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 I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Dim 22 Avr 2018 - 22:13




Still sisters
Un énième soupir s’échappa de ses lèvres tandis qu’elle lançait à nouveau un petit caillou dans le port, usant de ses forces herculéennes pour le voir couler à quelques mètres à peine. L’ennui. Existait-il pire fléau que celui-ci dans l’univers ? Evidemment, la pauvreté, la faim et toutes ces choses affligeantes étaient des choses plus déplorables. Mais l’ennui était l’ennemi mortel de la jeune sirène. A Blancport, elle s’occupait toujours, jouant avec Severus, espionnant ses pairs, traversant le port pour se jouer de quelques tisserands et artisans qui, à cause de sa beauté, avaient tendance à céder à tous ses caprices. A Winterfell, elle avait su se lier d’amitié avec les Loups, passant rarement un instant seule, œuvrant pour que Rhaenys ne redevienne la princesse déterminée d’antan et prenant du plaisir à jouer avec Cathan et Aidan. A Port-Réal… Eh bien, dans un premier temps, elle avait trouvé plaisant d’évoluer dans cette capitale, de découvrir les coutumes sudistes de Westeros et d’essayer de s’y plier – notez bien le essayer – et appréciant le grand air du Sud. Puis, sa situation avait changé. De simple amie de la Princesse Régente, elle était devenue dame de compagnie, accompagnée par un cercle de jeunes filles qui avaient environ toute son âge et qui se battaient bec et ongles pour obtenir les faveurs de la future Reine. Les choses changèrent à nouveau quand elle devint pupille Royale des Targaryen, attirant la curiosité autant que les jalousies, devant œuvrer face à cela… Seule.

Rhaenys ne l’avait pas oubliée. Privilégiée, elle le demeurait certainement aux yeux de celle qui était désormais Reine des Sept Couronnes. Mais le temps était une chose précieuse qu’elle ne pouvait que peu lui accordait quand c’était là le seul souhait de la petite sirène. Les choses avaient changé. Les responsabilités et les devoirs pouvaient en être la cause, mais la conséquence était ce sentiment d’abandon, cette solitude désagréable dans ce monde qui ne lui ressemblait guère. Plus d’une fois, elle avait songé rentrer à Blancport, retrouver sa mère, son frère aîné… Mais les risques étaient bien trop grand. Elle avait défié son aîné. Elle avait défié les Stark. En refusant d’obéir au moment opportun, elle avait prouvé que son allégeance n’allait plus aux Loups mais bien aux Dragons. Si elle osait se montrer dans les terres glacées, alors elle risquait la corde ou une vie passée derrière les barreaux. Et Alys aimait trop la liberté pour prendre ce risque. Alors, il lui avait fallu quelqu’un à blâmer. Quelqu’un à haïr pour sa peine, pour ce sentiment de rejet et de perdition dans un milieu qu’elle avait fini par juger hostile.

Aemon avait bien essayé de la mettre à l’aise, de lui rendre ses jours plus faciles. Aujourd’hui, elle en était certaine : elle l’aimait. Dans le regard améthyste du jeune dragon, elle lisait la même chose et pourtant, elle avait choisi de mettre de la distance entre eux, certaines rumeurs jouant défavorablement en leur sens. On murmurait déjà que les fiançailles du prince avec Jeyne Tyrell n’étaient plus qu’une question de jours. La Bieffoise finirait alors par rejoindre Port-Réal, épouser l’homme qu’elle aimait et s’attirerait les faveurs de Rhaenys. Peut être même finirait-elle par lui prendre sa place ? Rageusement, elle jeta une pierre plus grosse dans le port, un plop sonore accompagnant l’impact. Elle la détestait déjà, cette rose qui se disait muse, dont on vantait les mérites et la beauté à chaque détour de couloir. Les autres demoiselles qui lui tenaient compagnie avaient finit par glousser et pouffer à ce sujet quand elle se trouvait loin d’elle, ses œillades noires ayant refroidi leurs ardeurs en sa présence. D’ailleurs, se parlaient-elle encore vraiment ? Ces gourdes prenaient plaisir à se faire courtiser, à user de leur rang pour mieux apprécier la compagnie d’un lord en devenir quand Alys mourrait d’envie de se ruer sur un cheval pour fuir dans les Bois au triple galop. D’ailleurs, les quelques séances dans le jardin qui consistait à la faire discuter avec des prétendants, elle avait fini par les oublier. La sirène se voulait insaisissable. Nul ne pouvait prétendre avoir obtenu ses charmes parce qu’elle refusait tout simplement de les offrir. Les rumeurs commençaient à courir à ce sujet, remettant en cause jusqu’à l’honneur et la pureté de la jeune fille, mais elle s’en moquait. S’ils voulaient tant lui nuire, alors ils devraient nuire au Roi lui-même qui la protégeait.

Jaehaerys… Il était dur pour Alys de ne pas réussir à haïr celui qui lui avait volé sa sœur de cœur. Lui l’avait dans son sang, dragon, Roi. Elle n’était qu’une pâle copie vaguement acceptée par la famille royale. Et l’écart commençait à se ressentir. Daenys avait été la plus claire à ce sujet, se montrant froide et distante avec elle. Jaehaerys, lui, avait essayé de lui montrer quelle était sa place, prenant la peine de discuter avec elle, leur âge encore jeune leur permettant de se retrouver plus près de l’enfance que de l’âge adulte. Mais les responsabilités le rattrapaient toujours et véritable ami il ne serait jamais. Elle devait accepter les choses… Or, il était dur pour elle de céder du terrain sur cette idée qu’elle s’était faite de la vie de Cour, sur ce rêve qu’elle avait nourri d’espoir des mois durant et qu’elle semblait subir depuis plus d’un an désormais. L’empoisonnement n’avait rien arrangé, laissant sur la cité un climat tendu, alimenté par les fortes chaleurs qui épuisait les esprits. Les querelles semblaient sur le point de toutes exploser et Alys sentait que son propre sang-froid s’était réchauffé.

Quittant les quais, elle remonta dans les couloirs. Portant une robe d’un blanc virginal au tissu vaporeux, elle se dirigea vers ses appartements dans lesquels elle entra. Ses longs cheveux blonds argentés la suivaient, lâchés, libres comme la sirène. Elle n’eut guère le temps de se servir un verre d’eau qu’un garde frappa à la porte, s’exprimant à travers le battant de celle-ci pour lui signifier que la Reine la faisait mander. Elle fronça les sourcils. Il n’était guère l’heure des retrouvailles de la secte des prétentieuses. Quelque chose clochait, contrairement à d’ordinaire. Pourtant, elle ne pouvait désobéir à sa maîtresse. Prenant tout le même le temps de se désaltérer, elle quitta les lieux d’un pas rapide pour rejoindre les appartements de la Reine. On la fit entrer, l’annonçant à Rhaenys. Croisant son regard, Alys prit une profonde inspiration avant d’exécuter une révérence parfaite. « Votre Majesté. Me voici. En quoi puis-je vous être agréable ? » Avait-elle réellement arraché ces mots de sa bouche, les récitant comme un servant s’acquittant de son devoir protocolaire ? Le regard toujours baissé, elle attendit, se redressant légèrement, ses mains se joignant devant elle.


© Belzébuth

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Mar 24 Avr 2018 - 16:38




Still sisters
Ses yeux s’étaient plongés dans les miens depuis de longues minutes. Un regard ardent, défiant et méfiant. Debout, je lui faisais face dans une posture d’humilité plus que nécessaire. Cela faisait de longues semaines que nous échangions, que nous apprenions à nous connaître, que nous jaugions, et le temps était venu de nous accepter.
Le jeune dragon avait arrêté de voler, droit sur ses pattes il dirigeait son souffle chaud dans ma direction sans bouger pour autant. Les dragonniers avaient voulu que ce moment soit retardé, car le dragon avait un caractère emporté… Cependant, alors que nos regards communiquaient avec une intensité inédite, je comprenais que le temps était venu pour lui également. Nous avions, l’un et l’autre, décidé de se faire confiance et de forger ce lien inexplicable qui unissait un dragon à son maître.

