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 Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor

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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Ven 16 Fév 2018 - 23:33




Master & Apprentice
Exaltée par les récents événements, elle parcourait les couloirs d’un pas assuré. A ceux qui l’eurent croisée quelques instants auparavant, elle était méconnaissable. La mine fermée et résignée quoiqu’un peu apeurée de l’Araignée s’était transformée en ce sourire radieux et triomphant, ce regard empli de défi et ce menton relevé qui semblait vouloir défier les plus hautes altitudes. Quelques regards curieux se posaient sur elle, s’interrogeant certainement sur les raisons qui avaient poussé la Main du Roi à laisser la Bieffoise libre de ses mouvements quand un crime avait été commis entre les murs du Donjon Rouge. Un crime dont beaucoup auraient certainement aimé la voir accusée. Après tout, n’était-il pas plaisant de voir l’Araignée intrigante de Port-Réal tomber de sa toile pour se faire écraser sous les bottes crasseuses de ceux qui constituaient la Cour ? Mais voilà, l’entrevue qu’elle venait d’avoir avec le Seigneur Cerf avait été d’une toute autre nature et c’était le cœur en fête qu’elle était sortie. L’espoir. L’espoir venait de rallumer sa flamme en son cœur, pierre incandescente sous les cendres qui luttait vainement pour ne pas être oubliée, pour enflammer un brasier ardent qui la consumerait de l’intérieur. Son époux pouvait presque compter les jours avant son retour, désormais, Elinor le savait. Elle ne lâcherait nullement cette affaire tant que battrait son cœur pour cet être aimé.

L’alliance conclue entre l’Araignée et le Cerf était notifiée dans le parchemin qu’elle tenait précieusement contre elle. Un simple carré de papier qui lui offrait l’assurance d’en voir un autre quémander à Ondrew Piète de revenir à Port Réal. Un simple bout de papier qui valait bien plus que tout l’or du monde tant le pouvoir qu’il lui offrait était grand. Au fond d’elle, Elinor était flattée de cette confiance, de ce risque que prenait le seigneur de l’Orage à l’inclure dans cette enquête en cours. Mais il n’avait guère le choix. Elle était l’ultime carte d’une main qui s’épuisait, cette pièce maîtresse d’un échiquier qui était restée passive jusqu’alors mais qui tendait à devenir agressive. Sa tête était malmenée par un nombre incalculable de pensées ne cessait plus de s’agiter. Chacun des pas de la jeune femme ramenait l’ombre sur la Capitale, elle qui en était la Princesse, la maîtresse durement contestable et contestée de ce royaume terrible où courraient les rumeurs et les secrets les mieux enfouis. L’Aranéide s’était promis de ne plus s’y risquer tant tout ceci lui avait coûté, mais pour l’amour d’Ondrew et le bonheur de le voir revenir, elle aurait plongé dans les Sept Enfers.

Un seul détail, pourtant, venait obscurcir légèrement ce bonheur, l’ombrager sans qu’elle ne l’ait désiré. Cette enquête avait été confiée à celui qui contrôlait le mieux les ombres de Port-Réal, Valyron. Maître des Chuchoteurs, c’était à lui et à ses espions de percer ce mystère. Elinor connaissait le personnage autant qu’elle appréciait énormément l’homme et elle savait pertinemment que savoir l’Araignée sur la même course que lui n’allait nullement le ravir. Le Seigneur Cerf venait, en lui demandant service, de remettre sa confiance en doute envers le Mantaryen de naissance. Au fond d’elle, la jeune femme ne pouvait se sentir en joie tant cela la gênait. L’orgueil de son ami, elle y avait déjà été confronté quand elle avait été celle qui lui était venue en aide après que Maegor ne l’ait violemment mutilé. Elle savait très bien qu’il aurait du mal à accepter cette situation et c’était pour cette raison qu’elle avait très rapidement précisé à la Main du Roi qu’elle ne souhaitait nullement entrer en compétition avec le Serpent, mais bien jouer la partie à ses côtés. Et c’était parce que ce détail était essentiel à ses yeux qu’elle n’était pas immédiatement rentrée dans ses appartements.

Finissant par plier soigneusement le document, elle le rangea dans sa robe avec soin, prenant garde à ce qu’elle ne puisse pas le perdre. Puis, hâtant le pas, elle rejoignit les appartements du maître des Chuchoteurs. Comme elle en avait l’habitude, des gardes étaient là, gardant les portes. Le règne de Maegor avait beau être mort avec lui, la confiance était une chose rare. L’Araignée, pourtant, avait le loisir de pouvoir se dire amie avec le Serpent et les gardes la connaissaient suffisamment pour savoir que leur maître ne leur en voudrait guère d’avoir autorisé cette jeune femme à pénétrer les lieux, elle a qui on avait même prêté une liaison avec le seigneur Tyvaros, jadis. Silencieuse, Elinor entra dans la large pièce principale des appartements de la Vipère de Port-d’Epices, D’un pas mesuré, elle se glissa auprès de son bureau. D’ordinaire, elle aurait patiemment attendu qu’il ne revienne, assise sur la chaise qui faisait face au fauteuil du Mantaryen ou bien installée sur son lit. Mais cela datait d’un temps révolu. Quelle était sa place désormais ? Son regard se glissa sur les documents qui trainaient sur le bureau. Méticuleux comme il l’était, aucune information confidentielle ne se trouvait notée sur les quelques papiers qui n’annonçaient rien de particulier à la jeune brune. Ses yeux noisette, alors, glissèrent jusqu’au confortable fauteuil dans lequel trônait Valyron durant leurs rencontres. Toujours de ce pas silencieux, elle se positionna à ses côtés, l’observant avec une fascination certaine. Se pourrait-il qu’un jour, elle siège à cette position plutôt que son ami ? Elle n’osait y rêver et pourtant, lui-même la reconnaissait comme étant son héritière sur ce point-là. Ses doigts vinrent effleurer le dossier. Elle ne s’était aventurée aussi prêt de ce trône une seule fois : quand sa main avait frappé avec rage la joue du Mantaryen. Un sourire amusé se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle s’imagina longuement ce que les choses auraient pu être si elles s’étaient passées autrement. D’un regard vers la chambre, elle se revit, inquiète, s’occuper des plaies brulées de cet homme qui avait osé s’élever contre le Cruel. Puis, cette autre fois où il l’avait plaquée contre le mur, ses doigts se refermant sur sa gorge avec rage.

Combien de longues minutes s’écoulèrent ? Perdue dans ses pensées, elle ne fut ramenée dans la réalité que par l’entrée du maître des lieux. Celle-ci ne manqua pas de la surprendre, la faisant sursauter et la forçant à relever son regard sans y dissimuler l’inquiétude qu’elle ressentit. Ces souvenirs n’avaient fait que ramener avec eux la terreur de ces temps obscurs autant que mauvais. La main qu’elle avait posé sur le fauteuil s’en détacha, comme s’il s’était agit d’une flamme. « Par les Sept, quelle frayeur vous m’avez faite… » Elle rit doucement tant cela était ridicule, tant cela la surprit elle-même. Se détachant du fauteuil, elle s’écarta, tant pour s’avancer vers lui que pour lui laisser la place libre. Elle pinça légèrement les lèvres, cherchant à rassembler son courage pour lui annoncer la raison de sa présence. Lui offrant son plus beau sourire, elle s’avança vers lui. « Je ne souhaite nullement vous déranger dans votre travail, mon ami… » Et du travail, il devait en avoir énormément, lui qui avait pourtant tant déçu la Main. Comment devait-elle le lui dire ? Comment procéder ? Elle tenta une approche indirecte. « J’imagine que les récents événements ne vous laissent aucun répit…. ? »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Sam 24 Fév 2018 - 13:35

Renaissance d’un Passé Brûlé

ft.








Remontant à pieds les rues pavées qui menaient au Donjon-Rouge, Valyron Tyvaros fit une pause pour s’éponger le front. Comme d’ordinaire désormais, il faisait une chaleur de bœuf dans la capitale des Sept Couronnes. Malgré la chape de plomb qui semblait l’écraser sous une température toujours plus élevée, la ville était grandement dynamique. Quelle renaissance avait connu la cité depuis les affrontements l’an passé qui avaient vu la fin de Maegor. Malgré cela, la nourriture était rationnée, et l’on manquait de certaines denrées d’ordinaire aisément achetable sur les étals des marchés de la ville, comme les melons du Bief. Malgré cela, grâce aux approvisionnements en provenance des Terres de l’Orage, la ville ne connaissait pas la disette. De nombreux marchands ambitieux venaient également mouiller en baie de la Néra pour espérer écouler leurs denrées à des prix plus élevés que nulle part ailleurs. Tout Westeos connaissait une flambée des prix de la nourriture, et seules les terres régies par les Baratheon, du fait de leur climat plus humide qu’ailleurs, connaissaient une certaine sérénité alimentaire. Le Bief avait pratiquement fermé ses exportations, consommant avidement sa propre production. Chaque région avait essayé de trouver sa parade. Le Val importait massivement, l’Ouest avait conclu un accord avec Dorne et le Conflans vivait sous perfusion orageoise. Partout sur le continent, on racontait que la sécheresse ne faiblissait pas. On ne comptait plus les cours d’eau asséchés, et même le légendaire lac de l’Oeildieu avait commencé à refluer de ses berges habituelles.

Pourtant, ce n’était pas la sécheresse qui avait conduit le maître-espion à sortir de la tanière de ses maîtres dragons. Sa caraque tolosienne, le Serpent de Mantarys, était revenue d’Essos après être allée chercher un plein chargement de pierreries dans les grands ports où le natif de Mantarys avait ses contacts. Il était venu surveiller le débarquement de la précieuse cargaison et sa mise en sécurité dans un entrepôt discret et bien surveillé, proche de l’arsenal royal. Les quelques quais dédiés à la marine royale avaient semblé bien vite après la guerre, mais grouillaient désormais d’activité alors que les Targaryen reconstituaient leur flotte d’avant-guerre avec de lourdes galères apprêtées pour affronter la haute mer du Détroit. Quel beau spectacle que c’était que de voir ces fins navires élancés aux rames brandies vers le ciel, les voiles blanches ferlées et la flamme noire battant mollement dans l’air chaud de l’après-midi rappelant le pouvoir et l’autorité incarnés par ce navire.

Si Valyron trouvait encore le temps de s’occuper de ses affaires personnelles, il n’était pas non plus descendu sans arrière-pensée. Il avait encore du mal à s’aventurer dans la cité depuis l’émeute où il avait failli perdre la vie quelques jours avant l’assaut rebelle. Il n’avait jamais pu considérer la populace de Port-Réal comme un tout digne de confiance et méritant respect et attention. Pour lui, ce n’était qu’un ramassis de loqueteux qui aurait dû s’émerveiller de vivre si près des dragons. Malheureusement, tout le monde ne partageait pas la dévotion du Mantaryen pour les Targaryen et Valyria. Aussi, jamais ne se serait-il aventuré à perdre plusieurs heures à descendre en ville, aller sur les quais et ensuite remonter pour une simple histoire de pierres précieuses. Quelques heures auparavant, l’un de ses agents était venu lui signaler qu’un cadavre revêtant les couleurs Baratheon avait été retrouvé entre deux eaux dans le port de la cité. L’affaire ne présentait aucun intérêt particulier jusqu’au moment où le corps s’était avéré être celui d’une jeune femme. Ce qui aurait pu être le simple meurtre d’un soudard des troupes de la Main prenait un tout autre intérêt. Valyron s’était donc déplacé pour voir cela de ses propres yeux pour considérer que la dépouille était considérablement dégradée du fait d’un passage dans l’eau prolongé. Il avait ordonné qu’on ne dispose pas du corps immédiatement et l’avait fait traiter par des sœurs du silence dans un petit septuaire mortuaire. Il s’était ensuite occupé de ses affaires et avait débuté son ascension vers le Donjon-Rouge.

Lorsqu’il parvint à ses appartements, le visage rougi par la chaleur et l’effort de gravir tous ces mètres, le garde en faction à sa porte lui signala que la Dame Elinor Piète se trouvait dedans, introduite par habitude. Le Serpent hocha la tête pour accuser réception de l’information et poussa la porte.

