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 I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Dim 22 Avr 2018 - 22:13




Still sisters
Un énième soupir s’échappa de ses lèvres tandis qu’elle lançait à nouveau un petit caillou dans le port, usant de ses forces herculéennes pour le voir couler à quelques mètres à peine. L’ennui. Existait-il pire fléau que celui-ci dans l’univers ? Evidemment, la pauvreté, la faim et toutes ces choses affligeantes étaient des choses plus déplorables. Mais l’ennui était l’ennemi mortel de la jeune sirène. A Blancport, elle s’occupait toujours, jouant avec Severus, espionnant ses pairs, traversant le port pour se jouer de quelques tisserands et artisans qui, à cause de sa beauté, avaient tendance à céder à tous ses caprices. A Winterfell, elle avait su se lier d’amitié avec les Loups, passant rarement un instant seule, œuvrant pour que Rhaenys ne redevienne la princesse déterminée d’antan et prenant du plaisir à jouer avec Cathan et Aidan. A Port-Réal… Eh bien, dans un premier temps, elle avait trouvé plaisant d’évoluer dans cette capitale, de découvrir les coutumes sudistes de Westeros et d’essayer de s’y plier – notez bien le essayer – et appréciant le grand air du Sud. Puis, sa situation avait changé. De simple amie de la Princesse Régente, elle était devenue dame de compagnie, accompagnée par un cercle de jeunes filles qui avaient environ toute son âge et qui se battaient bec et ongles pour obtenir les faveurs de la future Reine. Les choses changèrent à nouveau quand elle devint pupille Royale des Targaryen, attirant la curiosité autant que les jalousies, devant œuvrer face à cela… Seule.

Rhaenys ne l’avait pas oubliée. Privilégiée, elle le demeurait certainement aux yeux de celle qui était désormais Reine des Sept Couronnes. Mais le temps était une chose précieuse qu’elle ne pouvait que peu lui accordait quand c’était là le seul souhait de la petite sirène. Les choses avaient changé. Les responsabilités et les devoirs pouvaient en être la cause, mais la conséquence était ce sentiment d’abandon, cette solitude désagréable dans ce monde qui ne lui ressemblait guère. Plus d’une fois, elle avait songé rentrer à Blancport, retrouver sa mère, son frère aîné… Mais les risques étaient bien trop grand. Elle avait défié son aîné. Elle avait défié les Stark. En refusant d’obéir au moment opportun, elle avait prouvé que son allégeance n’allait plus aux Loups mais bien aux Dragons. Si elle osait se montrer dans les terres glacées, alors elle risquait la corde ou une vie passée derrière les barreaux. Et Alys aimait trop la liberté pour prendre ce risque. Alors, il lui avait fallu quelqu’un à blâmer. Quelqu’un à haïr pour sa peine, pour ce sentiment de rejet et de perdition dans un milieu qu’elle avait fini par juger hostile.

Aemon avait bien essayé de la mettre à l’aise, de lui rendre ses jours plus faciles. Aujourd’hui, elle en était certaine : elle l’aimait. Dans le regard améthyste du jeune dragon, elle lisait la même chose et pourtant, elle avait choisi de mettre de la distance entre eux, certaines rumeurs jouant défavorablement en leur sens. On murmurait déjà que les fiançailles du prince avec Jeyne Tyrell n’étaient plus qu’une question de jours. La Bieffoise finirait alors par rejoindre Port-Réal, épouser l’homme qu’elle aimait et s’attirerait les faveurs de Rhaenys. Peut être même finirait-elle par lui prendre sa place ? Rageusement, elle jeta une pierre plus grosse dans le port, un plop sonore accompagnant l’impact. Elle la détestait déjà, cette rose qui se disait muse, dont on vantait les mérites et la beauté à chaque détour de couloir. Les autres demoiselles qui lui tenaient compagnie avaient finit par glousser et pouffer à ce sujet quand elle se trouvait loin d’elle, ses œillades noires ayant refroidi leurs ardeurs en sa présence. D’ailleurs, se parlaient-elle encore vraiment ? Ces gourdes prenaient plaisir à se faire courtiser, à user de leur rang pour mieux apprécier la compagnie d’un lord en devenir quand Alys mourrait d’envie de se ruer sur un cheval pour fuir dans les Bois au triple galop. D’ailleurs, les quelques séances dans le jardin qui consistait à la faire discuter avec des prétendants, elle avait fini par les oublier. La sirène se voulait insaisissable. Nul ne pouvait prétendre avoir obtenu ses charmes parce qu’elle refusait tout simplement de les offrir. Les rumeurs commençaient à courir à ce sujet, remettant en cause jusqu’à l’honneur et la pureté de la jeune fille, mais elle s’en moquait. S’ils voulaient tant lui nuire, alors ils devraient nuire au Roi lui-même qui la protégeait.

