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 (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Mar 13 Fév 2018 - 13:29

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...


Il y avait eu d’abord la rigidité protocolaire, les murmures et les non-dits, puis ce mariage plein d’une intensité qui n’avait pu échapper à personne. A présent, les invités du couronnement et du mariage du roi Jaehaerys Ier devaient se préparer à des festivités qui dureraient près d’une semaine. Banquets et spectacles, cérémonies religieuses en l’honneur des Sept, processions dans la ville et carnaval, de nombreux bals et réunions en petit comité dans les jardins, autant d’activités et de réjouissances qui n’oublieraient personne et que personne n’oublierait. En ce troisième jour de festivité, l’été plus qu’installé sur le continent rendait possible et agréable un rassemblement festif dans les jardins, fleuris comme toujours mais décorés pour l’occasion. Les femmes avaient sorti leurs robes les plus légères et pourtant ornementées, les tiares avaient été remplacées par des couronnes de fleurs, et le temps était à la légèreté, à la badinerie, guère aux formalités de la Cour.

Le monde affluait dans ces jardins magnifiques qui surplombaient la mer, une coupe à la main, s’éventant parfois pour fuir la chaleur d’un soleil implacable. Pourtant, nombreux étaient les bosquets où l’ombre apportait un certain répit, et nombreuses étaient les tentes, elles-mêmes végétalisées, permettant de s’abriter et d’éviter la morsure du soleil sur une peau immaculée. Les invités pouvaient déambuler à loisir parmi les arbres fruitiers lourds de leur fertilité, les bosquets de roses en fleur, tantôt d’un rose pâle charmant, d’un blanc innocent ou bien d’un rouge éclatant, parmi encore les arches fleuris dont les lilas diffusaient une odeur enchanteresse. Autour d’eux, progressaient musiciens, danseurs et danseuses, dans une ambiance bucolique presque sensuelle.

Il y avait en cette fête tant de choses pour charmer les sens. Le vin de la Treille enchantait les papilles les plus exigeantes, la musique endormait les sens et invitait à la paresse ou aux confidences, l’odeur des fleurs qui se mêlait à celle des fruits était comme de ces encens floraux qui enivrent et reposent. La fête semblait constamment suspendue entre les langueurs et les rythmes endiablés, entre les mondanités et les regards dérobés, il y avait une sensualité presque inhérente au lieu qui laissait peu de place à la prétention suzeraine. Tous, ici, étaient égaux, rapprochés les uns des autres par leur qualité d’êtres de chair et de sang, partageant le même vin sublime, cueillant ça et là une fleur discrète pour la glisser dans une chevelure déjà ornées de merveilleuses couleurs.

Cela faisait de nombreuses années que le Donjon Rouge et ses jardins n’avaient pas été le lieu d’une fête aussi glorieuse. Elle rappelait les fêtes données par la reine Rhaenys, patronne des arts, femme à la beauté épatante et à l’esprit plus vif que son dragon. La reine Rhaenys était amie et mécène des poètes, bienfaitrice des danseurs et acrobates, elle entretenait un jardin aux milles senteurs, un jardin venu d’orient où les sens étaient à nouveau placés au centre de l’existence humaine. Ces fêtes étaient le lieu des confidences, des rapprochements dissimulés et surprenants. Elles avaient fait de leur hôtesse une reine de beauté et distinction, une femme sensuelle et puissante qui dansait et riait aussi bien qu’elle chevauchait et tuait.

Nombre des invités les plus âgés de l’assistance se souvenait encore de ces fêtes éclatantes qui faisaient rayonner la capitale et attirait de bien loin. Nombreux avaient été les envoyés d’Essos qui s’étaient mêlés à la foule Westerosi lors de ces réunions bucoliques. La famille Drox, des terres de l’Ouest, n’avait-elle pas uni son fils et héritier à la riche famille Mopatis, à la suite d’une rencontre fortuite au détour d’un bosquet lors d’une de ces fêtes grandioses ?

Lorsque je pénétrais sur la terrasse, regardant en contrebas le résultat de cette volonté de redonner le goût de la fête à nos seigneurs et vassaux, je ne pouvais m’empêcher de sourire. Mon adolescence avait été ponctuée de ces fêtes, qui avaient perduré après même la disparition de ma grand-mère. Les musiciens et les danseurs, les tenues qui dévoilaient une peau délicate, une jambe fuselée, le vin qui coulait à flot pour abreuver les hédonistes en herbe… Tout cela avait le goût d’une innocence perdue. J’avais dansé, ris, joué, flirté, longuement je m’étais perdue au cœur des bosquets avec un jeune homme empressé qui pourtant n’osait jamais dépassé les limites de l’amour courtois. J’avais longuement discuté, allongée à même l’herbe, avec ces filles qui avaient été mes meilleures amies. J’étais à l’image de ma grand-mère disparue, la perle de ces fêtes. J’étais la princesse que tous convoitaient, la seule fille du roi qui serait à marier hors de la famille royale à la suite du mariage de Rhaena et Aegon. A ce titre, j’avais les avantages d’être princesse cadette, l’insouciance et la profusion, la sensualité sans formalisme. J’étais libre et courtisée, légère et espiègle. Oui, debout sur cette terrasse, je retrouvais presque intacte la joie de laisser mes sens vagabonder librement.

La robe de mousseline que je portais rappelait celles de mon adolescence, dévoilant mes épaules et mon dos, elle n’avait rien de grandiloquent et pourtant tout de royal. Une étoffe précieuse, un plissé savant, laissant de temps à autre se dévoiler un genou par mégarde, par le jeu du vent. Elle était sensuelle sans être indécente, royale sans être formelle. J’avais, comme tous mes invités, délaissé les bijoux d’or et d’argent pour ne porter sur le haut de mon crâne d’une couronne de fleur, dont les senteurs légères se mêlaient avec subtilité au parfum de jasmin qui m’accompagnait chaque jour depuis bien longtemps.

Jaehaerys se trouvait déjà en contre bas, manquait Robard Baratheon qui, évidemment, n’avait guère le cœur à la fête. Nous avions pensé annuler les festivités, en l’honneur de Lady Rohanna et de ce qui l’avait frappée le jour de nos noces. Nous avions observé une journée de cérémonies religieuses, annulant la première journée des festivités, puis les célébrations avaient repris, comme pour montrer au monde qu’il n’y avait pas là de sombre présage sur la suite de notre règne. L’empoisonneur serait démasqué, c’était une mission que s’était fixé Robb et que je faisais mienne.

Je me surprenais à sourire sans penser à autre chose que le plaisir de la légèreté, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas souris ainsi. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas profité ainsi d’un instant de répit dans cette course à la perfection et aux intrigues politiques. Le coupe de vin que l’on m’apportait renfermait un nectar particulièrement délicieux, provenant d’une carafe qui m’était réservée, gardée par un chevalier, et dont le contenu avait été auparavant gouté. C’était une précaution naturelle après les événements du mariage, et une précaution généralisée surtout.

Un air joyeux s’élevait soudainement, entraînant de nombreux seigneurs et dames dans une danse tout aussi emportée. Les dames tournoyaient, les hommes se courbaient, un pas, deux pas, l’on sautait, transportées dans les airs par les bras forts de ces hommes revenus de la guerre. Les rires s’envolaient, et les plus jeunes étaient rejoint timidement par leurs parents. Il y avait une véritable exultation dans cette fête, une explosion de vie après avoir vécu le pire. La main de mon frère qui se tendait m’invitait à rejoindre le groupe des danseurs, je la saisissais avec plaisir. Ces danses n’étaient pas celles des bals protocolaires que nous connaissions par cœur, elles étaient plus paysannes presque, plus enjouées, et pourtant il y avait une grâce sans pareille à s’y adonner. Je me laissais guider, prenant un certain temps pour me rappeler des pas, il ne s’agit guère là d’une danse habituelle à Winterfell. Au début concentrée, je me laissais progressivement allée, un sourire grandissant sur mes lèvres à mesure que Jaehaerys me soulevait dans les airs avec une facilité déconcertante.

J’avais craint que notre arrivée ne dissuade certains de se mêler à la danse, mais il n’en fut rien. Le respect et la déférence étaient palpables, mais les dames étaient ravies de partager un pas avec le roi, et les messieurs me gratifiaient de compliments courtois et polis lorsque ma danse croisait la leur. Ces échanges n’étaient que joie, partage et insouciance, qu’il était bon enfin de retrouver sa jeunesse ! Qu’il était bon de danser comme le ferait toute jeune femme de mon âge ! La Régence, le trône de Fer, les intrigues politiques, tout cela devait disparaître l’espace d’une journée, une journée sous le soleil radieux, bercés par le roulis de la mer et les airs emportés d’une musique estivale.

Les danseurs se relayaient, permettant aux uns et autres de se désaltérer d’eau fraîche ou de vin qui coulait à flot. A mesure qu’avançait la journée, les esprits se faisaient plus espiègles, les langues se déliaient alors que le vin commençait à étendre son emprise sur les sens des uns et des autres. Je partageais une danse avec Godric Lannister, surprise de son empressement à rejoindre la danse, puis je virevoltais, partageant un nouvel accord avec son petit-fils, seigneur du Roc. Seigneurs de l’Orage, de l’Ouest, de la Couronne, du Val ou du Bief, j’avais l’impression de papillonner à mesure que la musique s’emballait et que les partenaires de danse initiaux se séparaient pour se mêler à leurs compagnons de fortune.

A mesure que la journée avançait, il aurait été difficile de savoir si les esprits se déridaient par l’influence de la danse, son vertige, la chaleur qui invitait à une langueur nouvelle, ou bien au vin lui-même qui continuait à faire son œuvre, faisant tomber les dernières barrières de formalité derrière lesquelles certains avaient tenté de se réfugier.

La cour sombrait-elle dans la décadence ? Il n’en était rien. Goutant davantage de l’eau fraîche que du vin, je constatais qu’il n’y avait là que courtoisie et légèreté. Sans doute était-il surprenant de voir ces grands du royaume se laisser aller à la danse et à l’amour courtois alors que les heures sombres qu’ils avaient vécu planaient encore au-dessus de leurs têtes. Mais n’était-ce pas là justement ce sursaut de vie qui accompagnait comme jamais l’ombre menaçante de la mort ?

Beaucoup laissaient échapper une certaine surprise à voir la reine danser avec grâce et entrain, au même rythme que ces jeunes filles en fleur. Cette reine qui avait été régente, plus habituée aux discours mesurés et aux séances officielles, montrait finalement un nouveau visage, un visage que seulement ceux qui l’avaient connue avant l’ère Maegor avaient en mémoire. Une jeune femme aux cheveux d’argent, dans lesquels le lilas violet se mêlait comme une chose naturelle, dont les yeux améthyste devenaient rieurs et charmeurs. Pour la première fois, ceux qui étaient dans l’assistance s’émerveillaient de la grâce de ses mouvements pourtant si rapides, si emportés, de l’insouciance de son sourire, du son de son rire qui survolait la musique même. Etait-ce bien là cette même reine qui avait pour habitude d’exhiber un visage indéchiffrable, un sourire courtois et un regard d’acier ?

Un dernier tourbillon de mousseline et je heurtais de manière impromptu un danseur qui ne se trouvait pas à sa place. Je relevais le regard en une seconde, et tombait sur un visage que je connaissais de bien loin, et qui appartenait à un homme que je n’avais eu que très peu d’occasions de rencontrer.

« Lord Tyrell. »

Je restais un instant interdite, mais alors que la danse reprenait, je lui faisais signe de prendre sa place dans le rang, et lui accordait un sourire radieux. Les pas prendraient bientôt fin, et il me faudrait céder ma place à de nouvelles danseuses en attendant un nouveau roulement. Je m’avançais, sautillante vers le seigneur du Bief. Les hommes tendaient une main enchanteresse au creux de laquelle les femmes déposaient la leur, un rapprochement en un pas, on tourne et virevolte, puis à nouveau danseuses et danseurs se font face. Mains sur les hanches, les jeunes hommes soulèvent délicatement les danseuses dans une étreinte respectueuse. Retrouvant le sol, les dames reprennent leurs mouvements joyeux. Déjà, il était temps que chacun retrouve sa place dans le rang, avant de se courber dans une profonde révérence, et de tirer la sienne.

J’ignorais le temps passé à danser, mais je me retrouvais le souffle court avec un besoin impérieux de retrouver une coupe pleine.

« M’accompagnerez-vous pour une coupe de ce vin délicieux de votre Bief natal, monseigneur ? »

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Oberyn Tyrell
BIEF
■ Localisation : Hautjardin, dans le Bief
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Dim 18 Fév 2018 - 1:20


Rhaenys & Oberyn

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair


« Venez ou restez, agissez à votre guise ma mie, mais ne gâchez plus mon plaisir par les Sept Enfers ! Vous savez où me trouver si votre cœur revient à de meilleurs sentiments et si votre magnificence daigne enfin s'abaisser à m'expliquer votre mauvaise humeur à mon égard. » Dans une courbette railleuse et exagérée, un sourire de comédie sur les lèvres, le suzerain du Bief délaisse son épouse au nez froncé par une de ses colères froides dont elle seule avait le secret. Voilà un jour entier que Leandra ne lui avait adressé la parole que par menus grognements et piques acides teintées de regards hautains et incandescents de rage sourde. Émoustillé par cette allure féline et royale, il aurait pu se jeter sur elle pour la prendre avec passion s'il n'avait pas su dès le départ qu'il encourait le rejet le plus violent et les griffures les plus intenses: lorsque sa moue prenait cette forme féroce, son ire n'était pas feinte ou agacée mais réelle et profondément ancrée. Quelque chose n'allait pas, le seigneur de Hautjardin l'avait bien senti, au-delà du traitement réservé à sa famille de naissance la veille, mais à présent qu'Oberyn savait que la sécurité de Roslinn n'était pas menacée pour l'heure, il n'avait guère l'esprit à s'encombrer de pensées noires. Aussi avait-il refusé de s'exposer à une énième dispute conjugale pour préférer les douceurs des festivités données en l'occasion du mariage royale. Il serait bien temps de percer le mystère de la colère de son épouse après la fête.

Accompagné de quelques gardes, Oberyn avance d'un pas gai et assuré dans les couloirs du Donjon Rouge, sa cour bieffoise se formant peu à peu autour de lui à mesure que chaque abeille hume son parfum de miel. Sincères ou simulés, opportunistes ou à la loyauté intangible, le Gouverneur du Sud accepte cependant tous les sourires en leur rendant la pareille, sentant son cœur tressauter dans sa poitrine et son âme en fête : rien ni personne ne lui gâcherait cette première journée de détente qu'il avait mérité plus que quiconque depuis l'ignominie qui s'était produite aux faveurs de la guerre. Les deux dernières années n'avaient été que lutte acharnée, tourments, trahison, méfiance, dilemme alors qu'il lui avait fallu reconquérir son fief, l'arracher des mains pernicieuses et séditieuses de Lyam Hightower, pour ensuite déterminer le châtiment à lui offrir en remerciement... Combien de migraines avait-il dû subir ? Combien de conseils avait-il dû tenir ? Combien de grognement bestial, de grondement effrayant avait-il dû pousser pour maintenir l'ordre sur sa région et pour asseoir son autorité dès lors contestée ? Et ce n'était guère fini, quand bien même les circonstances lui offrait un semblant de répit. Répit dont il comptait bien profiter, lui qui, hier encore, avait cru voir ses fardeaux s'alourdir lorsque Garth Bulwer, l'un de ses écuyers, fils de Jon Bulwer, le capitaine de sa garde avait interrompu une discussion des plus sérieuses entre Harys et lui au sujet de l'imminente réunion du Conseil restreint.

A bout de souffle, l'adolescent avait l'allure d'un spectre, pâle comme un linge et le regard affolé. Il avait bégayé avant d'annoncer à son seigneur que l'intégralité de la famille Arryn avait été convoquée pour une réunion plus qu'étrange avec la Main du Roi, sa sœur Roslinn comprise. Le bieffois avait accusé le coup, lançant un regard flamboyant à son frère, avant d'entrer dans un état second des plus singuliers, mêlé d'inquiétude et de rage bouillonnante : que pouvait signifier telle convocation ? Roslinn courait-elle un quelconque danger ? La position plus que fragile et floue des Faucons n'était un secret pour personne... qu'il était dur d'avoir été du mauvais côté de la barrière le long d'une guerre sanglante qui avait divisé le royaume tout entier !... Et c'était d'ailleurs cette vérité absolue qui l'avait maintenu loin des combats durant quelques temps, lui donnant le temps de s'assurer être dans le camp vainqueur lors de la Grande Fin... Mais il avait été soulagé en voyant son seigneur beau-frère passer les grandes portes de la Capitale, démontrant ainsi son intention de retourner dans le giron du nouveau pouvoir et de ne pas céder aux intentions ensorceleuses de la sédition amorcée par le Nord... Il avait dès lors pensé sa chère et tendre sœur à l'abri des ennuis futurs. Ce revirement de situation l'avait intrigué autant qu'il l'avait angoissé, rongeant son frein en attendant d'en apprendre plus sur l'issu de cette réunion, tournant comme un lion en cage dans les appartements luxueux qui lui avaient été octroyé, maugréant dans sa barbe et jurant déjà d'aller, accompagné de quelques hommes, délivrer sa sœur d'un complot ourdi contre les Arryn : elle n'avait pas à subir le même sort que ces oiseaux de mauvaise augure, elle était sa sœur, et il n'était pas le dernier des petits seigneurs du royaume. Le courroucer faisait parti de ces impairs dont on ne pouvait revenir, et l'unique moyen de le faire entrer dans pareille rage dévastatrice était de s'en prendre à sa famille. Cependant, Oberyn avait vu son sang refroidir alors qu'il avait pu revoir Roslinn la soirée même. Elle lui avait appris que sa cousine détestée, Catelyn, avait été faite prisonnière, trahie par Etaine, cette harpie de petite vertu, qui lui avait porté le coup de grâce. La position de Martyn était plus qu'incertaine mais tout allait bien pour elle et son seigneur époux, pour le moment, et elle rentrait pour les Eyriés dès le lendemain. La serrant contre lui comme le plus précieux des trésors, il lui avait fait ses adieux, non sans lui avoir d'abord fait promettre de le tenir informer des suites de ces histoires et sans omettre de lui jurer assistance. Rien ni personne, pas même Jaehaerys ou sa Main, ne pourrait l'empêcher de protéger la vie et les intérêts de sa sœur, sa moitié adorée...

