Partagez | 
 

 Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Dim 25 Mar 2018 - 18:30




Et, à ceux qui nous ont offensés...




Son index frôle cette marque sur sa joue. Epaisse comme la bordure du coussin sur lequel elle a reposé sa tête pendant des heures. Suite à cette heureuse nuit, quelques jours plus tôt, Robart était revenu vivre à la Tour. Sa juste place. A part eux deux, et cette chambrière nocturne, personne ne savait réellement comment tout cela s’était joué : un matin, il était revenu. Depuis ce moment précis, vainqueur à bien des égards, on pouvait observer un certain changement dans l’attitude de son épouse. Fidèle à elle-même, à son caractère peu commun parmi ses nobles comparses, son front présentait néanmoins des efforts visible à paraître à la Cour comme intouchée. En acceptant de ne pas briser les sacrements de son mariage, cette union bénie des Sept, choisie par un héros de la Grande Guerre, Rohanna Baratheon avait décidé de quitter ce ténébreux labyrinthe dans lequel elle s’était retrouvé. Parce qu’elle savait à quel point elle pouvait s’y perdre, ô combien elle s’y était perdue des années plus tôt, elle avait décidé de ne plus chercher une vaine sortie. Aucun parcours ne lui serait salutaire, elle seule en avait le pouvoir. Et ce pouvoir elle avait bien l’intention de l’utiliser. Ces derniers jours, on pouvait la voir rétablie au bras du Régent. Un spectacle qu’ils offraient à tous ceux qui avaient souhaité voir le pouvoir des Baratheon affaibli, dans le silence de leurs coeurs tout était bien différent. La longue conversation qu’ils avaient eu était entre eux comme un secret intrinsèque. La Dame d’Accalmie, martyre de cette ère nouvelle, recouvrait ses forces rapidement. Du moins plus rapidement qu’elle ne l’avait fait jusque là, prise dans le doute et la tourmente. Son nouveau physique, maigre et anguleux, avait été mis à profit pour lui forger une nouvelle apparence. Et si elle n’avait jamais eu la coquetterie des autres, elle avait appris et retenue la leçon d’Alérie. La création d’une aura, d’un culte personnel était en marche. Passementeries et broderies avaient été inventé pour conter la complexité de son histoire, et, désormais, étaient discrètement cousues dans ses corsages et ses manches extravagantes. La Biche Pendue n’avait pas demandé que la malheur la frappe, mais elle était bien déterminée à tourner cette situation à son avantage. Pour la Couronne, trop longtemps elle était apparue comme une épouse chétive et effacée, il ne serait plus. Son ongle s’enfonce doucement dans la crevasse de la marque. Il ne serait plus. Elle était le pendant de Robb et un jour le tout Westeros le comprendrait.



Au loin, mouettes et goélands laissent percer leurs cris. Dans quelques heures, la marée serait haute et un navire de l’Orage partirait pour l’horizon. Assise devant son miroir, elle pourrait presque l’entendre, cet équipage orageois, avec son accent chantant bien particulier. Une part d’elle aimerait pouvoir s’enfuir sur ce bâtiment car, malgré tous les efforts ployés, elle détestait toujours autant cet endroit. Un endroit qui sans Edric serait encore plus morne. Comment en étaient-ils venus à être ce frère et cette soeur à l’amour tendre? Elle n’aurait su réellement le dire, mais l’héritier d’Accalmie était devenu indispensable à ses journées. Parfois il lui rappelait le propre jumeau qu’elle avait perdu pour pouvoir jouir de tous ces biens, mais elle savait que là n’était pas la seule raison. Tout comme avec Oswell, il y avait autre chose. Cette chose innomée qui permettait à un homme et à une femme de ne concevoir aucun désir pour l’opposé. Peu de femme, probablement, pouvaient se targuer de cultiver ce genre de liens bienheureux, et l’heureuse élue l’expliquait en se disant qu’elle avait longtemps été plus masculine que la plupart d’entres elles. Oui, en cet après-midi que ne donnerait-elle pour l’accompagner sur les flots du Détroit ! ah, respirer cet air vivifiant du large ! Or, ce sordide voyage il devait l’accomplir seulement accompagné de Lord Tyvaros. Heureusement, ce terrible climat avait le mérite de lui enlever toutes angoisses d’une quelconque tempête. Si les vents étaient favorables, il se pourrait même qu’Edric revienne avec la petite Stark plus tôt que prévu. Baillant une dernière fois, évacuant les derniers soupirs de sa sieste réparatrice, Rohanna arrange sa coiffure. D’une main plus habile qu’elle ne l’aurait cru, elle replace quelques mèches derrière son peigne d’ivoire. En l’antre de la Tour, bien gardée des regards indiscrets, nulle parade pour la Biche. Aux moeurs de l’Orage, peu friand des règles et usages de la Cour, elle y restait naturelle et loin des artifices du Donjon-Rouge. Entre ces murs, tous étaient fidèles à vérité de leurs âmes. Les traces des précédents habitants, Lord et Lady Piète, avaient complètement disparu. Ce n’était pas seulement les armoiries qui avaient changées, ni les funestes couleurs des Bieffois, mais, tant la quiétude de la Tour rappelait Accalmie, jusqu’à leur passage. Qu’un Oragois franchisse le seuil et il aurait eu l’impression d’être retourné chez lui, en l’espace d’un quart de seconde. Se souriant une dernière fois, confiante des jours à venir, Rohanna quitte la chambre seigneuriale pour rejoindre celle d’Edric. 