« Par les Sept, quelle frayeur vous m’avez faite… »

Valyron coula un regard surpris vers la jeune femme, ne s’étant pas attendu à la surprendre à ce point. Voilà qui était cocasse ! La jeune femme elle-même trouva cela drôle puisqu’elle se mit à rire de cette tonalité si délicate, où transparaissait toute sa noblesse bieffoise. Le rire d’Elinor avait toujours eu une vertu apaisante chez Valyron, qui ne l’avait toutefois plus entendue rire de bon cœur depuis un bon moment. Elle se déplaça vers lui pour le laisser s’installer dans son fauteuil, ce qu’il ne fit pas tout de suite. Tandis qu’elle marchait en sa direction, un grand sourire charmant apparut sur le visage de la jeune femme.

« Je ne souhaite nullement vous déranger dans votre travail, mon ami… »

Son ami. Comme cela était étrange. Elinor Piète était peut-être la seule personne en dehors de descendants valyriens que Valyron appréciait sincèrement. Il était persuadé que l’Araignée était destinée à une grande carrière parmi les ombres et il lui était toujours plaisant de voir combien elle avait progressé et appris depuis qu’ils se connaissaient. Il haussa les épaules, la visite de la jeune femme en ces temps de paix était une véritable bouffée d’oxygène, rappelant des moments difficiles, cruciaux même, mais pourtant fondateurs, et d’autres plus joyeux, comme leur célébration de la réponse de Rhaenys à leur missive.

« J’imagine que les récents événements ne vous laissent aucun répit…. ? »

Elle voulait bien entendu parler des événements survenus plus d’une semaine auparavant. Un conseil restreint aurait lieu d’ici quatre jours, et le Serpent ne doutait pas que le Protecteur du Royaume lui demanderait des nouvelles de ce côté-là. Toutefois, le maître-espion avait eu d’autres priorités, comme superviser l’enquête préliminaire sur les Arryn qui s’était avérée une fausse piste quand bien même cette famille toute entière puait la trahison selon lui. Ils avaient été obligés de laisser partir le suzerain et son épouse mais sa sœur et sa cousine tenaient encore entre ces murs, excellents leviers de pression s’il le fallait. Il avait également fallu organiser une grande campagne de fouille des appartements royaux et vérifier les identités des gardes et serviteurs royaux en priorité. Si un empoisonneur sévissait dans les coursives du Donjon-Rouge, la première chose à faire était de s’assurer qu’aucun Targaryen, à commencer par le Roi lui-même, n’était pas menacé. La surveillance sur les points d’approvisionnement de poison, officiels comme officieux, avait été renforcée et quelques interrogatoires musclés n’avaient toutefois encore rien donné. Personne n’avait entendu parler d’un tel poison, et personne ne savait qui avait porté le coup, et pourquoi. Tout restait encore possible, mais l’enquête concernant l’empoisonnement de Rohanna Baratheon, elle, n’avait pas avancé aussi vite que possible. Ne répondait pas immédiatement à la question, il alla se laver les mains dans une bassine en cuivre emplie d’eau fraîche et parfumée au citron. Ceci fait, il termina de s’éponger le front avec un ligne propre et, retrouvant un semblant de fraîcheur, pointa du doigt une carafe contenant un vin de Pentos très léger, coupé à l’eau, agrémentés de quelques fruits rouges frais pour lui donner un semblant de fraîcheur.

« Un verre ?
»

Il n’attendit pas vraiment la réponse pour déboucher le flacon et servir deux verres à pieds de cristal ciselé avec soin sur lesquels reposait le petit serpent mauve, emblème du Tyvaros et de sa noblesse toute récente qu’il devait en grande partie à Elinor. Il apporta à un verre à la jeune femme et ne s’installa non pas dans son siège derrière le bureau mais dans l’un des deux qui faisaient face à sa place habituelle, restée vide. Il se passa machinalement une main sur le visage et but une gorgée de la boisson presque fraîche avant de déposer le verre sur son bureau et conserva le regard dans le vide alors qu’il répondait à la jeune femme.

« Aucun répit, aucun répit. Il y a tant de choses à faire et si peu de temps. J’ai fait renforcer la sécurité autour de la famille royale et des membres du conseil restreint, ainsi que de quelques personnages-clés du régime, mais pour le moment aucun ne court de danger. »

Lorsqu’il voulait dire sécurité, il voulait dire surveillance, puisqu’il disposait plusieurs espions à proximité de ces personnes importantes pour le maintien de l’Ordre établi. Il n’avait guère besoin de donner de recommandations sur la sécurité apparente de ces gens qui étaient sous la garde des hommes d’armes qui assuraient la sécurité des lieux, ainsi que des gardes royaux pour les Targaryen.

« Cette affaire est tragique : quelqu’un cherche à déstabiliser le royaume. Frapper une innocente durant un tel jour ? Cela cache forcément autre chose qu’une simple vendetta. Quiconque a commandité cet empoisonnement ne voulait pas simplement frapper Robar Baratheon, sinon il aurait pu le faire n’importe quand. Là, le coupable voulait que cela soit fait aux yeux de tout Westeros. »

Ses pupilles grises rencontrèrent celles noisette d’Elinor alors qu’il se tournait vers celle qui avait été sa comparse au cœur des ombres.

« Et vous, qu’avez-vous entendu sur cette histoire ? »






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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

signature par littleharleen
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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Mer 21 Mar 2018 - 23:59




Master & Apprentice
« Comme au bon vieux temps, n’est-ce pas ? » Le sourire de l’Araignée, finement étendu en un coin, se faisait malicieux. Comme elle appréciait, évoquer le passé et ces instants où ils avaient tous deux uni leurs forces pour abattre le pire de tous les dragons. Combien de rendez-vous de ce genre avaient-ils vécu ? les rituels demeuraient semblables : Un verre de bon vin, gracieusement offert par le maître des Chuchoteurs, quelques piques lancées de part et d’autre et enfin, des manigances en tout genre qui promettait bien des choses sur l’avenir du Royaume. Achevant de s’éponger le visage, Valyron s’approcha d’un petit meuble où il remplit deux verres d’un vin rouge. Pendant ce temps, la Bieffoise de naissance avait pris place sur la chaise qui avait longtemps été la sienne tant elle semblait l’occuper. Quand l’homme revint vers elle, lui tendant son verre, elle s’en saisit, remerciant le Mantaryen de ce petit plaisir liquide. Son regard coula sur le petit serpent entrelacé aux couleurs violines qui ornait le verre, forçant un léger sourire à naître sur ses lèvres. Tant de chemin parcourut pour avoir, finalement, aidé le Mantaryen à accéder à ce qu’il était. Elinor n’était guère du genre à attendre des remerciements et savait que le Serpent ne lui en adresserait jamais à ce sujet, mais c’était elle qui l’avait aidé à se hisser à cette place qu’il chérissait. Elle pouvait au moins se féliciter de cela, en plus de la mort de Maegor.

Plongeant ses lèvres dans le nectar, elle releva ses yeux noisette vers lui tandis qu’il prenait place, non pas dans ce fauteuil qu’elle avait admiré avec une certaine fascination quelques instants auparavant, mais sur celui qui se tenait à ses côtés. Elle eut un léger sourire tandis que la vision qu’il devaient offrir, tous deux, devait être réellement celle de deux amis partageant une conversation des plus banale. Puis, Valyron prit la parole, lui apportant quelques éléments de réponses à ces interrogations à demi-formulées. La fatigue se lisait sur ses traits et ses premiers mots confirmèrent cela. Il semblait à bout de souffle, respirant difficilement, coincé en apnée toute la journée durant pour pouvoir, finalement, se détendre une fois dans ses appartements où elle était venue le déranger. Un sourire compatissant se dessina sur ses lèvres. Le temps était de ces denrées rares dont nul ne pouvait contrôler le cours. Tous en manquaient. Tous aimeraient certainement pouvoir en avoir à sa guise afin de faire durer quelques instants ou, au contraire, écourter les pires moments. Elinor était de cette deuxième partie, espérant que les jours défilent jusqu’à celui où, enfin, elle pourrait étreindre l’être aimé dans ses bras et le chérir comme ils se l’étaient mutuellement promis.

La famille royale avait été placée sous surveillance et sous bonne garde. Elle hocha légèrement la tête, satisfaite d’entendre pareille chose. Elle aussi craignait pour la vie du jeune Roi, ayant trop durement bataillé pour le voir à cette place qui était sienne et se sentant redevable envers lui qui avait soutenu sa cause, une année auparavant lors des procès qui s’étaient tenus à Port Réal. Pourtant, ses devoirs de confidente et de première dame l’appelaient à s’inquiéter davantage pour la princesse Daenys. Si elle n’en dit mot, ses pensées se tournèrent forcément vers la mère-dragon qu’elle n’avait pas vu de la journée. Tragique. Oui, cela l’était. Une femme, dame du noble et grande maison, avait été publiquement atteinte, biche touchée en plein cœur par un carreau d’arbalète d’un chasseur trop gourmand. Pire encore, ses enfants à naître demeureraient chair informe et sang épais. Elinor songea un instant à Wilhem et à ce destin qu’elle lui avait prédit durant ses derniers mois de grossesse. Pinçant délicatement les lèvres, elle baissa les yeux sur son verre tandis que le natif d’au-delà de la mer poursuivait ses hypothèses.

Finalement, croisant son regard gris, il lui demanda ce qu’elle pensait de tout cela, ce que ses oreilles d’aranéide avaient pu percevoir comme murmures dans ces ombres où elle baignait. Poussant un soupir à son tour, elle reposa son bras sur l’accoudoir, jouant avec le vin dans son verre en le faisant délicatement tourner. « Les gens ne font que débattre sur le fait de savoir si lady Rohanna était réellement la cible de tout ceci… Le jour du couronnement, j’étais là, en retrait. J’ai beau réfléchir, me refaire cet instant encore et encore dans ma tête, je n’ai nulle précision à amener, nul visage satisfait du sort de cette pauvre dame. » Elle fronça doucement les sourcils. « Mais ceux qui ont agi pour atteindre ce but, car un homme seul n’aurait pu y parvenir, avaient fait ce choix, en effet. L’instant était choisi, l’acte prémédité et peut-être même préparé depuis des semaines… Tout ceci s’est passé sous nos yeux et nous étions trop aveuglés par les festivités à venir et un règne qui s’annonçait des plus conciliants pour y prêter attention… » Sans oublier leurs soucis personnels. Elinor avait tant bataillé pour revoir son fils, pour avoir des nouvelles de son aimé qu’elle en avait oublié ces ténèbres ambiantes de la Capitale où d’autres avaient, visiblement, su se faire une place.

Finalement, se rappelant les raisons de sa visite, ce fut sur un ton détaché qu’elle entreprit de poursuivre ses paroles. « Le seigneur Baratheon m’a convoquée. » Un léger rire s’échappa de ses lèvres quand elle se rappela sa peur, l’inquiétude qui avait parcouru son corps quand les gardes l’avait conduite jusqu’à la main du Roi. « Durant un instant, j’ai bien cru qu’ils me renverraient dans les geôles noires, là où mes cris n’auraient rencontré que leur écho ou ce silence assourdissant. Mais il ne s’agissait pas de cela. » Relevant le regard vers lui, elle se mordilla la lèvre inférieure. Puis, posant à son tour son verre sur le bureau, elle attrapa le document qui se trouvait bien à l’abri dans sa robe avant de soupirer, le tendant à Valyron. « Au cas où vous vous poseriez la question… Je n’ai nullement formulé le souhait de voir ces choses se faire. Le seigneur Cerf estime seulement que je suis capable d’apporter des réponses dans cette affaire. » Elle laissa alors le Serpent prendre connaissance du document, la gorge nouée. Elle n’appréciait nullement cette position mais prévenir Valyron était un prérequis nécessaire au retour d’Ondrew. Elle ne voulait pas se battre seule. Elle ne voulait pas du Serpent pour ennemi tout comme elle n’avait souhaité que cette place devienne sienne. Mais tout ceci était arrivé et elle devrait très certainement apaiser le Mantaryen et lui faire rapidement savoir qu’elle n’était et ne serait pas son ennemi dans cette bataille.

« Je crains que nous n’allons devoir réveiller d’anciens stratagèmes, maintenant que nous devons travailler à nouveau ensemble. Et gardez en tête que peu importe ce qu’il faudra faire, je le ferais. Ma récompense dans cette collaboration m’importe plus que tout le reste. »


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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Ven 13 Avr 2018 - 0:51

Renaissance d’un Passé Brûlé

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« Les gens ne font que débattre sur le fait de savoir si lady Rohanna était réellement la cible de tout ceci… Le jour du couronnement, j’étais là, en retrait. J’ai beau réfléchir, me refaire cet instant encore et encore dans ma tête, je n’ai nulle précision à amener, nul visage satisfait du sort de cette pauvre dame. »

Valyron garda le silence. Des précisions, il en avait, lui. Il les avait partagés avec la Main dès que les choses avaient été possibles. Les Arryn faisaient figure de coupables parfaits, cousins des Stark traîtres et absents, que le mestre ayant sauvé Rohanna Baratheon accusait. Plus le temps passait, toutefois, plus il était évident que l’affaire était plus complexe qu’elle n’y paraissait.

