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 Crise de foi

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Crise de foi   Mar 6 Mar 2018 - 12:02

Edric n'était pas chez lui à Port-Réal. Il n'était pas lui-même. Il ne croisait dans les regards que la déférence qui lui rappelait qu'il était le frère de Robart, et la pitié qui lui rappelait qu'il était le frère de Rohanna. De cette hauteur ni de cette chute, il ne voulait dans sa vie. Mais avait-il encore un chez-lui ? Il ne pouvait retourner à Accalmie, sous le toit des traîtres. La trahison des siens le blessait plus encore que l'empoisonnement de Rohanna. La blessure venait de l'intérieur. Et le poison venait du Nord. Winterfell n'avait jamais été son chez-lui et ne le serait jamais. C'est l'épée au poing qu'il découvrirait sans doute la Citadelle. Robb préparait la guerre. Il le voulait et il le devait. Jorah Stark avait refusé de ployer le genou devant le Dragon, craché dans la main tendue du Cerf, cette main qui portait déjà la bague. Et empoisonné la Biche.

A cette dernière accusation, Edric ne voulait pas croire. Son coeur ne pouvait pas le concevoir. Son coeur qui criait déjà à l'injustice, ne voulait pas crier à la vengeance. Si Jorah avait tué ses neveux, alors il devrait tuer Jorah et enterrer pour de bon son amour pour Ashara. Sa femme, sa fille, ce qu'il s'était imaginé être sa vie toutes ces années. Leurre que tout cela ! Jorah avait refusé les épousailles et marierait sans doute à l'un de ses alliés la première Dame de Winterfell. Edric ne l'avait épousée que devant les Sept. Comment les Sept pouvaient-ils permettre cela ? Comment les Sept pouvaient-ils permettre une femme deux fois mariée, des enfants empoisonnés, une famille déchirée, un Royaume en guerre ?

Edric ne savait plus quoi croire, en qui croire. Il y avait bien Robb, mais Robb était devenu si dur, écrasé par ses responsabilités, broyé par le deuil, aveuglé par la haine, au point qu'il acceptait de répudier sa femme, si elle le lui demandait. Une trahison, un éclatement de plus. Depuis quelques jours, Robb dormait seul dans la Tour de la Main. Seul dans la plus haute tour, voilà où la victoire avait mené son frère. Qui était à blâmer ? Les Stark qui l'avaient meurtri ? Les Tagaryens qui l'avaient annobli ? Robb lui-même, comme l'avait fait Oriane ? Lui, Edric, incapable de raisonner le Cerf, de soulager la Biche, de condamner la Lionne, d'écrire à la Louve, d'oser solliciter l'attention du Dragon ? Depuis son arrivée à Port-Réal, Edric songeait à Rhaenys - pas celle dont il avait salué l'inceste dans le Septuaire, pas Rhaenys Tagaryen, Reine des Sept Couronnes, mais Rhaenys Stark, celle qui avait été la femme de Jorah et l'amie d'Ashara. Pourrait-elle plaider sa cause ? Pourrait-elle dissiper ses doutes ?

Edric n'avait jamais été timide, mais il n'était pas habitué à converser avec les Reines et les Rois. Les Reines et les Rois étaient toujours très occupés, trop entourés. Comment aurait-il pu dévoiler son coeur et ses soupçons devant leurs courtisans ? Il aurait pu passer par Robb, bien sûr, pour solliciter une audience privée ; Robb était devenu plus proche de la Reine que de sa propre femme. Il savait que son frère avait coeur à sa cause, mais son frère avait ses propres tortures à gérer, et il les gérait différemment. Edric était un homme, un chevalier, un père, plus un petit garçon. Il était résolu à prendre son destin en mains, même s'il voulait encore croire que tout allait bien, que tout n'était qu'un malentendu ; que tous pouvaient encore être réunis ; que la Reine et lui pouvaient être réunis par le hasard ou les Sept, dans ces jardins où elle se promenait souvent ; même s'il voulait encore croire, dans les Sept, la paix, l'amour, la confiance et l'entraide des âmes simples. La chance sourit, paraît-il, aux audacieux, et le Cerf sourit à la souveraine en ne s'inclinant pas plus que ne l'exigeait cette rencontre informelle.