Jaehaerys… Il était dur pour Alys de ne pas réussir à haïr celui qui lui avait volé sa sœur de cœur. Lui l’avait dans son sang, dragon, Roi. Elle n’était qu’une pâle copie vaguement acceptée par la famille royale. Et l’écart commençait à se ressentir. Daenys avait été la plus claire à ce sujet, se montrant froide et distante avec elle. Jaehaerys, lui, avait essayé de lui montrer quelle était sa place, prenant la peine de discuter avec elle, leur âge encore jeune leur permettant de se retrouver plus près de l’enfance que de l’âge adulte. Mais les responsabilités le rattrapaient toujours et véritable ami il ne serait jamais. Elle devait accepter les choses… Or, il était dur pour elle de céder du terrain sur cette idée qu’elle s’était faite de la vie de Cour, sur ce rêve qu’elle avait nourri d’espoir des mois durant et qu’elle semblait subir depuis plus d’un an désormais. L’empoisonnement n’avait rien arrangé, laissant sur la cité un climat tendu, alimenté par les fortes chaleurs qui épuisait les esprits. Les querelles semblaient sur le point de toutes exploser et Alys sentait que son propre sang-froid s’était réchauffé.

Quittant les quais, elle remonta dans les couloirs. Portant une robe d’un blanc virginal au tissu vaporeux, elle se dirigea vers ses appartements dans lesquels elle entra. Ses longs cheveux blonds argentés la suivaient, lâchés, libres comme la sirène. Elle n’eut guère le temps de se servir un verre d’eau qu’un garde frappa à la porte, s’exprimant à travers le battant de celle-ci pour lui signifier que la Reine la faisait mander. Elle fronça les sourcils. Il n’était guère l’heure des retrouvailles de la secte des prétentieuses. Quelque chose clochait, contrairement à d’ordinaire. Pourtant, elle ne pouvait désobéir à sa maîtresse. Prenant tout le même le temps de se désaltérer, elle quitta les lieux d’un pas rapide pour rejoindre les appartements de la Reine. On la fit entrer, l’annonçant à Rhaenys. Croisant son regard, Alys prit une profonde inspiration avant d’exécuter une révérence parfaite. « Votre Majesté. Me voici. En quoi puis-je vous être agréable ? » Avait-elle réellement arraché ces mots de sa bouche, les récitant comme un servant s’acquittant de son devoir protocolaire ? Le regard toujours baissé, elle attendit, se redressant légèrement, ses mains se joignant devant elle.


© Belzébuth

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Mar 24 Avr 2018 - 16:38




Still sisters
Ses yeux s’étaient plongés dans les miens depuis de longues minutes. Un regard ardent, défiant et méfiant. Debout, je lui faisais face dans une posture d’humilité plus que nécessaire. Cela faisait de longues semaines que nous échangions, que nous apprenions à nous connaître, que nous jaugions, et le temps était venu de nous accepter.
Le jeune dragon avait arrêté de voler, droit sur ses pattes il dirigeait son souffle chaud dans ma direction sans bouger pour autant. Les dragonniers avaient voulu que ce moment soit retardé, car le dragon avait un caractère emporté… Cependant, alors que nos regards communiquaient avec une intensité inédite, je comprenais que le temps était venu pour lui également. Nous avions, l’un et l’autre, décidé de se faire confiance et de forger ce lien inexplicable qui unissait un dragon à son maître.