***



La porte est ouverte, mais elle toque quelques coups pour annoncer son arrivée. Son frère est de dos, elle l’envie de lui faire quelques frayeurs nait trop tard en son esprit. Preuve qu’elle n’a pas encore retrouvé toutes ses forces, autrement cet esprit y aurait pensé quand elle montait les escaliers. Depuis son arrivée, c’était la première fois qu’elle venait dans cette chambre. Elle était aussi spacieuse que celle de la Main, mais moins richement décorée. Un trait qui correspondait bien à cet homme, plus discret et moins vaniteux que son aîné. Peut-être était-ce aussi la preuve silencieuse qu’il ne resterait pas éternellement auprès d’eux, qu’un matin prochain il chevaucherait vers ses terres. Le climat dans l’Orage était loin d’appeler à la paix, et, qui sait combien de temps, sans l’aide d’un Cerf de confiance, Aglahad pourrait tenir les rennes de leur région. Pour l’étendue de ce monde, ils étaient étrangement solitaires…

Pieds nus, elle s’avance vers la baie où il se tient. De là, on peut embrasser une superbe vue de la Néra. Cet éden de la nature avait su inspirer parmi les plus beaux poèmes à certains troubadours des grands chemins, mais pour un Baratheon la vision était trop calme. Les eaux étaient limpides, verdoyantes et transparentes, si pures qu’on pouvait parfois y voir dans les profondeurs. Chez eux, où la mer était déchainée, voire possédée par un esprit assassin, il était rare de pouvoir admirer une telle clémence des eaux. A bien y réfléchir, elle ne croyait ne jamais avoir eu cette chance là. Et pourtant… cet éden n’était rien. Il lui était presque fade, mesquin comme s’il souhaitait endormir le plus vaillant des hommes pour mieux lui enfoncer une dague sous la gorge. Son regard se pose sur le navire qui partira dans quelques heures. Vu de cette hauteur, il semble si petit et vulnérable que, si ses couleurs n’étaient pas déjà hissées, on ne pourrait croire qu’il va voguer pour une mission hautement diplomatique. « Eh bien mon frère, si tu croyais y échapper, il semble que je serai toujours là pour t'embêter à ton retour… » Son regard reste sur le navire lointain, un sourire de connivence jouant sur ses lèvres. Si elle était bien certaine qu’une personne ici n’avait pas voulu la voir partir, c’était Edric. Les mauvais esprits diraient que c’était pour assurer qu’un jour le trône de ses ancêtres lui reviennent, mais c’étaient les même qui murmuraient sur son passage que son entrejambe était habité par la malédiction des Trant. Parfois égoïste de sa position, Rohanna ne s’était jamais réellement demandée ce que cela pouvait faire d’être le frère cadet d’un homme tel que Robb. Jasper n’avait pas su s’y faire, mais pour Edric c’était différent… En apparence, il était le parfait second né, en tous points. Il était évident que les choses étaient plus délicates, plus tourmentées, plus colériques. L’idée de le savoir bientôt confronté à la soeur de son épouse, bientôt otage par leur volonté, n’était probablement pas pour rendre les choses plus faciles. Or ça, le monde l’ignorait. Au coeur de ce secret, à Port-Réal, ils étaient peu nombreux. Ces dernières semaines avaient été tellement difficiles, dangereuses et portées par la tristesse qu’elle ne sait quoi ajouter sans appeler au pathos de leurs situations. Pendant ce temps, son sourire reste sur ces lèvres comme un apaisement sincère. « Un jour ce sera elles que tu iras chercher... »

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Lun 2 Avr 2018 - 17:46

Par la fenêtre de sa chambre, Edric regardait la mer qui bientôt allait l'emporter. Il avait hâte de partir du Donjon, autant qu'il redoutait le voyage vers Goëville. Naviguer vers le Val sur un navire orageois, la chose aurait pu paraître idéale, s'il n'y avait eu, au terme du voyage, la captivité de Freyja. Comme il avait imaginé celui de Cathan, des milliers de fois, le Cerf tentait d'imaginer le visage de Freyja ; et lorsqu'il l'eut composé, délicat comme ce nom qu'on donnait à la Louve, il le vit se tordre de mépris. Sa belle-soeur le mépriserait, c'était certain. Il était l'ennemi, il était celui qui venait l'arracher à cette terre d'adoption qu'une première fois, Freyja n'avait pas choisie. Il était celui qui avait déshonoré, abandonné et trahi Ashara. Ces derniers jours, le Cerf n'arrivait plus à se voiler la face ; il voyait ce qu'il avait fait, ce qu'il n'avait pas fait, et il essayait d'encore espérer. Tout n'était peut-être pas perdu. La guerre n'était pas encore là, même si elle se préparait. Robb la voulait - Edric le comprenait - en tant que Gouverneur des Royaumes et père endeuillé. Rhaenys ne la voulait pas. Edric ne la voulait pas, mais il était prêt à la faire, si Jorah ne cédait pas, si la culpabilité du Nord était prouvée ; pour Rohanna.

Rohanna, il la regarda entrer, se détournant de l'horizon volontiers, avec sa silhouette si fine et ses pieds nus. Vêtue avec une simplicité élégante, comme à Accalmie. Familière, pas comme la femme qui paradait depuis quelques jours au bras de Robart Baratheon, si altière qu'Edric ne la reconnaissait pas - et pourtant en était fier. Rohanna l'indomptée renaissait de ses cendres, marquée dans sa chair consumée et pourtant sublimée, comme une veuve retrouve sa première jeunesse - et cela lui faisait penser à la renaissance de Tess. Rohanna s'était relevée plus vite que la première fois de cette épreuve pourtant plus cruelle, si l'on pouvait comparer les deuils ; sans doute parce que ça n'était pas sa faute, cette fois, que la perte des jumeaux était un assassinat. La même haine que Robb l'animait-elle ? Etait-ce la haine qui la tenait debout, alors qu'une dizaine de jours plus tôt, la Biche ne pouvait pas quitter son lit ? Etait-ce au contraire le retour de Robb dans ce lit, l'amour qui l'avait ranimée ? Nulle trace de haine sur le visage amaigri de Rohanna : un sourire et une plaisanterie. Edric sourit pour saluer sa venue, mais il ne rit pas ; même écarté, le départ de Rohanna ne le réjouissait pas.