Mais à l'instant présent, tout ceci était derrière lui, tous ses soucis pouvaient glisser sur lui comme l'eau la plus pure sur les statues de marbre ornant les bosquets de Hautjardin. L'heure était au relâchement de cette kyrielle de tensions, l'heure était à la fête, à la vie, aux plaisirs des sens... Demain serait le retour aux réalités. Éclatant de grandeur, lumineux comme le soleil du Bief, Oberyn plonge dans la foule déjà présente dans les jardins extraordinairement luxuriant du Donjon Rouge. Les Targaryen avaient redoublé d'effort pour rendre la glorieuse majesté à cette forteresse malmenée par la guerre et à ces jardins martyrisés par la sécheresse. Le résultat était du plus bel effet et remplissait son office à la perfection : tout un chacun pouvait oublier la guerre et ses dégâts, retombant dans l'abysse délicieuse des fastes passés, dans la légèreté de temps immémoriaux où ce genre de festivités était monnaie courante. Les bosquets travaillés avec soin, les lierres s'enchevêtrant dans les tentes et autres pergolas, les rosiers s'épanouissant en un millier de roses multicolores n'étaient pas sans lui rappeler ses terres, sa demeure d'exception que l'on glorifiait pour ses paysages d'art. Le bieffois inspire profondément, se laissant gonfler d'un sentiment de bien-être puissant, s'imprégnant de l'ambiance réjouissante faite de musique, de danse et de vin coulant à flot. Se sentant dévisager, il sourit avec une galanterie séductrice à quelques femmes le regardant avec un intérêt non dissimulé, gloussant alors qu'elles s'empressaient de cacher leurs rires coquins de leurs éventails. L'atmosphère le rendait badin, lui faisant retrouver ses réflexes d'antan, ces temps jadis lui paraissant aujourd'hui si lointain où il trônait comme un paon au milieu de sa cour, faisant ses plus belles roues, ensorcelant dames et messieurs avec son sourire si charmeur, pure invitation à l'indécence et à la volupté de l'instant. Combien de lords avaient-ils amadouer en leur offrant sa mine affable et son caractère régalien ? Virevoltant au gré des notes des musiciens, Oberyn s'empare d'une coupe de vin, trempant ses lèvres dans le breuvage exquis pour y découvrir avec satisfaction les notes épicées et dorées d'un cépage de la Treille. Une pensée fugace s'envole pour sa noble mère, Grainne Redwyne, qui ne pourrait que se gorger de l'honneur qui lui était fait à la table royale. Rassuré sur la saveur, il avala d'un trait sa coupe avant d'en attraper une autre au vol alors qu'une servante s'échappait avec un plateau encore rempli.

Sans honte, le Sire de Hautjardin papillonne de groupe en groupe, conversant allègrement avec des connaissances ou des parfaits inconnus, se plaisant à retrouver des têtes oubliées depuis longtemps, rencontrées autrefois dans les Terres de l'Orage, l'Ouest ou le Val au cours de tournoi ou autres festivités. Le vin et les victuailles ne cessent d'affluer et il profite sans hésiter de ces nectars offerts avec générosité, il trinque avec les convives, il offre son plus beau plumage tout en gardant à l'esprit que les Grands du Royaume sont tous ici présents. Il doit être vu, dans toute sa grandeur, tout comme il veut voir... Il observe d'ailleurs du coin de l'oeil Alester Osgris, ce grand allié d'opportunité qui devenait un ogre insatiable... L'air de rien, Oberyn le surveille, avant de reporter son attention sur des courbes bien plus somptueuses, répondant au sourire de connivence de la belle Naerys Tarly, cette amie de l'enfance, cette alliée de toujours. Il danse avec elle, étalant aux yeux de tous ses talents de seigneur au raffinement extrême, éduqué dans l'amour des plaisirs de l'instant, ces frivolités qui rendent pourtant la vie bien plus douce et intéressante. Leur danse est sautillante, joyeuse, ils échangent des regards lascifs comme ils échangent des pas. Mais tout ceci n'est que jeu, ils le savent tous les deux... c'est l'amitié qui les lie, et Oberyn, bien qu'admirateur éperdu du genre féminin, aime malgré tout sa femme insupportable... peut-être précisément parce qu'elle est invivable. Elle est un défi permanent, une braise entre ses mains, qui le réchauffe autant qu'elle peut le brûler. La famille est un mot sacré que jamais il ne brisera...

Le couple souverain se mêle à la foule, s'y fondant étonnamment avec aisance après quelques danses et quelques coupes de vin. Tout en jetant des regards furtifs aux dirigeants du royaume, le suzerain du Bief ne leur prête pas plus d'attention, préférant mener sa vie insouciante en ce jour, sans trop jouer le jeu des trônes... Et il n'était guère recommandé de se montrer empressé et pesant auprès des souverains, mieux valait d'abord les laisser venir à soi. Deplus, la réalité du temps présent s'imposerait à lui bien assez vite. Il continue de danser, se laissant griser, soulevant ses partenaires, se replaçant dans les rangs... mais la fatigue -ou le vin- commençait à entamer son habileté chorégraphique et Oberyn se laisse un instant déboussolé, heurtant sans le vouloir une danseuse à la robe vaporeuse et à la chevelure d'argent. La stupéfaction fugace de se trouver face à Rhaenys Targaryen n'eut d'équivalent que celle de la reine de se trouver face à lui. Mais la musique n'attend pas, et la danse non plus et après les salutations de reconnaissance et une très légère inclinaison de la tête de la part du Tyrell, ils retournèrent chacun dans le rang, achevant le ballet dans un concert de sourires radieux destinés l'un à l'autre. Pour la première fois, le bieffois examina sa nouvelle reine, se rendant compte de sa jeunesse, fait d'importance qu'il avait fini par oublier au vu des circonstances dans lesquelles il l'avait toujours rencontrée. Son allure l'an passé si guindé, sérieux et froid n'était que pâle souvenir quand il avait sous les yeux la souplesse délicate, la beauté impériale d'une jeune fille en fleur. Tout comme lui, elle semblait avoir voulu faire de cette journée celle du renouveau, de la nostalgie et de la détente après tant d'épreuves subies et tant d'autres à venir encore. Tout à ses pensées, il tira sa révérence de façon presque automatique, son regard lumineux ne quittant pas la Targaryen du regard. Il se fit soudainement la réflexion qu'ils avaient bien plus en commun que ce qu'ils pouvaient penser, de prime abord...

Il avait cru que la fin de la danse sonnait également la fin de l'entrevue avec Rhaenys, mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle s'avança vers lui, le plus naturellement du monde, un sourire entêtant flottant toujours sur ses lèvres qu'elle parvenait à peine à maintenir closes tant la danse l'avait essoufflée. « M’accompagnerez-vous pour une coupe de ce vin délicieux de votre Bief natal, monseigneur ? » Une fraction de secondes, Oberyn reste stupéfait, masquant à peine sa surprise. Mais ce sentiment s'évanouit bien vite tandis qu'il se fend d'un grand sourire affable, retrouvant sa nonchalance habituelle. Intérieurement, il sourit de satisfaction, songeant que tout venait à point à qui sait attendre... Une main sur le cœur, le Tyrell s'incline. « J'en serais honoré, Majesté. » Avisant rapidement un serviteur, il saisit au vol une coupe, attendant patiemment que l'échanson de la reine remplisse sa coupe royale du breuvage reposant dans une carafe spéciale. Une fois chose faite, Oberyn lève son verre et l'approche de celui de souveraine, ses yeux pétillant d'espièglerie. « Puis-je proposé de boire à la réussite de cette fête et au joyau la couronnant avec grâce ? » Son sourire est enjôleur, et l'éclat dans son regard prouve qu'il a parfaitement conscience du caractère un brin osé de ses dernières paroles, car le joyau n'était nulle autre que la reine elle-même. Nul n'était censé s'adresser à la reine avec autant de familiarité, mais Oberyn se fiait à ce qu'il savait faire le mieux : charmer.

« Je ne peux qu'approuver le choix du vin, Majesté... dit-il en goûtant le nectar... Je regrette simplement que ma mère ne soit pas des nôtres... le Tyrell se penche légèrement vers Rhaenys, dans une allure de confidence susurrée... je sais de source sûre qu'elle aurait adoré se vanter de ses racines Redwyne et se pavaner parmi l'assemblée en rappelant à chacun que le délicieux vin qu'ils boivent est celui de sa famille. » Il laisse s'échapper un rire sonore, son velouté aux tonalités chaleureuses. La musique avait repris, donnant l'occasion à d'autres danseurs invétérés de se placer pour une nouvelle ritournelle. Une idée germant dans son esprit, Oberyn offre soudain son bras à la reine des Sept Couronnes : « Je crains que nous ne nous fassions écraser, Altesse, et le bruit, bien que mélodieux et enivrant, commence à me faire tourner les sens. Oserai-je vous proposer de faire quelques pas à mes côtés, le temps de nous ressaisir de notre danse enjouée ? »

Rhaenys lui avait offert une opportunité à nulle autre pareille : une entrevue privée dans un cadre aux allures innocentes, soit l'aubaine inespérée d'approcher réellement la reine sans l'encombrement lourd et artificiel du decorum propre aux audiences royales. Il allait pouvoir se faire une opinion sur Rhaenys Targaryen, sur la véritable femme derrière le mythe guerrier qu'elle avait construit en chevauchant son dragon pour sauver Port-Réal. Il était hors de question qu'il laisse passer sa chance.


AVENGEDINCHAINS

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Dim 18 Fév 2018 - 18:23

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...


« J'en serais honoré, Majesté. »

C’était de manière quelque peu spontanée et impromptue que j’avais proposé au seigneur de l’Est de m’accompagner pour une énième coupe de champagne. La journée était encore loin d’être terminée, et si les uns profitais de l’ombre pour un repos bien mérité, fuyant le soleil à présent au zénith, d’autres continuaient à festoyer. Les joues rougies par l’effort et la morsure du soleil, je faisais un signe pour que l’on m’apporte une coupe de vin. Lorsque je reposais mon regard sur Oberyn Tyrell, celui-ci était toujours aussi souriant, visiblement aussi ravi que moi de s’offrir une journée de répit après de longues journées de batailles et d’obscurité. Les bassins et les fontaines permettait à beaucoup de se rafraichir, et certains même finiraient par s’y hasarder, rendus courageux par l’effet du breuvage qui coulait à flots. Au milieu de cette foule amusée, riante, dansante et quelque peu grivoise, le seigneur de Hautjardin ne détonnait pas. Il semblait tout à fait à son aise au cœur de ces réjouissances bucoliques et florales qui devaient lui rappeler la douceur de vivre de ses terres natales.

Il était de notoriété publique que le Bief était un lieu de légèreté, d’abondance et de fêtes, où le charme de la Cour est sans égale. Les poètes et les danseurs, les peintres et les troubadours aimaient à s’y installer, et l’on disait qu’il ne se passait guère une semaine sans qu’une grande festivité ne soit donnée. Oui, le Bief était de ces terres de plaisirs et de douceur, dont on rêve bien souvent. Il nous faudrait faire de même à la Cour du roi Targaryen. La Cour du roi Jaehaerys devait regagner le faste de la Cour d’antan. Cette cour où le monde se pressait pour voir de ses yeux la puissance et la magnificence des dragons, la grandeur de leurs fêtes et les délices de leurs tables. La diplomatie douce, subtile, de la fête et du faste, voilà ce qu’il nous faudrait également regagner.

« Puis-je proposé de boire à la réussite de cette fête et au joyau la couronnant avec grâce ? »

Il levait son verre et je l’imitais immédiatement, un sourire radieux aux lèvres et les yeux encore pétillant d’un amusement salvateur. Pourtant, lorsque après quelques secondes je comprenais que c’était de moi qu’il parlait, lorsqu’il évoquait un joyau, mon sourire devenait moins enfantin, moins pétillant, et plus entendu. Il me flattait, et que ce soit le reflet de sa pensée où une simple flatterie de cour, cela faisait bien longtemps que je n’avais eu l’occasion de m’entretenir de la sorte avec un homme.

Voilà une réalisation bien étrange que celle-ci. J’étais seule femme de mon entourage politique, entourée des hommes du Conseil Restreint, de mon époux et de mon cousin, la Main du Roi. Les hauts dignitaires de la Cour n’étaient bien que des hommes, à l’exception de quelques femmes et épouses qui étaient parvenues à se faire une place au sommet. Pourtant elles étaient rares, et mes interactions quotidiennes étaient avant tout masculines. Nombreux étaient ceux qui me complimentaient régulièrement, sur mes toilettes, ma soi-disant beauté, et autres éléments tout à fait féminins qu’ils trouvaient intéressants à complimenter, s’imaginant sans doute que la très jeune femme que j’étais se laisserait aisément bercée et cajolée par de telles paroles. Pourtant, ils étaient bien rares ceux qui osaient accompagner ces flatteries d’un regard pareil à celui que m’adressait à présent le seigneur Tyrell. S’il était facile de reconnaître la flatterie de cour de ceux qui la pratiquaient quotidiennement, c’était que leurs yeux n’exprimaient que l’ambition et l’intérêt, tandis que les yeux du seigneur Tyrell étaient rieurs, effrontés et charmeurs.

Il était bien aisé d’oublier que je n’étais qu’une femme de vingt-cinq années, rompue à l’exercice de la courtoisie depuis sa plus tendre enfance, mais endurcie par les années de guerre. C’était bien la première fois, depuis de longues années austères, que j’avais coiffé à nouveau une couronne de fleur, et orné mon visage d’un sourire insouciant. Qu’il était bon de retrouver sa jeunesse, l’énergie de l’insouciance… Qu’il était bon de retrouver le plaisir singulier de parler sur un ton badin, avec un homme, au milieu de jardins fleuris, couvée par un regard enjôleur et embarquée dans un jeu dont je connaissais les règles par cœur, mais dans lequel je ne m’étais pas laissée aller depuis bien longtemps.

« Je ne peux qu'approuver le choix du vin, Majesté... Je regrette simplement que ma mère ne soit pas des nôtres... » Alors qu’il s’approche, nos parfums se mêlent imperceptiblement. Le jasmin de mes cheveux prend le dessus et sembler former un halo fleuri autour de nous, simplement ponctué des notes alcoolisées du vin qui reposait dans nos coupes « ... je sais de source sûre qu'elle aurait adoré se vanter de ses racines Redwyne et se pavaner parmi l'assemblée en rappelant à chacun que le délicieux vin qu'ils boivent est celui de sa famille. »

Alors qu’il se reculait légèrement, il restait plus proche qu’auparavant, et nous ne pouvions plus longtemps retenir le rire suivant naturellement la remarque amusée du seigneur du Bief. Lady Grainne Tyrell était reconnue de tous pour avoir été une femme distinguée, portant fièrement les couleurs de la Maison Redwyne jusqu’au cœur du magnifique palais de Hautjardin. Il me semblait l’avoir aperçue quelques fois lors des fêtes qui étaient données au cœur de ces mêmes jardins. Je n’étais qu’une jeune princesse à cette époque. Une jeune fille innocente pour qui la seule perspective était celle d’un mariage prometteur, d’une cour inlassable faite par de nombreux jeunes hommes de noble naissance. Chaque matin, la même rengaine, choisir la robe qui attirerait les regards, parcourir la cour au bras de mes amies, me laisser entraîner à une discussion badine au cœur des bosquets avec des jeunes hommes dont je rêverais de longues heures. Grainne Tyrell était de ces femmes qui, comme ma grand-mère, impressionnent de leur prestance, par le prestige de leur lignée et la beauté de traits. Elles étaient de ces femmes dont la beauté n’est pas au détriment de l’esprit. De ces femmes que j’avais admirée, lorsque j’étais plus jeune, plus impressionnable.

« Je crains que nous ne nous fassions écraser, Altesse, et le bruit, bien que mélodieux et enivrant, commence à me faire tourner les sens. Oserai-je vous proposer de faire quelques pas à mes côtés, le temps de nous ressaisir de notre danse enjouée ? »

Il proposait son bras, et je restais un instant silencieuse, le laissant dans cette position alors que mon sourire ne faisait que s’agrandir à mesure que les secondes s’égrainaient. Je n’hésitais pas à prendre son bras parce que je trouvais sa démarche osée, bien au contraire, je jouais. Sous la chaleur de cet été, sous la lumière aveuglante du soleil et étourdie par les effets combinés d’un nectar enivrant et d’une danse endiablée, je me laissais aller à mes anciens instincts. Alors que mon sourire se faisait espiègle, charmant, que mon regard semblait presque défier le seigneur du Bief, je portais la coupe à mes lèvres, lentement, comme pour tester la détermination de l’homme à obtenir son audience privée. Car peut-être n’était-ce que cela. Nous jouions tous deux un jeu bien ancien, aux règles floues mais où chacun met cartes sur table, et nous avions tous deux des intérêts à défendre dans ce jeu. Sans le quitter du regard, je tendais ma coupe vers le jeune échanson afin qu’il ne la remplisse à nouveau, puis la ramenant vers moi, je déposais finalement ma main sur le bras d’Oberyn Tyrell.

« Osez, seigneur Tyrell. »

Les jardins étaient immenses, une partie seulement avait été mobilisée pour la danse, mais les nombreux bosquets et kiosques, disséminés au cœur du labyrinthe floral que constituaient les jardins du palais, offraient un refuge d’ombre et de calme aux invités qui le souhaitaient. Alors que nous progressions lentement sur un chemin plutôt large, plusieurs chemins de traverse étaient déjà occupés par des personnes seules, tentant de retrouver leurs esprits, des couples à la recherche d’un lieu soustrait à la vue de tous, ou encore de groupes jouant comme des enfants et se courant après. Qu’il était agréable d’être entouré d’une telle légèreté, d’une telle insouciance.

« Voilà bien longtemps que je n’ai vu les jardins du Donjon Rouge dans une telle effervescence, remplis d’une telle insouciance… Mais sans doute devez-vous être habitué à ce genre de festivités, il se raconte que la Cour de Hautjardin est à l’image de cette fête… »

Il n’y avait là aucun sous-entendu, je tentais de faire la conversation après un début plus que badin. Je craignais que le seigneur du Bief ne s’imagine que sa reine était une femme inconséquente, une enfant qui danse aux rythmes paysans comme le ferait une adolescente. Pourtant, il n’y avait pas de tels jugements dans le regard de celui dont le bras avait emprisonné le mien avec grâce. Simplement cet air joueur, charmeur, que nous avions partagé un instant.