Ailes d’Argent avait un regard expressif, une qualité qu’il partageait avec Vif-Argent. Pourtant, s’ils partageaient beaucoup de points communs, s’ils pouvaient même se ressembler légèrement, Vif-Argent avait un plus petit gabarit, et surtout un caractère plus doux, plus constant. Aile-d’Argent avait un caractère impulsif, réagissant rapidement au moindre mouvement, à la moindre potentielle attaque. Ce dernier disposait de la même rapidité que mon défunt dragon, mais il aurait besoin d’être canalisé afin de mobiliser ses forces dans une direction plutôt que de se laisser emporter à sa volonté de destruction.

Les minutes s’égrainaient, le temps passait sans qu’il ne semble avoir d’emprise sur nous. Après deux longues heures, plongés dans le silence et l’immobilité, Aile-d’Argent fut le premier à bouger. Bougeant une patte après l’autre, il avançait à pas feutrés, légers, presque hésitants. C’était sa manière de me dire que ses dernières barrières étaient tombées. Je l’imitais alors, un pas après l’autre, veillant à ne pas faire de mouvement brusque, à ne pas parler. Aucun de nous ne voulait montrer sa peur à l’autre, et pourtant elle était palpable. Faire confiance, déposer sa confiance aux pieds d’un être encore inconnu des mois auparavant… Il n’y avait là rien d’anodin, pour le dragon comme pour moi. Lui, devait accepter d’être monté par un être humain. Quant à moi, il me fallait accepter le risque qu’il ne m’accepte finalement pas, et de périr en vol. C’était un saut dans l’inconnu à faire, et cela représentait l’ultime étape de ce processus aussi étrange que magique, ce processus capable de lier deux âmes étrangères pour qu’elles ne fassent qu’une.

Une main tendue d’abord, je le laissais faire le dernier pas, instaurer cette tension qui nous séparait d’un contact physique, laisser planer dans l’air cette angoisse qui précède un contact, lorsqu’on le sent approche mais que les corps sont encore séparés. Un dernier pas, et ma main se déposait sur la peau écailleuse et dure comme la pierre, cette peau ardente qui caractérisait ces êtres de feu. Laissant glisser ma main le long de son corps gigantesque, je me déplaçais afin de rejoindre l’endroit où je déposerai mon pied, pour finalement me hisser sur le dos de l’animal. La tête du dragon se tournait légèrement, et je pouvais sentir son œil me scruter et une tension inédite habiter nos corps. Je restais immobile un instant, lui signifiant que je le respectais, que je ne me présentais pas en conquérante toute puissante. Je restais ainsi un instant, synchronisant le rythme de ma respiration sur la sienne. Je fermais les yeux, et je pouvais presque sentir ce lien se construire, seconde par seconde, sa respiration qui s’apaisait au rythme de la mienne, ses mouvements presque imperceptibles qui faisaient écho aux miens… De deux corps, nous passions à un seul, et ce fut le signal qu’il me fallait pour monter.

Je montais, je m’asseyais sur ce dos comme je l’avais fait tant de fois sur Vif-Argent. Aile-d’Argent bougea légèrement, visiblement déstabilisé, car jamais encore il n’avait autorisé un être humain à entrer en contact de la sorte avec lui. C’était une preuve de sa confiance, une preuve que nous acceptions de nous lier l’un à l’autre. Nous n’étions pas seulement entrain de lier nos destins, mais bien nos cœurs et nos âmes jusqu’à ce que la mort de l’un de nous survienne. Il était bien difficile de comprendre la magie qui régissait l’union d’un dragon et de son maître, c’était une ancienne magie d’Essos qui coulait dans notre sang. D’un mouvement délicat, j’invitais Aile-d’Argent à prendre son envol, et s’il hésitait un instant, nous décollions bientôt avec vigueur et il me fallut me tenir solidement pour ne pas perdre l’équilibre. Maintenant que le lien avait été accepté, il nous fallait apprendre à nous comprendre et à fonctionner ensemble, cela prendrait du temps bien-sûr, mais je ne doutais pas que nous formerions bientôt une belle équipe.
De retour au sol, je prenais le temps de lui dire au revoir. Il me faudrait revenir le lendemain afin de consolider l’énorme avancée que nous venions de vivre, et il nous faudrait voler de plus en plus loin, régulièrement.

