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 In the darkest night, the faintest light is blinding

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: In the darkest night, the faintest light is blinding    Mar 13 Fév 2018 - 12:06

In the darkest night, the faintest light is blinding


Cela faisait bien longtemps que le soleil avait quitté le ciel, laissant la terre se parer de son manteau de pénombre. Le Donjon Rouge n’avait pas pour habitude de profiter de la pénombre nocturne pour cesser son activité fourmillante, et encore l’on aurait pu entendre des milliers de pas dont le son n’était que plus amplifié par l’épaisseur de la nuit. Au milieu de ces milliers de pas empressés, certains tentaient de se faire plus discrets, invisibles alors qu’ils progressaient dans le réseau clandestin de couloirs qui permettait à quiconque d’évoluer à couvert.

Une chandelle, une cape d’un noir profond couvrant un visage trop connu, des pas précautionneux qui résonnaient à peine sur le sol. Seule une autre petite figure, maigre et courbée, tenant cette chandelle, accompagnait la silhouette encapée. L’on aurait pu croire qu’il ne s’agissait que de deux ombres, ne s’extirpant de l’obscurité que par le faible rayonnement de l’unique bougie qui déjà faiblissait. Aucun signe distinctif ne permettait de deviner si la cape dissimulait un homme ou une femme, même si la petite stature et l’ampleur de ce qui semblait être une robe, donnaient des indices précieux. Mais des indices pour qui ? Il n’y avait personne pour être témoin du passage de ces ombres, personne pour transgresser l’interdiction de fréquenter ce couloir.

La porte qui s’ouvrait permettait à la silhouette de pénétrer dans un petit boudoir, un endroit dissimulé au cœur de la forteresse ou bien peu de personne osait s’aventurer. Ce boudoir avait longtemps été le seul endroit où j’avais osé me réfugier lorsque, victime d’un monstre Usurpateur, je tentais d’échapper à une existence devenue insupportable. A présent dos à la porte, je laissais mon regard vagabonder par la grande fenêtre qui offrait à la lune tout loisir de nous offrir sa lumière blanchâtre. Petit à petit, l’unique chandelle nourrissait le feu de bien d’autres, et le boudoir obscur se transformait en un lieu baigné d’une lumière tamisée.

Ce lieu faisait partie de l’imaginaire qui entourait la figure de ma défunte mère. Il avait été un boudoir privé de la reine, à l’époque où Maegor n’avait pas encore lancé la construction de son donjon, où beaucoup d’entre nous vivions à présent. Il était décoré selon la mode du temps de la Conquête, et une tapisserie, l’unique de la pièce qui n’était pas grande, déployait la beauté de l’Ancienne Valyria. Le ciel y était parsemé de dragons, comme autant d’oiseaux de feu, les êtres qui les chevauchaient me ressemblaient. Leur peau tantôt d’une blancheur diaphane, tantôt d’une hâle charmant, leur chevelure allant d’un argenté presque blanc, à une couleur proche de celle de l’or, leurs yeux, tantôt améthyste, tantôt d’un violet profond… Il n’était guère difficile de nous distinguer du reste de nos congénères Westerosi. Nous avions toujours été différents, et nous portions cette différence sur visage. Je me rappelais avoir été surprise, le jour où j’avais réalisé que tous les enfants de mon âge ne me ressemblaient pas… qu’en réalité, je ne leur ressemblais en rien. Tous avaient quelque chose de similaire, quelque chose qui laissait entendre qu’ils étaient semblables jusqu’à un certain niveau.

La pièce avait été aménagée en boudoir, disposant de fauteuils où se prélasser, une coiffeuse avait été installée, tout avait été fait pour faire de ce lieu le havre de paix d’une reine. Ma mère ne l’avait que très peu utilisée pourtant, et le havre de beauté s’était transformé en cachette pour une petite fille effrayée, ou en lieu de pèlerinage pour une enfant à qui le destin avait arraché sa mère trop tôt. Combien d’heures avais-je passé ici, à contempler les brosses aux manches d’ivoire et d’argent, le petit peigne constellé de pierres précieuses ? Combien de fois m’étais-je observée dans ce miroir troublé par la poussière, coiffant mes cheveux comme je m’imaginais qu’une mère aurait pu le faire ? Combien de fois avais-je conduis Jaehaerys en ces lieux, lui comptant les bribes d’histoires que l’on m’avait raconté sur la reine Alyssa.

Oui. Ce lieu était spécial. Il ne s’agissait pas seulement d’un lieu privé, d’un lieu secret, il s’agissait surtout du lieu le plus sûr du Donjon Rouge à mes yeux. Alors que la Cour s’était déplacée vers les nouvelles constructions de Maegor, ce petit lieu oublié de tous ne faisait l’objet d’aucune visite, et le serviteur qui m’avait escorté jusqu’à lui avait du réclamer mon aide afin de trouver son chemin, tant il était peu récurrent de s’y aventurer.

Ce lieu, la nuit, une cape obscure, autant de précautions que certains auraient jugé inutiles ou démesurées, mais j’avais appris à mes dépends qu’il n’y avait jamais de précautions superflues au sein de la cour du Roi.

Toujours dos à la porte principale, j’entendais celle-ci s’ouvrir lentement, et une nouvelle chandelle venait ajouter son halo à ceux des nombreuses autres qui brulaient depuis quelques minutes déjà. Des pas légers, hésitant, suivis de pas plus affirmés et déterminés. Je savais sans même me retourner que mon invité avait fini par me rejoindre. Je prenais quelques instants, écoutant chacun des sons qui perçaient le silence confortable des lieux, attendant le bruit délicat d’une porte que l’on ferme avec discrétion, et captant finalement que nous étions seuls.

L’homme qui venait d’entrer s’était alors retrouvé devant l’ombre, la silhouette encapée dont rien ne laissait présager qu’il s’agissait de moi. Pourtant, Martyn Arryn n’ignorait rien de celle qui l’avait invitée à la rejoindre dans ce lieu dissimulé aux yeux de tous. Je me retournais pour finalement lui faire face, baissant avec un geste délicate la capuche qui dissimulait mon visage et les mèches en cascade de mes cheveux argent. Retirant finalement la cape, je la déposais avec précaution sur le fauteuil qui se trouvait non loin de moi. Tout avait été prévu à l’avance, le vin avait été déposé sur une désserte, versé dans une carafe de verre où les motifs tracés à la feuille d’or mettaient en lumière le dragon ancestral de la Maison du Roi. Une des coupes d’argent démontrait le même dragon, en plein vol, l’autre, et c’était inhabituel, laissait voir un Faucon, lui aussi en plein vol.

« Lord Arryn, c’est un plaisir de vous rencontrer enfin, seule à seul. »

Je gratifiais mon invité d’un sourire chaleureux. C’était en effet ma première rencontre avec le seigneur du Val en dehors de celle qui avait eu lieu lors de mon mariage. Celle-ci semblait remonter aux temps anciens, presque comme si nous n’étions plus ces jeunes gens qui avaient échangé un bonsoir poli et des félicitations de circonstance. Je n’étais plus la même, c’était un fait. Celle qu’il avait rencontrée venait de devenir, bien malgré elle, l’objet d’une tractation politique malveillante entre son bourreau et le seigneur du Nord. Elle était bien jeune, et pourtant déjà pleine d’un feu incandescent capable de la détruire elle-même. A présent, Martyn Arryn ne rencontrait pas Rhaenys Stark, ni même la princesse qu’elle avait été avant son mariage. J’avais changé. De princesse j’étais devenue Régente, et j’avais appris les nécessités du pouvoir aux côtés de mon cousin Baratheon et de mon frère, déjà si éclairé. De Régente, j’étais devenue Reine, une reine consort a priori destinée aux arts et aux mondanités… A priori seulement, car ce qui m’amenait ici, en compagnie du gouverneur de l’Est, n’avait rien de mondain ni d’artistique.