« Je ne m’étais guère imaginée, cependant, que le Suzerain de l’Est était un danseur si… distrait. »

Je riais d’un air espiègle, faisant référence au mauvais placement d’Oberyn qui avait amené à notre collision, et finalement avait été la seule raison de la courte danse que nous avions partagée, et de cet entretien privé totalement inattendu. Ma voix, le regard que je lui lançais, le sourire taquin que je lui adressais, tout cela laissait entrevoir la moquerie polie et guère méchante de mes paroles. Peut-être était-ce une erreur de se montrer si joviale et approchable avec un seigneur d’une telle stature, et pourtant j’étais fatiguée de mes allures formelles. La journée était à la fête, à la légèreté, à l’insouciance, à toutes ces choses auxquelles j’avais renoncé il y a déjà tant d’années. Je me sentais si heureuse de sentir mon cœur s’emplir d’une telle allégresse, mon corps ressentir cette liberté, cette chaleur… S’il m’avait fallut être formelle, royale, froide, distante, sans doute aurais-je du alors me soustraire à la fête, car rien en ces lieux n’aurait pu me permettre d’être ce masque de royauté que j’incarnais chaque jour, à chaque minute et chaque instant depuis mon retour à Port-réal. Non, je voulais cela. Je voulais ce moment de liberté où je pouvais sourire sincèrement, rire même, danser, me laisser aller à courir au cœur des bosquets, et me jeter dans l’herbe comme je l’avais fait tant de fois. Je voulais cet exutoire, et Oberyn Tyrell s’était trouvé à ce moment, à cet endroit, et s’il souhaitait en profiter pour des raisons politiques… grand bien lui fasse.

Alors que nous passions à côté d’un chemin particulièrement ombragé, bordé d’arbres à la verdure impressionnante, je m’arrêtais un instant. Ce chemin… cela faisait bien des années que je ne l’avais empruntées. Si je fermais les yeux, je pouvais encore entendre mes cris amusés, alors que je courrais pour échapper à celui qui me poursuivait. Nous avions parcouru cette allée des centaines de fois, et alors qu’il me poussait dans l’un des bosquets attenant, je tombais sur l’herbe fraîche et riait comme l’enfant que j’étais. J’étais amusée de ces souvenirs qui revenaient d’un coup et se bousculaient aux portes de mon esprit.

« Laissez-moi vous prouver que la Cour de Port-réal n’a rien a envier en charme à celle de Hautjardin… »

Ne relâchant pas son bras, je l’attirais vers cette allée ombragée. Les odeurs qui s’y mêlaient étaient différentes, plus fraîches et plus vertes. Nous nous trouvions plus proches de la mer, et les fleurs se faisaient plus rares, enfermées dans les bosquets ou déposées dans mes cheveux. Dans cette allée, régnait la sève des grands arbres, la chlorophylle de leurs feuilles et l’odeur humide de l’herbe légèrement arrosée et fraichement coupée. La musique n’en était pas absente pour autant, un groupe de musiciens étaient postés non loin d’ici, et le vent marin en portait les notes jusqu’à nous.

« Ma grand-mère a débuté l’aménagement de ces jardins. Elle voulait en faire un lieu rayonnant, de fêtes et de faste. Elle voulait faire de ce lieu le refuge des artistes, un havre de paix au cœur de la guerre… »

La reine Rhaenys avait été la plus douce, la plus délicate des deux sœurs. Tous reconnaissaient sa beauté, la grâce de ses gestes. Elle avait été protectrice des arts, muse des peintres et musiciens. C’était à elle que l’on devait ces lieux magiques et enchanteurs, à sa délicatesse et à son goût de l’amour courtois.

« Peut-être étiez-vous encore trop jeune pour être conduit aux fêtes qui y étaient données. J’ai passé ma jeunesse au cœur de ce paradis. J’y ai cultivé mon insouciance, mon goût de la danse et de la musique, mais également de la stratégie. »

Je le regardais d’un air amusé, qui eu cru que la stratégie puisse avoir un quelconque lien avec ces jardins délicats ?

« Voyez-vous le bosquet à votre droite ? C’est ici que je jouais régulièrement à la cyvosse avec mon frère, Aegon. »

Nous nous arrêtions un instant, laissant le temps au seigneur du Bief d’observer la petite table de marbre qui trônait toujours au milieu d’un escalier de verdure et de fontaines en cascades. La table n’était plus gère aussi lumineuse et brillante qu’auparavant, le manque d’entretien avait laissé le temps faire son ouvrage sur celle ci. Me retournant, je lâchais le bras d’Oberyn pour lui faire face, continuant tout de même mon mouvement, mais reculant cette fois, sans le lâcher du regard.

« Première erreur d’un noble jeune homme souhaitant se mesurer à une jeune femme à un tel jeu… sous estimer celle qu’il a face à lui. Mais je doute que vous fassiez une telle erreur, Lord Tyrell. »

Avec un dernier sourire, je me retournais et continuait ma progression, plus lente pour laisser le temps au suzerain de l’Est de me rejoindre.


lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Oberyn Tyrell
BIEF
■ Localisation : Hautjardin, dans le Bief
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Mar 20 Fév 2018 - 11:45


Rhaenys & Oberyn

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair


« Osez, seigneur Tyrell. »

Elle s'était faite attendre, malicieuse, charmeuse, le défiant du regard comme pour lui rappeler qu'elle seule détenait le pouvoir : celui d'accepter ou non, s'amusant à le tester avant de consentir à sa requête, non sans avoir pris le temps de boire nonchalamment son verre de vin avant de se faire resservir. Oberyn étira un peu plus son sourire roublard, sa flamme séductrice attisée par la volonté affichée de la reine à jouer avec lui au plus vieux jeu du monde. Voilà un point qu'elle marquait en sa faveur, car le bieffois n'aimait rien de plus que les animaux politiques sachant se délester de leurs atours sévères au moment opportun, les âmes espiègles capables de faire la part des choses et de laisser la gravité aux salles d'audience pour préférer la légèreté quand l'heure était à la fête. Rhaenys, en plus d'être visiblement experte en fin'amor, possédait cette grâce ineffable propre aux beautés de sang royal. Son regard étincelant, son sourire mutin, ses lèvres qu'elle pinçait avec volupté et sa voix chaude, un brin autoritaire mais vibrant de taquinerie comme pour lui rappeler qui était la maîtresse... tout lui rappelait sa mère et ses mille et uns subterfuges pour provoquer l'admiration, l'attente fébrile d'une réponse positive. Le lilas ornant sa chevelure d'argent faisait ressortir ses yeux d'améthyste, et les rayons du soleil rivalisaient de reflets sur cette tignasse aux allures de miroir. Rhaenys avait tout des grands esprits de ce monde... En plus d'être habile, elle était belle et elle savait en jouer, ce qui ne gâchait rien, du point de vue d'Oberyn. Lui avait été élevé dans les Edens de l'amour courtois se sentait parfaitement à son aise aux côtés de cette souveraine qu'il n'avait pas imaginé ainsi, de toute évidence. Mais que la surprise était agréable à chacun de ses sens...

Aussi légère qu'une plume mais à la poigne ferme, la main de la Targaryen se posa sur son bras comme pour entériner leur pacte mutuel, celui qui les plongeait dans une danse codifiée mais guère chorégraphiée où chaque pas de l'un provoquerait celui de l'autre pour rendre le ballet harmonieux... ou au moins essayer d'atteindre cette harmonie fragile qu'une simple brise pouvait anéantir. Le cadre idyllique et leurs regards déjà luisant d'une lumière identique présageaient du meilleur, cependant, et c'est docile que le Tyrell se laissa négligemment guider dans les artères fleuries du labyrinthe du Donjon Rouge. Leur pas était lent, lascif. Les rayons ardents du soleil, les notes de musique tournant dans l'air, les rires ou les murmures amoureux s'élevant au milieu des bosquets dissimulés rendaient l'atmosphère particulièrement grisante et langoureuse. Le Sire de Hautjardin avait le cœur en fête et sentait toutes ses tensions glisser sur lui. Certains leur lançaient des œillades curieuses, parfois envieuses, parfois amusées... mais toujours surprises de voir leur nouvelle reine se promener tranquillement dans le dédale végétale au bras du Gouverneur du Sud. Nul doute que la rumeur se répandrait aussi vite qu'une traînée de poudre, et cette simple idée le gonflait de satisfaction. Qu'ils parlent, ils ne feraient que lui donner encore plus d'importance...

« Voilà bien longtemps que je n’ai vu les jardins du Donjon Rouge dans une telle effervescence, remplis d’une telle insouciance… Mais sans doute devez-vous être habitué à ce genre de festivités, il se raconte que la Cour de Hautjardin est à l’image de cette fête… Il était vrai que la demeure de la Rose Dorée résonnait il n'y avait pas si longtemps encore de cette même joie de vivre, de cette même soif de plaisirs simples, de ce même faste tapageur et pourtant si délicat et raffiné, mais ce type de festivités lui semblait bien lointain... Depuis combien de temps Hautjardin ne s'était-il pas rassasié d'instants comme celui-ci ? Il se fit muettement la promesse de rendre sa gloire à sa maison, à sa forteresse, pour que demain encore l'on compare chaque fête à celle qui se tenait dans l'antre des Tyrell... Je ne m’étais guère imaginée, cependant, que le Suzerain de l’Est était un danseur si… distrait. » Son rire cristallin et taquin s'entrelaça aux mélopées joyeuses et dansantes des flûtes et autres mandolines, son mélodieux entre tous qui fit s'esclaffer le Tyrell tant la pique railleuse mais complice l'avait surprit. Cette gracieuse majesté recelait décidément de bien des facettes, et celle qu'Oberyn avait actuellement sous les yeux lui plaisait beaucoup. Vraiment beaucoup. La mine joviale, les sourcils légèrement haussés, il ravale son rire, pour tenter de se justifier : « Permettez-moi de rectifier, ce n'est pas de la distraction, Majesté, mais de la passion dans toute son ardeur. Je suis un homme passionné, votre Altesse, et je me suis simplement laisser emporter par le tourbillon de la danse jusqu'à en perdre contrôle ! La faute à cette atmosphère que vous avez su imprégner d'insouciance bénéfique à tous. » Oberyn avait tenté de garder un semblant de sérieux en formulant cette excuse bien peu crédible, mais son sourire passablement amusé le trahissait. Un rire s'échappa malgré lui de sa gorge et il porta sa coupe de vin à ses lèvres pour essayer de le masquer. Elle était joueuse, il le découvrait avec délectation... mais elle n'avait pas encore fini de le surprendre.

« Laissez-moi vous prouver que la Cour de Port-réal n’a rien a envier en charme à celle de Hautjardin… » Sans prévenir, elle l'attira dans un chemin de traverse, une allée ombragée paraissant vierge de monde où les parfums entêtants des fleurs laissaient la place à de nouvelles fragrances, plus simples, plus végétales aux tonalités iodées rappelant que la baie de la Néra n'était qu'à quelques mètres en contrebas. S'enfonçant dans ce nuage de feuilles, la musique se faisait plus distante sans pour autant se taire mais la discrétion de l'endroit vers lequel la reine le menait ne faisait aucun doute : ce chemin n'était guère emprunté de façon régulière et certainement pas par les non initiés qui n'oseraient s'y risquer de peur de se perdre... Amusé et habité par un sentiment de curiosité bouillonnant, Oberyn se laisse entraîner sans résistance, affichant son plaisir par un sourire insolent et un regard scintillant de gourmandise. Vers quel lieu impénétrable et mystérieux voulait-elle le mener pour lui montrer les charmes de ces jardins ?

« Ma grand-mère a débuté l’aménagement de ces jardins. Elle voulait en faire un lieu rayonnant, de fêtes et de faste. Elle voulait faire de ce lieu le refuge des artistes, un havre de paix au cœur de la guerre… » Rhaenys parlait avec cette fierté dans la voix, teintée de profonde affection que l'on réserve aux êtres aimés aujourd'hui disparus. « Peut-être étiez-vous encore trop jeune pour être conduit aux fêtes qui y étaient données. J’ai passé ma jeunesse au cœur de ce paradis. J’y ai cultivé mon insouciance, mon goût de la danse et de la musique, mais également de la stratégie. » Piqué dans sa curiosité, Oberyn lui jette un regard en coin, s'apercevant que sa souveraine l'observait déjà avec espièglerie. Stratégie ?...Voilà qui devenait intéressant et le titillait. Mais désireux de ne pas laisser sa surprise trop s'afficher, il s'employa à ne pas relever ce dernier fait pour répondre à la première partie de sa phrase... S'il était venu à Port-Réal quelques fois pour achever sa formation de seigneur auprès de son père, apprenant les ficelles de la diplomatie et l'étiquette propre à la Cour royale, le Tyrell n'avait guère eu l'occasion d'assister à l'une de ces célèbres fêtes... « En effet, votre Grâce, il ne m'a pas été donné l'honneur et le plaisir de participer à ces célébrations glorieuses, mais ma noble Mère nous racontait souvent, à ma fratrie et moi-même, la somptuosité des fêtes de la reine Rhaenys, s'en inspirant parfois pour ses propres illustres banquets... » Ses iris étincelantes, il regarde la reine avec un air entendu, lui rendant la pareille en complimentant sa Cour, elle qui avait accepté de mentionner le prestige des réjouissances bieffoises. Et c'était pure vérité, Grainne n'aspirait qu'à la grandeur et ne pensait qu'à rivaliser avec les cours voisines pour imposer la supériorité de sa maison d'adoption, quitte à piocher dans les bonnes idées des autres...

« Voyez-vous le bosquet à votre droite ? C’est ici que je jouais régulièrement à la cyvosse avec mon frère, Aegon. » Elle s'arrête, laissant tout le loisir au Sire de Hautjardin de découvrir avec un étonnement non feint une table de marbre érodée par le temps et le manque d'entretien. Le tableau idyllique fait de plantes grimpantes et luxuriantes et de fontaines en cascades n'était guère ce qui frappa Oberyn, mais bel et bien cette table de jeu, sur laquelle trônait les pièces de cyvosse en ivoire et en onyx. Un éclat singulier et vorace traversa les prunelles sombres du seigneur, et c'est plein d'expectative qu'il observa Rhaenys s'éloigner de lui, avançant à reculons vers la table pour mieux le défier du regard. « Première erreur d’un noble jeune homme souhaitant se mesurer à une jeune femme à un tel jeu… sous estimer celle qu’il a face à lui. Mais je doute que vous fassiez une telle erreur, Lord Tyrell. » Le sourire d'Oberyn s'agrandit et se fait roublard, réponse à celui, non moins provocant, de Rhaenys Targaryen. Tandis qu'elle se retourne pour aller nonchalamment s'installer à la table, il secoue la tête et lâche un petit rire amusé. Elle voulait se mesurer à lui, mais savait-elle seulement qu'il excellait dans ce jeu qu'il pratiquait depuis l'enfance ?

Il s'avance à son tour vers la table, indolent, excité au fond de lui par l'idée de rivaliser de stratégie avec la reine. « Je me garderai bien de vous sous-estimer, votre Altesse... Il s'assoit, un sourire charmeur sur les lèvres... d'une, parce que la finesse de votre intelligence stratégique n'est plus à remettre en cause, vous l'avez suffisamment prouvé... Il plante un regard flamboyant dans celui de Rhaenys, avant de soupirer, théâtral, soulevant ses sourcils dans un air de dépit résigné... de deux, parce que je ne suis malheureusement plus un jeune homme, Majesté, les ravages du temps ont bel et bien commencé sur ma personne... Oberyn lève les bras, faussement dépité, preuve en était de son sourire insolent... et de trois, parce que la vie m'a appris à ne jamais sous-estimer un adversaire peu importe son identité. » Ses yeux se font perçant, lui signifiant que le jeu avait déjà commencé. Il s'empare de la tablette à placer au milieu du plateau, servant à dissimuler la première stratégie des joueurs. Tout à ses pièces qu'il place avec réflexion intense, il ne regarde plus sa reine, mais son sourire se fait malicieux, presque carnassier. « La question à présent, votre Majesté, est : ferez-vous l'erreur, vous, de me sous-estimer ? » Il relève un regard pétillant. « Savez-vous, ma reine, que tout comme vous j'ai passé mon enfance à jouer à la cyvosse ? » Son sourire séducteur dévoile ses dents blanches. « Je m'entraînais avec celui que je considérais comme un frère, adversaire redoutable... et nous avons tous deux appris la stratégie analytique sur ce même genre de plateau. »

Un air de défi flottant sur son visage, Oberyn retire la tablette après s'être assuré que Rhaenys avait elle aussi achevé d'installer ses pièces. Avec un grand sourire, il continue : « Il était redoutable... mais j'ai toujours gagné, sur un plateau de cyvosse tout comme sur un champ de bataille. Sans doute aurait-il dû s'en souvenir avant de me défier en prenant mon fief. » Le Tyrell gardait sa mine badine et son sourire délicieux, mais sa voix avait vibré d'une rage contenue et son regard s'était voilé d'une ombre menaçante. Il se détendit aussi rapidement qu'il avait senti bouillir son sang en se remémorant ces funestes moments de trahison. Lorgnant sur le jeu de Rhaenys, il penche la tête sur le côté : « Que voilà une position intéressante, votre Altesse. Je sens déjà que vous allez me donner du fil à retordre... Il relève un regard ardent vers Rhaenys, ensorceleur, presque indécent... Voilà qui est parfait. » Il soutient son regard. Rhaenys Targaryen se montrait à la hauteur de ses attentes. Au-delà même. C'était sans doute sa plus agréable surprise depuis bien longtemps...


AVENGEDINCHAINS

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Growing Strong
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Mar 20 Fév 2018 - 19:11

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...


« Permettez-moi de rectifier, ce n'est pas de la distraction, Majesté, mais de la passion dans toute son ardeur. Je suis un homme passionné, votre Altesse, et je me suis simplement laisser emporter par le tourbillon de la danse jusqu'à en perdre contrôle ! La faute à cette atmosphère que vous avez su imprégner d'insouciance bénéfique à tous. »

J’étais une jeune femme mais je n’étais plus une enfant, ainsi aurait-il été bien étonnant d’être à nouveau capable de me faire rougir. Et pourtant... Mon époux du Nord n’avait guère tenté de me courtiser, et la cour de Winterfell n’était pas de celle où les jeunes femmes se parent de leurs plus beaux atours afin de s’attirer les galants compliments de leurs soupirants. Les mots du seigneur du Bief n’avaient rien de particulièrement courtois, ils n’étaient pas le reflet d’un intérêt à mon égard, et pourtant il y avait quelque chose de terriblement intéressant à l’entendre dire de telles choses. Combien de fois m’avait-on reproché ma passion ? N’avais-je pas passé mon enfance à me voir conseiller plus de tempérance, de mesure et de sagesse ? La passion et un tempérament ardant n’étaient que très peu compatibles avec l’existence d’une princesse, bien moins encore celle d’une reine, je le craignais. J’avais pourtant, durant de longues années, laissé libre cours à mon tempérament incontrôlable, m’exposant bien souvent à l’ire de ceux que j’osais contredire à haute voix. Ce ne fut qu’à mon retour à Port-réal, lorsque la cause première de mon indignation avait été détruite, lorsque la justice avait retrouvé le chemin de notre royaume, que j’avais appris à contrôler mon caractère passionné. A présent, de mon attitude dépendaient beaucoup de choses, à commencer par la réputation et l’image de notre famille, et de notre règne.

