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 Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Dim 25 Mar 2018 - 18:30




Et, à ceux qui nous ont offensés...




Son index frôle cette marque sur sa joue. Epaisse comme la bordure du coussin sur lequel elle a reposé sa tête pendant des heures. Suite à cette heureuse nuit, quelques jours plus tôt, Robart était revenu vivre à la Tour. Sa juste place. A part eux deux, et cette chambrière nocturne, personne ne savait réellement comment tout cela s’était joué : un matin, il était revenu. Depuis ce moment précis, vainqueur à bien des égards, on pouvait observer un certain changement dans l’attitude de son épouse. Fidèle à elle-même, à son caractère peu commun parmi ses nobles comparses, son front présentait néanmoins des efforts visible à paraître à la Cour comme intouchée. En acceptant de ne pas briser les sacrements de son mariage, cette union bénie des Sept, choisie par un héros de la Grande Guerre, Rohanna Baratheon avait décidé de quitter ce ténébreux labyrinthe dans lequel elle s’était retrouvé. Parce qu’elle savait à quel point elle pouvait s’y perdre, ô combien elle s’y était perdue des années plus tôt, elle avait décidé de ne plus chercher une vaine sortie. Aucun parcours ne lui serait salutaire, elle seule en avait le pouvoir. Et ce pouvoir elle avait bien l’intention de l’utiliser. Ces derniers jours, on pouvait la voir rétablie au bras du Régent. Un spectacle qu’ils offraient à tous ceux qui avaient souhaité voir le pouvoir des Baratheon affaibli, dans le silence de leurs coeurs tout était bien différent. La longue conversation qu’ils avaient eu était entre eux comme un secret intrinsèque. La Dame d’Accalmie, martyre de cette ère nouvelle, recouvrait ses forces rapidement. Du moins plus rapidement qu’elle ne l’avait fait jusque là, prise dans le doute et la tourmente. Son nouveau physique, maigre et anguleux, avait été mis à profit pour lui forger une nouvelle apparence. Et si elle n’avait jamais eu la coquetterie des autres, elle avait appris et retenue la leçon d’Alérie. La création d’une aura, d’un culte personnel était en marche. Passementeries et broderies avaient été inventé pour conter la complexité de son histoire, et, désormais, étaient discrètement cousues dans ses corsages et ses manches extravagantes. La Biche Pendue n’avait pas demandé que la malheur la frappe, mais elle était bien déterminée à tourner cette situation à son avantage. Pour la Couronne, trop longtemps elle était apparue comme une épouse chétive et effacée, il ne serait plus. Son ongle s’enfonce doucement dans la crevasse de la marque. Il ne serait plus. Elle était le pendant de Robb et un jour le tout Westeros le comprendrait.



Au loin, mouettes et goélands laissent percer leurs cris. Dans quelques heures, la marée serait haute et un navire de l’Orage partirait pour l’horizon. Assise devant son miroir, elle pourrait presque l’entendre, cet équipage orageois, avec son accent chantant bien particulier. Une part d’elle aimerait pouvoir s’enfuir sur ce bâtiment car, malgré tous les efforts ployés, elle détestait toujours autant cet endroit. Un endroit qui sans Edric serait encore plus morne. Comment en étaient-ils venus à être ce frère et cette soeur à l’amour tendre? Elle n’aurait su réellement le dire, mais l’héritier d’Accalmie était devenu indispensable à ses journées. Parfois il lui rappelait le propre jumeau qu’elle avait perdu pour pouvoir jouir de tous ces biens, mais elle savait que là n’était pas la seule raison. Tout comme avec Oswell, il y avait autre chose. Cette chose innomée qui permettait à un homme et à une femme de ne concevoir aucun désir pour l’opposé. Peu de femme, probablement, pouvaient se targuer de cultiver ce genre de liens bienheureux, et l’heureuse élue l’expliquait en se disant qu’elle avait longtemps été plus masculine que la plupart d’entres elles. Oui, en cet après-midi que ne donnerait-elle pour l’accompagner sur les flots du Détroit ! ah, respirer cet air vivifiant du large ! Or, ce sordide voyage il devait l’accomplir seulement accompagné de Lord Tyvaros. Heureusement, ce terrible climat avait le mérite de lui enlever toutes angoisses d’une quelconque tempête. Si les vents étaient favorables, il se pourrait même qu’Edric revienne avec la petite Stark plus tôt que prévu. Baillant une dernière fois, évacuant les derniers soupirs de sa sieste réparatrice, Rohanna arrange sa coiffure. D’une main plus habile qu’elle ne l’aurait cru, elle replace quelques mèches derrière son peigne d’ivoire. En l’antre de la Tour, bien gardée des regards indiscrets, nulle parade pour la Biche. Aux moeurs de l’Orage, peu friand des règles et usages de la Cour, elle y restait naturelle et loin des artifices du Donjon-Rouge. Entre ces murs, tous étaient fidèles à vérité de leurs âmes. Les traces des précédents habitants, Lord et Lady Piète, avaient complètement disparu. Ce n’était pas seulement les armoiries qui avaient changées, ni les funestes couleurs des Bieffois, mais, tant la quiétude de la Tour rappelait Accalmie, jusqu’à leur passage. Qu’un Oragois franchisse le seuil et il aurait eu l’impression d’être retourné chez lui, en l’espace d’un quart de seconde. Se souriant une dernière fois, confiante des jours à venir, Rohanna quitte la chambre seigneuriale pour rejoindre celle d’Edric. 


***



La porte est ouverte, mais elle toque quelques coups pour annoncer son arrivée. Son frère est de dos, elle l’envie de lui faire quelques frayeurs nait trop tard en son esprit. Preuve qu’elle n’a pas encore retrouvé toutes ses forces, autrement cet esprit y aurait pensé quand elle montait les escaliers. Depuis son arrivée, c’était la première fois qu’elle venait dans cette chambre. Elle était aussi spacieuse que celle de la Main, mais moins richement décorée. Un trait qui correspondait bien à cet homme, plus discret et moins vaniteux que son aîné. Peut-être était-ce aussi la preuve silencieuse qu’il ne resterait pas éternellement auprès d’eux, qu’un matin prochain il chevaucherait vers ses terres. Le climat dans l’Orage était loin d’appeler à la paix, et, qui sait combien de temps, sans l’aide d’un Cerf de confiance, Aglahad pourrait tenir les rennes de leur région. Pour l’étendue de ce monde, ils étaient étrangement solitaires…

Pieds nus, elle s’avance vers la baie où il se tient. De là, on peut embrasser une superbe vue de la Néra. Cet éden de la nature avait su inspirer parmi les plus beaux poèmes à certains troubadours des grands chemins, mais pour un Baratheon la vision était trop calme. Les eaux étaient limpides, verdoyantes et transparentes, si pures qu’on pouvait parfois y voir dans les profondeurs. Chez eux, où la mer était déchainée, voire possédée par un esprit assassin, il était rare de pouvoir admirer une telle clémence des eaux. A bien y réfléchir, elle ne croyait ne jamais avoir eu cette chance là. Et pourtant… cet éden n’était rien. Il lui était presque fade, mesquin comme s’il souhaitait endormir le plus vaillant des hommes pour mieux lui enfoncer une dague sous la gorge. Son regard se pose sur le navire qui partira dans quelques heures. Vu de cette hauteur, il semble si petit et vulnérable que, si ses couleurs n’étaient pas déjà hissées, on ne pourrait croire qu’il va voguer pour une mission hautement diplomatique. « Eh bien mon frère, si tu croyais y échapper, il semble que je serai toujours là pour t'embêter à ton retour… » Son regard reste sur le navire lointain, un sourire de connivence jouant sur ses lèvres. Si elle était bien certaine qu’une personne ici n’avait pas voulu la voir partir, c’était Edric. Les mauvais esprits diraient que c’était pour assurer qu’un jour le trône de ses ancêtres lui reviennent, mais c’étaient les même qui murmuraient sur son passage que son entrejambe était habité par la malédiction des Trant. Parfois égoïste de sa position, Rohanna ne s’était jamais réellement demandée ce que cela pouvait faire d’être le frère cadet d’un homme tel que Robb. Jasper n’avait pas su s’y faire, mais pour Edric c’était différent… En apparence, il était le parfait second né, en tous points. Il était évident que les choses étaient plus délicates, plus tourmentées, plus colériques. L’idée de le savoir bientôt confronté à la soeur de son épouse, bientôt otage par leur volonté, n’était probablement pas pour rendre les choses plus faciles. Or ça, le monde l’ignorait. Au coeur de ce secret, à Port-Réal, ils étaient peu nombreux. Ces dernières semaines avaient été tellement difficiles, dangereuses et portées par la tristesse qu’elle ne sait quoi ajouter sans appeler au pathos de leurs situations. Pendant ce temps, son sourire reste sur ces lèvres comme un apaisement sincère. « Un jour ce sera elles que tu iras chercher... »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Lun 2 Avr 2018 - 17:46

Par la fenêtre de sa chambre, Edric regardait la mer qui bientôt allait l'emporter. Il avait hâte de partir du Donjon, autant qu'il redoutait le voyage vers Goëville. Naviguer vers le Val sur un navire orageois, la chose aurait pu paraître idéale, s'il n'y avait eu, au terme du voyage, la captivité de Freyja. Comme il avait imaginé celui de Cathan, des milliers de fois, le Cerf tentait d'imaginer le visage de Freyja ; et lorsqu'il l'eut composé, délicat comme ce nom qu'on donnait à la Louve, il le vit se tordre de mépris. Sa belle-soeur le mépriserait, c'était certain. Il était l'ennemi, il était celui qui venait l'arracher à cette terre d'adoption qu'une première fois, Freyja n'avait pas choisie. Il était celui qui avait déshonoré, abandonné et trahi Ashara. Ces derniers jours, le Cerf n'arrivait plus à se voiler la face ; il voyait ce qu'il avait fait, ce qu'il n'avait pas fait, et il essayait d'encore espérer. Tout n'était peut-être pas perdu. La guerre n'était pas encore là, même si elle se préparait. Robb la voulait - Edric le comprenait - en tant que Gouverneur des Royaumes et père endeuillé. Rhaenys ne la voulait pas. Edric ne la voulait pas, mais il était prêt à la faire, si Jorah ne cédait pas, si la culpabilité du Nord était prouvée ; pour Rohanna.

Rohanna, il la regarda entrer, se détournant de l'horizon volontiers, avec sa silhouette si fine et ses pieds nus. Vêtue avec une simplicité élégante, comme à Accalmie. Familière, pas comme la femme qui paradait depuis quelques jours au bras de Robart Baratheon, si altière qu'Edric ne la reconnaissait pas - et pourtant en était fier. Rohanna l'indomptée renaissait de ses cendres, marquée dans sa chair consumée et pourtant sublimée, comme une veuve retrouve sa première jeunesse - et cela lui faisait penser à la renaissance de Tess. Rohanna s'était relevée plus vite que la première fois de cette épreuve pourtant plus cruelle, si l'on pouvait comparer les deuils ; sans doute parce que ça n'était pas sa faute, cette fois, que la perte des jumeaux était un assassinat. La même haine que Robb l'animait-elle ? Etait-ce la haine qui la tenait debout, alors qu'une dizaine de jours plus tôt, la Biche ne pouvait pas quitter son lit ? Etait-ce au contraire le retour de Robb dans ce lit, l'amour qui l'avait ranimée ? Nulle trace de haine sur le visage amaigri de Rohanna : un sourire et une plaisanterie. Edric sourit pour saluer sa venue, mais il ne rit pas ; même écarté, le départ de Rohanna ne le réjouissait pas.