« Votre départ pour les Eyriés, puis pour le Nord, est fixé pour demain matin, il me semble, monseigneur… Il me semblait ainsi d’une importance capitale que nous puissions nous voir avant. Le choix du lieu vous semblera peut-être curieux, il s’agit de l’ancien boudoir de la reine Alyssa, ma mère. Vos appartements, comme les miens, paraissaient bien trop exposés pour permettre une conversation… honnête. »

Là était bien l’enjeu. J’avais voulu nous protéger des oreilles malveillantes qui trainaient un peu partout au cœur du Donjon Rouge. La situation des Arryn était préoccupante pour moi. J’avais eu vent de la convocation et de la confrontation entre les membres de la famille et la Main du Roi. Je connais dès lors les conséquences de celle-ci. Catelyn Arryn, mon amie, avait été accusée de trahison et était à présent retenue prisonnière. Pour affirmer leur allégeance, les Arryn avaient du remettre leur pupille au soin du seigneur Main, brisant dès lors leur serment envers les Stark. Encore demain, Martyn Arryn prendrait la route afin de rencontrer son cousin et tenter de le dissuader de se lancer dans une guerre sanglante. Robb connaissait mon avis sur la question. Il savait depuis le début que mon instinct me criait de traiter les Arryn en amis, non en traîtres. Il savait que je ne pouvais que regretter que ceux-ci aient été traités en paria. Il savait donc tout de cette rencontre avec le seigneur du Val, car il était évident que je ne cachais rien à celui qui était devenu un véritable ami, un partenaire.

Je me déplaçais lentement, me saisissant de la carafe ouvragée pour en verser le liquide dans chacune des coupes. Je tendais celle ornée du faucon à mon invité, et conservait le dragon pour moi.

« A cette rencontre. »

Levant mon verre, j’en buvais une gorgée avant de me diriger vers le fauteuil qui avait été disposé à mon égard non loin de la table. J’invitais Martyn à en faire de même, la discussion serait sans doute longue, et importante, le temps manquait et les sujets abondaient.

« Comment abordez-vous ce départ pour le Nord, monseigneur ? »

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Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement, ensuite Val et Nord
MessageSujet: Re: In the darkest night, the faintest light is blinding    Sam 17 Fév 2018 - 22:47

La nuit était tombée sur le Donjon Rouge, mais ce n'était pas pour autant que Martyn y trouvait le repos. Il s'était déroulé trop de choses durant les dernières heures, trop de trahisons pour que son sommeil ne soit possible et encore moins réparateur. Comment en était-il arrivé là ? Il aurait dû faire exécuter sa soeur lorsqu'elle l'avait défié quelques mois auparavant. La faire enfermer du moins. Ses vassaux ne l'auraient pas cautionné, certainement, et cela aurait déclenché une forte dissension, si ce n'était une guerre civile, mais au moins Catelyn ne serait point prisonnière et accusée de trahison en ce jour. Cyniquement, il se dit que sa cousine voyait désormais l'âme diabolique de sa soeur pour ce qu'elle était.

Le mal qui rongeait le Val était désormais rendu public, et le nom d'Arryn devenu sujet de rires. Il y avait participé, en partie. Mais il ne l'admettrait devant personne d'autre que son épouse. Il avait fait ce qui devait l'être, mais cela ne s'était pas montré suffisant. La soif de pouvoir d'Etaine était bien trop grande pour se satisfaire d'un rôle de conseillère ; il lui fallait tout, quitte à détruire la famille qui l'avait protégée, les amis qui l'avaient vue grandir. Martyn n'aurait su dire s'il avait été plus choqué par sa déclaration de sédition d'avec le Val ou bien par l'abandon total de leur famille du Nord. Il avait cru qu'Etaine partageait quelques sentiments pour ses cousins du Nord, et aurait eu à coeur de sauver ce qui pouvait l'être. Il s'était trompé, de toute évidence. Elle ne pensait qu'à elle-même. Martyn en était dégoûté, et bien plus. Sa soeur aurait eu des cornes qui lui poussaient sur le crâne et des griffes à la place des mains qu'elle ne lui aurait pas semblé plus étrangère qu'en ce moment. Il s'était fourvoyé sur bien des choses, et le Val en paierait le prix. Martyn n'avait qu'une envie : rentrer chez lui ; même si cela signifiait devoir rendre compte de ce qui s'était passé à Ser Elbert. Si la probabilité que le Val ne revienne aux mains d'Etaine n'avait été aussi grande, il aurait réagi avec beaucoup plus de verve. Mais cette vipère l'empêchait de faire quoi que ce soit pour aider Catelyn. De cela aussi elle répondrait.

Il ne l'avait pas proprement bannie du Val, n'avait pas usé des mots consacrés pour ce faire car il espérait qu'elle y remette les pieds un jour, ne fut-ce que pour qu'il puisse la faire enfermer dans la plus petite des cellules des Eyriés. Elle serait à l'abri tant qu'elle resterait dans les grâces de Robb, mais cela ne durerait pas toujours. Et à ce moment là...

Telles étaient ses pensées, alors qu'il regardait les serviteurs emballer les derniers effets personnels qu'il leur restait à préparer pour le voyage retour. Roslinn supervisait tout cela bien mieux que lui, qui n'avait pas le coeur à l'ouvrage. Elle était parvenue à lui faire avaler un peu de nourriture, qui'l avait englouti sans réfléchir à ce qu'il faisait. Du carburant pour tenir un peu plus longtemps alors que leurs ennemis s'approchaient. C'était tout. Ils travaillaient en silence et aussi rapidement que possible, le regard lourd du suzerain du Val les exhortant à plus de vitesse. S'ils ne savaient ce qui s'était dit dans le salon où on avait reçu les Arryn, ils avaient appris que Catelyn avait été arrêtée et que l'ambiance familiale n'était pas au beau fixe, ce qui rendait leur cadence de travail inégalée. Tout plutôt que de subir le regard pesant de Martyn...

La soirée était déjà bien avancée, mais le seigneur des Eyrié toujours éveillé, quand une servante apporta une invitation de la reine à un rendez-vous nocturne. Etait-ce un nouveau traquenard ? Sans doute. S'ils l'avaient un peu mieux connu, les Dragons se seraient douté que ce genre de piège était inutile. Il s'était fait avoir une fois, il n' en aurait pas de seconde. Mais il ne pouvait désobéir, si l'ordre émanait bel et bien de Sa Grâce Rhaenys Targaryen. Que pouvait-elle lui vouloir, si c'était bien elle qui l'envoyait chercher ?

Roslinn s'était endormie, alors qu'il réfléchissait à la suite à prendre. Il espérait qu'il y aurait un après cette nuit pour lui et pour le Val, mais il n'en était pas certain. Trop de choses avaient joué en sa défaveur ces dernières heures pour qu'il puisse se montrer optimiste. Quand l'heure fut venue, il ôta le baudrier qui soutenait le fourreau de l'épée de ses aïeux, et déposa délicatement l'arme sur le lit aux côtés de Roslinn. Lorelei en aurait besoin et il ne voulait pas qu'elle aussi reste prisonnière du Donjon. Au moins, elle aurait quelque chose pour se souvenir de son père. Il resta un long moment à observer Roslinn endormie. Il déposa un léger baiser sur sa main avant de quitter les appartements qui leur avaient été légués.

Il se rendit au rendez-vous vêtu de sombre, des vêtements simples de lin anthracite, surmontés d'une cape de la même matière mais bleue foncé. La discrétion avait été demandée, ce qui ne rassurait pas Martyn ; étant donné le précédent rendez-vous secret avec les représentants de la royauté. Il avait tout de même gardé une petite dague sur lui, de quoi se défendre dans des couloirs étroits plus aisément qu'avec une lame plus longue, sans pour autant éveiller des soupçons de menace. Le couteau aurait aussi bien pu servir à tailler un bout de lard ou un quignon de pain, au vu de sa taille. Mais il était bien affûté. Si c'était une façon d'en finir avec le suzerain gênant, il saurait montrer qu'il n'était pas sans défense. Là où on employait des empoisonneurs, on devait également trouver des coupe-jarrets... Son sourire à cette pensée n'avait rien de bon.

Il se perdit dans un dédale de couloirs et de passages, sans savoir où on l'emmenait. Il crut comprendre qu'ils quittaient la partie principale du donjon, mais sans pouvoir se repérer à cause de l'obscurité. La chandelle de celle qui le précédait était la seule lueur, et Martyn en vint à se demander s'il reverrait un jour la lumière du soleil.Les oreilles à l'affût du moindre bruit, il suivait, prêt à en découdre avec quiconque voudrait l'attaquer. Son guide finit par ouvrir une porte et lui faire signe d'entrer. Une chandelle brûlait déjà dedans la pièce, et une autre silhouette était présente. Ami, ou ennemi ? Impossible à dire. Il ne quittait pas des yeux le capuchon adverse, et d'un geste ôta le sien. S'il voulaient l'attaquer, au moins aurait-il une meilleure vision du champ de bataille. La servante déposa la chandelle sur une petite table puis la porte se referma alors qu'il en était toujours à se demander comment réagir. Y en avait-il d'autres présents dans l'ombre ? Il ne pouvait détourner les yeux, mais se fiait à ses oreilles pour l'avertir en cas de menace. La silhouette se tourna vers lui et ôta sa cape. Il fut soulagé de voir qu'il s'agissait bel et bien de la Reine, mais son inquiétude revint rapidement. Que lui voulait-elle, pourquoi en secret ? Il s'inclina gracieusement devant elle et attendit son autorisation avant de se redresser.