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Crise de foi   Ven 25 Mai 2018 - 14:32




Crise de foi

Il y avait, dans les jardins du Donjon Rouge, un endroit difficilement accessible, dissimulé aux yeux de tous, où la végétation folle et sauvage régnait en maître. Pour l’atteindre, il fallait s’éloigner du château, dépasser les bosquets les plus lointains et dissimulés, pénétrer dans l’un d’eux et profiter d’une petite ouverture dans la végétation pour en sortir de l’autre côté. Cette petite ouverture menait à une petite terrasse surplombant la mer, pour laquelle il fallait encore escalader quelques petits rochers. L’expédition demandait un certain effort et se révélait fort peu compatible avec le port d’une robe ou de chaussures ornementées à l’excès. Le lieu avait été abandonné à l’arrivée de Maegor, et son existence oubliée de tous. A l’époque du roi Aegon, puis durant le règne du roi Aenys, cette petite terrasse battue par les vents et les marées était un secret partagé uniquement entre les plus jeunes enfants royaux et leurs amis proches.

Il n’y avait plus que moi, aujourd’hui, pour me rappeler du chemin menant à ce havre de paix. Jaehaerys avait été bien trop jeune pour que nous le conduisions jusque-là, bon nombre de mes compagnons de jeunesse avaient quitté la cour où nous avaient quittés… A l’image d’Aegon et Rhaena. C’était mon frère ainé qui, le premier, nous avait conduites, ma sœur et moi, à cette terrasse. Alors que je débouchais enfin sur cette petite terrasse, je me rappelais encore avec précision le sentiment de liberté qui s’était emparé de moi lorsque j’avais découvert pour la première fois ce lieu où nous pourrions être nous-mêmes, échapper à l’attention du public, aux jugements des courtisans, à leurs attentions et sollicitations. Je n’avais jamais été une enfant timide ou fuyant l’attention, c’était un fait. Nous avions tous un rôle au sein de la fratrie, un rôle bien défini que nous jouions à la perfection. Aegon, Le Petit, était l’héritier, le fils prodige qui promettait un avenir radieux à la dynastie royale tant le peuple semblait le porter en son cœur. Rhaena était la première fille, d’une nature réservée et délicate, tous voyaient en elle l’archétype de la princesse parfaite, de la future reine idéale. Jaehaerys était le dernier fils, celui qui serait choyé et qui ne deviendrait jamais roi, il serait l’attention de toutes les familles du royaume, espérant qu’il ferait de leur fille une princesse. Quant à moi… Mon rôle était parfait, et sans doute aujourd’hui les courtisans auraient-ils du mal à le croire. J’étais la plus jeune des filles, celle dont personne n’exigerait jamais la réserve et la perfection. J’étais la seule fille du roi que l’on pourrait épouser. Ainsi, mon rôle était celui de la princesse choyée, que l’on voit danser et rire aux éclats dans chacun des bals de la cour. J’étais celle qui, par définition, aimait l’attention et l’attirait. Pourtant, si ce rôle collait parfaitement à ma personnalité de l’époque, le répit que nous offrait cette petite terrasse nous permettait de sortir la tête de l’eau, et de nous montrer tels que nous le souhaitions, pas seulement tels que nous le devions.

C’était la première fois que je retrouvais cet endroit depuis ma dernière escapade accompagnée d’Aegon et Rhaena, de longues années auparavant. Le sol sablonneux, la végétation folle, tout en ce lieu renfermait le témoignage d’une époque passée et révolue. Ceux qui l’avaient découvert étaient morts, et peut-être même celle que j’étais à l’époque était-elle morte avec eux.

