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 C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Jeu 8 Mar 2018 - 12:29




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

Nouvellement installé dans ses quartiers temporaires, proches de l’aile royale du Donjon Rouge, Robb observait l’agitation de la ville en contrebas diminuer à mesure que le soleil baissait. Immobile, le seigneur de l’Orage profitait du calme tout relatif qui régnait à cette heure, une fois ses nouveaux devoirs de Régent remplis, et avant que la nuit ne l’assaille de ces souvenirs trop récents et trop douloureux que pour être ignorés. Mort, douleur, trahisons, tant de mots qui hantaient désormais son quotidien plus sûrement que la foule de courtisans pressés de tenter d’obtenir les faveurs de l’homme qui pour quelque mois pourrait faire pour leur position plus en quelques mots qu’eux en plusieurs années.

Depuis le mariage royal, depuis l’empoisonnement de Rohanna, tout semblait se liguer contre lui. La nouvelle de la trahison de Kyra à son encontre pour Jasper, d’abord, était venue ébranler ses convictions, persuadé qu’il était que les membres de sa famille étaient les seuls dont la loyauté serait toujours acquise, quelles que soient les circonstances. Sa mère lui avait donné tort, encore une fois, et au pire moment possible. Le seigneur de l’Orage n’avait pas besoin de devoir gérer les frasques de son propre sang, pas quand les Stark devaient être matés, pas quand les Arryn se croyaient, encore et toujours supérieurs au reste du monde et entendaient bien le voir plier. Aux deux anciennes Maisons loyalistes, chacune une plaie pour le Royaume à leur manière, s’ajoutaient la liste sans fin de griefs et demandes qu’il lui fallait assumer depuis qu’il était Régent, la convalescence de Rohanna qu’il s’était condamné lui-même à vivre à distance, aggravé par ce choix que le Cerf lui avait laissé. L’attente était sa seule possibilité en la matière, mais il ne pouvait pas rester oisif pour autant…

De sa famille brisée restaient encore deux membres qui lui étaient fidèles, deux personnes qu’il ne pouvait pas, ne voulait pas perdre, pas quand ils étaient tout ce qui restait d’un passé heureux, pas quand ils ne seraient bientôt plus que trois à porter l’avenir de leur famille. Oriane, sa cadette, ne portait plus leur nom aujourd’hui mais elle restait une Baratheon dans son coeur et dans son attitude. Ses enfants ne seraient peut-être pas des Baratheon de nom, mais ils seraient du sang du Cerf autant que les autres, les neveux du seigneur de l’Orage, et en tant que tels ils auraient son amour et sa protection, de la même manière que la fillette actuellement au Nord, celle à qui les Stark avaient refusé son nom et condamnée à être traitée comme une bâtarde parce les Stark avaient la malveillance de nier l’évidence de l’union qui avait eu lieu. Parce qu’Edric était bel et bien marié à leur fille, qu’ils le veulent ou non, c’était un fait accompli devant les Dieux.

De leur fratrie, Edric avait toujours été celui dont Robb avait été le plus proche. De deux ans seulement son cadet, il avait été le seul avec qui l’héritier en devenir avait eu le temps de pouvoir jouer, comme un enfant, avant que ses responsabilités ne le forcent à grandir trop vite. Et même après cela, Edric était celui avec qui il s’était permis ses rares écarts, qu’il s’agisse de gouter au vin pour la première fois en volant une cruche dans les cuisines ou d’autres mauvais tours indignes de sa position, comme Kyra ne manquait jamais de lui rappeler. De Jasper, ou d’Oriane, Robb n’avait jamais été aussi proche, le premier était trop effacé que pour attirer l’attention d’un frère trop âgé et trop impétueux pour faire attention à une présence si discrète, et la deuxième trop jeune pour comprendre réellement en quoi son aîné était différent d’elle-même. Robb n’était pas sûr qu’Edric l’avait entièrement compris non plus, mais au moins avait-il été présent, et leur lien n’avait pas trop été entâché par cette distance due au devoir.

Pour ce qui les avait uni à cette époque, pour ce qui devait encore les unir aujourd’hui, Robb était prêt à beaucoup. Il avait déjà perdu trop de choses que pour accepter de voir celui qui était à nouveau, par la force des choses, son héritier, prendre ses distances, le voir comme les autres pouvaient le voir, quelqu’un qui était dévoré par le pouvoir qu’on lui avait donné. Cette erreur, il pouvait l’accepter venant d’étrangers, de jaloux, mais pas de son frère. C’était la raison pour laquelle il l’avait invité à dîner avec lui ce soir, alors même qu’il aurait préféré la solitude, compagne favorite du moment, qui sans lui offrir de réconfort, avait au moins la vertu de ne pas ajouter plus de problèmes à sa situation.

Mais les problèmes à aborder, ce soir, ne manqueraient probablement pas. Le jeune Cerf voudrait probablement comprendre pourquoi il avait abandonné ses quartiers de la Tour pour ceux-ci, savoir quand il pourrait serrer son épouse dans ses bras, connaître les projets de son aîné pour les traitres d’Accalmie… Oui, le Régent serait probablement obligé de replonger dans toutes ces problématiques, pour conserver une entente qu’il ne voulait pas voir disparaître comme les autres.

Il ne fallut pas longtemps pour que les gardes postés à sa porte annoncent l’arrivée du premier archer de l’Orage, qui fit son entrée d’un pas calme, comme à son habitude. S’il était troublé par les récents événements, s’il était hanté par toutes les questions en suspens concernant le destin de leur famille, il n’en montrait rien, ou du moins Robb ne parvenait-il pas à le déceler. Un maigre sourire s’afficha sur le visage du Seigneur de l’Orage tandis qu’il saluait son frère, tout en faisant un signe à la servante présente, qui servit deux coupes de vin, posées sur une table déjà dressée pour l’occasion.

« Mon frère, je suis heureux que tu aies accepté de venir ce soir. J’ai fait monter le vin que nous avons gouté ensemble pour la première fois, pour l’occasion. J’ai pensé qu’un peu de nostalgie était de mise... »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Jeu 8 Mar 2018 - 17:03

Edric devait sans doute s'habituer à ce que ce soit par missive que son frère l'invite à dîner. Pas de mauvais esprit s'il-vous-plait : le Cerf s'en réjouissait. S'agissait-il d'un dîner en tête-à-tête ? Il l'espérait. Cela faisait si longtemps. Dans les préparatifs du Couronnement, les deux frères n'avaient pas eu le temps de se retrouver, et puis, après, Rohanna... La Main du Roi et désormais Gouverneur du Royaume s'était isolé. Il n'y avait eu que cette soirée, que ces mots vifs échangés dans la fratrie des Cerfs. Que ce complot Baratheon révélé au pire moment, équilibrant au flanc droit la blessure du flanc gauche. Les Cerfs saignaient des deux côtés.

Sur le visage du cadet, cette souffrance ne se laissait pas deviner. Depuis sept ans, il avait l'habitude de tout garder en dedans et de présenter au monde cette face joviale et tranquille qui faisait sa marque de fabrique. Mais il devenait difficile de positiver. Peut-être qu'un jour, la façade se fissurerait dans un grand éclat de colère comme il en avait parfois. La fureur était leur. Mais Edric n'allait pas laisser la fureur, ni quique ce soit d'autre, gâcher ce dîner.

- Ai je déjà refusé, mon frère ? dit-il en prenant place.
Pourquoi l'aurait-il fait ? Il n'avait pas de reproches pour Robb, du moins, pas de reproches qu'il souhaite formuler. Oriane avait déjà tout mis sur la table. La rancoeur ne ramenerait pas le rose aux joues de Rohanna. Edric voulait croire que Robb n'avait pas changé, pas assez, du moins, pour devenir cet homme insensible qu'il avait paru être aux yeux de toute la Cour, cet homme qui recevait en public les allégeances de ses sujets, et négociait en privé la loyauté des plus fiers, tandis que sa femme et ses enfants mourraient. Robb ne souhaitait-il pas partager avec lui son repas et ses souvenirs d'enfance ?

- Cette vieille chose ? s'amusa Edric en regardant le grand cru couler dans sa coupe.
Conformément au rituel, il en apprécia la robe et l'odeur, prit une gorgée et grimaça, comme il avait grimacé à huit ans - dix pour Robb - en découvrant le breuvage. L'âge l'avait rendu fort.
- Il est comme nous mon frère, il a mal vieilli, dit Edric en riant, et revenant à la coupe, malgré l'amertume.
La vie était amère, il fallait s'y faire. Robb ne riait pas.
- Ne fais pas cette tête, le gourmanda-t-il.
Ses propos n'ouvraient aucun cratère existentiel. Sa voix donnait le ton. Edric voulait que ce dîner soit léger ou du moins, franc. Avec lui, Robb pouvait enlever ses gants de diplomatie. Edric voulait du coeur.

- Tu n'as rien de grave à m'annoncer n'est-ce pas ? poursuivit-il sur sa lancée sans doute maladroite, justement peu diplomate.
Comme lui, plus que lui, Robb devait en avoir marre des regards compatissants, des mots mous et des courbettes pleines de dignité.
- Je ne vois pas comment ça pourrait être pire.
Il but jusqu'à la lie, trop vite, souhaitant liquider ce souvenir d'enfance qui le ramenait douloureusement entre les murs d'Accalmie, du temps où ils riaient et ne riaient plus lorsque Kyra les sermonnait pour leurs conneries, du temps où Kyra voulait le bien de tous ses enfants.

En vérité, Edric voyait très bien comment les choses pouvaient empirer. Rohanna pouvait ne jamais se relever. Robb pouvait s'enivrer de fureur plus qu'à cette outre autrefois. La culpabilité du Nord pouvait se confirmer, la guerre se déclarer. Les deux frères pouvaient troquer couteaux et fourchettes contre épées meurtrières. Edric s'imaginait dans la neige couvert du sang de celle qu'il aimait, plus rouge et plus amer que ce vin là. A jamais il lui en resterait le goût dans la bouche.

Edric chassa ces idées rouges avec son immobilité. Il se leva de son siège capitonné et remercia la jeune femme qui les servait. Il allait s'en charger tout seul. Avec une grâce affectée, il enleva le couvercle de la soupière dont s'échappa un petit panache de vapeur. De son autre main, il saisit par l'antenne l'une de ces grosses crevettes de la Baie et l'observa, suspendue dans les airs, tournant sur elle-même comme une danseuse rose et dodue. Le reste de ses congénères à carapaces flottaient dans une écume parsemée de quartiers d'agrumes et de petites herbes sophistiquées. Le Cerf jeta au Cerf un regard plein de perplexité.

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Ven 16 Mar 2018 - 21:26




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

Toujours le mot pour rire, la remarque acerbe, Edric avait jusqu’à présent réussi à illuminer les journées sombres de son frère. Du temps où il n’était que l’héritier d’Accalmie, quand il se devait d’être au-delà du reste de sa fratrie, c’était Edric qui le ramenait sur terre, qui lui rappelait que la vie n’était pas qu’une succession de devoirs auxquels il devait se soumettre pour la gloire de sa famille. Et pourtant aujourd’hui, ses traits d’esprits ne parvenaient pas à rendre le sourire à son aîné. Peut-être était-ce là la fin d’une ère, celle où le Seigneur de l’Orage se permettait parfois de sortir de son rôle pour n’être qu’un homme avide de fêtes et de bons moments, peut-être n’était-ce que que le signe que les événements récents, que tout ce qu’il avait à dire, que le monde était bien trop sombre pour être illuminé de cette manière. Pas de rire, pas de sourire, non, Robb ne fit qu’indiquer son siège à son frère, il était inutile de lui faire croire d’une manière ou d’une autre que la soirée se passerait uniquement à ressasser de bons souvenirs, ou à parler de projets heureux.

« Tu n'as rien de grave à m'annoncer n'est-ce pas ? Je ne vois pas comment ça pourrait être pire. »

Les choses pouvaient toujours être pires. La situation était probablement bien pire que ce que croyait son cadet, héritier malgré lui et par la force des choses des responsabilités de son aîné. Robb avait cru toucher le fond quand il avait vu Rohanna s’écrouler, et on lui avait ensuite annoncé que ses enfants étaient perdus, une fois encore. Puis, sa propre sœur lui avait annoncé la trahison de Kyra. Il avait cru pouvoir raisonner les Stark en leur offrant d’officialiser un mariage déjà célébré et consommé, et ils lui avaient craché au visage. Il devait gérer des Arryn qui vivaient encore à l’époque où ils étaient Rois, et ne connaissaient pas le sens du mot soumission, distordaient jusqu’au sens de leur honneur si précieux. Peu importait ce que réservait le lendemain, tout pouvait encore empirer. Rohanna pouvait décider de partir, les Arryn de se battre au coté de leurs cousins dégénérés, Dorne profiter du chaos ambiant pour raider ses terres, le Bief sombrer dans une nouvelle guerre civile, et qui blâmerait-on alors ? Le Protecteur du Royaume bien sûr, et ils auraient raison de dire qu’il avait failli.

« Mangeons, nous avons beaucoup à nous dire, et mieux vaut le faire avec l’estomac plein d’autre chose que de vin, il y a trop de décisions à prendre. »

Il jeta un œil à la servante congédiée par Edric, et à sa révérence décidément bien trop basse. Elle travaillait dans l’aile royale où il avait élu domicile après tout, et ce genre de politesse exagérée était coutumière de ceux qui cotoyaient la royauté sans pouvoir se targuer d’un quelconque pouvoir. Bien entendu, il était aussi possible qu’elle tente de plaire à l’un des seigneurs à qui elle aurait du faire le service, Edric était officiellement célibataire, et les rumeurs concernant l’éloignement de la Main du Roi de son lit conjugal avaient ravivé les ardeurs de certaines, pour qui l’idée de devenir sa maîtresse était certainement la meilleure opportunité d’amélioration de leur quotidien dont elles pouvaient rêver. Elle quitta néanmoins les lieux sans rien ajouter, pleine de la discrétion qui se devait d’être inhérente à la servitude.

Si les mots d’Edric ne l’avaient pas tirés de sa morosité habituelle, son regard plein d’incompréhension quand il découvrit ce qui leur avait été servi, en revanche, arracha un sourire en coin au Seigneur de l’Orage. Evidemment, on était bien loin des gibiers et des banquets que l’on servait à Accalmie, ou des repas plus frugaux qu’ils prenaient parfois dans les cuisines, après un entrainement ou une chasse tirée en longueur, quand ils ne pouvaient pas attendre que l’on prépare leur prise.

« Quand on vit dans l’aile royale, on reçoit les mêmes repas que le Roi, mon frère, les serviteurs d’ici ne sont pas habitués à nos manières, et il faut bien avouer que je n’ai ni le temps ni l’envie de leur faire la leçon. Mais tu verras, c’est parfaitement comestible, quand on parvient à oublier l’apparence douteuse. »
Souriant à nouveau, Robb ne put s’empêcher de penser que ce serait peut-être la dernière fois qu’il le ferait ce soir. Un léger silence s’installa tandis que tout deux mangeaient, chacun attendant sans doute que l’autre entame la conversation. L’ainé des Baratheon finit par par rompre ce flottement, il n’avait pas envie que son frère pense qu’il hésite à lui confier toutes ces choses dont ils devaient parler.

« Edric... »

Le ton grave, il posa ses yeux sur son cadet, se demandant comment il accueillerait la nouvelle. Mal, sans aucun doute, mais il y avait tellement de niveaux de mauvaises réactions que le prédire exactement était impossible. Après tout, c’était le sujet houleux de son mariage clandestin qui allait être abordé, et pas de la façon dont le jeune Cerf aurait pu l’espérer. Comme son père, Robb n’avait pas apprécié, ni approuvé la façon dont Edric avait ainsi décidé de sceller son destin, sans l’aval d’aucune des deux familles concernées, et pourtant… Il pouvait comprendre l’amour qu’il devait avoir pour cette Stark, la peine qu’il devait ressentir de la savoir éloignée, de savoir que son enfant, bien vivante, elle, était condamnée à porter la marque de la bâtardise plutôt que leur nom. Edric avait suffisamment souffert pour son acte, et Robb était résolu à faire cesser ce chatiment trop cruel, d’une manière ou d’une autre. Et puisque la manière douce avait échoué...