Le programme de la journée était, pour une fois, relativement calme. Jaehaerys s’entretenait avec Robb pour la plus grande partie de celle-ci, et s’il nous faudrait en parler ce soir j’avais du temps pour moi. La Régence avait été un moment particulier, mais mon nouveau statut de Reine consort n’avait pas allégé mon emploi du temps. Pénétrant dans les appartements royaux, j’étais rapidement accueillie par les demoiselles de compagnie qui avaient été choisie pour ma suite. Toutes étaient de noble naissance, et toutes reflétaient la grâce et le charme de la Cour de Port-réal. Elles étaient jeunes, innocentes, et placées à la Cour afin de réaliser les ambitions de leurs parents.

Je n’avais pas de griefs contre ces jeunes filles qui engageaient beaucoup d’efforts pour se montrer agréables et serviables. Je pouvais voir leurs multiples tentatives pour rentrer dans mes bonnes grâces, même si cela devait entraîner une compétition acharnées entre elles. Qui serait la première à broder un mouchoir aux armoiries de la maison royale ? Laquelle démontrerait le plus de grâce lors de nos cours de danse ? Qui serait à même de choisir le bon mot et faire mouche auprès de son auditoire ? Cela n’en finissait plus. J’aurais pu m’en agacer, et sans doute parfois prenais-je de la distance avec elles, mais je ne pouvais oublier que quelques années auparavant… ces jeunes filles auraient été mes amies. Les demoiselles de la suite de ma tante et de ma mère étaient les quelques privilégiées amenées à grandir aux côtés des enfants de la famille royale et il était impossible d’oublier nos jeux et défis dans les jardins, nos tentatives d’échapper à l’égide parentale pour ne plus être princesse, ne plus être demoiselle d’honneur ou de compagnie, mais n’était que des jeunes filles. La condition d’une jeune fille à la Cour était bien difficile, et je tenais à protéger celles-ci des dangers qui les attendaient, et peut-être d’elles-mêmes en définitive.

Mon inquiétude, cependant, se portait tout particulièrement sur une jeune fille en particulier, et celle-ci manquait à l’appel.

« Mesdemoiselles. »
« Votre Majesté. »
« Je ne vois pas lady Alys parmi vous… »
« Lady Alys n’est que très rarement avec nous, Majesté. »

Cela faisait plusieurs jours déjà que je pouvais percevoir les murmures du petit groupe à propos de Lady Alys. Elle faisait bande à part, elle s’était retranché avec le Prince Aemon, elle se pensait trop bien pour être leur amie… Tant de commérages idiots qui révélaient une réalité plus inquiétante : Alys n’était pas épanouie, encore moins heureuse à la cour. Je pouvais saisir sans difficulté l’ironie et peut-être même la mesquinerie dans le ton de leurs voix, et il était très clair qu’un groupe s’était formé… et qu’Alys Manderly en avait été exclue.

Je pénétrais dans ma chambre, refermant la porte sur le groupe de jeunes filles qui pratiquaient la broderie au milieu des éclats de rire. Prenant place sur un petit fauteuil, je prenais un livre sans le voir, car mon esprit était bien ailleurs.

Je regrettais d’avoir tiré Alys du confort de son Nord natal, je regrettais de l’avoir conduite jusqu’au cœur de cette Cour impitoyable et de l’avoir exposée à ce qu’elle n’avait pas été élevée à affronter. Je ne regrettais pas sa présence, elle m’était essentielle, mais pouvais-je seulement justifier le prix qu’elle payait pour rester à mes côtés ?
J’avais tenté de faire en sorte que Port-réal n’influe pas sur notre relation, mais la Régence, puis les multiples préoccupations politiques, diplomatiques et même propre à l’animation de Cour me tenaient plus qu’occupée. Il était rare que je puisse m’entretenir avec elle un long instant. J’avais pensé que la présence des autres jeunes filles lui permette de se nouer avec elles, de reconstruire un semblant de vie normale au cœur du chaos, mais force était de constater que c’était un échec. Alys était malheureuse, et sans doute se sentait-elle délaissée… Mais comment pouvais-je seulement combler ce manque qui la torturait ? Y avait-il seulement une solution viable ? Je ne pouvais renier mes nombreuses responsabilités, je ne pouvais renier Jaehaerys, mais je ne pouvais renier Alys non plus. Elle s’était imposée comme une de mes proches les plus précieux, une sœur que je souhaitais protéger par-dessus tout. Mais comment ? Je pouvais la protéger de la Cour, la protéger des dangers physiques mais comment la protéger de cette solitude dans laquelle elle était plongée ?