« Mais ceux qui ont agi pour atteindre ce but, car un homme seul n’aurait pu y parvenir, avaient fait ce choix, en effet. L’instant était choisi, l’acte prémédité et peut-être même préparé depuis des semaines… Tout ceci s’est passé sous nos yeux et nous étions trop aveuglés par les festivités à venir et un règne qui s’annonçait des plus conciliants pour y prêter attention… »

C’était bien ce qui inquiétait Valyron. Son travail, à lui, c’était précisément de ne pas se laisser aveugler. Dans les semaines qui avaient précédé les festivités, il avait sensiblement renforcé son dispositif. Toutes les maisons-closes de Port-Réal avaient été mises sous surveillance. Des agents de la Couronne surveillaient chacune des portes de la ville, et le port lui-même était sous contrôle. Tous les points susceptibles de fournir de quoi préparer poisons et autres potions dangereuses avaient été discrètement gardés par des agents expérimentés, qui connaissaient les endroits d’approvisionnement légaux comme clandestins. Le Donjon Rouge grouillait d’agents infiltrés parmi les jardiniers, serviteurs, pages et autres gardes. Un travail de surveillance avait été établi depuis plusieurs semaines auprès des éléments les plus suspects, avec au premier rang la plupart des anciens Loyalistes. Malgré cela, le drame avait frappé sans sommation, sans laisser de traces. Le coup était trop parfait. C’était ce qui taraudait le plus le Serpent. Personne n’était capable de ne laisser aucune trace, surtout à la capitale.

« Le seigneur Baratheon m’a convoquée. »

Valyron répondit au rire nerveux de la jeune femme par une moue mi-concernée, mi-surprise. C’était une information comme une autre. Il le savait : Robart Baratheon était en permanence surveillé – et protégé – par les agents du Serpent. Le Cerf pouvait convoquer la Tyssier pour mille et une raisons. Le Serpent avait du mal à voir en quoi cela le concernait, mais il ne dit rien. Si Elinor lui en parlait, c’était pour une raison spécifique.

« Durant un instant, j’ai bien cru qu’ils me renverraient dans les geôles noires, là où mes cris n’auraient rencontré que leur écho ou ce silence assourdissant. Mais il ne s’agissait pas de cela. »

Il hocha la tête d’un air entendu. Il se souvenait de sa visite à la jeune Araignée peu après la chute de Maegor. Elle avait alors complètement perdu l’esprit. Il se souvenait encore de ce moment surréaliste où elle avait essayé de se donner la mort. Il croisa le regard de la jeune femme qui avait l’air soudainement assez mal à l’aise. Elle déposa son verre sur la table et lui fit passer un parchemin soigneusement replié.





Par ordre de son Excellence Lord Robart Baratheon, Protecteur du Royaume et Main de sa Majesté Jaehaerys Targaryen Premier du Nom, il est demandé à tout un chacun de coopérer pleinement et d’obtempérer aux demandes d’Elinor Piète, porteuse de ce document et appointée par son Excellence en tant qu’agent officiel le représentant.

Ses directives doivent être considérées comme un ordre direct de la Couronne, et ne doivent souffrir d’aucune question, ou d’aucun délai. Toute réclamation concernant lesdites directives ne pourra être formulée que par la suite, et auprès de son Excellence uniquement. Quiconque entravera la porteuse de ce document, ou nuira de quelque manière que ce soit à son office devra en répondre directement au Seigneur Main, et s’exposera au châtiment adéquat avec la plus grande sévérité.

Fait au dix-neuvième jour de la deuxième lune de l’an 49,


Lord Robart Baratheon
©️ sobade.




« Au cas où vous vous poseriez la question… Je n’ai nullement formulé le souhait de voir ces choses se faire. Le seigneur Cerf estime seulement que je suis capable d’apporter des réponses dans cette affaire. »

Toujours absorbé dans la lecture du parchemin, Valyron ne leva pas les yeux, parcourant les lignes rédigées de l’écriture un peu brute du suzerain de l’Orage. Il ne l’écouta d’ailleurs pas vraiment, se contentant de prendre conscience du texte qu’il avait sous les yeux. Le document désignait Elinor comme une représentante pleine et entière de Robart Baratheon, l’homme fort du moment. C’était une bonne nouvelle pour la jeune femme. Toutefois, son air presque coupable hérissait légèrement le Serpent. La dernière fois qu’elle avait eu cette moue, il s’était fait calciner le dos par un tyran complètement perdu dans sa folie.

« Je crains que nous n’allions devoir réveiller d’anciens stratagèmes, maintenant que nous devons travailler à nouveau ensemble. Et gardez en tête que peu importe ce qu’il faudra faire, je le ferais. Ma récompense dans cette collaboration m’importe plus que tout le reste. »

Travailler de nouveau ensemble ? Ce n’était pas pour déplaire au Serpent, mais pourquoi diable avait-elle l’air si coupable. Dans quel cadre allaient-ils bien pouvoir… ?

    Oh.


Un sourire vint automatiquement s’afficher sur le visage du Mantaryen. Ainsi donc, Robart Baratheon avait décidé de confier à Elinor le soin de travailler avec lui et non pas pour lui. Voilà qui faisait toute la différence. Quand bien même le document restait volontairement flou sur la véritable fonction d’Elinor, il était désormais clair qu’il comptait en réalité sur elle pour empiéter sur les plates-bandes de Valyron. Et tout cela venait directement du Protecteur. Fort bien. Valyron nota soigneusement cette information et se promit d’aller discuter avec le Régent pour lui faire comprendre sa position à ce sujet. D’une voix étrangement calme mais qui semblait comme éteinte, il parvint enfin à articuler.

« Eh bien…. Toutes mes félicitations, Elinor. » dit-il en lui tendant le papier.

La question restait de savoir à quel point la Bieffoise avait trempé là-dedans. Elle mentionnait une récompense et semblait donc confesser qu’elle avait été achetée pour le gêner ainsi. Que Robart Baratheon veuille que cette enquête aille vite était une chose, mais de là à vouloir court-circuiter directement le Maître des Chuchoteurs, il y avait visiblement autre chose. Et cela, le Serpent n’appréciait guère. Pourquoi n’avait-il pas été mis au courant avant ? Et pourquoi diable avait-il choisi Elinor ? Il se rendit compte qu’il connaissait lui-même la réponse : elle était la plus compétente de tous les autres. Depuis combien de temps courtisait-elle le Baratheon à cette fin ? Il se souvint qu’on lui avait signalé au moins une autre entrevue entre le Cerf et l’Araignée. Il se fit la promesse d’aller vérifier les dernières choses que lui avait dit Elinor : la confiance était un luxe qu’il ne pouvait plus se permettre depuis qu’il était devenu maître-espion du Roi.

« Puisque nous allons devoir collaborer, autant nous y mettre tout de suite. Je n’ai pas encore réussi à identifier quoi que ce soit. Le poison lui-même semble avoir troublé le mestre, donc ne comptons pas là-dessus. Je comptais faire interroger l’ensemble des serviteurs. Je vous communiquerai mes résultats quand je les aurais. D’ici là, il va falloir que l’on s’organise. Vous avez une idée d’où commencer ? »

Il prit une gorgée de vin, essayant de rester aussi calme qu’il ne l’était pas. Sa seule envie du moment était de se lever pour aller envoyer son poing dans le visage du Cerf régent. Ceci étant, le suzerain de l’Orage était un homme solidement bâti et il ne doutait pas qu’il répliquerait. Et de toute manière, ce n’était pas là la façon de faire du Serpent. Il prendrait le temps pour se venger de cet affront, et Robart Baratheon regretterait ce moment où il avait pu croire pouvoir humilier et contourner le maître-espion du Roi. Quant à Elinor, malgré le défaut de confiance immense qu’elle lui inspirait pour le moment, il restait curieux.

« Dites-moi. Quelle est donc cette récompense qui vous amène à ainsi revenir aux affaires ? »




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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Dim 22 Avr 2018 - 23:45




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La situation la rendait grandement mal à l’aise. Plus qu’elle ne l’aurait cru, à vrai dire. Depuis qu’ils se connaissaient, lui et elle, peut-être avait-elle espéré un jour le surpasser dans ce domaine où ils excellaient côte à côte mais où le serpent, en bon reptile, avait fini par être reconnu comme un maître. Elle le voyait, elle, au milieu des ombres, déplaçant des pions qui sillonnaient les couloirs tels de fantômes mais qui attiraient son regard arachnéen, éveillant les sens de la Bieffoise pour mieux comprendre les machinations orchestrées par le natif de Mantarys. Tout ceci, elle l’avait appris grâce à lui, quand il avait fallu qu’elle fausse compagnie aux sbires de Sighild par le passé, quand elle souhaitait comprendre les idées du maître des Chuchoteurs de Maegor. Ombre, elle était devenue et c’était en tant que tel qu’elle avait œuvré pour bien des Hommes, Valyron inclus.

Le voyant parcourir le parchemin des yeux, elle se mordilla la lèvre inférieure. Elinor craignait la réaction de celui qu’elle voyait comme un Mentor, un professeur… Un père de substitution, peut-être même. Le décevoir était chose qu’elle ne souhaitait guère et, en se voyant offrir une possibilité de le doubler, elle eut le sentiment amer d’avoir été à contre-courant de ce que lui souhaitait plus que tout. Valyron lui devait sa place. A elle et à Daenys. Mais si la princesse avait œuvré pour que les titres soient accordés et que le Conseil Restreint soit une nouvelle porte ouverte au Serpent, c’était elle qui avait murmuré les mielleuses paroles à l’oreille de la dragonne, dévastée par le sort de son seul ami et allié. Que valait-il mieux alors ? Laisser Valyron pourrir dans une condition déplorable et se concentrer sur le sort d’Ondrew… ? Ou bien placer des pions appréciables pour une suite qu’elle saurait mieux contrôler ? Le Mantaryen faisait partie de ceux qui avaient les moyens tant financiers qu’en intrigue de lui ramener son époux et une telle chance ne pouvait être mise de côté.

Portant une nouvelle fois son verre de vin à ses lèvres, elle ne le quittait pas du regard, ses yeux noisette allant de son regard au document. Et le sourire qui finit par se dessiner sur les lèvres du seigneur de Port-d’ Epices lui vrilla l’estomac. Elle n’aimait pas ce que cela pouvait annoncer. Vraiment pas. Et pourtant, il finit par retrouver la parole, la félicitant avec distance de ce que ce document lui garantissait, le lui tendant afin qu’elle puisse le reprendre. Les lèvres d’Elinor demeuraient closes tandis que ses doigts se refermaient sur le parchemin, repliant avec soin le document qu’elle rangea avec autant de précautions. Ses yeux n’osaient plus se relever vers lui, le défier. Elle aurait aimé se transformer en souris pour fuir et se faufiler loin de tout ceci. Peut être même jusqu’à Dorne s’il lui était permis de le faire. A quoi pouvait-il penser ? Qu’elle avait agi décemment pour mieux l’éclipser ? Qu’elle souhaitait sa place et les faveurs des plus grands pour mieux parvenir à ses fins… ? A ce sujet, il ne se serait guère trompé mais, de cela, l’Araignée ne s’était jamais cachée. Amie, elle l’était de bien des puissants. Elle le fut pour Maegor, pensant que cela la sauverait, que cela lui permettrait d’épargner la seule autre personne pour qui son intérêt se portait hormis elle-même. Mais les amitiés coutaient cher et de toutes, celle qu’elle entretenait avec Valyron avait été la plus appréciable. L’homme d’Essos n’était pas que désireux de la voir obéir afin de respecter un échange. Leurs discussions avaient fini par aller au-delà de ça.