Ailes d’Argent avait un regard expressif, une qualité qu’il partageait avec Vif-Argent. Pourtant, s’ils partageaient beaucoup de points communs, s’ils pouvaient même se ressembler légèrement, Vif-Argent avait un plus petit gabarit, et surtout un caractère plus doux, plus constant. Aile-d’Argent avait un caractère impulsif, réagissant rapidement au moindre mouvement, à la moindre potentielle attaque. Ce dernier disposait de la même rapidité que mon défunt dragon, mais il aurait besoin d’être canalisé afin de mobiliser ses forces dans une direction plutôt que de se laisser emporter à sa volonté de destruction.

Les minutes s’égrainaient, le temps passait sans qu’il ne semble avoir d’emprise sur nous. Après deux longues heures, plongés dans le silence et l’immobilité, Aile-d’Argent fut le premier à bouger. Bougeant une patte après l’autre, il avançait à pas feutrés, légers, presque hésitants. C’était sa manière de me dire que ses dernières barrières étaient tombées. Je l’imitais alors, un pas après l’autre, veillant à ne pas faire de mouvement brusque, à ne pas parler. Aucun de nous ne voulait montrer sa peur à l’autre, et pourtant elle était palpable. Faire confiance, déposer sa confiance aux pieds d’un être encore inconnu des mois auparavant… Il n’y avait là rien d’anodin, pour le dragon comme pour moi. Lui, devait accepter d’être monté par un être humain. Quant à moi, il me fallait accepter le risque qu’il ne m’accepte finalement pas, et de périr en vol. C’était un saut dans l’inconnu à faire, et cela représentait l’ultime étape de ce processus aussi étrange que magique, ce processus capable de lier deux âmes étrangères pour qu’elles ne fassent qu’une.

Une main tendue d’abord, je le laissais faire le dernier pas, instaurer cette tension qui nous séparait d’un contact physique, laisser planer dans l’air cette angoisse qui précède un contact, lorsqu’on le sent approche mais que les corps sont encore séparés. Un dernier pas, et ma main se déposait sur la peau écailleuse et dure comme la pierre, cette peau ardente qui caractérisait ces êtres de feu. Laissant glisser ma main le long de son corps gigantesque, je me déplaçais afin de rejoindre l’endroit où je déposerai mon pied, pour finalement me hisser sur le dos de l’animal. La tête du dragon se tournait légèrement, et je pouvais sentir son œil me scruter et une tension inédite habiter nos corps. Je restais immobile un instant, lui signifiant que je le respectais, que je ne me présentais pas en conquérante toute puissante. Je restais ainsi un instant, synchronisant le rythme de ma respiration sur la sienne. Je fermais les yeux, et je pouvais presque sentir ce lien se construire, seconde par seconde, sa respiration qui s’apaisait au rythme de la mienne, ses mouvements presque imperceptibles qui faisaient écho aux miens… De deux corps, nous passions à un seul, et ce fut le signal qu’il me fallait pour monter.

Je montais, je m’asseyais sur ce dos comme je l’avais fait tant de fois sur Vif-Argent. Aile-d’Argent bougea légèrement, visiblement déstabilisé, car jamais encore il n’avait autorisé un être humain à entrer en contact de la sorte avec lui. C’était une preuve de sa confiance, une preuve que nous acceptions de nous lier l’un à l’autre. Nous n’étions pas seulement entrain de lier nos destins, mais bien nos cœurs et nos âmes jusqu’à ce que la mort de l’un de nous survienne. Il était bien difficile de comprendre la magie qui régissait l’union d’un dragon et de son maître, c’était une ancienne magie d’Essos qui coulait dans notre sang. D’un mouvement délicat, j’invitais Aile-d’Argent à prendre son envol, et s’il hésitait un instant, nous décollions bientôt avec vigueur et il me fallut me tenir solidement pour ne pas perdre l’équilibre. Maintenant que le lien avait été accepté, il nous fallait apprendre à nous comprendre et à fonctionner ensemble, cela prendrait du temps bien-sûr, mais je ne doutais pas que nous formerions bientôt une belle équipe.
De retour au sol, je prenais le temps de lui dire au revoir. Il me faudrait revenir le lendemain afin de consolider l’énorme avancée que nous venions de vivre, et il nous faudrait voler de plus en plus loin, régulièrement.

Le programme de la journée était, pour une fois, relativement calme. Jaehaerys s’entretenait avec Robb pour la plus grande partie de celle-ci, et s’il nous faudrait en parler ce soir j’avais du temps pour moi. La Régence avait été un moment particulier, mais mon nouveau statut de Reine consort n’avait pas allégé mon emploi du temps. Pénétrant dans les appartements royaux, j’étais rapidement accueillie par les demoiselles de compagnie qui avaient été choisie pour ma suite. Toutes étaient de noble naissance, et toutes reflétaient la grâce et le charme de la Cour de Port-réal. Elles étaient jeunes, innocentes, et placées à la Cour afin de réaliser les ambitions de leurs parents.

Je n’avais pas de griefs contre ces jeunes filles qui engageaient beaucoup d’efforts pour se montrer agréables et serviables. Je pouvais voir leurs multiples tentatives pour rentrer dans mes bonnes grâces, même si cela devait entraîner une compétition acharnées entre elles. Qui serait la première à broder un mouchoir aux armoiries de la maison royale ? Laquelle démontrerait le plus de grâce lors de nos cours de danse ? Qui serait à même de choisir le bon mot et faire mouche auprès de son auditoire ? Cela n’en finissait plus. J’aurais pu m’en agacer, et sans doute parfois prenais-je de la distance avec elles, mais je ne pouvais oublier que quelques années auparavant… ces jeunes filles auraient été mes amies. Les demoiselles de la suite de ma tante et de ma mère étaient les quelques privilégiées amenées à grandir aux côtés des enfants de la famille royale et il était impossible d’oublier nos jeux et défis dans les jardins, nos tentatives d’échapper à l’égide parentale pour ne plus être princesse, ne plus être demoiselle d’honneur ou de compagnie, mais n’était que des jeunes filles. La condition d’une jeune fille à la Cour était bien difficile, et je tenais à protéger celles-ci des dangers qui les attendaient, et peut-être d’elles-mêmes en définitive.

Mon inquiétude, cependant, se portait tout particulièrement sur une jeune fille en particulier, et celle-ci manquait à l’appel.

« Mesdemoiselles. »
« Votre Majesté. »
« Je ne vois pas lady Alys parmi vous… »
« Lady Alys n’est que très rarement avec nous, Majesté. »

Cela faisait plusieurs jours déjà que je pouvais percevoir les murmures du petit groupe à propos de Lady Alys. Elle faisait bande à part, elle s’était retranché avec le Prince Aemon, elle se pensait trop bien pour être leur amie… Tant de commérages idiots qui révélaient une réalité plus inquiétante : Alys n’était pas épanouie, encore moins heureuse à la cour. Je pouvais saisir sans difficulté l’ironie et peut-être même la mesquinerie dans le ton de leurs voix, et il était très clair qu’un groupe s’était formé… et qu’Alys Manderly en avait été exclue.

Je pénétrais dans ma chambre, refermant la porte sur le groupe de jeunes filles qui pratiquaient la broderie au milieu des éclats de rire. Prenant place sur un petit fauteuil, je prenais un livre sans le voir, car mon esprit était bien ailleurs.