« Alan ? »
« Majesté ? »

L’homme, posté à la porte de mon appartement privé ouvrait la porte avant délicatesse et se tenait à présent devant moi.

« Invitez Lady Alys à me rejoindre, s’il vous plait. »
« Tout de suite, Majesté. »

Il disparaissait en un clin d’œil, et j’espérais que le messager réussirait au moins à mettre la main sur la jeune fille qui semblait avoir disparue aux yeux de tous.

***


« Votre Majesté. Me voici. En quoi puis-je vous être agréable ? »

La révérence était parfaite, le ton tout à fait poli et sans doute n’aurait-il eu aucun soupçon de ma part si cela avait été quelqu’un d’autre. Mais il s’agissait d’Alys. Alys Manderly avait toujours été une jeune femme passionnée, rieuse et joyeuse. Elle était une enfant, et pourtant la personne qui me faisait face portait le masque d’une adulte.
Je décidais de ne pas lui demander directement les raisons de sa mélancolie, car il me semblait évident qu’elle ne répondrait jamais sincèrement à une demande si frontale.

« Alys, tout le monde se demandait où tu étais passée. »

Avec un sourire aimant je l’invitais à s’asseoir à mes côtés, lui indiquant un verre rempli d’eau aromatisée si elle souhaitait se rafraîchir. Prenant moi-même la deuxième coupe qui se trouvait non loin de nous, je déposais mon livre et me tournais légèrement vers elle alors qu’elle prenait place.

« Voilà de longs jours sans avoir un moment pour nous… Comment vas-tu ? »



© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys   Jeu 3 Mai 2018 - 22:58




Still sisters
Droite, dans l’attente des demandes de la Princesse, Alys pinçait délicatement les lèvres, espérant que sa mine baissée avec respect dissimule cet air si ennuyé que la sirène portait sous son masque. Les deux jeunes femmes se connaissaient et la petite sirène savait qu’elle devrait redoubler d’efforts pour cacher son mal-être avec celle qu’elle considérait comme une sœur de cœur, qui l’avait adoptée et protégée afin qu’elle puisse conserver cette place auprès d’elle, à la Cour. Mais le reste n’avait fait que creuser un fossé entre elles et plus le temps passait, plus la native de Blancport avait des difficultés à le cacher. Le regard des autres jeunes filles avec qui elle était censée passer du temps n’aidait en rien l’intégration de la Nordiste, en témoigne le silence qui s’était fait dans les appartements de la Reine quand, menée par le garde, Alys était entrée. La jeune fille n’était pas de celles qui se plaisaient à lancer des commérages, se contentant d’observer les gens pour obtenir des informations qu’elle savait vraies. Elle n’appréciait pas non plus qu’on lui fasse la cour, contrairement à ses pairs qui se gratifiait d’avoir obtenu les faveurs d’un seigneur ou d’un fils de lord, pouffant, riant de ces hommes qui semblaient prêts à se battre pour leur plaire avant de se donner des conseils sur un sujet qu’Alys préférait ne même pas aborder. Et enfin, elle détestait ces moments qui se voulaient agréables mais qui n’étaient que torture pour elle. Broder, danser, jouer de la musique… Combien d’heures devrait-elle passer à faire cela quand le monde extérieur les attendait ? Voir ces filles vendre leur travail auprès de la Reine par la suite la faisait rire au début, mais avait fini par la lasser. La blondinette passait alors le plus clair de son temps accoudée à la fenêtre à rêver de ces horizons perdus qu’elle ne contemplerait jamais. C’était pour toutes ces raisons qu’elle avait provoqué une rupture entre elle et les autres demoiselles de compagnie de la Reine, ne venant plus lors de certaines réunions, les laissant parler dans son dos en se moquant bien des conséquences. Mais la solitude la drapait avec froideur et la petite sirène ne tarderait pas à mourir de ce froid glacial qui l’étreignait.