Il reprit la parole, la forçant à relever le regard, le posant de nouveau sur lui. Prenant une longue inspiration, elle mit plusieurs secondes avant de comprendre qu’il se mit à lui parler de l’affaire plus directement. Elle cilla un instant avant de se reprendre, hochant la tête. Pas de piste propre. Un poison trouble. Les serviteurs… Elle se concentra sur les informations, essayant de les recouper avec celles que Robb lui avait offertes. Visiblement, le Cerf n’en savait guère plus que son maître espion et Elinor en fut presque déçue. Déçue de voir que Valyron n’avait aucun atout dans sa manche, nulle courbette qui l’aiderait à regagner la confiance du Cerf. Elle pinça légèrement les lèvres alors qu’il lui posait une question. Une idée d’où commencer ? Y-avait-il seulement un début dans ce cauchemar vivant ? Si tel avait été le cas, il n’aurait très certainement pas eu besoin d’elle pour le trouver. « J’avais pour idée de m’entretenir avec lady Rohanna. Le Seigneur Baratheon va se renseigner afin de voir si cela est possible en m’imposant certaines… Limites dans cet entretien potentiel. Je me demande si elle n’aurait rien pu remarquer, si en revenant dans ces souvenirs se produisant avant le drame, avant les cérémonies, elle aurait pu notifier quelque chose… Je pense aussi essayer de retrouver le mestre Banneth. C’est lui qui a identifié le poison, n’est-ce pas ? il ne m’est pas inconnu et… Je pense qu’une discussion pourrait être également riche en informations. » Elle poussa un long soupir, le poids sur sa poitrine devenant véritablement insupportable. S’essayant à un sourire compatissant quoique timide, elle reprit. « Pour le reste… Je crois que c’est à vous de me dire quoi faire, lord Tyvaros. » Appuyer sur le positif, continuer de flatter le Mantaryen… Des stratégies qui marchaient, habituellement…

Mais la curiosité de l’homme se fit de nouveau grande et, face à sa question, son sourire s’éteignit brusquement. Evidemment, elle s’était attendue à ce qu’il l’interroge à ce sujet, à ce qu’il essaie d’en savoir plus et si, de prime abord, elle ne comptait pas le lui cacher, annoncer une telle nouvelle dans de telles circonstances était soudainement bien plus bouleversant qu’elle ne s’y était attendue. Quittant son fauteuil, son verre de vin en main, elle se dirigea vers la fenêtre la plus proche, offrant une vue sur la baie. Poussant un premier soupir, l’Araignée ne lui accorda pas son regard quand elle reprit la parole. « La seule chose qui mérite que je m’attire les foudres d’un ami… » Un nouveau soupir lui échappa, de dépit cette fois-ci. Elle avait conscience du malaise qu’elle avait provoqué quand elle aurait pu simplement refuser cet accord avec la Main du Roi. Ne tournant que son visage, sans pour autant regarder le natif de Mantarys, elle poursuivit. « Ondrew… Ondrew serait ma récompense si je venais à aider de manière conséquente l’avancée de cette enquête. Le seigneur Robart possède les cartes maîtresses d’un jeu battu d’avance… Il est le seul à pouvoir me faire miroiter un réel retour de mon époux entre ces murs. » Elle ricana, portant son verre à ses lèvres, buvant une gorgée de vin avant de faire face au Serpent. « Je me doute que vous devez trouver cela bien ironique… Apprendrais-je un jour de mes erreurs ? Mon cœur ferait confiance à un fou s’il s’agissait de préserver la vie de mon époux et pourtant… Pourtant, cette fois, je crois les dires d’un homme qui porte l’honorable nom des Baratheon. J’ai songé à refuser, croyez-moi… Mais cette chance était trop belle pour que je me permette de la jeter au-dessus d’une épaule… » Reprenant une profonde inspiration, elle fit quelques pas vers lui, demeurant debout, essayant de retrouver cette liste d’arguments qui n’avaient fait que pencher la balance vers l’acceptation de la situation. « Toute seule, je n’y arriverais pas. J’ai besoin de vous… Et dans un certain sens, vous avez besoin de moi. Si je n’avais pas accepté, qu’aurait fait le seigneur Baratheon ? Aurait-il replacé son entière confiance entre vos mains ? Ou bien serait-il passé au nom suivant dans sa liste de supposés espions potentiels ? Vous avez l’avantage de me connaître. De connaître mes méthodes, mes ambitions et les limites quasi inexistantes de ce dont je suis capable pour obtenir ce que je souhaite. Ne me faites pas croire que la situation est aussi déplorable qu’elle en a l’air. »


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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Ven 20 Juil 2018 - 21:20

Renaissance d’un Passé Brûlé

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Une immense lassitude envahissait progressivement le cœur du Serpent de Mantarys.

Depuis tant d’années qu’il baignait dans les intrigues de la Cour, cette dernière année lui avait semblait la plus violente, amenant violence et désordre jusque dans le domaine des ombres du maître-espion, d’ordinaire coutumier de travailler au calme et sans aucune espèce de danger quelconque, du moins pas immédiat. Avec l’arrivée au pouvoir de la nouvelle génération, les courants d’influence évoluaient et chacun des jeunes loups de la politique de Westeros entendait faire briller son étoile un peu plus fortement que celle de ses rivaux. De tout cela, il se sentait subitement las. Lui-même avait finalement cédé à la tentation et au désir de voir sa propre étoile s’élever au-dessus des autres. Du roturier venu d’outre-mer, il était devenu le sire de Port-d’Epices et s’était doté d’un blason, d’une devise et d’un nom : Tyvaros. Il y était parvenu en faisant de nombreuses entorses à la morale, à la loyauté et à l’honneur, ainsi qu’avec le concours de certains alliés dont la plus importante se trouvait face à lui, arborant une mine soucieuse.

Valyron étendit les jambes sous son bureau, se les massant. La chaleur les faisait légèrement gonfler et il se sentait à l’étroit dans ses bas de soie. La chaleur écrasante qui faisait cuire la capitale des Sept Couronnes depuis plusieurs mois ne semblaient guère connaître de répit. S’épongeant une nouvelle fois le front, le serviteur du Roi se laissa aller à considérer la jeune femme qui lui faisait face. Il réfléchissait déjà à comment cette nouvelle allait impacter son quotidien. Cette histoire d’enquête préoccupait l’homme venu d’Essos. Les tenants et aboutissants semblaient véritablement plus étendus que ce qu’il semblait. Il se pencha pour attraper le flacon de verre contenant le vin de Pentos coupé à l’eau et aux fruits rouges. Le liquide avait beau être tiède, il lui semblait délicieusement frais dans la fournaise qu’était la capitale. Le Donjon-Rouge, malgré ses nombreux courants d’air et l’épaisseur de ses murs peinait à être à une température confortable.

Que devait-il penser d’Elinor Piète ? Il y avait-il seulement quelque chose à en penser ? Trop souvent, le Mantaryen s’était élevé contre certains faits qui le dérangeaient. L’amour fou que portait la jeune femme à son mari alors que cela constituait sans vraiment de surprise un point faible terrible, et pire que tout, un levier sur ses actions. Valyron darda un regard inquisiteur sur l’Araignée, ses prunelles grises sondant son âme dans ses moindres recoins, y cherchant une quelconque malice à détecter. Rien de tout cela, elle était sincère. Peut-être que jadis, le Serpent se serait dressé contre elle, la confrontant avec une violente indignation, mais ce temps-là était résolu. Désormais, Valyron aspirait à la paix en son monde. Celui qui menaçait tout cela n’était pas Ondrew Piète, encore moins son épouse. Tout pointait vers le Cerf meurtri dans son triomphe, aveuglé par la colère et la tristesse, qui chargeait au hasard. C’était lui qui serait châtié pour défier ainsi la vipère du Donjon-Rouge. Preuve était de l’attention malhonnête que portait le Protecteur à cette histoire, il n’avait pas hésiter à mettre dans la balance l’amour inconditionnel de la jeune femme pour son époux exilé pour l’amener à travailler pour lui. Valyron offrit un pâle sourire à la jeune femme.

« L’honneur, savez-vous, est une denrée rare chez les bâtards, Elinor. Les Baratheon ont beau descendre du père du Conquérant, ils portent en eux le germe du sang vicié. Nul ne saurait avoir confiance en la parole de pareilles personnes. Bien que je sois le premier à m’en réjouir aujourd’hui, n’oublions pas que Theodan a été le premier à tourner le dos à ses cousins Targaryen pour renverser Maegor. Si c’est aujourd’hui bien agréable de pouvoir vivre sans l’ombre de l’usurpateur, il est intéressant de noter que la première grande révolte depuis la Conquête a été menée par les cousins du Roi. »

Valyron haussa les épaules comme si son opinion importait finalement assez peu. C’était le cas, cette discussion-là était stérile et sans intérêt aucun. La jeune femme s’accrocherait à cet espoir de voir un jour revenir Ondrew. Valyron pensait bien le Baratheon capable de tenir parole pour s’adjuger les services d’Elinor à l’avenir. Il y gagnerait alors sa loyauté, chose rare et précieuse à la capitale des Sept Couronnes. Le Serpent jugea donc bon d’ajouter une dernière remarque.

« Vous devriez vous méfier, Elinor. Je sais bien que rien ne vous fera rejeter votre époux, mais je vous conjure de voir ce qui se passe à cause de votre lien si fort et de notoriété publique. »

Il la scruta d’un air concentré, cherchant à déchiffrer ce visage rond qui faisaient tant d’envieux à la cour.

« Oui… Je pense que vous n’êtes pas dupe du fait que Robb Baratheon manipule vos sentiments à l’égard d’Ondrew. Qu’importe. Je ne saurais vous enjoindre à simplement vous protéger de ce côté-là, que l’on ne puisse plus vous tordre à une volonté externe par le simple biais de votre mari… Il vous en a déjà trop coûté. »

Comme s’il en avait trop dit, Valyron se tût. Il réfléchissait à la suite. L’enquête. Il fallait la résoudre rapidement pour avoir la paix et pouvoir se concentrer sur ses autres tâches. Un temps, il fut tenté de laisser la jeune femme s’occuper de l’affaire elle-même mais il réalisa ensuite que cela risquait de le desservir. Le Cerf brâmerait fort que le Serpent ne se préoccupait pas du sort des courtisans les plus importants et qu’il n’était pas le plus compétent pour occuper un tel poste. Balivernes, Valyron se considérait sans égal au jeu des ombres. Seule Elinor pouvait véritablement prétendre à être de son niveau, mais elle était une femme… L’orgueil serait peut-être un jour le point de chute du Mantaryen. Mais pas aujourd’hui.

« Concernant l’enquête, je pense qu’il faudrait déjà que nous sachions à quel moment le poison a été administré. De là, il nous faudra remonter le temps pour essayer d’identifier l’empoisonneur. Ensuite, il sera toujours temps de le passer à la question pour en savoir plus. »


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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Sam 1 Sep 2018 - 19:41




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Le cœur et les sentiments sont le pire des armes. D’un couteau sous la gorge de l’être aimée, un homme pouvait ployer le genou devant son pire ennemi, prêt à recevoir le coup de grâce dans l’espoir que vive l’élue de son cœur, nulle garantie ne s’offrant à lui. La vie des époux Piète avait été ainsi faite, durant toutes ces années. Il y eut d’abord la séquestration d’Elinor à Froide Douve, bien loin de la Capitale où les devoirs d’Ondrew l’avaient retenu. S’il avait cherché à venir la retrouver, il aurait eu à affronter l’ire d’Oberyn Tyrell et le statut de traitre que ce dernier aurait apposé aux côtés de son nom. Alors, ils avaient œuvré à distance pour mieux pouvoir échapper à ce monstre, l’Araignée trouvant une solution à ce contre-temps, regagnant le centre de l’attention des Sept Couronnes qans l’autorisation de son suzerain. L’histoire aurait pu s’arrêter là, à cette mésaventure inconvenante qui leur avait fait perdre du temps dans leur relation. Mais Oberyn Tyrell n’avait été qu’une piètre figure face à l’horreur de ce que Maegor Targaryen avait été capable de faire, mettant cette fois l’amour de la belle pour son seigneur à rude épreuve, la poussant à aller au-delà de ce que la morale autorisait pour mieux sauver Ondrew des griffes du dragon. Afin de mettre un terme à ce problème, elle n’avait eu nul autre choix que d’y mettre un terme à la racine, assassinant de sang froid le cruel souverain des Sept Couronnes. Une nouvelle menace éradiquée face à l’Amour des Piète. Mais les anciennes s’étaient rappelées à eux, les forçant à prendre des décisions radicales, à défier la mort pour, finalement, être poussés à se séparer de nouveau. Et pour mettre fin à cette situation qui durait maintenant depuis une année, certains avaient compris que l’Araignée ne reculerait devant rien, à l’image de Robart Baratheon… Ou du Serpent de Port d’Epices.