- La Fureur des Flots, dit le Cerf en pointant du doigt, loin en contrebas, le bateau minuscule qui allait l'emporter.
Et il rit, cette fois, parce que vu d'ici le puissant navire avait la taille d'une noix ; et parce que le nom du navire était si mal choisi... Edric rit, mais sans joie, comme s'il n'avait pas entendu le murmure de Rohanna, alors que ses paroles travaillaient en lui. Le Cerf resta silencieux pendant un moment, regardant s'affairer les fourmis qui étaient des hommes mais les Sept se moquaient bien des fourmis. Il semblait ne pas voir Rohanna ; pourtant, en présence d'aucune autre Edric n'aurait laissé ces mots lui échapper.
- Et pourquoi n'y vais-je pas maintenant, Rohanna ? Pourquoi pas ?
C'était complètement absurde. Il allait chercher Freyja. Il allait chercher la soeur de sa bien-aimée, qui grelottait à Winterfell depuis un an de paix.
- Que vaut un Cerf qui n'écoute pas son coeur ?
Voici la faible estime dans laquelle il se tenait.

Mais il n'était pas là pour se lamenter, surtout pas devant Rohanna. Le Cerf reconstruit son sourire et ses yeux retrouvèrent un peu le lumière lorsqu'il lui murmura :
- Je suis heureux que Robb l'ai fait.
Après la fausse indifférence, après cette séparation inexplicable, Robb était retourné dans les bras de Rohanna, et Edric en était soulagé. Pour Robb, pour Rohanna et aussi pour lui.
- Je devrais sans doute te dire qu'il ne faut pas perdre espoir, dit-il, ignorant si la Biche espérait encore une maternité, ignorant si la chose était encore possible après son corps empoisonné.
Mais l'espoir, Edric peinait à le trouver. Il avait l'impression de s'être menti depuis des années. Avait-il menti à Rohanna lorsqu'il lui avait dit : les Cerfs n'abandonnent pas ? Robb n'abandonnait pas, jamais, même quand les siens retournaient les bois contre lui. Mais Rohanna... celle qu'on appelait Biche, celle qu'il croyait Biche avait failli les abandonner.
- Si tu étais partie... je ne t'aurais pas pardonnée... souffla-t-il sans la regarder, car il se savait ingrat, mais tout lui glissait entre les doigts ; ceux qu'il aimait disparaissaient, sans qu'il puisse les retenir ni même essayer ; et Edric n'avait pas le coeur à en plaisanter.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Sam 14 Avr 2018 - 0:30




Et, à ceux qui nous ont offensés...




« La Fureur des Flots », il rit doucement. Sans joie aucune, mais il rit. La Biche, le regard sur la ligne azurée de l’horizon, est imperturbable. Une partie d’elle souhaitait ardemment pouvoir accueillir la Louve et sa fille, avec chaleur et piété familiale. A elles deux elle montrerait un dévouement qu’alors personne ne lui avait montré. Oui, pour la soeur du renégat elle aurait bontés fraternelles. Du moins, c’est ce qu’une partie d’elle souhaitait. Une autre, ne pouvait oublier les enjeux liés. Intrinsèques. Dévorants. Jaloux. Sanguinaires. Un jour, ce serait elles qu’Edric irait chercher. Pourquoi avait-il attendu si longtemps? Pour les damnés qu’ils étaient, les Dieux étaient peu miséricordieux. Les mois étaient passés vite, trop vite. La terre s’était asséchée et qu’avaient-ils fait? Peu. Les torrents et les rivières avaient fuis, avec eux l’ombre menaçante de Kyra. Bientôt, tout cela serait oublié. Et lui, le fils cadet, n’aurait plus à tempérer les femmes d’Accalmie, jouer ce rôle qu’elles n’avaient eu de cesse de lui imposer. Lui, bientôt pourrait reprendre sa vie en main, serrer la paume et embrasser cette terre qu’il l’avait vu naitre. Bien sûr, il faudrait attendre un peu, une mise à mort abreuvant le sol. Le sacrifice d’une âme néfaste pour que la terre se repaitre. Une régénération. « Et pourquoi n'y vais-je pas maintenant, Rohanna? Pourquoi pas? » Son sourire s’étire, lui seul avait la réponse à cette question. Elle n’aurait pas attendue elle, pourtant il n’était pas son rôle de le lui susurrer… S’il était parti de son propre chef, probablement que Robb aurait été furieux, inquiet et d’une humeur noire. Des semaines durant il aurait gardé ce regard terrifiant dans lequel savait danser la remembrance du sang d’Aerion. Si dense, si sombre, si opaque et colérique qu’on pouvait sentir le frémissement du souffle bestial et brûlant des dragons. Néanmoins, il aurait été le premier à baiser le front de sa soeur nordique. Puis, avec les mois, le premier à en rire. Ce n’était pas l’Orage qui empêchait Edric de courir à sa belle. « Que vaut un Cerf qui n'écoute pas son coeur? » Autre question sans réponse. Du moins, dont la réponse ne pouvait appartenir à ce monde. Silencieusement, la Biche laisse sa main serrer brièvement celle de son frère. Il n’était plus temps de se flageller. Le temps de la guerre arrivait : la force et la haine devaient venir nourrir leur sève. Non les remords, non les blessures du passé. Face à l’avenir, il n’était plus temps de pleurer sur leurs sorts, découpés en d’innombrables morceaux, trop nombreux, trop petits, trop éparpillés pour s’assembler. « Comment pourrais-je répondre? Je n’en ai encore jamais vu. » Déchiré entre ses frères, entre ses parents, entre ses positions, Edric l’était peut-être, mais jamais il n’avait perdu la témérité de la lignée d’Orys. Elle était en ses veines et quiconque le désirait aurait pu la sentir. Ici même, palpante, vibrante, prête à bramer. Il n’avait jamais navigué au Nord et ramené entre les flots orageux son épouse, jamais la voile festive des Cerfs avait gonflée dans la baie des Naufrageurs et les hérauts sonner l’arrivée triomphale de la nouvelle fille d’Accalmie. Un jour… mais les choses ne seraient plus jamais aussi heureuses et insouciantes. Plus jamais. « Je suis heureux que Robb l'ai fait. » Ses paupières se ferment et elle murmure « Je l’ai fait. » Afin que personne ne puisse le leur arracher, le soir de leurs retrouvailles relèverait du mystère. Intime, précieux, amusé, son visage peint une grimace. Ce n’était pas Robb qui était venu la trouver, mais elle. Elle qui avait traversé la nuit et les murs du Donjon-Rouge jusqu’à trouver le fils prodigue de Théodan. Elle pouvait encore sentir son coeur, brûlant et angoissant, tambouriner sous sa peau. « Je devrais sans doute te dire qu'il ne faut pas perdre espoir. » Ouverts, ses grands yeux ne regardent plus l’horizon, mais bien lui. Tremblante, sa main s’approche vers son bas-ventre. Suspendue, à quelques centimètres de l'endroit, elle reste un moment, incertaine. Il y aurait une nouvelle vie, un jour prochain. Le mestre le lui avait dit et, bientôt, il le clamerait au monde. Mais les regrets passés ne devaient plus interagir avec le présent et ses doigts se tendent, se durcissent et s’éloignent. Seul le futur était important. Cette cicatrice n’était rien d’autre que la marque infâme d’une attaque à la Couronne Targaryen, elle en était seulement la martyre. 



« Si tu étais partie... je ne t'aurais pas pardonnée… » Contenue, sa voix était sans appel. Rohanna ne pouvait qu’acquiescer, elle ne se le serait jamais pardonnée non plus. L’égoïsme de son amour pour Robb, ne le lui aurait pas pardonné. Et nombreuses auraient été les heures où dans son silence elle aurait tenté de se convaincre qu’il était mieux ainsi pour l’Orage, mais une pointe d’âpreté serait restée. Elle hausse ses épaules dénudées, où seuls deux gallons d’or damassés à l’effigie des Cerfs retiennent ses manches, elle n’était pas partie. Elle était là, et à travers cette baie lumineuse défiait ceux qui voulaient la faire tomber -peut-être les Sept même ! « Il a besoin de nous… Il a besoin de nous bien plus qu’il ne l’avouera jamais. » Le frère devait le savoir, mais elle était l’épouse et le disait à voix haute. Ces dernières et prochaines semaines, Robb allait être confronté à des choix qui impliquerait leurs vies et ils devraient restés unis à ses côtés. Le Cerf était parfois intransigeant, fier et orgueilleux avec sa harde, mais il était un homme. Une chair modelée dans la défectuosité des doutes et des peurs humaines. La trahison de Kyra serait peut-être le début d’un changement radical dans son comportement, car sa main allait commettre un matricide. La blessure serait profonde, cisaillée dans ses os. Ses doigts frappent la pierre de la baie géminée, ils sont nerveux et, après un râle, Rohanna se repousse du bleu de la mer infinie. « Et toi Edric? Pourras-tu lui pardonner quand ta mère sera exécutée de sa main? » Droites, ses pupilles brunes percent les siennes. Dans cette pièce, comme partout sur la territoire de l’Orage : nul place place pour l’artifice. Evidemment, la soeur ne remettait pas en cause sa loyauté. Elle la savait à toute épreuve, si ce n’était bien plus encore. La seule preuve de ses précédents mots le montrait. C’était seulement sa manière abrupte de lui demander si il supporterait le jugement qui arrivait. Kyra allait mourir, folles étaient les Maisons qui ne lèveraient par leurs épées en cette faveur. Jasper… c’était une autre affaire. Ces dernières nuits, Boremund était venu hanter ses rêves. De ses grands yeux bleus, ceux de l’enfance, ceux des Reyne, il semblait la supplier -quoique la supplique lui reste voilée, et incompréhensible. A lui aussi son sort était décidé, cet enfant ne serait pas influencé par un parjure de père. Toujours, autrement, il se sentirait en retrait et écarté de ses cousins. Cela ne pouvait être. Les sentiments autrefois mitigés pour ce fils se dissipaient, une main maternelle se tendait vers lui. « Lui pardonner, encore, quoiqu’il advienne de Jasper? » Ses yeux brillent un peu plus, encore. Déjà fertile, l’Orage le serait bien plus ! Ses entrailles allaient se nourrir de royales charognes, et les vers repus de tant d’infime gloire. Malgré la chaleur, le cri heureux des mouettes et les chants des oiseaux du Sud : la Biche pouvait voir ce spectacle se confondre dans la pièce. Or, la dague n’était pas encore assez aiguisée. Tandis qu’elle se recule dans l’ombre, ses pieds nus râpent la dalle. Nul place pour l’artifice, nul place pour le mensonge ! « Et moi... pour avoir demandé à ma soeur, une Trant, de venir me rejoindre ici? »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Sam 5 Mai 2018 - 0:49

Edric sentit, soudain, la main de Rohanna dans la sienne, et cela lui fit du bien. Un geste de soutien, d'amitié, de tendresse peut-être. Depuis quand une femme, une sœur ne l'avait-elle pas touché ? Une mère ? Edric serra doucement la pulpe de sa paume, puis la laissa fuir. De Rohanna, il n'avait pas été proche dans cette épreuve féminine, politique, terrible, il n'avait pas osé. Il n'avait pas osé braver les ordres du Cerf, l'intimité de la Biche, les conseils du Mestre ; il n'avait pas osé s'imposer comme auprès d'Oriane, sa sœur de sang ; il avait pris le parti de Robb. Pourtant la Biche avait pris le temps de venir lui dire au revoir, là où son frère ne pensait sans doute qu'à se débarrasser de lui. La Biche l'empêchait de se dénigrer. La Biche avait renoncé à les abandonner. Elle avait fait le premier pas vers le Cerf. Qui était-il pour douter de sa force de mère ? Qui était-il pour lui reprocher les choix qu'elle avait envisagés ? Rohanna était traversée par ses propres doutes. Ses pertes, réelles plutôt que redoutées ; et elle gardait haute l'encolure, plutôt que de courber l'échine vers ce petit navire qui devait l'emporter. Edric prit cette leçon silencieuse. Il avait toujours supposé qu'une femme était plus forte que n'importe lequel guerrier. Rohanna n'était pas n'importe quelle femme, et elle venait d'en faire l'exemple.