- La Fureur des Flots, dit le Cerf en pointant du doigt, loin en contrebas, le bateau minuscule qui allait l'emporter.
Et il rit, cette fois, parce que vu d'ici le puissant navire avait la taille d'une noix ; et parce que le nom du navire était si mal choisi... Edric rit, mais sans joie, comme s'il n'avait pas entendu le murmure de Rohanna, alors que ses paroles travaillaient en lui. Le Cerf resta silencieux pendant un moment, regardant s'affairer les fourmis qui étaient des hommes mais les Sept se moquaient bien des fourmis. Il semblait ne pas voir Rohanna ; pourtant, en présence d'aucune autre Edric n'aurait laissé ces mots lui échapper.
- Et pourquoi n'y vais-je pas maintenant, Rohanna ? Pourquoi pas ?
C'était complètement absurde. Il allait chercher Freyja. Il allait chercher la soeur de sa bien-aimée, qui grelottait à Winterfell depuis un an de paix.
- Que vaut un Cerf qui n'écoute pas son coeur ?
Voici la faible estime dans laquelle il se tenait.

Mais il n'était pas là pour se lamenter, surtout pas devant Rohanna. Le Cerf reconstruit son sourire et ses yeux retrouvèrent un peu le lumière lorsqu'il lui murmura :
- Je suis heureux que Robb l'ai fait.
Après la fausse indifférence, après cette séparation inexplicable, Robb était retourné dans les bras de Rohanna, et Edric en était soulagé. Pour Robb, pour Rohanna et aussi pour lui.
- Je devrais sans doute te dire qu'il ne faut pas perdre espoir, dit-il, ignorant si la Biche espérait encore une maternité, ignorant si la chose était encore possible après son corps empoisonné.
Mais l'espoir, Edric peinait à le trouver. Il avait l'impression de s'être menti depuis des années. Avait-il menti à Rohanna lorsqu'il lui avait dit : les Cerfs n'abandonnent pas ? Robb n'abandonnait pas, jamais, même quand les siens retournaient les bois contre lui. Mais Rohanna... celle qu'on appelait Biche, celle qu'il croyait Biche avait failli les abandonner.
- Si tu étais partie... je ne t'aurais pas pardonnée... souffla-t-il sans la regarder, car il se savait ingrat, mais tout lui glissait entre les doigts ; ceux qu'il aimait disparaissaient, sans qu'il puisse les retenir ni même essayer ; et Edric n'avait pas le coeur à en plaisanter.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Sam 14 Avr 2018 - 0:30




Et, à ceux qui nous ont offensés...




« La Fureur des Flots », il rit doucement. Sans joie aucune, mais il rit. La Biche, le regard sur la ligne azurée de l’horizon, est imperturbable. Une partie d’elle souhaitait ardemment pouvoir accueillir la Louve et sa fille, avec chaleur et piété familiale. A elles deux elle montrerait un dévouement qu’alors personne ne lui avait montré. Oui, pour la soeur du renégat elle aurait bontés fraternelles. Du moins, c’est ce qu’une partie d’elle souhaitait. Une autre, ne pouvait oublier les enjeux liés. Intrinsèques. Dévorants. Jaloux. Sanguinaires. Un jour, ce serait elles qu’Edric irait chercher. Pourquoi avait-il attendu si longtemps? Pour les damnés qu’ils étaient, les Dieux étaient peu miséricordieux. Les mois étaient passés vite, trop vite. La terre s’était asséchée et qu’avaient-ils fait? Peu. Les torrents et les rivières avaient fuis, avec eux l’ombre menaçante de Kyra. Bientôt, tout cela serait oublié. Et lui, le fils cadet, n’aurait plus à tempérer les femmes d’Accalmie, jouer ce rôle qu’elles n’avaient eu de cesse de lui imposer. Lui, bientôt pourrait reprendre sa vie en main, serrer la paume et embrasser cette terre qu’il l’avait vu naitre. Bien sûr, il faudrait attendre un peu, une mise à mort abreuvant le sol. Le sacrifice d’une âme néfaste pour que la terre se repaitre. Une régénération. « Et pourquoi n'y vais-je pas maintenant, Rohanna? Pourquoi pas? » Son sourire s’étire, lui seul avait la réponse à cette question. Elle n’aurait pas attendue elle, pourtant il n’était pas son rôle de le lui susurrer… S’il était parti de son propre chef, probablement que Robb aurait été furieux, inquiet et d’une humeur noire. Des semaines durant il aurait gardé ce regard terrifiant dans lequel savait danser la remembrance du sang d’Aerion. Si dense, si sombre, si opaque et colérique qu’on pouvait sentir le frémissement du souffle bestial et brûlant des dragons. Néanmoins, il aurait été le premier à baiser le front de sa soeur nordique. Puis, avec les mois, le premier à en rire. Ce n’était pas l’Orage qui empêchait Edric de courir à sa belle. « Que vaut un Cerf qui n'écoute pas son coeur? » Autre question sans réponse. Du moins, dont la réponse ne pouvait appartenir à ce monde. Silencieusement, la Biche laisse sa main serrer brièvement celle de son frère. Il n’était plus temps de se flageller. Le temps de la guerre arrivait : la force et la haine devaient venir nourrir leur sève. Non les remords, non les blessures du passé. Face à l’avenir, il n’était plus temps de pleurer sur leurs sorts, découpés en d’innombrables morceaux, trop nombreux, trop petits, trop éparpillés pour s’assembler. « Comment pourrais-je répondre? Je n’en ai encore jamais vu. » Déchiré entre ses frères, entre ses parents, entre ses positions, Edric l’était peut-être, mais jamais il n’avait perdu la témérité de la lignée d’Orys. Elle était en ses veines et quiconque le désirait aurait pu la sentir. Ici même, palpante, vibrante, prête à bramer. Il n’avait jamais navigué au Nord et ramené entre les flots orageux son épouse, jamais la voile festive des Cerfs avait gonflée dans la baie des Naufrageurs et les hérauts sonner l’arrivée triomphale de la nouvelle fille d’Accalmie. Un jour… mais les choses ne seraient plus jamais aussi heureuses et insouciantes. Plus jamais. « Je suis heureux que Robb l'ai fait. » Ses paupières se ferment et elle murmure « Je l’ai fait. » Afin que personne ne puisse le leur arracher, le soir de leurs retrouvailles relèverait du mystère. Intime, précieux, amusé, son visage peint une grimace. Ce n’était pas Robb qui était venu la trouver, mais elle. Elle qui avait traversé la nuit et les murs du Donjon-Rouge jusqu’à trouver le fils prodigue de Théodan. Elle pouvait encore sentir son coeur, brûlant et angoissant, tambouriner sous sa peau. « Je devrais sans doute te dire qu'il ne faut pas perdre espoir. » Ouverts, ses grands yeux ne regardent plus l’horizon, mais bien lui. Tremblante, sa main s’approche vers son bas-ventre. Suspendue, à quelques centimètres de l'endroit, elle reste un moment, incertaine. Il y aurait une nouvelle vie, un jour prochain. Le mestre le lui avait dit et, bientôt, il le clamerait au monde. Mais les regrets passés ne devaient plus interagir avec le présent et ses doigts se tendent, se durcissent et s’éloignent. Seul le futur était important. Cette cicatrice n’était rien d’autre que la marque infâme d’une attaque à la Couronne Targaryen, elle en était seulement la martyre. 