Très rapidement, ce dernier releva cet aspect bien dérangeant qui rendait l’Araignée fragile, son point faible étant bien dévoilé au grand jour. Il alla jusqu’à lui rappeler l’ascendance impure des Cerfs qui mettaient en cause leur Honneur. Il ne fallait pas être doté d’un grand esprit pour comprendre que le Mantaryen méprisait le Seigneur d’Accalmie au moins autant que la Main du Roi le faisait avec lui. Mais rappelait l’Histoire ne faisait que rappeler à Elinor qu’elle prenait un risque, certes, mais un risque qui se méritait. Le jeu en valait largement la chandelle si Ondrew pouvait revenir à la Cour par la suite, gracié par l’autorité en place. Alors oui, la confiance qu’elle plaçait en le seigneur de l’Orage était grande, mais elle n’avait nullement le choix. Ondrew était en danger à Dorne tout comme elle se sentait vulnérable quand il n’était pas à ses côtés. C’était pour cette raison que, peu importe le prix, le risque, elle irait jusque dans les Sept Enfers pour que le seigneur de Tumbleton lui revienne. Elle déglutit avec difficulté devant la mise en garde du Serpent, les yeux baissés. Elle n’était guère aveugle, l’Araignée, sachant pertinemment que la quasi-totalité de la Cour connaissait cet amour qui liait les Piète et que le Baratheon ne faisait que suivre ce que d’autres avaient déjà essayé par le passé. Relevant son regard dans les yeux d’airain du seigneur de Port d’Epices, elle le laissa lire en elle, comme il savait si bien le faire et aucun mot n’était alors nécessaire pour lui offrir l’affirmation qu’il attendait, se contentant de la reprendre à voix haute. Si les espoirs d’Elinor reposaient entre les mains d’une seule personne pour l’heure, elle ne se berçait pas non plus d’illusions et savait que les conséquences d’une parole non tenue pourrait être bien grande. Portant son verre à ses lèvres, elle but une nouvelle gorgée du vin gracieusement offert par son ami, son hôte malgré lui. En revanche, elle manqua de s’étrangler quand, d’une réflexion venant appuyer son argumentation, il évoqua de nouveau toutes ces choses qu’elle avait fait pour son époux. Il vous en a déjà trop coûté. Un frisson parcourut l’échine de la jeune femme qui, d’un regard noir, lui fit comprendre que le sujet avait été suffisamment évoqué. Nul ne pouvait mesurer la grandeur du sacrifice réalisé par la Bieffoise car le pire de tous demeurait secret, enfant caché dans les profondeurs de Peyredragon. Les lèvres pincées, elle détourna les yeux de son ami, le regard posé sur la vue que lui offrait la fenêtre. « Un jour, peut-être, serez-vous en mesure de comprendre ce que cet Amour représente… Et tous ces sacrifices que l’on est capable de faire pour le préserver. Mais n’oubliez jamais que c’est autant une bénédiction qu’une malédiction dès lors que quelqu’un comprend ce qui vous lie à l’être cher. » Le Serpent était-il seulement capable d’aimer quelqu’un ? De confier son cœur et sa vie à un autre ? De se soucier d’une autre personne que de lui-même ? Tel était le grand mystère de cette époque.

Il changea de sujet, revenant à la raison de leur association renouvelée. Planifiant les manœuvres à réaliser pour mieux mettre en lumière cette affaire lugubre, il poussa Elinor à hocher la tête. Faisant de nouveau face à Valyron, pourtant, elle appuya ses pensées d’une phrase. « Comme vous l’avez dit vous-même… Si une main a agi, je doute également qu’elle ait pu mettre en œuvre les moyens pour y parvenir seule. Les choses sont trop bien faites… Vous-même semblez ne pas encore avoir percé ce mystère, ce qui mérite au moins à l’Empoisonneur toute notre attention… Je vous aiderais, Valyron. Tout ce que je trouverais, je vous le rapporterais. Je vous l’ai dit, je ne veux nullement vous nuire, je ne souhaite que retrouver mon époux. » Elle eut un léger sourire en coin. « Je suis à votre service en plus d’être à celui du seigneur Baratheon. Comme vous semblez vous apprécier énormément tous les deux… Ne m’en voulez pas si j’essaie de temporiser les choses quand nous devrons nous rencontrer pour parler de nos découvertes. » Et elle acheva la coupe de vin d’une traite.


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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Mar 2 Oct 2018 - 18:46

Renaissance d’un Passé Brûlé

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« Un jour, peut-être, serez-vous en mesure de comprendre ce que cet Amour représente… Et tous ces sacrifices que l’on est capable de faire pour le préserver. Mais n’oubliez jamais que c’est autant une bénédiction qu’une malédiction dès lors que quelqu’un comprend ce qui vous lie à l’être cher. »

Valyron fit la moue. Cette vision de jouvencelle l’étonnait venant d’Elinor, quand bien même il savait qu’elle ne démordait pas de son mari, faisant fi de toutes les expériences passées. S’il était sûr d’une chose, c’est que l’amour n’était qu’un sentiment comme un autre, à ceci près qu’il allait souvent avec le fait de copuler régulièrement avec l’être aimé. Froidement pragmatique, il considérait que c’était le fait d’ainsi se retrouver dans des ébats charnels qui soudait les couples et qui leur permettait de supporter tout le reste. « Préserver » cette relation, comme disait Elinor, ne revenait donc qu’à s’assurer de trouver sa couche chauffée par le désir de l’autre chaque soir. Ce n’était pas vraiment une vision de la vie qui l’animait particulièrement. Bien entendu, il avait déjà été amoureux, il connaissait ce sentiment. Il était d’ailleurs agréable et complètement banal pour la très grande majorité de la population de ce monde de vivre ainsi.

Pourtant, Valyron considérait que pour l’élite du monde, pour ceux qui dirigeaient, c’était un plaisir interdit. Sans doute viendrait un jour lointain où un éminent personnage pourrait entretenir une vie privée heureuse et préservée du fracas du monde, mais ce n’était pas le cas aujourd’hui. S’enchaîner à une autre personne ne pouvait ici conduire qu’à la faire souffrir ou la voir être utilisée contre soi. C’était après tout un moyen de pression simple et redoutablement efficace : il suffisait de voir ce qu’il avait donné à Mageor vis-à-vis d’Elinor. Cette naïveté d’esprit avait coûté cher et avait convaincu Valyron qu’il valait mieux éviter ce genre d’affaires avant d’avoir quitté le premier cercle du pouvoir de Westeros.

« Comme vous l’avez dit vous-même… Si une main a agi, je doute également qu’elle ait pu mettre en œuvre les moyens pour y parvenir seule. Les choses sont trop bien faites… Vous-même semblez ne pas encore avoir percé ce mystère, ce qui mérite au moins à l’Empoisonneur toute notre attention… Je vous aiderais, Valyron. Tout ce que je trouverais, je vous le rapporterais. Je vous l’ai dit, je ne veux nullement vous nuire, je ne souhaite que retrouver mon époux. »

Répondant au sourire en coin de la jeune femme par un haussement d’épaules neutre, Valyron se contenta d’écouter la suite.

« Je suis à votre service en plus d’être à celui du seigneur Baratheon. Comme vous semblez vous apprécier énormément tous les deux… Ne m’en voulez pas si j’essaie de temporiser les choses quand nous devrons nous rencontrer pour parler de nos découvertes. »

Chose inhabituelle, Valyron se prit à sourire. Le Baratheon n’était effectivement pas un personnage qu’il appréciait pour de nombreuses raisons. Cette animosité ne resterait pas longtemps confidentielle, aussi il devait manœuvrer de façon à ne pas se faire éjecter dès que le Cerf aurait le capital politique de le faire. Le Mantaryen était lucide sur sa position précaire au sein du pouvoir Targaryen, il ne tenait d’ailleurs qu’à peu de choses. Le capital politique mentionné précédemment était donc assez faible, et Valyron devait manœuvrer pour faire en sorte de rester indispensable à sa place. Toutefois, il était le mieux positionné pour le moment. Il se trouvait largement compétent et comme il n’avait aucune attache, il ne devait rien à personne d’autre qu’aux Targaryen, ce qui lui apportait une marge de manœuvre absolue : celle-là même qui lui permettait de tenir tête autant qu’il le souhaitait à un autre conseiller. Ce qu’il lui fallait maintenant, c’était consolider sa place et s’assurer une survie politique aussi longue qu’il le désirerait. D’ici là, il restait quelques étapes à franchir, à commencer par attraper l’empoisonneur de Rohanna Baratheon.

« Vous me voyez ravi d’entendre cela, Elinor. Il y a eu un défaut dans la sécurité du Donjon, et je n’ai pas encore trouvé d’où il venait. Quant au seigneur Baratheon, soyons clair. Ce freluquet s’imagine pouvoir aller plus vite que la musique et ne supporte pas qu’on lui dise d’attendre… Typique d’un gamin gâté dès sa naissance et qui a toujours cru que le monde était voué à être à ses pieds. »

Valyron sortit une serviette de cuir qui rassemblait ce qu’il avait déjà compilé sur l’empoisonnement du couronnement. Il y avait là des explications de mestre Banneth, de Rohanna Baratheon, des comptes-rendus de ses espions concernant l’organisation de la maisonnée du Cerf, les domestiques, l’approvisionnement, et tant d’autres détails.

« Maintenant, passons sur ce que l’on sait déjà… C’est-à-dire, pas grand-chose. Le mestre ne s’est pas véritablement révélé très… utile pour identifier précisément le poison, bien qu’il considère que le Nord est à prendre en considération pour des raisons obscures qui ne me viennent plus en tête à cet instant précis. Il me semble qu’il voit trois poisons susceptibles de causer ce qui est arrivé à la suzeraine de l’Orage. Il a attiré notre attention sur le Sommeil du Père, une décoction faite à partir d’écorce de barral, encore fois : si mes souvenirs sont bons… Bien que la plupart de ces arbres se trouvent au Nord du Neck, il me semble qu’il en existe encore quelques-uns, dans le Conflans, à Castral Roc ou… à Accalmie. »

A part cela, ils n’avaient pas grand-chose de plus. Nombreux étaient ceux qui avaient eu la possibilité d’empoisonner la nourriture de Rohanna. Il fallait donc tout reprendre. En premier lieu, il fallait comprendre ce qui s’était passé.

« Je pense que la première chose à faire est d’éclaircir le moment où elle a été empoisonnée. Il nous faut comprendre qui était à ses côtés au moment où cela s’est produit. Enfin, il nous faut aussi savoir qui a pu faire cela. J’ai peut-être une piste concernant la source. L’une des filles de chambre de Rohanna Baratheon a disparu, j’ai du mal à croire aux coïncidences, elle a peut-être croisé l’assassin. Je vous propose donc que nous nous mettions à nos recherches sans plus tarder et que nous faisions le point dans quelques jours. Qu’en dites-vous ? »





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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Mer 31 Oct 2018 - 18:05




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Elle laissa échapper un léger rire tandis qu’il insultait le Cerf. Décidément, se trouver entre ces deux-là promettez un combat de coq qu’elle se réjouissait d’observer. Mais quand il parla d’enfant gâté, ses yeux noisette se baissèrent doucement. Tous n’avaient guère la jouissance d’être bien naît, dans une famille respectable et respectée. Valyron faisait évidemment partie de ceux-là, ayant battu vaillamment le fer pour devenir celui qu’il était aujourd’hui, profitant de ses amitiés, aussi rares puissent-elles être, et de ses alliances pour mieux gravir les échelons qui le plaçait comme étant l’un des hommes les plus dangereux du Royaume. Et, finalement, bien qu’étant née avec un nom respectable, Elinor se sentait plus proche du Serpent que de ces puissants à qui tout semble une évidence. Si ses parents n’avaient eu de cesse de lui faire entendre qu’elle était une Tyssier, que son honneur était grand et respectable, la jeune fille avait toujours su qu’elle devrait se créer sa propre place au sein de ce monde d’hommes et sa propre vie était un tribut cher qu’elle pouvait fièrement porter pour l’avoir sauvée par maintes reprises. Rien n’était acquis pour elle et personne ne s’empresserait d’accéder à ses requêtes. Si elle ne faisait pas les choses par elle-même, elle n’aurait rien.