Une femme, mais peut-être d'abord, une épouse. Plus loyale à son époux qu'Edric ne pouvait l'être à son frère, désormais.
- Il a besoin de nous… Il a besoin de nous bien plus qu’il ne l’avouera jamais.
Edric perdit son sourire et la mémoire des doigts de Rohanna. Il le savait, mais il ne voulait pas y penser. Robb n'avait qu'à l'avouer, justement. Robb n'avait qu'à montrer l'humanité qui lui restait, par les Sept, il n'avait qu'à faire comme sa femme et lui prendre la main ! Robb ne lui donnait rien, et il n'y avait sans doute que sa femme désormais, pour percer sa carapace. Robb ne lui donnait rien, alors, comment Edric pouvait-il lui rendre tout ce qu'il exigeait ? Abandonner sa fille et sa femme, emporter sa belle-sœur et laisser mourir sa mère. Edric avait davantage besoin d'un ennemi que d'un frère, si ce frère exigeait tant. Un ennemi qu'il puisse blâmer pour les malheurs qui l'accablaient. Peut-être que Jorah ne suffisait plus. Peut-être qu'Edric avait besoin de Robb, aussi, pour que ces malheurs ne l'écrasent pas tout à fait, pour porter avec lui le poids de la culpabilité ; pour ne pas sombrer dans le dégoût de lui-même comme il se serait jeté du haut de cette fenêtre. Aspiré par le vide.

Alors Edric garda les lèvres serrées. Si Rohanna espérait une déclaration de loyauté, comme la Reine avant elle, elle serait bien déçue. Edric ne donnerait rien de plus à Robb que ce qu'il lui ordonnait de faire, parce que Robb ne lui donnait rien, parce que Robb ne se comportait plus comme un frère, comme un fils – comme un époux – véritable. Edric regarda, silencieux, les doigts de Rohanna tambouriner la pierre. Ses mots le tambourinèrent.
- Et toi Edric ? Pourras-tu lui pardonner quand ta mère sera exécutée de sa main ?
La Biche n'est plus perdue à la fenêtre : elle lui fait face, elle le regarde sans détour. Si elle avait des cornes, elle l'encornerait. Mais elle n'a pas besoin : Edric saigne déjà. Il ne peut pas cacher ses yeux, il n'en a pas envie : il la regarde avec la fureur d'un animal blessé. Même, la haine, pour cette sœur qui n'est qu'une épouse, qui s'approche avec douceur puis lui piétine le cœur. Rohanna aussi était son ennemie. Edric ne supportait pas sa mère morte dans la bouche ennemie. Il n'y avait qu'une Trant pour se réjouir ainsi de la mort d'une Baratheon. Pourtant Edric nia violemment.

- Je me moque de ta sœur, lâcha-t-il.
Que les Trant soient les paria de l'Orage, ce n'était que justice après ce qu'ils avaient fait à Tess. Jadis Edric avait déploré, après qu'il l'eut acceptée, que Rohanna soit coupée des siens. Mais il n'avait pas protesté. Rohanna trouvait en eux une nouvelle famille, n'y gagnait-elle pas ? Edric lui avait donné son amitié, sa loyauté, et il s'était senti trahi quand la rumeur avait circulé que l'épouse de la Main allait retourner chez les siens. Les siens, c'étaient les Cerfs ! Mais aujourd'hui... aujourd'hui les Trant étaient le cadet de ses soucis. De Victory Trant, Edric ne savait pas grand chose et ne s'y intéressait guère. Si Robb acceptait Victory aux côtés de Rohanna, tant mieux pour elle ; pourquoi lui, Edric Baratheon, aurait-il dû s'en réjouir ou s'en inquiéter ? Comparer cette arrivée avec la mise à mort de sa mère et la sanction de son frère était une insulte et montrait à quel point la Biche en faisait peu de cas.
- Qu'elle vienne ! Peu importent les Trant. Nous n'avons plus besoin d'eux pour nous détruire.

Edric ravala les larmes brûlantes qui lui venaient. Il s'était déjà humilié devant Robb ; cela suffisait. Il fit le froid dans son cœur trop chaud, et dit :
- C'est donc pour ça que tu es venue ? Pour t'assurer de ma loyauté ? Mais qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?! Que j'exécute ma mère moi-même ?!
Ces mots ne servaient qu'à frapper, car Edric savait qu'au contraire, Robb voulait l'éloigner. Et il s'éloignait sur La Fureur des Flots.
Dos à la fenêtre, les mains serrées sur la traverse, Edric confrontait Rohanna. Ah, elle voulait de la sincérité ? Il allait lui en donner, et peu importe ce qu'elle pourrait répéter !
- La réponse est non, je ne lui pardonnerai pas. Mais il s'en fout. Robb l'a dit lui-même, mon père avant lui, alors c'est que ce doit être vrai ! « La loyauté n'est pas l'amour ». Alors Robb se fout de mon pardon, il se fout de mon amitié. Il n'a pas besoin de son frère, tant qu'il a son vassal, et son héritier. Car son héritier, c'est ce que je suis désormais, n'est-ce pas ?

Ces paroles étaient cruelles, et Edric les regretta. Mais il devait s'arracher Rohanna du cœur comme Robb s'en était lui-même arraché. Cela serait sans doute moins douloureux si la Biche s'en chargeait, suite aux cruautés qu'il prononçait ; ces cruautés qui faisaient du bien, à lui le Cerf qui avait l'habitude de tout garder en dedans, dans son cœur trop grand qui depuis quatorze jours, s'était rétracté de moitié. Alors il acheva :
- J'imagine que toi aussi, tu penses que ma mère ne mérite que ça. Douce revanche n'est-il pas ? As-tu plaidé pour la pendaison, à la manière de ta maison ?
Et si ses paroles étaient violentes, elles l'étaient toujours moins que le sort que Robb réservait à Kyra. Avec la bénédiction, sans doute, de Rohanna. Edric n'avait même plus l'espoir que la Biche démentisse.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Dim 5 Aoû 2018 - 0:12




Et, à ceux qui nous ont offensés...




« « Je me moque de ta sœur », placides sont les mots. Un premier coup qu’elle reçoit sans émotion aucune. Cette vérité placide elle ne la connaissait déjà que trop. Les siens étaient peut-être des Orageois descendant des Premiers Hommes, héritiers de leurs qualités légendaires, mais leur noblesse était depuis longtemps trop basse. Mécréante. Le grand royaume Durrandon n’existait plus depuis fort longtemps, leurs terres non plus. Les Trant avaient payé le prix fort de ces pertes de territoire. Plus, les calomnies de son père faisaient planer sur leurs terres une noirceur immortelle. « Qu'elle vienne ! Peu importent les Trant. Nous n'avons plus besoin d'eux pour nous détruire. » Les yeux du cerf sont injectés de vents salés. Une tempête rage en lui. Sourde et grondante à l’instar de la baie des Naufragés. Elle vient précipitamment s’installer dans la pièce. Rohanna baisse sa tête, sa longue nuque s’enroulant dans sa peine meurtri. Au loin, les cris des oiseaux résonnent encore. Ils apparaissent désormais stridents, oracles de grands malheurs à venir. Dans l’été étouffant, la Biche frissonne. Pas lui, lui ne pouvait se retourner contre elle et éprouver cette fureur à son égard. Elle était morte, enterrée des années auparavant dans les cuisines d’Accalmie. « C'est donc pour ça que tu es venue? Pour t'assurer de ma loyauté? Mais qu'est-ce qu'il vous faut de plus? ! Que j'exécute ma mère moi-même? ! » Si elle écoutait mieux, elle entendrait le désespoir dans sa voix, l’appel à l’aide et l’angoisse de l’homme… mais elle ne reçoit que le mépris. Elle frissonne encore, le regard au sol. Elle ne veut pas l’affronter, elle s’y refuse et se rend à sa merci. « La réponse est non, je ne lui pardonnerai pas. Mais il s'en fout. Robb l'a dit lui-même, mon père avant lui, alors c'est que ce doit être vrai ! « La loyauté n'est pas l'amour ». Alors Robb se fout de mon pardon, il se fout de mon amitié. Il n'a pas besoin de son frère, tant qu'il a son vassal, et son héritier. Car son héritier, c'est ce que je suis désormais, n'est-ce pas? » Elle recule, de quelques pas. Ses yeux cliquent, ses oreilles se closent. En venant ici, en sœur et en amie, dans le confort de ces murs, elle ne s’était pas attendue à cette avalanche. Ses lèvres se serrent, leur couleur carmin disparait. Elle avait promis à Robart de ne former plus qu’un avec lui et ce serment commençait maintenant. Assaillis de tous cotés, affaiblis par l’ombre et le sang, ils devaient se montrer forts et unis. Ce ne serait pas une mascarade. Il pouvait bien déchainer les vents vengeurs des dieux de la mer sur elle ; elle était de cette terre et pouvait tout autant se montrer implacable. A l’imprévisible, la grâce de sa douceur pouvait s’effacer. Inspirant avec difficulté, agitée, elle se décide à affronter son regard. Il la regarde comme avant : avec les yeux de Kyra, de Jasper et de tous les autres nobles. Un dédain bien vécu. 