« Si tu étais partie... je ne t'aurais pas pardonnée… » Contenue, sa voix était sans appel. Rohanna ne pouvait qu’acquiescer, elle ne se le serait jamais pardonnée non plus. L’égoïsme de son amour pour Robb, ne le lui aurait pas pardonné. Et nombreuses auraient été les heures où dans son silence elle aurait tenté de se convaincre qu’il était mieux ainsi pour l’Orage, mais une pointe d’âpreté serait restée. Elle hausse ses épaules dénudées, où seuls deux gallons d’or damassés à l’effigie des Cerfs retiennent ses manches, elle n’était pas partie. Elle était là, et à travers cette baie lumineuse défiait ceux qui voulaient la faire tomber -peut-être les Sept même ! « Il a besoin de nous… Il a besoin de nous bien plus qu’il ne l’avouera jamais. » Le frère devait le savoir, mais elle était l’épouse et le disait à voix haute. Ces dernières et prochaines semaines, Robb allait être confronté à des choix qui impliquerait leurs vies et ils devraient restés unis à ses côtés. Le Cerf était parfois intransigeant, fier et orgueilleux avec sa harde, mais il était un homme. Une chair modelée dans la défectuosité des doutes et des peurs humaines. La trahison de Kyra serait peut-être le début d’un changement radical dans son comportement, car sa main allait commettre un matricide. La blessure serait profonde, cisaillée dans ses os. Ses doigts frappent la pierre de la baie géminée, ils sont nerveux et, après un râle, Rohanna se repousse du bleu de la mer infinie. « Et toi Edric? Pourras-tu lui pardonner quand ta mère sera exécutée de sa main? » Droites, ses pupilles brunes percent les siennes. Dans cette pièce, comme partout sur la territoire de l’Orage : nul place place pour l’artifice. Evidemment, la soeur ne remettait pas en cause sa loyauté. Elle la savait à toute épreuve, si ce n’était bien plus encore. La seule preuve de ses précédents mots le montrait. C’était seulement sa manière abrupte de lui demander si il supporterait le jugement qui arrivait. Kyra allait mourir, folles étaient les Maisons qui ne lèveraient par leurs épées en cette faveur. Jasper… c’était une autre affaire. Ces dernières nuits, Boremund était venu hanter ses rêves. De ses grands yeux bleus, ceux de l’enfance, ceux des Reyne, il semblait la supplier -quoique la supplique lui reste voilée, et incompréhensible. A lui aussi son sort était décidé, cet enfant ne serait pas influencé par un parjure de père. Toujours, autrement, il se sentirait en retrait et écarté de ses cousins. Cela ne pouvait être. Les sentiments autrefois mitigés pour ce fils se dissipaient, une main maternelle se tendait vers lui. « Lui pardonner, encore, quoiqu’il advienne de Jasper? » Ses yeux brillent un peu plus, encore. Déjà fertile, l’Orage le serait bien plus ! Ses entrailles allaient se nourrir de royales charognes, et les vers repus de tant d’infime gloire. Malgré la chaleur, le cri heureux des mouettes et les chants des oiseaux du Sud : la Biche pouvait voir ce spectacle se confondre dans la pièce. Or, la dague n’était pas encore assez aiguisée. Tandis qu’elle se recule dans l’ombre, ses pieds nus râpent la dalle. Nul place pour l’artifice, nul place pour le mensonge ! « Et moi... pour avoir demandé à ma soeur, une Trant, de venir me rejoindre ici? »