Sortant un porte document de cuir, Valyron se lança sur ce qui amenait véritablement Elinor en ces lieux. Machinalement, elle se pencha en avant, ses yeux cherchant à parcourir les quelques feuilles du dessus, écoutant plus attentivement le maître des Chuchoteurs tandis qu’il apportait très peu d’éléments à tout ceci. Le mestre était resté vague, pointant le Nord du doigt, chose surprenante mais qui n’était pas nouvelle aux oreilles d’Elinor, la Main du Roi lui ayant déjà signalé ceci. Mais en apprendre plus par la bouche de Valyron était chose importante dans l’esprit de la jeune femme qui nota toutes les données nouvelles dans son esprit, essayant de voir si es réponses se trouvaient là, sous leurs yeux et qu’un regard neuf pouvait apporter un semblant de voie à emprunter. Et pourtant, quand il lui demanda ce qu’elle pensait de tout cela, le sourire en coin de l’Araignée illumina son visage. « J’en dis que les nuits seront courtes mais que tout ceci en vaudra bien la peine… Je me charge d’interroger lady Rohanna. Je vous laisse guider vos petites couleuvres pour mettre la main sur cette jeune femme disparue, je suis sûre qu’elle aura bien des réponses à offrir. Je vous amènerai les informations dès qu’elles seront miennes, je vous l’assure. »

***

Huit jours étaient passés, laissant ainsi le temps à Elinor de trouver des réponses, de développer les choses. D’un pas pressé, elle se dirigeait vers le septuaire où elle et Valyron avaient pris l’habitude de se rendre pour échanger de leurs informations entre deux instants de Cour. Et elle avait une nouvelle qui lui gonflait le cœur, peut être quelque chose qui méritait leur attention à tous deux. En effet, trois jours plus tôt, Valyron l’avait invitée à le rejoindre dans les profondeurs de la Capitale, dans les souterrains du Donjon Rouge. Loin de s’y sentir à l’aise, Elinor se sentait suffocante dans pareil endroit, le souvenir des geôles noires étant toujours bien présent dans son esprit, l’empêchant désormais de se sentir sereine dès lors qu’elle plongeait dans l’obscurité. Le maître des Chuchoteurs l’avait alors prévenue de l’horreur qu’elle risquait de voir, mais l’Araignée avait su lui affirmer sa force. Le corps de la jeune femme était déformé par les eaux, empestait la mort à tel point qu’Elinor en avait eu la nausée, retenant son souffle pour essayer de lutter contre celle-ci, détournant d’abord les yeux face au travail de l’Etranger. Elle n’avait que peu été confrontée à la mort et aux résultats de celle-ci. Sa mère était morte mais elle n’en avait jamais vu le corps meurtri par Alester Osgris. Il y avait évidemment eut Maegor mais, là encore, les choses étaient différentes aux yeux de l’Araignée. Les lèvres pincées, les narines retroussées, elle avait écouté son ami lui expliquer les quelques preuves qui marquaient ce corps. Une bourse d’or, une marque étrange sur la poitrine… Une autre cicatrice, plus ancienne, au niveau d’une main, qui avait été l’élément nécessaire à la jeune femme pour la suite de l’enquête.

Valyron l’attendait, comme à son habitude. Tout sourire, Elinor fit son entrée dans le lieu saint, s’approchant de lui et de la statue de l’étranger. « Craignez-vous qu’il vienne vous prendre ? J’imagine que non, vous qui ne croyez pas en nos Dieux… » Elle lui adressa un sourire amusé. Plusieurs fois, elle avait essayé de percer la carapace de celui qui était natif de Mantarys, n’obtenant que quelques bribes d’informations sans importance, essayant de l’encourager à se livrer un peu plus. Mais elle respectait les secrets de son allié, se contentant de ce qu’elle savait pour s’imaginer quel genre d’Homme pouvait être le seigneur de Port d’Epices avant son arrivée à Port-Réal. Finalement, n’y tenant plus, elle plongea sa main dans le décolleté de sa robe, en récupérant un parchemin qu’elle tendit à Valyron. « Le témoignage d’une des jeunes filles qui s’occupent de lady Rohanna… Elle a su m’assurer que notre disparue s’était un jour malencontreusement entaillé le dos de la main avec des fragments de vaisselle… » Ses yeux noisette vinrent à la rencontre de ceux, gris, du quarantenaire. « Je crois que notre disparue et que notre inconnue du Port ne sont qu’une seule et même personne. »


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Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Ven 2 Nov 2018 - 17:28

Renaissance d’un Passé Brûlé

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Durant plusieurs jours, Valyron continua lui aussi à mener ses recherches. Il avait fait quelques recherches sur les différents empoisonneurs reconnus qui traînaient dans les bas-fonds de Port-Réal. Il en avait fait arrêter quelques-uns pour leur extirper quelques renseignements qu’il aurait pu manquer. Malheureusement, cette lie de l’humanité n’avait rien à apprendre au Serpent et la plupart étaient morts en vain. Finalement, les meilleures nouvelles étaient venues d’Elinor qui l’avait enjoint à la retrouver au septuaire du Donjon-Rouge. Après qu’il lui ait montré le cadavre putréfié de l’assassinée du port, elle s’était investie avec encore plus de force dans son travail. Valyron en savait quelque chose car, malgré leur amitié, il avait fait surveiller la jeune femme par l’un de ses meilleurs agents dès qu’il avait appris son alliance avec le Sire de l’Orage. Arrivé plus tôt, comme souvent à son habitude, Valyron contemplait avec platitude la statue monumentale de l’Étranger. Enveloppé de noir, on ne distinguait rien de ses traits sinon deux yeux brûlants d’une lueur blanche surnaturelle : sans doute deux cristaux ou diamants placés là pour renforcer l’aspect inconfortable que l’on était sensé ressentir face à la Mort elle-même. Valyron tenait en piètre estime ce culte, cette secte, qui avait colonisé Westeros comme la grisécaille corrompait les chairs. Il n’avait aucune estime pour les Sept ou leurs représentants, mais appréciait toutefois l’ambiance sacrée des septuaires. Les relents d’encens, l’obscurité sublimant les vitraux travaillés par de pieux artisans pleins de talents, les riches tissus et les dorures des statues. Cela ne valait évidemment pas l’atmosphère mystique des temples valyriens, mais l’on ne pouvait nier le caractère sacré de ces bâtiments.

Son regard se porta sur la figure suprême qui lui faisait face. La mort finissait par étreindre tout le monde. Chacun, ici, était condamné. Le monde était parcouru de morts en sursis. Quoi d’autre sinon la mort pour donner un sens à la vie ? Chaque être humain ne vivait qu’en attente de sa mort, chacun savait son temps limité, et travaillait à faire en sorte d’avoir un sentiment de réussite à la fin de sa vie. La plupart des personnes se contentaient ainsi de faire prospérer leur nom, leur famille, leur sang. Du plus puissant des empereurs au dernier des paysans, tous forniquaient avec le seul et impérieux besoin de voir leur souvenir entretenu par leur descendance. Certains autres essayaient de devenir immortels. Les plus idiots essayaient des formules magiques et des potions douteuses. Les plus sincères devenaient artistes, et espéraient accéder à l’immortalité par la renommée au travers des Âges, par les livres, les peintures, les statues, la musique ou les monuments. D’autres, enfin, les plus brillants, maîtrisaient les arcanes des sciences oubliées, accédaient aux secrets des savoirs ésotériques des maîtres d’antan et faisaient des pactes avec les forces les plus sombres de ce monde… et d’ailleurs. Ceux-là, peut-être, pouvaient atteindre cette quête absolue de triompher de la mort. En définitive, l’Étranger n’était là que pour rappeler à tous les fidèles que leur temps ici-bas était compté, et qu’ils ne devaient jamais perdre cela des yeux. Valyron n’était pas sensible à ce que représentait le fantôme des Sept car il vivait pour autre chose. Il vivait pour quelque chose qui le dépassait, de loin : la grâce des Targaryen. Leur règne béni ne devait s’achever qu’avec l’effondrement du monde, et pas avant. Ainsi agissait-il, ainsi vivait-il. Le reste n’était que dérision, même sa succession et la pérennité de la nouvelle maison Tyvaros. Un bruit de pas attira son attention. Elinor vint le trouver là, devant l’Étranger, tout sourire.

« Craignez-vous qu’il vienne vous prendre ? J’imagine que non, vous qui ne croyez pas en nos Dieux… »

Comment croire en de tels dieux ? Cette foi était récente, dénuée de tous fondements. Une fable, une vaste plaisanterie qui avait un peu trop pris. Comment qualifier autrement les Sept d’Andalos ? La foi des Anciens Hommes, paradoxalement, intriguait plus le Mantaryen. Elle était ancienne, et moult légendes y étaient associées, renforçant son aura spéciale. On disait que le Nord était une terre de magie, et encore plus au-delà du Mur que Valyron était allé voir jadis. Il avait ressenti la puissance des vents, la froideur de l’air, l’austérité des terres, mais de magie point. Alors non, Valyron ne craignait ni l’Étranger, ni la mort. S’il devait disparaître, ce serait que ses dieux avaient décrété que son temps était compté, et il rentrerait auprès des siens dans la tranquillité la plus absolue. Elle tendit un parchemin roulé à Valyron, qu’elle avait tiré de sa robe échancrée.

« Le témoignage d’une des jeunes filles qui s’occupent de lady Rohanna… Elle a su m’assurer que notre disparue s’était un jour malencontreusement entaillé le dos de la main avec des fragments de vaisselle… »

Valyron parcourut rapidement le parchemin qui était l’exacte version que venait de lui résumer Elinor en une phrase. Leurs regards se croisèrent.

« Je crois que notre disparue et que notre inconnue du Port ne sont qu’une seule et même personne. »

Valyron plissa le nez. C’était évident. Leur disparue était désormais identifiée. Il n’y avait plus qu’à agir avec diligence pour que toute la lumière soit faite sur cet attentat. Il rendit le parchemin à la Dame Piète avec un fin sourire dont il avait le secret.

« Très bien joué, Elinor. Vous êtes toujours aussi douée. »

Il réfléchissait à grande vitesse. Ils allaient rapidement avoir un nom. Restait maintenant à recomposer ce qui était arrivé à cette jeune femme, et pourquoi on l’avait retrouvé au port, si loin de ses maîtres, et pourquoi elle avait été assassinée. Ils continuaient à converser à voix basse, afin de ne pas être entendu, sauf peut-être de ces fausses idoles.

« Nous en saurons bientôt beaucoup plus. Je vais faire rafler quelques membres de la maisonnée Baratheon discrètement, et nous les interrogerons sur cette demoiselle disparue. Je serais curieux de savoir ce qu’ils ont à dire à ce sujet… Et tant qu’à faire, autant agir vite. Cette nuit-même. Je les rassemblerai dans les cellules noires, personne ne les entendra. »

Valyron n’était pas vraiment partisan de la douceur lorsqu’il s’agissait de passer à la question des personnes issues de la populace. Il n’avait rien à craindre d’eux et la violence était souvent synonyme de gain de temps. Les petites gens n’avaient généralement pas grand-chose à cacher et la peur leur déliait rapidement la langue – et les entrailles. Dès qu’il quitta Elinor, Valyron Tyvaros convoqua son cerbère Arthus Nerbosc. La volonté de Valyron fut rapidement communiquée à plusieurs agents : ordre était donné de se faire accompagner de deux hommes d’armes et de se saisir chacun d’un serviteur des Baratheon et de les amener dans les cellules noires.

Au plus noir de la nuit, c’était l’enfer, le calvaire.

Les six serviteurs avaient été amenés dans une grande salle où trônait un immense chevalet dressé. Un brasero dans un coin dans lequel rougissaient des outils de fer forgé jetait une lueur rougeâtre sur les murs. Une odeur de camphre et d’alcool avait empli les lieux, ainsi qu’une autre, plus difficile à cerner. C’était une odeur douceâtre, lancinante, que Valyron avait appris à identifier : c’était celle de la peur désespérée. Les six serviteurs étaient alignés le long d’un mur grossier, surveillés de près par deux hommes d’armes à la carrure impressionnante. Il y avait, en outre, Ser Nerbosc qui surveillait la scène de son œil torve, et le mestre Eryos, assis à une table, qui s’occupait de tout consigner par écrit. La dernière personne était le bourreau, un homme au visage fin, aux traits délicats qui tranchait complètement avec l’imaginaire collectif que l’on avait d’un bourreau. Enfin, Elinor fit son entrée et Valyron frappa dans ses mains d’un air impatient.

« Bien, nous allons pouvoir débuter. »

Il se tourna vers les six amenés, les mains liés, la mine terrorisée, comprenant peu à peu pourquoi on les avait tirés de leur couche en pleine nuit et en plein secret. Valyron les regardait d’un air égal. Il n’avait pas à les terroriser, pas encore. Il se montra donc parfaitement aimable en s’adressant aux domestiques.