J’avais demandé aux gardes de m’attendre en haut des rochers, m’offrant la solitude du souvenir. Ci et là je revoyais les silhouettes de ceux qui m’avaient quittée, les bruits du vent et de la mer évoquaient les rires et les débats que nous avions. Rassurée par ma solitude, je relevais le bas de ma robe pour m’asseoir au bord de la terrasse, à l’endroit le plus bas de celle-ci où la mer menaçait sans cesse de submerger. Je fermais les yeux, presque par réflexe, les pieds baignant largement dans une mer anormalement calme. Le soleil était fort, presque trop. Le vent, lui, apportait une fraîcheur bienvenue alors que je sentais déjà ma peau rougir sous l’effet de l’astre quittant à peine son zénith. Mes lèvres affichaient un sourire paisible, car rien ne venait gâcher ce moment paisible qui n’aurait pu avoir lieu ailleurs. Il fallait tout cela pour apporter cette paix intérieure que la nature seule est en mesure de nous apporter. Il fallait ce soleil là, ce vent-là, il fallait cette mer calme qui berçait mes pieds et en caressait la peau avec délicatesse. Il fallait ces bateaux, progressant à l’horizon vers le port de la capitale du Royaume, apportant en leur sein des denrées orientales et des hommes à la peau tannée. Il fallait ce silence humain, qui laissait toute la place aux sons naturels.
Je vérifiais une dernière fois que j’étais seule. C’était si inhabituel qu’il me fallait quelques secondes à balayer la scène du regard pour vraiment prendre la mesure de cette solitude. Pas de demoiselles de compagnie, pas de conseillers, pas non plus de courtisans avides. Il n’y avait que moi, et mes souvenirs. Il me faudrait amener Alys, et sans doute Faust, peut-être pourrions-nous, à trois, recréer ce qui avait existé tant d’années auparavant. En attendant, je savourais ce qui était encore exclusivement mien. Les gardes, en hauteur, ne bougeaient pas, leur regard balayait les environs mais ils semblaient avoir compris mon besoin d’intimité.

Après quelques secondes, enfin rassurée, je me laissais aller en arrière, déposant mon dos et ma tête contre le sol recouvert de sel et de sable, alors que mes pieds continuaient à remuer dans l’eau fraîche. Sans doute ma robe, que j’avais relâchée pour m’allonger, baignait-elle légèrement aussi dans l’eau, mais je n’aurais pu m’en soucier moins à cet instant. Je savais que le répit serait de courte durée, et je voulais faire mien ce moment de paix, tant extérieure qu’intérieure.

Il y avait toujours une saveur étrange à se retrouver seule face à des fantômes et des souvenirs que plus personne ne partageait. D’ordinaire, les souvenirs d’Aegon et Rhaena étaient douloureux, car notre séparation s’était faite dans le sang et la douleur. Rhaena avait été massacrée, et j’avais été forcée de contempler la dépouille d’Aegon après que Maegor ne l’ai assassiné. Ces images, ces odeurs, cette douleur cuisante… cela avait marqué mon esprit et ma chair. Pourtant, alors que j’étais allongée là, dans cet endroit qui était l’ultime invocation de leur souvenir, je ressentais pour la première fois une certaine paix. Devais-je voir là le signe d’une acceptation ? Etait-ce le signe que les plaies du passé guérissaient d’elles-mêmes ? Où bien était-ce simplement du à ce lieu, qui n’avait accueilli que des moments de joies et d’amour familial ?
Je restais ainsi un long instant, sentant la chaleur du soleil se déplacer lentement sur mon visage, à mesure que celui-ci poursuivait sa course. Bientôt, le sentiment que cette pause n’avait que trop duré s’insinuait en mon esprit. Je pensais à ce que l’on dirait de cette disparition de la Reine, à Jaehaerys qui devait bientôt s’entretenir avec un représentant de marchands d’Essos, à Robb que j’avais trouvé d’une humeur sombre ce même matin. Je pensais à Faust, qui s’entraînait chaque jour avec talent pour devenir chevalier, un jour. Je pensais à Alys, qui devait être avec les autres jeunes femmes de ma suite, tentant cependant de s’en évader comme je m’étais évadée de la Cour. Ces pensées étaient venues interrompre la paix inconditionnelle qui avait reposé mon esprit, et je sortais mes pieds de l’eau à regret. Les petites gouttelettes brillaient comme autant de diamants déposés sur ma peau, et le vent qui les chassait me donnait soudainement des frissons.