« C'est un honneur que vous me faites, Votre Grâce. » Pas un plaisir, non. Le sourire de sa reine avait néanmoins l'air sincère. Mais il avait appris à se méfier du sourire du Dragon, bien avant même que Catelyn ne se retrouve privée de liberté. Le sourire qu'il lui rendit était froid et poli. Martyn ne connaissait guère la reine, tout juste s'étaient-ils rencontrés lors de son précédent mariage, avec Jorah Stark. Une union politique, comme tant d'autres. Rhaenys semblait plus sûre d'elle, plus mature, et plus décidée. Peut-être ferait-elle une bonne dirigeante. Peut-être. Et surtout, à quel prix ? Avait-elle pris goût aux manigances de cour, et au pouvoir ? Il en savait bien trop peu sur elle pour se trouver à l'aise en sa présence. Elle avait rompu des voeux éternels pour en jurer d'autres, à un autre homme. Le mariage était supposé être un lien sacré ; les noces royales, - entre frère et soeur, qui plus est ! - violaient des coutumes si vieilles qu'elles avaient force de loi. Rompre ainsi ses voeux remettait en question le fondement même de la civilisation. Quand un chevalier prêtait allégeance à son seigneur, c'était à vie, tout comme pour les mariages. Ces serments ne valaient plus rien si on ne les respectait pas. Devait-il aller trouver un septon pour lui demander de renier sa génuflexion devant les Targaryen ? La question méritait, si pas réflexion, au moins, d'être posée. Pas par lui, mais d'autres y penseraient certainement. Ce n'était pas parce que certains ne tenaient pas parole qu'il devait en être de même pour lui. Le roi et la reine avaient foulé au pied des traditions millénaires, pour leur convenance, et afin de garder le pouvoir dans leur Maison. Pour préserver la soit-disant pureté de leur lignée. A cette seule fin. C'en était répugnant, mieux valait ne pas y penser. Il avait beaucoup de mal à se rappeler pourquoi il avait accepté de prêter allégeance. La paix qu'il avait tant désirée semblait plus éloignée que jamais.

Que lui voulait-elle ? Il l'écouta en silence lui annoncer qu'ils se trouvaient dans le boudoir de sa mère, afin de discuter ouvertement... Il était impressionné, même s'il ne le laissait pas paraître. Il n'aurait pas cru un jour être invité dans ce saint des saints. Mais était-ce là un piège tendu, une façon de le mettre en confiance pour le faire mieux trébucher ensuite ? Que représentait cette pièce aux yeux de Rhaenys ? Il n'en savait rien, et ne pouvait donc se baser sur cette affirmation pour savoir à quoi s'attendre. Quels couloirs secrets se cachaient derrière ces murs ? Combien d'oreilles indiscrètes ? Martyn n'aurait su le dire, mais il se doutait que cet endroit devait en receler.

Elle se dirigea vers la table et la carafe, et servit elle-même les coupes, avant de lui en tendre une, qu'il saisit délicatement, en inclinant la tête, « Merci. » Étonnement, le motif ciselé sur l'argent représentait un faucon. Il traça l'oiseau du bout du pouce, en se demandant si elle avait fait faire les coupes pour l'occasion. Le modèle semblait ancien, mais l'argent poli ne laissait pas deviner son âge aisément. Il leva son verre en un salut, et but une gorgée. Si sa reine voulait l'empoisonner, c'était son droit. A choisir, il préférerait une mort plus honnête, mais il lui laisserait le bénéfice du doute.

Il la suivit et prit place à son tour dans un des sièges à sa disposition. Elle finit par lui donner enfin la raison de sa présence en ce lieu secret. Du moins, elle entamait la conversation... ou l'interrogatoire. Jouant des doigts sur l'argent de sa coupe, Martyn lui répondit, assez honnêtement,

« Avec prudence, je suppose. Et l'espoir de parvenir à obtenir toutes les conditions demandées par la Main. » Même s'il ferait son possible pour y parvenir, le suzerain du Val n'avait plus d'espoir de négocier une conclusion pacifique. Robb n'était qu'un chien de guerre avide de sang, une bête enragée par la perte de ses héritiers et qui mordait tout ce qui passait à portée de sa gueule béante. Il avait enterré toute possibilité de paix quand il avait brisé les Arryn, déjà si fragiles. Martyn s'en voulait de lui avoir laissé cette opportunité et détestait encore plus Etaine d'avoir choisi le pouvoir au lieu de sa famille, d'avoir rendu réel le clivage entre eux. Comment avait-elle pu ?! Il réalisa que ses doigts caressaient avec insistance le façon sur sa coupe, et il se força à l'immobilité. Il devait garder son calme, comment parviendrait-il à quoi que ce fut autrement ?

« Je suis convaincu que lord Stark ne veut pas la guerre. Il en a trop vu pour la désirer ardemment. » Il jeta un oeil en direction de la reine. Elle connaissait Jorah bien mieux que lui, ayant été son épouse durant plusieurs années. On ne ferait pas penser à Martyn que la situation était tout de même dérangeante. Il devait se méfier.
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: In the darkest night, the faintest light is blinding    Dim 18 Fév 2018 - 16:06

In the darkest night, the faintest light is blinding


« Avec prudence, je suppose. Et l'espoir de parvenir à obtenir toutes les conditions demandées par la Main. Je suis convaincu que lord Stark ne veut pas la guerre. Il en a trop vu pour la désirer ardemment. »

J’acquiesçais tout d’abord en silence, prenant une gorge de vin et prenant le temps de peser mes paroles. J’avais eu vent des entretiens de Robb avec Lord Arryn, de la convocation des Arryn et de leur interrogatoire. Ce traitement brutal avait été imprudent, et je ne l’avais su qu’après. Tout cela avait un but double, s’assurer de la loyauté des Arryn et trouver le responsable de l’empoisonnement de Lady Rohanna. Pourtant, si Robb estimait que la loyauté d’une famille comme les Arryn pouvait s’obtenir par la menace, la peur et la violence symbolique, je n’en étais guère convaincue. Les Arryn étaient fiers, conscients de leur ascendance noble et royale, et surtout conscients de l’aspect imprenable de leur forteresse.

Le traitement d’une famille noble par la Couronne devait être différent de celui orchestré par un Robb trop Baratheon au cœur de cette affaires. La Couronne ne devait punir un vassal de sa hauteur, dès lors qu’il ployait le genou. La Couronne ne pouvait frapper sur une famille vassale pour la réduire à l’état de vassal docile. Cela n’était pas un traitement efficace, et je connaissais trop la fierté des hommes du Nord, et celle analogue de ceux du Val, pour craindre qu’un tel traitement de la famille Arryn ne finisse par nous coûter cher.

« J’ai longtemps cru, comme vous, que Jorah Stark n’irait pas à la guerre. Je m’étais attendue à des revendications compensatoires, qui auraient été normales aux vues de la situation que je ne prends pas à la légère. »

Le lieu choisi en cette nuit décisive n’était pas sans importance, il nous permettait de parler en toute franchise. J’avais compris que si je souhaitais obtenir la confiance de Lord Arryn, il me faudrait lui parler, comme je parlerais à un allier, et écouter ce qu’il avait à dire… aussi désagréable que cela puisse être. Il était méfiant. Je le voyais dans sa posture, cette manière qu’il avait de jauger mes réactions, de calquer ses mouvements sur les miens comme pour y déceler la moindre imposture. Comment lui reprocher cette méfiance ? Il était en terre dragons, en présence de celle qui avait été Régente et qui semblait tout cautionner des agissements du Régent.