« En doutes-tu encore? » Sa voix est basse, elle n’avait jamais su la maintenir forte et haute comme les autres. Toujours elle venait se briser à un moment. La colère, la fureur ou autres sentiments l’emportait, à chaque fois. Ce n’était rien, elle n’avait pas besoin de crier pour se faire entendre. Elle était l’épouse de la Main du Roi, ancienne Régente d’Accalmie, et pour les Baratheon et les Targaryen elle avait sacrifié deux vies : elle était aguerrie. Parce que trop longtemps elle en avait douté, les autres aussi. Terminé. À coup de pierre, à coup de lances, tous avaient tué l’ancienne Rohanna. Soit. « Quoiqu’après tout… peut-être n’y a-t-il pas d’amour. Ni pour lui, ni pour toi. » Il y en avait seulement pour son égo de princesse du Roc, car même Jasper ne devait être qu’une pièce dans ses manigances. Autre pièce sacrifiée sur l’échiquier du pouvoir. Décidément. Il y en aurait d’autres et il ne faudrait pas attendre la prochaine Lune pour cela. De ceux-là, ils ne feraient pas partis. « J'imagine que toi aussi, tu penses que ma mère ne mérite que ça. Douce revanche n'est-il pas? As-tu plaidé pour la pendaison, à la manière de ta maison? » Un coup difficile à recevoir, quel était cet homme devant elle? Un instant elle serre les poings, ces parés étaient bas. Sa mesquinerie fonctionnait pourtant, la Biche était blessée dans sa dignité. Entre sa mâchoire serrée et contractée, elle siffle : « ASSEZ. » Ses pupilles sont dilatées, elles répondent avec hargne à leurs interlocutrices. Elle se recule encore, le toisant de sa hauteur longiligne. La solitude d’Edric était sa réclusion. Il était le frère aimant, jovial et loyal… loyal… et personne n’avait jamais réalisé qu’il pouvait aspirer à plus. Rohanna l’avait fait. Il était facile, aisé même, de ne pas voir qu’il pouvait être écrasé par ses frères, prisonnier de leurs ombres. Celle du Suzerain, fils prodigue du Héro et Jasper le fils tant protégé de la mère lionne, père d’un fils vif et époux d’une riche ouestérienne. Seul, sans épouse officielle. L’officieuse lointaine. Et, enfin, le secret terrible de cette enfant confisquée par l’hybris des hommes. Une enfant dont Accalmie n’avait rien à faire. Une enfant qui dérangeait même — notamment Kyra. Elle lui avait tendu sa main et maintenant il la fouettait avec. « La Justice de notre peuple répondra pour Kyra. » Notre mère n’existait plus. Notre mère n’était que pour Robb, parce que cette idée savait apaiser ses cauchemars et ses doutes. Or, hors de la chambre nuptiale les incertitudes n’existaient pas. Au parjure et à la traitrise, seules, la justice et la mort attendaient Kyra Lannister. Edric ne pouvait ne pas se soumettre à cette idée. L’équité de l’Orage était impassible. Son sang d’or ne la sauverait pas, pas cette fois. Elle avait joué et elle avait perdu. C’était un mauvais lancé de dé comme il en arrivait tant. Si Edric ne pouvait le voir encore, il le verrait bientôt. « Les Maisons décideront de son sort. » Toujours aussi basse, sa voix est empreinte d’une violence contenue. Oui, elle avait ardemment souhaité sentir le cou de la lionne se craquer sous une corde qu’elle aurait tiré de ses propres mains. À quoi bon le nier? La haine assoiffée de ne serait pas nourrie par ces pensées ceci étant dit. « Ne fais pas l’erreur de croire que ceci n’est pas un fardeau pour ton frère, c’est son rôle de Suzerain qui l’exigera. Aussi, quand il l’exécutera, cela ne sera pas un matricide. » 


Elle ne le regarde plus, elle se détourne de lui et de ses yeux rouges. D’une lenteur peu commune, Rohanna déambule dans la pièce. Un pas après l’autre semble une éternité. Son cœur bas la chamade, elle ne veut pas le perdre. Se batailler ne serait pas le seul moyen d’expression dans la famille des Baratheon. Les rires ne feraient pas place aux larmes et aux aménités. « Qui es-tu pour te soustraire à la Justice? Toi qui oublie que tu n’es pas son héritier, mais bien celui de Théodan Baratheon. Depuis ton premier jour tu l’as été. Souviens-t-en… car je ne serai pas toujours là pour te le rappeler. » mais ces dernières paroles demeurent mortes. La différence était majeure et Edric devrait la comprendre. Autant que Robb, en son sang coulait le sang du dragon, des Durrandon et du dieu de la Mer et du Vent : il était temps d’en comprendre les responsabilités. Devait-elle revenir sur le fait qu’elle n’avait pas voulu perdre ses fils? Ses pupilles brunes coulent vers lui et le toisent avec dureté. À ce titre, ses humeurs et ses états-d’âmes n’avaient aucune valeur. Elles n’avaient pas droit d’être, pas en public. Et s’il avait trouvé son aîné insensible c’est qu’il n’était pas prêt à endosser son futur rôle. Là encore la faute de son propre père qui ne l’avait pas assez préparé, probablement. Robart n’y était pour rien. « Le monde n’est jamais un principe d’absolu Edric, mais les conclusions hâtives et déplacées toujours. » Son sourcil tremble, elle aimerait le pousser contre la pierre et lui administrer une gifle cinglante. Oh elle se donnerait cette force ! À la place, elle se déplace de l’autre côté de la table d’ébène. Des mètres les séparent et les mains sur les coins de la tablée princière, elle le confronte. « Tu as raison sur une chose cependant… désormais tu redeviens le premier héritier. Tu me dévisages comme une félonne, alors je t’en prie prends ton rôle à cœur, pour une fois, et dis-moi que ferais-tu pour cette mère qui, utilisant des vies innocentes, a souhaité te destituer? Et que ferais-tu de ces vies sacrifiées sur l’autel du pouvoir, celles de Jasper et sa famille? »

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Edric Baratheon
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MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Dim 5 Aoû 2018 - 20:58

La Biche baissa les yeux, et recula, les lèvres pâles. Une part d'Edric regretta, mais il la repoussa durement. Rohanna a été mortellement éprouvée, lui disait une voix. Rohanna s'est relevée au côté de Robb, lui disait l'autre. Plus forte ? Quoiqu'il en soit, son moment de faiblesse ne dura pas. La Biche cessa de fuir et ne démentit rien. Ni la raison de sa visite ; ni le cynisme de Robb, qu'elle confirma au contraire ; ni que le cadet des Baratheon était désormais héritier. Et Edric eut pu s'émouvoir de la nouvelle tragique que ce silence portait, si Rohanna n'avait nié l'amour qu'un jour, sinon aujourd'hui, la Lionne avait porté à ses garçons. Comment osait-elle ?! La fureur du Cerf s'enflamma, tempérée par le sifflement de Rohanna.

- Assez !

La Biche avait beau reculer, elle était l'autorité, elle était celle qu'Edric avait appris à considérer comme sa Suzeraine. Un duel de regards les unit et le Cerf ne céda qu'à moitié, comme à moitié devant Robb il avait cédé, s'exécutant sans fournir les garanties de son obéissance future. Un jour ce serait "assez" pour lui aussi. Et ce jour s'approchait dangereusement, car pour Edric, la loyauté était l'amour, et l'amour était rudoyé. "Peut-être n'y a-t-il pas d'amour", avait dit Rohanna. Peut-être n'y en aurait-il plus une fois qu'on l'aurait forcé, sous prétexte de loyauté, à des actes contre-nature : enlever sa soeur par alliance, abandonner sa fille et sa femme au hasard de la guerre, tuer sa mère, ou la laisser tuer, ce qui pour Edric revenait presque au même.

Le Cerf souffrit les paroles condescendantes de sa Suzeraine, debout, droit, dos à la mer, les doigts enfoncés dans ses avant-bras, immobile tandis que la Biche déambulait, mettant entre eux cette table noire comme si elle le recevait en audience seigneuriale. Le Cerf les toléra mal. Depuis longtemps, Rohanna ne lui avait paru si déplacée dans ce rôle. Était-ce un rôle qu'elle jouait, ou pensait-elle l'instruire sincèrement ? Clairement, la Biche n'était pas venue en amie comme il l'avait cru d'abord ; elle était d'abord l'épouse de la Main, sa Suzeraine, il ne pouvait plus l'oublier. La première, Edric l'eut accueillie à bras ouverts ; de l'épouse, il ne voulait pas, plus même de la Suzeraine. A cet instant, le Cerf ne la respectait plus comme telle, et ce respect, malgré ses poses altières, Rohanna n'avait pas le corps qu'il fallait pour le lui imposer. Alors celui d'Edric se relâcha, et il lui rit au nez.

- Ce que je ferais ? Est-ce une vraie question ou juste de jolies phrases pour me faire sentir qu'il n'y a pas d'autres manières que celles du Seigneur Ton Époux pour s'en démêler ? Je dis "manières", mais j'entends "matricide", oui, tu as dit le mot. C'est un matricide et je ne suis pas aussi naïf que toi pour croire en la justice des Hommes, une justice qui m'apparaît bien expéditive, car si j'entends beaucoup parler de châtiment, j'entends moins parler de preuves, à moins bien sûr, que sa Seigneurie n'ait pas daigné les partager avec moi, il est tellement plus commode de m'envoyer voguer par ci par là chercher Freyja, Freyja Stark, tiens ! à propos d'accusations expéditives...

Le Cerf s'arrêta avant que l'insolence devienne trahison. Son frère de l'avait-il pas accusé de prendre le parti des Loups ?

- Mais je vais répondre à ta question, si c'en est une : ce que je ferais ? Cette mère, je la punirai, mais je ne la décapiterai pas, je ne le pendrai pas. Je l'exilerai, car moi, si j'étais l'homme le plus puissant du Royaume, je n'aurais pas peur des manigances d'une seule femme que j'aurais tous les moyens de mettre sous étroite surveillance. Ainsi, je n'aurai pas besoin de ma femme pour me convaincre que mes mains ne goutent pas du sang du matricide. Ce fardeau criminel, Robb se l'impose à lui-même, comme il s'impose tout le reste. Ensuite, pour Jasper et pour sa famille, dont j'ignorais qu'elle soit incriminée jusqu'ici ; si aucune preuve n'est trouvée contre lui, s'il s'agit bien comme tu dis, de "vies innocentes", alors la question ne se pose pas : je ne ferai rien et je les laisserai vivre tranquilles.

Le Cerf aurait dû s'arrêter encore, mais entraîné par sa charge, ne s'y résolut pas.

- Mais ce que je ferais d'abord ? Je me demanderai quelle est ma vraie famille, quelle est ma place et pourquoi j'ai laissé cette place qui aujourd'hui se trouve menacée, à celle qui était la moins armée, la moins acceptée pour l'occuper, et ce aux dépens de tous, à commencer par celle-ci.
Car si Edric reconnaissait depuis des années que Rohanna faisait du bon travail, et la soutenait en ce sens, force était de constater que cela s'était fait dans la douleur, force était de voir les fruits noirs que cette douleur avait engendrés. Le Cerf rit, sans joie, avec une rancoeur mal dissimulée :
- Alors, vous êtes bien mignons Robb et toi, de me rappeler aujourd'hui que je suis l'héritier. Je suis l'héritier quand vous n'avez plus personne d'autre. L'héritier de l'Orage ! L'héritier de Theodan ! Dis-moi Rohanna, toi qui juges bon de me rappeler que je suis le fils de mon père... Theodan aurait-il abandonné sa Terre pour gouverner les Royaumes ? En laissant la régence à sa femme, Kyra Lannister ?

En vérité, Edric l'ignorait. Il connaissait son père aussi mal qu'il connaissait son frère.

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Rohanna Baratheon
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MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Lun 20 Aoû 2018 - 11:54




Et, à ceux qui nous ont offensés...