« Le jour du… Mariage royal, j’ai reçu la réponse de Jorah Stark à ma proposition d’officialiser ton mariage avec sa sœur. Je n’avais pas le coeur à t’en parler avant, pas avec les événements qui se sont déroulés, mais il a refusé d’avaliser l’union, malgré les avantages que cela lui aurait procuré. Il veut l’indépendance, et il veut la guerre, et elle comme toi êtes pris dans cette lutte. J’en suis désolé. »

Laissant passer quelques secondes, Robb s’interrompit, guettant la réaction de l’archer de l’Orage, avant de poursuivre, plus rassurant.

« Pourtant, je suis déterminé à mettre fin à cette comédie. Il ne veut pas admettre que vous êtes mariés ? Très bien, nous irons la chercher à la tête d’une armée, nous la ramènerons à Accalmie, et je ferai savoir au monde que ce mariage est officiel, que ta fille… Que ma nièce n’est pas une bâtarde. Elle portera le nom de notre Maison, mon frère, et elle fera ta fierté. De cela, je te fais la promesse, mon frère. Même si pour ça il me faut mettre le Nord à feu et à sang, vous serez à nouveau ensemble, et dans peu de temps. »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Mar 27 Mar 2018 - 18:33

Robb ne démentit pas, et Edric laissa s'évanouir son sourire. Ainsi et comme il aurait dû s'en douter, ce dîner avait un but bien précis ; des nouvelles devaient être données, des décisions, prises. Se concentrant sur sa tâche immédiate - chaque chose en son temps - le Cerf s'empara de la petite louche en argent, servit son frère puis lui-même, avant de se rassoir et d'attraper ses couverts. Les paroles de l'Orageois ne le rassurèrent qu'à moitié sur le contenu de son assiette. Etait-ce ainsi qu'on nourrissait les grands de ce monde ? Le pouvoir ne lui avait jamais paru moins enviable.

Comestibles, les crevettes étaient néanmoins difficiles à manger. Il fallait les dépiauter, allez faire ça avec un couteau et une fourchette ! Appliqué, le Cerf en oubliait de parler. Quand Robb prononça son nom, Edric abandonna.

Il abandonna, les crustacés et l'espoir qui lui restait. Son visage eut le spasme que son coeur avait eu, et puis, plus rien. Quelque chose s'était dénoué. Il était libre, libre de laisser le désespoir et le dégoût s'affaler sur lui. Une part de lui-même disait qu'il aurait tout essayé, l'autre, qu'il n'avait rien fait. Les voies légales étaient épuisées. Il était épuisé, vide. Balayée, la joie de ce moment partagé. L'inquiétude, aussi. Tout pouvait arriver. Robb ne pouvait rien faire pour lui, malgré ce qu'il disait.

Edric baissa les yeux sur son assiette et, ne s’embarrassant plus de sa dignité, y mit les doigts. Il arracha la carapace, brisa la tête et regarda la chair grisâtre en couler, en pensant à Jorah. Il goba la crevette. Il aurait voulu n'avoir plus faim, jamais, mais la vie le portait encore, depuis sept ans en vain, et la vie continuerait de le porter dans cette absurdité, s'il n'y mettait fin lui-même.

Edric regarda son frère qui était plus furieux que lui, sans doute parce lui, avait eu des années pour s'indigner, et que sa douleur avait changé de forme. Furieux : pour lui, ou pour l'honneur de sa famille ? Pour Rohanna, ou même pour le Roi ?

- Et alors quoi, mon frère ? Nous festoierons sur les restes de sa famille ?
Est-ce que Robb s'entendait parler ? Est-ce qu'il croyait une seconde à ce qu'il disait ?
- Mon histoire avec Ashara ne survivra pas à une nouvelle guerre. Cette guerre, si tu dois la mener... mène-la, et je serai à tes côtés. Pour Rohanna.
Ecrasé par le choix qu'il venait de faire, le Cerf secoua la tête, visiblement tourmenté.
- Mais pas en mon nom, non, pas pour moi... Personne d'autre ne paiera pour mes erreurs. Non. Je n'endosserai pas cette responsabilité.

Le déshonneur d'une femme et d'une fille suffisait à le terrasser. Il n'en voulait même plus à Jorah. Tout était sa faute, sa faute à lui. Edric posa ses coudes sur la table et sa tête dans ses mains pleines de crevettes. Si le Cerf chargeait, ils seraient nombreux à flotter dans leur jus rosé.

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Mar 3 Avr 2018 - 18:09




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

« Je t’aime, petit frère, mais je ne fais pas la guerre pour tes erreurs. Pas plus que je n’écraserai Jorah Stark et ses chiens mal nourris parce qu’un Mestre a pointé le doigt vers eux en les accusant d’avoir tué mes enfants. Il mourra parce qu’il trahit son serment un peu plus à chaque nouvelle respiration qu’il prend, et parce qu’il a eu la bêtise de croire qu’il pouvait nier l’évidence d’un mariage consacré devant les Dieux, pire, parce qu’il a craché sur l’honneur de notre Maison en refusant la proposition qui lui a été faite. Que tu aies épousé sa sœur en secret n’a rien à voir dans cette guerre, sans quoi elle aurait commencé bien plus tôt. Il n’en reste pas moins qu’il n’a aucun droit de la garder éloignée de toi, et que son entêtement à le faire ne fera qu’accélérer sa chute. Et crois-moi, si les accusations qui le désignent comme coupable de l’empoisonnement de ma femme, la mort lui sera une délivrance des plus douces après ce qu’il devra subir en sus de son éxécution.

Des années de séparation, la désapprobation de notre père, tu as suffisamment payé pour ton emportement à te marier, n’ajoute pas la culpabilité d’une guerre sur tes épaules. Même si tu ne l’avais pas épousée, j’y serais allé. Au final, ce n’est qu’une opportunité supplémentaire de réparer un tort fait à notre Maison. »


Immédiatement après qu’Edric ait terminé de parler, Robb avait surenchérit abruptement, une lueur de colère dans le regard. Les paroles de son frère résonant bien trop avec certains murmures qui lui étaient parvenus par la force des choses, de ceux qui avaient un peu trop de sympathie pour le seigneur du Nord, qui l’accusaient sans oser le confronter de vouloir la guerre uniquement parce qu’il pensait les Stark responsables du sort de sa femme. Le Loup était un suspect dans cette affaire, et si les preuves venaient à le désigner comme la main directrice du poison, il souffrirait les pires tourments avant que sa mort ne vienne, mais même s’il était innocent, il n’en restait pas moins un traitre, un indépendantiste, qui ne méritait que de voir sa tête rouler aux pieds des Targaryen. De la même manière, Jorah lui avait craché au visage quand il lui avait tendu la main, et Robb aurait menti en disant qu’il ne prendrait aucun plaisir à voir cet idiot recevoir ce qu’il méritait, pour autant ce n’était pas par pure envie de vengeance qu’il serait celui qui le mettrait à genou. Au delà de ces considérations personnelles, c’était son devoir de s’assurer de voir le traître remis à sa place. Jorah n’était pas le seul à l’avoir offensé, à l’avoir pris de haut, et pourtant le Cerf ne s’apprêtait pas à déclarer la guerre à tous ces indignes pour autant… Il était question de rendre justice, pas simplement de se venger. Que son frère fasse partie de ces gens qui le croyaient ainsi autant assoiffé de sang avait quelque chose de triste, de vexant, de décevant. N’était-il pas celui qui avait grandi à ses cotés ? Celui qui, plus que les autres, devait lui témoigner sa confiance ? Etait-ce trop demander que de savoir que ses proches, au moins, ne doutaient pas de sa probité ? La moitié de leur famille avait décidé de le trahir, Oriane était loin d'eux à présent, ne restait que son frère, et même lui semblait douter des motivations du Suzerain de l'Orage. Si Theodan les voyait, la honte se lirait probablement sur son visage, et cela, Robb n'aurait pas pu le supporter.

Quant à Ashara… Il était plus que temps qu’Edric cesse de sa flageller sur le sujet. Son erreur avait été commise des années auparavant, et sa position ne lui permettait plus les demis mesures sur le sujet. Sans compter qu’Ashara elle-même était tout autant victime des agissements et des décisions de son frère que lui… Robb soupira, avant de poursuivre.

« Tu es mon héritier, Edric, maintenant plus qu’avant, depuis les actions de notre mère. La question de ton mariage est une affaire d’état, aussi désagréable que cela puisse-t-être. Je ne peux pas laisser Ashara à Winterfell sous prétexte que son frère refuse de te la rendre, ou parce que tu ne veux pas que des hommes meurent pour la ramener. Les développements récents son regrettables, et nous forcent la main sur le sujet, mais le fait était avéré au moment où tu l’as épousée, au moment où elle a accepté de devenir ta femme. Les options diplomatiques ont déjà été tentées, et on échoué. A moins que tu ne veuilles la répudier, il ne reste plus d’autre solution… Et je ne te forcerai pas la main sur le sujet. Dans un cas comme dans l’autre, le choix est tien, mais il faut que tu l’assumes, ainsi que ses conséquences pour toi, pour elle, pour ta fille et pour l’Orage. Le compromis en la matière ne t’est pas plus permis qu’il ne l’est pour moi. Nos hommes seront prêts à mourir pour que tu puisses la récupérer si tu veux conserver ce mariage, et ce serait les insulter que de ne pas leur permettre de se battre pour leur héritier. »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Dim 8 Avr 2018 - 11:39

La tête dans ses mains, Edric put cacher sa honte. Il se sentait ridicule d'avoir cru de que son frère envisageait vraiment de "mettre le Nord à feu et à sang" juste pour récupérer sa femme et son enfant. C'est ainsi que Robb avait présenté les choses, par égard pour lui certainement ; mais Robb voyait plus grand. Robb était le Gouverneur des Royaumes avant d'être son frère, et c'est le Gouverneur des Royaumes qui l'avait invité à dîner. Edric se redressa sur son siège avec la dignité qui lui restait, essuyant ses doigts dans la nappe, écoutant la Main justifier son action. Robb n'avait pas besoin de se justifier, Edric ne l'accusait de rien. Etait-ce son frère, ainsi sur la défensive ? Etait-ce son frère qui promettait la torture avec délectation ? Ne songeait-il pas qu'aussi coupable qu'il soit, Jorah était son beau-frère ? Edric était lié par le sang aux Stark comme aux Baratheon, mais cela, Robb ne le comprenait pas. Etait-ce si compliqué de comprendre qu'Edric allait perdre la Louve s'il souillait davantage ses mains du sang des siens, ce sang que par Cathan, il partageait ? Robb cherchait à le dédouaner en soulignant l'obstination de Jorah, en l'absolvant de sa faute auprès d'Ashara, mais ça ne le soulageait pas. Non, le Cerf n'avait pas "suffisamment payé" pour le déshonneur qu'avait enduré Ashara, pour l'opprobre que Cathan vivait chaque jour, et surtout pas, pour le destin tragique qui les attendait si la guerre éclatait. Edric était damné, quand bien même de cette guerre, il ne portait pas la responsabilité.

Que faire ? Un choix, disait Robb. Se battre pour récupérer Ashara, quoiqu'il en coûte. Ou la répudier. Ces seuls mots suffirent à mettre Edric en colère. Il n'était pas Robb, il n'envisageait pas de répudier celle qu'il avait prise devant les Sept, et encore moins celle qu'il aimait. Pourtant, il ne pouvait pas dire qu'il n'y avait jamais pensé. Pas à la répudier, mais à la libérer de ce serment qu'il ne pouvait honorer. Quand, dans l'une de ses lettres, la Louve lui avait parlé de ce jeune Mormont qui était prêt à l'épouser, Edric avait été furieux, d'abord, une fureur noire qui n'avait rien à envier à celle de Martyn Arryn qui avait fait du petit bois de son mobilier. Mais à la nuit tombée, Edric s'était demandé : de quel droit empêcherais-tu Ashara de vivre sa vie ? L'Ours mal léché lui offrait tout ce qu'il lui avait promis et jamais donné. Une vie, une vraie ; un nom pour Cathan, un homme dans son lit, et pas seulement quelques lettres, des souvenirs brûlants et des regrets. Renoncer à la Stark pour la laisser vivre, était-ce qu'il devait faire ? Mais Ashara n'en serait pas plus épargnée par la guerre. Au contraire, elle n'aurait plus la protection du nom du Cerf.

- Je ne répudierai pas Ashara, répondit Edric avec colère.
Répudier la Louve ou se battre pour elle. Dans ce choix auquel son frère et suzerain le confrontait, il n'y avait pas de fin heureuse. Répudier la Louve et la perdre, aux bras d'un autre ou sur l'autel de la guerre. Se battre pour la Louve et perdre son coeur et sa loyauté dans le sang versé. Mais au moins sa femme et sa fille seraient sauves, si les Sept le voulaient, et si les hommes le permettaient.
- Je veux ta parole qu'Ashara et Cathan seront préservées, épargnées, que tout sera fait pour cela. Elles et le maximum des siens. Jorah paiera pour tous.
Car à vrai dire, Edric ne connaissait pas la position d'Ashara. Peut-être la première Dame de Winterfell brûlait-elle aussi du feu de l'indépendance. Jorah ne pouvait être le seul fou à défier la Couronne. Fou, le serait-il au point de sortir de sa citadelle pour se battre à découvert ? Edric l'espérait, pour que la Louve et sa fille restent en sécurité.
- Puisqu'il faut se battre encore, je me battrai à tes côtés. Ainsi tu auras un supplément d'âme pour ta guerre et tu auras ton héritière.
Edric ne mangeait plus, il avait déjà le sel et l'amertume. Le cadet était injuste envers son frère, et il le savait. Mais il lui en voulait de tous ces calculs. Dire aux hommes de l'Orage qu'ils se battaient pour leur héritier, alors que la Main venait d'affirmer que ça n'était pas le but de cette guerre. Cet héritier, Edric ne voulait pas l'être déjà ; Robb avait-il perdu tout espoir de descendance avec Rohanna ? Etait-ce pour cela que Cathan existait soudain à ses yeux ? Etait-ce pour cela qu'il voulait la récupérer au mépris de sa sécurité ? Edric se sentait utilisé. Qu'il avait été naïf de croire que son frère voulait simplement l'aider !

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Dim 8 Avr 2018 - 16:49




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

Il avait suffit d’évoquer la possibilité d’une répudiation pour qu’Edric se mette en colère, confirmant ce que Robb savait déjà. Il aurait connu la même si on lui avait proposé de répudier sa propre épouse, malgré les événements récents, et les nombreuses rumeurs disant qu’elle ne serait jamais capable d’enfanter, plus maintenant. Le Cerf savait que bientôt, ce choix lui serait forcément proposé, renoncer à avoir une descendance, ou renoncer à celle qu’il aimait… Restait bien sûr l’espoir que malgré tout, la Biche soit encore capable de porter un enfant, restait la crainte du choix qu’il lui avait laissé, mais aucun des deux ne pourrait empêcher le Roi, ou quelqu’un d’autre, d’essayer d’influencer le Seigneur de l’Orage pour assurer une descendance de la lignée principale des Baratheon. La Maison du Cerf était trop importante pour les Targaryen, ils étaient leurs protecteurs, une garantie qu’aucune autre Maison ne chercherait à se soulever tant que les meilleurs guerriers de Westeros se tenaient aux côtés de leurs souverains. Les dragons, et l’Orage. Voilà tout ce qui se tenait entre les Sept Couronnes, et une foule de seigneurs se prenant des mêmes envies folles que Jorah Stark. Des Baratheon, Robb était celui qui était le plus conscient de cet état de fait, Edric ne se préoccupait pas de ce genre de détails, et Jasper avait trop longtemps été bercé par les valeurs Lannister pour connaître son devoir envers ses suzerains. Pour cela, les Dragons voudraient s’assurer que c’était sa lignée qui occuperait le trône de l’Orage, pour assurer leur propre stabilité. Et pour cette raison, si Rohanna décidait de rester, il lui faudrait s’opposer à leurs tentatives de le voir prendre une autre épouse.