Ainsi, le seigneur Tyrell était un homme passionné, capable de perdre le contrôle en public, même s’il s’agissait d’une danse ? Je doutais fort de la complète véracité de ses propos, et pourtant je voyais dans cette déclaration quelque chose qui laissait présager une entente possible entre nous. Il y avait en ce monde, particulièrement au milieu des puissants, une tendance à la tiédeur affichée. Voire à la froideur la plus glaciale. C’était ainsi que nous nous assurions de ne délivrer aucune carte entre les mains de nos ennemis… ni même de nos alliés. La passion ne pouvait que trahir, et nous ne vivions pas en des temps permettant un tel luxe. Cependant, le choix des mots d’Oberyn Tyrell n’était pas anodin, et il semblait refléter l’atmosphère même de ce lieu et de cette heure. Par cette fête, nous offrions au royaume tout entier une opportunité de laisser parler ses passions. Une journée durant laquelle chacun aurait le loisir de se défaire de son masque de glace, de son sourire de convenance, et de se saisir des fruits mûrs de la passion et de l’insouciance. C’était un présent inestimable pour bien des convives… et pour moi-même.

Alors que je progressais vers la table de jeu, je pouvais entendre les pas de mon compagnon de promenade le mener jusqu’à moi. D’un revers de la main, je balayais la poussière, les quelques feuilles que le vent avait jugé opportun de déposer sur le marbre usé d’une table qui n’avait guère accueilli de jeux depuis bien des années… Depuis le décès de l’un des joueurs les plus réguliers. L’espace d’un instant je pouvais entendre à nouveau la voix d’un Aegon trop sûr de lui, et mon rire victorieux alors qu’il perdait une à une ses pièces maîtresses, avant de voir son roi forcé à la capitulation.

N’est-ce pas moi qui devrait devenir reine, mon frère ?

Il riait toujours. Là était notre rituel. Oh je n’avais pas toujours été une joueuse hors pair, et c’était bien à lui que je devais ma connaissance accrue de ce jeu et de ses stratégies. Il m’avait fallu insister auprès de notre père afin qu’il donne son consentement me permettant de jouer à ce que beaucoup considéraient déjà comme un moyen d’éduquer les futurs suzerains de ce royaume. Il avait accepté. Sa petite fille tirait à l’arc, chassait déjà aux côtés des hommes de sa famille. Elle était capable de la plus grande précision, avec l'arc, comme avec l’aiguille pour la broderie, ou son propre corps lorsqu’il s’agissait de danser… Alors pourquoi ne pas lui permettre d’acquérir ce qu’il faudrait à son frère : la précision stratégique et militaire.

« Je me garderai bien de vous sous-estimer, votre Altesse… »

C’était une erreur bien difficile à ne pas commettre pourtant, car il était presque dans la nature de ces hommes de sous-estimer leur adversaire, lorsque celui-ci était vêtu de jupons. Peut-être le seigneur Tyrell serait-il différent, comme l’avait été Robb, comme l’était Jaehaerys… Je me surprenais à le souhaiter.

« ... d'une, parce que la finesse de votre intelligence stratégique n'est plus à remettre en cause, vous l'avez suffisamment prouvé... »

Je me retournais pour plonger mon regard dans le sien. Il y avait une intensité particulière dans le regard d’Oberyn Tyrell, une intensité qui, si j’avais été une jeune fille, m’aurait sans doute désarçonnée. Je maintenais son regard, surprise de ne pas recevoir de compliment sur ma toilette, mes cheveux, mon parfum ou mon physique en général, mais bien sur… ce que j’avais accompli. Nombreux étaient ceux qui gardaient en mémoire mon intervention lors du siège de Port-réal, le peuple notamment avait fait de moi une princesse guerrière que je ne m’étais jamais imaginée être. Pourtant, il était bien rare, à présent que la guerre s’éloignait jour après jour, que l’on me complimente encore sur ma participation à celle-ci, ou bien même que l’on me traite en véritable stratège politique, et non en reine consort. C’était une chose bien naturelle, c’était ce que j’étais à présent, aux yeux du monde tout du moins. Pourtant, je n’avais jamais été douée pour rester à la place qui m’était assignée par les convenances.

Alors que son regard s’était fait intense, presque lourd de significations, d’un seul coup le seigneur du Bief s’emportait et feignait le plus grand dépit.

« …de deux, parce que je ne suis malheureusement plus un jeune homme, Majesté, les ravages du temps ont bel et bien commencé sur ma personne... »

Je ne pouvais plus davantage retenir un éclat de rire spontané. Les ravages du temps… Le temps n’était pas de ces forces que l’on pouvait repousser, et il était idiot de tenter d’en combattre le cours. Bien nombreux étaient ceux qui avaient tenté de retenir leur jeunesse à bout de bras, usant de subterfuges pour donner l’illusion d’une éternelle énergie et pourtant… Oberyn Tyrell n’était pas de ceux-là. L’homme était plus âgé que moi, mais il se dégageait de lui quelque chose de difficile à expliquer. C’était indubitablement un bel homme. Il n’était pas beau par le simple effet, facile, de ses traits harmonieux et gracieux, cela eut été bien trop éphémère et superficiel. Oberyn Tyrell était beau d’un charisme puissant car discret, et d’une attitude confiante et charmante qui le rendait attirant. Là étaient des qualités nécessaires pour tout suzerain, car il aurait été bien idiot de penser que la séduction et le charme n’étaient l’apanage que des femmes. Pour mener un homme, s’attirer son allégeance, un suzerain pouvait bien évidemment user de la menace, de la force, affirmer son pouvoir supérieur jusqu’à écraser son vassal sous le poids de ses responsabilités… Mais il pouvait également les charmer, les séduire, gagner leur allégeance au travers d’un mécanisme plus puissant que la peur sur le long-terme… L’admiration et l’affection.

J’avais longuement, dans mes jeunes années, exercé ce pouvoir de charme et de séduction sur ceux qui désiraient m’entourer. Tout devait relever de la plus grande subtilité. Il n’y avait qu’une faible distance séparant la séduction, le charme, et la plus grande vulgarité. Tomber dans la vulgarité était un risque constant, que les gens de notre naissance ne pouvait se permettre de prendre. Ainsi, beaucoup préféraient renoncer à charmer, à séduire, que ce soit en politique ou en amour. L’âge faisait disparaître le goût de l’amour courtois, des mots choisis avec soin pour toucher le cœur de son interlocuteur.

« ...et de trois, parce que la vie m'a appris à ne jamais sous-estimer un adversaire peu importe son identité. »

Que le jeu commence, alors. Le charme et la séduction devaient être parts intégrantes de ce bras de fer silencieux qu’était le jeu de cyvosse. Parfois, le vainqueur n’était pas le plus intelligent, ni le plus courageux, mais le plus patient. Alors que nous disposions nos pièces, une à une, élaborant avec soin une stratégie qui serait efficace, je ne pouvais ignorer le sourire du seigneur du Bief, qui faisait écho au mien. Voilà bien des années que je n’avais pas joué à ce jeu, et bien des années que mes réflexions stratégiques s’étaient ancrées dans la réalité, et non sur le plateau d’un jeu. Je tentais d’évaluer mon adversaire, afin de décider de la stratégie la plus adaptée. La première erreur était bien souvent de s’en tenir à une stratégie seulement, et de la décliner régulièrement auprès de plusieurs joueurs différents, ou bien pire encore… auprès du même joueur. Ce n’était pas seulement la stratégie qui décidait du jeu à venir, mais bien l’adversaire qui devait déterminer la stratégie. Pour vaincre, il fallait connaître les faiblesses et les forces de l’adversaire, mais également les siennes, et la perception de l’autre sur soi-même. Un exemple bien simple. J’étais née Targaryen, le sang du Dragon coulait en moi, et bien souvent mes adversaires qui n’étaient pas nés sous la bannière du dragon tricéphale s’étaient attendus à ce que j’use et abuse de cette arme fatale. Les préjugés et l’inconscient collectif étaient le pire ennemi d’un joueur de cyvosse.

« La question à présent, votre Majesté, est : ferez-vous l'erreur, vous, de me sous-estimer ? »

Je restais silencieuse alors que le regard d’Oberyn se relevait finalement vers moi, je l’avais observé un instant alors qu’il avait baissé sa garde, quelques secondes, pour placer ses pièces. Il me faudrait encore quelques instants pour placer les miennes, car cerner Oberyn Tyrell était un exercice exigeant. Il ne ferait pas l’erreur de beaucoup, de surestimer mon intérêt pour le dragon. Cependant, l’une de ses faiblesses pourrait être l’indécision, et l’impatience.

Je plaçais finalement les montagnes et les rivières, les plaines et les forêts, avant de décider de la localisation de ma forteresse et des troupes.

« Si vous ressortez vainqueur, Monseigneur, alors cela voudra dire que je vous avais sous-estimé. »

Ma voix se faisait plus douce, presque enjôleuse, mais mon sourire invitait au défi. Je n’étais pas persuadée de pouvoir vaincre le seigneur du Bief, et peut-être m’exposais-je à une défaite rapide et cinglante. Cependant, s’il y avait une chose que j’avais apprise, c’était bien que le jeu ne se déroulait pas uniquement sur la table, mais que tout l’espace devenait jeu.

« Savez-vous, ma reine, que tout comme vous j'ai passé mon enfance à jouer à la cyvosse ? »

Tentait-il de me déstabiliser en faisant valoir ses longues années d’expérience ? Probablement, et je ne laissais rien entrevoir qu’un intérêt poli.

« Je m'entraînais avec celui que je considérais comme un frère, adversaire redoutable... et nous avons tous deux appris la stratégie analytique sur ce même genre de plateau. »

Il retire la tablette et dévoilait son côté du plateau. Il avait fait un choix intéressant, que jamais Aegon n’avait fait auparavant.

« Il était redoutable... mais j'ai toujours gagné, sur un plateau de cyvosse tout comme sur un champ de bataille. Sans doute aurait-il dû s'en souvenir avant de me défier en prenant mon fief. »

Il avait dit cela sur le ton de la conversation badine et taquine que nous menions depuis notre rencontre. Pourtant, il ne fut guère difficile de déceler la lourdeur de ses paroles, la colère qui s’y cachait, la rage qui serrait sa gorge. Lord Tyrell, lui aussi, avait vu son foyer être menacé. Il avait vu un des êtres qui lui étaient les plus proches s’élever contre lui et menacer son héritage. Je préférais ne pas rebondir sur le sujet de la prise de Hautjardin, de la séquestration de ses enfants et de la mise en péril de son foyer. C’était un sujet sérieux, grave, et l’heure n’était pas à ce genre de considérations. Pourtant, nous pourrions en parler, un jour.

« Que voilà une position intéressante, votre Altesse. Je sens déjà que vous allez me donner du fil à retordre... Voilà qui est parfait. »

Le regard qu’il m’adressait était ardent, déstabilisant, sans doute à propos. Je ne parvenais plus à distinguer ce qui relevait de la stratégie de son jeu, et de son attitude naturelle envers moi. Il eut été indécent de regarder sa souveraine ainsi, et il était indécent pour la souveraine en question de répondre par un regard similaire. Je ne m'en privais pourtant pas. Je restais un instant sérieuse, mon visage tout entier concentré dans le regard que nous échangions. Cela avait-il duré une seconde ? Une minute ? Une heure ? Il m’aurait été impossible de le dire, mais nos regards étaient comme… liés. A mesure que le temps passait, l’intensité de cet échange silencieux devenait insupportable, et je laissais mes traits à nouveau se teinter d’un sourire espiègle alors que je portais à mes lèvres la coupe encore pleine, et en prenait une petite gorgée, puis une deuxième.

« Moi ? Voyons, monseigneur… Je ne suis qu’une jeune femme… Qu'est-ce que le glorieux meneur d’hommes pourrait avoir à craindre de… moi ?»

J’aimais jouer, c’était une facette de mon être que j’avais eu bien peu d’opportunités de montrer. Les temps n’avaient pas été à la légèreté ces dernières années, et il m’avait fallu me plier à la gravité des événements. Je respirais pleinement pour la première fois depuis bien longtemps. L’espace d’un après-midi, aux côtés d’Oberyn Tyrell, je serais une jeune femme, je pourrais ressentir la caresse du vent sur ma peau, me délecter des senteurs naturelles d’un jardin magnifique, et m’adonner à un jeu qui avait animé les après-midi de ma jeunesse.

Ma voix s’était fait douce, mon visage angélique. L’ironie qui se cachait derrière mes paroles ne transparaissait guère sur mes traits, ni même dans le ton de ma voix. S’il avait été plus naïf, Oberyn Tyrell aurait sans doute pu pensé que je le flattais sincèrement, que je tentais par là de le séduire. Mais naïf, il ne l’était pas. Il comprendrait, et là était tout l’intérêt de ce jeu de dupes que nous mènerions. Je feignais l’innocence, l’insouciance, mais alors que je reposais mes yeux sur le plateau de jeu, mon regard se faisait plus déterminé, plus affuté.

Le jeu de cyvosse était de ceux où tout était permis, car il ne s’agissait pas seulement de positionner ses pions, mais bien d’adopter la bonne attitude, au bon moment. Je bougeais une pièce, lui en bougeait une autre, et pendant une minute nous nous contentions d’enchaîner les coups, ne nous lâchant que très peu du regard. Alors qu’il bougeait une nouvelle pièce, je voyais son regard dériver vers l’une des miennes. Il avait une stratégie en tête pour moi, tentait d’anticiper mon prochain mouvement, de prédire celui qu’il ferait suivre. Là était bien le signe que l’homme était un stratège militaire, car il tentait d’avoir deux, trois coups d’avance. Cela aurait sans doute fonctionné à merveille, si la stratégie qu’il avait en tête avait été la mienne.

Il avait fait une erreur cruciale. Celle de me croire impatiente et emportée, comme je l’étais naturellement. Il semblait envisager une guerre éclair de ma part. Il était vrai que je pouvais à présent utiliser mon dragon, et l’utiliser pour détruire de nombreuses pièces. La stratégie était, dans l’immédiat, parfaite, car aucun trébuchet ou archer ne se trouvait à proximité pour menacer mon dragon. Cette stratégie était la favorite de ceux qui voulaient une victoire rapide, éclatante, et sans appel. Pourtant… A y regarder de plus près… La position du dragon serait alors sécurisée mais… il serait piégé. Le dragon était puissant, la pièce maîtresse de tout jeu, le mettre hors d’état de nuire était difficile mais pas impossible. Si j’utilisais mon dragon à cet instant, alors sans doute obtiendrais-je une victoire facile durant la première bataille. Mais je perdrais la guerre. Au premier mouvement mon dragon serait enserré entre catapultes, derrière une forêt entravante, trébuchets un peu plus loin mais surtout, il serait à la merci de la seule pièce capable de le neutraliser… Le dragon d’Oberyn Tyrell.

Non. Ma stratégie s’installait sur un temps bien plus long. Alors que mon regard se mêlait toujours à celui du seigneur Tyrell, je repoussais délicatement une mèche de cheveux qui s’était aventurée sur l’une de mes épaules. Une effluve florale s’en échappait et se mêlait bientôt aux senteurs boisées et vertes du bosquet où nous avions trouvé refuge. Je bougeais pour la première fois depuis le début de notre jeu, pivotant légèrement mon corps vers le fond du bosquet et ses escaliers de verdure, afin de dégager mes jambes de la table.

Mes montagnes étaient parsemées, deux à deux, ne laissant dès lors qu’une petite fenêtre de tire afin de pénétrer sur mon territoire… comme un col d’étranglement pour toute unité un peu trop fournie. Suivait une forêt, destinée à ralentir toute progression, et peuplée d’unités que la forêt protégeait alors de toute attaque de dragon. Plus loin, apparaissait la rivière, où les unités seraient à nouveau ralenties et davantage vulnérable face aux éléphants et archers qui se trouvaient à proximité.

Contre toute attente, je me levais, délaissant mon compagnon de jeu un instant. Non loin des escaliers en fleur, avaient été disposés de magnifiques rosiers. Les bourgeons que j’avais vus quelques mois auparavant étaient devenus de magnifiques fleurs. Je prenais une courte seconde pour les observer, consciente du regard d’Oberyn Tyrell, et probablement de sa méfiance quant à ce mouvement soudain. J’en cueillais une avec délicatesse, faisant en sorte de ne pas me blesser, et là n’était pas un exercice facile. Une fois la fleur recueillie, je me dirigeais d’un pas lent, lascif presque, vers la table, et me positionnais aux côtés du seigneur Tyrell, lui faisant face, le toisant de haut avec un sourire enjôleur.

« Sans doute allez-vous croire que ce hasard est trop heureux pour être authentique… »

D’un geste leste, sans quitter son regard, je lui tendais la rose magnifique que je venais de couper. Celle-ci émergeait droite, comme prolongement de ma main.

« Serait-ce un signe de votre victoire à venir, Lord Tyrell ? Peut-être devrais-je dès lors capituler, si même mes propres jardins semblent vous offrir une place de choix… »

Il eut été facile de reprendre ma place en reculant d’un pas, mais je préférais faire un pas en avant, contournant le seigneur du Bief dans son dos, l’enrobant d’une senteur qui m’était propre, comme un prédateur tournerait autour de sa proie. Oh, je n’étais pas de ces êtres assez confiants pour se voir en prédateur, mais il ne s’agissait pas que je le sois… il s’agissait que Lord Oberyn Tyrell, suzerain de l’Est, le croit.

Reprenant place, je bougeais rapidement une pièce sans importance, ne faisant guère avancer le jeu, et ne lui donnant pas plus d’informations sur mes coups à venir.

« Et bien, Seigneur Tyrell, jouez… ne faites pas attendre votre reine. »

Je riais, amusée de le presser alors que j'avais moi-même pris mes aises, allongeant le temps à loisir autour d'une fleur symbolique. Le jeu prendrait sans doute un tour nouveau, car s’il s’était seulement s’agit de battre mon frère, autrefois, aujourd’hui bien d’autres enjeux se présentaient. Oberyn Tyrell et moi-même étions entrés dans un jeu ancestral, aux règles floues et aux issues insondables. Pourquoi lui ? Peut-être avait-il été là au bon moment, au bon endroit… Ou bien peut-être s’agissait-il d’autre chose. Le temps, seul, le dirait. Le temps, et ce jeu.