« Lord Arryn. Cette rencontre nocturne doit vous sembler bien curieuse. Il semblerait que le traitement de votre famille, au sein de la Cour de mon époux, n’ai pas été à l’image de celui que j’aurais aimé que l’on vous réserve. Ce lieu connu seulement de moi, et du Roi, nous permet pour une fois de parler… avec honnêteté. Ce que je compte faire, ce que j'espère vous ferez également. Car ce n'est pas seulement pour vous parler, que je vous ai invité en ce lieu, mais également pour vous écouter. »

Je laissais le silence retomber un instant, prenant une nouvelle gorgée du nectar épicé pour me donner du courage. La douce chaleur qui se répandait dans ma gorge, le goût des épices et l’apprêté du liquide, me distrayaient un instant de cette entretien important et sensible.

« Mon mariage avec le roi Jaehaerys, est pierre de discorde. Je ne suis pas naïve au point de m’imaginer obtenir la bénédiction de mes sujets à ce propos. Il répond à la volonté de notre père, efface les décisions prises par un Roi que nous ne reconnaissons pas, et enfin il se place dans la lignée des traditions ancestrales de notre famille. Que les familles de Westeros ne puissent le comprendre, est une chose dont nous avions conscience bien avant de l’entreprendre. Et que Jorah Stark y voit un affront insupportable, est compréhensible. »

Je restais immobile, la coupe à demi levée comme si je m’apprêtais à chaque instant à en boire une gorgée, mais il n’en était rien. Si je voulais instaurer une atmosphère de libre parole, de confiance peut-être même, avec le seigneur Arryn, alors je devais prendre les devants.

« J’ai vécu quatre années au sein de la forteresse d’Hiver, et j’ai appris à connaître ces seigneurs fiers du Nord, attachés à leur honneur et prêts à tout pour le défendre. Ainsi, alors que j’obtenais l’accord de Jorah pour ce divorce, je ne m’étais pas attendue à ce qu’il rentre à Winterfell sans tenter de laver cet honneur. Pourtant, votre cousin, mon ancien époux, semble déterminé à laver cet honneur avec le sang de ses hommes, et des miens... Une ambition que je ne partage guère. »

Nous avions pris un risque, et sans doute aurait-il été plus prudent de retourner à Winterfell. Pourtant, le Grand Septon était de notre côté ; Jorah, endeuillé par la mort prématurée de notre enfant avait lui-même donné son accord. Tout aurait pu bien se passer. Nous aurions pu assurer au Nord un ravitaillement essentiel en ces temps de sécheresse, lui évitant la famine menaçant aujourd’hui son peuple. Nous aurions pu offrir un siège prestigieux au Nord, au Conseil Restreint, afin qu’il ne défende ses intérêts. Nous aurions pu négocier ensemble les termes d’une compensation généreuse. Mais le seigneur du Nord était parti, refusant tout dialogue, assemblant déjà ses troupes pour réclamer une indépendance mortifère.

« Vous l’ignorez peut-être, mais je ne fais pas partie ceux qui estiment que la guerre est la meilleure sortie de crise possible. »

C’était une chose que beaucoup ignoraient. La voix du Roi, comme la mienne, étaient à présent portées par celle du Régent, et le Régent voulait la guerre. Il y avait une raison valable pour Robb de préparer la guerre : Jorah Stark se montrait de plus en plus belliqueux, assemblait ses hommes et avait refusé la proposition de conciliation envoyée par corbeau par le seigneur d’Accalmie. Il y avait cependant une toute autre raison, bien moins raisonnable, qui motivait la fureur de Robard Baratheon. L’empoisonnement de sa femme, ayant coûté la vie à ses futurs héritiers, avait été imputé au Nord par un Mestre visiblement spécialiste. Depuis ce jour, Robb s’était fait un point d’honneur de faire payer le Nord, et les Stark.

« Je ne crois pas les Stark et le Nord responsables de l’empoisonnement de Lady Rohanna. Tout comme je vous sais innocent, vous, Catelyn, et tout le reste de votre famille. »

C’était une déclaration qui méritait d’être faite sous le sceau du secret. J’avais ma liberté d’opinion, mais lorsque celle ci contrevenait entièrement avec celle du Régent, j’avais eu pour habitude de la taire. Pourtant, il me semblait crucial qu’en cette soirée, Martyn Arryn en soit informé.

« J’ai été témoin de votre serment d’allégeance, j’ai été témoin de votre volonté de collaborer avec la Couronne, en permettant que Lady Freyja Stark soit conduite jusqu’ici, et que Lady Catelyn soit retenue parmi nous. C’est pour cela que je crois, Lord Arryn, que vous souhaitez autant que moi préserver la paix au sein du Royaume. Me tromperais-je quant à vos intentions ? »


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Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal le temps du couronnement, ensuite Val et Nord
MessageSujet: Re: In the darkest night, the faintest light is blinding    Lun 19 Fév 2018 - 3:43

Un lieu connu seulement d'elle et du Roi ? Au moins un serviteur en savait l'accès, celui qui l'avait accompagné et guidé. D'autres aussi devaient donc savoir. Comment être certain qu'il n'y avait personne derrière une porte, prêt à bondir au moindre mot ou aller les rapporter au Maître de Chuchoteurs ?

Le regard du Seigneur des Eyrié ne quittait guère le visage de sa reine. Il écoutait en silence ce qu'elle avait à lui dire, sans laisser transparaître ses émotions. Ainsi donc, Robb était le bâton, et elle la carotte. Il se demandait dans quelle direction on voulait le pousser ou l'attirer. Le Nord, sans conteste. Mais sans doute plus loin, également. Elle disait vouloir une conversation honnête, mais était-elle capable d'entendre ce qu'il pensait ? Coupe en main, il ne touchait pas à son breuvage. Il devait avoir l'esprit clair pour distinguer les pièges. Cet endroit en recelait autant que le reste de Port-Réal, il en était convaincu. Il serra les mâchoire quand elle affirma avoir été témoin de son serment. Allait-elle le lui reprocher, à son tour ? Ce serment, c'était au Roi qu'il l'avait présenté, avant tout autre. Mais le roi n'était pas là, seulement son épouse, qui lui posait finalement une question simple. Si simple en apparence, mais qui en recelait d'autres, bien plus importantes... Jaugeant Rhaenys du regard, ses doigts tracèrent une dernière fois le faucon de la coupe avant de poser cette dernière sur la table attenante. Il laissa le silence durer quelques instants, le temps de faire un choix... Comme s'il en avait jamais eu un. Elle venait d'avouer s'être servie des Arryn, les savoir innocents, mais ne rien pouvoir (ou vouloir?) tenter afin de redresser la situation. Pouvait-il lui faire confiance ? Pouvait-il faire confiance à qui que ce soit ? Sa propre soeur l'avait trahi, avait brisé leur famille comme personne d'autre n'aurait pu le faire à sa place. La situation était d'une simplicité enfantine. Martyn se leva, sans quitter Rhaenys des yeux. D'un geste fluide, il ôta le couteau de son fourreau et le déposa, poignée vers la reine, sur la table, à côté de la coupe d'argent. Dans le même geste, il mit un genou en terre, et posa les paumes sur son genou, sans quitter son regard, droit comme un i. Un dernier instant de doute, avant qu'il ouvre la bouche,

« Votre Grâce. Vous me demandez de parler en toute honnêteté. » En tant que lige, il ne pouvait qu'obéir. « Si ce que je vais vous dire vous déplait, vous pouvez me couper la langue, ou me poignarder le coeur, ou encore envoyer chercher Lord » Il emplit ce titre de tout le mépris dont il était capable, un noble ne devrait pas se comporter comme cette vipère ! « Tyvaros, si cela vous sied mieux... Je vous demande simplement d'avoir entendu tout ce que j'ai à vous dire avant de procéder. »

Il en avait assez des complots. Il dirait ce qu'il avait à dire et au diable les conséquences. On ne pourrait plus lui reprocher ses secrets. Roslinn seule savait ce qui allait suivre, une des deux raisons pour lesquelles il avait plié devant les Targaryens, la seconde étant simplement Etaine et son ambition galopante. Mais pas la plus importante. Il rassembla ses pensées et son courage avant de commencer,