Edric n’avait pas à faire ce genre de choix, ni à réfléchir aux conséquences qu’auraient sa décision de garder Ashara pour le Royaume. C’était le fardeau de son aîné, lui n’avait à se préoccuper que de sa relation, protégé qu’il était par le soutien que Robb lui apporterait sur le sujet. Aussi, quand il lui annonça qu’il ne la répudierait pas, le Cerf se contenta de hôcher la tête, il n’en avait pas attendu moins, pas si ce mariage prononcé en secret était autre chose qu’une folie de jeunesse.

« Bien. »

Mais Edric n’avait pas terminé, cherchant à obtenir de la part de son frère un serment d’épargner autant de Starks que possible, à commencer par la Louve et sa fille. Robb reprit une gorgée de vin en l’écoutant. Pouvait-il croire qu’il n’avait rien à faire de la vie de celle que son cadet avait choisi ? De sa nièce, qui partageait son sang et qu’il ne donnerait pas d’ordres pour s’assurer qu’elles soient épargnées ? Mais plus que les autres, ce furent les mots qui suivirent qui allumèrent dans les yeux du Suzerain de l’Orage les flammes de la fureur typique à leur famille. Ses yeux ne quittaient plus ceux de son frère tandis que sa poigne se serrait autour de la coupe de métal jusqu’à en blanchir ses jointures. Lentement, le Baratheon la déposa sur la table, relâchant sa prise sans quitter son frère du regard. Plus que jamais, il comprenait pourquoi il avait été nécessaire que Theodan l’arrache à l’insouciance dès son plus jeune âge… Que serait devenu l’Orage s’il n’avait pas bénéficié de cette éducation ? Edric et lui avaient toujours été semblables en bien des points, et il avait fallu des années pour que les leçons qu’on lui inculquaient les différencient de façon inéluctable.

« Ma guerre… Mon héritière... »

Aussi rapides et fortes que la foudre frappant un arbre de leur région, les mains du Protecteur du Royaume s’écrasèrent sur la table pendant qu’il se relevait violemment pour toiser son frère de toute sa hauteur. N’importe quel autre homme ne portant pas son nom, n’ayant pas son affection aurait probablement été jeté dehors sans aucun égard, ou se serait déjà trouvé le visage ensanglanté et la face contre terre pour oser ainsi l’insulter. Mais pas Edric, pas son propre sang. Il avait gagné le droit de le provoquer sans craindre pour son statut ou pour son intégrité physique par ce temps passé ensemble, néanmoins il n’avait pas reçu en même temps l’assurance d’être épargné par les conséquences de ces insultes crachées au visage de son aîné. Et, comme l’Orage, la voix de son seigneur tonna après le choc avec la terre.

« Ma guerre ?! Mon héritière ?! J’avais espéré que mon frère, mon ami, ou si cela ne veut plus rien dire pour toi, au moins mon vassal pourrait me soutenir sans réserve, à défaut de comprendre la position ou je me trouve !

Ta fille n’est pas importante parce qu’elle pourra un jour porter notre nom, elle est importante parce qu’elle est de notre sang, parce qu’elle est ma nièce, et aucun Loup n’aura jamais le pouvoir de lui enlever cela ! Si tu avais voulu aller l’enlever, elle et sa mère, des années plus tôt, tu aurais eu mon soutien et ma protection par la suite, quelles qu’auraient été les conséquences pour notre Maison, parce qu’elle EST de notre sang, Edric ! Peu importent que tu te sois marié sans le consentement de notre Père, nous sommes des Baratheon, et nous payons tous le prix des erreurs des nôtres, quittes à tomber ensemble… Une notion que notre mère et notre frère ont oublié, mais que je garde gravée dans mon coeur et mon esprit, alors ne vas pas m’insulter en croyant que je ne veux la ramener que pour ce qu’elle représente ! Si je ne voulais te la voir rendue que pour son statut, elle serait loin d’être une priorité, je te rappelle que Jasper a un fils, qu’il est largement possible que tu aies un héritier mâle toi aussi ! J’ai perdu mes enfants, Rohanna a failli mourir, et je ne laisserai pas ces chiens faire subir le même sort à mon frère parce qu’ils sont trop fiers pour baisser la tête, parce qu’ils sont trop fiers pour saisir l’occasion de voir leurs torts réparés, l’honneur de leur fille rendus, et pour éviter que leur sang ne soit versé !

Parce que cette guerre dont tu me prêtes si facilement l’intention, j’ai tout fait pour l’éviter ! JE me suis abaissé à tendre la main à un homme qui déjà affichait clairement ses envies de trahisons, JE lui ai offert mon aide, à aucun moment le suzerain de cette famille que tu tiens à protéger plus que la tienne n’a tenté quoique ce soit en ce sens ! Au contraire, il m’a craché au visage, à celui de notre Reine, de nos cousins, et tu oses dire que c’est ma guerre ? Tu voudrais peut-être que je renonce au Roi pour lequel notre père est mort, que j’abjure tous les serments de fidélité que j’ai prononcé pour me ranger aux cotés d’un homme qui n’a même jamais voulu t’accepter comme le mari de sa sœur, dont la seule ambition est synonyme de la perte de son peuple ?! Au nom de quoi ? De ton mariage ? Ils n’ont jamais voulu lier leur famille à la nôtre, ne t’avise pas d’oublier que ce n’est pas ton frère qui empêche la présence de ton épouse à ton bras, de ta fille là où est sa place ! Il n’y a qu’un nom qui cherche la guerre, Edric, et ce n’est pas le nôtre !

Les Targaryen partagent bien plus de notre sang que ne pourront jamais y prétendre ceux qui se voient déjà Rois du Nord, Jaehaerys et Rhaenys sont nos frères, notre devoir est envers eux, pas envers des gens qui se croient meilleurs que nous sous prétexte qu’ils ont vécu plus longtemps que nos ancêtres sur ce continent. Et je ne regarderai pas Jorah Stark chier sur ce que notre père a bâti en l'applaudissant comme le font ses cousins Arryn.»


Se laissant retomber sur son siège, Robb marqua une courte pause, avant de poursuivre, sans crier, mais l’agressivité dans sa voix n’en était pas moins toujours présente :

« J’ai déjà pris des mesures pour protéger celles des Stark qui peuvent l’être de leur famille de dégénérés. Tu iras avec le seigneur Tyvaros chercher Freyja Stark aux Eyriés. Officiellement, elle sera vue comme notre otage sans en avoir le titre, mais je n’ai pas besoin d’otage pour gagner une guerre. Il n’y a qu’ici, sous la protection de mon nom, qu’elle sera à l’abri de la folie de son frère, et du sang que nos hommes verseront. A Ashara ou à Cathan, ils ne toucheront pas, parce qu’elles appartiennent à notre famille, et ils le savent. A moins que son propre frère se retourne contre elle, elle ne craint rien. Mais pour les autres, je ne dirai pas à mes hommes de retenir leur épée contre ceux qui chercheront à les tuer. Qu’ils se rendent, qu’ils refusent de se battre pour leur traître de frère, et ils vivront, autrement… Je ne leur accorderai pas la pitié qu’ils n’auraient pour aucun d’entre nous.

Je ne t’ai pas demandé de me suivre au Nord, j’ai suffisamment de commandants pour t’épargner l’épreuve de le faire, d’autant plus si tu me crois à ce point indigne. Et si ce n’est pas suffisant, si tu crois que mon combat et mes valeurs sont injustes, rejoins donc les Stark et protège les autant que tu le peux, je ne t’en empêcherai pas. Je suis fatigué de devoir me battre pour l’approbation des miens en plus du reste du Royaume, fais ce qui te semble juste. Maintenant...»

Les coudes sur l’accoudoir de son siège, Robb joignit ses mains, la pression dans ses doigts se faisant ressentir. Les yeux posés sur son frère, il termina :

« Si tu as quelque chose à dire, je te conseille de le faire ouvertement, à la manière dans laquelle nous avons été élevé. J’en ai assez des sous-entendus, et des demis mots de cet endroit. »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Ven 13 Avr 2018 - 20:53

Lorsque Robb frappa des doigts sur la table, Edric ne sursauta pas. Il avait vu la colère s'allumer dans les yeux de son frère. Et n'en déplaise à Kyra, ce genre d'éclat n'était pas rare à la table des Baratheon. Pour autant, cet éclat le blessa. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu son frère en fureur, pas comme ça, pas contre lui. Edric eut honte à nouveau, il s'était trompé : Robb tenait sincèrement à Cathan, il l'avait oublié après toutes ces années. Ce n'est qu'à la mort de leur père que Robb avait ouvertement pris son parti, acceptant d'envoyer cette lettre après une année de paix - une année pendant laquelle Edric n'avait rien tenté, persuadé qu'Ashara était mieux placée pour défendre leur cause. Mais Jorah avait dit non à Ashara et il avait dit non à Robb, piétinant son orgueil. L'orgueil blessé de Robb l'aveuglait, quelles étaient ces paroles insensées ? Comment pouvait-il croire qu'à son frère, qu'à son Roi, qu'à la mémoire de son père, Edric préférait Jorah ? Qu'il n'était pas conscient de ce que Jorah avait fait ? Edric aussi haïssait le Loup pour tout ça, et avant tout, pour la honte dans laquelle il avait tenue et tenait encore Cathan et Ashara. Plus que pour sa trahison, n'en déplaise aux dragons.

Même si chacun de ses mots le meurtrissait un peu plus, malgré que le Cerf se fusse rassis, Edric laissa Robb finir, car il ne pouvait pas être arrêté. Comme cette guerre. Freyja pouvait-elle être une clé ? Edric ne pouvait que l'espérer, ou les Nordiens périraient tous, tous ceux que la révolte contre la Couronne ou l'obéissance à leur Suzerain portaient. Et peut-être les autres aussi, coincés entre les épées. Edric avait cet espoir ; pour le reste, il n'avait pas la foi de Robb : la guerre était sale et ne triait pas les victimes. Freyja devait être sauve, il s'en chargerait. Ashara et Cathan devaient être sauves, il s'en assurerait, il serait là, même si pour cela, il devait souiller son épée du sang des autres. Tant pis pour ce qu'Ashara pourrait penser de lui, qui enlevait sa soeur et venait à elle l'arme à la main. Il fallait faire un choix, Robb l'avait dit : renoncer ou agir. Edric agirait, il n'en pouvait plus d'attendre. Robb le laisserait-il agir, ou venait-il de le bannir de ses armées, pour quelques mots ingrats prononcés ? Ces mots valaient-ils la trahison dont son frère l'accusait ? Le cadet était-il en train de payer pour les trahisons des autres ? "Des siens et du reste du Royaume" ? Edric ne s'était jamais rendu coupable de ces faux-semblant dont son frère l'accusait, avec l'air de le congédier déjà de ce désastreux dîner.

Puisqu'on le lui "conseillait", Edric fut direct.
- Je n'ai aucune loyauté pour Jorah Stark. Ma loyauté est à toi. Tu le sais.
Robb le savait, n'est-ce pas ?
- Si tu l'as oublié, je te le prouverai encore. J'irai chercher Freyja aux Eyriés. J'irai dans le Nord, je me battrai à tes côtés, répéta-t-il pour la troisième fois.
Mais cette fois, il craignait d'être refusé. Quand il songeait à la lâcheté et à la trahison dont son frère l'accusait... il avait envie de pleurer. Sa colère était morte, ne restait plus que la tristesse et la peur de perdre son frère, après tous les autres. Pour le garder, Edric était prêt à s'écraser, prêt à tout ? Non. Pas à répudier Ashara. Pas à rester ici tandis que les Cerfs et les Loups s'entredéchiraient. Pas à rester ici tandis que les Cerfs et les Cerfs s'entredéchiraient.
- Que vas-tu faire pour Accalmie ? demanda-t-il, car "ça ne pouvait pas être pire" : ce dîner était un échec cuisant ; pourquoi ne pas mettre les pieds dans le plat avant que Robb n'arrache la nappe ?
Plus que ça, il semblait à Edric que le goût du brûlé venait de là, de cette trahison amère que Robb avait dû avaler, et qui sur sa langue, pervertissait le goût des aliments les plus familiers.

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Sam 14 Avr 2018 - 23:49




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

« Je n'ai aucune loyauté pour Jorah Stark. Ma loyauté est à toi. Tu le sais. Si tu l'as oublié, je te le prouverai encore. J'irai chercher Freyja aux Eyriés. J'irai dans le Nord, je me battrai à tes côtés. »

Le savait-il ? Robb ne savait plus rien concernant sa famille, depuis le moment où il avait appris que Kyra cherchait à le renverser. Dans tous les cas, il aurait été cruel de demander à un homme de choisir son frère ou sa mère. C’était un choix qui ne pouvait être imposé, certainement pas à quelqu’un que l’on aimait. Des autres seigneurs de l’Orage, Robb pouvait exiger qu’ils renouvellent leur allégeance, il pouvait châtier ceux qui décideraient de soutenir Jasper et sa traîtresse de mère, mais pas Edric. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était le tenir éloigné de ce qui ne manquerait pas d’arriver. Pour le reste… Edric voulait faire ses preuves, montrer que les accusations tout juste crachées par son frère étaient fausses. Il voulait la considération de son frère, si pas son amour, sans doute prouver qu’il restait encore un Baratheon à Accalmie en qui Robb pouvait avoir confiance. Pourtant, l’aîné de la fratrie ne pouvait pas se départir de l’idée que son cadet, peut-être, ne comprenait pas réellement ce qu’était la loyauté, celle qui était désormais attendue de lui du moins.

Edric était son héritier, les probabilités qu’il le reste pour de bon étaient plus que grandes, un jour, il prendrait la place de son frère sur le trône de l’Orage, au moment où Rohanna avait perdu leurs enfants, lui avait perdu la perspective de vivre sans ces responsabilités auxquelles il n’avait pas été préparé. Theodan avait passé des années à modeler son aîné, à faire de lui le prolongement d’une dynastie naissante. L’une des premières leçons que le jeune Cerf avait dû apprendre avait été l’obéissance aveugle qu’il devait à son père, quels que soient ses désaccords. Héritier, sa vie n’était plus vraiment la sienne, les choix qui s’offraient à lui, il n’avait pas pu les faire seul, à son grand désarroi parfois. Certains des choix qui lui avaient été imposés s’étaient révélés meilleurs que ceux qu’il aurait pu faire seul, Rohanna en était la preuve, d’autres étaient plus amers. Combien de semaines, de mois Robb avait-il passé à se demander si son père vivrait encore, s’il avait été présent à Port-Réal pendant l’assaut ? Une décision paternelle, la dernière leçon d’un père à un fils : Ne jamais laisser un suzerain et son héritier participer tous les deux à une grande bataille. Une Maison pouvait survivre si l’un mourait, le père pouvait toujours former un autre fils à prendre sa place, le fils avait eu des années pour comprendre son rôle… Mais si les deux venaient à mourir ensemble, alors celui qui prendrait leur place n’aurait pas été préparé, et les conséquences pouvaient être désastreuses. Là se trouvait tout le poids de la charge qui reposait désormais sur les épaules d’Edric : il lui faudrait assumer des décisions qui n’étaient pas les siennes.

Un héritier ne pouvait pas, ouvertement du moins, s’opposer à son seigneur. Evidemment, là où Robb avait eu toute l’enfance pour se faire à l’idée, son cadet avait grandi dans une liberté certaine, et avait pris l’habitude de pouvoir faire à sa guise, il aurait été illusoire pour Robb qu’il pourrait un jour obtenir de lui la même obéissance, la même confiance qu’il avait placée dans son père. Pourtant, il y avait une chose que son cadet devait comprendre, et le plus tôt serait le mieux. Robb se redressa sur son siège, fixant son frère du regard, il lui sembla pendant un instant que c’était une version plus jeune de lui-même qu’il avait en face de lui, et qu’il avait pris la place de son père dans ces nombreuses conversations que père et fils avaient eues, d’utiliser les mêmes mots, ou presque, que ceux qu’il avait un jour entendus dans la bouche de Theodan.