Je tentais d’épousseter le dos de ma robe, secouant la tête pour faire tomber le sable de mes cheveux, mais je ne pourrais rien faire pour le bas de ma robe, où la mer avait fait son œuvre. Mes chaussures à la main, je remontais rapidement et sans grande peine vers les gardes qui m’attendaient depuis bientôt deux heures. D’un geste amusé je posais mon doigt sur mes lèvres pour leur indiquer, avec humour, que je tenais à ce que cette petite escapade reste privée. D’un sourire et d’un geste de la tête, ils m’indiquaient tous les trois avoir compris le message, et j’étais reconnaissante d’être entourée de ces hommes qui ne confondaient pas respect et déférence avec rigidité.

Les jardins s’étaient remplis depuis mon premier passage, et il fut bien difficile aux courtisans de ne pas se montrer étonner de me voir remonter vers le château dans une robe partiellement mouillée. Assez pressée de retourner dans mes appartements et reprendre le cours de ma journée, je prenais un virage sans véritablement faire attention à ceux qui m’entouraient, et m’arrêtais avec surprise face à un jeune homme que je n’avais eu que très peu d’occasions de rencontrer, mais dont l’allure ne pouvait sur ses origines. Ser Edric Baratheon ressemblait à son frère à bien des égards.

Alors qu’il s’inclinait, je l’invitais à se relever rapidement comme pour lui indiquer que j’étais contente de le voir et que mon empressement précédent ne devait nullement le dissuader de rester à mes côtés.

« Ser Edric, quel plaisir de vous croiser ici. »

Je me rappelais encore avec vivacité la conversation de nous avions eu, Robb et moi, au sujet des troubles qui animaient sa maison. Edric était le seul dont Robb n’avait encore aucun raison de douter, mais mon cousin craignait qu’Edric, fâché de ne pouvoir retrouver son épouse et sa fille légitimes, ne finisse par s’opposer à son frère et rejoindre le camp de leur mère. Croiser Edric était non seulement une opportunité unique de connaître ce jeune homme dont Ashara m’avait tant parlé, mais également de sonder le jeune frère de Robb sur ses intentions.

« Pardonnez ma mise, elle explique mon empressement à retourner au palais pour ne pas m’attirer les foudres de cette élégante cour. »

Je laissais échapper un petit rire entendu, faisant comprendre à mon interlocuteur, et surtout à ceux qui écoutaient mine de rien, qu’il s’agissait là d’un trait d’humour… quoique justifié.

« Si vous ne craignez pas d’être vu en compagnie d’une jeune femme aux cheveux poussiéreux et à la robe mouillée, que diriez-vous de nous désaltérer à l’abri de cette chaleur écrasante ? »

Les jardins disposaient de nombreux petits kiosques de verdure dans lesquels il était toujours très agréable de prendre le thé ou toute autre boisson. Ces endroits, protégés des regards indiscrets et ombragés, étaient souvent lieux de réunions informelles.



© Belzébuth

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Crise de foi   Dim 17 Juin 2018 - 11:03

Flanquée de ses gardes, la Reine était pressée, et Edric crut qu'elle n'allait offrir à ses yeux qu'un bref ravissement, à ses oreilles que ces paroles polies avant de disparaître dans le Donjon Rouge. Ça n'aurait guère été surprenant, et il n'aurait pu le lui reprocher. C'était la Reine. La Reine qui pourtant s'excusait de son apparence - Edric baissa les yeux sur le bas de sa robe, pour comprendre, puis les releva précipitamment : il ne voulait pas avoir l'air de la scruter. L'apparence de Rhaenys n'avait rien d'humiliant, ni l'écume au bas de la robe, ni le sable luisant à son cou ; de compromettant encore moins : comment être vu aux côtés de la Reine, si iodée soit-elle, eut-il pu le compromettre ? C'était un honneur au contraire, et Edric comprit que ces paroles creuses n'étaient que le protocole d'excuses pour avoir précisément malmené le protocole, qui exigeait sans doute que la Reine soit une icône parfaite, et pas une jeune femme qui prenait le soleil. Or c'était à la jeune femme que le Cerf voulait parler, et dont il espérait une expression plus sincère. Il devait déjà se réjouir de cette invitation.

