’Ashara et de sa mère derrière l’abîme de ses paupières ; et la douleur la tenaillait. Ashara et Theon lui manquaient terriblement. Jorah était un déchirement quotidien, tiraillée entre cette souffrance de l’avoir quitté en de si mauvais termes et sa terreur de le voir s’exposer si promptement au courroux de la couronne. Son aîné était un homme buté, fier et entêté ; grandement affecté dans son honneur par son divorce avec la majestueuse Rhaenys Targaryen pour une union traditionnelle et contre-nature avec son propre frère. Une insulte que le temps ne saurait balayer si aisément dans le cœur du Nordien.

Ses réflexions s’interrompirent brusquement. Sa mélopée cessa, comme emportée par une tempête. Elle se hissa sur la pointe des poids et se pencha plus en avant contre la muraille de pierre froide. Plissant les yeux afin d’accorder plus de portée à sa vue, elle scruta le manteau de brume qui s’élevait autour de la citadelle. Ses prunelles décelèrent ce qu’elle avait cru deviner plus tôt. Un groupe de cavaliers se détachait au loin. Freyja reconnut immédiatement ses cousins à l’étendard des Arryn qui flottait mollement dans la brise. Le cœur de la louve bondit dans sa poitrine comme un fou. Dans un froissement d’étoffes, elle mit un terme à son stoïcisme et s’élança à la rencontre de la troupe prête à franchir les murailles du château. Elle ne pouvait souffrir d’attendre plus longtemps pour de telles retrouvailles. Il lui fallut du temps pour regagner la cour intérieure de la forteresse, passant devant des serviteurs hagards et surpris d’observer une telle agitation provenir de la princesse du Nord, si calme et délicate. Quand Freyja arriva à leur rencontre, ils venaient tout juste de desseller de leurs montures. Les Seigneurs des Eyrié furent les premiers qu’elle vit. « Martyn, Roslinn ! » L’attachement inconditionnel qu’elle vouait à sa famille lui ôtait ses pudeurs. Un sourire craqua son visage aux allures de poupée. Elle attrapa les mains de sa cousine, les serrant avec chaleur et la force que l’enthousiasme lui conférait. « Comme je suis soulagée de vous revoir ici sains et saufs… j’ai bien cru que vous ne reviendriez jamais de Port-Réal. Comment vous portez-vous ? Quelles sont ces tristes affaires qui vous ont retenus si longtemps éloignés du Val ? » Tant de questions martelaient sur esprit, accentuant son angoisse à chaque silence qui lui répondait. La curiosité ne faisait pas partie des mots usités pour la décrire, mais elle avait soif de savoir. Soif d’apprendre ce qu’il s’était passé sur les territoires de la couronne. Son regard s’envola sur le reste des cavaliers, s’arrêta sur chaque visage, reconnaissant notamment Jace Rougefort, repartit à son exploration minutieuse. Elle réalisa brutalement. L’absente. Ce visage manquant. Cet être invisible. Les bras de Freyja retombèrent ballants, le long de son corps. Son cœur sombra dans sa poitrine et s’écrasa dans les ténèbres. Le vide. Le silence. L’effroi. L’incertitude. Quand ses prunelles guettèrent des réponses sur les visages fermés de ses cousins, l’émotion comprimait tout son être. Sa voix se fit entendre dans un murmure tourmenté. « Où est Catelyn ? »


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Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement, ensuite Val et Nord
MessageSujet: Re: A cold bad dream ❧   Jeu 8 Fév 2018 - 22:24

Ils avaient fait route rapidement depuis Goëville, aussi rapidement que le leur avaient permis leurs monture et les dames qui les accompagnaient. Martyn aurait pu se contenter d'une escorte moindre et arriver avant Roslinn, afin de préparer au mieux son départ pour le Nord ; mais ne sachant combien de temps durerait cette mission diplomatique, il avait décidé de profiter de la présence de son épouse tant qu'il le pouvait encore. Mais sans non plus traîner en chemin, ils n'avaient pas beaucoup de temps avant l'arrivée du bateau qui devait emmener Freyja. Cette pensée n'avait pas quitté son esprit depuis que les amarres avaient été rentrées à Port-Réal. Il redoutait le moment où il devrait annoncer à sa cousine qu'elle devrait quitter le nid des faucons pour rejoindre l'antre des dragons. Si la vue du Val et des Montagnes lui avait toujours réchauffé le coeur, il ne souriait guère en ce jour. La forteresse des Eyriés se dressait devant lui, fière et solide, aussi immuable que les montagnes alentours. Il en allait bien autrement des personnes qui la peuplaient, et Martyn était conscient d'avoir fait honte à sa lignée, de ne pas être capable de diriger le Val aussi bien que Lord Jace l'aurait pu, ou son grand-père. Il était aussi conscient que sa mort, au contraire de celle du dernier Roi du Val, ne laisserait qu'une situation plus complexe encore pour tous les siens. Mais il pouvait sentir le poids du regard de ses ancêtres rien qu'en observant la bâtisse de pierre dont la voûte crevait les cieux. Et ce regard était loin d'être approbateur. Il avait failli, et rentrait chez lui, tel un chien battu, la queue entre les pattes. Mais cela, il ne pouvait le laisser paraître à ceux qui constituaient sa suite. Ils comptaient encore sur lui, pour le moment. C'est donc le dos droit et la tête haute qu'il franchissait les portes de sa demeure. Il ne pouvait laisser voir son abattement à ses vassaux, la foi qu'ils avaient en lui – aussi injustifiée qu'elle l'était- méritait qu'il reste digne, quoi qu'il arrive.