« La loyauté n’est pas l’amour, Edric. Tu es mon frère, et je sais que d’une certaine manière tu m’aimes, de la même façon que tu aimes notre mère. Mais la loyauté va au-delà de ça. La loyauté, c’est la confiance, c’est mettre les objectifs de l’autre au dessus des siens propres. Je n’attends pas de toi une obéissance aveugle, ou que tu ne tentes pas de me convaincre de ton point de vue. Mais lorsque j’ai pris ma décision, tu dois t’y plier, avoir confiance dans le fait qu’il s’agit de la meilleure pour le futur de notre Maison et de nos terres. Un jour, tu deviendras le Suzerain de l’Orage, et ce sera à toi de dicter ta volonté aux autres… Mais en attendant, tu dois apprendre de moi, de mes réussites et de mes erreurs, pour pouvoir faire mieux quand ton tour viendra. Tu es mon héritier, et en cela, plus que les autres, tu ne peux pas te soustraire à ce qui t’es demandé. C’est pourquoi si je devais décider que tu resteras en arrière et que tu n’iras pas au Nord, tu devras te plier à cette décision, même si tu ne l’approuves pas. Est-ce clair pour toi ? »

Vint ensuite la question d’Accalmie, et par extension celle des traitres que la forteresse familiale abritait. Si son frère ne l’avait pas poussé dans ses retranchements plus tôt, peut-être Robb aurait-il partagé ses doutes sur la question, sur le fait qu’il ne se sente pas capable de confronter la trahison de leur mère, encore moins de lui délivrer le sort qui attendait tous les traîtres. Tuer un homme à la guerre était une chose, éxécuter un criminel qui ne pouvait se défendre en était une autre, et infliger ce sort à sa propre génitrice… Là était pourtant son devoir, et le Protecteur le savait, autant pour le futur de l’Orage que pour celui du Royaume tout entier. Une ombre passa dans son regard tandis que le silence seul accueillait la question d’Edric. De tout cela, il aurait pu parler, mais pas après ce qui venait de se passer. Comme pour les autres, peut-être plus même, il ne pouvait plus se permettre de douter devant son frère, et certainement pas sur ce sujet précis.

« Notre mère a trahi son allégeance, elle m’a trahi. Il n’y a qu’un seul châtiment pour la trahison, tu le sais comme moi, et il ne peut venir que de moi. Quant à Jasper… Même si son implication n’est peut-être qu’indirecte, je ne peux pas rester sans rien faire le concernant après qu’on ait tenté de le mettre à ma place, ce serait condamner l’histoire à se répéter. »

C’était là ce à quoi Kyra l’avait condamné par ses actes. La faute était celle de la Lionne de l’Orage, mais ce serait la main de son aîné qui briserait de manière irrévocable la famille que Theodan avait pourtant voulue unie, pure des intrigues omniprésentes chez les autres Maisons suzeraines. Dans un soupir, Robb prit une large gorgée de vin, avant de poser à nouveau les yeux sur son héritier.

« J’imagine que tu as un point de vue sur la question ? »

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Edric Baratheon
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Lun 16 Avr 2018 - 14:06

Je sais que d'une certaine manière tu m'aimes ? Il n'y avait pas d'une certaine manière. Edric aimait Robb avec toute la puissance de leur lien fraternel - du moins, celui que Robb était, avant. Le cadet devait bien reconnaître que depuis un an, ou plus récemment, depuis que Rohanna avait été empoisonnée, Robb avait changé. Ce soir, Edric peinait à reconnaître celui qui était si prompt à crier à la vengeance et à la trahison. Plus que Robb lui-même, Edric blâmait Port-Réal et les Dragons qui, il en était persuadé, l'avaient changé. Qu'on lui rende son frère ! Il avait l'impression d'être face à son père, qui lui donnait une leçon de vie.

La loyauté n'est pas l'amour, mais si ! La loyauté se basait sur l'amour ou du moins, sur l'admiration, sur le respect, qui étaient une forme d'amour. Robb aurait-il été loyal à son père si son père le battait ? Theodan aurait-il été loyal à son roi si son roi brûlait les Fils du Guerrier ? Pour Robb, tout n'était qu'obéissance, tout n'était que devoir. Dans ce cas, ils n'étaient pas des Cerfs, mais des ânes ! Le cadet, il n'y avait que le bâton de l'amour pour le faire avancer. Edric avait toujours obéi parce qu'il aimait ceux auxquels il obéissait et qu'il voulait leur plaire. Un jour, il avait aimé une femme plus que son père et sa mère, et il l'avait épousée. Ensuite, par amour de sa mère et par respect pour la mémoire de son père, il s'était retenu d'aller voir cette femme, désertant deux mois sans espoir de succès ; d'aller enlever cette femme, excitant contre sa maison la gueule du Loup. Et il s'était félicité de ce sacrifice, comme il s'était félicité dans la guerre, d'avoir fait tout ce qu'on lui demandait, et même davantage. Comme il avait été naïf de croire que cela suffisait, qu'il avait assez donné pendant ces huit années ! Robb lui disait que tel serait son destin désormais, obéir à ce frère qu'il avait toujours considéré comme un égal, et se persuader au terme de quelques arguments que Robb avait déjà compulsé, que ce frère agissait pour le mieux. Confiance, Edric devait lui faire confiance, il aurait dû lui faire confiance, pour ne pas prononcer les mots qui plus tôt, avaient mis son frère en colère. Pouvait-il lui faire confiance au point d'abandonner Cathan et Ashara entre ses mains ? Ses mains à lui et les mains de tous ses soldats ?

- Est-ce clair pour toi ?

Edric était au pied du mur, il ne pouvait qu’acquiescer ou ouvertement, se rebeller. Plus jeune, il aurait tout envoyé péter, et retrouva sa vieille envie de renoncer à tout ça pour se faire Fils du Guerrier. Mais il n'était plus faon et surtout, il n'était plus célibataire. Pour autant, il ne s'imaginait toujours pas héritier. Edric avait vu Theodan, Robb, Rohanna exercer la Suzeraineté. Il savait comment cela fonctionnait et il savait qu'il en était capable : il n'était pas pire qu'un autre même si en tout, il était moins que Robb. Simplement, il ne le voulait pas. Mais pour Robb, la volonté qu'on pouvait avoir pour soi-même et l'amour qu'on pouvait avoir pour les autres ne comptaient pas. La volonté qu'Edric avait de retrouver sa femme et sa fille, de les protéger, de leur montrer qu'il ne les avait pas oubliées, ne comptait pas. L'amour qu'Edric avait pour elles ne comptait pas. Rester en arrière et au Nord, ne pas aller : menace ou commandement ? Etaient-ils encore au stade où ils pouvaient parlementer ? Edric n'arrivait pas à acquiescer, et il n'avait pas le feu pour se rebeller.

- Pourquoi ? murmura-t-il, misérable.

Pour te punir, susurra une petite voix. Pour te préserver, soufflait une autre, plus douce. Si c'était si dangereux, Robb n'avait qu'à rester à l'abri et l'envoyer, lui, son cadet, à la tête de leur armée. Robb ne lui faisait-il pas confiance pour mener cette attaque ? La confiance n'était-elle due que dans un sens ? Mais cette confiance, comment le Gouverneur la lui aurait-il accordée quand Edric venait de prouver que les Loups, il ne voulait pas saigner ?

Bouche bée, Edric regarder passer dans les yeux de son frère l'ombre qui lui étreignait le cœur. Et puis il entendit ses paroles définitives sur Accalmie. Edric ne comprit pas, il ne voulut pas comprendre. Le seul châtiment pour la trahison ? Il continua de regarder son frère sans rien dire, jusqu'à ce que ses dernières paroles, réaction sans doute ironique à son état cataleptique, le fassent tressaillir. Un point de vue sur la question ? Peut-être que Robb voulait que son cadet le conseille sur la meilleure manière d'abattre leur mère ?!

Agité de sentiments violents, le Cerf bondit de cette table détestable et fit les cent pas dans l'appartement. Hagard, furieux, il prenait les objets, utilitaires ou précieux, qui lui tombaient sous la main, les regardait comme si cela allait l'aider à réfléchir ou à se calmer. Il avait envie de les jeter contre les murs, ou sur Robb. Mais il reposa chaque objet à sa place, puisqu'à sa place chaque chose et chacun devait rester, comme Robb le lui avait signifié. Robb, le Gouverneur, le Suzerain, décidait. A lui, le frère, l'héritier, de tenter de le détourner de cette décision démente, puisqu'il lui demandait son avis, ou du moins l'autorisait à l'exprimer. Mais à la résolution du conflit, Edric n'avait pas assez réfléchi. Il n'y arrivait pas. Il ne trouvait aucune solution satisfaisante ; comme pour Ashara. Alors il était porté à ne rien faire, faiblesse de cœur, lâcheté ; comme pour Ashara. Mais Edric préférait être lâche que cruel. Exécuter Kyra ? Robb n'y pensait pas ! Quant à Jasper... sa culpabilité n'avait même pas été prouvée, qu'est-ce que Robb voulait lui faire ? Mais Edric n'y pensait qu'à moitié, horrifié par le sort que Robb réservait à leur mère.

- Ça n'est pas possible, Robb... par les Sept... c'est notre mère ! protesta-t-il, encore sous le coup du choc et de l'incrédulité.
Edric regarda Robb, mais Robb avait l'air si dur et sûr de lui. Il ne trouva pas de faille pour aller jusqu'à lui. Alors Edric laissa la fureur l'emporter ; il oublia sa place et les oreilles du palais, et se mit à hurler :
- Où est ton cœur, Robb ? Hein ? Où est ton cœur ?! Qui fait ça ?! Qui met à mort sa propre mère ? Personne !
Il pointa son frère du doigt, se retenant très fort de lui balancer l'objet de navigation qu'il broyait dans son autre main.
- Tu veux prouver ta force au monde, à tout le monde ! Mais si tu fais ça, tu ne prouves que ta cruauté. Les Royaumes ont eu assez d'un Cruel à leur tête !
L'insulte était grave mais vouloir tuer celle qui leur avait donné le jour, était plus grave encore. Robb devait ouvrir les yeux même si pour cela, Edric devait le meurtrir et meurtrir cet amour qui les unissait. Les unirait-il encore, après ça ?

Edric prit conscience de ce qu'il perdait, prit conscience de son état ; baissa les yeux sur l'objet, cassé, qu'il reposa à une place qui n'était pas la sienne. Ses mains tremblaient un peu de rage et de peine. La seconde prit le dessus et il souffla :
- Exile-la. Emprisonne-la. Trouve autre chose. N'importe quoi.
N'importe quoi parmi ses idées géniales. Il y avait bien d'autres moyens que la mort pour briser les desseins et l'orgueil de la Lionne ! Edric songea qu'il aurait dû commencer par là, avant de faire appel au cœur de son frère. Le cœur de Robb était enterré loin, très loin, au centre de la terre. Même Theodan n'avait sans doute pas voulu l'enfoncer aussi bas. Les arguments ou plutôt, les cris du cœur d'Edric ne le convaincraient pas, lui montrant au contraire, à quel point il était faible. Des arguments forts, Edric en chercha, et déboussolé, prit le premier qui lui venait :
- Si tu la tues, les Lannister ne te le pardonneront pas.
Lui non plus ne lui pardonnerai pas, pas plus que les Sept ; mais il était évident à présent, que Robb n'en avait rien à faire.

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Mer 18 Avr 2018 - 23:11




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

Evidemment, la possibilité d’éxécuter leur mère révoltait Edric, elle ne plaisait pas à Robb, alors au cadet déjà prompt à défendre la vie des Stark… Il ne voyait pas, cependant, qu’il n’y avait aucune autre solution, aucune autre réponse plus adaptée aux actes de leur mère. Kyra avait choisi sa voie au moment où elle avait décidé qu’il lui serait peut-être possible de placer son fils favori sur le trône d’Accalmie, et elle avait scellé son destin quand elle avait cru pouvoir convaincre sa fille de la soutenir. Si Oriane avait choisi de la soutenir, ou simplement de se taire… Peut-être la Lionne aurait-elle eu sa chance, une possibilité d’essayer de mettre ses plans à éxécution avant de devoir affronter son aîné. Alors, peut-être, aurait-il été plus facile de décider de la mort d’une mère, après qu’elle ait frappé la première. Là, elle était tout aussi coupable, et pourtant elle n’aurait pas l’occasion de frapper. Oui, c’était mieux pour l’Orage, qui ne connaîtrait pas de dissension, interne, ou du moins pas de réelle guerre civile, mais pour son suzerain… Les conséquences sur sa psyché seraient toutes autres.

Silencieux, Robb écoutait son frère pester, tout à son incompréhension, il ne quitta pas la table des yeux tandis que celui-ci arpentait la pièce.Il était en colère, certes, mais elle n’était pas injustifiée, contrairement à ses insinuations sur le Nord. Kyra restait leur mère malgré ses actions, et le Cerf ne comptait pas forcer ceux de sa fratrie qui n’avaient pas pris part à ses complots à choisir un camp entre elle et lui. Il s’agissait d’un poids que lui seul devrait porter, il n’était pas question de se servir d’Edric ou d’Oriane pour appuyer sa décision, leur conscience à eux resterait claire quoiqu’il advienne, il se l’était promis. Comment aurait-il pu leur demander de le suivre, quand il s’apprêtait à plonger dans des ténèbres autrement plus grandes que celles auxquelles il avait déjà été confronté, à faire, encore une fois, un sacrifice pour assurer sa place et le destin de l’Orage, si pas du Royaume tout entier ? Theodan l’avait préparé à beaucoup de choses, mais jamais le héros n’aurait pu penser qu’un jour sa propre épouse se tournerait contre son fils, et que celui-ci devrait gérer des ennemis dans sa propre Maison. Alors non, Robb n’était pas prêt à la mettre à mort, mais au moins avait-il les enseignements de son père qu’il pouvait appliquer : à ceux qui te trahissent, ne montre pas de pitié, encore moins à ceux qui t’étaient proches, car ce sont eux qui pourront toujours te faire le plus de mal. Sois sévère, mais sois juste, récompense la bonté avec autant de force que tu châtie la malveillance. Et y avait-il une personne plus proche d’un homme que sa propre mère ? La réaction d’Edric prouvait que ce n’était pas le cas, tout comme ses propres doutes. Mais son cadet n’avait pas eu droit aux mêmes leçons, il n’avait pas été marqué par des années d’instruction visant à faire de lui un seigneur, pas plus qu’il n’avait appris qu’il y avait des situations qui exigeaient un sacrifice personnel pour une cause plus grande.

Entendait-il seulement les mots qu’il lui lançait, ce frère qui en cet instant n’avait plus rien de tel ? Comparer son propre sang au Cruel, eux qui avaient donné plus que n’importe qui pour voir son règne s’achever… Encore une fois, son cadet ne voyait que ce qu’il voulait voir, ne prenait que le parti de ceux qui se dressaient contre son frère. Cette fois pourtant, Robb ne haussa pas la voix, pas plus qu’il ne se leva pour laver l’insulte qu’il lui avait lancée au visage en lui rappelant qu’il ne valait mieux pas aller trop loin lorsque l’on s’adressait à son aîné. Parce qu’en un sens il n’avait pas tort, parce qu’il aurait certainement eu la même réaction s’il n’avait pas porté le poids du pouvoir sur les épaules, parce qu’il avait renoncé à l’idée de recevoir le moindre soutien de la part de son frère. Déçu, il l’était, mais pas surpris, le charge de suzerain avait simplement terminé l’éloignement opéré des années plus tôt, quand il avait commencé à devoir assumer ses responsabilités d’héritier alors qu’Edric avait pu continuer à vivre comme il l’avait toujours fait, selon son coeur et sans se préoccuper des conséquences. Pour cela, sans doute était-il plus Baratheon que son aîné, qui avait désormais le devoir de trouver un compromis entre les deux, pour certaines choses du moins. Il y aurait toujours des sujets sur lesquels le devoir n’aurait aucune prise, mais Kyra n’en était pas un. Elle avait renoncé à l’amour de son fils, et à sa loyauté, il en ferait de même, et elle serait traitée comme ce qu’elle avait voulu être. Robb prit une nouvelle rasade de vin, avant de simplement lui demander :

« As-tu fini ? »


Mais il n’avait pas fini, non. Edric voulait voir leur mère exilée, emprisonnée, n’importe quoi plutôt que de la voir morte. Il avança que les Lannister ne pardonneraient pas qu’on tue l’une des leurs. Connaissait-il réellement leur mère ? Avait-il la moindre idée de ce que signifierait une condamnation des Lannister pour la mise à mort d’une des leurs, qui ne l’était plus vraiment, et qui avait trahi leurs alliés ? Si Garett voulait emprunter ce chemin, il s’exposerait à beaucoup, pour très peu de résultats, et Robb doutait que son cousin soit suffisamment téméraire pour tenter quelque chose de pareil. Las, il répondit aux accusations et aux demandes de son frère, sans chercher à le convaincre, il pouvait décider de croire ce qu’il voulait, le Cerf ne cherchait pas l’approbation de son homologue. Il ne la chercherait plus, du moins.