Je regrettais d’avoir tiré Alys du confort de son Nord natal, je regrettais de l’avoir conduite jusqu’au cœur de cette Cour impitoyable et de l’avoir exposée à ce qu’elle n’avait pas été élevée à affronter. Je ne regrettais pas sa présence, elle m’était essentielle, mais pouvais-je seulement justifier le prix qu’elle payait pour rester à mes côtés ?
J’avais tenté de faire en sorte que Port-réal n’influe pas sur notre relation, mais la Régence, puis les multiples préoccupations politiques, diplomatiques et même propre à l’animation de Cour me tenaient plus qu’occupée. Il était rare que je puisse m’entretenir avec elle un long instant. J’avais pensé que la présence des autres jeunes filles lui permette de se nouer avec elles, de reconstruire un semblant de vie normale au cœur du chaos, mais force était de constater que c’était un échec. Alys était malheureuse, et sans doute se sentait-elle délaissée… Mais comment pouvais-je seulement combler ce manque qui la torturait ? Y avait-il seulement une solution viable ? Je ne pouvais renier mes nombreuses responsabilités, je ne pouvais renier Jaehaerys, mais je ne pouvais renier Alys non plus. Elle s’était imposée comme une de mes proches les plus précieux, une sœur que je souhaitais protéger par-dessus tout. Mais comment ? Je pouvais la protéger de la Cour, la protéger des dangers physiques mais comment la protéger de cette solitude dans laquelle elle était plongée ?

« Alan ? »
« Majesté ? »

L’homme, posté à la porte de mon appartement privé ouvrait la porte avant délicatesse et se tenait à présent devant moi.

« Invitez Lady Alys à me rejoindre, s’il vous plait. »
« Tout de suite, Majesté. »

Il disparaissait en un clin d’œil, et j’espérais que le messager réussirait au moins à mettre la main sur la jeune fille qui semblait avoir disparue aux yeux de tous.

***


« Votre Majesté. Me voici. En quoi puis-je vous être agréable ? »

La révérence était parfaite, le ton tout à fait poli et sans doute n’aurait-il eu aucun soupçon de ma part si cela avait été quelqu’un d’autre. Mais il s’agissait d’Alys. Alys Manderly avait toujours été une jeune femme passionnée, rieuse et joyeuse. Elle était une enfant, et pourtant la personne qui me faisait face portait le masque d’une adulte.
Je décidais de ne pas lui demander directement les raisons de sa mélancolie, car il me semblait évident qu’elle ne répondrait jamais sincèrement à une demande si frontale.

« Alys, tout le monde se demandait où tu étais passée. »

Avec un sourire aimant je l’invitais à s’asseoir à mes côtés, lui indiquant un verre rempli d’eau aromatisée si elle souhaitait se rafraîchir. Prenant moi-même la deuxième coupe qui se trouvait non loin de nous, je déposais mon livre et me tournais légèrement vers elle alors qu’elle prenait place.

« Voilà de longs jours sans avoir un moment pour nous… Comment vas-tu ? »



© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Jeu 3 Mai 2018 - 22:58




Still sisters
Droite, dans l’attente des demandes de la Princesse, Alys pinçait délicatement les lèvres, espérant que sa mine baissée avec respect dissimule cet air si ennuyé que la sirène portait sous son masque. Les deux jeunes femmes se connaissaient et la petite sirène savait qu’elle devrait redoubler d’efforts pour cacher son mal-être avec celle qu’elle considérait comme une sœur de cœur, qui l’avait adoptée et protégée afin qu’elle puisse conserver cette place auprès d’elle, à la Cour. Mais le reste n’avait fait que creuser un fossé entre elles et plus le temps passait, plus la native de Blancport avait des difficultés à le cacher. Le regard des autres jeunes filles avec qui elle était censée passer du temps n’aidait en rien l’intégration de la Nordiste, en témoigne le silence qui s’était fait dans les appartements de la Reine quand, menée par le garde, Alys était entrée. La jeune fille n’était pas de celles qui se plaisaient à lancer des commérages, se contentant d’observer les gens pour obtenir des informations qu’elle savait vraies. Elle n’appréciait pas non plus qu’on lui fasse la cour, contrairement à ses pairs qui se gratifiait d’avoir obtenu les faveurs d’un seigneur ou d’un fils de lord, pouffant, riant de ces hommes qui semblaient prêts à se battre pour leur plaire avant de se donner des conseils sur un sujet qu’Alys préférait ne même pas aborder. Et enfin, elle détestait ces moments qui se voulaient agréables mais qui n’étaient que torture pour elle. Broder, danser, jouer de la musique… Combien d’heures devrait-elle passer à faire cela quand le monde extérieur les attendait ? Voir ces filles vendre leur travail auprès de la Reine par la suite la faisait rire au début, mais avait fini par la lasser. La blondinette passait alors le plus clair de son temps accoudée à la fenêtre à rêver de ces horizons perdus qu’elle ne contemplerait jamais. C’était pour toutes ces raisons qu’elle avait provoqué une rupture entre elle et les autres demoiselles de compagnie de la Reine, ne venant plus lors de certaines réunions, les laissant parler dans son dos en se moquant bien des conséquences. Mais la solitude la drapait avec froideur et la petite sirène ne tarderait pas à mourir de ce froid glacial qui l’étreignait.

Relevant le regard, ses sourcils se haussèrent devant la première phrase de la Reine avant qu’un rire cynique ne sorte de sa gorge. « Je crois, au contraire, que personne ne me cherche vraiment… N’en déplaise à ces amies qui écoutent certainement à la porte la teneur de notre conversation. »Les imaginer, là, toutes agglutinées contre le battant de bois en espérant pouvoir capter un mot de l’échange entre la Reine et son amie avait quelque chose de drôle et un léger sourire en coin vint prendre place sur les lèvres de la jeune sirène. Cependant, il s’effaça rapidement quand elle l’invita à s’asseoir, promettant une conversation inespérée autant qu’évitée le plus possible. Retenant un soupir, elle prit cependant place aux côtés de la souveraine, s’emparant également de son verre d’eau sans le porter pour autant à ses lèvres immédiatement. Rhaenys l’imita bien assez vite, posant également l’ouvrage qu’elle était en train de lire avant son arrivée.

Vint alors la question tant redoutée. Comment vas-tu ? Imperceptible pour un étranger, la mâchoire d’Alys se crispa légèrement, annonçant un mensonge à venir. Reprenant ses esprits, elle plongea ses lèvres dans le verre d’eau fraîche, prenant le temps de construire l’expression à cette façade qu’elle se devait de mettre en place pour essayer de dissimuler au mieux ce qu’elle ressentait. Mais intérieurement, elle avait envie de hurler. Comment pouvait-elle aller bien quand les minutes semblaient s’écouler avec une lenteur exagérée, quand ses occupations se résumaient à des futilités sans nom, quand sa seule consolation était d’espérer apercevoir le prince Aemon au détour d’un couloir et quand les murmures soufflaient que le Nord, sa famille était en danger ? Adéric avait bien tenté de lui écrire, de lui faire entendre raison, cherchant à mesurer la hauteur de l’allégeance de la sirène à la couronne, la potentielle trahison qu’elle pourrait avoir quand lui en venait à se moquer des avertissements du Bolton, prêt à retourner sous le giron des loups pour leur assurer le soutien infaillible des sirènes, quitte à vendre les crimes de sa sœur.