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Oberyn Tyrell
BIEF
■ Localisation : Hautjardin, dans le Bief
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Dim 11 Mar 2018 - 10:23


Rhaenys & Oberyn

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair


« Si vous ressortez vainqueur, Monseigneur, alors cela voudra dire que je vous avais sous-estimé. » Cette phrase prononcée avec une voix ensorceleuse revenait sans cesse à ses oreilles tandis que les deux adversaires se jaugeaient mutuellement, leurs deux regards empreints d'une intensité sans pareille s'entremêlant pendant un long moment. Le temps semblait s'être suspendu, le lien invisible unissant Rhaenys Targaryen et Oberyn Tyrell paraissant se renforcer à mesure qu'il se prolongeait... Tout tenait dans cet échange : l'instinct qui les avait poussé à se rapprocher, le désir profond de se cerner l'un l'autre sans s'autoriser à flancher, l'intuition qu'une entente naturelle était possible... Combien de temps avait-il duré ? Nul ne saurait le dire, mais l'ardeur qu'ils y avaient mis tous deux était lourde de sens. La Reine céda cependant, sans en donner l'air, rompant le contact en retrouvant un sourire malicieux et en trempant ses lèvres dans sa coupe de vin. « Moi ? Voyons, monseigneur… Je ne suis qu’une jeune femme… Qu'est-ce que le glorieux meneur d’hommes pourrait avoir à craindre de… moi ?»

Le Sire de Hautjardin lâcha un rire amusé, court mais franc, percevant sans mal l'ironie derrière le masque gracieux d'innocence, et cette phrase donnait le ton que prendrait le reste de la partie : Rhaenys jouerait sur le jeu des apparences, s'en servirait à son avantage, se plaisant à lui laisser croire ce qu'il avait envie de voir pour mieux le tromper et le faire tomber dans ses pièges rusés. C'était très habile, et il allait être terriblement difficile pour lui de percer les mystères des plans de sa souveraine, car il n'avait pas encore pu tout à fait la cerner... Mais quelque chose lui disait qu'elle ferait exactement toujours l'inverse de ce qui paraissait le plus évident... La partie s'annonçait fine et redoutable. Parfait... Discrètement, le Tyrell observa son adversaire, sondant chacun de ses traits et regards, et il put entrevoir l'éclat d'intelligence brûlant dans ses prunelles violettes. Oh non, il ne la sous-estimerait pas... Et son jeu serait des plus sournois en réponse à cette adresse manifeste.

Pendant quelques minutes, le silence régna, simplement interrompu par le mouvement des pièces et les multiples œillades que les deux joueurs s'échangeaient. L'atmosphère était aussi tendue qu'elle était agréable et pleine de défi, et Oberyn s'amusait déjà du jeu de dupe qu'il était secrètement en train de préparer. Il la sentait, il sentait son regard se poser sur lui et examiner attentivement la moindre de ses décisions de jeu, de même qu'elle suivait avec une minutie exacerbée ses coups d’œil sur le plateau. Alors, en bon stratège et manipulateur, le bieffois avait décidé d'en tirer profit, pour lui faire croire à une stratégie qu'il était en train d'adopter. Rhaenys voulait jouer sur les apparences trompeuses ? Soit, il la prendrait à son propre jeu et cela semblait marcher au vu de l'air vainqueur qui flottait sur son visage, malgré elle, à chaque coup qu'il faisait, pensant réellement qu'elle avait vu juste dans sa stratégie... Elle se détendit même, pivotant sur elle-même pour étendre ses jambes. Une fraction de seconde, Oberyn étira sa bouche en un rictus triomphant, mais le fit s'évanouir bien vite, pour ne pas se trahir. La jeune femme croyait qu'il établissait sa stratégie sur les dragons et il ne l'en détrompa guère, pour le moment, ses mouvements allant dans ce sens, apparemment... mais ce n'était qu'une illusion, car les pièces qu'ils bougeaient et plaçaient de façon extérieurement prévisible suivaient en réalité un tout autre schéma qui paierait aussi bien, car bien plus surprenant...

Il avait avancé ses trébuchets et catapultes, de manière à lui faire croire qu'il se préparait au mouvement de son dragon, prêt à le prendre en tenaille avant de déplacer son propre dragon pour l'achever. Mais, dans tout jeu, de temps à autre, il y a des pièces que l'on bouge pour patienter, pour faire durer le jeu, brouiller les pistes et prendre le temps d'assurer la mise en place de sa stratégie plus complexe. Alors Oberyn avait nonchalamment commencé à bouger sa cavalerie légère, comme s'il s'en préoccupait peu alors même qu'il avait lentement l'intention de pénétrer le col que sa souveraine avait formé pour limiter l'accès à sa forteresse... Le seigneur du Bief avait même adroitement placé sa propre forteresse à côté d'une forêt et d'une rivière, prévoyant d'entrée de jeu de s'en servir comme abri lorsqu'il préparerait l'assaut de sa cavalerie : une fois cachée à l'intérieur, Rhaenys devrait d'abord l'assiéger et la détruire avant de pouvoir toucher à sa cavalerie, ce qui lui laisserait le temps de la déplacer hors d'atteinte... Son dragon était encore à l'abri derrière une montagne, et son roi se trouvait largement protégé par le dragon, un éléphant et une unité d'archers. C'était là l'erreur la plus commune, même parmi les meilleurs joueurs de Cyvosse : négliger le roi... Car si le dragon était certes la pièce maîtresse de ce jeu, la plus puissante et qui permettait les victoires les plus éclatantes, l'on avait tendance à oublier que la partie se terminait sur la prise du roi adverse, non sur celle du dragon... Protéger son roi et prendre celui de l'autre restait la priorité, tout en s'évertuant à occulter ce fait des yeux de son rival pour l'entraîner dans le combat de leurre. Et ça, c'était une chose que maîtrisait le Gouverneur du Sud, sur le plateau de Cyvosse tout comme sur l'échiquier politique de Westeros. Et c'était bien ce qui, chaque fois, terminait par déstabiliser ses ennemis ou par faire de lui un incompris que l'on accusait d'immobilisme et de frilosité. Ils ne comprenaient simplement pas l'intérêt réel se cachant derrière chacune de ses décisions. Les faibles d'esprit...

La vraie stratégie de Rhaenys, celle dépassant la simple défense de ses pièces, restait cependant une énigme obscure pour le Tyrell, et ses iris céruléennes tentaient de sonder l'âme de la Targaryen... L'aplomb qu'elle affichait avec ostentation n'était pas loin de le désarçonner, s'il n'était pas si habitué à jouer à ce genre de jeu où se mêlent stratégie et intérêt personnel, où la frontière entre jeu et réalité devient nébuleuse et incertaine. Oberyn contint un rire -sachant pertinemment qu'il s'agissait là d'une guerre des nerfs et qu'il ne devait pas laisser entrevoir ce qu'il pensait vraiment- en voyant Rhaenys pousser le vice un peu plus loin, se levant, contre toute attente, pour s'emparer de tout l'espace et lui prouver qu'elle ne craignait rien à lâcher le plateau du regard. Elle se dirigea avec une grâce toute féline vers les rosiers épanouis, humant leur doux parfum en oubliant, semblait-il, le jeu, et le regard terriblement intrigué du brun ne pouvait détourner sa contemplation transperçante. Oberyn gardait sa tête penchée sur le plateau de marbre, continuant à analyser le jeu, mais relevait ses prunelles à intermittences régulières pour surveiller les mouvements insolites de sa partenaire. Elle était décidément redoutablement habile, n'hésitant pas à employer tous les moyens pour servir sa stratégie... Digne des plus grands joueurs, songea t-il, ceux qui savent que le jeu ne se résume pas au plateau, mais à l'atmosphère, à la perception que l'on a et que l'on donne... Que cherchait-elle à faire, et quelle était son intention avec cette disposition sur le plateau ?... Il se gardait des coups bas, il ne les connaissait que trop bien, aussi était-il méfiant, mais véritablement excité par ce combat silencieux et sans violence, mettant tous ses sens en éveil. Un sourire narquois étira ses lèvres alors qu'elle revenait, plus belle que jamais, une fleur à la main, pour se placer tout près de son concurrent. Elle s'était faite séductrice, consciente de sa beauté, de la maîtrise de ses mouvements et de la surprise qu'elle venait de créer, amusée par la réaction qu'elle avait anticipée chez le seigneur Tyrell... et celui-ci était hypnotisé, non par son élégance et son merveilleux corps, mais par la force intelligente qui se dégageait d'elle. Elle était de celle possédant une aura plus grande qu'elle, la dépassant pour envelopper son auditoire. Au-delà d'être charmé, Oberyn lui concédait peu à peu son respect, chose qu'il offrait pourtant avec une extrême parcimonie.

« Sans doute allez-vous croire que ce hasard est trop heureux pour être authentique… Serait-ce un signe de votre victoire à venir, Lord Tyrell ? Peut-être devrais-je dès lors capituler, si même mes propres jardins semblent vous offrir une place de choix… » Rhaenys l'observait de toute sa hauteur, un sourire ensorceleur sur les lèvres, alors qu'elle lui tendait une magnifique rose, symbole de sa maison. L'ironie un brin sarcastique ressortant de ses paroles agrandit le sourire d'Oberyn et donna à son regard un nouvel éclat, une lueur malicieuse et entendue, une lueur effrontée qu'aucun seigneur possédant tous ses esprits oserait afficher à sa souveraine. Mais le Bieffois était différent, beaucoup plus franc dans ses rapports et étant fier de revendiquer le courage de ses pensées : après tout, il valait parfois mieux jouer franc-jeu pour gagner le respect et la confiance, pour prouver que l'on n'était pas que des carpettes apeurées d'élever un peu trop la voix, et qui mieux qu'une reine pourrait apprécier ce genre de qualité, elle qui devait être entourée de sujets rivalisant de courbettes et de circonvolutions ridicules ? Rhaenys, entre tous, devait être lasse des mensonges et des jeux d'apparence.

Inclinant galamment la tête en remerciement, Oberyn se saisit de la fleur ainsi tendue, prenant garde aux épines dangereuses. La rose était d'un rouge profond, couleur du sang, avec ces reflets un peu noirs que les rayons du soleil s'amusaient à lui donner en jouant sur ses pétales de velours pourpre. Il porta la rose à ses narines pour en humer la fragrance, prêt à dégainer une analyse plus subtile, mais ce fut l'effleurement fugitif et gracieux en réalité qu'il sentit dans son dos, accompagné d'un parfum de jasmin qui, de toute évidence, n'émanait pas de la rose rouge. Malgré lui, Oberyn frissonna, et ferma les yeux une fraction de seconde comme pour se rabrouer lui-même de sa bêtise : s'il ne prenait pas garde, il finirait par tomber dans le piège délicieux de sa reine. Décidément, elle savait parfaitement utiliser tous les coups possibles... La belle épousée reprit sa place, indolente, le regard perçant d'une braise attirante et bougea un lancier, pièce insignifiante à ce stade et qui ne l'aidait guère à comprendre où elle voulait en venir... « Et bien, Seigneur Tyrell, jouez… ne faites pas attendre votre reine. »

Un léger rire cristallin et moqueur s'échappa de la gorge de Rhaenys, se plaisant à jouer de sa position pour mener le temps de jeu à sa guise. La moue d'Oberyn devint mutine et ses yeux allèrent du plateau au regard de la Targaryen, prenant le temps d'analyser le tout sans perdre son charme débonnaire. La tension étrange existant entre ces deux êtres était palpable mais insaisissable, et bien que faisant confiance à son instinct, Oberyn ne souhaitait pas faire de faux pas face à la souveraine des Sept Couronnes. Aussi prenait-il le temps, comme à son habitude, pour choisir ses mots et les meilleurs angles à prendre. « Ma reine, loin de moi l'envie de vous déplaire, mais je crains que la précipitation ne soit l'ennemi de tout bon stratège... comme vous le savez et l'avez parfaitement prouvé. » Il riva son regard dans celui de la jeune femme, une lumière complice brillant dans ses prunelles, pour lui montrer qu'il avait parfaitement compris son mouvement de tout à l'heure. Le temps et la patience étaient souvent des paramètres déterminant dans la victoire, et peut-être avait-elle fait l'erreur de penser qu'il ne le savait pas et ne le mesurait pas. La Valyrienne avait également fait l'erreur de croire qu'à son tour Oberyn penserait qu'elle négligerait ces paramètres...

Il soutint son regard améthyste longuement, un sourire insolent flottant sur son visage, avant de finalement reporter son attention sur la rose rouge, l'examinant sous tous ses angles avec un sérieux analytique. « Voyez-vous, Majesté, malgré vos efforts à me faire croire à ma possible victoire providentielle, permettez-moi de voir en cette somptueuse fleur un tout autre signe... » Oberyn lève la fleur, comme pour mieux l'admirer, la mettant à distance égale entre Rhaenys et lui-même, pour l'offrir à son observation. « Contemplez cette magnifique rose rouge, Votre Grâce, et remarquez cette couleur si profonde et franche. Vous voyez dans la forme la symbolique de ma maison... quand je vois dans le fond la symbolique de la vôtre... » Son regard aiguisé se fixe de nouveau dans celui de Rhaenys. « Aussi, deux choix s'offrent à moi à cet instant précis, Majesté : » Le Sire de Hautjardin s'arrête un instant, opérant une pause démontrant sa maîtrise de l'art de la rhétorique. Il rapproche la rose de son nez pour en humer le parfum, laissant en suspend sa réplique pour attiser la curiosité de Rhaenys et renforcer l'effet désiré.

« Le premier est de vous croire parfaitement sincère et -oserais-je dire- naïve dans vos paroles. Ce qui pourrait me pousser à opter pour un certain type de stratégie, m'incitant inconsciemment à vous sous-estimer. » Une pause supplémentaire lui permet de simuler une action sur le plateau, s'emparant d'une catapulte pour l'avancer vers le dragon de Rhaenys. Mais bien vite, il remet la pièce en place. « Le deuxième est de voir dans vos mots d'abord une flatterie trompeuse, car c'est le symbole de votre maison et votre propre victoire que vous voyez dans cette fleur, et ensuite une volonté de me mettre en confiance pour mieux resserrer le piège de votre stratégie autour de moi. Ce qui, de toute évidence, m'inviterait à choisir une toute autre tactique, bien moins claire car vous me révéler un fait important : il est vital de me méfier de vous... » Il bouge une unité d'archers dans une direction apparemment aléatoire, qui de prime abord ne paraissait conduire à rien. Mais dans son esprit, Oberyn anticipait déjà ses coups futurs, imaginant la perplexité de sa reine face à ce mouvement. « J'opte pour cette deuxième solution, non seulement car vous sous-estimer serait une erreur mais aussi parce qu'en stratégie militaire, j'ai appris à ne jamais me fier aux soit-disant signes et autres augures hasardeuses. Seule l'analyse précise des forces et faiblesses, froide et calme, des lieux, des hommes et des chefs permet de tracer un chemin sûr et viable. »

Le Tyrell scrute sa souveraine, sa bouche s'étirant en un demi-sourire sibyllin, et ses prunelles azurs devenant velours alors que la connivence séductrice s'y cachait : il était persuadé que Rhaenys avait à présent compris qu'elle s'était trompée en croyant avoir deviné le but de ses manœuvres. Avec délicatesse, sans de départir de sa mine affable, Oberyn dépose la rose à sa droite, la plaçant au milieu, de nouveau à distance égale entre la reine et lui, couvant du regard cette fleur que l'on avait voulu affubler du nom de symbole. « Cependant, ma reine, si nous ne jouions pas l'un contre l'autre sur ce plateau, c'est une autre symbolique que j'aimerais voir dans cette fleur de paradis. Celui d'une alliance étroite entre la rose du Bief et le rouge du Dragon. Regardez, Majesté... » Oberyn relève un regard perçant vers Rhaenys... « Regardez comme cette union rend cette fleur sublime, harmonieuse, faisant d'elle l'impératrice de ce bout de jardin. »

Oberyn balaye soudain du regard l'ensemble de leur cocon fleuri, entamant un grand geste de la main pour inviter la Targaryen à faire de même. « Mais comme je l'ai dit, il ne faut jamais se fier aux signes, car l'on peut leur faire dire absolument n'importe quoi. Voyez cette rose blanche, sa couleur pourrait m'inciter à y voir un signe de rapprochement entre Stark et Tyrell, pourtant, je n'ai guère à faire aux nordiens, nos intérêts communs sont trop lointains voire inexistants, sans parler du problème que leur absence au couronnement soulève. Mais loin de moi l'intention d'entrer dans ce débat épineux, nous ne sommes point là pour ça. Observez cette fleur bleutée aux tonalités grisées, je pourrais proclamer le signe réel de l'alliance de longue date entre le Val d'Arryn et le Bief, consolidée par deux mariages... Regardez cette rose aux teintes jaune orangé, je pourrais vous dire qu'elle annonce une possible entente entre le Bief et Dorne, et pourtant, que les Sept m'emportent si cela devait arriver... il ajouta rapidement... sauf votre respect, Majesté, loin de moi l'idée de mettre en péril vos travaux de paix et d'union. Je ne cherche pas querelle aux dorniens, tant qu'ils laissent mes frontières tranquilles et je peux tout à fait me contenter d'une neutralité indifférente. »

Oberyn lui offre un sourire flegmatique et quelque peu désabusé, avant de se saisir de sa coupe et de siroter quelques gorgées de vin. Après avoir reposer son verre, le Tyrell croise ses bras et les appuie sur la table de pierre, se penchant légèrement en avant, se rapprochant du visage de Rhaenys, un air de connivence flottant sur ses traits réguliers et malicieux. « Les signes sont ce que nous en faisons, et leur signification n'est que question de volonté. Quelle est donc votre volonté cachée, Majesté ? » Oberyn la sondait, intensément, ardemment, vissant son regard dans le sien, se perdant dans l'océan violet de ses yeux magnifiques. Il y avait ce quelque chose entre eux qui titillait le suzerain du Bief et le rendait hardi. La question était double, Rhaenys le comprendrait bien. Elle s'appliquait aussi bien à sa stratégie de jeu qu'à sa réelle politique. « La mienne est bien d'y voir ce signe d'alliance dans cette rose rouge. Après tout... il haussa ses deux sourcils et afficha un air plaisantin et presque enfantin, sa voix se faisant espiègle après la pesanteur du sérieux... ne trouvez-vous pas que nous allons bien ensemble, ma reine ? Nous sommes tous les deux beaux, intelligents, drôles et nous aimons jouer à la Cyvosse, de vraies âmes sœurs ne trouvez-vous pas ? » Son sourire s'agrandit et il s'autorisa à rire, se moquant de lui-même et de ses paroles presque candides. Il avait voulu détendre l'atmosphère, lui rendre ce côté léger que la tension avait alourdi, et montrer à Rhaenys qu'il savait ne pas se prendre au sérieux.