- Je suis certain que le Dragon ne craint pas les foudres. Pas plus que l'Orage, sourit-il.
Rhaenys était-elle si perméable aux rumeurs de sa Cour ? Edric gardait d'elle une image guerrière, intrépide. Mais la paix en ces lieux, pouvait n'être qu'une guerre couverte. D'autres rumeurs la torturaient sans doute davantage. On avait tant murmuré à propos de son mariage incestueux, avant que le crâne de son ancêtre et l'empoisonnement de la Biche ne donnent autrement plus de matière aux langues mauvaises. Qui n'en eut pas été affecté ?

Le Cerf observa à son tour une politesse toute protocolaire. Il poursuivit que c'était un honneur pour lui, plus, un plaisir, et tous deux s'abritèrent dans un kiosque vert. Les gardes se tenaient en retrait, les protégeant de oreilles des passants, et la verdure les dissimulait partiellement. Seule la servante qui, apparue miraculeusement, leur servit des rafraîchissements, vint déranger leur conversation qui pourtant, resta conventionnelle un temps. Edric félicita la Reine pour ses noces, hypocritement, étant données ses réticences morales qui ne l'avaient pas empêché de plier le genou, et ne se lurent pas sur son visage ; le Cerf savait feindre, quand il le voulait. Ils partagèrent ensuite les nouvelles et les inquiétudes qu'ils avaient sur la santé de Rohanna, qui étaient sensiblement les mêmes. Edric se rappela ce que son frère lui avait demandé la veille : de ne rien faire pour dissuader la Biche de les quitter, et malgré la douceur à laquelle il s'astreignait en présence de la Reine, cela le rendit furieux, ça et tout le reste. Les mâchoires du Cerf saillirent et ses yeux fuirent ailleurs, avant de revenir à la Reine, apaisés mais inquiets. Soudain il fut las de ce petit jeu qu'ils jouaient.

- Ma Reine, permettez-moi d'être indiscret, entra-t-il dans le vif du sujet. Permettez-moi de m'adresser à celle qui fut parmi les Loups. Si celle-là n'est plus, il vous en reste le souvenir, peut-être douloureux, veuillez me pardonner... mais je dois savoir.
Edric s'interrompit un instant, prudent, pour voir comment Rhaenys réagissait à ces mots qui annonçaient la suite. Puis eut la témérité de continuer.
- Pensez-vous... croyez-vous que les Stark puissent être coupables de ces assassinats ? Vous les avez connu... mieux que moi...

C'était douloureux à reconnaître, pourtant c'était vrai. Edric n'avait connu qu'Ashara, intimement, et pourtant si peu. Rhaenys connaissait mieux Ashara, elle connaissait Cathan que, lui, son propre père, n'avait jamais vue ; elle connaissait le reste des Loups, que lui, n'avait fait que croiser sept ans plus tôt à Port-Réal, puis à Harrenhal, dans le sang. Elle avait partagé la couche de Jorah Stark, et sans doute ses états d'âme, si cet homme cruel en avait - cruel, au point d'empoisonner une femme et des enfants ? Rhaenys était à présent une femme remariée, et Edric ne tenait pas à le lui rappeler. Il ne voulait pas lui faire offense, aussi ne prononça-t-il pas le nom de Jorah, mais c'était à lui, évidemment, que le Cerf pensait ; aussi tenait-il à s'expliquer.
- Vous devinez, ma Reine, en quoi cette affaire doublement me concerne...
Et le mot était faible : les accusations du Mestre le torturaient, et cela se lisait, cette fois, sur son visage. Edric n'en dit pas plus. Il ignorait à quel point Rhaenys savait, à quel point elle était dans les confidences d'Ashara. Il ignorait tant que s'en était humiliant. Il espérait que le savoir de la Reine le soulagerait.

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Crise de foi   Mar 28 Aoû 2018 - 18:56




Crise de foi

« Ma Reine, permettez-moi d'être indiscret… »

D’un sourire j’invitais le jeune homme à s’exprimer. Il y avait toujours eu chez Edric quelque chose de romantique que je n’avais jamais vu chez Robb, son frère. Il était plus jeune et plus doux d’extérieur, et sans doute avais-je été largement influencée par les longues années passées aux côtés d’Ashara et de Cathan. Le portrait du jeune homme dressé par sa chère et tendre était celui d’un homme doux, honorable et courageux, et je ne pouvais qu’approuver cette description pour le moment.