Avalant une dernière gorgée, elle eut un léger sourire qui se voulait léger tandis que ses iris azurés se posèrent sur le visage de la reine. « Je vais bien, votre Majesté. Merci de vous en soucier. » Là encore, son ton semblait monocorde quand l’envie de glisser de l’acide dans ses mots se fit sentir. Rhaenys se souciait-elle encore réellement de son bien être ? Si tel était le cas, pourquoi ne lui avait-elle pas parlé de ce conflit qui sommeillait entre la Couronne et le Nord ? Mais, gardant ses pensées sous son masque d’adulte, elle poursuivit de ce même ton mielleux. « J’ai entendu dire que le Roi gagnait un peu plus en assurance chaque jour. Je dois vous avouer que je le trouve plus grand un peu plus chaque jour. » Des paroles creuses, comme on devait lui servir à longueur de journée. Mais Alys ne prouvait-elle pas qu’elle apprenait de la Cour ? Qu’elle se montrait toujours un peu plus digne d’elle ? Elle pouffa légèrement, forte de ce rôle qu’elle prenait, de ces airs qui n’étaient pas les siens quand son corps tout entier lui demandait de hurler, de courir, de nager. « Peut-être désirez-vous entendre les dernières rumeurs qui se glissent dans les couloirs ? Puis-je vous recommander d’en discuter avec lady Lyara ? Elle est bien plus informée que moi à ce sujet et vous sera, je pense, d’une compagnie plus agréable. » Ce n’était pas son genre de se défiler. Mais la différence entre elle et ces autres jeunes filles, c’est qu’elle ne se battait plus pour une place qu’elle pensait avoir déjà eu par le passé. Peut-être l’avait-elle perdu, mais la douleur de cette perte valait-elle un combat pour la combler à nouveau ?


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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Mar 29 Mai 2018 - 17:01




Still sisters


« Je vais bien, votre Majesté. Merci de vous en soucier. »

Je ne dis rien de plus, me contentant de porter la coupe à mes lèvres, regardant Alys avec bienveillance. Mon visage, seul, me servait à exprimer tout le scepticisme que sa réponse avait provoqué en moi. Alys n’avait rien d’une jeune femme élevée pour se plier aux règles de la cour, et il était très rare qu’elle use de mon titre lorsque nous étions toutes deux réunies derrière les portes closes. Cela dénotait un effort surhumain pour se conformer au protocole, ou bien une tentative de me laisser entrevoir son agacement… Peut-être même était-ce la même chose.

Je n’avais jamais pensé que l’arrivée d’Alys Manderly à la cour de Port-réal serait une transition aisée, et j’avais tenté, lorsque nous étions encore à Winterfell, de lui faire prendre la mesure de ce qu’elle souhaitait rejoindre. Elle rêvait d’une Cour brillante et glorieuse, elle en découvert le revers la médaille : un lieu d’intrigue et de faux-semblants. La jeune sirène était fille du Nord, élevée dans les espaces illimités de cette région gigantesque, suivant les valeurs de ces hommes d’honneur qu’étaient les Nordiens. J’avais tenté de lui dresser un portrait fidèle de la Cour du Roi, de celle que j’avais connu à l’époque de Maegor, qui avait été bien plus vicieuse que celle dans laquelle Alys tentait de s’intégrer. Rien n’avait réussi à la convaincre que le risque pour elle de s’y rendre était grand. Il ne s’agissait pas là de risque physique, elle bénéficiait de la protection royale, mais la cour prenait tout ce qu’elle pouvait prendre : l’innocence, la confiance, la liberté. J’étais née dans ce carcan, grandissant aux sons des injonctions de mes gouvernantes, chargées de m’inculquer le comportement adéquat pour une princesse. Cependant, je disposais d’espaces de liberté que notre période troublée rendait difficile. J’avais, dès mon plus jeune âge, appris à monter à cheval, à tirer à l’arc, et ma capacité à monter un dragon m’offrait une liberté dont d’autres ne pouvaient pas même rêver.

« J’ai entendu dire que le Roi gagnait un peu plus en assurance chaque jour. Je dois vous avouer que je le trouve plus grand un peu plus chaque jour. »

Je lui adressais un sourire tendre, à l’image que Rhaena m’avait adressé de son vivant. Jaehaerys et Alys avaient une relation compliquée, cordiale mais compliquée. Il n’était guère étonnant qu’Alys voit en mon frère-époux la raison de mon manque de disponibilité à son égard. C’était une chose, du moins je le croyais, qui la rendait quelque peu agacée à son endroit. Quant à Jaehaerys il avait accepté la jeune femme dans son entourage proche mais estimait que son choix de délaisser le Nord pour me suivre avait été dangereux. Ils avaient, de surcroît, deux personnalités aux antipodes. Alys était spontanée, elle aimait agir vite et ne tenait guère en place. Elle était à mon image sur beaucoup d’aspects. Jaehaerys, quant à lui, était un être de réflexion. Il était, évidemment, un chevalier accompli, un jouteur émérite, et il s’exerçait quotidiennement au combat. Cependant, il y avait chez lui cette passion de la lecture, cette capacité incroyable à analyser les situations avec calme avant de réagir, ou encore cette sagesse incroyable, qui lui offraient une aura bien plus âgée que son âge véritable. Il y avait beaucoup de notre père en lui.

« Il ne fait aucun doute que, le jour approchant, il se prépare avec succès à prendre le pouvoir. J’ai de plus en plus l’impression qu’il est l’ainé de nous deux… »

Je riais mais l’impression n’en était pas moins exacte. J’avais fait de mon mieux, ces derniers mois, pour habiter les rôles qui avaient été les miens, tout d’abord régente, puis reine consort, et Jaehaerys m’avait aidé plus que je ne l’avais imaginé auparavant. Son caractère compensait le mien, il était mesuré lorsque j’étais volcanique, réfléchi lorsque je cédais à l’impulsion, clément lorsque je restais rancunière. Nous nous étions promis une chose, une seule : nous serions le soutien de l’autre, et tous deux nous grandirions, main dans la main, pour être à la hauteur de la tâche qui nous incombait.

« Peut-être désirez-vous entendre les dernières rumeurs qui se glissent dans les couloirs ? Puis-je vous recommander d’en discuter avec lady Lyara ? Elle est bien plus informée que moi à ce sujet et vous sera, je pense, d’une compagnie plus agréable. »

Cette fois j’éclatais de rire tant la surprise était forte.

« Oh Alys… Crois-tu vraiment que je me soucie des rumeurs de couloirs ? »

Je riais encore quelques secondes avant de reprendre une gorgée et laisser, un temps, le silence retomber. J’avais été, plus jeune, très friande des rumeurs et autres commérages, activité bien souvent très divertissante pour toute jeune fille de la cour. Il y avait quelque chose de rafraîchissant que de s’échapper un temps de son existence rangée et surveillée pour évoquer les aventures des uns et des autres, qu’elles fussent véritables ou non. Cependant, j’avais dépassé largement cet âge, et mon exposition aux rumeurs et aux regards de la Cour me rendait tout à fait frileuse quant à les écouter.

Lady Lyara était une jeune femme de ma suite, chargée, tout comme Alys, d’être demoiselle d’Honneur de la reine. Elle était de nature à apprécier les commérages, et était bien souvent la première à faire circuler tel ou tel fait, avéré ou non. Il était de mon devoir de prendre en charge ces jeunes filles, de participer à leur éducation afin qu’elles puissent, dans un avenir plus ou moins proche, nouer un mariage prestigieux. Lady Lyara était d’une beauté plutôt classique, mais elle disposait d’un esprit vif et piquant, souvent remarqué en société car elle n’était pas de celles qui passent inaperçu. Il y avait pourtant quelque chose de dérangeant chez cette jeune femme, et même si je ne l’aurais jamais avoué à quiconque… je n’appréciais pas tout particulièrement sa compagnie.

Il y avait définitivement un problème et le fait qu’Alys tente de le dissimuler sous ses atours de dame de Cour ne faisait qu’amplifier mon impression que le problème était profond. Les activités de Cour m’ayant pris beaucoup de temps, nos dernières entrevues avaient été rapides et rarement privées, je n’avais donc pas encore eu le temps d’aborder le sujet. J’avais eu, par Aemon, vent de la mélancolie qui s’était emparée du cœur et de l’esprit de la petite sirène. J’avais cru que mes activités de reine consort seraient moins prenantes que celles de Régente, mais j’avais bien vite déchanté. Cela ne laissait guère de temps à autre chose, mais il était temps d’accorder à Alys le temps dont elle avait besoin. Je n’avais pas oublié le sacrifice qu’elle avait fait. Je n’avais rien oublié de sa présence à mes côtés lorsque j’en avais eu le plus besoin. Rien ne pourrait effacer ce qui nous liait.