« Et quelle mère trahit son fils au profit d’un autre, te l’es-tu demandé ? Non, bien sûr que non. Notre mère a toujours été ainsi, ambitieuse, notre père le savait, je le sais. Elle a décidé qu’elle ne pouvait pas vivre dans l’ombre d’un fils qui n’avait pas été lié à sa famille, ou qu’elle en préférait un autre, plus proche de ses terres natales, et elle décidé de jouer. Mais elle a perdu, avant même que la partie n’ait commencé, et elle en assumera les conséquences, comme elle l’a toujours fait. Tu crois réellement qu’elle préférerait affronter la honte de l’exil ou de l’emprisonnement plutôt que la mort ? Ce serait bien mal la connaître… Et quand bien même elle accepterait un sort pareil, ce serait uniquement parce qu’elle y verrait une chance de revenir un jour, renforcée, avec la possibilité de faire trembler les fondations de nos terres, de tenter de me renverser à nouveau. Si je la laisse vivre, je l’insulte plus qu’elle ne le mérite, ou je ne fais que retarder une nouvelle trahison inévitable.

Quant aux Lannister… Elle n’est plus officiellement des leurs, plus depuis qu’elle a pris notre nom, et pour cela ils n’ont aucun droit de regard sur son sort. Elle est ma responsabilité, pas la leur, et s’ils venaient à interférer, la seule vague qu’ils causeraient serait de me faire remettre en question le fait qu’ils ne soient pas impliqués dans cette tentative de me détrôner. Alors, ils ne diront rien, ou ils briseront une alliance dont ils risquent d’avoir bien plus besoin que nous. Sans la confiance de l’Orage, il ne faudra pas longtemps avant que la Couronne ne fasse état ouvertement de ses réserves envers le Lion. Rhaenys ne leur fait pas confiance, et Jaehaerys… Jaehaerys apprend, et il écoute ceux qui le conseillent, ceux en qui il a confiance. Garett perdrait beaucoup à perdre le soutien de nos terres, plus qu’on ne pourrait le voir au premier abord.

Ne crois pas que je me réjouis de faire ce que j’ai à faire, pas plus que je n’en ai envie, je sais simplement que c’est la seule manière de résoudre ce problème, définitivement, et le moins douloureusement possible, pour notre mère comme pour nos terres. Si tu dois me voir comme Maegor pour cela, fais donc, mais je ne rendrai pas nos terres vulnérables, et je ne lui ferai pas encore plus honte pour m’éviter des ténèbres dont je ne veux pas, ou pour l’illusion d’une famille unie. A ce rêve là, j’ai renoncé, et je ne renoncerai pas à l’héritage de notre père pour être le seul à encore y croire. »

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Edric Baratheon
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Sam 21 Avr 2018 - 9:33

Robb ne se mit pas en colère. Comment pouvait-il ne pas se mettre en colère ? Comment pouvait-il rester là tranquillement à boire son vin ? Ce vin qui était un souvenir, un hommage à leur passé, une célébration de leur amitié ? Robb espérait-il adoucir son palais et son cœur avec ça ? Lui faire goûter peut-être, ce qu'Edric risquait de perdre s'il ne se rangeait pas à ses côtés, contre leur mère ? Dans ce cas, c'était son dernier verre. Dernière tournée pour tout le monde. Car comme un ivrogne sur son tabouret, Robb ne bougerait pas, Robb ne changerait pas d'avis, cet avis qu'il avait déjà mûrement réfléchi, cet avis qui ne le remuait plus, et face à la colère de son frère, il dit seulement :
- As-tu fini ?
Comme si Edric ne faisait qu'un caprice d'enfant.

Ce qu'avait fait leur mère était odieux, Edric ne la défendait pas. Pour Robb, elle avait franchi la ligne, mais pour Edric, il n'y avait qu'une ligne, celle du matricide. La politique et la morale ne jouaient pas sur le même plan. La politique n'était qu'un odieux jeu des trônes ; la morale elle, venait des Dieux. Que Robb soit damné s'il tuait sa propre mère, si traîtresse soit-elle ! Qu'il soit damné, lui, s'il ne faisait rien pour la sauver ! La Lionne était-elle vraiment trop fière pour se sauver elle-même ? Elle en avait encore le pouvoir. Cette histoire de Lions et de Cerfs... c'était absolument ridicule, Robb s'entendait-il parler ? En quoi Jasper était-il plus Lion que Robb et lui ? Pourquoi Kyra l'avait-elle préféré ? Etait-ce parce qu'elle voyait en lui les qualités là où les Baratheon ne voyaient que ce qui lui faisait défaut ? Etait-ce parce qu'elle l'avait sous la main, sous sa coupe, quand Robb avait toujours été sous la coupe de leur père, et Edric n'en faisait qu'à sa tête ?

Peu importent ses motifs : la Lionne n'avait encore rien commis d'irréparable, elle pouvait encore courber l'échine, sauver sa peau. Comment Robb pouvait-il être si sûr que Kyra ne demanderait pas pardon, ou du moins, merci ? Lui, Edric, il la connaissait mal ?! Lui qui avait passé cette dernière année à la regarder agiter sa crinière à Accalmie ? Lui qui s'était tenu au Conseil au côté de Rohanna, essayant de démêler les querelles d'orgueil des combats d'opinions ? Rohanna condamnait-elle aussi sa mère ? Il ne s'agissait pas de pardonner, mais de montrer quelque humanité. Il n'y aurait pas de nouvelle traîtrise, car ils y veilleraient. Des dispositions pouvaient être prises. Pourquoi Robb ne le voyait-il pas ? Robb lui semblait aveuglé par la paranoïa, mais Edric n'oubliait pas qu'on avait empoisonné sa femme et ses enfants. Ces deux trahisons pouvaient-elles être liées ?

Edric n'osait pas y penser. Il n'arrivait plus à penser. Robb démonta son argument. Sur les Lannister, il ne pouvait pas compter. Les Lions ne s'opposeraient pas au Cerf, du moins, pas ouvertement. Robb était le bras droit des Dragons, leur main armée. Il sous-entendait qu'ayant l'oreille du Dragon, il pouvait desservir les Lions. Tous ces calculs savants lui donnaient envie de vomir ses crevettes. Naïf, Edric l'était-il vraiment ? Comment Robb pouvait-il croire que l'exécution d'une de celles qui était née Lion ne lui causerait aucune inimitié ? Que les inimitiés, que les amitiés n'avaient aucun poids ?
- Les Lions ne s'opposeront peut-être pas à toi, mais le sang tache, le sang restera. Un jour eux aussi feront rouler son crâne à tes pieds, murmura Edric, comme s'il renonçait déjà à se faire entendre de Robb.

Robb avait pesé sa décision, Robb avait sans doute déjà consulté ses alliés – lui excepté. Robb s'était arrangé avec sa conscience au point de se persuader qu'il rendait service à leur mère ! « Le moins douloureusement possible » ! Douloureusement, Edric ricana. Comment Robb comptait-il s'y prendre ? Certes il n'allait pas la brûler comme Maegor. Robb et Maegor n'étaient pas fait du même bois, Edric le savait ; cette comparaison cruelle n'avait visé qu'à ouvrir les yeux de son frère, à ce que Robb se voie comme lui, le voyait désormais. Un homme qui avait renoncé à ses valeurs d'humanité et à ce rêve d'une famille unie que Robb lui reprochait de nourrir encore. A ce rêve, Edric allait devoir y renoncer malgré lui lors que son propre frère abattrait sa propre mère, et de son autre frère, ferait dieux savaient quoi.

Que devait-il faire à présent ? Protester encore ? Edric ne se sentait pas la force de convaincre Robb. Plus la force de rien, pas même de finir ses crevettes. Pas après tout ça. Noir son cœur, noir son avenir. Enlever Freyja. Abandonner Cathan et Ashara. Regarder sa mère se faire décolleter. A moins que Robb ne le fasse pendant qu'il voguait au Val ? Non, Robb ne pouvait pas faire ça !

Dans un mouvement désespéré, Edric mangea la distance qui le séparait de son frère et s'agenouilla à ses pieds. Il ne put prendre sa main, qui était occupée à boire et à serrer sa fourchette ; alors il s'agrippa à son genou comme il s'agrippait jadis à la jambe de sa mère.
- Si notre mère est trop fière pour le faire, alors moi je le fais. Je t'en prie Robb. Je t'en prie ne la tue pas. Pour moi sinon pour elle. En souvenir de cette famille unie que nous étions. En souvenir de notre père.
Edric était prêt à tout, écœuré qu'il était, de ne rien pouvoir faire pour protéger ceux qu'il aimait. Et ses yeux guettaient ceux de Robb avec sincérité, et espoir, malgré tout.

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Robb Baratheon
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Mar 1 Mai 2018 - 12:58




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

« Les Lions ne s'opposeront peut-être pas à toi, mais le sang tache, le sang restera. Un jour eux aussi feront rouler son crâne à tes pieds. »

D’une certaine manière, Edric avait raison. Pas comme il devait le penser quand il avait prononcé ces mots, cependant. Robb n’était pas stupide au point de penser qu’éxécuter Kyra n’aurait pas de répercussions avec les Lannister, mais il était au moins assuré d’une chose : Garett ne chercherait pas à se venger, pas plus qu’il ne contesterait que justice avait été rendue. En revanche, l’acte pourrait un jour servir de justification ou de prétexte à un affrontement, là où un simple désaccord n’aurait pas suffi. Aucune alliance ne durait éternellement, et l’entente entre le Cerf et le Lion ne faisait pas exception. Ce jour-là, le suzerain de l’Ouest pourrait bien trouver l’éxécution passée de Kyra Baratheon bien plus intéressante à ses yeux… Mais il n’était pas question de politique dans cette affaire pour le Protecteur, il n’y avait que ses principes brisés, les commandements de son père piétinés par sa propre épouse. La mettre à mort était une question de survie, une question de choix : la laisser usurper son trône, ou l’empêcher de le faire. Les Lions n’auraient pas leur mot à dire, qu’ils le fassent ouvertement ou que l’ombre de conséquences futures probables ne viennent à l’esprit du suzerain de l’Orage.

Robb n’eut pas besoin d’exprimer son point de vue de la question pour que son frère comprenne qu’il n’avait pas réussi à le faire flancher. L’aîné de la fratrie avait eu tout le temps du monde pour chercher à se convaincre qu’il y avait une autre solution qui pourrait permettre à sa mère de continuer à vivre tout en lui ôtant toute possibilité d’un jour mettre à nouveau son règne en danger. Une solution qui lui permettrait, à elle, de trouver une forme de rédemption, et à lui, de ne pas avoir un autre poids sur la conscience. La renvoyer chez les Lannister, c’était leur offrir un cadeau parfait et une emprise insoupçonnée sur les Terres de l’Orage. Kyra en connaissait les moindres détails politique, elle connaissait les amitiés et les inimitiés de chaque Maison, et savait comment s’en servir à son avantage. Là-bas, elle pourrait trouver un soutien qu’elle n’aurait pas eu à Accalmie, des hommes, des alliés politiques qui viendraient un jour réclamer que l’on mette Jasper sur le trône, avec des mots, ou avec leurs lames. La bannir ailleurs revenait au même, cela ne rendait simplement la chose qu’un peu plus ardue pour la Lionne, mais elle en était capable. Kyra était dangereuse en cela, si l’on était son ennemi. C’étaient ces mêmes qualités qui avaient fait d’elle une épouse à la hauteur de Theodan, et qui lui avait permis d’acquérir toute sa légitimité auprès de la noblesse orageoise, malgré ses origines ouestriennes. La Lionne de l’Orage était un monstre de politique et d’intrigues, et pour cela un bannissement ne faisait que retarder l’inévitable.

La faire rentrer dans les ordres était une autre possibilité, mais devenir Septa n’empêchait en rien quelqu’un d’user de son influence pour parvenir à ses fins. Les guerres menées par la religion n’avaient rien à envier à celles dont les buts se voulaient purement matériels en terme de sang et de violence. Et quoiqu’on en dise, elles étaient souvent menées uniquement pour permettre à certains de prendre le pouvoir, sous couvert de volonté divine. Il suffirait à Kyra de proclamer Jasper comme élu par les Sept pour gouverner l’Orage, et de jouer en coulisses pour que d’autres se joignent à son appel sacré. Il n’y avait qu’un ordre qui pouvait empêcher à jamais qu’elle n’intrigue, parce que d’autres que lui se chargeraient de l’en empêcher définitivement si elle tentait de recommencer : les Soeurs du Silence. Avec une interdiction de prononcer le moindre mot, et une vie majoritairement recluse, leur mère ne pourrait plus être une bien grande menace, pas plus que si elle était mise à mort. Mais cette vie qu’elle vivrait n’aurait rien de bon, ce ne serait qu’un constant rappel de sa trahison, une existence sans plaisir aucun, uniquement la frustration et la honte. Lui infliger cela, connaissant le caractère de sa mère, aurait été aux yeux de Robb quelque chose de bien plus terrible qu’une éxécution, c’était la condamner à l’oubli, c’était lui imposer une vie aux antipodes de ce qu’elle aimait, là aurait été la véritable vengeance, savoir que pendant des années elle souffrirait, mais il ne voulait pas se venger, pas plus qu’il ne voulait voir sa mère souffrir. Le Cerf ne voulait qu’une chose : la justice, et il n’y avait qu’une manière de l’obtenir sans humilier cette mère devenue ennemie.
Mais cela, Edric ne pouvait pas le voir, ou il ne voulait pas le voir. Les deux frères étaient semblables en bien des points, mais ils étaient aussi différents qu’ils pouvaient l’être de Jasper sur de nombreux autres, fruit de leur éducation, ou des événements qui les avaient frappé d’une manière souvent différente. C’était tout cela qui se reflétait dans les pensées de Robb, tandis que son frère s’était agenouillé devant lui. Jamais avant cet instant leurs différences ne l’avaient autant marqué, elles lui semblaient alors tellement grandes qu’il était inconcevable qu’il ne les aie pas remarqué plus tôt. Aucun de ses deux frères ne lui était réellement semblable, et seul Theodan et leur mère auraient pu en décider autrement.

Si Jasper n’avait pas été couvé par la Lionne, peut-être aurait-il fini par rejoindre ses frères dans leurs exactions, peut-être aurait-il pu prendre l’assurance de leur père et ne plus être aussi effacé, aussi à l’aise dans les intrigues qu’il avait du mal à inspirer les hommes. Pour cela, le benjamin de la fratrie avait toujours été à l’écart des autres, pour le meilleur ou pour le pire. Avec Edric, la différence était plus ténue, mais elle était peut-être plus meurtrière encore : laissé à sa liberté de deuxième né, le premier archer de l’Orage n’avait jamais pris part à la politique, il ne s’y intéressait pas. Mais, à l’inverse de son aîné, il avait fait de la foi un élément important de sa vie. S’il avait été le dernier né, peut-être aurait-il fini Septon même. Robb avait toujours été plus pragmatique, préférant placer sa foi dans ses hommes, ses amis, sa famille plutôt qu’en l’assurance que les Dieux avaient un quelconque plan. Il était croyant, evidemment, mais pas au détriment des affaires matérielles. De même, Edric avait appris à faire ce qu’il considérait juste, sans se préoccuper des conséquences, son mariage secret en était l’une des plus belles preuves. Peu lui importaient les responsabilités, ou les conséquences, pour autant qu’il suivait son coeur, et l’on ne pouvait pas l’en blâmer, chez les Baratheon cet état d’esprit est une évidence, fixée comme par magie dans leur sang. Mais l’héritier des Terres de l’Orage ne peut pas se permettre d’agir ainsi, pas plus qu’un suzerain, aussi Robb avait-il dû apprendre à être plus transigeant avec ses valeurs, et à nuancer ses propres envies en fonction du bien de ses terres, et des jeux politiques inhérents à toute gouvernance.