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Mer 16 Mai 2018 - 20:44

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...


« Ma reine, loin de moi l'envie de vous déplaire, mais je crains que la précipitation ne soit l'ennemi de tout bon stratège... comme vous le savez et l'avez parfaitement prouvé. »

La réaction du seigneur du Bief avait été largement à la hauteur de mes attentes. Il y avait dans cette partie quelque chose que je n’avais pas pu expérimenter lorsque j’affrontais mon frère… Une tension inexplicable qui diffusait le jeu dans tout l’espace, le laissant s’incarner dans nos gestes, nos regards, peut-être même nos sentiments. Cela faisait bien longtemps maintenant que je n’avais pas ressenti pareille chose : la légèreté de n’être qu’une jeune femme badine, se laissant aller à séduire, à jouer des atouts dont elle dispose.

Alors qu’il n’hésitait pas à appuyer sur le fait qu’il avait compris ma stratégie de déstabilisation, nos regards s’ancraient l’un à l’autre, mêlant défi et attraction. Attraction… sans doute le mot aurait-il pu paraître fort et sans doute la connotation était-elle dangereuse. Pourtant il n’était plus guère possible d’ignorer cette force qui nous unissait autour du plateau de jeu et rendait cette partie bien plus intense qu’elle n’aurait du l’être. Je ne connaissais que fort peu le seigneur du Bief, c’est pourquoi cette sensation de connivence et de complicité naturelles était si perturbante. Il y avait quelque chose d’envoûtant dans ce tête à tête impromptu, quelque chose d’hypnotisant dans la manière que l’un et l’autre avions de nous regarder, de nous sourire, de toujours conserver la barrière des convenances tout en détruisant, seconde après seconde, la distance protocolaire qui aurait du régner.

« Voyez-vous, Majesté, malgré vos efforts à me faire croire à ma possible victoire providentielle, permettez-moi de voir en cette somptueuse fleur un tout autre signe... »

J’inclinais la tête sur le côté, un sourire entendu aux lèvres. Je ne m’étais pas attendu à moins de sa part. Il y avait de ces êtres qui apparaissent immédiatement comme une évidence. Je ne pouvais guère me targuer de pouvoir anticiper chacune des actions et pensées du seigneur de Hautjardin, bien au contraire et c’était là que résidait l’étincelle pimentant notre rencontre, pourtant j’avais immédiatement compris qu’il était de ceux qui ne laissent pas passer un défi sans le relever.

« Contemplez cette magnifique rose rouge, Votre Grâce, et remarquez cette couleur si profonde et franche. Vous voyez dans la forme la symbolique de ma maison... quand je vois dans le fond la symbolique de la vôtre... Aussi, deux choix s'offrent à moi à cet instant précis, Majesté :

Le premier est de vous croire parfaitement sincère et -oserais-je dire- naïve dans vos paroles. Ce qui pourrait me pousser à opter pour un certain type de stratégie, m'incitant inconsciemment à vous sous-estimer. »


Je souris à le voir déployer un arsenal rhétorique impitoyable, jouant gaiement avec mes nerfs alors qu’il feignait de déplacer une pièce pour la reposer la seconde suivante. Je ne pouvais, malgré moi, retenir un petit rire amusé. Mon corps tout entier n’avait pu que se tendre lorsqu’il se saisissait de la petite pièce, mes yeux ne pouvant que la suivre des yeux. Alors qu’il reposait la pièce d’un geste leste, mon regard la délaissait pour se fixer sur ses mains, remontant progressivement le long de ses bras pour s’ancrer à nouveau dans le sien alors qu’il reprenait la parole.

« Le deuxième est de voir dans vos mots d'abord une flatterie trompeuse, car c'est le symbole de votre maison et votre propre victoire que vous voyez dans cette fleur, et ensuite une volonté de me mettre en confiance pour mieux resserrer le piège de votre stratégie autour de moi. Ce qui, de toute évidence, m'inviterait à choisir une toute autre tactique, bien moins claire car vous me révéler un fait important : il est vital de me méfier de vous... »

Alors qu’il bougeait, à dessein cette fois, une autre pièce, je pouvais à nouveau sentir mon corps se tendre, mon esprit étant entièrement dévoué à l’étude de ce nouveau mouvement. Je ne parvenais pourtant pas à en déceler l’importance ou la logique, et alors que je fixais mon regard sur le plateau de jeu, les sourcils légèrement froncés et le visage redevenu instantanément sérieux, la voix d’Oberyn s’élevait à nouveau.

« J'opte pour cette deuxième solution, non seulement car vous sous-estimer serait une erreur mais aussi parce qu'en stratégie militaire, j'ai appris à ne jamais me fier aux soit-disant signes et autres augures hasardeuses. Seule l'analyse précise des forces et faiblesses, froide et calme, des lieux, des hommes et des chefs permet de tracer un chemin sûr et viable. »

J’avais voulu retrouver mon sérieux pour calculer un instant les conséquences associées au déplacement de chaque pièce, mais je m’interrompais pour boire une gorgée de vin et contempler celui qui me faisait face. J’avais pu entrevoir l’aspect très intellectuel du seigneur Tyrell, son envie de calculer et déterminer de manière rationnelle la marche à suivre, et pourtant j’avais également entrevu une toute autre facette de sa personnalité. Sans doute l’homme passionné et spontané laissait-il place au chef de guerre rationnel et stratège. C’était une dualité intéressante, bien souvent difficile à maintenir, et j’admirais cette capacité là… dont j’étais moi-même totalement dépourvue.

Oh je n’étais pas incapable de stratégie ou de rationalité, mais j’avais appris à me connaître, « froide » et « calme » n’étaient guère deux qualificatifs adaptés à ma personne.

Il avait pourtant tort sur un point. La stratégie ne pouvait se résoudre à une analyse de paramètres, elle était soumise à un environnement changeant, elle devait prendre en compte tant de critères humains qu’elle ne pouvait être entièrement rationnelle. Analyser les forces et les faiblesses, les lieux, les hommes et leurs meneurs étaient une partie du jeu… une partie de l’affrontement… mais l’instinct était ce petit plus qui menait de la victoire au triomphe. J’en étais convaincue. Toute bonne stratégie devait prendre en compte les signes et augures, car ils étaient parfois une construction mentale nécessaire à recevoir et comprendre les avertissements de notre instinct.

« Cependant, ma reine, si nous ne jouions pas l'un contre l'autre sur ce plateau, c'est une autre symbolique que j'aimerais voir dans cette fleur de paradis. Celui d'une alliance étroite entre la rose du Bief et le rouge du Dragon. Regardez, Majesté... Regardez comme cette union rend cette fleur sublime, harmonieuse, faisant d'elle l'impératrice de ce bout de jardin.

Mais comme je l'ai dit, il ne faut jamais se fier aux signes, car l'on peut leur faire dire absolument n'importe quoi. Voyez cette rose blanche, sa couleur pourrait m'inciter à y voir un signe de rapprochement entre Stark et Tyrell, pourtant, je n'ai guère à faire aux nordiens, nos intérêts communs sont trop lointains voire inexistants, sans parler du problème que leur absence au couronnement soulève.

Mais loin de moi l'intention d'entrer dans ce débat épineux, nous ne sommes point là pour ça.

Observez cette fleur bleutée aux tonalités grisées, je pourrais proclamer le signe réel de l'alliance de longue date entre le Val d'Arryn et le Bief, consolidée par deux mariages...

Regardez cette rose aux teintes jaune orangé, je pourrais vous dire qu'elle annonce une possible entente entre le Bief et Dorne, et pourtant, que les Sept m'emportent si cela devait arriver...

… sauf votre respect, Majesté, loin de moi l'idée de mettre en péril vos travaux de paix et d'union. Je ne cherche pas querelle aux dorniens, tant qu'ils laissent mes frontières tranquilles et je peux tout à fait me contenter d'une neutralité indifférente.

Les signes sont ce que nous en faisons, et leur signification n'est que question de volonté. Quelle est donc votre volonté cachée, Majesté ? »


Le déroulé du discours d’Oberyn Tyrell était intéressant, et il semblait avoir délaissé un instant la cyvosse pour se concentrer sur un jeu grandeur nature… celui de la politique et des alliances. Quoi de mieux, pour cela, que d’utiliser son environnement à priori innocent de tout biais ?

« Il est appréciable, monseigneur, que vous ayez l’œil pour apprécier le travail de nos jardiniers… Et l’attention que Sa Majesté et moi-même avons souhaité porter à la représentation des familles de Westeros… »

Il était amusant qu’Oberyn ait pris soin de relever les différentes couleurs présentes au sein des bosquets pour appuyer sa démonstration… car elles n’étaient guère le fruit du destin. La diplomatie n’était pas toujours une seule affaire de négociations et d’affrontements, et les symboles étaient parfois plus parlants que les plus complets des discours. Cela avait été mon choix que de disposer au sein du jardin des fleurs aux couleurs de chacune des familles suzeraines du Royaume, et – attention qui ne fut pas célébrée comme je l’avais espérée – même une fleur dont la teinte évoquait le blason de la famille Martell. Les fleurs, de plus, n’étaient pas toutes des roses. Les fleurs bleues aux reflets argent, symbolisant la famille Arryn, les blanches de la famille Stark, les belles jaunes aux couleurs Baratheon et enfin celles orangées, de la famille Martell, étaient des lisianthus, ressemblant à s’y méprendre à de belles roses sauvages. Les fleurs rouges aux reflets noirs, symbolisant évidemment ma propre Maison, les dorées qui faisaient honneur à la famille Tyrell, celles qui déployaient un bleu plus profond et dont le bout des pétales affichait une teinte rouge, à l’image du blason de la famille Tully, étaient bien des roses, mais d’espèces différentes.

Certaines existaient naturellement, il nous avait suffit de les trouver et de les installer au cœur de ce jardin que nous faisions revivre. D’autres fleurs, aux couleurs moins naturelles, avaient du être greffées, et l’art du jardinier déployait sa superbe avec un résultat impressionnant.

« La mienne est bien d'y voir ce signe d'alliance dans cette rose rouge. Après tout... ne trouvez-vous pas que nous allons bien ensemble, ma reine ? Nous sommes tous les deux beaux, intelligents, drôles et nous aimons jouer à la Cyvosse, de vraies âmes sœurs ne trouvez-vous pas ? »

Son rire était plus que contagieux. Détournant le regard, sans doute par pudeur, peut-être pour un respect inutile des convenances, je me laissais aller à rire avec lui à l’unisson. Nous rions un long moment, sans doute aussi pour laisser derrière nous les allusions politiques qu’il avait savamment amenées. J’avais consciemment évité de répondre quoique ce soit, soulagée d’avoir une explication rationnelle à fournir sans entrer dans le détail de la géopolitique et des alliances. Si mon rôle de Régente avait exigé de moi d’être de ces conversations auparavant, ma nouvelle condition de Reine m’était encore trop étrangère pour que je sois à l’aise pour discuter de sujets si stratégiques, même avec un seigneur allié. Avais-je seulement le droit d’évoquer de tels sujets en l’absence du Roi ou de sa Main ? Qu’étais-je à présent sinon une figure décorative dont les occupations devraient se limiter aux fleurs et aux banquets ?

Le son de nos deux rires entremêlait baissait progressivement, à mesure que nos yeux se rencontraient, se fuyaient, pour finalement se retrouver. Il y avait eu nécessité de réinstaller cette légèreté entre nous, de refaire une place à la badinerie alors même que la stratégie ne l’avait que trop évincée. Pourtant, à mesure que nos rires devenaient plus discrets, se transformant finalement en sourires affichés, puis en sourire distraits, un autre sérieux s’instaurait.

Je ne savais pas ce que motivait ce retour au sérieux après un tel fou rire, mais il semblait que l’intensité de nos deux regards entremêlés intimait le respect à nos visages. Nous restions ainsi un long moment, ne sachant trop que dire ou bien que faire, simplement interloqués de ce lien intense et perturbant qui s’était lié entre nous. La phrase humoristique du seigneur du Bief était, par bien des aspects, risible, et pourtant elle évoquait à couvert une réalité qui nous frappait en cet instant. Si nous n’étions pas des âmes sœurs, il y avait cependant quelque chose d’insondable, d’immatériel, qui nous poussait l’un vers l’autre. Il aurait sans doute était impossible d’expliquer ce qui se produisait à cet instant, aucun mot ne me venait pour justifier cette envie qui était la mienne de rester des heures durant à deviser avec l’homme qui me faisait face. Je le connaissais si peu, et rien encore ne m’avait confirmé qu’il méritait ma confiance, et pourtant il me semblait impossible de partir.

« Les plus beaux affrontements, les jeux les plus brillants ne sont pas ceux où les adversaires jouent l’un contre l’autre… mais bien ceux où ils jouent l’un avec l’autre. »

Il n’y avait pas de belle victoire sans glorieux adversaire, et c’était bien l’autre qui donnait à la partie toute son aura. C’était chose vraie autour d’un plateau de cyvosse, mais cela se vérifiait dans l’art de la guerre lui-même.
Les mots semblaient s’être faufilé hors de mes lèvres tant ma voix n’avait été qu’un souffle. Je ne souriais plus vraiment, ne riais plus vraiment, toute entière dédiée à la tension délicieuse qui s’était installée autour de nous. De nos visages concentrés s’échappait une impression de sourire mutin, d’esprit intrigué de se voir tant happé par un moment si trivial. Nous ne faisons que nous regarder, comme nous l’avions fait depuis le début de ce jeu, mais alors qu’il avait verbalisé l’idée de l’âme sœur, Oberyn avait mis le doigt sur quelque chose qui nous avait enveloppé depuis notre première danse : cette incapacité frustrante à expliquer ce qui nous poussait à nous entendre si bien, si naturellement.

Les rires badins qui s’élevaient autour de nous n’avaient pas su nous déranger jusqu’alors, mais l’arrivée de deux jeunes gens, ayant visiblement dépassé le simple stade de la joute verbale, brisait ce moment. La demoiselle était très jeune, les cheveux d’un blond plutôt foncé, de petite taille mais très fine. Le jeune homme n’était pas beaucoup plus grand, mais sa carrure laissait entendre qu’il avait su profiter pleinement de sa formation militaire pour développer sa force. Il y avait quelque chose d’amusant et d’attendrissant dans les petits éclats de rire qu’ils laissaient tous deux échapper. C’était le son de la jeunesse, du badinage et de l’aventure. Combien de fois m’étais-je retrouvée au milieu de ces bosquets secrets, accompagnée d’un jeune homme épris, écoutant avec délectations ses douces paroles. Les deux jeunes gens pénétraient dans le bosquet sans y penser, dans la précipitation, osant – sans doute pour la première fois – se donner un baiser passionné, rassurés par l’intimité que leur offrait cet endroit magnifique et protégé.

Ce fut le jeune homme qui, le premier, réalisa son erreur.

« Majesté… Monseigneur… »

Il avait relâché son étreinte immédiatement, rougissant à la vue de ceux qu’il avait interrompu. La jeune fille l’imitait rapidement, évitant soigneusement nos regards. Il n’y avait là rien de honteux, mais sans doute aurais-je moi-même été quelque peu désarçonnée d’être surprise ainsi par la Reine et le seigneur du Bief.

La jeune fille était une demoiselle de la maison Rosby, sans doute ne l’aurais-je jamais reconnue si elle ne m’avait pas été présentée il y a peu. Aux vues de la réaction d’Oberyn, je devinais que le jeune homme était des terres du Bief. Une coïncidence qui prêtait à sourire, et m’aurait parue bien énorme si elle m’avait été racontée.

Je ne pouvais m’empêcher de rire face à l’absurdité de la situation. Le destin avait-il eu l’envie de se joindre à notre jeu ? Nous nous étions levés pour faire face à nos visiteurs impromptus, et alors qu’ils quittaient le bosquet avec précipitation, nous nous retrouvions à nouveau face à face, la stature du seigneur du Bief recouvrant sans peine la mienne. Levant la tête pour capter son regard, je lui lançais d’un air mutin :

« Et vous qui disiez ne pas croire aux augures et aux signes… Seigneur Tyrell vous ne pourrez nier que le hasard aura eu à cœur de vous faire mentir. »

Nous reprenions place autour du plateau, à présent largement distraits de notre jeu et de nos stratégies, et cette fois-ci bien malgré nous. Je restais un instant silencieuse, fixant le plateau des yeux pour déterminer quel serait mon prochain mouvement. Pourtant, je ne jouais pas, trop occupée à sourire de cet intermède de jeunesse.

« Avez-vous vu leurs regards ? »

J’avais approché mon visage de celui d’Oberyn, au-dessus du plateau, murmurant d’un air amusé.

« … Seigneur Tyrell, peut-être avons-nous saboté une union qui s’annonçait pourtant plus que passionnée… »

Là encore je lui adressais un regard amusé, entendu, comme l’on chuchote quelques secrets honteux à l’oreille de son camarade lorsque le précepteur tourne le dos. Cependant, alors que le regard d’Oberyn changeait, que son sourire devenait presque provocateur, je réalisais avec embarras le possible double sens de ma phrase. Je détournais les yeux, presque instinctivement, tentant de dissimuler la rougeur de mes joues alors que je craignais que le seigneur du Bief ne s’imagine que mes intentions ou mes sous-entendus n’étaient pas si chastes qu’ils en avaient l’air.

L’homme continuait à m’offrir ce sourire provocateur, une attitude que beaucoup n’auraient osé afficher en ma présence, surtout lorsque tout chez moi démontrait le plus grand embarras. Etait-ce donc si étrange que je ne trouve pas cela dérangeant ou bien offensant. Après quelques secondes à me maudire d’avoir laissé échapper un sous-entendu aussi grivois, je m’accordais un moment de répit en dissimulant mon regard derrière la coupe portée à mes lèvres. Lorsque j’ouvrais à nouveau les yeux, Oberyn me fixait toujours ainsi, provoquant contre toute attente un nouvel éclat de rire.