Martyn et son épouse n'avaient pas discuté de la situation précaire dans laquelle ils se trouvaient, du moins pas là où des oreilles indiscrètes auraient pu les entendre. Le secret ne serait pas gardé encore bien longtemps, malgré tout. Quelqu'un finirait bien par parler de leur voyage, et là... Martyn devait faire vite, rassembler ses vassaux afin de les avertir de la situation, avant que les rumeurs ne s'amplifient et ne se déforment, et léguer officiellement les clés du Val à Roslinn, afin que son autorité soit incontestable en son absence. Cette précaution n'aurait pas dû être nécessaire, mais Etaine avait perverti une partie de ses vassaux, et il ne voulait pas que l'un d'entre eux prenne l'excuse de son voyage pour oublier à qui il devait obéissance.

Bien trop rapidement, ils arrivèrent à destination, et à son grand désarroi, Freyja Stark était présente parmi la valetaille parée à accueillir le retour des maîtres. Elle avait dû courir pour arriver aussi rapidement. Peut-être était-elle même restée à veiller leur retour... C'était dit, pas un instant de répits ne leur serait accordé. Mais ce n'était que le juste retour des choses. Martyn trouva un sourire pour la jeune femme. Du moins, il essaya. Son visage ne semblait plus sur le point d'ordonner une exécution, c'était sans doute le mieux qu'il pouvait faire en ce jour...

Un suzerain devait mettre les intérêts du plus grand nombre avant le sien propre, mais les Dieux savaient que c'était difficile en ce moment. Il aurait voulu pouvoir garder la demoiselle en sécurité chez lui ; mais les Targaryen auraient alors eu le loisir de mettre le Val à feu et à sang. Le feu et le sang... leur devise leur convenait décidément fort bien. Et il avait donné sa parole. Il salua Jace d'un signe de tête et ce dernier se détourna de lui rapidement ; il ne pouvait lui en vouloir. Il ne s'appréciait guère non plus à ce moment précis. Il soupira et se redressa, ne laissant paraître aucune faiblesse.

Il laissa les serviteurs s'affairer à récupérer leurs bagages, avec des ordres pour que des boissons et une collation soient préparés puis s'approcha de Freyja pour la saluer, elle qui posait d'emblée les questions qu'il aurait voulu pouvoir encore repousser. Quand le vin était tiré... Ils boiraient tous jusqu'à lie. Il lui répondit d'une voix neutre, « Catelyn est restée à Port-Réal. » Il saisit une des mains de Freyja dans les sienne, et la regarda dans les yeux, « Suis-nous. Nous avons à parler. Il s'est passé beaucoup de choses au Donjon Rouge, et un verre de vin ne sera pas de refus. » Peut-être pourrait-il même faire boire un peu de liqueur à Freyja, pour lui faire passer le choc. « C'est une longue histoire. »

Il voulait parler en privé et avoir un siège à disposition pour quand elle apprendrait la nouvelle. Il lui lâcha la main et, accompagné de Roslinn, la mena dans le petit salon qui jouxtait leurs appartements, destiné à recevoir les amis intimes, pour les occasions informelles. Marchant dans les couloirs, flanqué par les deux dames, il lui demanda, « Comment se porte le Val en notre absence ? As-tu vu ou entendu quelque chose de nouveau ? » Une façon de la faire patienter et d'éviter d'autres questions gênantes, en attendant qu'elle soit assise. Il écouta ses réponse d'une oreille distraite.

Il ouvrit la porte du salon et s'effaça pour y laisser entrer les dames. La pièce était joliment décorée des couleurs azur et argent du Val, les sièges de velours étaient confortables, les tables de chêne clair sculpté avec raffinement. De fines draperies argentées étaient tendues devant les fenêtres, modérant l'ardeur du soleil couchant tout en laissant filtrer la brise. De lourds rideaux bleus pouvaient être ajustés afin de bloquer les courants d'air, si présents en période plus froide. Avec l’Été qui n'en finissait pas, ces rideaux étaient inutiles.