« Nous sommes tous réunis tous ici pour discuter. Si vous me dites des choses intéressantes, vous serez raccompagnés à vos appartements dans l’heure… Avec disons, un cerf d’argent pour votre peine. »

Il se pencha vers eux, l’air faussement sympathique, car malgré sa lippe pleine de bonhommie, son ton restait froid et son regard inquisiteur. Il leur parlait d’une voix douce, presque sympathique.

« Mademoiselle va rester avec nous. Vous autres irez chacun dans une cellule en attendant son tour. »

Les gardes firent sortir les cinq autres amenés et il ne resta bientôt plus que cette jeune fille qui ne devait pas avoir dépassé les seize ans. Son visage n’exprimait qu’une horreur sourde à l’idée de ce qui allait suivre, et ses grands yeux verts étaient rougis par les larmes qui coulaient de manière ininterrompue depuis son arrivée aux sous-sols. Elle ne revêtait en tout et pour tout qu’une fine chemise de lin et personne ne s’était embarrassé de lui proposer autre chose. Valyron n’avait que faire de son âge, son sexe ou ses habits : quelqu’un avait déjoué la sécurité du Donjon-Rouge et avait réussi à passer en dehors de la vision des couleuvres du Chuchoteur. Il n’irait pas par quatre chemins pour dénouer ce sac de nœuds. Il s’accroupit devant la jeune femme, pour la forcer à le regarder dans les yeux, alors qu’elle gardait le regard obstinément baissé.

« Tu sais qui je suis ? »

La petite posa enfin son regard vert olive sur le Mantaryen. Il voyait au fond de son âme comme s’il avait été dans sa tête, il l’avait mise à nue d’un seul regard. Bien entendu qu’elle savait qui il était, il voyait la terreur sur chaque parcelle de son visage, pourtant, il continuait de parler avec gentillesse, douceur.

« J’ai une… pénible nouvelle à t’annoncer. Ta camarade Bathilde a été assassinée, et tout porte à croire que ce fut pour une bonne raison. Aussi, je vais te demander quelque chose d’extrêmement simple. Comment t’appelles-tu ?

- Ayenna, milord
. » répondit-elle d’une voix à peine audible.

Valyron se contenta d’hocher la tête d’un air entendu, comme s’il venait d’entendre l’information la plus importante de la journée.

« Très bien, Ayenna. Comme je te disais, Bathilde a été tuée, et j’enquête pour savoir ce qu’il s’est passé. J’aimerais donc que tu me dises tout ce que tu as pu remarquer ces derniers temps la concernant. Agissait-elle curieusement ? A-t-elle rencontré des individus spécifiques ? Y avait-il un comportement différent d’ordinaire ? Quand l’as-tu vue pour la dernière fois ? J’ai besoin de tout savoir, Ayenna. Le Roi lui-même entendra parler de ta coopération. »

La petite hocha la tête d’un air penaud. Etant la plus jeune du groupe, Valyron tablait sur le fait qu’elle serait plus rapidement impressionnable et sans doute plus attentive à la position de Bathilde, dont le service auprès de Dame Rohanna devait faire office d’objectif de vie. Restait à savoir ce qu’elle dirait.





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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

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Elinor Piète
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MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Lun 19 Nov 2018 - 20:31




Master & Apprentice

Le compliment la toucha. Douée. N’avait-il pas été celui qui avait décelé en elle ce potentielle d’intrigante, ces capacités à jouer dans l’ombre pour mieux se saisir d’informations primordiales ? Elinor jouait tantôt de cette réputation de Régicide, tantôt de ce rôle de femme fragile, touchante et séductrice malgré elle pour mieux faire plier hommes et femmes à ses envies. Intacte, sa réputation le demeurait toujours, l’honneur de son époux autant que le sien étant en jeu dès lors qu’elle s’adressait à un gentilhomme. Mais les yeux de biche de la Bieffoise savaient s’attirer les faveurs de qui voulait bien lui en offrir et cela se révélait toujours plus utile. Les serviteurs n’avaient alors que peu de résistance face à l’Araignée qui tissait des toiles de plus en plus belles, de plus en plus grandes. Elle sourit un peu plus largement, pourtant, incapable de dissimuler la satisfaction de ce sentiment devant le Mantaryen, l’œil brillant d’une reconnaissance certaine.

Rafler. Elle hocha la tête, bien que l’expression lui déplût. Il était temps pour eux de tout comprendre, de découvrir l’entière vérité sur cette affaire… Ou presque. Il était certain que d’autres gens de la maison Baratheon devait avoir connaissance des agissements de Bathilde, car tel était le nom de cette servante déviante qui avait, visiblement, été la main maudite qui avait agi à l’encontre de lady Rohanna. Pourtant, autre chose retint son attention. Les cellules noires. Un frisson incontrôlable remonta le long de l’échine d’Elinor. Tant de souvenirs cauchemardesques venaient hanter cette mention que la simple idée de s’y rendre à nouveau lui était déplaisante. Déglutissant avec difficulté, elle l’assura pourtant de sa présence et le laissa prendre congé. Durant tout le reste de la journée, elle se tortura l’esprit avec ces cris sans réponses de certains prisonniers qui avaient perdu plus que la raison dans ces geôles où personne ne pouvait vous entendre, ou personne ne prenait plus la peine de venir vous visiter. Retourner dans la lumière, qu’importe pour être jugée avait été le cadeau le plus précieux que les gardes avaient pu lui offrir.

Pourtant, à la nuit tombée, ce fut accompagnée d’un garde Baratheon qu’elle prit la route des geôles noires. A mi-parcours, descendant dans le ventre de la capitale, elle s’arrêta, pourtant, sentant sa respiration se raccourcir, une main placée sur son ventre, l’autre la soutenant à l’aide du mur. Le garde avait froncé les sourcils, lui demandant si elle allait bien. « Oui… Je… J’ai juste besoin d’un peu de temps… » Mais plus elle attendait, plus la situation semblait lui échapper. Elle avait cette étrange impression de voir les murs se rapprocher, de sentir le plafond s’abaisser. Elle se sentait prise au piège, terrorisée dans cet élément. Pour rien au monde, elle n’aurait souhaité devoir y remettre les pieds et pourtant… Le garde devint insistant, lui offrant la possibilité de se dérober, de faire demi-tour : il apporterait lui-même la nouvelle au Seigneur Tyvaros quant à l’absence de la jeune femme. Mais elle fronça les sourcils. « Me prenez-vous pour une faible créature incapable d’affronter les ténèbres ? Taisez-vous donc et avancer… » Irritée, agressive, la peur la faisait sortir de ses gonds plus que nécessaire. Mais il s’exécuta, poursuivant la descente vers la noirceur, une torche pour seule lumière. Si elle s’éteignait…

Finalement, ils cessèrent de descendre, remontant un long couloir vers une lueur apparente au loin, des gémissements se faisant entendre. Toute de rose pâle toujours vêtue, elle fit son apparition dans la plus large pièce, découvrant la scène, le garde restant à l’entrée de celle-ci. S’habituant à la nouvelle luminosité, elle hocha la tête devant l’annonce de Valyron. Elle était livide, la peur manquant de la plonger dans un état terrible. Six serviteurs de la maison du Cerf étaient là, terrorisés, attachés, alignés les uns à côté des autres. Non loin d’Elinor se tenait un bourreau et croiser son regard fut suffisant pour la jeune femme de ne pas en désirer plus. Et puis, il y avait le bras droit du Tyrvaros, originaire du Conflans, ser Nerbosc. Un mestre était présent, prêt à rédiger le compte rendu de tout ce qu’il serait dit entre ces murs ce soir. Les pupilles noisette de la jeune femme dévisagèrent un à un chacun des prisonniers tandis que le maître des Chuchoteurs leur soufflait la consigne principale du moment : une discussion, sans aucune anicroche, ni torture. Le bourreau n’était là que pour dissuader les plus résistants.

Finalement, désignant une jeune fille encore bercée par les traits de l’enfance, il fit sortir les autres prévenus. L’Araignée restait en retrait, essayant de ne pas céder à la panique, essayant de ne pas montrer son trouble. Laissant le maître des Chuchoteurs faire, elle commença à faire les cent pas derrière lui, son regard toujours plaqué sur la jeune fille. Quel âge avait-elle ? Quinze ans ? Seize peut être ? N’était-ce pas l’âge auquel elle avait elle-même fait ses premiers pas à la Cour ? L’âge auquel elle avait si naïvement rencontré Ondrew ? Les lèvres pincées, Elinor se détacha bien vite de ce parallèle. Il ne fallait pas qu’il vienne l’empêcher de réaliser ce pourquoi elle était là, qu’importe ce qu’il pouvait en coûter, la présence du bourreau là pour le lui rappeler. Les interrogations se succédaient et la jeune enfant demeurait muette, parlant davantage avec ce regard émeraude plutôt qu’avec les mots. La peur se lisait en elle et elle n’osait regarder Elinor, gardant ses pupilles plaquées vers le sol la plus grande partie du temps. Rapidement, le maître des Chuchoteurs exposa les faits, annonçant le décès de Bathilde à sa jeune consœur. Plissant les yeux, Elinor guettait les réactions, se focalisant sur la jeune fille pour mieux essayer d’oublier où elle se trouvait.

Ayenna. Sa voix fluette et tremblante venait renforcer cet aspect juvénile d’une poupée de chair et de sang qu’ils allaient devoir faire parler. Les propos de Valyron étaient clairs et pourtant, la foule de questions rendait la chose plus difficile à comprendre. Il y eut comme un blocage chez la jeune fille, silence lourd et pesant venant rappeler qu’il était si facile de se sentir à l’étroit entre ces quatre murs, poussant Elinor à respirer plus profondément, à tempérer les battements de son cœur. Et finalement, quelques mots sortirent de la bouche enfantine de la servante. «  Je… je ne sais pas… Je ne sais plus… » Secouée par un sanglot, elle enfouit son visage dans ses mains. Valyron se redressa et soudainement, le bourreau eut un léger mouvement en avant, comme s’il s’attendait à ce que l’on requiert son assistance. Mais l’Araignée fut plus rapide. Venant à proximité de la douce enfant, elle se laissa tomber à genoux, à ses côtés, la prenant instinctivement dans ses bras. Ses yeux croisèrent ceux de Valyron et, d’un léger hochement de tête, elle lui fit entendre qu’elle prenait le relais. Les pleures de la jeune fille faisaient trembler son corps tout entier et elle semblait perdue, terrorisée, incapable de penser. « Chuuut… Ne t’en fais pas, Ayenna, je suis là… » Mortelle aranéide, elle se saisit d’une mèche de cheveux de la jeune fille pour mieux la faire tourner entre ses doigts. L’écartant doucement d’elle, elle plaça sa main délicate sous son menton pour lui relever la tête, forçant son regard à croiser le sien. « Regarde-moi, douce Ayenna… Tout ce que nous voulons, ce sont des réponses, nullement te faire du mal d’ailleurs… » D’un geste, elle referma ses doigts sur les mains liées de la jeune fille, tirant sur le cordage pour mieux ôter cette entrave. « Voilà… Il est inutile de t’attacher car je sais, je le vois, que tu ne tenteras pas de nous faire du mal. » L’enfant eut un maigre sourire reconnaissant. Et Elinor poursuivit, ses mains massant délicatement les doigts de la jeune fille. « J’imagine que tu étais proche de Bathilde, non ? Vous travailliez ensemble ? » Elle hocha la tête, reniflant légèrement. « Elle était une sorte de modèle pour moi… Elle semblait être capable de tellement de choses… Et puis, si dévouée à sa famille, tout l’argent qu’elle gagnait allait à eux. » Continuant à caresser les petits doigts de la servante, l’Araignée reprit, un léger sourire plaqué sur ses lèvres. « Je suppose, en effet, que c’est important de vous sentir utile à ceux qui sont de votre sang… J’agirais certainement de la même manière, si je le pouvais… » Si j’avais encore une famille à défendre. Ses pensées la poussèrent à la mélancolie mais Ayenna reprit d’elle-même. « Non, vous ne comprenez pas… Bathilde a… Avait sept frères et sœurs. Je ne saurais expliquer comment, mais elle gagnait plus d’argent que nous autres. » Voilà qui devenait intéressant, tournant légèrement la tête, Elinor releva le regard vers le Mantaryen, sachant qu’il arrivaient doucement à palper ce qu’ils cherchaient depuis si longtemps. « Serait-ce la maison Baratheon qui lui aurait accordé cette faveur… ? » « Non, ma Dame… Moi aussi, je voulais gagner tout cet argent alors… Alors je lui ai demandé comment elle faisait. La première fois, Bathilde m’a répondu qu’elle priait et que ses prières amenaient tout cet or. » Les sourcils d’Elinor se froncèrent pour de bon, cherchant à comprendre ce que cette métaphore pouvait cacher. Songeant alors à nouveau au corps de la malheureuse et à cette marque sur son torse, elle laissa ses lèvres s’entrouvrir, accrochée aux paroles de la jeune fille, avide de connaître la suite. « Un jour, elle m’a parlé d’un homme qui pourrait m’aider à gagner, moi aussi, plus d’argent… J’vous jure, ma Dame, je savais pas du tout ce qu’ils faisaient. Mais je l’ai rencontré… Il parlait sans cesse des Sept et, loin de moi l’envie de blasphémer… Mais c’était trop ! » Elinor pencha légèrement la tête de côté, continuant ce contact qui encourageait la jeune fille à se livrer, à parler. « J’ai rien accepté venant de lui, j’vous jure. Mais Bathilde m’a dit que si j’avais pas la Foi, alors je ne pourrais rien gagner comme argent en plus… j’sais pas ce qu’elle faisait pour eux, mais cela lui suffisait à offrir confort et nourriture à sa famille. » Un silence se fit, accueillant cette révélation. « Et… Le jour de l’empoisonnement de lady Rohanna… Te souviens-tu de quelque chose en particulier ? Bathilde aurait-elle eu un comportement étrange ? » La jeune fille réfléchit longuement avant de relever la tête, comme illuminée. « Elle a insisté pour amener le petit-déjeuner à lady Rohanna… Oh… Vous ne pensez pas que… » Se détournant d’elle, Elinor reprit un contact visuel avec le serpent de Mantarys, l’interrogeant du regard, essayant de lui faire comprendre que si d’autres zones d’ombre subsistaient, il fallait les éclaircir dès à présent.