« Je me souviens de ces années précédant l’arrivée de Maegor. La Cour était glorieuse tu aurais dû la voir. A cette époque, j’étais trop jeune pour me rendre compte des embuches que l’on y trouvait… Je n’avais connu que cela après tout. »

Je plongeais mon regard dans celui d’Alys.

« J’étais à mon aise à la cour, et pourtant j’avais ce constant besoin de fuir les mondanités de temps à autres, d’accompagner mon frère à la chasse au lieu de rester broder avec ma sœur, de rejoindre Peyredragon sur le dos d’Ailes d’Argent, ou encore de m’entraîner au tir à l’arc… »

Peut-être la jeune femme voyait elle où je voulais en venir, mon regard se faisait plus insistant, comme pour lui faire comprendre qu’elle pouvait déposer le masque lorsqu’elle se trouvait à mes côtés.

« Ainsi, je mesure sans peine le poids de ces obligations sur tes épaules… »

Je déposais une main tendre et aimante sur celle de la jeune fille.

« Tu n’es pas heureuse ici, Alys… Et je n’ai pas été aussi présente que nous l’espérions pour t’aider à t’acclimater à ce nouvel environnement… à cet environnement hostile à bien des égards. Il n’est guère utile de prendre des gants avec moi lorsque nous sommes seules, nous avons trop vécu ensemble pour nous embarrasser de formalités. Parles-moi, Alys. »



© Belzébuth

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Dim 10 Juin 2018 - 22:08




Still sisters

La droiture de son corps la trahissait autant que les propos distants qu’elle tenait. Elle avait beau essayer de garder la face, Alys sentait que, devant celle qui fut la dragonne enneigée, le masque de porcelaine qu’elle portait ne cessait plus de se fendre. Bientôt, il céderait et alors, Rhaenys verrait le véritable visage de la sirène, brisé, capricieux et égoïste. Pourtant, le rire de la Reine devant sa proposition lui fit mal, même s’il était détendu et adapté. Qui se souciait des rumeurs à présent ? Les deux blondes n’en avaient jamais été friandes et la petite sirène cherchait simplement à s’enfuir, d’un coup de nageoire bien placé, réalisant une pirouette parfaite pour éviter cette conversation qui s’annonçait. Son ventre se tordit tandis qu’elle comprenait qu’elle s’était retrouvée dans un filet aux mailles trop fines pour qu’elle ne puisse espérer s’en défaire aisément. Portant son verre à ses lèvres, elle but une gorgée de son contenu, accompagnant la Reine dans ce geste, laissant le silence les draper, toutes deux.

Puis, rompant ce silence de quelques mots, la Targaryen reprit la parole, revenant sur le passé comme elle l’avait fait à maintes reprises avec la jeune Manderly. La Cour d’autrefois, celle qu’elle lui avait décrite, celle qu’Alys avait imaginé de longues nuits durant, idéalisant ce monde de richesses et de secrets, masquant les défauts de ces lieux qu’elle souhaitait voir de ses propres yeux, toucher du bout des doigts. Mais ce rêve, aujourd’hui, Alys l’avait vu se transformer en cauchemar. Les récits de Rhaenys étaient faussés et elle-même semblait s’en être rendu compte bien tard, entraînant dans la plus grande désillusion celle qui la voyait comme une grande sœur de substitution. Croisant le regard améthyste de la dame la plus haut placée du royaume, elle l’écouta poursuivre, lui expliquer comment elle se dérobait à ses devoirs de cour pour mieux jouir de son statut princier et se faire plaisir, accompagnant son frère, fuyant avec son dragon… Mais là était toute la différence entre Alys et Rhaenys. L’autre avait été choyée, entourée quand la seconde se trouvait plus esseulée que jamais. Le regard de Rhaenys se faisait plus pénétrant, plus sûr de lui au fur et à mesure qu’Alys sentait la colère montait dans sa gorge, la serrer avec force, manquant de l’asphyxier.

La main qu’elle posa sur la sienne se voulait douce, mais elle n’était qu’agression de plus dans le monde vacillant de la sirène qui sentait l’ouragan poindre sous sa peau, tempête terrible autant que devenue inévitable. Rhaenys voulait l’affronter de front mais savait-elle seulement ce qui l’attendait ? Heureuse, non, elle ne l’était nullement, prise au piège d’un monde utopique qui s’effondrait, manquant de l’aplatir sous un pan de cette fausse réalité qu’elle se surprenait encore à espérer. Et la cause de ce malheur, au-delà de l’absence de Rhaenys qu’elle reconnaissait aisément, était due à tous ces rêves partis en fumée, ces choix qu’elle arrivait parfois à regretter amèrement. Elle voulait qu’elle parle. Elle voulait l’entendre lui dire tout cela. Les yeux de l’enfant se remplirent alors de larme, baignant ses iris océanes dans cette mer d’eau salée qui ne tarderait pas à se répandre à nouveau sur ses joues pâles, immaculées et pourtant presque striées de ces larmes qui n’en finissaient jamais de couler. Reprenant sa liberté, elle se releva, faisant face à Rhaenys. L’orage gronderait, la mer se soulèverait et bientôt, la chambre de la Reine ne serait plus que cris et pleurs. Mais il le fallait. La Reine le demandait, alors elle serait exaucée. « Non, Rhaenys… Tu ne peux mesurer ce que je ressens… » Phrase prononcée avec une articulation presqu’exagérée, afin de montrer le désarroi profond de la sirène.

Prenant une longue inspiration, elle commença à souffler sur la capitale, amenant les nuages orageux et les vagues démesurées à elle. « Tous ces souvenirs que tu as partagé avec moi, toute cette cour dont tu m’as parlé… Rien de tout ceci n’est plus vrai aujourd’hui et je me sens… Dupée. J’ai l’impression que tout ceci n’étaient que des mensonges contés à l’enfant que je suis dans le but de demeurer à tes côtés… » Les larmes glissèrent sur ses joues, lançant l’eau salée à l’assaut des remparts. « Moi aussi, je fuis ces mondanités, ces obligations de cour qui m’exècrent… Mais moi, je n’ai nul frère pour m’emmener chasser, nul dragon pour me transporter au loin, personne pour m’entraîner au tir à l’arc. Je ne suis pas toi, Rhaenys. » Elle avait presque crié ces derniers mots, s’époumonant dans l’effort pour les sortir. Les disait-elle pour que la Reine l’entende ? Ou bien en prenait-elle seulement conscience ? A force de confondre les autres, elle s’était travestie, s’oubliant à nouveau pour mieux devenir la nouvelle Rhaenys de cette cour, la petite princesse choyée et chérie de ces histoires que lui racontait celle qui possédait le sang du Dragon.

Implosion. Les émotions d’Alys finirent par s’entremêler, par prendre possession de son corps, de son être. Comme lorsque Faust était venu la trouver, elle sentait sa respiration se faire courte, n’amenant plus assez d’air, lui donnant le tournis, et pourtant la rage lui permettait de tenir debout, de voir à travers les larmes qui ne cessaient plus de couler. « Tu n’étais pas là ! Personne n’était là pour moi quand je cherchais simplement quelqu’un pour m’éviter l’ennui, la solitude, la mélancolie et le chagrin. Faust et moi sommes les oubliés de cette guerre. Aemon a essayé de tuer ce temps qui s’égraine avec une lenteur infinie, me faisant l’honneur de sa compagnie mais ce n’était pas à lui de le faire ! Il ne me connaît que si peu quand d’autres ont eu tout le loisir de me découvrir bien avant cela. » D’autres. Y avait-il réellement besoin de souligner une fois de plus que la faute retomber sur les frêles épaules de Rhaenys, pour la jeune sirène ? Il était si facile de l’accuser de tous les maux du monde quand elle n’avait fait que chercher à les voir sortir, ces démons inquiétants qui retenaient le sourire de la petite sirène.