« Mon âme est noire de sang. » Une admission si simple, et si difficile à faire, à la fois. Si le Faucon ne parvenait plus à atteindre les cimes des montagnes, s'il ne volait plus aussi haut qu'il l'aurait pu, qu'il l'aurait dû, la raison en était simple : ses plumes étaient empoissées de sang, le sang de tous les hommes morts au combat sous ses ordres, pour une cause injuste, pour un mensonge. Pour une soeur qui l'avait trahi. Pour rien. Il se réveillait régulièrement la nuit, en proie aux cauchemars. Il voyait les combats, l'horreur du champ de bataille, et entendait derrière lui le rire de Maegor. Seule son épouse en était témoin ; il ne voulait pas que chacun sache que Lord Martyn Arryn était un homme brisé. « Jamais je ne pourrai rendre vie à ceux qui sont morts sans autre raison que mon ordre. J'ai été dupé, mais j'aurais dû me rendre compte de la situation bien plus tôt. » C'était pour cela que les hommes se cherchaient des seigneurs. Afin de les guider, de percevoir ce qu'eux ne pouvaient voir. Il avait failli lamentablement. « Vous voulez savoir quelles sont mes intentions ? C'est fort simple. Je ne veux pas que cela recommence. L’Été qui nous affecte tous est une épreuve suffisante sans y ajouter une guerre. Si je peux empêcher le sang de couler, je me dois de le faire. » Le fait qu'il s'agisse de la famille de sa mère ne faisait qu'ajouter une raison supplémentaire à cela. Et s'il pouvait éviter à Jorah les nuits d'insomnie et les cauchemars laissés par une guerre inutile et perdue, il le ferait.

Il humecta ses lèvres, avant de continuer,

« Je ne vous connais pas; ni vous, ni votre époux. Mais un vassal n'a pas besoin d'aimer son roi pour le servir... Je n'ai pas besoin de vous connaître, ou de vous apprécier, tant que je peux vous faire confiance. Venir à Port-Réal était un premier pas vers cette confiance. » Il avait emmené ses soucis avec lui à la capitale, la Main n'avait fait qu'ouvrir une plaie purulente depuis bien trop longtemps. La saignée était faite, peut-être le Val allait-il pouvoir guérir à présent. Comme un homme amputé d'un bras à cause de la gangrène. Ô Catelyn ! Pourquoi avait-elle suivi Etaine, et pourquoi avoir répété ses propres paroles ? Ils avaient foulé au pied la confiance offerte, sans retour en arrière possible.

« Vous me dites nous croire innocents de l'empoisonnement de Lady Rohanna. Je vous remercie pour ces paroles. » Qui étaient en soi une autre épine dans la plaie. Elle était convaincue mais n'avait pas levé le petit doigt pour leur défense. Elle se servait d'eux, tout comme la Main. « Je déplore le fait que nous ayons été pris » une fois de plus... « pour, pardonnez mon expression ; les dindons de la farce. Je peux comprendre que vous nous ayez utilisés afin d'endormir l'attention des coupables, mais l'expérience a été fort loin d'être agréable. Ma famille a beaucoup souffert de la situation et en souffrira encore longuement. » Il ne savait si les Arryn et le Val s'en remettraient jamais.

« Mais cela ne change rien à ce que j'ai dit. A mon intention. Je vais me rendre à Winterfell, et tenter de convaincre Jorah de reconsidérer. »
Il n'avait que peu d'espoir d'y parvenir, mais ne pouvait faire autrement. Peut-être y perdrait-il la liberté... ou plus? Il arriverait avec l'assurance que les Valois ne marcheraient pas contre eux; mais c'était un des seuls arguments qui lui restaient. « J'avais espéré que cette proposition me soit favorable, mais cela ne semble pas être le cas. Et ma situation familiale actuelle va rendre la tâche encore plus ardue. »

Elle lui avait demandé d'être franc, mais jusqu'où pouvait-il l'être ? Dans la situation actuelle, lord Robb Baratheon au poste de Protecteur était un danger pour tout le royaume. Il n'avait pas l'esprit clair, et frapperait coupable et innocents avec la même force si cela lui permettait d'atteindre son but. Le roi allait mettre des années à réparer les dégâts qu'il avait déjà causés et ceux qu'il n'avait pas encore eu le temps d'occasionner, mais ne tarderait pas à faire. Trahison que de penser que le Roi s'est trompé en choisissant son représentant, mais c'était la pure vérité. Martyn l'avait vécu quand il s'était montré le chien fou de Maegor, la bave aux lèvres quand il s'agissait de combattre Dorne et les autres ennemis de celui qui avait semblé le soutenir dans sa juste vengeance. La situation n'était pas si éloignée de la sienne... restait à voir si ces Targaryen-ci étaient capable d'entendre les vérités qu'ils avaient demandées. Il n'en était pas convaincu. Immobile, il attendit sa réaction.
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: In the darkest night, the faintest light is blinding    Jeu 1 Mar 2018 - 20:18

In the darkest night, the faintest light is blinding


La situation aurait pu être jugée périlleuse, et sans doute beaucoup des conseillers de mon époux se seraient-ils opposés à une telle rencontre. Une rencontre au cœur de la nuit, dans un endroit reculé du château, perdu dans les méandres d’une forteresse ancienne… une rencontre sans conseillers, sans armes ni gardes. Je regardais le seigneur du Val se lever avec grâce, et alors que je m’étais imaginée qu’il tentait seulement de clarifier son esprit après ma prise de parole, je ne pus que sursauter alors qu’il tirait une arme hors de sa cape. S’il voulait me tuer, Martyn Arryn le pourrait à cet instant. J’avais voulu lui prouver ma bonne foi, l’entretenir dans un environnement ami, loin des menaces que lui et sa famille avaient subi… Je n’avais pas considéré qu’il puisse vouloir faire justice lui-même. S’il me fallait perdre la vie en tentant de maintenir un royaume uni, alors qu’il en soit ainsi. Je me tendais malgré moi, serrant plus que je ne l’aurais voulu ma prise du le gobelet d’or. Alors qu’il s’approchait, Lord Arryn ne démontrait aucune agressivité, bien au contraire. Retournant son couteau afin de le saisir par sa lame, il en tendait le manche vers moi. Le bruit sourd du métal heurtant le bois noble de la table me ramenait à la raison. Je n’avais pas douté de la visite pacifique du seigneur Arryn, car je n’en avais jamais eu de raison. Alors qu’il déposait un genou à terre, face à moi, je prenais la mesure de la situation, je prenais la mesure des conséquences absurdes d’une guerre provoquée par un monstre.

« Votre Grâce. Vous me demandez de parler en toute honnêteté. Si ce que je vais vous dire vous déplait, vous pouvez me couper la langue, ou me poignarder le coeur, ou encore envoyer chercher Lord Tyvaros, si cela vous sied mieux... Je vous demande simplement d'avoir entendu tout ce que j'ai à vous dire avant de procéder. »

Je plongeais mon regard dans celui de l’homme qui me faisait face. Il fallait beaucoup de courage pour agir comme il le faisait. Il fallait une loyauté sans bornes, pour mettre sa vie en danger au nom de la vérité. Je quittais un instant le regard de Lord Arryn pour fixer le couteau qui avait été déposé, semble-t-il, à mon intention. Je reposais ma coupe, et faisais rapidement courir mes doigts le long du manche sombre. Le poignarder… lui couper la langue… le livrer aux chiens… Pour la simple raison qu’il m’eut dit la vérité. Cela aurait sans doute été l’une des méthodes du Cruel, ce ne serait jamais l’une des miennes. Je prenais le couteau d’un geste leste, l’observant un instant, avant de le reposer plus loin sur la table, hors de portée.

« Lord Arryn, je ne vous ai pas invité à me rejoindre pour porter atteinte à votre vie, et je ne vous demande pas d’être honnête pour punir cette honnêteté par la suite. »

Il restait un instant silencieux, semblant faire le tri dans le milliard de pensées qui l’assaillait. Bien des choses s’étaient passées depuis son arrivée à la Cour, et bien des menaces s’étaient abattues sur sa famille.

« Mon âme est noire de sang. Jamais je ne pourrai rendre vie à ceux qui sont morts sans autre raison que mon ordre. J'ai été dupé, mais j'aurais dû me rendre compte de la situation bien plus tôt. Vous voulez savoir quelles sont mes intentions ? C'est fort simple. Je ne veux pas que cela recommence. L’Été qui nous affecte tous est une épreuve suffisante sans y ajouter une guerre. Si je peux empêcher le sang de couler, je me dois de le faire. »

Lorsqu’il finissait sa phrase, alors que je prenais enfin une longue respiration motivée par un soulagement sans borne, je réalisais que j’avais retenu ma respiration tout au long de sa prise de parole. Je n’en montrais rien, mais les désirs de paix du seigneur du Val étaient un soulagement, car si Martyn Arryn voulait la paix alors nous étions dans le même camp.