« Vous voyez très bien ce que je voulais dire, Lord Tyrell, cessez donc avec ce sourire narquois ! »

Je bougeais une pièce d’un geste spontané, laissant penser que ce n’était qu’un geste réflexe dépourvu de toute matière stratégique. En réalité, ce mouvement, à nouveau, n’avait pas grand intérêt pour l’avancement du jeu. Malgré le défi qui s’était noué entre nous, il me semblait avoir perdu l’intérêt pour l’issue de cette partie, car bien d’autres choses occupaient mon esprit. Sans doute serait-ce là les raisons de ma défaite, et peut-être Lord Tyrell était-il plus habile que moi lorsqu’il s’agissait de retourner à la concentration la plus parfaite et sereine après de tels rebondissements. Si cela devait signer son triomphe, alors je me surprenais à l’accepter. Vaincre ne résidait pas seulement dans la capacité à écraser son ennemi, c’était aussi savoir perdre. Il n’y avait, en effet, de sentiment plus grand, plus doux, plus fort, que le bonheur d’une victoire succédant un échec. Perdre aujourd’hui, c’était peut-être gagner demain après tout.

« Sans doute souriez-vous de mon inconfort car vous êtes plus familier de ce badinage, il se murmure que la Cour de Hautjardin est le berceau de l’amour courtois et de la séduction… Mais n’allez pas croire que le Donjon Rouge n’ait pas été, un jour, un rival à la hauteur. »

Le Donjon Rouge avait été un lieu de fêtes, de richesses et de légèreté. Le Donjon Rouge avait été le théâtre de mes jeunes années, l’écrin précieux qui avait hébergé les années d’innocence et de flirt qu’avait été mon adolescence. Maegor, la guerre, l’exil, rien n’avait été épargné et il m’avait semblé, un temps, que plus jamais je ne retrouverai le jardin de mon enfance. Pourtant, alors que la musique lointaine nous berçait, que les fleurs et leurs senteurs enchanteresses envoûtaient nos sens, et que, enfin, les jardins retrouvaient de leur superbe… Il me semblait voir renaître de ses cendres la beauté, la joie, et tout ce qui faisait de nous… des êtres humains.

lumos maxima

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Oberyn Tyrell
BIEF
■ Localisation : Hautjardin, dans le Bief
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Dim 21 Oct 2018 - 15:16


 Rhaenys & Oberyn

 Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair

 

 Ses yeux pétillaient.

Il s'amusait comme une petit fou. Oberyn Tyrell avait joué avec les nerfs de la reine, se plaisant à déplacer les pièces les unes après les autres sans aboutir à un résultat, et sa stratégie avait trouvé un écho parfait dans les réactions vives mais subtiles que Rhaenys n'était parvenue à dissimuler. Il prenait un plaisir coupable à torturer ainsi son intellect et sa patience, ayant pris soin de lentement dérouler son argumentation pour attiser davantage sa curiosité.

« Il est appréciable, monseigneur, que vous ayez l’œil pour apprécier le travail de nos jardiniers… Et l’attention que Sa Majesté et moi-même avons souhaité porter à la représentation des familles de Westeros… »

A cette phrase, le Tyrell marqua un temps d'arrêt, rivant son regard dans celui de Rhaenys avant de sourire, ses sourcils haussés, et de hocher la tête en signe d'assentiment admiratif. Elle avait mis un point d'honneur à lui montrer que ce qu'il avait pris pour un plaidoyer banal utilisant les fleurs innocentes qui les entouraient était loin de l'être, et que son désir de minimiser l'importance des symboles se trouvait presque ainsi annulé, en lui démontrant que ces jardins mêmes qu'il avait pris à témoin représentaient un grand symbole d'un royaume unifié dans le giron de la Couronne. Le respect avait pointé dans ses iris azurées. Puis il avait  continué sa rhétorique, jusqu'à démystifier ses dires en lançant une boutade. Deux âmes sœurs faites l'une pour l'autre...

Leurs deux rires s'entremêlèrent, montant à l'unisson dans l'écrin secret que leur offrait ce bosquet. Oberyn avait fait mouche, il avait su rendre sa légèreté badine à leur entretien impromptu, et l'écho de leurs voix résonna encore quelques instants. Elle avait détourné le regard, lui donnant soudain l'aspect d'une jeune jouvencelle rougissant aux jeux de l'amour courtois quand celui ci devenait peut-être trop palpable pour être ignoré. La reine avait disparu quelques secondes, laissant place à la femme. De la même façon que la Reine avait pris la place de la Régente. A aucun moment Rhaenys n'avait tenté de relever une de ses allusions politiques, petites piques pourtant savamment placées. Elle est prudente... C'était une qualité qu'il appréciait pour la partager, c'était gage d'esprit froid et fin, capable de se raisonner pour annihiler des réactions ou des paroles régies par l'impulsion du moment. Sa condition avait changé et elle en avait parfaitement conscience. Et le changement avait dû être rude pour une femme de cette dimension. Mais le respect de son nouveau rang ne l'empêchait certes pas de réfléchir et de penser, et Oberyn se faisait déjà une joie de parvenir un jour à entrevoir ce qui se cachait dans ce joli cerveau. Nul doute qu'il avait plus encore à offrir que ce qu'il daignait aujourd'hui dévoiler.

Leurs rires s'estompèrent, tandis que leurs regards, eux, s'intensifièrent. Le retour au sérieux amenait avec lui cette électricité existant naturellement entre eux, et le respect mutuel semblait s'instaurer de lui même. Il aurait pu rester des heures ainsi, noyé dans la profondeur de ses prunelles améthystes, là où il croyait déceler l'existence d'un pair, une âme-soeur qui allait bien au delà d'une banale et grossière attirance charnelle. Non, c'était bel et bien la reconnaissance d'un esprit identique au sien, qui le comprenait d'instinct sans qu'il soit besoin de s'expliquer.

« Les plus beaux affrontements, les jeux les plus brillants ne sont pas ceux où les adversaires jouent l’un contre l’autre… mais bien ceux où ils jouent l’un avec l’autre. »Son sourire s'agrandit de nouveau, et pour acquiescer il prit son verre de vin et le leva en sa direction, comme pour trinquer à ses paroles, avant d'en siroter quelques gouttes. IL s'agissait là de sages paroles et d'une réalité implacable. Mais alors que leurs regards continuaient de se jauger et de se chercher l'un l'autre, conscients de leur entente innée, un jeune couple surgit des buissons. A se voir ainsi surpris par cette irruption, Oberyn se rendit compte qu'il en avait oublié les festivités qui battaient leur plein à quelques mètres à peine. Sa reine lui avait offert un écrin d'intimité, un moment hors du temps qui les avait menés tous deux bien au delà de ce à quoi ils s'étaient attendus. Mais voilà qu'ils étaient ramenés à la réalité : ils n'étaient pas seuls et pouvaient à tout moment être interrompus.

L'espace d'une seconde, les deux jeunes gens ne les avaient pas remarqués, trop occupés à s'échanger des oeillades suggestives et des sourires gourmands. Déjà le jeune homme se saisissait de la jeune jouvencelle par la taille, cette dernière feignant de vouloir s'en échapper quand tout son corps pourtant se rapprochait de son soupirant. Oberyn et Rhaenys s'étaient tous deux levés, reprenant en un éclair leur posture et leur carrure de suzerain, leur dignité dû à leur rang, mais le Tyrell ne put masquer un sourire narquois tandis qu'il observait le jeune Trystan Boule, seize ans tout juste, rouler des mécaniques devant sa dulcinée. Trystan venait d'être adouber chevalier par lord Fossovoie dont il avait été longtemps écuyer, et Oberyn se souvenait encore de l'enfant un peu enrobé et complètement gauche qu'il avait accueilli à Hautjardin lors de ses premières années de pupille. Dans sa naïveté ignorante, il avait osé courtiser la belle Jeyne Tyrell, qui l'avait royalement envoyé sur les roses, sous les railleries de leur entourage.

Lorsque les regards des deux hommes entrèrent en contact, il vit en une fraction de seconde que cet épisode honteux de sa jeune vie lui revenait en mémoire également, le faisant brutalement rougir et balbutier quelques paroles d'excuses en s'inclinant profondément devant la royale compagnie avant de déguerpir. La jeune fille lui était inconnue, mais il avait pu l'apercevoir au sein de la délégation des Terres de la Couronne. Le lord échangea un regard furtif avec la Targaryen, ses lèvres pincées pour contenir un rire qui ne demandait qu'à sortir. « Et vous qui disiez ne pas croire aux augures et aux signes… Seigneur Tyrell vous ne pourrez nier que le hasard aura eu à cœur de vous faire mentir. » Cette fois, le gouverneur du Sud lâcha un rire franc et sonore, de son timbre de voix de basse chaleureuse. « Je m'avoue vaincu par le Destin qui se sera amusé de moi et de ma prétention ». D'un signe de main galant, il invita Rhaenys à reprendre place autour du plateau. « Avez-vous vu leurs regards ?… Seigneur Tyrell, peut-être avons-nous saboté une union qui s’annonçait pourtant plus que passionnée… » Elle s'était penchée au dessus du plateau, susurrant ses mots d'un ton de confidence indiscrète et grivoise... Une flamme aguicheuse éclata alors dans le regard d'Oberyn et son sourire se fit polisson. Le double-sens manifeste ne lui échappa guère, mais ce qui l'amusa avant tout fut la réaction presque naïve de Rhaenys en se rendant compte de ce qu'elle venait de dire. Elle était soudain gênée, rougissante et mal à l'aise, telle une jouvencelle qui aurait prononcé des paroles par mégarde, mots déclenchant tout ce qu'elle ne voulait pas et qui pourrait compromettre le voile de pureté dont elle se devait de se recouvrir.

Oberyn se garda bien de dire quoi que ce soit, se délectant à laisser planer l'embarras, l'attisant même en maintenant ses yeux rivés sur sa reine, ses yeux lascifs et une bouche provocatrice. Il aimait ces jeux de l'amour, du flirt, c'était ceux qui l'avaient bercé toute sa vie, alors qu'il avait grandi au sein de la cour la plus sensuelle de Westeros. Il se remémorait ses jeunes années, tandis qu'il prodiguait sourires mutins et caresses furtives aux plus belles filles du Bief, chacune s'amusant autant que lui à ces jeux de chat et de souris. Il se rappelait ces oeillades enflammées dissimulées derrière une apparence prude, ces poésies aux multiples sens qui échauffaient les esprits alors que les plus hardis d'entre eux entreprenaient de dévoiler les sens les plus crus aux jeunes filles les plus farouches, s'amusant de leur embarras manifeste... La douceur de vivre de Hautjardin lui manquait et le rendait nostalgique d'un temps antérieur, celui qui n'avait pas encore connu la trahison de l'ami de toujours.

Rhaenys, pour masquer sa gêne, but une gorgée de vin, pensant ainsi rompre le lien étrange que le Tyrell s'évertuait à nouer après son commentaire tendancieux, mais voyant qu'il n'en était rien, elle laissa s'échapper un rire cristallin et amical. « Vous voyez très bien ce que je voulais dire, Lord Tyrell, cessez donc avec ce sourire narquois ! » Il aimait ce pouvoir qu'il avait acquis à force d'évoluer dans les cours bieffoises, au contact de sa mère, celui de l'assurance insolente, qui lui permettait d'être face aux plus grands sans pour autant perdre sa flamme provocatrice. Et malgré tout, il y avait ce quelque chose dans son sourire, dans son allure, qui le rendait avenant et sympathique, ce qui lui permettait de ne pas s'attirer les foudres de ses interlocuteurs face à son insolence affichée. Il pouvait tout se permettre, en sachant ne jamais franchir les limites qui changeaient en fonction de la personne qu'il avait en face de lui.

« Altesse, vous m'offensez, mon sourire n'a rien de narquois, ce n'est que mon sourire habituel, lié à ma bonhommie naturelle ! Il avait lâché un petit rire satisfait avant de feindre l'étonnement le plus pur, haussant les sourcils et étirant un peu plus ses lèvres... Voulez-vous donc que j'arrête de sourire, Majesté ? Je crains que cette partie ne prenne une tournure austère... » Elle avait bougé une pièce, le ramenant à la réalité de la partie qu'il avait fini par oublier, pour s'adonner à un tout autre jeu. Mais le cavalier qu'elle bougea lui ouvrit un champ de possibilités merveilleux. En un instant, le Tyrell avait organisé le schéma de ses prochains coups, qui lui permettrait alors de prendre le roi de son adversaire. Mais il se garda bien d'agir de façon impulsive, ne souhaitant pas lui dévoiler son jeu, ni son impatience à terminer cette partie de la façon qu'il le voulait. Il fallait jouer l'indifférence, elle baisserait alors la garde, lui laissant le loisir d'avancer ses pions comme il l'entendait sans qu'elle s'aperçoive de sa stratégie. « Sans doute souriez-vous de mon inconfort car vous êtes plus familier de ce badinage, il se murmure que la Cour de Hautjardin est le berceau de l’amour courtois et de la séduction… Mais n’allez pas croire que le Donjon Rouge n’ait pas été, un jour, un rival à la hauteur. »

« A vous de me le prouver, Majesté... »

Le seigneur de Hautjardin la fixa un moment, un sourire insolent sur les lèvres, laissant planer le silence tandis que Rhaenys restait presque interdite face à ses paroles osées. Mais bien vite, Oberyn laissa s'échapper un petit rire, contemplant le plateau et s'appuyant sur ses avants bras, de manière à se pencher un peu en avant, vers Rhaenys. « Vous m'avez percé à jour, Majesté, je rends les armes ». Il souriait toujours, de cet air simple et amical qu'il arborait depuis un certain temps. Il se sentait bien en compagnie de sa reine, et pouvait être lui-même sans craindre qu'elle ne s'offusque. « Je ne suis pas familier de ce badinage, ma reine... Le badinage est tout simplement un mode de vie à la cour de Haujardin, un code, que chacun se doit d'appliquer. Je suis né dedans et ma noble mère vous confierez que déjà à l'âge de deux ans, je m'amusais à charmer mon entourage... Il se pencha encore un peu plus vers Rhaenys.... Il paraîtrait que ma nourrice ne savait rien me refuser, préférant parfois risquer le courroux de sa suzeraine, au profit de quelques mots doux et câlins savamment distribués par son petit lord. » Il pencha la tête sur le côté, d'un air entendu, avant de rire à nouveau.

« Ma mère et mon entourage m'ont appris à badiner au même titre que mon père m'enseignait l'art de la guerre et l'Histoire de Westeros. Car pour pouvoir naviguer dans les eaux troubles du Bief, il faut en maîtriser les poissons roublards barbotant dedans. Quoi de mieux que les plaisirs de la vie, les arts, les jardins pour satisfaire ses sujets ? Pourquoi la crainte devrait être le nerf de la loyauté ? Je n'y crois guère. Je crois à l'Amour, Majesté. La vie est courte, votre Grâce. Et dans les labyrinthes boisés et fleuris de ma demeure, j'ai profité de la vie, comme le plus petit de mes vassaux. » Son sourire s'agrandit légèrement, et son regard se fit séducteur, avant qu'il ne se saisisse de son verre pour en siroter le nectar. « Mes terres natales, gorgées de douceur et de soleil, ses roses, ses pairies, ses jardins et ses fontaines... sont une invitation à la légèreté, alors les murmures que vous entendez sont bien réels. Nous aimons rire, nous aimons chanter, nous aimons aimer... Nous aimons tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécu, n'en déplaise à certaines âmes trop prudes et trop austères qui sont promptes à condamner notre comportement. Et que les Sept m'en soient témoins, les dorniens sont bien pires que nous. »

Oberyn posa son verre avant de s'emparer d'un de ses dragons pour le déplacer sur le plateau. Voilà qui préparerait bien son terrain... « Quant au Donjon Rouge, ma reine, je ne doute pas une seconde de sa capacité à être rivale. Il n'y a qu'à voir ses jardins luxuriants, ses alcôves secrètes disséminées ça et là, digne des recoins amoureux du labyrinthe de Hautjardin. Et surtout... » Il se pencha de nouveau en avant, s'approchant du visage de Rhaenys. « Il suffit de contempler la Reine en ces lieux qui ne fait montre d'aucune difficulté à se laisser aller au plaisir d'une simple partie de cyvosse, perdue au milieu de son jardin, en compagnie d'un insolent bieffois. » Il se redressa, souriant toujours effrontément. « Je suis d'ailleurs convaincue que vous acclimater à Hautjardin ne serait pas difficile, alors que l'exercice se révèle périlleux pour d'autres ! Mon épouse a éprouvé quelques difficultés, les premières années. Il n'est pas facile d'être une femme... » Son regard se perdit soudain, devenant absent, tourné vers lui même, presque mélancolique. Il pensait à Leandra qui avait dû quitter le Val pour venir découvrir le Bief, mais il pensait encore plus à ses sœurs... Rose qui avait quitté la chaleur et la douceur, pour l'austérité et la rudesse du pays de l'honneur, et à Lorelei qui avait quitté les prairies pour embrasser les terres rocailleuses de l'Ouest... sa nouvelle demeure qui devint également son tombeau... Ces séparations laissaient toujours une marque dans son cœur, et aujourd'hui, le Seigneur de Hautjardin tremblait de voir arriver le moment où il allait devoir se séparer de sa fille adorée pour faire une bonne alliance... Le sort des femmes de sa famille restait un tourment constant. «Mais je ne lui en tiens pas rigueur, se reprit-il soudainement, sortant de sa torpeur pour continuer la conversation, je n'aime guère les terres du Val, moins de temps j'y reste, mieux je me porte... Alors qu'au Donjon Rouge, je me sens en terrain connu. » Il riva son regard dans le sien. Le message était clair. Et il espérait qu'elle en saisisse les sens multiples. Le fait de se sentir comme chez lui au Donjon Rouge attestait de la ressemblance de mœurs des deux maisons, mais il voulait également qu'elle comprenne qu'il la respectait, voyant en elle comme un esprit non pas identique, mais proche.

« Peut-être nos maisons poursuivent-elles les mêmes buts de prospérité tranquille, pour les seigneurs comme pour les petites gens, la stabilité et la paix qui seules permettent l'épanouissement. » Il avait parlé d'un ton tranquille, se parlant presque à lui même en constatant la réalité de ce qu'il était en train d'énoncer. Son visage était affable, dénué de tout calcul et de tous sous-entendu, et ce fut à cet instant qu'il comprit qu'il voyait déjà en la reine Rhaenys une possible amie, dans laquelle il pouvait placer sa confiance. Alors qu'il la voyait attraper une pièce dangereuse pour sa stratégie, Oberyn tenta par tous les moyens de la distraire, espérant qu'elle déposerait sa catapulte sur une case inutile. « Vous plairait-il, majesté, de me conter les jours fastueux du Donjon Rouge, quand d'aucun vous appelait encore princesse et que l'insouciance régnait en ces lieux. »


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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: (FB) Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...   Ven 2 Nov 2018 - 22:21

Let us dance in the sun, wearing wild flowers in our hair...