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Sam 5 Mai 2018 - 0:49

Edric sentit, soudain, la main de Rohanna dans la sienne, et cela lui fit du bien. Un geste de soutien, d'amitié, de tendresse peut-être. Depuis quand une femme, une sœur ne l'avait-elle pas touché ? Une mère ? Edric serra doucement la pulpe de sa paume, puis la laissa fuir. De Rohanna, il n'avait pas été proche dans cette épreuve féminine, politique, terrible, il n'avait pas osé. Il n'avait pas osé braver les ordres du Cerf, l'intimité de la Biche, les conseils du Mestre ; il n'avait pas osé s'imposer comme auprès d'Oriane, sa sœur de sang ; il avait pris le parti de Robb. Pourtant la Biche avait pris le temps de venir lui dire au revoir, là où son frère ne pensait sans doute qu'à se débarrasser de lui. La Biche l'empêchait de se dénigrer. La Biche avait renoncé à les abandonner. Elle avait fait le premier pas vers le Cerf. Qui était-il pour douter de sa force de mère ? Qui était-il pour lui reprocher les choix qu'elle avait envisagés ? Rohanna était traversée par ses propres doutes. Ses pertes, réelles plutôt que redoutées ; et elle gardait haute l'encolure, plutôt que de courber l'échine vers ce petit navire qui devait l'emporter. Edric prit cette leçon silencieuse. Il avait toujours supposé qu'une femme était plus forte que n'importe lequel guerrier. Rohanna n'était pas n'importe quelle femme, et elle venait d'en faire l'exemple.

Une femme, mais peut-être d'abord, une épouse. Plus loyale à son époux qu'Edric ne pouvait l'être à son frère, désormais.
- Il a besoin de nous… Il a besoin de nous bien plus qu’il ne l’avouera jamais.
Edric perdit son sourire et la mémoire des doigts de Rohanna. Il le savait, mais il ne voulait pas y penser. Robb n'avait qu'à l'avouer, justement. Robb n'avait qu'à montrer l'humanité qui lui restait, par les Sept, il n'avait qu'à faire comme sa femme et lui prendre la main ! Robb ne lui donnait rien, et il n'y avait sans doute que sa femme désormais, pour percer sa carapace. Robb ne lui donnait rien, alors, comment Edric pouvait-il lui rendre tout ce qu'il exigeait ? Abandonner sa fille et sa femme, emporter sa belle-sœur et laisser mourir sa mère. Edric avait davantage besoin d'un ennemi que d'un frère, si ce frère exigeait tant. Un ennemi qu'il puisse blâmer pour les malheurs qui l'accablaient. Peut-être que Jorah ne suffisait plus. Peut-être qu'Edric avait besoin de Robb, aussi, pour que ces malheurs ne l'écrasent pas tout à fait, pour porter avec lui le poids de la culpabilité ; pour ne pas sombrer dans le dégoût de lui-même comme il se serait jeté du haut de cette fenêtre. Aspiré par le vide.

Alors Edric garda les lèvres serrées. Si Rohanna espérait une déclaration de loyauté, comme la Reine avant elle, elle serait bien déçue. Edric ne donnerait rien de plus à Robb que ce qu'il lui ordonnait de faire, parce que Robb ne lui donnait rien, parce que Robb ne se comportait plus comme un frère, comme un fils – comme un époux – véritable. Edric regarda, silencieux, les doigts de Rohanna tambouriner la pierre. Ses mots le tambourinèrent.
- Et toi Edric ? Pourras-tu lui pardonner quand ta mère sera exécutée de sa main ?
La Biche n'est plus perdue à la fenêtre : elle lui fait face, elle le regarde sans détour. Si elle avait des cornes, elle l'encornerait. Mais elle n'a pas besoin : Edric saigne déjà. Il ne peut pas cacher ses yeux, il n'en a pas envie : il la regarde avec la fureur d'un animal blessé. Même, la haine, pour cette sœur qui n'est qu'une épouse, qui s'approche avec douceur puis lui piétine le cœur. Rohanna aussi était son ennemie. Edric ne supportait pas sa mère morte dans la bouche ennemie. Il n'y avait qu'une Trant pour se réjouir ainsi de la mort d'une Baratheon. Pourtant Edric nia violemment.

- Je me moque de ta sœur, lâcha-t-il.
Que les Trant soient les paria de l'Orage, ce n'était que justice après ce qu'ils avaient fait à Tess. Jadis Edric avait déploré, après qu'il l'eut acceptée, que Rohanna soit coupée des siens. Mais il n'avait pas protesté. Rohanna trouvait en eux une nouvelle famille, n'y gagnait-elle pas ? Edric lui avait donné son amitié, sa loyauté, et il s'était senti trahi quand la rumeur avait circulé que l'épouse de la Main allait retourner chez les siens. Les siens, c'étaient les Cerfs ! Mais aujourd'hui... aujourd'hui les Trant étaient le cadet de ses soucis. De Victory Trant, Edric ne savait pas grand chose et ne s'y intéressait guère. Si Robb acceptait Victory aux côtés de Rohanna, tant mieux pour elle ; pourquoi lui, Edric Baratheon, aurait-il dû s'en réjouir ou s'en inquiéter ? Comparer cette arrivée avec la mise à mort de sa mère et la sanction de son frère était une insulte et montrait à quel point la Biche en faisait peu de cas.
- Qu'elle vienne ! Peu importent les Trant. Nous n'avons plus besoin d'eux pour nous détruire.

Edric ravala les larmes brûlantes qui lui venaient. Il s'était déjà humilié devant Robb ; cela suffisait. Il fit le froid dans son cœur trop chaud, et dit :
- C'est donc pour ça que tu es venue ? Pour t'assurer de ma loyauté ? Mais qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?! Que j'exécute ma mère moi-même ?!
Ces mots ne servaient qu'à frapper, car Edric savait qu'au contraire, Robb voulait l'éloigner. Et il s'éloignait sur La Fureur des Flots.
Dos à la fenêtre, les mains serrées sur la traverse, Edric confrontait Rohanna. Ah, elle voulait de la sincérité ? Il allait lui en donner, et peu importe ce qu'elle pourrait répéter !
- La réponse est non, je ne lui pardonnerai pas. Mais il s'en fout. Robb l'a dit lui-même, mon père avant lui, alors c'est que ce doit être vrai ! « La loyauté n'est pas l'amour ». Alors Robb se fout de mon pardon, il se fout de mon amitié. Il n'a pas besoin de son frère, tant qu'il a son vassal, et son héritier. Car son héritier, c'est ce que je suis désormais, n'est-ce pas ?