Quelqu'un était déjà passé par là, un plateau d'argent chargé d'un pichet de vin perlant d'humidité, de verres au pied délicat, et de fruits secs, de fromage, de pain, de beurre et de viande fumée trônait sur la table basse. Une théière et des tasses de porcelaine fine étaient également à disposition, ainsi que de petits biscuits.

D'un geste, Martyn invita les dames à prendre place. Des bergères tendues de velours azur frappé du faucon étaient disposées autour de la table chargée de nourriture. Martyn s'assit à coté de Freyja et soupira en s'installant. Il attendit que sa cousine soit assise elle aussi et rassembla ses idées en silence avant de commencer son récit. La chose allait être fort délicate. Il leur servit à tous du vin, mais ne toucha pas à son verre. Il fixa Freyja d'un regard sérieux, mains jointes sur ses genoux, les tendons seuls témoins visibles de la force de ses émotions et se lança.

« Catelyn a été accusée de trahison envers la couronne et est actuellement retenue prisonnière au Donjon Rouge en attendant la tenue de son procès. » Sa voix était calme, presque sans expression. C'était dit sur le même ton qu'on aurait utilisé pour signaler qu'on avait ferré les mules ou comptabilisé le nombre d'habitants de Goëville aujourd'hui. Un détail parmi d'autres... Il resterait digne et ne craquerait pas. Tous voulaient le voir tomber, sa soeur avant même le Cerf ou le Dragon ; mais il ne leur en laisserait pas l'opportunité. Une lueur froide brillait dans son regard.
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : En route pour Port-Réal.
MessageSujet: Re: A cold bad dream ❧   Sam 26 Mai 2018 - 17:17

A cold bad dream
Martyn, Roslinn &
Freyja

Ce n’était plus la fraîcheur de l’air qui faisait frémir la louve. Ambiance mortifère. Intuition funeste. Le silence qui pesait sur le visage grave du souverain du Val semblait trahir une terrible nouvelle. Quelque chose d’affreux s’était produit. Le soulagement fut chassé, emporté, réduit à néant par un sourire traduisant un chagrin immense. Les prunelles claires de la louve repartirent en quête du doux visage de sa cousine, mais nulle trace d’elle en ces lieux. Elle n’assista qu’au départ précipité de Jace, l’époux de Catelyn. Enragé, amer, meurtri. Une peur dévorante enfla dans la poitrine de la jeune femme sans qu’elle ne puisse s’en défendre. Elle ne chercha même pas à la raisonner d’une quelconque manière. Il lui fallait des réponses pour atténuer la douleur de l’incertitude. « Catelyn est restée à Port-Réal. » L’esquisse d’un mouvement de recul vint à la louve, comme pour s’éloigner de cette vérité qui ne pouvait en être une. Catelyn demeurant toujours à Port-Réal ? Cela ne se pouvait ! Que cela soit de gré –connaissant l’inimitié de sa cousine pour la Couronne- ou de force, car Freyja ne parvenait à formuler la moindre hypothèse quant à cette séparation. Rien ne pouvait enchaîner la jeune femme à la capitale sans que ce ne fusse pour raison grave ou importante. La louve n’en voyait aucune. « Je ne comprends pas… » bredouilla-t-elle en secouant lentement la tête. Elle guetta une réponse sur le visage gracieux de Roslinn, mais ce dernier était fermé. Un froid s’insinua dans le cœur de la seconde Dame de Winterfell, picota ses membres, grignota sa chair, tordit ses entrailles. Même la main de Martyn dans la sienne lui parut glacée. Mauvais présage…

Obéissante et désireuse de savoir, Freyja suivit docilement son cousin entre les murs du château. Jamais ce trajet jusqu’aux appartements du couple seigneurial ne lui sembla aussi long et pénible qu’en ce jour. La succession de couloir ne connaissait aucune fin. Les pièces à traverser étaient immenses. Le cerveau en ébullition, la jeune fille eut toutes les peines du monde à rassembler un brin de courage pour atténuer les tremblements de sa voix et rejeter le besoin dévorant qu’elle avait d’exiger des réponses. « Le Val n’est jamais le même quand vous n’y êtes plus, cher cousin. Vous avez manqué aux Eyrié. Cependant, sir Elbert, comme toujours, a su faire honneur à la tâche que vous lui avez confié. » Son affection pour son oncle était sans borne, plus encore car elle était partagée. Son ton se fit plus hésitant et se voila de tristesse quand elle poursuivit. « Le bruit court qu’un événement terrible ce serait produit au jour du couronnement… » Un drame atroce dont la Dame de l’Orage avait été la première victime, manquant de lui ôter la vie. Il lui fallut beaucoup d’abnégation pour ne pas assaillir son cousin de questions qui apaiseraient les soupçons que sa bouche n’osait formuler. Se pouvait-il que Catelyn ait été accusée d’avoir pris part à ces horreurs ? Qu’elle serait une coupable désignée ? Sitôt évoquée, Freyja rejeta l’idée avec violence. Cela ne se pouvait. Cela ne se pouvait…