« A vous de me le prouver, Majesté... »

Il était insolent, il avait la verve d’un homme dont la confiance ne peut être émoussée par rien ni personne, et il avait le charme d’un homme qui se sait beau mais dispose d’une profondeur d’âme et d’esprit en plus de ses qualités physiques. Je ne disais mot et pendant un long instant, je m’interrogeais sur la bonne réaction à opposer à une telle déclaration. Si nous avions été totalement seuls, protégés des regards extérieurs, alors sans doute aurais-je succombé à l’envie d’entrer dans ce jeu dangereux, maîtrisé cependant, et si divertissant qu’était l’amour courtois. Cependant, nous n’étions guère protégés des regards et l’interruption des deux jeunes gens me l’avait rappelé de manière amusante, certes, mais non moins claire. Lord Tyrell ne s’en formalisait pas, et sans doute était-ce cela que je trouvais si agréable. J’étais enfermée dans un protocole important, m’empêchant tout amusement public sous peine d’être victime d’une nouvelle rumeur, ou du regard réprobateur de ceux qui déjà critiquaient mon mariage. Oberyn Tyrell, lui, s’en moquait. Il se moquait de protocole tout en veillant à ne jamais faire d’entorse réelle à celui-ci, il naviguait en eaux troubles sans se départir de son sourire charmeur et… cela fonctionnait à merveille. J’avais pu constater les regards qu’il attirait, les sourires qu’il provoquait… Il y avait quelque chose d’intéressant à le voir mêler la décontraction la plus surprenante et le respect des conventions dues à son rang. Déposant ses avant-bras sur la petite table, il s’approchait de moi sans que je ne pense à reculer un seul instant. Sa bouche s’étirait en un sourire narquois, avant de redevenir plus doux et neutre.

« Vous m'avez percé à jour, Majesté, je rends les armes. Je ne suis pas familier de ce badinage, ma reine... Le badinage est tout simplement un mode de vie à la cour de Haujardin, un code, que chacun se doit d'appliquer. Je suis né dedans et ma noble mère vous confierez que déjà à l'âge de deux ans, je m'amusais à charmer mon entourage… »

Il s’approchait un peu plus, quant à moi je déposais un coude sur la table pour poser mon menton contre le revers de ma main, m’approchant légèrement par la même occasion. Malgré moi je laissais éclater un fou rire.

« Permettez-moi, Lord Tyrell, de vous dire que cette nouvelle est absolument surprenante… »

Je cessais de rire et me contentais de lui adresser un sourire narquois usant sans peine d’ironie face au seigneur lui-même presque hilare.

« Il paraîtrait que ma nourrice ne savait rien me refuser, préférant parfois risquer le courroux de sa suzeraine, au profit de quelques mots doux et câlins savamment distribués par son petit lord. »  

Ainsi la séduction avait été sa première arme. C’était une idée amusante, imaginer ce petit garçon aux yeux rieurs obtenir satisfaction à ses moindres demandes par la cajolerie. Beaucoup en auraient pu douter à ce jour, mais c’était à nouveau un point commun entre moi et Oberyn Tyrell. Je n’avais plus rien de la petite princesse choyée du passé, mais celle-ci n’avait pas son pareil pour charmer son auditoire et ses interlocuteurs. Rhaena avait toujours eu cet air sérieux que les responsabilités imposent à ceux qui doivent les porter. Elle était l’ainée de notre fratrie et elle savait qu’un jour elle serait reine. Tous le savaient. Elle épouserait Aegon et à deux ils prendraient la relève de notre père. Je n’avais jamais eu ce souci. Alors ma vie était celle de la princesse qui serait à marier un jour, celle qui devait être belle et charmante, celle à qui l’on autorisait de courir, danser, chanter, rire et se perdre dans les jardins à volonté.

« Ma mère et mon entourage m'ont appris à badiner au même titre que mon père m'enseignait l'art de la guerre et l'Histoire de Westeros. Car pour pouvoir naviguer dans les eaux troubles du Bief, il faut en maîtriser les poissons roublards barbotant dedans. Quoi de mieux que les plaisirs de la vie, les arts, les jardins pour satisfaire ses sujets ? Pourquoi la crainte devrait être le nerf de la loyauté ? Je n'y crois guère. Je crois à l'Amour, Majesté. La vie est courte, votre Grâce. Et dans les labyrinthes boisés et fleuris de ma demeure, j'ai profité de la vie, comme le plus petit de mes vassaux. »

Il n’y avait pas que Oberyn en lui-même qui était séduisant, son mode de vie l’était tout autant. Fait de plaisir, d’arts et de jardins… L’Amour et les jeux qui l’accompagnent. La légèreté de l’existence réservée à ceux qui savaient les cueillir. Il buvait, comme pour porter un toast à cette vie magnifique qui était la sienne. Alors, en souvenir du bon vieux temps, dans l’espoir d’avoir à nouveau l’opportunité de goûter aux plaisirs simples de cette vie, je prenais ma propre coupe et la portais à mes lèvres, prenant une longue gorgée devenue légèrement chaude à cause de l’action terrible du soleil.

« Mes terres natales, gorgées de douceur et de soleil, ses roses, ses pairies, ses jardins et ses fontaines... sont une invitation à la légèreté, alors les murmures que vous entendez sont bien réels. Nous aimons rire, nous aimons chanter, nous aimons aimer... Nous aimons tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécu, n'en déplaise à certaines âmes trop prudes et trop austères qui sont promptes à condamner notre comportement. Et que les Sept m'en soient témoins, les dorniens sont bien pires que nous. »

Il déplaçait son dragon, et malgré les belles images qu’il m’offrait je portais une attention particulière à cette action. Elle sortait du cadre stratégique que j’avais envisagé pour Oberyn et remettait en question mes prochains mouvements. Le fait était simple : il était parvenu à me prendre à mon propre jeu, car il avait réussi à attirer mon esprit sur les choses qui l’amenaient aisément à vagabonder. Etait-il si difficile d’ailleurs de s’imaginer qu’une jeune femme de vingt-cinq ans, mariée depuis ses vingt ans à un homme de vingt ans son ainé, éloignée de son foyer dans un Nord froid durant quatre années, devenue régente durant l’année qui précédait, et à présent reine auprès d’un roi encore mineur… Etait-il en effet si difficile de deviner que je pouvais aspirer à plus de calme, de volupté et de plaisir ?

« Quant au Donjon Rouge, ma reine, je ne doute pas une seconde de sa capacité à être rivale. Il n'y a qu'à voir ses jardins luxuriants, ses alcôves secrètes disséminées ça et là, digne des recoins amoureux du labyrinthe de Hautjardin. Et surtout... »

Il était à présent plus proche que jamais. A une distance respectable, toujours, mais perturbante car très inhabituelle pour moi. De là où il était, nous pouvions sentir nos souffles se mêler, le sien lorsqu’il prenait la parole, le mien lorsque je respirais profondément.

« … Il suffit de contempler la Reine en ces lieux qui ne fait montre d'aucune difficulté à se laisser aller au plaisir d'une simple partie de cyvosse, perdue au milieu de son jardin, en compagnie d'un insolent bieffois. »

Il se redressait, brisant le lien étrange tissé entre nos souffles et je restais dans la même position, un sourire aux lèvres.

« Aucune difficulté… pour l’instant, cher isolent. »

« Je suis d'ailleurs convaincu que vous acclimater à Hautjardin ne serait pas difficile, alors que l'exercice se révèle périlleux pour d'autres ! Mon épouse a éprouvé quelques difficultés, les premières années. Il n'est pas facile d'être une femme... »

En l’espace d’un instant il redevenait sérieux, songeur même, pensant sans doute à son épouse. Je ne su l’expliquer, mais le simple fait qu’Oberyn Tyrell pense à la condition d’une femme à Westeros renforçait cette proximité que nous avions instauré. Il était différent. Il ne l’était pas nécessairement dans ses affaires d’Etat, et sans doute était-il, comme les autres, opposé au fait que les femmes soient à la tête de fiefs et royaumes. Pour autant il mesurait la souffrance que représentait la condition féminine : les mariages imposés, devoir quitter son foyer parfois pour des contrées aux antipodes de celui-ci, s’adapter à de nouvelles coutumes et souffrir parfois de l’incompréhension de ceux qui étaient sa nouvelle famille. Être une femme dans cette société était indubitablement difficile, et il était rare que ce fait soit reconnu par nos hommes et seigneurs.

«Mais je ne lui en tiens pas rigueur, je n'aime guère les terres du Val, moins de temps j'y reste, mieux je me porte... Alors qu'au Donjon Rouge, je me sens en terrain connu. »

Il n’y avait là plus de rire ou de sourire narquois, le visage d’Oberyn était détendu, un sourire léger sur les lèvres, mais il ne s’agissait guère là d’une blague… C’était une affirmation lourde de sens.

« Au même titre que vous semblez reconnaître le Donjon Rouge comme un terrain connu, j’ai le sentiment qu’il me serait aisé de me faire à votre contrées, Lord Tyrell. »

Là non plus je ne souriais pas outre mesure. C’était ma manière de répondre de concert à la déclaration qu’il venait de faire, à demi mot. C’était ma façon de lui faire comprendre que je reconnaissais en lui un esprit semblable, une âme sœur. Il était étrange pour moi de constater qu’un lien s’était noué si rapidement entre nous deux. Il y avait évidemment des enjeux politiques au cœur de tout cela, puisque je ne pouvais plus me départir de ce titre de Reine et qu’il était né pour être suzerain du Bief. Cependant il y avait quelque chose au-delà, car j’étais habituée à ces relations de pouvoir, et elles n’avaient jamais eu le goût léger de la relation qui m’unissait à Oberyn Tyrell.

« Peut-être nos maisons poursuivent-elles les mêmes buts de prospérité tranquille, pour les seigneurs comme pour les petites gens, la stabilité et la paix qui seules permettent l'épanouissement. »

« Prenez garde, Lord Tyrell, à force de lire dans mes pensées ainsi je risquerais de vous penser magicien. »

Je plongeais mon regard dans le sien un long moment, avant de diriger mes yeux vers le tableau de jeu, poser un doigt sur une pièce et me perdre dans des réflexions foisonnantes, imaginant mille stratégies et milles manières de réagir face à son nouveau coup.

« Vous plairait-il, majesté, de me conter les jours fastueux du Donjon Rouge, quand d'aucun vous appelait encore princesse et que l'insouciance régnait en ces lieux. »

Je délaissais à nouveau le tableau pour reposer mon regard sur Oberyn. Je restais silencieuse un instant pour trouver le début de cette histoire de princesse et d’insouciance, si lointaine qu’elle ne semblait plus être la mienne.

« Et si je vous montrais, plutôt ? »

Pour la première fois depuis de longues minutes, l’assurance d’Oberyn était ébranlée car il ne s’était visiblement pas préparé à une telle réponse. Je me levais, vidant ma coupe d’une traite avant de la remplir à nouveau, et remplissant la sienne également jusqu’à vider entièrement la carafe. Plantant mon regard dans celui du seigneur Tyrell, je le défiais clairement de celui-ci, reculant progressivement vers la sortie du bosquet un large sourire aux lèvres, les yeux pétillants. Cueillant une rose à la volée, je l’ajoutais à la couronne de fleurs déjà présente sur ma tête avant d’atteindre l’arche végétale qui marquait formellement la sortie du bosquet. Oberyn s’était levé, sa coupe à la main, hésitant peut-être sur l’attitude qui devait être la sienne, et se questionnant peut-être sur la suite des évènements. Je le laissais s’approcher, lentement, hésitant, et alors qu’il atteignait presque l’arche je me mettais à courir dans la direction opposée de celle du cœur de la fête, vers un lieu dont seules quelques personnes avaient connaissance.

J’avais craint au départ qu’il ne me suive pas, et si les premières secondes de ma course confirmaient ma crainte, j’étais rapidement rattrapée par le seigneur du Bief et nous continuions notre course effrénée vers le lieu que je m'obstinais à garder secret. A mesure que nous progressions nous n’entendions plus rien de la fête, de la musique et des rires, et la mer reprenait ses droits sur notre ouïe. Nous quittions les jardins ordonnés, les bassins, fontaines et bosquets, et rejoignions une partie rarement fréquentée des jardins, hébergeant une petite mare agrémentée d’une cascade. Nous dépassions la cascade, semant régulièrement quelques gouttes du précieux nectar que contenaient nos coupes. Tenant d’une main la coupe, de l’autre ma robe, je ne parvenais guère à me retenir de rire, et tout cela combiné avait rapidement raison de mon souffle. Fort heureusement nous arrivions bientôt, et je m’arrêtais finalement en haut d’une crête donnant sur la mer. Je repartais dans un rire franc, largement essoufflée mais euphorisée par la course, l’alcool et le jeu, peut-être même par l’impression d’être redevenue cette Rhaenys innocente, qui agissait selon son bon vouloir et ne se préoccupait pas des enjeux politiques. De là où nous étions, il eut été difficile de comprendre où je le menais car la crête semblait simplement se jeter dans la mer.


« Allons, soldat ! »

Cette fois, mon regard se faisait plus équivoque, plus provocateur, charmeur. Je ne lui laissais pas le temps de répondre et attrapais sa main pour le tirer vers un petit arbuste qui dissimulait habilement le début d’un escalier de pierre inégal et potentiellement dangereux.

« Vous me permettrez, monseigneur, de m’engager la première sur cet obstacle périlleux, je ne pourrais me le pardonner si vous deviez vous blesser. »

Nous descendions tous deux progressant rapidement vers le bas de cet escalier qui n’était autre que la petite terrasse abandonnée et fouettée par le vent en contrebas. A peine avais-je pris la main du seigneur du Bief dans la mienne que je l'avais relâchée, craignant qu'il ne me considère comme trop enhardie mais également que l'on puisse nous apercevoir ainsi. Le repère des enfants d’Aenys Ier s'ouvrait devant nos yeux, un havre de paix qui était toujours mien et que je partageais avec fort peu de personnes.

« Bienvenue chez moi ! »

Je riais spontanément, ma voix rapidement couverte par le roulis de l’eau. La mer se heurtait violemment sur les falaises lointaines, mais la géographie était telle, ici, que la terrasse était généralement protégée de sa violence. Je m’asseyais à même le sol, et Oberyn m’imitait rapidement, s’asseyant face à moi.

« Vous souhaitiez que je vous conte mes souvenirs de cette enfance joyeuse en ces lieux… Cette terrasse en fait partie. Nous venions souvent avant la lever du jour, Rhaena, Aegon, Aemon et moi, et nous restions assis, les pieds dans le vide, le regard perdus dans le bleu du ciel, attendant avec impatience que celui-ci ne s’embrase. Et il s’embrasait… toujours… »

Je tournais la tête un instant, perdant mon regard vers l’horizon.

« Vous parliez de votre tendance à charmer vos nourrices pour voir vos désirs comblés… Peut-être est-ce difficile à imaginer mais il en était de même pour moi. Imaginez-vous, j’étais la dernière fille du Roi, la petite-fille du Conquérant, portant le prénom de cette reine Rhaenys qui avait fait de palais un lieu enchanteur… Mais j’étais aussi vive, joyeuse, infatigable, et je riais… je riais souvent… j’en avais davantage l’occasion qu’aujourd’hui. »

Mon sourire se faisait plus mélancolique, et je tentais de dissimuler l’ombre de regret qui voilait mon regard en portant la coupe à mes lèvres et en laissant le vin reprendre ses droits sur mes papilles.

«  Je n’ai aucun doute que ma position particulière participait largement à mes charmes… Mais je me rappelle sans difficultés des fêtes incroyables que ma grand-mère puis mon père ont donné dans ces jardins. Un soir, nous célébrions mon anniversaire, j’avais quinze années et j’avais souhaité que nous soyons tous déguisés ! Mon frère Aegon était devenu fou lorsqu’il découvrit mon costume… J’avais fait mes recherches, et j’avais travaillé des semaines durant pour comprendre les coutumes et la mode des peuples d’Essos. Je voulais quelque chose de différent, car il était évident que de nombreux courtisans tenteraient de s’habiller à la mode valyrienne, où à défaut s’armeraient des coupes sensuelles des cités libres. Alors j’avais décidé que je serai… une Dothraki. »

Mon fou rire avait explosé à peine le mot Dothraki terminé.

« Vous auriez du voir l’expression sur le visage des invités… Je n’avais rien de la princesse délicate qu’ils avaient l’habitude de côtoyer. Les tresses de mes cheveux me donnaient un air guerrier, les matières rudes et peu luxueuses des vêtements juraient avec le décor. Pourtant bientôt l’on me questionnait sur ce peuple qui était si peu connu que j’avais connu dans les livres détaillant l’histoire d’Essos suivant la chute de Valyria. Et lors du bal suivant la majorité des jeunes femmes étaient devenues de vraies guerrières Dothraki ! Les déguisements étant basés sur des dessins bien anciens, je doute qu'un Dothraki visitant le palais à cet instant aurait pu reconnaître des femmes de sa tribu à la réflexion... »

Je riais en revoyant mentalement le choc sur le visage de mon frère, le choc de me voir si dénudée, si… peu délicate, si guerrière. Peut-être savais-je déjà à quinze ans que mon avenir serait fait de guerre et non d’amour ?

« Mes journées étaient à l’image de cette fête et de toutes les autres. La cour était mon terrain de jeu. Les jeunes hommes me pressaient d’attention… Après tout j’étais la princesse qu’ils avaient une infime chance d’épouser… Je n’étais pas celle qui épouserait son frère. Notre destin n’est jamais ce qu’il parait être au début, n’est-ce pas ? »

Je ne souhaitais pas dériver vers le sujet plus lourd de ce que m’avait réservé ma sortie de l’enfance car le glissement était rapide. Ma jeunesse et mon adolescence avaient été d’autant plus douces que la chute avait été rude. Je n’avais jamais retrouvé la douceur de vivre de ma jeunesse, jamais jusqu’à cet instant partagé avec le seigneur du Bief.

« Nous aurions sans doute été très bons amis si nous nous étions rencontrés en ces temps-ci… Peut-être auriez-vous aimé cette Rhaenys là. Elle n'aurait peut-être pas abandonné la partie de cyvosse pour s'arracher aux regards de la Cour... Elle s'en moquait. Quant à celle qui vous fait face, elle savoure l'idée de se dérober un instant au protocole... écrasant. Bien que j'eusse sans aucun doute gagné la partie... »

Je souriais simplement, levant ma coupe comme pour célébrer ce temps révolu qui me semblait rendu, l’espace d’un instant, par l’arrivée du seigneur du Bief dans ma vie.  

lumos maxima

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If I look back I am lost
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