« Permettez-moi de m'adresser à celle qui fut parmi les Loups. Si celle-là n'est plus, il vous en reste le souvenir, peut-être douloureux, veuillez me pardonner... mais je dois savoir. »

Je fronçais les sourcils un instant. Rhaenys Stark existait-elle encore ? Il me semblait que ce temps remontait déjà à des siècles, et pourtant je ne pouvais nier que mon passage au cœur de la forteresse des loups avait laissé son empreinte. De nombreux souvenirs liés à cette époque étaient en effet bien douloureux, mais combien de fois avais-je bénéficié de l’amitié et de la bonté de ceux qui m’entouraient ? Ashara la première avait été une amie fidèle et douce depuis mes premiers pas à Winterfell. Nous avions passé tant d’heures à parler de nos peurs, nos espoirs, de ce que l’avenir nous réserverait peut-être. Elle n’était guère seule à avoir été une épaule sur laquelle m’appuyer et une main tendue. Theon avait été un ami et un confident fidèle. Je doutais que cette amitié puisse perdurer car je connaissais sa fidélité sans borne à la famille Stark et le respect incommensurable qu’il avait pour son frère ainé. Il y avait eu Alys et Faust qui étaient restés à mes côtés jusqu’à aujourd’hui. Et il y avait eu Jorah. L’espace de quelques jours, de quelques nuits, je l’avais cru capable d’être l’homme que j’attendais. Il pouvait tempêter et pester, il pouvait m’humilier et tenter de se couronner roi, il ne pouvait effacer ce que nous avions partagé. Il ne pouvait nier le fait de m’avoir aimé, même s’il s’était agit de quelques jours seulement.

« Je vous en prie, je vous écoutes. »
« Pensez-vous... croyez-vous que les Stark puissent être coupables de ces assassinats ? Vous les avez connu... mieux que moi... »

Je le regardais sans un mot. Je n’étais pas réellement surprise, il n’était guère le premier à me demander ce que je pensais de cette affaire. La rumeur était lourde et l’absence du Nord lors des festivités, autant que la véhémence de Jorah à l’égard de la Couronne, n’aidaient guère le Nord à gagner la sympathie des gens. Disposions-nous cependant de preuves suffisantes pour imputer la faute de cette traîtrise au Nord ? Certainement pas. Nous avions la parole d’un mestre dont la loyauté pouvait être questionnée. Et nous avions une circonstance, un contexte politique difficile et peu enclin à favoriser l’innocence des Stark dans le cœur des habitants du Donjon Rouge. Avais-je, en mon fort intérieur, la certitude qu’ils étaient innocents ? … Oui.

« Vous devinez, ma Reine, en quoi cette affaire doublement me concerne... »

« Je comprends votre inquiétude, Ser Edric. Je ne la comprends que trop. Lorsque les premiers regards se sont tournés vers le Nord, vers Jorah… J’ai bien été tentée de douter. Jorah avait été si véhément, si haineux… »

Je m’arrêtais quelques instants, prenant le temps de peser mes mots car l’inquiétude du jeune homme était plus que palpable.

« Mon cœur, mon esprit et tout ce que j’ai appris au Nord me permettent de vous affirmer avec la plus grande foi que je ne pense pas le Nord coupable de cette lâche attaque. »

Me saisissant d’une coupe d’eau fraîche aromatisée aux agrumes, j’en buvais quelques gorgées pour me désaltérer, les quelques heures passées au soleil et le chaleur me rendaient nauséeuse, et le poids des tenues royales n’aidaient en rien au confort d’une dame lors d’un été si violent.

« Les hommes du Nord ne sont pas des saints, attention. Cependant, si Jorah Stark et ses vassaux avaient voulu s’en prendre à votre famille, notamment à Robb, ils l’auraient fait en personne… une épée à la main. Ils n’auraient pas attaqué son épouse, enceinte de surcroît, avec une arme aussi peu honorable que le poison. »

Je buvais à nouveau avant de plonger mon regard dans celui d’Edric.