« Si notre mère est trop fière pour le faire, alors moi je le fais. Je t'en prie Robb. Je t'en prie ne la tue pas. Pour moi sinon pour elle. En souvenir de cette famille unie que nous étions. En souvenir de notre père. »

Pour cela, en bon homme de foi qui ne suivait que son instinct et ses valeurs, Edric était prêt à tout pour voir son souhait exaucé, même à supplier, certain qu’il était que garder leur mère en vie sauverait leur âme d’une noirceur éternelle qui la condamnerait devant les Dieux.

Et parce qu’il considérait que la mort était préférable à une vie de silence, parce qu’il était prêt à ternir sa conscience et à devoir vivre en ayant porté le coup fatal à sa propre mère pour éviter une guerre civile, pour maintenir l’héritage de leur père coute que coute, pour s’assurer que les hommes vivraient en paix même si pour cela il devait courroucer des Dieux qui quoiqu’il advienne étaient bien silencieux, et devaient être cruels pour tolérer qu’une mère trahisse son fils, et qu’on tue deux enfants dans le ventre même de leur mère. Robb n’avait que faire du Jugement des Sept quand sa dernière heure viendrait, pour autant qu’il ait réussi à maintenir et à asseoir le pouvoir des siens dans sa vie.

Voir son frère ainsi le supplier pourtant, avait quelque chose d’effrayant, comme une preuve qu’il n’avait plus d’autres solutions que celle-là, celle qui ne pouvait provoquer dans cette situation qu’un malaise ambiant. Les Baratheon ne suppliaient pas, jamais. Robb ne suppliait jamais, c’était en dessous de lui, et il se doutait que c’était la même chose pour son frère, et pourtant il était là, à genoux, accroché à sa jambe comme aurait pu l’être n’importe quel courtisan qui aurait peur pour sa vie, à faire ce que leur mère ne ferait pas. D’un geste, Robb lui intima de se lever, voir ainsi son frère, son héritier n’avait rien de plaisant, même si cela démontrait l’importance de la chose à ses yeux. Il soupira, avant de reposer sa coupe sur la table.

« Il n’y a qu’une solution pour qu’elle ne soit pas éxécutée, et elle est autrement plus cruelle. La faire Soeur du Silence. Lui interdire devant les Dieux de prononcer le moindre mot, l’obliger à vivre recluse et à ne sortir que pour préparer les morts. Crois-tu que lui infliger ça, c’est faire preuve de pitié envers elle ? Qu’une lame n’achèverait pas plus vite ses souffrances ? Quoique je fasse d’autre, elle trouvera un moyen de revenir, ou elle armera les autres Maisons contre la nôtre… Il y a trop à faire dans l’Orage pour que je consacre mon règne à contrer ses plans jusqu’à sa mort, et tu sais comme moi que ce sera le cas, elle est trop intelligente, elle sait trop de choses sur nos terres pour n’être qu’un danger mineur.

Alors pose toi la question, petit frère : es-tu prêt à savoir que parce que tu voulais qu’elle vive, elle doit endurer des années qui ne seront pour elle que torture ? A ce qu’elle le sache ? Elle n’est pas comme ça, et moi non plus. Je ne suis pas celui qui a détruit l'union de notre nom, et je ne saurais dire si notre père préférerait me voir la laisser vivre et mettre l'avenir de l'Orage en péril ou que je mette ma propre mère à mort. Il n'y a pas de bonne solution dans cette affaire, Edric.

Mais si tu crois que c’est là la meilleure chose à faire, que sa souffrance est le prix de mon âme, essaie donc de la convaincre de me demander la pitié, et si c’est ce qu’elle veut, si elle a réellement envie de vivre, même dans ces conditions, je l’épargnerai. Autrement… Il n’y a pas d’autres moyens d’assurer que nos terres et notre peuple n’aient pas à affronter une guerre civile, ou pire. »

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Edric Baratheon
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Dim 6 Mai 2018 - 12:02

Robb n'eut qu'un geste, qui voulait dire "lève-toi" et qui voulait dire non. Mortifié, Edric lâcha le genou de son frère et se releva lourdement, comme si son âge avait doublé. Il contourna la table, se laissa tomber sur sa chaise et écouta la Main parler.

Au moins Robb envisageait-il une alternative. Mais quelle alternative ! Soeur du Silence... quel malheur, quelle indignité. Edric en frissonnait rien que d'y penser. Il n'arrivait pas à imaginer la crinière blonde de Kyra sur l'une de ces robes grises, prison de chair, prison de silence. Robb faisait état des mêmes réticences. La mort était-elle préférable ? Les yeux sur le cadavre de ses crevettes, Edric réfléchissait. La mort était définitive, la réclusion, non. Peut-être que dans les prochaines années, le coeur de Robb s'adoucirait. Peut-être que quand il aurait un fils, ou une fille - ou un fils et une fille, Rohanna ayant des grossesses jumelées -, la vie lui sourirait et il se souviendrait de ce que la filiation veut dire. Alors le Cerf gracierait sa mère. Edric ne souhaitait rien de mieux, mais il n'y croyait pas. Rohanna, enfanter à nouveau après ce qu'on lui avait infligé ? Robb, s'adoucir alors qu'il devenait chaque jour plus dur ? Il y avait bien une deuxième perspective. Robb pouvait mourir - Robb allait mourir, comme chacun, un jour ou l'autre - et celui qui allait lui succéder, Edric ou un autre, pourrait gracier Kyria, si la Lionne était encore en vie. Mais Edric n'en était pas à souhaiter le décès prématuré de son frère, pour pouvoir sauver sa mère. Il aimait Robb, si Robb ne lui rendait pas.

Robb disait aimer sa mère, lui offrir avec la mort, le meilleur châtiment possible. Robb l'accusait, lui, son frère, d'être égoïste en voulant sauver sa mère. Edric réfléchit, y avait-il du vrai ? Voulait-il sauver Kyra ou son rêve d'une famille unie ? Les souvenirs heureux qu'il aimait caresser ? Intrigante, Kyra ne trouvait guère grâce aux yeux d'Edric ces dernières années que comme épouse endeuillée. Mais non, Edric refusa : c'était bien elle, cette femme de chair et d'aujourd'hui, qu'il voulait sauver, autant que le souvenir fantasmé de sa mère. Il embrasserait cette cruelle alternative que Robb lui laissait. La mort ou le silence. Il ferait valoir à Kyra les arguments qu'à Robb, il ne pouvait pas dire. Que cette vie misérable ne durerait pas. Et si elle durait, si Robb restait fort, eh bien... peut-être que lui, Edric, aurait la faiblesse de la faire s'échapper, ou que Kyra aurait la force de s'échapper elle-même de cette vie. Avec la dignité dont seule, Robb créditait son épée.

- Ce n'est pas ton âme que je veux sauver, c'est notre mère, grogna-t-il en tirant une crevette par les antennes, comme ce gamin caractériel que son frère lui reprochait d'être.
De Robb, il devait pourtant reconnaître la bonne volonté. Robb ne lui avait pas ouvert son coeur, il ne lui avait pas tendu la main ; mais il avait concédé à leur mère la "chance" d'être un cafard, et à lui, de la convaincre d'être ce cafard. Et cette tâche déjà lui pesait, mais pas davantage, que la perspective d'une mort certaine. Edric se leva de sa chaise. Puisque c'était son seul espoir, il acceptait ce maigre marché.
- L'âme de mère n'est pas si noire qu'elle ne puisse se repentir.
Du moins il voulait y croire. Peu lui importait, si Kyra suppliait par intérêt.
- C'est celle qui doit choisir. J'irai lui parler. Je pars demain.
Mais à peine ces mots prononcés, il réalisa leur ineptie, et se rassit. Kyra n'était sans doute pas au courant que sa traitrise était éventée, sans quoi elle se serait enfuie. A moins qu'elle n'espère rallier à sa cause les troupes de l'Orage ? Impossible. La loyauté des hommes de l'Orage était acquise à Theodan et à Robb. Une loyauté forgée dans le sang de la guerre, plus encore que dans l'hérédité.

- Qui est au courant ? demanda-t-il, semblant retrouver ses esprits.
Si Edric informait Kyra maintenant, cela s'apparenterait à de la trahison. Robb devait attendre le moment propice pour frapper. Voila sept jours qu'Oriane leur avait tout révélé. Quels pions Robb avait-il avancés ? Avancés, ou reculés...
- Est-ce pour m'éloigner que tu m'envoies chercher Freyja ? demanda-t-il, et plus que traître, il se sentait trahi.
Non que la sécurité de la Louve Délicate ne lui importe pas ; non qu'il n'espère encore se servir de la sœur de Jorah pour éviter cette guerre qui menaçait la vie de Cathan et d'Ashara ; mais pour sa mère, Edric devait être là, pour la convaincre de vivre ou dans les larmes, la voir tomber. Cette "bonne solution" qui selon Robb n'existait pas, Edric l'espérait encore. La Main n'avait-elle pas promis d'épargner Kyra, si la Lionne suppliait ? Ou tout cela n'était-ce qu'une assurance que Robb lui donnait pour que son cadet parte sans faire de vagues, tandis que le bourreau faisait son office ? Pouvait-il encore croire la parole de son frère ?

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Lun 7 Mai 2018 - 23:03




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

« Ce n'est pas ton âme que je veux sauver, c'est notre mère »

Le ton employé par son frère eut le don d’irriter Robb un peu plus. Trop proche de celle d’enfant capricieux qui exigeait qu’on lui accorde ce qu’il voulait, et l’attention qui lui était due, il n’avait plus ce privilège d’agir comme s’il en était un. Edric était-il à ce point incapable de voir que de sa conduite également dépendrait l’avenir de leur Maison ? Theodan mort, son cadet avait encore pu échapper à ses responsabilités pendant un an, quand Robb avait choisi Rohanna plutôt qu’un de ses frères pour régenter les Terres de l’Orage en son absence, mais cette époque là était terminée, trop d’événements étaient venus ébranler l’assise sur laquelle reposait leur pouvoir pour qu’il continue à vivre dans l’insouciance. Ce ne pouvait qu’être cela, une naïveté mal placée d’un cadet qui n’avait jamais eu à assumer de responsabilités pour croire que leur mère pourrait être sauvée, pour croire qu’elle chercherait le pardon pour ses actes. Pour croire que leur famille pourrait toujours être unie après une telle trahison, sans en ôter les membres qui la gangrénaient. Pour ne pas se rendre compte qu’il ne pouvait tout avoir sans contrepartie. Et il était largement temps qu’Edric grandisse.

Robb allait lui répondre, posant sa coupe sur la table quand il fut interrompu par son cadet, qui se levait avec la ferme intention de se rendre dès le lendemain auprès de Kyra. Il sembla cependant vite comprendre son erreur, et se rassit, l’air sombre. L’espace d’un instant, le suzerain de l’Orage se demanda ce qu’il aurait fait à sa place, s’il aurait aussi tenté de sauver leur mère des mains de son frère aîné, toute traitresse qu’elle soit. Mais l’exercice était inutile, L’un comme l’autre n’avaient jamais eu la même vision du monde, pas sur certains points. Non, il n’aurait pas sauvé leur mère de son sort, pas plus qu’il n’aurait laissé son épouse loin de lui, et il ne se serait jamais marié en secret non plus. Edric avait toujours été différent de lui, il ne voyait pas les conséquences de certaines de ses actions, et refusait d’agir quand il avait peur de celles qu’il pouvait voir, au point qu’il finisse parfois coincé dans une situation inextricable tant pour lui que pour les autres. Robb était plus pragmatique, et aussi éduqué pour voir le long terme plutôt que de n’agir simplement que sur le moment, en chemin il avait cependant perdu cette foi en l’humanité qui caractérisait son frère, de même que la bonté naturelle et presque enfantine que le cadet conservait encore, pour le meilleur ou le pire. Des sacrifices nécessaires, sur l’autel du pouvoir qu’il détenait entre les mains, pour des titres où ces qualités devenaient des faiblesses souvent fatales. Il fallait apprendre à faire taire ces pulsions, à laisser la place à la raison d’État et mettre l’intérêt de l’Orage au-delà de ses envies propre. Alors, seulement, on avait une chance d’être digne d’en être le seigneur, mais Edric n’avait jamais eu à l’apprendre, et ce n’était pas encore le moment de lui inculquer, il n’aurait pas compris.

« Qui est au courant ? »

Un léger sourire en coin se dessina sur les lèvres du suzerain, au moins son héritier posait-il les bonnes questions. Le secret était une chose primordiale actuellement, jusqu’à ce que les sujets urgents soient réglés, Kyra ne devait pas se douter que ses plans avaient été tués dans l’oeuf. Peut-être Edric avait-il aussi compris que c’était là une occasion de connaître les soutiens de leur mère, de savoir lesquels de ses vassaux étaient prêts à trahir leur suzerain au profit d’un autre. Il y avait l’autre raison, le choix que le Cerf avait laissé à son épouse. Décider si elle resterait à ses cotés, ou si elle rentrerait à Gallowsgrey. Elle devrait avoir pris sa décision avant que Robb n’avance définitivement, pour que l’Orage sache en même temps de quoi serait fait son avenir… Et il ne pouvait pas envisager l’avenir avec cette incertitude trop importante qui plânait au dessus de lui.

« Personne à l’Orage, et cela doit rester ainsi jusqu’à ce que décide d’avancer. Il y a des… Choses qui doivent être décidées avant que notre mère n’ait à affronter les accusations qui pèsent sur elle. Ici, hormis toi et notre sœur, il n’y a que la Reine qui soit réellement au courant. Connington se doute de quelque chose, j’avais besoin qu’il sente que quelque chose d’important allait se passer pour m’assurer de sa loyauté, et pour qu’il garde un œil sur Eleneï. Je saurai très vite s’il était sincère ou s’il a déjà choisi un autre camp…

Pour le reste, j’ai envoyé Aglahad à Accalmie avec osn ost, pour coordonner la mobilisation de nos troupes en prévision d’une attaque au Nord. Il ne sait rien de plus, sans quoi il aurait probablement tué notre mère lui-même. De sa loyauté, je n’ai aucun doute, nous partageons trop de choses pour qu’il n’envisage seulement de se tourner contre moi. En façade, notre mère reste à la tête d’Accalmie en mon absence, mais elle n’a plus aucun contrôle sur les forces armées, et doit le consulter pour toutes les décisions qui pourraient influencer la campagne… Elle est prisonnière sans que personne ne le sache, ni elle, ni ses gardiens. »


Il était probable que son bras droit se doute de quelque chose également, il était loin d’être stupide, mais même malgré le manque d’affection qu’il avait pour la Lionne de l’Orage, le Swann ne pouvait l’imaginer capable de trahir son fils, et certainement pas pendant les heures sombres qu’il était en train de vivre. Frères par delà le sang, le Cygne et son suzerain partageaient la même envie de sang nordien après les insultes proférées contre la Maison Baratheon, tout comme il avait déjà promis qu’il frapperait le coupable de l’attentat contre Rohanna à ses cotés, quel qu’il soit. D’une certaine façon, Robb aurait voulu qu’Edric partage les mêmes opinions qu’eux, que lui aussi promette son épée à la vengeance contre ceux qui les insultaient et les trahissaient, plutôt que de tenter de protéger tout ceux sur qui l’ire et la justice de son frère posaient les yeux. Mais les yeux du cadet, eux, ne montraient en cet instant que défiance tandis qu’il lui posait son autre question, comme s’il croyait avoir été trahi par son propre sang.

« Est-ce pour m'éloigner que tu m'envoies chercher Freyja ? »

Dans un profond soupir, Robb toisa son frère. Etait-ce ainsi qu’il le voyait ? Comme un intrigant de bas étage qui ne cherchait qu’à l’éloigner ? Quel besoin de prétexte s’il ne voulait pas qu’il soit présent, quand il suffisait d’ordonner ? Seul l’un des deux Cerfs commandait à l’Orage, et sa décision faisait actuellement force de loi bien au-delà de ses frontières, à quoi servait alors de l’éloigner derrière de fausses excuses ?