M échant et dédaigneux, son rire n’a aucune once de gentillesse. Si suffisant, si royal, si sûr de lui-même : c’est la première fois qu’elle lui perçoit ce caractère. Il se raille de sa position comme si toutes ces dernières années il n’avait joué qu’une mascarade. Amers sont les sens de Rohanna qui, un voile de tristesse sur le visage, parvient à maintenir sa position. Finalement, Edric était aussi hypocrite que tous les autres. Tous les autres. Comment avait-elle pu penser qu’il pouvait être différent? Comment avait-elle pu croire que leurs souffrances et peines les rapprochaient comme un frère et une sœur? Non, il s’était rapproché d’elle pour mieux la torpiller. Il avait simplement attendu le moment où elle serait la plus faible. La plus vulnérable. Les défenses baissées. Sa mâchoire se contracte un peu plus, l’ivoire de ses dents entre en confrontation. Il s’était trompé car jamais elle n’avait été aussi déterminée et acerbe. Elle était la Suzeraine de l’Orage que cela leur plaise ou non ! L’épiderme de ses phalanges tente de s’enfoncer dans l’ébène brut. Robb… ses deux frères contre lui, si sa mère ne l’avait pas déjà fait, cela le tuerait. « Ce que je ferais? Est-ce une vraie question ou juste de jolies phrases pour me faire sentir qu'il n'y a pas d'autres manières que celles du Seigneur Ton Époux pour s'en démêler? » Une gifle invisible à laquelle elle répond en exaltant de rage. Par les Sept que cet homme était entêté et aveugle ! Il fallait lui arracher ses œillères avant qu’il ne soit trop tard… « Edric… » « Je dis "manières", mais j'entends "matricide", oui, tu as dit le mot. C'est un matricide et je ne suis pas aussi naïf que toi pour croire en la justice des Hommes, une justice qui m'apparaît bien expéditive, car si j'entends beaucoup parler de châtiment, j'entends moins parler de preuves, à moins bien sûr, que sa Seigneurie n'ait pas daigné les partager avec moi, il est tellement plus commode de m'envoyer voguer par ci par là chercher Freyja, Freyja Stark, tiens ! à propos d'accusations expéditives… » il se tait et elle s’empresse de fermer ses paupières. Qu’il ne dise rien, surtout qu’il n’ajoute rien. Le fou ! L’imbécile ! Clamer qu’il ne croyait pas en la Justice de ses vassaux était un sacrilège tout aussi impardonnable qu’incompréhensible. Quant aux preuves, n’était-ce pas sa sœur même qui les lui avaient donné? Ha ! si Théodan avait été là il ne lui aurait jamais laissé le temps de se mordre la langue. Probablement, il lui… « … mais je vais répondre à ta question, si c'en est une : ce que je ferais? Cette mère, je la punirai, mais je ne la décapiterai pas, je ne la pendrai pas. Je l'exilerai, car moi, si j'étais l'homme le plus puissant du Royaume, je n'aurais pas peur des manigances d'une seule femme que j'aurais tous les moyens de mettre sous étroite surveillance. Ainsi, je n'aurai pas besoin de ma femme pour me convaincre que mes mains ne goutent pas du sang du matricide. » Vraiment? Alors gouverner était aussi simple selon lui? Une surveillance pour une femme à qui personne ne donnerait asile — la puissance était au-dessus d’une mise-à-mort — et surtout ne pas se laisser conseiller par une diabolique et paysanne d’épouse? C’est à son tour de rire. Elle aussi rit, fort, comme elle ne l’a pas fait depuis longtemps. C’est un vrai rire, un rire si puissant qu’il lui donne quelques larmes. Aucune once de moquerie, mais bien une tristesse infinie… c’est elle, ELLE, qui avait demandé à Robb que Kyra soit jugée par ses pairs, ses vassaux — les mêmes hommes qu’elle avait vainement essayé d’enrôler dans une nouvelle guerre à ses côtés. La Biche Pendue, dans l’ombre, lui avait offert l’infime chance de vivre. Les règles de l’Orage étaient claires pourtant : la trahison était punie par une main tranchante. Les règles avaient toujours été comme ça, mais on offrait à Kyra Lannister un procès. Un laxisme des règles pour une étrangère qui ne les méritait pas. « Ce fardeau criminel, Robb se l'impose à lui-même, comme il s'impose tout le reste. Ensuite, pour Jasper et pour sa famille, dont j'ignorais qu'elle soit incriminée jusqu'ici ; si aucune preuve n'est trouvée contre lui, s'il s'agit bien comme tu dis, de "vies innocentes", alors la question ne se pose pas : je ne ferai rien et je les laisserai vivre tranquilles. » Elle secoue la tête, interdite aux réponses de son frère. Des larmes épaisses coulent sur ses joues, celles d’un rire destructeur. Avait-elle aussi été comme ça, pleines de grandes idées? Il lui semblait que lui parler ne pourrait rien faire : il resterait dans sa tranchée défensive et destructrice. Le Baratheon ne pensait qu’à la vie de sa mère, annexant tout le reste, faisait fi de ce que sa famille représentait et les enjeux qui en découlait. Une partie d’elle aurait aimé pouvoir avoir la possibilité d’être encore aussi naïve. Croire aux possibles des impossibles. « Mais ce que je ferais d'abord? Je me demanderai quelle est ma vraie famille, quelle est ma place et pourquoi j'ai laissé cette place qui aujourd'hui se trouve menacée, à celle qui était la moins armée, la moins acceptée pour l'occuper, et ce aux dépens de tous, à commencer par celle-ci. » Il rit à nouveau et elle se détourne vers le mur, elle ne veut pas qu’il voit son visage. Elle ne veut pas qu’il voit comme il la détruit, c’est un poignard qu’il lui enfonce dans l’âme. Cruel et sans pitié, il a continué son emphase. Lui aussi voulait la voir disparaître. Bien, qu’il en soit fait selon ses désirs. Fixant la porte, elle se dirige vers elle. Elle n’attendrait pas son reste, il n’y en aurait aucun. Si Edric avait souhaité la voir morte, il l’avait bien caché. Toutes ces illusions marquant son existence, elle allait les faire tomber une par une. Dès aujourd’hui.  « Alors, vous êtes bien mignons Robb et toi, de me rappeler aujourd'hui que je suis l'héritier. Je suis l'héritier quand vous n'avez plus personne d'autre. L'héritier de l'Orage ! L'héritier de Theodan ! Dis-moi Rohanna, toi qui juges bon de me rappeler que je suis le fils de mon père... » Sa main est sur la poignée, elle l’a déjà entrouverte. Dans l’embrasure, elle aperçoit une de ses dames qui l’attends en charmant l’un des gardes. Ils n’ont rien entendu. Juvéniles et heureux, ils ne voient pas même la porte qui s’ouvre. Son pied nu sur le seuil, Rohanna suspend son geste. Elle pouvait disparaître maintenant, le laisser partir vers le grand horizon en souhaitant ne jamais le revoir. Il suffisait d’ouvrir un peu plus cette lourde porte et s’échapper. « … Theodan aurait-il abandonné sa Terre pour gouverner les Royaumes? En laissant la régence à sa femme, Kyra Lannister? » Un long instant se passe avant que Rohanna ne recule et ferme la porte. Son front se colle contre cette dernière. Theodan aurait-il abandonné sa Terre pour gouverner les Royaumes? En laissant la régence à sa femme, Kyra Lannister? « C’est ce qu’il a fait, le jour où il a engagé la guerre des Six Ans. »

C roire que Theodan avait été seulement été motivé pour sauver son cousin, légitime héritier, était une gageure. Aujourd’hui, on le voyait comme un héros justicier mais il y avait toujours eu plus derrière. On ne partait pas déchirer le monde connu pour un enfant ! Non, comme tous les hommes, le Grand Théodan avait été motivé par le pouvoir et le prestige. Remporter cette guerre, c’était assoir l’influence des Baratheon. En son sang coulait celui des Targaryen et des Durrandon : comment en aurait-il pu être autrement? Depuis trop longtemps les Terres de l’Orage n’avait plus le prestige d’antan. Les anciennes terres royales étaient rognées et oubliées. C’était son édifice à lui, un rêve de grandeur dont Robb avait hérité. Tout comme son père, il aimait cette sensation. Rohanna avait pu le voir et le sentir. Le prestige et la gloire étaient pour plaire à tous les grands hommes nés. Inspirant, elle se retourne vers lui. « Ton père était un grand homme et qui sait jusqu’où allait son échiquier? » Un pas de plus vers lui, comme on apprivoise les animaux sauvages. « Ce que notre famille possède aujourd’hui, tout, rentrait dans son plan. Il n’aurait pas vu l’accession à la position de Main comme un abandon, non, mais comme une chance pour l’Orage de renaitre. Ta mère le sait mieux que quiconque, elle qui a tant donné pour que tout cela arrive. » Et c’était vrai. Elle pouvait détester Kyra, ne jamais regretter sa mort, et peut-être la désirer, elle ne lui enlèverai jamais ça : la lionne de l’Orage avait énormément donné pour les rêves de son époux. Elle s’y était sacrifiée, comme seule une femme peut le faire. Aucun homme, pas même ses fils ne pourraient jamais le voir. « Il s’est trouvé que celle qui était la moins armée, la moins acceptée, était la clef pour la stabilité de ses terres. Choisir une Oragienne c’était renforcer la foi en son peuple, voir le peuple aligné derrière un couple dans lequel il pourrait se reconnaitre. Plus encore, c’était acheter la paix définitive entre les Maisons. La stabilité était le clef pour ses aspirations. » Sa voix est toujours extrêmement basse, mais elle se fait plus chaude. S’il ne devait pas l’écouter, elle aurait essayé. Il ne serait pas dit le contraire. « Tu as raison, nous n’avons plus personne d’autre. » Ce n’était pas leur choix, ce n’était pas sa volonté mais la conséquence d’une démesure héroïque. Elle avait été une cible pour des desseins probablement plus grands, plus importants. Montrer la faille de la Royauté, ses faiblesses. Pour ce que Theodan avait laissé, elle savait qu’elle devrait encore sacrifié énormément. « L’Orage si. »