Relevant le regard, ses sourcils se haussèrent devant la première phrase de la Reine avant qu’un rire cynique ne sorte de sa gorge. « Je crois, au contraire, que personne ne me cherche vraiment… N’en déplaise à ces amies qui écoutent certainement à la porte la teneur de notre conversation. »Les imaginer, là, toutes agglutinées contre le battant de bois en espérant pouvoir capter un mot de l’échange entre la Reine et son amie avait quelque chose de drôle et un léger sourire en coin vint prendre place sur les lèvres de la jeune sirène. Cependant, il s’effaça rapidement quand elle l’invita à s’asseoir, promettant une conversation inespérée autant qu’évitée le plus possible. Retenant un soupir, elle prit cependant place aux côtés de la souveraine, s’emparant également de son verre d’eau sans le porter pour autant à ses lèvres immédiatement. Rhaenys l’imita bien assez vite, posant également l’ouvrage qu’elle était en train de lire avant son arrivée.

Vint alors la question tant redoutée. Comment vas-tu ? Imperceptible pour un étranger, la mâchoire d’Alys se crispa légèrement, annonçant un mensonge à venir. Reprenant ses esprits, elle plongea ses lèvres dans le verre d’eau fraîche, prenant le temps de construire l’expression à cette façade qu’elle se devait de mettre en place pour essayer de dissimuler au mieux ce qu’elle ressentait. Mais intérieurement, elle avait envie de hurler. Comment pouvait-elle aller bien quand les minutes semblaient s’écouler avec une lenteur exagérée, quand ses occupations se résumaient à des futilités sans nom, quand sa seule consolation était d’espérer apercevoir le prince Aemon au détour d’un couloir et quand les murmures soufflaient que le Nord, sa famille était en danger ? Adéric avait bien tenté de lui écrire, de lui faire entendre raison, cherchant à mesurer la hauteur de l’allégeance de la sirène à la couronne, la potentielle trahison qu’elle pourrait avoir quand lui en venait à se moquer des avertissements du Bolton, prêt à retourner sous le giron des loups pour leur assurer le soutien infaillible des sirènes, quitte à vendre les crimes de sa sœur.

Avalant une dernière gorgée, elle eut un léger sourire qui se voulait léger tandis que ses iris azurés se posèrent sur le visage de la reine. « Je vais bien, votre Majesté. Merci de vous en soucier. » Là encore, son ton semblait monocorde quand l’envie de glisser de l’acide dans ses mots se fit sentir. Rhaenys se souciait-elle encore réellement de son bien être ? Si tel était le cas, pourquoi ne lui avait-elle pas parlé de ce conflit qui sommeillait entre la Couronne et le Nord ? Mais, gardant ses pensées sous son masque d’adulte, elle poursuivit de ce même ton mielleux. « J’ai entendu dire que le Roi gagnait un peu plus en assurance chaque jour. Je dois vous avouer que je le trouve plus grand un peu plus chaque jour. » Des paroles creuses, comme on devait lui servir à longueur de journée. Mais Alys ne prouvait-elle pas qu’elle apprenait de la Cour ? Qu’elle se montrait toujours un peu plus digne d’elle ? Elle pouffa légèrement, forte de ce rôle qu’elle prenait, de ces airs qui n’étaient pas les siens quand son corps tout entier lui demandait de hurler, de courir, de nager. « Peut-être désirez-vous entendre les dernières rumeurs qui se glissent dans les couloirs ? Puis-je vous recommander d’en discuter avec lady Lyara ? Elle est bien plus informée que moi à ce sujet et vous sera, je pense, d’une compagnie plus agréable. » Ce n’était pas son genre de se défiler. Mais la différence entre elle et ces autres jeunes filles, c’est qu’elle ne se battait plus pour une place qu’elle pensait avoir déjà eu par le passé. Peut-être l’avait-elle perdu, mais la douleur de cette perte valait-elle un combat pour la combler à nouveau ?


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I put the scales off to show you my heart • Rhaenys & Alys

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