Le monde entier finirait noyé sous les eaux de cette tempête qu’avait réclamé la dragonne, amenée par une créature océane désabusée. « Alors non, je ne suis guère sensée me trouver seule, ayant avec moi cette bande de filles superficielles qui ne connaissent rien de moi ou du Nord, qui n’essaient même pas de me comprendre, n’écoutant pas même mes réponses à leurs questions, souhaitant uniquement me faire entendre que les miens étaient absents et qu’ils seraient coupables de l’empoisonnement de lady Rohanna. L’une d’elle a même voulu savoir si je n’étais pas responsable de cela. Elles me craignent autant qu’elle se moquent, je le lis dans leur regard, le perçoit dans les silences qui se créent quand je m’approche. Défend les autant que tu le veux mais tu ne me forceras pas à rester avec ces idiotes. » Pouvaient-elles l’entendre ? Grand bien leur fasse, elle devait déjà ricaner derrière la lourde porte de bois, certainement satisfaites de constater la rupture qui semblait se faire entre les deux blondes que l’on avait dit si proches. Alys revisualisa alors la scène vécue le jour du couronnement, la manière dont Rhaenys s’était laissée secourir par Jaehaerys. Et par personne d’autre. Serrant les dents, elle poursuivit. « Tu es heureuse. Je le sais, je le vois. Mais j’espérais que ce bonheur soit également lié à ma présence en ces murs, que tu saurais me garder cette place que je pensais avoir gagné dans le Nord. Mon cœur, pourtant, me dit que je me suis trompée. Que ta véritable famille te suffît amplement quand je réalise avoir détruit la mienne pour mieux te suivre, quand je constate que mon suzerain préférerait mettre ma tête sur une pique et m’offrir le rang de traîtresse parce que je suis persuadée qu’il se trompe quand il dit avoir été couvert de honte le jour où tu as fait le choix de le quitter. » Elle arrivait en bout de course, les éclairs de son regard attisés par la violence de ses propos. Le tourbillon dans lequel elle semblait prise menaçait de la laisser choir sur le sol et elle savait déjà qu’elle ne parviendrait nullement à rester droite jusqu’à la fin. « Tu n’as jamais eu besoin de moi. » Et cette phrase faisait terriblement mal. Son cœur semblait s’ouvrir en deux dès lors qu’elle la prononça. Ses jambes se dérobèrent et elle tomba à genoux, laissant ses mains la rattraper, le chagrin secouant son corps d’un sanglot trop grand pour être maîtrisé. L’air n’arrivait plus dans ses poumons, les pleurs de la jeune enfant couvrant tout ceci avec tant de force que sa gorge et sa poitrine semblaient coincées. Moi… J’ai besoin de toi.


© Belzébuth

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Mer 22 Aoû 2018 - 18:56




Still sisters


« Non, Rhaenys… Tu ne peux mesurer ce que je ressens… »

Je restais silencieuse, car il ne faisait aucun doute que bien autre chose viendrait. Je pouvais sentir la souffrance qui étouffait Alys, et je n’en étais que plus soulagée de la voir s’ouvrir enfin.

« Tous ces souvenirs que tu as partagé avec moi, toute cette cour dont tu m’as parlé… Rien de tout ceci n’est plus vrai aujourd’hui et je me sens… Dupée. J’ai l’impression que tout ceci n’étaient que des mensonges contés à l’enfant que je suis dans le but de demeurer à tes côtés… »

La voir pleurer me fendait le cœur, et il me fallut toute la force du monde pour ne pas l’attirer à moi et la prendre dans mes bras. Je ne savais guère si ce réflexe protecteur, aimant, aurait été bien reçu alors que la jeune fille était plus que jamais en proie à une tempête d’émotions aussi diverses et violentes que difficiles à maîtriser.

« Moi aussi, je fuis ces mondanités, ces obligations de cour qui m’exècrent… Mais moi, je n’ai nul frère pour m’emmener chasser, nul dragon pour me transporter au loin, personne pour m’entraîner au tir à l’arc. Je ne suis pas toi, Rhaenys. »

Je tentais de garder un visage neutre, tentant de ne pas perturber Alys dans ces pensées qu’elle déroulait avec toujours plus d’émotions, semblant prête à exploser. Elle n’était pas moi. C’était un fait duquel je n’avais jamais douté, et c’était la raison pour laquelle j’avais été si réticente à la laisser venir jusqu’à Port-Réal avec moi. Elle avait insisté, et j’avais fini par accepter… sans doute par égoïsme, sans doute parce que sa présence a mes côtés avait été, depuis notre rencontre et ce encore aujourd’hui, aussi essentielle que l’air que je respirais. Les récits de la cour que je lui avais fait n’avaient jamais manqué d’honneteté, mais je me maudissais de ne pas avoir été assez responsable pour me douter qu’aux yeux d’une jeune fille les serpents de la cour n’auraient guère de poids face aux récits des joies de mon enfance. Je n’avais pas voulu m’attarder sur la cour de Maegor, et c’était presque par besoin que j’avais fini par occulter cette période de ma vie, parlant tant de fois des somptueux bals, des jeux dans les bosquets, des fêtes incroyables données par ma grand-mère, des robes et joyaux inestimables ainsi que des prétendants qui me couvraient d’attention. Cette vie là avait existé. J’avais été cette princesse choyée parmi tous. J’avais été cette fille innocente dont la seule ambition avait été d’attendre le mariage royal que son père arrangerait pour elle, et profitait d’une jeunesse dorée. Je ne l’étais plus, et cela faisait bien longtemps que la cour de mes grands-parents avait disparue. Il était à présent de mon devoir de redonner à la cour de sa superbe. L’année qui venait de s’écouler s’était essentiellement concentrée sur la politique et la reconstruction, cependant j’étais à présent Reine, non plus Régente, et il était à moi également de mener une toute autre diplomatie. Il était également de mon devoir de prendre le temps d’être pour Alys ce que Rhaena et Aegon avaient été pour moi. Et pourtant… Rhaena était à l’époque seulement future reine, et mon frère encore si jeune… Ils n’avaient pas à affronter les devoirs royaux qui m’accaparaient tant.

« Tu n’étais pas là ! Personne n’était là pour moi quand je cherchais simplement quelqu’un pour m’éviter l’ennui, la solitude, la mélancolie et le chagrin. Faust et moi sommes les oubliés de cette guerre. Aemon a essayé de tuer ce temps qui s’égraine avec une lenteur infinie, me faisant l’honneur de sa compagnie mais ce n’était pas à lui de le faire ! Il ne me connaît que si peu quand d’autres ont eu tout le loisir de me découvrir bien avant cela. »

Elle était injuste, mais je n’avais guère de mal à voir que ses récriminations quelque peu injustes se fondaient sur une réalité cruelle : Alys n’avait pas été préparée à la vie de cour. Elle avait grandi au Nord, au sein d’une société qui n’aurait pu être plus différente de celle de Port-Réal, et encore plus de la cour du Roi. Elle n’avait pas été prévenue et préparée aux sollicitations, et de plus elle n’y trouvait pas le plaisir que j’en tirais. Elle n’avait pas été préparée au sentiment d’emprisonnement que pouvait susciter la vie de cour. Elle ne savait rien de la cruauté des courtisans ni même de leur cupidité. Sa ressemblance et sa proximité avec moi n’avaient d’ailleurs sans doute en rien aidé sa situation, ne faisant que la placer au cœur des attentions des plus ambitieux.