« Je ne vous connais pas; ni vous, ni votre époux. Mais un vassal n'a pas besoin d'aimer son roi pour le servir... Je n'ai pas besoin de vous connaître, ou de vous apprécier, tant que je peux vous faire confiance. Venir à Port-Réal était un premier pas vers cette confiance. »

Pourtant, il fallait bien connaître son allié pour lui vouer une confiance aveugle. Martyn Arryn avait toutes les raisons du monde de ne pas me faire confiance. Le nom de Targaryen avait été symbole de sa perte, et bien de ses gens avaient perdu la vie pour ce nom. La forteresse où il se trouvait, ma maison, mon foyer, l’avait traité en allié vacillant, et avait remis en doute son allégeance alors même qu’il avait ployé le genou. Il avait tenté la conciliation, avait collaboré, remis sa cousine, promis sa pupille et pourtant… il continuait à être considéré comme un traitre potentiel. Un paria. Là étaient de ces nombreuses raisons qui pouvaient pousser Martyn Arryn à ne pas me faire confiance. Autant de raisons motivant notre rencontre.

« Vous me dites nous croire innocents de l'empoisonnement de Lady Rohanna. Je vous remercie pour ces paroles. Je déplore le fait que nous ayons été pris pour, pardonnez mon expression ; les dindons de la farce. Je peux comprendre que vous nous ayez utilisés afin d'endormir l'attention des coupables, mais l'expérience a été fort loin d'être agréable. Ma famille a beaucoup souffert de la situation et en souffrira encore longuement. Mais cela ne change rien à ce que j'ai dit. A mon intention. Je vais me rendre à Winterfell, et tenter de convaincre Jorah de reconsidérer. J'avais espéré que cette proposition me soit favorable, mais cela ne semble pas être le cas. Et ma situation familiale actuelle va rendre la tâche encore plus ardue. »

Il finissait de parler sur cette note amère, sur cette rancune qui teintait chacune de ses paroles. Je laissais le silence retomber un instant, ne quittant pas pour autant l’homme du regard. Pouvais-je seulement réparer les dommages qui avaient été faits ? Je prenais un instant pour m’imaginer la réaction qui aurait été la mienne, si l’on m’avait traitées comme la famille Arryn venait de l’être. Interrogée par Valyron Tyvaros, traitée en ennemie, regardée comme traitresse… Sans doute aurais-je nourri une telle rancune, une telle amertume, sans doute même aurais-je été bien plus virulente que ne l’était le seigneur du Val. Non. Il n’y avait aucun doute. J’aurais fait payé à ceux qui m’avaient outragé, le prix du sang.

Le silence durait, alors que je tentais de sonder le regard de celui qui se trouvait toujours à genoux devant moi. Je déposais avec douceur la coupe qui n’avait pas quitté ma main depuis le début de notre conversation, et reculait le lourd siège de bois dans lequel je m’étais installée. M’accroupissant légèrement, je déposais mes mains sur les bras de Lord Arryn pour l’inviter à se relever. Je restais ainsi un instant, maintenant ce chaste contact alors que mon regard continuait de fixer le sien. Alors que je prenais la parole finalement, brisant l’étouffant silence, ma voix était grave, d’une douceur amère propre aux sujets les plus douloureux.

« Je connais le prix du sang, monseigneur. Je porte difficilement le fardeau de tant de vies sacrifiées au nom de la justice. »

J’avais entendu les cris, vu les visages de ces hommes sacrifiés, entendu leurs derniers sanglots et recueilli leur peur en mon cœur. Alors que j’avais plongé dans la bataille, risqué ma vie pour une cause qui était mienne, eux avaient perdu la leur pour la cause d’un roi dont ils ne connaissaient pas même le visage. Les soldats morts au nom de leur seigneur, les paysans forcés au combat par un roi fou en manque d’hommes, ou encore les familles de Port-réal qui avaient été les victimes collatérales de ce conflit… Il y avait eu tant de sang versés et de cris, que mes nuits en étaient encore hantées.

« Vous avez raison, nous ne pouvons défier la mort et ramener à nous ceux qui nous ont quitté. Nous pouvons, cependant, faire que leur mort n’ait pas été vaine. Nous pouvons œuvrer pour la paix. »

C’était la première fois que j’exprimer mon désir de paix face à un autre que Robb ou Jaehaerys. Mon rôle n’était guère d’intervenir dans les sujets de politiques et de diplomatie. Mon rôle n’était pas de communiquer mes croyances à un vassal de la Couronne… Du moins, d’ordinaire là n’était pas la place de l’épouse du roi. Pourtant, la confiance de Jaehaerys et de Robb m’avait permis de participer aux discussions, de donner mon avis… d’avoir une voix. Alors que le seigneur du Val avait exprimé ses volontés pacifiques, volontés partagées par si peu de personnes à la Cour, comment pouvais-je ne pas me faire écho de celles-ci ?

« Je ne veux pas la guerre, Lord Arryn. Oh, ils sont bien nombreux ceux qui s’imaginent que je me range aux côtés des conseillers belliqueux, sous le prétexte que le seigneur de Winterfell fut mon époux… »

Je me reculais finalement, rompant le contact physique, et invitant, d’un geste de la main, le seigneur Arryn a reprendre place dans son fauteuil alors que je reprenais place dans le mien.

« Sans doute ne le mesurez-vous pas, en cet instant, mais votre détermination à rendre raison à votre cousin, est une aide inestimable pour ce Royaume, Lord Arryn. Elle me prouve, s’il le fallait encore, que votre loyauté n’est pas à remettre en question. »

Je prenais une longue inspiration, m’armant de courage pour la suite de cette conversation, que je savais périlleuse. Lord Arryn n’avait aucune raison de me faire confiance, de me croire, ou de m’apprécier. Je n’étais guère en mission séduction, et si je ne pouvais gagner son affection, je tentais pourtant d’apaiser sa rancune. La confiance de Robb et de mon époux m’avait bien donné une voix, et pourtant celle-ci ne pouvait s’élever publiquement. Comme il était frustrant, pour la femme emportée que j’étais, de devoir me taire alors que les décisions prises par le Régent ne s’alignaient pas toujours avec les miennes… J’avais tenté de l’inviter à plus de diplomatie et de clémence envers les Arryn, à plus de mesure quant il s’agissait de la guerre… Mais tout cela ne parvenait pas à apaiser son esprit rendu agité par la peine.

« Je vais vous faire une confidence, monseigneur. »

Je laissais le silence retomber un instant, buvant une nouvelle gorgée.

« Je crois en l’amitié du Dragon et du Faucon. J’y crois, car c’est cette amitié qui m’a apporté une paix salvatrice alors que mes débuts en tant que Dame de Winterfell avaient été si éprouvants… J’ai trouvé en Catelyn Arryn une amie. En elle, j’ai vu ce qui fait la grandeur du Faucon, ce que je vois en vous ce soir, et ce qui me fait croire que nous pouvons restaurer la paix du royaume… ensemble. »

Mon amitié avec Catelyn Arryn était inconnue de tous, seuls Robb et Jaehaerys avaient été mis dans la confidence, et je confiais ce secret à un nouveau gardien. Je ne tentais pas par là d’attendrir le cœur du Faucon, mais bien de lui donner en main les clés de compréhension de ma présence en ces lieux ce soir.

« Maegor est mort. La guerre est finie. Et pourtant, je vois l’ombre de la dissension, cette ombre jetée par mon oncle lui-même, survoler chacune de nos têtes. La guerre est à nouveau à nos portes à cause d’une décision… de… ma décision. »

Je ne pouvais nier ma responsabilité dans la situation que nous devions à présent affronter… Tout comme Jorah Stark devrait assumer la sienne, s’il on devait en arriver au sang versé.

« Pourtant, Jorah Stark aurait pu obtenir de la nourriture pour son peuple, affamé par l’été, un position centrale au gouvernement afin de s’assurer que les intérêts du Nord soient protégés, ou bien même une union de choix lui offrant une alliance importante avec une grande maison. Jorah Stark aurait pu choisir de saisir la main que je lui avais tendue, de saisir la main tendue par le seigneur de l’Orage proposant une union pour sa sœur. Cependant, il semblerait que ce qui occupe l’esprit du seigneur du Nord ne soit pas de l’ordre de la conciliation… J’espère me tromper, Lord Arryn, je prie les Dieux de me donner tort… Mais j’ai peur qu’il n’y ait plus que la guerre pour animer le Suzerain du Nord. »

Je reprenais ma respiration, et je me penchais en avant vers le seigneur du Val, plongeant mon regard à nouveau dans le sien avec une intensité nouvelle.