© Belzébuth

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Valyron Tyvaros
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■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor   Ven 23 Nov 2018 - 16:00

Renaissance d’un Passé Brûlé

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La servante n’était qu’une gamine, une pauvre petite souris terrifiée qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Valyron se triturait encore l’esprit pour espérer y voir plus clair dans cette affaire lorsqu’Elinor s’agenouilla aux côtés de la jeune fille. C’était aussi pour cela que le Serpent avait compté sur sa présence féminine réconfortante. Si les instruments de torture, le bourreau, le mestre, les cellules noires et même le pauvre Nerbosc étaient anxiogènes, il n’avait rien sous la main pour calmer les angoisses de ses suspects. En temps normal, il ne se serait pas embarrassé de cela et aurait fait torturer l’un d’entre eux pendant qu’on aurait questionné les autres. Mais il s’agissait là de domestiques des Baratheon et il imaginait d’ores et déjà le tintamarre lorsque les conditions d’interrogatoire seraient connues. Grâce à Elinor, il espérait pouvoir ramener les interrogés à de plus dociles positions.

Tandis qu’elles conversaient à voix basse, comme si elles n’étaient que deux, seules et loin de cet horrible endroit. On aurait dit une grande sœur consolant sa cadette après un chagrin d’amour. Était-on vraiment suffisamment crédule pour tomber dans le panneau ? Il semblait qu’Elinor le pensait, car elle asséna sa première question.

« J’imagine que tu étais proche de Bathilde, non ? Vous travailliez ensemble ? »

Ayenna répondit après un bref reniflement apeuré. Une gamine, tout au plus. Et pourtant, elle détenait possiblement la clé de voûte de l’un des plus importants secrets du moment.

« Elle était une sorte de modèle pour moi… Elle semblait être capable de tellement de choses… Et puis, si dévouée à sa famille, tout l’argent qu’elle gagnait allait à eux. »

Valyron jeta un regard subrepticement au mestre, l’enjoignant à noter tout ce qui se disait. Le grattement de la plume contre le parchemin emplit la cellule d’un crissement discret alors que le scribe consignait les dires de la jeune femme à la lueur d’une petite bougie.

« Je suppose, en effet, que c’est important de vous sentir utile à ceux qui sont de votre sang… J’agirais certainement de la même manière, si je le pouvais…

- Non, vous ne comprenez pas… Bathilde a… Avait sept frères et sœurs. Je ne saurais expliquer comment, mais elle gagnait plus d’argent que nous autres
. »

Elinor tourna le chef vers Valyron, lui accordant un regard sans équivoque. Voilà qui devenait intéressant. Il hocha lentement du menton, il avait senti, lui aussi, que la discussion prenait un tour intéressant. Comment diable la jeune femme gagnait-elle plus qu’eux ? Elle occupait certes une position privilégiée au sein de la maisonnée du Cerf, mais de là à attirer l’attention sur ses revenus, il y avait effectivement quelque chose de trouble.

« Serait-ce la maison Baratheon qui lui aurait accordé cette faveur… ?

- Non, ma Dame… Moi aussi, je voulais gagner tout cet argent alors… Alors je lui ai demandé comment elle faisait. La première fois, Bathilde m’a répondu qu’elle priait et que ses prières amenaient tout cet or.
»

De l’or ? Valyron manqua de s’étrangler, et parvint à demeurer coi. Si la jeune femme était bel et bien payée en or, en ce cas, cela voulait dire que des forces obscures très puissantes étaient à la manœuvre. La populace ne touchait jamais l’or, sauf lorsque ce dernier était distribué par le roi… ou des seigneurs de grandes maisons. Quant à cette histoire de prière, de l’expérience de Valyron, les faux dieux des Sept et leurs représentants avaient plutôt tendance à se saisir de l’argent des autres que d’en donner. Voilà qui était troublant. Comment diable n’y avait-il pas pensé avant ? Le contenu de la bourse trouvé sur le cadavre aurait dû alerter Valyron. Il se morigéna intérieurement, quel idiot ! Il avait perdu du temps.

« Un jour, elle m’a parlé d’un homme qui pourrait m’aider à gagner, moi aussi, plus d’argent… J’vous jure, ma Dame, je savais pas du tout ce qu’ils faisaient. Mais je l’ai rencontré… Il parlait sans cesse des Sept et, loin de moi l’envie de blasphémer… Mais c’était trop ! J’ai rien accepté venant de lui, j’vous jure. Mais Bathilde m’a dit que si j’avais pas la Foi, alors je ne pourrais rien gagner comme argent en plus… j’sais pas ce qu’elle faisait pour eux, mais cela lui suffisait à offrir confort et nourriture à sa famille. »

Le Serpent fronça les sourcils. Cette histoire lui rappelait de mauvais souvenirs. Des relents de la fin du règne d’Aerys et du début de celui de Maegor lui revenaient en tête. De tels témoignages, il en avait entendu à la pelle lorqu’il avait pris ses fonctions de Maître des Lois. Cela sentait la secte fanatisée à plein nez, de l’ordre des Frères du Guerriers de ou de la Foi Militante. Peut-être qu’il serait bientôt temps de rallumer quelques bûchers, mais surtout d’aller sonner quelques cloches au grand septuaire, et pas celles du bâtiment.

« Et… Le jour de l’empoisonnement de lady Rohanna… Te souviens-tu de quelque chose en particulier ? Bathilde aurait-elle eu un comportement étrange ?

- Elle a insisté pour amener le petit-déjeuner à lady Rohanna… Oh… Vous ne pensez pas que…
»

C’était assez. Ils avaient tout ce dont ils avaient besoin pour continuer. Il ne s’était pas attendu à ce que ce soit si rapide, mais Elinor et lui étaient efficaces lorsqu’il s’agissait d’intriguer. Bathilde était bel et bien le poignard qui avait frappé le ventre de Rohanna Baratheon. Pour le reste, il y avait encore de nombreuses zones d’ombre. Il doutait que la petite Ayenna pourrait leur en apprendre plus, mais il semblait bel et bien qu’elle était la mieux placée pour leur livrer les renseignements qu’ils cherchaient à soutirer. Tandis qu’il saisissait le sens du regard que lui lançait l’Araignée, il se tourna vers Nerbosc et lui donna quelques ordres discrètement.

« Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Trouvez qui est cet envoyé des Sept. »

Le chevalier taciturne hocha du chef sans un mot et sortit d’un pas pesant. Puis, il se retourna vers les deux jeunes femmes et adopta un masque maussade avant de se diriger d’un pas décidé vers la servante toujours assise.

« Je te remercie, Ayenna. Nous te remercions, mais ce n’est pas suffisant. »

Il lança un regard lourd de sens à Elinor. Les informations étaient précieuses mais incomplètes. Ils n’avaient pas de temps à perdre si les commanditaires de l’empoisonnement courraient toujours. Toutefois, une secte discrète pouvait aisément être passée sous le radar. Pour peu qu’elle ait recrutée Bathilde avant son arrivée à Port-Réal, il n’y avait eu aucune chance de voir la vérité avant le moment fatidique. Restait toutefois une énigme finale. Pourquoi l’avoir tuée ?

« J’ai besoin de savoir où Bathilde rencontrait cet homme. A quoi ressemblait-il ? »

Il pivota dans un geste leste et se promena le long du chevalet suintant de substances non-identifiées. Ils devaient rechercher ce recruteur et localiser les adeptes de ce mouvement. Il n’y croyait toutefois pas. Quelque chose clochait. Une secte, ou des adorateurs un peu fervents des Sept, se seraient cru dans leur bon droit divin. Jamais ils n’auraient cherché à assassiner leur bras armé. C’était là des méthodes de puissant que de supprimer l’exécutant une fois la tâche accomplie. Ils auraient dû la porter en sainte héroïne, l’aider à quitter Port-Réal discrètement ou même la faire frapper avec un véritable poignard plutôt que du poison.

« Je veux également que tu te souviennes : Bathilde t’a-t-elle dit où vivait sa famille ? Et comment elle leur faisait parvenir l’or dont tu nous as parlé ? »

Brutalement, le Serpent repensa à Catelyn Arryn qui devait se trouver quelque part dans ces mêmes geôles. Il se souvenait encore de leur discussion. Orage, Val, Nord. Un à un, les piliers de la paix semblaient s’effondrer. Ils étaient fragilisés, mais n’étaient-ils pas abattus par une force occulte ? Selon toute vraisemblance, Jorah Stark n’était rien d’autre qu’un idiot fini et Catelyn Arryn une traîtresse déloyale confirmée. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir un frémissement malsain. La situation ne lui plaisait pas du tout. Si le poison utilisé venait bien du Nord, il y avait là un véritable danger. Soit les Stark avaient utilisé cela contre la Couronne, ce qui semblait difficilement plausible pour quiconque savait les Nordiens incapables d’utiliser de telles armes, soit quelqu’un s’escrimait à plonger les Sept Couronnes dans la tourmente en dressant les maisons contre le Trône.

Ce quelqu’un qui avait utilisé un poison pour désigner le Nord savait potentiellement que les Stark n’assisteraient pas au couronnement. Auquel cas, les soupçons se porteraient naturellement vers leurs cousins et alliés de toujours : les Arryn. Et si l’on pouvait douter un instant que les si hauts qu’honneur Faucons utilisent une arme aussi déloyale que le poison, tous se souvenaient sans peine des accusations qui collaient encore à la peau d’Etaine Arryn.

Robart Baratheon étant un bourrin abruti, il était sans conteste aisé d’imaginer qu’il serait probablement le premier à foncer dans la moindre cible qu’on lui désignerait… Valyron doutait de son raisonnement. Aucun cerveau ne pourrait être malade au point de mettre sur pieds une telle machination. Mais si c’était vrai ? Il devait garder silence et enquêter. Nul besoin n’était d’alerter qui que ce soit de ses suspicions, surtout si complot il y avait : tout le monde, absolument tout le monde, pouvait être complice et suspect. Il déposa un regard nouveau sur Elinor tandis que la jeune femme répondait. Que diable pouvait-il penser d’elle ? Elle lui avait certes confessé son association avec le Baratheon, mais pour quels secrets ? Il lui faudrait peut-être se pencher sur elle un peu plus en détails. S’il pouvait la blanchir rapidement, il serait rassuré et pourrait éventuellement travailler de nouveau avec elle… si elle abandonnait le Protecteur.



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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

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Master and Apprentice stay Disciples. ♦ Valyron & Elinor

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