« Alors non, je ne suis guère sensée me trouver seule, ayant avec moi cette bande de filles superficielles qui ne connaissent rien de moi ou du Nord, qui n’essaient même pas de me comprendre, n’écoutant pas même mes réponses à leurs questions, souhaitant uniquement me faire entendre que les miens étaient absents et qu’ils seraient coupables de l’empoisonnement de lady Rohanna. L’une d’elle a même voulu savoir si je n’étais pas responsable de cela. Elles me craignent autant qu’elle se moquent, je le lis dans leur regard, le perçoit dans les silences qui se créent quand je m’approche. Défend les autant que tu le veux mais tu ne me forceras pas à rester avec ces idiotes. »

« Tu es heureuse. Je le sais, je le vois. Mais j’espérais que ce bonheur soit également lié à ma présence en ces murs, que tu saurais me garder cette place que je pensais avoir gagné dans le Nord. Mon cœur, pourtant, me dit que je me suis trompée. Que ta véritable famille te suffît amplement quand je réalise avoir détruit la mienne pour mieux te suivre, quand je constate que mon suzerain préférerait mettre ma tête sur une pique et m’offrir le rang de traîtresse parce que je suis persuadée qu’il se trompe quand il dit avoir été couvert de honte le jour où tu as fait le choix de le quitter. »

« Tu n’as jamais eu besoin de moi. »

A cette phrase je fronçais les sourcils, laissant s’exprimer sur mon visage un mélange de tristesse et de surprise. Pouvait-elle être vraiment convaincue que je n’avais pas besoin d’elle ? N’avait-elle donc pas conscience de l’aide qu’elle m’avait apportée ? Pas simplement dans les dernières heures de ma vie à Port-Réal, mais bien dès son arrivée entre ces murs. Elle avait été une amie, une sœur, une confidente, combien d’heures avions-nous passées ensemble à refaire le monde et parler de nos rêves et peurs ? N’avait-elle pas été la seule témoin de la perte si douloureuse de cet enfant porté si peu de temps en mon sein ? N’avait-elle pas été de même la seule acceptée entre les murs de ma chambre sombre lorsque, prostrée dans un coin, je refusais de voir qui que ce soit ?

La petite figure pâle s’était effondrée au sol, elle était essoufflée, le visage rougi par des larmes bien trop nombreuses pour son si jeune âge. J’aurais pu argumenter. J’aurais pu lui dire qu’elle avait tort, m’offusquer de recevoir cette pluie de reproches et de cris. Sans doute aurais-je pu faire cela. Cependant je n’y pensais pas un instant, et c’est en un mouvement réflexe que je me précipitais et m’agenouillait face à elle. Ne lui laissant pas le temps de la protestation je la prenais dans mes bras, comme j’avais voulu le faire bien des minutes auparavant. Je l’entourais de mes bras et l’attirais à moi pour la serrer avec la force du désespoir, invitant sa tête à se déposer sur mon épaule et caressant avec tendresse le haut de son dos. Je restais silencieuse un long moment.

Alys avait eu un mouvement de recul au départ, sans doute encore échauffée par la violence de ses sentiments, mais elle avait fini par accepter ce contact que je lui proposais, et même par s’abandonner à cette étreinte qui n’était rien de moins que celle d’une grande sœur à sa cadette. Après de longues minutes en silence, je déposais doucement mes mains sur ses bras pour l’éloigner un peu de moi afin que nos regards puissent se rejoindre.

« Voilà donc ce que tu crois, Alys ? Que je n’ai jamais eu besoin de toi ? Que tu n’es pas un membre de ma famille ? »

Je m’arrêtais une seconde, mais reprenais immédiatement pour ne pas lui laisser l’occasion de répliquer.

« Sans doute ne te l’ai-je pas assez démontré par ma présence à tes côtés, mais il est évident que ta présence en cette cour est une des raisons de mon bonheur. Sans doute est-ce une des raisons pour laquelle les jeunes filles de ma suite te craignent et te tourmentent… Je suis désolée que tu aies eu à affronter la cour seule, Alys… »

J’essuyais les dernières larmes qui s’éternisaient sur son visage d’un geste doux, entourant son visage de mes mains et plongeant mon regard dans le sien.

« Je suis née ici, j’y ai vécu les meilleures et les pires années de ma vie, et je n’ai pas mesuré la difficulté d’y être une jeune fille… d’autant plus une jeune fille qui n’y est pas née et n’a pas les libertés que j’avais en tant que princesse. Sauras-tu me pardonner pour cela, Alys ? »

Attendant un instant, je l’aidais à se relever tandis que nous reprenions place dans les fauteuils disposés à notre intention.

« Ces jeunes femmes te paraissent superficielles… Je peux le comprendre, ma douce, mais elles se conforment simplement à ce que leurs familles exigent d’elles. Elles te rejettent car tu es proche de notre famille, mais également parce que tu es différente. Tu es ce qu’elles aimeraient être, tu refuses cet enfermement protocolaire, tu es un esprit libre et plus indépendant car tu n’as pas été élevée dans le but de te conformer aux codes d’une cour royale… »

Je la sentais prête à intervenir alors je levais la main pour l’interrompre et reprenait le fil de ma pensée.

« Cela ne justifie en rien leur comportement à ton égard, j’essaie simplement d’ouvrir tes yeux sur une réalité différente de la tienne. Ces jeunes filles n’ont aucune liberté, et ce depuis leur plus tendre enfance. Elles n’ont pas le luxe d’agir d’elles-mêmes, de penser pour elles-mêmes, d’avoir des rêves et des ambitions propres… Cela peut les conduire à se comporter de manière inconsidérée. Si tu ne veux pas les côtoyer alors je ne peux t’y forcer, tu dois cependant comprendre qu’elles font partie de ma suite, et que c’est mon devoir de souveraine de les accueillir à mes côtés et de participer à leur éducation de cour. »

Je me doutais qu’Alys n’aimerait pas que je prenne le temps d’expliquer les raisons potentielles du comportement injuste des jeunes filles de ma suite à son égard, et pourtant il le fait. Elle ne pouvait les comprendre, elles étaient si différentes d’elle… Mais moi je le pouvais car j’avais été à leur place. J’espérais tant qu’Alys puisse trouver sa place au sein de la cour, mais je n’arrivais pas à imaginer un rôle qui puisse la rendre heureuse tant elle rejetait tout ce qui constituait la vie de cour. Cela me peinait terriblement car je refusais que la jeune femme puisse être malheureuse plus longtemps par ma faute.

« Mon rôle de Régente était très important Alys, et il est vrai qu’il m’a pris beaucoup de temps, plus que nous n’aurions pu l’imaginer avant notre départ de Winterfell… Et en tant que Reine j’ai de nombreuses obligations, tu ne l’ignores pas. C’est une chose dont nous devons avoir conscience toutes deux. Cependant, cela ne signifie pas que nous puissions pas faire en sorte de passer davantage de temps ensemble… Il est temps que je me remette au tir à l’arc, et les longues promenades à cheval dans la campagne environnante me manquent… Souhaiterais-tu m’accompagner à ces occasions ? Cela pourrait être notre rituel... des rendez-vous qui n'appartiendraient qu'à nous. »



© Belzébuth
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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Sam 15 Sep 2018 - 20:34




Still sisters

Elle suffoquait, manquant de se noyer dans les larmes qui coulaient sur ses joues, les forçant à rougir, le sel agressant sa peau pâle et fragile. A terre, elle s’était laissée tombée, de désespoir, de tristesse, incapable de maîtriser la tempête qui, enragée, venait de croître en elle, la poussant à hurler et à se tendre dans une hystérie que beaucoup n’auraient su comprendre. La sirène ne souhaitait plus qu’une chose : que cela cesse, maintenant, sans condition. L’ouragan n’était plus supportable et il fallait que quelqu’un lui vienne en aide, que quelqu’un se rende compte du mal-être qui venait un peu plus la secouer dans un nouveau sanglot. Et la surprise fut de taille quand Rhaenys se rua à ses côtés afin de la libérer de ce poids, afin d’être cette lumière dans le brouillard qui vous permet de vous mettre à l’abri.