« Je protègerai Lady Catelyn avec tout le pouvoir qui est le mien. Je protègerai Lady Freyja, avec la même détermination. Je ne sais que trop le sentiment d’une jeune enfant jetée trop jeune dans une cour étrangère. Je protègerai les coutumes, les croyances et les intérêts des grandes maisons de ce Royaume. Et que les Sept m’entendent, je protègerai le peuple de ce Royaume de la folie de la guerre, avec l’énergie du désespoir, Lord Arryn… Là est mon devoir de souveraine, là est ma mission. »

Je m’approchais à nouveau un peu plus, brisant la distance physique qui nous avait séparés jusqu’à présent.

« … Que les Sept m’en soient témoin, j’ai dédié ma vie à ma famille, à mon frère, à ce Royaume. »

Mon regard se faisait plus intense, il n’y avait là aucune agressivité, aucune ambition morbide, mon regard s’était presque teinté, imperceptiblement, d’une tristesse infinie.

« Jorah Stark a connu la guerre, a perdu nombre d’hommes au nom de Maegor, il connaît la puissance de la Couronne et comprend les conséquences de ses actions. Les conséquences de la famine, de la guerre, de la désolation sur son peuple… ce peuple qu’il est né pour protéger… Et pourtant, il s’entête à parler de guerre, pour ceindre une couronne à laquelle ses ancêtres avaient renoncé. C’est là une chose que je ne peux comprendre, seigneur Arryn, que je ne peux comprendre ou accepter. Je place en vous tous mes espoirs de paix, Lord Martyn… Et sachez qu’ils sont sincères. »

J’avais déposé ma main sur la sienne, restant un instant ainsi, immobile, laissant retomber mes nombreuses paroles, laissant le temps au seigneur du Val de réfléchir, de mesurer mes paroles et de penser.

« Je n’ai pas de pouvoir décisionnel, Lord Arryn. Je suis reine consort, et mon époux a placé sa confiance entre les mains du seigneur Baratheon. Je lui accordé la mienne également. Une entière et pleine confiance… J’ai bien trop de respect et d’affection pour mon cousin pour remettre en cause publiquement ses décisions.»

Je prenais une nouvelle gorgée, épuisée par la longue journée qui s’achevait et le poids de la conversation que nous avions.

« Pourtant… »

Je prenais le temps de laisser planer ce pourtant, de rassembler mes esprits et de choisir mes mots.

« … Cela ne signifie pas que je sois toujours en accord avec celles-ci. Votre famille méritait d’être traité en amie, en alliée, et non avec défiance. C’est une chose pour laquelle j’aurais aimé que l’on m’écoute, et c’est la raison pour laquelle je tenais à vous voir ce soir, Monseigneur. »

Je prenais le couteau délicatement, tendant le bras pour atteindre l’endroit reculé où je l’avais placé. Je le tenais fermement dans le creux de ma main, observant le jeu de la lumière sur la lame d’acier. C’était un couteau simple, sans guère d’ornements, mais l’on pouvait voir la richesse des matériaux, et l’attention portée à la lame. Le déposant finalement sur la table, je le retournais afin que la poignée soit tournée vers le seigneur du Val, et la lame, vers ma poitrine. D’un geste lent, appuyé, alors que mon regard soutenait encore et toujours celui de Martyn Arryn, je poussais l’arme vers mon interlocuteur.

« Je ne veux pas de sang Arryn versé. Ni de sang Arryn, ni de sang Tully, Baratheon, Lannister, Tyrell, ou Stark. Je ne veux pas que la Couronne soit liée à ses alliés, comme vous, monseigneur, par la peur et la menace. Nous sommes liés, vous et moi, par l’ambition de la paix, et je suis liée à votre famille par une amitié sincère. Ainsi, je vous rends votre couteau, lame immaculée, et vous propose mon amitié. »

Je buvais finalement l’intégralité de la coupe, et la reposais dans un bruit délicat.

« La refuser ne vous exposera à aucune représailles, aucune haine, aucune attaque. Sans doute serait-il malhonnête de vous affirmer que ma fierté de femme et de reine en ressortirait indemne… »

Pour la première fois je souriais, instaurant un instant de légèreté alors que le serieux de nos échanges était devenu étouffant.

« … Mais je ne suis pas mon oncle, Lord Arryn, et mon mari ne l’est pas plus. Je ne suis pas mon grand-père non plus. Aegon et Maegor ne sont plus, et c’est un nouveau règne, une nouvelle ère qui s’ouvre. Vous ne me connaissez pas, vous dites vrai, mais j'espère pouvoir vous prouver cela à l'avenir. »

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Martyn Arryn
VAL D'ARRYN
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MessageSujet: Re: In the darkest night, the faintest light is blinding    Mar 6 Mar 2018 - 16:33

Il avait noté son sursaut, et la tension qui était venue l'habiter, alors qu'il dégainait son arme. Son intention n'était pas de la blesser, même s'il l'aurait pu. Si certains auraient trouvé justifiée cette action, il n'en était rien aux yeux du Valois. On ne tue pas sa reine. Pas tant qu'elle n'a pas prouvé qu'elle ne l'était plus ou qu'elle n'avait pas repris ses serments. Elle verrait bien vite qu'elle n'avait rien à craindre de lui, en cet instant. Il s'agenouilla et lui conta sa version des faits. Lui donna son avis. Pas plein et entier, bien entendu, mais de quoi ouvrir une discussion, peut-être.

Elle se saisit de son couteau, avant de le poser un peu plus loin. Elle réitéra son désir de l'entendre. Il ferma les yeux un bref instant, une courte prière pour que cela ne fut pas qu'un masque, avant de commencer à relater sa vision des choses. Il hocha imperceptiblement la tête. Il parlerait. Elle l'écouta en silence. Il lui était reconnaissant de ne pas l'interrompre, c'était assez difficile ainsi pour lui d'ouvrir son coeur à une étrangère. Il ne savait ce qui ressortirait de cet entretien, pas même lui vivant. Mais au moins, il se serait exprimé, un tant soit peu.

Quand il eut fini, elle déposa sa coupe et se leva, avant de s'accroupir et de lui toucher le bras, l'invitant à se relever. Il attendit qu'elle recule sa main pour obéir. Il se tendit légèrement alors qu'elle lui affirma connaître le poids des morts sur sa conscience. Sa mâchoire se crispa un bref moment. Oui. Peut-être. Mais dans son cas, les morts n'avaient pas été totalement inutiles, puisqu'elle avait gagné cette guerre. Lui, au contraire, avait tout perdu. Ne lui restaient que la haine portée par les membres de sa famille et les moqueries des gens de la cour. L'entendre lui affirmer que seule la paix pouvait soulager leur âme n'était d'aucun réconfort. Il le savait déjà. Mais ses efforts semblaient tous inutiles, ne servant qu'à détruire un peu plus ce qui lui restait d'honneur et d'alliés. Elle lui avoua ne pas vouloir la guerre. Pouvait-il la croire ? Sans doute. La guerre coûtait cher, en hommes et en ressources. Un royaume en paix était bien plus enviable, que ce soit pour la bourse ou le prestige. Ainsi, elle disait être certaine de sa loyauté ? Elle pouvait l'être. Pouvait-il la croire sincère ? Il le voulait, mais cela n'était sans doute pas des plus prudents. Une part de lui lui demanda en ricanant si c'était bien le moment de penser à la prudence, alors qu'il avait déjà détruit la majeure partie de ce à quoi il tenait, d'une façon ou d'une autre. Il fit taire la voix et reprit sa place sur le siège indiqué par sa suzeraine. Il s'y installa confortablement, mais ne se saisit pas de la coupe qui avait été versée à son intention. Croisant les doigts de ses mains jointes sur les genoux, il ne quittait pas la reine du regard, écoutant ce qu'elle avait à lui dire en retour. Une confidence ? Cela le rendait curieux.

La suite de l'entretien fut une série de coups qu'il ne tenta pas de parer. Il en apprit énormément en écoutant Rhaenys lui parler.