« Si je ne veux pas que tu sois là pour sa mise à mort, je n’ai pas besoin de ruse pour t’éloigner. Freyja est ta belle sœur, tu es probablement ce qui se rapproche le plus d’une figure amicale pour elle à Port-Réal, et elle est sous la protection du Cerf, pas de la Couronne. Le voyage jusqu’à Goëville n’est pas si long, et ta présence est importante, autant pour les Arryn que pour celle que tu escorteras. Pour le reste, le choix est tien, il n’y a nul besoin de ta présence pour juger notre mère, et peut-être est-il préférable pour toi d’échapper à ce spectacle là, du moins c’est mon opinion. Mais si tu tiens à venir, fais-le. Mais sache que quand elle sera jugée, il ne sera plus question d’un juste milieu. Il y aura ma position, la sienne, et des témoins. Ce que tu diras, ce que tu feras sera observé, jugé, et utilisé dans un sens ou l’autre. Ces conséquences là, tu devras les assumer, et je ne pourrai rien faire pour te protéger de toi-même si tu prenais une décision inconsidérée… Tu n’imagines pas les risques qu’elle fait encourir à notre Maison, ou à nos terres. Surtout en ce moment. »

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Edric Baratheon
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■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Ven 18 Mai 2018 - 11:42

Robb se garda bien de lui préciser quelles étaient ces « choses qui devaient être décidées » avant que son bras vengeur ne s'abatte sur Accalmie. Ainsi il ne lui disait que ce qu'il devait savoir, songea Edric avec amertume. Que ça, et après les autres. Robb attendait qu'il prenne une décision juste, en connaissant seulement une partie des éléments... ou pas de décision du tout, à vrai dire Edric n'avait aucune décision à prendre dans ce qui n'était finalement qu'une succession d'informations et d'ordres. Cela devait-il le surprendre ? Depuis la fin de la guerre qui les avait réunis tout en les éloignant géographiquement, Edric n'était plus le bras droit ni même le confident de son frère. A croire qu'ils avaient enterré leur complicité avec Theodan, ce père qui pourtant, avait toujours semblé les séparer. Quant à la complicité de Robb avec Jasper, n'en parlons pas. La communication avec le benjamin avait toujours été malaisée, mais là... Edric espérait que son frère cadet n'était pas absent du cœur de Robb comme il l'était de ses propos. Que deviendrait Jasper ? Que deviendrait Boremund ? Et Allya ? Suspectée comme les Lionnes ?

Robb avançait ses pions dans l'ombre, sous couvert de son intervention au Nord. Il devait gérer deux conflits et se méfier de tous ses vassaux – qui était loyal et qui ne l'était pas, ne s'appuyant que sur les plus solides – et Edric mesura le mal que leur mère lui avait fait. Désunie leur famille, désunis leurs sujets. Il pouvait presque comprendre la satisfaction qui semblait être celle de Robb à constater que de son ignorance, leur mère était prisonnière. Etait-ce là la si redoutable Kyra dont même exilée, Robb craignait la malfaisance ?

Lorsqu'il l'interrogea, Robb soupira comme si son cadet était pour lui une profonde source de déception. Et la réciproque était vraie. Non mais à quoi Robb s'attendait ? Comment croyait-il qu'Edric allait réagir en lui annonçant que Jorah lui avait officiellement refusé Ashara ; qu'il faudrait aller la chercher par les armes ; que ça ne serait pas lui qui irait ; que plutôt il irait prendre Freyja en otage ; et que cette guerre serait accompagnée d'une autre, encore plus fratricide ; que la tête de leur mère tomberait ? Robb n'était pas responsable de tout cela, mais certaines décisions lui incombaient. Et Edric n'avait qu'à obéir, renoncer à secourir Ashara, renconcer à secourir Kyra, et en plus devrait-il remercier Robb, d'avoir la bonté de se soucier de sa fille et de l'autoriser à assister à l’exécution de sa mère ?! En vérité, Robb lui épargnait à peine ce qui faisait de lui un homme, vu qu'il le considérait comme un enfant, un enfant auquel il fallait épargner le spectacle de la mort, qu'il fallait mettre en garde contre des paroles et des actes « inconsidérés », qui « n'imaginait pas » les conséquences d'une traîtrise, naïf qu'il était. Certes, la réaction passionnée d'Edric ne plaidait pas pour sa maturité. Le cœur parlait d'abord, la tête ensuite ; Robb avait eu le temps de digérer tout cela, Edric pas. Ne jouissait-il pas de sa considération ? De sa confiance, visiblement pas.

- Je devais poser la question, puisque tu ne me fais pas confiance, pas comme à Swann, ni même à Connington, grinça-t-il, et Edric avait conscience qu'il aggravait son cas, que la jalousie ne lui seyait pas ; mais l'amertume débordait.
Son propre frère ne le soupçonnait-il pas de lui préférer Jorah ? De faire un scandale au procès de leur mère ? Aux deux Orageois, Robb demandait de le soutenir. De son cadet, il préférait se passer de la présence, au Nord comme à Accalmie.
- Je serai là, Robb, tu ne peux m'éloigner de partout où je dois être, grogna-t-il. Sinon, autant me faire Sœur du Silence moi aussi. C'est ma femme, et c'est ma fille, et c'est ma mère, et je serai là pour elles, que tu l'ordonnes ou pas.

Edric avait conscience que cela sonnait comme un défi, même s'il ne souhaitait pas en arriver là. Il se leva, comme pour se donner le courage d'affronter les yeux de son suzerain, ou au contraire, se rapprocher de la porte par laquelle il s'enfuirait, après cette bataille qu'il n'avait pas gagnée ; contre Robb il ne gagnait jamais, et jusqu'ici, cela n'avait jamais été un danger.
- J'attends tes ordres pour mon départ. Il y a autre chose ? demanda-t-il comme une demande de congé, même si Edric aurait voulu interroger encore Robb sur le sort de Jasper.
Mais il n'en avait plus la sève, et craignait de creuser encore la béance nouvelle entre lui et son frère.

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Robb Baratheon
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Ven 18 Mai 2018 - 15:55




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

« Je devais poser la question, puisque tu ne me fais pas confiance, pas comme à Swann, ni même à Connington »

Un sourire en coin, imperceptiblement, se dessina sur le visage de l’aîné tandis qu’il observait son cadet se réfugier derrière son amertume pour expliquer ses questions. Dans un sens, lui-même s’était trouvé dans cette position des années plus tôt, quand il était encore trop jeune pour que Theodan partage avec lui certaines informations. Robb n’avait pas alors la maturité qui lui avait été inculquée des années durant, et il s’était souvent soulevé devant le manque flagrant de confiance que son père avait à son égard. Il avait fallu des années avant qu’il ne comprenne que, comme tout un chacun servant sous le Cerf, certaines informations n’étaient simplement pas bonnes à partager avec lui, pour une raison ou une autre, et que seul le suzerain de l’Orage avait une vue d’ensemble des actions prises. Il avait appris à l’accepter, à mériter ce que son père lui donnait, à ne pas prendre ombrage de certains éléments qui lui restaient dissimulés. Mais, plus important encore, il en avait tiré une certaines compétence à finir par découvrir ces informations lui-même, à lire entre les lignes de l’échiquier politique de l’Orage. Une tâche qu’Edric n’avait jamais eu à entreprendre, probablement encore plus éloigné que son frère du commandement de leurs terres, et la place lui convenait alors très bien, mais qui arrivait désormais à son terme, un jour il serait probablement aussi seigneur de l’Orage, et pour cela il devait apprendre.

« Je serai là, Robb, tu ne peux m'éloigner de partout où je dois être. Sinon, autant me faire Sœur du Silence moi aussi. C'est ma femme, et c'est ma fille, et c'est ma mère, et je serai là pour elles, que tu l'ordonnes ou pas. »

« Tu entends, mon frère, mais tu n’écoutes pas. Pas plus que tu n’as l’air de comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons, ou les implications de nos actions les plus triviales, alors laisse moi éclairer ta lanterne.

Aglahad ne sait rien de la trahison de notre mère, et Connington n’en a eu qu’un aperçu. Aucun d’eux ne sait exactement de quoi il retourne, ou ce que je m’apprête à faire, toi oui. Mais tous deux ont leur utilité, Aglahad m’est fidèle en tout point, et il n’est pas idiot, pas plus que notre mère. Sa présence permet un contrôle sur ses actions, assoit la loyauté des hommes envers leur seigneur si elle doit l’être, et ne laisse pas le champ libre à notre mère pour retourner la garnison contre moi et forcer un siège. Quant à Connington, soit il est fidèle, et surveillera son épouse pour éviter qu’elle ne fasse quelque chose qu’elle regretterait, soit il a rejoint ma mère, et le fait qu’il soit le seul hormis mon cercle de confiance à connaître l’information permettra de rapidement cerner la position d’un des seigneurs les plus importants de l’Orage, et d’agir en conséquences. Dans cette affaire, ils sont des outils, malgré le respect que j’ai pour un, et l’amitié qui me lie à l’autre. Toi, en revanche, tu sais, toi, je ne me permets pas de ne faire de toi qu’un autre pion dans les batailles à venir.

Maintenant, Edric, dis-moi, à ma place ferais-tu autrement ? Enverrais-tu le frère dont tu viens d’être témoin de l’envie irrépressible de sauver sa mère pour t’assurer qu’elle ne puisse pas fuir la justice ? Ne voudrais-tu pas lui laisser la possibilité d’échapper à ces épreuves dont la seule mention suffit à prouver à quel point elles seront terribles pour lui ? Ne considérerais-tu pas la possibilité de protéger ton héritier du danger quand tu y cours toi-même au Nord, en prenant le risque de voir l’Orage privé de suzerain ? Le laisserais-tu risquer sa vie dans un combat qu’il n’approuve pas, en ayant entendu ses réticences, légitimes, à frapper la famille de la femme qu’il aime, quand tu sais qu’il n’y en aura aucun dans les rangs ennemis à éprouver la même chose pour lui ?

Mais, tu ne vois que les affronts que tu penses prendre au visage. Ce temps là doit se terminer aujourd’hui. Aujourd’hui, tu es mon héritier, plus qu’hier, et il est temps que tu assumes ce rôle, et que tu te prépares un jour à diriger notre peuple. Tu dois voir au-delà de tes valeurs ou de tes envies, pour comprendre l’échiquier politique et la place qu’y occupe l’Orage et notre famille. Et quand ce sera fait, tu devras apprendre à assurer notre place, et à protéger celle du Roi. Et tu comprendras à quel point notre marge de manœuvre, qu’il s’agisse du Nord ou de notre mère, est ténue si l’on veut s’assurer que l’Orage prime, et que les Targaryen ne tombent pas. »

« J'attends tes ordres pour mon départ. Il y a autre chose ? »

« Il y a autre chose, oui. »


Edric s’était déjà levé, probablement pressé de partir et d’aller passer sa frustration d’une manière ou d’une autre. Robb lui aurait accordé ce répit, s’il ne devait pas auparavant s’assurer d’un point d’importance auprès de son frère, qu’il savait par nature trop spontané et apte à dire le fond de sa pensée, il l’avait encore démontré quelques minutes auparavant à peine. Et pour une chose, le Cerf ne tolérerait pas la tendance de son frère à tout dire sans se préoccuper de ce qui pouvait arriver.

« J’ai laissé à Rohanna le droit de prendre la décision de rester à mes cotés, ou de rentrer à Gallowsgrey, et de gouter à nouveau à une vie simple où elle est en sécurité. Ce choix est le sien, et le sien seul, je tiens à m’assurer que tu ne tentes pas de la faire pencher dans un sens ou dans l’autre, je sais que vous parlez, et qu’elle te tient en haute estime… Je veux ta parole que tu ne chercheras pas à l’influencer, d’une manière ou d’une autre. Son avenir dépend de ce qu’elle décidera, et je ne veux pas qu’elle puisse un jour regretter que l’un d’entre nous l’aie poussé à suivre une voie dont elle ne voulait pas vraiment. »

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Edric Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Lun 21 Mai 2018 - 12:37

La position debout lui parut soudain inconfortable, comme si Edric n'arrivait pas à choisir entre partir et rester - rester pour écouter, avec ce respect qu'il lui devait, les paroles de son frère. A la limite entre patience et condescendance, Robb expliquait à Edric ce qu'il avait déjà compris et refusé de comprendre avec mauvaise foi : il n'avait pas à jalouser, ni Swann ni Connington ; Robb les utilisait comme il choisissait de ne pas l'utiliser, lui, à tous les sens du terme. Robb se justifiait encore, mais cette fois, c'était différent. Il n'était plus question que du bien du Royaume et de l'Orage, mais de son bien à lui aussi, le petit frère, l'héritier que Robb voulait protéger. Ainsi Robb l'aimait encore, malgré les décisions terribles qu'il lui imposait. Edric comprit que ces décisions s'étaient forgées ce soir aussi, du moins confortées ; que tout n'était pas décidé d'avance jusqu'à ce qu'il réagisse avec violence, qu'il veuille épargner la famille d'Ashara, qu'il veuille épargner Kyra. Comme son cœur, son bras avait paru faible et Robb avait décidé de l'éloigner ; Edric s'était condamné tout seul à rester de côté. Il se maudit, maudit cette sincérité qui avait été la sienne, maudit Robb de vouloir le protéger contre son gré. Avait-il l'air si faible ? Avait-il démérité en six ans de guerre ? N'avait-il pas trempé son épée dans le sang des Loups, déjà ? Avait-il jamais renoncé à Cathan et à Ashara ? Pourtant, après ces années, le cadet arrivait au bout de sa résistance, et cela devait se lire sur sa figure. Il n'était plus prêt à sacrifier ceux qu'il aimait aux Dragons, ni peut-être aux Cerfs. Il leur en voulait du prix de cette guerre, mais surtout, Edric s'en voulait à lui-même, de ce qu'il avait fait, pas fait. Il avait été trop et pas assez audacieux. Il n'était pas allé jusqu'au bout de la folie qu'il avait entreprise. Chaque jour ses Louves en payaient les conséquences. Devait-il souhaiter un terme à leurs souffrances, même par la guerre ? N'était-ce pas une nouvelle ruse de son égoïsme ? Seule l'action pouvait le racheter, cette action dont Robb venait de l'écarter, à cause de son emportement. De son immaturité ?

La trentaine passée, Edric se sentait comme un jeune homme au lendemain de ses noces, car là le temps était resté figé ; et comme un vieillard à la fois, qui n'avait que des souvenirs à caresser. La mort de son père l'avait vieilli, et aujourd'hui la perspective de perdre sa mère le terrifiait, surtout ainsi ; trancher brutalement ce qu'il restait de l'enfance à laquelle ils buvaient. Même trentenaire, Edric restait le fils et le cadet. Il avait toujours eu Robb sur lequel se reposer, même lointain. Robb aujourd'hui, semblait sérieusement le considérer comme son héritier. Le cœur d'Edric cria après Rohanna. Il aurait voulu demander à son frère si c'était vraiment désespéré, si la Biche n’enfanterait plus. Il se sentait désolé pour elle, et pour son frère. Il était terrifié pour lui-même. Fils de Seigneur, membre du Conseil d'Accalmie, Edric n'était pas étranger à l'exercice du pouvoir. Il avait même été blessé dans son ego quand son frère avait confié la régence de l'Orage à Rohanna. Mais il n'avait jamais envisagé d'exercer à long terme la Suzeraineté. Elle appartenait à Robb, et Robb allait vivre longtemps, n'est-ce pas ? Le Cerf craignait-il qu'une main traître le frappe, dans les murs du Donjon ou même d'Accalmie ? Prudent, Robb voulait désormais former son héritier, n'était-ce pas ce qu'il disait ? Soudain, il sembla à Edric que tout le dîner se résumait à ça. Robb lui avait jeté les mauvaises nouvelles et les ordres, il avait regardé comment son cadet y réagissait ; Edric n'avait pas réagi comme un héritier et le Cerf prenait sans doute la mesure du travail à faire, puisqu'il avait défini la charge ainsi : obéir et apprendre ; sacrifier, encore, "ses valeurs et ses envies". La grande silhouette d'Edric fléchit, et il se réfugia derrière l'humour, son rempart favori.