C es trois mots n’étaient pas sans douleur. Elle aurait aimé que ce soit ses fils, à elle, qui soient à cette place qui lui revenait. Ce poids qui s’abattait soudain sur les épaules d’Edric, ce n’était pas eux qui avaient désiré le lui donner. « Accorder la grâce à Kyra est louable, mais impossible. Car Robart pourrait déployer toutes les gardes qu’il le souhaite : personne ne voudrait abriter Kyra. Pas même les Lannister. Après le Conseil Restreint, les choses sont trop houleuses entre nos deux familles : ce serait un acte de guerre. De plus, entre les pattes du lion elle ne s’arrêterait pas. Tu sais que seul Jasper est à ses yeux le plus capable de gouverner Accalmie. » Pourtant, c’est Robart qui s’était démarqué dès son plus jeune âge pour la tâche. Il marchait dans les pas de son père, sans jamais douter, sans jamais faillir, et un jour prochain irait jusqu’à le surpasser. Edric avait toutes les qualités de son père pour accomplir de grands choses, mais, persuadé qu’il n’était pas nécessaire, il était trop en retrait. Pouvait-elle l’en blâmer? Il n’avait pas du être facile de grandir aux côtés d’un aîné couvert de gloire et d’un cadet surprotégé par sa mère. Son benjamin elle l’avait modelé dans l’or de ses souvenirs et ses regrets : un miroir de ce que devait être un Lannister. Aussi, aujourd’hui, il n’était pas étonnant que Jasper se retrouve au cœur des manigances de Kyra. Il était sa marionnette, depuis de trop nombreuses années. Et, tôt ou tard, Boremund le serait aussi si on le laissait entre leurs mains assoiffées. Comment Edric ne pouvait pas voir toutes ces choses la dépassait, mais aussi dures étaient-elles il le devrait un jour si il voulait être un héritier digne de son frère, de son père. « Si ton frère le pouvait, il épargnerait ta mère… d’une manière ou d’une autre, mais cela ne peut plus être fait. Accalmie entendra Justice de toutes ses Maisons nobles. Tu seras libre de demander son exil. Robb ne parlera pas. » Voit, ma langue perfide de paysanne n’ira pas sonder les pensées et les décisions de ton noble frère. Elle pourrait lui dire qu’il avait décidé de l’exécuter le soir même où Oriane avait confié la terrible trahison, et que c’est elle qui l’en avait empêché. Pourtant, il ne servait à rien. Ce n’était pas son heure à elle, quelque part cela n’aurait été qu’un prétexte pour tenter de regagner sa considération. Non, c’était l’heure où Edric comprenait qui il était et ce qu’il en incombait. « Ces prochains jours, dans le silence de la mer, réfléchis-bien Edric. Réfléchis-bien. La guerre est loin d’être terminée, plus que ses spectres des personnes invisibles œuvrent pour le chaos… Parce que nous représentons les Targaryen, l’Orage est en première ligne de toutes les intrigues. » Sa main tremble de vouloir porter une main à sa cicatrice, balafre empoisonnée. Luttant contre une force transparente, elle se pose finalement sur le dos d’une chaine. Ses doigts s’y agrippent, la fureur était en elle grondante et prête à surgir. « Face à ceux qui veulent nous voir tomber, si nous ne restons pas forts et intransigeants alors nous périrons. Les rêves de ton père également et tout ce pour quoi il a donné, sa vie comprise, n’auront plus aucune valeur. » Robb ne voulait pas être Main. Une part de lui, celle qui lui faisait peur et la rendait incertaine, y aspirait tout comme elle devait aspirer à bien plus. La gloire et la puissance dans les mains, l’échiquier du monde de sa seule volonté… quel homme n’en voulait pas? Or, il avait déjà tout prévu pour retourner à Accalmie le plus rapidement possible — et ce bien avant la perfidie de Kyra. « Que veux-tu Edric Baratheon? Protéger l’héritage de ton père et continuer ses rêves ou défendre la perfidie d’une mère pour qui vous n’êtes plus des fils? » Les mot étaient violents et s’il ne lui sautait pas à la gorge dans l’instant c’est que seuls les Sept ne voulaient pas sa mort. Néanmoins, il devait les entendre. C’était Kyra qui toujours s’était imposée contre le Nord et elle aurait fait subir à Ashara et Cathan ce qu’elle lui avait du endurer des années durant. Mais peut-être parce qu’elle avait du tuer ses propres parents, en son cœur, que tout cela lui apparaissait plus clair. On ne lui avait jamais demandé ce sacrifice à lui, à eux. « Edric, je ne quitterai pas Robart même pour toi… je ne le peux pas. Tout comme je ne peux peut pas te montrer la lumière si tu t’entêtes à t’aveugler… Kyra a joué et elle a perdu. Tu n’as pas besoin d’être le preux chevalier, ni le bon fils. Parfois, il n’y a pas de bonne ou mauvaise personne ; parfois, il n’y a aucun choix. »

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Edric Baratheon
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MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Mar 21 Aoû 2018 - 18:25

Ils rirent ensemble, l'un contre l'autre, comme ça n'était jamais arrivé. Avec une honnêteté cruelle, Edric répondit à la question de sa Suzeraine, même lorsque des larmes acides coulèrent sur ses joues, même lorsqu'elle s'éloigna vers la porte. Méprisait-elle tant ses paroles qu'elle ne veuille les écouter ? Les souffrir ? Si la Biche n'était pas prête à connaître l'opinion qu'elle avait sollicitée, qu'elle parte donc ! Qu'elle aille rapporter à son légitime ces propos qui puaient l'insoumission, voire la traîtrise - était-ce devenu la même chose pour le Cerf couronné ? Edric en avait conscience, pourtant il ne se tairait pas. Il avait conscience aussi, de sa mauvaise foi, et de sa rancœur déplacée. Il ne pouvait blâmer Robb pour avoir été trahi aujourd'hui ; pour avoir eu, hier, foi en Rohanna plus qu'en lui, pour ne pas avoir fait de lui son héritier quand il le fallait. Robb n'était pas responsable de l'enchaînement des événements. Pour autant, Edric n'approuvait pas ses décisions. Il ne pouvait pas s'y opposer, alors le moins qu'il puisse faire était de ne pas se taire lorsque même rhétoriquement, on lui demandait de s'exprimer. Robb lui demandait d'obéir et d'apprendre. Rohanna, elle, l'avait questionné - et, au seuil, la Biche le regrettait sans doute. Edric ne déguiserait pas son cœur, pas devant sa soeur. L'était-elle encore ? Etait-ce pour cela qu'elle ne l'abandonna pas ? Qu'elle continua à le contredire, à le détromper, pensait-elle sans doute ? Ou par fierté, pour ne pas abandonner la joute ?

- C’est ce qu’il a fait, le jour où il a engagé la guerre des Six Ans.

A son tour en silence, Edric secoua la tête. Ça n'était pas pareil. Cette guerre était un impératif moral. Le Cerf n'allait pas laisser le Dragon Cruel décimer le cheptel. Theodan n'avait pas déclaré les hostilités contre l'Usurpateur avant d'y être absolument obligé. Theodan n'était pas un ambitieux ! Edric fut furieux que Rohanna affirme le contraire, suppose mieux connaître son propre père. Une chance pour l'Orage de renaître ?! Mais l'Orage n'était pas mort, par les Sept ! Était-ce ainsi que la Pendue voyait la Conquête ? Elle n'avait pas le sang du Dragon, qu'Edric sentit bouillir en lui. Il se contraignit au silence tandis que Rohanna se défendait. C'était inutile. Il ne remettait pas en cause le choix qu'avait fait Theodan de la donner pour épouse à Robb, plus aujourd'hui. A Rohanna, il n'avait rien à reprocher que l'ongle qu'elle enfonçait dans sa blessure, écartant les doigts pour lui faire reconnaître que Robb n'avait pas le choix.

- Tu as raison, nous n’avons plus personne d’autre. L’Orage si.
- L'Orage a Boremund, et l'Orage a Cathan
, gronda Edric. Ce sont eux l'Orage de demain ! Robb devrait d'abord penser à les protéger.

Aucune décision du Cerf couronné n'allait dans ce sens là. La sentence de Jasper. La guerre totale contre les Stark, une guerre à laquelle Edric n'avait pas été autorisé à participer. Robb ne pensait qu'à punir - qu'à se venger ? Edric était à deux doigts de le penser. Robb tranchait la branche qu'il décrétait pourrie sans se soucier des fruits. Que resterait-il de l'arbre de leur Maison ? Robb et lui ? Tous deux ne donneraient plus de fruits ; Robb parce que Rohanna ne le pouvait plus, et lui... parce qu'il n'en épouserait pas une autre, si Ashara mourait sans lui être rendue. Peu importe l'arme sous laquelle la Louve tomberait, il ne pourrait jamais se le pardonner. Et si la Louve lui revenait, elle ne pourrait sans doute pas lui pardonner non plus, et leur couche ne serait plus fleurie comme elle l'avait été sept ans auparavant, l'espace d'une seule journée. Si Robb s'obstinait dans ses visées meurtrières, la lignée bâtarde d'Orys mourait avec eux.

Englué dans ces pensées mortifères, le Cerf n'écoutait que d'une oreille les arguments de Rohanna contre Kyra. Robb les lui avait déjà servis, et si Edric reconnaissait que les événements du Conseil avaient changé la donne, il s'obstinait à les rejeter. Bien qu'il redoute le lendemain, il avait hâte que l'accusation soit officielle, que le secret soit levé, afin qu'il puisse chercher des alliés dans ce procès, afin que les accusés puissent enfin s'exprimer. Il se sentait si seul, face à ce frère qu'il ne reconnaissait plus, que peut-être il n'avait jamais connu ; face à cette soeur que sa fidélité à son frère lui rendait si étrangère. A sa soeur de sang, il en voulait presque des accusations jetées ; Edric l'évitait désormais, comme il évitait presque tout le monde. Il n'avait déjà pas grand chose, bientôt il n'aurait plus rien. La solitude était bonne pour le préparer à cette perte ultime que la guerre du Cerf-Dragon lui infligerait certainement. Seule Rohanna était venue lui dire au revoir, seule Rohanna prenait encore la peine d'essayer de le persuader ; peut-être parce que la Biche avait perdu, elle aussi ? Peut-être parce qu'elle n'avait plus personne à part cet époux qu'elle défendait bec et ongles, au point de rappeler les Trant à ses côtés. Derrière chaque autre visage se cachait ce spectre malfaisant qui avait tué ses enfants. Alors la Biche Pendue se raccrochait à cette idée abstraite de sa famille d'adoption, uniquement composée de Robb et de celui qu'elle croyait être Theodan. Et peut-être aussi de lui, Edric, que visiblement elle connaissait aussi mal, bien qu'elle ait osé sonder ses blessures. Edric eut voulu qu'elle cesse de parler de son père à tord et à travers. Il eut voulu qu'elle cesse de le provoquer.

- Je ne défends pas ma mère, répondit-il d'une voix basse qui s'efforçait de conserver son calme. Sa trahison est indéfendable. Je défends la Miséricorde. Je défends l'Humanité. Quoiqu'en dise notre blason, nous ne sommes pas des bêtes. Sommes-nous aussi bas que nos ennemis, que ceux qui assassinent mère et enfants ? Je défends les enfants que Robb et moi avons été dans l'amour de notre mère, que nous pouvons rester sans tuer de nos mains le seul de nos parents survivant. Je défends l'enfant qu'est Boremund et l'enfant que peut-être, est encore Jasper.
Edric ne croyait pas que Jasper était cette marionnette immature entre les mains de Kyra ; il ne voulait pas continuer ainsi à le sous-estimer. Mais s'il fallait ça pour le sauver...
- Je défends la vie de cette famille. Cette famille, c'est d'abord et peut-être seulement, des gens. Je ne crois pas que les rêves de mon père aient été différents. Il voulait la paix pour les siens. Crois-tu que s'il préférait le pouvoir, il t'eût préférée à Eleneï Lannister ? Mais qu'importe le passé, c'est de l'avenir dont nous parlons. La guerre est loin d'être terminée, as-tu dit ? Elle ne fait que commencer, et elle s'annonce encore plus meurtrière. Robb veut passer ma belle-famille et ma mère par l'épée et je devrais rester sans rien faire ?!
Un grondement qui s'étouffa en ricanement.
- Ne rien faire, hein... Je ne vous ai guère donné mieux à espérer de moi cette dernière année.

Il lui tourna le dos pour cacher sa honte, regardant sans la voir la mer sur laquelle il partirait bientôt. La Biche aussi pouvait partir, maintenant.
- Il faut bien que je sois le bon fils puisque là encore, il n'y a personne d'autre. Personne n'a la décence de l'être. Je ne te demande pas de l'avoir avec moi. Tu as sans doute trop de Fureur. Et ta place est avec Robb, je le sais. C'est de toi qu'il a besoin. Tu es peut-être le seul salut qu'il lui reste.
Edric n'osa pas chercher dans ses yeux la confirmation de cet espoir. Il devait se détourner de ces yeux là.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Lun 27 Aoû 2018 - 17:50




Et, à ceux qui nous ont offensés...