Elle ne se laissa pas faire, l’ingrate enfant égocentrique, jouant de ses muscles déjà fatigués pour essayer de se libérer de cette étreinte forcée, de cette entrave qui s’abattait sur elle. Mais finalement, la lassitude, la facilité que la situation lui offrait emporta la partie, laissant sa tête tomber mollement contre l’épaule de la dragonne qui la tenait fermement contre elle, une main dans son dos glissant le long de sa colonne, comme pour apaiser le mal à la racine. Elle ne dit rien. Durant de longues minutes, le silence prit place dans la chambre royale, brisé par quelques sanglots trop forts et profonds pour être contrôlés. Ses mains étaient restées à terre, mollement, faisant d’elle une poupée chiffon animée uniquement par le chagrin qui l’habitait. Et finalement, la voix douce de la souveraine des Sept Couronnes se fit entendre. Elle l’avait doucement écartée d’elle pour mieux la voir, pour mieux lui parler. Alys soutenait ce regard améthyste malgré l’envie de se dérober à ce jugement qu’elle méritait amplement. Les premiers mots furent durs, rhétoriques plus que véritablement interrogatifs mais l’agacement regagna la native du Nord quand elle crut un court instant ne pas avoir été écoutée du tout. Mais sa voix n’eut nullement le temps de franchir le court silence offert par la Targaryen que cette dernière reprenait la parole.

Elle faisait partie du bonheur de celle qui fut Princesse avant d’être Reine. Et même si elle ne l’avait suffisamment dit, Alys le savait, quelque part au fond d’elle, d’où sa présence à la Cour, d’où celle dans son cercle restreint. La Manderly n’était nullement remplaçable et c’était pour cela que Rhaenys avait tant souhaité la garder à ses côtés, tant espéré qu’elle ne cède pas aux appels du Loup pour retourner auprès de lui. Mais comment aurait-elle seulement pu céder à cela quand elle avait fini par s’ennuyer de cette vie au Nord, dans les contrées glacées du Royaume, espérant découvrir l’exaltation de la Cour et de ses va-et-vient incessants d’hommes et de femmes qui cherchaient tous quelque chose entre ces murs. Quand Rhaenys évoqua même les tourments qu’elle vivait aux côtés de ces jeunes filles qui étaient sensées être des amies, qui étaient devenues ses némésis. Jalousie et envie dévoraient leur âme tandis qu’elle se retrouvait un peu plus seule chaque jour. Qu’y avait-il à envier dès lors ?

Les quelques excuses ne suffirent guère à chasser l’amertume de son cœur, à apaiser les maux mais elles furent un début à cela, forçant le regard de la sirène à se baisser un instant, lui permettant de reprendre ses esprits. Mais encore une fois, la dragonne l’affronta, posant ses mains délicates sur son visage, essuyant les larmes qui venaient de sortir de l’océan azuré de ses pupilles, forçant ses yeux à se relever vers elle. Leurs conditions n’avaient jamais été semblables. L’une était princesse quand l’autre venait d’une famille, certes majeure au Nord, mais bien mineure dans le jeu des trônes. Alys ignorait tout de la Cour, ne connaissant que celle crée et façonnée par les Stark. Port Réal n’y ressemblait en rien et la sirène avait été jetée dans la fosse sans eau trouble dans laquelle se réfugier, manquant de cet air qu’elle semblait n’être en mesure d’avoir que sous les eaux froides. Pourtant, quand la dragonne lui demanda pardon, elle resta interdite, ne sachant plus si oui, ou non, elle serait capable de lui offrir cela. Elle hocha la tête, plus machinalement qu’étant réellement concernée par ce pardon qu’elle offrait, incapable de penser, de croire en quoi que ce soit y compris en les paroles doucement prononcées par Rhaenys.

Superficielles. Oui, elles l’étaient ces jeunes filles qui espéraient toutes obtenir quelque chose de cette place auprès de la Reine quand Alys n’en attendait rien si ce n’était l’amour de ce lien fraternel qu’elles avaient créé dans le Nord, loin de cette agitation mondaine et de ses rebondissements. Elles enviaient cela, ces pauvres enfants ennuyées par la broderie et le paraître quand le naturel rugissait en la sirène qui ne mesurait pas encore tous les privilèges que lui accordait son rang. Alys devrait les plaindre, en réalité, ces enfants pourries gâtés qui ont bataillé pour ces places mais qui, au fond d’elles, rêvaient de cette liberté qu’Alys avait su trouver, qu’elle avait pris. N’avait-elle pas pris position contre l’entièreté de sa famille quand ils l’avaient rappelée au Nord ? N’avaient-elle pas tenu tête à son propre suzerain pour demeurer aux côtés de la dragonne ?

Doucement, Alys s’apaisait, laissant la voix de Rhaenys la porter, la conduire jusqu’à une tranquillité intérieure. Les pleures cessèrent doucement, les sanglots se taisant peu à peu pour ne laisser de leur souvenir qu’une grande fatigue et des joues encore humides. Ses yeux rougis ne quittaient plus les pupilles violettes de la Reine tandis qu’elle poursuivait son discours, essayant de lui faire comprendre tout ceci, que ces jeunes filles étaient plus à plaindre qu’à haïr. A la fin, elle lui offrit même la possibilité de les éviter pour de bon, de ne plus forcer Alys à les côtoyer mais que cela serait une forme de clivage entre les moments où Rhaenys leur accordait également son attention. Elle ne pouvait être jalouse de cela, si évidemment, on lui offrait également plus de possibilité de voir cette sœur de cœur ayant vécu dans les monts neigeux à ses côtés. Alys baissa les yeux avant de répondre mollement. « Je verrais… » Sa voix était cassée, meurtrie de toute ce chaos qu’elle avait déchaîné auparavant et il lui fallut tousser pour respirer à nouveau. Elle ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Elle était perdue et n’avait plus aucune certitude que celle des regrets. Les regrets d’être partie, d’être restée, mais aussi et surtout de s’être emportée de la sorte.

Finalement, Rhaenys revint sur les devoirs qui étaient les siens, forçant de nouveau Alys à soupirer. Evidemment, elle n’ignorait rien de tout cela même si elle s’était imaginé qu’être Reine était largement moins conséquent et plus dans les apparences que dans les actes, mais c’était oublier comment était Rhaenys que penser cela. Il était évident qu’elle n’aurait su se résoudre à abandonner son frère ainsi du jour au lendemain et tous ceux qui l’entouraient. Pourtant, Alys avait été délaissée, elle, au profit de la politique et du Royaume. Était-ce là le destin réservé à tous ceux qui entouraient la Reine… ou les Targaryen ? Pourtant, un éclat nouveau apparut dans les yeux de la sirène quand la proposition de l’autre blonde fit mouche dans son esprit. Une lueur d’espoir dans la noirceur d’un monde injuste. Et pourtant, le tableau avait beau sembler merveilleux, le doute empli la sirène qui ne put s’empêcher de froncer les sourcils. « Serait-ce encore une promesse que tu ne pourras tenir ? Car oui, j’aimerais tout cela, ces instants rien que pour nous, comme avant… Mais je crains ne pas réussir à encaisser ceux-ci s’ils se soldent par de nouvelles absences. Je sais qu’ils ne pourront être quotidiens mais… Pourras-tu m’ne accorder un tous les trois jours environ ? »


© Belzébuth

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys

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