Ces paroles étaient cruelles, et Edric les regretta. Mais il devait s'arracher Rohanna du cœur comme Robb s'en était lui-même arraché. Cela serait sans doute moins douloureux si la Biche s'en chargeait, suite aux cruautés qu'il prononçait ; ces cruautés qui faisaient du bien, à lui le Cerf qui avait l'habitude de tout garder en dedans, dans son cœur trop grand qui depuis quatorze jours, s'était rétracté de moitié. Alors il acheva :
- J'imagine que toi aussi, tu penses que ma mère ne mérite que ça. Douce revanche n'est-il pas ? As-tu plaidé pour la pendaison, à la manière de ta maison ?
Et si ses paroles étaient violentes, elles l'étaient toujours moins que le sort que Robb réservait à Kyra. Avec la bénédiction, sans doute, de Rohanna. Edric n'avait même plus l'espoir que la Biche démentisse.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Dim 5 Aoû 2018 - 0:12




Et, à ceux qui nous ont offensés...




« « Je me moque de ta sœur », placides sont les mots. Un premier coup qu’elle reçoit sans émotion aucune. Cette vérité placide elle ne la connaissait déjà que trop. Les siens étaient peut-être des Orageois descendant des Premiers Hommes, héritiers de leurs qualités légendaires, mais leur noblesse était depuis longtemps trop basse. Mécréante. Le grand royaume Durrandon n’existait plus depuis fort longtemps, leurs terres non plus. Les Trant avaient payé le prix fort de ces pertes de territoire. Plus, les calomnies de son père faisaient planer sur leurs terres une noirceur immortelle. « Qu'elle vienne ! Peu importent les Trant. Nous n'avons plus besoin d'eux pour nous détruire. » Les yeux du cerf sont injectés de vents salés. Une tempête rage en lui. Sourde et grondante à l’instar de la baie des Naufragés. Elle vient précipitamment s’installer dans la pièce. Rohanna baisse sa tête, sa longue nuque s’enroulant dans sa peine meurtri. Au loin, les cris des oiseaux résonnent encore. Ils apparaissent désormais stridents, oracles de grands malheurs à venir. Dans l’été étouffant, la Biche frissonne. Pas lui, lui ne pouvait se retourner contre elle et éprouver cette fureur à son égard. Elle était morte, enterrée des années auparavant dans les cuisines d’Accalmie. « C'est donc pour ça que tu es venue? Pour t'assurer de ma loyauté? Mais qu'est-ce qu'il vous faut de plus? ! Que j'exécute ma mère moi-même? ! » Si elle écoutait mieux, elle entendrait le désespoir dans sa voix, l’appel à l’aide et l’angoisse de l’homme… mais elle ne reçoit que le mépris. Elle frissonne encore, le regard au sol. Elle ne veut pas l’affronter, elle s’y refuse et se rend à sa merci. « La réponse est non, je ne lui pardonnerai pas. Mais il s'en fout. Robb l'a dit lui-même, mon père avant lui, alors c'est que ce doit être vrai ! « La loyauté n'est pas l'amour ». Alors Robb se fout de mon pardon, il se fout de mon amitié. Il n'a pas besoin de son frère, tant qu'il a son vassal, et son héritier. Car son héritier, c'est ce que je suis désormais, n'est-ce pas? » Elle recule, de quelques pas. Ses yeux cliquent, ses oreilles se closent. En venant ici, en sœur et en amie, dans le confort de ces murs, elle ne s’était pas attendue à cette avalanche. Ses lèvres se serrent, leur couleur carmin disparait. Elle avait promis à Robart de ne former plus qu’un avec lui et ce serment commençait maintenant. Assaillis de tous cotés, affaiblis par l’ombre et le sang, ils devaient se montrer forts et unis. Ce ne serait pas une mascarade. Il pouvait bien déchainer les vents vengeurs des dieux de la mer sur elle ; elle était de cette terre et pouvait tout autant se montrer implacable. A l’imprévisible, la grâce de sa douceur pouvait s’effacer. Inspirant avec difficulté, agitée, elle se décide à affronter son regard. Il la regarde comme avant : avec les yeux de Kyra, de Jasper et de tous les autres nobles. Un dédain bien vécu. 