- C'est un peu tard pour ça, tu ne crois pas ? plaisanta-t-il sans joie.
Edric était un homme fait ; il était déjà formé, même si la forme qu'il avait prise n'était pas la bonne. Il n'allait pas changer à trente ans passés - surtout s'il ne le voulait pas.
- Peut-être ne suis-je pas fait pour ça. Jasper ferait un meilleur héritier.
C'était cruel, mais c'était vrai. Tous l'avaient vu, ces dernières années. Kyra l'avait acté. Edric en était un peu blessé. Sa mère l'avait trahi, lui aussi.
- Il n'est pas trop tard pour faire de lui ce que tu veux qu'il soit, espéra-t-il.
Edric céderait volontiers la place d'héritier à son cadet, si cela pouvait le sauver. Cet espoir était fou, et il le savait : Robb n'allait pas récompenser la traîtrise. Edric eut la tentation de s'enfuir, avant que Robb ne détruise cet espoir là aussi. Pour l'emporter avec lui pour le reste de la nuit, et s'y accrocher. Dans le meilleur des mondes, Ashara et Cathan seraient sauves et il les retrouverait. Kyra serait Soeur du Silence, au moins pour un temps. Jasper et Edric vivraient à Accalmie avec leurs femmes et leurs enfants. Rohanna se rétablirait tout à fait et Robb n'aurait plus à s'inquiéter de son héritier. Douces chimères qu'Edric caressait. Robb trancha net la tête de la dernière.

Edric le dévisagea pendant un temps. Puis, très las, il reformula :
- Tu me demandes de ne pas dissuader ma sœur de quitter notre famille.
Les mots n'étaient pas trop forts. Edric considérait la Biche comme sa sœur ; il avait pris comme une insulte personnelle d'apprendre par la rumeur que Rohanna voulait retourner chez les Trant, puisqu'il n'avait pu croire celle qui disait, que Robb voulait répudier son épouse. Robb aimait Rohanna aussi certainement que lui, l'aimait, même si son comportement lors du Couronnement ne l'avait guère montré. Est-ce qu'au moins Robb lui montrait qu'il l'aimait ? Ou son comportement faisait-il douter la Biche comme ce soir, Robb avait fait douter son propre frère ? Robb à nouveau parvenait à justifier par la raison une décision qui au cœur d'Edric, ne trouvait aucune justification. Rohanna ne pouvait être abandonnée, ni abandonner les Cerfs : elle était liée à eux par les Sept, le cœur et les entrailles. Il y avait des liens qu'on ne pouvait défaire. Robb avait fermé les yeux pour sa Reine ; le ferait-il, pour sa propre femme aussi ? Ne voyait-il pas que ça n'était pas ainsi qu'il protégerait Rohanna, des autres et surtout, d'elle-même ? Elle n'aurait pas chez les Pendus un dixième de l'amour généreux des Baratheon.
- Nous l'aimons, mon frère. Ne crois-tu pas que nous devons le lui dire ? Que cela mérite de participer à son choix ?
Malgré ses dernières paroles, il était difficile de ne pas penser que Robb voulait le priver de toutes les femmes de sa vie. Car Rohanna n'était pas seulement l'épouse de Robb, elle était plus que cela. Ces dernières années, elle était devenue sa sœur, puis son amie. Mais Edric ne pouvait se rebeller encore ; il n'en avait plus la force, ni peut-être, la volonté. Sans la formaliser, Robb avait donné sa parole qu'Ashara et Cathan seraient préservées. Alors, peut-être Edric devait-il lui abandonner Rohanna.
- Tu as ma parole, murmura-t-il, mortifié.
Lui qui était prêt à se battre pour la venger ; comme il l'abandonnait facilement ! De cela, Edric s'en voulut aussi, alors qu'il faisait un pas vers la sortie.

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Mer 30 Mai 2018 - 18:15




C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère.

Encore et toujours, même devant l’évidence, Edric persistait à faire barrage contre l’inéluctable, de la seule manière qu’il connaissait. Quelques semaines plus tôt, Robb se serait peut-être amusé de cette tendance de son frère à vouloir éviter toute réelle responsabilité envers ses terres, ou de sa conviction à penser que Jasper ferait un meilleur héritier que lui, mais plus maintenant. Ni l’un ni l’autre n’avaient le choix désormais, ses enfants étaient morts-nés, et Jasper avait été marqué par la trahison de leur mère, qu’il y ait pris part ou non, il en subirait les conséquences, c’était une certitude. D’une simple oeillade sérieuse à son frère, Robb lui fit comprendre ce qu’il pensait de sa proposition, et de son absurdité la plus totale. Jasper, suzerain de l’Orage ? L’idée était aussi ridicule que de penser que Jorah pourrait maintenir son emprise sur le Nord après ses exactions grotesques. Une fois de plus, la voix du suzerain de l’Orage se fit plus dure, et sans appel sur la question :

« Jasper est intelligent, mais il n’inspire pas les hommes, pas plus qu’il n’a la force ou le charisme nécessaire pour diriger des hommes comme Aglahad, Oswell Connington, ou n’importe quel seigneur un tant soit peu combatif. Il aurait peut-être pu faire un bon suzerain dans une région où il suffit d’avoir un nom et de s’asseoir sur un tas d’or, ou de s’appuyer sur la tradition pour être reconnu comme chef incontestable, mais pas à l’Orage. Il n’est pas fort, et il n’a jamais su inspirer des soldats. Quand bien même il n’aurait pas été mêlé à la trahison de ma mère, je ne l’aurais jamais accepté comme héritier. Toi, au moins, il est encore possible de faire en sorte que les hommes voient en toi quelqu’un qu’ils veulent suivre, ton nom et ton existence n’ont pas encore été scellées comme étant plus proche du sang de notre mère que de celui de notre père.

Tu es mon héritier, que tu le veuilles ou non, Edric, et il est temps que tu l’acceptes pour de bon. Je n’accepterai plus que tu cherches des échappatoires à ce sujet, ni que tu essaies de faire en sorte que quelqu’un d’autre prenne cette place. Assume ta place, et embrasse le destin que les Dieux veulent visiblement que tu assumes, il n’y a pas d’autres possibilités, et tu n’as pas le choix de prendre cette direction, pas plus que tu n’as le temps de l’accepter en marchant à reculons. Suis-je clair ? »


Il n’y avait plus rien à dire sur ce sujet, plus vrai peut-être encore, Robb ne voulait plus en entendre parler. Il avait espéré que ce dîner soit autre chose que les règlements de comptes auxquels il était désormais habitué, aussi désagréable soit-il de l’avouer. Las de vivre dans un château qui n’était pas le sien, chargé d’un pouvoir qui au final représentait bien peu de choses, ou du moins qui n’avait pas d’importance dans ce qui comptait vraiment. Des chaînes, l’obligation d’agir pour le bien général plutôt que dans celui de sa famille ou de son peuple, une enchaînement de compromis et de mécontentement, c’était là tout ce que représentait finalement la charge d’un Royaume tout entier, un Royaume qui n’était pas le sien, dirigé par des seigneurs ingrats et ignorants, qui eux ne se gênaient pas pour défendre leurs intérêts les premiers. Dans un sens, Edric venait de prouver qu’il était de la même trempe, qu’il ne cherchait pas à comprendre les décisions de son frère autrement qu’au travers de ses envies égoïstes et de ses regrets. Déçu, il l’était, mais pas surpris, pas plus qu’il ne pouvait en vouloir à son cadet qui avait eu toute latitude pour grandir dans cette optique là. Pour l’un comme pour l’autre, mieux valait que le jeune Baratheon prenne congé, pour le moment au moins. Il ne restait à Edric que donner sa parole qu’il respecterait les instructions de son aîné et suzerain quant au choix devant lequel Rohanna se trouvait. Mais ç’aurait été mal connaître le premier archer de l’Orage que de s’attendre à ce qu’il se plie sans rien dire aux instructions de son frère, même si elles concernaient l’épouse de celui-ci.

« Tu me demandes de ne pas dissuader ma sœur de quitter notre famille. »

« Je veux que tu ne te mettes pas en travers de sa décision, quelle qu’elle soit. Le choix est le sien, pas le tien, pas le mien. »


Robb n’ajouta rien, retenant de peu qu’il ne pardonnerait jamais à son frère d’interférer dans cette affaire là, plus que dans toutes les autres. Il laissait la décision à son épouse, en partie pour ne pas avoir à la prendre lui-même, mais surtout pour ne pas avoir à vivre en doutant que Rohanna soit restée à ses côtés uniquement parce que c’était ce qu’il voulait. Pour qu’elle choisisse de rester et de se battre si c’était ce qu’elle voulait, pour qu’elle ne soit plus une victime de ceux qui voulaient nuire à sa famille contre son gré. Si elle restait, elle saurait qu’elle devrait se battre, qu’il y aurait toujours quelqu’un qui chercherait à les mettre à terre, qu’il n’y aurait pas de paix, pas pour eux, tant que tous leurs ennemis ne seraient pas vaincus. Les autres pouvaient y croire, ils pouvaient rêver d’un monde où l’on n’aurait pas à s’inquiéter d’être frappé dans le dos, où l’on ne serait pas forcé de prendre les armes, mais ce n’était qu’une illusion, et cela le Cerf l’avait compris désormais. Il y aurait toujours un ennemi pour les Baratheon, un serpent tapi dans l’ombre prêt à frapper, et ce jusqu’à ce qu’il rejoigne son père dans l’au-delà. Ce n’était pas une vie qu’il voulait imposer à celle qu’il aimait plus que lui-même, et il ne le ferait pas, il ne permettrait pas que quelqu’un d’autre le fasse.

« Nous l'aimons, mon frère. Ne crois-tu pas que nous devons le lui dire ? Que cela mérite de participer à son choix ? »

« Elle le sait. Le reste ne dépend que d’elle, et de son envie de se battre pour ce qu’elle a gagné en prenant notre nom. Si elle devait décider qu’elle préfère la tranquillité, si elle préfère la paix à la vie que je lui offre à mon bras, je ne me considère plus le droit de lui refuser, pas après ce qu’elle a subi. Tu ne peux pas comprendre… Elle a perdu nos enfants, deux fois, même si la faute n’était pas sienne, ils viendront tous pour chercher à détruire chaque parcelle de ce qu’elle est. Et personne ne pourra la défendre, pas toi, pas moi. Pas entièrement en tout cas. Alors, si elle n’a plus la volonté de se battre, je ne la forcerai pas, et je n’accepterai pas que quiconque d’autre le fasse, si je n’ai pas ce droit, personne d’autre n’a la moindre prétention à tenter de le faire. Elle mérite sa liberté, et je lui ai promise, et personne ne mettra ma parole en défaut. »

Edric finit par promettre, enfin. A contre coeur, cela pouvait se lire sur son visage autant que dans le ton de sa voix ou ses gestes. Il voulait déjà être ailleurs, et Robb ne le blâmerait pas pour ça. Edric avait eu plus que sa dose d’éléments à digérer, il lui faudrait du temps pour se faire à l’idée de sa nouvelle position, et des responsabilités qui iraient avec. Le voyant se diriger d’un pas vers la sortie, Robb hôcha simplement la tête, avant de conclure.

« Merci. Tu peux y aller, maintenant. Tiens toi prêt à partir, ton navire a probablement déjà reçu l’ordre de quitter Accalmie. »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   Sam 23 Juin 2018 - 11:50

Au seuil, Edric secoua la tête, laissant deviner ce qu'il pensait de cette histoire de Cerfs et de Lions. Jaser "plus proche du sang de notre mère" ? Par les Sept, qu'est-ce que cela voulait dire ?! Mais tous les arguments de Robb n'étaient pas si absurdes. Robb croyait en lui, et Edric aurait pu s'en sentir flatté s'il n'avait eu cruellement conscience que son aîné n'avait pas le choix ; si son aîné ne voyait pas sa tentative de sauver Jasper comme une lâcheté. C'était vrai en un sens : Edric voulait s'enfuir, mais sa fuite n'était pas déguisée. Il voulait vraiment que Jasper soit épargné, et il voulait vraiment croire en ses capacités. Peut-être Jasper se voyait-il accusé de traîtrise aujourd'hui, précisément parce qu'hier, on l'avait traité par le mépris ; on n'avait cessé de lui reprocher ce charisme et cette force qu'il n'avait pas, qui allaient, apparemment, décroissant chez les enfants Baratheon, comme si "le sang du père" allait s'appauvrissant. Mais Jasper avait aussi des qualités, des qualités ignorées qui auraient peut-être suffi à renverser son aîné, même si Edric ne voulait pas le croire coupable de cela, pas sans preuves. Jasper pouvait avoir les épaules ou le front d'un héritier, mais qu'importe ! Robb ne l'entendait pas de cette oreille. Robb décidait, l'acculait, lui le cadet, à assumer ses responsabilités dont les Dieux l'auraient chargé. Les Dieux avaient-ils aussi laissé mourir les héritiers de la Biche ? C'était absurde encore ! Robb espérait-il lui arracher une nouvelle soumission au seul ?
- Les Dieux n'ont rien à voir dans tout ça, grogna Edric, rebelle à son aîné, rebelle à l'injustice qu'il refusait d'accepter comme le dessin divin. Si les Sept voulaient cela, il ne voulait plus les Sept.

Amer, il ricanna.
- Ni moi ni personne ne peut se mettre en travers d'une décision de Rohanna.
Au risque de finir embroché. La Biche avait des bois, elle l'avait montré avec force, malgré son apparence fragile. Si Robb s'imaginait que son frère avait une telle influence sur elle, il se trompait. La Biche n'avait même pas parlé à Edric de son désir de les quitter. Il l'avait su par les racontars, et cela aussi, l'avait blessé.
Aux explications de Robb, Edric perdit toute trace d'ironie. Il regardait son frère avec sérieux au travers des mètres-gouffres qui les séparaient. Rohanna était un sujet sur lequel ils pouvaient s'entendre. Ils voulaient tous deux son bien-être, s'ils n'avaient pas la même façon de l'envisager. A Rohanna, son époux laissait la liberté de choisir la tranquillité à défaut du pouvoir, cela même qu'il refusait à son frère. Les liens du sang étaient-ils plus contraignants que ceux du mariage ? Le cœur d'Edric se révolta quand Robb dit qu'il ne pouvait pas comprendre ; mais de fait, Edric ne pouvait concevoir qu'on puisse en vouloir à la Biche pour le malheur répété qui s'était abattu sur elle, qu'on puisse vouloir la détruire pour cela, ce qui le révolta plus encore. Quelle fosse de serpents était donc cette Cour là ?! Le ton de Robb s'était fait possessif à l'égard de la Biche. Eh bien, que de ses privilèges d'époux, le Cerf assume aussi les responsabilités !
- Tu dois la protéger, gronda Edric que les serpents révulsaient. C'est ton...
Et ses mots restèrent suspendu sur son visage surpris, car il réalisait que la situation s'était inversée : que c'était à lui de dire à son frère quel était son devoir. Mais comment pouvait-il dire ça, lui qui avait si lamentablement échoué à protéger sa propre femme ? Lui qui avait fui ses responsabilités d'époux et à présent, d'héritier ?

La honte le prit avec la nausée. Edric détourna son regard brûlant alors que son frère lui donnait congé.
Ramène ma femme et ma fille sauves, et je ferai tout ce que tu voudras, aurait-il voulu dire, mais ces mots aussi restèrent à l'intérieur, car son allégeance n'était pas quelque chose qu'il pouvait conditionner ; et parce qu'il n'avait pas encore renoncé à s'en charger lui-même. Il faudrait convaincre Robb ou lui désobéir... mais pas ce soir. Edric n'avait plus la force, et Robb serait sans doute dans de meilleurs dispositions une fois qu’il lui aurait obéi bien sagement ; qu'il aurait ramené Freyja, qu'il aurait gardé le silence pour Kyra et pour Rohanna. Un silence loyal mais traître à son propre cœur. Un silence qu'Edric conserva en n'ajoutant rien de plus. Car qu'y avait-il a dire ? "Bonne nuit mon frère" ? Le sommeil devait fuir le Cerf. "Merci pour ce dîner", qu'il avait à peine touché ? Edric ne dit rien et il ne claqua pas la porte, comme une version plus jeune de lui l'aurait fait. Malgré tout, il avait mûri, il avait vieilli, mal vieilli comme ce vin qu'ils avaient partagé ; il s'était résigné ? Il disparut simplement derrière la porte, comme il disparaitrait bientôt sur la Fureur.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
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MessageSujet: Re: C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]   

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C’est dans le malheur que l’on apprend à vraiment connaître son frère. [PV Edric]

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