«  Je ne défends pas ma mère. » Inspirant plus fort que n’est le timbre de son frère, Rohanna gonfle ses poumons d’un air difficile. Son inspiration lente est souffreteuse. Elle craignait le moment où son frère irait trop loin, sans retour possible. « Je défends la Miséricorde. Je défends l’Humanité. » Elle expire avec rage, un râle d’écoeurement et d’impatience dans la gorge. Le voilà qu’il repartait avec ses grandes idées. Ses mains s’écartent de son grand corps maigre, un geste interdit qui la réduit à toute sa propre impossibilité. Ces grandes phrases vébléniennes n’avaient aucune valeur — seulement de rêves enfantins, de ceux qui ne peuvent permettre de diriger un peuple. « Quoiqu'en dise notre blason, nous ne sommes pas des bêtes. Sommes-nous aussi bas que nos ennemis, que ceux qui assassinent mère et enfants? Je défends les enfants que Robb et moi avons été dans l'amour de notre mère, que nous pouvons rester sans tuer de nos mains le seul de nos parents survivant. Je défends l'enfant qu'est Boremun et l'enfant que peut-être, est encore Jasper. » L’enfant qu’était encore peut-être Jasper? Robart avait été clair, dans les manigances de Kyra, il ne connaissait pas encore le degré d’implication de son benjamin. Il y avait participé, il avait manigancé mais on ne savait pas encore si il avait orchestré la révolte. Or, sa vie à lui n’était pas en péril. Rohanna avait déjà décidé de la suite de son destin : il se rachèterait au Mur dans « la miséricorde et la défense de l’Humanité ». Quant à Boremund, elle l’élèverait comme son propre fils. Allya ne serait bientôt qu’un détail insignifiant. Bientôt, très bientôt elle n’aurait plus aucun support. Toutes les mascarades qu’elle avait monté, jour après jour, échelon après échelon, tomberaient en même temps que la crinière de la lionne. Boremund à part, qu’il fallait protéger de la vanité de ses parents, il n’y avait plus aucun enfant entre eux. Des remembrances, racines de souvenirs fortes et vivaces, certainement. Quant à elle, elle avait trop sacrifié aux Baratheon pour qu’Edric, oui, même Edric, puisse clamer qu’ils étaient peut-être encore des enfants. Parce que sa famille suzeraine lui avait ordonné de raser son passé, parce que les années vécues auprès d’eux avaient détruites toute sa ferveur adolescente, parce que pour eux encore elle avait du donner plus que la vie : il n’y avait plus aucun enfant ici. Il n’y en aurait plus jamais. Ils avaient grandi, et chacun de leur sillon était dessiné par le sang. « Je défends la vie de cette famille. Cette famille, c'est d'abord et peut-être seulement, des gens. Je ne crois pas que les rêves de mon père aient été différents. Il voulait la paix pour les siens. » Il était vain de continuer sur le sujet de Théodan, il ne voulait pas voir. Comme Robart, il ne voyait que le héros auquel rendre un culte. Un passé sur lequel forger toute une ligne de conduite. Tous deux n’ouvriraient peut-être jamais les yeux sur les réelles motivations de leur père — qui plus que géniteur était Suzerain et héritier de deux maisons emblématiques. Comment Edric ne pouvait pas le comprendre, ni l’entrapercevoir était au-dessus de sa compréhension ! « Crois-tu que s'il préférait le pouvoir, il t'eût préférée à Eleneï Lannister? » Elle ferme les yeux, encore et toujours, cette vieille rengaine. Il l’avait acceptée, peut-être, mais n’avait pas encore compris le calcul de Théodan. Une Lannister comme il savait si bien l’appuyer. Une famille un peu trop implantée dans ses terres, des membres si étincelants d’or qu’ils pourraient vite glisser une ombre sur la lignée des Cerfs. C’était peut-être parce qu’il aimait précisément trop  le pouvoir qu’il n’avait pas pris le risque de contracter une alliance supplémentaire avec les Lions d’or. « Mais qu'importe le passé, c'est de l'avenir dont nous parlons. La guerre est loin d'être terminée, as-tu dit? Elle ne fait que commencer, et elle s'annonce encore plus meurtrière. Robb veut passer ma belle-famille et ma mère par l'épée et je devrais rester sans rien faire? ! Ne rien faire, hein... Je ne vous ai guère donné mieux à espérer de moi cette dernière année. » La Biche Pendue secoue la tête, tout aussi abattue que colérique. C’était comme pour l’entendre pour la première fois. Elle avait toujours su qu’Edric, derrière ses fanfaronnades exacerbées, était un être déchiré par ses passions… mais sa solitude, immense et désespérée, jamais réellement. Son attention avait été majoritairement à Robb, puis à l’Orage. Elle aurait pu s’en vouloir amèrement mais les temps n’étaient plus aux écueils du temps. Quelque part, quelque chose se fissure et pleure mais elle n’en laisse rien percevoir. « Il faut bien que je sois le bon fils puisque là encore, il n'y a personne d'autre. Personne n'a la décence de l'être. Je ne te demande pas de l'avoir avec moi. Tu as sans doute trop de Fureur. Et ta place est avec Robb, je le sais. C'est de toi qu'il a besoin. Tu es peut-être le seul salut qu'il lui reste. »

C’est un couperet qu’il donne à Rohanna qui chancelle un instant. Ses poignes trouvent le dossier d’une chaise. Soudain, elle était à nouveau faible et le monde se trouble autour d’elle. Une vague de transpiration brûlante parcoure son corps. Elle halète doucement, tentant de garder sa contenance. Elle ne voulait plus être faible. Elle ne voulait plus que rien ne reste de cette journée affreuse — et des jours qui en avaient découlé. Il osait parler de décence? Furieuse, elle réouvre les yeux. Toute nuance brune en a disparu, elles sont noires de cette Fureur. Il lui tourne le dos, il semble observer l’immensité bleue. Le cerf se montrait rêveur quand il devait être déterminé et assuré. Ses paumes se pressent tant que le sang s’en enfuit. Des picotements viennent annoncer leur prochain endormissement et elle se rejète en arrière. La chaise danse sur ses pieds, le bruit est sourd. Il n’avait pas même l’honnêteté de la regarder dans les yeux… brutalement, elle s’approche de lui et le pousse. Elle se jète sur son buste et les mains à plat l’oblige à la regarder. « Il n’y a personne d’autre? IL N’Y A PERSONNE D’AUTRE? Ose me le dire en face ! N’ai-je pas tout donner pour être la parfaite fille dont Kyra avait besoin? Ne le suis-je pas encore en acceptant de lui accorder un procès qu’elle ne mérite nullement tant les lois sont impartiales? Tu sais quoi Edric? Non. Non, nous ne sommes pas aussi bas que nos ennemis ! Eux, elle parlait ici de Kyra et sa clique, des Nordiens — qu’il osait défendre alors que le poison venait de leurs terres, et tous les autres, eux tentent de nous tuer et nous dérober ouvertement. Ils n’ont aucune pitié et aucun répit : quand bien même nous n’agissons nullement de la sorte avec eux. Car entend-le bien Edric : leurs têtes, à tous, méritent d’être sur un pic. Sans aucun jugement. Sans aucune chance de miséricorde. » Sa paume frappe son torse. Être le bon fils n’était pas se rabaisser à la bêtise et, encore moins, à tenter de défendre ceux qui voulaient lever une armée contre les siens — après avoir assassiné ses futurs neveux. « Aujourd’hui, tu te contentes de juger et de mépriser : tout cela t’est bien facile, mais ce n’est pas comme ça qu’on défend les siens. Ce n’est pas comme ça qu’on est un bon fils, un bon époux ou un bon père ! Tu te caches derrière le fait que ton frère veuille tuer ta belle-famille, mais si vraiment tu te souciais d’eux… dis-moi, où étais-tu ces derniers mois? La guerre est terminée depuis plus d’un an et tu n’as pas eu le courage d’aller récupérer Ashara et Cathan. Tu te lamentes et tu rages, tu appelles à la décence, mais sur cette échelle de l’humanité fictive que tu t’es créée tu ne vaux pas mieux que nous. » Était-elle devenue une cruelle au cœur de pierre pour le pousser dans ses propres retranchements? Néanmoins, il l’avait souhaité : alors qu’il décrivait Robb comme un tyran, sans foi ni loi, un damné dangereux, il oubliait ses propres tords. « Tu parles de lui comme s’il était un tyran, sans jamais n’avoir essayé de comprendre le poids qui résidait sur ses épaules. Le seul Salut dont ton frère a besoin c’est la paix en son propre foyer, qu’a-t-il fait pour que tu détournes de lui avec cette répulsion nouvelle? » Sur son front des mèches de cheveux se sont entremêlées et jouent avec la douce brise. Pieds nus, les cheveux détachés et en bataille : elle ressemble à cette jeune furie de Gallowsgrey. Un mirage de l’enfant qu’elle avait été, il y a longtemps, trop longtemps. Ses yeux tremblent de toute cette attention rageuse qu’elle lui porte. Il n’est qu’à quelques centimètres de son visage. Elle le toise avec des milliers d’interrogations. « Qu’a-t-il fait Edric? ». C’est son visage qui tremble maintenant, elle ne peut pas le contrôler. Au moins, ne lui avançait-il pas qu’elle était une sorcière thuriféraire. Il voyait en elle une lumière capable de repousser les ténèbres quand les pires commérages circulaient dans les vents de la nuit. Ses lèvres se mordent et c’est son corps entier qui tremble. Il suffoque de secousses mécaniques. Elle ne pouvait le perdre lui aussi.

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Edric Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Sam 1 Sep 2018 - 17:59

Edric se retourna au bruit de la chaise renversée, pour recevoir Rohanna contre lui. Violente. Dangereuse même, car son élan faillit les renverser par la fenêtre. Elle le frappa de ses mains et de ses mots, et ses mots étaient les plus durs.

- Car entend-le bien Edric : leurs têtes, à tous, méritent d’être sur un pic. Sans aucun jugement. Sans aucune chance de miséricorde.

Le visage d'Edric se tordit. Il ne reconnaissait pas Rohanna. Il fut effrayé. Il fut déçu. Il avait cru qu'elle serait celle, la seule, qui pourrait encore tempérer Robb. Mais c'était elle, la première victime ; c'était elle qui avait le plus de haine ; c'était elle qui criait vengeance. Edric ne pouvait pas lui en vouloir, pas même de ses accusations qui l’enfoncèrent plus bas que terre. Edric ne se défendit pas. Il avait sans doute mérité ces coups bas. Ces coups laisseraient des marques. Le Cerf ne pourrait pas oublier la Fureur méchante de Rohanna ; son visage éclatant en mille morceaux ; sa silhouette maigre électrifiée. Mais il pardonnait tout. La grande Dame, la femme du Gouverneur n'était plus, pourtant elle défendait encore le grand Homme, plus fort que jamais ; et sa faiblesse était sa force. Edric comprit que Rohanna se sentait trahie. Peut-être était-ce la dernière chose qu'ils partageaient, mais à cet instant, encouragé par la proximité de leurs corps, le Cerf voulait croire qu'ils pouvaient encore s'entendre. Il lui prit les épaules, la regarda dans les yeux et lui dit :

- Je n'ai pas de répulsion. J'ai peur, peur de ce que le Royaume le fait devenir, de ce que les assassins l'ont fait devenir. Et toi. Ils t'ont changée, Rohanna. Ne les laisse pas te changer comme ça. Ils t'ont déjà assez pris. Et la Couronne... vous lui avez assez donné, et moi aussi. Ce poids, Robb peut le décharger de ses épaules. Il le peut. Au moins celui là.

Car de celui de la trahison de Kyra, le Cerf couronné ne pouvait se défaire. Il pouvait du mieux essayer de l'alléger. Robb lui avait promis la miséricorde, si la Lionne se repentait.