Catelyn et la reine avaient été amies. Autrefois au moins. Apparemment, elles l'étaient toujours, selon les dires de la reine.

Elle pensait sa mission à Winterfell impossible. Or, elle avait bien mieux connu Jorah que lui, l'ayant côtoyé plusieurs années durant. Il serra les mâchoires. Ce qui devait être fait le serait. Quoi que puissent en penser les dieux, ou les hommes.

Elle promettait de protéger Catelyn, et Freyja, de préserver les coutumes et les intérêts des grandes maisons du Royaume... Il dut retenir un rire ironique et ne put empêcher un léger sourire amer de venir orner ses lèvres. Comme elle l'avait montré jusque-là, cette amitié ne valait rien. Elle avait été amie avec Catelyn, mais n'avait rien fait pour empêcher son arrestation. Bien sûr, elle prendrait soin de Freyja, elle était un otage, un moyen de pression utile. Si elle en prenait soin aussi bien que de Catelyn, la Stark finirait sans doute pendue ou décapitée ! Elle avait montré combien elle tenait au maintien et au respect des grandes maisons, les Arryn en avaient été témoins... Peut-être que les Arryn n'étaient pas une assez grande maison à ses yeux ? C'était possible. Difficile de ne pas es mettre à rire ! Il se contenta de cligner des yeux, afin de tenter de se réveiller, si tout cela n'était qu'un cauchemar.

Elle plaçait ses espoirs en lui, pour qu'il ramène la paix... alors que sa mission était, de son propre aveu, impossible. Il serait le prétexte de la couronne pour annoncer aux Starks qu'ils avaient tout essayé pour maintenir la paix. Un pantin, un decoy, rien de plus. Il serait le marteau qui servirait à enfoncer le dernier clou du cercueil de Jorah. Mais cela, il ne pouvait vraiment le lui reprocher, puisque la décision de tenter la conciliation avec le Nord était de son fait à lui.

Elle avouait savoir que son cousin était dans l'erreur. Elle avouait ne pas avoir tenté de le freiner, publiquement du moins. Elle e pouvait donc rien pour protéger qui que ce soit, et ses paroles de tantôt n'étaient que du vent. Elle pouvait juste tenter d'influencer un seigneur ayant tout perdu et n'ayant plus rien à espérer, pour le convaincre de la servir avec le sourire. Il gardait le regard posé sur elle, la vie qui habitait ses yeux disparaissant un peu plus à chaque affirmation de la souveraine. A la fin de son discours, un homme mort aurait eu plus d'expression dans le regard.

Garder une respiration normale était devenu une de se préoccupations principales, ça et tenir sa langue. Les réparties sanglantes qui lui venaient à l'esprit plus piquantes les unes que les autres. Car elle semblait ne pas en avoir fini.

Elle lui rendit son couteau, après l'avoir admiré un instant. Il ne se saisit pas de l'outil, trop peu sûr de ses mains, pas certain que s'il les séparait pour attraper la lame, qu'il ne la plante pas dans la gorge de la souveraine. Ses mains tremblaient sous l'effort de rester immobiles alors qu'elle lui proposa son amitié. Son amitié ! Il avait eu a preuve de l'utilité d'une amitié royale quand sa cousine s'était vue emprisonnée et réduite au silence. Après tout ce qu'elle venait de lui dire, comment pouvait-elle croire qu'il accepte de bon coeur ?! Etait-elle à ce point naïve ? Ou bien était-ce un piège de plus ? Et qu'est-ce que cela changeait ? Il avait prêté serment. Elle pouvait faire de lui et de sa famille ce qui lui plaisait, il lui en avait donné l'autorisation en pliant le genou. Mais il ne avait d'ores et déjà compris que si elle n'était si son grand-père, ni son oncle, elle n'en était pas moins dragon pour la cause ; une bête incapable de quoi que ce soit à part la destruction et l'arrogance.

Il resta silencieux un long moment, le regard dans le vide. Si longtemps qu'elle avait probablement eu le temps de se demander s'il allait refuser sa proposition. Il finit par ouvrir la bouche, et son regard avait retrouvé un peu de sa vie, même s'il restait voilé. Il ne touchait toujours pas au couteau, néanmoins. Il ferma les yeux, se pinçant l'arrête du nez un instant.

« Maegor et Aegon ne sont plus, vous dites vrai. »
Une nouvelle ère ? Une ère où allaient disparaître les Arryn, puis sans doute les autres grandes familles. Les Starks étaient les prochains sur la liste des dragon. « Néanmoins, leur souvenir est tenace. »

Il expira un grand coup, laissant retomber ses mains sur ses cuisses. « Si la Maison Arryn n'est pas morte hier, ma famille par contre l'est aujourd'hui. Je ne sais dans quel état sera le Val quand je remettrai les pieds sur mes terres. Ma soeur a certainement profité de mon absence pour convaincre son amant de rassembler les vassaux autour de sa cause. Cela fait des mois qu'elle y travaille et ici, elle vient de gagner plus qu'elle ne l'a fait auparavant. Hier, la Couronne a gagné le soutien du Val. Qu'il soit mien, ou que vous préfériez ma soeur pour le gouverner, le Val est vôtre. Mais sachez également que vous détenez dans vos geôles l'âme de ces terres. Catelyn... Elle est le coeur vivant du Val, bien plus que je ne pourrai jamais l'être. Elle est beaucoup plus précieuse pour moi qu'une simple femme de mon sang... Lord Baratheon a détruit ma famille plus efficacement que n'auraient pu le faire vos dragons. » Si elle disait vouloir la protéger, Rhaenys aurait ainsi une raison supplémentaire de le faire, si sa parole était vraie et non un ramassis de mensonges pour tenter de le faire rentrer dans le rang. Si les fissures avaient été présentes au sein de la famille Arryn, Robb en avait fait des failles insurmontables, sans autre but que d'obtenir ... même pas une vengeance correcte. Juste de quoi passer un coup de sang comme il pouvait. Martyn aurait préféré mourir que de vivre pour voir Etaine trahir les siens et Catelyn emprisonnée pour trahison. Hélas, il était toujours en vie. « J'ai trahi le sang de ma mère en vous confiant Freyja. J'avais pensé pouvoir croire en l'honneur de votre cousin. Ce n'est plus le cas. Je me suis fourvoyé, mais c'est elle qui en paiera le prix. La Main n'est plus qu'un Poing rageur incapable d'entendre autre chose que la voix de la colère et de la vengeance. Il est trop tard pour nous, mais si vous le pouvez, freinez sa soif de sang. Il pourrait détruire bien plus que le Val ou le Nord par ses décisions impulsives. Si son chagrin est compréhensible, sa conduite n'est par contre pas judicieuse pour un dirigeant. »... Acceptable aurait été un mot plus juste, mais sans doute trop fort pour cette reine qui avait toute confiance en son conseiller et parent. Allait-elle se saisir de la lame, ou pas ? Et pourquoi Dorne n'avait-elle pas subi d'arrestation en règle, elle, malgré leur cadeau on ne peut plus controversé ? En quoi les Arryn avaient-ils péché ? Par naïveté, sans doute. Que Rhaenys le veuille ou non, le sang Arryn coulerait. Possiblement à flots, si en plus de Catelyn sur l'échafaud, Etaine parvenait à convaincre le Cerf Fou que le trône de Barral siérait mieux à son postérieur que les divans de Port-Réal.

Restait une petite chose. Elle lui avait offert son amitié. Il lui sourit comme on sourit à la Mort, quand tout espoir a disparu. Il n'avait pas d'autre choix que d'accepter.

« Je pense que vous êtes sincère quand vous me proposez votre amitié, et je vous en remercie. J'espère pouvoir vous rendre la pareille, autant que faire se peut. » Qu'elle le prenne comme elle le veuille. Son amitié avec les faucons ne leur avait rien causé de bien ces derniers temps. Le futur lui dirait ce qu'il devrait rendre à Rhaenys, une amitié sincère ou l'ombre d'un sourire.

Il aurait voulu pouvoir rejeter sa proposition comme on jette un gant au visage de celui qui vous a offensé, mais il n'était pas en position pour le faire. Si Catelyn n'avait été prisonnière, il avait tout de même juré allégeance. Il s'y tiendrait, au contraire de certains autres, sans doute. La confiance était une arme à double tranchant, et il avait été le premier à voir son sang couler.
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In the darkest night, the faintest light is blinding

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