« Je ne peux qu’imaginer combien la situation vous pèse, Ser Edric… Ce que je peux vous dire, c’est qu’Ashara est une jeune femme exceptionnelle, et qu’elle vous aime de tout son cœur… Quant à votre petite fille… c’est un ange. »




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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Crise de foi   Mer 5 Sep 2018 - 19:13

La réponse de la Reine fut sans équivoque, et désaltéra le Cerf plus que n'importe quel breuvage. Rhaenys dédouanait non seulement les Stark, mais le Nord tout entier. Les hommes du Nord avaient trop d'honneur pour se vautrer dans une telle ignominie, voilà ce qu'elle croyait, ce qu'Edric était, lui aussi, si tenté de croire. Alors, le Mestre avait-il menti ? Ou la provenance du poison était-elle une preuve insuffisante ? Le Cerf réalisa qu'il s'en moquait totalement. Avec le témoignage de la Reine, il pouvait céder à la tentation d'une foi renouvelée, rassurante, salvatrice. Allégé du poids de la haine, Edric se sentait légèrement ivre, bien qu'il n'y ait nul alcool dans la coupe qu'il tenait. A moins que ce ne soit la force du soleil ? Ou les paroles de la Reine ?

- Je ne peux qu’imaginer combien la situation vous pèse, Ser Edric… Ce que je peux vous dire, c’est qu’Ashara est une jeune femme exceptionnelle, et qu’elle vous aime de tout son cœur… Quant à votre petite fille… c’est un ange.

Incapable de briser le regard qui les liait, le Cerf aurait été bien incapable de dire s'il rougissait, ou pâlissait ; s'il souriait ou béait. Il se sentait si heureux, et à la fois écrasé par la honte. Soulagé, mais si terriblement inquiet. Mille questions se pressaient. Était-ce Ashara qui lui avait dit cela ? Malgré l'amour de ses lettres, qui n'avait certes plus rien à voir avec les effusions d'antan, Edric avait du mal à croire que la Louve puisse ne pas lui en vouloir, alors qu'il avait brisé sa vie ; bientôt elle le détesterait sans doute, une fois que sa famille aurait massacré la sienne. Et Cathan ? A quoi ressemblait-elle ? Edric dut se retenir pour ne pas importuner Rhaenys de sa curiosité. Savoir qu'elle avait été familière de sa femme et sa fille la rapprochait de lui, mais elle était la Reine, pas son amie ; il ne pouvait s'humilier devant elle ni oublier sa part de responsabilité dans la tragédie qui s'annonçait.

- Merci pour votre sincérité. Il m'est d'un grand réconfort de croire que Jorah Stark (il pouvait à présent prononcer son nom) n'est pas responsable de ce crime là.
Mais il y avait les autres.
- Mais ça ne va rien changer, n'est-ce pas ? osa-t-il poursuivre. La guerre peut-elle encore être évitée ?
A voir son air douloureux, il était évident que le Cerf n'y croyait pas. Ça n'était pas pour autant une question rhétorique. Edric croyait que mieux que tout autre, la Reine pouvait l'éclairer. Que mieux que tout autre, la Reine comprenait les causes de ce conflit, et en mesurait les conséquences : tous deux avaient des êtres chers derrière les remparts de Winterfell.

Edric mesurait les conséquences, mais il ne comprenait pas les causes. Jorah Stark, son entêtement brutal, restait un sombre mystère pour lui. Véhément et haineux, avait dit la Reine avant de louer l'honneur des hommes du Nord. Mais quel honneur y avait-il à garder, dans la honte et par la contrainte, une épouse et un fille revendiquées ? Quel honneur y avait-il à jeter tout un peuple dans la guerre pour une épouse perdue ? Etait-ce la vengeance du Loup, de forcer Cerf et à Dragon à massacrer ceux qu'ils avaient aimés ? Le Suzerain du Nord était-il ce fou, comme il était aisé de le croire, comme il était possible après le Cruel ? Pourquoi s'exposer à la puissance des armées unifiées, au feu du Dragon, quand son propre aïeul avait plié le genou ? Cachait-il un atout ?

- J'espère que ce sens de l'honneur gardera Jorah Stark d'utiliser sa sœur et sa nièce dans cette guerre, dit Edric sombrement. Son comportement me semble moins motivé par l'honneur que par le ressentiment.

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