« En doutes-tu encore? » Sa voix est basse, elle n’avait jamais su la maintenir forte et haute comme les autres. Toujours elle venait se briser à un moment. La colère, la fureur ou autres sentiments l’emportait, à chaque fois. Ce n’était rien, elle n’avait pas besoin de crier pour se faire entendre. Elle était l’épouse de la Main du Roi, ancienne Régente d’Accalmie, et pour les Baratheon et les Targaryen elle avait sacrifié deux vies : elle était aguerrie. Parce que trop longtemps elle en avait douté, les autres aussi. Terminé. À coup de pierre, à coup de lances, tous avaient tué l’ancienne Rohanna. Soit. « Quoiqu’après tout… peut-être n’y a-t-il pas d’amour. Ni pour lui, ni pour toi. » Il y en avait seulement pour son égo de princesse du Roc, car même Jasper ne devait être qu’une pièce dans ses manigances. Autre pièce sacrifiée sur l’échiquier du pouvoir. Décidément. Il y en aurait d’autres et il ne faudrait pas attendre la prochaine Lune pour cela. De ceux-là, ils ne feraient pas partis. « J'imagine que toi aussi, tu penses que ma mère ne mérite que ça. Douce revanche n'est-il pas? As-tu plaidé pour la pendaison, à la manière de ta maison? » Un coup difficile à recevoir, quel était cet homme devant elle? Un instant elle serre les poings, ces parés étaient bas. Sa mesquinerie fonctionnait pourtant, la Biche était blessée dans sa dignité. Entre sa mâchoire serrée et contractée, elle siffle : « ASSEZ. » Ses pupilles sont dilatées, elles répondent avec hargne à leurs interlocutrices. Elle se recule encore, le toisant de sa hauteur longiligne. La solitude d’Edric était sa réclusion. Il était le frère aimant, jovial et loyal… loyal… et personne n’avait jamais réalisé qu’il pouvait aspirer à plus. Rohanna l’avait fait. Il était facile, aisé même, de ne pas voir qu’il pouvait être écrasé par ses frères, prisonnier de leurs ombres. Celle du Suzerain, fils prodigue du Héro et Jasper le fils tant protégé de la mère lionne, père d’un fils vif et époux d’une riche ouestérienne. Seul, sans épouse officielle. L’officieuse lointaine. Et, enfin, le secret terrible de cette enfant confisquée par l’hybris des hommes. Une enfant dont Accalmie n’avait rien à faire. Une enfant qui dérangeait même — notamment Kyra. Elle lui avait tendu sa main et maintenant il la fouettait avec. « La Justice de notre peuple répondra pour Kyra. » Notre mère n’existait plus. Notre mère n’était que pour Robb, parce que cette idée savait apaiser ses cauchemars et ses doutes. Or, hors de la chambre nuptiale les incertitudes n’existaient pas. Au parjure et à la traitrise, seules, la justice et la mort attendaient Kyra Lannister. Edric ne pouvait ne pas se soumettre à cette idée. L’équité de l’Orage était impassible. Son sang d’or ne la sauverait pas, pas cette fois. Elle avait joué et elle avait perdu. C’était un mauvais lancé de dé comme il en arrivait tant. Si Edric ne pouvait le voir encore, il le verrait bientôt. « Les Maisons décideront de son sort. » Toujours aussi basse, sa voix est empreinte d’une violence contenue. Oui, elle avait ardemment souhaité sentir le cou de la lionne se craquer sous une corde qu’elle aurait tiré de ses propres mains. À quoi bon le nier? La haine assoiffée de ne serait pas nourrie par ces pensées ceci étant dit. « Ne fais pas l’erreur de croire que ceci n’est pas un fardeau pour ton frère, c’est son rôle de Suzerain qui l’exigera. Aussi, quand il l’exécutera, cela ne sera pas un matricide. » 


Elle ne le regarde plus, elle se détourne de lui et de ses yeux rouges. D’une lenteur peu commune, Rohanna déambule dans la pièce. Un pas après l’autre semble une éternité. Son cœur bas la chamade, elle ne veut pas le perdre. Se batailler ne serait pas le seul moyen d’expression dans la famille des Baratheon. Les rires ne feraient pas place aux larmes et aux aménités. « Qui es-tu pour te soustraire à la Justice? Toi qui oublie que tu n’es pas son héritier, mais bien celui de Théodan Baratheon. Depuis ton premier jour tu l’as été. Souviens-t-en… car je ne serai pas toujours là pour te le rappeler. » mais ces dernières paroles demeurent mortes. La différence était majeure et Edric devrait la comprendre. Autant que Robb, en son sang coulait le sang du dragon, des Durrandon et du dieu de la Mer et du Vent : il était temps d’en comprendre les responsabilités. Devait-elle revenir sur le fait qu’elle n’avait pas voulu perdre ses fils? Ses pupilles brunes coulent vers lui et le toisent avec dureté. À ce titre, ses humeurs et ses états-d’âmes n’avaient aucune valeur. Elles n’avaient pas droit d’être, pas en public. Et s’il avait trouvé son aîné insensible c’est qu’il n’était pas prêt à endosser son futur rôle. Là encore la faute de son propre père qui ne l’avait pas assez préparé, probablement. Robart n’y était pour rien. « Le monde n’est jamais un principe d’absolu Edric, mais les conclusions hâtives et déplacées toujours. » Son sourcil tremble, elle aimerait le pousser contre la pierre et lui administrer une gifle cinglante. Oh elle se donnerait cette force ! À la place, elle se déplace de l’autre côté de la table d’ébène. Des mètres les séparent et les mains sur les coins de la tablée princière, elle le confronte. « Tu as raison sur une chose cependant… désormais tu redeviens le premier héritier. Tu me dévisages comme une félonne, alors je t’en prie prends ton rôle à cœur, pour une fois, et dis-moi que ferais-tu pour cette mère qui, utilisant des vies innocentes, a souhaité te destituer? Et que ferais-tu de ces vies sacrifiées sur l’autel du pouvoir, celles de Jasper et sa famille? »

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Dim 5 Aoû 2018 - 20:58

La Biche baissa les yeux, et recula, les lèvres pâles. Une part d'Edric regretta, mais il la repoussa durement. Rohanna a été mortellement éprouvée, lui disait une voix. Rohanna s'est relevée au côté de Robb, lui disait l'autre. Plus forte ? Quoiqu'il en soit, son moment de faiblesse ne dura pas. La Biche cessa de fuir et ne démentit rien. Ni la raison de sa visite ; ni le cynisme de Robb, qu'elle confirma au contraire ; ni que le cadet des Baratheon était désormais héritier. Et Edric eut pu s'émouvoir de la nouvelle tragique que ce silence portait, si Rohanna n'avait nié l'amour qu'un jour, sinon aujourd'hui, la Lionne avait porté à ses garçons. Comment osait-elle ?! La fureur du Cerf s'enflamma, tempérée par le sifflement de Rohanna.