- Je ne me détourne de personne, déclara-t-il sans comprendre qu'ainsi, peut-être, il se détournait de tous. Alors ne m'y obligez pas. J'obéis... Je ferme ma gueule et je pars chercher Freyja pour la sauver ou pour la vendre dans un espoir de paix. Je ferme ma gueule et j'assiste au procès de ma mère, de mon petit frère. Je ferme ma gueule et je n'essaie même pas de te récupérer, toi. Mais ne me demandez pas de rester en arrière quand les épées marchent sur Winterfell. Je ne le peux plus.

Il se l'était imposé pendant une année de paix. Edric avait de bonnes raisons pour cela, des raisons que personne ne voulait entendre et que lui-même ne voulait plus formuler, parce qu'il savait, que ça n'était pas la raison qu'il aurait dû écouter. Qu'il aurait dû agir comme un époux et un père, plutôt que comme un fils et un frère, et aller revendiquer, même en vain, les deux uniques personnes au monde auxquelles il ne voulait pas renoncer.

- Je ne méprise personne. Je sais que je ne vaux pas mieux... que je ne vaux rien... mais au moins j'essaie, lâcha-t-il comme un défi, ainsi que les épaules de la Biche.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric   Lun 15 Oct 2018 - 22:21




Et, à ceux qui nous ont offensés...




« Je n'ai pas de répulsion. J'ai peur, peur de ce que le Royaume le fait devenir, de ce que les assassins l'ont fait devenir. Et toi. Ils t'ont changée, Rohanna. Ne les laisse pas te changer comme ça. Ils t'ont déjà assez pris. Et la Couronne... vous lui avez assez donné, et moi aussi. Ce poids, Robb peut le décharger de ses épaules. Il le peut. Au moins celui là. »



Et toi.
Ils t’ont changée, Rohanna.

Ne les laisse pas te changer comme ça.
Ils t’ont déjà assez pris.



Ces paroles sont autant de lames qui viennent perforer son âme. Ses mains guerrières sur ses frêles épaules, il l’oblige à regarder son visage. Un visage si droit, honnête et vulnérable que celui de la Biche en tremble un peu plus. D’un mouvement du menton, elle susurre ce qu’elle ne peut dire à voix haute. Oui, elle avait changé. Le changement n’était pas né d’une volonté personnelle, mais pour fuir la perspective d’un avenir sanglant. Dans ses cauchemars les plus frappants, ceux où elle ne tombait pas de la Tour de la Main, un billot ensoleillé l’attendait en souriant encore plus que tous les nobles présents. Edric avait raison : ils lui avaient déjà assez pris… et ils continueraient probablement. Ils continueraient jusqu’au dernier lambeau de son corps, de son âme. Personne ne lui laissait le choix. Pas même lui, ce grand chevalier aux idées, soudainement, humanistes. Il avait été clair : « si tu étais partie, je ne t’aurais jamais pardonnée ». Alors, il n’y avait aucune issue n’est-ce pas? Qu’importe le chemin qu’elle déciderait, il amenuiserait son amour et affection pour elle. Dans les pupilles de la dame d’Accalmie danse une mer de sel tempétueuse. Ses paumes s’enfonce un peu plus contre son torse. Il allait la détester. Lui était-il si impossible de comprendre qu’elle n’avait ni sa position, ni son sang, ni sa richesse ou encore son sexe? Elle était une femme qui avait failli en ses devoirs primaires : donner descendance. Ô son bas-ventre avait donné satisfaction, après-tout quatre fils en étaient sortis — d’une manière ou d’une autre. Les Sept avaient juste décidé de la punir, la flageller, faire valoir leur droit divin. Son père déchu de ses droits et arrogances nobiliaires ne pouvait lui être d’aucun soutien. Aucune position, aucune sécurité. Elle était à la merci de tous, de Robb même. Pour se protéger et se défendre, elle était seule. Aucun Baratheon ne pourrait le faire pour elle. De l’ombre dans laquelle elle s’était mise, Lady Rohanna devrait en sortir seule. Elle n’avait aucun autre choix qui ne soit pas funèbre — pour elle ou pour les siens. Alors, par les flots du Détroit, par quel charme pouvait-il tant l’idéaliser qu’il ne voyait pas tout ça? Quelle hypocrisie était-ce que de ne pas accepter de le voir ! « Je ne me détourne de personne. Alors ne m'y obligez pas. J'obéis... Je ferme ma gueule et je pars chercher Freyja pour la sauver ou pour la vendre dans un espoir de paix. Je ferme ma gueule et j'assiste au procès de ma mère, de mon petit frère. Je ferme ma gueule et je n'essaie même pas de te récupérer, toi. Mais ne me demandez pas de rester en arrière quand les épées marchent sur Winterfell. Je ne le peux plus. » Il ne le pouvait plus? Ses yeux se plissent et se confrontent aux siens. Il ne le pouvait plus? Le Donjon-Rouge était un palais des illusions. Un endroit de malheur, peut-être n’y avait il pas plus terrible lieu sur terre. Même l’ancienne grande forteresse d’Harrenhal, qu’on disait pourtant hantée et néfaste, semblait moins pernicieuse que cette terre. Cette terre empoisonnée qui les avaient tous changé, même Edric. Il pouvait s’offrir ce nouveau rôle, celui du dévot sauvant les siens des flammes, mais lui aussi l’avait changé. Les sbires des couloirs, ceux qui attendaient de baiser leurs mains ou de recevoir un geste de leur part, avaient réussi à faire d’eux leurs marionnettes. Maintenant, ils se déchiraient entre eux. Les larges murs d’Accalmie étaient aussi loin que les sortilèges qui les protégeaient. « Je ne méprise personne. Je sais que je ne vaux pas mieux... que je ne vaux rien... mais au moins j’essaie. » Finalement, d’un coup, ses larges mains lâchent ses épaules. Un abandon. Une désertion. Dans une ultime parade, un défi. « Et moi, qu’est-ce que je fais pour toi? Tu n’as pas l’impression que moi aussi j’obéis et ferme ma gueule? Je vais devoir vivre avec la sœur de l’homme qui a tué mes enfants ! Tous les jours, tous les jours, j’essaie de comprendre pourquoi je n’ai pas sauté du haut de la tour quand il m’en était possible ! Il n’y a pas un seul instant où je ne bats pas contre mes humeurs atrabile ! MOI AUSSI JE FERME MA GUEULE. Tout comme Robart. Nous fermons tous nos gueules et obéissons. Ne t’abroges pas l’idée d’être différent, tu es tout aussi pris au piège que nous. » Alors, elle acquiesce la tête et se détourne de lui. C’était trop facile de se dévaloriser, de fuir ses propres tords et ses propres erreurs. Tout comme il était trop simple de s’engouffrer dans cette brèche et continuer à s’arracher les maux. « Laisse-leur ce masque que je leur construit ; laisse-moi survivre dans ce monde. » Sa tête acquiesce encore un peu plus et elle s’éloigne de lui. Ses pieds nus foulent les dalles royales. De cet échange, Rohanna ne dirait rien à Robart. Elle garderait ses souffrances dans un coin de son cœur, les banderait le temps de son absence. L’aîné n’aurait pas compris, n’aurait pas voulu comprendre. Une partie de lui serait morte sous le joug de ce rapport. À nouveau, la Biche prenait le coup pour le Cerf.


Dans le silence mortuaire, Rohanna ouvre une cassette ouvragée. Depuis des jours elle s’appliquait à l’ouvrage. Ses phalanges caressent l’étoffe. Un surcot à leur blason. Le même qu’elle avait fait pour Robb, à quelques détails différents, il y a plusieurs années de cela pour le protéger sur les champs de la grande guerre. Ici, les signes héraldiques n’étaient pas entremêlés mais côtes à côtes. Fraternels. Un cerf et une biche chevauchant au milieu des bois et eaux féroces d’Accalmie. Un jeu subtil d’éléments que lui avait offert sa lourde mélancolie de l’Orage. Malgré sa convalescence, elle avait veillé de longues heures pour pouvoir terminer la broderie. Depuis l’enfance, elle n’avait jamais été douée pour les métiers à tisser et autres travaux exigeant lenteur et précision. Trop fougueuse, trop entêtée pour le grand air, trop jalouse de ne pas être un homme. Pourtant, celui-ci était parfait. Celui de Robb, aussi imparfait qu’il était l’avait protégé toutes ces années… Au visage de la guerre, il y aura toujours un jour nouveau. Son cœur se ferme : qui protégerait Edric de lui-même? Il devrait trouver cette réponse seul. Leurs destins prenaient des routes différentes. Les dés étaient jetés. « Edric, tu vaux bien plus que tous les hommes sur cette terre. Non par le sang que tu portes en tes veines, mais par ce que tu es toi. » Apportant la chemise à ses lèvres, elle y dépose un baiser d’espérance. Rapidement, comme si le geste lui était désormais interdit. Elle ravale tous les pas qui les séparent et jète sa joue contre la sienne. Elle n’aurait pas su dire combien elle l’aimait, combien il était important pour elle. Il voyait en elle des choses que Robart ne percevraient jamais réellement. Il était ce jumeau qu’elle avait perdu, à jamais. Cette moitié d’elle-même… et le visage, désormais lointain et effacé, de ce frère elle l’aurait immolé à nouveau pour s’assurer que lui reste à ses côtés. Contre sa joue rugueuse, son cœur qui cogne au corps, elle reste quelques instants en suspens. Elle n’avait jamais voulu lui faire de mal, jamais. Et ce regard dédaigneux qui lui avait jeté, pour l’oublier elle aurait fait appel aux sorcières des grands chemins. Ses lèvres déposent pieusement en son oreille un chuchotement secret : « le chemin que tu prends, je ne peux t’y accompagner. Ni toi prendre le mien. Alors, ne me demande pas de choisir… s’il te plait. » Dans l’intimité de cette étreinte, la fille des bois et de la pluie dépose un baiser appuyé sur sa joue. Un moment d’adieu où elle fixe ce visage pour s’en remémorer tous les détails. Se souvenir de cette chaleur incroyable, cette bonhomie et cet esprit singulier… « Tu resteras à jamais une partie de ma destinée comme je serai toujours une part de la tienne. » Un sourire léger se loge dans sa commissure gauche et ses lèvres s’éloignent, puis tout son corps. 


S’enroulant dans le cocon de sa traîne, la dame d’Accalmie, sans un autre mot, se détourne de ce frère qu’elle a déçu. Par la désillusion du cerf suppliciée, elle marche lentement vers l’autel des inhumanités. Et chaque fois que son talon foule le sol, ce sont les antres de la terre qu’elle sent craquer un peu plus. Il n’y a plus un regard : à chacun son devoir, à chacun son masque. Les gongs ne grincent pas, la porte s’ouvre d’elle-même. « Dans la cassette tu trouveras un présent… je t’en prie, accepte-le. » Dans une inspiration de toute sa poitrine, elle s’empêche de se retourner vers lui. « Que la pluie te garde et que le dieu de la Mer et la déesse du Vent guident ton chemin ! » Cette phrase ancestrale, Rohanna la sourit et c’est un souffle d’espoir au milieu de la désolation. Le garde et la servante baissent leurs fronts, eux-aussi ont entendu les paroles. Ils les méditent et les prient. Tous ici, malgré les grands honneurs pour leur région, partagent la même nostalgie pour leurs terres. Ce qu'il ne savait pas, peut-être, c'est qu'elle était leur plus grande force.

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Et, à ceux qui nous ont offensés... ♣ Edric

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