Finalement, ils parvinrent dans un petit salon attenant à la chambre des seigneurs du Val. Si le raffinement, la douceur et la chaleur des lieux avaient toujours su rassurer la délicate louve, ce ne fut pas le cas en ce début de soirée si troublée. Le soulagement qu’elle découvrit en s’asseyant lui fit remarquer combien ses jambes étaient cotonneuses, presque tremblantes. La gorge sèche, elle dévisageait Martyn sans oser prononcer le moindre mot. Roslinn, également, se gardait de toute parole, comme si le poids des mots était trop lourd à porter. La frayeur de la louve n’en fut que plus aiguisée. En dépit de tous les mets appétissant qui ornaient la table, elle ne leur accorda pas une seule attention. Elle n’avait pas faim, ni soif, hormis des informations que pourraient lui procurer le seigneur des Eyriés. Freyja avait toujours nourri un profond respect pour son cousin. Avec les années, l’admiration s’était muée en un amour sincère pour cet homme à la force tranquille, à la mine sévère mais soucieux de ceux qui l’entouraient, à cette sagesse qui semblait l’avoir toujours habité. Elle en était tombée amoureuse avec la fraîcheur et l'insouciance de la jeunesse. Un amour discret et sans prétention. L’arrivée de Roslinn aurait pu éveiller une terrible jalousie, mais l’âme de la louve n’était pas bâtie ainsi. A l’amour qu’elle éprouvait pour son cousin, elle trouva une place dans son cœur pour la nouvelle Dame du Val. Si ses sentiments s’étaient tus et avaient progressivement quitté son être avec l’âge, elle n’en gardait pas moins une immense tendresse pour cet homme qui, en ces heures sombres, semblait contenir la fureur de ses sentiments.

La nouvelle tomba comme un couperet. Froidement. Calmement. Presque sans émotion. Freyja observa son cousin sans ciller, comme si elle ne prenait pas la mesure de ses paroles. Elle avait entendu tous ses mots, mais aucun ne faisait sens dans son esprit. Comme un serpent vicieux, le froid remonta le long de sa colonne vertébrale, envahit tout son être, glaça ses chairs jusqu’à la moelle. Son regard changea brusquement. Elle le détailla comme on contemplerait un fou, un homme dépourvu de la moindre raison. « Ce ne peut être vrai… » bredouilla-t-elle dans un souffle douloureux. Les mots gesticulaient dans son esprit comme des démons malfaisants. Trahison. Prison. Donjon Rouge. Procès. Et au cœur de cette danse macabre, le nom de Catelyn. « Je… je ne peux y croire. Qui pourrait songer un seul instant que… Catelyn n’est pas une fomenteuse ! » Douce et timide Freyja… La tempête de ses émotions l’emportait sans qu’elle ne puisse l’arrêter. Sa poitrine se comprima tant qu’elle en perdit presque son souffle. Elle chercha un assentiment du côté de sa cousine, mais Roslinn corroborait les propos de son époux, bien à regret. Les yeux embrumés de larmes, Freyja se tourna vers Martyn. « Ils ne peuvent soutenir de telles allégations plus longtemps… Lors du procès, ils seront bien forcés de reconnaître qu’ils se sont trompés. Catelyn est innocente ! » Imaginer une seule seconde sa cousine emprisonnée au Donjon Rouge était affreux à penser. Au fond d’elle, elle savait qu’elle ne pouvait être que digne en cette sombre période. « Pourquoi l’accuser ? Tout ceci n’a aucun sens… » Par le sang et par la proximité, le Val était connu pour être l’un des premiers soutien du Nord ; et ce dernier ne possédait guère les faveurs de la Couronne. Jorah s’opposait farouchement à prêter allégeance aux Targaryens, trop fier, mais également blessé dans son orgueil suite à son divorce avec Rhaenys. L’absence de son frère lors de la cérémonie ne plaçait hélas pas le Val dans des dispositions favorables, bien qu’ils aient fait acte de présence. Un complot où le nord était une cible toute désignée ? Mais alors, pourquoi les accusations ne se portaient-elles pas sur Jorah Stark lui-même ? Tous ces jeux de politique ne détenaient aucun sens pour la louve. « N’y a-t-il rien que nous puissions faire ? » demanda Freyja dans un appel désespéré pour sauver sa cousine, ainsi que cette patrie qui la protégeait depuis quelques années déjà. Car, même en la culpabilité du restant de sa famille et de son frère, elle ne pouvait y croire.


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