- Assez !

La Biche avait beau reculer, elle était l'autorité, elle était celle qu'Edric avait appris à considérer comme sa Suzeraine. Un duel de regards les unit et le Cerf ne céda qu'à moitié, comme à moitié devant Robb il avait cédé, s'exécutant sans fournir les garanties de son obéissance future. Un jour ce serait "assez" pour lui aussi. Et ce jour s'approchait dangereusement, car pour Edric, la loyauté était l'amour, et l'amour était rudoyé. "Peut-être n'y a-t-il pas d'amour", avait dit Rohanna. Peut-être n'y en aurait-il plus une fois qu'on l'aurait forcé, sous prétexte de loyauté, à des actes contre-nature : enlever sa soeur par alliance, abandonner sa fille et sa femme au hasard de la guerre, tuer sa mère, ou la laisser tuer, ce qui pour Edric revenait presque au même.

Le Cerf souffrit les paroles condescendantes de sa Suzeraine, debout, droit, dos à la mer, les doigts enfoncés dans ses avant-bras, immobile tandis que la Biche déambulait, mettant entre eux cette table noire comme si elle le recevait en audience seigneuriale. Le Cerf les toléra mal. Depuis longtemps, Rohanna ne lui avait paru si déplacée dans ce rôle. Était-ce un rôle qu'elle jouait, ou pensait-elle l'instruire sincèrement ? Clairement, la Biche n'était pas venue en amie comme il l'avait cru d'abord ; elle était d'abord l'épouse de la Main, sa Suzeraine, il ne pouvait plus l'oublier. La première, Edric l'eut accueillie à bras ouverts ; de l'épouse, il ne voulait pas, plus même de la Suzeraine. A cet instant, le Cerf ne la respectait plus comme telle, et ce respect, malgré ses poses altières, Rohanna n'avait pas le corps qu'il fallait pour le lui imposer. Alors celui d'Edric se relâcha, et il lui rit au nez.

- Ce que je ferais ? Est-ce une vraie question ou juste de jolies phrases pour me faire sentir qu'il n'y a pas d'autres manières que celles du Seigneur Ton Époux pour s'en démêler ? Je dis "manières", mais j'entends "matricide", oui, tu as dit le mot. C'est un matricide et je ne suis pas aussi naïf que toi pour croire en la justice des Hommes, une justice qui m'apparaît bien expéditive, car si j'entends beaucoup parler de châtiment, j'entends moins parler de preuves, à moins bien sûr, que sa Seigneurie n'ait pas daigné les partager avec moi, il est tellement plus commode de m'envoyer voguer par ci par là chercher Freyja, Freyja Stark, tiens ! à propos d'accusations expéditives...

Le Cerf s'arrêta avant que l'insolence devienne trahison. Son frère de l'avait-il pas accusé de prendre le parti des Loups ?

- Mais je vais répondre à ta question, si c'en est une : ce que je ferais ? Cette mère, je la punirai, mais je ne la décapiterai pas, je ne le pendrai pas. Je l'exilerai, car moi, si j'étais l'homme le plus puissant du Royaume, je n'aurais pas peur des manigances d'une seule femme que j'aurais tous les moyens de mettre sous étroite surveillance. Ainsi, je n'aurai pas besoin de ma femme pour me convaincre que mes mains ne goutent pas du sang du matricide. Ce fardeau criminel, Robb se l'impose à lui-même, comme il s'impose tout le reste. Ensuite, pour Jasper et pour sa famille, dont j'ignorais qu'elle soit incriminée jusqu'ici ; si aucune preuve n'est trouvée contre lui, s'il s'agit bien comme tu dis, de "vies innocentes", alors la question ne se pose pas : je ne ferai rien et je les laisserai vivre tranquilles.

Le Cerf aurait dû s'arrêter encore, mais entraîné par sa charge, ne s'y résolut pas.

- Mais ce que je ferais d'abord ? Je me demanderai quelle est ma vraie famille, quelle est ma place et pourquoi j'ai laissé cette place qui aujourd'hui se trouve menacée, à celle qui était la moins armée, la moins acceptée pour l'occuper, et ce aux dépens de tous, à commencer par celle-ci.
Car si Edric reconnaissait depuis des années que Rohanna faisait du bon travail, et la soutenait en ce sens, force était de constater que cela s'était fait dans la douleur, force était de voir les fruits noirs que cette douleur avait engendrés. Le Cerf rit, sans joie, avec une rancoeur mal dissimulée :
- Alors, vous êtes bien mignons Robb et toi, de me rappeler aujourd'hui que je suis l'héritier. Je suis l'héritier quand vous n'avez plus personne d'autre. L'héritier de l'Orage ! L'héritier de Theodan ! Dis-moi Rohanna, toi qui juges bon de me rappeler que je suis le fils de mon père... Theodan aurait-il abandonné sa Terre pour gouverner les Royaumes ? En laissant la régence à sa femme, Kyra Lannister ?

En vérité, Edric l'ignorait. Il connaissait son père aussi mal qu'il connaissait son frère.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   

Revenir en haut Aller en bas
 

Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» On aime ceux qui nous font du mal. | Gabriel
» Défi chasseur: nous chassons ceux qui nous chassent
» Yselia - "Il y a toujours quelque chose de ridicule dans les émotions de ceux que nous avons cesser d'aimer" - Oscar Wilde
» JAMIE-HOPE ♣ Il y a un adage qui dit qu’on fait toujours du mal à ceux qu’on aime mais il oublie de dire qu’on aime ceux qui nous font du mal.
» Jessie - Il y a un adage qui dit qu’on fait toujours du mal à ceux qu’on aime mais il oublie de dire qu’on aime ceux qui nous font du mal.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
After the Conquest :: 

The seven kingdoms

 :: Terres de la Couronne :: Port-Réal
-